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Série : Chicago P.D.
Création : 13.09.2017 à 13h59
Auteur : soaddict
Statut : Terminée
« L'histoire commence après le départ d'Erin Lindsay pour New York, la vie suit son cours mais pour combien de temps ? » soaddict
Cette fanfic compte déjà 131 paragraphes
CHICAGO
Voight fut réveillé à l'aube ce dimanche matin. Un appel de la prison où était détenu son frère, on lui signalait qu'après une bagarre entre détenu, David avait été transporté à l'hôpital dans un état grave. Hank s'était aussitôt levé pour rejoindre l'hôpital où il arriva visiblement inquiet et angoissé. Il s'adressa à la première infirmière qu'il croisa et on le dirigea vers la salle d'attente où un médecin passerait le voir.
Seul face à cette épreuve, il ne pouvait rien faire d'autre qu'attendre patiemment. Espérant que son frère s'en sortirait. Assis sur un siège inconfortable de la salle d'attente, il se rappela sa première rencontre avec l'homme qui, actuellement, luttait pour sa vie.
Il avait 17 ans et il venait de comprendre que son père avait une liaison avec une autre femme. Cette femme venue ce jour-là pour présenter « son fils » avait reçu un accueil glacial et avait disparu quasiment instantanément. Après avoir fermé la porte ce jour-là, Hank était resté perturbé par cette visite. Le lien avait été vite fait chez le jeune homme, et même si, ni cette femme ni son enfant, ne réapparurent dans les années qui suivirent, il gardait au fond de lui la certitude que cette histoire reviendrait faire surface un jour ou l'autre.
Et c'est exactement ce qu'il arriva quelques années plus tard. Hank était alors un jeune détective qui prenait son travail très à cœur. Lorsqu'il fut confronté à une affaire houleuse dans laquelle était mêlé un certain David Evans, il reconnut immédiatement l'homme qui lui faisait face dans une salle d'interrogatoire, et il semblait lui aussi avoir fait le lien. L'affaire fut rapidement bouclée et les deux hommes gardèrent le contact, se revoyant à diverses occasions pour apprendre à se connaître et découvrir ensemble l'histoire qui les liait par le sang.
Unis par le même père, ils se découvrirent quelques points communs, une amitié forte venait de naître, mais leur choix de vie les séparait. Hank était un officier de police visant une belle carrière alors que David était un petit délinquant sans cesse embarqué dans des magouilles vouées à l'échec. Un soir d'automne, David avait invité son frère à boire un verre dans un bar de la ville.
- Quoi de neuf ? Dit Hank en arrivant au comptoir du bar
- Une grande nouvelle ! Répondit David
- Raconte !
- J'ai rencontré une femme géniale ! Je crois que c'est la bonne cette fois !
- Tu dis ça à chaque fois, répondit Hank en riant
David lui raconta sa rencontre avec une jeune femme que tout le monde surnommait Bunny. Il avoua aussi qu'elle était un peu comme lui, marginale et un peu paumée, mais qu'ils s'entendaient parfaitement et il était sûr que leur vie à deux changerait les choses. Les deux hommes passèrent la soirée à parler de choses et d'autres, riant aux mêmes blagues et se moquant gentiment l'un de l'autre.
La vie suivit son cours, Hank rencontra Bunny, déformation professionnelle oblige, il vérifia son casier dès qu'il en eût l'occasion. Le tableau n'était pas glorieux, diverses arrestations pour conduite en état d'ivresse, possession et usage de stupéfiants, vol et outrage... Rien qui ne lui fasse penser que son frère aurait une vie heureuse auprès d'une femme comme elle. Malgré cela, il ne divulgua aucune information et laissa David vivre son histoire.
De son côté, David s'était fait approcher par les hommes de main d'un certain Emilio Bellini, et malgré les avertissements de Voight, il s'était laissé encore une fois embarquer dans de sales histoires. L'argent et le pouvoir lui donnaient l'impression d'être puissant et au-dessus des lois. Il tomba malheureusement dans un cercle vicieux d'où il ne sortirait pas indemne. Arrêté plusieurs fois et tenu au silence par son engagement pour le gang, il fut envoyé en prison pour plusieurs mois. A sa sortie, il découvrit une Bunny enceinte et qui, malgré sa grossesse, continuait de le tromper avec des hommes de passage.
Hank lui demanda de la laisser partir, sans savoir, à ce moment-là, que le bébé que portait Bunny était aussi celui de son frère. Quand la petite fille vint au monde, David était déjà passé à autre chose, et seulement quelques mois plus tard, il rencontra celle qui serait la femme de sa vie, Meredith, qui deviendrait vite Madame Meredith Evans. De cette union naîtrait une autre petite fille, Julie, et ce n'est que dix ans plus tard que la vérité ressurgirait. Hank croisait régulièrement Bunny, elle était l'indic de l'un de ses partenaires, et de loin, il regardait grandir la jeune Erin. Laissée à l'abandon la plupart du temps, condamnée à une vie de galère, elle était vite devenue une ado à problème.
Après une bagarre d'une rare violence, Erin avait été amenée au District où Voight exerçait déjà une certaine autorité. Le contact s'était fait naturellement et des questions se mirent à envahir rapidement l'esprit de Hank. La jeune Erin ressemblait étrangement à Julie, elles avaient les mêmes yeux, la même forme de visage, jusqu'à cette petite fossette sur la joue. Cette même fossette qu'avait aussi David. Alors, sans jamais en parler à personne, Hank avait fait faire une comparaison de l'ADN d'Erin et de David, tout deux ayant déjà été enregistrés lors de leurs diverses arrestations.
Le verdict était tombé et Hank était sous le choc. Pour ne pas détruire la vie de son frère, il avait gardé le silence longtemps, et il s'était arrangé pour prendre soin d'Erin, jusqu'à la prendre sous son aile pour lui sauver la vie. Ce n'est que deux ans plus tard seulement qu'il avoua à son frère une vérité difficile à entendre. David ne souhaita pas avoir une place auprès d'Erin, craignant de perturber un peu plus sa triste existence. Il avait laissé le soin à Hank de continuer à veiller sur elle et les deux hommes avaient gardé le secret bien enfoui en chacun d'eux.
CHICAGO
Après plusieurs heures d'une attente sans nouvelle, Hank avait vu arriver le médecin en charge de l'opération de son frère. Il s'était levé d'un bond pour aller à sa rencontre.
