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Série : Veronica Mars
Création : 02.04.2008 à 12h31
Auteur : lili59
Statut : Terminée
« Fic personnelle - suite du 320 » lili59
Cette fanfic compte déjà 68 paragraphes
Mardi 10 janvier
« Allo ? Allo, qui c’est ? (…) Ah oui, Brian. C’est moi, Zach. Passe-moi Goll tu veux. (…) Comment ça, toujours pas arrivé ? C’est une tortue ou quoi ? Merde, qu’est-ce qu’il fout ? (…) Quoi ? (…) Lui laisser un message ? Oui, oui… T’as qu’à lui dire que… Que je l’attends, qu’il se pointe chez moi, et rapido. (…) Ouais. (…) Non, j’ai pas changé d’adresse. Dis-lui de rappliquer son cul illico. Dis-lui que… Que… Qu’on a un « petit problème » et que j’ai besoin d’aide. (…) Ouais. Ok merci. (…) Attends, raccroche pas ! Dis, tu connaîtrais pas la nouvelle serveuse du Moll ? (…) Veronica Cramell ? Ouais, ça doit être ça… Tu la connais ? (…) Et elle t’a pas semblé louche ? (…) Ok, tant pis. (…) Non non, c’est bon, pas de souci. Bon t’oublie pas pour Goll hein ? C’est vraiment urgent ! (…) Ok. Bye. »
Brian.
Zacharia Smith n’a parlé qu’à Brian ce soir-là. Brian qui ne lui a pas dit que j’avais posé des questions à son sujet. Brian qui n’aurait donc pas transmis l’information à qui que ce soit d’autre.
C’est Brian qui est venu.
Brian le roux.
Brian, le patron qui cachait sa véritable nature aux yeux de tous sous des airs angéliques.
Brian qui L’a tué.
Le véritable meurtrier n’est pas mort. Il a seulement disparu.
Ce rêve…
Ca a commencé par l’odeur… L’odeur du tabac froid s’engouffrant par-dessous la porte du placard. Et puis la vue. Moi, saisissant mon portable, réfléchissant. Et puis… Et puis le son. Le bruit des doigts tapotant un numéro à la va-vite. La conversation. Presque inaudible.
J’ai tendu l’oreille...
Et j’ai entendu.
J’ai entendu chaque mot. Ils étaient là, en moi, enfouis.
Pourquoi maintenant ?
Pourquoi cette nuit ?
Il espérait égaler Kevin Spacey dans Usual Suspect…
Sa vanité sera punie.
Il est huit heures du matin ; je serai à Cleveland à treize heures.
De : [email protected]
Envoyé le 10.01.2012 à 21h41
Veronica,
Je n’y comprends rien. J’ai beau faire des recherches sur Internet -tu n’es pas sans savoir que la lecture n’a jamais été mon fort-, je ne comprends toujours pas le lien entre Dix petits nègres et ton histoire. J’aimerais que tu m’expliques...
Est-ce que tout va bien à New York ?
Veux-tu que je vienne ?
A l’instant où j'écris ces mots, j’aimerais pouvoir téléphoner à Lola. Mais je ne suis pas certain que cela te plairait, alors je m’abstiens. J’essaie de garder foi en toi, malgré le mauvais pressentiment qui m’envahit d’heure en heure.
Arrêtons de jouer au chat et à la souris veux-tu ?
Bas les masques Veronica… Il est temps.
Je pense à toi.
L.
Affaire 12-486-755
Témoin interrogée : Veronica Mars
Agent chargé de l’enquête : Jimmy Mellen
Greffier responsable : Kimaya Zhaowu
Début de l’interrogatoire : 11.01.2012, 8h07
Agent Mellen : Interrogatoire de Veronica Mars, témoin s’étant présentée de son propre chef aux bureaux du FBI ce matin à 8h00, dans le but de fournir de nouvelles informations sur l’affaire 12-486-755. Melle Mars, je vous écoute. Que me vaut l’honneur de cette visite matinale ?
Veronica Mars : Tu l’as dit toi-même Jim : j’ai de nouvelles informations. A vrai dire, j’ai résolu l’affaire.
Agent Mellen : Vraiment ? Je suis curieux de savoir comment…
Veronica Mars : C’est bon Jim, je ne suis pas d’humeur à faire un remake de Titi et Gros Minet, la nuit a été rude. Alors imite-moi s’il te plaît, et épargne-nous une joute verbale de plus. Ce que j’ai à dire est … grave.
Agent Mellen : Je t’écoute. Enfin, si tu es capable de parler cette fois-ci…
Veronica Mars : Je le suis.
Agent Mellen : Je suis tout ouïe.
Veronica Mars : Lorsque tu m’as annoncé qu’on avait découvert un cinquième jeu d’empreintes sur le Degas, j’ai décidé de reprendre l’enquête.
Agent Mellen : La dernière fois ne t’avait pas servi de leçon à ce que je vois…
Veronica Mars : Pardon ?
Agent Mellen : La dernière fois que tu as mené l’enquête seule, ça s’est soldé par la mort de ton père.
Veronica Mars : Oui. Mais cette fois-ci je n’avais plus rien à sacrifier, les risques étaient moindres.
Agent Mellen : Si tu le dis…
Veronica Mars : J’ai fait un rêve. Avant-hier. Ce soir-là, ça faisait un an qu’Il était mort. Je ne sais pas, ça a dû agir comme un stimulus : ça a réveillé ma mémoire. J’ai entendu… J’ai entendu la conversation que Zacharia Smith avait eu au téléphone un an plus tôt.
Agent Mellen : Sérieusement ?
