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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 11.04.2012 à 18h00
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Le cycle de la vie" est la traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "Circle of life" » okapi
Cette fanfic compte déjà 346 paragraphes
Toujours pleine de rancœur, Michaela gagna le porche d’entrée de la seule pension de famille de Woodville et poussa la porte.
Elle secoua la tête tristement.
Elle n’avait pas entrepris cet éprouvant et long voyage pour se faire mettre ainsi à l’écart par Sully, à quelques lieues seulement de leur destination finale.
Lorsqu’il avait enfin accepté qu’elle l’accompagne, elle pensait qu’il avait compris ses raisons, mais au lieu de cela, il n’avait cessé de penser qu’il était préférable qu’il effectue d’abord une reconnaissance dans les territoires indiens avant qu’elle ne l’accompagne là-bas.
Comment pouvait-il encore penser, après toutes ces années passées ensemble, que sa présence à ses côtés pourrait constituer le moindre problème, ou n’être qu’un fardeau, un handicap.
A chaque fois qu’elle avait tenté de plaider en sa faveur, il lui avait répondu qu’elle devait d’abord penser aux enfants avant d’aller se frotter à l’armée sans avoir prudemment étudié la question et élaboré un plan d’action.
Elle pesta à haute voix, de rage et de dégoût.
Cet argument, elle l’avait déjà entendu bien des fois, puisque c’est elle-même qui le lui rappelait à chaque fois qu’il entreprenait quelque chose de dangereux.
Malgré cela, il était resté campé sur ses positions, rejetant tout ce qu’elle pouvait lui dire en bloc !
Comment osait-il l’abandonner ici et lui tourner le dos ainsi.
L’idée de rester seule, pour je ne sais combien de temps, dans une pension de famille perdue au milieu d’une ville qu’elle ne connaissait pas, lui était absolument insupportable.
S’il n’était pas de retour dans deux jours, elle se promettait bien de partir à sa recherche.
Elle s’approcha du comptoir et fit retentir la sonnette avec fougue.
Une jolie jeune fille, un sourire de bienvenue aux lèvres, surgit aussitôt d’une pièce attenante à l’entrée de la maison et demanda d’une voix claire : « Bonjour madame…. Vous désirez une chambre ? »
Michaela acquiesça, le visage tendu et crispé par la colère qui l’empêchait de se montrer aussi affable que d’ordinaire.
La jeune-femme, intriguée, l’observa à la dérobée, mais présenta rapidement le registre d’inscription à sa nouvelle cliente, lui indiquant où elle devait signer, ce dont Michaela s’acquitta d’un mouvement nerveux et rapide du poignet.
La jeune-femme fronça les sourcils, visiblement intriguée.
Elle échangea rapidement la clef qu’elle tenait dans la main contre une autre et indiqua à Michaela de la suivre.
Arrivée aux trois quarts du chemin, elle ralentit le pas et se retourna, hésitante, en direction de sa nouvelle cliente. « Euh…. Madame… ? » Commença-t-elle, « Je… Et bien…. Vous avez signé le registre du nom de « Docteur Quinn ?».
Michaela hocha la tête.
« C’est exact… » Répondit-elle.
La jeune-femme marqua une pause avant de reprendre d’un ton soucieux. « Euh… Et bien… Je me demandais… »
Michaela fronça les sourcils à son tour.
« Seriez-vous malade ? » Interrogea-t-elle, sa colère à l’encontre de Sully disparaissant aussitôt pour faire place à un intérêt soudain pour cette éventuelle patiente.
La jeune-femme secoua énergiquement la tête.
« Non… Il ne s’agit pas de moi… Je vais très bien… Mais… Et bien… Il y a cette dame… Gravement blessée… J’ai fait tout ce que je pouvais pour elle… Mais… Elle a besoin d’un médecin… Et nous n’en avons pas à Woodville. »
Michaela se redressa aussitôt, ragaillardie et fit demi-tour pour rejoindre l’entrée de la maison.