- Sergent Hank Voight, se présenta-t-il au médecin
- Bonjour, vous êtes l'officier en charge du prisonnier ? Interrogea le chirurgien
Hank hésita un instant avant de lâcher une réponse qui, malgré lui, sembla naturelle.
- C'est mon frère... souffla-t-il
- Oh ? Je ne savais pas qu'il avait de la famille, je vous prie de m'excuser, répondit-il
Il y eut un silence, puis d'un geste de la main, Hank insista pour avoir des informations concernant l'état de santé de David.
- Votre frère va bien, ses blessures sont assez sérieuses, mais sa vie n'est pas en danger, il a diverses commotions, une fracture du bras gauche et il a subi un léger traumatisme crânien, son état devrait vite s'améliorer et il retournera en cellule rapidement, lâcha-t-il brutalement en oubliant qu'il parlait à la famille
- Pour l'instant, je voudrais qu'il soit placé sous surveillance, je vais envoyer une patrouille ici et...
- C'est un hôpital ici, Sergent Voight... pas un poste de police ! Coupa sèchement le médecin
- Et cet homme doit être soigné, autant qu'il doit être placé sous surveillance policière, répondit Hank sur un ton agressif, pour sa sécurité et aussi pour la vôtre !
Le chirurgien sembla tout à coup inquiet. Il acquiesça d'un signe de tête et tourna le dos pour rejoindre le couloir par lequel il était arrivé. Voight décrocha son téléphone pour demander une patrouille en renfort sur les lieux, qu'il chargerait à leur arrivée de la surveillance de David. Son appel terminé, il se dirigea vers la chambre de son frère où il espérait avoir une conversation sur ce qui avait pu lui arriver.
NEW YORK
Il était encore tôt ce dimanche matin quand Jay s'éveilla dans sa petite chambre d'hôtel. La veille, Erin et lui avaient arpenté inlassablement les rues de New York, visitant comme des touristes les lieux emblématiques de Manhattan. La journée était passée à une vitesse folle et quand la nuit fut tombée, le froid se fit un peu plus intense et les deux jeunes gens s'étaient alors décidé à rentrer. En arrivant près de son immeuble, Erin remarqua la voiture d'Owen garé un peu plus loin. Elle ne laissa rien paraître, mais n'insista pas lorsque Jay lui annonça qu'il allait rejoindre son hôtel. Elle ne l'invita pas à la suivre chez elle. Il était parti en souriant, après l'avoir embrasser tendrement sur la joue.
Erin était monté jusqu'à son étage, inquiète de pouvoir tomber à tout moment sur Owen et sans savoir dans quel état d'esprit elle le trouverait. Devant sa porte, elle sentit son cœur battre plus fort en mettant la clé dans la serrure. Elle poussa la porte et trouva Owen, souriant, qui l'attendait dans le salon, un bouquet de fleurs à la main. Elle ferma la porte derrière elle, laissant tomber son sac à ses pieds, et s'avança vers lui. Il la prit dans ses bras sans un mot, et la serra contre lui. Elle sentit son corps tressaillir et se crisper légèrement dès qu'il posa les mains sur elle.
- Owen... souffla-t-elle
- Je sais ce que tu vas dire, coupa-t-il, laisse moi t'expliquer...
- Non ! Je veux pas d'explication ! Je veux plus Owen... je sais même pas comment tu es entré chez moi mais je veux que tu sortes !
- Erin... dit-il en s'approchant à nouveau
Elle le repoussa violemment, cette fois, elle ne le laisserait pas prendre le dessus. Après tout, sa formation pourrait bien lui avoir appris quelques techniques à appliquer. Son regard n'était déjà plus le même, ses yeux se voilaient et sa mâchoire se crispait instantanément quand il était contrarié. Ils se faisaient face, se défiant l'un et l'autre de faire un premier geste.
Dans sa chambre, Jay s'était déjà endormi, fatigué par le voyage et une journée chargée en émotion. Après une douche rapide, il s'était allongé devant la télé, souriant en repensant à l'accueil que lui avait réservé Erin. Ses yeux s'étaient rapidement fermés et il espérait que la journée du lendemain serait au moins aussi agréable que la précédente. Il dormait d'un sommeil lourd et sans rêve, un sommeil si lourd qu'il n'entendit pas son téléphone sonner. Sur la table de chevet, son portable ne cessait d'émettre une vibration en affichant le nom d'Erin. A court de batterie, il finit par s'éteindre sans jamais alerter Jay.
CHICAGO
Voight avait passé un long moment près de son frère, malgré les réticences des agents du service pénitencier qui avait tenté de lui interdire l'accès à sa chambre d'hôpital. Dans la lumière blanche de la pièce, David était apparu très pâle. Il expliqua, sans même qu'on lui demande, le piège dont il avait été victime. Deux hommes l'attendaient à la sortie du réfectoire et l'avaient traîné de force jusque dans les cuisines, à l'abri du regard des gardiens. Après l'avoir menacé d'un couteau, ils avaient tenté de l'intimider en lui promettant un sort bien pire si la famille Bellini devait être encore touchée.
Dans un premier temps, David n'avait pas compris quel rôle il pouvait avoir à jouer dans cette histoire. Puis l'un des deux hommes lui fit comprendre, il le laisserait en vie à condition qu'il transmette un message à l'extérieur. Ce message était adressé à Voight en personne, et après l'avoir roué de coups, les deux hommes s'étaient enfuis, le laissant baigner dans son sang.
- Ils veulent que tu retrouves ceux qui ont attaqué la famille Bellini, Hank... Articula David péniblement
- L'anti-gang s'occupe de ça... moi je dois m'occuper de trouver les preuves de l'implication d'Emilio dans le meurtre de ta fille ! Je le laisserai pas s'en tirer comme ça ! Répondit Hank
- Toi et moi, on sait que c'est lui... mais tu sais comme moi qu'il ne laissera pas tomber, il est puissant, même en prison et je ne veux pas que...
- Tu ne veux pas quoi ? Qu'il s'en prenne à moi ? Ne t'en fais pas pour moi... je les attends ! Qu'ils essayent et ils verront à qui ils ont à faire ! Lança Hank visiblement très en colère
- Il n'y a pas que toi Hank ! Je pense à Erin ! Si jamais ils venaient à découvrir qu'elle est ma fille... Tu sais très bien qu'ils se serviraient d'elle pour t'atteindre, ils n'hésiteront pas !
