Entrez dans la grande bibliothèque d'Hypnoweb. De très nombreuses fanfics vous attendent. Bonne lecture ! - Inscris-toi gratuitement et surfe sans pub !
Jeunesse et protection des mineurs
Cette fanfic ne convient pas aux lecteurs de moins de 16 ans. Elle peut contenir des passages où la violence est suggérée, utiliser un langage susceptible de choquer ou comporter des scènes de sexe non explicites.
Ce pop-up te demande, lors de ta première connexion sur cette fanfic, de certifier que tu es âgé de plus de 16 ans pour pouvoir la lire. Si tu valides, ce pop-up n'apparaîtra plus. Si tu annules, ce pop-up réapparaîtra lors de ta prochaine visite.
Nous comptons sur ta franchise pour cliquer sur le bouton approprié :
Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 11.04.2012 à 18h00
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Le cycle de la vie" est la traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "Circle of life" » okapi
Cette fanfic compte déjà 346 paragraphes
Julia écarquilla les yeux de surprise en voyant Sully descendre la rue principale au galop et sortir de la ville.
Le Docteur Mike avait attendu si longtemps son retour et voilà qu’au bout d’une heure, à peine, il repartait de nouveau !
Cela la conforta dans l’idée que le Dr Mike ne lui avait pas dit toute la vérité. Pourquoi avait-elle entrepris ce voyage depuis le lointain Colorado pour rendre visite à une amie qui n’était elle-même que de passage ici ?
Et où était Monsieur Sully jusqu’à présent ?
Les questions à son sujet se bousculaient dans sa tête.
Les vêtements qu’ils portaient indiquaient qu’il n’était pas un simple cowboy ou même un paysan bien qu’il devait exercer une autre profession.
Et pourquoi Mademoiselle Jennings avait-elle été agressée par des soldats censés protéger la population ?
Bien sûr, comme un bon nombre de personnes en ville, elle n’aimait pas beaucoup les manières des soldats, mais jusqu’à présent et à sa connaissance, aucun habitant de la ville n’avait eu à subir de violences de leur part.
Perdue dans ses pensées, elle continua à balayer le porche de la pension de famille d’une manière désordonnée.
Elle aimait bien le Docteur Mike, et au cours de son séjour, elle s’était également liée d’amitié avec Mademoiselle Jennings ; mais il se passait ici quelque chose de pas clair, quelque chose qu’elle ne comprenait pas.
Elle réfléchit de nouveau à propos de la tenue vestimentaire de M. Sully et émit toutes sortes de suppositions.
Quelqu’un d’aussi gentil pouvait-il être impliqué dans quelque chose d’illégal ?
Ou, osa-t-elle imaginer avec effroi, avait-il quelque chose à voir avec les Indiens qui peuplaient la région ?
Il y avait eu quelques échauffourées avec eux ces derniers temps.
Elle avait bien remarqué les perles et cette sorte de poche de cuir qu’il portait autour du cou. Son cœur s’emballa soudain avec excitation.
Et si son père et elle abritaient une sorte de fugitive en la personne de Mademoiselle Jennings ?
Elle se reprit rapidement en riant de sa bêtise.
Cette idée était aussi stupéfiante que ridicule. Elle secoua la tête comme pour évacuer de son esprit toutes ses idées à dormir debout et se remit à balayer le porche d’une manière beaucoup plus méticuleuse et ordonnée.
Sully ralentit l’allure de son cheval et jeta un regard furtif derrière lui en entrant à couvert dans la forêt.
Il n’avait aucune raison de penser que quelqu’un ait peu le suivre mais son instinct lui disait de s’en assurer tout de même.
Bien sûr, il avait une raison beaucoup plus importante pour ne pas aller plus vite.
Il n’avait absolument aucune idée de la façon dont il allait pouvoir annoncer pareille nouvelle à Nuage-Dansant.
