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Série : Veronica Mars
Création : 02.04.2008 à 12h31
Auteur : lili59
Statut : Terminée
« Fic personnelle - suite du 320 » lili59
Cette fanfic compte déjà 68 paragraphes
Mercredi 28 Décembre
Chère Marina,
Il est quatre heures du matin, je n’arrive pas à dormir. Combien de fois le néon rouge du motel a-t-il clignoté depuis mon arrivée ? Je ne sais plus, j’ai arrêté de compter à 728.
Je les entends encore. Les bruits. Je les entends encore.
Je suis allée au cinéma ce soir.
J’avais dit à Lola d’inviter Logan à la maison. Elle devait se changer les idées.
Lorsqu’elle est rentrée du Sunnydale, je l’ai aidée à se pomponner, à préparer le dîner. Et puis je suis partie.
Je suis donc allée au cinéma. Une comédie. Ensuite j’ai traîné en ville. J’ai bu un café brûlant à Washington Square pour me réchauffer. Beaucoup plus sympa que Central Park…
A minuit, je me suis dit que leur soirée devait être terminée, alors je suis rentrée. J’avais à peine ouvert la porte que je les ai entendus.
Les soupirs.
Les gémissements.
Plus une seule goutte de sang dans mon corps.
Je suis restée immobile, plusieurs minutes.
J’ai fermé les yeux.
J’étais Lola.
La paume de ma main remontait lentement le long de son torse, tandis que ma langue chatouillait le creux de son ventre.
Son odeur.
Je ne saurais la décrire, mais je la reconnaîtrais parmi mille.
A chacun de mes baisers, son bassin se contractait de plaisir. Ma main remontait jusqu’à son cou, sa joue.
Sa peau.
Douce et rugueuse à la fois.
Comme lui.
J’ai ouvert les yeux. Il n’était pas là. Il était là-bas, avec elle.
Souffrance.
Je suis allée te chercher dans ma chambre et je suis sortie, sur la pointe des pieds, pour atterrir ici.
Mais je les entends toujours.
Je ne sais pas si j’aurai la force de supporter.
Elle est ce que j’ai de plus précieux ; je vais jusqu’à lui sacrifier mon dernier souvenir. Et je suis heureuse de le faire, sincèrement.
Mais, malgré tout, la douleur gronde en moi. Je la sens rugir, là-bas, au fond, folle de rage, enchaînée par mon amour pour Lola. Mais elle se débat et elle finira par rompre ses chaînes. Et alors, libérée de son entrave, elle ravagera tout sur son passage.
Elle me tuera, je le sais.
Je suis déjà à moitié morte, ce sera rapide.
Mais je ne veux pas mourir. Envers et contre tout, la petite molécule veut vivre.
La vie, à défaut d’autre chose.
Mercredi 28 Décembre
Chère Marina,
J’ai démissionné.
Ce midi, Luke m’a demandé de servir la table 13 en plus de mes tables habituelles. J’ai protesté, arguant que mes dix tables étaient occupées et que la 13 se trouvait à l’autre bout du restaurant.
La vérité, c’est que cette table est au cœur de la zone de Lola, et que je n’avais pas envie de la croiser toutes les cinq minutes.
Toujours est-il que Luke a insisté : le client ne voulait personne d’autre. Je lui ai demandé depuis quand les clients faisaient la loi au Sunnydale. Le ton est monté, une dispute a éclaté. J’ai fini par m’incliner.
C’était Logan.
Quand je l’ai vu, je me suis figée. Il a relevé la tête et a souri.
C’est là que j’ai compris.
J’ai ravalé ma salive et je me suis approchée, un bloc-notes et un crayon à la main.
« Que prendra monsieur pour déjeuner ?
- Un café et … une conversation. »
Mon cœur s’est arrêté. Moi ?
« Tu sais que Lola est là…
- C’est toi que je suis venu voir. »
Je me suis mordue les lèvres pour ravaler le fichu sourire qui y montait.
« Pourquoi ?
- Je suis au courant pour … ce qui t’est arrivé. J’ai essayé de te contacter à l’époque mais tu avais changé de numéro. Je voulais… »
Je ne l’ai pas laissé finir. J’ai tourné les talons et je suis revenue cinq minutes plus tard avec son café.
« Voici votre café monsieur. En revanche, je suis désolée, mais j’ai vérifié : nous n’avons de « conversation » au menu.
