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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 16.05.2013 à 22h45
Auteur : katido
Statut : Terminée
« Et si tout avait été différent ? 500 % Blass avec des pointes de Serenate et un peu de NJBC » katido
Cette fanfic compte déjà 191 paragraphes
Vendredi 19 octobre 2018 : 2h05
- Content de ton voyage ? demanda Blair, ses cheveux emmêlés restant dans le creux de l'épaule de l'homme de sa vie.
- Oui, et encore plus de mon retour, marmonna-t-il à son oreille.
Elle sourit, elle avait donné l'ordre à Arthur de l'informer dés que le jet aurait atterri sur le tarmac et de prendre son temps pour le trajet retour.
Ainsi, elle avait pu tout orchestrer pour son arrivée à la maison.
Elle réfléchit un instant à la manière de lui présenter la chose. Elle y avait pensé pendant toute la semaine de son absence mais n'avait toujours pas trouvé la manière appropriée d'aborder le sujet.
C'était un sujet plus que délicat et elle n'ignorait pas qu'elle devrait user de diplomatie et d'arguments constructifs pour contrer son à priori.
- Je suis invitée à la baby shower de Pénélope dans une quinzaine de jours, l'informa-t-elle sur son ton le plus innocent, qu'il reconnut immédiatement.
Elle sentit tous les muscles de son corps se raidir.
Ok ! Inutile de tergiverser, ils étaient revenus au point où ils avaient laissé la conversation la dernière fois.
- Chuck, soupira-t-elle en faisait sa petite moue.
- Blair, répondit-il déjà sur la défensive.
Il savait où ça allait inévitablement les mener.
- S'il te plaît, Blair. Je viens à peine de rentrer et je n'ai pas envie de me disputer.
- Moi non plus je ne veux pas me disputer, au contraire.
Elle roula sur le côté, de manière à poser sa joue sur son torse et passa un de ses bras autour de ses hanches.
- Je te promets que je respecterai scrupuleusement chaque recommandation médicale sans me plaindre et sans râler.
Il ne put réprimer un petit rire étranglé.
- Ok ! roula-t-elle des yeux au ciel. Je ferai de mon mieux en tout cas.
- Tu sais que le problème n'est pas là. Si jamais ...
Il entrelaça ses doigts aux siens.
- Je ne m'en remettrais pas si je devais te perdre, reprit-il d'une voix plus assurée. Et qu'est-ce que je ferais seul avec Henry ? Et avec cet autre bébé ? Je ne veux pas qu'ils finissent comme ...
- Toi, termina-t-elle pour lui.
Il acquiesça et elle resserra son étreinte autour de lui. Elle savait que l'expérience de la césarienne en urgence restait gravée dans sa mémoire et dans son cœur malgré le temps qui passait, ajouté au traumatisme de sa propre naissance, ou à ce que Bart lui en avait laissé croire.
Elle avait déjà abordé la question plusieurs fois avec lui, du bout des lèvres, puis de plus en plus explicitement au fur et à mesure que son désir de maternité se renforçait en elle.
Quand elle avait reçu le faire part et l'invitation pour célébrer la future venue du second enfant de son ancienne sous-fifre, mariée à un homme politique influent, elle avait eu l'impression de recevoir une gifle en plein visage. Et cela n'avait fait qu'accroître le vide qu'elle désirait combler dans ses entrailles.
- Aucun de vous ne me perdra ! affirma-t-elle. Tu as entendu ce qu'a dit le professeur Lockwood. Ça n'est pas forcément parce que ça m'est arrivé une fois que cela se reproduira pour les grossesses suivantes. Et on a toujours dit qu'on aurait plusieurs enfants.
Chuck ferma les paupières. Il aurait été plus qu'heureux d'accueillir un autre bébé, un frère ou une sœur pour Henry. C'était vrai qu'ils ne désiraient pas un enfant unique. Mais le risque était si grand, trop grand, son estomac se contractait à cette simple idée.
Cependant, il lui était de plus en plus difficile de lire la peine dans les prunelles noisette de Blair à chaque fois qu'ils croisaient une futur maman ou un nourrisson dans une poussette. Ce qui bien sûr, ne manquait pas dans l'entourage lorsqu'on avait soi-même un enfant de cinq ans qui fréquentait la maternelle, les terrains de sport junior et quasiment toutes les pleines de jeux de ce côté du parc.
Il n'ignorait pas qu'elle avait déjà évoqué cette situation hypothétique et prit ses dispositions avec Eléanor pour WD. Sa belle-mère avait subtilement aiguillé leurs derniers échanges en sa présence vers les lignes spéciales femme enceinte et bébé de sa création.
Le message était clair comme de l'eau de roche même si les deux codirectrices se contentaient de parler chiffon d'un air totalement dégagé et bien sûr, sans la moindre allusion aux désirs de son épouse.
Blair sentit une faiblesse dans son jeu et passa à l'attaque sans le moindre remord.
- Si tu venais avec moi chez notre éminent spécialiste, tu pourrais lui poser toutes les questions que tu souhaites et tu verrais qu'il n'y a pas le moindre danger pour moi. Les risques d'éclampsie ne se reproduisent pas automatiquement d'une grossesse à l'autre. Et puisque on a déjà été confronté à la situation, on sera deux fois plus vigilant et l'obstétricien que nous avons fait venir aussi.
Après le cauchemars de la dernière fois, Chuck avait fait fermé le cabinet du gynécologue qui avait suivi Blair. Le Docteur Bergman avait été obligé de quitter Manhattan pour pouvoir continuer à exercer car son mari l'avait carrément menacé de le faire rayer de l'ordre des médecins.
Elle avait ensuite été suivie par un professeur renommé fraîchement débarqué de l'Utah qui s'était installé bien volontiers dans l’État de New York et surtout dans l'Upper East Side, après y avoir été généreusement invité par le CEO de Bass industrie en personne qui se faisait fort de lui établir une clientèle en un simple claquement de doigts.
*****
Samedi 30 mars 2019 : 15h59
- Les alliances s'il vous plaît, requit le pasteur en se tournant vers le témoin du marié.
