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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 11.04.2012 à 18h00
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Le cycle de la vie" est la traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "Circle of life" » okapi
Cette fanfic compte déjà 346 paragraphes
"Ici, ça ira ?" demanda Sully en déposant délicatement Faith O'Connell sur une couverture avec l'aide de Nuage-Dansant.
Elle était désormais étendue à l'ombre des arbres, à proximité du chariot.
Michaela approuva et s’affaira de nouveau au chevet de la blessée.
Sully, observant le ciel, fit alors remarquer : "Il se fait tard, nous devons décider de ce que nous allons faire maintenant. Est-ce que madame O'Connell est transportable ou devons-nous camper ici, cette nuit ?" demanda-t-il.
Michaela s'assit sur ses talons "Je préférerais que l'on reparte…" dit-elle. Cet endroit est vraiment trop sinistre et je voudrais les installer, elle et les enfants, à la clinique le plus rapidement possible."
"Il ne reste qu'un peu plus de deux heures avant la tombée de la nuit !" l'informa Sully.
Elle fronça les sourcils, tournant à nouveau son regard vers sa patiente "Je serai plus certaine de mon diagnostic si elle reprenait conscience… Mais je suis presque sûre qu'elle n'a pas de fracture du crâne !" déclara-t-elle. "Je pourrais rester à l'arrière du chariot avec elle et les enfants si c'est toi qui prends les rênes…"
"Si nous partons tout de suite, le voyage de demain sera un peu moins long, donc également moins dur" confirma Sully.
Elle approuva d'un air déterminé. "Alors, c'est décidé… Nous partirons dès que je serai allée dire une prière sur les tombes."
Ses yeux se posèrent sur les deux orphelins assis dans l’herbe avec Dorothy et Katie.
Elle se mordit les lèvres avant de murmurer le cœur serré : " Aucun enfant ne mérite d’assister à des événements aussi horribles que ceux qui se sont déroulés aujourd’hui sous leurs yeux… ! C’est tellement injuste. "
" On ne peut rien faire de plus pour eux que d’être là, présents à leurs côtés. " constata Sully en commençant à rassembler toutes les affaires qui avaient été déchargées du chariot depuis leur arrivée.
Michaela lui jeta un regard furieux, emprunt d’un sentiment mêlé de rage et d’impuissance.
Etait-ce réellement tout ce qu’ils pouvaient faire ? Etait-ce là, tout ce qui pouvait être fait ?
Ce n’était ni le lieu, ni le moment approprié pour en débattre, mais ils auraient le devoir d’en reparler plus tard, ça, elle en était certaine.
Il y avait une telle douleur dans sa tête, qu’elle éprouvait des difficultés à respirer.
Elle était dans un chariot en mouvement, mais aucun bruit de voix n’était perceptible.
Lorsque les images des événements récents affluèrent à sa mémoire, elle se mit à trembler en serrant les mâchoires.
Peter ? Hugh ?
Elle avait vu ce que cet Indien leur avait fait.
Elle les avait vus mourir sous ses yeux.
Elle n’osait pas penser à ce qui avait dû arriver à ses deux plus jeunes enfants.
L’envisager était trop dur à supporter, au-dessus de ses forces !
Elle essaya en vain de contrôler les tremblements qui secouaient son corps et dans un effort terrible parvint à soulever ses paupières gonflées pour voir ce qui l’entourait.
Ce qu’elle découvrit lui glaça le sang.
Un Indien à cheval, avançait tranquillement derrière le chariot.
Il était plus âgé que ceux dont elle avait le souvenir, mais il n’en restait pas moins qu’il s’agissait bel et bien d’un Indien.
Qu’allait-il lui arriver ?
Elle referma aussitôt les yeux et respira profondément pour essayer de se calmer.
Peut-être, finalement, allait-elle mourir aussi et rejoindre bientôt son cher mari et ses enfants.
Sans que Michaela ne s’en aperçoive, une unique larme perla au coin de l’œil de sa patiente et roula sur son visage jusqu’à la couverture où celle-ci était étendue, inerte en apparence.
Alors, avec bonheur et soulagement, Faith O’Connell se laissa de nouveau glisser dans le coma.
Chapitre 4
" Aucun changement ? " demanda Sully à Michaela tandis qu’elle revenait auprès de lui après avoir vérifié, une fois encore, les fonctions vitales de Madame O’Connell.
Ils avaient allumé leur feu de camp à même la piste, près du chariot bâché.
Les enfants dormaient non loin de là pendant que Dorothy et Nuage-Dansant conversaient tranquillement à quelques mètres du campement.
