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Après la pluie

Série : Gossip Girl (2007)
Création : 16.05.2013 à 22h45
Auteur : katido 
Statut : Terminée

« Et si tout avait été différent ? 500 % Blass avec des pointes de Serenate et un peu de NJBC » katido 

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Vendredi 20 septembre 2019 : 10h24

Henry Bass observait les adultes discrètement par dessus sa Nintendo dernier cri.

D'habitude, il s'absorbait dans le jeu sans se préoccuper de ce qui se passait autour de lui.

Mais aujourd'hui était un jour spécial.

Aujourd'hui était le jour où ses sœurs allaient débarquer dans sa vie et il n'était pas encore sûr de comment il devait prendre la chose.

D'après son papa, c'était une bonne chose. Un événement magique qui permettrait à leur famille de s'agrandir.

Sauf que lui la trouvait parfaite comme elle était  !

Il avait son papa et sa maman, Monkey qu'il s'amusait parfois à tourmenter un peu quand personne ne regardait, Dorota pour prendre soins d'eux tous et aussi tous ses grands-parents, sans oublié ses oncles et sa tante, ainsi qu'Aaron qui passait de temps en temps.

C'était déjà bien suffisant. Pourquoi fallait-il que ça change  ?

Quand son cousin Will était né, il avait dû apprendre à lui prêter ses jouets lors des repas de famille et aussi à partager l'attention de ses nombreux grands-parents et d'autres adultes qu'il ne connaissait que vaguement jusque là, les parents de son parrain, avaient rejoint régulièrement les grandes réunions familiales.

Il avait pu constater que les adultes agissaient parfois étrangement entre eux et encore plus bizarrement quand il était question de bébé.

C'est pourquoi, il préférait de loin quand il se retrouvait en plus petit comité. Mamily était alors toute à lui et il pouvait mieux apprécier les gaufres de Rufus. Il y avait moins de compétition du côté de Mamilor et Papyrus. Pas de problème non plus avec Mamiève et Papybart.

Jusqu'à maintenant  !

Henry attendait impatiemment la prochaine fois que son grand-père l'emmènerait voir du Hockey à la patinoire. Papybart lui avait expliqué les règles du jeu mais il ne les avaient pas toutes retenues.

La glace était un élément qu'il maîtrisait bien quand il avait lui-même des patins. Sa maman lui avait appris tout petit à glisser sur l'étendue blanche. Tous les ans, ils allaient au Rockefeller Center et ne rentraient que quand ils avaient le nez gelé, pour déguster un chocolat chaud avec les biscuits à la cannelle de Dorota. Délicieux  !

Sans doute que cette année, elle serait trop occupée avec les bébés. Il soupira. Les choses n'étaient pas au beau fixe avec sa maman en ce moment. Elle criait souvent parce qu'il faisait beaucoup de bêtises.

Comme quand il avait entreprit de faire un dessin sur le mur de la nouvelle chambre pour accueillir ses sœurs, avec les marqueurs indélébiles de toutes les couleurs qu'il avait empochés après les avoir trouvés dans le tiroir du bureau de Mamilor.

Elle avait été très en colère contre lui et avait vociféré pendant plus d'une heure tandis que Dorota s'escrimait à faire disparaître son message de bienvenue. Elle ne s'était calmée que quand son papa était rentré. Il avait toujours cet effet sur elle. Mais il avait été privé de dessert.

Elles n'étaient même pas encore là et il avait déjà été puni à cause d'elles  !

Heureusement, son papa était beaucoup moins fâché que sa maman et il avait tout de même pu l'accompagner au stade le lendemain après-midi. Là, au moins, il était en sécurité. Elles ne pourraient jamais venir jusque là.

Il aimait beaucoup quand ils étaient tous assis dans les gradins, entre hommes, tout en haut dans l'espace VIP, pour regarder un match de base-ball. C'était agréable quand tous les garçons de la famille - et uniquement les garçons  ! - étaient ensemble. Et il pouvait avoir des boissons sucrées avec des bulles. (Pas trop quand même)

Il se fit la réflexion que Will viendrait certainement bientôt avec eux vu qu'il devenait de plus en plus grand.

D'un autre côté, lui-même avait bien été invité à aller sur le nouveau bateau du Capitaine avec son parrain. C'était rigolo de voguer sur les flots, et la Nanna de son cousin était bien plus détendue que quand elle mangeait en face de Mamiève.

Du coin de l’œil, il vit Papyrol faire les cents pas et Pépérom poser une main sur son bras avant de lui prendre le gobelet qu'il avait dans les mains. Henry rigolait toujours quand ils écrivaient son prénom avec un «  i  » Il trouvait ça très classe, mais sa maîtresse le corrigeait à chaque fois qu'il l'inscrivait de cette manière au dos de ses dessins.

Le petit garçon adorait aussi quand ils prenaient l'avion pour aller leur dire bonjour. Ce qui n'arrivait pas assez souvent à son goût. Quand ils étaient en France, dans la maison du vin, son papa et sa maman travaillaient beaucoup moins et ils faisaient toujours de longues balades pendant lesquelles il chipait des grains de raisin sous les grandes feuilles.

Cette fois, c'étaient ses grand-pères qui avaient fait le voyage jusqu'à eux, rien que pour voir ses sœurs.

Son ami Jared en avait une et lui avait raconté des histoires à faire peur à propos de comment elle pleurait sans cesse et s'accaparait toujours toute l'attention. Lui allait en avoir deux, ce qui supposait deux fois plus de pleurs et deux fois moins d'amour pour lui.

Son parrain se laissa choir dans la chaise à côté de la sienne.

- A quel niveau tu en es  ? questionna-t-il, ses prunelles azur scrutant l'écran.

Henry baissa les yeux sur sa console. Il avait totalement perdu le fil de la partie. Il était mort depuis plusieurs minutes. Il appuya sur le bouton «  reset  » et se retrouva au début du niveau.

- C'est pas si terrible que ça d'avoir des sœurs, tenta Nate qui n'était pas dupe.

- Qu'est-ce que t'en sais  ? s'étonna son filleul. Tu n'as pas de sœur, si  ?

Si c'était le cas, le petit garçon n'en n'avait jamais entendu parler.

- Non mais, j'ai grandi avec ta maman et avec ta tante Serena et elles étaient un peu comme mes sœurs.

- Tu veux dire que je vais devoir me marier avec une d'elles  ? s'étrangla Henry en écarquillant les yeux.

- Quoi  ? Non  ! s'exclama le père de son cousin.

Son filleul poussa un soupir de soulagement.

- Ce que je veux dire, c'est qu'être enfant unique, c'est parfois un peu triste et que grandir avec des sœurs peut avoir certains avantages.

- Lesquels  ? voulu savoir le bonhomme haut comme trois pommes.

Nate se mordit la langue. C'était bien le fils de Blair et Chuck, pragmatique avant tout.

- Eh bien, voyons ... Quand elles seront plus grandes, elles inviteront leurs amies et ...

- Les filles, c'est ennuyant  ! affirma Henry. Il faut toujours faire attention à ce qu'on dit, à ce qu'on fait et être aux petits soins pour elles. Et même quand c'est elles qui ont tort, il faut quand même s'excuser.

Nate le dévisagea, un instant, coi devant l'argumentaire du petit homme de six ans.

Mais là encore, c'était le fils de Chuck et Blair.

- Oui, c'est vrai, reconnu finalement son parrain. Mais il n'y a pas que ça. Je suis sur qu'il y a plein d'autres avantages. Elles seront là pour jouer avec toi ...

- Et si je ne veux pas, moi  ? Et si elles cassent mes jouets  ?

- Ça pourrait arriver, admit encore le meilleur ami de son père. Tu sais quoi  ? Tu devrais demander à ton oncle Éric avant qu'il ne reparte pour Londres, il saura mieux t'expliquer que moi.

- C'est pour ça qu'il est amoureux d'un garçon, conclut Henry. Ça a dû être horrible de devoir attendre ma marraine pendant des heures à chaque fois qu'ils devaient aller quelque part. Si tu avais eu une sœur tu serais sûrement comme lui  ! Et mon papa aussi  !

Nate fut sauvé par Chuck qui passait la porte de la salle d'attente justement.

Toute l'attention du petit garçon se focalisa sur son père.

*****

 


katido  (25.06.2013 à 21:05)

 

Para 38

Vendredi 20 septembre 2019 : 10h31

Chuck pénétra dans la salle d'attente de la maternité privée.

Tous les yeux se tournèrent vers lui et Harold avança d'un pas.

- Tout s'est bien passé, affirma le père des jumelles. Blair est déjà dans sa chambre avec les filles.

Le père de la jeune femme sentit un poids s'envoler de sa poitrine.

- Magnifique, s'exclama Eléanor. On peut les voir  ?

- Laissez-nous encore une petite demi-heure, répondit Chuck, cherchant son fils de regard.

Le petit homme était à côté de son parrain. Il s'était levé en même temps que tous les autres.

- Henry, viens  ! l'appela son père en lui faisant un signe de la main.

Le garçonnet obéit et rejoint son paternel qui l'emmena le long d'un couloir qui n'en finissait pas. Ses jambes tremblaient un peu sous lui et son cerveau se préparait au pire.

Finalement, ils se stoppèrent devant un porte, blanche elle aussi, comme presque tout dans ce lieu.

Son papa poussa le panneau de bois et il le suivit dans la pièce.

Sa maman était allongée dans un lit et ses pieds refusèrent de le porter plus loin quand son papa lâcha sa main.

Blair sourit à son fils, réplique presque parfaite de Chuck en miniature.

Elle le vit hésiter et l'observer depuis le milieu de la pièce.

Henry sentait son petit cœur battre très fort.

Est-ce qu'elle était encore fâchée contre lui  pour toutes les bêtises qu'il avait faites dernièrement ?

