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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 11.04.2012 à 18h00
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Le cycle de la vie" est la traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "Circle of life" » okapi
Cette fanfic compte déjà 346 paragraphes
"Voilà, c'est ici ! ", expliqua Hank fièrement, tandis qu’ils descendaient de leurs montures.
Lui et Sully étaient en train de contempler un superbe lopin de terre situé sur la route du château de Colorado Springs.
" J’ai placé des bornes pour délimiter le terrain... Ce n’est très pas grand, mais bien assez conséquent pour bâtir une petite maison et une grange... "
Sully arpenta la propriété puis se retourna pour faire face à la route.
Le terrain était presque plat et, hormis quelques gros arbres bordant le petit chemin qui menait à la piste principale, il ne comportait aucun obstacle à l'exception des hautes herbes desséchées par le soleil.
"Je pense que se serait mieux de construire un peu en retrait de la route... A cause de la poussière " suggéra Hank, en parcourant à son tour le terrain.
"Et quelle sorte de maison veux-tu, Hank ?" Demanda Sully en se projetant déjà dans son travail d’architecte.
Le Barman haussa légèrement les épaules. "Quelque chose de petit... Pas aussi luxueuse que la vôtre... Sur un seul niveau... Avec deux chambres à coucher... Une cuisine... Une pièce à vivre... Oh, et des toilettes attenantes à l'arrière... Comme chez vous..."
"Ça me semble pas mal," commenta Sully, observant la configuration du terrain pour projeter dans son esprit le plan type de la maison qu'il pourrait créer.
"Il faudra qu’elle ait une galerie couverte, bien entendu ", ajouta Hank," tout le long de la façade… Et elles auront besoin d’une grange… Pour les chevaux et peut-être une vache. "
Sully sourit en lui demandant, un peu moqueur : "Tu crois que Myra sait comment faire pour s’occuper d’une vache ? "
Hank fronça les sourcils en affirmant " Elle apprendra... Elle est la mère d’un petit enfant... Et un petit enfant a besoin de lait, n’est-ce pas ?"
Sully hocha la tête, ne sachant quoi réponde à de tels arguments et se remit à étudier le terrain.
" Tu as pensé à l’approvisionnement en eau ?" Demanda-t-il tout à coup.
Hank renchérit. "Il y a un ruisseau à quelques centaines de mètres... Ou alors on pourrait peut-être creuser un puits."
Sully fronça les sourcils, en se replongeant dans ses pensées, puis il tourna son regard vers la route, en direction du château. "L'hôtel doit être environ à deux kilomètres d’ici... Nous pourrions essayer de creuser un puits... Mais il y a de fortes chances pour que nous tombions sur une source d’eau chaude..."
"Excellent pour se laver", plaisanta Hank.
"As-tu déjà essayé de la boire ? " interrogea Sully moqueur, "ça a vraiment très mauvais goût... "
Hank haussa les épaules.
"On peut toujours essayer de creuser pour trouver de l’eau froide... Si ça ne marche pas il faudra aller la pomper dans le ruisseau... J'aimerais que la pompe soit à l’intérieur de la maison, si cela fonctionne... Evidemment, s’il y a un puits il faudra le couvrir... Un petit enfant va jouer dans le coin. "
Sully observa le barman avec surprise. " J’ai l’impression que tu l’aimes bien la petite Samantha ? " Interrogea-t-il
"C’est une chouette gamine… Et elle en a vu des vertes et des pas mûres quand Myra était malade... Il est temps qu’elle prenne racine et qu’elle soit heureuse... Ça serait bien, n’est-ce pas ? " Lança-t-il d’un ton bourru.
Sully laissa échapper un demi-sourire, avant de répondre "c’est sûr..."
Il jeta un dernier coup d’œil sur le terrain.
"Je vais dessiner quelques plans, qu'en penses-tu ? Comme ça tu pourras me dire si tu veux des modifications... Et je pourrai me mettre au travail..." Lui proposa-t-il.
"Ouai, ça me va" répondit Hank avec un sourire.
"Tu sais, je vais sans doute te donner un coup de main... J'ai bien aimé le faire pour la maison de Matthew..."
"C’est sans problème pour moi... Tu fais du bon travail" déclara Sully avec sincérité, tout en commençant à regagner la route.
Hank le rattrapa et se mit à marcher à ses côtés. "Tu sais, que tu m'as étonné dernièrement, Sully" lui déclara-t-il inopinément.
"Pourquoi ? Parce que j’ai accepté de construire ta maison ? "
"Non... Tu m’avais dit que tu le ferais... Et je sais que tu ne reviens jamais sur ta parole... "
"Alors quoi ?" demanda de nouveau Sully, en saisissant les rênes de son cheval.