Veronica Mars : Oui. Zacharia Smith voulait parler à Goll Connor, mais celui-ci n’était pas encore arrivé au bar. Il n’a donc eu que le serveur, Brian Mc Cartney, au bout du fil. Il lui a demandé de transmettre un message à Goll : il devait revenir rapidement à l’appartement, il y avait un « petit problème ». Ensuite, Zacharia a demandé à Brian si la nouvelle serveuse ne lui avait pas paru suspecte. Brian n’a rien dit. Il aurait pu pourtant, puisque je lui avais posé des questions au sujet de Goll et Zacharia la veille.
Agent Mellen : Alors pourquoi ne lui a-t-il rien dit ?
Veronica Mars : C’est exactement la question que je me suis posée à mon réveil. Il n’y avait qu’une explication logique : Brian était le patron de Goll, patron agissant dans l’ombre, patron ayant volé et tué Oliver. J’en ai donc déduit que c’est lui qui était venu ce soir-là. Lui qui L’avait tué.
Agent Mellen : Et qu’as-tu fait ensuite ?
Veronica Mars : Je suis allée à Cleveland.
Agent Mellen : Cleveland ?
Veronica Mars : Oui. Brian avait disparu juste après les faits. Mais sa mère habitant Cleveland, j’ai supposé qu’il se cachait peut-être là-bas.
Agent Mellen : Et comment as-tu su où sa mère habitait ?
Veronica Mars : C’était écrit dans son dossier.
Agent Mellen : Son dossier ? Quel dossier ?
Veronica Mars : …
Agent Mellen : Comment as-tu eu accès au dossier de Brian Mc Cartney, Veronica ?
Veronica Mars : Je l’avais consulté l’an passé, lorsque je travaillais au Moll Flanders.
Agent Mellen : Il n’avait pas encore disparu à l’époque, il n’avait donc pas de dossier…
Veronica Mars : Il avait été arrêté pour conduite en état d’ivresse deux ans plus tôt.
Agent Mellen : Je ne te crois pas une seconde.
Veronica Mars : Tant pis. Bon, on peut avancer ?
Agent Mellen : Hum…
Veronica Mars : Je me suis rendue à l’adresse indiquée. Mais la famille avait déménagé … sans laisser d’adresse, bien entendu. J’ai fait le tour du quartier, jusqu’au moment où je suis tombée sur une voisine un brin bavarde. Je lui ai expliqué que j’étais une amie de lycée de Brian et que je souhaitais renouer le contact avec lui. Elle a confirmé que la famille avait déménagé, mais que ce devait être mon jour de chance : elle était amie avec Mary Mc Cartney, la mère de Brian, et elle avait donc sa nouvelle adresse.
Agent Mellen : Quelle heure était-il ?
Veronica Mars : Seize heures environ.
Agent Mellen : Continue.
Veronica Mars : J'ai repris la route, direction la banlieue nord. Ca m’a pris une bonne heure. Lorsque je suis arrivée, de la musique punk résonnait dans la maison. On l’entendait à deux cent mètres à la ronde. Pas vraiment le genre de musique qu’écouteraient des parents... J’ai compris que mon instinct ne m’avait pas trahie.
Agent Mellen : Ne me dis pas que tu es entrée ?
Veronica Mars : Je suis entrée.
Agent Mellen : Non mais tu es folle ? Tu sais ce qu’il aurait pu faire à une jeune fille sans défense ?
Veronica Mars : … Je n’étais pas sans défense. J’avais une arme.
Agent Mellen : Veronica, qu’est-ce que…
Veronica Mars : Je suis entrée à l’intérieur de la maison par une fenêtre entr’ouverte. La musique venait de la cave, j’y suis descendue. J’ai ouvert la porte, mon arme prête à l’emploi. Brian était bien là, allongé sur son lit. Quand il m’a vue, il a sursauté et s’est réfugié contre le mur. Il a levé les mains et a prononcé mon nom, terrorisé.
Agent Mellen : Ne me dis pas que tu…
Veronica Mars : Non. Je devais savoir avant.
Agent Mellen : Avant quoi ?
Veronica Mars : Je me suis approchée de lui et je lui ai ordonné de tout me dire. Qu’il avait intérêt à le faire, et vite.
Agent Mellen : Avant quoi Veronica ?
Veronica Mars : Il s’est exécuté. Ce soir-là, quand il a décroché le téléphone au Moll Flanders, il tout de suite a compris que Zacharia avait de gros ennuis. Il l’a compris au son de sa voix, à la panique qu’elle trahissait. Il n’y a pas prêté attention outre mesure, jusqu’au moment où Zach lui a demandé des informations sur moi. A cet instant, il a compris que le « petit problème » était sans aucun doute lié à Veronica Cramell, sa collègue de travail. Il ne lui a rien dit, parce qu’il ne voulait pas m’attirer d’ennuis. Après avoir raccroché, il a compris que j’étais certainement chez Zach. Comment expliquer autrement le message qu’il devait transmettre à Goll ? Il a demandé sa pause et pris son manteau. Il est sorti … pour me venir en aide.
Agent Mellen : Oh mon Dieu…
Veronica Mars : Oui. Je crois que tu commences à comprendre… J’ai réagi de la même manière que toi lorsqu’il me l’a dit, j’ai même baissé mon arme. Bref… Connaissant l’adresse de Zacharia, il a couru jusqu’à son appartement. Lorsqu’il est arrivé, il a vu un corps étendu par terre. Il s’est précipité dessus et a réalisé qu’il s’agissait de Zacharia Smith, mort. Une arme gisait à côté ; la crosse dépassait de derrière un dessin. Il a poussé le croquis et, sans savoir pourquoi, il s’est emparé du revolver. Il s’est redressé. Tout à coup, il a entendu mon cri et a levé la tête dans notre direction. Il a vu… Il a vu…
Agent Mellen : Ton père…
Veronica Mars : Oui. Il L’a vu sortir son arme. Il n’a pas réfléchi. Il a fermé les yeux et tiré.
