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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 11.04.2012 à 18h00
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Le cycle de la vie" est la traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "Circle of life" » okapi
Cette fanfic compte déjà 346 paragraphes
Chapitre 31
Elle sut qu'il s'agissait du Révérend bien avant qu'il ne tourne dans l'allée.
C'était le bruit régulier de sa canne frappant le parquet de l'église qui le trahissait.
Elle fut surprise de le voir se rendre en ces lieux alors qu'elle s'y trouvait aussi.
En effet, il l'évitait depuis pas mal de jours déjà ou tout du moins c'est ce qu'il lui avait semblé.
Comme elle attendait la venue de son premier élève pour une leçon de piano, elle continua à jouer en lui tournant le dos quand elle réalisa, soudain, que tout était devenu silencieux autour d'elle.
Hormis le son des touches du piano, plus de bruit de canne ni aucun bruit de pas.
Finalement, lorsqu'elle eut terminé d'interpréter son morceau, elle cessa de jouer, laissant ses doigts glisser des touches jusqu'à ses genoux, puis elle attendit qu'il se décide à rompre le silence.
Comme il ne le fit pas, elle pivota lentement sur son tabouret pour lui faire face et sursauta en rencontrant soudain son regard fixe et sans lumière posé sur elle.
Elle sentit le rouge lui monter aux joues et murmura "Vous vouliez me parler, Révérend?"
Et avant qu'il ne puisse répondre elle ajouta "J'ai l'impression que cela fait plusieurs fois que vous voulez le faire mais que vous remettez toujours à plus tard…"
Il plissa légèrement les yeux et se mit également à rougir.
Il paraissait chercher ses mots.
Finalement, il la déconcerta totalement en lui exposant avec sobriété "J'étais en colère… Je sais que cela va à l'encontre de ma foi… Mais je devais réfléchir à tout cela sérieusement avant de vous parler de nouveau…"
Elle fronça les sourcils visiblement blessée.
Il ajouta, contrit "Je suis désolé, madame O'Connell…"
Elle laissa tomber lourdement ses épaules et demanda d'une toute petite voix "En colère? Mais pourquoi?"
Il sembla de nouveau bien embarrassé avant de lui répondre "Dorothy et Nuage-Dansant sont des gens bien !"
Elle fronça les sourcils, se retourna et lança un regard fuyant à travers la fenêtre, les mâchoires crispées.
"L'autre jour, au café de Grace, vous avez essayé de monter les gens contre eux…" Lui expliqua-t-il calmement.
Elle fit volte-face pour le regarder avec un air dur.
"Ce ne sont pas mes amis!" dit-elle amèrement.
"Ils vous ont sauvé la vie… Et se sont occupé de Douglas et May…"
"Et son peuple a assassiné mon fils et mon mari…"
"Ce n'est pas la faute de Nuage-Dansant…"
Son visage devint soudain rouge de colère
"Et vous attendez de moi que j'oublie le fait qu'il soit cheyenne?" demanda-t-elle furieuse.
"Pardonner et oublier, c'est ça ?"
"Ce que je vois… C'est qu'il n'y a rien à pardonner… Nuage-Dansant n'a absolument rien à voir avec les agissements de Renard-Rouge… Au contraire… Lui et Sully se sont assurés que ce dernier ne ferait jamais plus de mal à d'autres familles de colons comme la vôtre!"
Elle se leva brusquement et s'avança vers lui avec agitation, les deux mains sur les hanches.
"Cet homme est un Cheyenne… Cela représente assez à mes yeux… Et Dorothy Jennings est beaucoup trop proche de lui… Pour une femme blanche… Je ne pourrai jamais pardonner ce qu'ils ont fait à ma famille… Durant un instant on rêve d'un avenir heureux et la minute suivante votre famille vous est arrachée !" S'emporta-t-elle.
Un peu plus calmement, elle ajouta: "J'ai pensé à emmener les enfants très loin d'ici… Pour qu'ils n'aient plus jamais à croiser le chemin d'un Indien mais comme vous le savez aussi bien que moi… Ce n'est pas possible pour le moment !"