"Cette affaire dans le Nord" répondit Hank. "Je n’aurais jamais pensé que tu puisses travailler avec l'armée... Surtout qu’il s’agissait de tuer quelques uns de ces sauvages ... Mais je suis content que tu l’ais fait..."
L’expression sur le visage de Sully se changea en pierre.
"Je n’ai pas eu le choix" articula-t-il sous le choc.
"Ouai... De tout manière, à chaque fois qu’un de ces hommes rouges y passe, moi ça me va," affirma Hank, en plaçant son pied dans l'étrier.
"Toi et moi, nous n’avons jamais été d’accord sur le problème indien " déclara Sully, de la colère dans la voix, en se hissant sur le dos de son cheval qu’il montait à cru.
"Le problème indien, c’est le terme exact ! " Railla le barman en s’installant à son tour sur sa selle. " Regarde ce qu’ils ont fait à cette femme, Madame O'Connell et à ses enfants... "
"Renard-Rouge et ses hommes étaient un problème... Mais ce n’est pas le cas des autres..." déclara Sully, en se retournant légèrement pour voir le visage de Hank qui haussa les épaules avec indifférence avant de répondre : " Il me semble qu’il n’en reste plus beaucoup… Et c'est comme ça que je les aime... "
"Comme je te l’ai dit, toi et moi, nous n’arriverons jamais à nous accorder sur ce sujet " affirma Sully en s'efforçant de garder son calme.
"Tu as raison sur ce point" approuva encore le barman.
Sully talonna son cheval : "Je fais ces plans et je reviens te voir !" Lui rappela-t-il d’un ton sec, alors que son cheval se lançait au galop.
Il ne se retourna pas.
Lui et Hank s’étaient déjà affrontés tant de fois au sujet des tribus indiennes, et en particulier à propos des Cheyennes.
A chaque fois, et encore aujourd’hui, il pensait que l’attitude extrémiste du barman pourrait peut-être s’assouplir un peu, mais ce dernier finissait toujours par tenir des propos aussi violents et sans concession.
Sur le court trajet de retour qui le menait jusqu’à la ville, Sully pour se calmer, tenta de mettre une distance autant physique que mentale entre lui et le barman.
Il s’efforça de ressentir le plus intensément possible la caresse du vent sur son visage et la puissance exaltante de son cheval entre ses jambes et de ne plus penser qu’à cela.
"Comment va-t-elle ? " demanda Michaela au Révérend sur le chemin de l’église.
Elle s’arrêta un bref instant pour soulever légèrement Katie qui somnolait dans ses bras, sous le soleil d’été.
Les quelques jours de répit qui avaient suivi l’orage étaient terminés et la canicule semblait vouloir reprendre de plus belle.
Le Révérend haussa les épaules. " Il n’y a guère de changement en réalité… elle est bouleversée, mais elle essaye de le cacher… pour les enfants. "
Michaela soupira avant de commenter tristement : " Je n’ose pas imaginer ce qu’on doit ressentir après avoir perdu son mari et son fils… si rapidement… si violemment ! "
Les pas du Révérend se firent plus hésitants. "Je pensais pourtant que cela vous serait plus facile qu’à d’autres personnes." dit-il doucement.
Michaela tourna son regard vers lui. " Peut-être avez-vous raison ", reconnu-t-elle à voix basse, "mais Sully est revenu… Cela n’arrivera pas pour Madame O’Connell ! "
Elle serra Katie un peu plus fort contre sa poitrine. " Mais je connais bien les sentiments d’impuissance… et de désespoir… " Avoua-t-elle dans un souffle.
Le Révérend posa délicatement sa main sur son bras. " J’en suis conscient " lui dit-il d’une voix sincère et compatissante : " Je ne voulais pas vous rappeler ces douloureux souvenirs. "
"Ce n’est rien, Révérend… mais j’ai beau essayer d’oublier… Je ne pense pas que j’y parviendrai un jour… Je peux juste remercier Dieu d’avoir encore Sully à mes côtés, aujourd’hui. "
" Comment s’en sort-il avec ce qui c’est passé avec Renard-Rouge et ses hommes ? "
" Pas très bien… Quelque part, il ne pense que tout est de sa faute. "
Le Révérend acquiesça. " Je n’en suis pas surpris… mais nous devons arriver à le convaincre du contraire, le persuader qu’il a agit comme il devait le faire en prenant cette décision. "
"Je pense qu’il le sait au fond de lui… Mais il a noué des liens si étroits avec les Cheyennes "
Il y eu un temps de silence durant lequel ils traversèrent le pont qui franchissait le petit ruisseau, puis Michaela s’informa, inquiète du sort de l’enfant : " Et la petite May ? Comment va-t-elle ? "
"Je ne l’ai toujours pas entendue prononcer un traitre mot " répondit le Révérend. "Je sais toujours quand elle est là et je voudrais vraiment qu’elle dise quelque chose… Je saurais alors si elle a réussi à surmonter tout ce qui s’est passé."
