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Série : Chicago P.D.
Création : 08.02.2017 à 21h25
Auteur : Emilie1905
Statut : Terminée
« Et si Erin s'était réfugiée dans les bras de Jay plutôt que dans l'alcool après la mort de Nadia » Emilie1905
Cette fanfic compte déjà 50 paragraphes
Après avoir déjeuné ensemble en terrasse, père et fils s’étaient arrêtés dans une librairie pour se procurer le livre que le collégien devait lire avant la rentrée. Julien voulait commencer le plus vite possible, il avait oublié qu’il aimant tant lire. Un plaid sur les épaules bien installé sur le canapé ou bien en profitant du soleil, il avait souvent un livre dans la main avant qu’il ne perde sa maman. C’était donc tout naturellement qu’il avait demandé à son père de le ramener à l’appartement.
Une fois rentrés, Jay s’assura une dernière fois que Julien avait tout ce dont il avait besoin. C’était la première fois qu’il laissait son fils seul, même s’il avait confiance en lui et qu’Erin ne tarderait pas, il ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter.
- Arrête de t’inquiéter papa ! Tu refermes derrière toi en partant, je reste à l’intérieur et quand tu reviendras, je serais toujours là.
- Tu bouges pas hein ?
- Promis ! Tu peux même me menotter si tu veux !
Jay rigola à cette image avant de se diriger vers l’entrée.
- Sois sage ! Je serais vite de retour.
Jay sortit de l’appartement, direction le box de stockage appartenant à la mère de son fils. Sur la route, il se demandait ce qu’il allait trouver dedans. Il pourrait être vide comme il pourrait être rempli de souvenirs douloureux et oubliés. Il ne s’était toujours pas pardonné d’avoir oublié l’existence de Julien mais il croyait du fond du cœur que ce box et son contenu pourrait être sa délivrance.
Une fois devant le bâtiment, il était tiraillé entre l’impatience et l’appréhension. Il prit son temps pour descendre de sa voiture puis s’annonça à l’accueil.
- Bonjour, Jay Halstead. J’aimerais avoir accès au box 0109 si c’est possible.
L’homme en face de Jay prit quelques minutes pour regarder dans le registre.
- Halstead votre nom ?
- Oui Monsieur.
- Vous avez déjà accès à ce box. Vous êtes inscrits sur le registre.
Jay se sentit bête, pourquoi n’avait-il pas pensé et même envisagé qu’il avait déjà accès au box ? Même s’il avait accès au box, il n’avait tout de même pas la clé pour y accéder.
- Excusez-moi mais je n’ai pas ma clé. Ça vous dérangerait de me l’ouvrir ?
- Non pas de soucis, suivez-moi.
Jay le suivit sans un mot non sans l’avoir remercié avant. L’homme lui ouvrit le box avant de s’éclipser pour lui laisser l’intimité dont il avait besoin. Une boule commençait sérieusement à se former au creux de son estomac. C’est la main tremblante qu’il attrapa la poignée du box pour remonter la grille et découvrir le contenu. Une fois ouvert, Jay n’entra pas directement, il resta sur le pas du box et observa ce qu’il pouvait voir d’où il se trouvait.
Il pouvait voir de vieux meubles, sûrement stockés là par manque de place, des cartons dont le contenu lui était encore inconnu, des bricoles pas vraiment rangées. Le box n’était ni en désordre ni saturé non plus. Il avait l’impression de rentrer dans l’intimité de quelqu’un puis se souvint qu’à une époque, c’était son intimité à lui aussi.
Il se décida finalement à entrer dans le box. Il ouvrit quelques cartons délicatement, ils contenaient pour la plupart des vêtements, certainement trop petits pour Julien. Il continua sa petite inspection sans trouver quoique ce soit d’intéressant. Il commençait à se dire que la boîte du rêve de son fils n’était que ça, un rêve.
Il arrivait au bout du box, il avait ouvert presque tous les cartons, il n’en restait que 2. Quand il ouvrit le premier, ses mains se mirent à trembler quand il comprit qu’il était rempli d’albums photos. D’une main non assurée, il ouvrit l’album le plus haut. Sur la page de garde se trouvait une photo de Jay entourant de ses bras une femme enceinte qu’il devinait comme étant la maman de Julien. Découvrir ces photos avec Julien lui tenait à cœur donc il décida de refermer l’album et le carton et le mis de côté.
Dernier carton. Jay souffla un coup avant de l’ouvrir, il espérait vraiment y trouver une boîte sans quoi ses souvenirs ne reviendraient jamais. Lentement, il souleva les rabats du carton et il échappa un soupire de soulagement en voyant une boîte en métal prendre presque toute la place. Il s’assura simplement qu’elle n’était pas vide avant de poser le carton sur le précédent.
Jay prit les deux cartons dans ses mains et après avoir lancé un dernier regard dans le box, le ferma et rejoignit sa voiture. Il envoya un rapide message à Erin pour la prévenir qu’il rentrait et se mit en route.
Jay, Julien et Erin étaient tous les trois assis, dans le salon, les cartons entre eux. Erin était à côté de son homme, sa main dans la sienne alors que Julien était en face d’eux.
- Tu les as déjà ouverts ? demanda le garçon.
- J’ai seulement vérifié que la boîte n’était pas vide et qu’il s’agissait bien de photos de toi, rien de plus.
Erin se sentait presque de trop dans ce moment de découverte. Père et fils avaient appris à vivre ensemble, à s’apprivoiser durant les derniers mois mais elle avait l’impression que ce soir, ils allaient réellement apprendre à se connaître, qu’ils allaient se découvrir. Ou plutôt que Jay allait découvrir son fils, à travers les contenus des cartons. Elle préférait s’assurer que sa présence de les dérangerait pas.
- Vous voulez que je vous laisse ?
Jay serra un peu plus fort la main de sa compagne pour l’inciter à rester.
- Reste là. Ce soir, c’est notre nouveau départ tous les trois.
Le silence s’installa de nouveau, la petite famille regardait les cartons sans réussir à se lancer. C’est Julien qui rompit finalement le silence.
- Tu veux commencer avec quel carton papa ?
- Je ne sais pas… fit-il dans un souffle.
- Tu ne sais pas où tu veux commencer ou bien tu ne sais pas si tu veux commencer ?
Jay regarda son fils et pu voir le regard blessé du garçon, ou du moins, c’est comme ça qu’il le perçut. Il n’arrivait cependant pas à comprendre pourquoi il était blessé. Il ne se rappelait pas avoir dit quelque chose de méchant à son encontre. Jay remarqua que le regard de son fils se remplissait de larmes.
- Qu’est ce qui se passe Julien ?
Le garçon mit quelques secondes avant de répondre à son père, cherchant ses mots pour ne pas le blesser.
- Il se passe que tu ne sais pas si tu veux faire la rencontre de ton fils et c’est assez blessant, lâcha-t-il d’un coup.
- Bien sûr que je veux faire ta rencontre à travers ces souvenirs ! Là n’est pas la question, du tout. Tout ce que je souhaite est de découvrir le bébé que tu étais.
- Je ne comprend pas pourquoi tu hésites à ouvrir ces cartons alors.