Michaela, elle-même, avait été dans l’incapacité de lui donner la moindre information positive et rassurante à lui transmettre.
Encore une fois, il semblait bien que son ami allait perdre celle qu’il aimait à cause des soldats.
Son cœur et son esprit s’emplirent de rage à cette pensée.
Quand toutes ces tueries allaient-elles donc cesser ?
Son cheval, sensible aux humeurs de son cavalier, commença à tirer sur son mors et à faire des écarts intempestifs.
Sully reprit les rênes plus fermement en main et essaya de détendre ses muscles crispés.
Quelques centaines de mètres plus loin, à l’abri de la forêt épaisse, il immobilisa sa monture et se laissa glisser en bas de son dos.
Nuage-Dansant surgit aussitôt devant lui, le visage inquiet.
Leurs regards se croisèrent et Sully sut immédiatement que les mots seraient inutiles.
L’inquiétude de Nuage-Dansant se fit plus visible et tous les traits de son visage se tendirent.
« Il y un problème... » Murmura-t-il résigné, « c’est Dorothy ? » Demanda-t-il, pressentant à l’avance ce qui allait suivre.
Sully acquiesça d’un signe de tête.
Les jambes de l’Homme-Médecine chancelèrent sous son poids, sa tête et ses épaules s’affaissèrent et il tomba à genoux.
Sully se laissa, à son tour, tomber sur le sol devant lui et saisit ferment les épaules de son frère. « Elle est encore en vie… C’est juste que… »
Nuage-Dansant releva les yeux avec un peu d’espoir.
« Le Dr Mike est avec elle ? »
Sully le lui confirma.
« Mais les choses ne se présentent pas bien… » Lui déclara-t-il honnêtement.
Chapitre 40
Sully se mit à espionner ses allées et venues dès son retour à la pension de famille.
Elle portait un seau et une serpillière et se dirigeait vers la chambre de Dorothy. Entendant ses pas au dernier moment, elle eut juste le temps de relever la tête pour le voir surgir devant elle.
« M. Sully….Vous êtes revenus ! » S’exclama-t-elle.
« Hum, hum…. » Répondit-il. « Euh… Julia… C’est bien ça ? »
Elle acquiesça et il poursuivit, « Et bien… Je sais combien vous vous êtes montrée bonne et serviable avec Michaela et Dorothy…»
Il marqua une pause et elle attendit la suite, la tête inclinée en signe d’interrogation.
« Et bien… Je me demandais s’il vous serait possible de nous rendre un autre service ? » Termina-t-il.
Elle déposa son seau à terre et le regarda pensivement. « Et de quoi s’agit-il ? » Finit-elle par demander.
« Et bien… J’ai un ami… Il… Il est blessé… Je voudrais l’emmener ici pour que Michaela puisse l’examiner… »
« Oui ? »
« Et… Vous voyez, j’aurai besoin de vêtements propres pour lui… »
« Que lui est-il arrivé ? Et où est-il ? Et qu’est-il arrivé à ses vêtements quand il a été blessé ? » Interrogea Julia, en commençant à croire que toutes les suppositions qu’elle avait pu faire au sujet de ses hôtes n’étaient peut-être finalement pas aussi ridicules que cela.
« Il est dans la forêt, à quelques kilomètres de la ville… Il a eu un accident de chasse et ses vêtements… Ses vêtements sont couverts de sang. »
Julia fronça les sourcils. « Il doit être très sérieusement blessé. Il vaudrait peut-être mieux que le Dr Mike se rende auprès de lui au lieu d’essayer de le transporter jusqu’ici. » Lui opposa-t-elle.
« Michaela ne doit pas s’éloigner de Dorothy… Elle a besoin d’une surveillance constante. Mon ami connaît également bien Dorothy… Et c’est pour cela que je peux me permettre de l’emmener ici. »
Julia l’observa avec circonspection. De nouveau, il pouvait dire vrai, comme il pouvait avoir inventé toute cette histoire.