Michaela soupira.
Il était toujours si frustrant de savoir qu’un enfant souffrait sans être en mesure de lui venir en aide.
Ses pensées furent brusquement interrompues par Katie qui demandait impatiemment : " C’est quoi, maman ? "
"C’est quoi, quoi ? Mon cœur ?" répondit Michaela.
"Je pense qu’elle veut parler de la musique qui provient de l’église" fit remarquer le Révérend avec un sourire à la fois émerveillé et incrédule. "
Michaela tendit à son tour l’oreille pour percevoir une mélodie douce et harmonieuse visiblement interprétée avec tallent.
"Je n’ai plus entendu quelqu’un jouer aussi bien du piano depuis que votre oncle Teddy était descendu en ville " commenta-t-il en accélérant le pas et en entraînant Michaela à sa suite. " Je me demande qui ça peut-être ? "
Alors qu’ils pénétraient tous les trois à l’intérieur de l’église, Faith O’Connell bondit de la banquette du piano où elle était assise, visiblement mortifiée.
" Je… Je m’excuse, Révérend… Je sais que je n’aurais pas dû… Mais... ", Bredouilla-t-elle, "je… Je n’ai pas pu résister… S’il vous plaît… Pardonnez-moi."
Timothy leva la main pour mettre un terme à ses excuses embarrassantes.
"Il n’y a aucune raison de vous sentir en faute… " Lui dit-il en souriant, " ce piano sert si rarement… Et c’est merveilleux d’entendre quelqu’un en jouer aussi bien. "
"Mais, je n’aurais pas dû ", reprit Faith, bêtement, en se laissant retomber sur la banquette, "je n’en avais pas le droit. "
"Ceux qui sont capables de jouer du piano aussi merveilleusement bien, ont tous les droits... " Argumenta le Révérend pour essayer de la rassurer, " aussi longtemps que vous ne donnez pas un concert… "
Elle se mit à rougir malgré le fait qu’elle savait qu’il ne pouvait pas la voir.
"Où avez-vous appris à jouer comme ça, Madame O’Connell ? ", demanda Michaela curieuse.
Faith laissa ses doigts parcourir le clavier, caressant délicatement les touches en ivoires.
"Mon père était Irlandais… Il était tout le temps d’humeur joyeuse et chantait sans cesse " dit-elle, pour une fois encline à la conversation. " Il y avait toujours de la musique à la maison… Il jouait de plusieurs instruments et il m’a appris à jouer du piano dès que j’ai pu atteindre les touches… J’espérais pouvoir faire de même avec mes enfants", elle s’interrompit et ses yeux se remplirent de larmes. " Peter m’avait promis que nous en achèterions un dès que nous le pourrions… " Reprit-elle à voix basse, " nous avons toujours eu un piano à la maison, mais nous avons dû le vendre lorsque nous sommes partis pour nous installer dans l’Ouest. "
Douglas, qui était assis sagement sur un banc derrière elle, se leva et vint passer ses bras autour des épaules de sa mère pour la réconforter, tandis que la petite May se rapprochant de Révérend alla placer sa petite main dans la sienne sans aucune hésitation.
Il la saisit aussitôt avant d’offrir d’une voix sincère : " Il faut que vous appreniez à jouer aux enfants sur ce piano… Aussi longtemps que vous resterez ici… C’est merveilleux de penser qu’on va enfin pouvoir faire bon usage de cet instrument… "
Faith secoua la tête.
" Non…, Je ne peux pas faire ça ! " protesta-t-elle. " Ce ne serait pas bien…. J’aurais l’impression de profiter de la situation."
"Mais il le faut " insista le Révérend.
Elle secoua de nouveau la tête négativement.
"Peut-être que d’autres parents en ville souhaiteraient que leurs enfants apprennent à en jouer Madame O’Connell… Vous pourriez leur apprendre… " Suggéra Michaela timidement, sans savoir qu’elle allait-être la réaction de la veuve.
"Quelle merveilleuse idée " s’exclama Timothy. "Je l’ai fait moi-même… Avant de perdre la vue… Vous nous feriez une immense faveur… A moi... Et aux habitants de la ville… En acceptant. "
Elle était sur le point de rejeter cette proposition, mais son attitude inflexible était sur le point de vaciller en écoutant les arguments de l’homme d’église. Ses yeux scrutèrent le visage du Révérend, pour avoir l’assurance que cette suggestion était vraiment faites sans arrière pensée. Avant qu’elle ne puisse répondre, il lui déclara encore avec sincérité.
