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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 24.11.2012 à 09h14
Auteur : katido
Statut : Terminée
« Cette commence au 4x01. Elle réivente la saison 4 et est, bien entendu comme toutes mes autres fics, centrée sur le Blass. Chair forever of course » katido
Cette fanfic compte déjà 27 paragraphes
Blair Waldorf composa le numéro de sa meilleure amie. C’était à son tour d’appeler Serena. Elles se parlaient chaque jour à la même heure depuis l’autre côté des USA. Cette dernière lui manquait beaucoup, surtout en cette période.
La brune était très heureuse que son amie ait enfin trouvé sa voie. Serena avait papillonné autour des hommes bien trop longtemps. Il était temps qu’elle se prenne enfin en main et décide de son avenir.
Décider de son avenir ? Quelle ironie !
Blair n’avait jamais imaginé que la blonde aux cheveux scintillants et à l’allure de top model finirait comme ça, elle l’aurait plutôt vue devant que derrière la caméra. Mais si cela faisait son bonheur, elle ne lui souhaitait que de réussir aussi bien qu’elle.
Vraiment ? Et qu’avait-elle réussi au juste ? Des fiançailles de contes de fée et un mariage princier en vue ?
N’était-ce pas ce qu’elle avait toujours souhaité depuis qu’elle avait trois ans ?
Excepté qu’elle n’avait plus trois ans et que le conte de fée …
- BLAIR ! cria sa mère depuis le rez-de-chaussée où elles avaient argumenté continuellement avec la princesse Sophie à propos des détails du mariage depuis le matin-même.
… n’était pas si rose et parfait que dans les dessins-animés de Barbie.
- J’arrriiive, répondit-elle en se cassant la voix, après un soupir.
Les sonneries retentirent dans son oreille. A la quatrième, Serena daigna enfin décrocher.
- Quand même ! maugréa la future princesse. Tu sais que seuls nos échanges quotidiens me permettent de survivre !
- Bonjour à toi aussi, sourit la blonde depuis la côte ouest. Au cas où tu l’aurais oublié, je bosse.
- Et moi j’ai un mariage a préparé avec une horrible marâtre sur le dos et j’en suis réduite à devoir jouer les cendrillons pendant que tous les autres iront au bal ce soir.
- Qu’est-ce qui se passe ? Je croyais que tu avais ce truc de discours d’Albert avec tout le gratin aux Nations Unies.
- Non, visiblement je ne suis pas encore admise dans leur cercle. Je n’ai même pas le droit d’accompagner mon fiancé à l’assemblée générale. Figure-toi que seuls les membres de la famille royale Officiels ont le droit d’entrer. Je resterai à la rue comme une vulgaire souillon.
- Cesse de dramatiser, B. Bientôt tu seras Officiellement princesse et tu pourras le leur faire payer tout ton content. Je suis certaine que tu y prendras un malin plaisir.
- S’il n’y avait que ça ! Mais les chamailleries de ma mère et Sophie vont me rendre dingue. Sans parler de Louis qui n’a toujours pas compris que c’était Notre mariage !
- Blair, calme-toi, je suis certaine que ça ne peut pas être aussi horrible. Après tout, tu vas avoir un mariage Royal ! Celui dont tu as toujours rêvé.
- Celui dont j’ai toujours rêvé, c’est celui que j’ai planifié depuis mes huit ans. La première entrevue a été désastreuse, je n’ai pu décider de rien. Il a cédé à Sophie sur tous les points, même les pivoines, se plaignit la future princesse de Monaco. Ça a complètement dégénéré, on aurait dit un fils italien.
- J’imagine que ce ne doit pas être évident pour lui de trouver le juste équilibre entre sa mère et sa fiancée. Je suis certaine qu’il essaie de maintenir la paix autant que faire se peut, répondit sa meilleure amie depuis les studios de télévision californiens.
Elle était tellement heureuse que sa vie prenne un nouveau tournant. Elle s’était bien trop concentré sur les garçons l’année précédente et pas assez sur elle-même. Mais cet été avait été fabuleux. Contrairement au farnienté qu’elle avait prévu, elle l’avait passé à travailler et ça lui avait fait un bien fou. Qui aurait pu croire ça ?
- Arrête d’être aussi rationnelle et fait un effort pour voir aussi mon point de vue, râla Blair. Je ne t’ai même pas encore raconté le pire. Ils veulent que je porte la robe de mariée de Sophie. Pas seulement pour le jour J, mais aussi pour les photos dans Vogue Paris. Les robes de seconde main, c’est pour les œuvres de charité ou les deuxièmes enfants, pas pour une mariée le jour de son mariage. Louis sait à quel point ça me contrarie. Il m’a dit qu’il parlerait à Sophie, mais …
- B ! Tout d’abord : Vogue Paris ? C’est fantastique ! Ensuite, tu seras fabuleuse, peu importe ce que tu portes. Ce qui devrait être la robe de Sophie, comme ça, elle aura une superbe photo de toi habillée exactement comme elle veut et tu auras plus de chance de choisir toi-même la robe dans laquelle tu resplendiras le jour de ton mariage royal.
- Tu vois ! C’est pour ça que j’ai besoin que tu sois là, geignit la brune. Quand est-ce que tu rentres ? Los Angeles, c’est juste une halte possible pour faire de la chirurgie esthétique, pas un endroit pour vivre.
- Serena, tes invités sont là, crachota une voix dans l’appareil posé sur la table devant elle.
- Ok j’arrive tout de suite, répondit-elle dans son talkie.
Chuck et Nate devaient la rejoindre sur le set. Ils avaient débarqué à L.A. sur un yacht que le premier avait gagné au poker à Chang Mai. Son frère avait apparemment développé une nouvelle philosophie de vie qui lui allait à ravir.
Elle s’en réjouit. Elle avait pensé que sa rupture avec Blair serait plus difficile à gérer que ça pour lui, mais son meilleur ami lui avait certifié qu’il allait bien. Les garçons s’étaient amusés comme au bon vieux temps pendant tout l’été.
Grace au nouveau crédo de Chuck, elle avait pris la résolution d’aller voir Jane, la productrice qui lui avait demandé son avis sur une scène. Elle l’admirait et avait été très excitée à l’idée de pouvoir s’exprimer à ce sujet. Mais son superviseur, Marshall, avait clairement énoncé son mécontentement lorsqu’il l’avait appris.
Elle avait donc renoncé pour ne pas le froisser et à présent elle craignait que Jane pense qu’elle soit une personne sur laquelle on ne pouvait pas compter. Chuck l’avait convaincue qu’elle avait encore le temps et la possibilité d’y remédier.
Elle avait donc trouvé le courage d’affronter les foudres de Marshall et décidé de dire « Oui » à cette opportunité qui se présenterait. Puisque ça avait l’air de plutôt bien réussir à son frère adoptif, pourquoi pas à elle ?
- B, je t’aime, tu me manques aussi, dit-elle dans son téléphone cette fois.
- Très bien, j’ai compris, soupira sa meilleure amie. Demain, même heure. Aujourd’hui c’était moi, donc ce sera toi.
- Bien sûr. Tu es notée sur mon planning.
- Ecoute-toi ! On dirait une vraie professionnelle, railla Blair.
- Bye.
- Bye.
La future princesse raccrocha un peu rassérénée par les propos de sa meilleure amie. Le texto de Louis termina de la convaincre, apparemment, il avait parlé à sa mère à propos de sa robe. Les choses allaient donc s’arranger. Il ne lui restait plus qu’à se préparer et à attendre les premières excuses royales de son prince.
Encore une histoire à écouter *
Seul avec soi
Pour ne pas laisser la vérité
Se faire avoir
Encore un sourire acidulé
Qui survivra
Aux cicatrices si mal refermées
Cachées au fond de moi
Je sais comment oublier
Tous les chemins sans espoir
Encore des mensonges pour oublier
Nos idées noires
Et l'ascension des amours brûlés
Vers l'au-delà
Encore une image à effacer
De son miroir
D'un seul geste, d'un seul regard tourné
Tourné vers autre part
Je sais comment on fait
Pour se raconter des histoires
Oh oui je sais
Je sais comment on fait
Pour se noyer de désespoir !
Le mal est fait
Silencieux il reste en moi
Je ne le regarde pas
Je garderai le secret
Je garderai le secret
Quelque part au fond de moi
Où personne ne peut l'apercevoir
Je garderai le secret
Je garderai le secret
Encore un sourire à effacer
De la mémoire
Un regard qu'il faudra éviter
Tellement de fois
Combien de caresses à arracher
Au souvenir si présent
De nos corps encore mêlés
Au souffle de nos voix
Je sais comment on fait
Pour se raconter des histoires
Oh oui je sais
Je sais comment on fait
Pour se noyer de désespoir !
Le mal est fait
Silencieux il reste en moi
Je ne le regarde pas
Je garderai le secret
Je garderai le secret
Quelque part au fond de moi
Où personne ne peut l'apercevoir
Je garderai le secret
Je garderai le secret
Le survivant ne dit jamais
Les secrets qui l'abritent des courants
Il fait semblant
De ne pas se douter du danger
Quand il le pressent.
Le mal est fait
Silencieux il reste en moi
Je ne le regarde pas
Je garderai le secret
Je garderai le secret
Quelque part au fond de moi
Où personne ne peut l'apercevoir
Je garderai le secret
Je garderai le secret
Chuck ferma les yeux et se pinça l’arête du nez tandis que la chanson continuait à se disséminer dans l’air ambiant de la cabine. Si seulement il pouvait encore ressentir cette douleur avec laquelle il s’était habitué à vivre depuis qu’il avait tout détruit entre eux.
Elle s’était apaisée pendant un temps lorsqu’ils avaient repris une relation. Des plus tordue il est vrai, mais n’était-ce pas toujours comme ça que ça s’était passé entre eux ?
Quand il l’avait raccompagnée ce soir-là, après le Victrola, dans la limo, il n’aurait jamais imaginé que ça puisse se terminer d’une façon aussi magique. Non pas qu’il n’avait jamais rêvé du corps de la belle brune se frottant contre le sien, mais il n’avait jamais cru possible qu’elle lui accorde autre chose qu’une réplique cinglante ou un regard offusqué et dégouté.