Ce dernier revint à la réalité, il n'avait même pas entendu la moitié de la cérémonie. Il sortit le boîtier de la poche de son pantalon et tendit les anneaux à son meilleur ami, se fustigeant intérieurement.
Mais, impuissant, son esprit s'évada à nouveau tandis que Nate prononçait ses vœux devant l'assemblée entière, ses yeux azur plongés dans ceux, humides d'émotion, de sa dulcinée.
Chuck nota à peine Lily qui essuyait une larme à la vue de sa petite fille unie pour le meilleur à Nathaniel Archibald.
Deux fois plus vigilant ! La bonne blague !
*****
Vendredi 29 mars 2019 : 17h54
Chuck sentit une goutte de sueur couler le long de sa colonne vertébrale. Il était totalement incapable de détacher ses pupilles de l'écran.
Blair agrippa sa main, le choc courant à travers son corps, mais il ne répondit pas à la pression de sa paume contre la sienne.
- Vous ... vous ... êtes certain ? questionna-t-elle pour la deuxième fois en adressant pratiquement un regard de supplication au professeur Lockwood.
Mais ce dernier hocha la tête pour la seconde fois en moins de cinq minutes. Il comprenait que la nouvelle bouleverse les parents. Ce n'était pas la première fois qu'il devait faire ce genre d'annonce.
- Tout à fait certain, reprit-il avec sérieux. Vous pouvez constater vous même qu'il y a deux poches et donc deux fœtus. Visiblement ce sont des monozygotes, plus communément appelé « vrais jumeaux » car on ne distingue qu'un seul placenta, mais à confirmer par la suite. Il faut souvent attendre l'accouchement, parfois même procéder à un test ADN, pour être réellement fixé. Sauf s'ils sont de sexes différents, bien entendu.
Le spécialiste connaissait l'histoire de son prédécesseur et il n'avait aucune intention de suivre ses traces. Aussi ne prenait-il pas ça à la légère. D'autant que la maman avait un historique de pré-éclampsie et d'hémorragie post-partum.
Il était donc évident que cette grossesse gémellaire devrait être suivie avec le plus grand soin et la plus grande prudence. Il avait d'ailleurs pris les devants sans rien savoir de l'état de la situation présente en fixant un sonogramme dés la grossesse confirmée par le laboratoire d'analyses et ce, avant la date prévue par la protocole officiel. Il en était fort aise à présent.
Les parents, eux, étaient complètement chamboulés par la nouvelle. Particulièrement le père.
Le médecin se remémora les discussions qu'ils avaient eues à plusieurs reprises concernant une nouvelle grossesse. Il avait parfaitement compris que la future maman était bien plus partante pour une nouvelle aventure que son mari, même si c'était sa vie à elle avait été mise en péril lors de la venue au monde par césarienne en urgence de leur fils de cinq ans.
Il avait rassuré le jeune père de son mieux, lui expliquant, qu'effectivement les complications auxquelles ils avaient dû faire face n'entraînaient pas une répercussion automatique, ni un plus grand pourcentage de risques sur les naissances suivantes.
Cependant, il était plus que probable que celles-ci se feraient de la même manière également mais ça n'auraient rien à voir avec les conditions de celle qu'ils avaient vécue précédemment car elle serait minutieusement prévue et pratiquée par ses soins.
- Maintenant, il est sûr à cent pour cent que nous procéderons par césarienne. Je programmerai celle-ci environs deux semaines avant le terme de la gestation, qui devrait tomber aux alentours du cinq octobre prochain selon les informations que j'ai ici, ce qui place l'intervention un peu avant fin septembre.
- Quoi ? se récria Chuck, parvenant enfin à décoller ses yeux de l'image de ses enfants pour les poser, brûlant de menaces, sur le professeur.
- Les jumeaux viennent naturellement prématurément, expliqua-t-il en tentant de ne pas se laisser impressionner au point d'en perdre son latin. Le corps des humains n'est pas spécialement conçu pour avoir plus d'un spécimen à la fois, même si cela ne pose aucun problème, précisa-t-il tout de suite. Votre femme est cependant fluette et petite, nous les garderons donc à l'intérieur le plus longtemps possible mais il faudra qu'elle respecte scrupuleusement mes recommandations.
Blair sentit son mari flancher à ses côtés et pria en silence pour qu'il ne s'effondre pas à cette nouvelle information.
Elle avait mis des mois à le convaincre d'avoir un autre bébé et voilà qu'ils devraient gérer d'autres conditions particulières.
Chuck carra la mâchoire et se cramponna aux phalanges de son épouse comme s'il la perdait déjà. Il n'aurait jamais dû accepter de retenter l'expérience. Elle avait bien failli en mourir la première fois. Il aurait dû lui tenir tête et ne pas prendre en considération son argumentaire et ses suppliques, ni écouter son propre désir d'être père à nouveau.
Il était juste si égoïste !
- Monsieur Bass, je peux vous assurer que je réduirai les risques au maximum et ...
- Vous aviez dit qu'il n'y aurait pas de risque ! tonna-t-il, furieux conte le spécialiste et contre lui-même pour avoir une nouvelle fois mis la vie de la femme qu'il aimait en danger.
- Et c'est le cas, c'est juste que je préfère utiliser le principe de précaution. Les grossesses gémellaires sont toujours un peu plus délicates que les autres, c'est tout. Votre épouse sera suivie selon un protocole très stricte que j'établirai moi-même. Vous m'avez fait confiance jusque ici et j'espère bien que vous continuerez.
- Je faisais aussi confiance au Docteur Bergman, lança-t-il avec hargne.
- Et c'est pour ça que vous vous êtes tournés vers moi. Je suis venu ici parce que vous m'y avez encouragé, ne l'oubliez pas.
Le jeune homme sembla méditer ses paroles quelques instants.
Le seul à blâmer était lui-même de toute façon.
- Est-ce qu'on peut entendre leurs cœurs ? questionna Blair dans l'espoir d'entendre vivre les fœtus qui grandissaient en elle et d'apaiser quelque peu la tension de Chuck par la même occasion.
