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W ou le souvenir enfoui

Série : Veronica Mars
Création : 02.04.2008 à 12h31
Auteur : lili59 
Statut : Terminée

« Fic personnelle - suite du 320 » lili59 

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                                                                                                                Affaire 12-486-755

 

                                                                                    Témoin interrogée : Veronica Mars

                                                                      Agent chargé de l’enquête : Jimmy Mellen

                                                                                Greffier responsable : Meg Walteron

 

                                                            Reprise de l’interrogatoire : 05.01.2012, 18h44

 

 

 

 

Agent Mellen : Reprise de l’interrogatoire de Veronica Mars, témoin conduite dans les bureaux du FBI ce matin à 8h01 afin d’éclaircir certains points à propos de l’affaire 12-486-755. Melle Mars étant incapable de retranscrire elle-même la suite des événements, un accord a été conclu : je raconterai à sa place, à partir des éléments de l’enquête première, et le témoin confirmera mes dires. Ai-je retranscrit correctement notre accord Melle Mars ?

 

Veronica Mars : Oui.

 

Agent Mellen : Très bien. Nous en étions donc arrivés au moment où vous avez surpris une conversation entre Goll Connor et Zacharia Smith, discussion qui avait visiblement pour but la vente au marché noir d’un Degas. Leur rencontre s’achevait par une prise de rendez-vous le lendemain à vingt heures chez Zacharia Smith. C’est bien cela ?

 

Veronica Mars : Oui.

 

Agent Mellen : Le lendemain soir, vous vous êtes donc rendue à dix-neuf heures à l’adresse indiquée et avez entamée une surveillance discrète de l’immeuble. Votre but était de vous rendre compte par vous-même si l’objet de la transaction était  bel et bien le Degas que possédait Oliver Ashton, exact ?

 

Veronica Mars : Oui.

 

Agent Mellen : A vingt heures, vous avez vu Goll Connor entrer dans l’immeuble, un rouleau à la main. Une quarantaine de minutes plus tard, il en ressortait accompagné de Zacharia Smith, mais sans rouleau. Vous en avez conclu que la vente avait eu lieu et que les deux hommes allaient fêter leur transaction au Moll Flanders. Vous aviez donc tout le temps d’entrer dans l’immeuble, de pénétrer par effraction chez Zacharia Smith et de constater par vous-même quelle était la toile en question. C’est ce que vous avez fait.

 

Veronica Mars : Oui.

 

Agent Mellen : Lorsque vous êtes entré dans l’appartement, une toile reposait dans le salon. S’agissait-il du Degas volé à Oliver Ashton ?

 

Veronica Mars : Oui.

 

Agent Mellen : C’est à ce moment-là que Zacharia Smith est rentré chez lui et vous a surprise dans son appartement…

 

Veronica Mars : Oui.

 

Agent Mellen : Il a pointé une arme sur vous et vous a désarmée. Vous lui avez annoncé que vous étiez agent au FBI et lui avez montré votre carte.

 

Veronica Mars : Oui.

 

Agent Mellen : Pris de panique, Zacharia Smith vous a enfermée dans un placard, le temps de passer un coup de téléphone. Vous ne vous souvenez toujours pas de ses paroles ?

 

Veronica Mars : Non.

 

Agent Mellen : Je me permets d’insister Melle Mars. C’est un des éléments manquants au dossier…

 

Veronica Mars : Au risque de me répéter : non.

 

Agent Mellen : Bien. L’enquête a déterminé par la suite que le coup de fil avait été passé au Moll Flanders n’est-ce pas ?

 

Veronica Mars : Oui.

 

Agent Mellen : Coincée dans votre placard, vous avez saisi votre portable afin d’appeler du renfort. Mais vous avez alors réalisé que vous vous trouviez dans une impasse : vous ne pouviez contacter ni la police ni le FBI, auquel cas on aurait appris votre petite enquête privée et vous auriez été suspendue. C’est bien cela ?

 

Veronica Mars :

 

Agent Mellen : Melle Mars ?

 

Veronica Mars : Oui.

 

Agent Mellen : Vous avez donc appelé votre père.

 

Veronica Mars :

 

Agent Mellen : Melle Mars ?

 

Veronica Mars :

 

Agent Mellen : Veronica… Tu veux faire une pause ?