- Je devrais peut-être essayer « Vous êtes fou » en bas de la rue, c’est ça ? »
Mon estomac s’est retourné.
Mais à quoi tu joues Logan ?
Il a sorti un billet de dix dollars de son portefeuille et m’a proposé de garder la monnaie. J’ai sorti huit dollars de mon tablier et les ai posés sur la table.
« Merci, je n’ai pas besoin de ta pitié. A aucun niveau. »
Et c’est tout.
Je suis une idiote. Si tu savais à quel point je m’en veux…
Le jour de Noël, il a eu la délicatesse de ne pas dire que nous étions sortis ensemble. Pour Lola.
Mais ce jour-là, il a également eu l’élégance de ne pas avoir de geste tendre vis-à-vis d’elle. Et ça, c’était pour moi. Parce qu’il savait, parce qu’il avait deviné ma fragilité. Il n’a pas voulu prendre le risque de me blesser. Au cas où…
Aujourd’hui, il fait l’effort de venir au Sunnydale, d’ignorer Lola, tout ça pour pouvoir me parler en privé. Parce qu’il ne pouvait pas le faire décemment le jour de Noël, devant tout le monde.
A chaque fois, il a cherché à me préserver.
Et moi, qu’est-ce que je fais ?
Je gâche tout.
Mais je n’avais pas le choix.
Parce que, au moment où il a relevé la tête de la carte, au moment où il m’a vue et que son regard s’est illuminé, au moment où il m’a souri, à ce moment-là, à ce moment-là précis, j’ai compris.
J’ai compris que je ne supporterai jamais de le voir avec une autre. Logan. Je ne supporterai jamais de le voir construire sa vie lorsque la mienne n’est plus qu’un amas de ruines.
Je crève de le savoir avec une autre. Je crève à l’idée que Lola le touche, le caresse. Même si c’est Lola.
Je voudrais être elle, juste une minute. Juste une seconde. Me rappeler combien c’est bon d’être dans ses bras. Savoir que, désormais, plus rien ne pourra m’atteindre, qu’il me protègera.
Il le faisait déjà. Il le ferait encore plus.
Il a changé, il est … posé. Oui c’est ça, il est posé. On sent qu’il aime ce qu’il fait. Il a monté une entreprise de surf, D.Lo, avec son meilleur ami, je te l’avais dit ?
Il est doux, il est tendre, il est prévenant.
Il ne se laisse plus dominer par ses nerfs, il les contrôle.
Il est serein.
Et pourtant il reste Logan.
Toujours cette fougue, cette vivacité d’esprit, ce petit côté frondeur qui me plaisait tant.
Toujours ce regard profond, ce sourire charnel.
Logan, tout simplement.
Et pourtant, je veux qu’il reste avec Lola.
Parce que notre Nous est terminé, enterré, désintégré. Parce que leur Nous est un jeune bouton de rose réchauffant ses pétales au soleil levant.
Parce que qu’il est le seul, à l’heure actuelle, capable de rendre Lola heureuse.
Et ça, c’est ce que je désire plus que tout au monde.
Mais je ne veux plus souffrir. Je n’en peux plus, je suis à bout. Je ne veux pas mourir, mais je ne peux plus vivre.
On vit toujours pour quelqu’un.
Les personnes qui se suicident sont celles qui se sentent seules, celles qui ne trouvent plus leur raison d’être dans les yeux de quelqu’un. Alors que, la plupart du temps, elles sont la raison d’être de quelqu’un. Mais elles ne le voient pas.
Je vois.
Je vois que j’étais la raison d’être de Logan et que je ne le suis plus.
Je vois que j’étais la raison d’être de Lola et que je ne le suis plus.
Ils n’ont plus besoin de moi, à l’heure où j’ai pourtant le plus besoin d’eux.
Mais je ne dirai rien.
Je ne laisserai pas mon aspiration à la vie gâcher la leur. Ils se sont trouvés. Tout est bien.
Et pour que ça continue, il faut que je m’éloigne d’eux. Parce que le jour où je ne contrôlerai plus ma douleur, je craquerai. Je dirai tout.
Je dois me taire.
Il faut donc que je parte, loin. Très loin. Je ne sais pas encore où. Je verrai.
En attendant mon départ la semaine prochaine, après ma période de préavis, je me suis arrangée avec Angelo pour échanger notre jour de congés. Il prend le jeudi, je prends le vendredi. J’ai téléphoné à la sorcière pour décaler le sacro-saint rendez-vous hebdomadaire.