« Bien sûr » répondit-elle immédiatement. « Emmenez-moi auprès d’elle. »
« Euh…Madame… ? Et bien… Elle… Elle est de l’autre côté… Par ici… » Indiqua-t-elle en pointant du doigt la direction opposée à celle prise par Michaela.
« Elle est ici ? » Répondit Michaela avec surprise.
La jeune-femme le lui confirma d’un signe de tête.
« Hum, hum… Papa ne voulait pas que je l’aide… Mais c’est une dame si gentille… Je ne pouvais pas la laisser mourir comme ça… Il ne sait pas que je m’occupe d’elle. »
Michaela passa rapidement devant-elle, la bousculant presque.
« Quelle chambre ? » Demanda-t-elle sans autre forme de discours.
La jeune-femme, de nouveau hésitante, lui indiqua des yeux la dernière chambre à gauche au fond du couloir. « C’est ici » dit-elle faiblement.
Michaela tendit la main pour obtenir la clef.
« La porte n’est pas fermée » expliqua la jeune-femme, « j’essaye de venir lui rendre visite le plus souvent possible… Entre deux occupations ; mais je ne sais plus quoi faire pour elle… » Alors que Michaela atteignait la poignée de la porte, la jeune fit ajouta pour se défendre. « Je lui ai fait sa toilette du mieux que j’ai pu… »
Michaela fronça les sourcils et concentra son attention sur la chambre et sa mystérieuse occupante. Elle commençait à avoir un mauvais pressentiment sur ce nouveau problème qui se présentait à elle. Elle tourna la poignée et ouvrit la porte. Ses yeux se posèrent immédiatement sur le lit situé le long du mur d’en face. Une femme que l’on aurait pu croire morte y reposait, totalement immobile. Le cœur de Michaela s’emballa soudain et elle fut incapable de retenir un cri : « Dorothy » s’exclama-t-elle, totalement abasourdie, avant de s’élancer à travers la pièce et de tomber à genoux au chevet de sa chère amie.
Chapitre 36
Sully chevaucha jusqu’au sommet de la colline avant d’immobiliser son cheval. La scène qui s’étendait devant lui, lui provoqua aussitôt des suées froides tandis que son cœur battait à tout rompre.
*****
« Vous connaissez Melle Jennings, Madame ? » Questionna la jeune-femme, visiblement décontenancée.
Ecartant délicatement de ses doigts les paupières de Dorothy, afin d’examiner les pupilles de ses yeux, Michaela répondit distraitement. « Oui… Bien sûr… C’est une amie très chère… Elle est une des raisons de ma venue ici… »
Elle se retourna en direction de la jeune-femme qui se tenait toujours craintivement sur le seuil de la porte.
« Depuis combien de temps est-elle comme ça ? » Demanda-t-elle, incapable de masquer le ton accusateur de sa voix.
La jeune-femme s’empourpra avant de répondre. « Depuis le soir où je l’ai trouvée… Dans une impasse… Et que Jimmy m’a aidée à la transporter jusqu’ici…»
Les traits du visage de Michaela s’adoucirent un instant et elle prononça doucement un simple « Merci…, euh… Mademoiselle ? »
« Julia » répondit aussitôt la jeune-femme.
Elle haussa les épaule et précisa de nouveau : « Comme je vous l’ai dit… Je ne savais plus quoi faire pour l’aider… »
Michaela se retourna pour regarder son amie, allongée là, dans un état critique. « Est-elle toujours restée inconsciente ? » Questionna-t-elle, anxieuse.
« Pas toujours ! » répondit Julia. « De temps en temps elle ouvre les yeux, mais je ne sais pas si elle me regarde vraiment… Elle ne l’a pas fait aujourd’hui. »
Tout en observant son visage tuméfié, sa peau tirée et déshydratée et l’impassibilité de ses traits ; Michaela interrogea encore. « Savez-vous ce qui lui est arrivé ? »
« Je pense qu’on l’a battue » répondit Julia d’une voix grave.
Michaela émit un long soupir horrifié en entendant que ses doutes étaient fondés et se tourna de nouveau vers la jeune-fille. « Avez-vous la moindre idée de qui lui a fait ça ? » S’enquit-elle.