Peut-être que maintenant qu'elle avait d'autre bébés, elle n'avait plus besoin de lui. Peut-être qu'elle ne voudrait plus qu'il revienne à la maison.

Il avait passé la nuit chez Papybart et Mamiève parce que ses parents devaient venir à la clinique la veille pour que le docteur sorte ses sœurs du ventre de sa maman tôt ce matin. Il n'avait toujours pas bien compris comment les bébés faisaient pour entrer là mais il s'était promis de ne plus manger aucun fruit avec des pépins sans l'avoir méticuleusement inspecté.

Il avait passé un bon moment, il aimait aller chez ses grands-parents, peu importe lesquels mais il n'avait aucune envie de s'installer ailleurs. Il voulait rester dans sa maison, avec son papa et sa maman, même s'il devrait y supporter la présence des bébés hurleurs.

Sa maman ouvrit ses bras et il courut jusqu'à elle.

Chuck le souleva dans les airs pour l'asseoir sur le bord du matelas et Blair l'enveloppa dans son embrase.

- Bonjour mon chat, tu m'as manqué, dit-elle d'une vois douce.

Henry se blottit tout contre elle et enfuit son petit nez dans son cou. Elle sentait toujours bon, il aimait l'odeur de ses cheveux.

Il avait une fois vidé toute la bouteille de son shampoing à elle dans son bain à lui pendant que Dorota avait le dos tourné et sa maman n'avait pas apprécié du tout  !

Mais elle ne semblait plus lui tenir rigueur de quoi que ce soit.

Il ferma les yeux et la laissa picorer son front de petits baisers.

- Tu t'es bien amusé chez papy Bart ? questionna-t-elle.

Il répondit par un signe de tête affirmatif.

- On a regarder un dessin animé et j'ai mangé plein de bonbons, l'informa-t-il.

Histoire qu'elle sache qu'il enfreignait les règles quand elle n'était pas là et qu'elle devrait le garder avec elle si elle voulait mieux le surveiller.

Cependant, elle ne le gronda pas pour avoir consommer du sucre si tard le soir.

- Je me suis bien brossé les dents, ajouta-t-il, changeant soudain d'avis.

Peut-être qu'elle serait plus clémente à son encontre si elle savait qu'il faisait de son mieux pour respecter les règles quand elle n'était pas là, au contraire.

Elle caressa sa joue et donna une petite tape sur son nez du bout de son index.

- Est-ce que tu veux voir tes sœurs  ? l'interrogea-t-elle.

Son cœur vacilla, prit entre la curiosité et les souvenirs des histoires de Jared.

Son papa n'attendit pas sa réponse et Henry se sentit à nouveau soulevé dans les airs avant d'être installé dans un fauteuil entre deux énormes oreillers que Chuck venait de disposer entre les accoudoirs.

- Tu te souviens de l'histoire d'Edgard et Églantine  ? demanda-t-il en s'agenouillant auprès de son fils.

La mémoire d'Henry revient à cette discussion qu'il avait eue après que son papa ait fini de lui lire son histoire un soir.

*****


katido  (26.06.2013 à 19:39)

 

Mardi 27 août 2019 : 19h50

- Pourquoi Edgard, il ne veut pas qu’Églantine sorte jouer avec Théodore ?

- Parce que l'orage peut éclater à tout moment. Et qu'Edgard veille sur Églantine puisqu'elle est sa sœur.

- Pourquoi  ?

- Parce que c'est le rôle des grands frères de prendre soin de leurs petites sœurs en toutes circonstances, surtout quand leurs parents ne sont pas là.

Henry acquiesça, pas vraiment convaincu.

- Tu veux voir à quoi elles ressemblent dans le ventre de maman  ? proposa son père.

Cette fois son fils opina franchement du bonnet.

Chuck se leva et alla jusqu'à l'étagère ou étaient bien alignés ses animaux de la jungle.

Le petit bonhomme aimait inventer des histoires d'expéditions et de chasses au trésor, depuis que son parrain avait apporté un vieux film, un jour où Léo, le fils de Dorota, avait été malade ce qui l'avait obligée à rester chez elle toute la journée au lieu de venir à sa maison.

En l'absence de sa nounou habituelle, il avait vu débarquer son tonton Nate en début d'après-midi parce sa maman avait un rendez-vous très important avec Mamilor auquel elle ne pouvait pas l'emmener et que son papa avait pris l'avion la veille au soir pour son travail.

C'était un homme avec un grand chapeau et un lasso qui échappait à toutes sortes de pièges et de dangers. «  Diana Jones  » Henry ne comprenait pas pourquoi le héros portait un nom de fille par contre.

Son père revint s'asseoir auprès de lui et lui montra deux autres livres avec des photos en noir et blanc. Il identifia l'écriture de sa maman sur les premières pages. Elle y avait aussi dessiné deux gros cœurs roses. Le gnome scruta les images avec attention et distingua les formes désignées par l'index paternel.

- On dirait des aliens, commenta-t-il sans pour autant décoller les yeux de la représentation de ses sœurs.

- C'est un peu vrai, admit Chuck en souriant. Tu veux voir à quoi, toi, tu ressemblais dans le ventre de maman  ?

Henry ouvrit des yeux comme des soucoupes quand il découvrit ses propres échographies.

- C'était moi ça  ? s'étonna-t-il dubitatif.

- Oui, c'est toi, confirma son père.

Il tourna quelques pages et s'arrêta sur une où s'étalait la photo de son premier né le lendemain de sa naissance.

- Hew, beurk  ! grinça le gamin en retroussant son nez à la manière de Blair. J'étais tout moche.

- Non, tu étais le plus beau bébé du monde, le contredit son père.

- Qu'est-ce que ça devait être les autres, alors  ?! rétorqua le gamin malicieux en roulant des yeux au ciel.

Chuck ne put se retenir d'éclater de rire.

- Hé, c'est Lapinou  ! s'exclama soudain son rejeton en remarquant la peluche, encore toute neuve, sur le bord du cliché.

Il agrippa agilement son meilleur ami et confident – après Monkey - qui lui tenait compagnie la nuit, assis à côté de son oreiller.

- C'est lui et il avait meilleur mine, constata le jeune père en inspectant le pauvre doudou qui n'avait plus ni ses formes, ni ses couleurs d'origine.

Henry l'enfouit prestement sous la couette avant que son père n'ait l'idée saugrenue de le faire passer à la machine à laver.

Il avait beau le dissimuler avec soin, Dorota ou sa mère finissait toujours par découvrir sa cachette secrète et il retrouvait Lapinou tout propre et sentant le savon.

Peut-être qu'il pourrait lui donner un bain lui même  ? Avec le shampoing de sa maman qui avait une odeur si délicieuse. Ou mieux, il le prendrait avec lui lors de sa prochaine plongée dans la baignoire. Il ferait ainsi d'une pierre deux coups.

*****


katido  (26.06.2013 à 19:41)

 

Vendredi 20 septembre 2019 : 10h43

- Tu te rappelles  ? redemanda Chuck accroupi devant son fils.

- Oui, répondit Henry.

- Bien, parce qu'il est temps d'endosser ton rôle de grand frère, expliqua son père en se levant.

Il s'éloigna en direction des petits lits non loin et souleva délicatement un des bébés pour le déposer dans les bras de sa maman.

Puis il recommença avec son autre sœur mais au lieu de la mettre sur le grand lit, il se pencha vers le petit homme, toujours assis dans le fauteuil entre deux gros oreillers et la plaça sur ses genoux, sa tête minuscule restant bien soutenue par la main de son papa.

- Écarte ton bras, commanda-t-il doucement.

Le bonhomme s'exécuta.

Son cœur battait encore plus vite que lorsqu'il était entré dans la chambre.

Lentement, précautionneusement, son papa retira ses doigts de sous la nuque de la petite poupée pour la laisser reposer dans le creux du coude de son fils, sur le coussin volumineux.

Henry n'osait presque pas respirer, de peur de faire un mouvement qui risquerait de la blesser. Les nourrissons étaient fragiles et ils avaient un trou dans leur crâne.

C'est ce qu'avait dit Dorota.

Il étudia le bébé mais ne vit aucun trou à travers les petits cheveux qui recouvraient son crâne. Il rencontra les pupilles de sa sœur qui le dévisageait, ses rétines percevant des couleurs et des formes floues. Elle battit des bras et des jambes et instinctivement, il resserra légèrement son emprise, posant une main sur son petit bedon pour ne pas qu'elle tombe.

Il comprit tout à coup pourquoi Edgard ne voulait pas qu’Églantine sorte dans la tempête. C'était ça, être un grand frère. Il ne pouvait pas l'expliquer avec des mots mais il le ressentait dans tout son corps, dans tout son cœur.

Il leva les yeux sur son père qui n'avait pas bougé d'un millimètre et qui lui fit un clin d’œil.

Sa fille était bien calée et ne risquait rien. Elle émit un gazouillement et il vit un sourire prendre possession des traits de son fils, laissant apparaître de petites fossettes sous ses pommettes.

- Elle s'appelle Lisa, l'informa-t-il.

Henry acquiesça puis reporta son attention sur sa sœur. Elle battit à nouveau des membres et les coins de sa bouche s'étirèrent vers le haut, ce qu'il prit pour un sourire, qui fit accroître le sien.

- Je suis Henry Bass, se présenta-t-il comme son papa le lui avait appris.

Il obtint un autre gazouillement, comme si le nourrisson lui répondait et sentit son cœur de grand frère gonfler d'orgueil dans sa poitrine.

- Elle m'aime bien, déclara-t-il, ébahi.

- Évidement, c'est ta sœur, énonça son père.

- Lisa, répéta le petit schtroumpf en couvant à nouveau du regard le nouveau-né.

Des chougnements se firent entendre et il releva la tête pour apercevoir sa mère bercer doucement son autre sœur.