Samedi, Lundi, Mardi. Plus que trois jours. Plus que trois jours à côtoyer Lola au travail et ce sera terminé.
Ils seront heureux. Pour toujours.
De : [email protected]
Envoyé le 29.12.2011 à 10h57
Hé, relax Bill Gates ! D.Lo va pas couler parce que Capitaine Dick abandonne le bateau pendant une semaine ! Mais bon, je tiens à ma tête, alors voilà je te réponds… Il doit bien me rester quelques vagues notions d’écriture du CP ? A l’époque j’étais pendu aux lèvres de Miss Sailor, l’institutrice. Pas les lèvres que j’aurais voulues, mais bon… Je m’en rappelle comme si c’était hier : une brunette de vingt ans avec un cul … mais un cul ! Je te dis que ça !
Ouais, bon, je te sens fulminer derrière ton écran, donc je passe… Ca avance avec Coco Ho. On touche à la fin de la phase « restos-cul-cul » et « mots-doux-à-faire-pâlir-Danielle-Steel-de-jalousie »
Je tiens le bon bout … avant qu’elle ne tienne le mien ! Laisse-moi 48 heures et elle passe sous la couette. Le lendemain, elle signe avec D.Lo, obligé. T’inquiète, Dick Casanova gère…
Alors comme ça t’as revu Veronica Mars ? Quelle chance ! (J’hésite à effacer cette phrase : on sent l’humour ou pas ? J’aurais dû suivre les cours de CE1, mais Mrs Moon était nettement moins bandante : la chair a tendance à devenir flasque passés 40 ans…) Qu’est-ce qu’elle devient ? Les feux de la rampe l’ont-ils rendue encore plus pimbêche ?
Mouais… Ta Lola m’a l’air beaucoup plus sympathique. Déjà si elle maîtrise le reggaeton, ça peut être qu’une fille bien. Enfin bien… Chaude tout du moins !
Faudrait que tu m’en dises plus sur elle, au cas où D.Lo ait un jour besoin de ses services… Faut laisser faire les pros dans ce genre de situations tu comprends...
Bon mec, j’ai rendez-vous avec Isabel dans une heure, dans quatre je vais prendre quelques vagues avec Coco et dans huit je dîne avec Barbara.
Tu crois que j’ai une chance si je propose à Coco un plan à quatre ?
Calme-toi papy, je plaisante…
Le grand Dick
Jeudi 29 Décembre
Chère Marina,
Je me suis réfugiée dans ma chambre. Lola est au téléphone avec Logan depuis des heures et je ne supportais plus les « ce sera dur de passer une soirée sans toi », les « vivement demain », et les « mais moi aussi tu me manques ! »
Je suis écoeurée.
Je ne l’ai pas forcée à assister à la Bitches’night que je sache ! Elle l’a zappée la semaine dernière et ça ne l’avait pas gênée outre mesure !
Heureusement que je peux me confier à toi. Je ne sais pas ce que je ferais si tu n’étais pas là…
Une soirée. Une soirée Veronica, courage. Sors ta plus belle carapace, la plus résistante. Tu peux le faire. Elle ne verra rien, elle ne saura rien, elle ne devinera rien. Tu en es capable.
Et lorsqu’elle commencera à parler de lui, laisse ton esprit s’évader. A quoi pourrais-tu penser ?
Hum… J’ai beau réfléchir, l’inventaire n’est guère concluant. Pas du boulot. Pas des amis. Pas des amours. Magnifique vie que j’ai là n’est-ce pas ?
Ton voyage ! Voilà, c’est ça, tu n’as qu’à penser à ton voyage ! Mais pour cela, tu dois tout d’abord élire une destination finale, un point de chute, une terre d’asile… Alors Veronica, où veux-tu aller ?
Je n’en ai pas la moindre idée. J’y ai réfléchi toute la journée et je ne vois pas.
Allons allons… Réfléchis bien… N’y a-t-il pas un seul endroit au monde que tu aimerais découvrir ?
Découvrir quoi ? Que le monde entier n’est que misère humaine ? Découvrir à chaque nouvelle étape que je suis seule, définitivement ?
Découvrir, pour quoi faire ? Dans quel but ? Me construire ? Me reconstruire ?
M’as-tu bien lue toutes ces semaines Marina ? Je te l’ai dit, je suis à moitié morte. Et je ne pars pas pour revivre. Je pars pour les laisser vivre … et pour ne plus souffrir.