Agent Mellen : Oh mon Dieu Veronica…
Veronica Mars : Quand il a rouvert les yeux, il nous a vus, gisant dans une mare de sang. Il est resté prostré quelques secondes. Et puis il a paniqué. Il a pris l’arme et le dessin, parce qu’il les avait touchés. Il est retourné au Moll Flanders et a caché la toile dans une bouche d’aération.
Agent Mellen : Pourquoi l’avoir dissimulée dans une bouche d’aération ? Et pourquoi ne pas avoir mis l’arme avec ?
Veronica Mars : Quand il est arrivé au Moll, Brian dissimulait la toile sous son manteau, la gardant plaquée contre lui. Mais il ne pouvait bien entendu pas faire son service ainsi. Il s’est donc dirigé vers la remise, minuscule cagibi où les employés accrochent leurs vêtements. Pas de casier, bien entendu… Il a cherché une cachette, en vain, jusqu‘à ce qu’il voie la bouche d’aération... Il a eu l’idée de mettre le dessin à l’intérieur. Il a gardé l’arme dans son pantalon, au cas où.
Agent Mellen : Mais pourquoi n’a-t-il pas récupéré le dessin ensuite ?
Veronica Mars : Après avoir caché le Degas, Brian a repris le travail jusqu’à la fin de son service, histoire ne pas éveiller les soupçons. Le maladroit a cassé onze verres ce soir-là, son record. Le patron n’a pas supporté : au douzième, il l’a foutu dehors. Brian a juste eu le temps de récupérer son manteau, mais certainement pas celui de démonter la plaque pour récupérer le croquis. Il a jugé plus dangereux de se mettre le patron du Moll à dos plutôt que de laisser le Degas là où il était, en sécurité, loin des regards indiscrets. Après tout, qui aurait l’idée de fouiller cet endroit ? Il a donc pris la poudre d’escampette, sans demander son reste. Il a fait de l’auto-stop jusqu’au foyer de ses parents, où il se cachait depuis.
Agent Mellen : Mais alors… Qui a tué Oliver Ashton ?
Veronica Mars : Goll Connor. Il n’était pas un simple grossiste, mais bel et bien le cerveau de l’opération… J’avais raison.
Agent Mellen : Bien. Mais venons-en au fait Veronica. Qu’as-tu fait après que Brian t’ait révélé la vérité ?
Veronica Mars : …
Agent Mellen : Veronica ?
Veronica Mars : Il L’a tué.
Agent Mellen : Oui, mais suite à un malheureux concours de circonstances…
Veronica Mars : Il L’a tué quand même. Ni lui ni moi ne voulions Le tuer. Nous l’avons fait néanmoins. Nous sommes tous les deux Ses bourreaux.
Agent Mellen : C’était un accident Veronica ! Alors, qu’as-tu fait ?
Veronica Mars : …
Agent Mellen : Veronica ! Il faut que j’envoie une patrouille chez les Mc Cartney ou tu vas parler ?
Veronica Mars : J’ai pointé mon arme sur lui.
Agent Mellen : Tu as tiré ?
Veronica Mars : …
Agent Mellen : Veronica, est-ce que tu as tiré ?
Veronica Mars : Non.
De : [email protected]
Envoyé le 11.01.2012 à 12h02
Logan,
Je vais bien, ne t’en fais pas.
Je suis désolée… Désolée pour les mystères, désolée pour l’angoisse qu’ils ont généré…
Tu m’as sauvée.
Tu n’étais pas là, mais tu m’as sauvée. Et, même si je tombe de fatigue, même si je tombe tout court, je voulais te le dire avant de m’assoupir.
J’ai découvert l’identité du meurtrier. Il s’agit de Brian, un collègue de travail du Moll Flanders. Il a appris que j’avais des soucis ce soir-là, et il est venu me porter secours. Lorsque nous l’avons vu, dans la pénombre, nous nous sommes crus en danger. Tu-Sais-Qui a sorti son arme. Brian a paniqué. Il a tiré. Il L’a tué. Il m’a tuée.
Brian m’a tout expliqué lorsque je l’ai trouvé. Dans ses yeux, je pouvais lire l’angoisse. Je pouvais lire la terreur. Je pouvais lire le remords aussi.
Mais ça ne changeait rien.
Lorsque j’ai surpris Brian, mon intention était de le tuer. C’est pour ça que je suis partie sans attendre que Lola revienne du Sunnydale. Et, même si elle était furieuse et bouleversée lorsque je lui ai tout révélé ce matin, elle sait que j’ai fait cela par amour, pour ne pas la mêler à un homicide prémédité.
Oui, je voulais le tuer. Je le voulais plus que tout au monde… Et, même lorsque j’ai compris que son geste n’était qu’un accident, j’ai encore voulu le tuer.
Il devait payer.
J’ai pointé mon arme sur lui, le doigt sur la gâchette.
Et là… Là je t’ai entendu.
Je t’ai entendu comme que je t’avais entendu cinq ans plus tôt…
Cette nuit-là, sur le toit du Neptune Grand Hotel… Cassidy venait de me dire qu’il avait tué … Tu-Sais-Qui. Ce n’était pas vrai, certes. Mais je le croyais.