Elle secoua la tête : " C’est toujours pareil !" répondit-elle maussade, " le mieux que je puisse te dire, c’est que son état ne s’est pas aggravé. "
" Ce n’est déjà pas si mal ? " s’informa-t-il, " Cela signifie qu’elle s’accroche à la vie, n’est-ce pas ? "
" Je suppose " répondit-elle, découragée. " C’est peut-être bien inutile… Que va-t-il advenir d’eux ? La petite May n’a pas prononcé un seul mot depuis que nous l’avons trouvée… Et on peut deviner au regard de Douglas qu’il a été profondément bouleversé par tout cela. "
Elle frotta nerveusement ses yeux fatigués et se laissa tomber à côté de lui avant de replier ses jambes et de poser sa tête sur ses genoux.
" Tu penses qu’elle ne va pas s’en sortir ? " demanda Sully dans un murmure en jetant un regard inquiet sur les deux jeunes enfants endormis entre Brian et Katie.
" Je n’ai pas dit ça " répondit-elle, tendue. " J’espère sincèrement qu’elle s’en remettra… Et je vais faire tout ce que je peux pour ça, mais…. "
Sully fronça les sourcils en l’observant. " Qu’est-ce que tu as sur le cœur, Michaela ? " lui demanda-t-il à voix basse. " Je vois bien que quelque chose te tracasse ! "
Elle soupira, mais resta silencieuse.
" Michaela ? " essaya-t-il encore.
" Je… C’est juste que je ne comprends pas pourquoi tu n’as rien fait. " marmonna-t-elle sans relever sa tête toujours posée sur ses genoux.
" De quoi veux-tu parler ? " demanda Sully, étonné. " Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour Madame O’Connell et ses enfants… ? "
" Ce n’est pas d’eux dont je parle " répondit Michaela un peu plus vivement.
" De qui, alors ? "
" Quand tu es revenu nous chercher, moi et les enfants, et que tu nous as trouvés en compagnie de Renard-Rouge et de ses hommes, tu savais pertinemment que c’était eux qui venaient d’assassiner Monsieur O’Connell et son fils… Et tu t’es contenté de les laisser partir. " l’accusa-t-elle de manière inattendue.
Sully écarquilla les yeux, étonné. " Et que voulais-tu que je fasse ? " demanda-t-il avec une pointe de colère dans la voix.
Elle haussa les épaules. " Je ne sais pas " admit-elle honnêtement, " Mais tu les as laissés partir, comme ça… "
" Et si j’avais essayé de les en empêcher… Nous serions tous morts… Ils étaient tous les quatre armés de fusils… Qu’est-ce que j’aurais bien pu faire… ? "
Elle tourna vers lui, son regard triste et fatigué. " Mais ils sont loin maintenant, Sully… Et qui sait combien d’autres fermiers innocents ils vont encore assassiner… ? "
"Ils sont en colère !" dit-il calmement.
"Donc, tout va bien... Ils peuvent tuer des innocents ! " s’exclama-t-elle avec indignation.
"Bien sûr que non !... Mais je te répète que je ne pouvais pas les arrêter… Sans que moi, toi ou les enfants ne soient blessés, voire tués au cours de la bagarre. "
" Nous sommes peut-être saufs, mais de nombreux inconnus risquent d’être tués dans cette histoire parce que nous les avons laissés filer. " termina-t-elle, d’un air abattu.
Sully secoua la tête, perplexe. "Je continue à ne pas savoir comment j’aurais pu agir autrement " murmura-t-il, "Nous avons eu beaucoup de chance qu’ils acceptent de s’en aller aussi tranquillement qu’ils l'ont fait …"
"Et pendant que nous en discutons, d’autres innocents sont peut-être déjà morts…" conclu Michaela avec dégoût.
Son regard glissa de sa patiente, toujours inconsciente, jusqu’aux deux enfants désormais orphelins de père.
"Je n’arrive pas à supporter l’idée que d’autres familles risquent de subir le même sort que les O'Connells."
Sully soupira.
Elle avait raison, mais que pouvait-on faire contre Renard-Rouge et ses hommes, qui, lui, avait également raison sur un point : l'armée était stupide. Elle n’arriverait jamais à le capturer.
" Demain, j'aurai une conversation avec Nuage-Dansant à ce sujet. " proposa Sully, "Nous verrons si nous pouvons faire quelque chose."
Alors que Michaela acquiesçait, accueillant sa suggestion avec reconnaissance, il ajouta : " Tu vas essayer de dormir un peu maintenant, hein ? "
Elle secoue sa tête. "Je dois continuer à surveiller Mme O'Connell " l’informa-t-elle, "Je ne veux pas qu’elle revienne à elle dans cet endroit inconnu sans personne à ses côtés pour la rassurer…"
" Tu ne peux pas rester éveillée toute la nuit, Michaela ! " la sermonna-t-il un peu vivement sans même s’en rendre compte.