Son père se releva avant de reprendre sa fille aînée dans ses bras et Henry en fut un peu déçu.

Mais il resta bien assis, engoncé dans son siège, tandis qu'il le vit échanger les bébés avec sa mère pour lui présenter à son tour la dernière arrivée dans la famille.

Son papa refit les mêmes gestes que précédemment et il prépara son bras sans même qu'il ait besoin de le lui dire.

- Voici Lola, annonça-t-il.

Elle était un peu plus petite que sa jumelle mais ses yeux étaient tout aussi avides de découvrir le monde qui l'entourait.

- Je suis Henry Bass, réitéra le gamin.

Le cœur de Blair fondait littéralement devant leur fils qui faisait connaissance avec ses sœurs.

Le nouveau-né gigota et jeta ses bras vers l'avant comme si elle voulait faire un câlin à son grand frère. Il prit sa menotte minuscule dans la sienne, qui paraissait soudain géante à côté de celle du bébé, et elle enroula légèrement ses phalanges autour de son pouce.

- Lola, prononça-t-il avec joie.

Ses craintes s'apaisaient doucement. Son parrain avait raison, il y avait des trucs bien à être un grand frère, il questionnerait son tonton Éric dés qu'il en aurait l'occasion.

*****


katido  (26.06.2013 à 19:43)

 

Vendredi 20 septembre 2019 : 10h56

Chuck revint au bout de ce qui semblait être des heures à Harold et Eléanor. Ils avaient bien compris pourquoi il leur avait demandé d'attendre encore.

Il voulait qu'Henry ait un moment rien qu'à lui avec les jumelles. Avant que tout le monde ne débarque et n'ait d'yeux que pour les nouvelles arrivées.

Le père de Blair trouvait cette idée judicieuse mais il n'en résultait pas moins qu'il rongeait son frein en attendant de voir sa Blairbear.

Les choses s'étaient bien passées et il en était soulagé mais il ne serait réellement rassuré que lorsqu'il verrait sa fille de visu.

A peine le jeune homme eut-il passé la porte de la salle d'attente qu'il fut assailli de questions en tout genre.

- Combien pèsent-elles  ?

- Quelle est l'heure exacte de leurs naissances  ?

- Combien mesurent-t-elles  ?

- Ont-elles beaucoup de cheveux  ?

Et celle qui tenait tout le monde en haleine.

- Comment s'appellent-elles  ?

Chuck leur sourit et répondit à chacune des questions tout en les emmenant en direction de la chambre de Blair.

- Deux kilos sept cent trente et deux kilos cinq cent quarante. 8h32 et 8h36. Cinquante deux et quarante neuf centimètres. Beaucoup moins que leur frère à sa naissance. Élisabeth Liliane Rose et Charlotte Évelyne Eléanor.

Les trois grands-mères eurent le sourire aux lèvres et le cœur qui palpite.

Elle pénétrèrent dans la chambre l'une à la suite de l'autre, suivies par leurs maris et ex-maris. Lorsque Cyrus passa auprès de celui de sa belle-fille, ce dernier répondit à sa question silencieuse par un regard complice.

Le petit homme chauve en avait perdu ses mots, il ne s'attendait pas à ça. Il n'avait pas besoin de ce témoignage pour savoir que Blair le considérait comme un second père mais le geste faisait déborder son cœur d'émotions.

Il enlaça la brunette qu'il considérait comme sa propre fille dés que sa femme l'eut embrassée et réclama encore une étreinte car «  une, ce n'est pas assez  » Elle rit et lui en donna chaleureusement une autre.

- Blairbear, s'exclama Harold juste derrière lui avant de l'enlacer à son tour.

- Alors, où sont ces petites merveilles  ? questionna Lily en se tournant vers les deux lits pédiatriques près desquels se tenait Henry, qui veillait attentivement sur ses sœurs pendant que son père était parti chercher le reste de la famille.

Il se redressa en apercevant son cousin, qui donnait la main à son parrain et ce dernier lui fit un clin d’œil, alors que sa marraine pénétrait dans la pièce la dernière, avec de gros ballons et un sac contenant des paquets cadeaux, dont un pour lui.

- Blair, s'attendrit la blonde en embrassant sa meilleure amie, laissant voltiger les licornes gonflées d'hélium au-dessus d'elles.

Chuck rencontra le regard de sa mère biologique, qui brillait un peu trop et lui fit un petit signe de tête auquel elle répondit identiquement, le cœur en liesse.

Bart passa un bras autour de la taille de son épouse et adressa également un signal de reconnaissance à leur fils.

Chacun s'extasia sur les petites princesses de quelques heures à peine et se les passèrent de bras en bras.

Quand vint le moment de la tétée suivante, les parents firent leurs adieux afin de laisser se reposer la maman et les bébés.

Chuck, lui, en profita pour descendre à la cafétéria avec son fils. Il lui permit même de prendre deux boules de glace pour fêter l'événement. Une pour chacune de ses sœurs.

- J'ai quelque chose pour toi, lui dit-il en sortant un petite boîte multicolore de sa poche, qu'il avait pris la précaution de glisser dans le sac maternité de Blair, la veille, avant de partir.

Henry s'empara de l'objet et l'ouvrit pour y découvrir un écrin de velours. Une chevalière à sa taille, presque identique à celle de son père était nichée à l'intérieur. Seuls les initiales gravées dessus différaient. Un H et un B s'entrecroisaient sur la partie plate mais elle était dépourvue de pierre précieuse.

Chuck avait fait ajouter à la sienne deux améthystes violettes, en sus des deux rubis que Blair avait déjà fait sertir quand elle la lui avait offerte. Il avait également fait adjoindre au bracelet d'argent de sa femme deux autres cœurs en or blanc.

Les yeux de son fils brillèrent de joie et d'excitation quand il sortit l'anneau pour le glisser fièrement à son petit doigt comme il avait si souvent vu son père le faire.

- Maintenant je suis tout comme toi, rit-il en regardant la bague briller à son annulaire gauche avant de reprendre une cuillerée de glace à la pistache.

Son père hocha la tête. Le bonheur qui s’étalait sur le visage de son fils faisait vibrer son cœur au même diapason.

Chuck Bass, assis au milieu d'un self service, devant un café tiède au goût de jus de chaussette et un sandwich au pain un peu rassis, était comblé en cet instant béni.

*****

 


katido  (26.06.2013 à 19:44)

 

Para 39

Lundi 23 septembre 2019 : 15h37

Dorota Kishlovsky sortit du taxi et s'engouffra dans le hall d'accueil de la maternité privée où Blair avait donné naissance à ses jumelles il y a deux jours.

Elle gagna rapidement la chambre de la jeune femme et frappa à la porte 882.

- Entrez, cria la jeune maman après avoir rattaché la bretelle de son soutien gorge d'allaitement.

Elle était exténuée. Un bébé c'était une chose, mais deux compliquaient le tout bien plus qu'elle ne l'avait prévu. Ça ne collait pas du tout avec le planning supposé.

Lola et Lisa se réveillaient en même temps, criaient famine simultanément et avaient besoin d'être changer au même moment. Heureusement que Chuck était là pour la seconder un peu, cependant il ne pouvait leur donner le sein et il s'occupait déjà d'Henry qui redoublait d'idées toutes plus farfelues les unes que les autres. Il semblait que l'imagination du galopin pour les bêtises soit sans limite.

Elle tentait de ne pas trop le blâmer car elle n'ignorait pas que cela dissimulait en fait un besoin d'attention provoqué par l'angoisse de la venue de ses petites sœurs. Le problème, c'est qu'elle manquait de temps et d'énergie pour se consacrer autant qu'elle aurait dû à son fils aîné.

Elle s'en voulait beaucoup de ses sautes d'humeurs et de sa propension à dramatiser, encore plus qu'à son habitude, les anicroches quotidiennes et somme toute mineures, quand elle y réfléchissait à tête reposée.

Et c'était bien le pire, une fois la tempête hormonale passée, elle se culpabilisait de son comportement excessif mais elle ne pouvait que regretter car elle ne pouvait effacer ce qui avait été fait. Son irritation n'en était que plus exacerbée et elle avait beau se promettre de mieux se contrôler la fois suivante, elle échouait lamentablement.

Le Docteur Sherman, qu'elle était allé consulté à nouveau après avoir découvert qu'elle attendait un nouvel enfant, et qui s'était finalement avérer être deux enfants, lui assurait qu'elle devait cesser d'être si dure avec elle-même et renoncer à atteindre la perfection.

Mais quand on s'appelait Blair Waldorf - Bass, la perfection était le minimum du minimum et elle savait qu'elle en était très loin.

La césarienne s'était très bien passée et elle ne pouvait que remercier Dieu pour ça. Chuck ne serait pas remis d'une épreuve similaire à la naissance d'Henry. Pas après tout ce qu'il avait déjà traversé.

Cependant, d'une certaine manière, c'était bien plus difficile cette fois pour elle car elle devait tout gérer. La dernière fois, elle s'était vue attachée à son lit par l'intermédiaire de fils et de tubes en tous genres, la reliant à des machines.

Les infirmière intervenaient dés que l’électrocardiogramme s'emballait et elle était sous surveillance constante. Chuck et sa mère s'étaient relayés nuit et jour pour qu'elle puisse garder le nouveau-né avec elle dans la chambre.

Cette fois, son mari devait rentré pour s'occuper de leur fils et ne pouvait rester là pour l'assister en permanence. Elle devait se lever malgré le tiraillement des points de sutures de la cicatrice pour atteindre ses filles lorsqu'elles manifestaient leurs besoins et avec la meilleure volonté du monde, elle ne pouvait les allaiter simultanément.

Maudit soit Chuck Bass  et ses spermatozoïdes prolifiques  ! Car elle était certaine que ce ne pouvait être que de sa seule responsabilité si sa fécondité était si prodigieuse à leur contact.