Je sais Veronica… Je t’ai écoutée, j’ai lu dans ton cœur comme dans un livre ouvert. Mais peut-être pourrais-tu trouver un endroit où tu te sentirais bien ? Un endroit où tu te sentirais protégée, en sécurité ? Un endroit où tes souffrances s’amoindriraient jusque, peut-être, l’oubli ?
Oui, il y a peut-être… Il y a peut-être Neptune.
Neptune ?
Ma ville natale, je te l’ai déjà dit.
Je sais, c’est juste que je suis étonnée… J’avais cru comprendre que tu n’aimais pas cette ville, qu’on t’y avait traitée comme une paria.
C’est vrai.
Alors pourquoi ?
Il est là-bas.
Qui est là-bas ?
Veronica, qui y a-t-il là-bas ?
Il y a P
Vendredi 30 Décembre 2011
Notes du psychologue Marilyn Froes
Patiente : Veronica Mars
Séance 21
Séance chaotique.
Melle Mars est entrée telle une furie dans mon cabinet. Elle n’a pas pris la peine de s’asseoir, et a commencé à hurler que j’étais une garce, que je pouvais me mettre mon expérience là où je savais, que mon carnet à la noix elle l’avait jeté à la poubelle, que de toute façon c’était la dernière fois que je la voyais, qu’elle allait quitter la ville.
J’ai bien entendu conservé le silence le temps qu’elle déverse sa colère.
Une telle réaction ne peut s’expliquer que par une réussite du procédé mis en place, réussite qui la paralyse de terreur. Je suis certaine qu’elle a fait référence à son traumatisme dans son journal et que, s’en rendant compte, la panique l’a envahie.
Il était beaucoup trop tôt, l’expérience aurait dû s’étaler davantage dans le temps et la préparer psychologiquement à la possibilité que, un jour, elle révèlerait peut-être son secret.
Melle Mars n’était pas prête à perdre le contrôle de ses pensées.
Cette rapidité est d’ailleurs étrange au regard de la suspicion de Melle Mars quant à son suivi psychologique. Il a dû se jouer un événement dans sa vie personnelle ayant agi tel un stimulus. Je ne vois pas d’autre explication.
Après avoir hurlé, Melle Mars est restée plantée là, debout, me défiant du regard. A 14h20 sa montre a sonné, signalant ainsi la fin de la séance. Sans me quitter des yeux, elle a marché à reculons jusqu’à la porte et est sortie.
Bilan : Une séance aussi fructueuse que désastreuse. Le journal intime semble avoir porté ses fruits et permis à Melle Mars de parler de son traumatisme. Néanmoins, l’éclosion semble avoir été trop précoce, la patiente n’y étant pas préparée. Sa réaction a donc été le déni et le rejet de la faute sur ma personne.
Il est à craindre que cette révélation précipitée n’altère l’équilibre de Melle Mars et que Tisiphone ne se réveille, un an plus tard.
De : [email protected]
Envoyé le 31.12.2008 à 9h43
Dick !
Qu’est-ce que je t’avais dit avant ton départ ? ON NE COUCHE PAS AVEC LES SURFEUSES POUR LES FAIRE SIGNER AVEC D.LO ! Tu fais le coup à chaque fois, sauf qu’ensuite elles veulent casser leur contrat quand elles ont compris quel abruti manipulateur tu es… Et après, qui est-ce qui doit réparer les pots cassés ? C’est papy, comme tu dis si bien ! On va finir par avoir de gros ennuis si tu continues. Donc, papy te prévient : cette fois-ci c’est la dernière fois. Si tu recommences, c’est moi qui m’occupe de l’événementiel et du sponsoring, et toi tu t’occuperas de la fabrication et du suivi des commandes. Toute la journée dans un bureau, ça te tente ? Parce que c’est ce qui va t’arriver, je te préviens ! Même si je dois t’attacher à une chaise !
Bon, en attendant, fais-la grimper au dix-huitième ciel s’il le faut, mais qu’elle signe !
Ici, bonnes nouvelles. Karl Marilghton est revenu bien disposé de son week-end familial à Minneapolis (il portait un magnifique pull à son retour d’ailleurs… Je me demande si c’est la mère de Ron Winsley ou celle de Mark Darcy qui l’avait tricoté…) Bref, il nous fait 5.5% de ristourne sur le prix initial. Plus que je n’osais espérer… Champagne mon ami !
