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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 24.11.2012 à 09h14
Auteur : katido
Statut : Terminée
« Cette commence au 4x01. Elle réivente la saison 4 et est, bien entendu comme toutes mes autres fics, centrée sur le Blass. Chair forever of course » katido
Cette fanfic compte déjà 27 paragraphes
Chuck ouvrit lentement les yeux et regarda autour de lui. Il était dans une chambre d’hôpital. Il tenta de bouger mais son corps ne coopéra pas vraiment. Il eut toutes les peines du monde à attraper la sonnette qui pendait au perroquet au-dessus de son lit.
Une infirmière apparue quelques minutes plus tard, tout étonnée. Elle était jeune et portait ses cheveux blonds en chignon. Une frange retombait sur ses yeux bleus, magnifiques.
- Vous êtes réveillé ? constata-t-elle avec surprise.
Chuck se demanda si elle était réellement infirmière ou si elle avait été choisie pour son physique par un médecin masculin. Pourquoi était-elle si déconcertée par le fait qu’il soit éveillé ?
Il se concentra sur son corps allongé sur le lit, à demi sous les couvertures. Il avait une perfusion plantée dans son bras droit mais aucune autre trace de pansement quelconque et il n’avait aucune douleur particulière comme après une opération, juste cette sensation désagréable d’endolorissement général. Il n’avait pas l’impression d’être blessé. Alors que faisait-il là ?
- Je vais chercher un médecin, reprit l’infirmière après quelques secondes.
Elle disparue derrière la porte comme elle était venue.
Chuck tenta de rassembler ses esprits. La dernière chose dont il se souvenait c’était de partir à la fête sur Mulholland. La chute à moto. Le faire-part d’invitation au mariage princier de Blair.
Il avala la boule qui lui enserrait la gorge à cette idée.
Ses sensations étaient revenues !
Il ressentait à nouveau la douleur et la peine.
Un médecin afro-américain pénétra dans la chambre, suivi par blondie.
- Je suis le docteur Hawke, se présenta-t-il. C’est moi qui m’occupe de vous depuis que vous êtes arrivé dans notre établissement. Connaissez-vous votre nom ?
- Je suis Chuck Bass, répondit C, effaré par la question.
- Quelle est votre adresse ?
- Je réside à l’hôtel Empire, à l’angle de la 44èmeOuest et de la 63ème à 10023 New-York.
L’infirmière bimbo eut un petit hoquet.
- Bridget, si vous alliez prévenir le scanner qu’on leur envoi un patient, dit le médecin avec un regard de reproches à son adresse.
- Tout de suite, répondit-elle en s’éloignant.
- Bien, reprit-il en se tournant à nouveau vers son patient avec un sourire rassurant. Votre mémoire à l’air intacte mais un scanner est absolument nécessaire dans votre cas. Mais d’abord, quelques vérifications de bases pour être certain que votre corps réagit correctement.
Chuck constata que ses membres étaient amaigris. Une cicatrice, déjà ancienne, barrait ses côtes. Après quelques examens de routine le médecin conclut :
- Tout va plutôt bien étant donné la situation.
- Mais quelle situation au juste ? s’agaça Chuck.
- Monsieur Bass, reprit le docteur Hawke avec prudence. Vous êtes resté dans le coma pendant pas mal de temps. D’ailleurs, pour être honnête, peu de personne ont continué à croire que vous en sortiriez un jour. La médecine elle-même ne peut prévoir ce genre de chose.
Chuck le dévisagea complètement perdu. Les propos du médecin n’avaient aucun sens pour lui.
Dans quel asile de fou se trouvait-il ?
- Qu’est-ce que vous me raconter ? demanda-t-il après un moment.
- Je sais que c’est difficile à croire et que la réadaptation ne sera pas facile. C’est un réel traumatisme pour les personnes comme vous que de se réveiller après plusieurs années et de constater que le monde a continué de tourner alors que votre vie était entre parenthèse. Mais vous avez de la chance d’être parmi nous aujourd’hui. Vous auriez tout aussi bien pu ne jamais vous réveiller. Ne l’oubliez pas surtout.
- Plusieurs années ? questionna Chuck.
Le médecin sortit son téléphone de sa poche et le lui tendit. C n’avait jamais vu ce genre de modèle.
- Nous sommes le 23 novembre 2018, dit l’homme en blouse en indiquant la date au-dessus de l’écran. Cela fait pratiquement sept ans que votre mère vous a fait placer dans notre établissement.
Chuck l’observa, incrédule. Était-ce une blague de mauvais goût ? Une caméra cachée ? Personne ne serait capable d’une telle chose. Alors quoi ? Un cauchemar ? La quatrième dimension ? Ce ne pouvait être que ça, il allait bientôt se réveiller. Pour de vrai !
Mais il dû bien se rendre à l’évidence, le cauchemar ne prendrait pas fin. Après que le Dr Hawke lui eut expliqué les circonstances dans lesquelles il était tombé dans le coma, il fut emmené au scanner puis subit encore d’autres examens, avant d’être ramené dans sa chambre.
A son retour, Lily était là. Elle avait vieillit mais cela lui allait plutôt bien. Quelques fils d’argent se mêlaient à ses cheveux blonds. Elle était toujours aussi classe et élégante. Elle sourit et le serra longuement dans ses bras, avant de relâcher son étreinte, les larmes aux yeux.
- Contente de te revoir parmi nous, dit-elle d’une voix teintée d’émotion. On y croyait plus.
Chuck poussa un soupir mêlé d’agacement et d’impuissance et jeta sa cuillère dans son bol mais le couvert retomba sur sa serviette, dépliée sur le plateau. La colère grondait en lui et il n’était même pas capable de laisser son corps l’exprimer !
Ce dernier refusait de lui obéir et ça l’exaspérait au plus haut point. Le médecin l’avait prévenu qu’on ne sortait pas indemne d’un coma prolongé et qu’il devrait faire preuve de patience pour réapprendre les gestes quotidiens les plus anodins.
Sa masse musculaire avait fondue pendant toutes ces années d’immobilité et ses membres devaient se réhabituer à la motricité. La kinésithérapie et l’ergothérapie l’aideraient à passer ce cap, mais pour l’instant, il lui était même interdit de tenter de se lever seul, il était condamné à la chaise roulante comme moyen de déplacement jusqu’à ce que ses jambes puissent supporter le poids du reste de son corps.
Il devait déjà s’estimer chanceux de s’être réveillé selon le docteur Hawke.
Et quelle chance en effet !
Il dépendait totalement d’autrui maintenant. Il n’arrivait même pas à manger seul, sans parler du fait qu’il ne pouvait pas ingérer autre chose que des aliments semi-liquides vu qu’il avait été « nourrit » par baxter depuis sept ans.
Lily ramassa la cuillère et la reposa proprement sur la tablette devant lui.
- Charles …
Il se laissa retomber en arrière contre l’oreiller dans son dos et ferma les paupières. Il détestait cette situation, ça lui était totalement intolérable.
- Donne-toi un peu de temps, dit doucement sa mère. Tu es sorti du coma il y a quelques heures à peine.
Elle passa sa main sur son avant-bras pour le réconforter mais ça ne fit qu’attiser sa frustration. Inspirer de la pitié était la pire des choses qui puisse lui arriver.
Il se demandait pourquoi il n’était pas tout simplement mort dans cet accident. Tous les autres avaient continué à vivre leur vie et se débrouillaient très bien sans lui, ça n’aurait fait aucune différence.
Jack avait bien entendu sauté sur l’occasion pour prendre la direction de Bass Industrie et pour le reste …
Quel reste ?
Non seulement il n’avait pas eu de vie pendant les sept dernières années mais en plus il n’avait aucune raison d’être là et de vouloir récupérer celle qu’il avait avant.
Lily lui avait un peu fait le résumé du parcours de chacun et ils avaient plutôt bien tiré leur épingle du jeu.
Nate était à la direction d’un des journaux les plus importants de New-York. Il l’avait remonté de toute pièce grâce à l’argent que son grand-père y avait investi. Il eut un petit sourire acidulé. S’il y avait bien un endroit où il ne se serait pas attendu à voir Nathaniel, c’était à la tête d’un éditorial. Il ne savait pas où il l’imaginait d’ailleurs, peut-être dans la politique comme son cousin qui était à présent député au congrès.
Serena, elle, avait une jolie carrière dans le milieu du cinéma. Sa responsable lui avait donné la charge des bureaux à Manhattan et c’est la blonde qui gérait à présent tous les projets d’adaptations de bouquin.
Éric s’était exilé à Londres pour suivre son petit-ami et y exerçait le métier d’avocat avec brio et un talent certain.
Daniel Humphrey avait publié un best-seller sur les dessous du monde de l’UES.
Même le lonely-boy de Brooklyn avait réussi !
Tous, sauf lui, qui en était réduit à manger ses aliments en purée.
Lily avait soigneusement omis de lui parler de la Princesse Grimaldi et de sa vie de château à Monaco avec son prince charmant. Elle voulait sûrement l’épargner. Comme si ça pouvait encore faire une différence à présent !
Il n’ouvrit pas les paupières quand il entendit l’infirmière venir récupérer le plateau-repas auquel il n’avait pratiquement pas touché.
La jeune-femme en bleu avait proposé de l’aider à manger comme s’il était un enfant à qui il fallait donner la becquée. Un seul regard assassin avait suffi à lui faire comprendre qu’il préférerait mourir d’inanition. Elle n’avait pas insisté et avait abandonné la bouillie infâme devant lui en jetant un regard compatissant à sa mère adoptive.
Heureusement, Lily le connaissait assez pour ne même pas tenter de le convaincre de la laisser l’aider. Il avait réussi à atteindre son objectif à peu près deux fois sur trois. Après la dixième bouchée, une demi-heure plus tard, il avait décidé de laissé tomber, ce truc insipide ne valait pas le coup de se ridiculiser plus qu’il ne l’était déjà.
D’ailleurs il n’avait même pas faim.
Et quand bien même !
Il pouvait à peine avaler. Sa gorge était si serrée qu’il arrivait tout juste à déglutir.
C’était comme si toute la douleur qu’il ne ressentait pas avant l’accident s’était accumulée en lui et l’attendait au tournant pour le prendre en traître à la première occasion … sept ans plus tard. Elle était, elle-aussi, restée en sommeil, dans un coin de son cœur, n’attendant que son heure pour passer à l’attaque.
Trois coups fermes portés à la porte lui firent ouvrir les yeux.
Son meilleur ami passa le seuil, essoufflé et se stoppa devant lui un instant pour l’observer avec des pupilles, rondes comme des billes, mais toujours aussi bleues. Quelques petites rides se creusèrent aux coins des yeux de Nathaniel Archibald quand son sourire s’étira jusqu’à eux.
- Hey, man ! dit-il en s’approchant pour le serrer dans ses bras.
Le brun ressentit toute la chaleur de leur amitié et ça le réchauffa à l’intérieur. Peut-être bien qu’il y avait certaines choses qui valaient le coup dans sa vie après tout.
Nate ne relâcha pas son étreinte avant plusieurs secondes et c’est finalement Chuck qui brisa leur union.
- Tu ne vas pas m’embrasser quand même ? sourit-il finalement à son visiteur avec son petit air narquois.
Il y a des choses qui ne changeraient jamais, constata intérieurement Nate pour sa plus grande joie, avec quelques reflets trop brillants au fond de la rétine.
- Ne me dis pas que tu as viré ta cuti pendant que je dormais ! plaisanta Chuck pour dissiper le malaise qu’il ressentait à cette démonstration d’affection une peu trop vive et émotive à son goût.
Puis il se rappela que si lui avait l’impression qu’ils s’étaient vus la veille, ce n’était pas la réalité.
- Si c’est le cas, ça s’est fait au cours des neuf derniers mois, commenta Serena en franchissant le seuil à son tour avec un sourire béat et un ventre aussi énorme qu’une montgolfière.
- Sis, la salua son frère adoptif en la détaillant des pieds à la tête.
Ses cheveux, toujours aussi chatoyants, étaient plus courts, lui arrivant à hauteur des épaules et ses yeux pétillaient d’un trop plein de vie, de la même manière que dans ses souvenirs
- Est-ce que ça va ? questionna Lily en constatant qu’elle était en nage.
