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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 11.04.2012 à 18h00
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Le cycle de la vie" est la traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "Circle of life" » okapi
Cette fanfic compte déjà 346 paragraphes
Faith, allongée dans le noir, écouta les pas discrets des deux femmes dans le couloir et les murmures de leur conversation.
Puis le bruit des pas reprit tandis que l'une retournait en direction de la chambre de l'Indien et que l'autre descendait doucement les escaliers.
Il ne lui fut pas difficile de deviner qui était revenue sur ses pas.
Lui et Dorothy Jennings s'entendaient comme "larrons en foire"
Elle s'en était aperçue lors de ses moments de lucidité le long de la piste et encore cet après-midi lorsque Miss Jennings avait découvert qu'il était blessé.
Comment une femme si intelligente et de sa condition pouvait-elle se compromettre en affichant une telle amitié avec un Indien ?
Elle ferma les yeux pour lutter contre la soudaine douleur qui déferlait en elle.
La nuit, c’était le moment le plus difficile.
Lorsque tout était calme et silencieux, que les enfants étaient endormis et les lampes en veilleuse, les cauchemars recommençaient ; bien avant qu'elle ne s'endorme.
Elle revoyait Peter, encore et encore, s'effondrer sous ses yeux.
Il avait suffit d'un seul coup de feu.
Elle revoyait Hugh, si jeune, si brave, se placer devant son père dans un geste protecteur et faire volte face en entendant le coup de feu avant d'être transpercé à son tour par la longue lame brillante d'un couteau s'enfonçant dans son dos.
Cela ne la soulageait nullement de savoir que ces sauvages étaient morts.
Leurs morts n'avaient pas ramené Peter et Hugh à la vie.
Leurs morts n'évitaient en rien qu'elle et ses enfants soient des étrangers dans cette ville inconnue.
C'était ainsi tous les soirs et les larmes inondèrent ses yeux.
Aucun d'entre eux ne craignait les Indiens en arrivant dans l'Ouest.
On leur avait dit qu'il n'en restait que très peu.
Mais une poignée avait suffit.
Quatre d'entre eux pour être exact.
Et maintenant, elle se sentait si vulnérable, dépendante, impuissante, terrifiée et en colère.
Elle faisait de son mieux pour Douglas et May mais elle n'oublierait jamais, ni ne pardonnerait, ce que ces hommes lui avaient fait.
Chapitre 12
Ses yeux étaient fixés sur l'arme pointée en direction de son cœur.
Il pouvait sentir la sueur couler le long de son cou et dans son dos et les battements de son cœur étaient si forts que l'Indien pouvait probablement les entendre.
Il distinguait vaguement ses longs cheveux d'un noir de jais et ses yeux bruns foncé, le collier de perles autour de son cou et la légère chemise indienne aux couleurs bariolées, brodées de perles à l’emplacement du cœur, mais ses yeux ne quittait pas le canon immobile du fusil.
Il ne se souvenait plus depuis combien de temps il éprouvait cette frayeur qui le paralysait.
Il avait l'impression que ce face à face durait depuis des heures.
Il luttait pour contrôler le tremblement dans ses jambes et l’afflux du sang qui battait nerveusement dans ses tempes.
Pourquoi l'homme ne tirait-il pas pour abréger ses souffrances et en finir avec cette attente insoutenable ?
Enfin, ce dernier souleva brusquement son arme et son index appuya effectivement sur la gâchette.
Il ferma les yeux, laissa l'air pénétrer une dernière fois dans ses poumons, gonflant sa poitrine offerte comme pour amortir la balle qui ne pouvait que fatalement venir le transpercer de part en part.
L'attente fut de nouveau interminable et comme le choc foudroyant n'arrivait pas, il ouvrit à demi les yeux.
L'homme lui jetait un regard furibond, son visage exprimant une myriade de sentiments divers puis, après un dernier regard plein de haine, il tourna brusquement les talons et se dirigea à grandes enjambées en direction de la forêt dense.
Il resta planté là, une onde de choc submergeant son corps entier. Il venait de réaliser qui était cet homme et cette révélation le remplissait d'effroi.
Il fit une tentative pour faire un pas dans sa direction mais s'immobilisa de nouveau en voyant Nuage-Dansant disparaître sous les arbres.
Suffoquant, il se redressa brusquement, le visage et le torse couverts de sueur, le cœur tambourinant dans sa poitrine.
trop désorienté pour pouvoir donner un sens à son rêve, il était seulement conscient de l'obscurité environnante, de la sueur sur sa peau et des battements effrénés de son cœur.