La même situation. La même situation cinq ans plus tard. Sauf que cette fois, Il était vraiment mort.
Une enquête où je mêle celui qui m’a donné la vie… Une enquête qui Le conduit à la mort… Et Son meurtrier, juste là, à joue. Il suffit de presser la détente, et tout sera bien.
« Tu n’es pas un assassin »
Tu t’approches de moi, tu ne veux pas que je tue Cassidy. Tu ne veux pas que je tue Brian. Tu veux que je vive…
Je ne veux pas vivre. Je suis le dernier des petits nègres, Vera, celle qui tue deux fois avant de se punir.
« Tu n’es pas un assassin Veronica »
Veronica ?
Tu n’étais pas là.
Mais tu étais là.
Plus que jamais.
Tu étais en moi. Tu as fait ressurgir mon moi.
J’ai baissé mon arme.
J’ai fait monter Brian en voiture et il a conduit jusqu’à New York. Arrivés à proximité des bureaux du FBI, je l’ai menotté au volant et j’ai veillé toute la nuit. Je ne pense pas que cela était vraiment nécessaire : je crois que Brian a envie de payer sa dette. Et puis, il sait qu’il courrait bien plus de dangers lors une cavale avec moi à ses trousses qu’en prison.
Un peu avant huit heures, je l’ai fait monter dans le coffre, où il est resté pendant que j’allais révéler la vérité à Jim. Nous sommes allés le chercher ensuite.
Je ne lui pardonne pas. Je ne me pardonne pas. Nous sommes Ses tortionnaires.
La Justice des hommes s’occupera de Brian. Quant à moi, je me laisse seule juge de ma sentence.
J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.
Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans les quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C’est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
- Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Cette année de chaos est-elle une sanction suffisante ? Je ne crois pas. La dette n’a pas encore été payée. Je ne me pardonnerai jamais, c’est impossible. Que dois-je faire pour expier mes fautes ? Que dois-je faire pour expier mon chagrin ?
Je dois répondre à cette question. J’ai besoin de réfléchir.
Tu sais, j’ai une drôle d’impression depuis plusieurs jours... Je suis sur un radeau, perdue en pleine mer. Je ne sais quelle direction prendre, j’hésite. Hier soir, une énorme rafale de vent m’a poussée vers l’Est. Vers la mort.
J’ai résisté.
Ca ne signifie pas que l’Est ne me tente plus.
Je suis restée au même point ; exactement le même qu’auparavant. Je sais que je dois faire un choix. Parce que rester là est synonyme de mort lente assurée. Je veux choisir. Que je meure ou que je vive, je veux en être la décisionnaire.
Mais je ne sais pas si j’en suis capable, là maintenant. Il faut que je sache. Il faut que je me retrouve seule, il faut que je me retrouve. Face à face avec moi-même.
Tu as raison Logan, bas les masques.
Je vais essayer.
Mais, si je parviens un jour à ôter mon masque, je voudrais que ce soit seule, en tête à tête avec moi-même. Découvrir mon reflet dans un miroir, et non pas dans les yeux de quelqu’un. Pas cette fois.
Je ne t’oublie pas. Je ne t’oublierai jamais.
V.
De : [email protected]
Envoyé le 11.01.2012 à 12h41
Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Mercredi 11 Janvier
Jour 372
C’est terminé.
Maintenant ou jamais…
From : 917-188-3294
12/01/12 11h36
Salut Wallace. Vera va débarquer chez toi d’une minute à l’autre, elle veut te parler. Ne lui dis pas que je suis venue te voir. Ne lui répète pas ce que tu m’as dit. Ne lui dis rien. C’est mieux pour elle. Mieux pour tout le monde. Crois-moi. Garde ce souvenir enfoui W…
Jeudi 12 janvier
Je suis vivante.
Je suis vivante.
Je… Je suis vivante.
Je ne sais que dire d’autre… C’est tellement… Tellement…
Il faut que je me calme. Contrôler ma respiration… Inspirer expirer… Voilà. Calmer mon cœur maintenant… Voilà. C’est mieux.
Je… Je suis allée voir Wallace ce midi. J’avais envie de lui parler. Ca faisait longtemps que ce n’était pas arrivé.
Un an à l’éloigner de moi, un an à refuser de lui ouvrir mon cœur… Je sais qu’il en a souffert, qu’il aurait voulu être l’épaule sur laquelle je me serais appuyée. Mais je ne voulais pas. Je ne voulais que Lola.
Lola…
Lorsque je suis rentrée à l’appartement, elle était partie. Je l’ai su dès que j’ai ouvert la porte, dès que j’ai vu que la photo qui nous représentait toutes les deux avait disparu du couloir.
Boule à l’estomac. Souffle coupé.
Elle m’avait abandonnée, elle aussi. Elle était partie.
L’homme qui m’avait engendré était parti. Logan était parti. Lola était partie. J’étais seule sur mon radeau désormais, toute seule.
C’était de ma faute, tout était de ma faute. J’avais tué le premier, éloigné le second, ignoré la troisième.
Ma faute.
Je ne méritais plus de vivre. Plus personne ne s’intéressait à mon sort de toute façon.
Mon sort… Comment pouvais-je me plaindre ? Je le méritais. Oui, je le méritais. Je n’avais qu’à pas Le tuer.
La solitude, la souffrance… Telles étaient mes pénitences. Je ne méritais rien de mieux.
Je méritais même pire en fait. Je méritais la mort, pour les avoir tous trahis, pour les avoir tous blessés.