Elle tourna son visage vers lui pour le regarder, la lueur du feu se reflétant dans ses yeux brillants. "Je n'ai pas le choix " dit-elle tranquillement. Imagine que ce soit moi ou toi qui soit étendu là, à sa place ! "
Il encaissa. " Alors, je vais veiller avec toi." insista-t-il.
Elle secoua la tête négativement. "Tu dois conduire le chariot toute la journée demain… Tu dois dormir un peu… Ça ira, ne t’en fais pas ! "
Il la regarda avec résignation.
C’était inutile de discuter d’avantage. Il n’aurait jamais le dessus. Il s’allongea sur le dos, à côté d’elle, et ferma les yeux, espérant être en mesure de l’entendre bouger et de se réveiller si quelque chose se produisait au cours de la nuit.
Faith se laissa porter dans un état de semi-inconscience durant toute la nuit et jusqu’au petit matin.
Elle cru parfois percevoir des voix et des bribes de conversation en anglais, mais cela lui sembla trop beau pour être vrai.
La douleur dans sa tête était insupportable et les mouvements incessants du chariot accentuaient encore sa peine, la rendaient nauséeuse et l’empêchaient de se concentrer.
Durant ses rares moments de lucidité, ses pensées se tournaient sans cesse vers ses deux plus jeunes enfants, Douglas et May. Où étaient-ils ? Étaient-ils morts également, comme Peter et Hugh ?
Ses pertes de consciences régulières étaient devenues un moyen d’échapper à la réalité.
Elle se trouvait transportée dans un refuge où elle n'avait plus à revoir, encore et encore, les visages peints, les fusils pointés sur sa famille et la terreur dans les yeux de Hugh.
Elle y oubliait l'odeur de la fumée et du sang et n'avait plus à entendre les cris de douleur et ceux de triomphe poussés par les Indiens.
Elle n'avait plus également à penser à ce qui allait lui arriver.
Peu de temps après le déjeuner, Michaela remarqua que les paupières de Mme O'Connell s’animaient de quelques palpitations et elle se pencha immédiatement au-dessus d’elle pour lui murmurer avec douceur : " Tout va bien… Vous êtes en sécurité maintenant… Vous êtes avec des amis."
Faith n’ouvrit pas les yeux, mais haussa les sourcils avec stupéfaction, son cœur s’emballant dans sa poitrine.
Ce pouvait-il vraiment que quelqu'un l’ait trouvée et que les Indiens ne soient plus une menace ?
Elle émit un faible gémissement et passa sa langue sur ses lèvres desséchées.
Un chiffon humide les humecta aussitôt et quelqu’un lui releva doucement la tête pour l’aider à boire quelques gorgées d’eau au goulot d’une gourde.
L'eau fraiche était une bénédiction, mais plus elle revenait à elle et plus la terrifiante réalité s’imposait à son esprit.
Elle s’effondra de nouveau sur la couverture et ses yeux gonflés s’emplirent de larmes. "Douglas ? May ? " Articula-t-elle avec peine.
"Ils sont ici… Juste à côté de vous, " lui indiqua Michaela doucement pour la rassurer.
Elle sentit une petite main agripper la sienne et elle la serra étroitement.
Elle fit une tentative pour ouvrir les yeux et, bien que sa vue resta floue, elle put distinguer la silhouette de son plus jeune fils.
Elle murmura d’une voix douce et remplie d’amour "Douglas ?"
L’enfant ne répondit pas, mais il posa délicatement sa tête contre la poitrine de sa mère.
Elle souleva ses bras pour le serrer contre elle. "May ?", lui demanda-t-elle en tremblant.
" Elle est là aussi, maman ! " répondit Douglas avec tendresse.
Le jeune garçon se redressa et recula légèrement pour faire avancer sa petite sœur devant lui, dans le champ de vision limité de sa mère.
"Mon petit cœur ? " murmura-t-elle avec amour.
La petite fille s’allongea immédiatement contre sa mère et se blottit étroitement dans ses bras qui se refermèrent sur ses frêles épaules.
Katie et William endormis paisiblement à côté d’elle, Michaela assista aux retrouvailles de la mère et de ses enfants, des larmes coulant silencieusement le long de ses joues.
Elle ne pouvait pas s’empêcher de penser à tout ce que cette femme avait subi et à la souffrance qu’elle devrait encore endurer au cours des prochains jours.
Elle n’imaginait que trop bien quels sentiments on pouvait éprouver en voyant son mari et de son fils attaqués, blessés et assassinés ainsi sous ses yeux.
Elle regarda Sully qui, lui tournant le dos, conduisait toujours le chariot sur le chemin du retour.
