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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 16.05.2013 à 22h45
Auteur : katido
Statut : Terminée
« Et si tout avait été différent ? 500 % Blass avec des pointes de Serenate et un peu de NJBC » katido
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Samedi 30 janvier 2027 : 12h54
Le temps que Chuck et Bart s'expliquent et ne reviennent sur le passé pour aplanir toutes les choses qui étaient restées passées sous silence, Blair avait été ramenée dans la chambre 492 avec le nourrisson.
Il n'en revenait toujours pas de ce qui venait de se produire. L'air d'Australie avait encore accentué les changements en Bart. Ou était-ce la distance qui les avaient séparés après avoir partagé des bureaux contiguës pendant plusieurs années ?
A moins que ce ne soit d'avoir vu Jack presque perdre la vie en conséquence de sa vie dissolue dans sa jeunesse ?
Peu importait au final. Bart s'était excusé, sincèrement excusé. Le grand Bartholomew Bass avait abattu ses cartes et s'était couché, faisant acte de contrition devant son fils, une chose à laquelle il n'avait même jamais pensée.
Cependant, il n'oubliait pas ce qui avait tout déclenché.
Henry.
Henry avait besoin de son grand-père même s'il ne le réalisait pas.
Et c'est ce qui contrariait Chuck au plus au point.
Il refusait que la relation de l'adolescent et du vieil homme soit annihilée à cause de sa propre expérience. Il voulait que son fils soit entouré par les plus de gens que sa famille comptait, il voulait qu'il développe sa propre relation avec chacun d'eux, qu'il sache qu'il était aimé, pas seulement par lui, mais aussi par tous ceux qui constituaient leur entourage.
Il avait tellement manqué d'amour lui-même, s'était senti tellement seul. Il n'avait eu personne vers qui se tourner, personne à qui confier ses peurs et ses peines. Il ne voulait pas que ça arrive, jamais, à aucun de ses enfants.
Ils devaient savoir, sans l'ombre d'un doute, qu'une multitude de gens tenaient à eux, qu'ils pouvaient s'adresser à celui de qui ils se sentaient le plus proche, pas forcément à lui ou Blair. Non, peu importe qui ils choisissaient, tant qu'ils ne se retrouvaient pas seuls au monde pour affronter la vie et ses angoisses.
Chuck pénétra dans la chambre de son épouse et son cœur ne put que fondre devant le spectacle de son fils aîné tenant le dernier-né dans ses bras, le berçant doucement alors que celui-ci tirait sur sa sucette à qui mieux mieux.
Henry releva son visage et croisa le regard de son père.
- Il a les yeux de maman, énonça-t-il.
Instinctivement, Chuck reporta son attention sur sa femme, allongée dans son lit.
Il avait été si occupé à débattre avec Bart dans la dernière demi-heure qu'il en avait oublié les risques inhérents à l'accouchement.
Elle tendit sa main vers lui et il la rejoint en quelques enjambées.
Leurs filles étaient absorbées dans l'ultime édition du jeu « My baby boy » sur la dernière version de leurs Nintendo 3DS. Elles avaient pratiquement suppliées Blair dés qu'elles avaient appris le sexe du bébé.
- C'est vrai qu'il a tes yeux, fit-il remarquer en embrassant les phalanges de la femme de sa vie.
- Et les lignes de ta mâchoire, constata-t-elle en regardant avec adoration leur nouveau-né, dans les bras de son frère.
Elle attira son mari à elle pour l'embrasser.
- Il y a de jeunes enfants dans la pièce, se plaignit faussement Henry en posant sa main sur le visage de Ben.
Ses parents ne pouvaient-ils pas être à moins de cinquante centimètres l'un de l'autre et garder leurs mains ou leurs lèvres chez eux ?
Il en était plus qu'heureux en réalité, même s'il ne l'admettrait pas.
Son petit frère protesta et agrippa son index en battant des mains dans les airs.
- Le spectacle à l'air de lui plaire, lança malicieusement Lisa.
Sa jumelle releva la tête pour savoir ce qui se passait. Elle venait juste de finir de langer son bébé virtuel.
Bien moins dégoûtant que dans la réalité. Heureusement, on pouvait faire beaucoup de chose avec la 3DS évolutive, mais pas sentir les odeurs pestilentielles des cacas de bébé.
Chuck se dit qu'il était opportun de leur donner leurs présents avant que tout le monde ne débarque, ce qui n'aurait su tarder.
Il jeta un œil consultatif à son épouse qui répondit par l'affirmative d'un petit mouvement de tête.
Lisa et Lola louchèrent d'étonnement quand elles découvrirent des bagues en argent ornées d'améthystes, que leurs parents avaient sélectionnées pour elles.
Chacune hocha la tête avec conviction quand leurs parents expliquèrent le pourquoi du comment, intégrant rapidement que cela signifiait qu'elles étaient devenues plus grandes et que leurs parents comptaient désormais sur elles pour prendre soin de leur petit frère et se comporter plus posément.
Henry pour sa part, n'eut pas de deuxième leçon (Il avait été à bonne école avec les jumelles) et reçut une pince à cravate en argent et rubis.
Il n'irait pas voir les Rangers avec Bart avant un bon moment, mais d'ici à ce qu'il revienne éventuellement s'installer à New York, quand Jack serait capable de reprendre du collier à BI, il aurait sans doute réussi à évacuer le ressentiment qu'il éprouvait à son égard.
- Merci, murmura-t-il.
- Merci à toi, répondit son père le plus sérieusement du monde avec une pointe d'émotion dans la voix.
Henry l’interrogea du regard.
- Pour tout à l'heure, compléta Chuck. Sans toi, ce ne serait certainement jamais arrivé. Mais je voudrais que ...
- Je ferai un effort ... pour toi, et uniquement pour toi, précisa l'adolescent.
- C'est tout ce que je te demande. Laisse-lui juste une chance. Il ne sera pas là éternellement, tu sais et je ne veux pas que tu t'accables un jour de reproches ou de regrets. Les gens qu'on aime sont ce qu'il y a de plus précieux, il ne faut pas s'en détourner. C'est ta grand-mère Lily qui m'a appris ça. C'est grâce à elle, et à ta mère, si j'ai pu devenir ce que je suis aujourd'hui. Bart a mis beaucoup plus longtemps pour le comprendre. Ma plus grande peur en tant que père, c'était de devenir comme lui.
Le jeune garçon ne put réprimer un petit rire à l'énormité de cette hypothèse.
- Tu n'as rien de lui.
- J'ai hérité bien plus de lui que tu ne le penses, notamment une enfance catastrophique. Crois-moi, tu penses qu'il est un monstre mais, si tu avais connu son père, tu saurais ce qu'est qu'un véritable monstre.
Henry resta un instant coi. Il n'avait pas pris cet aspect des choses en considération. En fait, il se rendit compte qu'il ne connaissait pas grand chose de ses origines. Il serait peut-être utile de creuser la question avant de juger sans complaisance.