- Bien sûr, accepta le spécialiste, trop heureux de pouvoir échapper au regard d'aigle du père des bébés.
Il tourna la molette et l'image disparue de l'écran pour laisser entendre leurs battements cardiaques.
Blair lutta contre les larmes qui lui montaient aux yeux. Elle pourrait entendre ce son des centaines de fois sans jamais s'en lasser. La main de son mari se relaxa un peu autour de la sienne et il se laissa également emporter par le rythme galopant qui attestait de l'existence de ses enfants.
Il ne pouvait plus faire marche arrière à présent. Il devrait juste s'appliquer à les protéger de son mieux. La seule chose dont il doutait, c'était d'en être réellement capable. Il savait qu'il y avait bien plus puissant que Chuck Bass ici bas et il ne pouvait qu'espérer qu'il ne perdrait aucun des êtres qu'il aimait déjà si fort.
*****
Samedi 30 mars 2019 : 16h16
- Vous pouvez embrasser la mariée, déclara le pasteur.
Nate s'exécuta sans se faire prier, sous les applaudissements de l'assemblée.
Chuck félicita chaleureusement son meilleur ami et sa sœur adoptive par une accolade.
Les jeunes mariés traversèrent la foule sous le riz qui pleuvait sur eux et rejoignirent la salle de balle du Palace, préparée pour l'événement sous la houlette de Madame Bass en personne.
Cette dernière glissa son bras sous celui de son mari pour emboîter le pas au couple du jour. Elle non plus ne parvenait pas tout à fait à garder la tête sur les épaules et regrettait amèrement de ne pas partager pleinement la joie de sa meilleure amie et la liesse générale.
Serena et Nate étaient fait l'un pour l'autre et méritaient amplement tout le bonheur du monde. Cependant, elle ne parvenait pas à laisser l'annonce de la veille bien au fond de son cerveau. Elle revenait constamment la titiller.
Bien évidemment, il était exclu de partager l'information avec qui que ce soit aujourd'hui. C'était le jour de S et N et de nul autre. Elle suivit donc l'homme qui faisait battre son cœur à la table d'honneur qu'ils partageaient avec les nouveaux mariés.
Chuck avait préparé un petit discours qu'il lirait tout à l'heure en l'honneur de l'heureux couple et qui retraçait un peu leur parcours depuis qu'ils se connaissaient. C'est à dire depuis toujours.
Le reste de la fête se déroula à la perfection. Le mariée valsa gracieusement avec son père et ses deux frères. Le marié fut presque ému aux larmes par les mots de son meilleur ami. Le repas était tout simplement divin et les vins, des plus grands crus, étaient de velours sur la langue.
Blair, pour sa part, resta à l'eau et au jus de fruit et s'aperçut très vite que son époux la couvait littéralement. C'est à peine s'il la fit danser. Elle connaissait parfaitement la raison qui le faisait agir de la sorte.
Ils quittèrent les lieux à peine après le départ de leurs amis pour leur lune de miel, Chuck prétextant qu'Henry était fatigué, ce que leur fils réfuta farouchement même si ses paupières s'alourdissaient.
Le garçonnet s'endormit sur les genoux de son père sur le trajet retour et il le porta dans son lit, se chargeant de le mettre en pyjama avant de le border soigneusement.
*****
Para 36
Dimanche 31 mars 2019 : 1h24
Chuck passa dans leur chambre et se dirigea vers la salle de bain après s'être débarrassé de son nœud papillon et avoir ouvert le col de sa chemise.
Blair soupira, installée dans leur lit. Il n'avait pratiquement pas ouvert la bouche depuis qu'ils avaient quitté le cabinet du professeur Lockwood. Ils avaient été accaparés chacun de leur côté, ce qui lui avait permis d'éviter toute discussion.
Il avait organisé une soirée d'enterrement de vie de garçon pour Nate tandis qu'elle profitait de massages et d'une pédicure, manucure et tout un tas d'autres soins qu'elle avait personnellement sélectionnés pour la future mariée.
Henry avait passé la nuit chez sa mère et Cyrus et Chuck était allé le récupérer dans la matinée. Il n'avait pas dû beaucoup dormir. Elle l'avait sentit grimpé dans leur lit et venir se recroqueviller autour d'elle sur le petit matin.
Blair, elle, s'était levée aux aurores pour vérifier que tout soit bien organisé comme elle l'avait prévu. Elle était la championne en ce domaine et S lui avait donné carte blanche. Le plus difficile avait été de négocier avec Anne et Lily mais depuis le temps, la brune savait comment les manœuvrer.
C'était plutôt ironique que celle qui planifiait toujours tout à la perfection se retrouve à chaque fois, complètement prise au dépourvu quand elle tombait enceinte, même quand c'était prémédité.
Le beau brun ténébreux qui lui faisait office de mari revint dans la pièce et s'assied sur le bord matelas, de son côté, en silence.
Il s'était enivré la veille, pour éviter de penser. Il était rentré tard, ou tôt, et avait rampé dans leur lit jusqu'à son corps endormi pour les serrer tout contre le sien. Mais dés son réveil, tout ça n'avait fait que tourner en rond dans son cerveau. Toute la journée, sans qu'il puisse rien n'y faire, alors qu'il aurait dû être à l'écoute et être heureux pour son meilleur ami. Au lieu de ça, il avait participé à la fête s'en y être vraiment.
Il avait passé son temps à observer sa femme et à anticiper le moindre de ses gestes. Elle était bien entendu en charge de l'orchestration de l'événement en tant que demoiselle d'honneur et Elle avait tenu à inspecter minutieusement chaque détail jusqu'à obtenir la perfection, comme elle le faisait pour tout le reste.
S'il avait pu l'empêcher de se démener toute la matinée, il l'aurait fait mais il était trop occupé avec Henry et bien trop tard pour changer quoi que ce soit à ce qui avait été préparé depuis des mois.
Sauf en ce qui concernait leur propre futur !
Elle passa un bras autour de sa taille et déposa un baiser sur son épaule. Elle savait pertinemment ce qui carburait dans sa cervelle. Il se reprochait à présent d'avoir accéder à sa demande insistante de faire un deuxième enfant.