Pourtant elle lui avait offert ce qu’elle ne pourrait plus jamais offrir à aucun autre. Ce qu’elle avait réservé pour Nathaniel, celui qu’elle devait épouser depuis toujours.
Il sourit en repensant au fait qu’il avait lui-même hésité quand il ne s’encombrait jamais de ce genre de chose.
Mais avec elle c’était différent.
Tout était différent quand il s’agissait d’elle.
IL était différent depuis elle.
La jeune fille avait longtemps lutté avant de lui donner son cœur et il avait lui aussi résisté de toutes ses forces contre les papillons qu’il ressentait dans son estomac mais les lépidoptères avaient été vainqueurs, incontestablement.
Ils avaient joué comme ils aimaient le faire, comme seul Chuck et Blair savaient le faire … et ils s’y étaient brûlé les ailes et le cœur. Tous les deux. Parce qu’il avait réduit leur amour en cendres. Il avait détruit la seule personne qui ne l’ait jamais aimé malgré tout ce qu’il était.
Mais quand il s’était jeté sur elle le soir de son anniversaire, incapable de contenir le brasier qui faisait bouillir le sang dans ses veines, elle avait répondu à la passion dévorante qui brûlait en lui par la même fureur.
Elle avait montré la même avidité que lui à se repaitre de sa peau, la même ardeur à mélanger leur corps pour n’en faire plus qu’un seul. Ils avaient laissé l’embrasement les consumer jusqu’à ce que la fièvre ne disparaisse de chacune des cellules de leurs corps.
Et même s’il savait qu’elle le détestait de tout son être et que pour elle, ces moments-là n’étaient que du sexe, quand il la tenait dans ses bras, son cœur parvenait à battre sans trop saigner.
Il avait même commencé à cicatrisé quand ils étaient redevenus amis. Une amitié améliorée ! Mais il n’avait pas pu maintenir la supercherie bien longtemps. Elle le rendait complètement fou, à ne plus savoir que dire ou que faire.
Il avait accepté son désir d’être une femme de pouvoir, de s’éloigner de lui pour enfin accéder en haut des marches par elle-même, sans être dans son ombre. Il était bien conscient que c’était ce qui pouvait arriver de mieux à la femme à qui appartenait son cœur.
Rester loin de son influence et de sa noirceur pour enfin briller au firmament comme elle le méritait. Son prince la rendait lumineuse. Louis lui apportait enfin le bonheur auquel elle avait droit.
Le son et la chaleur de la voix de Blair résonnaient encore en lui, mais il ne ressentait plus le supplice de l’imaginer dans les bras d’un autre.
Les articles et les photos remplissaient les colonnes de tous les tabloïdes.
Pourtant il restait de marbre devant les clichés de la future princesse. Il ne ressentait plus rien, à part le vide immense qui l’avalait tout entier. Il était comme mort à l’intérieur.
C’était bien pire que lorsqu’il avait eu quelques petits problèmes « mécaniques » causés par ses sentiments pour Blair. Là, c’était tout le contraire, les filles qu’il ramenait dans son lit ne lui faisaient aucun effet. C’était comme si son corps agissait de son propre chef, mu par des réflexes. Il réagissait physiquement mais il ne ressentait rien. Que le néant.
Il n’en avait pas parlé à Nate.
Son meilleur ami tentait de le distraire de son mieux.
Comme s’il pouvait oublier que la femme qu’il aimait plus que tout, y compris lui-même, allait promettre d’aimer et de chérir un autre que lui, qui la rendait bien plus heureuse qu’il ne l’avait jamais fait.
Comme s’il pouvait effacer de son cerveau les images de la femme de sa vie remontant l’allée aux bras de celui qui serait devenu son mari. Ou l’idée qu’elle porterait un jour les héritiers Grimaldi.
Les deux jeunes-hommes avaient passé l’été à renouer avec leurs vieilles habitudes et à rabibocher leur amitié. Elle avait été bien malmenée pendant les derniers mois. La deuxième aurait sans doute pu lui réchauffer le cœur s’il avait pu ressentir quoi que ce soit.
Alors, il faisait semblant que tout allait bien et même plus. Au moins, il pouvait épargner à son meilleur ami ses soucis psychotiques en jouant sur une soi-disant nouvelle philosophie.
D’ailleurs de quoi aurait-il bien pu se plaindre ? Il ne ressentait plus aucune souffrance.
De plus, il ne voulait surtout pas inquiéter Nate. Il avait déjà bien assez de soucis avec sa mère et le Capitaine. Son ami n’aurait pas pu lui rendre ce qu’il avait perdu de toute manière.
Son âme.
C’était plutôt ironique, lui qui n’avait jamais cru en avoir une se rendait soudain compte de son absence maintenant qu’elle n’était plus là !
Blair avait aussi emporté son cœur avec elle.
Elle avait fait naître des émotions inconnues en lui qui lui avaient toujours été interdites. Au fond, il était tout à fait logique et normal qu’elle reprenne tout en s’en allant faire sa vie ailleurs.
Maintenant, seuls ses souvenirs subsistaient de leur histoire.
Il n’avait même plus la possibilité de se raccrocher à cette atroce et néanmoins délicieuse douleur. Il ne lui restait même plus ça.
Leur amour n’était plus qu’un rêve, une illusion, comme tout le reste dans sa vie. Rien n’était réel. Pas même les sentiments qu’ils avaient éprouvés l’un pour l’autre. Peut-être n’était-ce qu’un mirage ? Quelque chose qu’il avait si ardemment désiré qu’il avait fini par réussir à se leurrer lui-même en se persuadant de leur existence.
Il entendit le bruit d’un moteur et coupa la radio. Il devait se rendre à la soirée de la production du film sur lequel travaillait Serena avec celle fille, la responsable des cascades, qu’il avait rencontrée l’après-midi même quand il avait sauté du haut du « building » sur le tapis gonflé d’air.
Il avait pensé que le saut de l’ange lui donnerait peut-être un frisson.
Mais rien !
Pas même la peur ne s’était propagée en lui.
* « Le secret » Calogero
Chuck sortit après avoir revêtu sa veste de cuir et s’installa au bar pour terminer le verre qu’il s’était versé un peu plus tôt en attendant son rencard, ses rencards. Casey devait amener une autre fille avec elle, mais c’est seule qu’elle débarqua sur le yacht.
- Tu es prêt ? demanda-t-elle.
- Ton texto parlait d’une amie !
- Marilu accompagnera Patrick Roberts. Elle lui sert de chaperon pour qu’il reste sobre, sinon la production du film sera stoppée. Heureusement, ça ne nous concerne pas.
Il sourit en prenant une autre gorgée de sa boisson.
Le jeune-femme fit un signe du menton en désignant le casque de motard posé sur le bar à côté de lui.
- Tu n’auras pas besoin de ça, je suis venue avec mon pick-up. La route de Mulholland est plutôt dangereuse, surtout à moto et c’est là que se déroule la fête, reprit-elle.
- Dans ce cas je vais ranger ça, indiqua-t-il en se levant pour déposer son intégral à l’intérieur de la cabine.
En faisant ce geste, cachée sous une boîte, il découvrit une enveloppe vanille qui portait son nom, sur la table. Pourtant Nate lui avait dit qu’il n’y avait pas de courrier pour lui ce matin.
Il n’avait pas besoin de chercher bien loin pour comprendre les motivations du mensonge de son meilleur ami. L’écriture calligraphiée et le sceau à la cire ne laissait aucun doute sur la provenance et le contenu.
Malgré tout, il décacheta la missive.
Peut-être que les mots sur le papier filigrané éveilleraient quelque chose en lui ?
Une douleur sourde qui remonterait jusqu’à son cœur et atteindrait ses poumons pour l’empêcher de respirer tandis que son palpitant se déchirerait à nouveau en lambeaux dans sa poitrine ?
A l’instar du moment où il avait donné sa bénédiction à Louis et expliqué à Blair pourquoi elle devait renoncer à se rendre malheureuse par amour pour lui et épouser son prince comme prévu afin de vivre le conte de fée auquel elle avait droit et qu’elle attendait depuis toujours.
Rien.
Juste le vide.
Le néant.
Il glissa le pli dans la poche intérieure de sa veste et récupéra son casque.
- Tout compte fait, je pense que je vais pouvoir m’en sortir sur ma Ducat. Après tout, rien n’est trop dangereux, n’est-ce pas ? la défia-t-il.
Elle fit un petit signe de la tête en assentiment mais son regard n’était pas vraiment en adéquation avec cette théorie.
Il accompagna Casey jusqu’à chez elle pour qu’elle enfourche son Aprilia anthracite et ils prirent la route, direction Sunset Plaza.
Les bandes d’asphaltes s’étiraient en de longues courbes sinueuses, idéales pour toute personne qui appréciait la conduite d’un deux-roues. C’était un plaisir pour Chuck de pencher sa Ducati de droite et de gauche, usant le pneu sur toute sa surface.
Enfin, il imaginait que cela aurait pu en être un.
Il rétrograda pour pousser les gaz et partir en Wheeling, loin devant son acolyte de la route occasionnel.
Il dépassa plusieurs véhicules à quatre roues, mordant largement sur la bande de gauche en prenant ses virages bien trop à l’extérieur. Laissant cette fois son bolide presque à la perpendiculaire au lieu de frôler le bitume avec ses genoux. Ne penchant que le stricte nécessaire pour permettre à la bécane de filer conte le vent en prenant de la vitesse.
Casey attendit que la circulation diminue avant de donner un coup d’accélérateur à son tour et de le dépasser pour lui faire signe de se ranger sur le bas-côté.
- Tu dois y aller doucement ici, lui expliqua-t-elle à nouveau. Il y a des chansons qui parlent des accidents sur les routes de L.A. !
- Je n’ai pas peur, répondit Chuck.
- Et bien tu devrais !
« Si seulement »
- Je n’ai peur de rien, s’exclama-t-il encore.