Mais pas aujourd'hui.
Aujourd'hui était un jour faste pour sa famille.
La naissance du dernier héritier Bass.
Son père réclama le poupon en question et il le déposa précautionneusement dans ses bras.
Il n'avait pas oublié ce qu'était le rôle d'un grand frère et il s'y appliquerait de son mieux pour seconder ses parents.
Les meilleurs parents du monde, indubitablement !
*****
Para 48
Vendredi 7 décembre 2035 : 19h59
Chuck passa le pas de la porte de la demeure familiale et suspendit sa veste au porte-manteaux.
La réunion s'était éternisée. Les membres du conseil d'administration étaient plus divisés que jamais sur le maintient de leurs investissements à Dubaï après la crise qui venait de souffler au Moyen-Orient.
Heureusement que Bart et lui pouvaient compter sur le soutient sans faille de Jack, Éric et John Prescott.
- Lisa ! hurla la voix d'Henry depuis l'étage.
- Non, mais tu te prends pour qui ? vociféra-t-elle à son tour. Tu n'es pas papa !
- Peut-être mais il n'est pas là ! Et s'il savait ...
- S'il savait quoi ? l'interrompit Chuck.
Sa fille blêmit et son fils poussa un « ouf » se soulagement de le voir à la maison.
- Elle veut aller à une soirée avec Dereck Traech, expliqua le jeune homme.
- Tu ne le connais même pas ! tonna sa jeune sœur.
- Je le connais mieux que toi, visiblement ! rugit-il à son tour.
- STOP ! retentit la voix de leur père, un ton plus fort.
Les deux jeunes gens se turent sur le champ, continuant néanmoins à se regarder en chien de faïence.
- Qui est ce garçon ? demanda Chuck à sa fille de seize ans.
- C'est un étudiant de Columbia ...
- Hors de question ! cingla immédiatement son paternel.
- Papa !
- Tu as seize ans. Seize ans ... et pas l'âge de sortir avec des types qui sont à l'université.
- C'est un ami de Will, plaida-t-elle.
- Faux, corrigea son frère. Ils assistent au même cours de science politique mais c'est tout.
- Will sera avec nous, se justifia-t-elle.
- Toute la soirée ? précisa son père.
- Hé bien, c'est à dire que, Dereck voulait m'emmener faire un tour après ...
- Tu restes ici !
- Quoi ? Non, c'est pas juste ! Tout ça s'est ta faute, s'emporta-t-elle contre son frère en claquant la porte de sa chambre à toutes volées.
- Qui c'est ce type ? interrogea Chuck plus calmement une fois que sa fille eut disparue.
- Un naze qui traîne à Columbia mais assiste rarement au cours. Il est plus souvent défoncé que lucide et même comme ça, c'est pas brillant d'après Will. Ils seront à la même soirée mais ce n'est pas quelqu'un il apprécie fréquenter.
- Où est ta mère ?
- Sortie.
- Laisse-moi deviner, Central Park ?
Henry se contenta d’acquiescer.
- Ben ?
- Chez grand-ma Lily. Il y passe la nuit en compagnie de Dean.
- C'est juste, Éric m'en a parlé avant la réunion. Ils partent en week-end avec Sandro et Lily a sauté sur l'occasion pour avoir ses deux derniers petits-fils pour elle toute seule.
Sa mère adoptive avait du mal à se remettre du décès de Rufus, au cours de l'année précédente et ses petits-enfants étaient sa seule source de distraction à présent. Éric et Sandro s'étaient mariés et avaient adopté deux enfants. Malcolm, qui avait quatorze ans et Dean, qui en avait neuf et s'entendait comme larrons en foire avec son cousin Benjamin.
Lily serait sur les genoux demain soir. Elle serait plus que certainement ravie quand il récupérerait son fils.
- Lola est au cinéma avec Scott, l'informa Henry avant qu'il ne pose la question.
Au moins une de ses deux filles était plus gérable. Sa cadette avait le même petit-ami depuis presque six mois maintenant. Il avait eu beaucoup de mal à se faire à l'idée que ses petites princesses soient devenues des adolescentes dont les hormones frétillaient.
Blair et lui s'étaient disputés pendant des heures et des jours pour qu'il accepte de les laisser sortir aux soirées du lycée après leur seizième anniversaire.
Bien entendu, dans la foulée, sa femme n'avait pas manqué de lui rappeler qu'il l'avait déflorée une semaine avant son dix-septième anniversaire, ce qui n'avait fait qu'augmenter sa propre argumentation et son désaccord.
Elle l'avait accusé d'être un tortionnaire pour vouloir les faire enfermer dans un couvent comme au moyen âge et d'utopiste parce qu'il avait refuser de même simplement le prendre comme une éventualité, quand elle avait osé suggérer que c'était déjà chose faite pour au moins l'une d'elles. Il n'avait rien voulu entendre de ses élucubrations farfelues et avait plus que jamais campé sur ses positions.
Finalement, après presque un mois de grève du sexe, elle lui avait arraché un oui, dans un moment de faiblesse et d'incohérence, rendu possible grâce à un de ses stratagèmes pervers et lubrique.
Ne pouvant revenir sur son autorisation, il avait été tenté d'engager un tueur à gage pour abattre le premier morveux qui s'approcherait de trop près ou aurait eu le moindre geste déplacé envers l'une d'elles mais s'était ravisé en prenant conscience que c'était sans doute un peu trop extrême.
Au lieu de ça, il avait chargé Henry et Will de faire office de James Bond et de lui rapporter tout comportement qui pourrait leur paraître suspect afin qu'il se charge personnellement du pauvre gamin qui aurait le malheur de poser les yeux, et encore plus les mains, sur une des jumelles.
Nathaniel avait totalement approuvé son plan étant donné que Savanna, qui allait fêter ses seize ans prochainement, avait obtenu la permission de participer également aux soirées dés le lendemain de son anniversaire.
C'était jusqu'à ce que Serena ait vent de leur petit arrangement à peine deux semaines plus tard. Inutile de préciser que Nate n'avait pas fait le poids face à sa sœur dans cette conversation là non plus et qu'ils s'étaient retrouvés tout les deux au banc des accusés pour vouloir contrôler la vie de leurs filles et les empêcher de vivre pleinement.
Ce qui était tout à fait faux, si tant est qu'elles aient accepté de rejoindre le couvent en Italie qu'il avait proposé en premier lieu.
Après moult disputes et discussions supplémentaires, il avait convenu qu'il ne pouvait pas empêcher ses filles de grandir et de devenir des « femmes ». [Les mots lui avaient cisaillé la langue quand il les avait prononcés]
Néanmoins, Henry, de connivence, ne cessa pas sa surveillance plus ou moins rapprochée. Pas plus que Will d'ailleurs. Ce qui donnait lieu à des scènes comme celle de ce soir.
