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Le prix du silence

Série : Veronica Mars
Création : 06.09.2008 à 12h30
Auteur : mulderbuz 
Statut : Terminée

« Fic individuelle écrite à plusieurs mains. Merci de nous laisser vos impressions. » mulderbuz 

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Le charme avait été rompu.

Une fois dans la voiture, plus question de pari ou de fanfaronnade. Ils avaient replongé dans la réalité. Celle de jeunes gens dépassés par les événements.

Il n'arrivait même plus à tourner les choses en dérision. Ni à leurs appliquer son cynisme habituel.Mine de rien, il avait eu peur lui aussi.

Wallace était pour lui comme entouré d'une aura. Celui du type sans faille. Ami parfait de Veronica. Le seul capable de lui redonner le sourire. Présence indéfectible auprès de Dick, alors que lui avait baissé les bras. Fils aimant. Capable d'acquérir la confiance de Keith. Spécimen étrange. Presque paranormal. On ne touche pas aux anges, sinon tout s'écroule.

Des lumières vacillantes dans l'obscurité naissante de cette fin d'après midi. Instinctivement, il détourna la tête à l'approche des ambulances. A partir de quel moment avait-il acquis de tels réflexes? Savoir exactement quoi faire en de telles circonstances? Il prit conscience que dans la voiture, les autres avaient fait comme lui. Formatés jusqu'au bout des ongles. A quelques minutes près, ils étaient encore sur place. Cette course contre la montre commençait sérieusement à le fatiguer.

Le silence était retentissant dans la voiture. Il se rendit compte qu'à chaque moment de légèreté volée, succédait un moment de doute, qui les rendait tous muets. Une vrai drogue cette histoire, avec montée d'adrénaline et bad trip à l'atterrissage.

Veronica: Tu devrais peut-être appeler ta mère.

La voix de Veronica s'adressant à Wallace le fit revenir à lui. Bêtement, il aurait aimé pouvoir faire de même. Avoir quelqu'un sur qui se reposer. Quelqu'un s'inquiétant pour lui. Pourquoi fallait-il toujours qu'elle lui manque à des moments où il s'y attendait le moins?

Il se concentra sur la route. Malgré lui, il ne put s'empêcher d'entendre Wallace rassurer. Oui, il allait bien. Oui,, il était libre. Oui, Keith devrait lui donner plus de détails. Oui, il l'aimait aussi et il l'embrassait très fort, ainsi que Darren. Puis de nouveau le silence.

Veronica: Si tu veux, je te ramène auprès d'elle.

Wallace: Non.

La réponse claqua dans l'habitacle.

Wallace: Je reste avec vous.

Elle ne chercha pas à négocier. Il aurait dû s'en réjouir. Qu'elle ait enfin compris qu'aucun d'eux ne lâcherait prise. Mais il n'y arrivait pas. Il la préférait têtue et fragile.Au moins, cela il savait gérer.

 

Il avait regardé la voiture s'éloigner. Les ambulances arriver peu de temps après. Si peu de temps.

Il avait écouté Keith mentir aux agents parvenus sur place. Une histoire d'appel anonyme. Les médecins avaient examiné leur blessé. État de choc. Blessure superficielle. Aucun risque médical.Vous pouvez l'emmener pour l'interroger. Un bilan rapide. Un drap blanc tiré sur le corps.

Et le renvoi des autres hommes. On conserve l'affaire. Merci d'être venus. Tout pouvait parfois paraître si simple.

Pourtant, dans la voiture à côté de son supérieur, Léo n'avait pu mettre son esprit au repos. La vision de l'ami de Veronica en piteux état, les larmes de son roc préféré, l'avaient ébranlé. Même l'insouciance suffisante de Logan lui avait semblé discordante. L'histoire revêtait des aspects bien plus compliqués que tout ce qu'il avait pu imaginer.

Leo: J'ai le droit à une question quand même?

Keith: Si ça concerne ma fille, je ne suis pas sur de pouvoir ou de vouloir y répondre. Elle est adulte Leo, et je n'ai plus vraiment à interférer dans sa vie.

Leo: Ca ne concerne pas Veronica. Du moins pas directement. Cette histoire, c'est du lourd n'est ce pas? Pas le genre de dossier que l'on traite rapidement et dont on ressort les mains propres n'est-ce pas?

Keith: Si tu crains pour ta carrière, je te promets que..

Leo: Que quoi?... J'ai été démis de mes fonctions pour avoir vendu des preuves. Si j'ai retrouvé mon poste, c'est uniquement parce que VOUS l'avez souhaité. Alors je vous l'avoue, je crains autant pour votre insigne que pour le mien! Parce qu'ils sont étroitement liés.

Keith: Tu peux encore t'en sortir si tu veux.

Leo: Vous ne m'écoutez pas. Ca ne servirait à rien. Puis en plus, je ne le ferais pas. Vous le savez parfaitement et c'est pour ça que vous avez fait appel à moi.