Voight n'eut pas de réponse, évidemment qu'il le savait, ces hommes étaient connus pour être sans pitié et ils feraient tomber tout Chicago s'ils le voulaient. Il devait protéger sa famille, Erin et David étaient tout ce qu'il lui restait. Il repartit en promettant à son frère de faire le nécessaire, il reprendrait l'enquête de l'anti-gang et découvrirait les responsables du meurtre de la famille Bellini. Sur le chemin du retour, il ne put s'empêcher de hurler de colère au volant de sa voiture, il détestait par dessus tout ne pas avoir le contrôle et être manipulé ainsi.
NEW YORK
A son réveil, Jay avait rallumé son téléphone et avait filé rapidement sous la douche. L'appareil s'était reconnecté et ne cessait d'émettre des bips à répétition, un pour chaque appel manqué et enfin un dernier, signalant un message vocal. A la sortie de la salle de bain, assit sur le lit et tout juste couvert d'une serviette, Jay se saisit du portable et consulta le journal d'appel avec une certaine inquiétude. Erin avait tenté de la joindre plusieurs fois avant de laisser un message, son insistance inquiéta le jeune homme qui consulta immédiatement sa messagerie.
* Jay... c'est moi, je... je suis désolé, je... j'ai un imprévu et... enfin bref je pourrais pas être là demain, ne m'en veux pas ok ? Je te rappellerai... *
Les sourcils froncés en regardant son téléphone, Jay se mit à douter. La voix d'Erin sur le répondeur était tremblante, elle parlait à voix basse et semblait être angoissée. Il tenta dans un premier temps de la contacter, mais elle ne répondait pas.
Il regarda son billet d'avion, le retour n'étant prévu qu'à 16h, il lui restait suffisamment de temps pour chercher à comprendre. Il s'habilla rapidement et, à peine sorti de l'hôtel, il sauta dans un taxi et prit la direction de l'appartement d'Erin.
Il essayait de se rassurer en pensant que le FBI était sûrement très exigeant avec ses agents, et qu'il était tout à fait possible qu'une affaire urgente demande l'attention d'une équipe. Malgré tout, il connaissait suffisamment Erin pour deviner quand quelque chose n'allait pas. Elle avait évité certains sujets lors de leur conversation de la veille et Jay avait deviné qu'elle ne disait pas tout. Il ne pourrait pas repartir sans être sûr que tout allait bien. Le trajet dura quelques minutes et il arriva enfin devant l'immeuble où il avait laissé Erin le soir précédent.
Il profita qu'un voisin sortait pour pénétrer dans le hall et grimpa les marches jusqu'à l'étage de l'appartement. Avant de frapper à la porte, comme la veille, il écouta les bruits provenant de l'intérieur, et comme la veille le son étouffé du téléviseur confirma une présence. Il tapa d'abord doucement contre le bois vernis de la porte. Sans réponse, il ferma son poing et tapa plus lourdement avant de tenter d'appeler Erin.
- Erin ! Tout va bien ? Erin ! Je sais que tu es là.... ouvre-moi s'il te plaît, dit-il suffisamment fort
Il n'eut aucune réponse. Inquiet, il prit son portable et composa le numéro de son ancienne partenaire. La sonnerie retentit derrière la porte qui ne s'ouvrait toujours pas.
- Erin..., j'ai besoin de comprendre... si j'ai fait quelque chose de mal je préfère que tu me le dises...
Derrière la porte, adossée à un mur, Erin pleurait en silence. Elle aurait voulu ouvrir la porte et se jeter dans ses bras comme elle l'avait fait la veille. Elle étouffa un sanglot, laissant glisser une larme qui vint s'écraser sur le coin de sa lèvre, ravivant la douleur. Son visage était encore plus marqué de coups que la veille, sa lèvre gonflée et ouverte jusqu'au sang recevait les larmes qu'elle ne parvenait pas à contenir.
CHICAGO
Voight était déjà dans son bureau ce lundi matin quand son unité arriva. Antonio le premier, heureux de retrouver son poste et son équipe, se dirigea dans la salle de pause où il se servit un café avant de retrouver Hank dans son bureau.
- Tout va bien boss ? Demanda-t-il en restant dans l'encadrement de la porte
- Non... répondit simplement Voight en secouant la tête
- Du nouveau sur l'affaire ? Il se passe un truc ?
- Il se passe trop de choses oui... on attend les autres et on fait un point, répondit Hank
Antonio, inquiet, acquiesça de la tête avant de retourner vers son bureau. Le reste de l'équipe arriva quelques minutes plus tard, l'ambiance plutôt légère de ce début de semaine retomba rapidement quand Hank se posta au centre de la pièce. Les mains dans les poches et le visage fermé, il posa son regard tour à tour sur chacun de ses détectives et prit enfin la parole.
- David Evans a été agressé dans l'enceinte de la prison ce week-end, commença-t-il
- Merde... il va bien ? Demanda Olinsky
- Il est toujours hospitalisé, mais son état est stable, répondit Hank, ils l'ont laissé en vie pour une seule raison... qu'il me fasse passer un message,
- C'est à dire ? Intervint Hayley
- Si on ne retrouve pas les auteurs du meurtre de la famille Bellini... la vendetta continuera, ils s'en prendront à mes proches, mes amis, ma famille... je sais que ça ne va pas vous plaire, mais je n'ai pas le choix...
- On comprend Hank t'en fais pas, lança Olinsky
L'équipe était contrariée par la tournure des événements, Hank n'était pas le genre d'homme à se laisser manipuler, mais il prenait quand même la décision de céder, et c'est ce qui inquiétait visiblement ses hommes. Malgré tout, chacun prit sur lui de le soutenir en avançant rapidement sur cette affaire et en espérant une fin heureuse.
NEW YORK
Erin était arrivée tard au bureau, frôlant les murs et évitant les regards, elle avait caché ses yeux sous de grosses lunettes noires. Son menton gardait une trace bleuie malgré la couche de maquillage qu'elle s'était appliquée à passer dessus. Elle jeta un coup d’œil vers le bureau d'Owen et s'étonna de le voir vide, sans un mot, elle s'installa à son poste, juste avant que la Directrice ne sorte de son bureau pour lui demander de la rejoindre.
Encore un problème... pensa-t-elle en se levant. Puis, la tête toujours baissée, elle s'avança vers la porte du bureau. A peine à l'intérieur, elle fut surprise d'y trouver un visage connu.
- Niels ? S'étonna-t-elle
Le jeune homme se leva en fronçant les sourcils.