Lisa ressortit de sa chambre comme une tornade, habillée manifestement pour se rendre quelque part. Mais sa tenue était acceptable et Chuck n'avait aucun grief à avancer à ce sujet.
- Ou vas-tu ? l'interpella son père.
- A la soirée organisée au Palace pour les dix-sept ans de Mary Eisenhower, puisque je suis obligée de jouer dans le bac à sable ! Tu n'auras qu'à demander à ce que les caméras de surveillance restent braquées sur moi en permanence, grinça-t-elle sans même se retourner.
Un seul coup d’œil furtif à son fils et ce dernier emboîta le pas de sa sœur qui déboulait déjà les marches pour attraper son manteau noir Prada, celui qui mettait sa taille fine si bien en valeur.
Chuck souffla et hocha la tête en remerciement à Henry avant de se diriger vers la chambre principale.
*****
Vendredi 7 décembre 2035 : 20h53
Blair entendit ses pas sur le gravier puis sur le pont de bois mais ne se retourna pas, continuant de fixer les formes floues des canards qui se déplaçaient sur l'étendue d'eau. La nuit était déjà tombée depuis longtemps mais les lampadaires assuraient toute fois une vision nocturne suffisante.
Ses bras l'entourèrent et sa chaleur se propagea en elle. Elle frissonna malgré elle.
- Tu es gelée, marmonna-t-il à son oreille.
Elle pouvait entendre la désapprobation dans sa voix mais n'en n'avait cure.
Il déposa un baiser sur sa joue puis retira son loden marine YSL pour le poser sur ses épaules.
Il l'enlaça à nouveau, nouant ses phalanges aux siennes et ils restèrent là, dans le silence pendant plusieurs minutes.
Elle sentit les mains de son époux se glacer.
C'est lui qui allait finir par attraper la mort par ces températures de décembre, sans manteau.
Elle délia leurs doigts et il fit un pas de côté, passant son bras autour de sa taille. Il claquait pratiquement des dents.
Elle retira le loden de ses épaules et le lui tendit.
- On rentre ? demanda-t-il, tremblant de froid.
Elle acquiesça et il accepta de remettre son manteau d'hiver.
Elle passa à nouveau son bras sous le sien et le laissa l'entraîner jusqu'à la voiture ou ils s'installèrent sans attendre.
Une bonne chaleur y régnait et elle se colla tout contre lui, laissant aller la tête dans le creux de son épaule.
- Il faut que tu la laisse vivre sa vie, dit-il doucement.
- Je sais, renifla-t-elle en essuyant une larme, une autre s'écrasant sur le col de Chuck.
- Ce n'est pas comme si elle nous quittait vraiment. Tu peux la voir quand tu veux.
- Je sais, répéta-t-elle.
- Blair ...
- Je sais, cria-t-elle.
Il pinça les lèvres et se mordit la langue.
Elle se gourmanda de s'en prendre à lui quand il n'y était pour rien.
Le temps poursuivait sa course, inexorablement.
Son père avait perdu Roman, victime d'un AVC il y a déjà plus de trois ans maintenant et Cyrus n'était pas au mieux de sa forme.
Il n'y avait rien que quiconque puisse faire pour inverser les aiguilles du cadran de l'horloge de la vie.
- C'est juste que ... reprit-elle plus doucement.
- Je ne suis pas le seul à avoir une mère de substitution, termina-t-il à sa place.
Elle ferma les paupières et chassa d'autres perles salées.
Dorota lui avait annoncé son intention de quitter son service il y a plusieurs mois maintenant. Plusieurs années, même. L'employée fidèle avait fait ça en douceur, revenant au sujet par petites touches, de plus en plus régulièrement.
Mais comme elle l'avait toujours fait, Blair s'était enfoncée la tête dans le sable, refusant de penser au jour où elle devrait vivre sans sa bonne Dorota.
Chuck avait tenté d'aborder la question, argumentant qu'elle ne rajeunissait pas et avait bien mérité de se reposer un peu à soixante ans, ce n'était plus un âge pour supporter la vie trépidante qu'ils lui faisaient mener, mais il s'était fait remettre vertement à sa place à chaque tentative.
A présent, au pied du mur, elle ne pouvait plus faire semblant que ça n'arriverait jamais. Dorota avait enfilé son uniforme et son tablier pour la dernière fois la semaine précédente. Il y a huit jours exactement.
Elle partait voir ses parents. Sa famille la rejoindrait dés que Vanya et les enfants seraient en congé. Ce serait probablement la dernière fois qu'Anna et Léo auraient l'occasion de fêter Noël avec leur grand-mère maternelle, celle-ci étant très malade.
Dorota n'avait pas remis les pieds en Pologne depuis des années, de trop longues années avait-t-elle regrettée. Blair n'avait pas la cruauté de l'empêcher de s'y rendre. Elle n'aurait pas pu de toute manière puisqu'elle n'était plus son employée.
Depuis, la maîtresse de maison broyait du noir et était inconsolable.
Bien sur, la Polonaise reviendrait bientôt dans le Queens, la vie de ses enfants était ici.
Blair pourrait la voir quand elle voudrait, Dorota serait heureuse de partager du temps avec elle, mais plus de la même manière. Elle ne la verrait plus systématiquement tous les jours.
Le départ à la retraite de sa fidèle domestique n'était que le dessus de l'iceberg qui lui faisait véritablement prendre conscience qu'elle finirait par perdre, un jour où l'autre, ceux auxquels elle tenait.
Eléanor elle-même avait été hospitalisée l'an dernier. Heureusement tout s'était bien passé. Mais c'était maintenant Cyrus qui avait quelques problèmes de santé, qui ne s'arrangeraient certainement pas avec l'âge.
Son père avait pris un sacré coup de vieux à la mort de Roman, paix à son âme.
Le véhicule stationna devant leur demeure et Arthur ouvrit la portière.
Lui aussi les quitterait au printemps prochain.
Les employés des Bass pouvaient se permettre une retraite précoce et prévoyaient de bien profiter des années qui leur restaient.
Le chauffeur, pour sa part, avait décidé de s'installer dans l'Oregon, d'où il était originaire, le long de l'eau, avec ses cannes afin de fuir la circulation des grandes villes trépidantes.
Chuck ferait certainement moins le fier quand l'heure serait réellement venue de lui dire adieu !
Ils pénétrèrent dans la masure silencieuse.
Tous leurs enfants vivaient leur vie ce soir.
Dire qu'elle avait dû se battre avec lui pour qu'il accepte de laisser respirer les jumelles. Pour un peu, il leur aurait acheté une ceinture de chasteté.
Il aurait dû savoir, mieux que quiconque, qu'il se trouvait toujours un mauvais garçon pour en faire sauter la serrure.
Il le savait sans doute un peu trop ! se sourit-elle, finalement.
