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Série : Veronica Mars
Création : 02.04.2008 à 12h31
Auteur : lili59
Statut : Terminée
« Fic personnelle - suite du 320 » lili59
Cette fanfic compte déjà 68 paragraphes
De : [email protected]
Envoyé le 02.01.2012 à 19h06
Dis donc, faudrait peut-être que tu revoies tes fantasmes capitaine : attacher une baleine à une chaise, j’ai connu mieux !
Par contre, une qui n’a pas connu mieux, c’est Coco. Dix-huitième ciel, pfff… Facile ! Pour qui tu me prends ? Je l’ai fait grimper au sommet de l’Empire State Building oui ! Je te donnerai des conseils un de ces quatre…
Et en fait, qu’est-ce que tu dois clarifier avant de quitter New York ? C’est avec Lola ? Tu m’avais pas dit au téléphone que c’était en tout bien tout honneur entre vous, qu’elle te rappelait seulement Lilly ? Tu me racontes ça demain à L.A., ok ? Ramène des photos aussi, histoire que je vérifie pour le bonnet… A moins que je ne me laisse tenter par un aller-retour Los Angeles / New York, histoire de pouvoir savourer le spectacle moi aussi…
Bonne année !!!
Le grand Dick
NB : ah, Coco a signé en fait !
De : [email protected]
Envoyé le 03.01.2012 à 11h34
Veronica,
Je suis dans l’avion qui me ramène à Los Angeles. Jusqu’à la dernière seconde j’ai espéré voir ta silhouette émerger de la foule des passagers. Tu m’avais prévenu que tu ne viendrais pas. J’espérais quand même.
Je voulais juste te répéter que je suis désolé pour tout ce qui s’est passé. A propos de Lola, de ses manigances… Je ne la juge pas. Je te laisse jauger la situation, tu la connais mieux que moi. Mais je crois que tu devrais réfléchir. Lola t’adore.
Ce que je ne regrette pas, c’est notre baiser. J’y ai pensé à la seconde même où je t’ai revue. Et ce n’est pas une question de pitié.
Je sais que je t’ai déjà dit tout ça hier soir -une excellente soirée par ailleurs-, lorsque je t’ai proposé de m’accompagner à Los Angeles. Je voulais seulement te le rappeler. Peut-être parce que t’écrire me donne l’impression que tu es là, à côté de moi, dans l’avion. Tu t’es endormie, la tête contre le hublot et je te regarde dormir.
Ecris-moi.
L.
Mardi 3 Décembre 2012
Chère Marina,
J’ai le mal de mer.
Je vogue entre deux terres. Je suis perdue au beau milieu de l’océan et je ne distingue aucun horizon.
Où suis-je ? Où vais-je ?
A l’ouest ? A l’est ?
Vers la vie ? Vers la mort ?
Je ne sais plus.
Je crois que je suis l’homme malade de la Nef des fous. Ma conscience navigue entre la limpidité du cristal et la bourbe vaseuse.
Je me sens tiraillée par le choix qui s’impose à moi : laquelle de ces destinations choisir ? Je ne sais pas ce que je veux.
Mais déjà, je veux.
C’est assez nouveau. Prendre des décisions. Pour moi. Pour mon avenir. Mon avenir à moi, Veronica Mars.
On m’a ouvert une porte, la question est : est-ce que je veux la franchir ? Je suis sur le seuil, j’hésite. Je n’arrive pas à me décider. Ca fait mal.
Il fut une époque où je ne doutais de rien. Une époque rude, mais où je ne doutais pas.
Là…
Logan m’a invitée au restaurant hier soir. Il a eu la délicatesse de ne pas m’emmener dans un endroit chic où je n’aurais pas été à l’aise. Il avait réservé dans un petit restaurant à Little Italy. Une bougie rouge sur la table. Un musicien avec sa mandoline. C’était juste … paisible.
Il n’a pas été pressant. Le dîner s’est déroulé au rythme des douces balivernes qui nous venaient à l’esprit.
Il m’a fait rire. J’ai l’impression que je n’avais pas ri depuis des mois.
Mais malgré tout, son regard… Je me sentais belle dans ses yeux.
Et puis, au dessert, il m’a demandé de l’accompagner à Los Angeles. J’ai cru m’étouffer sur le coup, il a ri. Il m’a expliqué qu’il ne fallait pas prendre cette invitation comme le signe d’un quelconque engagement. Qu’il avait juste envie de voir. De me voir.
Et puis, cette phrase…
« Je suis aussi perdu que toi Veronica. Je n’aurais jamais cru que, quatre ans plus tard, il resterait … « quelque chose ». »
Sa pudeur.
Je ne suis pas allée à l’aéroport.
Je suis perdue en haute mer. Mais il va bien falloir choisir, je ne pourrai pas rester là indéfiniment.
A l’ouest, Logan.
A l’est, Lola.
Lola…
Mercredi 4 Janvier 2012
Jour 365
Un an.
Je n’ai pas été travailler aujourd’hui. Je suis restée dans ma chambre, les rideaux clos, à écouter notre chanson.
Je suis seule. Complètement seule. Vera n’est pas venue me voir, pourtant elle est là, je l’entends derrière la porte. Elle m’en veut. Après ce que je lui ai dit, ça se comprend. Je lui pardonne.
Sait-elle quel jour nous sommes ?
Question stupide, comment pourrait-elle l’oublier…
Oliver...