Il bondit hors du lit et se précipita à la fenêtre ouverte où il s'appuya pour inspirer à pleins poumons et reprendre le contrôle de son rythme cardiaque.
il se sentait au bord des larmes, sans en comprendre véritablement la cause et il n'était pas certain de garder encore longtemps son souper dans son estomac révulsé.
Il se cramponna à la fenêtre alors que la tête lui tournait légèrement.
"Sully… Tu vas bien ?" demanda Michaela d'une voix douce mais inquiète, depuis leur lit.
Ne se sentant pas capable de répondre, il se contenta de hocher la tête.
"Tu es sûr ?"
"J'ai seulement chaud" parvint-il à prononcer d'une voix étranglée.
Elle fronça les sourcils et se leva à son tour pour venir le rejoindre.
Inquiète, elle plaça sa main sur son front et fut consternée en découvrant qu'il était trempé de sueur.
"Sully ?" murmura-t-elle "Tu es malade ?"
Il secoua la tête "Je vais bien " lui affirma-t-il mobilisant la moindre parcelle de sa volonté, il parvint à se redresser "il faut que je sorte marcher" marmonna-t-il en enfilant ses vêtements.
"Maintenait, au beau milieu de la nuit ! " s'exclama-t-elle, de plus en plus anxieuse au fur et à mesure que les minutes passaient.
Il tenta de lui expliquer "J'ai besoin de m'éclaircir les idées !"
Elle agrippa sa main en l'implorant "Laisse-moi t'accompagner, Sully !"
Il prit une profonde inspiration et secoua la tête négativement "je ne serai pas long… je te le promets " dit-il en essayant de la convaincre "j'ai juste besoin de réfléchir !"
Elle plongea son regard dans le sien pour y découvrir aussitôt ce qu'elle voulait savoir… Elle n'était pas en cause, c'était autre chose qui le tracassait.
Elle approuva alors tout en lui demandant encore une fois d'une voix inquiète et suppliante "tu n'iras pas trop loin?... Promis ? "
Il la rassura d'un signe de tête, serra sa main dans la sienne avec reconnaissance et sortit de la chambre
"Tu veux bien me tenir ça fermement en place Robert E" demanda Sully en s'efforçant d'aligner côte à côte les deux montants de bois qui devait constituer la future ossature d'un lit.
"Pas de problème" assura le forgeron en quittant précipitamment son ouvrage.
"Un petit peu plus haut" précisa Sully en s'assurant que les planches étaient de niveau avant de les fixer l'une après l'autre en trois coups de marteau fermes et précis.
Tout en tenant les clous entre ses dents pendant qu'il travaillait, Sully parvint néanmoins à articuler "Comment va ton petit bonhomme ?"
Robert E répondit aussitôt en riant "Il nous donne pas mal d'occupations… On peut même dire qu'il ne nous laisse guère de répit… Depuis qu'il commence à se déplacer à quatre pattes, on n'arrête pas de lui courir après... ! "
Sully sourit à son tour "C'était pareil avec Katie… On l'a même perdue une fois et on a fini par la retrouver roulée en boule et endormie sous l'escalier…"
Robert E secoua la tête, un sourire émerveillé aux lèvres mais un soupçon d'inquiétude au fond des yeux. "Il arrive déjà à se redresser tout seul en s'accrochant aux meubles. Je me demande ce que ce sera quand il commencera à marcher. Grace et moi nous sommes vraiment soulagés de le savoir sous la surveillance de Kathleen. Grace se faisait du souci tout le temps quand elle l'avait au restaurant avec elle. Elle devait toujours avoir un œil sur lui."
"Voilà déjà plusieurs jours que Kathleen garde Katie et William également… Je pense que je vais essayer de ne pas finir trop tard ce soir pour pouvoir aller les chercher plus tôt et lui accorder un peu de répit…" Annonça Sully.
"Elle en a probablement besoin… Elle avait vraiment l'air fatiguée quand je suis allé chercher Michaël hier "approuva Robert E en lui tendant le rabot.
Les deux hommes travaillèrent en silence pendant quelques minutes tandis que l'ouvrage prenait forme. Au bout d'un instant Robert E fit remarquer "C'est une rudement bonne idée que tu as eue là… Mettre les lits l'un au dessus de l'autre… Je me demandais bien comment nous allions faire pour faire tenir trois lits dans cette petite pièce derrière l'église…"
"J'ai repris l'idée de l'armée " expliqua Sully en se concentrant sur son travail.
"Je pense que cela devrait plaire à Douglas de devoir grimper là haut pour aller se coucher "
Robert E se mit à rire "C'est un bon gamin, n'est-ce pas; et drôlement courageux…"
Sully appuya "ça c'est sûr… Et il s'occupe vraiment bien de sa petite sœur aussi !"