Elle ne pouvait pas non plus compter sur sa mère en ce moment. On était en plein fashion week et Eléanor devait déjà se charger de tout toute seule à WWD. Non pas que la styliste ne l'ait pas fait pendant des années mais les deux femmes avaient pris l'habitude de travailler en collaboration et elle ne doutait pas que sa mère soit un peu désorientée en son absence à présent. Raison supplémentaire de culpabiliser.

- Miss Blair, s'exclama son employée fidèle en passant le seuil de la chambre.

- DOROTA  ! s'écria la brunette.

Elle ne se souvenait pas avoir été si heureuse de la voir.

- Est-ce que tout va bien Miss Blair  ? s'inquiéta la Polonaise.

- Maintenant que tu es là, tout ira mieux, déclara sincèrement la maman des jumelles en redressant Lola contre elle pour lui faire faire son rôt.

Lisa se remit à pleurer depuis son lit pédiatrique, impatiente d'obtenir pitance elle aussi. Le leurre de la tututte marchait un temps limité et relativement court. Dorota se précipita pour la prendre dans ses bras.

- Deux bébés demandent au moins quatre bras, énonça la bonne avec évidence.

Elle souleva la petite fille délicatement et l'apporta à sa mère nourricière, se chargeant de faire digérer l'autre.

- Merci Dorota, soupira Blair. Chuck est allé récupéré Henry à l'école et je ne sais pas ...

Elle s'interrompit soudain, au bord des larmes, se sentant totalement dépassée et incapable d'être à la hauteur de la situation.

- Miss Blair, dit doucement sa fidèle amie et domestique en prenant sa main dans la sienne, vous êtes une mère exceptionnelle et il faut juste un peu de temps pour vous adapter. Vous êtes la reine de l'organisation, dans quelques jours, vous maîtriserez tout à la perfection.

La brunette sourit et essuya sa joue d'un revers de main avant de déclipser à nouveau le bonnet de son soutien gorge pour rassasié Lisa, qui protestait toujours contre l'intolérable attente.

- Maintenant Dorota est là, tout va rentrer dans l'ordre, ajouta la Polonaise avec un sourire confiant.

Elle s'éloigna pour changer Lola et s'extasia sur la beauté de la petite fée qui répondit à ses paroles par des gazouillements.

Une fois que Lisa eut terminé de boire, elle échangea les bébés et recommença avec cette dernière tandis que Blair berçait sa fille toute propre.

La brunette sentit son cœur s'alléger devant les grands yeux curieux du nouveau-né qui l'observait intensément.

Aucunes d'elles n'avaient le regard de Chuck ou le sien, mais elles avaient le nez et le menton de leur mère et le front de leur père, parfaitement identiques et confirmées monozygotes.

Le bébé tendit ses petits bras vers elle et elle vit sa fille lutter contre la fatigue. Ses paupières devenant de plus en plus lourdes, elle s'endormit bientôt dans ses bras alors que sa sœur faisait de même dans ceux de Dorota qui s'était installée dans le fauteuil à côté d'elle et fredonnait une berceuse polonaise que Blair connaissait bien.

La femme de chambre déposa précautionneusement Lisa dans son lit pédiatrique et la couvrit avant de venir chercher Lola pour l'installée également sur son matelas.

- Maintenant, Dorota veille au grain. Vous dormez aussi  ! commanda-t-elle en se rasseyant sur son siège et en sortant de son sac un bouquin à l'eau de rose dont elle raffolait.

La jeune maman obéit sans se faire prier et se perdit dans les songes moins de dix minutes plus tard en écoutant le doux murmure de la voix de sa fidèle domestique qui avait repris sa chansonnette.

*****


katido  (27.06.2013 à 20:14)

 

Mercredi 25 septembre 2019 : 20h28

Chuck Bass pénétra dans leur chambre, une serviette sur l'épaule et une autre autour de la taille.

Il essuya vigoureusement une dernière fois ses cheveux et jeta le tissu éponge dans le bac à linge qui se trouvait dans un coin de la pièce puis enfila un boxer et son pantalon de pyjama.

La dernière à l'avoir porté était Blair. Elle avait conservé le même schéma à chaque fois qu'elle avait été enceinte.

Bien qu'elle ait quantité de nuisettes et robes de nuit de grossesse toutes plus affriolantes les unes que les autres, du moins de son point de vue à lui, quand venait de moment de se laisser emporter par le sommeil, elle préférait se glisser dans ses pyjamas soyeux jusqu'à ce qu'ils soient trop étroits pour y faire entrer son bedon plein de la vie de leurs enfants.

Évidement pour les jumelles, elle n'avait pas mis très longtemps avant d'abandonner le pantalon pour ne porter que le dessus. Elle avait à peine dépasser le quatrième mois quand elle avait constaté avec effarement qu'il lui était impossible de remonter l'élastique qui ceinturait la taille plus haut que ses hanches, et encore, à peine.

S'en était, bien entendu, suivi une crise de larmes existentielle qu'il avait mit bien du temps à apaiser à force de convictions qu'elle était la plus belle des femmes enceintes qu'il n'ait jamais vues. Elle avait fini par revêtir uniquement le haut et s'était endormie au creux de ses bras, blottie tout contre lui.

Chuck respira la soie pourpre, il pouvait encore sentir l'odeur de son épouse sous celle du détergeant et de l'adoucissant que Dorota utilisait pour la lessive. Il ferma les paupières et se laissa emporter par l'arôme l'espace d'une minute.

Demain, elles rentreraient à la maison et toute sa famille serait sous son toit. Demain, elle se collerait à nouveau à lui pour se laisser dériver vers les limbes. Demain, leur lit ne lui semblerait plus désespérément vide et froid. Demain, il pourrait se laisser glisser dans ses songes, le nez enfouit dans le creux de sa nuque au milieu de ses boucles brunes.

Un grondement sourd le fit soudain sursauter, le sortant de sa rêverie. Ses sens s'alertèrent immédiatement, cherchant la cause du vacarme et un hurlement strident provenant de l'étage supérieur lui en indiqua la provenance exacte.

Il grimpa les escaliers vers les combles quatre à quatre, le cœur battant et se précipita dans son bureau pour y trouver son fils assis par terre, en pleurs, frottant son bras gauche tandis que le meuble de la bibliothèque était renversé et son contenu dispersé sur le sol.

- Henry  !

En un clin d’œil, il fut auprès du petit homme haut comme trois pommes dont les joues étaient trempées de larmes et intima à Monkey, qui avait accouru en même temps que lui dans la direction du tohu-bohu et des cris de son petit maître, de se coucher.

Le petit gnome leva les yeux vers lui et hoqueta, rassuré de voir son père. Il tendit ses deux bras vers lui et Chuck le serra contre son cœur qui galopait toujours comme un fou dans sa poitrine. Il le serra si fort, qu'il pu sentir celui de son fils qui courrait comme un dératé également.

Henry hoqueta encore plusieurs fois avant de reprendre son souffle tandis que Chuck inspectait la pièce du regard.

Sa chaise de bureau était contre le mur opposé et les livres et bibelots, certains brisés, gisaient au sol comme dans une traînée de poudre.

- Qu'est-ce qui s'est passé  ? demanda-t-il.

Son fils était censé être couché depuis une bonne demi-heure. Il lui avait lu une histoire et avait laissé la veilleuse allumée avant de gagner la salle de bain pour prendre sa douche.

- Je voul ... hic ... Je voulais ... hic

- Henry, calme toi d'accord  ? Tu as mal quelque part  ?

Le garçonnet fit un signe de tête et montra son avant bras gauche qui était tout râpé, brûlé par le frottement sur le tapis persan, disposé devant le bureau en cerisier.

Chuck souffla légèrement sur la peau abîmée et s'écarta un peu de son fils pour s'assurer qu'il n'avait aucune autre blessure. Ce dernier essuya ses yeux d'un revers de main et baissa la tête.

- Tu as utilisé ma chaise pour grimper sur l'étagère, déduisit son père en assemblant les éléments qui s'exposaient à sa vue.

Les objets désordonnés semaient le chaos dans l'endroit mais d'après leur disposition une seule conclusion s'imposait.

Henry abonda cette fois dans son sens d'un hochement de tête.

- Elle a roulé et je me suis rattrapé à la bibliothèque, expliqua-t-il, un peu honteux d'avoir saccagé l'espace de travail de son père.

- Mais enfin, qu'est-ce que tu cherchais là  ? gronda ce dernier, qui se remettait lentement de ses émotions.

- Je voulais voir mon livre, avoua le gamin.

- Ton livre  ? Quel livre  ?

- Celui de quand j'étais dans le ventre de maman, expliqua Henry qui sortait à présent de sa frayeur lui aussi et commençait à réaliser le pétrin dans lequel il s'était fourré.

Il savait parfaitement qu'il n'était pas censé se trouver là, il était censé être dans son lit, où son père l'avait laissé après lui avoir souhaité bonne nuit.

C'était le même rituel que tous les soirs, même si sa maman ne dormait pas à la maison. Il avait été soulagé le soir après leur arrivée, quand il l'avait ramené ici avec lui. Ça voulait donc dire qu'il ne resterait pas habiter chez ses grands-parents. Sauf que sa mère était restée à l'hôpital.

Son papa lui avait promis qu'elle reviendrait bientôt avec ses sœurs mais elle lui manquait beaucoup et il trouvait le temps trop long même s'ils s'amusaient bien rien que tous les deux. Il avait eu le droit de venir jouer et dessiner ici pendant que son père s'absorbait le nez dans son ordinateur, alors que l'endroit lui était normalement interdit.

Il aimait beaucoup faire semblant de travailler comme s'il dirigeait lui aussi Bass Industrie, il griffonnait des tas de lettres et de chiffres qu'il avait appris à l'école sur des feuilles et traçait des colonnes identiques à celles qu'il avait aperçues dans les dossiers que consultait le président-directeur-général.

