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Série : The Tudors
Création : 29.12.2009 à 18h51
Auteur : brathan576
Statut : Terminée
« Une one shot sur la mort d'Anne. Du point de vue de la belle, puis de celui de son prince. » brathan576
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Anne
Jamais je n’aurais cru mourir si tôt. Si jeune. Trop jeune. J’ai toute la vie devant moi mais cette vie là n’est pas pour moi. J’ai eu beau faire tout ce qu’on m’a demandé de faire, je me retrouve ici. Au pied du mur. De l’échafaud.
Il fait gris aujourd’hui. Les nuages encombrent le ciel. Il pleuvra certainement sur Londres ce soir. Ainsi, le ciel pleurera avec moi. Dans l’air flotte un parfum. Doux parfum enivrant tel un poison. Une odeur de mort. Planant tout autour de moi. Je la sens. Elle pénètre en moi comme une lame, infiltre mes poumons et me les brûle, les consume. Rien que l’odeur me tue déjà. À petits feux, je meurs, avant le couperet final.
Je suis Anne Boleyn, femme du grand roi Henry VIII et je m’apprête à mourir.
Condamnée à mort par son propre mari. Odieux, n’est ce pas ? Je vous l’accorde. Mais il demeure mon bien aimé. L’homme qui réveilla en moi un sentiment refoulé, ignoré. L’amour. Oui, j’aime et j’aime avec passion. Peut-être est-ce cette passion qui m’a perdu ? Mourir d’amour. Je comprends à présent. Je meurs d’amour. D’avoir trop aimé. Ou peut-être pas assez ?
Je ne comprends pas pourquoi je suis là. Pourquoi je m’avance vers la mort comme si je traversais un couloir du château ? Souvent je me promenais dans ces longs corridors. J’admirais les toiles peintes accrochées au mur. J’aimais le voir au détour d’un couloir, et lui voler un baiser. J’aimais écouter ce silence reposant en pleine nuit. Personne. Moi seule. Maitresse du château. Mes souvenirs à présent m’échappent. Une trainée de poussière dans l’air lourd et suffocant de la place publique où je vais être exécutée. Je dois affronter ce cruel destin qui est le mien. J’arrive devant la foule. Certains me jettent des regards à vous glacer le sang, d’autres me regardent fixement, de la pitié plein les yeux. On me touche, on me frôle. Un dernier geste tendre de la part de ce peuple à qui j’ai tout donné.
Je monte les marches une à une, au ralenti. C’est comme si le temps n’avait plus d’importance ici. Je suis calme. Ma respiration se stabilise. Les mots coulent à flots tels des larmes. Je le sais, je vais mourir. Dans 1 minute, 1 seconde. Henry …
Henry
« Chère Anne,
Je vous écris ces quelques lignes en sachant pertinemment que vous n’aurez jamais l’occasion de les lire. Mais mon cœur, si plein de haine soit-il, m’y oblige. Je vous ai aimé Madame. Plus que vous ne pourrez l’imaginer. Vous m’avez perdre la tête Anne. Je vous étiez dévoué. Entièrement à votre service. Ne m’appeliez-vous pas « Mon serviteur » dans vos innombrables lettres d’amour enflammées ? Mais il faut voir les choses en face, mon aimée. Ce temps n’est plus.
Je ne sais si je dois me justifier du geste que j’ai commis et qui vous conduit aujourd’hui à la mort ou m’en excuser. Ce qui reviendrait passablement à la même chose. Tel est le devoir d’un roi. Je me reconnais lâche en vous disant cela mais ce n’est que l’exacte vérité. Un roi se doit d’éviter tout scandale qui pourrait entacher son honneur. Vous m’avez trahi Anne. Et malgré mon amour pour vous, je dois appliquer la même sanction au traitre envers la couronne. Comme j’aurais aimé ne jamais vous connaître Madame ! Ainsi, vous seriez toujours en vie et jamais vous n’auriez souffert par ma faute. Jamais vous n’auriez connu la souffrance de la perte d’un enfant. Vous vous seriez mariée avec un homme respectable et auriez eu une existence tranquille, loin du tumulte de la cour. Loin de moi. Loin de cette cruauté dont fait preuve l’être humain.
J’admets que cela peut paraître insipide désormais. Mais je me suis toujours tût. Maintenant, je réalise qu’il est trop tard et ma conscience me hurle de mettre par écrit ses pensées qui troublent mon esprit. Esprit qui autrefois était obnubilé par vous, mon aimée. Il l’est toujours mais il est trop tard pour les regrets. J’écris ces lignes dans le but qu’un jour, lorsque je serais vieux et que la raison aura quitté mon esprit, ceci me rappelle mes fautes passées.
Je vous aime Anne. Ne doutez jamais de la sincérité de ces mots. Ces mots qui ont longtemps été les miens. Les vôtres. Les nôtres. Rappelez-vous que seul mon statut de roi vous mène à l’échafaud. C’est donc ma main et non mon cœur qui vous pousse vers la mort. Je sais que je me répète. Et je sais pertinemment que jamais vous ne le saurez mais je me dois de calmer la guerre qui est menée dans ma tête. Je vais devoir vivre avec ce fardeau, le fardeau de vous avoir mise à mort. Anne, sachez que jamais quelqu’un ne troubla mon esprit autant que vous. Jamais quelqu’un ne me fit ressentir un tel désir. Sachez pour terminer, je par delà la mort, je continuerai de vous gardez dans un coin de mon cœur, un coin de ma tête. Je continuerai de vous aimer en secret. Adieu. Mon aimé, en espérant vous revoir aux cieux. Puisse Dieu avoir pitié de votre âme et de la mienne, car elles sont liées. À jamais liées.
Votre dévoué serviteur, Henry VIII. »
Le souverain posa sa plume, la main tremblante. Il se leva doucement, prit la lettre entre ces doigts. Il s’approcha du feu qui brûlait dans le foyer. Il inspira profondément puis d’un geste sec, comme pour apaiser la douleur, il jeta la missive au feu. Les flammes consumèrent le parchemin comme l’amour les avait consumés, Anne et lui. Il ferma les yeux un instant puis se ressaisit et se dirigea vers la fenêtre.
Il appuya son front contre la vitre glacée. Un frisson parcourra son échine. Il ferma à nouveau les yeux et une larme discrète et silencieuse roula sur sa joue.
Dehors, le bourreau prit son épée. Anne tourna la tête. Et cela fut fini. Au dessus de la tour, le roi aperçu une colombe. Symbole de la paix. Paix de son âme. L’âme d’un homme, souverain, tiraillé entre son devoir et son amour pour une femme.
FIN.