"Il se voit probablement comme l'homme de la famille maintenant " commenta Robert E en se baissant pour saisir une poignée de clous dans la boîte.
Ils travaillèrent de nouveau silencieusement jusqu'à ce que Robert E reprenne la parole avec un peu d'hésitation "Est-ce que je peux te demander quelque chose ?"
"Bien sur, de quoi s'agit-il ?" répondit Sully, l'esprit occupé à sa tâche.
Robert E prit son courage à deux mains avant de se lancer "Ce Renard-Rouge… Tu l'avais déjà rencontré n'est-ce pas …"
"Hum, hum… "
"Il semblait être vraiment mauvais !"
Sully interrompit ce qu'il était en train de faire et regarda son ami "Il était en colère !" répondit-il.
"Je connais ce sentiment…"
Sully reprit son ouvrage tout en ajoutant "il pensait qu'il était dans son droit en revendiquant les terres qui ont toujours appartenues aux Cheyennes et en les reprenant par la force !"
"Et tu es d'accord avec ça ?" Demanda Robert E, sceptique.
"Bien sûr que non… Mais je peux le comprendre dans un sens…"
Robert E secoua la tête "Reprendre les terres cheyennes et tuer des gens innocents pour ça, sont deux choses différentes… Ce n'est pas parce que quelqu'un est en colère qu'il a le droit de massacrer tout ceux qui se trouvent sur son chemin"
Sully stoppa de nouveau ce qu'il était en train de faire pour regarder pensivement son ami qui continuait.
"J'étais en colère moi aussi… Vraiment en colère… Mais pas contre tous les hommes blancs que je croisais… J'ai eu envie de tuer mon ancien maître une bonne centaine de fois… Mais je n'ai même jamais envisagé de faire de mal à sa femme et à ses enfants… Quand je suis parti pour rejoindre le Nord, je voulais laisser tout cela derrière moi… Ne plus jamais devoir revivre ça pour ne pas devenir un assassin"
"Renard Rouge ne raisonnait pas de cette façon… Il voyait tous les hommes blancs comme des ennemis…"
Robert E hocha la tête "Je suis heureux de ne pas avoir croisé son chemin. J'ai vu ce qu'il a fait à madame O'Connell et à ses enfants… Et tout ce que je peux dire… C'est que je trouve ça profondément injuste et cruel…"
"Il est mort maintenant "répondit Sully d'un ton sinistre.
"S'il n'éprouvait aucun remord pour ce qu'il avait fait… Alors cela vaut peut être mieux ainsi et c'est ce qui pouvait lui arriver de mieux !"
Sully jeta sur son ami un regard plein de surprise "Alors tu approuves l'armée qui l'a abattu dans le dos sans autre forme de procès ?" demanda Sully déconcerté.
Robert E haussa les épaules "Il n'avait pas l'intention de se rendre, n'est-ce pas ?"
Sully répondit sobrement "non !"
"Alors, l'armée n'avait guère le choix !"
"Et que penses-tu de ses acolytes qui ont été pendus sans autre forme de jugement ?"
"Je sais qu'ils n'ont pas eu droit à un procès comme tu le souhaitais… Mais le verdict serait revenu au même pour finir… Ils auraient été déclarés coupables !"
"Tu ne peux pas conclure ça rien qu'en ayant lu les articles dans les journaux ?" déclara Sully sur la défensive.
"Après avoir entendu le récit de madame O'Connell, pas un seul juge vivant dans ce pays ne les aurait innocentés !"
"Alors, si je suis ton raisonnement, uniquement parce que la majorité les croyait coupable, ils n'avaient pas le droit d'être jugés équitablement "
"Je n'ai pas dit ça… Bien sûr qu'ils avaient droit à un procès mais je ne vais pas pleurer parce que ça na pas été le cas… Ils ont simplement fini comme ces gens qu'ils ont assassinés."
"Je… Je pensais que tu jugerais ça différemment !"
"Pourquoi?, parce que je suis noir ?"
Sully démenti immédiatement. "Non… Parce que d'habitude tu vois les choses autrement que la plupart des gens… Avec ton cœur… Et pas simplement avec ton esprit…" Se justifia-t-il.
"Je pense que cette fois-ci, je n'éprouve guère de sympathie pour les Cheyennes… Pour ces quatre là en tous cas… Ils ont pris des vies… Et quelque chose devait être fait pour les arrêter. Peut-être aurait-il dû y avoir un procès… Mais cela n'aurait rien changé à leur fin tragique… Tu sais que je ne supporte pas les lynchages mais… Dans ce cas, l'armée a fait ce qu'elle devait faire… Et dans ce cas précis… Je n'ai rien à lui reprocher."