Il ne savait pas trop ce que ça voulait dire mais en tout cas, c'était un mot très, très long et il y avait une plaque en or sur la porte de son bureau à Bass Industrie. Il avait eu l'occasion d'y aller quelques fois et il avait été très impressionné par la manière dont tout le monde se comportait envers son papa.

Et puis, un général, c'était quelqu'un qui dirigeait une armée non  ? Ce qui le laissait deviner à quel point son papa était fort, parce qu'il avait plein de soldats rien qu'à lui, et aussi qu'il était président, sauf qu'il ne savait pas de quel pays.

Ce qui en cet instant n'était pas bon pour lui, en fait.

Chuck observa la bouille dépitée de son petit homme et soupira, puis se releva et l'attrapa sous les aisselles pour le porter hors de la pièce en veillant à ne pas se couper la plante des pieds sur un bout de verre. Plusieurs cadres disposés sur l'étagère devraient être remplacés.

Il posa le gnome près de Monkey et referma la porte, laissant à Dorota le soin de nettoyer et de tout remettre en ordre le lendemain.

- Ton livre n'est pas là, il est dans ta chambre  ! Et tu devrais y être aussi, dans ton lit, précisa-t-il.

- Si le livre est là, j'ai vu maman le ranger avant que je n'aille dormir chez Papybart, répondit Henry.

Le cœur de Chuck se stoppa un instant, l'empêchant de réagir rapidement quand le petit monstre rouvrit la porte pour se précipiter à nouveau à l'intérieur dans l'intention de récupérer l'objet tant convoité.

- Henry  ! cria-t-il sans pouvoir le rattraper car il était déjà au milieu du fatras alors que lui-même était pieds nus.

Heureusement le schtroumpf avait chaussé ses pantoufles en quittant son lit.

- Tu vois  ! triompha-t-il en lui montrant le scrapbook qu'il venait de ramasser parmi les objets qui jonchaient le sol.

Il revint vers son père avec un air de victoire mais son sourire se figea devant l'expression peinte sur le visage de l'adulte. La crainte le gagna, pas la même que la frousse qu'il avait eu quand il avait senti le meuble basculer sous son poids, mais quelque chose de beaucoup plus viscéral.

Il n'avait encore jamais vu le regard que son paternel arborait en cet instant et ça le glaça jusqu'au os.

Son papa n'était jamais vraiment fâché contre lui, même quand il faisait de grosses bêtises.

Comme quand il avait entreprit de donner à Monkey le rôti que Dorota avait préparé à l'occasion du repas avec toute la famille pour son anniversaire, afin que son meilleur ami participe à la fête lui aussi.

Sa maman avait été furieuse, mais son papa avait ri sous cape et avait simplement envoyé Dorota chez le traiteur. Il lui avait aussi évité une énorme punition en argumentant qu'il s'agissait après tout de son anniversaire et qu'il était donc libre d'inviter à y participer qui il voulait, même s'il s'agissait de leur chien.

Sa maman avait fini par céder et il avait tout de même pu aller à son entraînement de base-ball le mercredi suivant. Au final, il avait récolté plusieurs jours sans télévision et avait dû aider Dorota à mettre la table pour s'excuser.

Son papa était toujours de son côté.

Sauf que cette fois, ça ne semblait pas être le cas. Ses yeux le piquèrent soudain. Sa maman était très souvent en colère contre lui ces derniers temps et s'il ne pouvait plus compter sur l'appui de son complice alors il ne savait pas ce qui allait advenir de lui.

Chuck vit s'embuer les prunelles de son fils et tenta de maîtriser l'émotion qui venait de le submerger. Il n'avait pas anticipé que cela arriverait si tôt et il n'était pas certain d'être capable d'affronter ça sans Blair à ses côtés.

Il respira profondément pour apaiser son cœur, qui saignait tout à coup à nouveau si fort dans sa poitrine, prit dans un étau. Il ne pouvait pas reculer. Prêt ou pas, il refusait de mentir à Henry. Jamais. Et certainement pas quand il s'agissait d'une chose aussi importante.

- Papa  ? questionna le gamin d'une voix un peu tremblante.

- Viens, là  ! commanda son père, espérant réussir à camoufler les trémolos dans la sienne.

Le gamin obéit et s'avança vers son paternel, retenant ses larmes et avalant sa salive malgré sa gorge qui se resserrait.

Chuck lui prit le livret des mains et referma la porte. Cette fois Henry n'envisagea même pas de la rouvrir.

Son papa s'assied sur le sol et appuya son dos contre le mur, à côté de Monkey qui voulut lui faire une lèche mais il le repoussa d'un geste, sans brusquerie.

- Assied-toi  ! ordonna-t-il d'une voix blanche.

Le gamin s'exécuta et sentit son cœur lui faire mal quand il vit une larme rouler sur la joue de son père.

Il n'avait jamais imaginé qu'il puisse pleurer. Il était le plus fort du monde, qui avait plein de soldats et était président d'un pays tout entier. La culpabilité l'envahit à l'idée qu'il soit responsable de sa tristesse.

Le jeune homme écrasa sous ses doigts la goutte d'eau salée qui s'était échappée, bien malgré lui, de son œil. Il s'éclaircit la trachée puis ouvrit le scrapbook qu'il n'avait pas feuilleté depuis plusieurs années Le temps filait si vite. Il était si concentré sur la grossesse de Blair et obnubilé par la manière dont s'était déroulée la naissance d'Henry qu'il n'avait pas eu le courage de soulevé cette couverture là.

Son fils posa une main sur son bras et il sentit un frisson le parcourir de la tête aux pieds. Il passa un bras autour de ses épaules pour le coller plus contre lui et l'embrassa sur le dessus du crâne.

Le petit garçon en fut soulagé. Son papa ne le détestait pas. Il l'observa et vit une autre gouttelette perler au coin de ses cils.

- Je suis désolé, s'excusa-t-il, penaud.

- Ce n'est pas ta faute, répondit son père d'une voix rauque. Tu t'es trompé, c'est tout. Ce n'est pas ton carnet, le tien est bien dans ta chambre, sur l'étagère, derrière ton rhinocéros.

Le garçonnet observa le livret crème et se rendit compte que ce n'était pas le même dessin que d'habitude sur la première page. La couleur n'était pas exactement la même non plus, bien que dans les mêmes tons. Et ce n'était pas les lettres de son prénom que sa maman avait tracées de son écriture penchée. Ce n'était pas non plus celui d'une des jumelles car les leurs étaient bleu lavande.

Il fronça les sourcils, image identique à son paternel quand il faisait cette mimique.

Si ce n'était ni à lui, ni à ses sœurs, alors à qui  ?

- Avant toi, maman a eu un autre bébé dans son ventre, l'éclaira son papa.

Henry ouvrit la bouche de surprise. Il croyait être le premier. Être le grand frère, pas le petit.

- Où il est  ? questionna-t-il inquiet. Est-ce qu'il est parti vivre ailleurs à cause de moi ? Est-ce que je vais devoir partir moi aussi, maintenant que vous avez d'autres bébé  ?

Chuck dévisagea son fils, interloqué quelques secondes, avant de comprendre ce qui se passait dans son petit cerveau toujours en effervescence. Ce sujet là était bien plus aisé à aborder.

- Tu n'iras nulle part, tu resteras ici, affirma-t-il. Ce n'est pas parce que tes sœurs sont arrivées qu'il n'y a plus de place pour toi. Il y a assez de place dans nos cœurs et dans notre maison pour vous tous. Et si ce n'était pas le cas, on en achèterait une plus grande. Jamais, on ne se séparera de toi. Tu es notre fils, tu comprends  ?

Le galopin l'observa, soulagé mais hésitant.

- Est-ce que tu ne peux pas aimer maman et moi en même temps  ? Et encore Mamily, Mamilor, Mamiève et Papybart, Papyrus, Papyrol ainsi que Pépérom et Rufus  ? Et même tonton Éric, ton parrain, ta marraine, ton cousin et aussi Dorota  ?

- Et Monkey  ! ajouta Henry qui avait finalement comprit.

Il tendit sa main pour obtenir une léchouille bien baveuse et sourit, le cœur plus léger, rassuré par les propos de son père.

- Mais où est le bébé, alors  ? interrogea-t-il, revenant au livret que Chuck tenait toujours dans ses mains.

- Il est au ciel, avec les anges, répondit-il, obligeant les mots à rouler sur sa langue et à franchir ses lèvres le plus posément possible.

- Au ciel  ? répéta le garçonnet.

- On a eu un très grave accident de voiture avec ta maman avant qu'il ne sorte de son ventre et le bébé a été blessé, très fort. Alors son cœur s'est arrêté et il s'est endormi pour toujours.

Henry posa son petit index sur la forme floutée du bébé dans le ventre de sa maman.

Sa maîtresse leur avait parlé des personnes qui partent ailleurs quand le papa de Jérémy était mort dans un accident de voiture, lui aussi. Elle leur avait également expliqué les règles de sécurité.

- Est-ce que mon grand frère veille sur moi  depuis les nuages ?

- Oui, souffla Chuck avant de clore ses paupières et d'embrasser à nouveau le sommet de son crane.

Il remercia le ciel de ne pas lui avoir pris un autre de ses enfants et fut reconnaissant qu'Henry comprenne si facilement.

Les petits doigts agiles tournèrent la page, le reste du carnet était blanc et ça lui causa un choc.

- C'est pour ça que je dois toujours m'asseoir sur mon rehausseur et qu'Arthur ne démarre jamais le moteur avant que je sois bien attaché  ?

- Oui, acquiesça son père, souriant cette fois à l'intelligence de son fils.

- Comment il s'appelle  ?

- Bradley.

- Si je lui parle dans ma tête, il m'entend  ?