"Vous n’êtes pas obligée de prendre une décision maintenant… Mais cela résoudrait certains problèmes…. Pour nous deux… S’il vous plaît… Prenez le temps d’y réfléchir. "
Elle soupira avant d’acquiescer, puis se souvenant qu’il ne pouvait pas la voir, lui répondit calmement : " Je vous promets d’y penser… "
Il sourit, satisfait pour le moment.
Puis à sa grande surprise, il s’approcha du banc le plus proche et s’y assit, invitant Michaela à faire de même.
" En attendant, peut-être pourriez vous jouer quelque chose pour nous ? Cela nous ferait très plaisir de vous entendre ! " Dit-il avec douceur.
Elle hésita de nouveau, mais finit par se retourner en direction du piano. "Juste un peu, alors ! " Articula-t-elle si doucement qu’ils eurent du mal à l’entendre.
Michaela observa et écouta Madame O’Connell avec attention, pendant que celle-ci jouait un petit air irlandais, faisant de nouveau chanter l’instrument.
Elle n’avait aucune partition devant elle, mais ne fit néanmoins aucune fausse note, tandis que ses doigts courraient agilement sur le clavier.
Cette femme avait un don certain pour la musique.
Elle observa à son tour le Révérend, assis à ses côtés, la petites May installée sur un de ses genoux, pendant que ses bras était enroulés autour de sa taille.
Répondant à la demande pressante de Katie qui tirait sur le tissu de son pantalon, il la souleva à son tour et l’installa sur le genou libre qui lui restait.
A cet instant précis, il semblait tellement heureux !
Elle savait combien il aimait les enfants.
Il l’avait prouvé à de nombreuses reprises, et à l’évidence, la présence des deux enfants O’Connell et la confiance qu’ils avaient placée en lui, le comblait de joie.
Une vague idée germa soudain dans son esprit qu’elle repoussa aussitôt.
Cette même idée lui était venue en tête plus d’une fois par le passé sans jamais avoir la chance de se concrétiser.
*****
Michaela attendit Sully au pied des escaliers et lorsqu'il arriva sur la dernière marche, elle lui sourit et lui indiqua d’un signe de tête de jeter un coup d'œil sur leurs deux plus jeunes enfants, occupés à jouer devant le foyer éteint de la cheminée.
Sully sourit avec délice en entendant William pousser des cris de joie et en l’observant jouer à une sorte de jeux de cache-cache avec sa sœur.
Katie cachait son visage dans ses mains et à chaque fois qu’elle les abaissait en lui faisant une grimace, William éclatait de nouveau de rire en battant l’air de ses petites mains potelées et en les tendant dans sa direction.
Elle se reculait aussitôt et couvrait de nouveau son visage.
Ils semblaient ne jamais vouloir se lasser de ce jeu répétitif.
"Ne sont-ils pas merveilleux, Sully ?" murmura Michaela en s’appuyant contre lui.
"Hum, hum, " lui assura-t-il doucement.
"Je me sens tellement bénie, Sully, que parfois je me dit que tout cela est trop beau pour être vrai ! Pas toi ? "
"Rassure-toi, ils sont bien réels ! ", lui répondit-il en l’embrassant.
"Le seul inconvénient, c’est qu’ils grandissent trop vite... " Fit-elle remarquer.
Il l’embrassa amoureusement sur le front.
"Mais nous avons encore tant de chose à apprendre d’eux... C’est si drôle et merveilleux de les voir découvrir le monde et apprendre de leur côté… "
Elle acquiesça, puis laissant reposer sa tête contre sa poitrine, elle enroula ses bras autour de sa taille.
"Je crois que je devrais songer à aller préparer le souper " dit-elle au bout d’un instant avec un soupçon de regret dans la voix à l’idée de devoir quitter l’étreinte de ses bras protecteurs.
"Je vais te donner un coup de main " lui offrit-il immédiatement.
Elle lui sourit avec gratitude et ils se dirigèrent conjointement vers la cuisine.
Comme ils passaient devant les fenêtres de la pièce à vivre, Sully s'arrêta soudain. "On dirait que quelqu’un arrive… Un cavalier…" annonça-t-il en se dirigeant vers la porte.
"C’est Dorothy " renchérit Michaela qui s’était précipité derrière lui pendant qu’il ouvrait la porte.
Ensemble ils observèrent leur amie descendre de cheval et monter quatre à quatre les quelques marches qui menaient en haut de la galerie.
Il était facile de deviner, en observant l’expression sur son visage, que quelque chose n’allait pas.
Michaela fit un pas à sa rencontre. " Quelque chose ne va pas ? " demanda-t-elle immédiatement.