Ils dînèrent de plats livrés que son mari avait eu la prévoyance de commander avant de partir la récupérer à la marre aux canards.
Le caviar et les poissons fumés de chez Petrossian avaient le don de la revigorer.
Ils s'installèrent ensuite, blottis l'un contre l'autre, sur le canapé devant le feu de cheminée, pour y déguster du champagne et des fraises au chocolat.
Chuck la colla un peu plus contre lui et elle se lova mieux contre son corps, sous la couverture.
- J'ai organisé un cast demain après-midi pour l'embauche d'une nouvelle femme de charge, l'informa-t-il. Est-ce que tu seras là ? Ou bien devrais-je m'en charger moi-même ?
- Je serai là, soupira-t-elle.
Ils ne pouvaient manifestement pas vivre dans ces conditions une semaine de plus. La chambre de Lola était un véritable capharnaüm et le reste de la maison était dans un triste état. Elle se rendait mieux compte de la tâche quotidienne de Dorota et de la raison qui la poussait à s'arrêter là.
- Parfait, elles débarqueront à partir de 14h30. Ainsi, ça nous laisse le temps de déjeuner tranquillement à l'Opia.
Elle sourit, c'était le restaurant préféré de Lisa.
Il avait certainement envie de se faire pardonner pour quelque chose.
- Ben vient nager avec vous ?
- Non, il reste chez Lily jusqu'en début de soirée. Elle veut les emmener au MoMA.
- Très bon choix, approuva la brune.
La porte s'ouvrit sur Lola et Scott qui rentraient du cinéma. Le jeune homme pâlit quand il aperçut Chuck sur le sofa comme sa petite-amie le traînait dans la pièce principale.
- Monsieur et Madame Bass, balbutia-t-il.
- Scott, répondirent-ils en même temps.
Le jeune homme jeta un œil à sa montre et s'excusa rapidement mais néanmoins poliment.
Lola le raccompagna à la porte puis revint dans le salon.
- Mmm, des fraises au chocolat, s'exclama la jeune-fille guillerettement en picorant dans le plat avant de s'installer en face d'eux pour leur raconter sa soirée.
La partie passée sur les sièges à l'arrière de la limo de Scott en moins bien entendu !
Heureusement, le jeune fille avait lu le synopsis et Janice était allée voir le film la semaine précédente.
*****
Vendredi 26 juin 2037 : 20h41
Lola et Lisa descendirent les escaliers l'une derrière l'autre et entendirent Dorota hoqueter depuis un des fauteuils du salon.
Chuck et Blair n'en menaient pas plus large.
Elles avaient opté pour une robe bustier similaire, l'une crème, l'autre lilas, qui affinait encore leurs tailles et mettait en valeur leur poitrine. Un bandeau de couleur assortie retenait leur chevelure sombre et leur maquillage était parfait, naturellement.
- Vous êtes super belles, s'exclama Ben qui partageait l'avis général, assit entre ses parents sur le sofa.
Non, qu'il n'ait l'habitude de voir ses sœurs dans des tenues somptueuses mais l'effet était encore plus saisissant maintenant qu'elles étaient habillées de la même façon.
Les filles avaient perdu cette habitude il y a déjà longtemps. Leur personnalité et leur indépendance faisant chemin dés leur pré-adolescence.
Les traits des jeunes-filles n'avaient rien à envier à ceux de leur mère et ne pouvaient la renier, même si elles avaient les yeux de leur grand-père paternel.
Chuck avait toujours été un peu hébété devant la complexité de ce fait. C'était étrange de retrouver les prunelles de Bart en ses filles, qui ressemblaient tant à Blair.
Et ce soir plus que jamais. Elles étaient magnifiques et avaient le port altier des Waldorf - Bass sur leurs Stiletto de huit centimètres. Comment allaient-elles réussir à danser avec ça ce soir ? Ça restait un mystère.
Il ne parvenaient pas à croire qu'elles en étaient déjà à leur bal de promo. C'était hier qu'il les promenait dans ses bras chacune leur tour en plein milieu de la nuit dans l'espoir de grappiller quelques minutes de sommeil supplémentaire.
Il sentit la main de Blair glisser dans la sienne alors que leur fils cadet s'élançait vers la porte pour aller ouvrir à la place d'Hilda, leur nouvelle femme de ménage, que le garnement adorait. Accessoirement, une nièce de Dorota, qu'elle avait ramenée avec elle de Pologne deux ans plus tôt.
La vieille femme venait souvent passer une soirée avec eux quand Vanya travaillait tard. Anna vivait en Floride avec son mari et ses enfants à présent et Léo avait choisi de renouer avec ses racines européennes, il était professeur à l'université de Varsovie.
L'ex - mais toujours fidèle - employée se sentait donc un peu seule, même si Hilda vivait chez elle. De plus Miss Blair n'était pas la seule qui ait eu du mal à gérer son départ à la retraite. Il était donc régulier que Dorota passe par la maison des Bass et dîne avec eux en l'absence de son époux.
Elle était comme une grand-mère supplémentaire pour Ben qui n'aurait pas la chance de mieux connaître sa grand-mère Ève. Cette dernière s'était éteinte en octobre suite à une très grave maladie fulgurante. Ça avait été très dur pour son papa et pour grand-père Bart. Le petit homme avait alors pris conscience du fait qu'il perdrait un jour ses parents lui aussi. Le plus lointain possible, espérait-il.
La porte d'entrée tourna sur ses gonds et Scott passa devant lui en lui faisant un clin d’œil. Le gamin aimait beaucoup le jeune homme qui était le petit-ami de Lola depuis longtemps maintenant. Le couple de jeunes gens le trimbalaient souvent avec eux quand ils allaient au parc et une réelle complicité existait entre eux.
Scott salua respectueusement ses futurs beaux-parents. Avec le temps, il avait appris à ne plus trop craindre le grand Chuck Bass, qui de son côté s'était fait une raison. Il avait bien été obligé d'accepter qu'il ne pourrait pas tenir ses filles, si délicieuses et gracieuses, éloignés des mâles de leur entourage bien longtemps.
Ou peut-être était-ce la gente masculine qui aurait dû être préservée de Lisa Bass ?
Si le cœur de Lola avait sélectionné Scott assez rapidement, celui de Lisa, lui, prenait son temps. Le jeune femme préférait ne rien prendre au sérieux pour l'instant et changeait de petit copain environs tous les trois mois (c'était son record) Elle n'avait du reste, que l'embarras du choix.
Ce soir, c'est Justin Donovan, le capitaine de l'équipe de Basket de l'université de Columbia (et en passe d'exploser le record de Lisa) qui avait l'honneur d'être son cavalier pour le bal de fin d'année de la promotion 2037 de Constance/St Jude.