La jeune fille rougit de nouveau et regarda le sol.
« Julia… Je vous en prie… Si vous savez quelque chose, dîtes-le-moi… » Implora Michaela.
« Papa ne veut pas d’histoires », répondit Julia, déconfite.
« Je le comprends très bien… Mais Dorothy est vraiment très gravement blessée. »
Julia hocha la tête avant de murmurer : « J’ai vu un soldat qui s’enfuyait… C’est pour cela que papa ne veut pas que l’on en parle. » Elle marqua une pause avant de demander timidement : « Pourquoi un soldat aurait-il fait ça à Melle Jennings. »
Michaela fronça les sourcils et tourna le dos à la jeune fille curieuse.
« Je n’en sais rien » dit-elle doucement alors que son imagination allait bon train. « En attendant, elle est vraiment très gravement malade. »
Retrouvant bientôt une attitude et un ton plus professionnel, elle ordonna plus qu’elle ne demanda : « Je vais avoir besoin de beaucoup d’eau chaude… Et de tous les linges que vous pourrez trouver » puis, se reprenant, elle ajouta. « S’il vous plaît… Si cela est possible. »
Elle entendit la jeune-femme tourner les talons et redescendre rapidement le couloir jusqu’à la loge, alors, dans un soupir, elle s’adressa à son amie plongée dans le coma.
« Oh Dorothy… Dans qu’elle histoire êtes-vous encore allée de fourrer ? »
Sachant que sa question resterait sans réponse, elle sentit sa gorge se serrer et ses yeux s’embuèrent de larmes.
Elle prit une profonde inspiration et repoussa les couvertures qui recouvraient le corps meurtri, effrayée à l’avance de ce qu’elle allait découvrir.
Sa patiente portait encore sur elle une robe bleue familière à Michaela malgré le fait que celle-ci soit à présent sale et déchirée.
Une de ses manches était découpée sur toute sa longueur, laissant apparaître un bras enflé et visiblement brisé.
De l’autre côté, la robe était déchirée jusqu’à la ceinture découvrant un jupon souillé de terre.
On lui avait retiré ses bottes, mais elle portait toujours une paire de bas noirs lacérés.
Michaela prit une large bouffée d’air.
Elle espérait du fond du cœur que son amie n’ait eu à endurer que des coups et non quelque chose d’encore plus infâme.
Quelques mois seulement auparavant, lui et Michaela se tenaient à cet endroit même, sur cette petite colline, et observaient l’immense campement où une foultitude de Cheyennes vaquait aux occupations de leur vie quotidienne.
Au bas mot, trois cent Indiens de tous âges vivaient en paix, ici, dans cette vallée bordée de forêts et de montagnes.
Ils avaient savouré chaque instant passé en leur compagnie, découvrant chaque jour d’avantage le mode de vie idyllique des Cheyennes, s’enrichissant de chaque expérience nouvelle qu’ils pourraient ainsi raconter un jour à leurs petits-enfants.
C’était l’été et tous ensemble, ils avaient partagé le quotidien de leur famille d’adoption, mangeant et dormant avec eux, chassant avec eux.
A présent, il n’y avait plus aucun signe de vie, la prairie était complètement déserte.
Seuls de grands cercles d’herbes jaunies et aplaties trahissaient encore une ancienne présence humaine dans la vallée, là où se dressaient autrefois les tipis de la tribu ; certains commençant même à disparaître sous les jeunes pousses vertes.
Il avait dû s’écouler beaucoup plus d’une semaine depuis que les Indiens avaient déserté ce lieu.
Mais où étaient-ils partis et pourquoi ?
Il grimaça en se posant mille questions qui restèrent sans réponses.
Il regrettait presque, à présent, de ne pas être allé à Woodville avec Michaela, avant de se rendre jusqu’ici.
Au moins aurait-il pu estimer le nombre de soldats qu’il y avait dans les parages et glaner quelques informations sur leurs intentions.
Mais il était tellement impatient et désireux de retrouver Nuage-Dansant et sa famille cheyenne pour s’assurer que tout allait bien pour eux qu’il avait foncé sans plus réfléchir.