Dorothy s'arrêta et ses yeux rencontrèrent ceux de son amie.
"En vérité, c'est... Je n’en sais trop rien" dit-elle d’un ton plaintif.
Michaela et Sully s’écartèrent légèrement afin qu'elle puisse entrer dans la maison et tous trois s’assirent à la table de salle à manger.
"C’est... C’est Nuage-Dansant... " Commença-t-elle.
"Il est souffrant ?" demanda immédiatement Michaela. "C’est sa jambe ? "
Dorothy secoua la tête négativement en essayant de retenir les larmes qui menaçaient de déborder de ses yeux humides.
"Il est peut-être malade, Michaela... Mais cela n’a rien avoir avec sa jambe... "
Sully, qui regardait leur amie avec anxiété, s’exclama impatiemment : " Moi et Michaela nous vous suivons tout de suite jusque là-bas... "
Dorothy secoue sa tête. "Non... Ce n’est pas urgent, pas maintenant... Il ne sait pas que vous êtes au courant…"
Michaela comme Sully froncèrent les sourcils, décontenancés.
"Peut-être pourriez-vous nous expliquer tout cela un peu mieux, Dorothy ?" l’encouragea Michaela.
La journaliste pris une profonde inspiration avant de se lancer : "Je reviens juste de Palmer Creek..., Il ne sait pas que je suis là… J’ai prétendu que je devais rédiger un article pour la Gazette, ce soir.... Pour venir vous voir. Il ne voulait pas que je vous prévienne... Pour ne pas vous inquiéter... "
"Pourquoi ça ?" Demanda Sully, perplexe.
Elle haussa les épaules.
" Je n’en sais rien… Et je ne sais pas non plus ce qu’il a... A certains moments il est brûlant de fièvre et l’instant d’après il n’en a plus. "
"De la fièvre ?!" reprit Michaela avec inquiétude.
"Je ne l’ai jamais vu si... Si... Oh... Je ne sais pas comment vous expliquer...", Gémit Dorothy, " il continue à me dire de ne pas m’inquiéter... Mais..."
"Vous ne pouvez pas vous en empêcher" conclu Michaela.
Dorothy approuva : "Que dois-je faire, Michaela ?" Lui demanda-t-elle suppliante. "Il ne veut pas que je m’en mêle... Il ne sera pas content de savoir que je suis venue ici... Mais je ne pourrai jamais me pardonner, si quoique ce soit de grave lui arrive... Et que je n’ai rien fait pour l’éviter. "
Michaela se pencha au-dessus de la table pour placer sa main sur celle de son ami et tenter de la réconforter.
"Vous avez bien fait de venir " lui dit-elle avec franchise. " Nous irons là-bas, à la première heure demain matin... "
"Mais, Michaela ? " Intervint Sully, évidemment très préoccupé pour son frère.
"Je pense que Dorothy serait en mesure de nous le dire si c’était un cas de vie ou de mort, Sully... Et Nuage-Dansant lui a expressément demandé de ne pas venir ici... Nous allons aller là-bas dans la matinée... Nous emmènerons les enfants avec nous... Comme s’il s’agissait d’une simple visite... Et nous tenterons de découvrir ce qui ne va pas... D’accord? "
Sully fit la grimace, puis soupira, résigné, tandis que Dorothy lui adressait un regard implorant.
"Va pour demain, alors" finit-il par approuver.
Mais, il n’aurait pas l’esprit tranquille tant qu’il ne serait pas fixé sur le sort de son frère et que Michaela ne l’aurait pas rassuré sur la santé de ce dernier.
Chapitre 14
Sully ne put s'empêcher de pousser un soupir de soulagement en arrêtant le charriot dans la clairière de Palmer Creek, le matin suivant.
A leur approche, Nuage-Dansant se leva maladroitement pour venir les saluer.
Sully était resté éveillé une bonne partie de la nuit précédente, étendu sur son lit, les yeux grands ouverts, inquiet pour l'avenir et la santé de son frère.
Quel que soit le mal mystérieux qui rongeait l'homme médecine, il priait pour que Michaela soit en mesure de le guérir.
Dorothy était restée chez eux jusque tard dans la soirée, déchirée entre l'amour qu'elle portait à son mari, son désir de garder sa confiance et son irrésistible envie d'intervenir pour lui venir en aide.
Elle était inquiète de savoir comment il allait réagir en apprenant qu'elle avait manœuvré derrière son dos mais elle était trop inquiète pour attendre sans rien faire.
Sully était tout à fait conscient qu'elle avait besoin d'être entourée d'amis qui puissent la comprendre et la soutenir dans cette douloureuse situation.