Elle finit par lui proposer : « Les vêtements de Jimmy lui conviendraient peut-être, s’il n’a pas une carrure trop forte… »
Sully approuva avec gratitude. « Nous aurions besoin d’un pantalon et d’une chemise… Et éventuellement d’un chapeau… »
« Un chapeau ? » S’étonna Julia, « Il a certainement le sien… »
Sully haussa les épaules. « Un pantalon et une chemise ce sera déjà magnifique… Dès que vous le pourrez…. Je voudrais aller le chercher le plus vite possible… »
Julia hocha la tête et se hâta en direction de la cuisine.
Sully n’était pas dupe. Il pensait bien que la jeune fille soupçonnait quelque chose mais il ne pouvait qu’espérer qu’elle tiendrait sa langue et continuerait à admirer Michaela et à leur faire confiance.
A peine quelques minutes plus tard, Julia revint, les bras chargés d’un vieux pantalon, d’une chemise à carreaux et par-dessus le tout, d’un vieux chapeau cabossé.
Sully ne fit aucun commentaire et accepta le tout avec gratitude.
Elle le regarda se précipiter dehors, grimper sur son cheval et quitter de nouveau la ville.
Sa vie n’avait jamais été aussi intéressante que depuis le début de tous ces événements.
Michaela, penchée et accoudée sur le lit de Dorothy, saisit la main inerte de son amie dans la sienne et la caressa doucement à l’aide de son pouce, comme elle l’avait déjà fait à maintes reprises au cours de ces derniers jours.
Elle soupira et, perdue dans ses pensées, commença à évoquer ses souvenirs à voix haute.
« Est-ce que vous vous rappelez, Dorothy… Il y a déjà pas mal de temps de cela… Lorsque j’étais complètement perdue vis à vis de mes sentiments pour Sully ? J’étais si effrayée… Et lorsque nous avons eu une discussion juste avant mon mariage… J’étais tellement gênée… Mais pas vous. Ce que vous m’avez dit alors m’a tellement aidée… »
Elle marqua une pause pour ordonner un peu les images qui défilaient dans sa mémoires.
« Mais, bon… Vous le savez très bien ! » Murmura-telle.
« Et lorsque nous avons de nouveau parlé toutes les deux, quelques semaines plus tard, au retour de ma Lune-de-Miel avec Sully… Vous m’avez dit que le sentiment de joie et de plénitude que j’éprouvais dans notre vie de couple étaient un don de Dieu. »
Comme d’habitude, aucun geste ni aucun son ne lui parvint en réponse, elle continua cependant son monologue à voix basse.
« Et bien plus tard… Lorsque Sully a dû se cacher durant ces longs mois… Et que j’ai pensé à plusieurs reprises ne plus avoir la force de continuer comme cela… Vous avez toujours été là, pour nous encourager et nous aider Sully et moi. »
Elle hésita un instant et émit un profond soupir avant de reprendre : « Sans vous… Je… »
Ses yeux se remplirent de larmes et elle se mordit les lèvres pour reprendre le contrôle d’elle-même. C’était tellement injuste.
Dans un sanglot, elle ajouta : « Et lorsque j’ai perdu mon bébé… Si je ne vous avais pas eues, Grace et vous… »
Ses larmes coulaient maintenant silencieusement sur son visage si pâle.
Elle observa avec mélancolie les traits paisibles et l’attitude sereine de son amie toujours plongée dans le coma.
Comme elle l’avait déjà fait de nombreuses fois auparavant, elle serra un peu plus fort la main de Dorothy dans la sienne, espérant obtenir une réponse de sa part.
Rien ne se passa.
Alors, elle laissa sa tête retomber dans ses bras, qui reposaient sur le lit, et ferma les yeux.
Elle pensait déjà avoir versé toutes les larmes de son corps, mais elle se trompait. Au final, épuisée par sa peine et d’avoir tant pleuré, elle tomba dans un sommeil agité, ses pensées confuses se mêlant à des rêves inquiétants, sans queue ni tête.