- C'est lui qui t'a fais ça ? Demanda-t-il en observant son visage
- Qu'est ce que tu fais là ? Dit Erin sans vraiment le regarder
- Longue histoire, coupa la Directrice, l'Agent Niels O'Brian fait parti de nos effectifs à partir d'aujourd'hui, il remplacera l'Agent Owen Stagler...
- Je comprends pas... souffla Erin, où est Owen ?
- L'Agent Stagler est suspendu jusqu'à nouvel ordre, une plainte a été déposée contre lui pour des violences physiques aggravées, la direction a décidé de le mettre sur la touche le temps de l'enquête et...
Elle s'arrêta un instant, observant le visage abîmé d'Erin.
- Je peux savoir ce qu'il vous est arrivé Agent Lindsay ? Demanda-t-elle sur un ton moins dur
- Rien de grave... répondit Erin en jetant un œil à Niels
- Dis lui Erin... intervint Niels, dis lui ou je le ferais !
- J'ai dit que c'était pas grave, répéta Erin sèchement avant de sortir de la pièce sans en avoir l'autorisation
Elle se dirigea vers la salle de pause de l'étage, seule face à la grande baie vitrée, elle regardait les rues animées de Manhattan, partagée entre le soulagement et l'inquiétude. Ne pas savoir où était Owen était peut être pire que de le retrouver chez elle tous les soirs. Une angoisse soudaine lui coupa le souffle, l'obligeant à s'asseoir au moment où Niels entrait dans la pièce.
CHICAGO
Hank avait fait le nécessaire pour récupérer le dossier de l'affaire Bellini auprès des services de l'anti-gang, en expliquant que leurs deux affaires étaient liées, il n'avait eut aucun problème avec le Sergent en charge qui fut presque soulagé de se délester d'une affaire aussi lourde. Le dossier reprenant les éléments arriva aux renseignements en fin de matinée. Hank proposa à son équipe d'aller déjeuner avant de démarrer les recherches.
La proposition ressemblant plus à un ordre qu'à autre chose, l'unité avait quitté les locaux rapidement laissant Hank seul avec les diverses boites contenant les documents de l'anti-gang. Il entreprit de fouiller chaque carton sans précipitation, à la recherche d'infos qu'il ne souhaitait pas divulguer au reste de son équipe. Al, qui avait compris la manœuvre, arriva derrière lui, sans dire un mot, il attrapa l'une des boites et se mit à chercher lui aussi, sous les yeux de Voight qui le remercia d'un signe de tête.
Hayley et Jay s'étaient retrouvés au Food Truck du coin, et après avoir commandé deux sandwiches, ils avaient choisis de se poser sur un banc quelques mètres plus loin.
- Tu vas vraiment rien me raconter ? Demanda Hayley
- Raconter quoi ? Répondit Jay
- Ton week-end a New York ! Sérieusement, t'as pas l'intention d'en parler ?
- Y a pas grand chose à dire...
- Vu ta tête j'imagine que ça s'est mal passé... Elle a dit quoi ? Elle a refusé de te voir ? Tu lui as montré la bague ?
- Ok... ça fait beaucoup de question... répondit Jay en souriant
- Désolé... c'est juste que... je t'ai un peu poussé à faire ça et je m'en voudrais de savoir que c'était une erreur,
- Oui c'était une erreur..., affirma Jay, mais c'est pas ta faute...
Il raconta à Hayley son séjour à New York, sans y mettre d'émotion ou de sentiment, il expliqua juste les faits. L’accueil chaleureux d'Erin, leur conversation ininterrompue durant toute la première journée et l'attitude étrange de la jeune femme le jour suivant. Il avait reprit l'avion sans avoir d'autre nouvelle et depuis son retour à Chicago il ne cessait de penser à elle sans comprendre ce qui avait pu se passer. Il tentait de le cacher, mais son récit était plein de colère et de rancœur.
NEW YORK
Dans la salle de pause où elle s'était réfugiée, Erin s'était assise pour reprendre son souffle. Niels l'observait depuis l'encadrement de la porte, ne sachant pas comment lui venir en aide. Il ne comprenait pas ce qui avait provoqué cette réaction. Il s'approcha doucement de la jeune femme et s'installa sur une chaise près d'elle.
- Écoute... je ne sais pas ce qu'il t'arrive mais si c'est en rapport avec ton équipier, je...
- C'est pas mon équipier ! Répondit-elle sèchement
- Ok... c'est en rapport avec le type de l'autre soir alors ?
Il y eut un silence. Erin se leva pour retourner près de la baie vitrée. En lui tournant le dos et presque à voix basse, elle lui répondit en une phrase.
- On parle de la même personne... souffla-t-elle
- Qu'est ce que tu veux dire ? S'étonna Niels
- Le type de l'autre soir, devant le bar... c'était l'Agent Owen Stagler...
- Oh...
- Et j'ai aucune envie d'en parler..., alors on va faire comme si tout était normal et on finit cette journée pour que je puisse rentrer chez moi, ajouta Erin toujours sans le regarder
Niels n'insista pas, c'était un garçon discret qui faisait ses premiers pas au FBI et qui ne voulait surtout pas se mêler de ce qui ne le regardait pas. D'un geste de la main, il invita Erin à sortir de la pièce et la suivit à bonne distance. Avant qu'il n'arrive dans l'open space réservé aux agents, il lui fit une dernière confidence.
- Je lui ai rien dit... si ça peut te rassurer...
- Tu parles de quoi ? Interrogea Erin
- La directrice... je lui ai pas dis pour...ça, dit-il en montrant du doigt le visage d'Erin
Erin replaça instinctivement une mèche de cheveux sur l'avant pour masquer les traces de coups. Elle le remercia d'un signe de tête et s'avança jusqu'à son siège, surprise de voir Niels s'installer sur le bureau qui lui faisait face. Il lui sourit, presque gêné par la situation et lui expliqua ce qu'elle n'avait pas pu entendre en quittant le bureau de la Directrice un peu plus tôt.
- Ton ancien partenaire remplace Owen... et je remplace ton partenaire...
- Évidemment... répondit Erin en se forçant à sourire
- Je suis désolé... tenta Niels complètement mal à l'aise
- Ne le sois pas, c'est très bien comme ça !