C’est dur. J’essaie de lutter. Je dois tourner la page, cesser de vivre dans le passé. Je le sais. Je pousse Vera à le faire. Mais aujourd’hui j’en suis incapable, c’est trop dur. J’ai mal. Je voudrais vomir mon chagrin, mon dégoût. Je voudrais que le monde s’arrête de tourner. De toute façon, à quoi rime-t-il sans ses notes de musique ?
J’aimerais pouvoir lui parler une minute, juste une minute. Le temps de lui demander pardon.
S’il ne m’avait pas rencontrée, il serait vivant.
Pardonne-moi Oliver… Pardonne-moi de t’avoir tué.
Mercredi 4 janvier
Chère Marina,
Lola s’est enfin endormie. Les larmes ont eu raison de ses dernières forces. Je suis sur la chaise à bascule, à côté de son lit. Je la veillerai cette nuit. Je serai là lorsque les cauchemars apparaîtront. Je sais qu’ils viendront.
Vers neuf heures, on a frappé à la porte de ma chambre. J’ai ouvert. C’était elle. Ses yeux étaient embués de larmes.
« J’ai besoin de toi… »
J’ai pris une grande inspiration. Je savais pourquoi elle était là. Je n’avais pas pu me résoudre à aller la voir. C’était trop dur.
Je lui ai fait signe d’entrer et elle s’est mise à pleurer.
Je ne l’ai pas prise dans mes bras.
Je n’ai rien oublié. Rien pardonné.
Je suis seulement allée m’asseoir sur le lit, et j’ai attendu. Attendu qu’elle se calme. Attendu qu’elle me rejoigne.
Ca a pris un peu de temps.
Elle s’est finalement assise à côté de moi, un coussin entre son ventre et ses genoux repliés. Le silence a repris ses droits. Et puis…
« J’ai rencontré Oliver le 30 Novembre 2007. Tu le savais ? »
J’ai opiné de la tête.
« Tu sais où ? »
Je me suis revue feuilleter le dossier du FBI.
« A Londres. C’est tout ce que je sais. »
Elle a souri.
« En juillet 2007, je me suis installée dans un loft à Camden Town, le quartier underground de la ville. J’ai changé de look, commencé à fumer, à squatter les pubs... Heureusement, j’arrivais encore à me lever pour mes cours de dessin. A l’automne, j’ai commencé à prendre des cours de nus. Je voulais parfaire la physionomie de mes personnages. Les perspectives n’ont jamais été mon fort… Je peux fumer ? »
Je lui ai montré la fenêtre. Elle s’est levée et a repris la même position que deux jours plus tôt, lorsqu’elle m’avait révélé la vérité à propos de Logan : assise sur le rebord de la fenêtre, le regard tourné vers la nuit.
« Le 30 novembre 2007, un nouveau modèle est arrivé à l’atelier. C’était Oliver. J’osais à peine le regarder tant j’étais impressionnée. »
Elle s’est tournée vers moi en fronçant les sourcils.
« Je ne parle pas de ce que tu crois ! Je parlais de son corps en général, tout simplement ! »
J’ai souri. Elle aussi.
« Je suis tombée sous le charme dès le premier coup d’œil. Incapable de dessiner la Lola ! J’ai repris ma toile et je suis rentré chez moi. C’est seulement après quatre gins que je suis arrivée à me ressaisir. L’inspiration m’est venue tout à coup. En quelques minutes, j’avais terminé. »
Elle a marqué une pause.
« Je savais ce qu’il me restait à faire, je le sentais. En moi. L’instinct… J’ai saisi le tableau et j’ai couru jusqu’à l’atelier où la séance s’achevait. Je me suis approchée d’Oliver et je lui ai tendu la toile. »
Elle a tourné la tête vers moi et m’a dévisagée, longtemps. Elle a écrasé sa cigarette, refermé la fenêtre. Elle s’est approchée et m’a tendu la main.
« Viens… »
Je me suis levée, mais je n’ai pas saisi sa main. Elle m’a regardée tristement une fraction de seconde avant de sortir. Direction sa chambre.
Elle a ouvert un placard et sorti un panneau enveloppé dans du papier kraft. J’étais derrière elle. Elle l’a regardé longtemps. Enfin, elle a défait le papier qui le protégeait et l’a posé sur le lit.
« C’est la seule toile que je n’ai pas brûlée après sa mort. »
Je me suis approchée.
Le tableau les représentait nus, elle et lui, faisant l’amour sur une table en inox.
Mon cœur s’est brisé.
Lola a commencé à pleurer. Silencieusement. Ses larmes coulaient de ses yeux comme si elles étaient leur raison d’être.
« Oliver a souri quand il l’a vu. Il m’a demandé où se situait cette table. Je lui ai répondu qu’elle se trouvait chez moi. »
Elle s’est tournée vers moi et a tenté de sourire :
« Pas la peine de te faire un dessin sur ce qui s’est ensuivi. »
Ce sourire raté… C’est lui qui m’a décidée.
De : [email protected]
Envoyé le 05.01.2012, 01h43
Logan,
Je tiens avant toute autre chose à te remercier. Pour le restaurant, pour ton invitation, pour ton e-mail. Pour tout. Ca m’a touchée. Enormément.
Je crois que je te dois des excuses. A propos de la Saint Sylvestre. C’était… Un coup de folie. Je ne sais pas, une résurgence incontrôlable du passé. Mais ce n’était pas un signe d’affection particulier. J’avais trop bu et… Bref, je suis désolée.