Quand elle se réveilla soudainement dans un sursaut, elle fut incapable d’estimer combien de temps elle avait dormi.
Elle se sentait complètement désorientée et ses yeux étaient gonflés, irrités et douloureux.
Elle jeta un coup d’œil à la fenêtre pour s’apercevoir que le soleil luisait toujours à travers la fente des volets.
Elle étira lentement son dos endoloris et se redressa un peu au fond de sa chaise, se demandant ce qui avait bien pu la réveiller.
Elle secoua la tête, perplexe et posa son regard sur Dorothy.
L’apparence générale de son amie n’avait pas changée.
Elle soupira et baissa les yeux pour observer leurs deux mains qui reposaient toujours l’une dans l’autre.
Une révélation la traversa alors comme un éclair.
Leurs mains étaient jointes !!!
La main de Dorothy ne reposait plus mollement dans la sienne.
Ses doigts étaient repliés, la pression qu’ils exerçaient sur sa main était faible mais bien réelle.
Son cœur se mit à battre à tout rompre même si le médecin qui était en elle tentait de rationaliser la situation - elle était tout à fait consciente que parfois, dans des cas de coma profond, certains gestes réflexes n’avaient aucun rapport avec l’état réel du patient.
C’est un Loren maussade et grognon qui descendit du train à Cheyenne, la main crispée sur la poignée de son sac de voyage, les yeux ensommeillés et la cravate de travers.
Il venait d’être réveillé en sursaut par un coup de sifflet de la locomotive pour découvrir que son train arrivait enfin à destination, mais avec pratiquement une heure de retard.
Ces chances de pouvoir attraper à temps la diligence pour Woodville étaient quasiment nulles.
Cela signifiait pour lui de devoir passer la nuit dans cette ville qu’il ne connaissait pas.
Alors qu’un employé de la gare passait rapidement devant lui, il le saisit par la manche, le stoppant ainsi en plein élan.
« La diligence pour Woodville » demanda-t-il ?
L’homme, d’une taille imposante, sembla hésiter quelques instants, puis d’un signe de tête vers la gauche il lui indiqua : « De ce côté… Elle est sur le point de partir… Il n’y en a pas d’autre avant deux jours… »
Loren fronça les sourcils avec contrariété, puis lâchant un juron, il prit son souffle pour gonfler ses poumons à bloc et se mit à courir le long du quai jusqu’au lieu de stationnement de la diligence, son sac de voyage bringuebalant et heurtant ses jambes de vieil homme fatigué.
Ses pensées s’envolèrent de nouveau vers Dorothy et il éprouva de nouveau ce sentiment omniprésent que ce voyage épuisant serait sans doute vain.
*****
Alors que Sully entraînait silencieusement Michaela en direction de la porte, elle protesta à mi-voix : « Et si Dorothy a besoin de moi… Ou que son état empire ? »
« Nuage-Dansant viendra te chercher… »
« Oui… Mais… »
Elle jeta un coup d’œil par-dessus son épaule.
Nuage-Dansant était assis, immobile, au chevet de Dorothy, sa main étreignant tendrement celle de sa femme.
Il ne l’avait pas quittée depuis que Sully l’avait fait entrer clandestinement dans l’établissement en prétendant que ce dernier avait eu un accident de chasse.
Il n’avait quasiment rien dit, hormis quelques paroles de remerciement à l’intention de Michaela qui avait pris grand soin de sa femme grièvement blessée.
Sully la pressa de nouveau de bien vouloir sortir en le tirant fermement par la main.
« Nuage-Dansant à besoin d’être seul avec elle… Et toi, tu as besoin de repos… »
Elle fronça les sourcils et durant un bref instant elle crut qu’elle allait de nouveau se mettre à pleurer.
Puis, résignée, elle soupira tristement et obéissante le suivit dans le couloir.