Jay voyait bien que son fils était blessé, il ne pouvait pas lui demander de comprendre ses réactions quand même lui ne le pouvait pas. Silencieusement mais d’un geste de la main, Jay invita son fils à s’installer à côté de lui.
- Ouvrons-le ensemble ce carton, si tu es d’accord.
Pour seule réponse, Julien se leva pour s’assoir à côté de son père et sortit le premier album photo qu’il plaça sur les genoux de Jay pour que tout le monde puisse le voir. D’une main hésitante ce dernier tourna la première page, comme il l’avait déjà fait quelques heures plus tôt. Il sentit Erin se raidir à ses côtés lorsqu’elle vit la photo de Jay et Justine et il pressa délicatement sa main pour la rassurer.
- Oh c’est maman et toi, fit Julien en découvrant la photo. Vous étiez jeunes à cette époque !
- Je ne te permets pas jeune homme, répondit Jay en chatouillant son fils.
Sur la page suivante se trouvait la première photo de Julien lorsqu’il est né. Il est peau à peau avec sa maman, il a l’air serein, pas paniqué par son arrivée sur Terre. Les larmes montèrent aux yeux de Jay, il avait manqué cet événement important dans sa vie de parent, il n’avait pas pu assister à la naissance de son fils. Même s’il savait qu’il servait son pays à ce moment-là, il était triste de ne voir cette photo que maintenant. Ils continuèrent à découvrir les photos de Julien quand il était enfant. On pouvait y voir la plupart de ses premières fois, ou du moins, on les imaginait. Beaucoup de photos dans cet album mais parmi elles se trouvaient une photo de Julien sous un mobile en bois, une autre où il fait de la gymnastique en étant sur le dos et voulant attraper ses pieds, et aussi une où il et sur le pot. Les pages défilent et les photos aussi. Jay est très ému par toutes ces photos, il regrette tellement de ne les voir que maintenant.
- Ne sois pas triste papa, fit Julien en venant faire un câlin à son père. Je sais pourquoi tu n’étais pas là quand j’étais petit, je ne t’en veux pas du tout. Tu n’as pas à t’en vouloir non plus, il ne faut pas vivre dans le passé.
- Je suis fier de toi mon grand. Ta maman a fait du bon travail, répondit Jay avec un petit sourire.
- Tu n’étais jamais loin.
Père et fils étaient toujours dans les bras l’un de l’autre et Erin en profita pour immortaliser ce moment. Ils avaient très peu de photos d’eux alors chaque occasion était bonne à prendre pour remplir l’album photo du présent.
Après la séance émotion autour des photos qu’ils ont parcourues, ils se décidèrent d’ouvrir la fameuse boîte. Il s’agissait d’une boîte rectangulaire en bois conçue spécialement pour être une boîte à souvenirs. Sur le couvercle, on pouvait y trouver une photo de Julien ainsi que son prénom et sa date de naissance : 19.01.2003 gravés.
Délicatement, Jay retira le couvercle pour découvrir le contenu. La première chose qu’il vit fut une enveloppe avec son nom dessus, il la sortit de la boîte sans l’ouvrir pour le moment. Il devinait que cette lettre avait été écrite par Justine et préférait la découvrir seul ou du moins pas devant tout le monde.
Julien plongea sa main dans la boîte et en ressortit une minuscule paire de chaussure.
- Mes chausssuuuures ! Ce sont les premières chaussures que j’ai portées, je m’en souviens ! Enfin je ne me souviens pas de les avoir portés, mais je sais que maman m’en a parlé.
- Elles sont super belles, intervint Erin pour la première fois depuis longtemps.
Jay prit les chaussures dans ses mains et les observa sous toutes les coutures, l’émotion toujours à fleur de peau. Il compara leur taille avec celle des pieds de Julien, une dizaine d’années plus tard.
- Ca a bien poussé, fit Jay en souriant à son fils.
Tous les trois sourirent à cette petite blague. Jay les reposa doucement à ses côtés pour continuer ses découvertes. Un petit bonnet bleu se trouvait également dans la boîte et vu une photo qu’il avait observé plus tôt, il devinait que c’était le premier bonnet de Julien, celui qu’il avait à la maternité. Pas très loin de ce bonnet, il trouva le bracelet de la maternité. Le petit bout de plastique sur lequel était inscrit le nom de son fils et sa date de naissance. Il y avait également la boîte d’un test de grossesse, Jay n’avait pas besoin de l’ouvrir pour savoir ce qu’il affichait.
- Tu ne l’ouvres pas ? demanda Erin pour le taquiner mais également pour cacher sa gêne.
Elle savait très bien comment Julien avait été conçu mais ça lui faisait bizarre de voir de ses propres yeux une partie de l’ancienne vie intime de Jay. Ce dernier secoua la tête en souriant pour seule réponse à la question de sa compagne.
Jay se reconcentra sur le contenu de la boîte, il y avait encore beaucoup à découvrir. Il trouva les photos des échographies, une feuille de papier où l’on pouvait voir deux petites mains à la peinture mais aussi ce qu’il devinait comme étant le premier dessin de Julien. Il y a avait aussi toute sorte d’autres objets, les cadeaux pour la fête des pères que Julien faisait à l’école par exemple.
A mesure qu’il sortait les différents souvenirs, des petits flashs revenaient. Jay ne savait pas encore si sa mémoire reprenait ses droits, il se fit la promesse d’en parler au Dr. Charles à sa prochaine séance.
Une fois la boîte vidée, Julien embrassa les deux adultes pour aller se coucher et Erin fila à la douche. Jay en profita donc pour ouvrir l’enveloppe qu’il avait découvert un peu plus tôt. Il s’installa confortement pour lire ces quelques lignes écrites d’une main délicate.
Cher Jay,
Si tu as entre tes mains cette lettre, c’est qu’il m’est arrivé malheur. Ça veut aussi dire que Julien est avec toi et c’est tout ce qui compte.
Avant toute chose, je veux que tu saches que je ne t’en veux pas. Je sais que tu vas t’en vouloir, quand tes souvenirs reviendront, mais moi, je ne t’en veux pas. J’espère que tu me croies, j’espère du fond du cœur que tu vas arrêter de t’en vouloir un jour.
J’ai eu très mal lorsque tu es revenu de la guerre, complètement changé. La dernière fois que je t’avais vu, sur ce quai d’embarquement, tu étais un autre homme. Tu étais déjà un père, un père aimant, un père très fier de son petit garçon, et moi, j’étais fière de voir le père que tu étais. Mais quand je t’ai revu, dans cette chambre d’hôpital, tu étais tout autre. Je ne veux pas remuer le passé dans cette lettre, ce n’est pas le but, je veux simplement te relater ce que j’ai ressenti de mon côté. C’est important pour ta guérison. Quand tu es revenu, tu n’étais plus toi-même, j’ai essayé de t’aider comme j’ai pu, mais ça ne suffisait pas. Je pouvais encaisser ton changement de comportement avec moi mais quand tu m’as accusée de t’avoir trompé, lorsque tu m’as accusé d’avoir eu un enfant avec un autre, ça en était trop pour moi. Mais je n’ai rien dit à ce moment-là, j’ai pris sur moi, encore, même si tout mon monde s’effondrait. Je ne suis pas partie, mais toi, tu l’as fait. Tu m’as crié dessus, tu as fait ton sac à la hâte et tu as claqué la porte derrière toi. Je ne t’ai plus jamais revu, tu n’es pas revenu sur tes pas. Tu n’as plus donné de signe de vie, mais je ne pouvais t’en vouloir, tout simplement parce que je ne savais pas ce que tu avais vécu là-bas.