Il s’avait bien que Michaela était furieuse contre lui.
Son dépit et sa colère étaient évidents.
Il avait bataillé dur pour lui faire entendre raison et maintenir sa position.
Que le danger vienne des soldats ou des Indiens renégats, l’idée de lui faire courir le moindre risque lui était insupportable.
Les journaux ne relataient jamais la totalité des faits et il voulait en avoir le cœur net avant d’entraîner sa femme dans ce conflit.
Mais à présent, il n’en savait guère plus qu’avant.
En fait, il réalisait qu’elle risquait bien d’en avoir appris beaucoup plus que lui en restant en ville.
La prairie déserte qui s’étendait à ses pieds ne lui apprenait rien si ce n’est le fait que la tribu entière avait jugé nécessaire, ou avait été contrainte, de lever le camp. Il refusa d’envisager l’idée même qu’un sort plus affreux ait pu leur arriver.
Mais où étaient-ils donc passés ?
Il engagea doucement son cheval dans la pente et descendit la colline pour atteindre la prairie.
Il allait tenter de relever leurs traces, bien qu’il soit beaucoup moins aisé de pister les Cheyennes que de suivre des colons et même des hors-la-loi.
Quand les Cheyennes ne voulaient pas qu’on les retrouve, ils y parvenaient généralement très bien.
Il lui restait environ deux heures avant la tombée de la nuit, mais peut-être arriverait-il à trouver quelques indices.
Il allait devoir utiliser tout le savoir-faire que Nuage-Dansant lui avait enseigné.
Durant une heure environ, Sully quadrilla en tous sens le périmètre de l’immense prairie, descendant fréquemment de cheval pour examiner de plus près une brindille brisée, voir un brin d’herbe tordu.
Au final, il pensa enfin savoir dans quelle direction s’engager.
Il fut soulager de n’avoir trouvé aucun signe de la présence de l’armée durant ses recherches.
Au moins, pour le moment, le sang ne semblait pas avoir été versé.
Il jeta un coup d’œil au ciel nuageux.
Il lui restait moins d’une heure avant la nuit et la piste deviendrait alors impossible à suivre.
Il observa les alentours, encore indécis sur ce qu’il allait faire ensuite.
Une mince spirale de fumée flottait dans le ciel crépusculaire, à une faible distance qui attira son attention.
Il était certain qu’il ne s’agissait pas des Indiens.
Peut-être l’armée ?
Sa décision était prise, il allait rendre visite à ceux qui avaient installés leur campement dans la forêt et, avec un peu de chance, pouvoir obtenir des renseignements sur ce qui c’était passé dans la région durant ces derniers jours, voir ces dernières semaines.
Lorsque Julia, chargée d’une cuvette d’eau fumante et de linges propres, regagna la petite chambre au fond du couloir, ce fut pour observer Michaela, équipée d’une paire de ciseaux de chirurgien, découper avec la plus grande prudence les vêtements qui recouvraient le corps meurtri de Dorothy.
Ses bas, une fois retirés, laissèrent apparaître de larges et importants hématomes sur ses jambes, mais Michaela commença par entourer son bras cassé de bandages propres.
La jeune-femme traversa doucement la pièce et déposa la cuvette sur la petite commode qui se trouvait dans un coin de la chambre.
« J’ai encore de l’eau sur la cuisinière, Madame » dit-elle à voix basse. « Si vous voulez, je peux retourner tout de suite chercher une autre cuvette et d’autres linges.»
Lorsque Michaela hocha la tête en guise de réponse, elle ajouta inquiète, « Comment va-t-elle ? »
Michaela secoua la tête.
« Ce n’est pas bon du tout » répondit-elle anxieuse. « Elle a reçu des coups d’une extrême violence… Elle a de la fièvre, ce qui signifie qu’il y a une infection quelque part… Et elle ne montre aucun signe de conscience… »
Julia acquiesça tristement en signe de sympathie, elle était sur le point de faire demi-tour en direction de la porte lorsque Michaela écarta délicatement les sous-vêtements de Dorothy qu’elle venait de découper pour découvrir la véritable étendue de ses blessures.