"Donc votre intention est de rendre la vie aussi difficile que possible à Nuage-Dansant et du même coup à Dorothy…"
Ses yeux volèrent jusqu'aux siens et un air de culpabilité passa sur son visage avant que le masque de colère ne déforme à nouveau ses traits "Ne vous êtes-vous jamais interrogé en les voyant passer autant de temps ensemble?" Laissa-t-elle échapper d'un ton accusateur.
Il soupira avant de hausser les épaules.
"Cela ne me regarde pas !" Répondit-il et avant qu'elle ne puisse dire autre chose, il ajouta: "Et il me semble que cela ne regarde personne… De plus… Vous ignorez tout de leur histoire respective…"
Elle grimaça avant de rétorquer "J'en sais bien assez !"
Il secoua la tête.
"Avec tout le respect que je vous dois Madame O'connell… Non, vous ne savez rien…" Lui assura-t-il sans se fâcher "Vous serez sans doute intéressée d'apprendre que Dorothy Jennings a été mariée par le passé… Il y a déjà des années de cela… Son mari… Un homme blanc… La frappait si violemment que vous auriez eu du mal à la reconnaître… S'il y a bien une raison pour qu'une femme déteste quelqu'un… C'est bien celle-ci !"
Elle écarquilla de grands yeux surpris en entendant cette révélation de la part du Révérend.
Il continua: "De son côté…Nuage-Dansant a perdu son fils… Tué par un Indien Renégat alors que ce dernier tentait de sauver la vie du Docteur Mike… Il a également perdu sa femme… Assassinée par les hommes de Custer lors du massacre de Washita dans lequel il a perdu toute sa famille, toute sa tribu… Alors, il aurait toutes les raisons du monde d'être remplit de haine… Mais il a dépassé cela !"
"Bien… Cela en fait des citoyens modèles, je suppose" rétorqua-t-elle avec sarcasme et toujours sur la défensive.
"Vous pouvez dire ça…" Répondit-il, en choisissant de prendre son commentaire au sérieux. "A la vérité, de nombreux habitants de cette ville sont passés par maintes souffrances et ont du surmonter de difficiles épreuves. Le docteur Mike a été enlevée par les Indiens Renégats il y a quelques années de cela… ils l'ont séquestrée pendant trois jours… Elle n'a jamais raconté à personne ce qui s'était passé pendant sa détention… Nous savons seulement qu'à son retour, ses vêtements étaient sales et déchirés… Cela ne l'a cependant pas empêchée de continuer à essayer d'aider les Indiens dans les réserves… Ceux que l'armée traitaient si durement !"
Elle se laissa tomber lourdement sur le tabouret du piano et regarda ailleurs.
"La vie n'est facile pour personne, ici, madame O'connell. Peut-être ne vous attendiez-vous pas à ce que cela soit si dur, personne n'est préparé à cela… Les gens d'ici sont plus ou moins dans le même cas… Nuage-Dansant et Dorothy veillent l'un sur l'autre… Et tous les deux sont respectés par beaucoup de gens en ville… Je ne suis pas le seul à m'opposer à ceux qui essaieraient de leur faire du tort…"
Elle secoua la tête et son visage blêmit "Vous ne savez pas ce que j'endure" marmonna-t-elle au bord des larmes.
Il se rapprocha d'elle. "Non… Vous avez raison… Je n'en sais rien…" Lui accorda-t-il d'une voix douce. "Mais nous subissons tous des pertes dans notre vie… De n'importe quelle nature soient-elles. Chacun doit, à sa manière, trouver une solution pour les surmonter… Certaines personnes ont des vies vraiment difficiles et jalonnées de malheurs !"
Elle baissa les épaules et dit d'une voix presque inaudible "Pensez-vous qu'un jour, j'arriverai à surmonter tout cela? "
"Je n'ai absolument aucun doute à ce sujet !" Répondit-il sans hésitation "Vous êtes déjà sur le bon chemin… Sinon vous n'auriez jamais commencé à donner vos leçons de piano… Ni songer à louer une maison…"
"Ce sont des nécessités… Une question de survie !"