Alors j’ai fait ce que toute mère aurait fait, j’ai continué à veiller sur notre fils. Je l’ai élevé avec de bonnes valeurs et surtout, je n’ai jamais oublié de conter quel homme était son père. Pas l’homme des derniers jours non, l’homme dont j’étais tombée amoureuse, le père qu’il avait été. Julien a toujours su qui était son père et il a toujours su pourquoi il ne pouvait pas être avec lui, il devait servir son pays. C’était important pour moi et je pense que c’est ce que tu aurais voulu, Jay.
J’ai abandonné l’espoir de te revoir, j’ai arrêté de croire que tu rentrerais mais il y a une chose dont je suis sûre. Un jour, tu rencontreras à nouveau ton fils. Et ce jour-là, tu auras cette lettre et cette boîte pour te rappeler de tous les moments de l’enfance de notre fils. Tu auras presque l’impression d’y être, je m’en suis assurée.
C’est à ton tour de prendre soin de lui, je te fais confiance là-dessus.
Je t’aime Jay, je t’ai toujours aimé.
Jay essuya une larme solitaire d’un revers de la main et replia soigneusement cette lettre. Il la rangea dans sa table de nuit là où il pourrait la relire quand il le voudrait. Il décida d’aller se coucher, même s’il doutait pouvoir trouver le sommeil. C’était une journée éprouvante mais il n’en regrettait pas une seule seconde.
Un mois plus tard, il était l’heure d’accompagner Julien pour son premier jour de collège. Il avait finalement eu le temps de faire tout le travail qu’on lui avait demandé pendant les vacances.
- Julien, il faut vraiment que tu dépêches, cria Jay depuis l’autre bout de l’appartement.
- Je fais ce que je peux !
Le jeune homme était devant la vitre de la salle de bain entrain de fermer sa chemise blanche. Il s’était emmêlé dans les boutons et avait du tout recommencer. Il vérifia ensuite sa coiffure, il voulait faire bonne impression, avant d’aller prendre son petit déjeuner.
Quand Jay vit son fils arriver, il en eu le souffle coupé, qu’il était élégant avec cette chemise.
- Des pancakes ? demanda-t-il finalement.
Pour toute réponse, Julien s’installa sur le tabouret du bar. Son père lui servit son petit déjeuner qu’il mangea avec gourmandise.
- Pas trop stressé pour ton premier jour ?
Julien failli répondre la bouche pleine mais se ravisa et termina sa bouchée avant de répondre.
- Un peu, mais il n’y a pas de raison que ça se passe mal, le collège est plutôt cool.
- Si on arrive en retard, ça risque de mal se passer, le taquina Jay.
- J’ai compris, je me dépêche, répondit le garçon cette fois-ci la bouche pleine.
Avant que son père n’ait eu le temps de le réprimander, Julien avait déjà attrapé deux pancakes et s’était précipité dans sa chambre pour terminer de se préparer. Il revint quelques minutes plus tard, toujours la bouche pleine mais son sac sur le dos, prêt à affronter cette première journée.
Dans la voiture, Julien était excitée et faisait des tas d’hypothèses concernant sa rentrée. Jay avait beau lui dire qu’ils ne pouvaient pas savoir, rien ne l’arrêtait. Il s’imaginait déjà rencontrer tous ses professeurs, tous ses camarades, recevoir ses manuels et son emploi du temps. Cet enthousiasme faisait vraiment plaisir à voir pour Jay. Après l’ouverture de la boîte de souvenirs de Julien, il avait eu peur que son fils se referme sur lui-même, nostalgique de ce qu’il avait perdu, mais il en avait seulement profité pour partager d’autres souvenirs avec Jay. Le détective avait ainsi pu apprendre que Julien avait joué dans une équipe de baseball, un détail peut être sans intérêt pour certains mais il ne le savait pas avant.
Jay venait d’arriver à proximité du collège de Julien et cherchait une place, le parking était beaucoup plus rempli que la dernière fois qu’il était venu pour chercher le dossier d’inscription.
Une fois garés, il se tourna vers Julien qui était sur le siège passager.
- Tu veux que je t’accompagnes ? Demanda Jay qui ne savait pas ce que voulait son fils.
- Beh oui, pourquoi est-ce que tu demandes ? Fit le garçon qui ne comprenait pas.
- Je ne sais pas, fit Jay. Au cas où tu trouves que c’est trop la honte d’avoir son père qui t’accompagnes à ta rentrée.
- Maman m’a toujours accompagné, elle.
- Je vais t’accompagner si tu le souhaites ! Je ne vais pas t’abandonner au milieu de la route non plus, répondit Jay pour détendre l’atmosphère.
Le détective pensait bien faire en demandant l’avis de Julien mais finalement, il l’avait seulement blessé.
- Tu sais pour moi aussi, c’est ma première rentrée. Je ne t’avais pas avant, et je n’ai pas d’autres enfants à accompagner le jour de la rentrée. Je ne sais pas comment il faut faire, c’est pour ça que je t’ai demandé mais en aucun cas j’aurais fait quelque chose sans ton accord.
Julien hocha la tête en jouant silencieusement avec ses doigts.
- Je suis désolé, c’est juste que c’est ma première rentrée sans maman et elle m’accompagnais toujours et j’ai cru que toi, tu ne voulais pas venir. J’aurais du comprendre que ce n’était pas facile pour toi non plus.
Jay posa délicatement sa main sur la cuisse de Julien pour lui montrer qu’il ne lui en voulait pas. A situation n’est facile pour personne.
- On y va du coup ?
Pour seule réponse, Julien sauta en dehors de la voiture et récupéra son sac qui était à ses pieds. Les deux hommes de la familles se dirigèrent vers l’entrée du collège où les attendaient le principal qui accueillait chaque élève.
- Monsieur Halstead, les élèves de votre niveau sont par ici, fit-il en montrant un groupe de jeunes et de parents un peu plus loin.
Jay et Julien rejoignirent donc le groupe et discutèrent un moment. Un professeur vint se présenter à eux, il serait le professeur principal de Julien cette année. Le garçon avait un ressenti sur cet homme, il l’aimait déjà bien.
Après les prises de paroles du principal et des différents professeurs principaux, les élèves se dirigèrent vers leurs classes respectives et les parents furent libérés. Avant de partir, Jay observa quelques instants son fils qui discutaient déjà avec des enfants de son âge. Cette rentrée était définitivement une bonne chose pour tout le monde, la vie reprenait un semblant de normalité après tous les événements.
Quand Jay vint chercher son fils le soir, ce dernier lui raconta toute sa journée en détails. Il fit un résumé précis de chaque professeur, de chaque camarade et était aussi tout excité de lui dire qu’on lui avait attribué un casier pour ranger ses affaires. Plus aucun doute, Julien avait passé une bonne journée et les suivantes le seraient certainement aussi.