Le regard emplit à la fois de doutes et d'embarras, Sully se remit une nouvelle fois au travail.
"Tout se déroule normalement Teresa, vous et le bébé êtes en parfaite santé" annonça Michaela avec un sourire complice "Plus que quatre mois à attendre !"
L'institutrice sourit à son tour en reboutonnant son corsage. "Jacob va être content. Il se fait tant de soucis" fit-elle remarquer.
"Et vous allez pouvoir le rassurer, tout va très bien… Vous avez de la chance que les vacances d'été coïncident avec le milieu de votre grossesse.
"Oui, mais l'école reprend déjà dans deux semaines !"
Michaela compléta le dossier de Teresa puis lui demanda en reposant son crayon "avez-vous réfléchi à ce que vous pouviez faire pour ça ? D'après ce que j'ai entendu dire, il va y avoir pas mal de nouveaux élèves cette année. Allez-vous pouvoir vous en occuper toute seule ?"
"Je… Je suis sure que ça va aller" répondit Teresa sans grande conviction.
"Peut-être que le conseil municipal devrait envisager de trouver une personne…" Voyant dans les yeux de sa patiente qu'elle était sur le point de l'interrompre avec indignation, Michaela se hâta d'ajouter "pour vous aider… Et puis vous aurez besoin de quelqu'un pour vous remplacer durant quelques jours à la naissance du bébé !"
L'institutrice leva les yeux, radoucie "Je suppose que vous avez raison " admit-elle avant d'ajouter avec sincérité et enthousiasme "mais j'aime tellement enseigner !"
"Il n'y a aucune raison pour que vous ne puissiez plus le faire… Après la venue au monde de votre enfant…"
Teresa fronça les sourcils et secoua la tête "ce ne serait pas convenable pour moi de continuer à travailler après la naissance du bébé… J'en ai déjà parlé avec Jacob… Et il est d'accord avec moi là-dessus !"
Se souvenant des discussions épineuses à propos de ce même sujet qui les avaient déjà opposées à plusieurs reprises au cours des dernières années, Michaela renonça à lui donner son opinion. Peut-être que Teresa finirait par se rendre compte seule qu'elle pouvait être à la fois une mère et une enseignante. "Faites ce qui vous semble être le mieux pour vous " conclu-t-elle. Elle se leva et commença à se diriger vers la porte.
"Maintenant…Si tout continue à se passer aussi bien, je n'ai pas besoin de vous revoir avant le mois prochain… Mais s'il vous plaît… Si quoique ce soit vous inquiète… Venez me voir sans attendre…"
Teresa se leva à son tour, approuva le conseil de Michaela d'un hochement de tête. "Absolument, moi et Jacobs nous désirons tellement cet enfant… Je ne ferai rien qui puisse mettre sa santé en danger…" Répondit-elle avec ferveur.
"Je comprends parfaitement ce que vous ressentez !" Lui assura Michaela, "et je me rappelle avoir dit exactement la même chose… Mais quelques fois, on a tendance à croire que l'on peut en faire plus que l'on ne devrait !"
Lorsque Teresa secoua la tête en rejetant cette idée, Michaela ajouta rapidement "Je vous suggère d'écouter votre corps attentivement… Un enfant est le plus précieux des cadeaux offert par la vie !"
L'expression sur le visage de Teresa se radoucit et elle acquiesça, s'efforçant de reconnaître l'expérience de Michaela dans ce domaine. Alors qu'elle rejoignait la porte, elle demanda "vos enfants ne sont pas avec vous à la clinique aujourd'hui ?"
"Kathleen s'occupe d'eux !" Répondit Michaela puis, d'un signe de tête, elle lui fit remarquer la présence d'un paquet posé sur la commode près de la porte. "Ceci est arrivé pour Matthew ce matin… Alors je pense que je vais finir un peu plus tôt ce soir pour aller lui porter et reprendre les enfants par la même occasion…"
Teresa lui sourit une dernière fois avant d'ouvrir la porte et gagnant le porche d'entrée à reculons, conclu leur conversation "Merci docteur Quinn, je vous revois dans un mois alors… Comme convenu !"
"Il dort ?" demanda Sully à voix basse depuis le fauteuil…
"Enfin !" Répondit Michaela en soupirant. "C'est à cause de cette dent qui perce "
Elle se pencha pour déposer un baiser sur le front de William. "Pauvre petit bonhomme " murmura-t-elle.
Sully se redressa de son fauteuil avant de se lever "Je vais le mettre dans son berceau " proposa-t-il en s'approchant de son fils endormi.
Michaela lui tendit le bébé avec reconnaissance.