"Oui, bien sûr… Mais vous avez pris les choses en mains, sans vous laisser abattre…"
"C'est si dur…" Admit-elle à mi-voix.
"Je sais... Mais vous avez des amis, ici… Vous le savez… N'est-ce pas?"
Elle posa ses yeux sur les siens et le regarda, embarrassée.
Elle finit par lui répondre "Oui… Je le sais… Mais vous comprendrez que j'éprouve quelques difficultés vis-à-vis du Docteur Mike et de Sully, ainsi que par rapport à Dorothy Jennings et à cet Indien… Du moins pour le moment !"
"Bien entendu… Je vous comprends… Mais s'il vous plaît, voulez-vous réfléchir à ce que je vous ai dit? Le docteur Mike, Sully… Nuage-Dansant et Dorothy ne sont pas vos ennemis… Bien au contraire…" L'implora-t-il.
Elle hocha la tête avant de réaliser qu'il n'avait pas pu voir son geste d'approbation "Oui… Je vais y penser… Mais cela ne se fera pas en une nuit…"
Il acquiesça à son tour "Prenez le temps qu'il vous faudra pour en finir avec vos craintes et mettre en ordre vos idées… Je sais plus que personne combien de temps, de réflexions sont nécessaires… Je serai ici si vous éprouvez le besoin d'en reparler de nouveau !"
Des bruits de pas se firent soudain entendre sur les marches du perron de l'église, annonçant l'arrivée imminente d’un élève, apprenti pianiste.
Elle lui marmonna un "Merci!" Non moins sincère, se leva, remit un peu d'ordre dans les plis de sa jupe sévère et afficha un sourire sur ses lèvres qui n'atteignit cependant pas ses yeux.
"Je voulais vraiment te remercier pour le coup de main, Robert E… Emmener tout ce bois de charpente jusqu'ici n'était pas une mince affaire" déclara Sully alors que le charriot lourdement chargé se rapprochait en gémissant du lopin de terre de Hank.
"Y a pas de quoi" répondit le forgeron en donnant une petite pichenette sur les rennes.
"Cela me donne une bonne occasion de changer d'air, pour une fois !"
Il secoua la tête dubitatif "Je n'arrive toujours pas à croire au fait que Hank fasse bâtir une maison… De surcroit, à l'écart de la ville !"
Sully haussa les épaules avec nonchalance
"Je n'en sais pas plus… Mais il se montre plutôt enthousiaste et j'espère bien le voir me donner un coup de main pour la construction… Comme il l'avait fait pour la maison de Matthew".
Robert E, moqueur ajouta "Je me demande bien ce qu'il lui prend? Je n'avais jamais même simplement imaginé le voir un jour ailleurs qu'au milieu de son saloon!"
Il fit ralentir le charriot alors que Sully pointait du doigt les piquets et les ficelles jalonnant les futures fondations de la maison.
Sully gratifia son ami d'un large sourire
"Moi non plus… Mais je me demande si…"
Robert E pivota sur son siège pour le regarder
"Tu te demandes si… ?"
Sully secoua la tête, le faisant languir un peu
"Ce n'est probablement rien…" Dit-il.
"Tu ne peux pas me laisser dans l'ignorance comme ça, Sully!" L'accusa Robert E.
"Ce ne sont pas nos affaires !"
Robert E immobilisa le véhicule avant de déclarer "Allez… Nous sommes entre nous, c'est juste toi et moi… Qu'as-tu donc remarqué ?"
Sully sauta en bas du charriot et se rendit à l'arrière pour défaire les nœuds des cordes qui maintenaient les poutres et les planches en place.
Enfin, il leva son regard sur Robert E, les yeux brillants de malice.
Tu n'as donc pas remarqué la manière dont il regarde Anna McLead?" Lâcha-t-il
"La nouvelle doctoresse?" S'exclama Robert E "Tu te fiches de moi ?"
"Tu m'as demandé ce que j'avais remarqué…" Répondit Sully en faisant glisser à terre une première pièce de bois.