Cette révélation leur coupa le souffle à toutes les deux.
Le long de ses côtes et sur son ventre s’étendaient une série de larges ecchymoses qui tendaient sa peau et semblaient vouloir éclater.
Seule une fine couche transparente d’épiderme semblait encore vouloir retenir le sang noirâtre de ses poches de chaires tuméfiées.
Il n’était pas nécessaire d’être médecin pour reconnaître là des empreintes de bottes.
Elle avait été rouée de coups de pieds.
Alors que le corps entier de Michaela semblait s’affaisser devant une telle découverte, Julia parvint à bredouiller avant de quitter précipitamment la chambre « Je… Je vais chercher l’eau chaude… »
Les yeux embués de larmes, Michaela se pencha sur Dorothy pour examiner de plus près ses blessures.
Mise à part une entaille sur sa main et une griffure sur sa joue enflée il n’y avait aucune autre blessure ouverte par laquelle une infection aurait pu s’installer.
Cette constatation inquiétait Michaela au plus haut point car cela signifiait que la fièvre était probablement la conséquence d’une blessure interne.
Le plus important des hématomes se situait au niveau de la rate et elle soupçonnait que cet organe ait certainement éclaté sous les coups.
Elle se remit à genoux durant quelques minutes.
Comme elle aurait voulu que Sully soit à ses côtés à cet instant précis.
Il aurait pu l’assister comme il l’avait déjà fait de nombreuses fois auparavant.
Il était impératif de pratiquer l’ablation de la rate endommagée et de stopper l’hémorragie interne le plus rapidement possible.
Elle parcourut du regard la pauvre petite chambre.
Cela n’allait pas être facile.
Elle fronça les sourcils et soupira brièvement : « Mon amie…. Vous avez attendu que je vous retrouve ici… Maintenant il va falloir que vous vous battiez… Je ne vous laisserai pas tomber… Vous m’entendez ? »
*****
Lorsque Julia revint de nouveau dans la chambre, Michaela s’était relevée et fouillait dans son sac médical posé sur la commode, à côté de la cuvette d’eau chaude.
Elle se retourna en direction de sa nouvelle amie.
« Vous m’avez dit que quelqu’un vous avait aidé à transporter Dorothy de cette impasse jusqu’ici ? » Demanda-t-elle.
Julia acquiesça.
« Oui… Jimmy… il fait des petits travaux pour nous. »
« Est-il par ici en ce moment ? »
« Il est à la cuisine… Je viens juste de l’y laisser. »
« Y aurait-il une table quelque part que nous pourrions utiliser… Assez large pour pouvoir y étendre Dorothy ? »
Julia fronça les sourcils : « Il y a celle de la cuisine … » Répondit-elle sur ses gardes, « mais… Et bien… Papa ne voudra pas qu’on la déplace… Il ne sait même pas que je m’occupe de Mademoiselle Jennings… »
Michaela soupira et dit calmement : « Dorothy va mourir à moins que je ne l’opère rapidement pour lui enlever la rate et stopper son hémorragie… Je ne peux pas faire ça dans le lit ou sur le sol… S’il vous plaît… Emmenez-moi jusqu’à votre père… Je vais m’expliquer avec lui… »
Julia l’observa avec de grands yeux.
« Vous pensez que vous pouvez la sauver ? » Finit-elle par demander. « Je croyais que vous aviez dit que les choses ne se présentaient pas bien. »
« C’est le cas… Mais il reste une chance… Néanmoins il faut que je l’opère immédiatement… Je vous en prie… Conduisez-moi jusqu’à votre père. »
Les yeux de Julia passèrent alternativement de Dorothy, plongée dans le coma, à Michaela.
Finalement, elle déclara d’un ton résolu. « Papa n’est jamais venu ici jusqu’à présent… Et Jimmy peut nous aider pour la table… Vous voulez qu’on la mette ici ? »
«Mais pour votre père ? » Protesta Michaela.
Julia écarta le problème.