Un mois s’était écoulé depuis la rentrée de Julien. Jay suivait toujours ses séances de thérapies mais avait repris en partie le travail, il restait au bureau mais au moins il était avec ses coéquipiers et il pouvait participer aux enquêtes. Un autre pas vers la normalité pour lui et Erin.
Ils étaient tous au bureau, entrain de chercher des informations sur le meurtre qu’ils devaient résoudre lorsque le téléphone de Jay sonna, c’était l’école de Julien.
- Halstead, fit-il en décrochant.
- Monsieur Halstead, c’est le directeur du collège de Julien. Désolé de vous déranger mais il y a eu une bagarre, pouvez-vous venir ?
Sans se poser de question, Jay se leva et prit sa veste tout en répondant à son interlocuteur.
- J’arrive tout de suite !
Jay entra dans le bureau de Voight sans même prendre la peine de toquer ce qui étonna le sergent mais il ne fit aucun commentaire quand il vit l’expression de Jay. Il sut immédiatement que son détective avait un problème, ça se lisait sur sa tête. Jay n’eut pas besoin de dire un seul mot pour que Voight donne son accord.
- File, fais ce que tu as à faire.
- Merci Sergent ! s’empressa-t-il de répondre.
Erin était toujours à son bureau et une boule commençait à se former dans son estomac. Une seule chose pouvait mettre son compagnon dans cet état, Julien. Avant de partir, Jay entraîna Erin à l’écart des autres pour lui parler.
- Le collège de Julien m’a appelé, il y a eu une bagarre apparemment, annonça Jay très rapidement.
- Vas-y Jay, tu me tiens au courant ?
Ce dernier acquiesça et se précipita hors du district. Exceptionnellement, il alluma la sirène de sa voiture pour gagner du temps et il arriva donc très rapidement au collège de Julien. Il se présenta à l’accueil et on l’accompagna dans le bureau du directeur où se trouvait Julien, le visage amoché.
- Julien, souffla Jay en le prenant dans ses bras, lui même blessé de le voir comme ça.
- Je vais bien papa, ne t’inquiète pas, fit le garçon contre son père.
Jay desserra son étreinte mais garda Julien près de lui tout en se tournant vers le directeur.
- Que s’est-il passé ? Pourquoi mon fils est dans cet état ? Vous savez qui l’a frappé ?
- Asseyez-vous Monsieur Halstead, nous allons en discuter tranquillement.
Jay prit place sur une chaise vide, face au directeur.
- Alors voilà, un camarade de Julien, commença le directeur.
- Drôle de camarade, le coupa Jay ironiquement.
- Monsieur laissez-moi finir ! Vous n’avez pas vu l’était de l’autre élève il me semble !
Jay réalisa alors que son fils avait lui aussi donné des coups et il était très surpris. N’ayant pas toutes les informations, il fit signe au directeur de continuer et tourna la tête vers Julien qui baissa les yeux de honte.
- Comme je disais, reprit-il, un camarade de Julien l’a charrié à propos de l’absence de sa mère. Julien a essayé de se défendre pacifiquement, en restant très poli mais l’autre enfant a commencé à le bousculer. A ce moment là, Julien a encaissé les coups avant de répliquer. On les a séparé assez rapidement mais des coups de poings bien placés sont arrivés à destination chez les deux garçons.
- L’autre élève va bien ?
- Il aura quelques contusions, comme votre fils mais les deux vont bien. Ça aurait pu être pire.
Jay encaissa le coup, d’un côté il n’acceptait pas l’attitude du deuxième garçon. La différence ne devrait pas être mise en avant comme il l’a fait. Il était déçu que son fils en soit venu aux mains mais il comprenait tout à fait pourquoi il l’avait fait, il ne pouvait guère lui en vouloir.
- Comme vous l’imaginez, on ne peut pas laisser passer un tel comportement et même si nous comprenons la réaction de Julien, pour un soucis d’équité, nous sommes obligés de les renvoyer tous les deux jusqu’à la fin de la semaine.
Ils discutèrent encore quelques minutes, Jay comprenait la décision de l’école. Ils finirent par se saluer et Jay et Julien rejoignirent la voiture en silence. Ils prirent la direction de l’hôpital, Jay avait envoyé un message à son frère et souhaitait vérifier que les plaies de son fils n’étaient pas graves.
- Je suis désolé papa, fit Julien au bout d’un moment. Je sais que tu ne tolères pas la violence mais je n’ai pas supporté qu’il parle de maman comme ça. Qu’est-ce que ça peut lui faire à lui que maman ne soit plus là, il s’en fiche il a la sienne lui.
- Je sais mon grand, je sais. Je voudrais te dire que tu n’auras jamais de moquerie, peu importe le sujet mais je ne peux pas te le promettre. Le monde est injuste sur certains aspects.
Ils parlèrent encore un peu à coeurs ouverts avant de faire un bilan pour le garçon qui allait très bien. Will leur donna des anti-douleurs et de quoi soulager les vilaines contusions mais il n’y avait rien de grave ce qui soulageait le jeune papa. Ils rentrèrent chez eux et passèrent une soirée au calme, juste tous les trois, une bonne glace et un film, Julien entre les deux adultes qui veilleraient toujours sur lui.
Un matin de fin octobre, Julien déboula dans la chambre de Jay qui somnolait encore à moitié. Tel un enfant de quelques années seulement, Julien commença à sauter sur le lit, tout excité.
- Papa ! Papa !
Jay grogna et ouvrit péniblement les yeux.
- Papa, on fête Halloween toi et moi cette année ? Dis oui papa s’il te plaît. Dis oui !
Le détective se releva tout en essayant de se réveiller. Il n’avait pas l’habitude des réveils comme ça, c’était la première fois que son fils lui faisait ce coup-là. Il se souvenait de nombreux Halloween passés avec son frère, à parcourir la ville dans leurs déguisements. Leur père ne les avait jamais accompagnés, ils n’ont jamais vraiment eu de relation avec lui et il aimerait beaucoup faire cette chasse aux bonbons avec Julien.
- C’est seulement dans quelques jours, il va falloir se dépêcher si on veut avoir de supers déguisements alors ! Fit Jay presque tout autant enthousiaste que le garçon.
Le visage de Julien s’illumina, il s’assit sur le lit de son père et lui fit un énorme câlin.
- On y va quand ? Fit-il en se remettant sur ses pieds. Si on part maintenant, on pourra même acheter des décorations pour l’appartement ! Et récupérer une citrouille aussi ! Il nous faut une citrouille chacun, j’ai déjà des idées pour la décorer.
Jay observait Julien faire les plans de l’organisation et ne pouvait contenir son sourire. Il aimait plus que tout le voir sourire et être aux anges comme ça, il était serein et profitait de la vie comme tout garçon de son âge. Il ne lui avouerait pas tout de suite mais lui aussi avait déjà des idées pour percer sa citrouille, il perdait toujours contre Will et ses facultés de chirurgien, il aurait peut-être plus de chance avec son fils. Même si ce n’est pas une compétition et que partager ce petit moment avec lui lui suffisait amplement, il aimerait bien que sa citrouille soit élue comme étant la plus belle un jour.