J’étais une molécule empoisonnée, un virus qui se propageait de corps en corps dans le seul but de les détruire. Il fallait tuer la molécule avant qu’elle ne fasse encore des ravages. La bête était coriace, elle voulait vivre.
Stop.
Ne plus la laisser exterminer les autres.
Plus jamais.
Sur la table du salon, un message :
« Il est temps Vera. »
Vera… J’étais Vera… Comment avais-je pu l’oublier ? Vera, celle qui tue de sang froid. Vera, celle qui ne mérite que la mort.
Je ne méritais que la mort. Et Lola le savait. Elle savait que quiconque croisait mon chemin finissait brisé. C’est pour ça qu’elle était partie : elle ne voulait plus vivre sous le joug d’un tortionnaire.
Comme elle avait raison…
Et là, j’ai compris : Lola ne serait jamais partie comme cela, sans m’aider à faire ce qui devait être fait.
La mort était son cadeau.
La mort était mon cadeau.
Je me suis dirigée lentement vers ma chambre, certaine d’y trouver l’objet qui expirerait mes fautes… Enfin.
Merci Lola.
Merci.
Merci d’avoir eu le courage de me montrer que l’Est était la seule alternative. La seule issue.
Merci d’avoir eu le courage de faire ce que je n’avais pas la force de faire moi-même.
Monter sur la chaise… Passer la corde autour de mon cou. Un petit coup de pied. Et puis… Et puis, enfin, ce serait terminé. Laisser mon corps dériver vers l’Est, telle Ophélie.
Merci Lola.
Je continue ma marche funéraire, pas à pas, jusqu’à ma tombe.
Une invitation au voyage… Au grand voyage, le dernier, l’ultime…
La mort est le pays qui me ressemble.
Je me sens bien, soulagée. Enfin, les tourments vont s’achever. Enfin quelqu’un a le courage de me dire honnêtement ce que je mérite. Lola était la seule capable de faire ça.
La porte. Je me trouve devant la porte de ma chambre. Je souris. Je me sens déjà plus légère. J’ouvre la porte, lève la tête…
Rien.
Il n’y a rien.
Qu’est-ce que ça signifie Lola ? Tu l’as dit toi-même : Vera se tue à la fin du livre. Le conspirateur dresse son gibet, parce que la mort est ce que Vera mérite.
Alors pourquoi n’y a-t-il pas de corde au plafond ?
Je baisse les yeux.
Et là je vois.
Je vois la toile.
Elle nous représente, Logan et moi, enlacés, le regard tourné vers l’horizon. Trois étoiles brillent au-dessus de nos têtes.
Oliver.
Lola.
Lui.
Les larmes me montent aux yeux.
Alors c’est ça Lola ? Je ne mérite même pas la mort ? Elle serait trop douce pour moi ?
Je ne suis plus ta Vera ?
Que dois-je faire Lola ? Qu’est-ce que tout cela signifie ?
Et là, la douleur.
La douleur qui me déchire. Je courbe l’échine sous le poids de la souffrance, je m’écroule au sol. Je suis délogée de mon monde. On m’arrache à la mer que je connaissais si bien. On me tire, on me déracine. On me pousse vers un univers nouveau.
Est-ce cela naître ?
Je hurle. Je hurle comme hurle un nouveau-né. Je hurle de terreur face à ce monde que je ne connais pas. Je hurle pour respirer, pour laisser s’engouffrer dans mes poumons l’air qui me fera passer de trépas à vie. L’air qui me baptise, l’air qui m’accueille sur cette terre nouvelle.
C’est terminé. Ca y est.
Je suis née.
Je reste allongée par terre. Les larmes roulent sur mes joues, je ne peux plus les contrôler.
Je pleure en écrivant ces mots.
Je reste longtemps ainsi. La lumière décline, l’obscurité reprend ses droits. Et pourtant, elle n’est plus comme avant, les ténèbres ne sont plus aussi profondes. Les lumières de la ville s’illuminent, une à une. Enfin, je me relève.
Il y a un mot accroché sur la toile :
« Le plus difficile dans ce monde, c’est d’y vivre. Sois forte Veronica, survis. »
Je ne suis pas Vera, je n’ai pas voulu tuer. Ce n’était qu’un accident.
J’ai compris Lola…
Je vis.
Vendredi 13 janvier
Jour 374
C’est terminé.
Je suis en France, en Normandie. Quatre ans et demi plus tard, me voici assise au bord de la même falaise, les jambes dans le vide. Combien d’heures ai-je passées ici ? Des centaines peut-être…
Retour au bercail, retour au nid dans lequel je venais me nicher petite, lorsque j’avais besoin de solitude, ou envie de peindre. La maison de ma grand-mère était toujours pleine du bruit des clients du bar. Ici tout est calme, tout est paisible.
Mais aujourd’hui pas de chevalet ; nul ne s’occupe de préparer mon dîner. Une guitare et un journal pour toute compagnie.
C’est terminé.
Pourquoi ce besoin pressant de revenir ici ? Un désir incontrôlable, une nécessité plutôt qu’une envie. Je ne sais pas trop… Peut-être parce que cet endroit symbolise mes plus belles années ?
Ma mère ne m’a jamais aimée. Enfin, pas comme je l’aurais voulu… Elle a toujours considéré sa fille unique comme la représentante de la génération future, celle qui devait aller encore plus loin, encore plus haut. Mon père n’était pas comme ça : tout ce qui lui importait, c’était le bonheur des autres. C’est lui qui m’a élevée durant mes premières années, tandis que ma mère voyageait à travers le pays. C’était lui qui, entre deux pages de roman, me nourrissait, me baignait, me langeait. Il m’adorait. Mais pas autant qu’il n’adorait ma mère... Alors il la soutenait dans son désir de faire de moi le prochain président des Etats-Unis.