Elle avait dit ces mots avec cette fois un vrai sourire qui rassura le jeune Agent. Il la connaissait peu mais il avait à cœur d'apprendre à connaître ce personnage qui lui semblait tellement complexe. Ils se mirent au travail ensemble et leur première journée, qui avait difficilement commencé, se finit dans une ambiance plus calme et détendu.
CHICAGO
La première journée de travail sur l'affaire Bellini s'était achevée dans la fatigue. Les hommes de l'unité avaient passé des heures sur les différents rapports de police, examinant chaque détail et lisant chaque document afin de trouver un point de départ. Jay tentait de se concentrer sans vraiment y parvenir, ce qui n'échappa pas à Hank qui lui demanda de rester un instant après le départ de ses partenaires. La salle se vida en début de soirée et Jay patienta à son bureau que Voight le rejoigne. Il sortit enfin, après quelques minutes d'attente.
- Halstead... si quelque chose te perturbe, j'ai besoin de savoir ce que c'est, commença-t-il
- Ça n'a aucun rapport avec le boulot Sergent et...
- Et je dois le savoir quand même ! Insista-t-il, je ne sais pas si tu as conscience des risques que nous prenons tous en ce moment ! Je ne peux pas me permettre d'avoir l'un de mes meilleurs hommes sur la touche ! Cette affaire, c'est...
Il s'arrêta sans finir sa phrase. Jay se leva pour lui faire face avant de répliquer à son tour.
- Cette affaire, c'est quoi ? Hein Sergent ! On ne sait pas dans quoi on met les pieds depuis le début de tout ça, mais toi tu veux tout savoir ? Nous on bosse dans le noir complet pendant que toi tu...
La conversation fut coupée par l'arrivée précipité du Sergent Platt dans les escaliers menant à l'étage. Son visage était crispé et elle bafouilla quelques mots incompréhensibles avant de reprendre son souffle pour tenter d'être plus clair.
- Burgess...
- Quoi Burgess ? Lança Hank, Trudy ? Quoi Burgess ?
- Elle a été... y a eu une fusillade... à quelques pas d'ici... une ambulance vient de l'emmener et...
Sans lui laisser le temps de finir, les deux hommes s'étaient précipités au rez de chaussée. A l'extérieur, la rue était en effervescence. Tout le District était agglutiné sur le parking, au loin les sirènes de l'ambulance hurlaient, emmenant la jeune femme qui venait d'être victime d'une attaque à seulement quelques mètres du poste. Atwater était à genoux au sol, les mains couvertes du sang de sa partenaire. Le regard dans le vide et complètement impuissant, il se releva, aider par deux officiers qui l'épaulèrent jusqu'à son équipe.
NEW YORK
Erin avait travaillé tard, peu pressée de rentrer chez elle et se sentant plus à l'abri dans les locaux du FBI. Elle et Niels travaillaient sur une enquête visant à mettre à jour une organisation terroriste qui s'était implantée dans la région sous la couverture d'une communauté pacifiste, engagée dans diverses actions écologiques. Dans un premier temps, Erin avait informé son nouveau partenaire du travail déjà effectué, ils avaient déjà regroupé un tas d'infos et on prévoyait de les envoyer tous les deux en planque devant les locaux de l'organisation. Niels semblait à la fois excité et inquiet ce qui fit sourire Erin.
- Enfin un vrai sourire ! Lança-t-il très naturellement
- Désolé pour cette première... mauvaise impression, dit-elle
- T'en fais pas, on a tous des passages à vide, ça arrive !
Ils avaient fini par quitter les bureaux ensemble, et en parfait gentleman, il l'avait ramené jusqu’à sa voiture avant de rejoindre la sienne. Elle était rentrée rapidement et sans faire d'arrêt, une fois de plus, elle craignait de retrouver Owen chez elle. Visiblement, il parvenait toujours à entrer, mais elle ne le trouva pas ce soir là et elle souffla de soulagement en enclenchant les trois verrous intérieurs sur sa porte. Dans sa main, son téléphone n'avait pas cessé d'émettre une sonnerie, encore des textos qui arrivaient de Jay... encore plusieurs messages qu'elle avait soigneusement évité de lire dans la journée.
Elle posa son téléphone sans consulter les messages et alluma la télé comme elle le faisait à chaque fois qu'elle rentrait chez elle. Une habitude qu'elle avait prise en arrivant à New York, combler le silence par le bruit de fond de son téléviseur. La chaîne d'info diffusait la météo, on attendait un froid glacial sur Manhattan, puis le direct reprit et la voix du présentateur annonça l'horreur.
Erin, dans la cuisine toute proche, revint tout à coup sur ses pas. Ses yeux rivés sur l'écran, elle vit apparaître les images, le District 21, son District, on parlait d'un officier grièvement blessé par plusieurs balles sous les yeux de ses collègues. Comme souvent, les journalistes faisaient dans le spectaculaire sans donner de réelles indications, elle reconnut quelques visages familiers et son cœur se mit à battre plus fort. Son téléphone sonna, et cette fois, elle répondit sans hésiter.
- Salut ma belle, dit Hank d'une voix faible
- Hank... c'est qui ? Qui a été touché ?
CHICAGO
Tout l'unité des renseignements était agglutinée dans la salle d'attente du Chicago Med. Ruzek, incapable de se contenir avait finit par sortir prendre l'air. Les autres étaient assis calmement, dans un silence lourd qui confirmait la gravité de la situation. Atwater était toujours sous le choc, il avait expliqué en quelques mots le déroulement de la scène. Avant de quitter les locaux, lui et Kim discutaient dans les vestiaires, ils étaient ensuite descendus ensemble pour rejoindre le parking. Ils marchaient sur le trottoir quand il s'était aperçu qu'il avait oublié sa veste à l'étage, et ils avaient fait demi-tour.
Quelques minutes plus tard, alors qu'ils reprenaient le même chemin pour rejoindre la voiture, un véhicule noir était passé près d'eux et avait ralenti. Il avait vu trop tard l'arme qui sortait par la vitre arrière, et pendant qu'il enfilait sa veste et que Kim continuait à avancer, les coups de feu s'étaient mit à retentir. Une pluie de balle s'était abattue sur la jeune femme avant qu'il ne puisse sortir son arme et répliquer. Les officiers à l'extérieur s'étaient protégés derrière leur véhicule sans comprendre, et la voiture noire avait filé par la rue principale dans un crissement de pneus. Deux véhicules de patrouille avaient pris les fuyards en chasse sans jamais les rattraper.