 

Veronica Mars : Non c’est bon. C’est bien ce qui s’est passé. Va plus vite s’il te plaît, finissons-en.

 

Agent Mellen : Bien. Votre père était en visite à New York : il était venu vous aider à emménager. Vous l’avez informé de la situation et lui avez demandé de venir vous porter secours, en le prévenant que Zacharia Smith était armé. Il lui a fallu une quinzaine de minutes pour vous rejoindre, c’est bien cela ?

 

Veronica Mars : Oui.

 

Agent Mellen : Depuis votre placard, vous avez entendu une bagarre éclater, puis un coup de feu. Un deuxième coup de feu a retenti quelques secondes plus tard. Je ne me trompe pas ?

 

Veronica Mars : Non.

 

Agent Mellen : Enfin, vous avez entendu la voix de votre père vous demandant où vous vous trouviez. Soulagée, vous lui avez répondu et il est venu vous ouvrir. Vous vous êtes jetée dans ses bras. Lorsque vous avez ouvert les yeux, vous avez vu quelqu’un agenouillé près du cadavre de Zacharia Smith. Vous avez crié et votre père s’est retourné. Dans la pénombre, un homme tenait une arme. Votre père a levé son revolver. Trop tard. Une balle de calibre 9 millimètres lui avait traversé le corps au niveau du cœur, vous atteignant vous-même à la carotide. Vous vous êtes évanouie et n’êtes revenue à vous que le lendemain matin au Calvary Hospital. Des voisins, alertés par les coups de feu, avaient téléphoné à la police. Lorsque la première patrouille était arrivée sur les lieux, le meurtrier avait disparu … et le Degas également.

 

Veronica Mars : Oui.

 

Agent Mellen : Huit jours plus tard, le mercredi 18 janvier, Goll Connor a été retrouvé mort suite à un accident de voiture. Vous avez été conduite à la morgue du Brooklyn Hospital Center afin de reconnaître Goll Connor comme étant le complice de Zacharia Smith, et donc le meurtrier présumé d’Oliver Ashton et de votre père.

 

Veronica Mars : Oui.

 

Agent Mellen : Lorsqu’on vous a présenté le corps, vous l’avez bel et bien reconnu ?

 

Veronica Mars : Oui.

 

Agent Mellen : Prise alors d’une crise de démence, vous avez saisi un scalpel et avez poignardé plusieurs fois le cadavre de l’assassin de votre père. Jusqu’à ce que les agents présents ne parviennent à vous arrêter.

 

Veronica Mars : Oui, sauf pour la crise de démence. Tu n’es pas psy, je ne suis pas folle.

 

Agent Mellen : Suite à ce « fâcheux événement », la presse s’est saisie du fait divers et en a fait ses choux gras. Deux jours plus tard, le juge vous condamnait à cent heures de travaux d’intérêt général et à une obligation de suivi psychologique. Voilà, le dossier s’arrête ici. Confirmez-vous l’authenticité des faits rapportés ?

 

Veronica Mars : Oui.

 

Agent Mellen : Alors maintenant il va falloir répondre à certaines de mes questions…

 

Veronica Mars : Tu as deux minutes.

 

Agent Mellen : Etes-vous certaine que l’homme ayant tué votre père est Goll Connor ?

 

Veronica Mars : Il faisait noir. Mais je sais que c’est lui. Zacharia a appelé le Moll Flanders, il a eu Goll au téléphone et lui a demandé de rappliquer.

 

Agent Mellen : Dans ce cas-là, où le Degas ? On ne l’a pas retrouvé chez lui lors de la perquisition le lendemain.

 

Veronica Mars : Il n’était pas rentré chez lui, ça prouve seulement qu’il n’était pas idiot. Sujet clos.

 

Agent Mellen : Bien. Passons donc à Melle Hayles-Callaghan... Pourquoi vivez-vous en colocation ?

 

Veronica Mars : A la fin du mois de janvier, j’ai vu Lola qui faisait la manche dans le métro. Les événements l’avaient disculpée. Je l’ai installée chez moi et voilà.

 

Agent Mellen : Pourriez-vous m’expliquer la raison d’un tel geste ?

 

Veronica Mars :

 

Agent Mellen : Melle Mars ?

 

Veronica Mars : Il a tué l’homme de notre vie.