- Je suis censée accoucher dans un peu moins de deux semaines et il était si pressé de voir son meilleur ami, qu’il m’a laissé me traîner jusqu’ici pendant qu’il sprintait pratiquement tout le long du couloir, grommela-t-elle à l’adresse du responsable de son état avec un ton de faux-reproches.
- Ça aurait été plus vite si tu ne devais pas faire un arrêt à chaque fois qu’on passe devant les pipi-rooms, indiqua-t-il, candide, en guise d’excuse. Et puis on est déjà à l’hôpital, il ne pouvait rien t’arriver de bien grave entre l’ascenseur et ici.
- Pousse-toi de là, j’ai besoin de place pour deux, dit-elle en le bousculant gentiment pour s’approcher du lit.
Elle enlaça encore plus longuement que lui le beau au bois dormant.
- Il était vraiment tant que tu reviennes parmi nous, tu nous as vraiment beaucoup trop manqué, sourit-elle de toutes ses dents.
Blair sortit de la voiture qui la ramenait de l’aéroport et s’engouffra dans le sas d’entrée. Elle n’avait même pas pris le temps de passer par chez elle pour y déposer ses affaires, Vanya s’en chargerait bien.
Arrivée à l’étage, elle croisa Lily dans le couloir. Elle s’arrêta un instant pour la saluer mais ne put articuler aucun mot tant sa gorge était serrée.
- Il va bien, lui dit Lily, comprenant le trouble de la jeune-femme. Il est un peu déboussolé mais on le serait à moins.
Blair la remercia d’un hochement de tête. Lily l’avait beaucoup aidée pendant ces sept dernières années et les deux femmes s’étaient énormément rapprochées. Si bien qu’elles nouaient aujourd’hui presque autant de liens avec la mère de Serena qu’avec la sienne.
- On ne lui a rien dit, continua Lily sur le ton de la confidence. Nous avons pensé qu’il valait mieux que tu lui en parles toi-même.
- Merci, murmura Blair.
Lily posa une main sur son bras pour l’encourager.
- Tout ira bien maintenant, tu verras, dit-elle avec un regard d’encouragement avant de se diriger vers l’ascenseur.
B pria pour que ce soit le cas et s’avança vers la chambre de Chuck. Elle frappa doucement à la porte, un peu tremblante. Elle avait si souvent espéré ce moment en passant le seuil. Son cœur fit un bon dans sa poitrine lorsqu’elle constata de ses propres yeux qu’il était bel et bien conscient.
Un sourire éclaira le visage du jeune homme lorsqu’il la vit. C’est à peine s’il arrivait à en croire ses yeux. Blair, sa Blair, se tenait là, devant lui. Son cerveau reprit immédiatement son cœur, elle n’était plus SA Blair depuis longtemps.
- Salut, dit-elle tout bas en s’approchant de son lit.
- Salut, répondit-il de la même voix empreinte d’émotion.
Elle s’assied sur le rebord du lit et lui prit la main. Ils se contemplèrent en silence pendant quelques secondes. Il ne pouvait pas nier le passage du temps. Blair avait mûri, elle était plus belle encore qu’à ses vingt ans. La maturité lui donnait une beauté particulière qui lui saillait à ravir.
Il sentit ce traître se mettre à cogner plus fort dans sa poitrine. Le contact de sa peau réveillait en lui des sentiments toujours bien présents. Il s’en voulut de ressentir encore de telles choses pour elle. Il fit un effort pour cacher son émoi.
- Je n’imaginais pas te voir, je pensais que tu vivais à Monaco à présent, dit-il du ton le plus neutre qu’il put.
- Crois-tu vraiment que j’aurais pu partir vivre à l’autre bout du monde alors que tu étais allongé sur un lit, inconscient ? demanda-t-elle comme un reproche.
Il ne sut pas quoi répondre, il baissa les yeux et vit qu’aucune alliance, ni bague de fiançailles, n’ornait son doigt. Son cœur fit un bond dans sa poitrine et se mit à courir comme un dératé sans qu’il ne puisse plus le refréner.
Elle croisa son regard et s’y noya quand il releva la tête. Un sourire timide naquit sur sa bouche tandis qu’une larme silencieuse roulait sur sa joue sans qu’elle ne cherche à la dissimuler.
D’un geste tendre, elle remit en place une mèche de ses cheveux, tombée sur son front avant de se pencher vers lui pour nouer ses bras autour de son cou et effleurer ses lèvres d’un baiser encore plus tendre.
Elles étaient si douces, Chuck en eut des frissons dans tout le corps.
- Il n’y a jamais eu que toi et il n’y aura jamais personne d’autre, souffla-t-elle à son oreille en enfouissant son visage dans son cou avant de laisser échapper les sanglots qui émanaient de son cœur.
Chuck referma ses bras autour d’elle et déposa un baiser sur ses cheveux. Il clôt ses paupières, enivré par son parfum et par les sensations qui s’emparaient de lui. Une vague immense qui le submergeait totalement.
Il pensait l’avoir perdue à tout jamais, pourtant elle était là, tout contre lui, lui murmurant des mots si doux et si tendres que son cœur débordait de tout l’amour qui sommeillait en lui, cet amour pour elle qui ne s’éteindrait jamais, quel que soit le nombres des années.
Peu à peu les sanglots de la jeune-femme s’atténuèrent et sa respiration se fit plus calme. Ils restèrent ainsi, de longues minutes, la tête de Blair posée sur l’épaule de Chuck, savourant le simple fait d’être dans les bras l’un de l’autre.
Une petite mélodie retentit dans la poche du sac de la brunette. Elle se dégagea lentement de l’étreinte du jeune-homme en essuyant ses larmes et s’éclaircit la gorge avant de répondre avec un sourire radieux.
- Bonjour mon cœur, dit-elle d’une voix que C ne lui connaissait pas.
Il n’entendit pas ce que son interlocuteur répondait.
- Comment s’est passée ta journée ?
- ...
- Toi aussi, tu me manques. Mais tu sais quoi ? J’ai une surprise, je serai à la maison ce soir avant que tu n’ailles dormir.
Cette fois il entendit clairement un cri de joie émanant de l’autre côté du combiné que B avait légèrement décollé de son oreille.
- Tu me passes Dorota s’il te plaît ?
- …
- Je ne sais pas. Bientôt.
- …
- Oui, moi aussi je t’aime, à tout à l’heure.
- ...
- Dorota, je suis rentrée à New York, je serai là pour dîner.
- …
- Je t’expliquerai, répondit-elle encore avant de raccrocher.
Elle hésita un instant, puis se lança devant l’air interrogateur de Chuck.
- Il s’appelle Nathan et il va avoir sept ans bientôt, dit-elle pour répondre à sa question muette en déposant le téléphone devant lui.
Chuck étudia un instant l’image d’un garçonnet châtain aux yeux sombres qui souriait entre les bras de Blair.
- C’est ton fils ? demanda-t-il d’une voix rauque, tandis qu’il s’obligeait à évacuer le pincement douloureux qui se répandait dans sa poitrine.
- C’est notre fils, rectifia-t-elle doucement, soutenant son regard lorsqu’il releva la tête.
Il ouvrit la bouche mais la referma aussitôt.
Que pouvait-il répondre à cela ?
Toutes les émotions se bousculaient dans sa tête et dans son cœur.
Il avait un fils ?!
- Je sais que la situation est sans doute surréaliste pour toi, mais je ne voulais pas que tu l’apprennes par quelqu’un d’autre que moi, reprit-elle encore après quelques instants devant son silence.
Il contempla à nouveau la photo sur le cadran du téléphone.
- Nathan, murmura-t-il.
- Je sais que tu vas avoir besoin de temps pour remettre de l’ordre dans tes idées et dans ta vie, ajouta-t-elle encore.
- Qu’est-ce que tu lui as dit ?
- A qui ?
- A … Nathan. Est-ce qu’il sait à propos de moi ?
- Il sait que tu es son père, si c’est ça que tu me demandes. Et il sait que tu as eu un grave accident avant sa naissance. Il est venu ici avec moi plus d’une fois. Son prénom c’est Nathaniel, comme son parrain, précisa-t-elle.
Chuck la dévisagea.
- Nate lui parle très souvent de toi, son meilleur ami lui manque beaucoup et il est vraiment comme un père pour Nathan, sourit-elle.
Il ferma les yeux un instant.
- Je ne veux pas que tu crois que je suis venue pour faire pression sur toi. Prend tout le temps qu’il te faudra, nous serons là quand tu seras prêt, si tu veux faire partie de nos vies.
S’il voulait faire partir de leurs vies ?
Il venait d’apprendre qu’il avait un enfant avec la femme à qui appartenait son cœur et son âme. Comment aurait-il pu en être autrement ?
Elle reprit son téléphone et s’apprêtait à partir lorsque Chuck la retint par la main. Il regarda tout autour de lui.
- Tu cherches quelque chose ? demanda-t-elle.
- Mon smartphone, je voudrais que tu m’envoies cette photo.
- Tu es resté dans le coma pendant sept ans, je ne crois pas qu’aucun d’entre nous ait jamais pensé que tu avais besoin de ton GSM, sourit-elle. Qui plus est, il n’est plus vraiment d’actualité. Mais je t’en amènerai un nouveau demain … si tu veux que je revienne, ajouta-t-elle après un instant.
Il acquiesça sans un mot et la regarda passer la porte. Il aurait voulu la retenir mais il avait d’abord besoin d’y voir plus clair, de comprendre ce qui s’était passé pendant ces années où il avait été absent.
La nuit fut courte pour C, il ne cessait de retourner la situation dans sa tête. Mais quel que soit le sens qu’il lui donnait, cela lui paraissait toujours aussi difficilement concevable. Et pourtant, il devait bien se rendre à l’évidence, il avait raté sept années de sa vie, zappées, comme si le temps s’était suspendu alors que chacun avait continué à vivre sa vie sans lui.
Il passa une première partie de la journée à ressasser les informations que Lily lui avait données à propos de ses amis et à surfer sur le net grâce à l’ordinateur qu’il s’était fait amené par une infirmière le matin-même.
Au moins, il maîtrisait toujours la technologie même si les modèles des appareils avaient évolués.
Blair avait dit qu’elle reviendrait, s’il le voulait. Elle avait dit qu’ils seraient là quand il serait prêt mais il ne réussissait pas à se l’imaginer. Comment pourrait-il être un père et un amant quand il ne tenait même pas debout ?
D’ailleurs était-ce vraiment le sens qu’il devait donner à sa phrase ?
Une sensation de picotement envahit sa poitrine, identique à celle qu’il avait ressentie la veille, quand il se remémora l’instant ou elle avait effleuré ses lèvres.
Mais qu’avait-il à leur offrir ? Hormis une longue et pénible rééducation. Qu’aurait-il jamais à leur offrir maintenant que sa vie lui avait échappé ? Il ne savait même pas par quoi commencer, ni même à quoi se raccrocher.
Et même s’il avait très envie de se cramponner aux papillons qui se réveillaient eux-aussi à l’intérieur de lui, il avait trop peur qu’ils soient bien trop fragiles pour tenir la distance.
Ils avaient une vie bien rangée telle qu’il connaissait Blair, elle devait tout maîtriser à la perfection et il serait juste un facteur perturbateur, synonyme de chaos dans leur quotidien.
Il ne voulait pas briser leur équilibre, c’était une chose importante pour un enfant que d’avoir des points de repères pour l’aider à grandir et à se développer en harmonie, c’est ce qu’il avait lu en faisant des recherches sur l’éducation des enfants dans la matinée.
Il poussa un soupir et tourna le bouton du rasoir électrique que lui avait apporté Lily. Il préférait de loin le rasoir à main mais étant donné qu’il arrivait à peine à manger tout seul, il se voyait mal manipuler la lame autour de sa carotide. Et hors de question qu’il laisse cette infirmière s’approcher de lui comme s’il était un vieillard impotent.
Le bruit du moteur électrique camoufla les trois petits coups que Blair frappa à la porte de la salle de bain. Cette dernière tourna sur elle-même sous la poussée et un sourire apparut sur le visage de la jeune-femme.