Bon, pour changer de sujet, tu me demandes des informations sur la miss Lola. Depuis quand t’intéresses-tu à autre chose qu’à la taille du bonnet des nanas ? Parce que je te préviens : je lui ai pas demandé… A vue de nez, je dirais un 95C. La taille idéale… Le décolleté irait très bien avec le cul de Miss Sailor, mais malheureusement pour toi, je suis le seul à pouvoir le contempler. Il faut choisir : Coco-Isabel-Barbara ou Lola ?
Bref… Donc tu veux des infos… Tu m’aurais demandé ça il y a quelques jours, je n’aurais pas su quoi te répondre : Lola ne parle pas trop d’elle, elle est assez secrète. Mais hier soir, elle a fait un lapsus : « à l’époque où je dessinais ». Elle s’est aussitôt ressaisi et a changé de sujet de conversation. Ca m’a intrigué et j’ai donc tapé « Lola Hayles-Callaghan » sur Google.
Et là surprise…
Tu te souviens que, à la base de tous les problèmes de Veronica l’an passé, il y avait le meurtre de Oliver Ashton ? Eh ben, Lola était la petite amie d’Oliver. J’avais oublié son nom, c’est pour ça que j’avais pas fait le lien plus tôt…
Je commence à mieux comprendre pourquoi Veronica et elle sont si proches.
Enfin, je me suis pas appesanti sur ces articles, ce ne sont pas mes affaires. Veronica me l’a fait clairement comprendre lorsque je suis allée la voir au travail.
En revanche, j’ai trouvé ensuite le site Internet de Lola. Un site de dessins. Et pas n’importe quels dessins ! J’y connais rien en art, mais je peux te dire que la miss a un don, un véritable don. C’est comme si le fusain était le prolongement de ses doigts.
Elle dessine de petites toiles minimalistes avec, comme thème central, la famille. Quelques traits à peine, mais toujours le petit détail qui rend la scène authentique : le petit-fils qui pose la main sur la bouche de sa grand-mère, la sœur qui sert les poings face à sa cadette assise sur l’herbe et qui rit aux éclats.
Mais la vraie force de ses œuvres, c’est le regard des personnages. Ils sont tellement vivants, ils ont une telle singularité, qu’on jurerait les voir vivre, penser et ressentir sous nos regards.
J’ai été bluffé.
Chaque jour un peu plus…
Voilà, satisfait par mes investigations ?
Bon, je te souhaite une bonne fin d’année. Je te vois mardi à Los Angeles. Ah oui, parce que je reste encore quelques jours à New York finalement. Lola m’a invité chez elle pour le Nouvel An. Apparemment elle a dû insister auprès de Veronica, mais celle-ci a fini par céder.
Ce sera en petit comité, les mêmes personnes qu’à Noël. Je vais encore une fois avoir l’impression de me retrouver à Neptune High mais bon… Je pouvais décemment pas refuser. Et puis j’ai des choses à clarifier avant de partir.
Ah et dernière chose : du bateau, c’est moi la capitaine. Toi tu n’es que l’énorme baleine qui tente de me suivre Moby Dick. Compris ?
A+
L.
Dimanche 1er janvier 2012
Jour 362
Wallace est le feu…
Logan est l’eau…
Veronica est la terre…
Je suis le vent.
Troisième partie :
OLIVER : TWIST (IN THE STORY)
Dimanche 1er Janvier 2012
Chère Marina,
Il m’a embrassée.
Logan.
Je l’ai embrassé.
Lundi 2 janvier 2012
Chère Marina,
Je n’arrive pas à y croire. Tout ça est tellement… J’en perds mes mots. Je vais tout te raconter, ce sera plus simple.
Vendredi, Lola était excitée comme une puce : elle voulait organiser la Saint Sylvestre à la maison pour remercier Wallace et Jackie de leur accueil à Noël. Bien entendu, Logan y serait invité.
Personnellement je n’étais pas… Comment dire ? Pas très bien.
Depuis jeudi, tout me mettait en rage, et lorsqu’elle m’a soumis son projet, j’ai tout d’abord refusé. Mon objectif était de passer le moins de jours possibles avec Lola et Logan d’ici mon départ. Et la perspective de partager une nuit entière avec eux ne me réjouissait guère.
Bref : dispute, cloisonnement dans nos chambres, grattement à la porte, petit sourire en coin.