- Ecoute, je ne te connais pas du tout et tu te fiches certainement de ce que je pense mais je travaille dans ce milieu depuis longtemps et la plupart des personnes qui sont dans ce métier le font parce qu’ils sont amateurs de sensations fortes ou encore accro à l’adrénaline. Mais pour certains d’entre eux, il y a quelque chose de beaucoup plus sombre par-dessous. Je crois que tu as besoin d’aide.
- Je vais bien ! martela-t-il.
Il rabattit sa visière devant ses yeux et essora la poignée de gaz pour redémarrer sur les chapeaux de roues.
Il accéléra à nouveau.
Il ne ressentait nullement la sensation de liberté qu’il aimait tant lorsqu’il montait son engin auparavant. Ça aussi, ce n’était plus qu’un souvenir qui s’estomperait avec le temps, irrémédiablement.
Prenant de plus en plus de risques, il couchait carrément sa Ducati, laissant dangereusement le carénage carmin rutilant quasiment racler la chaussée. Il arriva dans un superbe virage et ouvrit à fond, amenuisant encore l’angle entre la moto et le revêtement noir, testant les limites de l’adhérence.
Jusqu’à ce que le bolide finisse par se coucher littéralement, prenant contact avec le sol, l’angle réduit à zéro.
Le carénage émit un craquement sinistre lorsque le moule de carbone toucha le bitume et que le pneu quitta définitivement la route, la bécane complètement hors de contrôle, sans plus aucun équilibre.
Chuck lâcha les poignées et glissa sur l’asphalte comme la Ducati terminait sa course à quelques mètres de lui. Il fut projeté sur la surface dure et roula plusieurs fois sur lui-même sous la violence du choc. Il entraperçut un bref instant les feux arrière de sa moto rouge par la visière arrachée avant le trou noir.
Cette fois, le néant l’avait gobé pour de bon.
*****
Nate et Serena arrivèrent à la fête donnée par la production. Elle se déroulait dans une magnifique villa sur les hauteurs de Hollywood. Ils avaient passé tout l’après-midi ensemble. Le beau New-Yorkais l’ayant aidé à mener à bien les tâches que Jane lui avait confiées.
La jeune femme était heureuse de leurs retrouvailles. Leur complicité renaissait de ses cendres, comme si rien n’avait changé entre eux depuis l’enfance. Comme autrefois, quand ils étaient proches, quand ils étaient amis et qu’ils s’alliaient tous contre un ennemi commun.
C’était quelque chose d’unique, ce sentiment d’appartenir à une équipe, à une famille qui était toujours là pour vous soutenir et vous tendre la main malgré les dissensions qui pouvaient survenir parfois.
Les choses s’étaient distendues entre eux depuis Juliette et Ben, sans oublié Raina et Dan, ainsi que son histoire avec son prof qui n’avaient fait que contribuer à les éloigner encore un peu plus.
L’héritier Archibald lui fit un petit sourire qui atteint ses beaux yeux bleus et creusa ses fossettes.
La blonde sentit son cœur palpiter un peu plus fort.
« STOP ! »
Elle était là pour le travail, elle voulait se concentrer sur sa carrière. Elle avait fait énormément de progrès depuis le début de l’été. Son objectif principal : s’occuper enfin d’elle-même par elle-même sans compter sur un homme pour ce faire.
Elle collectionnait les petits-amis comme sa mère les maris et elle voulait que ça s’arrête. Elle refusait de dépendre d’eux pour être heureuse. Elle se sentait bien plus épanouie depuis qu’elle avait pris sa vie en main.
- Tu veux un verre ? demanda Nate avec un sourire craquant à la jolie blonde qu’il accompagnait à cette soirée.
Il se sentait le cœur léger depuis qu’il l’avait vue débarquer sur le yacht. Il pensait pourtant que tout ça était terminé à présent. Après toutes les épreuves qu’ils avaient traversés, après Ben, après Raina, il n’avait pas conscience que son cœur battait encore pour Serena Van Der Woodsen.
Et pourtant, elle était toujours la même, celle qui avait le pouvoir d’illuminer ses journées d’un seul sourire depuis le jardin d’enfants. Celle dont la joie et l’optimisme étaient contagieux et qui, parfois, tournaient aux drames.
Il s’en voulait encore de l’avoir exposée de la sorte en se laissant piéger par Juliette. Elle avait été internée au centre Ostroff quand elle n’était qu’une victime malheureuse. Heureusement, à eux quatre, ils avaient su déjouer les plans de son … non, de ses, ex-petites amies car il était sorti avec chacune d’entre elles.
Même s’il ne s’était rien passé de sexuel entre Jenny Humphrey et lui, il ne pouvait nier l’attirance qu’il avait ressenti pour elle à un moment donné. Malgré tout, la seule qui revenait constamment dans son esprit c’était la belle blonde aux longues jambes si bien galbées.
Il avait l’impression qu’elle avait muri durant l’été, elle était plus sure d’elle, plus déterminée à se concentrer sur elle-même au lieu d’attendre que quelqu’un s’en charge ou de se laisser porter par la vie et ça lui allait à ravir.
- Une vodka citron, s’il te plait, indiqua-t-elle en sortant son smartphone qui sonnait, de son sac à main.
Il nota et s’éloigna en direction du bar.
- Allo ?
- Serena, c’est Casey.
- Casey ?
- De l’équipe des cascadeurs.
- Casey, oui bien sûr, excuse-moi. Mais tu ne devrais pas être ici, à la fête, avec Chuck ?
- C’est pour ça que je t’appelle justement, dit l’autre jeune femme, la voix angoissée. Il y a eu un accident et ton ami a été transporté aux urgences du Mont Sinaï.
- Un accident ? Mais comment ? Est-ce que c’est grave ? Comment va-t-il ?
- C’est plutôt moche et je crois que tu devrais te dépêcher me rejoindre.
Nate suspendit son geste et resta le bras en l’air, tendant le verre à la blonde, en la voyant suffoquer alors que son visage prenait la couleur de la cire, l’effroi luisant dans ses prunelles azur.
- Chuck a eu un accident, articula-t-elle faiblement en tentant de ne pas céder à la panique.
Les traits du beau New-Yorkais se figèrent et ses pupilles prirent une couleur plus sombre, tirant sur le gris.
- Est-ce qu’il va bien ? s’inquiéta-t-il en posant leurs boissons sur une table.
La blonde secoua la tête de droite et de gauche, la peur envahissant finalement son esprit.
Nate prit sa main et l’entraîna au dehors, après avoir appelé un taxi. Sa voix tremblait un peu quand il indiqua leur destination au chauffeur.
Ils pénétrèrent dans le hall des urgences de la clinique privée pratiquement en courant.
Casey était assise sur une chaise et se leva en les voyant approchés.
- Comment va-t-il ? demanda Serena.
- Aucune idée. J’ai appelé une ambulance immédiatement. Il était toujours inconscient quand il est arrivé ici. Les médecins ne veulent rien me dire car je ne suis pas de la famille.
La blonde se dirigea vers le comptoir de l’accueil sans plus attendre.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? questionna Nate.
- Il a tenu à venir à la fête à moto malgré mes recommandations. Il roulait bien trop vite et bien trop dangereusement. Ce n’est pourtant pas faute de l’avoir mis en garde mais il n’en a pas tenu compte, on aurait dit qu’il s’en fichait, ou pire, qu’il le cherchait. Je pense qu’il a vraiment un problème. Il a fini par perdre le contrôle de son engin dans une courbe.
Le jeune homme s’admonesta intérieurement, il n’aurait pas dû le croire quand il disait qu’il allait bien. Son meilleur ami cachait toujours ses blessures profondément en lui.
Comment avait-il pu être assez stupide pour croire que Chuck se remettrait si vite de la perte de Blair quand elle était la seule femme qu’il n’ait jamais aimée ? A partir de maintenant, il ne le lâcherait plus d’une semelle.
- Mademoiselle, je peux vous aider ? interrogea une petite brune un peu boulote en pyjama médical bleu de l’autre côté du bureau.
- Mon frère adoptif a été amené ici, il a eu un accident de la route, récita Serena en tentant de calmer les palpitations dans sa poitrine.
- Quel est son nom ?
- Chuck Bass.
- Ah ! L’accident de moto, acquiesça l’infirmière.
La blonde hocha la tête.
- Il est en chirurgie, il a plusieurs côtes cassées et l’une d’elles a perforé un de ses poumons. Un médecin viendra vous voir dès que possible. Veuillez prendre place dans la salle d’attente, expliqua-t-elle succinctement d’une voix neutre.
- Mais il va aller bien n’est-ce pas ?
- Veuillez-vous asseoir, un médecin viendra dès que possible, répéta l’infirmière sur le même ton que précédemment.
Serena comprit qu’elle n’obtiendrait rien de plus. La seule chose à faire était d’attendre.
- Alors ? questionna Nate, le regard inquiet.
- Il faut patienter. Il a un poumon perforé, il est en salle d’opération, c’est tout ce que j’ai pu en tirer, soupira son amie au bord des larmes.
Ils s’assirent sur une chaise côte à côte, dans le silence. Le jeune Archibald passa un bras autour des épaules de la blonde, autant pour la réconforter elle que lui-même.
Il balaya la salle du regard sans vraiment voir les personnes qui étaient logées à la même enseigne qu’eux, se maudissant intérieurement de ne pas avoir été plus insistant auprès de son ami d’enfance.
Il avait fait semblant de ne rien voir de la détresse de Chuck. S’il y a bien une chose que ce dernier détestait, c’était d’exposer ses faiblesses. Il avait repris sa bonne vieille méthode en se perdant dans les bras de femmes anonymes, arrosant le tout de whisky et autres substances allégeant momentanément les souffrances de l’âme pour oublier sa douleur.
Nate l’y avait encouragé, sachant parfaitement que quoi qu’il fasse, seul le temps pourrait apaiser peu à peu les blessures. Il avait assez de respect pour son meilleur ami pour ne pas le harceler de question et le laisser cicatriser à son propre rythme.