Quand il s'était réveillé ce matin là, peu après le lever du soleil, il avait eu du mal à contenir son impatience.
Il avait exprimé le désir de se rendre immédiatement à Palmer Creek mais Michaela avait insisté pour que leur visite ait l'air de ne pas avoir été planifiée et pour cette raison elle lui avait fait comprendre qu’il valait mieux qu'ils partent à une heure moins indue.
Mais toutes les précautions de Michaela furent néanmoins inutiles.
Le Cheyenne, claudiquant jusqu'au charriot, s'appuya sur l'encolure du cheval en passant sa main sous sa crinière "Dorothy est venue vous parler, n'est-ce pas ?" Dit-il calmement.
Les regards de Sully et Michaela se croisèrent rapidement avant que Sully ne prenne la parole "Hum, hum… Elle est inquiète à ton sujet !"
Alors que Sully soulevait Michaela pour l'aider à descendre du chariot, Nuage-Dansant commenta d'un ton maussade "Je lui ai pourtant dit que ce n'était rien !"
"Elle n'a pas l'air d'être de cet avis, Nuage-Dansant " répondit Michaela en attrapant William que lui tendait Sully.
"Quoi qu'il en soit, cela me fait plaisir de vous voir tous ici !" Précisa l'homme médecine en ébouriffant les boucles blondes des cheveux de Katie "Il n'y a aucune raison de vous inquiéter !"
Obéissant à un plan préétabli, Brian prit aussitôt en charge ses petits frère et sœur pendant que Sully et Michaela s'asseyaient aux côtés de Nuage-Dansant
"Dorothy m'a dit que vous aviez de la fièvre par intermittence !" s'enquit Michaela.
Le fier Cheyenne leva les yeux au ciel pour lui indiquer l'emplacement du soleil: "Il a fait très chaud… Ce n'est rien d'autre !"
"Je pense que Dorothy aurait fait la différence s'il ne s'agissait que de cela…" Fit remarquer Sully timidement
"Tout va bien… Je vais bien…" insista le Cheyenne, cette fois-ci d'un ton un peu plus ferme.
"Voulez-vous bien, au moins, me laisser vous examiner… Pour Dorothy?" Demanda humblement Michaela.
L'homme médecine fronça les sourcils avant d'observer ses amis l'un après l'autre, sondant leurs regards inquiets.
Il finit par acquiescer mais ne put s'empêcher d'ajouter "Je veux bien… Mais vous ne trouverez absolument rien !"
Michaela haussa légèrement les épaules en souriant avant de lui répondre simplement "merci" avec gratitude. Puis, se retournant vers son mari, elle lui suggéra "Peut-être pourrais-tu aller rejoindre Brian et les enfants… Ce ne sera pas long !"
Sully approuva, posa sa main sur son épaule quelques instants pour lui signifier qu'il lui faisait toute confiance puis il se dirigea vers la rivière où Brian était occupé à patauger avec les deux petits.
Loren arrivant au restaurant de Grace, jeta un coup d'œil à la ronde à la recherche d’un visage connu.
Il était un temps où il connaissait tout le monde à Colorado Springs mais avec l'afflux ininterrompu et massif de nouveaux émigrants, ce n'était plus le cas.
Il reconnu Jake assis à une table en compagnie de Teresa mais décida de ne pas les déranger.
Les vacances scolaires tiraient à leur fin et Jake n'allait plus avoir l'opportunité de déjeuner avec sa femme aussi souvent avant longtemps.
Il devait admettre que la maternité semblait convenir à la jeune-femme.
Elle était absolument épanouie.
Un peu plus loin, derrière eux, un peu à l'écart de la foule, se tenait Dorothy, seule à une table située à l'ombre de la grange.
Son teint clair et sa peau de rousse ne s'accommodaient guère du chaud soleil d'été et lorsqu'elle ne pouvait rester à l'ombre, elle s'assurait d'avoir toujours une ombrelle ou un chapeau pour s'en protéger.
Mais ce n'était visiblement pas la seule raison pour laquelle elle avait choisi de s’isoler à cette table un peu à l'écart.
La manière qu'elle avait de faire tourner sa tasse de café entre ses mains devant son visage, les deux coudes appuyés sur la table, lui en disait long sur son état d'esprit.
Elle semblait un peu ennuyée, voire inquiète.
Lui et Dorothy avait parcouru un bon bout de chemin ensemble depuis de longues années et il la connaissait assez pour savoir que quelque chose la tourmentait.
En fait, il l'avait même demandée en mariage à deux reprises et à présent, il était soulagé qu'elle ait répondu non à cette proposition.
Le peu de temps qu'il avait partagé avec Marjorie Quinn lui avait ouvert les yeux sur ce qu'était le véritable amour.