Elle savait bien que l’agression verbale, qu’elle avait portée contre lui le soir précédent, était injuste et déraisonnable, mais elle avait été submergée par un sentiment de rage et d'impuissance tel, qu’elle s’était laissée emporter.
Elle allait devoir se réconcilier avec lui et se faire pardonner, tout en lui faisant comprendre ce qu’elle avait ressenti.
Une chose était certaine cependant : il allait falloir faire quelque chose à l’encontre de Renard-Rouge et de ses disciples, ou d’autres familles subiraient le même sort que les O'Connells.
"Nous allons devoir repartir, Michaela" déclara Sully, en regardant le ciel bleu de cette fin d'après-midi, " Cela va nous prendre encore trois bonnes heures avant d’arriver à la maison… "
Ils s’étaient arrêtés pour une courte pause afin de détendre un peu leurs muscles endoloris avant d’entamer la dernière partie de leur voyage de retour.
Michaela se releva et acquiesça.
"Est-ce que les enfants sont prêts à repartir ?" lui demanda-t-elle.
Sully lui adressa un sourire grimaçant. "Ils commencent à en avoir vraiment assez du chariot " commenta-t-il, "même William qui dort la plupart du temps … Mais ils sont prêts ! "
Il observa la blessée, toujours étendue dans le chariot. "Comment va Mme O'Connell ? "
"Beaucoup mieux… Même si elle est toujours plongée dans un état semi-comateux. " l’informa Michaela, "je pense qu’elle s’est sentie infiniment soulagée en apprenant que Douglas et May étaient sains et saufs …"
Le regard de Sully se posa sur les enfants, assis, à l'ombre, non loin de là, en compagnie de Dorothy et de Nuage-Dansant.
"Je ne sais pas ce qu’ils vont devenir une fois que nous serons rentrés à Colorado Springs… Ils ne possèdent plus rien… Excepté ce qu’ils portent sur le dos." fit-il remarquer.
"Ils sont ensemble, vivants, Sully… C’est le plus important et nous devrons veiller à ce qu’ils ne soient pas séparés… " Répondit-elle, "en attendant ils peuvent rester à la clinique."
Sully lui fit savoir qu’il partageait son point de vue d’un hochement de tête et observa une fois encore le petit groupe qui profitait de ces dernières minutes de repos passées hors du chariot.
Faith avait entendu la conversation entre les deux adultes et elle lutta pour contrôler ses larmes qui, une fois encore, menaçaient de se répandre.
Le docteur Mike avait raison.
Ils ne possédaient plus rien maintenant … Et elle ne pourrait même pas lui régler ses soins médicaux.
C’était une femme fière et elle était déterminée à trouver un moyen pour payer ses dettes et subvenir aux besoins de ses enfants.
Elle fit une nouvelle tentative pour ouvrir son œil qui n'était pas bandé. Le soleil l’aveuglait mais elle réussit à distinguer le petit groupe de personnes qui se tenaient dans l'ombre à quelques mètres de là.
Son cœur fit un bond dans sa poitrine.
Le même Indien qu'elle avait déjà vu suivre le chariot se tenait parmi eux et Douglas et May étaient tranquillement assis à seulement quelques mètres de lui.
Elle se redressa un peu avec difficulté et remarqua avec stupeur et consternation que la femme, qu’on lui avait présentée sous le nom de Dorothy, se penchait calmement vers lui pour murmurer quelque chose à son oreille.
Finalement, peut-être qu’elle et ses enfants n’étaient pas autant en sécurité qu’on avait bien voulu lui faire croire.
Elle réussit à croasser, "Douglas… May… Venez ici… !"
Les enfants levèrent immédiatement la tête et rejoignirent rapidement leur mère.
"Venez vous asseoir ici " leur ordonna-t-elle, tapotant de sa main la couverture où elle était étendue, "Je veux que vous restiez près de moi…"
Les enfants n’avaient pas besoin de se faire prier d’avantage.
Avec l'aide de Sully, ils grimpèrent dans le chariot et s’installèrent auprès de leur mère où ils passèrent le reste du voyage jusqu’à Colorado Springs.
"Maman !" s’exclama Colleen en venant ouvrir la porte où des coups insistants avaient retenti peu après le coucher du soleil. "Nous n’attendions pas votre retour ce soir … "
Elle fit un pas en avant pour embrasser sa mère mais eut un mouvement de recul en découvrant son visage hagard.
" Quelque chose ne va pas ? " Demanda-t-elle immédiatement, en posant les yeux sur le chariot bâché stationné devant la clinique et faiblement éclairé par la lampe situé sous la galerie.
Sully assis à l’avant du véhicule, jetait régulièrement un coup d’œil par dessus son épaule pour surveiller quelque chose ou quelqu'un à l’intérieur.