Tu restes un des plus beaux souvenirs qu’il me reste. Mais ma vie est ailleurs, j’ai changé de cap.
Ma vie est ici, à New York. Avec Lola.
Je ne lui pardonne pas ce qu’elle a fait. Mais elle a besoin de moi. Nous sommes parvenues à trouver une certaine forme d’équilibre. Et je ne peux pas la laisser.
Mais, même sans Lola, notre Nous est du passé. Il n’y a plus de sentiment.
Je te souhaite une belle vie Logan. Tu la mérites.
Au revoir.
V.
Affaire 12-486-755
Témoin interrogée : Lola Hayles-Callaghan
Agent chargé de l’enquête : Jimmy Mellen
Greffier responsable : Meg Walteron
Début de l’interrogatoire : 05.01.2012, 8h54
Agent Mellen : Interrogatoire de Lola Hayles-Callaghan, témoin conduite dans les bureaux du FBI ce matin à 8h01 afin d’éclaircir certains points sur l’affaire 12-486-755. Mademoiselle, reconnaissez-vous avoir été informée de vos droits et avoir refusé la présence de votre avocat ?
Lola Hayles-Callaghan : Un avocat ? Pour quoi faire ? Je vous ai déjà tout dit l’an dernier.
Agent Mellen : Veuillez répondre à la question s’il vous plaît.
Lola Hayles-Callaghan : Oui.
Agent Mellen : Bien. Melle Hayles, je souhaiterais revenir sur certains points de l’enquête concernant la mort d’Oliver Ashton.
Lola Hayles-Callaghan : Pourquoi ?
Agent Mellen : Excusez-moi ?
Lola Hayles-Callaghan : Pourquoi rouvrir l’enquête ? Pourquoi maintenant, un an après la mort d’Oliver ? L’affaire est close, Vera a trouvé le coupable, il est mort. Point.
Agent Mellen : « Vera ». Vous parlez sans doute de Veronica Mars ?
Lola Hayles-Callaghan : Question stupide. Vous le savez puisque vous l’avez embarquée à la même adresse que moi ce matin.
Agent Mellen : Veuillez répondre à la question, Melle Hayles.
Lola Hayles-Callaghan : C’est Hayles-Callaghan. Et oui, il s’agit bien de Veronica Mars.
Agent Mellen : Assez bizarre, non ? Que l’ancienne stagiaire au service du trafic d’œuvres d’art soit devenue votre colocataire ?
Lola Hayles-Callaghan : Qu’insinuez-vous agent Mellen ?
Agent Mellen : Rien … pour l’instant. Revenons aux circonstances de la mort d’Oliver Ashton s’il vous plaît. Je vois dans le dossier que M. Ashton était votre petit ami depuis novembre 2007 et que vous vous étiez installés à New York en août 2010. Pourquoi ?
Lola Hayles-Callaghan : La réponse figure dans votre dossier. J’ai déjà répondu à cette question il y a un an.
Agent Mellen : Je voudrais que vous y répondiez à nouveau.
Lola Hayles-Callaghan : Je n’en ai pas envie.
Agent Mellen : Melle Hayles-Callaghan, il n’est pas question d’avoir envie ou pas.
Lola Hayles-Callaghan : Je vous rappelle que je suis ici de mon plein gré, en tant que témoin. Si je souhaite partir, je peux le faire. Je connais mes droits.
Agent Mellen : Ce serait dommage pour Melle Mars.
Lola Hayles-Callaghan : Quoi ?
Agent Mellen : Il se pourrait que Melle Mars ait de gros soucis…
Lola Hayles-Callaghan : Que voulez-vous dire ?
Agent Mellen : C’est confidentiel.
Lola Hayles-Callaghan : Je ne vous crois pas. C’est du bluff.
Agent Mellen : Vous l’avez dit vous-même Melle Hayles-Callaghan… « Pourquoi rouvrir l’enquête ? ». Croyez-moi, mon bureau croule sous les dossiers. Ce n’est pas par plaisir que je suis ici.
Lola Hayles-Callaghan : …
Agent Mellen : Bien. Tant pis pour Veronica…
Lola Hayles-Callaghan : Attendez !
Agent Mellen : ?
Lola Hayles-Callaghan : … Oliver et moi voyagions tout le temps. ... Je peux fumer ?
Agent Mellen : Non.
Lola Hayles-Callaghan : Toujours aussi rabat-joie à ce que je vois... Donc, Oliver et moi nous sommes rencontrés à Londres mais ensuite nous avons fait le tour de l’Europe. On a vécu quelques temps en Amérique latine aussi. Et puis en août, on a eu envie de se poser. J’ai pensé à New York, ma ville natale. Et puis c’est une ville où les galeries d’art et les bars jazz ne manquent pas.
Agent Mellen : M. Ashton était musicien. Il jouait de la contrebasse c’est bien ça ?
Lola Hayles-Callaghan : Oui.
Agent Mellen : Que s’est-il passé le… Oui, le 3 janvier 2011 ?
Lola Hayles-Callaghan : Oliver et moi nous sommes disputés. C’était la première fois. Depuis le début de notre relation nous vivions sur l’héritage de mes parents. On ne travaillait pas. Je ne voulais pas vendre mes toiles et il ne voulait pas être payé pour faire de la musique. Alors entre ça et nos voyages… En décembre 2010, j’ai réalisé qu’on n’avait plus un rond. Je me suis trouvée un petit boulot. Mais je savais que ça allait tout juste suffire à payer le loyer du loft.