S’il était honnête avec lui-même, il savait qu’il n’y avait rien qu’il puisse faire pour palier à la douleur et la peine qui enserrait son cœur. La seule personne qui aurait pu aider à refermer la plaie béante allait convoler avec son prince dans quelques mois et il n’y avait rien qu’il aurait pu, ou voulu, faire pour entraver le bonheur de Blair. D’ailleurs Chuck lui-même s’y refusait et lui en aurait voulu à mort s’il avait tenté quoi que ce soit.
Seulement la raison ne l’emportait pas en cet instant. La seule chose qui prenait le dessus, c’était la culpabilité de ne pas avoir su épauler son meilleur ami quand il en avait besoin.
- Je devrais appeler ma mère, indiqua S après quelques minutes.
Nate hocha la tête et relâcha ses doigts, toujours emprisonnés dans les siens.
- Allo ?
- Maman, dit S sans pourvoir cacher ses émotions.
- Serena, mais qu’est-ce qui se passe ? s’alerta Lily.
- Chuck a eu un accident, larmoya-t-elle.
- Un accident ? répéta sa mère hébétée.
- A moto, précisa sa fille. On est au Mont Sinaï, il est en salle d’opération.
La quadragénaire sentit son sang se figer dans ses veines.
- Oh Mon Dieu ! J’arrive le plus vite possible, souffla Lily depuis New-York.
Blair remonta au penthouse, elle attendait Louis dans le hall depuis plus d’une heure maintenant et il était évident qu’elle avait perdu. Son fiancé lui avait promis de l’emmener au gala des Nations Unies après avoir lamentablement échoué à faire revenir sa mère sur le choix de la robe de mariée pour les photos de Vogue Paris.
Elle lui avait expliqué qu’elle avait besoin de la preuve de son engagement à ses côtés et non pas à ceux de le princesse Sophie. Il l’avait surprise en lui affirmant qu’il briserait les règles du protocole pour elle. Mais tout cela n’était visiblement que de vaines paroles.
Son smartphone tintinnabula. C’était son fiancé justement. Elle hésita un instant puis décrocha.
- Je n’arrive même pas à croire que je réponds à ton appel, dit-elle la voix chargée de reproches.
- Je suis navré, Blair, j’ai un imprévu qui prend plus de temps que je ne croyais. Je ne pense pas que je vais pouvoir me rendre au gala du tout.
- Tu as décidé de la jouer comme ça et de rester flou ? Tu as un imprévu ? Tu te fiches de moi ! s’énerva-t-elle. Pourquoi ne pas simplement admettre que tu es déjà au gala avec ta mère et que tu n’es pas venu me chercher parce que tu as eu peur de te faire gronder !
- Parce que ce n’est pas vrai. Je voudrais pouvoir te dire ou je suis, mais j’ai fait une promesse…
- Et nous savons tous deux comment tu honores tes promesses, tant qu’elles ne me concernent pas ! Dis à ta mère qu’elle a gagné !
Elle raccrocha en soupirant, ravalant sa frustration et grimpa les escaliers pour enlever la robe qu’elle avait soigneusement choisie pour faire honneur à la famille de son fiancé.
Elle passa dans la salle de bain pour se démaquiller puis se réfugia sur son duvet et composa le numéro de sa meilleure amie. Elle avait besoin de quelqu’un qui sache lui remonter le moral.
Cette dernière ne décrocha qu’au bout de la septième sonnerie.
- Blair, articula-t-elle faiblement en portant le combiné à son oreille.
- S ? questionna Blair prenant conscience que son interlocutrice n’avait pas l’air dans un meilleur état émotionnel qu’elle-même.
La blonde n’entendit pas la suite car une sirène d’ambulance lui creva un tympan en se garant devant les urgences.
- Je … excuse-moi B mais ce n’est pas le bon moment, expliqua Serena en tentant de ne pas laisser passer les sanglots dans sa voix.
- S ? Est-ce que ça va ? Qu’est-ce qui se passe ? Est-ce que la fête s’est mal terminée ? Patrick a encore fait une overdose ? questionna la brune sur un ton sarcastique.
- Non … je …
Il valait sans doute mieux la prévenir, elle finirait bien par le savoir tôt ou tard et elle risquait de lui en vouloir de ne rien lui avoir dit.
- Serena, ils vont le ramener dans la chambre, l’informa Nate en venant la rejoindre sur la terrasse du dixième étage où elle était sortie prendre l’air afin de tenter de se ressaisir.
- C’est Nate que j’entends ? J’ai vu sur Gossip Girl qu’ils étaient à Los Angeles avec Chuck.
Penser au beau brun ténébreux ne fit qu’augmenter la pression dans sa gorge et sa poitrine.
- Blair, la coupa sa meilleure amie, renonçant à maîtriser ses émotions. Je ne suis pas à la soirée … en fait, je suis à la clinique … il y a eu un accident et …
- Est-ce que Nate va bien ? Il est blessé ? s’inquiéta soudain la brune identifiant clairement que quelque chose affectait Serena.
- Pas Nate, non, il va bien … et moi aussi, répondit la blonde d’une toute petite voix.
Elle était à peine audible mais Blair eut l’impression qu’elle grondait aussi fort que le tonnerre dans sa tête. L’onde de choc se propagea dans le reste de son corps tandis qu’elle prenait conscience qu’il restait une autre supposition.
- Chuck ? s’étrangla-t-elle comme son cœur s’arrêtait de battre.
- Il faut que j’y aille, B. Il vient de sortir du bloc opératoire, reprit S à peine plus fort.
- Mais, il va aller bien, n’est-ce pas ? s’obligea à articuler la brune, malgré la douleur qui écrasait son pharynx.
- Le chirurgien a dit qu’il y avait eu certaines complications, sanglota à moitié sa meilleure amie, tentant de respirer de son mieux. C’est très sérieux, il nous donnera plus d’explications quand ma mère arrivera.
L’air quitta les poumons de Blair. Le combiné tremblait entre ses doigts, elle ferma les yeux et tenta d’hurler mais le cri était emprisonner dans sa cage thoracique, la douleur dans sa poitrine enflait et s’amplifiait, courant dans son sang, infectant chacune de ses cellules.
- Blair ? appela encore la blonde en larmes.
Cette dernière ne répondit pas, son téléphone gisait sur l’édredon tandis que ses membres étaient secoués par les sanglots.
- Mademoiselle Blair, vous êtes là ? demanda Dorota en pénétrant dans la chambre.
La bonne porta les mains à son visage.
- Mademoiselle, vous ne vous sentez pas bien ? s’inquiéta-t-elle en la rejoignant.
Elle posa une main sur le bras de Blair, recroquevillée sur elle-même. Elle avait l’air minuscule au milieu de ce grand lit.
La jeune fille était sous pression depuis son retour de Monaco. Elle était d’un naturel anxieux et les tensions entre sa mère et sa belle-mère n’étaient pas pour améliorer la situation.
Sans parler des dernières décisions de son fiancé qui abondait invariablement dans le sens de la princesse Sophie, ce qui, elle en était certaine, n’était pas pour lui plaire.
L’employée s’affairait de son mieux à être aux petits soins encore plus que d’habitude pour la soulager de tout ce stress mais elle n’avait pas eu beaucoup de succès jusque-là.
L’idée de tester les sentiments de son prince n’était pas une bonne chose mais la jeune femme était têtue et n’avait rien écouté des conseils de sa femme de chambre et amie.
- Ne vous mettez pas dans des états pareilles Mademoiselle, je suis certaine que le prince finira par prendre votre parti, il vous aime et …
- Chuck, parvint enfin à articuler la brunette entre deux sanglots.
Dorota haleta. Qu’est-ce que Monsieur Chuck avait bien pu faire cette fois pour qu’elle pleure toutes les larmes de son corps ? Elle ne l’avait encore jamais vue aussi vulnérable.
Elle pensait que tout ça était terminé. Mademoiselle Blair allait devenir une princesse comme elle l’avait toujours souhaité.
Cependant, une petite voix soufflait à l’oreille de la Polonaise que ce n’était pas le bon prince qui se tiendrait devant l’autel. S’il y avait bien un autel finalement, ce qui n’était plus du tout certain après le fiasco de ce soir.
- Blair, entendit-elle faiblement depuis le combiné sur le lit.
Elle se saisit de l’appareil, reconnaissant la voix de Mademoiselle Serena tout en caressant doucement le dos de la pseudo future princesse de Monaco. Son teint devint de plus en plus livide au fur et à mesure que la blonde lui répétait les informations qu’elle venait de livrer à sa meilleure amie.
Elle raccrocha, promettant à la blonde de s’occuper de la brune.
Dorota ne réfléchit pas plus de trente secondes. Elle se leva et se dirigea vers le dressing où elle se saisit d’un sac Louis Vuitton qu’elle posa sur le lit de la jeune femme toujours en pleurs.
- Levez-vous ! dit-elle d’un ton ferme. Monsieur Chuck a besoin de vous, ce n’est pas le moment de flancher. Vous êtes Blair Waldorf et vous ne vous laisser pas abattre. Séchez vos larmes et habillez-vous. Vous avez un avion à prendre.
Blair hoqueta et regarda son employée et amie qui s’affairait à remplir le sac de vêtements légers qui correspondaient parfaitement au climat Californien.
- J’appelle Jimmy pour qu’il vous emmène à l’aéroport, indiqua encore la Polonaise en revenant cette fois de la salle de bain où elle s’était emparée des affaires de toilette de la jeune-femme pour les ajouter dans le sac, le smartphone à nouveau collé à l’oreille.
Lily se laissa tomber dans le siège en cuir du jet de Bass Industrie. Elle inspira profondément. Elle ne devait pas céder à la panique.
Serena l’avait rappelée pour lui dire que Chuck était sorti du bloc opératoire. Le chirurgien avait parlé de complications survenues pendant l’intervention mais celles-ci avaient apparemment été contournées.
Ce qui ne la rassurait pas, c’est que le médecin ait insisté pour qu’elle se rende là-bas le plus rapidement possible. Néanmoins, son fils adoptif était en vie et elle devait se focaliser là-dessus pour l’instant.