« Ok t’as gagné… »
Dimanche soir. Lola rentre du travail à 18 heures, l’appartement est métamorphosé. Un immense sapin au milieu du salon, orné de guirlandes multicolores. Sur le vieux canapé, une tenture rouge brodée de fils dorés. Des assiettes de toasts sur la table basse. Partout, des bougies qui embaument la pièce.
C’est mon cadeau d’adieu Lola.
On se prépare, un verre de punch à portée de main. Lola revêt une robe argentée au décolleté plongeant. Elle m’oblige à troquer mon pull-over pour un bustier noir à paillettes.
C’est mon cadeau d’adieu Lola.
20 heures, le clan Fennel débarque.
Un verre de punch.
Jackie raconte ses déboires : le traiteur vient d’augmenter inopinément ses prix, la couturière a trop raccourci la robe…
Wallace reste silencieux, une étincelle au fond des yeux tandis qu’il écoute sa douce.
Un autre verre de punch ?
20 heures 30, on sonne à la porte. Lola part lui ouvrir tandis que je reste prostrée sur le canapé. Logan fait son entrée, une bouteille de vin français à la main. Il a revêtu un smoking gris clair et une chemise noire déboutonnée au col. Très élégant. Il a soigné sa tenue.
Il l’aime…
Un verre de punch ?
22h, nous passons à table. Lola s’enthousiasme devant les cailles que j’ai préparées :
« Un véritable cordon bleu la petite Vera, son mari sera gâté ! »
Un autre verre de vin s’il vous plaît…
23h55, Lola allume la télévision pour le traditionnel compte à rebours.
« Vera, tu veux bien aller chercher les confettis ? Je les ai mis dans le placard au fond du couloir… »
Bien sûr Lola !
Ouh ça tourne…
Ouvrir le placard.
Check.
Trouver les confettis.
Check.
Refermer le placard.
Check.
Faire demi-tour, de préférence sans tomber.
Check.
Remonter le couloir.
Check.
Tourner à droite pour entrer dans le salon.
23h58. Logan me percute de plein fouet.
« Je te cherchais… »
Le monde vacille sous mes pieds. L’univers tourbillonne autour de moi, m’aspire dans un trou noir dont je ne discerne pas la fin. Je ne contrôle plus rien, je me laisse bercer par la musique qui parvient du salon. Je chancelle. Un pas en avant, un pas en arrière.
Il m’agrippe.
« Tu as trop bu. »
Il m’entraîne. Où ? Dans ma chambre.
« Non ! »
Pas ma chambre. Fuir. Vite. Très vite. Très loin.
Je retourne au salon, il m’arrête avant que je ne tourne.
23h59.
« Laisse-moi…
- Non. Je ne te laisserai plus. »
Par pitié Logan… Mon cœur est déjà brisé, broyé, déchiqueté. Chaque battement est une lutte contre le passé, le présent et l’avenir. Encore un mot et il s’arrêtera.
« Eh ! Dépêchez-vous ! Plus que trente secondes ! »
C’est Jackie. Il faut les rejoindre. Vite.
Il soupire, lève les yeux au ciel, bascule la tête en arrière.
Sa pomme d’Adam.
Il s’arrête dans cette posture, sourit. Je lève les yeux.
Non…
« La Salle sur demande ne ferait pas mieux… »
Il baisse la tête, plonge son regard dans le mien. Je m’y noie. Tout mon être est tendu. Tendu vers lui.
Minuit, on pousse des cris de joie. Qui est dans le salon ?
Il se penche vers moi. Il m’embrasse.
Toute la frustration, tout le chagrin, toute la colère s’évanouissent en une seconde.
Ses lèvres…
Je fais un pas en avant, passe les mains derrière son cou. Je ressers l’étreinte. Il place ses mains autour de mes hanches, colle mon bassin au sien.
Le rideau se lève. Je n’ai plus mal. Mon cœur bat à cent à l’heure.
Ne me laisse pas. Ne me laisse plus.
Je m’attache à ses lèvres comme je m’attache à la vie.
La vie…
Mourir.
Je le repousse. Loin. Loin de la guirlande de gui.
« Lola… »
Qu’est-ce que j’ai fait ?
« Lola ? »
Il me regarde, les sourcils froncés.
« Oui Lola ! On ne peut pas… On ne peut pas lui faire ça. »
Mais bien sûr que non on ne peut pas ! J’avais tout planifié, tout préparé.
Je partais, ils vivaient. Heureux.