Il s'accusait d'avoir été inconséquent et de la mettre en danger par sa faute quand il aurait dû camper sur sa position initiale, alors qu'elle avait l'intime conviction qu'il désirait être père à nouveau également.
Mais voilà, ses envies et ses rêves à lui étaient toujours relégués au second plan. Il faisait, sans exception, passer leurs besoins avant les siens. Et maintenant, il était écartelé entre la joie d'avoir d'autres enfants et la culpabilité des conséquences hypothétiques, le choc qu'ils soient deux et non un seul, ce qui allait demander un aménagement et une métamorphose spectaculaire de leur vie dans quelques mois et surtout, la peur de la perdre lors de la prochaine césarienne et de se retrouver seul pour les élever ou de perdre un des bébés.
Chuck ferma les paupières au contact de sa peau sur la sienne. Le temps de la discussion était arrivé et il n'avait plus d'échappatoire.
- Moi aussi, je suis un peu effrayée, dit-elle, son menton posé sur son trapèze. Mais personne ne s'en ira, ni moi, ni aucun des bébés non plus.
- Ne fais pas de promesse que tu n'es pas certaine de pouvoir tenir, murmura-t-il.
- Je me plierai à absolument tout ce que me dira le professeur. Je parlerai à ma mère dés demain pour assouplir mes heures à WD et je te promets que je m'allongerai au moins deux ou trois heures chaque jour. Ça, je peux le mettre en application. J'aurai un rendez-vous tous les mois pour une écho en 3D. Si jamais, il y avait le moindre doute quand à ma santé ou celle des bébés, il le verra tout de suite et on prendra les décisions qui s'imposent. Je ferai des prises de sang régulièrement et il surveillera ma tension de près. Si je dois rester allongée dans ce lit jusqu'à la césarienne alors soit, c'est ce que je ferai. Parce que je n'ai aucune intention de vous abandonner ici ou de faire le deuil d'un enfant supplémentaire.
Elle glissa son autre bras autour de son cou et il agrippa ses doigts.
- Je t'aime. Tout se passera au mieux. On va avoir trois enfants au lieu de deux, c'est juste une question d'organisation et ça, c'est ma spécialité, crâna-t-elle.
Il sourit faiblement. S'il y avait bien une personne qui pouvait le faire, c'était Blair Waldorf.
- Je crois aussi qu'on devrait retourner voir le Docteur Sherman, par simple précaution, ajouta-t-elle.
Elle se rendait compte qu'elle avait les mêmes craintes que lui, même si elle tentait de le cacher pour ne pas l'accabler d'avantage. Ces nouvelles vies étaient quelque chose de positif et elle refusait de laisser leur passé et leurs angoisses tout gâcher. Elle voulait savourer chaque moment de sa grossesse autant qu'elle le pourrait.
Il acquiesça, il pensait également que ce serait une bonne chose. Il avait le sentiment que sa tête allait exploser tellement tout ça tournoyait à l'intérieur et il ne pouvait pas se permettre de déraper maintenant. Blair et les bébés allaient avoir besoin qu'il soit présent à cent vingt pour cent, sans parler d'Henry.
Elle l'attira doucement sous la couette avec elle puis se lova contre lui. Il plaça sa main sur son ventre.
- Je vous aime, déclara-t-il comme il l'avait fait pour leur fils.
- Je sais, nous aussi on t'aime et on ne s'en ira nulle part, réaffirma-t-elle.
*****
Mardi 18 juin 2019 : 11h47
Bart frappa légèrement au chambranle de la porte communicante qui séparait le bureau de son fils du sien et pénétra dans la pièce en se raclant la gorge.
Il avait rarement été aussi nerveux, excepté il y a deux soirs.
Chuck releva la tête des documents qu'il inspectait et arqua un sourcil interrogateur.
- Un problème ? s'enquit-il.
Son père était rentré de Pékin dans le courant du week-end. Ils avaient remporté un nouveau marché et le coprésident de BI s'était rendu lui-même sur place pour sceller l'affaire tandis que lui-même restait ici pour s'occuper de la main courante.
Le big boss avait décidé de rendre leur « association » plus officielle au dernier anniversaire de son héritier. Il avait proposé le vote d'une modification du fauteuil directionnel aux membres du conseil d'administration qui, d'après ce que Chuck avait pu en conclure ensuite, avaient déjà été mis au parfum. Tout le monde était apparemment au courant, sauf lui.
C'était un cadeau et une preuve de confiance irrévocable de Bart envers son fils. Ils étaient à présent à pouvoir égal au sein de l'entreprise. La signature de Chuck valait celle de son paternel, ni plus, ni moins. Plus de chaperonnage ou de relecture des dossiers qu'il traitait même s'il était plus qu'évident qu'ils débattaient régulièrement des stratégies à adopter et des cibles à définir.
Chuck était d'ailleurs plutôt fier de lui, le projet de Toronto, qu'il avait porté sur ses épaules, se concrétisait et il avait, en prime, réussi à éviter de s'absenter plusieurs jours d'affilés. Il faisait des voyages fréquents vers le Canada mais rentrait tous les soirs. C'était très éreintant pour lui mais le principal restait qu'il ne passait pas une seule nuit loin de Blair et Henry, ni des jumelles.
Le professeur Lockwood leur avait confirmé le sexe à la dernière écho 3D de la maman, qui était aussi ronde qu'une montgolfière déjà. Chuck ne doutait pas qu'elle surveille son poids de près et soit à présent celle qui endurait le supplice de porter deux enfants à la fois dans son utérus. Cependant, elle ne s'en plaignait pas trop et il s'appliquait de son côté à la rassurer de son mieux quant à ses complexes de toujours.
Il savait aussi que c'était parce qu'elle était celle qui était l'instigatrice de cette grossesse en tout premier lieu et qu'elle ne voulait pas avoir l'air de le regretter. Ce qui était une chose impossible en réalité. Malgré tous les inconvénients physiques que cela comportait, cette grossesse était finalement bien plus facile et bien plus paisible que la première. Du moins, jusqu'à présent !