Kim était au sol, dans une mare de sang. Kevin à ses côtés, ne savait plus où poser ses mains pour stopper l'hémorragie. Quand l'ambulance était arrivée, elle avait déjà perdu connaissance et les deux ambulanciers l'avaient emmené très vite, visiblement inquiet de savoir si elle tiendrait jusqu’à l'hôpital. Les heures s'étiraient sans fin, tout le monde s'interrogeait sur ce qui avait pu se passer, est-ce qu'encore une fois, il s'agissait d'un avertissement ? Bellini était-il en train de poursuivre sa vengeance comme semblait le penser Voight...
- Hey mon pote, lança Jay à Ruzek toujours devant l'entrée des urgences
- On a du nouveau ? Ils ont dit quoi ? S'affola Adam
- Rien pour l'instant... je venais juste voir comment tu allais, les médecins n'ont encore rien dit, répondit Jay
- Ça va... j'essaye de comprendre... mais là, je comprends rien Jay ! Je comprends rien du tout !
- Je sais... calme toi, on peut rien faire à part attendre d'accord... viens avec nous à l'intérieur, tu devrais pas rester seul...
Ruzek suivit Jay, comme un robot et sans même sans rendre compte, il se retrouva assis sur un siège de la salle d'attente, entouré de toute l'unité qui attendait patiemment.
NEW YORK
Erin s'était assise sur son canapé, elle ne parvenait plus à détacher son regard du téléviseur après l'appel de Hank. Elle imaginait la détresse de son ancienne unité, elle les savait tous réunis à l'hôpital, attendant des nouvelles de Kim. Dans sa tête tout se mélangeait à nouveau, elle pensait à Owen et cette histoire de plainte pour violence, à Niels qui avait subitement prit un poste dans le même bureau qu'elle, sa vie à New York devenait floue, comme si les six derniers mois n'avaient jamais existé, son esprit était maintenant à Chicago, près des siens et cela lui semblait très naturel.
Hank était resté très vague sur les circonstances de cette fusillade, comme si la fatalité avait son rôle à jouer dans cette affaire. Il semblait résigné, et ça ne lui ressemblait pas. Elle se leva tout à coup pour se précipiter dans sa chambre. Elle attrapa une valise sous le lit et se mit à la remplir frénétiquement de vêtements, sans même prêter attention à ce qu'elle emmenait. Elle prit le strict minimum, ses clés de voiture dans la main, elle éteignit toutes les lumières de l'appartement et se dirigea vers la sortie.
Elle ouvrit la porte et se retrouva nez à nez avec Owen. Encore une fois, et malgré son insistance pour qu'il la laisse tranquille, le jeune homme se tenait là, debout devant elle.
- Hey... qu'est ce qu'il se passe ? Tu vas où ? Demanda-t-il en voyant la valise
- Oh non... Dégage Owen ! Vraiment, c'est pas le moment ! Répondit Erin en le poussant pour passer
- Mais explique moi ! Cria-t-il en la regardant partir
Elle ne répondit pas et se précipita dans l'ascenseur rapidement. A peine à l'extérieur, elle s'engouffra dans sa voiture et démarra sans attendre. Dans le rétroviseur, elle aperçut Owen, planté sur le trottoir qui la regardait lui échapper sans pouvoir intervenir. Elle accéléra encore pour rejoindre l'aéroport, il fallait qu'elle soit près d'eux, elle avait besoin d'être avec son unité, un pressentiment étrange l'avait assailli au moment même où elle avait parlé à Hank. Quelque chose se passait et elle devait savoir quoi.
CHICAGO
Il était près de minuit, l'unité n'avait pas bougé, les conversations s'étaient arrêtées et on entendait juste les souffles d'impatience de Ruzek et de Kevin qui, visiblement, ne supportaient plus l'attente. Enfin, la porte battante, que tous fixaient depuis leur arrivée, s'ouvrit face à eux. L'équipe entière se leva, attendant les mots du chirurgien. Son visage était fermé, la fatigue se lisait dans ses yeux et son front plissé trahissait les longues heures passées au chevet de la jeune femme. Il s'avança doucement, comme pour reculer l'échéance, d'un ton neutre et avec précaution, il annonça la nouvelle que tous redoutaient.
- Je suis désolé... elle n'a pas survécu, dit-il en s'adressant à Hank
- Non ! C'est pas vrai... c'est pas possible... souffla Ruzek en se tenant la tête à deux mains
- On a fait tout ce qu'on pouvait, mais ses blessures étaient trop nombreuses, les organes vitaux étaient touchés à plusieurs endroits et l'hémorragie est devenue incontrôlable... je suis désolé... finit par dire le chirurgien avant de faire demi-tour
Toute l'unité était abasourdie, complètement sous le choc de cette annonce. Les heures passées à attendre avaient laissé l'espoir que la situation s'améliorait pour Kim alors qu'au contraire, elle était en train de s'éteindre de l'autre côté de cette porte. Des larmes coulaient sur les joues d'Adam, Kevin tentait de le soutenir au mieux, pendant que Jay et Hayley se regardaient sans comprendre. Voight serrait les dents, comme à son habitude, pour ne rien laisser paraître. Sans se retourner, il ordonna à son équipe de quitter les lieux
- Rentrez vous reposer, on se retrouve au poste demain à la première heure..., je ferais le nécessaire pour Burgess, je vais appeler sa famille, dit-il
- Je peux rester Hank, si tu as besoin de... tenta Olinsky avant d'être coupé par son supérieur
- Non ! Rentre chez toi Al, je vais gérer...
Les hommes quittèrent ensemble l'hôpital, la tête baissée et le regard vide. Les prochains jours seraient difficiles, perdre un membre de l'unité, c'était perdre un membre de leur famille et chacun devrait faire avec pour continuer à avancer malgré la douleur.
NEW YORK
A l'aéroport, Erin patientait avant l'embarquement. Son téléphone dans la main, elle hésitait à prévenir de son arrivée. Elle avait laissé Jay sans nouvelle depuis leur journée ensemble, elle avait à peine parlé à Hank quand il lui avait annoncé la fusillade, et elle savait qu'aucun des deux ne serait ravi de la voir débarquer ainsi. Elle finit par composer le numéro de Niels, elle devait au moins prévenir quelqu'un de son départ.
- Salut Niels, je te dérange pas ? Demanda-t-elle dès qu'il eût décroché
- Non pas du tout, tout va bien ? Répondit-il
- Pas vraiment...