- Laisse-moi m’habiller et on y va !
Jay se prépara en vitesse et moins d’une heure plus tard, père et fils arpentaient les rayons avec leur petit chariot à la recherche des vêtements qu’ils porteraient trois jours après. Jay trouva un masque assez effrayant, il l’enfila pour rigoler et attendit que Julien arrive dans le rayon pour lui faire peur. Mission réussie, Julien fit un bon énorme et sa tête fut mémorable, Jay en rigola quelques minutes.
- Mais arrête de te moquer ! Se renfrogna Julien.
- Bouuuh
Ils rigolèrent encore un bon moment dans le magasin avant de trouver ce qu’ils voulaient. Ils passèrent les deux jours suivants à creuser des citrouilles et décorer l’appartement pour s’imprégner de l’esprit d’Halloween.
Le 31 au soir, ils enfilèrent leurs costumes sous le regard d’Erin qui, elle, accueillerait les chasseurs qui passeraient chez eux. Elle prit une photo souvenir de ces déguisements et les regarda partir dans les rues de Chicago tout sourire.
Jay et Julien s’arrêtèrent devant une grande maison magnifiquement décorée. Son extérieur était rempli de citrouilles gravées, faisant toutes sortes de grimaces et de dessins. Des fausses toiles d’araignées avaient aussi été installées ainsi que d’autres horreurs de tout genre. Julien s’occupa de sonner à cette maison et quand on lui ouvrir, il lança le fameux :
- Des bonbons ou un sort !
- Et voilà pour vous, répondit la femme face à eux. Si je devais élire les plus beaux déguisements que j’ai vu passer, les vôtres se positionneraient sur le classement.
Jay sourit à la femme, la remerciant silencieusement. Même s’il s’agissait d’une tradition que tout le monde aimait, Jay savait que beaucoup d’adultes faisaient des efforts pour que les enfants prennent du plaisir et passent un bon moment. Le compliment sur leurs tenues fit chaud au cœur. Les garçons la remercièrent avant de se diriger vers une autre maison.
- Tu as vu papa ! Elle trouve que nos déguisements sont géniaux ! Je te l’avais dit qu’on ferait peur avec, fit Julien.
Jay rigola en ébouriffant les cheveux de son fils. Il baissa le ton, comme s’il s’apprêtait à révéler un secret à Julien que seuls eux avaient le droit d’entendre.
- Tu devrais essayer d’effrayer les personnes que l’on croise, je suis sûr qu’ils vont avoir la peur de leur vie !
Jay avait à peine terminé sa phrase que son fils se rapprocha d’un petit groupe qui leur tournait le dos pour leur faire peur. Il repartit hilare et tout le monde rigola à cette blague.
Père et fils continuèrent d’arpenter les rues de Chicago, à la recherche de sucreries et s’émerveillant devant chaque maison décorée. Une chose est sûre, ce premier Halloween ensemble restera dans les mémoires, de l’un comme de l’autre. Ils finirent par rentrer, épuisés de leur sortie.
- Regarde Erin tout ce qu’on a ramené ! Fit Julien tout fier en lui montrant leur butin.
- Avec ces déguisements, ça ne m’étonne pas du tout !
- Des enfants sont passés par ici ? Ils avaient de bons déguisements aussi ? Demanda-t-il curieux.
- Quelque uns oui mais ils n’étaient pas aussi beaux que vous, répondit Erin avec un clin d’œil.
Ils passèrent un long moment tous les trois sur le canapé, Julien racontant tout ce qu’ils avaient vu et fait. Julien finit par s’endormir sur le canapé et ce moment sonna la fin de la journée pour tous, heureux de leur journée.
La porte d’entrée sonna et Julien, qui avait l’autorisation d’ouvrir, s’y précipita. Il découvrit Hank sur le pas de la porte.
- Papi Hank !
Hank, plus qu’étonné par l’accueil de Julien, ouvrit grand les yeux, il n’en revenait pas.
- Pardon ? Fit-il vraiment abasourdi. Tu m’as appelé comment ?
- Papi Hank ? Tu n’aimes pas ?
Julien ne savait pas quoi penser de l’attitude du chef de son père. Il n’avait pas voulu être méchant envers lui, il devint gêné de la réaction de Hank.
- Mais je ne suis pas un papi !
- Tu es comme le papa d’Erin. Et Erin c’est un peu comme ma maman quand même. Donc c’est un peu comme si tu étais mon papi.
Hank devait avouer que le raisonnement de Julien se tenait, même s’il n’y avait jamais pensé de cette façon. Erin était arrivée derrière le garçon et avait entendu sa dernière phrase. Surprise de l’entendre la considérer comme sa maman, elle décida de ne rien dire, ce moment volé lui suffisait amplement.
- Salut Hank ! Joyeux Noël !
- Joyeux Noël à vous aussi, kiddo.
Hank et Erin s’enlacèrent avant qu’elle ne l’invite à entrer et se débarrasser de ses affaires. Hank en profita pour déposer plusieurs petits paquets sous le sapin joliment décoré. Erin lui lança un regard accusateur. Il savait pertinemment qu’il n’avait rien besoin d’emmener mais ça lui faisait plaisir.
Jay était aux fourneaux, en train de préparer leur repas festif, il ne manquait plus que Will et ils pourraient se mettre à table. Le médecin ne mit pas longtemps à arriver. Ils discutèrent tous ensemble, tranquillement et joyeusement.
- Alors le collège ? Demanda Will à son neveu.
- C’est trop bien ! Et puis, ça fait du bien de côtoyer des personnes de mon âge.
- Je veux bien te croire là-dessus !
Les adultes se concentrèrent sur Julien pour lui faire passer une bonne journée, c’était le premier Noël pour lui depuis qu’il avait perdu sa maman. Ils souhaitaient vraiment lui changer les idées aujourd’hui.
Ils finirent par se mettre à table pour le repas du midi, une délicieuse dinde cuisinée par Jay les attendait, accompagnée de légumes. Pour le dessert, il avait prévu un craquant trois chocolats, l’un des desserts préférés de Julien ce qui ravit le garçon. Mais juste avant de savourer ce dessert, ils ouvrirent les petits paquets qui les attendaient. Julien commença avec le plus gros cadeau. Il déchira les emballages, pressé de découvrir ce qui se trouvait à l’intérieur. Ses yeux s’émerveillèrent quand il vit ce que c’était.
- La dernière console ! Oh et il y a un jeu aussi !
Julien se jeta dans les bras de son père, puis dans ceux d’Erin avant de se reculer.
- Mais vous êtes fous ! C’est beaucoup trop, il ne fallait pas.
- Le plus important c’est que ça te fasse plaisir, lui répondit Erin.
Ils pouvaient voir à sa réaction qu’ils avaient vu juste sur les désirs du garçon. Il prenait du plaisir à jouer sur la vieille console qu’ils possédaient mais ils s’étaient dit qu’une nouvelle plus récente et par extension avec plus de jeux ne pourrait que lui plaire. Ils continuèrent tous leurs petites découvertes, Jay et Erin reçurent une petite escapade en amoureux pour un week-end, Hank obtint une nouvelle flasque et Will un nouvel instrument de musique.