Agent Mellen : Un loft meublé de 150 m² à Soho c’est bien ça ?
Lola Hayles-Callaghan : Oui. C’était notre appartement mais aussi mon atelier. Oliver avait sa pièce pour répéter également.
Agent Mellen : Le minimum en effet… Reprenez.
Lola Hayles-Callaghan : … Ce jour-là, j’ai dit à Oliver qu’il fallait qu’il demande à son patron d’être payé.
Agent Mellen : Son patron était Bill Parry, le propriétaire du bar jazz Crying sky, c’est bien ça ?
Lola Hayles-Callaghan : Vos antisèches sont excellentes agent Mellen.
Agent Mellen : Quelle a été la réaction de M. Ashton ?
Lola Hayles-Callaghan : Il a refusé. Il m’a dit que la musique devait être gratuite, que l’art et le beau devaient rester libres à tous prix. J’étais d’accord avec lui, c’est d’ailleurs moi qui l’en avais convaincu à nos débuts, pour qu’il arrête ses petits boulots. Mais nous n’avions plus le choix… Il faut bien manger.
Agent Mellen : Qu’avez-vous fait ?
Lola Hayles-Callaghan : Je me suis énervée, je lui ai dit que je n’aurais pas dû prendre tout à ma charge, qu’il agissait comme un fils de riche, un enfant pourri gâté.
Agent Mellen : Lui avez-vous demandé de vendre le Degas ?
Lola Hayles-Callaghan : Bien sûr que non ! C’était un héritage familial, je ne lui aurais jamais demandé une chose pareille ! Surtout moi. Je vous rappelle que je peignais à l’époque…
Agent Mellen : Alors qu’avez-vous fait ?
Lola Hayles-Callaghan : J’ai claqué la porte. J’ai été dormir chez un ami français qui vivait à New York.
Agent Mellen : Timothée Lefebvre…
Lola Hayles-Callaghan : Oui.
Agent Mellen : Vous l’aviez rencontré avec M. Ashton ?
Lola Hayles-Callaghan : Non. C’est un ami d’enfance.
Agent Mellen : Je croyais que vous étiez américaine ?
Lola Hayles-Callaghan : Je suis américaine. Mes parents sont morts lorsque j’avais huit ans, c’est ma grand-mère maternelle qui m’a élevée. J’ai vécu jusqu’à mes dix-huit ans en Normandie, et ensuite à Paris le temps de mes études.
Agent Mellen : Sorbonne, section Beaux-Arts. Effectivement, cela figure dans votre dossier. M. Ashton connaissait-il Timothée Lefebvre ?
Lola Hayles-Callaghan : Vous n’allez pas recommencer vos insinuations ?
Agent Mellen : Quelles insinuations ? Il me semblait avoir posé une simple question…
Lola Hayles-Callaghan : Bien sûr. C’est comme ça que ça avait commencé l’an passé, avant que vous ne me mettiez sous les verrous.
Agent Mellen : Répondez seulement à la question.
Lola Hayles-Callaghan : … Oui, Oliver et Timothée s’étaient déjà rencontrés. Mais ils ne s’appréciaient pas beaucoup.
Agent Mellen : Passons au 4 janvier 2011… Comment M. Ashton était-il ce jour-là ?
Lola Hayles-Callaghan : Comment voulez-vous que je le sache ? Lorsque je l’ai revu, il gisait sur une table d’autopsie à la morgue.
Agent Mellen : Vous ne modifiez donc pas votre version des faits ?
Melle Hayles-Callaghan : Non.
Agent Mellen : Alors revenons à Melle Mars. Comment se fait-il que la stagiaire chargée de l’enquête avec moi à l’époque, renvoyée depuis du FBI, soit désormais votre colocataire ?
Lola Hayles-Callaghan : Je ne vois pas le rapport avec la mort d’Oliver.
Agent Mellen : Croyez-moi, ça en a.
Lola Hayles-Callaghan : … Lorsque j’ai été innocentée, je suis passée chez moi pour récupérer quelques affaires et brûler le reste. Ensuite, j’ai fait la manche dans le métro avec ma guitare, j’ai dormi dans la rue. Veronica m’a vue et m’a prise sous son aile. Elle m’a installée chez elle et nous a trouvé du travail dans un bar.
Agent Mellen : Pourquoi a-t-elle fait ça ?
Lola Hayles-Callaghan : Demandez-lui ! Je suis sûre qu’elle meure d’impatience de vous revoir…
Agent Mellen : Je n’y manquerai pas. Quelque chose à ajouter ?
Lola Hayles-Callaghan : Oui. Vera était bien meilleure que vous en matière d’interrogatoire… Bien meilleure que vous en tout d’ailleurs.
Affaire 12-486-755
Témoin interrogé : Bill Parry
Agent chargé de l’enquête : Jimmy Mellen
Greffier responsable : Meg Walteron
Début de l’interrogatoire : 05.01.2012, 10h17
Agent Mellen : Interrogatoire de Bill Parry, témoin interrogé dans le cadre de l’affaire 12-486-755. Bonjour Mr Parry… Je vous remercie de vous être déplacé aussi rapidement. Nous allons faire au plus vite, tout ceci n’est qu’une question de formalité.
Bill Parry : Mouais… Ben y’a intérêt parce que j’auditionne un groupe dans deux heures moi ! Alors pas question de faire le pied d’grue ici pendant des heures comme l’aut’fois, j’vous l’dis !