Robert E sauta à son tour en bas du charriot et vint rapidement rejoindre son ami, visiblement captivé par une telle révélation et espérant plus de détails.
"Tu crois qu'il a sa chance ?" Demanda-t-il.
Sully haussa de nouveau les épaules
"Pas mal de gens pensaient que je n'en avais aucune avec Michaela" fit-il remarquer.
"Oui mais Hank et le docteur McLead !" Renchérit Robert E dubitatif.
"Des choses encore plus curieuses peuvent arriver !"
Le forgeron secoua la tête peu convaincu
"Oui… Mais quand même…"
Il saisit l'extrémité d'une longue planche et donna un coup de main à Sully pour la transporter sur le chantier de construction
"Je suppose que nous changeons tous au cours de notre vie !" S'amusa-t-il "J'ai toujours du mal à constater de quelle façon radicale ma vie et celle de Grace ont changé depuis la venue au monde de Michael. Est-ce que tu réalises qu'il va fêter son premier anniversaire dans quelques semaines?"
Sully constata à son tour "Il est certain que le temps passe affreusement vite…Je me souviens que Grace a eu ses premières contractions durant la fête d'Halloween et qu'elle était très inquiète à l'idée qu'il allait naître durant cette période !"
Robert E haussa les épaules "Je n'y voyais pas du tout d'inconvénients pour ma part. Nous avions attendu ce bébé si longtemps que le moment de sa venue au monde m'importait peu… Du moment que tout se passait sans problème…"
"Je sais ce que tu veux dire… Pour moi, le fait que Katie et William soient en bonne santé est la chose la plus importante !"
Robert E fit une pause pour s'éponger le front à l'aide de son mouchoir avant de demander d'une voix hésitante "T'es-tu déjà demandé ce qu'il adviendrait de tes enfants si tu n'étais plus là ?"
Sully fronça les sourcils "Quelque chose t'inquiète Robert E ? Tu as des soucis? " Demanda Sully avec une pointe d'inquiétude dans la voix.
Le forgeron démentit aussitôt "Non, tout va très bien pour moi… Je me demandais… Simplement…"
Le regard de Sully se fit plus lointain et songeur.
"Je ne m'étais jamais préoccupé de cela jusqu'à ce que Michaela me fasse réaliser que les enfants auraient besoin de quelqu'un à leurs côtés s'il nous arrivait quelque chose… C'est la raison pour laquelle nous vous avons demandé d'être leurs parrain et marraine, à toi et à Grace… Nous savons que les enfants seraient alors en de bonnes mains…"
" Il en va de même pour nous… Puisque vous veilleriez sur Michael en cas de nécessité… Tu sais… J'ai toujours du mal à croire que j'ai enfin la chance d'être père… Et le simple fait de songer que je pourrais manquer le moindre instant de son existence me transperce le cœur comme un poignard…"
Sully donna une tape amicale sur le dos de Robert E.
"Tu n'as pas à t'inquiéter comme ça…" Lui dit-il avec un sourire "Ce garçon possèdent des parents qui rabâchent tellement qu'ils ont besoin de lui qu'il va finir par avoir des complexes de supériorité…"
Robert E lui retourna un sourire timide
"Je suppose que tu as raison!" Dit-il "mais ces dernières années ont passé si vite, je pense que je cogite un peu trop…"
"J'ai toujours dit à Michaela qu'elle faisait la même chose… Cogiter un peu trop…" Fit remarquer Sully avec une petite grimace.
"Allez, viens… Finissons de décharger tout ça… L'exercice est un excellent moyen pour lutter contre cette 'maladie' !"
"Vous êtes sûre, ce sont seulement ses dents, docteur Mike ?" Demanda Grace anxieuse alors que Michaela était penchée sur le petit garçon âgé de bientôt un an.
"Et qu'en est-il pour sa fièvre?"
Elle acquiesça "Oui… J'en suis certaine, Grace" répondit-elle.