Chuck l’aperçut dans le miroir et s’arrêta pour faire pivoter son fauteuil dans sa direction.
- Désolée, je ne voulais pas être indiscrète, s’excusa-t-elle alors que ses yeux disaient le contraire de sa bouche.
Il sourit, malgré le temps qui s’était écoulé, elle était toujours la même.
- Je croyais que tu préférais le rasage traditionnel ? s’étonna-t-elle.
- Je n’ai pas vraiment le choix, grommela-t-il impuissant en haussant les épaules.
- Voyons voir ça, dit-elle avec un petit sourire espiègle en farfouillant dans sa trousse de toilette.
Il l’observa en silence, sa présence à elle seule était une raison de vouloir reprendre le cours de sa vie là où il l’avait laissée.
Elle n’avait pas épousé son prince, elle avait annulé ses fiançailles et la famille Grimaldi ne l’avait pas épargnée dans les médias. D’après les informations qu’il avait récoltées, elle vivait seul avec son … leur … fils. Elle travaillait chez Waldorf Design à New-York tandis qu’Eléanor passait le plus clair de son temps à Paris et en reprendrait totalement le flambeau quand cette dernière aurait décidé de raccrocher les gants.
Elle se tourna vers lui avec un geste triomphant en brandissant son rasoir et une bombe de mousse à raser.
- Qu’est-ce que tu as l’intention de faire, là, au juste ? questionna-t-il en la regardant s’approcher.
- A ton avis ? répondit-elle en roulant des yeux au ciel.
Elle rabattit le couvercle des wc et s’y installa pour être à sa hauteur.
- Tu crois que je vais te laisser m’égorger ? plaisanta-t-il, à moitié seulement.
- Si tu ne gigotes pas dans tous les sens maintenant que tu es éveillé, tu n’as rien à craindre.
Chuck la dévisagea comme s’il voyait une extra-terrestre.
Lily lui avait expliqué quelques heures plus tôt que Blair était venu le voir pratiquement chaque jour depuis l’accident. Il n’avait pas imaginé qu’elle avait réellement pris soin de lui, aussi sur le plan physique.
Blair prit son silence pour un consentement et déposa une noix de mousse généreuse dans le creux de sa main avant de l’étaler en douceur de chaque côté de son visage.
La caresse de ses doigts lui donna la chair de poule.
- Relax, ce n’est pas la première fois, l’infirmière m’a montré comment faire ! Je n’ai pas l’intention de me débarrasser de toi, alors que j’ai attendu si longtemps pour que tu ouvres enfin les yeux.
- Blair Waldorf qui se salit littéralement les mains et exécute de basses besognes ? ironisa-t-il alors qu’elle s’emparait du rasoir à lames tranchantes.
- Ne tente pas trop ta chance quand même, Bass ! le nargua-t-elle avec malice en approchant l’objet de l’arrête de sa mâchoire.
Elle posa sa paume gauche sous son menton tandis qu’elle laissait glisser plusieurs fois les lames sur sa peau recouverte de mousse.
Il frissonna à ce contact et elle faillit le couper. Elle éloigna vivement son outil, évitant l’entaille de peu.
- Tu joues avec ta vie, là ! le sermonna-t-elle, mi-sérieuse, mi-amusée par la réaction qu’elle provoquait toujours en lui, même après son si long sommeil.
Elle laissa échapper un petit rire qui tinta délicieusement à ses oreilles en toute légèreté et se rependit en lui par cascades successives, comme un écho, jusqu’au plus profond de son âme.
Cette dernière aussi était revenue, l’amour de Blair le ramenait littéralement à la vie.
- Ce n’est pas ma faute si tu as toujours un tel pouvoir sur moi, murmura-t-il d’une voix suave et chaude, plongeant son regard dans le sien.
Elle se pencha un peu plus vers lui et sans même tenter de résister une seule seconde, il laissa sa tête fléchir et ses lèvres rejoindre celles de Blair.
Dieu que ça lui avait manqué ! Tant de jours, de semaines et de mois, d’années entières, à manquer de lui, de sa peau, de ses baisers, de ses caresses, de ses mots susurrés aux creux de son oreille de sa voix grave et sensuelle.
Elle frissonna à son tour comme sa langue cherchait la sienne pour reprendre une danse qu’elles connaissaient par cœur.
Les phalanges de Chuck s’accrochèrent à sa taille, remontant dans son dos pour l’attirer plus à lui, alors que celles de la jeune-femme s’enfonçaient dans les traces de la mousse toujours apposée sur son visage, avant de se nouer dans sa nuque pour approfondir leur baiser.
- Je m’en sors plutôt bien jusqu’ici, non ? A moins que tu n’aies des griefs à formuler ? souffla-t-elle quand ils se permirent de respirer.
Il essuya une trace de mousse blanche sur le menton de Blair, d’un geste de son pouce.
- Aucun, concéda-t-il avant de déposer à nouveau sa bouche avide sur la sienne.
C’était si bon ! Elle avait toujours la même saveur sucrée qui lui donnait envie de ne jamais cesser de l’embrasser. Il sentit la fièvre et le désir monter en lui et ça le stoppa net.
- Blair, chuchota-t-il.
- Je constate qu’il y a certaines parties de ton corps qui sont tout à fait alertes, le taquina-t-elle, sournoise.
- Arrête, dit-il fermement en emprisonnant ses mains dans les siennes pour les empêcher de se balader plus avant sur son torse.
Son sourire se figea quand elle comprit qu’il ne plaisantait pas.
Elle l’observa, assis dans son fauteuil roulant, son visage recouvert partiellement des restes de la mousse qu’elle y avait étalée, puis barbouillée jusque dans le creux de sa nuque en y passant les doigts.
Certaines parties de son corps fonctionnaient peut-être parfaitement mais ce n’était pas le cas de toutes et il se comprenait aisément que ça le mettait très mal à l’aise et sûrement bien pire encore. Il était beaucoup trop tôt pour ces jeux-là.
- Arrête, répéta-t-il d’un ton sec et sans appel.
La colère brûlait au fond de ses prunelles, mais elle savait pertinemment qu’il était plus furieux contre lui-même que contre elle.
- Pardon, s’excusa-t-elle sincèrement. Je ne voulais pas …
- Ne sois pas désolée pour moi en plus, cingla-t-il en reculant son fauteuil pour s’éloigner d’elle.
- Chuck, attend ! cria-t-elle en se levant.
Elle le contourna et s’accroupit devant lui pour lui barrer le passage.
Il lui jeta un regard courroucé.
- Je te connais, Chuck Bass. Je sais que cette phase d'handicape physique temporaire doit t’être absolument intolérable. Mais je veux que tu saches une chose, je ne te laisserai plus jamais m’éloigner de toi, alors n’essaies même pas, parce que tu as perdu d’avance.
Chuck s’étudia encore une fois dans le miroir de poche resté à portée de sa main dans le tiroir de la table de nuit. Il réarrangea une mèche de ses cheveux et relâcha un soupire d’anxiété.
Le temps avait fait son œuvre sur lui aussi. Quelques petites rides marquaient le coin de ses yeux mais ça lui donnait un certain charme. Blair avait argumenté que ça le rendait encore plus beau.
Un sourire effleura inconsciemment ses lèvres. Elle était venue le voir tous les jours pendant les deux semaines qui s‘étaient écoulées depuis son réveil. Ses visites quotidiennes étaient le point culminant de ses journées.
Leur rapprochement était indéniable et inévitable mais il savait qu’il ne pouvait pas lui donner ce qu’elle attendait depuis si longtemps. Elle lui faisait toujours autant d’effet mais il n’était pas encore prêt pour ça. Il avait besoin d’un délai supplémentaire pour parvenir à faire fonctionner son corps correctement, selon sa propre volonté.
C’est pour ça que la plus part du reste de son temps était consacré à la revalidation. John et Vince, les kinésithérapeutes de la clinique privée, lui conseillaient sans cesse de ralentir la cadence et de laisser le temps à ses muscles de se réhabituer à l’effort mais il n’en n’avait cure.
Il avait fait d’énorme progrès, il parvenait à manger et à se raser seul. Il avait pratiquement récupéré l’usage total de ses bras. Cependant, il avait toujours une douche aménagée car il ne tenait pas encore sur ses jambes par lui-même.
C’était l’objectif qu’il visait à présent. La seule chose qui lui importait maintenant, c’était de réussir à sortir de cette prison de métal qui lui servait de moyen de locomotion.
Son fils et la femme qu’il aimait étaient la meilleure des raisons pour lui de se battre contre son corps afin de récupérer toutes ses aptitudes le plus rapidement possible.
Il avait demandé à Blair d’attendre un peu avant de lui présenter Nathan. Il ne tenait pas à ce que l’enfant le voit comme un grabataire. Mais elle avait du mal à expliquer au petit garçon les raisons pour lesquelles il ne pouvait pas venir voir son père maintenant qu’il n’était plus dans le coma, alors que rien ne l’en avait jamais empêché avant.
Chuck avait donc finalement accepté une première visite avec moult appréhensions et ils avaient convenu et prévu qu’elle l’amènerait avec elle ce matin.
Il inspira et expira à nouveau profondément.
Il était si nerveux à l’idée de rencontrer cet enfant, leur enfant. Il était le fruit de leur amour. Une seule nuit magique, la dernière, celle à la fin de laquelle il était mort en dedans, avait permis à un petit être de devenir quelqu’un d’extraordinaire à ses yeux.
Il avait étudié son visage pendant des heures sur chacune des photos que Blair avait mises dans le téléphone dernier cri qu’elle avait laissé en quittant la chambre après leur petite scène de rasage le lendemain de son réveil.
Il sentit à nouveau la colère poindre en lui à l’idée qu’il ne puisse même pas la tenir dans ses bras et la serrer tout contre lui. Il se mordit la lèvre inférieure pour tenter d’évacuer sa frustration. Il devait se focaliser sur autre chose. Bientôt il remarcherait et tout pourrait être différent, tout pourrait être comme avant, enfin presque.
Parce qu’elle avait une vie dehors, là où le monde continuait de tourner.
Il n’en revenait toujours pas qu’elle l’ait attendu pendant toutes ces années. Nate, qui venait le voir tous les soirs également, lui avait confié qu’elle s’était battue corps et âme pour lui, pour leur fils, pour eux.
La famille Grimaldi avait refusé les conclusions du test de paternité qu’elle avait effectué, quand sa grossesse avait été on ne peut plus visible et Sophie avait exigé qu’elle en pratique un par amniocentèse pour être certaine que ce n’était pas l’enfant de Louis.
Mais elle avait tenu bon, refusant de faire prendre le moindre risque au bébé et son ex-future-belle-mère avait dû attendre l’accouchement pour avoir un autre test qui n’avait fait que confirmer le premier.
Blair avait conservé l’espoir de le voir ouvrir les yeux quand tous ou presque avaient baissé les bras, y compris son meilleur ami, lui avait-il avoué.
Elle aurait pu passer à autre chose, se marier, même avoir d’autres enfants. Mais non, elle était restée là, à lui tenir la main pendant qu’elle lui lisait les journaux à haute-voix parce que le neurochirurgien avait expliqué qu’il était important que les patients dans son cas continuent à être stimulés même dans leur état végétatif.
Aujourd’hui, c’était à son tour de se battre pour elle, pour eux. Il devait obliger son corps à suivre les instructions qui émanaient de son cerveau.
La porte s’ouvrit sur la jeune-femme qui occupait ses pensées et sur un petit homme, haut comme trois pommes, qui lui tenait la main.
Chuck retint son souffle à la vue de SON fils. Il tenta de se rappeler tout ce qu’il avait lu à propos des enfants de cet âge mais sa mémoire semblait désespérément vide.
Blair poussa doucement la porte en retenant son souffle, elle aussi. Nathan était impatient de voir son père. Elle ne lui avait jamais rien caché de la situation et il n’aspirait qu’à connaître enfin celui dont la présence manquait cruellement à leur vie.
Elle l’avait emmené ici avec elle plusieurs fois pour que le bambin puisse comprendre pourquoi son papa ne pouvait pas être avec eux à la maison. Pour qu’il sache que ce n’était pas parce qu’il ne l’aimait pas, ou parce qu’il ne se préoccupait pas de lui, qu’il ne vivait pas avec eux et ne venait jamais le voir. Elle n’avait jamais permis à personne, ni de mentir à son fils, ni de prendre la place que Chuck occupait dans leurs cœurs.