Ils se régalèrent ensuite du dessert préparé par Jay et décidèrent d’aller faire un tour. Ils passèrent un agréable moment en famille, loin des tracas qu’ils avaient pu vivre des mois durant.
Pour terminer cette petite journée, ils installèrent la console et jouèrent à tour de rôle aux différents jeux que Julien avait obtenus. Hank et Will finirent par s’éclipser pour les laisser tous les trois. Erin et Jay étaient dans les bras l’un de l’autre pendant que Julien jouait dans sa chambre.
- J’ai l’impression que la mauvaise passe est derrière nous, ça fait beaucoup de bien, avoua Erin.
- Je suis encore désolé pour l’enfer que je vous ai fait vivre. Comme toi, je pense qu’on est sur le bon chemin. Je ne fais plus de cauchemar, j’ai renoué avec Julien et je commence à avoir des souvenirs de ses premiers mois. Le docteur est optimiste et dit que je retrouverais peut-être cette mémoire qu’il me manque encore. Il me reste une dernière chose à faire et je pense que tout ceci sera derrière nous.
Erin buvait les paroles de son homme, il avait l’air si serein, si bien dans ses baskets. Elle devait avouer qu’à une période, elle se demandait réellement si elle le retrouverait un jour. Elle était soulagée que malgré les épreuves, il était resté le même homme dont elle était tombée amoureuse. Le même homme en mieux encore puisqu’il avait forcément évolué pour devenir une meilleure version de lui-même.
Ils finirent par aller se coucher, reconnaissants de ce que la vie leur offrait. Pour la première fois depuis longtemps, ils prirent du plaisir tous les deux, se retrouvant sur l’oreiller, vivant l’un pour l’autre dans ce moment d’amour.
En ce matin du 19 Janvier, Julien était très excité. Aujourd’hui, il devenait encore un peu plus grand puisque c’était son anniversaire. Cinq mois après sa rentrée, il avait voulu organiser une fête avec ses amis du collège pour célébrer son anniversaire. Jay et Erin avaient bien évidemment accepté et c’est comme ça qu’ils se retrouvaient à régler les derniers détails avant l’arrivée des enfants. Julien organisait les choses, ne se gênant pas lorsqu’une décoration n’était pas à sa place ou un saladier pas assez rempli de friandises.
En début d’après-midi, les premiers invités commencèrent à arriver ce qui ravit Julien. Il avait prévu quelques petites activités d’intérieur, un parcours de vitesse et d’agilité dans l’appartement ou encore des petits tournois sur la console.
Tous occupés à jouer, ils n’entendirent pas la sonnette retentir donc Jay alla ouvrir aux retardataires.
- Bonjour, fit une jeune fille timidement.
Celle qui se trouvait devant Jay avait des traits qu’il connaissait mais il n’arrivait pas à savoir d’où. Ce petit détail pourtant insignifiant le perturba.
- Euh, je suis Sonia Dovers, une amie de Julien. C’est bien ici qu’il fête son anniversaire ?
Dovers… comme un ancien camarade du bataillon de Jay. Sonia Dovers… ça ne pouvait être que ça. Il avait devant lui la fille Dovers, la fille qu’il avait promis de protéger à son ami mourant. Il ne savait pas tellement comment en parler avec la jeune fille alors il la fit rentrer sans rien dire de plus.
- Oui bien-sûr, entre. Tu es venue seule ?
- Non, il y a ma maman un peu plus loin dans le couloir, fit-elle.
Jay tendit la tête pour apercevoir la maman de Sonia. Il indiqua à l’amie de son fils où il se trouvait et s’approcha de la femme qui surveillait de loin sa fille.
- Bonjour, Jay Halstead, annonça-t-il en arrivant à sa hauteur.
Le visage de la femme se décomposa.
- Halstead, souffla-t-elle.
Jay comprit à ce moment-là qu’il avait vu juste. Sonia était bien la fille de Dovers et surtout, il avait face à lui sa veuve.
- J’ai servi avec votre mari, madame. C’était un soldat, et un ami incroyable. Je sais qu’il est bien trop tard pour le faire, mais je vous présente toutes mes condoléances.
- J’apprécie, fit-elle. Il me parlait beaucoup de vous et j’avoue que je vous en ai voulu un long moment. Je m’attendais à ce que vous veniez au moins à son enterrement, mais vous n’y étiez pas.
Il n’avait pas vraiment d’excuses à lui présenter ni de raison valable. Par-dessus tout, Jay ne voulait pas faire souffrir davantage cette femme qui avait déjà vécu le pire.
- Je m’en excuse madame. J’aurais voulu venir, plus que tout. Disons simplement que le retour d’Afghanistan n’a pas été simple pour moi mais je suis ravi d’avoir fait votre connaissance. Votre mari m’avait demandé de veiller sur sa fille, je ne l’ai pas fait jusqu’à présent, je ne le pouvais pas. Mais désormais, si vous avez besoin de quoique ce soit, je serais là.
La mère de Sonia le remercia silencieusement avant de partir et Jay retourna auprès de son fils.
- Ah papa je te cherchais ! Fit le garçon à la seconde où Jay revint. Est-ce qu’on a d’autres œufs ? Celui avec lequel on faisait le parcours est tombé plusieurs fois et il commence vraiment à se casser. Si on veut pouvoir le manger, je pense qu’il faudrait arrêter avec celui-ci.
L’idée des œufs dans une cuillère qu’il ne fallait pas faire tomber pendant un parcours venait de Julien. Et le fait de prendre des œufs cuits au dur pour éviter tout accident inutile était également l’une de ses idées. Jay se félicitait tous les jours d’avoir un fils aussi réfléchi que le sien. Il se dirigea vers la cuisine pour donner un autre œuf à Julien et par la même occasion, remettre celui qu’ils utilisaient au frigo.
- Merci papa !
Aussitôt le garçon retourna auprès de ses amis, c’était à son tour de faire le parcours prédéfini dans tous l’appartement. Ils avaient installé des chaises à franchir, des petits parcours d’équilibre, des objets par dessous lesquels il fallait passer. Tant d’obstacles qui pouvait faire tomber un œuf d’une cuillère. Jay observa son fils de débrouiller comme un maître. Peut-être qu’avoir réalisé le parcours l’aidait à le franchir sans trop de difficulté mais il était quand même très habile.
La fin de l’après-midi se passa tout aussi bien, Julien reçu quelques cadeaux de ses amis, rien d’extravagant mais des petits présents qui font toujours plaisir à un enfant. Certains lui avaient acheté un t-shirt, d’autres un petit livre et certains s’étaient regroupés pour lui offrir un nouveau jeu pour la console qu’il a eu pour Noël.
A la fin de la journée, c’était un Julien fatigué mais heureux qui racontait des anecdotes que les deux adultes n’avaient pas forcément remarqué. Jay ne voulait pas plomber l’ambiance mais il profita de ce petit moment pour poser des questions sur Sonia à son fils. Maintenant qu’il y pensait, il n’y avait pas beaucoup de filles invitées, peut-être qu’il se passait quelque chose entre les deux. Vu le passé des deux pères, peut être que ça rapprocherait les deux familles.