Il se présenta sur le seuil, peu après Scott et retint son souffle devant sa dulcinée, plus en beauté encore qu'à l'ordinaire (si c'était possible) et le regard d'aigle de son père, dont la réputation d'ogre l'impressionnait beaucoup.
- Madame Bass, Monsieur Bass, les salua-t-il cérémonieusement et respectueusement.
Chuck lui répondit par un petit signe de tête, ses yeux sombres le transperçant de part en part, tout en se levant, alors que les jumelles se pressaient déjà pour dire au revoir à leurs parents.
Mieux valait éviter à Justin un interrogatoire en règle.
C'était la première fois que Lisa présentait réellement un de ses petits copains à son père et elle se souvenait parfaitement de l'expérience du pauvre Scott qui avait été passé sur le grill pendant plusieurs heures avant de pouvoir emmener Lola à la patinoire.
Elle voulait éviter ça au beau capitaine de Basket. Et surtout, qu'il ne s'enfuit après avoir eu affaire à son paternel. Elle ne savait pas exactement ce que c'était mais, il y avait quelque chose chez le beau blond qui lui donnait envie de prendre les choses un peu plus à cœur avec lui.
- Bonne soirée, leur souhaita leur mère en les embrassant tendrement mais pas trop longuement pour ne pas leur faire honte et ne pas froisser leurs tenues.
- Merci, à vous aussi, répondit Lisa en enlaçant également son père.
- Amuse-toi bien et soit prudente, chuchota-t-il dans le creux de son oreille.
Il ne put s'empêcher de la retenir encore une seconde dans son embrase.
Ses filles étaient encore plus sublimes qu'à l'ordinaire ce soir et il ne pouvait éviter de penser qu'elle quitterait le nid, à l'instar d'Henry, beaucoup trop tôt.
- Ne t'inquiète pas, je suis une grande fille maintenant. Je t'aime, glissa tout bas Lisa avant de se libérer de son étreinte.
Lola n'attendit pas et l'embrassa à son tour, avant qu'il ne puisse la mettre en garde, elle murmura à voix basse pour que personne d'autre que lui ne puisse l'entendre.
- Moi aussi, je t'aime mon petit papa. Ne nous attendez pas surtout.
Comme s'il allait seulement pouvoir fermer l’œil avant d'être certain qu'elles étaient bien en sécurité dans leur chambre respective !
Ce serait à coup sûr une nuit blanche pour lui.
Il laissa Lola s'écarter de lui à regret et le bras de Blair s'accrocha à sa taille.
Il tourna la tête vers elle et rencontra ses prunelles noisette, qui trahissaient la même émotion que lui à la vue de leurs oisillons qui s'étaient transformés en cygnes majestueux.
Scott en profita pour récupérer sa cavalière et lui offrir la fleur de poignet blanc cassé qu'il avait choisi pour elle en cette occasion, avant de faire ses adieux à l'homme qui lui avait promis un jour qu'il le tuerait de ses propres mains s'il rendait sa fille malheureuse, mais qu'il avait plus ou moins réussi à amadouer depuis.
Du moins, l'espérait-il car il avait prévu de demander à Lola de l'épouser bientôt.
Justin glissa également un corsage, qui se mariait parfaitement avec sa robe parme, au poignet délicat de Lisa avant de l'escorter jusqu'à la limousine des Bass qui les attendait stationnée le long du trottoir, sous le regard d'avertissement, limpide, du grand Chuck Bass, qui lui promettait de faire de sa vie un enfer sur terre s'il s'avisait de briser le cœur de sa petite fille chérie.
Luigi, le nouveau chauffeur, avait reçu des consignes strictes de la part de celui qu'il remplaçait.
Toujours adopter une conduite défensive et ne jamais vouloir gagner du temps au mépris de la sécurité des passagers.
Plus une autre qui lui avait déjà été bien utile.
Toujours remonter l'obturateur et augmenter le volume de la radio quand Monsieur ou Madame Bass demandent à faire le tour du parc pendant plusieurs heures d'affilées.
*****
Para 49
Mardi 15 juin 2060 : 9h49
La limousine s'arrêta le long de la chaussée et le chauffeur quitta le véhicule pour ouvrir la portière aux passagers. Nul besoin de se presser cependant, il était bien plus rapide que ses employeurs.
Il était néanmoins impressionné par la férocité du regard et l'autorité naturelle que l'homme en costume foncé dégageait et n'aurait pas osé déroger à ses ordres.
Ce dernier quitta à son tour la voiture et adressa un petit signe à Luigi pour le stopper alors qu'il s'empressait déjà au devant de la vieille dame pour l'aider à s'en extirper.
Quelque soit son âge, sa femme n'acceptait pas d'être traitée comme une impotente.
Elle glissa sa main dans celle de son mari, qui l'attendait patiemment sur le trottoir et se redressa de toute sa hauteur, s'appliquant à corriger la posture de son dos très légèrement voûté, elle s'avança le port fier et altier, même si elle avait perdu quelques centimètres. Ce n'était pas comme si elle avait jamais été grande, de toutes façons.
Elle resserra sa capeline autour d'elle et sentit le bras de son mari épouser la forme de son corps, la maintenant fermement contre lui. Elle accrocha ses phalanges à son flan opposé pour traverser le bitume alors qu'il la guidait vers l'endroit de Central Park où ils se recueillaient chaque année.
Les visites de Chuck s'étaient espacées avec le temps mais la date restait un souvenir qu'ils souhaitaient commémorer car il faisait partie de leur histoire.
Une fois de l'autre côté, ils restèrent quelques instants silencieux, leurs doigts toujours noués les uns aux autres. Elle s'absorba dans la contemplation des rayons du soleil qui jouaient avec les facettes du diamant qui ornait l'anneau d'or, jouxtant son alliance.
Elle y était depuis plus de trente ans maintenant, elle sourit en repensant au temps qu'il avait fallu avant qu'elle ne soit à son annulaire. Tant de semaines et de mois, d'années, de larmes versées et d'épreuves traversées pour y parvenir.
Et pourtant elle ne regrettait rien. Enfin, presque rien, se dit-elle en admirant les pivoines mauve que son époux venait de déposer et dont les pétales ondulaient sous la brise légère.
D'un geste de la paume de sa main entre ses omoplates, il apaisa cette ancienne douleur qui s'était lentement érodée mais ne disparaîtrait jamais complètement. Et c'était pour le mieux. Elle ne voulait pas se séparer de ce pincement au cœur qui lui rappelait tout ce qu'ils avaient dû surmonter pour en arriver là. Tout ce qu'ils avaient perdu dans la bataille.
Ils avaient lutté contre le sort et ils avaient gagné. Gagné leur droit au bonheur. Bien sûr ce n'avait pas été sans nuage. Ils étaient Chuck et Blair, Blair et Chuck. Il y avait eu des complots, des angoisses, des jalousies, des disputes, des cris, des pleurs, des déclarations d'amour et de guerre, des larmes de peine et de joie. Tellement de joie et de moments heureux qui éclipsaient tous les autres.