« Je surveillerai ses allées et venues… Aussi longtemps que vous devrez vous occuper de Melle Jennings… C’était une dame si gentille… Elle était ici depuis pas mal de temps, toujours occupée à aller et venir… Et je l’aimais bien. »
Michaela hocha la tête.
« Merci » dit-elle du fond du cœur, « mais il y a encore autre chose, Julia… »
La jeune-femme fronça les sourcils, interloquées et légèrement effrayée à l’idée d’entendre ce qui allait suivre.
« Vous sentiriez-vous capable de m’assister pour cette opération ? » Interrogea Michaela, « cela me sera très difficile de la réaliser toute seule. »
Julia laissa échapper un petit cri de surprise. « Vous voulez dire pendant que vous allez… l'ouvrir ? » Demanda-t-elle d’une toute petite voix.
« Oui, » répondit Michaela, « il faudra que vous écoutiez très attentivement tout ce que je vous dirai et que vous le fassiez à la lettre. Pensez-vous en être capable ? »
« Je… Je n’en suis pas sûre… » Répondit-elle, incertaine.
« Il n’y a personne d’autre que vous, ici, pour le faire. »
Julia prit une profonde inspiration avant de soupirer, puis hocha la tête d’un air résigné. « Je vais chercher Jimmy… Pour la table… » Dit-elle.
« Et nous allons avoir besoin de draps propres » précisa encore Michaela. Alors que Julia hésitait, Michaela ajouta : « Je payerai pour tous les frais occasionnés… »
Julia acquiesça et passa la porte en se demandant bien pourquoi elle était allée se fourrer dans une telle histoire.
Il entendit les hommes bien avant de les voir.
L’un d’entre eux avait un lourd mais amical accent écossais et sa voix dominait celles des autres plus discrètes.
De temps à autre, le personnage faisait un commentaire qui déclenchait l’hilarité de tous les autres et leurs rires raisonnaient à travers les arbres.
Sully n’en entreprit pas moins une approche prudente.
Alors que s’étiraient les derniers vestiges du jour, il se mit à les espionner à travers un trou dans les buissons.
Trois hommes étaient assis autour d’un feu de camp, deux d’entre eux tenaient une bouteille de whisky à la main, l’autre une tasse en fer blanc.
Leurs barbes étaient touffues et hirsutes.
Leur teint, halé, démontraient que ce n’était pas d’hier qu’ils vivaient ainsi dans la nature, tout comme leurs visages et leurs mains incrustés de crasse.
Tous trois avaient une carabine déposée à leur côté.
Sully observa les hommes et leurs armes avec tristesse, balayant la clairière du regard pour faire l’inventaire de ce qui s’y trouvait : leurs chevaux entravés, leurs sacs de couchage, un lot d’outils variés incluant pelles et pioches, et pour finir, une marmite fumante suspendue au-dessus du feu.
Il était évident qu’il s’agissait de chercheurs d’or.
Un des articles dans le Denver post mentionnait des troubles entre les prospecteurs et les Indiens renégats et Sully se demandait bien ce que ces trois hommes avaient pu voir ou à quoi ils avaient pu participer.
Il rampa à reculons et battit en retraite silencieusement pour regagner l’endroit où il avait attaché son cheval.
Il grimpa en selle et lentement, tout en faisant le moins de bruit possible, se dirigea de nouveau en direction du campement des trois hommes.
Lorsqu’il atteint la clairière, il se retrouva nez à nez avec les canons de trois carabines pointés dans sa direction.
Il leva les mains en l’air et descendit tranquillement de cheval. « Je ne suis pas armé » dit-il en se tenant calmement à côté de sa monture.
« Qui es-tu, étranger ? » Demanda l’un des hommes, d’un ton peu amical.
Sully répondit tout en faisant un pas en avant : « Je m’appelle Sully ! »
« Et que venez-vous faire dans le coin Monsieur Sully ? » Demanda un autre homme, son fusil toujours braqué sur lui.
« J’ai aperçu votre feu de camp… » Reprit aussitôt Sully, « je ne suis pas un chercheur d’or… Si c’est cela qui vous inquiète… »
« Et comment savez-vous que nous sommes des prospecteurs ? » Interrogea l’écossais.