- Je crois, répondit son père.

- Tu lui parles, toi  ?

- Ça m'arrive, oui.

- Et maman aussi  ?

- Maman aussi, assura-t-il, certain que son épouse pensait, tout comme lui, à leur tout premier enfant au détour d'une remarque, d'un souvenir, d'une idée, qui passaient par là de temps à autre dans leur quotidien.

Il referma le livret et ôta son bras des épaules de son fils pour se relever.

Henry l'imita, frottant à nouveau son bras meurtri.

- On va mettre quelque chose là-dessus, dit son papa en le prenant par la main pour redescendre à l'étage inférieur, Monkey sur leurs talons.

Le garçonnet grimaça un peu quand le désinfectant picota légèrement sa peau enflammée puis tira la manche de son pyjama de soie sur le grand pansement apposé.

- Papa  ?

Chuck relava la tête et rencontra des yeux marrons, identiques aux siens.

- Je peux dormir avec toi  ?

- Tu ne vas pas faire pipi dans mon lit  ? le taquina son père.

- Papa, j'ai plus deux ans  ! bouda Henry alors qu'une moue semblable à celle de Blair se dessinait sur sa bouche.

Chuck ne put réprimer un sourire à cette similitude d'eux deux qu'il pouvait lire en son fils. «Toi et moi en un seul petit être  » susurra la voix de sa femme à son oreille.

- Alors, je peux  ? s'impatienta leur rejeton.


katido  (27.06.2013 à 20:16)

 

- Tu peux, accepta le brun ténébreux.

Le gnome sauta du couvercle du wc où il était assis et couru jusqu'à la chambre de ses parents.

- Doucement  ! cria son père.

Il y avait déjà eu assez de dégâts pour la soirée.

Quand il souleva la couette, Henry était déjà roulé en boule dessous.

Dés que son père se fut installé, il se tortilla comme un verre pour venir se blottir contre lui.

Chuck l'enserra dans ses bras, trop content de ne pas dormir seul cette nuit, lui aussi.

- Bonne nuit papa, murmura le petit sacripant d'une voix déjà ensommeillée.

- Bonne nuit Henry, répondit-t-il en le collant encore un peu plus à lui après avoir éteint la lumière.

- Bonne nuit Brad, ajouta le gnome, dérivant déjà vers les limbes.

- Bonne nuit Brad, chuchota Chuck du fond de son cœur.

*****


katido  (27.06.2013 à 20:17)

 

Para 40

Mercredi 24 juin 2026 : 7h09

Chuck ouvrit une paupière et se redressa d'un bond.

Blair sentit le matelas tressauter sous elle et se retourna vers son mari.

- Chuck  ?

- Mon réveil n'a pas sonné, expliqua-t-il en se levant pour se ruer dans la salle de bain.

Il avait réunion avec tout le staff pour leur prochain projet de complexe hôtelier situé à Pulukan. Il bossait là-dessus depuis plusieurs mois et avait fini par décrocher le contrat au nez et à la barbe de Maculski. Le vieil Irlandais en avait pratiquement fait une crise cardiaque. Restait maintenant à régler toute la paperasse puis toutes les autorisations locales sans omettre la supervision de l'avancement des travaux qui commenceraient fin de l'année si tout allait bien.

Il se lava rapidement le visage, se brossa les dents, se rasa et se coiffa avant de passer dans le dressing pour y sélectionner une chemise et un costume ainsi qu'une cravate. Il trouva un Armani légèrement cendré et une Thuillier rayée bleu et blanc avec les accessoires coordonnés préparés pour lui.

Il sourit. Sa femme était la meilleure. Et la plus belle  !

Il s'habilla en toute hâte et réfléchit à une manière de la remercier d'être elle, tout simplement. Il pourrait l'emmener dîner à l'Artusi ce week-end. Il faudrait juste qu'il voit avec Dorota si elle pouvait rester pour les enfants.

Il pivota sur lui-même pour la rejoindre dans la salle d'eau.

- Blair, est-ce qu...

Chuck laissa sa question en suspens à la vue de son épouse qui essuyait une larme sur sa joue.

- Hé, mais qu'est-ce qui se passe  ? s'inquiéta-t-il immédiatement.

Elle tourna son visage vers lui et lui fit un petit sourire qu'elle voulait rassurant.

Mais, il était tout sauf rassuré.

Sa première pensée alla directement à leur bébé perdu. Ça faisait des années qu'elle parvenait à passer le cap du 15 juin, elle ne pouvait pas rechuter maintenant tout de même  ?

- Blair, chuchota-t-il en passant ses bras autour de sa taille.

- Maman  ! hurla Henry en courant dans les escaliers.

Elle s'éclaircit la gorge et respira un bon coup avant de poser sa main sur celles de son mari afin de dénouer ses phalanges entrecroisées dans son dos.

- Je suis là, répondit-elle à son fils qui se ruait déjà dans la chambre de ses parents.

Elle y avait à peine fait un pas à son tour que l'aîné de ses enfants exprimait déjà ses doléances.

- Maman, Lisa a pris mon iPode et elle ne veut pas me la rendre.

- C'est pas moi, c'est Lola, se défendit sa sœur de six ans qui avait suivi son frère, abandonnant elle aussi la table du petit déjeuner, sachant qu'il allait aller raccuspoter et qu'elle allait certainement en faire les frais.

- Non, j'ai rien pris  ! se récria sa jumelle.

- Si c'est toi, l'accusa Lisa.

- Nan.

- Si.

- Maman  ! plaida Henry.

- STOP  ! résonna soudain la voix de leur père depuis la salle de bain.

Les jumelles se figèrent et leur frère sourit.

- Papaa  ! s'écria joyeusement son fils.

Maintenant, il savait qu'il aurait gain de cause. Seul contre les filles, il n'avait pratiquement aucune chance auprès de sa mère. Elle utilisait toujours l'argument qu'il était le plus grand pour le faire céder et c'était profondément injuste  ! Mais quand son père était là, il faisait pencher la balance du côté des garçons.

Chuck entra dans la chambre à son tour et croisa les bras, dardant un regard de mécontentement sur toute l'assemblée.

Il vit Lisa cacher ses mains dans son dos et tenter un retrait en douceur et l'arrêta immédiatement.

- Reste-là, tonna-t-il à son intention.

La gamine grinça des dents.

- Approche  !

Elle s'exécuta, il était trop tard pour échapper à la punition à présent.

- Donne-moi ça  ! commanda son père.

Il vit une moue boudeuse se dessiner sur le visage de sa fille aînée et sa lèvre inférieure trembler légèrement.

- Inutile, asséna-t-il. Ça ne marchera pas.

Les yeux de Lisa virèrent au gris acier et il fut encore une fois frappé par la ressemblance des iris des jumelles avec celles de son propre père.

- Élisabeth  ! la prévint-t-il une dernière fois en ouvrant sa main devant elle.

Elle fourra l'iPode de son frère dans la main de son père en soufflant.

- Combien de fois, il faut te dire de ne pas prendre les objets qui ne t'appartiennent pas  ? la tança Chuck.

La question était rhétorique et avait été prononcée sur un ton posé mais ses prunelles étaient bien trop foncées et la mécréante n'osa pas faire de crise de larmes de crocodile comme elle en avait l'intention de prime abord.

Lisa ne pensait pas que son père était là. Il partait toujours tôt le matin avant l'école et elle croyait que sa mère serait seule. Elle arrivait en général à obtenir victoire avec quelques pleurnicheries, mais c'était quand il était absent.

- Je suis désolée, s'excusa-t-elle.

- Pas à moi, à ton frère, gronda Chuck.

- Je te demande pardon Henry, récita sa sœur sans en penser un mot.

- Lisa  ! intervint la voix de son père.

- Pfff, je ne prendrai plus tes affaires, soupira la morveuse en roulant des yeux au ciel.

Chuck tendit l'appareil à son fils qui l'étudia de plus près.

- Tu l'as cassé  ! se plaint-il.

- Même pas vrai  ! rétorqua, Lisa.

- Si, regarde, dit Henry en ouvrant les doigts sur l'écran dont un coin était fissuré.

- Qu'est-ce qui s'est passé  ? demanda Chuck.

- Je sais pas, il était comme ça quand on l'a trouvé, répondit son aînée du même air innocent qu'une certaine Queen B.

On  ? Leur père se tourna vers sa cadette.

- Lola  ? interrogea-t-il.

- Il est tombé dans les escaliers sans faire exprès, lâcha-elle sous le regard intense de son géniteur.

Lisa lui jeta un coup d’œil assassin mais elle savait qu'elle aurait fait pareil à la place de sa jumelle.

Avec lui, mieux valait avouer tout de suite, sous peine de voir la punition augmenter. Elle serait sûrement interdite d'aller au parc cette semaine.

- Je t'en achèterai un autre, dit-il à Henry. Maintenant, filez. Lisa et Lola vous serez informées de votre punition en temps voulu.

Elles soupirèrent silencieusement et tinrent leur langue en tournant sur leurs talons. Leur frère ne perdait rien pour attendre.

Les trois enfants Bass quittèrent les lieux et Chuck reporta son attention sur son épouse qui n'avait même pas desserré les lèvres pour prendre la défense de leurs filles.

- Blair, murmura-t-il en se postant devant elle.

Elle lui sourit, elle se sentait stupide pour la scène qu'il avait surprise dans la salle de bain quelques minutes plus tôt. La mi-juin était une date importante pour elle mais ça faisait longtemps maintenant qu'elle avait réussi à faire son deuil et à passer outre sa peine, même si elle n'évitait jamais un pincement au cœur ce jour là.

- Blair, répéta-t-il en prenant sa main dans la sienne.

- C'est rien, le rassura-t-elle. Je suis certainement fatiguée avec le départ de ma mère de WD. C'est plus compliqué que je ne l'aurais cru. C'est sûrement le stress. En ce moment je réagis de façon un peu ...