Au final, quelques soient les événements, heureux ou malheureux, ils se retrouvaient toujours poussés l'un vers l'autre, comme des aimants, magnétiquement, irrémédiablement. Comme les deux parties d'un seul et même noyau qui ne pouvaient être dissociées.
Parfois, elle se demandait où se situait la frontière entre Blair Waldorf et Chuck Bass, mais elle ne pouvait jamais la définir. Après tant d'années passées à s'aimer, il lui était difficile de savoir si elle faisait telle ou telle chose parce qu'elle l'aimait elle-même ou parce qu'elle savait qu'il aimait et qu'elle aimait quand il aimait.
Leurs désirs étaient comme leurs âmes, confondues l'une en l'autre. Et elle avait renoncé depuis pas mal de temps à se poser des questions. Elle voulait juste profiter du temps qu'il lui restait encore avec lui, avant qu'ils ne passent dans un autre univers.
Elle espérait secrètement et égoïstement qu'elle partirait avant lui, parce qu'elle ne pensait pas survivre bien longtemps ici bas sans lui de toute manière et qu'elle savait par expérience quel calvaire c'était de vivre sans lui à ses côtés.
Elle n'ignorait pas que l'inverse était également vrai.
Chuck l'observait du coin de l’œil, délibérer avec elle-même sur lequel des deux quitterait ce monde le premier.
Ce serait lui, il en était certain. Elle finirait par le tuer !
Même encore aujourd'hui, après tant d'années de vie commune, elle ne cessait de le surprendre et de le rendre fou. Bien entendu, ça n'avait plus rien à voir avec la passion charnelle dévorante qu'ils avaient connu même s'ils n'avaient pas à se plaindre de cette facette de leur mariage comparé à la plupart des gens de leur génération.
Le vent emporta une de ses boucles argentées et il la ramena tendrement derrière son oreille gauche, caressant amoureusement son menton par la même occasion. Il était content qu'elle ne s'obstine plus à les camoufler sous une teinture. Elle ne l'avait pas fait longtemps, d'ailleurs.
Au diable ce que les autres pouvaient penser. Il la préférait quand elle affirmait son tempérament et il n'était pas dans le style de Blair Waldorf de se laisser dicter sa conduite. Elle était celle qui imposait les règles et non le contraire.
Ses prunelles sombres croisèrent les siennes. Les petites rides aux coins de ses yeux n'avaient rien ôté à l'intensité de son regard noisette quand elle les posait sur lui où sur leurs enfants.
- Je t'aime Waldorf, déclara-t-il en l'embrassant.
- Je t'aime Bass, répondit-elle en posant le bout de ses phalanges sur sa pommette ridée.
Il n'avait rien perdu de sa prestance et de son assurance. Seul ses cheveux avaient pris la couleur de l'ardoise et s'accordaient encore plus parfaitement avec les tons lilas qu'il utilisait toujours pour ses cravates ou nœuds-papillons et pour ses chemises.
Il se fichait que ce soit à la mode ou non. Personne ne définissait qui était Chuck Bass à part lui ... et elle-même.
Car il n'y avait pas de Chuck Bass sans Blair Waldorf et inversement.
- Il est temps d'y aller si on ne veut pas être en retard, murmura-t-elle.
Il hocha la tête et ils revinrent sur leurs pas pour rejoindre la limousine.
Ce n'était plus celle où leurs corps adolescents s'étaient enflammés. Le véhicule avait fait son temps depuis longtemps. Elle n'appréciait pas autant ce nouveau modèle. L'ancien lui était bien plus familier.
Elle y pénétra la première et vint se blottir contre lui dés qu'il y fut assis à son tour, laissant sa tête aller dans le creux de son épaule comme elle le faisait depuis toujours, son esprit dérivant à nouveau vers ses souvenirs.
Elle savait que ce jour en serait rempli.
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Mardi 15 juin 2060 : 10h28
- Monsieur et Madame Bass, c'est un réel honneur de vous accueillir parmi nous aujourd'hui, s'exclama le recteur de St Jude depuis l'estrade où il devait procéder à la cérémonie, en inclinant la tête.
La nouvelle aile dédiée aux étudiants en art n'était certes pas étrangère à son accueil chaleureux. Quoique, recevoir le couple prestigieux n'était jamais pour passer inaperçu dans les médias et aucun événement ne se privait de la bonne publicité qu'ils apportaient toujours sur leur passage.
Élite de l'élite parmi les personnalités importantes de l'Upper East Side. L'empire Bass s'étendait aujourd'hui sur tous les continents sans aucune exception et la fortune colossale du groupe familial se mesurait avec les plus grands noms internationaux.
Chuck afficha son petit rictus personnel, celui là non plus, il ne l'avait pas perdu. C'était toujours sa marque de fabrique. (En réalité, il avait été dupliqué par sa descendance) Il était loin le temps où il faisait le mur avec Nate pour aller fumer de la marijuana, ou toute autre substance qui pouvait passer à porter de leurs mains, dans une ruelle toute proche.
Monsieur Porter s'éclaircit la gorge avant de commencer son laïus. L'école était toujours jumelée avec celle de Constance et la remise des diplômes de fin d'études se faisait toujours conjointement.
Blair applaudit avec enthousiasme lorsque son petit-fils rejoignit le principal derrière le micro. Il avait été choisi pour faire le discours de fin d'année académique 2060 et ça la remplissait d'une fierté non dissimulée.
Son mari pouvait sentir la joie et l'excitation qui l'animaient depuis qu'elle s'était levée le matin. Elle était impatiente de voir Brad prendre la parole. Elle avait eu le privilège de lire l'exposé du jeune homme en exclusivité. L'aîné de leur petits-enfants était très proche d'elle.
Il vit Henry se rengorger et chuchoter quelques mots à l'oreille de Beverly alors que leur fils commençait la lecture de ses écrits.
Chuck était fier lui aussi, fier de tous ses héritiers sans exception.
Henry travaillait avec lui, ici, à New York et s'était installé dans le bureau adjacent au sien quand Bart, paix à son âme, l'avait laissé vacant.
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Lundi 23 août 2038 : 16h41
Henry Bass dégringola prestement les marches de l'escalier escamotable du jet de BI. Il était heureux de retrouver sa ville après un été passé à bourlinguer.
Il avait décroché son master en économie en juin - Avec mention svp ! - et avait décidé de s'octroyer un peu de bon temps avec Beverly loin du stress de la grosse pomme.
Sa jolie future fiancée avait pris la direction de Madrid où elle devait rejoindre ses parents avant de rentrer également, la semaine suivante.
Le jeune homme s'installa dans la limousine après avoir saluer Luigi tandis que ce dernier s'occupait de ses bagages.
- Déposer moi à BI, commanda-t-il au chauffeur.