Elle connaissait déjà les vergetures et le corps qui gonfle et se déforme, ainsi que les détours par les pipi-rooms tous les quarts d'heure ou presque et s'y était déjà acclimatée une fois. Elle était également beaucoup plus sereine que pour Henry.
Elle avait, par ailleurs, promis de se plier à un protocole médical stricte et s'y tenait bien qu'il soit bien plus allégé que ce qui avait été planifié au départ. Elle n'avait pas d'hypertension, ni de maux de tête et les fœtus accusaient une croissance très raisonnable pour des jumelles compte tenu de la morphologie de Blair.
Il parvenait même à se rassurer lui-même. Bien entendu, les séances avec le psychiatre et les longues explications et contrôles en tous genres pratiqués par l'obstétricien n'y étaient pas étrangers. Néanmoins, il tenait à rester vigilent et le mot avait été passé à tout un chacun pour éviter de fatiguer la future maman de quelque manière que ce soit.
Eléanor avait engagé une nouvelle styliste tout droit sortie d'une des plus prestigieuses école de stylisme pour la seconder afin que sa fille puisse prester des demies journées et faire de longues siestes l'après-midi.
Il était convenu avec Harold qu'ils partiraient pour Lyon à la fin du mois afin de l'écarter de l'effervescence des podiums parisiens tout en laissant la possibilité à la jeune femme de ne pas être trop éloignée de la capitale française quand même, pendant que sa mère s'occuperait des derniers préparatifs de l'organisation de la semaine de la mode à venir.
Était-ce la raison qui amenait une telle mine sur le visage de son père ?
Y avait-il eu de nouveaux événements qui tendraient à l'empêcher de voyager avec sa famille ?
- Non, pas de problème, affirma Bart.
Le jeune homme se sentit soulagé.
- Je ... me demandais juste ...
Chuck fronça cette fois les sourcils.
Depuis quand son père hésitait-il en s'adressant à lui ?
- Si tu étais libre pour le déjeuner, termina ce dernier.
Comme s'il n'avait pas pris la peine de le vérifier au préalable auprès de Marge !
Bart observait son héritier et comprit que celui-ci n'était pas dupe.
Pourquoi était-il si nerveux devant son fils aussi ? Après tout, il n'y avait rien qu'il ne sache déjà et aucune raison qu'il refuse.
- J'ai demandé à ta mère de m'épouser, lâcha-t-il d'un coup, ne voyant pas d'autre manière de le formuler.
La diplomatie n'avait jamais été son point fort.
Un petit rictus ironique apparut aux coins des lèvres de Chuck à la manière adolescente dont se comportait son paternel.
- Et ? demanda-t-il, n'intégrant toujours pas pourquoi la discussion prenait une telle tournure.
Ses parents étaient en couple depuis longtemps à présent. Qu'y avait-il donc de si extraordinaire à cette demande en mariage ? Même si ça lui faisait bizarre et chaud au cœur en même temps. Ce n'était pas comme s'ils avaient besoin de son consentement.
- Ta mère a dit qu'elle accepterait seulement si tu nous donnais ta bénédiction, expliqua finalement Bart.
Chuck en resta coi.
Il s'était fortement rapproché de ses parents et principalement d’Ève, depuis la naissance d'Henry. Tout comme pour la chambre de leur aîné, elle avait proposé d'aider Blair pour la décoration de la future nursery et cette dernière avait répondu par l'affirmative, fidèle à sa promesse de se ménager.
Son épouse avait choisi un thème chic et soft, digne de ses petites princesses et futures reines de l'UES. Les tons rosé et chocolat mariés à des meubles blanc donnaient une atmosphère douce et tendre à la pièce. Elles avaient partagé l'espace en deux et en miroir afin que chacune des filles puisse avoir son propre espace au fur et à mesure qu'elles grandiraient.
Blair n'avait pas attendu la dernière minute cette fois. La crainte d'une fausse couche n'obnubilait plus ses pensées en permanence. En fait, elle tenait plutôt bien le coup et étonnamment, lui aussi.
Même lorsqu'ils étaient allés se recueillir à l'endroit de l'accident, il y a quelques jours, la chose lui avait semblé différente, moins ardue. Non que ce soit quelque chose de bénin, ce ne pourrait jamais l'être, mais c'était un fait qui appartenait désormais à leur passé et qu'ils pouvaient évoquer sans trop de heurts. A sa plus grande surprise, Blair avait été elle-même acheter les pivoines mauve symboliques, signe que pour elle aussi, le temps accomplissait finalement son œuvre.
Le plus difficile pour lui était de faire abstraction de ce qui s'était passé après la césarienne en urgence et il avait du mal à ne pas harceler littéralement le professeur Lockwood à toutes heures du jour et de la nuit. Heureusement, il travaillait là-dessus avec le thérapeute.
- Alors ? Qu'est-ce que tu en dis ? l'interpella son père. Elle nous attend au Beacon à 13h00.
- J'en dis que j'ai un faim de loup, railla son fils.
Il n'avait pas l'intention de lui donner sa réponse avant d'être assis en face de sa mère biologique. Bart pouvait bien mariner un peu.
L'homme au regard acier comprit qu'il ne tirerait rien de plus de son héritier jusqu'à ce qu'ils soient attablés au restaurant avec Ève.
Soit, ce n'était pas comme s'il avait le choix de toutes manières.
Et puis Chuck n'avait aucune raison d'être contre leur union, non ?
*****
Mardi 18 juin 2019 : 13h07
Ève observa les deux hommes entrer dans l'établissement et s'approcher de la table ou elle était déjà installée.
Elle sourit à leurs attitudes si similaires alors qu'ils étaient si dissemblables physiquement. Le même port de tête, le même regard franc et incisif bien que leurs iris soient d'une couleur différente, la même manière de carrer la mâchoire, le même esprit mathématique, la même approche rationnelle des éléments, la même aptitude à négocier avec férocité, les mêmes verbes acerbes ... et la même capacité à enfouir leurs sentiments si profondément en eux.
- Chuck, sourit-elle à leur fils.