Agent Mellen : Eh bien commençons tout de suite. Vous êtes le propriétaire du Crying sky, bar dans lequel Oliver Ashton jouait gratuitement chaque soir depuis septembre 2010, c’est bien cela ?
Bill Parry : Ouais.
Agent Mellen : Que s’est-il passé le 4 janvier 2011 ?
Bill Parry : Le gosse a demandé à m’voir quand il s’est pointé. Voulait être payé… C’est bien ça les jeunes d’aujourd’hui ! Y’commencent à avoir un brin d’succès et y’pensent qu’on va les payer ! Et pis quoi encore ? Y’veulent pas une loge tant qu’on y est ? J’lui ai dit de déguerpir vite fait avant que je lui foute mon pied dans l’derrière.
Agent Mellen : Quelle heure était-il ?
Bill Parry : Oh… Y’devait être sur le coup des neuf heures.
Agent Mellen : A quelle heure quittait-il le Crying sky en temps normal ?
Bill Parry : Ben y’devait être dans les minuit. Une heure peut-être. Ca dépendait des rappels. Il avait du succès l’morveux.
Agent Mellen : Je crois que ça suffira. Je vous remercie pour votre collaboration. Quelque chose à ajouter ?
Bill Parry : Ouais, j’aimerais bien qu’on arrête de m’casser les couilles avec cette histoire. Il est mort et pis voilà. Ces foutus journalistes y’m’ont fait chier pendant des mois, alors j’ai pas envie qu’ça r’commence, ok ?
Affaire 12-486-755
Témoin interrogée : Tara Kalimoore
Agent chargé de l’enquête : Jimmy Mellen
Greffier responsable : Meg Walteron
Début de l’interrogatoire : 05.01.2012, 14h03
Agent Mellen : Interrogatoire de Tara Kalimoore, témoin interrogée au sujet de l’affaire 12-486-755. Bonjour Mrs Kalimoore…
Tara Kalimoore : Bonjour agent Mellen. C’est un plaisir de vous revoir…
Agent Mellen : Plaisir partagé. Mrs Kalimoore, comme je vous l’ai dit au téléphone, j’aurais quelques questions à vous poser à propos de la mort d’Oliver Ashton…
Tara Kalimoore : Oui, je sais. Mais je me demande bien ce que vous attendez de moi… Je vous ai déjà tout dit l’année dernière.
Agent Mellen : Bien entendu… Mais, voyez-vous, il arrive qu’avec le temps les témoins reviennent sur leur déposition, qu’ils ne soient plus aussi certains de leur premier témoignage…
Tara Kalimoore : Je maintiens tout ce que j’ai dit l’an passé, agent Mellen.
Agent Mellen : Bien. Dans ce cas, rafraîchissez-moi la mémoire… J’ai travaillé sur beaucoup de dossiers depuis l’année dernière vous savez…
Tara Kalimoore : Je m’en doute ! Eh bien, j’étais la voisine d’Oliver et de Lola. Je vivais au-dessus de leur loft. Nous n’étions pas en très bons termes à vrai dire… Enfin, au début, ça allait. Lorsqu’ils sont arrivés, ils ont invité tous leurs voisins à prendre l’apéritif chez eux. Ils avaient fait ça bien : champagne, canapés… Entre ça, leur appartement qui s’étendait toute la surface de l’immeuble, et le croquis de Degas qui trônait au beau milieu du salon, on voyait qu’on n’avait pas affaire à n’importe qui, croyez-moi !
Agent Mellen : Comment saviez-vous qu’il s’agissait d’un Degas ?
Tara Kalimoore : Vous connaissez beaucoup de peintres impressionnistes qui dessinent des danseuses d’opéra vous ?
Agent Mellen : Non, en effet. Donc… Que s’est-il passé pour que vos relations se dégradent ?
Tara Kalimoore : Oh, mon mari et moi avons très vite compris à qui nous avions affaire ! Toutes les nuits, lorsqu’il rentrait de son bar de voyous, le garçon commençait à jouer du violoncelle. A deux heures du matin ! Je lui ai dit je ne sais combien de fois qu’il réveillait mon bébé. Rien à faire… Il continuait. Sans oublier la cage d’escaliers qui empestait toujours la peinture… Ca, c’était à cause de la fille.
Agent Mellen : Que s’est-il passé le 3 janvier 2011 ?
Tara Kalimoore : L’après-midi, je les ai entendus se disputer. Ils ont encore réveillé ma petite Stella… J’ai entendu la porte claquer et puis ensuite Oliver a joué de sa fichue contrebasse jusqu’à quatre heures du matin !
Agent Mellen : Et le 4 janvier ?
Tara Kalimoore : Il était dix heures moins cinq. Mon mari était en voyage d’affaires et je m’étais endormie devant la télévision quand tout à coup, j’ai entendu un coup de feu. Une dizaine de secondes plus tard, un deuxième. Ca venait d’en bas, de chez Oliver et Lola. La petite s’est mise à pleurer, mais je l’ai laissée. J’ai pris un couteau dans la cuisine et je suis descendue. La porte d’entrée était ouverte et là j’ai vu… J’ai vu Oliver, par terre, dans une mare de sang. J’ai crié. J’ai relevé la tête et j’ai vu que le Degas n’était plus là. D’autres voisins ont accouru. Je suis remontée chez moi et j’ai appelé la police immédiatement.
Agent Mellen : Etait-il habituel que M. Ashton rentre si tôt chez lui ?