"Regardez, si vous massez sa gencive, il se calme un peu. Il faut simplement veiller à ce qu'il boive assez d'eau et de lait… Les fièvres intermittentes risquent de le déshydrater. "
Grace la regarda visiblement gênée
"Je suis désolée de vous avoir dérangée mais je suis tellement inquiète dès que quelque chose ne me semble pas normal chez lui…" Admit-elle en baissant la tête.
Michaela lui adressa un sourire complice
"Je vous comprends tout à fait Grace, après tout ce que vous avez traversé pour avoir cet enfant !" Dit-elle aussitôt.
"S'il vous plaît, n'hésitez pas à me le ramener si quelque chose d'autre vous inquiète… Cela me donnera l'occasion de voir mon filleul!"
Elle redressa Michael et lui fit un gros câlin en le serrant dans ses bras.
Démonstration d'affection à laquelle il répondit à son tour en blottissant sa tête dans le creux de son cou.
"Nous allons bientôt fêter son premier anniversaire…" Fit remarquer Grace avec un sourire d'indulgence. "Pouvez-vous seulement le croire? Voilà déjà une année passée?"
Michaela secoua la tête "Le temps passe si vite!" se plaignit-elle.
Son regard fut attiré alors vers la porte de communication qui s'entrouvrit pour laisser apparaître la silhouette d'Anna.
"Oh… Je suis désolée… Je ne savais pas que vous aviez une consultation avec un patient" s'exclama-t-elle
"Ce n'est rien, Anna" lui assura Michaela "Nous venons de terminer. Etes-vous en route pour le Château ?"
Anna fit un pas en avant dans la pièce et lança un regard confus à Grace avant de saisir sa sacoche médicale et de faire demi-tour, et de se diriger de nouveau vers la porte.
"Oui…" Répondit-elle "Je vous laisse…"
"Euh… Docteur McLead…" S'aventura Grace hésitante, stoppant la jeune-femme dans son élan "Puis-je vous parler une minute ?"
"Bien sûr !" Répondit le médecin embarrassée en se retournant pour faire face à la propriétaire du "Café".
Grace avala sa salive, prit une profonde inspiration et déclara solennellement "Je pense que je vous dois des excuses !"
Anna fronça les sourcils, étonnée "Pour quelle raison?" s'enquérit-elle
"Euh… Je ne vous ai laissé aucune chance lorsque Jamie et sa tante sont arrivés en ville… Et… Et… Je m’en excuse… "
Anna balaya ses excuses d'un geste de la main
"Vous ne vous êtes pas conduite différemment des autres habitants de cette ville, Grace… Michaela m'avait avertie que cela prendrait du temps !"
"Oui… Mais j'essaye généralement de ne pas me conduire comme eux… Enfin la plupart du temps… Je suppose que j'ai tellement été surprise que j'ai mis du temps à me ranger à votre point de vue. Robert E m'a rappelé que chacun de nous possède sa propre histoire et que nous ne laissons que peu de chance à chacun de nous la faire connaître. Je suis heureuse d'avoir pu découvrir la vôtre et je voulais simplement vous dire que je souhaite sincèrement que vous et Jamie trouviez le bonheur ici, à Colorado Springs !"
Les yeux anormalement brillants, Anna sourit et lui répondit doucement "Merci… J'en suis persuadée !"
Les yeux toujours fixés sur Anna, Grace s'approcha de Michaela et reprit son fils dans ses bras.
"Euh… Bien… S'il y a quoi que ce soit que nous puissions faire pour vous, moi ou Robert E… Vous n'avez qu'à demander…" Ajouta-t-elle avec son sourire large et franc de nouveau retrouvé.
Anna hocha la tête, sans trouver ses mots.
Pour finir elle déclara d'une voix enrouée "Je le ferai… Maintenant, je dois y aller… Bonne journée Michaela… Grace…" Et elle sortit précipitamment et s'éloigna dans la lumière du soleil.
Les yeux brillants de Grace rencontrèrent ceux de Michaela
"Je suis sûre qu'elle a apprécié ce que vous venez de faire " dit Michaela d'une voix douce.
Grace haussa les épaule un peu embarrassée
"C'était la moindre des choses, après ma conduite de l’autre jour" dit-elle sobrement "cette femme a déjà tellement souffert !"