- Ève, la salua-t-il en retour.
Elle avait renoncé à ce qu'il l'appelle jamais « maman », ce titre était réservé exclusivement à Lily, parfois. Elle n'avait aucunement le droit d'y prétendre et ne le revendiquait en aucune manière. Elle était déjà plus qu'heureuse de faire pleinement partie de sa vie et de celle de sa famille.
Elle s'était finalement bien acclimatée à sa nouvelle vie new-yorkaise et ne retournait en Europe que lorsqu'elle y voyageait avec Bart. Elle s'absentait également de temps à autre pour passer un peu de temps avec sa sœur, toujours très occupées par son job à Washington.
Elle avait été comblée de joie quand leur fils lui avait demandé d'assister à nouveau Blair pour la décoration de la future chambre des jumelles. C'était une reconnaissance tacite de son affection pour elle et de la confiance qu'il lui témoignait dorénavant.
C'est la raison pour laquelle son approbation à son futur mariage avec son père était si importante à ses yeux. Elle ne voulait rien faire qui puisse lui faire perdre son fils à nouveau.
Ils l'embrassèrent sur la joue chacun leur tour mais tirèrent leurs chaises en même temps et s'assirent au même moment. Elle remarqua cependant que Bart était hyper tendu.
Le serveur apporta la carte et prit note de la commande des boissons et le jeune homme s'absorba dans la contemplation des plats proposés.
Bart, lui, bouillonnait intérieurement. Chuck connaissait le menu par cœur, c'était un de ses restaurants préférés, ce qui expliquait pourquoi il l'avait précisément choisi. Il jeta un œil à son rejeton et sut qu'il ne lui faciliterait pas la tâche.
Était-ce une sorte de test pour évaluer ce qu'il était prêt à faire par amour pour sa mère ?
Ou bien tout simplement une possibilité de prendre sa revanche sur lui pour toutes les erreurs qu'il avait commises lors de son éducation ?
Sans doute un peu des deux !
Très bien ! Si son fils voulait une preuve de son attachement à Ève, il l'aurait.
Il s'éclaircit la gorge et entra dans le vif du sujet, réitérant la raison de leur venue en cet endroit et la demande qu'il avait faite en rentrant de son voyage d'affaire à la seule femme qui ait jamais réellement fait battre son cœur.
Chuck croisa le regard noisette, si identique au sien et à celui d'Henry, de la femme brune assise en face de lui. Elle attendait véritablement qu'il lui donne son approbation à son union officielle avec son père.
- Je ne vois pas quelle raison j'aurais de m'y opposer. Il est évident que vous êtes fait l'un pour l'autre et que vous avez connu votre part d'épreuves. Je n'en serai pas une supplémentaire, que du contraire. Tu n'as jamais été aussi épanoui que depuis qu'elle est revenue à Manhattan, confia-t-il à son paternel.
Il avait assez d'expérience lui-même en matière de lutte contre le mauvais sort que pour leur compliquer l'existence.
Bart ne releva pas la remarque mais poussa un soupir de soulagement et s'empressa de sortir la bague de sa poche pour la passer au doigt de la femme de sa vie.
- J'ai une autre requête, indiqua Ève en reportant son regard sur leur fils après avoir admiré une fois encore le scintillement des diamants qui ornaient l'anneau d'or qui brillait à son annulaire gauche.
Le garçon revint avec les apéritifs commandés et interrompit momentanément la conversation.
- Est-ce que tu veux bien être celui qui me conduira jusqu'à l'autel ? demanda-t-elle ensuite au jeune homme.
Avoir son soutient était réellement d'une importance capitale pour elle. Elle avait pensé que si elle revenait un jour à Manhattan, ce serai pour l'homme qui avait su faire vibrer son cœur comme nul autre.
Cependant, depuis, elle avait appris qu'il y en avait bien un autre qui avait le pouvoir de faire battre son palpitant également.
Elle se croyait incapable d'être une mère à la hauteur mais depuis qu'elle s'était réinstallée dans l'UES, elle avait vu avec ravissement sa relation avec son fils se resserrer et elle n'imaginait plus aujourd'hui passer plus d'une semaine sans le voir ou l'entendre.
Sans même parler de son petit-fils et des bébés à venir. Elle avait également un lien solide avec Blair car elles avaient toutes deux à cœur le bien-être de Chuck. (le conseil de Lily avait été plus qu'avisé)
- J'en serai honoré, répondit-il.
L'émotion était soudain palpable dans sa voix et se répandait en lui comme une onde positive. Il venait de réaliser qu'il se trouvait attablé avec ses parents et qu'ils ne faisaient pas semblant quand ils disaient que son opinion était primordiale. Ils voulaient réellement être certains qu'il approuvait leur décision.
Il ne se souvenait pas avoir jamais compté à ce point ni pour Ève, ni pour Bart et c'était une sensation indéfinissable, celle qui lui avait tant manquée quand il était enfant. Cela ne pourrait jamais combler le manque mais le fait était que ça jetait un voile de douceur sur ses anciennes souffrances.
Il leva son verre et trinqua avec ses parents à leur future mariage et à leur futur bonheur.
*****
Para 37
Jeudi 19 septembre 2019 : 19h26
Ève s'avança dans le corridor qui menait à la terrasse du sixième étage de la maternité privée.
Son fils se tenait là, agrippé à la rambarde.
Chuck laissait son regard errer sur le petit parc qui jouxtait la clinique mais il ne voyait rien du paysage d'automne qui déployait ses couleurs jaunes orangées aux yeux des promeneurs émerveillés, pour peu qu'ils prennent la peine d'observer la nature qui s'offrait à eux. C'était un véritable été indien, l'air était doux et la tiédeur du jour encore palpable.
Le jeune homme, lui, était loin d'être emporté par la beauté du paysage ou de baigner dans la température ambiante. Il n'était nullement sensible au soleil qui couchait ses rayons derrières les arbres encore feuillus, qui reflétaient sa lumière à la manière d'une carte postale.
Sa mère posa doucement une main sur son épaule et frotta lentement le haut de son bras quand elle le sentit sursauter à son contact.