Il n'était pas spécialement pressé de rejoindre leur appartement vide. Par contre, il avait besoin de voir son père. Premièrement, parce qu'il ne l'avait pas vu depuis qu'il avait empoché son diplôme et qu'il lui manquait beaucoup même s'ils s'étaient vus et entendus à plusieurs reprises. Deuxièmement, parce qu'il avait besoin de ses conseils avisés pour l'orchestration de sa demande à Beverly quand elle atterrirait sur le sol américain.
Henry passa la réception et se dirigea droit vers les ascenseurs pour atteindre l'étage de direction et le bureau de son père.
- Entrez, répondit ce dernier quand il frappa à la porte après avoir vérifié son agenda auprès d'Allan, le nouveau secrétaire.
Un immense sourire s'étala sur les traits de Chuck quand il vit se dessiner la silhouette de son fils dans l'embrasure de la porte.
- Papa, s'exclama-t-il avec chaleur comme il enlaçait celui-ci.
- Tu as fait bon voyage ?
- Excellent, répondit Henry.
Son père se dirigea vers le bar et sortit deux verres qu'il posa sur la table pour y verser une rasade de liquide ambré.
- Content de te revoir parmi nous, dit-il en en tendant un à son fils.
- Moi aussi, reconnut le jeune homme.
Ils s'assirent dans les fauteuils en cuir et échangèrent quelques banalités et informations sur l'été de l'un et de l'autre.
Bien entendu, sa mère était en pleine préparation pour la fashion week.
La conversation dévia vite sur Beverly et Henry en profita pour exposer ses idées à son paternel qui approuva pleinement et lui recommanda la bijouterie Harry Winston, sans la moindre hésitation.
La porte communicante du bureau de son grand-père s'ouvrit bientôt et le jeune homme changea de sujet, voulant garder le secret.
Les relations entre Bart et lui étaient revenues à la normale peu après la naissance de Benjamin et Henry en était très heureux. Son père avait raison, il aurait été stupide de se priver de bons moments en compagnie du vieil homme et de lui tenir rigueur pour des choses survenues longtemps auparavant et qui ne le concernaient pas directement.
D'autant qu'il se rendait parfaitement compte qu'effectivement, même le grand Bartholomew Bass ne serait pas éternel.
Il resta cependant un peu ébahi quand l'homme aux yeux d'acier lui annonça qu'il quittait la compagnie familiale.
- Mon bureau est à toi, conclut son grand-père.
Henry dévisagea tour à tour ce dernier et son paternel.
- Si tu as changé de perspective d'avenir ... entama Chuck devant l'attitude réservée de son fils.
Il avait toujours présumé qu'il viendrait travailler avec lui dans l'entreprise familiale, le jeune homme y avait d'ailleurs fait plusieurs stages pendant ses études mais, il avait peut-être réalisé qu'il voulait faire autre chose de sa vie maintenant qu'il était au pied du mur.
- Bien sûr que non ! affirma Henry.
Il voulait travailler aux côtés de son père depuis aussi longtemps que remontait ses souvenirs d'enfant. Il n'avait juste pas intégrer que ce serait pour emménager dans le bureau de son grand-père.
- Tu ne croyais pas que tu aurais un bureau au sous-sol tout de même ? s'étonna Chuck, déchiffrant à présent ce qui se tramait dans le cerveau de son fils aîné.
- Non, c'est juste que ...
- Tu ne me jettes pas dehors, le rassura son aïeul. Je quitte le navire parce qu'il est temps pour moi de tirer ma révérence.
Il ne précisa pas que depuis qu’Ève avait quitté cette terre, il n'avait plus vraiment goût à rien et encore moins aux affaires. Il avait continué à venir au bureau parce que ça lui donnait un but et une raison de se lever tous les matins mais il avait dépassé ce stade à présent. Il n'aspirait plus qu'à se reposer.
- Et n'imagine pas que ça te dispense d'assister aux matchs des Rangers avec ton vieux grand-père surtout ! plaisanta-t-il.
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Mardi 15 juin 2060 : 10h34
Henry avait donc intégré BI à la place qui lui revenait de droit mais n'avait malheureusement pas eu l'occasion d'aller voir une autre saison complète de la célèbre équipe de hockey sur glace New-Yorkaise car Bart était décédé avant la fin de l'année, emporté par un cancer qu'il avait soigneusement caché à sa famille.
Chuck lui en avait énormément voulu de ce dernier mensonge mais ça correspondait finalement bien au tempérament de son père, surtout sans sa mère biologique pour le pousser dans la bonne direction.
Benjamin avait également rejoint les rangs de BI des années plus tard mais avait choisi de partir vivre sur le continent Océanien pour succéder à Jack qui avait su profiter de la seconde chance qui lui avait été offerte avec un foie en bon état.
Le plus jeune de héritiers Bass avait été globe-trotter avant de finir par se fixer en Australie et d'y trouver l'amour. L'arrivée de la dernière de leurs petites-filles était prévue pour le mois d'octobre et Blair avait d'ores et déjà organisé leur voyage.
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Samedi 6 octobre 2040 : 9h14
Benjamin Bass poussa une dernière fois l'eau sous son abdomen et le bout de ses phalanges toucha le rebord du bassin.
- 58'07, déclara son père en lisant le chrono.
Ben arbora un sourire en haletant. Il venait de battre son propre meilleur temps de deux centièmes de secondes.
- Bravo, le complimenta son frère qui se tenait aux côtés de leur paternel.
Le gamin pouvait lire la fierté dans leur yeux à tous les deux et ça gonfla encore son orgueil.
Ils venaient à la piscine tous les samedis matins depuis aussi longtemps qu'il s'en souvenait.
L'adolescent de treize ans aimait ces moments entre hommes. Ils étaient très complices tous les trois. Mais Henry ne vivait plus à la maison et, bien qu'il voit leur père tout les jours à BI depuis qu'il occupait le bureau qui était autrefois celui de grand-pa Bart, ce n'était pas le cas pour les deux frères.
Le gamin n'en n'appréciait que plus ces moments à trois où il ressentait pleinement le fait de faire partie intégrante du clan Bass.
Il en était un, pour sûr, mais il était aussi le petit dernier et partout où il allait, tout le monde savait déjà ce que ça voulait dire. Son père et son frère avaient déjà tracé le chemin pour lui.
Il avait quelque fois du mal à s'imposer en tant que Benjamin et cherchait souvent un moyen de se faire reconnaître par son seul prénom.
Le jeune garçon en avait parlé avec son père, un jour où celui-ci s'était aperçu que quelque chose ne tournait pas rond. Ils étaient assez proches mais rien de comparable à la complicité qui unissait son grand frère à leur géniteur. Le plus jeune avait d'abord craint de le désappointer ou qu'il ne se mette en colère devant sa confession.