 

Agent Mellen : Hum… Une relation ancrée sur des bases très saines à ce que je vois...

 

Veronica Mars : Quand je voudrai ton avis, je te sifflerai Jim. Maintenant, à toi. Quels sont les nouveaux éléments de l’enquête qui incriminent Lola ?

 

Agent Mellen :

 

Veronica Mars : Un marché est un marché Jim.

 

Agent Mellen : Il n’y en a pas.

 

Veronica Mars : J’en étais sûre…

 

Agent Mellen : Il y a de nouveaux éléments, mais ils ne désignent pas Lola.

 

Veronica Mars : Bon sang Jim, tu vas cracher le morceau oui ?

 

Agent Mellen : Une perquisition a eu lieu au Moll Flanders hier, une histoire de stupéfiants...

 

Veronica Mars : Et ?

 

Agent Mellen : On a retrouvé le Degas dans les conduits d’aération.

 

Veronica Mars : Magnifique ! Et qu’est-ce que ça peut me faire ? Goll l’avait planqué là-bas, la belle affaire !

 

Agent Mellen : On a fait analyser les empreintes sur la toile. On y a trouvé celles de Lola, d’Oliver, de Zacharia et celles de Goll.

 

Veronica Mars : Logique…

 

Agent Mellen : Il y avait un cinquième jeu d’empreintes Veronica.

 

Veronica Mars :

 

Agent Mellen : Des empreintes qui se chevauchaient sur les autres empreintes. Il n’y a qu’une seule explication logique…

 

Veronica Mars : La dernière personne à avoir touché le tableau n’est pas Goll Connor.

 

Agent Mellen : En effet.

 

Veronica Mars : Qui ?

 

Agent Mellen : Les empreintes ne sont pas fichées.

 

Veronica Mars :

 

Agent Mellen : Est-ce que tu as quelque chose à me dire à ce sujet ?

 

Veronica Mars : Non.

 

Agent Mellen : Veronica qu’est-ce que…

 

Veronica Mars : Il faut que j’y aille.


lili59  (24.04.2008 à 21:43)

                                                                              Vendredi 6 Janvier 2012

                                                                                                    Jour 367

 

 

 

 

La dernière fois que j’ai rédigé ce journal, j’avais des certitudes : Oliver était mort ; son assassin était mort ; Vera me détestait ; j’étais seule.

 

Deux jours se sont écoulés depuis. Une éternité…

 

Oliver est mort, son assassin vivant. Quant à Vera…

 

Vera.

 

 

 

Hier matin, j’ai été réveillée brutalement. On tambourinait à notre porte.

Première surprise : Vera était restée à mes côtés toute la nuit.

Deuxième surprise : nos visiteurs matinaux étaient des agents du FBI.

 

Ils nous ont conduites dans leurs locaux pour interrogatoire. Je suis sortie vers dix heures et j’ai attendu Vera, dehors, dans le froid. J’avais peur pour elle : l’agent Mellen avait sous-entendu qu’elle avait des ennuis.

 

J’ai attendu, heure après heure, cigarette après cigarette.

 

Seize heures, personne.

Dix-sept heures, personne.

Dix-huit heures, personne.

 

J’ai commencé à paniquer : était-elle en état d’arrestation ?

 

 

Dix-neuf heures, personne.

 

 

Et puis, enfin, sa tignasse blonde ébouriffée qui fait irruption. Son visage blême, rivé au sol, qui se lève peu à peu. Ses yeux. Pour la première fois, je ne peux lire en eux. C’est trop confus, on dirait que son être oscille entre des centaines de pensées, des centaines de sentiments.

 

Que lui ont-ils fait ?

Que lui ont-ils dit ?

 

 

Son regard croise le mien. Elle s’immobilise, me dévisage. Je crois qu’elle va s’enfuir.

 

Si elle m’a consolée la veille, c’est par pitié. Je le sais. Elle m’en veut toujours.

 

Mais non, elle ne bouge pas.

 

Sa lèvre inférieure tremble légèrement. Son visage se défait. Elle me regarde et le voile qui recouvrait ses yeux se lève peu à peu. Tout son être se tend vers un seul sentiment, une seule pensée. Laquelle ? J’attends.

 

Ca y est, je vois.

 

 

Nous.

Eux.

 

 

Elle s’effondre sur le sol, les mains sur le visage. Elle pleure.