A quoi joue-t-il d’ailleurs ? La colère s’empare à nouveau de moi, elle m’enveloppe. Je la sens. Mais différemment.
« Comment oses-tu m’embrasser alors que tu es avec elle ? »
Il me regarde, hébété. Il finit par éclater de rire.
« Lola et moi sommes amis ! Il n’a jamais été question d’autre chose entre nous ! »
Les souvenirs défilent : les regards, les coups de fil, les palabres de Lola à la Bitches’night, les bruits.
Les bruits…
Oh mon Dieu…
« Lola ! »
J’ai hurlé. J’ai hurlé comme je n’avais encore jamais hurlé sur personne.
Je me précipite dans le salon, je fonds sur elle comme l’éclair.
Je la gifle.
Je la gifle, avec toute la force que j’ai recouverte depuis minuit.
« Comment as-tu osé ? »
Lola ne bouge pas, elle ne pose même pas la main sur sa joue. Ses yeux sont tristes. Elle est en train de lire en moi, je le sais.
Un sourire illumine soudain son visage. Elle tourne la tête vers Logan, immobile à côté de la porte, éperdu.
« Tu t’es enfin décidé ? J’ai bien cru que tu n’oserais jamais… »
Tom dort toujours dans son fauteuil. Jackie et Wallace observent le spectacle. Aucun bruit dans la salle, les yeux sont rivés sur la scène.
Logan brise le silence :
« Est-ce que vous pourriez m’expliquer ? »
Je lui réponds sans le regarder. Mes yeux transpercent Lola, ils l’assassinent, ils la déciment.
« Je ne peux pas tout t’expliquer. Ce que je sais, c’est que Lola me fait croire depuis le début que vous êtes ensemble, alors que ce n’est visiblement pas le cas. Comment, pourquoi ? Elle va nous l’expliquer. Maintenant. »
Le visage de Lola affiche toujours un sourire serein. Je crois qu’elle se retient pour ne pas éclater de rire.
« Et arrête de sourire veux-tu ! Maintenant tu t’expliques. Tout de suite ! »
Elle jette un œil autour d’elle.
« Je t’expliquerai. Mais seulement en privé. »
Je ne bouge pas. Wallace et Jackie se lèvent, vont chercher leur manteau. Wallace prend Tom dans ses bras. Ils sortent sur la pointe des pieds.
Logan reste immobile. Je ne le regarde toujours pas.
Rester concentrée sur la cible.
« Va-t-en s’il te plaît. Je te téléphone. »
Il ne bouge pas.
« Je te le promets. »
Le bruit de la porte d’entrée qui se referme doucement.
* * *
Silence. Nous nous toisons du regard. Lola finit par pousser un soupir et fait volte-face. Elle saisit son paquet de cigarettes sur la table et s’en allume une.
« J’ai fait ça pour toi Vera. »
Je me tais. Si je parle je vais rugir.
Elle se dirige vers la fenêtre, l’ouvre et s’assied sur le rebord. Elle parle en contemplant le bouquet final du feu d’artifice dehors. Elle parle négligemment, ponctuant chaque phrase par une bouffée de cigarette.
« Tu te souviens du jour où nous avons aidé Wallace et Jackie à emménager dans leur nouvel appartement ? A un moment, j’ai fait tomber un carton plein d’albums photos. C’est tout moi ça, la maladresse incarnée… Bref, il s’est ouvert à une page où tu étais représentée. Mais tu n’étais pas seule sur le cliché. J’ai demandé à Jackie qui était le beau brun ténébreux qui t’enlaçait sur la photo. Elle m’a dit que c’était ton grand amour. Logan Echolls, le fils de l’acteur Aaron Echolls. »
Elle tourne la tête vers moi.
« Je ne t’avais jamais vu aussi heureuse. Cette photo, elle m’a bouleversée. J’y ai vu la Veronica d’avant, celle que je n’ai jamais connue. »
Son regard se fixe à nouveau vers l’extérieur.
« Il y a deux semaines, j’ai été en boîte de nuit. Et puis je l’ai vu. Logan Echolls. Je n’avais pas oublié son visage, parce que c’était celui qui t’accompagnait sur la photo. »
Elle sourit.
« J’ai donc été lui parler, en tant que parfaite inconnue. Je ne lui ai pas dit que je te connaissais. En fait, au début, c’était plutôt par curiosité, pour savoir à quoi pouvait ressembler le grand amour de ma Vera. Et puis la nuit a passé et je me suis rendue compte combien c’était un homme bien. Lorsque je suis rentrée vers midi, j’avais une certitude : Logan Echolls était l’homme qu’il te fallait. Celui dont tu avais besoin pour retrouver le regard de la photo. »
Son sourire s’évanouit.