Nathan trépignait d’impatience, la main de sa mère fortement agrippée à sa petite menotte. Il se rappelait parfaitement tout ce que sa maman lui avait expliqué et comment il devait se comporter.
Son papa était peut-être enfin réveillé mais il n’était pas encore guéri pour autant et il n’avait pas le droit de courir ou de sauter partout et encore moins de se ruer sur lui, même si ce n’était pas l’envie qui lui en manquait.
Il pénétra dans la chambre, les consignes bien à l’esprit, mais dès l’instant où il le vit assis dans son lit, les yeux grands ouverts, ses petites jambes se mirent à fonctionner sans lui demander son avis.
Nathan courut jusqu’à Chuck et grimpa sur la chaise à côté du lit pour se mettre à sa hauteur avant que Blair ne puisse même ouvrir la bouche.
- Papa, tu es réveillé pour de vrai, s’écria-t-il en riant.
Continuant son ascension sur le matelas, il jeta ses bras autour de son cou pour se blottir contre lui.
Chuck lui rendit son étreinte sans y réfléchir une seule seconde. Son cœur battait plus vite que lui, gonflé de tout l’amour qu’il ressentait pour cet enfant, son enfant, avant même de le connaître.
Le petit gnome lui fit un énorme câlin avant de laisser un smack sonore sur sa joue, au milieu d’un éclat de rire.
Son père laissa échapper un rire lui aussi avant le serrer à nouveau contre lui.
Blair les observa, le cœur au bord des yeux. Il dansait dans sa poitrine devant ce spectacle qu’elle avait espéré tant de fois, contre vent et marée, quand tous les avis médicaux ne lui laissaient guerre de chance que cela se produise réellement.
Elle s’avança jusqu’aux hommes de sa vie, toujours enlacés et s’assied sur le rebord du lit à leurs côtés.
Chuck posa sa main sur la sienne et la remercia d’un regard troublé par les larmes de joie qu’il tentait de contenir.
Nathan se dégagea de l’étreinte de son père et se tourna vers elle.
- Est-ce que je peux lui donner maintenant ? questionna-t-il d’une voix où perçait l’excitation.
Sa mère acquiesça d’un mouvement de tête et sortit une boîte de son sac, emballée dans du papier brillant de couleur mauve.
Le petit homme s’en empara pour la tendre à son père.
- Maman dit que c’est aussi ta couleur préférée, sourit-il de toutes ses dents.
- Qu’est-ce que c’est ? s’étonna Chuck, la voix toujours rauque, même après s’être éclaircit la gorge.
- Tes cadeaux, expliqua son fils. Mademoiselle Mandy a dit que j’étais pas obligé, mais je voulais quand même, pour quand tu te réveillerais.
Le jeune-homme chercha une réponse plus concrète dans les yeux, un peu trop luisants, de Blair mais cette dernière se contenta de lui faire signe d’ouvrir le paquet.
Il s’exécuta et découvrit à l’intérieur trois cartes de fêtes des pères, une pour chacune des années que Nathan avait passées au jardin d’enfant jusqu’ici.
- Celles-là, c’était quand j’étais p’tit, argumenta Nathan pour expliquer le bonhomme-tronc qu’il avait dessiné de sa petite mimine de quatre ans et celui ou les personnages étaient représentés par des bâtonnets qui correspondaient à l’évolution de la prise de conscience du schéma corporel d’un enfant de cinq ans.
Sur la dernière, la scène était parfaitement reconnaissable malgré le tracé malhabile. Il s’agissait d’une silhouette minuscule placée à côté d’une autre, très grande, couchée à l’horizontal, très au-dessus de la première.
Chuck sentit l’air quitter ses poumons d’un seul coup.
- C’est nous, indiqua son fils sans se douter le moins du monde de l’émoi que ses œuvres suscitaient en son père. La prochaine fois, on sera tous les deux debout.
Chuck acquiesça, incapable d’articuler un seul mot.
Il sentit la main de Blair comprimer la sienne discrètement et la vit chasser une larme qui perlait à ses cils.
Nathan, lui, sourit de plus belle, très fier de lui et heureux d’avoir choisi de faire quand même ses cartes de fêtes des papas, même si cet horrible Killian Sparks disait que ça servirait à rien.
Son père lui rendit son sourire et l’attira à nouveau à lui.
- Merci, murmura-t-il contre les cheveux de son fils qui avaient la même teinte que les siens, autant à l’adresse de sa mère que du petit garçon qu’il serait tout contre son cœur.
Il plongea dans les prunelles chocolat de la femme de sa vie, celle qui lui avait offert le plus beau des trésors et s’était battue pour leur amour quand il n’était même pas là pour l’épauler dans toutes ces épreuves qu’elle avait dû traverser.
Il l’aimait infiniment, ses sentiments pour elle croissants de minute en minute.
Il porta ses phalanges à ses lèvres, Nathan toujours blotti dans ses bras.
Blair se colla contre son torse, aux côtés de leur fils qui restait rarement aussi longtemps sans remuer dans tous les sens.
Chuck l’enlaça à son tour, l’emprisonnant elle aussi dans son embrase. Elle cala sa tête dans le creux de son épaule et répondit au sourire du petit polisson qui profitait tant qu’il pouvait de son papa qui lui avait tant manqué depuis toujours.
Sa maman n’avait pas menti quand elle avait dit qu’il était l’homme le plus extraordinaire de tout le monde entier … et sûrement aussi de toute la galaxie !
Blair entra dans la chambre mais celle-ci était déserte.
- Excusez-moi, dit-elle en s’adressant à l’infirmière du bureau d’accueil. Pouvez-vous me dire où est Monsieur Bass ?
- Il a été emmené en rééducation il y a déjà plus de trois heures, il devrait être revenu dans sa chambre, répondit la petite brunette un peu ronde.
- Et bien, il n’y est pas ! Sinon je ne vous poserais pas la question ! coupa B sur un ton acerbe.
- La salle se trouve à l’étage en-dessous, tout au bout du couloir, rétorqua l’autre, habituée aux manières des patients de cette clinique privée.
La brune suivit la direction indiquée.
La première visite de Nathan à Chuck les avait tous les trois fortement chamboulés. Elle n’imaginait pas que son fils manque autant de son père alors qu’il n’avait jamais été physiquement présent dans sa vie.
Nate et elle lui en parlaient beaucoup, son papa n’avait jamais été un sujet tabou. Elle savait trop le mal que ça avait fait à l’élu de son cœur d’ignorer la vérité au sujet d’Élisabeth. Il était inconcevable que leur fils subisse les mêmes tourments.
Cependant, elle ne soupçonnait pas la profondeur du désarroi de son petit garçon face à l’absence de Chuck. Elle avait répondu honnêtement à ses questions quand il en avait eu, le plus clairement possible pour un enfant de cet âge. Nate et tous les autres avait agis de même à sa demande.
Mais la scène de la veille lui avait fait comprendre qu’aucun mot au monde ne pouvait pallier le manque que Nathan percevait dans son cœur d’enfant quant au coma de son papa, qui demeurait inconscient sur son lit d’hôpital quand celui des autres les emmenait en pique-nique au parc ou encore jouer au terrain de sport ou à la plaine de jeux.
*****
Le jeune Archibald entra dans la clinique, son filleul sur les talons.
Nate remplissait son rôle de parrain à la perfection et même plus. Il comblait lui aussi le manque de son meilleur ami en passant du temps avec son fils parce qu’il imaginait que c’est ce que Chuck aurait souhaité s’il avait pu l’exprimer.
Il savait à quel point la relation père-fils avait manquée à son ami quand elle venait s’ajouter à la mort de sa mère. Chuck avait toujours tenté de se rapprocher de Bart. Par contre, ce dernier semblait se complaire dans la distance et la froideur vis-à-vis de son héritier.
Le Capitaine avait souvent emmené Chuck avec eux lors de leurs escapades nautiques ou de leurs entraînements sportifs car Bass Senior était bien trop occupé à diriger ses affaires pour accorder du temps à son rejeton. Nate soupçonnait d’ailleurs que l’aversion de Chuck pour le sport ne soit une relation de cause à effet.
- Il a mis mes dessins dans le tiroir près de son lit, indiqua fièrement le petit schtroumpf.
- Bien sûr, répondit son parrain avec évidence.
- Tu crois que maman voudra bien qu’on mange une glace après le film ? questionna encore le bambin.
- On va voir ça, mais je suis certain que tu sauras la convaincre, sourit-il.
Ce petit diablotin avait hérité du pouvoir de persuasion de ses deux parents et il était rare qu’il ne finisse pas par obtenir ce qu’il voulait, même auprès de sa mère. Dorota faisait cependant exception à la règle, elle savait parfaitement le manœuvrer. Des années à élever Blair Waldorf jouaient certainement en sa faveur.
Nathan devait passer la nuit chez Lily mais Serena avait voulu aller voir sa mère pour discuter des faire-part de naissance et les deux garçons s’étaient vite ennuyés des discussions sur les coloris et les formes des cartons.
L’important pour Nate était que son fils arrive en bonne santé. Pour le reste, il laissait volontiers à sa femme le soin de choisir entre les nounours ou les ballons, roses, jaunes ou bleus.
Nathan était encore tout excité par sa rencontre avec son père et il ne cessait de babiller et de poser des tas de questions sur ce dernier alors qu’il connaissait parfaitement les réponses pour les avoir déjà entendues.
Aussi, Nate avait-il décidé d’emmené son filleul se défouler au parc et cela s’était soldé par une proposition du dernier Walt Disney au cinéma, après une petite visite à Chuck.
Il avait l’habitude de venir voir son meilleur ami plus tard dans la soirée, mais ce n’aurait pas été une heure décente pour Nathan et vu l’enthousiasme de ce dernier suite à leur entrevue de la veille et son envie de revoir son père le plus vite possible, Nate pouvait bien faire une entorse à son planning habituel.
D’autant que S ne s’en formaliserait certainement pas. Elles avaient à peine remarqué leur au revoir, Lily avait acquiescé distraitement tout en feuilletant le porte-folio que sa fille avait apporté. Elles n’avaient pas à s’inquiéter quand Nathan était sous la garde de son parrain.
*****
Chuck prit une profonde inspiration avant de repartir dans l’autre sens. Sa séance de kinésithérapie était terminée depuis longtemps mais il avait attendu que la salle soit libre pour y revenir, après le départ de John et Vince, afin de pouvoir continuer à s’exercer.
Les deux thérapeutes ne l’auraient pas laissé faire s’ils avaient été au courant de cette pratique. Ils ne cessaient de lui dire qu’il ne devait pas présumer de ses forces et y aller plus doucement mais il ne voulait pas l’entendre, ni attendre, chaque minute passée dans ce fauteuil était une minute de perdue.
Après la venue de son fils, il était plus déterminé que jamais à sortir de là le plus vite possible. Les dessins de Nathan l’avaient bouleversé au-delà des mots. Il n’avait pas percuté, quand Blair lui avait annoncé qu’il était père, que cela signifiait qu’il avait autant d’importance dans la vie de ce petit garçon. Mais après hier, il se rendait compte qu’il représentait à ses yeux ce que Bart représentait aux siens à son âge.
Il posa son pied droit devant le gauche, entre les barres parallèles qui l’encadraient, prenant appui sur ses bras pour soulager le poids qui pesait sur ses jambes. Une grimace de douleur tordit à nouveau ses traits quand il avança son pied gauche devant le droit.
Il reprit haleine et continua son effort. Il lui fallait en tout et pour tout dix pas pour parcourir la distance jusqu’à l’autre côté des rampes, dix pas minuscules qu’il ne parvenait même pas à faire sans souffler comme un bouc.
Heureusement qu’il pouvait se cramponner au métal pour avancer aussi lentement qu’un escargot !
John lui avait expliqué que ses muscles endormis devaient réapprendre à se contracter et à s’étirer mais qu’ils ne pouvaient pas tous recouvrir leur tonus en même temps. Ils avaient besoin de beaucoup de carburant pour se remettre en mouvement et il avait déjà récupéré l’utilisation de ses bras en un temps record, vu le nombre d’années qu’il avait passé, amorphe, sur un matelas.