"Il y a une patiente à l'arrière du chariot… Et nous allons avoir besoin d’Andrew, si tu veux bien aller le chercher " expliqua Michaela visiblement épuisée.
"Bien sûr maman… J’y vais tout de suite." déclara Colleen en faisant aussitôt demi- tour pour se rendre dans leur appartement situé à l'arrière de la clinique.
Nuage-Dansant et Sully déplacèrent délicatement Faith pour la faire descendre du véhicule puis la transportèrent à l’intérieur de la clinique.
Dès que son gendre entra dans la salle d’examens, Michaela lui présenta son diagnostic.
" Elle a une grave commotion cérébrale et une très profonde lacération sur le visage que j’ai du recoudre. Elle présente également de nombreux hématomes et de petites plaies superficielles et sans gravité sur toute la partie supérieure du corps… Je ne pense pas qu’il y ait de fracture du crâne bien que vous souhaiterez peut-être le vérifier par vous-même. Elle a été ballotée dans le chariot toute la journée, ce qui a accru considérablement sa douleur… Mais je ne pense pas qu'il soit judicieux de lui donner de calmant trop puissant en raison de sa blessure à la tête… Peut-être suffirait-il d’augmenter un peu la fréquence de prises régulières d’infusion d’écorce de saule… "
Andrew se pencha au-dessus de la femme étendue sur la table d'examen et ausculta délicatement son crâne et la boursoufflure sur son visage.
Il se redressa quelques minutes plus tard et, se tournant vers Michaela, lui fit connaître ses conclusions. "Je suis d'accord… Il ne semble pas y avoir de fracture du crâne… Cela vous dérange si je lui retire son bandage ? "
"Certainement pas," déclara Michaela avec lassitude. "Il doit de toute façon être changé… Les conditions sanitaires dans lesquelles je lui ai administré les premiers soins étaient loin d’être parfaites…. "
Tandis qu’Andrew se penchait de nouveau sur Faith, Colleen interrogea calmement sa mère : " Que s’est-il passé maman ? Où l’avez-vous trouvée ? "
Michaela serra les dents et son regard se fit plus dur. "Ce sont les Renégats… Ils ont attaqué leur ferme… Tué son mari et son fils… Deux autres petits enfants sont à l'extérieur avec Dorothy et Brian… "
Colleen fronça les sourcils. "Les Renégats, maman ?" répéta-t-elle incrédule, "Je croyais qu’il n’y en avait plus un seul par ici … "
" Nous étions beaucoup plus au Nord… C’est un tout petit groupe d’individus… Nous les avons également rencontrés et avons eu affaire à eux … "
Colleen écarquilla les yeux : "Ils ne vous ont rien fait ? " demanda-t-elle, inquiète.
Michaela secoua la tête. "Non… Sully les en a empêché…" répondit-elle sans plus de détails.
Andrew se redressa. "Aucun signe d'infection… La meilleure chose qui reste à faire est probablement de l’installer dans un lit confortable. "
Il regarda son épouse, "Colleen… Pourrais-tu préparer la chambre de convalescence et faire le lit, s'il te plaît ?"
Elle lui sourit et répondit aussitôt : "Bien entendu… Et je vais également préparer la chambre voisine pour les deux petits, d’accord maman ?"
Michaela approuva avec gratitude : "Je sais qu'elle veut les avoir auprès d’elle."
Et puis, elle ajouta encore : "Ils ont tous traversé une terrible épreuve …"
Michaela sortit à reculons de la chambre de convalescence pour se retrouver dans le couloir éclairé par la lueur des lampes à pétrole.
Elle referma doucement la porte derrière elle, passa ses mains fatiguées dans sa longue chevelure pour repousser une mèche qui lui tombait sur le visage, fit un pas de côté et se retrouva, avec surprise, dans les bras de Sully et se blottit instinctivement contre lui, déposant sa joue contre sa poitrine.
"Elle est bien installée ?" murmura-t-il, en caressant doucement ses cheveux.
Elle acquiesça : "Elle se sent mieux maintenant qu'elle est étendue plus confortablement " répondit-elle, " Mais … ""
" Mais ? "
"Elle semble bien… Elle semble distante … Presque amère d’être en vie… "
" Elle a subit de telles épreuves… Probablement qu’elle commence juste à réaliser tout ce qui s'est passé."
Michaela soupira. "Je le suppose aussi " admit-elle avec hésitation.