Elle s'interrompit soudainement.

Le cœur de Chuck frémit.

- Hormonale  ? termina-t-il la bouche sèche.

- Quel jour on est  ? s'alarma-t-elle tout à coup.

- Le 24, répondit-il automatiquement.

Il ouvrit la bouche pour poser la question qui venait de lui traverser l'esprit et lui brûlait la langue mais sa femme le prit de cours, étant arrivé au terme de sa réflexion et à la même conclusion que lui.

- J'ai du retard, s'estomaqua-t-elle.

- Tu es sûre  ?

Blair le fusilla du regard. Évidemment qu'elle était sûre  ! Elle était réglée comme une horloge suisse.

- De combien  ? interrogea-t-il d'une voix blanche.

- Trois ... trois semaines, calcula-t-elle mentalement.

- Ok  ! Ok  ! Pas de panique, le mieux à faire c'est d'aller faire une prise de sang, essaya-t-il de rationaliser.

- Pas de panique  ! s'étrangla-t-elle, maintenant furieuse contre lui. CHUCK  ! On n'a pas prévu un autre bébé maintenant  ! On n'a pas prévu d'autre bébé du tout  ! Ma mère a décidé de prendre sa retraite. Je suis toute seule à la barre de WD. Tu es censé bientôt partir en Indonésie pendant trois mois entiers pour le nouveau projet de BI et ...

Les larmes affluaient à nouveau à ses cils.

- Hé, du calme  !

Il l'attira à lui et la serra dans ses bras.

Elle se blottit contre lui. Elle ne voulait pas qu'il parte à la rentrée scolaire. C'était encore loin mais sans lui jusqu'à Thanksgiving, ce serait beaucoup trop long. Elle détestait déjà l'idée de devoir se séparer de lui pendant plus de deux jours, alors nonante, c'était mission impossible à ses yeux.

- Je ne survivrai jamais sans toi aussi longtemps, se plaignit-elle la tête enfouie dans le creux de son cou. New York sera horrible sans toi.

- Bali sera horrible sans toi, rétorqua-t-il avec son petit sourire narquois.

Elle lui administra une tape sur le haut du bras et se dégagea de son étreinte.

- Je te déteste Chuck Bass, toi et tes supers spermatozoïdes hyperactifs et lubriques.

- Ce n'est pas de ma faute, si tu as oublié de prendre la pilule, se défendit-il.

Elle se mordit la lèvre inférieure et se rua sur sa table de nuit dont elle ouvrit violemment le premier tiroir. Elle constata avec consternation et que la plaquette en cours était à jour et qu'elle avait donc bien respecté la prise du médicament quotidiennement.

- C'est peut-être une fausse alerte, supposa-t-il.

Il sentit un petit morceau de son cœur se mettre en berne.

- Je vais passer à la pharmacie en revenant d'avoir emmené les filles à l'école, conclut-elle.

Il acquiesça et déposa un baiser sur sa tempe.

- Moi, je t'aime, chuchota-t-il dans le creux de son oreille. On fera comme tu veux.

Elle agrippa ses doigts avant qu'il ne s'écarte trop.

- Chuck, commença-t-elle. Si je suis bien enceinte ...

- Procédons au test d'abord, tu décideras quoi faire ensuite. Ok  ? la coupa-t-il.

Il ne pouvait pas lui demander de mettre sa carrière entre parenthèses une troisième fois. Elle avait déjà fait de nombreux sacrifices pour élever leurs enfants. Eléanor était restée à bord de WD plus longtemps qu'elle ne l'avait prévu pour que Blair puisse consacrer du temps aux jumelles et à Henry tout en travaillant. Maintenant qu'elle se retrouvait seule aux commandes, il ne pouvait pas lui demander de renoncer.

Il porta la main de son épouse à ses lèvres et embrassa ses phalanges délicates avant de s'en aller.

Blair le regarda quitter la pièce. Elle connaissait parfaitement la position de son mari. Rien ne le rendait plus heureux que sa famille. Leurs enfants étaient le sacre du sacre. Ce qui restait un mystère, c'était sa propre réaction.

Elle venait de récupérer l'entièreté de la direction de Waldorf Designs et elle ne pouvait pas demander à sa mère de rester plus longtemps. La styliste aspirait à présent à un repos bien mérité sur les bords de la scène avec Cyrus. Elle ne pourrait jamais mener de front une autre grossesse et la gérance de l'entreprise de haute couture toute seule.

En réalité, si elle était honnête avec elle-même, il n'y avait aucun mystère. Elle connaissait parfaitement la réponse avant même de se poser la question. Cependant, le déni avait toujours été un de ses traits de caractère les plus marqués.

*****


katido  (29.06.2013 à 06:43)

 

Mercredi 24 juin 2026 : 8h24

Lola et Lisa pénétrèrent dans la cours de leur école privée la tête haute, le port altier, tout comme Blair le faisait à leur âge. Elles étaient incontestablement les maîtres du jeux et dominaient sans aucun problème toutes les gamines de leur âge.

Telle mère, telles filles, sourit la brune en les observant disparaître.

Son sourire se fana en pensant qu'une autre grossesse s'annonçait sans doute. Il était rare qu'elle ait du retard. Les seules fois où ça lui étaient arrivé c'est quand elle s'était retrouvée enceinte justement.

Elle ferma un instant les paupières en repensant au visage de Chuck puis baissa l'obturateur.

- Arthur, faite un détour par la pharmacie s'il vous plaît.

- Bien Madame Bass.

Le chauffeur s'exécuta et se gara devant l'enseigne, le long du trottoir.

La brune descendit de la limousine et entra nonchalamment dans l'immeuble. Ce n'était pas la première fois qu'elle venait. Il n'était pas rare que Chuck ou elle-même passe chercher du sirop pour la toux ou des médicaments pour faire baisser la fièvre en rentrant du bureau ou parfois même au milieu de la nuit.

Ils avaient toujours été d'accord sur la manière d'élever leurs enfants et rien n'avait changer au fil des années. A part Dorota qui les secondait à la maison, ils se refusaient à engager une jeune fille au pair ou toute autre personne qui veillerait sur leur progéniture à leur place.

Ils voulaient assumer leur rôle dans tous les sens du terme, même si cela faisait parfois - souvent – jacasser autour d'eux. Il était plus qu'évident qu'ils dérogeaient à la règle établie dans l'Upper East Side mais ils s'en moquaient comme d'une guigne. Ils étaient Chuck et Blair Bass et ils dictaient les règles aux autres et non le contraire.

La jeune femme prit un test de grossesse sur l'étalage et le déposa dans son panier parmi l'Arnica, le spray désinfectant, les pansements et les vitamines enfantines puis se ravisa et en choisit un d'une seconde marque. Mieux valait prendre les devants.

Elle s'avança vers le caissier et ce dernier encoda ses achats. Brendan eut le délicatesse de ne même pas relever la tête vers elle en scannant les deux tests mais il lui jeta un petit regard ampli de sous-entendus lorsqu'elle inséra sa carte dans l'appareil.

Elle remonta dans la voiture et délibéra un instant.

- Emmenez-moi à Bass Industrie, instruisit-elle Arthur.

Ce dernier démarra le moteur et s'engagea sur la chaussée sans poser de question. Depuis le temps, il avait appris qu'il valait mieux s'abstenir de demander quoi que ce soit quand il s'agissait des lubies de ses employeurs. Tout comme il avait pris l'habitude de monter le volume de la radio pendant qu'il faisait le tour de Central Park pendant des heures.

Blair passa la réception et se dirigea directement vers les ascenseurs situés au fond du hall. Elle appuya sur le dernier bouton, celui de l'étage de direction et tapota nerveusement des doigts sur son sac pendant tout le trajet dans la cage métallique.

Elle essayait de se figurer la vie avec un enfant supplémentaire. Recommencer avec les couches et les biberons. Les poussettes et les Maxi-cosi. Les nuits blanches, les pleurs, les dents, les fesses rouges, les nez qui coulent. Certaines de ces choses étaient toujours d'actualité  !

Elle se rendit compte qu'elle y pensait au pluriel et pria pour qu'il n'y ait pas deux bébés cette fois. Chuck et elle avaient galéré pendant des semaines avant de trouver véritablement leurs marques et un rythme acceptable pour Lisa et Lola.

Chuck  !

Elle n'osait même pas imaginer qu'elle serait sa réaction si le test s'avérait négatif. Rien n'était planifié à propos d'une autre grossesse mais elle n'avait pas raté l'étincelle qui s'était allumée dans ses iris chocolat quand il avait intégré cette hypothèse.

Cependant, il n'avait pas plus la possibilité matérielle qu'elle de se libérer de ses contraintes professionnelles. Jack était au plus mal. Son hépatite s'était finalement déclarée il y deux ans et Bart avait décidé d'aller seconder son frère en Océanie.

Ils avaient donc plié bagage avec Ève à la fin de l'été dernier, ce qui n'avait pas été évident à gérer pour son mari, même s'il faisait semblant de rien. Comme à son habitude, il prenait sur lui pour ne pas l'inquiéter outre mesure.

Forcément, il restait en contact avec son père par l'intermédiaire de BI et ils se voyaient pratiquement quotidiennement en vidéo conférence. Mais il était regrettable que la vie leur impose un tel éloignement physique quand ils avaient enfin réussi à traverser le mur émotionnel infranchissable qui les avait maintenu si distants l'un de l'autre quand ils vivaient dans le même hôtel, à défaut de la même suite.

Les portes s'ouvrirent enfin et elle s'orienta automatiquement vers le bureau de son époux sans même prendre la peine de regarder autour d'elle, toujours perdue dans ses pensées.

- Salut Blair  !

Elle sursauta.

- Éric  ! s'exclama-t-elle en portant la main à son cœur.