Elle ouvrit les yeux à l’audition de la porte de la cabine qui s’ouvrait et accueillit le verre de brandy que l’hôtesse lui présentait avec gratitude. La jeune fille aux cheveux courts lui proposa également un sandwich mais elle n’aurait rien pu avaler de solide.
Le bruit d’une autre porte, celle de la carlingue, la fit sursauter. Elle se releva dans son siège en apercevant la petite brune essoufflée qui pénétrait dans l’habitacle, un sac de voyage à la main.
- Blair ? Mais qu’est …
Elle ne termina pas sa phrase. Les larmes que la jeune-femme tentait de retenir et ses yeux rougis en disaient plus long que n’importe quel discours.
Elle quitta son fauteuil et avança de quelques pas pour prendre ses mains dans les siennes comme si elle était sa propre fille.
Elle était un peu comme la sœur de Serena et il n’était pas permis de douter de son attachement à Chuck en cet instant.
- C’est un jeune-homme plein de ressources, dit Lily pour tenter de la réconforter un peu.
Blair acquiesça en silence puis prit place dans un siège avec un pauvre sourire. Son smartphone résonna et elle refusa l’appel. Elle éteint son téléphone quand le pilote annonça leur départ pour LAX.
La jeune femme accepta, contre toute attente, le verre d’alcool qui lui fut offert et le vida d’un trait. Elle s’appliqua ensuite à respirer le plus lentement possible et à ne pas penser à ce qu’elle devrait affronter par la suite.
Il irait bien, il était fort, il était Chuck Bass. Elle le trouverait certainement assis dans son lit, entouré d’infirmières qui ressembleraient plus à des pin-up qu’à des assistantes médicales, profitant de chaque opportunité qui se présenterait à lui.
Elle ferma les yeux, frissonnant aux souvenirs de ses baisers et de ses caresses la nuit de la Barmitsva, après qu’il soit venu la sauver des griffes de Russel Thorpe. Elle n’aurait pas dû le laisser faire. Elle aurait dû dire à Louis que tout était terminé ce soir-là.
Elle aurait dû suivre son cœur au lieu de laisser Chuck l’éloigner de lui. Elle aurait dû se battre pour eux au lieu de s’enfuir pour jouer à la princesse. Elle n’était plus une enfant, elle savait ce qu’elle voulait.
Et ce n’était pas être la femme de Louis Grimaldi, même s’il était un héritier potentiel au trône monégasque. Elle voulait être Blair Waldorf avant tout … et elle voulait aussi devenir Madame Chuck Bass un jour.
Lorsqu’elles atterrirent à L.A., une voiture les emmena directement au Mont Sinaï. Elle parcourut les longs couloirs le cœur battant. Chambre 10-89.
Lily aussi avait le cœur battant, elle frappa légèrement et poussa la porte. Serena était blottie dans les bras de Nathaniel Archibald dans un fauteuil non loin du lit de son fils. Son cœur s’arrêta.
- Maman, murmura la blonde en se levant pour la rejoindre.
Elle stoppa ses pas devant sa meilleure amie qui entrait dans la pièce à son tour.
Blair haleta. Il n’était pas réveillé. Il ne profitait nullement des attentions de jolies filles en tenues d’infirmière sexy.
Chuck était allongé sur le lit, pâle comme la mort, ses bras perclus de perfusions en tous genres. Mais le plus impressionnant était sans nul doute le respirateur artificiel auquel il était relié par intubation pour que l’échange gazeux puisse se faire correctement dans ses poumons abîmés.
Un autre appareil émettait un bip rythmé aux battements de son cœur, signe qu’il était toujours de ce monde et plusieurs courbes se dessinaient sur l’écran, elles aussi variant en fonction des palpitations cardiaques du jeune-homme.
La jeune-femme sentit ses jambes flageolées sous elle et elle ne dû son salut qu’à l’épaule de Lily à sa droite. Les larmes qu’elle avait réussies à contenir jusque-là, inondèrent ses joues mais elle s’en rendait à peine compte.
La seule chose qu’elle ressentait c’était la peur et la douleur.
La peur de le perdre réellement, pour de vrai, irrémédiablement. Pas parce qu’ils auraient rompu, mais parce qu’il ne ferait plus jamais partie de sa vie, de son monde, de quelque manière que ce soit. Ce ne pouvait pas être son monde sans lui.
La douleur par empathie. Elle imaginait combien il devait souffrir physiquement et c’était un véritable supplice.
Serena passa un bras sous le sien pour la soutenir et l’aida à marcher jusqu’au lit. Nate tira le fauteuil plus près pour qu’elle puisse s’y asseoir.
Lui aussi avait les yeux rougis, il n’imaginait pas qu’il verrait un jour son meilleur ami dans un tel état de faiblesse. Le médecin avait expliqué à son amie que l’opération avait duré plus longtemps que prévu parce qu’il avait eu une défaillance cardiaque pendant l’intervention.
Il pressa le bras de la brunette et s’assied sur l’accoudoir tandis que Lily et Serena se pressaient de l’autre côté du lit.
Blair saisit la main glacée de Chuck dans la sienne et la porta à ses lèvres tremblantes. Il saurait que c’était elle, il avait fait ce geste si souvent envers elle. Elle la garda précieusement dans ses paumes pour la réchauffée.
Lily caressa tendrement la pommette de son fils, là où le tube qui lui permettait de respirer n’était pas fixé par de l’adhésif médical.
- Quand est-ce qu’il doit se réveiller ? demanda-t-elle.
- Les infirmières n’ont rien dit, répondit Serena. Juste que le médecin souhaitait parler avec toi, vu que tu étais son tuteur légal avant sa majorité.
Elle frôla à nouveau le visage quasiment exsangue de Chuck puis décida de se rendre au bureau des infirmières pour signaler son arrivée. S’il y avait des informations importantes à savoir, elle préférait en avoir le cœur net immédiatement.
Elle quitta la chambre, bientôt suivie par Nate et Serena qui voulaient laisser un peu d’intimité à leur amie. Ils en profitèrent pour aller boire un café. Ils n’avaient rien avalé depuis midi, les événements leur avaient fait oublier tout le reste.
Blair se leva et prit place sur le rebord du lit, la main de Chuck toujours au creux de la sienne.
- Je suis là, dit-elle en caressant son front.
- Je suis là, répéta-t-elle en se penchant au-dessus de lui pour déposer un baiser léger sur sa joue, prenant garde à ne pas débrancher quoi que ce soit.
- Je suis là, lui souffla-t-elle à l’oreille cette fois.
Liliane Rhodes quitta le bureau du chirurgien le cœur lourd et les jambes tremblantes. Elle fit un détour par les lavabos, histoire de reprendre un peu contenance avant d’annoncer la nouvelle aux enfants.
Elle passa un peu d’eau sur son visage et inspira profondément avant de pousser une longue exhalation. Mais cela ne suffit pas à alléger le poids qui opprimait sa poitrine. Charles était son fils au même titre qu’Éric.
Leur relation s’était vraiment développée et avait évoluée en quelque chose qu’elle n’aurait même jamais imaginé. Parfois, elle se disait qu’elle avait réellement commencé à être une mère digne de ce nom à l’adoption de Charles.
Elle n’avait pas vraiment eu les capacités de concourir pour le titre de mère de l’année quand Éric et Serena étaient petits. Elle les avait laissés plus d’une fois chez les Waldorf pour parcourir le monde avec son petit-ami du moment.
Mais depuis quelques années maintenant, elle s’efforçait de remédier à ces absences et d’être une meilleure mère. Le hasard avait sans doute choisi comme coïncidence que cela aille de pair avec l’arrivée d’un autre enfant dans sa famille et dans son cœur.
Il y avait quelque chose chez Charles qui l’avait toujours profondément troublée. L’idée même qu’il avait été élevé par Bart contribuait certainement à cette empathie qu’elle avait immédiatement ressentie pour le jeune-homme qui clamait se désintéresser totalement de ce que quiconque pensait de lui … à part son père, qui n’était pas exactement du genre encourageant et magnanime.
Il avait fait tout son possible pour la décourager à entretenir le lien familial qui les unissait à la mort de ce dernier, mais il était évident que ce dont il manquait le plus, c’était l’amour de ses parents.
Il s’était débattu de son mieux, comme un animal sauvage pris au piège et acculé dans un coin. Il avait utilisé tous les trucs qu’il connaissait pour l’obliger à se détourner de lui mais elle n’avait jamais cessé de croire en une relation possible entre eux et au final c’était sans doute ce qui lui avait valu son respect et son amour.
Il ne les donnait pas à n’importe qui, il en connaissait trop la valeur et la douleur de la perte, mais elle avait su l’apprivoiser à force de patience et de tendresse.
Elle rassembla son courage et sortit dans le couloir pour rejoindre la chambre 10-89. Lorsqu’elle y pénétra, Blair était toujours à son poste. Tenant la main de Charles dans la sienne. Elle s’était juste déplacée, s’asseyant sur le rebord du lit pour être plus proche de lui.
Si seulement sa présence avait pu suffire à faire disparaître toutes les blessures de son fils !
Serena était assise auprès de Nathaniel, non loin. Ils semblaient s’appuyer l’un sur l’autre pour réussir à traverser ce moment difficile.
La jeune-fille blonde faisait de son mieux à la fois pour tenir le choc et épauler le jeune-homme, dévasté par l’accident de son meilleur ami. Il se reprochait amèrement ce qui était arrivé même s’il n’était en rien responsable.
S n’ignorait pas que les deux amis étaient fortement liés. Leur amitié avait toujours réussi à tout dépasser, même les plus grandes tempêtes. Ils étaient comme des frères l’un pour l’autre, aussi proches qu’elle et Blair.
Elle observa sa meilleure amie, assise à la droite de Chuck. Elle ne lui avait rien demandé quand elle était arrivée. Ni comment, ni pourquoi. La dernière conversation qu’elles avaient échangée avant l’accident portait sur ses fiançailles et sa robe de mariée.
Pourtant, il était clair qu’il n’en n’était plus question. La blonde avait soupçonné ce fait dès la fin de l’été. Il était plus qu’évident que B ne pourrait jamais oublier l’amour de sa vie, ni cesser de l’aimer, et inversement.