Arrivée là, elle hésita, ne sachant trop où aller.
Sully, sans lâcher sa main, la conduisit jusqu’à la porte ouverte de la chambre jouxtant celle de la malade.
« C’est ta chambre… » Dit-il doucement.
Elle hocha la tête et le précéda à l’intérieur.
La chambre ressemblait comme deux gouttes d’eau à celle où elle venait de passer presque une semaine, hormis le fait qu’il n’y avait pas de lit de camp dans le coin et que les volets étaient ouverts, laissant entrer la faible lumière du soleil couchant.
Posant ses mains sur ses épaules, Sully la poussa gentiment en direction du lit et elle s’y assit d’elle-même sur le bord.
« J’ai l’impression que tu n’as pas beaucoup fermé l’œil depuis que tu es ici… » Constata-t-il en se penchant pour défaire les boutons de son chemisier.
Ses doigts se posèrent aussitôt sur les siens et les immobilisèrent.
« Et si Dorothy a besoin de moi ? » Répéta-t-elle avec insistance.
Il haussa les épaule et répondit avec une douce ironie: « Ils t’ont déjà vue en sous-vêtements… ».
Il laissa tomber les boutons et vint s’asseoir à ses côtés.
Prenant sa main dans la sienne, il murmura d’un ton craintif : « Est-ce que tu penses réellement qu’elle… ? Qu’elle aura besoin de toi… ? »
Michaela se mordit les lèvres.
« Honnêtement… Je n’en sais rien... » Fini-t-elle par répondre. « Elle est comme ça depuis si longtemps maintenant… »
«Et ce n’est pas bon… »
Elle acquiesça d’un signe de tête et serra sa main un peu plus fort. Observant leurs deux mains jointes, elle murmura doucement : « Ce matin… »
Comme elle s’était tue, il répéta pour l’encourager à continuer : « Ce matin ? »
Elle eut un long soupir avant de lui déclarer un peu hésitante : « Sa main a bougé… Ses doigts ont agrippé les miens. »
Il se tourna légèrement pour voir son visage.
« C’est une bonne chose, n’est-ce pas ? C’est bon signe ? »
Elle haussa les épaules, relativisant et contrôlant le sentiment d’espoir que faisait naître en elle cet incident.
« Qui peut le dire ? » réussit-elle à prononcer.
« Mais tu viens de dire qu’elle avait bougé… » La contredit-il.
« C’est vrai… Mais il peut y avoir plusieurs explications à cela… Cela peut signifier qu’elle retrouve peu à peu un état de conscience… Mais il peut également ne s’agir que d’un reflex…»
« Et tu n’en sais rien ? »
Elle secoua la tête négativement.
« Après tout ce temps… Je ne suis plus sûre de rien… » Avoua-t-elle en posant sa tête sur son épaule avec lassitude.
Un long silence pensif s’en suivit avant que Michaela ne songe à voix haute : « Nuage-Dansant semble si calme…»
Comme Sully ne fit aucun commentaire à sa réflexion, elle ajouta : « Qu’allons-nous faire Sully… Si Dorothy… ? »
Sully agrippa sa main fermement. « Cela n’arrivera pas Michaela… Il ne peut pas revivre cela encore une fois… »
« Oui… Mais si… ? »
« Cela n’arrivera pas… » Répéta-t-il avec véhémence.
Michaela soupira de nouveau et finit par demander : « Est-ce qu’il est au courant ? Je veux dire… Est-ce qu’il sait à propos des soldats ? »
« Oui… il sait. Je lui ai dit… »
« Et ? »
Sully haussa les épaules.
« Il était furieux… Qu’est-ce que tu crois ? » Répondit-il d’un air maussade.