 

 

Je suis pétrifiée.

 

 

Je n’ai jamais vu Vera pleurer.

 

 

C’est comme si elle pleurait toutes les larmes refoulées pendant un an.

 

 

Enfin, je me précipite vers elle, je la prends dans mes bras. Je la sers fort, aussi fort que je peux. J’ai peur…

 

Que lui ont-ils fait ?

Que lui ont-ils dit ?

 

 

Les agents postés à l’entrée nous observent, ils s’approchent. Je sais qu’ils vont nous ordonner de déguerpir : le spectacle est gênant. Je soulève à bout de bras le corps inerte, le transporte jusqu’au banc le plus proche.

 

Elle continue à pleurer, je ne sais que faire.

 

Où est ma Vera, celle qui ne craque jamais ?

 

 

Peut-être ai-je affaire à Veronica, cette femme que je ne connais pas ? Celle qui rit, celle qui pleure ?

                                                                                              

 

Enfin, peu à peu, elle lève la tête. Elle me regarde longuement, sonde mon âme. Elle cherche quelque chose, mais quoi ?

Je ne sais pas.

 

Elle passe ses mains autour de mon cou, approche ses lèvres de mon oreille. Une larme coule sur mon épaule.

 

Enfin, les mots sortent :

 

 

« Ce n‘était pas lui. »

 

 

Mon cœur s’arrête. Je ne peux plus respirer, je ne peux plus bouger. Elle le sait, elle le sent.

 

Elle recule et me regarde. Elle ne pleure plus. Son regard brûle.

 

 

« Je le trouverai, je te le promets. Je le leur promets. »


lili59  (02.05.2008 à 17:43)

                                                                                         Vendredi 6 Janvier

 

 

 

Chère Marina,

 

 

Ce n’était pas Goll Connor.

 

Ce n’est pas lui qui a l’a tué. Pas lui qui les a tués. On a retrouvé le Degas, il y a un cinquième jeu d’empreintes sur la toile. Jim rouvre l’enquête. Moi aussi.

 

Ce ne peut être ni moi, ni… Ni Lui. Nous sommes tous les deux fichés au FBI, moi en tant qu’ancien agent, lui en tant qu’ancien shérif. C’est donc forcément son meurtrier. Il l’a tué, a pris le Degas et l’a caché dans une bouche d’aération au Moll Flanders.

 

Qui ?

 

Je le trouverai.

 

 

Depuis hier, je repasse les événements au peigne fin dans ma tête. Et tout est clair, tout est logique.

 

 

Après m’avoir enfermée dans le placard, Zacharia Smith a passé un coup de téléphone au Moll Flanders. Un seul, Jim avait vérifié à l’époque

 

Et j’ai beau tourner et retourner le problème dans tous les sens, je ne vois qu’une seule explication logique : l’assassin est un des clients du bar.

 

 

Mais lequel ? Le Moll Flanders est le repère de tout ce que la lie irlandaise compte en ville.

Alors qui ?

 

J’ai essayé de visualiser la scène :

 

Zacharia s’empare de son portable, il fait les cent pas dans la pièce. Il a besoin d’aide, et vite. Qui appeler ?

Goll Connor ?

Non, il n’est que le « grossiste », l’homme de main envoyé par l’assassin d’Oliver pour négocier. Alors qui appeler ?

Le patron. Oui, c’est le patron qu’il faut contacter, lui seul est capable de prendre véritablement les choses en main.

Zacharia compose le numéro.

 

Au même moment, le téléphone sonne au Moll Flanders. Qui décroche ? Qui passe le téléphone au destinataire voulu ?

 

Le barman.

 

Brian.

 

 

Si je trouve Brian, il me dira à qui Zacharia voulait parler ce soir-là, à qui il a passé le téléphone.

 

Il suffit juste de trouver Brian.

 

 

Le seul problème, c’est que Brian a disparu juste après les faits. A l’époque, on ne s’en était pas inquiété. Mais maintenant, tout est clair dans ma tête.

 

 

C’était un gosse, Brian. Vingt et un ans à l’état civil, quinze dans la tête. Le premier soir, il m’avait expliqué qu’il faisait le serveur pour payer ses études de mathématiques. Il voulait devenir ingénieur. Maladroit au possible…

Je l’aimais bien.