A six ans, ils m’ont envoyée dans une école privée. Une vraie prison ce truc, je m’en souviens encore… La compétition avant toute autre chose. Chaque soir, je racontais à Papa combien c’était dur là-bas ; il essayait de me remonter le moral. Je ne voyais pas ma mère de la semaine : j’étais déjà couchée lorsqu’elle rentrait du travail. Mais le week-end avait lieu le traditionnel bilan des notes. Elle était toujours insatisfaite, malgré mes résultats qui, en toute modestie, étaient plutôt brillants. Elle était ambitieuse, elle me poussait dans mes retranchements pour que je me surpasse.
Et pourtant, maman restera toujours maman. C’est avec elle que j’entretenais la relation la plus fusionnelle. Ses absences formaient autour d’elle une aura mystérieuse et prestigieuse, accentuée par ses fréquentes apparitions au journal télévisé. J’avais soif d’amour et de reconnaissance, je mettais tout en œuvre pour me faire aimer de cette mère absente.
Eternellement absente.
Maman est morte le 11 février 1994 d’un cancer du sein.
Papa s’est laissé mourir à petit feu et l’a rejointe le 23 juillet de la même année.
J’allais avoir neuf ans.
Ma garde a été accordée à ma grand-mère Marthe. Elle venait d’enterrer John, mon grand-père. J’ai survolé l’Atlantique pour me retrouver ici, où j’ai été accueillie comme une princesse : Mamie avait autant besoin d’une bouée de sauvetage que moi.
Nous entretenions une relation fusionnelle : à travers elle, je retrouvais aussi bien l’ambition et la flamboyance de ma mère que l’amour et la tendresse de mon père.
Mais surtout, Mamie entretenait le souvenir de mes parents : les années s’écoulant, j’étais de plus en plus friande de souvenirs, d’anecdotes. Alors Mamie racontait, soir après soir. Elle magnifiait ma mère, sa fierté, sa fille qui était allée plus loin que nul n’aurait jamais osé l’espérer.
En août 2004, j’ai atteint la majorité et touché la fortune paternelle, estimée à un peu moins d’un million de dollars. J’étais riche, bachelière : je pouvais quitter la Normandie. C’est ce que j’ai fait. Mais pas seule : la solitude m’a toujours été insupportable. Ma grand-mère a accepté de monter avec moi à Paris.
Trois années d’études plus tard, je sortais de la Sorbonne, une licence avec félicitations du jury en poche. Mais l’allégresse n’a été que de courte durée : un mois plus tard, Mamie décédait.
Le monde s’est écroulé. J’avais toujours vécu pour quelqu’un, je ne m’épanouissais que pour recevoir l’amour et les éloges de l’être que j’aimais.
Plus de repère, la descente en enfer pouvait commencer…
Après les funérailles en Normandie, j’ai rejoint Londres : je ne supportais plus la France, qui me rappelait trop ce que je n’aurais jamais plus.
Et puis, au bout de quelques mois, la rencontre avec Oliver.
Un amour sans limite. Réciproque, ardent, passionnel. Brûlant et consumant tout sur son passage.
L’artiste de mes jours. L’amant de mes nuits. L’homme de ma vie.
Le premier. Celui à qui on donne tout, parce qu’on ne sait pas encore à quel point, plus tard, lorsqu’il sera parti, il sera dur de tout reprendre.
Quand Oliver est mort, Vera est arrivée. Vera, celle qui avait sacrifié son père pour découvrir l’identité du meurtrier d’Oliver.
Son père, Oliver. Tous les deux tués par une seule et même personne, créant ainsi entre nous un lien unique.
Le lien est rompu.
C’est terminé.
Quand Vera m’a annoncé que l’assassin d’Oliver n’était pas celui de son père, il y a eu un long silence. Nous nous sommes seulement regardées, longtemps. L’une comme l’autre le savions : le lien était rompu. Seuls le chagrin et la volonté de mourir nous liaient encore un peu.
Un peu seulement, car Vera avait une perspective d’avenir que je n’avais pas.
Logan.
Et là, j’ai compris. J’ai compris que c’était terminé. Que, si Vera devait reprendre un jour pied, c’était maintenant ou jamais.
Mais il y avait un problème… Et ce problème, c’était moi. Moi, Lola, la pauvre Lola qui demeurerait toute seule si elle m’abandonnait…
Vera m’aime. Je le sais.
Et je l’aime aussi. Même si le lien est rompu, elle est ce que j’aime le plus dans ce bas monde. Je veux qu’elle vive… Je n’ai pas sacrifié ma seule perspective d’avenir pour rien.
Alors je suis partie. Je suis partie pendant qu’elle était avec Wallace, parce que j’aurais été incapable de lui dire adieu. J’aurais craqué, j’aurais pleuré… Je lui aurais peut-être même tout dit ?
Je devais me taire… Son bonheur en dépendait.
J’ai juste laissé un message sur la table :
« Il est temps Vera ».
Oui, temps pour moi de partir.
Mais il était aussi temps pour elle de le rejoindre.
La veille de mon départ, pendant qu’elle dormait, j’avais acheté une toile et un fusain. J’étais incapable d’écrire, alors ce que je voulais lui dire passerait peut-être par un portrait ?
Et j’ai réussi. J’ai réussi à dessiner, pour elle.
Je l’ai représentée avec Logan, regardant l’horizon. J’aurais pu les faire se regarder, mais je me suis souvenu d’un vers que j’avais appris par cœur en primaire : « Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction. »
C’est vrai. Et cette direction, c’est l’avenir.