" Cela t’inquiète ? "
Elle haussa les épaules. "C’est sans doute parce que je suis tellement fatiguée " se justifia-t-elle. "Je suis sûre que tout me paraîtra aller mieux demain matin…"
" Alors tu es prête à rentrer à la maison, maintenant ? " demanda-t-il en massant amoureusement sa nuque et son cou. "Brian est déjà parti avec Katie et William depuis un bon bout de temps. "
Elle plongea son regard dans le sien et lui expliqua doucement " Il y a encore une chose que je dois faire avant de rentrer… "
Il fronça les sourcils, un peu étonné. " Qu'est-ce que c'est ? " interrogea-t-il.
"Je veux passer à l’épicerie… Pour parler avec Loren et le Révérend… Et après, nous pourrons rentrer chez nous… D’accord ? "
"Cela ne peut pas attendre ? Ils seront sans doute là tous les deux, à la première heure demain matin !"
"Je… Je pense que Mme O'Connell pourrait apprécier l’assistance du Révérend… Peut-être même dès ce soir… "
Sully sourit et l’embrassa sur le front. " J’aurais dû deviner que tu penserais à tout pour Madame O’Connell " dit-il, les yeux remplis de fierté pour elle. "Tu veux que je vienne avec toi ?"
Elle refusa d’un signe de tête. "Je ne serai pas longue ! " promit-elle.
Il déposa de nouveau un baiser sur son front. "Je serai prêt quand tu voudras !" lui déclara-t-il tendrement, "je suis impatient de rentrer à la maison. "
Michaela sourit malgré sa fatigue extrême.
Après quatre années de mariage, elle savait bien ce que signifiait cet éclat dans les yeux de son mari.
Elle ressentit aussitôt des fourmillements sur sa peau et des palpitations de désir au creux de son ventre.
Elle ne cesserait jamais de se demander pourquoi un seul de ses regards avait le pouvoir de la troubler autant et de la mettre dans un état pareil.
Elle se dressa sur la pointe des pieds et réclama sa bouche avide sur la sienne pour un baiser de bon augure.
Enfin, elle lui chuchota à l’oreille : " Je ne serai pas longue… Je te le promets … " avant de s’élancer dans le couloir en direction des escaliers, oubliant momentanément sa fatigue.
Chapitre 5
Michaela s’agita avant de s’étirer, troublée dans son sommeil par quelque bruit lointain et indéfinissable.
L’air encore chaud, en cette nuit de fin d’été, l’enveloppait telle une douce couverture de velours.
Les yeux fixes et grands ouverts dans l’obscurité, elle mit quelques secondes avant de percevoir enfin la faible lueur d’une nouvelle aube naissante.
Désorientée après toutes ces nuits passées sur la route, à la belle étoile où à l’intérieur d’un tipi, elle ne savait plus très bien où elle se trouvait.
Quelques rayons de lune filtraient à travers les rideaux de dentelle et elle prit soudain conscience que son corps reposait sur un matelas moelleux.
Sa tête était posée sur un oreiller de plumes et elle était recouverte d’un drap de coton léger.
Elle sourit et s’étira de nouveau langoureusement.
Elle était à la maison.
Elle fronça alors les sourcils, intriguée.
Elle se souvenait vaguement avoir fait le trajet de retour jusqu’à la maison la veille.
Elle se rappelait également avoir allaité William dans le rocking-chair, devant le feu.
Mais elle n’avait aucun souvenir d’être allée se coucher.
Elle inclina la tête pour voir Sully qui dormait profondément, étendu sur le côté, le visage tourné dans sa direction.
Il avait certainement espéré vivre un retour à la maison plus joyeux et exaltant, et contrairement à cela, elle l’avait laissé tomber, et ce n’était pas la première fois que cela lui arrivait.
Au lieu de profiter enfin de ce moment d’intimité retrouvée et tant attendu, après plusieurs semaines passées en compagnie des enfants, il avait dû se contenter de la mettre au lit.
Elle soupira, furieuse contre elle-même.
Elle se redressa pour arranger un peu son oreiller et, ce faisant, réalisa soudain qu’elle était toujours vêtue de ses sous-vêtements.
Elle sourit, imaginant comme il avait dû être malaisé pour Sully de la déshabiller alors qu’elle était déjà endormie.
Repoussant le drap, elle s’assit au bord du lit, se leva et se dirigea vers la commode d’où elle tira une légère chemise de nuit en coton.
Avec des gestes lents et encore engourdis de sommeil, elle défit les boutons de son caraco, en fit glisser les bretelles le long de ses épaules avant de le déposer sur le dossier du fauteuil à bascule et de retirer sa culotte bouffante.
Elle saisit la chemise de nuit, mais attirée par les rayons de la lune, elle traversa la pièce tout en jetant un coup d’œil à William endormi dans son berceau et s’approcha de la fenêtre pour admirer la vue qu’elle connaissait par cœur.
Cet endroit signifiait tant de chose pour elle.