Il aurait dû être moins exigeant avec lui-même, avait ajouté Vince, abondant dans le sens de son collègue. Mais Chuck n’avait pas l’intention de laisser son corps se reposé, il s’était déjà bien assez reposé pendant qu’il gisait sur son lit, inconscient.
Il atteint finalement l’extrémité de la rampe et s’octroya quelques secondes de répit, surtout parce qu’il n’avait pas d’autre choix. Ses jambes semblaient prendre un malin plaisir à traîner sous lui et ses bras devenaient de plus en plus lourd, à tel point qu’il lui était difficile d’y prendre appui pour soulager ses quadriceps et ses ischion-jambiers, sans parler de ses mollets. Mais il devait retraverser encore une fois le pont s’il voulait pouvoir se laisser choir dans cet horrible fauteuil qui, en cet instant, était son seul salut.
- Chuck ? appela Blair en entrant dans la pièce.
Il carra la mâchoire, il n’avait aucune envie que la femme pour qui battait son cœur assiste à ce spectacle pathétique. Il se sentait déjà bien assez pitoyable comme ça !
Il essaya de déplacer un de ses pieds devant l’autre mais celui-ci refusa de bouger.
- Chuck ! s’alerta la brune en le voyant s’évertuer à tenir debout, visiblement au-delà de ses capacités.
Elle se précipita pour le soulager un tant soit peu et passa un bras autour de sa taille pour lui permettre de se maintenir droit.
- Laisse-moi, haleta-t-il entre deux respirations saccadées.
- Chuck ! insista-t-elle.
- Lâche-moi … j’ai … pas … besoin … de toi.
- Ça en a tout l’air, ironisa-t-elle avec sarcasmes devant son entêtement à refuser l’aide qu’elle lui apportait.
Elle sentit le poids de son corps peser sur elle comme il s’effondrait pratiquement au sol.
Elle serait tombée avec lui si Nate, sorti de nulle part, n’avait pas rattrapé son ami par les dessous de bras.
- Pousse-toi ! commanda l’héritier Archibald à Blair, en passant de l’autre côté pour passer son bras dans le dos de Chuck et le ramener à son fauteuil en le portant presque jusque-là.
- Est-ce que ça va ? demanda-t-il quand le brun fut enfin installé dans sa prison métallique.
- Je ne me suis jamais senti mieux, aboya son meilleur ami, furieux.
Blair sentit son cœur se resserrer dans sa poitrine, cette situation était un véritable cauchemar pour lui.
- Chuck, tenta-t-elle pour l’apaiser.
Cependant cela ne fit qu’attiser sa colère et sa honte devant elle.
- Vas-t-en ! cria-t-il.
- Si tu crois …
- Fichez-moi la paix ! hurla-t-il de plus belle.
Mais la jeune-femme ne bougea pas. Au contraire, quand elle le fit, ce fut pour s’approcher de lui.
- Blair ! l’avertit Nate en désignant du menton Nathan, prostré près de la porte.
Chuck aperçut son fils lui aussi et détourna son visage pour fixer son regard sur un buisson à travers la fenêtre, elle discerna des larmes qui s’accumulaient dans ses yeux.
- Vas-t-en. S’il te plaît, vas-t-en. Sortez d’ici, reprit-il d’une voix presque suppliante et inaudible.
- On s’en va, murmura-t-elle en se penchant vers lui pour déposer un baiser sur sa tempe. Mais n’oublie pas que tu es resté allongé sur un lit pendant sept ans. Pour nous, c’est déjà un miracle de t’avoir avec nous, même assis dans ce fauteuil que tu détestes tant. On n’a pas besoin d’un super héros, juste de toi et rien d’autre.
Il ferma ses paupières brûlantes à la caresse de ses lèvres sur sa peau puis l’entendit parler avec Nathan et lui promettre une glace avant de quitter la pièce.
Son meilleur ami posa une main sur son épaule et il le laissa le ramener dans sa chambre sans broncher.
Chuck fit lentement le tour de son lit, s’acharnant à poser un pied devant l’autre jusqu’au fauteuil roulant de l’autre côté.
Il aurait pu appeler le personnel de l’hôpital pour l’aider à s’installer mais il ne supportait pas l’idée de dépendre de quelqu’un. Sa dignité en prenait un sacré coup. Cependant, après le fiasco de la veille, il n’osait plus trop s’éloigner de cet horrible engin.
Nate l’avait poussé jusqu’à sa chambre et l’avait aidé à se hisser sur son lit sans la moindre parole. Son meilleur ami était juste resté assis là, dans le silence, avec lui, pendant au moins une heure, avant d’ouvrir la bouche.
Mais ce n’était pas pour le sermonner ou lui dire que son attitude avait été des plus stupides.
Non, Nathaniel s’était mis à lui raconter sa journée et lui avait parlé de la manière dont Serena lui avait annoncé qu’elle était enceinte et sa réaction à la nouvelle, des émotions que ça avait déclenchées en lui.
Chuck avait fini par se mettre à table lui aussi et ils avaient échangé leurs points de vue et leurs ressentis comme il le faisait auparavant sur les filles ou les profs. Nate ne l’avait quitté que quand il avait été certain que son meilleur ami allait mieux. Il avait toujours été très doué pour le sortir de ses idées noires sans en avoir l’air. Les choses s’éclairaient souvent sous un jour nouveau après leurs discussions.
Il grimaça une nouvelle fois sous l’effort et le souvenir conjugués de la visite de Blair à la salle de kinésithérapie la veille. La dernière chose qu’il souhaitait, c’était que son fils et la femme qu’il aimait le voient dans cet état.
Il atteint le bras de la chaise roulante et reprit son souffle avant de se retourner pour se laisser tomber dans le moyen de locomotion obligatoire qui lui permettait de se déplacer par lui-même.
Il n’avait aucune intention de moisir dans cet état de vulnérabilité, il fallait qu’il retrouve ses capacités motrices le plus rapidement possible. Il se refusait à imposer à Lily, Blair, ou quiconque, la charge de sa personne.
Il inspira une goulée d’air en déplaçant ses jambes sur les repose-pieds et releva la tête. L’oxygène refusa de descendre jusqu’à ses poumons, il resta paralysé à la vue de Nathan qui l’observait depuis le seuil de sa chambre.
Le garçonnet aussi restait immobile.
- Où est ta mère ? questionna Chuck dès qu’il eut enfin réussi à respirer à nouveau.
- Avec ma marraine, elle a eu son bébé, répondit son fils d’une petite voix sans cesser de le regarder.
- Tu es tout seul ?
Le gamin opina du bonnet en silence.
- Comment es-tu arrivé jusqu’ici ? s’étonna Chuck.
- Je suis déjà venu plein de fois avec maman, énonça simplement le petit homme de six ans.
Son père le dévisagea, aucun doute sur le regard intelligent et volontaire qu’il voyait luire dans ses prunelles, il était incontestablement le fils de Blair. Il sourit inconsciemment à cette pensée.
- Est-ce que tu es encore fâché ? questionna le petit bonhomme, d’une voix bien moins assurée que son regard.
Chuck reçut un coup de poignard en plein cœur.
- Parce que tu sais, j’ai été très sage depuis hier. J’ai mangé tous mes légumes, et j’ai brossé mes dents jusqu’à la petite lumière verte, et j’ai mis mes habits tout seul. Je m’ai trompé de pied et Dorota a fait les nœuds, mais je vais apprendre, expliqua-t-il bravement pour démontrer à son père qu’il faisait de son mieux.
Cette fois Chuck sentit son cœur s’émietter.
- Viens là, dit-il en faisant signe à son fils d’avancer vers lui.
Le bonhomme haut comme trois pommes hésita un instant avant de s’approcher, les yeux remplis de questions et d’appréhension.
- Tu n’as rien fait qui puisse me mettre en colère contre toi. C’est contre moi que j’étais fâché hier.
Il vit le soulagement passer dans les yeux de son fils et son cœur retrouva un peu de sérénité.
Nathan regarda pensivement les jambes de son père avant de se remettre à babeler.
- A cause des exercices, ça fait mal, acquiesça-t-il en remontant sa manche. Quand j’ai tombé de la balançoire, le docteur m’a endormi comme toi pour refaire mon bras. Après, j’ai fait des jeux avec Tim et quand j’arrivais bien, maman disait « oui » pour des bonbons.
Chuck prit son coude dans sa main pour mieux observer la cicatrice d’environs deux centimètres qu’il venait de dévoiler. Son fils posa ses petits doigts sur les siens, qui paraissaient géants à côté.
- Tu es un garçon très courageux et je suis très fier de toi, dit-il en passant son doigt sur la peau blanchie.
- C’est vrai ? questionna Nathan en se redressant.
- C’est vrai, oui.
Il souleva le bambin dans ses bras comme il pouvait et le hissa sur ses cuisses. Son fils se retourna pour s’y mettre à genoux et passer ses petits bras autour de son cou afin de lui faire un énorme câlin.
Chuck l’enlaça et ferma les paupières. C’était si étrange d’être là et de serrer ce petit homme dans ses bras. Son cœur se remplissait d’amour, de joie et d’orgueil devant cet enfant … son enfant … leur enfant.
A présent, il se retrouvait de l’autre côté. Qu’il le veuille ou non, il était responsable du bien-être de son fils. Il n’avait plus le droit d’être égoïste. Parce que chaque décision qu’il prendrait, chaque action qu’il poserait, aurait irrémédiablement un impact sur Nathan.
Peu importe ce que lui-même ressentait, il se devait de penser d’abord à ce petit garçon, suspendu à lui en cet instant. Il n’avait aucune intention d’être comme Bart. Son fils ne vivrait jamais les mêmes tourments que lui.
Il rouvrit les yeux et rencontra ceux de Blair qui se tenait à l’entrée de la pièce, un sourire accroché à ses lèvres.
Il se dégagea de l’étreinte de son fils qui se laissa glisser au sol en apercevant sa mère.
- Nathaniel Charles Harold Bartholomew Waldorf! Depuis quand est-ce que tu peux te balader tout seul dans les couloirs de cet hôpital ? le sermonna la jeune femme en s’adressant à son fils, toute trace de sourire effacé de ses traits.
Le visage de Nathan s’assombrit.
- Je voulais voir papa, se plaignit le petit bonhomme avec une mine renfrognée.
Chuck ouvrit la bouche mais se ravisa devant le regard d’avertissement de la brune. Il valait mieux ne pas intervenir, il n’avait aucun droit de saper son autorité alors qu’il avait été absent depuis la naissance de leur fils, même si sa petite bouille lui donnait envie de plaider sa cause.
- Dans ce cas tu n’avais qu’à le demander et non pas disparaître de la sorte sans rien dire.
- J’ai demandé à tonton Dan, répondit le petit.
Blair sentit son sang ne faire qu’un tour et la fureur gronder en elle mais se reprit aussitôt.
- Et où est-il ? questionna sa mère en tentant de maîtriser la colère dans sa voix.
- Il a dit « non », bafouilla Nathan, ses traits se tordant en une grimace pour ne pas pleurer.
La jeune femme s’agenouilla devant lui.
- Tu ne connais pas la signification du mot « non » ? dit-elle sur un ton radouci devant le désarroi de son fils, mais toujours ferme.
Il fit un signe affirmatif de la tête.
- Je voulais voir papa, répéta-t-il avant d’éclater en sanglots.
Chuck eut toutes les peines du monde à garder le silence mais Blair l’enlaçait déjà pour le calmer.
- Je sais mon cœur, mais tu ne dois pas te sauver comme ça. J’ai cru mourir de peur.
- Pardon, dit le petit bonhomme comme elle essuyait ses larmes avec un mouchoir sorti de son sac.
- Tu dois me promettre de ne plus jamais recommencer, insista-t-elle.
Son fils opina à nouveau du chef en frottant ses yeux rougis.
- Bien, si on retournait voir ton nouveau cousin ? Ton parrain devrait être de retour maintenant.
- Tu viens avec nous ? demanda Nathan en se tournant vers son père, un restant de sanglot au fond de la gorge.