Tara Kalimoore : Non. Enfin, à part le dimanche et le lundi où le bar était fermé. Mais sinon il rentrait toujours tard. Je le sais car, à peine rentré, il se mettait à jouer.
Agent Mellen : Bien. Que s’est-il passé ensuite ?
Tara Kalimoore : La police est arrivée, et vous juste après. Je vous ai dit ce qui s’était passé et vous m’avez demandé où pourrait se trouver sa copine. Je vous ai répondu que je n’en avais pas la moindre idée mais que je savais qu’elle avait un ami français à New York, Timothée. Elle m’en avait parlé lors de la réception.
Agent Mellen : Merci. Voyez-vous quelque chose à ajouter ?
Tara Kalimoore : Non.
Agent Mellen : Très bien. Je vous remercie Mrs Kalimoore.
Affaire 12-486-755
Témoin interrogée : Veronica Mars
Agent chargé de l’enquête : Jimmy Mellen
Greffier responsable : Meg Walteron
Début de l’interrogatoire : 05.01.2012, 17h58
Agent Mellen : Interrogatoire de Veronica Mars, témoin conduite dans les bureaux du FBI ce matin à 8h01 afin d’éclaircir certains points à propos de l’affaire 12-486-755. Mademoiselle, reconnaissez-vous avoir été informée de vos droits et avoir refusé la présence de votre avocat ?
Veronica Mars : Mademoiselle ? La vache Jim, je n’avais pas le droit à autant de considération à l’époque où l’on travaillait ensemble !
Agent Mellen : Répondez à la question s’il vous plaît.
Veronica Mars : Bien entendu agent Mallone… Oui, j’avoue tout.
Agent Mellen : Merci. Melle Mars, je souhaiterais revenir avec vous sur le déroulement…
Veronica Mars : Hep hep hep ! Pas si vite moustique! On pourrait quand même se donner des nouvelles, depuis le temps ! Alors qu’est-ce que tu deviens vieux ?
Agent Mellen : C’est agent Mellen. Et ceci n’est pas une visite de courtoi…
Veronica Mars : Eh, salut Meg ! Comment vont les enfants ? Brian est entré au collège cette année non ?
Agent Mellen : Ne répondez pas Meg. Veronica, tu…
Veronica Mars : C’est Melle Mars pour toi Jim. N’oublie pas : les témoins peuvent se montrer désagréables, pas les agents. C’est bien ce que tu m’as appris non ?
Agent Mellen : Melle Mars, il est tard et je crois qu’il vaut mieux en finir au plus…
Veronica Mars : Ah, si l’heure ne te convient pas, tu t’en prends à ton sadisme Jim ! 18h01… Ca fait très exactement dix heures que tes sbires sont venus me déloger de mon lit… Enfin de ma chaise. Tu dois prendre ton pied à m’observer derrière le miroir sans teint depuis ce matin hein ? Tu as de la chance, ton « invitation » m’a intriguée, alors je suis restée. Je suis impatiente de comprendre pourquoi tu rouvres le dossier. Alors, Jim, raconte-moi tout… Tu ne t’es toujours pas remis de ton erreur, du fait qu’une simple stagiaire ait pu arrêter le véritable meurtrier d’Oliver ? Tu tentes de découvrir une faille, même infime, pour retrouver un peu de ta gloire d’antan ? Il faut dire que les médias ne t’ont pas loupé hein…rouverurtrier d'rr, du fait qu'rouvres le dossier. ter. oger de mon lit...
Agent Mellen : En effet. Mais je n’ai pas eu à chercher la faille. C’est elle qui est venue à moi.
Veronica Mars : Qu’est-ce… Qu’est-ce que tu veux dire Jim ?
Agent Mellen : Rien. Bien, commençons par le commencement… Racontez-moi comment vous êtes entrée au FBI.
Veronica Mars : Pas si vite. Si un nouvel élément a été versé au dossier, un élément suffisamment important pour que tu aies cet air goguenard, tu dois me le dire.
Agent Mellen : Et pourquoi ? Tu as été renvoyée, je te le rappelle.
Veronica Mars : Faux, j’ai démissionné.
Agent Mellen : Tu aurais été renvoyée de toute façon.
Veronica Mars : Encore faux. Tu sais très bien que j’avais des circonstances atténuantes. Avec l’obligation de suivi psychologique décidée par le juge, j’aurais pu revenir.
Agent Mellen : Peu importe. Dans tous les cas tu ne fais plus partie du FBI. Donc je ne te dois rien. Et maintenant réponds à ma question.
Veronica Mars : Toi d’abord.
Agent Mellen : On va jouer à ça longtemps ?
Veronica Mars : … Passons un marché : tu réponds à mes questions et je réponds aux tiennes.
Agent Mellen : … D’accord. Mais tu réponds d’abord aux miennes.
Veronica Mars : Hors de question. Je n’ai aucune confiance en toi.
Agent Mellen : Très bien. Dommage pour Lola…
Veronica Mars : Lola ? Tu recommences à soupçonner Lola ?