- Est-ce que ça va ? s'inquiéta-t-elle devant la pâleur de son visage.
Il le tourna vers elle une fraction de seconde et elle aperçut les tourments qui l'habitaient au fond de ses prunelles, même s'il lui faisait signe que tout allait bien.
Mais tout n'allait pas bien. Elle le sentait. Elle le voyait.
- Chuck, murmura-t-elle.
- Comment va-t-elle ? la coupa-t-il.
- Elle va bien, elle a demandé où tu étais.
- Dis lui que j'arrive. J'ai juste ... juste besoin d'une minute, répondit-il en se tournant à nouveau vers l'astre solaire qui disparaissait lentement derrière la cime des marronniers.
Cependant, Ève ne bougea pas. Elle resta planté là, la main sur son biceps, continuant à le réconforter de son mieux.
- Est-ce que tu veux que j'appelle Lily ? proposa-t-elle doucement.
La blonde saurait certainement quoi dire ou quoi faire pour lui apporter un peu de sérénité.
Chuck secoua la tête de droite et de gauche et à la plus grande surprise d’Ève posa ses phalanges sur les siennes.
- Je sais que c'est idiot ... Je sais pertinemment que tu n'es pas morte à ma naissance et ... Je sais que ce n'est pas la réalité. ... Mais une petite partie de moi ne peut s'empêcher d'y croire encore ... Et je ne sais pas comment faire pour la faire taire, sourit-il amèrement. Ce devrait être un des plus beaux jours de ma vie et au lieu de ça ... je suis terrorisé à l'idée ...
Il ferma les paupières, les mots refusaient de franchir sa trachée, refusaient de se former dans sa gorge trop serrée. Ils trébuchaient sur sa langue, butaient contre ses dents.
Ève l'attira doucement et le serra tout contre elle.
- Ce n'est pas idiot, affirma-t-elle un peu maladroitement. Pas quand on sait tout ce par quoi tu es passé. Pas quand on sait comment s'est déroulée la venue au monde d'Henry.
Elle savait qu'elle était la cause première de ce traumatisme, de cette angoisse qui ne pourrait jamais totalement disparaître. De ce trou béant dans son cœur d'enfant qui ne pourrait jamais complètement se refermer. Pas sans laisser une horrible cicatrice qui se rouvrirait à la moindre opportunité, qui ramènerait cette douleur qu'il portait toujours en lui.
Ni les années, ni les regrets ne pourraient l'effacer. Son inconscient avait appris à enfuir en lui sa culpabilité d'avoir ôter la vie de sa mère, d'avoir échangé sa vie contre la sienne. Et bien qu'il sache que ce n'était qu'un horrible mensonge, aujourd'hui. Une peur primale mettait son corps en alerte, l'exhortant à fuir le plus loin possible de cette situation de danger imminent, qui risquait de le blesser au plus profond de son être.
- Je devrait être celui sur qui elle se repose, se fustigea-t-il. Pas celui qui a besoin d'être rassuré. Elle devrait pouvoir compter sur moi. Mes enfants devraient pouvoir compter sur moi.
Il s'écarta un peu, juste à bout de bras. Une grimace de dégoût tordit ses traits l'espace d'une seconde et Ève savait que c'était lui-même qu'il blâmait intérieurement.
- Chuck, tu as bien failli la perdre lors de la première césarienne. Il est normal que tu appréhendes ce moment. Mais ça ne veut pas dire que tu sois faible ou qu'elle ne puisse pas se reposer sur toi. Et je sais que quand il le faudra, tu seras à ses côtés, peu importe tes propres fantômes. Tu les vaincras parce que tu es bien plus fort que tu ne le crois. Tu es un homme, un mari, un père exceptionnel. Blair et Henry ont de la chance de t'avoir dans leurs vies et ces petites filles aussi. Parce que tu ne laisseras rien ni personnes t'éloigner d'eux, pas même les démons qui tentent de te faire perdre pied.
Elle passa le revers de sa main sur sa joue tendrement.
- Et tu es aussi un fils exceptionnel, ajouta-t-elle. Aucun autre n'aurait trouvé la force de me pardonner et de m'accorder une autre chance. Mais, toi, tu l'as fait. Parce que, contrairement à ce que tu crois, tu as cette grandeur d'âme en toi, que peu d'entre nous peuvent se targuer d'avoir. Alors ne sois pas si dur avec toi-même.
- Ta mère à raison, résonna soudain la voix de Bart derrière eux.
Il s'approcha de quelques pas pour se retrouver face à son fils. Il n'avait pas imaginé une seconde le mal qu'il lui infligeait quand il avait décidé de faire croire à la mort d’Évelyne. Il voulait le protéger, lui éviter de souffrir comme lui-même avait souffert de l'abandon de sa propre mère. Mais il avait fait bien pire. Il avait instillé en lui une insécurité dont il ne pourrait jamais se libérer tout à fait.
- Tu es un homme bien meilleur que je ne le serais jamais. Tu as su ouvrir ton cœur et trouver le chemin du bonheur malgré ce que je t'ai appris. Je t'ai inculqué la solitude et la peur des autres et pourtant tu n'as pas hésité à tout miser, à tout risquer, pour celle que tu aimais. Et tu le feras encore aujourd'hui parce que tu es quelqu'un sur qui on peut s'appuyer dans la tempête. Tu tiens la barre même si la bourrasque souffle et amène avec elle le chaos et la panique.
Ève fit un pas de côté et il posa une main ferme sur l'épaule du jeune homme brun avant de continuer.
- Tu es mon fils et je suis fier d'être ton père. Je suis fier que tu sois un Bass, parce que, Dieu sait que notre lignée ne peut pas s’enorgueillir de beaucoup de grands hommes, mais si tes héritiers tiennent de toi, et c'est le cas pour sûr, alors on peut espérer que vous ferez oublier toutes les ignominies de vos aïeuls. Tu as su réhabiliter notre nom quand il n'y avait rien de moins évident. Tu peux marcher la tête haute, il suffit de te voir à l’œuvre avec Henry pour comprendre que tu lui apportes tout ce que je n'ai jamais été capable de t'apporter.