Alors que Sully couchait William, il lui fit remarquer à voix basse "ça devient vraiment trop petit pour lui à présent… On va bientôt devoir mettre des couvertures par terre lorsqu'on voudra rester un peu en bas… Comme on faisait avec Katie"
Il se retourna pour regarder Michaela qui observait pensivement le foyer éteint de la cheminée.
La rejoignant, il l'obligea doucement à se mettre sur les pieds avant de prendre sa place dans le fauteuil et de la faire asseoir sur ses genoux.
"A quoi penses-tu ?" lui demanda-t-il tendrement à l'oreille.
Elle se blottit dans ses bras en lui répondant tout aussi tendrement "A plein de choses"
"Comme quoi ?"
Elle haussa très légèrement les épaules… "Oh… Je ne sais pas… Tout se mélange un peu dans ma tête !"
"Dis-moi juste une de tes pensées !"
"Et bien… Je me demandais si tu allais bien …"
"Moi ?"
"Mumm… Tu es resté éveillé une grande partie de la nuit"
"Je vais bien… Ne t’en fais pas pour ça…" La rassura-t-il.
"Je ne peux pas m'en empêcher Sully… Tu fais partie de moi… Lorsque tu ne vas pas bien… C'est la même chose pour moi… Tu ne veux pas me dire ce qui s'est passé la nuit dernière ? "
"C'était juste un mauvais rêve, c'est tout !" répondit-il en caressant doucement ses bras.
"A propos de quoi ?"
"Il soupira puis reprit d'une voix implorante "Je… Je n'ai pas envie de parler de ça… S'il te plaît…"
Elle fit glisser amoureusement ses doigts sur le contour de son visage. "Tu es sur ? " demanda-t-elle "moi, je suis prête à t'écouter !"
Il secoua la tête négativement "Peut-être une autre fois" lui proposa-t-il doucement "mais pas maintenant…"
Comme elle demeurait silencieuse, il ajouta "s'il te plaît, ne crois pas que je te cache quoique ce soit… Je ne veux pas y penser ce soir, c'est tout !"
"C'est douloureux à ce point ?"
"Hum, hum… Tu me crois ?"
Elle saisit sa main et la serra légèrement dans la sienne… "Bien sûr" lui répondit-elle "mais quand tu seras prêt pour partager ce qui te tracasse… Je serai là pour t'écouter !"
"Je le sais "répondit-il avec reconnaissance "maintenant dis-moi encore à quoi tu pensais !"
Respectant la requête de Sully, elle décida, pour l'instant, de laisser cette histoire de cauchemar de côté.
Elle changea donc de conversation comme il le souhaitait.
"J'ai envoyé un télégramme à plusieurs journaux de l'Est, aujourd'hui, pour passer une petite annonce et trouver un remplaçant à Andrew !"
"C'est vrai, tu l'as fait ?"
Elle se mordit la lèvre en hochant la tête "Je n'arrive pas à croire que Colleen et Andrew partent dans une semaine" dit-elle tristement.
"Ils reviendront !"
"Peut-être que non… Peut-être vont-ils s'installer et travailler à l'Est définitivement… A Boston… A Washington… Ou à Pittsburgh… "
"Nous savions, depuis que Colleen a décidé de devenir médecin, qu'elle devrait partir à l'Est pour terminer ses études… Et j'ai la ferme intuition qu'ils reviendront tous les deux ici… Toi-même tu n'as pas pu résister à l'attraction de l'Ouest !"
"Tu crois vraiment ?"
"Hum, hum… Tu verras que tout le temps que dureront ses études, ils reviendront régulièrement nous voir… Pour Noël… Ou pour d'autres occasions… "
" Mais j’ai l’impression que tout le monde s’en va "
" Tout le monde ? "
" Brian, qui part à Denver… "
" Ce n’est que pour quelques semaines…"
" Bess qui rentre à St Louis… "
" C’est là qu’est sa maison... "
" Même Matthew est parti… "
" Il s’est marié… Et sa maison est à peine à quelques kilomètres d’ici… "
Elle laissa reposer sa tête sur son épaule. " Je sais… Je suis bête… Mais je ne peux pas m’en empêcher " murmura-t-elle.
" Tout finit par changer un jour… Et les enfants grandissent si vite !"
Il tenta de la réconforter en la serrant un peu plus fort contre lui.
Elle se mit alors à rire doucement.
" Et maintenant… A quoi penses-tu ? " Lui demanda-t-il, intrigué.
Elle garda le silence un long moment avant de lui dire doucement : " Tu sais que je suis allée chercher les enfants aujourd’hui… ? "
Il acquiesça : " Hum, hum… Et je l’avais déjà fait avant toi… Puisqu’ils étaient ici, à la maison avec moi."