Lorsqu’il remarqua qu’en entendant sa réponse, Michaela restait muette et qu’un poids invisible semblait peser encore plus lourd sur ses épaules, il serra sa main dans la sienne pour s’excuser d’avoir été aussi cassant inutilement. Puis, il ajouta : « Lorsque je suis tombé sur lui en pistant les Cheyennes, il m’a dit avoir aperçu des soldats qui espionnaient le campement avant qu’ils ne plient bagages. Il se demandait s’ils avaient vu que Dorothy était parmi eux. Maintenant nous savons que oui… »
« Alors ils l’auraient agressée pour cela ? Parce qu’elle était avec eux dans le campement Cheyenne ? Mais ils ne savaient même pas pourquoi elle y était ! »
« Visiblement ils n’en avaient cure… La voir parmi eux à suffit pour faire d’elle une ennemie… »
Michaela soupira et les larmes lui montèrent aux yeux.
« Oh, Sully » murmura-t-elle, « quand donc cela finira-t-il ? »
Il lâcha sa main pour enrouler tendrement son bras autour de ses épaules.
« Pas de notre vivant, j’en ai bien peur… » Répondit-t-il avec résignation.
« Pas tant que les gens ne seront pas capable de s’écouter les uns les autres… Nuage-Dansant m’a appris que les Cheyennes avaient rencontré Sitting Bull, un des chefs Sioux. »
Michaela se redressa pour le regarder en face ; l’expression sur son visage trahissait à la fois sa surprise et son inquiétude.
« Pourquoi faire ? » Demanda-t-elle effrayée de connaître déjà la réponse à sa question.
« Les Sioux vont se battre… Ils ne laisseront pas le chemin de fer, les chercheurs d’or, et les colons envahir et spolier leurs terres le long de la piste Bozeman… Ils veulent que les Cheyennes se joignent à eux. »
« Deux tribus si différentes… Capable de se battre ensemble… J’ai toujours pensé que… »
« Moi aussi… Mais les Sioux sont des centaines et ils sont persuadés de pouvoir battre l’armée… Les Cheyennes viendront renforcer leur rangs même s’ils sont beaucoup moins nombreux qu’eux… »
Le visage de Michaela reflétait son incrédulité. « Nous savons très bien ce qui va se passer, Sully… Le gouvernement se contentera d’envoyer de plus en plus de soldats dans la région… »
Sully acquiesça. « Je le sais parfaitement… Mais les Indiens ne reculeront pas… »
Michaela fronça les sourcils. Il lui était presque insupportable d’envisager l’avenir chaotique dans lequel allaient s’engager les Sioux et les Cheyennes du Nord. Elle finît par déclarer : « Nuage-Dansant doit être conscient de ce qui les attend… Il doit le leur dire… »
« Sitting Bull et Crazy Horse n’écouteront pas un simple Homme-Médecine… Ils sont persuadés qu’ils seront vainqueurs… »
Michaela se leva brusquement et se mit à arpenter la pièce. « Nous devons faire quelque chose, Sully… » Exhorta-t-elle.
« Et qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ? » Répondit-il.
Elle s’immobilisa et lui fit face. « Quand ? » Demanda-t-elle.
« Quand, quoi ? » Répondit-il, surpris ?
« Quand est-ce que cela va arriver ? L’armée est-elle en train de changer ses positions ? S’est-elle déjà mise en route ? Les Sioux et les Cheyennes ont-ils déjà regroupé leurs forces ? »
Sully haussa les épaules « Selon moi, les tribus indiennes n’en sont qu’aux pourparlers… De plus… L’hiver approche… »
Michaela lui adressa un regard interrogatif. « Et quel est le rapport ? »
« Eh bien, une fois que le neige sera là… Il n’y aura plus de combats possibles, ni de raison pour se battre… Les chemins de fer arrêteront d’envoyer ici leurs ingénieurs et autres inspecteurs… Le sol gelé sera trop dur à exploiter pour les mineurs… Les pionniers ne pourront plus voyager avec leurs chariots… A mon avis, il ne se passera rien avant le printemps prochain… »
Michaela étudia ses propos avec attention et finit par déclarer : « Nous avons le temps, alors ! »
« Le temps ? »
« Pour faire quelque chose… »
Il lui adressa un petit sourire triste. « Il n’y a rien que nous puissions faire, Michaela » répondit-t-il découragé, « jamais les Indiens ni l’armée n’écouteront des gens comme nous… »
« Mais nous devons essayer…» s’exclama-t-elle.