Agent Mellen : Désolée Melle Mars, je n’ai pas à répondre à vos questions. En revanche, mon offre tient toujours…
Veronica Mars : … Je te préviens que si tu bluffes, tu auras affaire à moi. … J’ai postulé au FBI dès la fin de mes études universitaires. J’ai été prise, ce qui est assez rare à vingt-trois ans. Mais je bénéficiais de pas mal d’expériences et de jolies lettres de recommandation. J’ai fait mes dix-sept semaines de formation à la FBI Academy à Quantico d’août à décembre 2010. C’est là-bas que j’ai appris l’existence d’une section d’élite : le service du trafic d’œuvres d’art. Je me suis intéressée à cette section et j’ai appris qu’elle était composée de douze agents du FBI, triés sur le volet. Ca m’a intéressée car cette section touche à tout : le crime organisé, la criminologie, la corruption. Sans oublier le contre-espionnage, le cyber crime et parfois même la lutte antiterroriste. Même si je n’étais pas retenue au terme du stage, j’aurais touché à presque toutes les possibilités offertes par le FBI. J’ai postulé et mon dossier a été retenu. J’ai donc commencé mon stage le 3 janvier 2011, sous la tutelle du célébrissime agent Jimmy Mellen. Pas vraiment le physique de super héros que j’attendais mais bon…
Agent Mellen : Je te remercie…
Veronica Mars : Je t’en prie. Je dois dire que, dès le premier jour, l’agent Mellen s’est montré d’une impolitesse rare vis-à-vis de moi. Il m’a traitée comme une moins que rien et…
Agent Mellen : Ce n’est pas le propos.
Veronica Mars : Oh que si, tu verras ! Donc, je disais que l’agent Mellen me traitait comme une moins que rien, me cantonnant au rôle de photocopieuse et de préparatrice de café. Ne lui répétez surtout pas, mais j’ai craché dedans plus d’une fois…
Agent Mellen : Tu as…
Veronica Mars : Son petit jeu préféré, c’était de me trouver un surnom différent chaque jour. Mais son préféré, celui qui revenait tout le temps, c’était E.T.
Agent Mellen : Veronica…
Veronica Mars : N’étant pas du genre à me laisser faire, j’ai été voir le directeur de l’agence dès le lendemain de mon arrivée pour me plaindre du comportement de mon maître de stage. Je crois d’ailleurs savoir qu’il t’a sévèrement remonté les bretelles ce jour-là, non ?
Agent Mellen : Pas du tout.
Veronica Mars : Mais si. D’ailleurs, le soir même, j’ai reçu un coup de fil à 22h15 dans lequel tu me demandais de te rejoindre immédiatement dans un loft à Soho. On avait retrouvé le propriétaire d’un croquis de Degas mort, et le tableau avait disparu. Voilà. L’introduction t’a plue ?
Agent Mellen : Disons que j’ai appris certaines choses qui ne figuraient pas dans ta précédente déposition…
Veronica Mars : Je suis une femme pleine de ressources.
Agent Mellen : C’est ce que je vois. Passons aux débuts de l’enquête…
Veronica Mars : Tu es sûr ? Parce que ce n’est pas vraiment à ton avantage… Mais bon, si tu insistes !
Agent Mellen : J’insiste.
Veronica Mars : Bien. Lorsque nous sommes arrivés sur les lieux du crime, le corps d’Oliver Ashton gisait au centre du salon et le croquis de Degas avait bel et bien disparu. Oliver avait été tué de deux balles à bout portant. Une à l’abdomen, l’autre à la tête. Grâce au témoignage d’une voisine, nous avons appris que les coups de feu étaient survenus à 21h45 et que la veille Oliver et sa petite amie, Lola Hayles-Callaghan, s’étaient disputés. Nous sommes donc partis à sa recherche. La voisine nous avait parlé d’un ami français, Timothée, que nous avons localisé : pas vraiment un prénom courant… Bref, nous nous sommes rendus à son appartement vers minuit et nous y avons effectivement trouvé Lola…
Agent Mellen : A moitié nue.
Veronica Mars : En nuisette, nuance.
Agent Mellen : Sexy.
Veronica Mars : Lola ne porte quasiment que des nuisettes sexy. Je vis avec elle depuis un an, je peux te dire que je sais ce dont je parle.
Agent Mellen : Je suis au courant pour cette « colocation », nous y reviendrons plus tard. Continue…
Veronica Mars : A partir de là, tu avais ton coupable. Timothée était hors de cause, il buvait un verre avec des collègues à l’heure du crime. C’était donc forcément Lola. Surtout qu’elle avait reconnu lors de son interrogatoire que la dispute avait été occasionnée par des problèmes d’argent et que Timothée et Oliver ne s’appréciaient pas. Ta théorie était donc que, ce soir-là, Lola était retournée à l’appartement, sachant qu’Oliver travaillait, pour prendre le Degas. Et qu’elle prévoyait, avec l’argent de la vente, de s’évanouir dans la nature avec son amant, Timothée. Sauf qu’Oliver, rentrant plus tôt du Crying sky, l’avait surprise. De là, dispute et homicide sans préméditation. C’est bien cela ?
Agent Mellen : Oui.
Veronica Mars : Je me souviens très bien t’avoir fait remarquer à l’époque que Lola n’avait pas de permis de port d’arme…
Agent Mellen : Et je t’ai répondu que ce n’était pas ce qui arrêtait les criminels…
Veronica Mars : Sauf que, toujours selon ta théorie, Lola n’avait pas le projet de tuer Oliver. Dans ce cas, pourquoi avoir sur soi une arme non déclarée ? Je te l’ai dit, ça aussi.
Agent Mellen : Ca n'éclaircissait pas le pourquoi de la nuisette…
Veronica Mars : Je viens de te l’expliquer ! Tout être humain doté d’un Q.I. supérieur à 50 est capable de comprendre en moins d’une minute que Lola n’est pas comme tout le monde !