Il y eu de nouveau un long silence que Sully interrompit : " Michaela ? "
Elle commença distraitement à caresser le bas de sa nuque, glissant ses doigts sous ses long cheveux blonds, avant de finalement lui murmurer à l’oreille : " Tu te rappelles… Peu de temps après que l’on se soit mariés…Le jour où Matthew est arrivé à l’improviste à la maison… Avec un chargement de bois. "
" Hum, Hum… "
Michaela laissa de nouveau sa phrase en suspend jusqu’à ce que Sully se redresse tout à coup dans le fauteuil en s’exclamant : " Non !!! Tu te moques de moi ??? "
Elle se mordit les lèvres et secoua la tête négativement, le regard brillant de malice.
" Comment le sais-tu ? " demanda Sully, le sourire jusqu’aux oreilles….
" Je… Je l’ai deviné… C’était tellement flagrant… " Dit-elle en riant, " Il s’est passé un long moment avant qu’ils ne viennent ouvrir la porte… Matthew était encore en train de remettre sa chemise dans son pantalon et Kathleen… Et bien… Elle avait l’air… Euh, comment dire… Décoiffée ! "
Sully rit franchement en écoutant son récit. " Je suppose qu’en quelque sorte, cela répond à ta question au sujet de leur engouement réciproque pour leur vie de jeunes mariés… "
"Je n'ai jamais douté de ça… Je me demandais simplement s'ils étaient aussi heureux que nous le sommes…"
Il repoussa légèrement ses cheveux en arrière et lui mordilla le lobe de l'oreille "Je ne pense pas que cela soit possible !" lui chuchota-t-il entre deux baisers.
Son corps tremblait sous ses caresses mais elle se hasarda à lui demander encore "Sully ?"
"Mumm ?"
"Est-ce que tu te souviens de ce jour là ?"
"Quel jour ?" parvint-il à prononcer, sa bouche étant affairée à d'autres choses.
"Le jour où Matthew nous a surpris ici…" Lui rappela-t-elle, sa main s'insinuant entre les boutons de sa chemise.
"Evidemment !" répondit-il "Et toi, de quoi te souviens-tu le plus de ce jour là ?"
Elle se mordit de nouveau la lèvre avant de répondre dans un souffle… "Je me rappelle m'être demandé pourquoi nous avions décidé d'habiter si loin de la ville…"
Il interrompit un instant ses douces caresses et ses tendres baisers pour lui demander avec une légère inquiétude dans la voix "Pourquoi ça ?"
Elle prit son visage entre ses mains pour plonger son regard dans ses yeux bleus "Parce que le temps que nous avons mis pour arriver jusqu'ici avec le chariot m'a semblé interminable… J'avais tellement envie de toi… " Lui répondit-elle d'une voix enrouée. "Je me souviens que j'étais assise contre toi… Et que tu te retournais de temps en temps vers moi avec le même regard de désir au fond des yeux que je pensais avoir pour toi. Je n'aurais jamais cru pouvoir ressentir ça un jour !"
"C'était la même chose pour moi" lui déclara-t-il sincèrement en retour "Quand tu es venue me chercher ce jour-là… J'ai vraiment eu du mal à me contrôler… Et c'est toujours comme ça ! "
"Je te fais toujours autant d'effet ?"
"Oh mon Dieu, oui… Toujours et encore… Quelque fois, il suffit que tu me regardes pour ça !"
Elle lui sourit et pencha la tête pour lui donner un long et langoureux baiser.
"A l'époque, je pensais que quelque chose ne tournait pas rond chez moi… Et Grace m'a dit que cela ne durerait pas… Mais nous avions tort toutes les deux, n'est-ce pas Sully… C'est ainsi que cela doit-être… Et ça devrait-être ainsi pour tout le monde" lui avoua-t-elle amoureusement.
Elle soupira de bien être quand pour toute réponse, il renouvela leur baiser, mais cette fois ci avec une urgence et une passion grandissante… Le corps en feu elle lui chuchota pour l'émoustiller encore un peu. "Il n'y a personne pour venir nous interrompre cette fois-ci…"
Il jeta un coup d'œil sur le berceau où le fruit de leur amour dormait paisiblement "Pas pour le moment " lui répondit-il malicieusement "Je pense que nous avons le temps… Et je suis sûr d'avoir assez d'enthousiasme pour ça !"
Elle rit délicieusement et lui saisit la main pour l'entraîner vers la cheminée.
"Où en étions-nous déjà ?" lui demanda-t-elle les yeux brillant avant de capturer ses lèvres dans un baiser brûlant.