Il se leva et vint se placer debout en face d’elle. « Oui… Je crois que nous devons essayer… Je pense que c’est aussi pour cette raison que je t’ai épousée… »
Comme elle le regardait avec un petit air gêné, il ajouta : « Tu ne me laisses jamais abandonner…. »
« Nous ne le pouvons pas, Sully » répéta-t-elle… « Nous ne le pouvons tout simplement pas… Il y a beaucoup trop de choses en jeux… »
Il l’attira dans le creux de ses bras. « Je sais » dit-il en déposant un baiser dans ses cheveux.
Elle se recula pour le regarder dans les yeux. « Et Nuage-Dansant ? Va-t-il rejoindre les Cheyennes du Nord et les Sioux ? »
Sully soupira. « Je pense que cela dépendra d’une seule chose… Si Dorothy ne s’en sort pas… »
« Alors il les rejoindra de manière définitive… »
« Hum, hum »
« Et si elle se remet ? »
Il haussa les épaules. « Je ne sais pas… Mais je ne l’imagine pas rester à ne rien faire si les choses tournent mal… Je le connais trop bien. »
« Mumm… Moi aussi » approuva Michaela. « Oh Sully… Cette situation est vraiment terrible à vivre… »
Il l’attira de nouveau contre lui. « Le printemps est encore loin, Michaela… » Lui rappela-t-il avec espoir.
Elle enroula ses bras autour de sa taille. « Pas tant que ça, Sully » lui fit-elle observer dans un souffle, d’une voix apeurée.
Chapitre 41
Il ne faisait pas encore jour, mais Julia, levée depuis plus d’une heure avait déjà balayé la cuisine et préparé les petits déjeuners.
Comme elle le faisait tous ces matins-ci, elle se dirigeât vers la chambre de Dorothy le cœur battant.
Elle avait remarqué sans peine que la petite lueur d’espoir dans le regard du Docteur Mike n’avait fait que se réduire au fil du temps et que l’état de santé de Mademoiselle Jennings ne s’était pas amélioré.
Elle s’attendait donc chaque matin à ce que la vieille dame soit décédée durant la nuit.
Elle sentit une grande tristesse l’envahir à cette pensée.
Bien qu’elle ne la connaisse pas très bien, une amitié simple et franche avait grandi entre elles.
Ainsi donc, comme elle le faisait tous ces derniers matins, elle plaça son plateau de petit déjeuner en équilibre sur son bras, prit une profonde inspiration et tourna la poignée de la chambre.
Au début, elle n’observa rien d’inhabituel.
La chambre était très sombre, éclairée uniquement par une petite lampe placée au chevet du lit.
La patiente reposait sur son lit, immobile, et l’odeur la plus évidente qui régnait dans la pièce était celle de la pommade que le Dr Mike utilisait régulièrement pour soigner les blessures de Melle Jennings.
Elle entra et fit quelques pas dans la chambre.
C’est alors qu’un sentiment étrange s’empara d’elle, avec une telle intensité qu’elle cessa un instant de respirer.
Quelque chose était différent, si différent que son cœur se figea dans sa poitrine.
Sa réaction première fut de penser à lâcher le plateau et de se mettre à crier pour alerter son père, mais quelque chose la fit hésiter.
S’obligeant à rester immobile dans l’obscurité, elle se fit violence pour garder la tête froide pendant qu’un étranger à la longue chevelure noire, assis à côté du lit de la malade, pivotait lentement sur sa chaise pour lui faire face.