- Papa est peut-être fatigué, lui fit-elle remarquer pour laisser l’opportunité à Chuck de décliner.
Les faits de la veille étaient encore bien présents dans sa mémoire et même si elle n’avait pas eu l’occasion de lui parler en tête à tête depuis, elle était certaine de connaître les motivations qui l’avaient conduit à pareille attitude.
S’il y a bien une chose qui répugnait Chuck Bass, c’était d’être vu en état de vulnérabilité et sa condition physique actuelle était réellement un calvaire pour lui.
Ce dernier hésita un instant, mais il ne se sentait pas le cœur de refuser après la scène à laquelle il venait d’assister et l’espoir qui se lisait sur leurs visages.
Il acquiesça et posa ses mains sur les roues pour déplacer le fauteuil.
Un sourire illumina le visage de la femme qui faisait toujours battre son cœur et elle lui lança un regard plein de gratitude.
Nathan tenta à nouveau de grimper sur ses genoux et Chuck l’attrapa pour l’asseoir correctement avant de rejoindre les ascenseurs.
Quand ils arrivèrent à l’étage de la maternité, son fils avait raconté toute sa journée à Chuck dans les menus détails et Blair sentait ses inquiétudes l’abandonner quelque peu.
Après l’épisode à la salle de kinésithérapie, elle avait craint que Chuck ne s’enferme dans sa tour infranchissable, comme il le faisait la plus part du temps quand il était blessé. Mais Nathan en avait apparemment la clef.
Elle les observa tandis que le garçonnet gesticulait sur les genoux de son père pour lui décrire le monstre du dernier dessin-animé qu’il avait vu.
La séance de cinéma prévue avec Nate s’était terminée en soirée mère-fils. La brune préférant passer la soirée avec son petit garçon plutôt que de le ramener chez Lily comme prévu initialement.
Après son altercation avec Chuck, elle avait besoin, autant que Nathan, de se retrouver pelotonnée dans le canapé, avec lui qui s’endormait à moitié, la tête posée sur ses genoux.
C’était souvent comme ça qu’ils luttaient contre l’absence de celui qui manquait à leur vie pendant les sept années qu’il avait passé dans le coma. Ils s’enfermaient dans un petit cocon de douceur et de chaleur pour se réconforter.
Nathan se sentait en sécurité et finissait en général par s’endormir avant la fin du film, tandis que Blair rêvassait à la vie qu’ils auraient tous les trois quand l’homme pour qui battait son cœur se réveillerait enfin.
Quand l’espoir s’enfuyait parfois, elle avait recours à un autre rituel, mais elle ne voulait surtout pas y penser. Elle se sentait horrible, encore plus maintenant qu’il était enfin réellement là, avec eux.
Il fallait qu’elle mette les choses au clair rapidement. Elle ne tenait pas à ce que ça parvienne jusqu’aux oreilles de Chuck et que ça dégénère. Ils avaient déjà bien assez de difficultés à surmonter.
Le beau brun releva la tête vers elle et elle croisa son regard noisette. Cette fois, elle pouvait discerner de petites étincelles de bonheur qui scintillaient comme des dizaines d’étoiles filantes dans ses pupilles. Son cœur se serra à l’idée qu’elle puisse réduire tout ça à néant à cause de quelques moments éperdus de désespoirs.
Nate les accueillit dans le couloir, appuyé contre le chambranle de la porte, son téléphone à la main pendant que la nouvelle maman recevait quelques soins appropriés. Tout s’était très bien passé et Noah Charles Howard William Archibald était le plus beau bébé du monde.
Il avait pris des tas de photos de son fils, nouveau-né de quelques heures à peine, pour les envoyer au Capitaine qui ne devait rentrer à New-York que le lendemain soir.
L’accouchement était prévu pour dans trois jours mais Noah en avait décidé autrement. Lorsqu’il était rentré de la clinique après avoir passé la soirée avec son meilleur ami, il avait trouvé Serena au milieu d’une flaque dans le salon de leur appartement de l’Upper East Side et la course avait commencé dans ses veines.
Le jeune Archibald était impatient de faire la connaissance de son fils. Il avait été très présent pour Serena pendant toute la grossesse, il ne voulait rien rater, aucune échographie, aucun cours de préparation à l’accouchement.
Il y avait assisté avec Blair en son temps, remplaçant S quand elle ne pouvait pas accompagner sa meilleure amie. Mais son filleul allait déjà avoir sept ans dans deux mois et tout était différent quand il s’agissait de sa femme et de son enfant, même s’il avait toujours été là pour Blair, tout comme la jolie blonde qu’il avait épousée.
Ils avaient promis qu’ils seraient là pour la brune et ils avaient tenu parole. Ils l’avaient épaulée et soutenue de leur mieux quand la famille Grimaldi l’avait traînée dans la boue à la découverte de sa grossesse par les médias.
Le potentiel héritier au trône monégasque et surtout sa mère, ne pouvaient laisser courir la rumeur qu’il y ait un bâtard supposé de plus dans la lignée de la couronne.
Après que le deuxième test de paternité ait confirmé le premier, la princesse Sophie n’avait pas hésité à traiter l’ex-future princesse de tous les noms d’oiseaux qu’elle connaissait pour expliquer à quel point son fils avait été trahi par cette vulgaire roturière américaine qui s’était laissée engrosser par le pire de tous les Donjuan de Manhattan, dont personne n’ignorait la réputation et pas des plus flatteuses.
Nate nota et répondit au regard de Blair par un sourire et un regard de soutien et d’amitié indéfectible. Il savait que la situation n’était pas facile pour ses amis mais il misait sur leur amour pour surmonter tout ça.
Après tout, Chuck avait bien vaincu son coma quand tous les médecins s’accordaient à dire que les espoirs de la brunette était quasiment vains.
Il était heureux et reconnaissant que son meilleur ami soit là pour partager sa joie d’être père. Ils n’avaient pas pu la partager quand Nathan était né mais il avait bien l’intention de profiter de l’arrivée de Noah pour combler un peu les événements que Chuck avait ratés pendant toutes ces années. Il espérait qu’il serait aussi proche de son fils que lui-même ne l’était de son filleul.
- Ça fait plaisir de te voir ici, confia chaleureusement ce dernier à son intention d’une voix remplie d’émotions par l’heureux événement.
- Moi aussi, je suis content de te voir Nathaniel. J’ai cru comprendre qu’il y avait quelque chose à fêter ici et que les félicitations étaient de rigueur. Je ne pensais pas que ce serait si rapide, lui répondit Chuck avec un petit sourire en coin.
Après leur conversation de la veille, il connaissait parfaitement l’étendue des sentiments de son meilleur ami face à l’arrivée de son premier enfant. Un fils qui plus est, pour perpétuer l’héritage des Archibald. Howard en était sûrement aussi fier que Nate lui-même.
- Merci, dit le jeune père en serrant sa main.
Nathan sauta des genoux de son père pour se ruer sur son parrain.
- Hey, mon pote, dit Nate en le soulevant dans les airs. Est-ce que tu as vu ton cousin ?
- Oui, il est tout rouge et tout mini, grimaça son filleul.
- Hey, fait attention à ce que tu dis à propos de mon fils, le chahuta le nouveau père en le chatouillant.
- Est-ce qu’il viendra avec nous sur le terrain ? rit le bout de chou en se tortillant comme un verre.
- On va attendre un peu pour ça. En attendant, ce sera toujours toi et moi, ok ?
Son filleul acquiesça.
Une infirmière sortit de la chambre, laissant la place vacante pour les visiteurs.
- On devrait retourner voir Noah, dit Nate en croisant à présent à nouveau le regard de son meilleur ami.
Deux petites rides se creusèrent au coin des yeux bleus de Nathaniel quand il sourit comme Chuck manipulait le fauteuil pour s’avancer.
Il se garda bien de lui proposer de le pousser ou de l’aider, il connaissait trop le caractère orgueilleux de son ami d’enfance pour lui faire cet affront, mais il posa sa main sur son épaule et la comprima lorsqu’il passa à sa hauteur.
Le brun lui répondit d’un regard reconnaissant tandis qu’il pénétrait dans la pièce où sa sœur tenait une petite crevette, dont la tête était recouverte d’un fin duvet blond, dans ses bras.
- Hey, regarde qui est venu te voir, couina-t-elle à son petit trésor. C’est tonton Chuck.
Elle était radieuse malgré les quatorze heures de travail qu’avait nécessité l’arrivée de Noah.
- Félicitation, Sis. Il paraît que tu as eu une nuit agitée ! sourit-il.
- Oui, quelqu’un a décidé de chamboulé le planning et de venir plus tôt que prévu !
Le téléphone de Serena tintinnabula sur la table de nuit.
- Donne-le-moi, dit Blair en se pressant au chevet de sa meilleure amie pour soulever le petit Noah, en maintenant délicatement, mais fermement, sa tête.
Elle le cala dans le creux de son bras et le berça lentement quand il protesta contre le fait d’être éloigné du giron de sa mère.
- Chhh, fit-elle pendant que la blonde répondait aux félicitations d’une énième star de cinéma.
- Est-ce que j’étais aussi minus ? voulu savoir Nathan, un peu jaloux de l’attention que sa mère portait à son nouveau cousin.
Jusqu’ici, il était le seul enfant de la famille et donc aussi le seul centre d’intérêt des adultes. Mais il avait la sensation que c’était sur le point de changer avec l’arrivée de ce bébé.
Son parrain passait beaucoup de temps avec lui mais maintenant, il voudrait sûrement rester avec son garçon à lui. Heureusement, son papa s’était réveillé, comme ça il pourrait lui aussi passer du temps rien qu’avec lui.
- Encore plus, répondit Blair en souriant. Tu étais beaucoup plus pressé que lui de venir au monde et tu as pris plusieurs semaines d’avance. A cause de ça, tu as dû rester à l’hôpital un peu plus longtemps.
Le visage de Nathan se rembrunit, il n’aimait pas être le plus petit, même si c’était il y a longtemps.
Chuck, lui, avait les yeux rivés sur la mère de son fils. La voir avec ce bébé dans les bras lui donnait une sensation de brûlure à l’intérieur. Toutes ces choses, petites et grandes, importantes ou non, qu’il avait manquées, pour lesquelles il n’avait pas été là quand elle avait eu besoin de lui, de son soutien.
Il ignorait même que son fils était né prématurément.
Quel père ignorait ce genre de choses à propos de son propre enfant ?
A part un père indigne !
Nathan se réfugia pourtant auprès de lui tandis que sa mère continuait à gazouiller des choses incompréhensibles à son petit cousin. Parce que Noah était quand même plus petit que lui en vrai !
Il grimpa sur les genoux de Chuck, récupérant ainsi toute l’attention d’un de ses parents. Son papa l’entoura de ses bras pour le serrer plus près de lui.
- Tu crois qu’il sera plus grand que moi après ? demanda-t-il tout bas, très concerné par la question.
- Personne ne peut être plus grand que toi dans mon cœur, répondit sincèrement son père à son oreille.
Le petit sacripant sourit, visiblement ravi à l’idée de cette explication.
Chuck s’avança dans le couloir et tourna au coin du bureau des infirmières avant de repérer Blair dans une pièce un peu plus loin. Elle s’était éclipsée discrètement après le départ de Lonely-boy, qui était maintenant un écrivain reconnu.
Ce dernier avait paru décontenancé en sa présence mais il s’en fichait comme d’une guigne. Écrivain ou pas, reconnu ou non, Dan Humphrey resterait pour toujours un ersatz de Brooklyn à ses yeux et il n’accordait aucune importance à ce cancrelat.
Il avait ces idées qui tournaient dans son cerveau depuis qu’il avait pris conscience qu’il ne connaissait rien de la vie des deux personnes qui comptaient le plus pour lui, ni des embûches qui avaient jalonnées leur parcours jusqu’ici.
Ce qu’il désirait c’était parler à la mère de son fils en tête à tête, avant que Nate et Nathan ne reviennent de la cafétéria. Il avait des tonnes de questions à lui poser. Il voulait tout savoir à propos des années qu’il avait ratées.
L’heure précise, sa taille et son poids de naissance, s’il avait déjà eu des maladies infantiles, quand et comment il était tombé de cette balançoire, toutes ces choses qu’un père devait savoir et qu’il n’avait même pas songé à demandées.