Ce dernier émit un petit rire.

- Toi, tu as une idée derrière la tête, remarqua-t-il.

S'il savait  ! Il était sûrement à mille lieues de la réalité. Quoi que ... techniquement ...

- Au moins, tu nous le mettra de bonne humeur  ! Il a annulé la réunion et s'est enfermé sans un mot pour personne. Même Marge a été priée de s'occuper de ses affaires quand elle lui a apporté le courrier.

Pas sûr de ça, non plus  !

- Est-ce que tout va bien  ? s'inquiéta soudain son beau-frère par adoption et par mariage, mais qu'elle considérait depuis toujours comme son propre frère, devant le teint pâle de la brune.

- Oui, ... je ... ce n'est rien ... juste une petite dispute matinale, dit-elle évasivement pour donner le change avant de continuer son chemin.

Or de question qu’Éric aille tout raconter à Lily. Il était parfois pire que Serena. Elle était certaine que s'il avait vent de quoi que ce soit, il serait en communication avec sa mère ou sa sœur dans les vingts secondes suivantes.

Chuck lui avait offert un poste à BI quand il était rentré de Londres avec son diplôme de marketing en poche. Juste au moment ou Bart projetait de s'envoler pour le continent australien.

Son frère adoptif avait d'abord été dubitatif car il voulait faire ses preuves par lui-même. Le PDG lui avait donc assuré qu'il commencerait comme n'importe quel embauché mais qu'il avait besoin de quelqu'un de confiance avec lui dans le bateau en l'absence momentanée du grand Manitou.

Le jeunot avait fini par accepter et s'était vite retrouvé à grimper les échelons. Et pas parce qu'il avait un passe-droit. Éric était vraiment un bon élément et Chuck avait réellement besoin d'une personne sur qui il pouvait s'appuyer pour continuer à diriger Bass industrie sans devoir trop sacrifier sa vie de famille, si précieuse à ses yeux.

Impensable pour lui qu'il rate sa séance de natation hebdomadaire en compagnie de son fils, un de ses matchs de base-ball ou encore un dimanche après-midi récréatif avec les filles, ce qui avait lieu au minimum deux fois par mois. Il avait même réussi à s'arranger pour décaler le futur projet de BI en Indonésie afin de pouvoir profiter des vacances scolaires avec eux avant de partir là-bas.

Tenir son rôle de père était primordial pour lui. Il avait toujours cette hantise de devenir exactement comme Bart l'avait été avec lui pendant son enfance. Ce qui était totalement impossible en tout état de cause. Mais elle ne pouvait qu'apprécier. Il était non seulement un père attentif et présent mais également un mari et un amant hors paire.

Elle émit un petit grognement à cette dernière idée. C'était précisément ce qui les mettait dans cette situation délicate à présent  !

Elle frappa et poussa la porte de son bureau sans attendre sa réponse.

- Marge, je vous ai demandé de ne pas ..., s'écria-t-il en relevant la tête d'entre ses mains.

- J'ai pensé que je pouvais faire exception, dit-elle en refermant soigneusement la porte derrière elle.

Chuck voulut se lever pour aller au devant de sa femme mais il sentit ses jambes trembler et jugea plus prudent de rester assis sur sa chaise.

- Est-ce que tu as déjà fait le test  ? voulu-t-il savoir.

En fait, non. Il aurait préféré ne pas le savoir. D'une manière ou d'une autre son cœur serait mit à rude épreuve. Si elle n'était pas enceinte, il serait déçu malgré le fait que ce soit indépendant de leur volonté. Et si elle l'était ...

- Jusqu'ici, on a toujours fait ça ensemble, lui fit-elle remarquer.

Elle s'approcha et posa son sac sur son bureau. Elle en sortit un test toujours emballé, puis un deuxième.

- Je me suis dit que ce serait plus prudent d'en faire deux, expliqua-t-elle.

Il hocha la tête, tentant de maîtriser les battements dans sa cage thoracique.

- Autant en finir tout de suite, soupira-t-elle en emportant les deux boîtes avec elle pour se rendre dans la salle de bain privée attenante.

Elle disparut en tout et pour tout à peine cinq minutes pendant lesquelles il essaya de se préparer à la suite mais sans résultat probant.

Quand elle revint, elle s'installa face à lui, s'asseyant sur le rebord de son bureau.

- Chuck ... entama-t-elle.

- S'il te plaît, non, la pria-t-il en levant la main. Attendons les résultats. Il n'y a peut-être même pas lieu de s'inquiéter.

Il n'était pas prêt à avoir cette conversation. Il comprenait parfaitement son point de vue et il était sincère, il se rangerait à sa décision. Il espérait juste avoir assez de force pour la soutenir jusqu'au bout si le test était positif.

Les trois minutes d'attente se passèrent donc dans le silence le plus complet.

Il fit mine de s'absorber dans le compte-rendu de la dernière présentation d’Éric mais rien de ce qu'il lisait n'imprégnait son cerveau. C'était comme s'il lisait l'alphabet chinois ou des hiéroglyphes. Les mots n'avaient aucun sens et s'effaçaient de sa mémoire au fur et à mesure qu'il les y stockait.

Blair resta assise sur le bord de son espace de travail, le regardant se débattre avec lui-même et lutter contre ses désirs les plus profonds pour ne pas la contraindre à quoi que ce soit.

Il était tout à fait sérieux. Il se conformerait à sa décision quelle qu'elle soit même s'il ne partageait pas son avis. Il avait toujours eu cette faculté de placer ses envies et ses besoins après les siens.

Il pensait avec fatalité qu'il ne la méritait pas et qu'elle lui avait déjà apporté bien plus qu'il n'aurait jamais dû avoir la prérogative d'espérer en venant au monde. Ni les heures de thérapie, ni des années de vie commune et de bonheur partagé n'y changeaient rien.

Il avait grandi avec cette conviction qu'il n'était pas une personne qu'on pouvait aimer et même si les blessures étaient cicatrisées en surface, la plaie était toujours là, au fond, tout au fond. Il prenait chaque bonheur comme un bout de petit rien et le savourait pleinement, bien conscient que c'était un privilège qui lui était octroyé, incapable de croire qu'il lui était réellement destiné à l'origine.

C'est aussi la raison pour laquelle il l'aimait d'une manière incommensurable. Elle lui avait pardonné l'impardonnable. Il avait une fois commis l'erreur de penser qu'elle lui était acquise et que son amour pour lui pouvait tout surmonter. Il avait appris à ses dépends que ce n'était pas le cas et bien qu'il sache qu'elle l'aimait profondément, ne prendrait plus jamais le risque de la perdre à nouveau.

Il était persuader, non, il savait, sans l'ombre d'un doute, que si elle le quittait un jour, il en mourrait de chagrin. Elle était sa vie, son oxygène. Elle lui était aussi indispensable que l'air qu'il respirait. Il fonctionnait correctement parce qu'elle était à ses côtés. Mais sans elle, il ne serait qu'un jouet cassé, oublié au fond d'un vieux coffre dans un grenier poussiéreux.

Il avait beau être le grand Chuck Bass. Celui que tout le monde craignait ou presque. Celui qui était le Roi incontesté de l'Upper East Side. Celui qui inspirait le respect et forçait l'admiration. Sans elle, il n'était rien. Rien qu'une coquille vide qui se désagrégerait en moins de temps qu'il ne le fallait pour le dire.

Elle aurait voulu pouvoir effacer cette peine qui sommeillait en lui et remontait parfois de son inconscient comme une bulle qui éclatait. Mais il n'y avait rien qu'elle puisse dire ou faire pour le convaincre du contraire. Parfois, même donner tout l'amour et toute la force que l'on possède, ce n'est pas encore assez.

Le compte à rebours de son smartphone arriva à zéro et l'appareil émit un petit signal sonore qui leur indiqua que le moment de vérité était arrivé.

Blair se leva et se rendit dans la salle de bain pour la seconde fois.

Chuck resta prostré sur sa chaise, totalement paralysé.

Quand elle ressortit de la pièce contiguë, il vit à son visage que les choses ne se présentaient pas comme elle le souhaitait. Elle était donc bien enceinte.

Son cœur se tordit de douleur mais il parvint à conserver une attitude impassible. Il ne voulait pas lui laisser entrevoir la souffrance que ça occasionnait en lui. Il ne voulait pas l'influencer ni la culpabiliser de quelque manière que ce soit.

Il puisa dans son amour pour elle et au prix d'un immense effort sur lui-même, réussit à lui sourire pour lui signifier que tout irait bien. Tout s'arrangerait, il suffisait juste de prendre rendez-vous chez l'obstétricien.

- C'est positif, lui annonça-t-elle même si elle pouvait lire dans ses yeux qu'il l'avait déjà compris.

Il la connaissait par cœur et ses traits trahissaient certainement son appréhension, qu'il lui était aisé de déchiffrer.

Le téléphone de son bureau sonna et il sursauta. Chaque muscle de son corps était tendu comme la corde d'un arc à flèches.

Il appuya sur le bouton pour refuser la communication.

- Je vais m'arranger pour être libre cette après-midi. Je suis certain que le professeur Lockwood saura nous donner un rendez-vous en urgence. Préviens-moi simplement de l'heure et je serai là, débita-t-il d'une traite.

- Monsieur Bass, je suis désolée, mais votre père est sur la ligne numéro un. Il dit que c'est très important et qu'il doit vous joindre immédiatement. Il a déjà essayer votre portable plusieurs fois mais sans succès, résonna la voix de marge.

Chuck se rendit compte qu'il avait oublié son BlackBerry dans sa hâte à quitter leur domicile ce matin.

- Passez le moi, répondit-il en décrochant le combiné.

Blair reçut le message cinq sur cinq. Inutile de tenter une approche, il s'était refermé sur lui-même comme une huître.

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katido  (29.06.2013 à 06:45)

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