Elle lui expliqua en quelques mots ce qu'il venait de se passer, même s'il était déjà au courant car, comme elle, il avait vu les infos, il prit le temps de l'écouter sans l'interrompre. Elle annonça son départ pour Chicago et lui demanda d'en informer ses supérieurs au plus tôt. Elle dut écourter son appel quand elle entendit l'appel des passagers pour son vol. Elle raccrocha précipitamment en promettant à Niels de lui donner des nouvelles.
A peine installée dans l'avion, elle posa sa tête contre le hublot et ferma les yeux. Elle appréhendait, bien plus qu'elle ne voulait se l'avouer, son retour à Chicago. Dans sa tête, elle repensait à son départ, quelques mois plus tôt, elle était partie trop rapidement, laissant tout derrière elle, même Jay. Elle n'avait dit au revoir à personne et elle devrait peut être en affronter les conséquences, mais elle voulait être avec eux. Malgré tout, elle voulait être auprès de son équipe pour les soutenir, elle ne savait pas encore que les choses venaient d'empirer.
Elle avait tenté de laisser son passé à Chicago, laisser ses amis, ses habitudes et tout ce qui avait compté pour elle. Elle se remémora son arrivée à New York, sa rencontre avec Owen, ses premières missions avec le FBI. Elle avait vécu, en seulement quelques mois, des moments d'une rare intensité. Et voilà qu'elle faisait ce qu'elle s'était promis à elle-même de ne pas faire, elle retournait vers le passé.
Durant tout le vol, elle ne cessa de réfléchir à la façon dont elle expliquerai les raisons de son départ. Et à son arrivée, alors qu'il était près de 3h du matin, ne sachant où aller puisque qu'elle n'avait prévenu personne, elle prit la décision de s'installer dans un petit motel près de l'aéroport. Seule, dans sa chambre, elle regardait au loin les lumières de la ville. Malgré les raisons dramatiques qui l'avaient ramenées ici, elle ne put s'empêcher de sourire. Cette ville lui manquait terriblement, bien plus qu'elle ne l'aurait voulu. Elle s'installa encore habillée sur le lit de la chambre, et s'endormit presque immédiatement.
CHICAGO
Il était encore tôt quand l'unité arriva au District, les traits tirés par le manque de sommeil et le choc émotionnel, chacun prenait place dans un silence lourd de sens. Hank n'était pas encore arrivé et l'équipe patientait en continuant les recherches entreprises la veille. Le dossier Bellini était complexe, trop de suspects, trop de raisons de vouloir faire tomber celui qui régnait encore en maître sur la ville depuis sa cellule de prison. Ruzek, debout devant son bureau, les deux mains dans un carton d'archive, feuilletait les documents sans vraiment les regarder. Dans un accès de colère, il attrapa le carton et l'envoya voler à l'autre bout de la pièce dans un hurlement qui fit sursauter le reste de l'équipe.
- Hey mon pote, calme toi ! Lança Antonio en s'approchant de lui
- Putain, mais qu'est ce qu'on fout là ? Sérieux les gars ! On sait même pas ce qu'on cherche ! Cria-t-il en s'adressant à l'ensemble de ses partenaires
- Arrête... je sais que c'est dur, d'accord... je sais ce que tu ressens, mais..., reprit Al avant d'être coupé à nouveau par Adam
- On devrait chercher les mecs qui ont descendu Kim ! C'est eux qu'on doit trouver ! J'en ai rien à foutre de la pseudo-vengeance de Bellini moi !
Al s'approcha un peu plus près et passa ses bras autour du cou de Ruzek qui s'effondra en larmes instantanément. Inconsolable, il laissait sortir toute sa peine sous le regard impuissant de l'unité. Hayley s'éclipsa discrètement pour rejoindre les vestiaires, pendant que Antonio et Atwater ramassaient les documents éparpillés dans la pièce. Une fois seule, elle s'assit sur le banc et prit une ample inspiration, ses jambes tremblaient sans qu'elle ne puisse les contrôler. Jay arriva derrière elle sans bruit et l'observa un instant avant de s'approcher un peu plus.
- Respire tranquillement, dit-il à voix basse, ça va passer...
- Ouai, je sais, répondit-elle sans relever la tête
- Ça t'arrive souvent ? Demanda-t-il
- Non... enfin, plus depuis un certain temps, c'est juste que là... c'est dur, il a l'air de tellement souffrir
- Ils étaient très proches... comme nous tous, mais eux, c'était différent, répondit-il
Il la laissa se calmer un peu avant de reprendre la conversation.
- T'en as déjà parler à quelqu'un ? Demanda Jay
- Parler de quoi ?
- Tes crises d'angoisse, ou d'anxiété... je sais pas trop comment tu appelles ça...
- Et comment tu sais que c'est ça ? Demanda-t-elle pour éviter de répondre
- Souvent c'est dû à un stress post traumatique, je suis passé par là...
Elle acquiesça de la tête sans poser de question, elle avait retrouvé une respiration normale et ses jambes ne tremblaient plus. Elle remercia Jay d'une tape sur l'épaule et se leva pour sortir de la pièce. Il la suivit, et ensemble ils rejoignirent les bureaux, d'où provenait une certaine agitation.
En haut des escaliers, le Sergent Platt, les yeux brillants, se tenait à côté d'Erin qui essuyait quelques larmes, elle aussi, après avoir appris la terrible nouvelle. L'unité la saluait chaleureusement, mais sans effusion, elle prit Ruzek dans ses bras plus longtemps, lui chuchotant quelques mots à l'oreille que lui seul entendit. Puis son regard se posa sur Jay, il la fixa un instant et fit demi-tour pour retourner vers le vestiaire. Hayley salua poliment la jeune femme, et d'un geste rapide, retourna le tableau blanc qui, selon elle, contenait trop d'information qu'Erin ne devait pas voir.
Antonio adressa un clin d’œil à Hayley, puis s'adressa à Erin qui fixait le couloir, attendant le retour de Jay.
- Va le voir, dit-il en la poussant légèrement
- Ouai... souffla-t-elle
Pendant qu'elle se dirigeait vers le vestiaire, Antonio fit signe à son équipe de ranger les dossiers concernant l'affaire. Voight avait été clair, rien ne devait sortir d'ici, et ne sachant pas si Erin avait été informée de leur dernière enquête, il était préférable qu'ils soient discrets. Le Sergent Platt les regarda faire sans comprendre, elle déposa une boîte pour récolter des dons pour Burgess, chacun y déposa un billet, et elle repartit sans un mot. Dans le vestiaire, Jay enfila une veste avant de refermer son casier, Erin était là, l'observant depuis l'entrée.