Chapitre 13
Sully immobilisa le chariot dans la clairière de Palmer Creek, sauta à terre et se retourna pour aider Dorothy à en descendre à son tour. Puis ils se mirent conjointement à l’œuvre pour extraire Nuage Dansant assis à l’arrière du véhicule.
Passant ses bras autour de leurs épaules, il prit appui sur eux pour se laisser glisser précautionneusement à terre, avant de saisir les rudimentaires béquilles de bois que lui tendait Dorothy.
Ils s’avancèrent au milieu de la clairière pour que Nuage-Dansant puisse s’asseoir et prendre un peu de repos sous le chaud soleil d’été.
Leur voyage depuis la ville s’était déroulé dans un silence relatif, troublé uniquement par les demandes occasionnelles de Dorothy qui s’inquiétait pour le confort de son mari.
Maintenant, ils allaient pouvoir bavarder un peu.
Un fois Nuage-Dansant installé confortablement dans l’herbe, sa jambe blessée étendue devant lui, Dorothy et Sully échangèrent un regard complice, elle lui adressa un imperceptible signe de la tête, puis annonça avec un petit sourire au coin des lèvres : " Je vais ramasser un peu de bois, nous aurons besoin de faire du feu tout à l’heure si je veux te refaire un peu de tisane d’écorce de saule et te préparer quelque chose pour le souper. Vous veillerez bien sur lui Sully, n’est ce pas ? "
Elle s’éloigna d’un pas tranquille mais ne put s’empêcher de leur jeter un dernier coup d’œil par-dessus son épaule, avant de disparaître à l’ombre des arbres.
Sully, assis à côté de l'homme qu’il considérait comme son frère lui demanda avec inquiétude : " Tu ne souffres pas trop ? "
L'homme médecine secoue sa tête. " Ça va... Dorothy fait des chichis pour rien..." Répondit-il d’une voix maussade.
Une fois de plus, il y eu un long silence jusqu'à ce que Sully ne puisse se contenir d’avantage.
Il se retourna légèrement pour affronter le regard de Nuage-Dansant.
"Tu es en colère contre moi?" demanda-t-il brusquement.
Nuage-Dansant, fronçant les sourcils, l’observa avec surprise. "Non" répondit-il tout simplement.
"Mais quelque chose te ronge, n’est-ce pas." affirma Sully. "Je pensais que cela avait quelque chose à voir avec moi..."
"Pourquoi penses-tu cela?"
"Nous avons toujours été en mesure de parler tous les deux... A propos de tout... Mais tu es tellement silencieux... Depuis quelques jours... "
"J'ai été blessé... Et Michaela m'a donné du laudanum..."
Sully secoua la tête. " Cela n’a rien à voir avec ça " l’interrompit-il inflexible. "Je te connais... Mieux que personne... Quelque chose te ronge... Et si ce n’est pas à cause de moi... Alors qu'est-ce que c'est ? "
"C'est quelque chose que je dois affronter seul... Si je n'avais pas été blessé je serais parti chercher les conseils des Esprits... "
"Puisque tu ne peux pas le faire... Peut-être que le simple fait d’en parler serait en mesure de t’aider ?"
"Jusqu'à ce que je comprenne moi-même de quoi il s’agit exactement... Je ne peux pas en parler avec toi..."
"Michaela dit souvent que parler à quelqu’un peut aider à y voir plus clair... Quel que soit le problème..."
Nuage-Dansant adressa un faible sourire à son frère avant de se retourner pour laisser son regard se perdre dans le paysage. " Tu n’as pas toujours été d’accord avec ça, il me semble !" lui fit-il remarquer.
Sully, baissant légèrement la tête, laissa sont regard errer sur le sol entre ses jambes. "Non" répondit-il "cela ne marche pas toujours... Mais elle et moi, nous parlons de beaucoup de choses... Ça nous aide à y voir plus clair... Alors... Si quelque chose t’inquiète... Et que cela me concerne aussi... Cela pourrait t’aider à mettre certaines choses au point "
Après un long silence, Nuage-Dansant surprit Sully en lui disant : " Je ne suis pas fâché contre toi... Mais je suis en colère contre moi-même... "
"Pourquoi ça ?" lui demanda-t-il, étonné.
"Depuis de nombreuses lunes, maintenant, je vois mourir les gens appartenant à mon peuple... Tués par l'armée... Les maladies de l'homme blanc, la famine résultant de sa cupidité... Mais je n’avais encore jamais trahi les Cheyennes... Je n’avais jamais été responsable de la mort d'un seul guerrier cheyenne... Jusqu'à aujourd’hui... "
" Mais nous étions tombés d’accord là dessus... C'était la seule façon de..."