C’était l’endroit où elle était venue vivre avec Sully après leur mariage, l’endroit où avaient été conçus leurs deux bébés si précieux, l’endroit où avaient grandi leurs trois autres enfants qui s’étaient épanouis pour devenir de merveilleux jeunes adultes.
Elle sourit et laissa échapper un profond soupire de contentement.
Il y avait tellement de choses pour lesquelles elle éprouvait tant de gratitude.
Elle commença à soulever la chemise légère pour la passer par dessus sa tête mais une voix douce et séductrice l’arrêta dans son élan. " Tu n’en as pas besoin, tu sais ! " murmura Sully.
Elle se retourna pour lui faire face, serrant pudiquement sa chemise de nuit contre sa poitrine.
A son grand regret, elle n’avait jamais réussi à se défaire totalement de ces soit disant " bonnes manières " qu’on lui avait inculquées avec l’éducation étriquée et rigide qu’elle avait reçue à Boston.
Il s'était redressé sur son coude, les cheveux en bataille et les yeux scintillants. " Pour moi… tu es absolument parfaite comme ça !" ajouta-t-il d’une voix rauque.
Il ouvrit le drap de coton tout en prononçant ces mots et, tapotant le matelas de sa main, l’invita à venir le rejoindre dans le lit.
Elle sourit, charmée par sa voix et son regard sensuel.
Elle repoussa sa longue chevelure ébouriffée à l’arrière de ses épaules, marcha tranquillement à travers la pièce puis, abandonnant négligemment sa chemise de nuit au pied du lit, s’y glissa à côté de lui.
Il l’attira immédiatement contre lui, sa peau contre la sienne.
"Tu devrais dormir !" susurra-t-il à son oreille. " Qu’est-ce qui t’a réveillée ? "
Elle leva son regard vers le sien. " Je ne sais pas ! " répondit-elle à voix basse.
Elle marqua une pause puis continua d’une voix chagrinée. " Je suis vraiment désolée pour hier soir ! "
Il fronça les sourcils. " Hier soir ? " répéta-t-il.
" Je me suis endormie " répondit-elle, " je ne voulais pas… "
"Hé ! " s’exclama-t-il, " tu ne tenais plus debout ! Tu n’avais pas dormi depuis plus de trente-six heures… "
" Mais nous avions des projets... "
Il sourit de nouveau et l’embrassa tendrement sur le front.
" Les projets ne se déroulent pas toujours comme prévu... Mais cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas les remettre à plus tard… "
"Plus tard ?"
"Hum hum... une fois que tu auras récupéré toutes tes heures de sommeil… "
Elle prit une profonde inspiration. "Je dormirais mieux si..."
" Si ? "
"Si... Je veux dire, après... "
" Après ? " la taquina-t-il.
Elle sourit en son fort intérieur, découvrant cette étincelle si familière dans les yeux de Sully.
Elle roula espièglement sur le côté, s’éloigna de lui et lui tournant le dos murmura d’une voix étouffée : " Peut-être que finalement je devrais dormir encore un peu... " Tout en s'efforçant de contrôler le sourire qui menaçait d’apparaître sur ses lèvres.
Elle déposa ses mains sous son menton et ferma les yeux.
Etendu derrière elle, Sully se rapprocha doucement jusqu'à ce que son corps entier repose contre le sien.
Son bras entoura aussitôt sa taille et il commença à caresser amoureusement sa peau déjà brûlante.
Débutant sur ses hanches, son ventre, le bas de son dos, il gagna peu à peu du terrain pour parvenir jusqu’à sa poitrine hypersensible où il commença à masser délicatement ses seins.
Elle resta immobile le plus longtemps possible, jusqu'au moment où, Sully intensifiant ses caresses, elle ne put s’empêcher de gémir de plaisir et de saisir sa main.
Elle roula légèrement dans ses bras de manière à voir ses yeux brillants de désir
" Alors comme ça, tu as réussi à comprendre ce que je voulais dire ?" murmura-t-elle dans un souffle.
"Hum, hum... je crois avoir saisi l’essentiel ! " lui répondit-il, laissant ses mains se remettre aussitôt au travail.
"Ne doute jamais de mon amour Sully ! Je t’aime tellement !" lui murmura-t-elle avec adoration tout en se retournant totalement sur le dos pour pouvoir saisir sa nuque et attirer ses lèvres jusqu’aux siennes.
"Je... Je n’aurais pas la force de continuer sans toi, s’il t’arrivait quelque chose ... "
Il déposa de tendres baisers aux coins de ses lèvres, avançant progressivement vers le centre de sa bouche.