Malgré tout, il semblait que c’était la voie qu’ils avaient choisie. Mais peu importe ce qui se passait, il y avait cette force magnétique, presque mystique, qui les ramenait invariablement l’un vers l’autre comme des aimants. Les deux faces d’une même pièce qui ne pouvaient être dissociées, peu importe combien ils essayaient.
Serena sentit les doigts de Nate presser les siens en signe de soutien, lui aussi étudiait Blair.
La brunette passa délicatement ses doigts dans les cheveux foncés de son ancien amant puis caressa sa joue.
Les trois amis étaient assis dans le silence. Ils n’avaient pas échangés plus de trois mots, les paroles étaient vaines et inutiles. Chacun connaissant parfaitement les inquiétudes et les sentiments des autres face à cette situation.
Ils avaient toujours été là les uns pour les autres, quelques soient les problèmes. Les disputes et les ressentiments passaient après en temps de crise. Mais cette fois, il n’y avait aucun malaise entre eux, ils étaient plus proches que jamais après avoir réglé son compte à Juliette.
C’était il y a un million d’années, entre temps, la brune s’était fiancée et s’était exilée à Monaco pendant tout l’été pour vivre son compte de fée avec son prince. Elle se sentit horrible à cette idée.
Comment avait-elle seulement pu envisager de vivre ailleurs qu’à New-York ? Loin de chez elle, loin de ses amis, loin de Chuck.
Elle dessina à nouveau les traits de son visage parfait du bout du doigt. Elle n’avait aucune idée s’il percevait sa présence mais elle s’assurait que si c’était le cas, il sache qu’elle était là, près de lui.
La jeune-femme tourna son visage vers Lily à son entrée et comprit immédiatement que les nouvelles n’étaient pas bonnes.
La mère de Serena avait les yeux rougis et elle pouvait constater qu’elle avait pleuré sous le mascara qu’elle avait ré-appliqué. C’était quelque chose qu’elle n’avait encore jamais vu et qui réveilla une grande frayeur en elle vu les circonstances.
Elle quitta la main de Chuck à regret quand Lily leur fit signe de l’accompagner à l’extérieur de la chambre, sa meilleure amie et Nate se levèrent pour la suivre.
Une fois dans le couloir les trois amis s’approchèrent de Lily.
- Je préfère ne pas parler dans la chambre, indiqua-t-elle, même s’il est plongé dans un coma artificiel pour lui éviter de souffrir.
Inutile de faire semblant que ce serait une bonne nouvelle.
- C’est pour ça qu’il ne se réveille pas ? interrogea Nate.
Lily acquiesça d’un signe de tête.
- Tant que son poumon n’est pas réparé, il ne peut pas respirer par lui-même. Ils lui ont posé un drain thoracique et il devra rester branché au respirateur pendant au moins deux semaines minimum, le temps de la cicatrisation partielle, ensuite on verra par rapport aux examens complémentaires.
- Il va aller bien, alors ? questionna encore Nate, se raccrochant à un dernier espoir, que ce n’était peut-être pas aussi terrible qu’ils le craignaient tous.
- Les médecins refusent de se prononcer sur un pronostic vital, dit sa mère d’une voix tremblante.
Blair sentit l’air lui manquer et sa tête se mettre à tourner.
Nate eut l’impression de recevoir un coup de poing dans l’estomac.
Serena lutta contre les larmes qui menaçaient au coin de ses paupières.
- Il a un hématome sous-dural.
- Ça veut dire quoi au juste ? questionna Serena d’une voix où s’entendait parfaitement les trémolos.
- Il a une hémorragie dans son cerveau, une poche de sang s’y est accumulée dans une partie et il lui faut une autre chirurgie pour évacuer l’hémoglobine et réparer les tissus. Les risques de réussites sont peu élevés selon les statistiques.
- Mais ils ne sont pas réduits à zéro, commenta Nate qui ne voulait pas battre en retraite.
Son meilleur ami ne l’aurait pas fait.
Blair tenta de supprimer la vague de douleur qui la submergeait entièrement. Depuis l’ongle de son petit orteil à la pointe de ses cheveux.
- Plus on attend, plus les risques augmentent … mais il y a un autre problème, reprit doucement Lily. La défaillance cardiaque dont il a souffert pendant l’opération ne permet pas une nouvelle intervention dans l’immédiat, du moins pas sans risques conséquents. Il ne … il … n’est pas … certain … qu’il … Il faut prendre une décision.
Serena hoqueta, incapable de contrôler ses sanglots.
Lily la prit dans ses bras et laissa échapper une larme elle aussi.
Nate, le visage aussi pâle que la craie chercha dans les yeux de Blair un signe, une lueur d’espoir qui subsisterait. Elle était toujours la première à trouver des solutions pour les tirer des mauvais pas. Mais tout ce qu’il vit c’est cette dernière qui s’effondrait.
Il la rattrapa dans un réflexe, elle n’était qu’une poupée de chiffon dans ses bras.
- Blair, cria-t-il, se rendant compte que leur amie venait de perdre connaissance.
Blair ouvrit lentement les yeux, aveuglée un instant par la lumière.
« Mon Dieu, quel horrible cauchemar ! »
Elle regarda tout autour d’elle. Elle ne se trouvait pas dans sa chambre et ce n’était pas le moins du monde un cauchemar. Elle s’assied sur son lit.
- Hey, dit sa meilleure amie depuis le siège à sa droite.
- Chuck ?
Serena posa sa main sur la sienne.
- Toujours pareil.
La douleur dans la poitrine de la brune se réveilla, elle aussi toujours aussi forte.
Elle pivota sur elle-même dans l’intention de quitter son lit mais la blonde la stoppa dans son geste.
- Les infirmières ont dit que tu devais attendre pour voir le docteur.
- Je veux voir Chuck.
- Nate et ma mère sont avec lui, il n’est pas seul. Tu t’es évanouie Blair ! Je vais demander à une infirmière d’appeler le médecin. En attendant, tu restes là. On a déjà assez avec une personne mal en point.
Blair acquiesça, à contre cœur. Elle n’était pas certaine de tenir debout. Ses jambes jouaient à nouveau des castagnettes, comme tous ses autres membres.
Son amie revint quelques minutes plus tard avec un sandwich et une bouteille d’eau.
La brune ne se rappelait pas son dernier repas. La seule chose qui occupait ses pensées, c’est que l’homme qu’elle aimait de tout son être se battait pour survivre à quelques chambres d’elle.
- Combien de temps s’est-il écoulé ? demanda-t-elle.
- Depuis que ma mère nous a annoncé les mauvaises nouvelles, quatre heures. Il est 9h00 du matin.
Blair ferma les yeux, soulagée de ne pas l’avoir laissé plus longtemps.
- Il faut que tu manges un peu. Ta mère sera bientôt là.
- Ma …
- La mienne l’a appelée quand tu t’es écroulée au milieu du couloir.
La brunette sentit sa gorge se resserrer encore. C’était déjà assez difficile à gérer comme ça, elle n’avait pas besoin que sa mère vienne lui reprocher d’avoir quitté New-York sans prévenir personne à quelques semaines de son mariage avec …
Les larmes lui montèrent aux yeux à nouveau, ç’aurait dû être Chuck et personne d’autre.
Un petit coup sec frappé à la porte lui fit relever la tête au moment où un grand type barbu en blouse blanche entrait.
Elle essuya rapidement la larme qui roulait sur sa joue.
- Mademoiselle Waldorf, je suis le docteur Blossom, se présenta-t-il.
Son amie se leva aussitôt pour quitter la chambre.
- Je repasserai tout à l’heure, déclara-t-elle.
B nota et reporta son attention sur le type en blouse blanche.
Ce dernier lui sourit avec bienveillance, après avoir consulté son dossier.
- J’ai cru comprendre qu’un de vos amis était dans cet hôpital.
- C’est vrai oui,et j’aimerais pouvoir retourner à ses côtés. J’ai sûrement fait un malaise dû aux mauvaises nouvelles qui le concernent. Fin de l’histoire. Maintenant si vous voulez bien signer les documents qui m’autorisent à quitter mon lit, il a besoin de moi, grogna-t-elle.
- C’est votre petit ami ? s’enquit le barbu sans se formaliser de son ton mordant.
Il en avait vu d’autre depuis le temps qu’il exerçait.
- C’est … compliqué. Mais il est très important pour moi et compte tenu du fait que ses chances de …
Elle ne pouvait pas continuer plus loin et éclata en sanglots, se maudissant de ne pas réussir à se maîtriser un tant soit peu.
Le type attendit quelques instants pendant qu’elle séchait ses larmes et reprenait sa respiration.
- Je comprends que la santé de votre ami vous préoccupe mais vous devez vous aussi vous ménager dans votre état.
Blair releva son visage vers lui, balayant une dernière larme de sa pommette.
- Vous êtes enceinte, vous ne le saviez pas ? questionna-t-il devant son air interrogateur.
La jeune-femme se décomposa.
Apparemment, non !
- Je … balbutia-t-elle.
Elle avait eu du retard durant les deux derniers mois c’est vrai, mais elle avait attribué ça au stress du mariage.
La réalité lui revint en pleine figure comme un boomerang.
Elle avait sauté dans l’avion pour rejoindre Chuck sans prendre la peine de prévenir Louis ou sa mère et encore moins la princesse Sophie. Seule Dorota était au courant. Elle avait compris à la seconde où Serena lui avait annoncé que Chuck avait eu un accident qu’il n’y aurait pas de mariage.
Peu importait ce qu’il pourrait dire pour la convaincre de retourner avec son prince. Elle ne le laisserait pas l’éloigner de lui à nouveau. Excepté que les chances qu’il lui dise quoi que ce soit s’amenuisaient d’heure en heure.
Tout se bousculait dans sa tête. Le souffle lui manqua, elle haleta, tentant de reprendre sa respiration.
- Calmez-vous, inspirez lentement. Voilà, comme ça, c’est très bien, maintenant souffler, doucement. Oui. Recommencez. … Encore une fois … Voilà, vous y êtes.
Les pulsations dans ses veines ralentirent et elle retrouva un semblant de rythme cardiaque dans sa poitrine.