C’est lui qui m’avait révélé l’identité de Zacharia Smith et de Goll Connor.

 

Je sais exactement ce qui s’est passé…

 

 

Lorsqu’il a appris les événements, Brian a su qu’il était en danger. Le meurtrier allait maintenant s’en prendre à lui, afin qu’il ne révèle pas l’identité de l’interlocuteur de Zacharia. Alors il s’est enfui.

 

Bon, ça, c’est l’éventualité qui m’arrange.

 

L’autre, c’est qu’il n’ait pas eu le temps de quitter la ville. Auquel cas il a emporté son secret dans la tombe.

 

Il ne peut pas être mort. Il est vivant. Il est forcément vivant. Il doit être vivant.

 

 

Je le trouverai. Il parlera. 

 

 

Je saurai.


lili59  (02.05.2008 à 20:26)

                                                                                          Samedi 7 janvier

 

 

 

Chère Marina,

 

 

Rien.

 

Je n’ai rien trouvé. Rien, nada, niet. Aucune piste, aucun caillou dans la forêt.

 

Rien.

 

 

Bon sang, il est forcément quelque part !

 

 

Aujourd’hui, j’ai mis en place tout le protocole d’usage. J’ai commencé mes recherches par la base : découvrir le nom de famille de Brian. Rien de plus facile, il m’a suffi de consulter la déclaration des employés du Moll Flanders à ladite époque.

Il s’appelle Brian Mac Cartney.

 

Recherches sur private eyes : fils unique de Jonathan et Mary Mc Cartney, divorcés. Né le 03 juillet 1988 à Cleveland. Deux premières années de fac à la CWRU, puis début de troisième année à la NYU. Aucune inscription universitaire depuis.

 

Pas de portable.

 

Dernière utilisation du passeport en juin 2009, pour un week-end au Mexique. Un voyage estudiantin sans nul doute…

 

Dernier mouvement bancaire le 09 janvier 2010, à 17 heures. Un retrait de cinquante dollars.

 

Bref : rien.

 

 

Je commence à croire qu’il est mort. Ou alors il sait diablement bien se cacher !

 

Ce soir je vais me rendre au Moll Flanders pour prendre des renseignements sur lui, on ne sait jamais… Il faut que je mette en place une stratégie parce que je ne suis pas certaine qu’on m’y déroule le tapis rouge…

 

Lundi, j’ai rendez-vous avec Amanda, une collègue avec qui j’avais tissé des liens à Quantico. Elle fait son stage au service des disparitions, elle aura peut-être des informations à me donner ? Elle me doit bien ça, vu le nombre de fois où je l’ai protégée des brimades des autres stagiaires. Protection qui m’avait d’ailleurs valu le privilège de devenir à mon tour la paria du groupe. Ca ne me dérangeait pas. Ce concentré de WASP bien-pensante me donnait la nausée. Et puis le rôle de bouc émissaire me va bien au teint.

 

 

Bref, je suis au point mort. Mais je n’abandonne pas, je le trouverai. Mort ou vif. Vif, ce sera la première étape. Mort, ce sera le status quo.

Mais je trouverai une autre solution.

Je saurai, quoiqu’il en coûte. Même si le reste de mes jours doit être consacré à la quête de ce Graal.

 

 

Si seulement je pouvais me rappeler de ce coup de fil… J’étais là, juste à côté. Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à me rappeler ?

 

 

Heureusement, Lola est là. Elle s’est arrangée avec Luke pour travailler le midi cette semaine, pendant que je fais mes recherches. Dès qu’elle rentre, elle se précipite dans ma chambre pour connaître l’avancée de l’enquête.

Elle est très calme, posée. Résolue.

Comme moi.

 

Hier, elle m’a comparée à un lion à l’affût, guettant sa proie avant de bondir.

Je l’ai comparée à un aigle, surveillant le lion et attendant qu’il ait tué sa proie pour lui crever les yeux et s’accaparer la chair convoitée.

 

Elle a souri, mais je sais qu’elle a très bien compris la référence à son double jeu à propos de Logan.

 

Je n’ai rien oublié.

 

Mais le lien est toujours là, plus ténu que jamais. Il a tué l’homme que nous aimions. Nous sommes unies dans la mort, nous survivons malgré elle et nous vivons désormais pour elle.