"Oui, c'est vrai, mais j'espère qu'elle va enfin connaître la paix et le bonheur parmi nous !"
"Je suis persuadée que la plupart des gens se sont rangés à notre avis… A présent" fit remarquer Grace, un peu honteuse.
Elle commença à se diriger vers la porte "Merci, docteur Mike… Pour tout…" ajouta-t-elle.
Michaela sourit.
"Vous me ramenez mon filleul quand vous voulez…" Lui offrit-elle "je suis toujours heureuse d'avoir votre visite à tous les deux …"
Grace fit un signe de la tête, poussa la porte d’entrée et descendit les marches du perron, non sans jeter un regard furtif et effrayé sur l’homme à l’allure étrange qui attendait sur le banc.
Elle se retourna quelques secondes dans la direction de Michaela, l’air interrogateur, avant de reprendre sa route et d’accélérer le pas pour rejoindre "le café ".
Du coup, Michaela passa la tête par l’embrasure de la porte et son visage s’illumina aussitôt d’un sourire.
" Capitaine " s’exclama-t-elle en allant à sa rencontre. " Maintenant, je sais que l’été est définitivement derrière nous… Entrez… Comment allez-vous ? "
Le petit homme replet se leva, lui adressa une grimace édentée en guise de sourire et avança en traînant les pieds jusqu’à l’entrée de la clinique.
Vêtu d’une lourde veste en peau de daim, grossièrement taillée et élimée, d’une paire de bottes usées jusqu’à la semelle, ses pas lourds et irréguliers raisonnèrent sur les lattes du plancher.
Il s’arrêta devant la table d’examens, retira son chapeau déformé et se retourna pour faire face à Michaela.
" Comment va, Docteur Mike ? " Dit-il d’une voix éraillée, comme si elle n’avait pas été utilisée depuis longtemps.
Son accent rocailleux, ses cheveux touffus, sa barbe et ses sourcils broussailleux qui, bien que grisonnants ne pouvaient totalement masquer une couleur rousse qui fut autrefois flamboyante, tous ces détails étaient autant d’indices faisant qu’il ne pouvait renier un patrimoine génétique hérités en droite ligne de ses ancêtres écossais.
D’un geste automatique, Michaela se saisit de sa main gauche aux doigts noueux et la retourna pour en observer la paume sur laquelle courait une longue cicatrice la traversant de part en part.
"Tout va bien, Docteur Mike" la rassura-t-il "cela fait bien longtemps maintenant."
Elle acquiesça et plongea son regard dans le sien.
"Je sais, mais je ne peux pas m’empêcher de vérifier" dit-elle doucement en se remémorant sa toute première rencontre avec le Capitaine.
Il était arrivé, quelques trois années auparavant, dans un triste état de santé, la profonde entaille dans sa main commençant à se gangrener.
Il était alors d’une maigreur extrême, avait une forte fièvre et avait dû se résoudre à admettre, avant de se rendre à la clinique, qu’un homme, seul dans la nature, ne pouvait survivre longtemps avec une seule main.
Elle avait dû l’opérer d’urgence, inquiète en pensant qu’il était sans doute venu la consulter trop tard.
Mais elle avait malgré tout réussi à lui sauver la main au bout de plusieurs jours et plusieurs nuits de soins intensifs.
Depuis, il s’était toujours montré un ami fidèle et loyal.
Deux fois par ans, aux prémices de l’hiver, juste avant les premières chutes de neige, puis au début du printemps, à la fonte de celle-ci, il descendait en ville et venait à cette occasion lui rendre une petite visite.
Hormis un peu d’arthrose dans les genoux, il était toujours en parfaite santé.
Il passait cependant à chaque fois pour la rassurer, lui montrer que tout allait bien avant de disparaître de nouveau dans les montagnes.
Sa mère aurait certainement dit de lui qu’il n’était qu’une simple connaissance, mais lorsque Michaela recevait la visite du Capitaine, l’engagement qu’elle avait pris il y a déjà de nombreuses années de cela de faire tout son possible pour devenir un bon médecin, au service de ses patients, cet engagement se voyait comme renforcé et justifié.