" Il ne m’arrivera rien, Michaela !" lui murmura-t-il entre deux baisers. " Toi et moi... Nous sommes destinés à vivre ensemble... Pour toujours... "
Il s’empara enfin de sa bouche et leur baiser se fit plus profond et plus urgent, attisé par le feu de leurs caresses.
Ils unirent leurs deux corps avec passion, leurs cœurs et leurs âmes fusionnant de concert.
Pendant qu’une chaude et douce brise pénétrait par la fenêtre, agitant faiblement les rideaux de dentelle, et que les enfants dormaient profondément dans leurs lits, Sully et Michaela assouvirent le désir ardent qu’ils avaient l’un de l'autre, d’une manière qui leur était à la fois familière mais toujours nouvelle et excitante.
Leur acte d’amour, s’accompagna de soupirs et de gémissements et le rythme de leurs mouvements rapides et synchronisés les transporta, comme à chaque fois, dans un autre temps et dans un autre lieu, où rien ni personne ne viendraient troubler l’ardeur de leur passion éternelle et réciproque.
Et, une fois de plus le lien si puissant qui les unissait s’en trouva renforcé.
Après quoi, ils restèrent blottis dans les bras l’un de l’autre, appréciant encore les douces caresses qu’ils continuaient à faire courir sur leurs peaux et leurs corps dénudés.
Sully l’embrassa amoureusement sur la tempe tout en la serrant contre lui et chuchota "Dors maintenant... Nous avons encore une heure ou deux devant nous avant que les enfants ne se réveillent..."
Elle acquiesça, mais lovée tout contre lui, elle continua inconsciemment à faire courir ses doigts en cercle sur sa poitrine musclée. Puis, alors qu’une pensée lui traversait l’esprit, elle lui dit doucement : " Sully ? "
" Hum, hum !" répondit-il, alors que ses pensées vagabondaient aussi.
" La... L’autre nuit " souffla-t-elle. "Je... Je me suis très mal exprimée... Je n'étais pas vraiment fâchée contre toi... "
" Tu veux dire quand nous étions en train de veiller Madame O’Connell sur le chemin ? "
Elle confirma ses propos d’un hochement de tête : " Oui… Je me sentais si misérable… Si amère. "
Il la serra amoureusement contre lui. " Nous avions eu une sacrée journée… " Dit-il.
Elle approuva. " Alors… Je voulais que tu saches que ce n’était pas contre toi que j’étais en colère. "
" Juste contre Renard-Rouge… ! "
" Mmm… Il se moque complètement du mal qu’il fait à d’innocentes familles et de la douleur qu’il leur inflige. "
Elle fit une pause et reprit, un peu hésitante. " Peut-on faire quelque chose pour l’empêcher de continuer ? "
Sully la serra un peu plus étroitement encore. " Nous avons parlé de ce problème avec Nuage-Dansant"
"C'est vrai ?" Répondit-elle, prudemment.
Il continua "Hum, hum… Renard-Rouge a raison, l'armée ne les trouvera jamais… Sauf par accident !"
"Et ?"
"Et bien, Nuage-Dansant et moi, pensons que la seule chose à faire est de retourner là-bas… Voir si nous pouvons le trouver et essayer de le convaincre de rejoindre le Nord et les territoires indiens…"
Elle frissonna dans ses bras et dit craintivement "Et s'il ne veut pas ?"
Il hésita "Je ne sais pas… Nuage-Dansant est inquiet à ce sujet !"
Elle se souleva sur un coude pour pouvoir voir son visage "S'il te plait, ne prenez pas de risques inconsidérés, c'est un homme dangereux !"
Il fronça les sourcils "Tu sais bien que nous serons prudents… Mais comme tu l'as dit, nous devons faire quelque chose pour l'arrêter !"
"Après tout, peut-être vaudrait-il mieux laisser l'armée sen charger !"
"Alors, il continuera à aller et venir librement, massacrant au passage des familles de fermiers comme celle des O'Connells !"
Elle soupira et reprit d'un ton résigné "Tu as raison… Mais… Je t'en supplie, soyez prudents tous les deux…"
Il l'embrassa tendrement "Nous serons prudents !" Promit-il "Maintenant oublie tout ça et essaye de dormir encore un peu… Tu en as certainement besoin !"
Elle s'étendit de nouveau, faisant reposer sa tête à la place qui lui était si familière, sur la poitrine de Sully.
Néanmoins, il se passa un long moment avant que le sommeil ne la gagne.
Lorsqu'elle fermait les yeux, l'image d'un visage arrogant et au sourire sadique, recouvert de peintures de guerre s'imposait à son esprit.
Son cœur et sa respiration s'emballaient alors et la peur l'assaillait.
Combien de dégâts et de peine Renard-Rouge causerait-il encore avant que quelqu'un ne soit en mesure de l'arrêter ?