C’est alors que, malgré la faible lumière, ses yeux rencontrèrent les siens.
Son regard était empreint d’une telle lassitude, qu’elle put y lire l’étendue de sa peine et de son désespoir.
Ses yeux d’un brun presque noir, ne s’étaient posés que quelques secondes sur les siens, mais quelque chose en eux lui fendit l’âme et le cœur.
Elle déglutit avec peine.
Prendre conscience de cette douleur, c’était comme si quelqu’un lui avait planté un couteau dans le ventre.
Alors, elle tourna les talons et sortit de cette chambre sinistre.
Une fois à l’extérieur, elle demeura un instant sur le pas de la porte, le cœur battant à tout rompre puis, retrouvant peu à peu ses esprits, elle plongea la main dans la poche profonde de son tablier à la cherche de sa clef passe-partout.
L’ayant trouvée, elle se retourna, déposa son plateau déjeuner par terre, referma la porte de la chambre et introduisit volontairement la clef dans la serrure pour la verrouiller.
Elle resta un instant immobile dans le couloir devant la porte close, les pensées se bousculant dans sa tête, puis, elle remit la clef au fond de sa poche et s’en retourna à la cuisine.
« Je déteste te voir si calme et si triste » murmura Sully en prenant gentiment sa brosse à cheveux des mains de Michaela afin de continuer à la coiffer lui-même.
Michaela fronça les sourcils. « Ma meilleure amie est allongée, gravement malade, dans la chambre d’à côté et je ne peux rien faire pour elle » répondit-elle, les larmes aux yeux. « Qu’allons-nous faire si elle ne s’en sort pas, Sully ? » Murmura-t-elle en tremblant. « Cela fait si longtemps… »
« Je sais » dit-il en déposant la brosse à cheveux sur le lit et en la prenant dans ses bras.
« J’avais si peur que Nuage-Dansant ne viennent nous rejoindre cette nuit pour nous dire qu’elle était partie… » Chuchota-t-elle.
« Mais il ne l’a pas fait… C’est déjà une bonne nouvelle… N’est-ce pas ? »
« Elle a survécu durant tous ces jours-ci, mais elle n’a toujours pas repris conscience… »
« Mais tu as dit qu’elle t’avait serré la main… »
« Je commence à croire que ce n’était qu’un réflexe… Il aurait dû y avoir d’autres signes depuis… » Elle se retourna pour lui faire face. « Sully, je t’ai déjà entendu dire que les choses n’arrivait pas par hasard, que toute chose avait une fin… Mais quel but Dieu peut-il bien avoir pour laisser une telle chose arriver ? Nuage-Dansant a enfin retrouvé l’amour… Une raison de vivre… et voilà que Dorothy se fait battre à mort par des soldats ! Ce ne sont pas des bandits, ni un mari violent, ni même les Indiens renégats qui ont fait cela… Mais bel et bien des soldats qui sont supposés respecter la loi et non l’enfreindre… »
Une larme unique déborda de sa paupière et se mit à couler silencieusement le long de sa joue si pâle.
Il l’essuya de son pouce et répondit d’une voix solennelle : « Tu penses que j’y comprends quelque chose de plus que toi, Michaela ? Ce n’est pas du tout le cas… Nous avons déjà vécu des choses semblables… Et je pense que nous aurons certainement l’occasion d’en vivre d’autres… Mais… Pas plus que toi je ne vois la finalité de tout cela. »
Michaela appuya sa tête sur son épaule et soupira. « Serre-moi fort Sully… S’il te plaît ! »
Comme il resserrait son étreinte, elle murmura : « Je n’arrête pas de penser… Que ce pourrait être toi… Ou un des enfants. Étendu ainsi… »
« Mais ce n’est pas le cas Michaela » la rassura-t-il doucement, « et nous allons aider Nuage-Dansant du mieux que nous le pourrons… Il va avoir besoin de nous… »
« Je sais… Mais… »