 

 

Ca me fait penser à une conversation que nous avons eue hier soir.

 

Nous regardions la télévision en silence, quand Lola m’a demandé :

 

« Tu veux des marshmallows Vera ? »

 

Pourquoi cette question stupide a-t-elle agi comme un stimulus ? Je ne sais pas… Est-ce parce que, à l’époque du lycée, Wallace me comparait à un marshmallow ? Peut-être. Toujours est-il qu’à cet instant précis, je me suis rendu compte que Lola ne m’avait jamais, pas une seule fois, appelée Veronica.

Je lui ai donc demandé pourquoi elle me surnommait Vera.

 

Elle a souri et m’a demandé si j’avais déjà lu Les Dix Petits Nègres d’Agatha Christie. J’ai hoché la tête, alors elle m’a expliqué :

 

« Le livre raconte l’histoire de dix personnes qui ne se connaissent pas et qui se retrouvent coincées sur une île. Aucun moyen de la quitter. Un soir, une voix accuse chaque invité d’avoir commis un meurtre pour lequel il n’a jamais été condamné. Vera Claythorne est accusée d’avoir tué un enfant, Cyril, afin que son amant touche l’héritage familial. La voix annonce également qu’ils vont tous mourir pour leur peine. Et c’est effectivement ce qui se passe. A la fin du roman, il ne reste que le capitaine Lombard et la jeune Vera ; elle en conclut donc logiquement que le meurtrier ne peut être que Lombard. Elle le tue. »

 

Elle a gardé le silence un instant avant de poursuivre :

 

« Je t’appelle Vera parce que… Tu sais, à la morgue… »

 

J’ai hoché la tête : j’avais compris.

 

 

Silence. Et puis les mots sont sortis tous seuls de ma bouche, pleins d’un espoir que je ne me connaissais pas :

 

« Est-ce que Vera trouve le bonheur ensuite ? »

 

Lola a poussé un soupir.

 

« Après le meurtre, Vera, épuisée, décide de se rendre dans sa chambre pour se reposer. Mais à chaque pas, l’image de Cyril est un peu plus présente, un peu plus pugnace. La culpabilité, la folie, s’emparent d’elle. Lorsqu’elle arrive enfin dans sa chambre, une corde est pendue au plafond. Vera sait ce qu’il lui reste à faire… Elle monte sur une chaise, passe la corde autour de son cou et fait culbuter le siège. »

 

Je me suis sentie un peu vidée par ses paroles. J’ai juste murmuré :

 

« Au moins, tous les assassins ont été punis. »

 

Lola a souri tristement.

 

« Pas vraiment. Lombard n’était pas le tueur en série. En fait, un des dix personnages s’était fait passer pour mort, sans l’être réellement. C’est lui qui avait tout orchestré … jusqu’à dresser le gibet de Vera. »


lili59  (03.05.2008 à 12:47)

                                                                                                  De : [email protected]

                                                                                                                 A : [email protected]

                                                                                             Envoyé le 07.01.2012 à 23h48

 

 

 

Veronica,

 

 

Depuis hier matin, j’ai bien dû écrire et effacer ce mail une dizaine de fois. Les mots n’étaient jamais assez subtils à mon goût, ils contenaient toujours une part de passé qui aurait pu te blesser. Je ne veux pas te blesser. Mais je viens de comprendre que, sans ces mots, je ne pourrai jamais t’être d’aucun secours. Alors je vais te dévoiler ma pensée, sans détour.

 

Je ne te crois pas.

 

Je ne te crois pas lorsque tu déclares qu’il n’y a plus de sentiment. Ce baiser… Ce baiser n’était pas rien. Ce qu’il signifiait était plus fort que n’importe quel mot, et tu le sais aussi bien que moi. Il était bien plus ardent, plus bien passionné, que tous les baisers que nous ayons jamais échangés. Parce que cette fois, tu t’étais totalement abandonnée. J’ai senti… J’ai senti que tu n’avais plus peur.

Tu avais toujours peur de moi, avant. Et tu avais raison. J’étais instable, je l’ai suffisamment prouvé.

Mais là, tu n’avais plus peur. Tu t’étais offerte, entièrement.