« Mais je te connais Vera. Je te connais plus que tu ne le penses… Je savais que si je me contentais de te remettre en contact avec lui, tu te défilerais. Nous savons toutes les deux pourquoi… »
Elle se pince les lèvres.
« C’est difficile de tourner la page, hein Vera ? D’accepter que la vie continue et que, malgré tout ce qui s’est passé, nous méritons d’être heureuses ? »
Oui. Mais inutile de répondre, la question est rhétorique. Lola sait, tout comme moi.
« Alors voilà, j’ai décidé de me transformer en J.Lo et de jouer les marieuses… Mais pour cela, il fallait que je te déstabilise Vera. Il fallait que je provoque un manque, un gouffre, en toi. Il fallait que je m’éloigne, pour laisser un espace disponible. Et il fallait également que je provoque une réaction en toi, au moment où tu le verrais. Un choc qui ébranlerait suffisamment ma Vera pour briser les tours qui la protègent du monde extérieur depuis un an. »
Elle écrase sa cigarette et se tourne vers moi.
« J’ai donc décidé de te faire croire que je sortais avec Logan, pour attiser ta jalousie. Pour que tu te rendes compte que tu l’aimais toujours. »
Elle ferme la fenêtre, s’installe sur le canapé.
« J’ai revu plusieurs fois Logan cette semaine-là. Je me suis liée d’amitié avec lui et il a donc tout naturellement accepté l’invitation lorsque je lui ai proposé de passer Noël ensemble. »
Elle croise les jambes.
« Lorsqu’il est entré, je vous ai observés tous les deux. Et là j’ai compris. Ton visage s’est décomposé ; le sien s’est illuminé. Points de vue différents tu comprends… J’ai remarqué le regard qu’il portait sur toi pendant le déjeuner. »
D’une voix étranglée, elle poursuit :
« Le même regard qu’Oliver portait sur moi. »
La première fois. La première fois qu’elle dit son nom depuis que nous vivons ensemble.
Des flashs me reviennent : ce jour-là, au déjeuner… S’il n’avait pas eu de gestes tendres, ce n’était pas pour me protéger.
« Ensuite, ça a été facile. Je t’ai parlé de lui comme si je l’aimais, comme s’il m’aimait. »
La Bitches’night…
« Les coups de fil ? »
Les mots sont sortis tout seuls. Elle penche la tête, sourit.
« J’ai parlé dans le vide pendant de nombreuses heures à cause de toi. Heureusement que c’est fini car j’aurais peut-être fini brûlée sur un bûcher ! »
Je n’ai pas envie de rire.
« Les bruits ? »
Lola éclate de rire, tape dans les mains.
« Ca, c’est mon meilleur coup ! »
Elle se lève précipitamment et se dirige vers sa chambre. Elle revient quelques secondes plus tard et me tend un DVD.
Je lis : « Ejacula La Vampira. Un film avec Rocco Siffredi. »
Je relève la tête. Lola ne sourit plus, elle semble seulement soucieuse.
« Tu as vu ce que je voulais que tu vois. Tu as vu ce que tu voulais voir aussi. Parce que tu avais envie de te détruire Vera, depuis longtemps. Je le savais. Et je voulais que ça s’arrête. »
J’avale ma salive. Je n’arrive pas à y croire.
« Tu sais tout maintenant. Mais avant de prononcer la sentence, n’oublie pas que tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour toi. Par amour. »
Je la regarde.
Ce n’est plus Lola.
« Tu n’avais pas le droit… »
Je fais un pas en arrière.
« Tu n’avais pas le droit Lola. Que ma vie te plaise ou non, c’est ma vie. C’est à moi de décider ce que j’en fais. Pas à toi. Je… »
Elle a l’air si abattu…
« Je ne pourrai jamais te pardonner. »
Je tourne les talons. Je ne veux plus la voir. Je veux seulement être seule.
« Laisse-moi juste te poser une question Vera. Lorsqu’il t’a embrassée, comment t’es-tu sentie ? »
Je m’immobilise ; je ferme les yeux.
Ses lèvres…
Ses mains...
« Vivante… »
« Alors je ne regrette rien. »
* * *
J’ai rendez-vous avec Logan ce soir.