"En effet... "
"Tu savais bien que tu n’avais pas le choix !" lui rappela Sully, réalisant soudainement qu'il reprenait mot à mot le discours de son épouse.
"Cela ne m’aide pas de le savoir... Cela n’atténue nullement ma culpabilité et le sentiment que j’ai de les avoir trahis... "
Sully prit brusquement sa tête entre ses mains.
"Depuis que je suis revenu, je me suis senti affreusement coupable... Me demandant sans cesse s'il n’existait pas un autre moyen d’agir auquel nous n’aurions pas pensé... Mais à aucun moment je ne me suis soucié de savoir comment " toi " tu pouvais bien te sentir... " Avoua-t-il en passant nerveusement ses doigts dans ses cheveux longs.
"Michaela dit que nous devons oublier que Renard-Rouge était un Cheyenne, qu’il nous faut uniquement considérer ses actes... Et toute la douleur qu’il a causée... "
" C'est bien la raison pour laquelle nous avons mêlé l'armée à cette histoire..."
" Elle dit encore que c’est exactement la même chose que ce qui s’est passé entre moi et les frères Curriers... Ou O’Connor... "
Nuage-Dansant acquiesça. " Oui, mais tout au fond de moi, je pense encore les avoir trahis... Et aucun argument, quel qu’il soit, ne me soulage beaucoup… "
" J'imagine, qu’il n'y a aucune réponse facile pour toutes ces questions... N’est-ce pas ? " Laissa échapper Sully tristement.
"Non... Il n'y a pas de réponses faciles..." Convenu Nuage-Dansant, en se penchant pour masser sa jambe endolorie.
"Tu évolues librement entre le monde des Cheyennes et celui de l’Homme Blanc, Sully... Alors que je suis Cheyenne... Rien d'autre..." Dit-il encore pensivement.
Sully fronça les sourcils, pesant l'importance des mots prononcés par son frère. "Je me sens Cheyenne" protesta-t-il sur la défensive.
"Je sais cela..."
"Mais tu viens de dire… Que je ne le suis pas..."
"Je veux dire que ce que j’éprouve est différent... Toi, tu appartiens à deux mondes..."
Sully secoua la tête.
"Comment peux-tu douter de moi ? Après tout ce temps ? " Demanda-t-il d’une voix tremblante, profondément blessé et déçu.
" Je ne doute pas de toi... Et tu le sais... " Répondit Nuage-Dansant calmement.
"Comment puis-je en être certain ? Je ne t'ai jamais entendu me parler comme ça avant... "
"Rien n’a changé entre nous..."
"Je ne le ressens pas comme ça... Nous avons pris une décision ensemble... Nous sommes tombés d’accord... Je n’ai jamais essayé d’influer ta décision, ni tenté de te persuader d’aller à l’encontre de tout ce en quoi tu croyais... Peut-être l'armée n’a-t-elle pas agit de la façon dont nous l’espérions... Mais cela fait-il une différence ? Tu utilises simplement cet argument pour mettre de la distance entre nous... Une distance que je ne pensais jamais pouvoir exister! "
"Ce n’était pas mon intention" répondit Nuage-Dansant avec lassitude. " Il s’est passé tellement de choses..."
"Nous avons déjà vécu d’autres moments aussi tragiques et nous les avons affrontés ensemble... Tu fais parti de ma famille Nuage-Dansant... Je donnerais ma vie pour toi..."
"Et moi la mienne..."
Sully, ayant enfin réussit à exprimer ce qu’il avait sur le cœur, laissa échapper un soupir de soulagement.
"Ce que je viens de te dire n’effacera pas ce que tous les deux nous avons dû faire... C'était une décision terrible à prendre... Mais nous devions la prendre... Tu es d’accord ? "
Nuage-Dansant approuva avant de lui assurer de nouveau : "Rien n’a changé entre nous..."
"Alors tu vas arrêter de t’en faire à ce sujet ?"
Nuage-Dansant, acquiesça d’un léger sourire.
Sully lui sourit à son tour.
"Bien... Finalement, peut-être que Michaela a raison... Et que parler de nos problèmes aide déjà un peu à les résoudre ... "
"Peut-être", répondit Nuage-Dansant,
Sully, jetant un coup d’œil à Dorothy qui se tenait à l’orée de la clairière, attendant son signal pour revenir auprès des deux hommes, ne remarqua pas l’expression sur le visage de son frère qui contredisait ses dernières paroles rassurantes.
Il fit un signe discret à la journaliste qui commença à se rapprocher d’eux, tout en espérant que le problème qui préoccupait tant son mari soit résolu et que l’Homme Médecine si sage et pondéré d’ordinaire soit redevenu lui-même.