Pas question que son fils soit un étranger pour lui !
Il fronça les sourcils en apercevant la jeune-femme brune qui faisait les cents pas en gesticulant et s’approcha de la chambre dans laquelle elle se trouvait, reléguant ses questions dans un coin de sa tête.
- Comment as-tu osé ? criait-elle en plantant ses mains sur ses hanches.
Chuck ne voyait pas à qui elle s’adressait mais ça allait chauffer pour son matricule !
- Qu’est-ce que tu voulais que je fasse ? Que je l’emmène voir Chuck peut-être ? questionna la voix d’Humphrey.
- Pourquoi pas ? demanda-t-elle furieuse.
- Non, mais tu te fiches de moi, là ? répondit-il.
Chuck pouvait entendre la colère dans la voix du jeune-homme également.
Ils se disputaient à cause de l’escapade de Nathan tout à l’heure ? Son fils avait parlé de tonton Dan. … Est-ce que … ?
Il eut l’impression de recevoir un coup de massue. Il repensa à ce baiser que les deux protagonistes avaient échangé, celui qui l’avait rendu malade de jalousie. Les années avaient passées, le baiser s’était peut-être changé en autre chose. Il sentit une nausée assaillir son estomac à cette supposition.
- C’est son père ! tonna Blair.
- Je le sais, s’agaça Dan. Je ne vois pas comment je pourrais l’oublier !
- Parce qu’il n’y aucune raison de l’oublier !
- Alors quoi ? Parce qu’il s’est soudain réveillé, je suis censé dégager le planché c’est ça ? Comment peux-tu nous faire ça ?
- Il n’y a jamais eu de « nous » Il n’y en aura jamais. Les choses ont toujours été on ne peut plus claires ! Inutile de prendre cet air outragé, tu savais parfaitement où tu mettais les pieds.
- Il me semble que les tiens t’ont guidée jusqu’à chez moi plus d’une fois quand tu en ressentais le besoin. Je ne t’ai jamais fermé ma porte.
- Et le fait que je sois ivre et que je pleure toutes les larmes de mon corps à chaque fois que j’y frappais ne t’a jamais laisser le moindre soupçon sur mes sentiments pour lui ! Ça ne t’a jamais dérangé ! Tu trouvais largement ton compte dans ce petit arrangement ! Tu savais parfaitement que je me mourrais de lui et que je n’attendais que son retour dans ma vie … dans notre vie.
- Mais je n’ai jamais cru que ça arriverait réellement ! s’emporta-t-il.
Blair eut un haut le corps. Les médecins n’avaient pas laissé beaucoup d’espoir, ils avaient expliqué que les chances ne pouvaient pas être quantifiées et que Chuck ne se réveillerait peut-être jamais. Mais elle s’était entêtée, elle avait continué à croire en lui, envers et contre tous.
- Je suis désolé, dit maintenant Dan. Je … je ne voulais pas dire ça … je …
- Mais c’est exactement ce que tu pensais ! s’indigna-t-elle. Je croyais que tu étais mon ami.
- Je suis ton ami et je veux ce qu’il y a de mieux pour toi … et pour Nathan.
- C’est Chuck, ça a toujours été Chuck et se sera toujours Chuck. Rien ne pourra jamais changer ça. Et si tu t’avises encore une seule fois d’essayer de t’interposer entre lui et nous, je te jure que tu le regretteras.
Elle sortit de la pièce comme une furie et s’immobilisa devant l’amour de sa vie. L’air quitta ses poumons en un instant en réalisant qu’il venait d’assister à sa dispute avec Dan.
Chuck l’observa se stopper net dans son élan et son teint devenir cire comme le sang quittait ses joues alors qu’il était en pleine effervescence la seconde précédente. Elle haleta sous le choc puis s’échappa par les portes du premier ascenseur à sa portée qui se refermaient.
- Blair ! cria Dan en la poursuivant.
Lui aussi resta clouer sur place et pâlit en voyant l’objet de leur discorde assis dans une chaise roulante au milieu du couloir. Son regard le transperça de part en part. Il avait peut-être passé sept ans dans le coma mais il n’avait rien perdu de sa prestance, même dans son état présent.
Une lueur de supériorité et de mise en garde, sans aucune équivoque quant à l’intensité de sa colère, brillait au fond de ses yeux. Il valait mieux pour lui éviter de déclencher les foudres de Chuck Bass.
- Ne t’approche pas d’elle, cracha-t-il avant de faire pivoter son fauteuil pour entrer dans une des cages à son tour.
Chuck appuya sur le bouton du rez-de-chaussée, l’ascenseur dans lequel s’était engouffrée Blair descendait.
Il passa les portes d’entrée et se retrouva face au vent glacial de décembre.
Il la repéra, assise sur un banc un peu plus loin.
- Je suis désolée, s’excusa-t-elle.
Ses mains tremblaient quand elle essuya rageusement les larmes qui roulaient sur ses joues.
- De quoi ? demanda-t-il en plongeant ses yeux chocolat dans les siens.
Elle secoua la tête, sans vraiment savoir quoi répondre.
- De tout, finit-elle par articuler en retenant un sanglot.
Chuck posa une de ses mains sur les siennes.
- Moi aussi, souffla-t-il. Je suis désolé d’avoir eu cet accident. Désolé de t’avoir laissée seule face à tout ça. Désolé de ne pas avoir été là pour tenir ta main quand notre fils est né, ni quand il se réveillait au milieu de la nuit ou qu’il avait de la fièvre, ou quand toi tu te réveillais au milieu de la nuit avec la fièvre au corps, ou encore en sueur, après un cauchemar. Désolé d’avoir sûrement provoqué certains de tes cauchemars. Désolé de ne pas pouvoir te donner ce que tu es en droit d’attendre de moi. Et aussi désolé de m’emporter contre toi quand c’est contre moi que je suis furieux.
Elle hoqueta en entrelaçant ses doigts dans les siens.
Il baissa les yeux, fixant leur main nouées l'une à l'autre sur ses jambes affaiblies et secoua la tête imperceptiblement.
- Je ne t’aurais jamais demandé de m’attendre et tu le sais parfaitement, reprit-il presqu’à voix basse, luttant contre la bile qui remontait dans sa gorge à l’idée qu’un autre la serre tout contre son corps.
- J’ai essayé, je t’assure. Vraiment. Quand tu as dit à Louis qu’on avait ta bénédiction ce soir-là … j’ai cru mourir. Mais ensuite, je me suis efforcée d’être forte, comme tu me l’avais demandé et de poursuivre ma route sans toi. Seulement je ne pouvais pas … même en rassemblant tout mon courage, c’était trop dur. Quand Serena m’a appelée pour m’informer de ton accident, ma vie s’est arrêtée avec le tienne. La seule chose qui m’a permis de continuer c’est Nathan. Lorsqu’il m’a été confirmé que ce bébé était de toi … c’était comme si je revenais un peu à la vie. C’était la seule chose qui me restait de toi, de notre amour : un petit être qui grandissait en moi, qui était une partie de toi. C’est pour lui que je me suis accrochée, jour après jour, nuit après nuit. C’était ta force en lui qui me permettait de tenir malgré le vide que je ressentais dans mon cœur dévasté.
Il porta sa main à ses lèvres tremblantes et embrassa chacune de ses phalanges.
- J’ai cru mourir moi aussi quand tu es partie avec Louis. J’étais mort, réellement, en dedans. Je ne ressentais plus rien, à part le vide immense de ton absence. Pendant notre voyage avec Nate, cet été là, je ne pensais qu’à toi. Toutes ces filles que je tenais dans mes bras, j’avais envie de hurler tellement je détestais qu’elles ne soient pas toi.
Il déglutit, espérant vainement dissoudre la boule qui se formait dans sa gorge.
- Quand je suis sorti du coma et que le médecin m’a expliqué ce qui s’était passé, la première personne à qui j’ai pensé, c’est toi. Aux instants avant l’accident, au moment où j’avais découvert l’invitation pour ton mariage. Et toute cette souffrance enfouit quelque part au fond de moi m’a submergé d’un seul coup … même la balle que j’ai reçue dans cette ruelle à Prague n’était pas aussi douloureuse.
Il ferma les paupières pour contenir les larmes qu’il sentait s’amonceler au coin de ses cils.
- Je croyais que tu t’étais mariée avec ton prince, que tu avais sûrement porté son enfant, ses enfants peut-être, depuis tout ce temps … et j’ai souhaité ne pas m’être réveillé.
Elle caressa son visage du bout des doigts pour apaiser ses brûlures, mais il continua, il avait besoin de vider son cœur de toutes ces blessures qu’il avait porté trop longtemps … pour pouvoir commencer à cicatriser, à bâtir une nouvelle vie, avec elle, avec eux. Ils étaient sa famille, celle qu’il avait tant espérer, sans jamais vraiment oser croire qu’il y aurait droit réellement.
- Quand je t’ai vue entrer dans la chambre … je n’arrivais pas à en croire mes yeux. Je … je ne veux même pas penser au fait que tu ais été dans les bras d’Humphrey, ou de n’importe quel autre pauvre type … mais je ne t’en ferais jamais le reproche. Tu m’as attendu, pendant toutes ces années …
Il reprit son souffle, tentant de maîtriser l’émotion dans sa voix.
- Je pensais t’avoir perdue pour toujours … et toi, tu m’offres le plus beau des cadeaux, celui dont je n’osais même pas rêver : un fils magnifique. Je t’aime, je t’aimerai toujours.
- Je t’aimerai toujours, répéta-t-elle, les larmes roulant continuellement sur ses joues.
Il se pencha vers l’avant et elle le rejoignit à la moitié du chemin, leurs lèvres s’effleurèrent dans un baiser plein de douceur et de tendresse.
Elle noua ses doigts dans son cou et il l’attira plus près, encore plus près, toujours plus près, jusqu’à ce qu’elle finisse par se retrouver sur ses genoux.
- Ne nous laisse plus, pleura-t-elle dans le creux de son cou.
Elle frissonna, son corps contre le sien. Elle ne portait qu’un chemisier léger et lui sa robe de chambre sur son pyjama. Il resserra son étreinte autour d’elle et embrassa ses joues salées.
- Plus jamais, promit-il.
Il fit demi-tour avec son fauteuil et les ramena à l’intérieur, à l’abri de la bise. Elle resta blottie tout contre lui dans le hall d’entrée tandis que Chuck caressait ses cheveux.
Blair parcourait les couloirs de l’hôpital le cœur léger. Depuis un peu plus d’une semaine qu’ils s’étaient ouvert leurs âmes, elle sentait qu’ils avançaient sur le bon chemin. Lentement … mais sûrement.
Chuck lui avait dit vouloir reprendre sa place dans leurs vies. Il voulait être un père digne de ce nom pour Nathan, il lui avait posé tant de questions sur leur fils, dont elle peinait parfois à se souvenir des réponses. Depuis le début de sa grossesse jusqu’au mois dernier, quand il avait enfin ouvert les yeux.
Et même s’ils n’avaient pas encore vraiment défini ce qu’ils étaient l’un pour l’autre par des mots. Elle n’ignorait ni la sincérité, ni l’intensité de ses sentiments pour elle et inversement.
Elle savait qu’il ne pourrait pas s’engager complètement avec elle tant qu’il n’aurait pas réussi à dépasser physiquement les séquelles résiduelles de son coma prolongé. Il était impensable pour lui de ne pas être autonome. Tant qu’il se sentirait un fardeau pour elle, il la garderait à distance.
C’est pour ça qu’il se battait sans relâche pour repousser les limites que son corps lui imposait. Parce qu’il voulait être avec elle, entièrement, sans aucune entrave ou demi-mesure. Elle devait juste lui accordé le temps nécessaire pour ce faire et maîtriser ses ardeurs vis-à-vis de lui.
Facile à dire, mais pas si aisé à faire quand elle rêvait de lui toute les nuits, à tel point qu’elle se réveillait en nage au milieu de ses fantasmes, pour finir par se rendre compte qu’elle était seule dans ses draps roses et que ce n’était qu’un effet de son imagination.