- Et cette Sonia alors, tu l’aimes bien hein ? Je t’ai vu t’amuser avec elle une grande partie de l’après-midi.
Julien rougit légèrement à la remarque de son père. Même s’il n’y avait rien d’officiel entre les deux jeunes, il ne pouvait nier qu’il aimait bien passer du temps avec elle. Jamais il ne l’avouerait à son père, ceci-dit. Il prétexta devoir ranger l’appartement pour le remettre en forme et réussit à s’éclipser ce qui fit sourire les deux adultes. Parfois, les gestes et les attitudes valent plus de cent mots.
Devant le miroir, Erin terminait de se préparer pour son rencart avec Jay. Elle avait décidé de porter une robe bordeaux, avec un joli décolleté en V qui la mettait en valeur. Elle ressemblait beaucoup à une robe qu’elle avait déjà porté lors d’une mission sous couverture avec son partenaire. Même s’ils n’étaient que partenaires à ce moment-là, elle avait bien remarqué le regard qu’il lui avait porté en découvrant sa tenue. Erin ne doutait donc pas trop de l’effet qu’elle lui ferait ce soir. Elle avait choisi un maquillage très discret mais présent. Juste assez pour ajouter une petite touche à sa mise en beauté.
Jay, de son côté, terminait d’enfiler son costume. Il se battait, comme toujours, pour nouer sa cravate mais se refusait de demander de l’aide à Erin. Il voulait vraiment attendre le dernier moment avant de la voir et de la dévorer des yeux. Pour cette Saint-Valentin, ils avaient rendez-vous dans un joli petit restaurant qu’ils appréciaient tous les deux. Ils s’étaient rendu compte, avec les derniers mois passés, que se retrouver juste eux deux était très important et c’est pourquoi ils avaient décidé de sortir en ce jour de l’amour.
Une dernière personne terminait de se préparer dans l’appartement, il s’agissait de Julien. Après son anniversaire, la discussion évitée avec son père, il s’était beaucoup rapproché de Sonia et avait décidé, après avoir beaucoup hésité, de l’inviter pour la Saint-Valentin. A son plus grand plaisir, elle avait accepté presque immédiatement. Pas de restaurant aux chandelles pour eux, mais ils passeraient la soirée au bowling.
Tous les trois sortirent en même temps et se retrouvèrent dans le couloir. Comme s’y attendait Erin, Jay laissa parcourir un regard amoureux sur la jeune femme et ne dit rien du tout, elle lui avait coupé le soufflet. Ils étaient tous canons dans leurs tenues, le sourire aux lèvres en pensant à la soirée qu’ils allaient passer.
- Tu te souviens de ce qu’on a dit ? Demanda Jay à l’adresse de son fils.
- Oui papa, je ne suis plus un enfant ! Tu m’emmènes au bowling, je passe la soirée avec Sonia et vous venez nous récupérer quand vous avez terminé.
Jay lui sourit, il ne savait même pas pourquoi il s’inquiétait pour son fils. Il avait parfaitement confiance en lui et savait qu’il ne ferait rien qui pourrait le mettre lui en danger.
- On veut tous les détails quand tu rentres ! Je serais ravie d’accueillir Sonia dans la famille, vraiment.
Julien rougit et baissa les yeux sur ses chaussures parfaitement cirées.
- Bon aller en route ! Coupa Erin. Laisse-le donc faire sa vie, tu vas lui mettre une pression inutile.
Erin pressa gentiment l’épaule du garçon pour lui montrer son soutien et il la remercia d’un franc sourire. Il ne voulait pas blesser son père mais il était vraiment gênant parfois, enfin comme tous les pères sûrement. Ça montrait qu’il tenait beaucoup à lui mais il ne pouvait lui en vouloir, pas après les débuts compliqués qu’ils ont vécus. Ils finissent par se mettre en route et déposèrent Julien à son rendez-vous pour ensuite se rendre au leur. Arrivés à destination, Jay donna le nom de la réservation et on les conduisit à leur table, un peu à l’écart des autres pour plus d’intimité.
- Je crois que cet endroit est encore plus beau à cette période de l’année, fit Erin émerveillée par l’endroit.
- J’ai cette impression, et je crois aussi qu’on a appris à aimer les petits plaisirs de la vie, les plaisirs d’être ensemble et ce lieu en fait partie.
Erin prit la main de son compagnon par-dessus la table, lui montrant ainsi qu’elle était d’accord avec ce qu’il disait. On vint prendre leur commande et ils se retrouvèrent à nouveau seuls.
- Tu te rends compte de tout ce qu’on a parcouru ? Si tu m’avais dit qu’on allait vivre tout ça en moins d’un an, je ne t’aurais pas cru. Nous, Julien et les souvenirs qui vont avec. Je suis tellement heureux de partager ta vie Erin Lindsay.
Les larmes montèrent aux yeux d’Erin. Pas des larmes de douleur, ça non mais des larmes de bonheur, de reconnaissance. Elle était tellement reconnaissante d’avoir la vie et la famille qu’elle a, malgré les épreuves, malgré les difficultés, elle ne changerait sa vie pour rien au monde.
- Je t’aime Jay Halstead.
- Je t’aime Erin Lindsay.
C’est avec des étoiles dans les yeux qu’ils continuèrent leur rendez-vous, parlant de tout de rien, du chemin parcouru, des désirs qu’ils avaient individuellement, de leur futur. L’envie d’enfant fut évoquée, par chacun d’eux. Ils ne l’auraient imaginé quelques mois auparavant mais ils se sentaient plus prêts désormais.
Après la fin de leur repas, Jay envoya un message à son fils, lui demandant s’il voulait rentrer ou rester un peu plus avec Sonia. La réponse ne se fit pas attendre, s’il pouvait rester encore un peu, il ne dirait pas non. Erin et Jay décidèrent donc de se balader, main dans la main, dans les rues de Chicago. Une soirée parfaite, pour la vie plus calme qui les attendait désormais.
Ils finirent par récupérer Julien au bowling qui lui aussi avait passé une excellente soirée en compagnie de Sonia. Il leur conta leurs aventures et leurs délires en se gardant bien de partager leur premier baiser. Il voulait garder cette partie pour lui, pour le moment du moins.
- Tu serais d’accord pour me laisser sortir comme ça plus souvent ? Demanda Julien qui envisageait déjà un deuxième rendez-vous.
- Pas tous les soirs, tu t’en doutes. Mais vu comment ça s’est passé aujourd’hui, je pense que je pourrais y réfléchir.
Erin lui donna un gentil coup de coude pour qu’il arrête de se jouer de son fils. Elle savait parfaitement qu’il lui dirait oui et qu’il ne faisait que retarder sa réponse.
- Bon d’accord oui, quand tu voudras Julien. Tant que tu nous préviens, que tu es prudent, tu pourras passer plus de temps avec Sonia.
Julien remercia son père et tous rentrèrent chez eux, des étoiles encore plein les yeux de cette soirée.