Cependant, ce dernier lui avait expliqué qu'il était impossible qu'il soit jamais déçu par lui et que c'était à lui de trouver sa propre voix et de faire ses choix. En tant que Benjamin Bass et non Bass ou Benjamin tout court.
Il avait donc décidé d'appliquer ce conseil à la lettre et depuis, tout allait un peu mieux.
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Mardi 15 juin 2060 : 10h42
Lisa, elle, s'était expatriée à Paris. Elle s'était installée dans la capitale française avec sa grand-mère, après le décès de Cyrus. Justin était allé la rejoindre au bout de six mois. Ils avaient rompu un nombre de fois incalculable mais quoi qu'ils fassent, ils revenaient au final l'un vers l'autre.
Chuck et Blair n'avaient décemment pas pu condamner leur union, seulement espérer qu'elle finirait de la même manière pour leur fille aînée que pour eux. Ce qui était le cas. Lisa avait donné naissance à deux enfants, Jonathan, quinze ans et Christopher, dix ans et nageait en plein bonheur conjugal.
Elle gérait Waldorf Designs depuis la capitale française tandis Lola le faisait depuis Manhattan.
Les jumelles avaient suivi des cours de stylisme à la prestigieuse école Parsons, la même qu'Eléanor. Ce qui avait ravi leurs parents car ils avaient pu les garder à la maison un peu plus longtemps puisque l'établissement était situé à New York.
Lola avait été la dernière à partir bien qu'elle soit fiancée à Scott depuis plusieurs années. Elle avait refusé de l'épouser tant qu'elle n'avait pas terminé ses études et fait ses preuves. Elle voulait être Lola Bass avant d'être Madame Scott Thenborow.
Chuck s'était mordu la langue pour éviter tout commentaire alors que Blair dardait sur lui un regard d'avertissement flamboyant.
Leur cadette était elle-même maman de jumelles, (il y avait tout même une certaine forme de justice en ce bas monde !) Èvy et Léa auraient douze ans dans deux mois et Bart, huit ans à la rentrée.
Petit à petit son épouse avait lâché les rennes de WD pour passer le flambeau à leurs filles, qui avaient décidé de perpétuer le nom de leurs grands-parents maternel à travers les générations.
Il comptait bien faire la même chose avec BI prochainement. D'ailleurs, c'était déjà fait dans la pratique. Il assistait toujours aux réunions du conseil d'administration mais c'était ses fils qui se chargeaient de tout le gros du travail réel.
Ils se demandait parfois pourquoi ils persistaient à lui soumettre leurs idées quand ils savaient pertinemment qu'il leur faisait pleine confiance pour gérer leur héritage. Sans doute par respect envers lui.
Benjamin, particulièrement, avait toujours cette tendance à vouloir connaître son avis et obtenir son consentement, comme s'il avait besoin d'être rassuré sur ses décisions. Chuck avait prévu d'avoir une discussion à ce sujet avec lui lorsqu'ils iraient voir la petite dernière.
Il ne supportait pas qu'un de ses enfants puisse douter de ses capacités. Surtout quand ils étaient tous si intelligents et avaient un potentiel rempli de promesses de réussite. Le patriarche souhaitait éclaircir les choses avec son cadet avant qu'il ne puisse peut-être plus le faire.
Il applaudit également à tout rompre quand Brad déplaça le pompon de son mortier de la droite vers la gauche, après avoir reçu le précieux document des mains du recteur. Le premier de ses petits-enfants viendraient bientôt enrichir Bass Industrie d'une nouvelle recrue.
Ce dernier avait choisi Yale, en honneur à son arrière grand-père Harold et Blair avait même ressorti le polo de son propre père des cartons qu'elle conservait soigneusement dans un grenier de l'atelier.
«Au cas où » avait-elle dit en souriant.
Le fait est que tous leurs enfants avait choisi de poursuivre leur vie professionnelle dans le sillage de leurs parents, même s'ils aspiraient tous, d'une manière ou d'une autre, à se démarquer. Ils voulaient tous contribuer à leur héritage et ajouter une pierre à l'édifice.
Chuck ne doutait pas un instant que leurs petits-enfants feraient pareil. Cependant, il n'exerçait aucune pression sur eux. Il souhaitait de tout son cœur qu'ils choisissent cette voie mais ne voulait rien leur imposer. Si certains d'entre eux préféraient faire autre chose, libre à eux. Il avait toujours refusé de les faire entrer dans un carcan qui les ligoteraient à BI.
Blair avait adopté la même tactique et les mêmes espérances et avait été plus que ravie quand Lisa et Lola avaient signifiées qu'elles désiraient intégrer WD.
Bien sûr la distance était parfois difficile à supporter mais quand on s'appelait Bass, le monde vous appartenait, y compris les jets qui pouvaient vous faire faire le tour de la planète.
Quoi qu'il en soit, leurs enfants avaient été élevés en véritable New-Yorkais et, rite oblige, Blair veillait à ce que chacun soit présent lors du repas de Thanksgiving pour lequel elle mettait toujours un point d'honneur à préparer la tarte au potiron d'Harold avec l'un de ses enfants ou petits-enfants.
La recette faisait partie des secrets de famille les mieux gardés de Manhattan et ne se révélait que dans la stricte intimité de la cuisine de leur maison. Pour sa part, le patriarche, se contentait de l'engloutir pendant ces repas où tous étaient réuni à la même table, sous le même toit. La réunion familiale s'étirant généralement jusqu'à Noël.
Il en était venu à apprécier les fêtes de fin d'années autant que son épouse. Qui l'aurait jamais cru ? Rien ne le comblait plus de joie que de voir toute sa famille lors de ces assemblées.
Il sentit la paume de son épouse s'insinuer contre la sienne. Il était certain de savoir à quoi elle pensait en cet instant.
« Tu ne peux plus fuir, cette fois. Tu vas devoir rester et écouter ce que j'ai à te dire ... Chuck Bass, je t'aime ... Je t'aime à un tel point ... que ça me consume entièrement. Je t'aime tellement ... et je sais que tu m'aimes aussi ... Je t'en prie, dis-moi que tu m'aimes. Dis-mois que tout ce qu'on a vécu, que tout ce qu'on s'est infligés, tous ces mensonges, toutes ces trahisons, toutes ces disputes, avaient une raison d'être. Dis-moi que ce n'étaient pas pour rien. Dis-moi que tu m'aimes. »
- Je t'aime aussi, chuchota-t-il à son oreille.
Elle frissonna quand il murmura ses mots tout contre son lobe. Comme elle frissonnait à chaque fois qu'il les prononçait et entrelaça ses phalanges gauches aux siennes, touchant par réflexe du bout de son index droit, la broche en forme de papillon, composée de diamants et de deux rubis rose, qu'elle portait sur son cœur.
Chuck la lui avait offerte lors de la Saint Valentin qui avait suivi la naissance de Benjamin.
Elle avait bel et bien fait mentir l'adage, finalement !
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