Elle pénétra dans la chambre de Chuck et repéra immédiatement le fauteuil vide près de la porte ouverte de la salle de bain attenante.
- Chuck, appela-t-elle le cœur battant en se rendant sur le seuil.
Il était là, debout, accroché au rebord du meuble du lavabo, haletant.
- Reste-là ! dit-il comme elle voulait s’avancer vers lui.
Elle suspendit son geste et le regarda poser un pied maladroitement devant l’autre pour faire quelques pas dans sa direction.
Il s’arrêta un instant pour reprendre son souffle et elle vit la fierté dans son regard quand il les posa sur elle avec un sourire victorieux.
Elle sentit les larmes remonter jusqu’à ses cils comme elle portait les mains à son visage pour les empêcher de rouler sur ses joues, les battements de son cœur s’accélérant encore pour s’accorder avec ceux de l’homme qu’elle aimait, avant de lui répondre en retour par un sourire éblouissant.
Il prit une grande inspiration et continua lentement sa progression jusqu’à elle. Lâchant le support pour faire les deux derniers pas, il se retrouva face à elle et prit appui sur le chambranle pour s’assurer une meilleure stabilité.
Elle émit un petit rire en passant ses bras autour de sa taille et il effleura ses lèvres, toujours haletant.
- Je t’aime Waldorf, souffla-t-il.
- Je t’aime Bass, répondit-elle en posant tendrement sa bouche cerise sur la sienne.
Elle sentit les jambes de Chuck ployer sous lui et resserra son étreinte autour de ses hanches tandis qu’il se cramponnait à elle pour rester debout.
- Je crois que tu devrais t’asseoir maintenant, dit-t-elle doucement.
- Pas là-dedans, indiqua-t-il en suivant le regard de la femme qu’il aimait se poser sur le fauteuil roulant à côté d’eux.
- Là-bas, proposa-t-elle en désignant la chaise près du lit.
Il acquiesça d’un mouvement de tête.
- Aide-moi, demanda-t-il.
Elle fit prudemment glisser ses coudes pour se positionner latéralement hanche contre hanche avec lui, tandis qu’il détachait un de ses bras pour poser sa main gauche sur les siennes, ancrées à son flan, l’autre reposant toujours sur les épaules de la jeune-femme.
Elle le soutenu de son mieux pour accomplir les quelque deux mètres qui les séparaient de leur objectif, avançant lentement, au même rythme que lui.
- Merci, souffla-t-il en s’asseyant lourdement, avant de poser sa tête sur le bord du matelas pour reprendre sa respiration.
- Quand tu veux. Toujours, murmura-t-elle à son oreille en déposant un baiser sur sa tempe.
Il releva la tête et elle plongea dans ses yeux noisette qui contenaient tellement d’espoir pour eux demain.
- Toujours, répéta-t-elle, caressant sa pommette de ses doigts délicats avant de l’embrasser à nouveau tendrement.
Il répondit à ses lèvres et elle sentit la fièvre se propager en elle comme une traînée de poudre qui s’enflamme. Elle fit un effort surhumain pour rompre ce délicieux moment avant de ne plus pouvoir se contrôler.
- Monsieur Bass, appela une infirmière en entrant dans la pièce, brisant le charme au plus grand soulagement de Blair pour une fois. Tous est en ordre, le médecin à signer votre autorisation de sortie, vous êtes libre.
Il nota, soulagé lui aussi, mais pas pour les mêmes raisons.
- Déjà ? s’étonna B. Tu es certain que …
- Je ne vais pas m’éterniser ici, grommela-t-il sur un ton sans appel.
- Il n’y rien qui justifie qu’il reste parmi nous plus longtemps, la rassura la femme en blanc. Son état est tout à fait stable, il lui faut juste quelques séances de rééducation supplémentaires pour continuer à tonifier ses muscles.
- J’ai déjà prévu ça avec Vince, indiqua-t-il.
- Voici les béquilles que vous avez demandées, indiqua encore l’infirmière en notant avant de déposer le matériel médical qu’elle tenait à la main sur le lit devant lui.
Blair acquiesça à son tour, le cœur un peu lourd à présent.
Elle avait imaginé qu’ils pourraient s’installer ensemble quand il quitterait l’hôpital, même si le penthouse Waldorf n’était pas l’idéal avec ses grands escaliers. Elle aurait pu prendre soin de lui. Elle avait pensé à faire aménager une chambre en bas en attendant que ses conditions physiques ne s’améliorent, mais il avait visiblement pris d’autres dispositions et pas dans la même optique qu’elle.
Elle lui sourit tout de même.
Elle l’attendait depuis sept ans mais lui ne s’était réveillé que le mois précédent pour apprendre qu’ils avaient un enfant en commun alors qu’ils n’étaient techniquement plus ensemble quand il avait eu cet horrible accident. Elle était alors fiancée à un autre. Les choses allaient sans doute bien trop vite pour lui, elle devait prendre sur elle et lui laisser le temps de se réadapter à sa vie et pas seulement physiquement.
Elle l’accompagna jusqu’à la sortie, l’admonestant à plusieurs reprises pour qu’il reprenne son souffle et ses forces. Il avait refusé la chaise roulante et avançait du plus rapidement qu’il le pouvait à l’aide de ses béquilles. Elle ne doutait pas une seconde qu’il n’aurait de cesse de s’exercer sans répit tant qu’il ne se serait pas débarrasser de ses entraves nécessaires à ses déplacements.
Quand ils se présentèrent devant la limousine, le chauffeur lui ouvrit la porte pour qu’il puisse se glisser à l’intérieur.
- Tu ne viens pas ? la questionna-t-il en constatant qu’elle restait sur le trottoir.
- Je dois aller chercher Nathan à l’école dans une grosse demi-heure, expliqua-t-elle. Mais je peux passer te voir plus tard, avec lui … si tu veux.
- Ou alors je pourrais venir le récupérer avec toi … si tu veux, proposa-t-il avec un petit sourire en coin.
Le cœur de Blair fondit dans sa poitrine à la vue de ce sourire sur ses traits anguleux, elle avait espéré et rêvé le revoir tant de fois.
Elle grimpa sans attendre et s’installa à ses côtés sur les sièges en cuir. Tous ses sens s’éveillaient de se retrouver là, avec lui. Les souvenirs affluaient à sa mémoire. L’odeur de sa peau, la caresse de ses baisers, le feu de ses lèvres, la manière dont il l’avait tenue tout contre lui pendant qu’il lui faisait découvrir des plaisirs dont elle ignorait même l’existence.
- Est-ce que ça va ? s’inquiéta-t-il devant son trouble évident. Si tu préfères que je garde mes distances avec Nathan pour l’instant … je veux dire … j’ai bien conscience que votre vie est certainement réglée comme du papier à musique et … si … enfin … vous avez votre routine et c’est important pour les enfants … en tout cas c’est ce que j’ai lu ici et là et …
Cette fois son cœur se liquéfia carrément. Elle se jeta sur sa bouche fiévreusement.
Il sentit le corps de Blair se presser ardemment contre le sien et son sang se mit à s’échauffer dans ses veines. Être là, dans cet habitacle avec elle, il n’avait jamais cru possible que ça se reproduise un jour avant de tomber dans le trou noir sept ans auparavant. Il la plaqua plus fort contre lui et répondit à son baiser passionné jusqu’à ce que leurs poumons demandent grâce.
- Comment arrives-tu à me faire t’aimer encore plus à chaque seconde qui passe ? demanda-t-elle lorsqu’ils respirèrent à nouveau en emprisonnant son visage dans ses doigts parfaitement manucurés.
Chuck la regarda sans vraiment comprendre tout à fait et la laissa à nouveau happer ses lèvres entre les siennes.
- Chuck Bass, susurra-t-elle une fois que leurs bouches se dessoudèrent à nouveau, je suis complètement et littéralement dingue de toi. Je veux que tu fasses partie intégrante de notre vie et ton fils est impatient de connaître enfin mieux son père, lui aussi. Nous t’attendons depuis tellement longtemps et tu nous as tellement manqué, tu n’as pas l’air de te rendre compte que nos vies étaient en quelque sorte suspendues à la tienne. Ta place y est restée intacte depuis tout ce temps, c’est à toi de décider quand tu seras prêt à la prendre et ce que tu voudras nous donner.
Elle enfouit sa tête dans le creux de son cou et ferma les yeux pour mieux respirer son odeur. Il portait toujours le même parfum, elle adorait ça, ça la rassurait et la réconfortait, comme si rien n’avait changé.
Il referma ses bras autour de ses épaules et clôt ses paupières, s’enivrant de l’arôme de son shampoing, il était toujours identique à celui qu’il connaissait et ça fit battre son cœur encore un peu plus rapidement. Elle était là, juste là, dans ses bras et ça lui donnait l’impression de revenir enfin à bon port après avoir été perdu dans la tempête.
- Je vous aime aussi, murmura-t-il. Je veux juste trouver la meilleure façon de m’intégrer à votre quotidien. J’ai juste besoin d’un peu de temps pour m’adapter et être certain que ce n’est pas un doux rêve qui va s’évanouir lorsque j’ouvrirai les yeux.
Elle l’embrassa à nouveau intensément.
- Est-ce que ça ressemble à un rêve ça ? questionna-t-elle.
- Oui, souffla-t-il en emprisonnant encore ses lèvres, avant de laisser glisser sa bouche sous le lobe de son oreille.
Elle sourit et gémit de plaisir, puis de contrariété quand la voiture s’immobilisa devant l’école privée de Nathan.
Elle sortit de la voiture et Chuck s’en extrait à son tour. Il resta appuyé contre la limo tandis qu’elle s’avançait aux abords de la cour de récréation pour signaler sa présence à l’institutrice de son fils.
C’était un peu inutile car la limousine à elle seule suffisait amplement à attirer l’attention de tous.
Nathan ouvrit de grands yeux quand il aperçut sa mère se matérialiser comme la portière s’ouvrait.
- C’est maman, cria-t-il à son institutrice en sautillant.
Elle le laissa quitter le rang en reconnaissant effectivement Blair Waldorf devant le véhicule. La rumeur du réveil de Chuck Bass avait été relayée dans toute la presse mais elle n’avait pas pensé que cela occasionnerait un tel raffut à la sortie des classes.
Nathan couru vers sa mère mais il écarquilla bientôt les yeux et ralentit sa course, avant de la reprendre de plus belle en changeant de direction.
- Papa, hurla-t-il en passant devant elle.
Il s’arrêta seulement après avoir percuter son père. Il faillit pratiquement le faire basculer sous le choc et Chuck réussit seulement à conserver son équilibre en calant mieux son dos contre la voiture, Nathan toujours accroché à lui, ses bras un peu trop cours pour encerclé entièrement sa taille.
- Nathan, fait attention, calme-toi ! le sermonna Blair en arrivant auprès d’eux.
- Laisse-le, dit Chuck en souriant, caressant la tête de son fils presque à hauteur de sa hanche.
Le gamin, lui, ne l’entendit même pas. Au lieu de ça, il saisit la main de son père et se mit à trépigner sur place.
- C’est mon papa ! indiqua-t-il fièrement à un autre gamin aux cheveux couleur corbeau qui se trouvait à côté d’une jolie brune aux yeux clairs.
L’autre petit dévisagea l’adulte d’un œil soupçonneux.
- Je t’avais dit que c’était pour de vrai qu’il viendrait un jour, ajouta Nathan avec un air supérieur et un sourire triomphant jusqu’aux oreilles.
- Chuck Bass, s’exclama Georgina Sparks. J’avais entendu la nouvelle mais je ne m’attendais certainement pas à te voir à la sortie des classes !
- Comme quoi, tout peut arriver. Regarde-toi. Moi non plus je n’aurais jamais imaginé te trouver dans un endroit pareil, rétorqua-t-il.
- Pourquoi est-ce que ça sonne presque comme une insulte ? ironisa G.
- Va savoir ?! commenta-t-il avec un petit sourire sarcastique.
Killian la tira par la main pour quitter l’endroit, il n’aimait pas perdre contre ses petits camarades, encore moins quand il s’agissait de Nathan Waldorf.
- Contente de voir que tu es toujours toi-même en tout cas, jeta-t-elle par-dessus son épaule avant de s’éloigner.