L’avenir, ensemble.
Au-dessus d’eux, j’ai dessiné trois étoiles. Elles nous représentent Oliver, son père et moi. Référence à l’étoile de Bethléem, celle qui guide les rois mages jusqu’à la félicité. Nous les veillerons. Tout ira bien.
J’espère qu’elle a compris où je voulais en venir…
Au pire, il y a toujours ce mot accroché avec le dessin :
« Le plus difficile dans ce monde, c’est d’y vivre. Sois forte Veronica, survis. »
Veronica, parce que c’est ainsi que l’appelle Logan…
Cette phrase, ce n’est pas moi qui l’ai inventée : elle est issue d’une série télévisée. Une fille dit ces paroles à sa soeur avant de se sacrifier à sa place.
C’est ça le rôle des grandes sœurs non ? Se sacrifier à la place de leur cadette…
La cadette : la chanceuse, la protégée, le personnage de contes de fée qui termine toujours dans les bras du prince charmant, que l’aînée convoitait pourtant...
C’est comme ça, je suis l’aînée d’un an, c’était à moi de me sacrifier… A elle de vivre. Et de vivre avec lui…
J’ai aimé Logan dès que je l’ai vu.
Ce soir-là, sur la piste de danse… Je dansais la reggaetone avec un illustre inconnu lorsque je l’ai aperçu.
Il me regardait, souriant.
Mon cœur s’est arrêté, puis a battu la chamade.
Ce sourire… Ce n’était pas celui d’un pervers qui profitait de la danse pour mater mes fesses… Non, c’était un sourire franc, amusé, qui ne se cachait pas. Il disait :
« Tu es très mignonne jeune fille, c’est un plaisir pour les yeux. Mais ne t’inquiète pas, je ne vais pas te sauter dessus pour autant… »
Pourtant comme j’aurais voulu ! J’aurais tout donné pour qu’il me saute dessus ! Mais non… J’ai passé la soirée avec lui, et puis une autre, et puis une autre… J’essayais de le séduire, peu à peu, pas à pas. En vain. Je crois qu’il prenait ça pour un jeu. Et, sous mes allures excentriques, je reste une enfant qui n’a pas assez confiance en elle pour dévoiler clairement ses sentiments. Je ne sais pas faire, c’est comme ça…
Je l’aimais. Pour de vrai.
Pas comme Oliver.
Mais je l’aimais quand même.
J’y ai même cru. J’ai vraiment cru que, avec lui, j’allais revivre. Peut-être même être heureuse ?
Et puis Noël.
Noël chez Wallace et Jackie. Logan était à peine entré dans la pièce que j’ai compris. J’ai vu Veronica s’écrouler sur sa chaise, son visage se décomposer. J’ai vu Logan se redresser, son regard s’illuminer. Veronica a expliqué qu’ils se connaissaient, qu’ils étaient amis. Mais je n’étais pas dupe… Ils avaient sans doute été plus que cela pour qu’il la dévore ainsi des yeux, pour qu’elle détourne ainsi les siens…
Le lendemain, pendant que Vera travaillait, je me suis rendue chez Wallace. C’est lui qui m’a appris que Logan était le grand amour de Veronica.
Je n’ai rien répondu, je suis partie sans un mot. J’étais trop choquée pour répondre.
Ainsi je ne m’étais pas trompée…
Logan et Veronica. Veronica et Logan. Ensemble, et moi au milieu, faisant barrage.
Je croyais avoir trouvé une amie, un amour. Je n’avais plus rien. J’aurais pu revivre … mais non.
Lorsque je suis rentrée, j’étais en miettes. Je mourais encore une fois. J’ai mis de la musique et j’ai commencé à me préparer pour sortir. Me faire du mal pour aller mieux… Me prouver à moi-même que je pouvais plaire, que la vie n’était pas terminée. Même si je devais en souffrir le lendemain, il fallait que j’oublie, au moins quelques heures…
Et là, elle est arrivée. Vera. Elle a ouvert la porte et a dit :
« Non. »
Non quoi ? Non tu ne me prendras pas Logan ?
Mais qu’est-ce que tu crois ? Il n’a d’yeux que pour toi de toute façon…
Elle a continué :
« Oliver est mort, Lola. »
Oliver ? Pourquoi viens-tu me parler d’Oliver ? Est-ce que je te parle de ton père moi ? Tu ne crois pas que je souffre assez dans le présent, il faut en plus que tu me jettes au visage mes douleurs passées ?
« Tais-toi »
C’est tout ce que je suis parvenue à dire. La colère...
Pourquoi me fais-tu ça Vera ?
« Oliver est mort, Lola.
- Tais-toi ! »
Cette fois-ci, je me suis levée, j’ai saisi son bras.
Qu’elle se taise ! Qu’elle se taise ou je mords ! J’ai mal Vera tu comprends ? J’ai mal !
« Je ne me tairai pas. Je t’aime Lola. »
Quoi ? Mais… Tu n’as pas l’air en colère. Tu ne parles pas de Logan ? De quoi parles-tu alors ?
« Tu as Logan maintenant. La vie t’offre une nouvelle chance. Saisis-la. »
Un couteau dans le coeur. Mon esprit vogue entre incompréhension et colère…
Non. Non je n’ai pas Logan. Logan t’aime ! Ca crève les yeux, tu es aveugle ou quoi ?