- Je … je suis … enceinte, dit-elle à voix haute.
- Ce n’est pas une bonne nouvelle ?
- C’est … compliqué, répéta-t-elle.
- Ça arrive parfois, commenta-t-il d’une voix compréhensive. Vous en êtes à dix semaines d’aménorrhée, ce qui correspond à huit semaines de grossesse.
- Huit semaines ? C’est impossible, je m’en serais aperçue, je veux dire, j’ai eu mes règles…
- Ça aussi, ça arrive parfois, sourit-il.
Elle fit mentalement le calcul. Est-ce qu’il serait possible que … ? Non, ils avaient seulement fait l’amour une seule fois. Les chances étaient pratiquement nulles.
- Est-ce que ça va aller ? questionna le médecin. Si vous voulez envisager une interruption volontaire de grossesse, vous n’avez plus beaucoup de temps pour vous décider. La législation vous y autorise jusqu’à la fin du premier trimestre, mais je vous conseillerais toute fois de bien y réfléchir. Ce sera une décision irrévocable dans un cas comme dans l’autre, avec toutes les conséquences qui en découleront. Si vous le souhaitez, je peux vous adresser à une de mes collègues psychologues pour en parler avec elle.
- Vous êtes certain de la date ?
- Certain. Les analyses ne se trompent pas.
- Est-ce que … est-ce qu’il est possible de faire un test de paternité ? Je veux dire maintenant ?
- Il existe un test non invasif, mais il faut attendre douze semaines, ce qui ne vous autorisera plus à avorter légalement, si vous le désirez, par la suite. Il y a bien entendu d’autres méthodes, telle que l’amniocentèse mais cela représente un risque pour la vie du bébé.
Blair ferma les paupières un instant, son souffle devenait court une nouvelle fois. Tant de questions s’entrechoquaient dans son crâne.
- Respirez doucement, conseilla le médecin. Vous avez encore un peu de temps pour réfléchir à tout ça. Vous devriez en parler avec quelqu’un, peut-être le ou les pères potentiels. Je vous laisse la carte de ma consœur.
Elle frissonna. Qu’elle serait la réaction de Louis ?
- L’important, c’est que vous allez bien, tous les deux. Votre malaise a été provoqué par le choc émotionnel, tout le reste va bien, reprit l’homme en blouse blanche. Vous pouvez quitter votre lit et aller voir votre ami.
Son cœur se serra dans sa poitrine. Et si c’était le bébé de Chuck ?
Serena serra sa meilleure amie dans ses bras.
- Tu es certaine que c’est ce que tu veux ? Tu as encore un peu de temps avant de te décider.
Blair nota.
- Il n’y a pas vraiment de choix à faire. Je ne veux pas faire prendre de risques au bébé et si jamais c’est celui de Chuck … ou non d’ailleurs.
- On est avec toi, dit Nate en l’enlaçant à son tour. Tu n’es pas seule, tu ne le seras jamais.
- Je sais, sourit-elle derrière les larmes qui dansaient dans ses yeux.
Elle passa une main sur sa pommette puis quitta sa chambre pour rejoindre celle de Chuck.
Rien n’avait bougé. C’était comme si le temps était suspendu. Tout comme la vie du jeune-homme qui ne tenait plus qu’à un fil. Le moniteur indiquait un tracé régulier de ses battements cardiaques. Elle poussa un soupir de soulagement et de résignation à la fois.
Lily aussi avait pris sa décision. Elle ne pouvait pas se permettre d’attendre elle non plus. L’opération comportait de grands risques mais ne rien faire serait encore bien pire. Elle ne pouvait pas se résoudre à regarder son fils mourir lentement. L’intervention était prévue pour l’après-midi même.
Blair s’approcha et prit sa main dans la sienne. Elle déposa un baiser dans sa paume et sur ses phalanges. Puis se pencha sur lui pour embrasser sa tempe. Une de ses larmes roula sur son visage et tomba dans le cou du jeune-homme inconscient.
- Je t’aime. Ne me laisse pas, s’il te plaît. Je t’aime. Je suis là. Je ne te laisserai plus, s’il te plaît, ne me fait pas ça.
Elle étouffa un sanglot, posant son front sur le sien.
- Je t’aime, je t’en prie, ne t’en va pas. Bas-toi. Je t’en supplie, bas-toi. Tu es Chuck Bass, ne l’oublie pas, tu détestes perdre, tu gagnes toujours.
Eléanor Waldorf resta sur le seuil de la chambre 10-89 un moment en silence.
Elle avait pénétré au Mont Sinaï d’un pas décidé et le port altier comme à son habitude. Elle n’en revenait pas que sa fille se soit enfuie de cette manière, sans rien lui dire. Si Lily n’avait pas téléphoné pour lui annoncer son malaise, ce matin, elle ne se serait pas aperçue de son départ avant le dîner de ce soir.
Elle grimaça à l’idée qu’ils auraient dû être en petit comité avec les Grimaldi. La nouvelle aurait l’effet d’une bombe dans la presse.
Dorota avait tout déballé suite à la nouvelle de l’évanouissement de la jeune-femme. La femme de chambre avait plaidé coupable. C’est elle qui avait préparé le sac de Blair et l’avait envoyée rejoindre l’homme qu’elle aimait et qui était couché sur ce lit en cet instant.
Eléanor n’était pas quelqu’un de facilement impressionnable, mais elle se sentait vraiment impuissante devant la machinerie médicale qui permettait à ce dernier de respirer.
Elle se sentait également impuissante à soulager la peine de sa petite fille qui pleurait toutes les larmes de son corps en le suppliant de ne pas l’abandonner. Son cœur de mère ne pouvait pas supporter de voir sa détresse.
Elles n’avaient peut-être pas toujours été les plus proches amies du monde, mais elle aimait sa fille et elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour l’aider à l’obtenir. Malheureusement, dans ces circonstances, son pouvoir était plus que limité.
Elle s’éclaircit la gorge pour signaler sa présence et Blair se tourna vers elle.
La brunette resta pétrifiée quelques secondes et découvrant sa mère dans l’embrasure de la porte.
Elle imaginait déjà les remontrances que celle-ci lui assénerait. Ce qui était totalement justifié vu la manière dont elle avait quitté Manhattan.
Pourtant elle ne trouva que de l’empathie et de la sollicitude dans les yeux de sa mère au lieu du regard empli de reproches et de désapprobations auquel elle s’attendait.
- Maman, appela-t-elle désespérément d’une voix à peine audible.
- Mon bébé, dit Eléanor en s’avançant vers elle pour l’enlacer.
Blair laissa ses sanglots l’emporter sur la bienséance, blottie dans les bras de sa mère comme quand elle était petite fille. Excepté que c’était toujours vers son père qu’elle se tournait dans ces moments de tristesse.
Mais aujourd’hui son père n’était pas là et elle avait besoin de sa mère parce qu’elle allait bientôt en devenir une elle-aussi. Elle passerait bientôt de l’autre côté du miroir. Et elle était terrifiée, à l’idée de perdre l’amour de sa vie, à l’idée de donner naissance à un petit être qui dépendrait totalement d’elle, à l’idée de ce qu’elle avait laissé là-bas à New-York et qu’elle devrait bien affronter d’une manière ou d’une autre à un moment donné, à l’idée de son futur qu’elle ne maîtrisait plus.
Elle qui avait toujours tout planifié, tout organisé, se retrouvait devant sa vie complètement perdue, incapable de voir à travers le brouillard qui se dressait devant elle. La seule chose qu’elle pouvait faire, c’était continuer à avancer pour ne pas tomber et s’accrocher à chaque petit bout d’amour et de soutien qu’elle trouverait en chemin.
Nate, Serena, Dorota et même sa mère, elle avait besoin d’eux pour l’aider à rester debout quand elle ne savait pas de quoi demain serait fait. Quand son cœur était si lourd et pourtant si vide déjà. Cette sensation de néant qui l’enveloppait, sans lui pour tenir sa main, pour lui dire qu’elle était la femme la plus puissante qu’il connaissait. Elle avait besoin de leurs forces pour rassembler les siennes.
Eléanor la cajola et passa sa main à plusieurs reprises dans son dos de bas en haut pour la réconforter. Elle n’était pas du genre à raconter des histoires, aussi ne lui promit-elle pas que tout irait bien, mais elle lui assura qu’elle serait là pour elle.
Parce que c’est toujours ce que font les mamans. Elles sont là, en première ligne pour vous ramasser quand vous trébuchez, que ce soit pour faire un bisou sur un bobo ou pour apposer un sparadrap sur un genou écorché ou encore pour panser un cœur blessé.
Aussi laissa-t-elle sa fille pleurer tout son soul sur son épaule jusqu’à ce que ses sanglots deviennent des hoquets puis des spasmes de plus en plus lents.
- Je suis désolée, s’excusa Blair quand elle put enfin parler.
- Ne le sois pas, Dorota m’a tout expliqué. Et si j’avais été fâchée contre toi, ton malaise et ma visite dans cette chambre suffirait à me faire comprendre que tu as fait la seule chose qui s’imposait à toi, dit-elle en posant un regard navré sur Chuck.
- Louis …
- Il a trouvé la bague que tu as laissée sur ta table de nuit quand il est passé en début d’après-midi. Je me préparais pour venir te rejoindre, soupira Eléanor, autant te dire qu’il n’a pas apprécié et que Sophie va criser.
La jeune-femme n’en doutait pas une seule seconde mais elle avait d’autres priorités en tête.
- Et toi ? Comment vas-tu ? demanda enfin sa mère.
Voir sa fille debout impliquait qu’elle allait mieux, les émotions l’avaient sans doute chamboulée, on l’aurait été à moins.
- Je suis enceinte, annonça Blair sans vraiment la regarder.
Au lieu de ça, elle agrippa la main de Chuck, comme s’il pouvait réagir à la nouvelle.
Eléanor resta sans voix, voilà qui n’allait pas aider à arranger la situation et à apaiser les tensions avec la famille princière monégasque.