« Ce n’est pas bien difficile à deviner… Ce sont bien des outils de prospecteurs… N’est-ce pas ? » Rétorqua doucement Sully.
« Ouais. Ça se pourrait bien… Mais vous n’avez toujours pas répondu à notre question… Que faites-vous ici, à cette heure du jour ? »
Sully haussa les épaules et répondit d’un air détaché : « Ma femme est médecin… Elle a dû se rendre à Woodville dans le cadre de son travail… Alors j’en profite pour découvrir un peu le coin avant que nous ne repartions dans quelques jours pour Colorado Springs. »
« Colorado Springs ? Vous êtes plutôt loin de chez vous… » Commenta le plus petit d’entre eux d’un ton suspicieux.
« Pourquoi ai-je le sentiment que vous ne nous dites pas toute la vérité, Monsieur Sully ? » Questionna l’écossais.
Malgré ses dernières paroles, il baissa son arme et la pointa vers le sol.
Sully haussa de nouveau les épaules.
« Je jette juste un coup d’œil sur la région pendant que j’en ai l’opportunité » répéta-t-il, « je vais aller un peu plus à l’Ouest demain… Voir ce qui se cache derrière cette crête… »
L’un des hommes, dont les épais sourcils broussailleux se rejoignaient presque au milieu du visage et qui était affublé de surcroît d’une moustache et d’une longue barbe noire, lança avec dérision : « Vu les circonstances, vous risquez bien tomber sur les Indiens… »
« Ou l’armée » ajouta le moins costaud des trois, en baissant à son tour son fusil.
« Ou les deux à la fois » compléta l’écossais.
« Il y a des problèmes par ici ? » Demanda Sully d’un air innocent.
L’Ecossais fronça les sourcils en entendant cette question épineuse.
Il fit néanmoins signe à Sully, du bout de son fusil, de venir les rejoindre autour du feu, avant de reprendre : « Il y a eu quelques gars… Avec qui, grâce à Dieu, nous ne nous mêlons pas… Il semblerait que les Indiens n’aient pas apprécié qu’un trop grand nombre d’entre eux soient allés creuser dans le coin »
« Il y a vraiment beaucoup de prospecteurs par ici ? » S’informa Sully tandis que les autres, en suivant le modèle de l’écossais, déposaient leur fusil à terre.
Ce dernier haussa les épaules.
« Si vous voulez parler de gars comme nous… Oui… Mais nous ne sommes pas du genre à faire des histoires… Nous évitons les Indiens et la plupart du temps ils font de même avec nous. »
« Alors qui a provoqué les problèmes ? » interrogea Sully.
L’écossais lui adressa un regard triste. « Ceux du chemin de fer » répondit-il, « il y a de nombreux géomètres par ici, ils font des relevés et des cartes du moindre recoin de la région à présent… »
Sully soupira.
Il savait bien que le gouvernement et les compagnies de chemin de fer visaient à étendre la longueur du réseau ferré à travers tout le pays.
Il acquiesça.
« Il s’est passé la même chose dans le Colorado » dit-il, « le gouvernement semble penser que le chemin de fer et les Indiens ne peuvent pas cohabiter sur un même territoire. »
« Et vous, vous pensez que si ? » Demanda l’homme aux cheveux noirs, avec incrédulité.
Sully haussa les épaules.
« Oui et non » répondit-il.
Après un bref silence, il ajouta: « Bien sûr, une fois que le chemin de fer passe au milieu de leur territoire de chasse, le gibier se fait plus rare. La nourriture se raréfiant, cela signifie la famine pour les Indiens, à moins qu’ils ne puissent se déplacer pour suivre les troupeaux où trouver quelque chose qui remplace le gibier. »
« C’est ce qui s’est passé dans le Colorado ? » S’enquit l’écossais avec intérêt.
« Oui… Mais ce n’est pas tout… L’armée a provoqué d’autres troubles… Certains Indiens ont essayé de protéger leur peuple et leurs terres… Et il y a eu de nombreux massacres… »