 

Le mail que tu m’as envoyé en revanche, c’est la peur qui l’a dicté. Lorsque tu es revenue à toi, tu t’es rendu compte que la vie reprenait le dessus. Et tu crains cela. La perspective d’avancer te paralyse d’effroi.

 

J’ai longtemps eu peur d’avancer. Tu m’as aidé à faire mes premiers pas et, même si je tombais souvent, tu ne te décourageais pas. Quand tu es partie, j’ai dû poursuivre seul ma route. Je l’ai fait. Je crois pouvoir dire aujourd’hui que je suis devenu un homme.

 

Laisse-moi t’aider. Laisse-moi te prendre la main et te guider, à mon tour, sur ce chemin. Je te promets que, même si les débuts seront difficiles, ce qui est au bout vaut tous les efforts.

 

Je suis presque parvenu au terme de ma course. Je suis épanoui. Il ne me manque plus qu’une chose pour être heureux.

 

Je t’attends.

 

 

L.


lili59  (03.05.2008 à 18:05)

                                                                                     Dimanche 8 Janvier

                                                                                                    Jour 369

 

 

 

Tous ces risques pour rien…

 

 

Hier soir, Vera m’a fait part de ses projets : elle allait se rendre au Moll Flanders afin de savoir si quelqu’un avait des informations sur Brian ou, mieux, si un client se rappelait à qui il avait passé le téléphone ce soir-là.

 

J’ai refusé.

 

Son père avait tué Zacharia Smith, elle les avait dupés. Elle ne trouverait que vendetta là-bas.

 

Je lui ai proposé d’y aller à sa place. Au début, elle a rugi :

 

« Ce n’est pas un jeu Lola, tu te crois dans une série pour ados ou quoi ? »

 

Mon sang n’a fait qu’un tour, j’ai hurlé encore plus fort :

 

« Tu crois que je joue Vera ? Attends que je te rafraîchisse la mémoire… Qu’est-ce que tu crois ? Que tu es la seule à te reprocher la mort de ton père ? Et moi alors ? Je dois te rappeler que, si Oliver n’avait pas demandé à être payé, il ne serait jamais rentré plus tôt ce soir-là ? Je dois te rappeler que c’est moi qui l’ai tué ? On est ex-aequo sur ce coup ! La seule différence c’est que, moi, on ne me connaît pas au Moll Flanders. Alors si tu veux ces infos, si tu les veux vraiment, tu dois me laisser y aller. »

 

Je sais, je n’aurais pas dû parler de son père. Je ne l’avais jamais fait.

 

N’empêche que j’ai gagné.

 

 

Vers 22 heures, je suis donc entrée au Moll Flanders, une perruque brune sur la tête. Horrible… Mais il fallait être prudent : même si, l’hiver dernier, c’est la tête de Vera qui faisait les gros titres des journaux, ma photo était néanmoins parfois diffusée. Et les cheveux rouges, c’est vrai qu’on a vu mieux niveau camouflage…

 

Vera m’avait également équipée d’un micro et prêté une arme. Je lui avais promis de ne pas poser de question sur la nuit du meurtre, ça aurait trop éveillé les soupçons.

 

A peine entrée, j’ai commandé un gin et entamé la conversation avec le barman. J’ai emprunté le plus terrible des accents français pour lui demander où je pouvais trouver un gars nommé Brian. La dernière fois que j’étais venue à New York, on avait fricoté ensemble et j’avais bien envie de remettre le couvert… Il n’en avait aucune idée, mais par contre il se proposait de le remplacer. J’ai mis quinze bonnes minutes en m’en débarrasser… Il avait au moins quarante ans le pervers, il aurait pu être mon père ! Enfin bon, au moins il m’a offert trois autres gins, c’était déjà ça de pris.

 

Je me suis ensuite approché des tables de billard et j’ai ajouté le stéréotype de la fille saoule à celui de la française. Le tableau devait être sympa vu de l’extérieur, une vraie pétasse ! J’ai recommencé mon petit jeu et, quoiqu’une bonne dizaine de gars m’aient proposé leur compagnie, aucun n’a pu me renseigner. En tout cas, mes questions n’ont semblé alarmer personne.

 

Finalement, vers une heure, un type m’a mis une main au cul. L’idiot… Je me suis retournée, lui ai mis un bon coup de genou entre les cuisses et j’ai rejoint Vera dehors. Comme si c’était la première fois qu’on me la faisait celle-là...