Il aimait toujours Dorothy, bien sûr, mais plus de la même manière que par le passé.
C'était une amie vraiment très chère à son cœur et il aurait fait n'importe quoi pour la voir heureuse.
Ne l'avait-il pas déjà prouvé en lui prêtant de l'argent pour faire fonctionner "La Gazette".
Bien sur cela avait été également une bonne affaire commerciale, il ne pouvait le nier, la vente des journaux augmentant chaque semaine avec l'afflux des nouveaux habitants.
Elle était toujours assise là, immobile et songeuse.
Il ajusta sa cravate et s'approcha de sa table.
"Bonjour Dorothy" dit-il avec un sourire "Puis-je me joindre à toi?"
Elle lui sourit à son tour "Bien sûr, je t'en prie Loren" lui répondit-elle aussitôt "Tu sais bien que tu n'as pas besoin de demander !"
Il hocha la tête en s’emparant aussitôt de la chaise située en face d’elle.
"Je n’ai pas eu la chance de te voir dernièrement…Tu es toujours si occupée… Ou sur les routes… " Commenta-t-il en levant bien haut sa tasse de café pour faire signe à Grace de venir les resservir.
"La Gazette est en pleine expansion, Loren. " Lui expliqua-t-elle. "Je suis vraiment très heureuse que Brian ait décidé de ne pas faire sa rentrée au collège cette année. Je ne sais pas comment je ferais sans lui à présent. "
Loren renchérit : " C’est vraiment un chouette gamin ! "
"Ça oui, tu peux le dire… Et il fera un excellent journaliste… Il réussit tout ce qu’il entreprend… Il est très doué… "
" Le journal nous manque beaucoup lorsque vous êtes tous les deux absents... " Fit remarquer Loren. "Comme pendant ce voyage, par exemple… "
Dorothy acquiesça.
Les circonstances de ce voyage n’avaient pas quitté son esprit un seul instant depuis leur retour.
La sérénité et le bonheur de leurs moments passés dans les territoires cheyennes contrastaient si cruellement avec l’attaque sauvage et brutale de la famille O’Connell.
Elle fut tirée de ses songes une fois de plus par l’épicier qui lui demanda soudain : " Nuage-Dansant était avec vous, n’est-ce pas ? "
Elle prit une profonde inspiration avant de lui répondre.
Loren était son plus ancien et plus cher ami et elle aurait tant voulu qu’il soit au courant de ses liens véritables avec l’Homme-Médecine.
Mais, elle n’était pas certaine de sa réaction et encore moins de sa capacité à tenir sa langue pour garder un tel secret.
" Nous y étions tous " expliqua-t-elle, sans s’engager d’avantage sur ce terrain délicat. " Sully, Michaela, les enfants, Nuages-Dansant et moi …. "
Loren interrogea encore : " Rude voyage ? "
"Pas tant que ça… On prend l’habitude d’être sur les pistes, au bout d’un moment."
"Je suppose que tu rapportes de la matière pour ton livre… "
"Je ne sais pas si je le terminerai un jour… Je n’ai plus le cœur à ça après avoir dû brûler le premier… " Répondit-elle avec tristesse.
Elle interrompit quelques instants son propos pendant que Grace déposait devant elle une assiette contenant une part de son fameux pain de viande.
"Mais tu as certainement beaucoup de choses à écrire… Après avoir vécu avec tous ces Indiens, là-bas… ! "
"Je ne crois pas que les gens veuillent lire quoi que ce soit sur ce sujet… Pas encore… Nuage-Dansant dit que les Blancs ne s’intéresseront aux Indiens que lorsqu’ils seront tous morts. "
Loren fronça les sourcils : "Ça ne lui ressemble pas ! " fit-il remarquer à voix basse.
"C’est comme ça qu’il voit les choses ces derniers temps" lui expliqua-t-elle tristement, puis elle se mordit les lèvres réalisant qu’elle en avait peut-être trop dit mais elle ne put s’empêcher d’ajouter, avec une note d’amertume dans la voix : "C’est ce que les gens veulent… les voir tous disparaître… Peu importe qu’ils n’aient rien fait de mal… "
" Hé… ! Hé… ! Tout le monde ne pense pas comme ça ! " Protesta Loren de manière inattendue.