Agent Mellen : Mon QI est de 135.
Veronica Mars : Le mien de 148.
Agent Mellen : C’est vrai ?
Veronica Mars : C’est vrai. Tu peux vérifier dans mon dossier, c’est noté.
Agent Mellen : Passons, de toute façon ça n’a aucune espèce d’importance.
Veronica Mars : Ouch, aurais-je touché un point sensible ? Bref, tu as donc fait arrêter Lola après une enquête d’à peine six heures, puisqu’elle a été déférée à quatre heures et demi le lendemain matin. Mais je n’y croyais pas. D’abord à cause des faits, ensuite à cause de mes tripes. J’avais vu son regard lorsque nous lui avions annoncé la mort d’Oliver. Sa douleur n’était pas feinte. Elle était vraie.
Agent Mellen : Et tu as donc décidé de continuer l’enquête, incognito.
Veronica Mars : Oui. D’une part parce qu’une innocente dormait derrière les barreaux. D’autre part parce que c’était l’occasion de donner une bonne leçon à l’homme qui me ridiculisait depuis mon arrivée. Quand je te disais que E.T. avait son importance…
Agent Mellen : Que s’est-il passé ensuite ?
Veronica Mars : Le lendemain après-midi, tu m’as emmenée faire le tour de tes indics receleurs, histoire de voir si des toiles importantes avaient refait surface. J’ai eu le malheur de demander au premier d’entre eux si le Degas avait ressurgi. Bien mal m’en a pris ! Tu m’as fait comprendre que l’affaire était close et que le seul moyen de retrouver cette toile serait que Lola Hayles-Callaghan avoue, ce qu’elle n’avait pas fait malgré tes tentatives d’intimidation.
Agent Mellen : Viens-en au fait veux-tu ?
Veronica Mars : Le soir même, je suis retournée chez ces receleurs et je les ai tous interrogés sur le Degas. Jusqu’au moment où l’un d‘eux m’a dit qu’on lui en avait peut-être parlé. Après m’avoir extorqué cent dollars, il a fini par me dire qu’un type roux lui avait demandé s’il pourrait s’en occuper au cas où il n’arriverait pas à trouver un acheteur lui-même.
Agent Mellen : Qui t’a dit ça ?
Veronica Mars : Je ne dévoile pas mes sources. Quand il m’a parlé d’un type roux, j’ai immédiatement pensé au gang des irlandais. Ils se spécialisaient dans le trafic d’œuvres d’art depuis quelques temps, le service tout entier ne parlait que de ça. J’étais sûre de tenir une piste…
Agent Mellen : Et donc…
Veronica Mars : Tu sais très bien ce que j’ai fait. Le lendemain, je me suis faite engager comme serveuse au Moll Flanders dans le Bronx, un bar qui sert de repère au gang des irlandais. Une jeune blondinette comme moi, ils ne se sont pas méfiés. J’ai posé des micros dans chaque pot de cacahuètes… Une vie éreintante : la journée on me traitait comme une extraterrestre, et le soir comme une poupée barbie. J’ai utilisé plus d’anti-cernes en deux jours qu’en dix-sept semaines à Quantico… Enfin, fort heureusement, mes efforts ont payé. Le samedi 8 janvier, j’ai surpris une conversation très intéressante. Un type roux parlait à un afro-américain et s’enthousiasmait sur la beauté d’un Degas qu’il venait de voler… Je me suis renseignée auprès de Brian, un collègue avec qui je m’entendais bien, qui a identifié le type roux comme étant Goll Connor, individu bien connu de nos services, et son interlocuteur comme Zacharia Smith, inconnu à nos registres. Deux clients réguliers du Moll Flanders. Goll disait à Zacharia qu’il ne regretterait pas son achat. Ils ont convenu d’un rendez-vous le lendemain à vingt heures, dans l’appartement de Zacharia.
Agent Mellen : Et tu ne m’as rien dit.
Veronica Mars : Non.
Agent Mellen : Tu aurais dû… Rien ne se serait passé.
Veronica Mars : …
Agent Mellen : Poursuis.
Veronica Mars : …
Agent Mellen : Veronica !
Veronica Mars : Je ne peux pas.
Agent Mellen : Je te ferais signaler que tu n’as pas été au bout de ton engagement.
Veronica Mars : Je te dis que je ne peux pas !
Agent Mellen : Pourquoi ?
Veronica Mars : Je… Je ne peux pas en parler. Ca ne sort pas.
Agent Mellen : Encore maintenant ?
Veronica Mars : Oui.
Agent Mellen : Alors nous allons avoir un sérieux problème…
Veronica Mars : Oui.
Agent Mellen : …
Veronica Mars : On peut… On peut également imaginer que ce soit toi qui parles. Je crois que … que je serais capable d’entendre, à défaut de dire.
Agent Mellen : Il faut que ce soit toi qui parles.
Veronica Mars : Je répondrai par l’affirmative et je signerai le procès verbal. Ca ira. Au pire ma psy attestera qu’il n’y avait pas d’autre alternative.
Agent Mellen : … Oui… Oui, on peut faire comme ça.
Veronica Mars : Est-ce qu’on peut faire une pause avant s’il te plaît ? J’ai besoin de prendre l’air quelques minutes…
Agent Mellen : C’est incroyable comme tu deviens plus agréable lorsque tu as quelque chose à demander… Allez, on reprend dans dix minutes.