 

 

En tout cas, rien.

 

 

Il ne reste plus qu’à espérer que le contact de Vera au FBI aura des informations. Elle est notre dernier espoir.


lili59  (04.05.2008 à 11:41)

                                                                                                             De : [email protected]

                                                                                                  A : [email protected]

                                                                                          Envoyé le 08.01.2012 à 22h56

 

 

 

 

Logan,

 

 

C’est vrai. Tout ce que tu as dit est vrai. Mon coup de folie n’était pas la conséquence malheureuse d’un abus d’alcool. C’est vrai. Ce baiser n’était pas rien. C’est vrai. Il y a toujours des sentiments. C’est vrai.

 

Tu as raison sur toute la ligne.

 

Ton e-mail a été une véritable gifle. Il m’a fait mal, comme tu t’en doutais. Mais ce qui m’a surtout fait mal, c’est de me rendre compte que chacun de tes mots était véridique. Tu as cerné tout le problème : je ne veux plus vivre.

 

Bref, bravo.

 

Tu sais quelle a été ma réaction après avoir réalisé tout cela ?

 


« Et alors ? »

 

 

Oui, et alors ? Et alors, et même si ce baiser n’était pas rien ? Et alors, et même si je ne voulais plus vivre ? Et alors ? En quoi cela te concerne-t-il ?

 

Car là où je ne te mens pas, c’est lorsque je te dis que ma vie est ici, à New York. Avec Lola.

 

Elle a essayé de décider de ma vie pour moi, elle n’y est pas parvenue. Tu n’y arriveras pas non plus.

 

Je n’ai presque plus rien. Mais je décide encore du peu qu’il me reste.

 

 

Ma seule préoccupation pour l’instant, c’est de découvrir qui a véritablement tué … Tu-Sais-Qui. C’est trop long pour que je t’explique tout en détail, mais en tout cas je sais que ce n’est pas celui que je croyais.

 

Je le trouverai.

Il paiera.

 

C’est tout ce qui importe à l’heure actuelle.

 


C’est mon choix.

 

Respecte-le.

 

 

V.


lili59  (05.05.2008 à 08:36)

                                                                                          Lundi 9 Janvier

                                                                                                   Jour 370

 

 

 

 

Cleveland. Nous partons pour Cleveland demain, après mon service.

 

 

Ce matin, Vera a rencontré Amanda, une ancienne collègue du FBI. Elle lui a demandé de lui fournir le dossier de Brian Mac Cartney. Amanda a accepté. Pourquoi ? Je ne sais pas. Peut-être la tête de Vera aujourd’hui…

Cadavérique.

 

Ca se comprend. Je ne sais même pas où elle a trouvé la force de se rendre à ce rendez-vous. C’est peut-être ça qu’on appelle « l’énergie du désespoir » ?

 

Bref. Le dossier expliquait que toutes les pistes avaient mené à une impasse. Mais une note manuscrite proposait d’enquêter sur Mary Mac Cartney, la mère de Brian. Elle avait semblé tendue lorsque les agents l’avaient l’interrogée il y a un an.

 

Vera pense que bébé Brian se cache dans les jupons de sa mère.

 

Je la crois.

 

 

Je trépigne d’impatience… Demain me semble être une autre vie.

 

 

Dans d’autres circonstances, j’aurais proposé à Vera de partir dès maintenant, mais je crois qu’elle a besoin d’être un peu seule : elle s’est enfermée à double tour dans sa chambre, le message ne pouvait pas être plus clair.


lili59  (05.05.2008 à 15:21)

                                                                                                  De : [email protected]

                                                                                                                 A : [email protected]

                                                                                             Envoyé le 09.01.2012 à 19h02

 

 

 

Veronica,

 

 

Je suis inquiet. Je suis même très inquiet.

 

Je ne reviendrai pas sur l’agressivité de ton message, qui ne trahit qu’une fois de plus ton mal-être. Mais la fin en revanche…

 

Que comptes-tu faire si tu retrouves son meurtrier ?

 

 

L.


lili59  (05.05.2008 à 17:24)

                                                                                             Lundi 9 Janvier

 

 

 

21h10.

 

 

Un an que je l’ai tué.

 

 

Un an que je suis à moitié morte.

 

 

 


lili59  (05.05.2008 à 19:44)

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