Chuck était soufflé par son discours. Jamais il n'avait même oser croire qu'il entendrait pareilles éloges sortir de la bouche du grand Bart Bass à son propos. Encore moins quand il s'agissait de famille et de sentiments.
Ce dernier l'enlaça tout à coup et le serra dans ses bras avec force. Ce n'était pas une accolade un peu gauche. Non, c'était une vraie et franche embrassade où son père mettait tout son cœur. Un témoignage de son affection profonde pour son fils, de son amour paternel et ce dernier le lui rendit sans honte et sans hésitation.
Il avait dû attendre presque trente ans pour y avoir droit.
- Tout ira bien cette fois. Il n'y aura aucune anicroche, tu verras, assura Bart.
Et sans bien comprendre comment, Chuck sentit sa crainte perdre du terrain face à sa raison et son courage.
- Ta femme a besoin de toi, indiqua l'homme au regard acier en le plongeant dans celui, noisette, de son descendant. Et ne t'inquiète pas pour Henry, on s'en occupe.
Le jeune homme acquiesça et regagna l'intérieur de l'immeuble pour se diriger vers la chambre de sa femme.
*****
Jeudi 19 septembre 2019 : 19h52
Quand il pénétra dans la pièce, Blair était occupée à inspecter le contenu du placard ou Dorota avait placé ses effets.
Elle se retourna et une vague de soulagement l'envahit à la vue de son époux.
- Désolé, j'ai été un peu long, s'excusa-t-il en passant un de ses bras dans son dos.
Il posa sa main droite sur le ventre de sa femme et caressa la peau distendue sous la chemise d'hôpital qu'elle avait revêtue avant d'enfiler son peignoir préféré. Celui qui portait des papillons brodés à hauteur de son sein gauche. Celui que Chuck lui avait offert comme ça, sans raison, comme il le faisait souvent.
Elle adorait quand il la surprenait avec des petits riens qui témoignaient simplement qu'il pensait à elle constamment au cours de la journée, même s'ils étaient souvent chacun très absorbés dans leur travail respectif.
Son mari trouvait toujours un moyen de lui faire savoir qu'il était toujours amoureux fou malgré le temps qui passait et les habitudes qui s'installaient.
- C'est toujours trop long quand je suis loin de tes bras, le titilla-t-elle.
Il l'attira plus à lui, malgré son bedon proéminent et l'embrassa tendrement, avec sensualité.
Un baiser qui la laissa à bout de souffle.
- C'était pourquoi ça ? questionna-t-elle, pantelante.
Elle avait été invivable toute la fin de sa grossesse, tout comme pour Henry et il avait toutes les raisons du monde d'avoir du ressentiment envers elle.
- Pour nous porter chance, affirma-t-il.
Elle plongea son regard dans le sien. Leurs cœurs battaient au même diapason.
- Pour nous porter chance, répéta-t-elle en posant encore ses lèvres sur les siennes.
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Vendredi 20 septembre 2019 : 8h08
Chuck réaffirma sa prise sur les phalanges de Blair, écoutant le rythme régulier, rassurant, des appareils médicaux autour d'eux.
Comme pour la césarienne en urgence, sa femme était reliée à tout un tas de machines.
Comme pour la césarienne en urgence, un champ était étendu à hauteur de son estomac, préservant les parents de la vue du sang et des viscères.
Comme pour la césarienne en urgence, l'obstétricien s'activait à délivrer le produit de leur amour de la chair de celle à qui appartenait son âme.
Comme lors de la naissance d'Henry, un cri déchira soudain l'air et des pleurs résonnèrent, annonçant l'arrivée de leur première fille. Bientôt suivi par un autre cri et d'autres pleurs qui pénétrèrent instantanément jusqu'aux cœurs de leurs parents.
Deux infirmières se chargèrent de récupérer les précieux colis l'un après l'autre.
Blair tendit le cou pour apercevoir leurs bébés.
- Vous voulez couper les cordons ? demanda le chirurgien.
Comme lors de la naissance d'Henry, Chuck sentit glisser les doigts de la belle brune d'entre les siens.
Un frisson de terreur emprisonna une seconde l'esprit du jeune papa avant de s'échapper le long de sa colonne.
Il retint son souffle quand leurs peaux se séparèrent et fit un pas qu'il espérait ferme. Il se saisit des ciseaux et rompit le lien qui unissait les femmes de sa vie entre elles.
- On vous les ramènent tout de suite, l'informa une des sages femmes en s'éloignant déjà avec une de ses princesses tout visqueuse et dégoulinante, imitée tout aussi rapidement par sa collègue.
Il sentit le sang pulser à ses tempes et regagna immédiatement sa place auprès de Blair.
Il attendit, le cœur battant.
Mais rien ne se passa.
Les machineries ne se mirent pas à hurler.
La jeune femme ne sombra pas dans l'inconscience.
Elle le regardait, une sourire immense atteignait ses yeux, dessiné sur son visage d'ange.
Elle réinséra sa paume dans la sienne et il respira à nouveau.
D'une pression, elle l'invita à se pencher sur elle.
Il pensa qu'elle voulait lui dire quelque chose comme elle tirait sur son masque chirurgical mais elle posa son autre main sur sa pommette et ôta l'élastique qui retenait le sien de derrière son oreille avant d'attirer son visage plus près pour l'embrasser voluptueusement.
- Pour continuer à nous porter chance, murmura-t-elle à un souffle de sa bouche quand elle libéra ses lèvres.
- Pour nous porter chance, sourit-il avant de goûter encore la peau rose et charnue qui formait à présent une petite moue par anticipation.
Derrière le champ opératoire, l'obstétricien sourit également sous son masque. Il terminait la dernière suture et le danger d'infection était plus que réduit de là où ils se trouvaient.
D'autre part, il n'avait aucune envie de réprimander le couple. Il se rappelait trop bien comment la première césarienne de la jeune femme s'était terminée même s'il n'était pas l'obstétricien qui l'avait accompagnée lors de la grossesse de leur fils.
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