"Alors, racontez-moi… Que devenez-vous depuis votre dernière visite… Les affaires marchent-elles bien ? " demanda-t-elle.
Il lui adressa une petite grimace et un regard complice. "J’ai quelques chose pour vous dehors… Mais je suppose que vous voulez faire votre petit examen de routine avant."
Elle rougit légèrement et lui adressa un sourire en coin.
C’était un petit jeu qu’ils avaient l’habitude de pratiquer tous les deux. "Bien, si vous le prenez comme ça… Comment allez-vous ? "
Il haussa les épaules. "Aussi bien que d’habitude" répondit-il "mis à part que je ne pourrais plus me passer de cette tisane d’écorce de saule pour mes genoux… Je sais d’avance qu’ils vont de nouveau me faire souffrir à l’arrivée du froid."
Elle acquiesça et lui indiqua d’un signe de tête l’armoire à pharmacie qui occupait un pan entier de la pièce. "Pas de problème… Vous n’avez besoin de rien d’autre … Des bandages… Du désinfectant ?"
"En effet, je suis un peu à court" répondit-il.
Elle n’eut pas le temps de se retourner qu’il avait déjà franchi le seuil de la porte et elle ne put s’empêcher de sourire en son fort intérieur.
Cela faisait longtemps qu’elle avait abandonné toute tentative pour refuser ses cadeaux… Ou plutôt ses règlements en nature comme il les appelait.
Ses présents semblaient lui procurer autant de plaisir que de fierté.
A vrai dire, c’est avec une certaine impatience qu’elle attendait de découvrir avec quoi il allait la régler cette fois-ci.
La plupart du temps, ses cadeaux, issus directement de la nature, plaisaient énormément à Sully qui en faisait bon usage.
Elle termina de rassembler les quelques fournitures médicales qu’elle s’assurait qu’il emporte à chaque fois avec lui et attendit son retour.
Il réapparut quelques minutes plus tard, transportant avec lui un volumineux paquet enveloppé dans un morceau de tissus taché et tombant en lambeaux qui avait dû ressembler à un vêtement dans une autre vie.
Il déposa le tout sur la table d’examens et la regarda les yeux brillants de joie.
"C’est probablement la plus belle pièce de toutes mes saisons de chasse" déclara-t-il d’un ton éveillant la curiosité.
Il commença à défaire les ficelles qui maintenaient un semblant de cohérence au paquet, "et je sais que vous êtes une connaisseuse " ajouta-t-il.
Il termina de dérouler les restes du vêtement pour découvrir une magnifique peu de daim, tanné avec tant de soin qu’elle en était soigneuse comme du velours.
"Cet été a vraiment été parfait pour le travail du cuir " commenta-t-il en laissant sa main glisser sur la peau si douce.
Michaela se mit à l’imiter, laissant ses doigts courir tels des papillons légers sur la merveilleuse dépouille.
"Elle… Elle est magnifique Capitaine…" Commenta-t-elle d’un ton empreint de respect.
Il sourit. "Je savais qu’elle vous plairait " roucoula-t-il fièrement.
"Je… Je dois l’avouer… Mais vous devriez… Je veux dire… Vous obtiendriez un très bon prix pour cette peau si vous la vendiez…"
Il secoua la tête négativement avec une petite moue dédaigneuse.
"Ce serait du gaspillage de la vendre aux gens d’ici… Ils se contenteront sans problème des autres pièces que je leur rapporte… Mais vous et votre mari êtes de fins connaisseurs et je sais que vous l’apprécierez à sa juste valeur."
Michaela saisit un des bords de la peau et la porta jusqu’à sa joue.
L’odeur en était si familière, si rassurante.
"Sully va l’adorer" dit-elle doucement tout en l’imaginant déjà portant une veste flambant neuve.
"Je vais demander à Colleen de…"
Elle s’arrêta net en réalisant que Colleen était à Philadelphie et qu’elle ne serait donc pas en mesure de l’aider.