Lily tentait de garder son calme. Son fils était en salle d’opération depuis deux heures déjà. L’intervention devait durer entre trois et quatre heures. Le chirurgien lui avait expliqué qu’il resterait sous assistance respiratoire durant tout le processus pour minimiser les risques d’arrêt cardiaque.
Rufus resserra son étreinte autour de sa taille. Il était arrivé peu après Eléanor pour la soutenir dans cette épreuve. Non, pas qu’il porte spécialement Chuck dans son cœur, mais il était le fils de Lily et il n’oubliait pas qu’il l’avait un jour sauvée des griffes de Jack. Il n’oubliait pas non plus qu’il avait défloré sa petite fille mais, quoi qu’il en soit, il ne souhaitait pas de mal au jeune-homme et un tel accident lui apparaissait comme tragique.
Serena tendit un café à Nate qui s’en saisit en la remerciant d’un regard. Les heures semblaient des siècles. C’est la vie de son meilleur ami qui était en jeu. Ils s’étaient souvent accrochés sur des désaccords, mais ils étaient aussi complices comme des frères et leur amitié finissait toujours par reprendre le dessus. Quand l’un en avait besoin, l’autre était toujours là. Il soupira et avala une gorgée de café insipide.
Blair avait disparue de la salle d’attente, il y a vingt minutes environs. Elle ne supportait plus de rester là, enfermée, à attendre. Aussi s’était-elle réfugiée là où il serait allé. Elle avait gravi les étages jusqu’au toit. Elle admirait la vue, comme il l’aurait fait. C’était idiot mais elle se sentait plus proche de lui ici que nulle part ailleurs.
Elle pria pour la énième fois afin que Dieu ne lui reprenne pas l’amour de sa vie. Pour qu’il lui permette de revoir encore un jour ses beaux yeux sombres dans lesquels elle se noyait si facilement.
Elle posa une main sur son ventre. Elle avait une échographie prévue pour le lendemain matin. A sa plus grande surprise, sa mère n’avait pas hurlé, ni pleuré. Elle lui avait simplement demandé si elle avait considéré toutes les options et toutes les conséquences que cela impliquerait de mener une grossesse à terme a à peine vingt ans.
Eléanor n’avait pas osé mentionner le fait qu’elle n’aurait peut-être pas de père à ses côtés pour l’élever.
En aucun cas Blair ne voulait mentir à Louis mais il était hors de question qu’elle l’épouse uniquement parce qu’elle porterait peut-être son enfant. Elle n’était pas amoureuse de lui, pas comme elle l’était de Chuck.
Elle avait été séduite par son titre et impressionnée par son yacht et son château. Elle ne l’avait même pas trouvé attirant la première fois qu’elle l’avait vu, pas jusqu’à ce qu’elle sache qu’il était sur la liste des héritiers potentiels à la couronne de Monaco.
Elle avait fini par rallumer son smartphone. Elle avait une bonne vingtaine de messages vocaux ou écrits de Louis. Tous l’implorant de lui pardonner pour le soir du gala. Il pensait encore que c’était la cause de son départ.
Tôt ou tard, elle devrait l’affronter et lui expliquer la véritable raison. Elle espérait de toute son âme que ce serait avec Chuck à ses côtés. Elle se doutait bien que si son enfant était un Grimaldi, les choses deviendraient encore plus compliquées.
Sophie ne la laisserait jamais en avoir la garde et exigerait qu’il soit élevé sur le rocher. C’est ce qu’elle redoutait le plus. Elle n’avait pas souhaité cette grossesse mais elle voulait voir grandir son fils ou sa fille. Elle ne laisserait personne le lui arracher.
Elle avait même envisagé ne rien dire à Louis l’espace d’un instant, ça aurait sans doute tout simplifié, mais ça aurait été aussi bien trop cruel. Elle savait combien Chuck avait souffert du mensonge de son père à propos d’Élisabeth et elle en gardait un goût amer dans la bouche. Elle ne pourrait jamais infliger pareille chose à ce bébé.
La porte s’ouvrit derrière elle, Nate et Serena s’avancèrent bras-dessus bras-dessous sur le terrassement. Sans un mot, ils s’installèrent à la balustrade à leur tour. Regardant la ville qui s’étendait sous leurs pieds. Les lumières de la nuit commençant à apparaître avec la tombée du jour.
Blair resta silencieuse elle aussi, chacun sachant parfaitement à quoi ça les ramenait. Chuck avait toujours eu une passion pour les toits, ils ne pouvaient pas être ailleurs en cet instant précis.
Nate accrocha un bras autour des épaules de la brune. Son ami aurait voulu qu’il prenne soin d’elle et c’est exactement ce qu’il allait faire jusqu’à ce que Chuck soit en état de le faire par lui-même.
Il accrocha également un bras aux épaules de Serena. Elle tentait d’être brave mais il l’a connaissait assez pour savoir qu’elle considérait véritablement Chuck comme un frère elle-aussi.
La jeune-femme blonde essuya une larme qui perlait aux coins de ses paupières. Elle ne devait pas flancher, elle devait être forte, pour Blair, pour Nate, pour Chuck. L’ombre d’un sourire flotta sur ses lèvres en repensant au nombre de fois où elle l’avait jeté hors de sa salle de bain quand ils avaient emménagés avec Bart.
Il prenait un malin plaisir à la faire sortir de ses gonds et à la rendre dingue. Malgré tout, il avait toujours été là quand elle en avait besoin, même quand Bart l’avait réexpédié tout seul dans sa suite au Palace pour ne pas qu’il trouble la quiétude du reste de leur famille.
Elle avait trouvé ça horrible, c’est à ce moment-là qu’elle avait commencé à comprendre ce qu’avait été la vie de Chuck avec son père depuis sa naissance. Pas étonnant qu’il se comporte comme un sale con.
Heureusement, la situation s’était améliorée. Ils étaient devenus de plus en plus proche ces dernières années et elle le considérait comme son frère au même titre qu’Éric aujourd’hui.
Le bruit de la porte la sortit de ses réflexions. Rufus venait les informer que l’intervention était terminée. Le chirurgien avait dit que tout s’était bien passé compte tenu des circonstances. L’important étant que le cœur de Chuck ait tenu le coup pendant toute la durée de l’opération.
Les trois jeunes New-Yorkais rejoignirent Lily dans la chambre de leur ami en attendant qu’il y soit ramené mais les infirmières étaient catégoriques : aucune visite avant le lendemain matin. Le patient avait subi une intervention chirurgicale très risquée et il avait besoin de calme et de repos.
Il resterait en tout état de cause plongé dans le coma encore plusieurs jours, voir semaines, comme initialement prévu pour permettre la cicatrisation de son pneumothorax et lui éviter la douleur qui l’accompagnait.
Blair refusa de quitter le Mont Sinaï sans l’avoir vu, au moins aperçu, dans le couloir lorsque les brancardiers le réinstalleraient dans la chambre 10-89. Elle fit les cents pas dans le corridor pendant trente minutes avant de voir arriver un jeune-homme qu’elle n’attendait pas le moins du monde.
- Louis ? s’étonna-t-elle en le regardant s’arrêter à sa hauteur. Mais qu’est-ce que tu fais ici ?
- Je ne vais pas te perdre sans me battre, Blair ! l’informa-t-il d’un air déterminé.
- Louis …
- Pardonne-moi, s’il te plaît. Si je ne suis pas venu te prendre c’est parce qu…
- Ça n’a plus d’importance maintenant, le coupa-t-elle.
- Si, bien sur que si, quand je t’aurai tout expliqué...
- Louis, je ne suis pas partie à cause de ça !
- Je sais, tu as dis que ma mère avait gagné et maintenant j’ai compris. Les pivoines, la robe, mais je te promets que désormais je te soutiendrai. C’est toi qui décidera de tout et …
- Je suis désolée Louis, mais je ne suis pas amoureuse de toi.
Elle aurait voulu pouvoir être moins directe et faire les choses avec plus de douceur mais les heures étaient éprouvantes et elle n’avait pas la force de se préoccuper des états d’âmes de son ex-fiancé. Elle voulait juste voir Chuck et être certaine qu’il était toujours là, que ses prières avaient été exhaussées.
Le prince accusa le choc et en resta sans voix pendant plusieurs secondes.
- Blair …, supplia-t-il finalement.
- Non, Louis, ça ne sert à rien d’insister. Mon cœur appartient à quelqu’un d’autre et peu importe combien lui ou moi voudrions changer cet état de fait parfois, il ne peut pas en être autrement.
- Il te rend malheureuse !
- Non, il me rend heureuse au contraire, même si notre histoire est compliquée et qu’il y a des moments affreux et dramatiques.
- Blair … tenta encore le prince.
- Je suis désolée. Je sais que la rupture de nos fiançailles va avoir des retombées médiatiques mais, je ne peux pas faire autrement. Je ne peux pas remettre cette bague à mon doigt quand elle me brûle la peau par le mensonge.
- Alors, c’est fini ? Comme ça ?
- C’est fini Louis, en tout cas en ce qui concerne notre futur mariage.
Elle n’en dit pas plus, elle venait de changer d’avis. Elle attendrait d’avoir fait le test de paternité, dans deux semaines, avant de l’informer de sa grossesse. A condition qu’il y ait quoi que ce soit dont elle ait besoin de l’avertir qui le concerne. Inutile de le faire souffrir inutilement et de compliquer les choses si cet enfant n’était pas de lui, ce qu’elle espérait de tout son cœur.
Il soupira, il était vain d’insister, elle avait prit sa décision. Il avait toujours su au fond de lui qu’elle ne pourrait jamais l’oublier, mais il avait espéré qu’elle se contenterait de son amour et de tout ce qui accompagnait le titre de princesse qu’il pouvait lui offrir. Peu d’homme pouvait s’enorgueillir d’être un vrai prince avec château et royaume.
Blair avait été une bouffée d’air frais dans sa vie, un peu trop frais pour le protocole sans aucun doute. Sa mère allait exploser quand elle apprendrait qu’il l’avait laissée partir. Mais que pouvait-il faire ? L’obliger à l’épouser contre son gré et l’enfermer dans une cage comme aux siècles passés ?