Elle le regarda avec surprise : " Vraiment! Je ne t’ai pas toujours entendu dire ça ! "
"Pas ces derniers temps, en tout cas ?" Reprit-il. "Nuage-Dansant est un brave homme… Et je n’ai absolument rien contre lui… Et puis toutes ces choses qu’il apporte en dépôt au magasin… Et bien, les clients semblent y prendre goût. "
Dorothy se renversa sur sa chaise et le regarda avec consternation : " Te rends-tu seulement compte de ce que tu dis, Loren ? " le réprimanda-t-elle. " A t’entendre, Nuage-Dansant est utile pour ton petit commerce… Alors il peut rester… Mais tous les autres peuvent bien aller se faire pendre… "
Alors qu’il était sur le point de répliquer, elle reprit de plus belle : " Nous avons vécu avec eux, là-bas dans le Montana… Et je peux t’affirmer qu’ils sont comme toi et moi… Lorsqu’un de leurs enfants est malade… Ils pleurent et sont inquiets… Tout comme nous… Ils tombent amoureux et se marient… Tout comme nous… A chaque fois, ils essayent de survivre loin de leurs terres… Paisiblement… Jusqu’à ce que l’armée arrive de nouveau en leur laissant pour seul choix de plier bagage ou de se faire massacrer… Et alors ils sont complètement désemparés, Loren… Comme nous le serions dans une telle situation "
En prononçant ces derniers mots, elle sentit les larmes lui monter aux yeux. " Ce sont juste des gens comme nous… Comme toi… Comme moi… Peut-être qu’ils ne vivent pas tout à fait comme nous… Qu’ils croient au Grand Esprit au lieu de croire au Dieu que nous adorons dans nos églises… Mais ils ne veulent pas la guerre avec l’Homme Blanc… Ils veulent simplement continuer à vivre à leur manière, comme ils l’ont toujours fait depuis des générations… "
Elle s’essuya les yeux avec son mouchoir puis repoussa machinalement son pain de viande dans son assiette avec sa fourchette.
"Je n’ai pas voulu dire ça " bredouilla Loren abasourdit.
"Mais cela n’en était pas loin, n’est-ce pas ? " lui répondit-elle avec lassitude.
"Il y a pas mal de gens dans cette ville qui ont souffert à cause des Indiens, Dorothy… Ça, tu ne peux pas le nier… " Lui répondit-il.
"Non, je ne peux pas le nier… Mais j’aimerais que les gens se demandent pourquoi les Indiens ont agi de la sorte."
"Cela n’aidera pas Teresa…Ni Matthew… Ils ont perdu tout ce qu’ils possédaient quand les Indiens ont incendié leur maison… Hank a perdu une bonne partie de son saloon… Et même le Dr. Mike a souffert à cause d’eux. "
"Tu remarqueras que ni Matthew, ni Michaela ne leur en tiennent rigueur… Parce qu’ils ont compris pourquoi ils ont agi ainsi. "
"Et que fait tu de cette pauvre Madame O’Connell et des ses enfants… ? "
"C’était différent. "
"Et en quoi était-ce différent ? "
"Renard-Rouge était si en colère et tellement désireux de se venger qu’il avait pris goût à assassiner les Blancs, comme un loup enragé… C’est pourquoi Sully et Nuage-Dansant sont intervenus pour l’arrêter… "
Loren fronça les sourcils, songeur : " Oui… Les gens en ville en ont beaucoup parlé… Et moi-même j’ai été plutôt surpris… "
Dorothy repoussa son assiette loin d’elle, n’ayant plus aucun appétit pour son déjeuner.
"C’était probablement les deux seules personnes à pouvoir le convaincre de se rendre… Et cela leur était insupportable de le laisser tuer d’autres innocents. "
"Ça n’a vraiment pas du être facile pour eux ! " Murmura-t-il.
"Non, en effet… Ça a vraiment été très dur… Ils ont tous les deux énormément de mal à s’en remettre et à tourner la page… Et je me fais du souci pour eux. "
Le regard de Loren croisa un instant celui de son amie. " Nuage-Dansant compte beaucoup pour toi, hum ? " demanda-t-il sans détours.
Elle rougit et baisa les yeux vers la table pendant qu’il continuait.
"Je te connais, Dorothy… Mieux que personne, je pense… Tu ne te faisais pas tant de cheveux blancs pour les Indiens avant que tu commences à passer du temps avec Nuages-Dansant… Beaucoup de temps en réalité… "
Elle devint écarlate avant de réponde d’une toute petite voix. " C’est un homme vraiment spécial, Loren… "
"Je suis d’accord et c’est bien ce que je te disais tout à l’heure… " Renchérit-il
"Oui, parce qu’il fait marcher tes affaires ! "
"Ce n’est pas ce que je voulais dire… Ne change pas de conversation ! Il est évident qu’il représente beaucoup à tes yeux… Et ce petit manège dure depuis pas mal de temps, à présent."
Elle leva les yeux dans sa direction. " Qu’est-ce qui dure depuis pas mal de temps? " Lui demanda-t-elle innocemment.
Il haussa les épaules. " Je ne sais pas… Tu vas me le dire … "