La lumière qui brillait dans ses yeux disparût momentanément.
Le Capitaine s’en aperçut aussitôt.
"Qu’étiez-vous sur le point de dire? " Interrogea-t-il.
Elle secoua la tête.
"Ce n’est rien… J’ai simplement oublié que ma fille, Colleen, n’est pas ici… Elle est partie à l’Est… Elle avait l’habitude de m’aider pour tous les travaux d’aiguille. "
"Mais elle va revenir je suppose ? "
"Mmmm… Je l’espère… Elle est étudiante dans une faculté de médecine. "
Le capitaine sourit de nouveau, rassuré.
"A ce que je comprends, il va bientôt y avoir un nouveau médecin dans la famille, hein? Vous devez être très fière…"
"Oh ça oui… Vous pouvez le dire… Mais elle me manque… C’est plus fort que moi... "
"Elle sera de retour avant que vous puissiez dire "ouf"… Vous savez bien à qu’elle vitesse s’enchaînent les saisons et les années. J’ai l’impression que j’étais ici hier alors que c’était en réalité au début du printemps. "
Elle hocha la tête.
"Vous avez raison" répondit-elle, reconnaissante.
"Merci… Pour ce magnifique cadeau… Et pour vos paroles de sagesse.
"Elle s’empara du paquet de fournitures médicales qu’elle avait réunies pour lui et lui déposa dans les bras. "Et voilà pour vous… Pour veiller sur votre santé…"
Il la stoppa net avant qu’elle ne lui adresse ses habituels conseils et commentaires, en lui présentant la paume de sa main grande ouverte.
"Je sais… Je sais… J’ai tiré la leçon de ce qui m’est arrivé croyez-moi… Je serai prudent. "
Elle lui adressa un petit sourire triste.
"Quand vous êtes seul dans ces immensités…"
Il acquiesça.
"Il n’y a qu’une seule et unique personne sur qui je puisse compter… Et c’est moi-même " termina-t-il. "Je le sais bien. "
"Et cela ne vous fait pas peur ? "
Il se mit à rire
"J’adore ça ! " Avoua-t-il.
"Pourquoi croyez-vous que j’ai choisi de vivre ainsi… Depuis biens des années à présent…"
"J’aime bien ça aussi " admit-elle, " vivre en pleine nature, sans contraintes, mais de là à mener cette existence au quotidien et pour toujours !!! "
"Et bien, moi, cela me convient parfaitement…"
Il s’interrompit et fronça les sourcils.
"Cela me rappelle, docteur Mike que… Je me demandais…."
"Vous vous demandiez? "
" Et bien…. Par hasard.... N'auriez-vous jamais rencontré un certain Deeg ? Il vit dans les montagnes comme moi. Est-il déjà venu vous voir ? "
Elle secoua la tête négativement...
" Je ne crois pas... Deeg ? C'est un nom bien étrange ! "
" Ce n'est probablement pas son vrai nom... Mais je ne le connais que sous ce nom là. "
" Pourquoi me questionnez-vous à son sujet ? "
Il fronça les sourcils.
" Je passe toujours par sa cabane quand je descends en ville... Cela me rallonge un peu la route, mais le chemin n'est pas trop escarpé, autrement je risquerais de voir ma mule perdre un de ses fers ou perde son chargement dans le ravin. Bref... Lorsque je suis passé cette fois-ci... Et bien... Il avait l'air vraiment malade. La dernière fois que je l'avais vu, il y a environ six mois, je pense... Il toussait pas mal, mais il ne semblait pas en trop mauvaise santé. Cette fois-ci, il transpirait à grosse gouttes, toussait sans cesse et frissonnait de fièvre. "
Michaela fronça à son tour les sourcils.
" J'aurais bien aimé vous dire que je connaissais cette personne... Mais ce n'est pas le cas. "
" J'ai toujours eu l'impression qu'il fuyait les gens... D'ailleurs il ne semble même pas apprécier de passer un peu de temps en ma compagnie... Mes visites sont donc toujours assez brèves. "
" Avez-vous une idée de sa véritable identité ? "