Avant même d’ouvrir les yeux, Erin se sentait patraque. Elle se réveilla, le moral assez bas, sans trop savoir ce qui avait pu se passer. Elle se leva en traînant des pieds, se fit couler un café et prit son téléphone. Quand elle vit la date, elle comprit enfin. Cela faisait exactement un an que sa meilleure amie lui avait été arrachée sauvagement. Un an qu’elle avait vu son monde s’écrouler.
Même si elle avait réussi à se reconstruire depuis, avec l’aide de Jay, Nadia lui manquait chaque jour. Aujourd’hui, et pour la première fois depuis cette perte, Erin ressentait cette envie de lui parler, de la rassurer, de lui dire qu’elle allait bien.
Erin se trouvait dans sa voiture, juste devant l’entrée du cimetière où reposait son amie. Elle repoussait depuis plus de 20 minutes le moment de descendre. C’était la première fois qu’elle allait se recueillir sur la tombe de Nadia, mais elle se devait d’y aller. Elle en avait besoin pour mettre définitivement cette douleur de côté, pour vivre plus sereinement.
Elle se dirigea enfin vers la tombe de son amie, doucement. En voyant son nom gravé, elle ne put empêcher une larme de couler le long de sa joue. Elle enleva quelques mauvaises herbes autour de sa tombe, tandis qu’elle réfléchissait à ce qu’elle allait lui dire. Elle souffla et c’est d’une voix tremblante qu’elle commença.
- Hey Nadia, c’est moi, Erin. Je sais que je ne suis jamais venue, j’espère que tu ne m’en veux pas. C’est juste que... ce n’était pas simple de continuer ma vie sans toi dedans. Ça m’a pris beaucoup de temps, beaucoup de travail sur moi, tu étais plus qu’une simple amie.
Erin sentait un sanglot, coincé au fond de sa gorge, un sanglot qu’elle n’arrivait pas à faire sortir. Sa voix tremblait mais elle ne se recula pas pour autant, elle devait aller au bout de sa démarche.
- Je voulais juste te dire que je vais bien, que je m’en suis sortie. Jay a été un amour. Il m’a soutenu, m’a écouté et m’a relevé quand c’était nécessaire. Heureusement qu’il était présent, je pense honnêtement que j’aurais replongé dans mes travers sans ça. Enfin bref, la vie a continué mais tu as toujours été dans un coin de mon esprit et je crois que tu le seras toujours.
Erin souffla un coup. Ses yeux étaient remplis de larmes. Elle ne savait même pas où elle voulait en venir avec tout ça, elle racontait simplement à son amie ce qui lui passait par la tête. Ce ne serait pas possible de lui faire part de tout ce qui s’était passé durant l’année écoulée mais elle voulait lui partager quelques moments. Comme elle l’aurait fait si elle était toujours là.
- On a arrêté le salaud qui t’a fait ça. Il ne fera plus jamais de mal, à personne. Il est trop tard pour toi…
Erin ferma les yeux quelques secondes, la violence du début de sa phrase l’a frappé de plein fouet. Après quelques secondes, elle continua son monologue.
- Il est trop tard pour toi mais il ne s’en prendra plus jamais à des jeunes femmes comme toi et comme les autres. Quel soulagement de savoir qu’il n’agira plus. J’aurais tellement aimé qu’il soit arrêté avant qu’il ne te fasse tout ce mal. Mais on t’a rendu justice, ça nous tenait à cœur et je pense que désormais, c’est tout ce qui compte.
Erin n’était pas de ceux qui pleurent et se morfondent sur des tombes, elle n’était déjà pas ceux qui se recueillent, normalement. Elle préféra donc faire part de nouvelles un peu plus joyeuses à son amie.
- J’ai de bonnes nouvelles sinon. Enfin, je suis sûre que tu aurais sauté de joie, si tu te trouvais à côté de moi, me sautant au cou. Jay et moi, je crois que c’est vraiment du sérieux. Je t’entends déjà me dire que c’était une évidence, qu’on s’est tourné autour depuis longtemps mais la vérité c’est qu’il a fallu un drame pour qu’on se rapproche vraiment. On s’est vraiment soutenu et tiré vers le haut, chacun notre tour pendant des mois avant d’être enfin en paix, l’un comme l’autre. Désormais, on a notre petite maison à nous, avec Julien et je ne pouvais rêver d’une meilleure vie vu l’enfance que j’ai eu.
En terminant cette phrase, Erin se rendit compte que Nadia ne connaissait pas du tout Julien. Qu’elle aurait aimé qu’elle le rencontre, elle était persuadée qu’elle l’aurait tout de suite aimé et gâté. Ce qui la touchait le plus dans ce constat était surtout le fait que Julien faisait partie de sa vie, complètement. Elle le considérait comme son fils, d’une certaine manière, et ne pouvait décrire le cocon familial sans le mentionner.
- Si tu te demandes, Julien c’est le fils de Jay. C’est une longue histoire, peut être que je t’en ferais part un jour, si je reviens par ici te parler. C’est un petit garçon de 13 ans maintenant, adorable et intelligent, c’est vraiment un amour cet enfant. Je pense que ça s’entend mais je l’aime beaucoup.
Erin ne savait pas depuis combien de temps elle parlait à Nadia mais se dit qu’elle devrait bientôt écourter ce moment. A cet instant, elle décida que désormais, elle viendrait rendre visite à son amie régulièrement.
- J’ai un dernier petit quelque chose à te dire avant de partir. Même Jay ne le sait pas encore, tu auras une petite exclusivité comme ça. Je suis enceinte Nadia, je vais devenir maman dans quelques mois. Et tu sais quoi, j’ai vraiment hâte et j’aime déjà ce petit être en moi, même s’il doit avoir la taille d’un noyau de pêche. Je pense vraiment que je suis prête pour cette nouvelle étape de ma vie, cet enfant sera chéri et aimé et c’est le plus important. Si c’est une fille, tu peux être sûre qu’elle portera Nadia dans ses prénoms.
Elle ne pouvait nier que ça lui faisait bizarre de parler à une tombe mais finalement, ça lui fit le plus grand des biens. Elle se sentait comme libérée d’un poids et elle va pouvoir tourner une page douloureuse pour en commencer une plus joyeuse.
- Tu me manques Nadia, mais je sais que tu es présente dans tout ce que je fais. Continue de veiller sur moi et ma petite famille, ça nous réussit plutôt bien. A bientôt ma belle.
Erin déposa un baiser sur ses doigts avant de les poser sur la pierre qui portait le nom de son amie. Elle s’éloigna juste après, voulant garder en mémoire ce moment qui n’était pas aussi larmoyant qu’elle ne l’aurait cru.
A mesure qu’elle avançait, elle laissait derrière elle le passé et se tournait vers le futur. Un futur dans une toute autre dynamique, un futur qu’elle n’appréhendait désormais plus. Aujourd’hui elle pouvait le dire, elle avait hâte de découvrir ce que la vie lui réservait. La jeune femme était persuadée que quoiqu’il arrive par la suite, ils arriveraient à faire face, Jay, Julien, le futur petit bout et elle, tous unis. Parce qu’ensemble, ils survivront à tout.
FIN