« Tu es la femme la plus extraordinaire, la plus complexe, la plus intrigante, que j’aie jamais rencontrée. Tu as le droit, plus que quiconque au monde, au bonheur. Tu le mérites. Et je ne te laisserai pas tout gâcher. Il te rendra heureuse. C’est un homme bien. »
Les larmes ont commencé à perler au coin de mes yeux.
Alors c’est donc ça ? Tu ne comptes rien me dire Vera ? Tu comptes sacrifier l’homme de ta vie pour … pour moi ? Pourquoi ? Pourquoi Vera ?
Elle a pris ma main, m’a assise à la coiffeuse. Délicatement. Elle s’est emparée d’un coton et a commencé à me démaquiller. Tout doucement.
J’ai fermé les yeux. J’avais trop mal, je ne pouvais plus parler. Je l’ai écoutée me parler de lui.
Elle était douce, extrêmement douce…
J’ai senti que ce sacrifice, même s’il lui coûtait, était ce qu’elle souhaitait. Elle m’aimait, c’était vrai. Elle m’aimait au point de sacrifier le peu qu’il lui restait.
Mais ça ne marchera pas Vera, Logan ne veut pas de moi. C’est toi qu’il veut.
Mon Dieu, comment es-tu capable d’un tel sacrifice ?
Non.
Non tu ne te sacrifieras pas Vera. C’est moi. Moi qui serais l’offrande sur l’autel de ton bonheur. Oui Vera, tu seras heureuse. Je te le promets. Personne n’avait jamais fait une telle chose pour moi … avant toi.
J’ai ouvert les yeux. J’ai simplement dit :
« Je t’aime Vera. »
De là, toute une stratégie pour la rendre jalouse… Les fausses conversations téléphoniques, les faux câlins…
A chaque fois, mettre ma douleur au placard et l’enfermer à double tour pour qu’on n’entende ni soupir ni gémissement. Oublier que ces moments sont mes rêves. Chaque jour, c’est un peu plus dur. Chaque jour, il faut aller plus loin, me faire plus mal.
Le faire. Le faire pour elle.
Nouvel An.
Elle arrive dans le salon, telle une furie. Elle a tout compris.
Il l’a donc embrassée.
C’est ce que je voulais. Et pourtant, je me sens vidée.
Ca y est. C’est terminé.
Adieu Logan.
Se ressaisir, faire Lola. Surtout, renvoyer Wallace de l’appartement avant de mentir à Vera. Sinon toute ma théorie selon laquelle je n’aimais pas Logan, que je le connaissais grâce à une photo d’elle et lui, s’écroulerait. Une parole de lui et Vera saurait que je mentais. Et elle n’accepterait jamais que je me sacrifie pour elle. Je le sais.
Je prie pour que Wallace ne lui ait rien dit, comme je le lui ai demandé par texto.
Je suis le vent. Le vent qui excite les vagues sur l’eau, qui anime les tempêtes sur la terre, qui attise les flammes du feu.
Je suis le vent. Le vent dont les vagues créent l’écume, dont les tempêtes transportent le pollen, dont les flammes réchauffent les hommes.
Je les contrôle.
Enfin un peu…
Tous pourraient me démasquer.
Wallace avant tout, bien sûr.
Logan s’il se rend compte un jour que mon petit jeu de séduction n’était peut-être pas si ludique que ça, finalement.
Vera, si elle se remémore la chanson que j’écoutais lorsque j’ai rencontré Logan, House of cards de Radiohead : « Je ne veux pas être ton amie, je veux être ton amante. Peu importe comment ça commence, peu importe comment ça finit… »
Mais j’y crois. Je veux y croire.
Je ne peux rien faire de plus de toute façon.
J’ai compris la leçon.
Vera m’a reproché le stratagème que j’avais mis en place à propos de Logan.
C’est vrai, j’ai eu tort de le faire. Je crois que l’esprit de ma mère a possédé mon corps durant ces quelques jours, cherchant à provoquer la frustration pour pousser l’autre au meilleur de lui-même.
Et je m’en veux de l’avoir fait. Vraiment. Parce que, même si j’aime ma mère, je ne lui pardonnerai jamais ses rudesses. Elles m’ont conduite au meilleur, mais également au pire : jamais, jamais, je ne pourrai être entière. Je serai toujours insatisfaite. Insatisfaite par moi, par ma vie. Jamais assez bien.
Pardon Vera.
Mais, comme ma mère, j’ai voulu bien faire. J’ai voulu te pousser dans tes retranchements pour que tu dépasses la limite invisible entre la vie et la mort.
Mais j’ai compris la leçon. Cette fois-ci, je te laisserai faire le choix. J’ai fait tout ce que je pouvais pour débroussailler le chemin de ses épines. Regarde-le : il est prêt à t’accueillir. Mais maintenant, c’est à toi de choisir si tu t’y engouffreras ou non.
Je te fais confiance. Je fais confiance à l’amour que tu portes à Logan.
Quant à moi… Je suis fatiguée d’avoir coupé toutes ces ronces du bout de ma dague. J’aimerais seulement la ranger dans mon fourreau. Ou me la planter en plein cœur…
Ca me fait penser… Dans la série, la fille qui se sacrifie à la place de sa sœur… Elle finit par se jeter du haut d’une tour, non ?
Est-ce pour cela que je suis venue ici ? Mon inconscient me dit-il de me jeter du haut de la falaise ?
Après tout, dans Dix petits nègres, le véritable assassin, celui qui dresse la potence de Vera, finit par se suicider.
Est-ce mon Destin ?
Le vide m’attire. Les vagues, là, en bas…
L’eau.
Logan.
Plonger en Logan…
Retrouver Oliver…
Je suis fatiguée.