Il baissa la tête et souffla doucement.
- Je sais que tu m'en veux... dit-elle en s'avançant vers lui
- C'est pire que ça Erin... et je sais très bien que...
Il s'arrêta encore une fois pour observer son visage couvert de marques. Elle s'en aperçut et baissa les yeux en fixant le sol. Il leva les mains en signe d'incompréhension, attendant une explication.
- Je peux pas t'expliquer ça, Jay... c'est...
- Tu peux jamais rien expliquer Erin ! Dit-il en secouant la tête, tu sais quoi... t'aurais pas dû venir...
Il sortit rapidement de la pièce, la laissant seule. Elle se pinça les lèvres pour ne pas pleurer et prit quelques secondes pour retrouver son souffle avant de sortir à son tour pour retrouver le reste de l'équipe. Il était près de midi quand toute l'unité commença à s'interroger sur l'absence étrange de Hank qui n'avait toujours pas donner de nouvelles depuis la veille.
CHICAGO
Jay avait quitté le District sans informer ses partenaires. Ruzek était toujours dans un état émotionnel instable et Atwater, qui n'avait presque pas ouvert la bouche depuis son arrivée, semblait, lui aussi, sur le point de craquer. C'est une équipe sous le choc et complètement déstabilisée qu'avait découvert Erin à son retour. Antonio et Al faisaient de leur mieux pour prendre les choses en main pendant l'absence de Hank, sans pour autant savoir où il pouvait se trouver. Erin avait pensé bien faire en posant quelques questions sur ce qu'il s'était passé pour Burgess, mais les réponses avaient été vagues et Al avait fini par l'emmener boire un café à l'extérieur.
- Alors Lindsay... commença-t-il, qu'est ce que tu as fais à cette jolie tête pour la mettre dans cet état ? Demanda-t-il en soulevant son menton du bout des doigts
- J'ai pas envie de parler de ça Al.... répondit-elle en baissant les yeux
- Hank sait que tu es à Chicago ? Demanda-t-il à la jeune femme
- Non... et je commence à me demander ce que je fais là... avoua-t-elle à son ami
- Dit pas ça... tu es venue pour Kim, et tu as ta place auprès de nous, c'est juste... une période difficile, répondit-il pour la rassurer
- Pourquoi Hank n'est pas avec vous ? Il se passe quoi Al ?
- Il est resté tard à l'hôpital hier soir, il est peut être avec la famille de Burgess...
- Pourquoi j'ai l'impression que tu ne me dis pas tout ? Interrogea-t-elle encore une fois
- Parce que c'est le cas Lindsay.... je suis désolé, tu devrais parler à Hank, répondit-il calmement
Il posa quelques billets sur la table pour payer les consommations et se leva en prenant sa veste. Il embrassa Erin sur le front et la laissa seule. Assise dans ce café presque désert, elle sentie les larmes lui monter aux yeux. Elle ne s'attendait pas à un grand accueil mais c'était pire que ce qu'elle avait imaginé. Elle prit son téléphone pour appeler Voight mais, après plusieurs sonneries, elle tomba directement sur sa messagerie. Elle essayait de garder son calme mais elle sentait au fond d'elle-même qu'on lui cachait quelque chose. Elle prit ses affaires pour rejoindre à nouveau le District, elle devait savoir, peu importe ce qu'en penserait le reste de l'unité.
A quelques kilomètres de là, Hank patientait derrière une immense grille. Un gardien lui fit signe d'approcher et, après avoir passé les contrôles de sécurité, on l'autorisa à entrer dans la salle des visites. La prison haute sécurité recevait rarement ce genre de visiteurs, arrivé moins d'une heure auparavant, il avait fallut plusieurs coups de fil et diverses autorisations avant qu'on ne lui laisse rencontrer Emilio Bellini. L'homme était installé dans une salle isolée, ses pieds reliés entre eux par une chaîne, et ses mains, menottées sur l'avant, étaient, elles, reliées à une autre chaîne qu'il portait comme une ceinture autour de la taille.
- Tiens donc ! S'écria-t-il quand la porte s'ouvrit sur Hank
- Emilio... dit Voight pour le saluer avant de s'asseoir face à lui
- Le grand Hank Voight en personne, quel honneur ! Lança Bellini froidement
- J'ai pas de temps à perdre en formule de politesse, annonça Voight en posant ses bras sur la table qui les séparait
Il y eut un silence pendant lequel les deux hommes se dévisagèrent. Puis Hank reprit la parole en fixant celui qu'il jugeait responsable des dernières tragédies.
- Tu dois arrêter tout ça Emilio ! Et tu dois l'arrêter maintenant ! Rappelle tes hommes et calme le jeu là dehors, il y a déjà eu assez de morts comme ça, tu ne crois pas ?
- Je ne sais pas de quoi tu parles... tu sais ...je suis un vieil homme, je suis en prison et surtout je suis en deuil ! J'ai perdu des gens moi aussi...
- Arrête ça Emilio ! Hurla-t-il, on ne joue plus ! Je te jure que tu t'en sortiras pas cette fois...
- La balle est dans ton camp mon vieil ami, moi, je n'ai plus rien à perdre, répondit Emilio en secouant la tête
Hank était à bout de nerfs, il aurait voulu empoigner Emilio pour le traîner dehors et lui régler son compte. Il serra les dents une nouvelle fois, il respira calmement pour reprendre ses esprits, puis s'adressa à nouveau à l'homme impassible, assis en face de lui.
- Tu dois me laisser du temps... c'est une guerre de gang qui se joue dans tous nos quartiers, et tu me demandes d'arrêter ça ? Alors laisse moi du temps..., souffla-t-il
- Tu sais ici.... du temps je n'en manque pas, je n'ai que ça à faire de compter les heures et les minutes.... Ça me laisse le temps de découvrir pas mal de chose, alors si tu veux un conseil, secoue toi un peu Voight, parce que du temps, toi, tu n'en as plus beaucoup....
Il se leva en faisant signe au gardien qui ouvrit la porte pour le laisser rejoindre les couloirs. Hank se leva à son tour, et alors qu'il lui tournait le dos, Emilio lui adressa une dernière phrase.
- Hey Hank ! Tu salueras Lindsay pour moi ! Lança-t-il avec un clin d’œil