Keith: Faux. C'est parce que j'ai confiance en toi .

Leo: Mais pas au point de répondre à mes questions.

Keith: Je ne suis pas le seul concerné.

Leo: Bien sur...

Il détourna la tête vers la fenêtre. Le sherif le regarda avec contrition.

Keith: Leo écoute...

Leo: Laissez tomber. Je savais à quoi m'attendre. Par contre, vous avez tort sur un point Keith. Veronica n'est pas adulte. Comme elle n'a jamais été adolescente. Elle est entre deux eaux. Et elle a autant besoin de vous qu'il y a 8 ans.


mulderbuz  (04.11.2008 à 22:43)

Ils étaient arrivés sur le parking du NGH. Depuis presque cinq minutes. Pourtant, aucun n'avait encore fait un mouvement.

Veronica: Ils nous attendent.

Trois petits mots qui les décidèrent enfin à bouger. Lorsqu'ils entrèrent dans la réception de l'hôtel, les clients se pressaient vers les salles du restaurant. Un va et vient continue, des familles en vacances, des attachés caisse dans le prolongement d'un costume élégant, des couples à la situation maritale douteuse.

Veronica voff: Ils ne pourraient pas s'arrêter de vivre? Compatir? Se sentir concernés?

Toujours étonnant de constater que la terre tournait toujours dans le bon sens malgré tout ce qu'ils venaient d'affronter.

Logan: On est si petits. Si ridiculeusement minuscules.

Elle lui étreignit la main, comme un signe de reconnaissance.

Ils entrèrent dans l'ascenseur en même temps qu'un groupe de vacanciers, fatigués de leur journée et silencieux. En fond, juste cette ridicule musique d'ambiance.

Logan: Interminable ...

Veronica voff: Mais trop court pourtant pour se permettre de faire une pause. Dès qu'on aura passer la porte, tout recommencera.

Veronica: Mais cette fois-ci, nous aurons une longueur d'avance.

Tous ceux qui se trouvaient dans l'habitacle se tournèrent vers elle.

Veronica: Quoi, vous n'aimez pas les paroles de la chanson?

Logan: C'est de la musique Ronnie. Il n'y a pas de paroles.

Veronica: Tu veux dire que la petite voix est uniquement dans ma tête? Mince alors, à choisir, j'aurais préféré quelque chose de plus rock.

L'ouverture des portes les empêcha d'exprimer leur totale incompréhension.

Veronica: Allez, venez. L'enfant prodigue est attendu dans la suite présidentielle.

Wallace: Vous avez pris vos cotillons et vos serpentins? Faut fêter ça dignement hein!

La phrase avait fait mouche. Une timide grimace, puis un franc sourire.

Logan: Oui beau gosse, j'aurais bien envie d'une boisson forte finalement.

Veronica: Pas de champagne?

Logan: Je préfère attendre le fin mot de l'histoire. Tu ne m'en veux pas j'espère, mais j'aimerais savourer ma flute calmement, sans avoir à craindre le prochain coup de téléphone!

Quelques coups sur la porte et une tornade blonde qui surgit. Il a besoin de le toucher, de le palper, de le sentir vivant.

Wallace: Je crois que définitivement, aujourd'hui marque le glas de ma virilité.

Logan: Et après c'est toi qui est jaloux? Moi je ne la tripote jamais comme ça.

Veronica: Mais tu m'as déjà vu nue.

Logan: Tu es sure de ça? Parce que c'est très flou dans ma mémoire. Et puis crois-moi, pour avoir vécu avec Dick, l'exhibitionnisme ne le dérange pas.

Finalement, ils s'étaient tous retrouvés sur les canapés du salon à écouter Wallace leur narrer ces tristes mésaventures. Mac ne quittait pas la main de Wamlace dans la sienne.

Wallace: Et à ce moment-là, Logan et venu me chercher pendant que Leo et la famille Mars arrêtaient net les méchants.

Dick: Ils sont morts? Wallace: Un des deux, oui. L'autre est avec notre éminent shérif.

Dick: C'est fini alors, c'est ça?! C'est fini!

Il essayait de maîtriser sa voix. Cette envie bizarre de rire et de pleurer en même temps. Depuis le début, il suivait le mouvement, mais à bien y réfléchir, il aurait rêvé d'une vie calme. Dick Casablancas n'était pas fait pour l'aventure. C'était son constat définitif.

Et stupidement il leva la tête vers Logan. Qui regardait Veronica. Qui fixait désespérément le sol.

Dick: Quoi encore!

Il sentait l'énervement le gagner. Une colère froide. Comme si tout cela ne dépendait que d'eux. Comme si ils prenaient un malin plaisir à faire rebondir la situation.

Veronica: Ce n'est pas nous.

Mac: Pas vous qui quoi?

Logan: Qui avons tiré sur les ravisseurs. Les coups de feu ont retenti avant notre arrivée.

Une phrase qui perd de son volume au fur à mesure qu'elle égrenne ses mots. Un silence fracassant à l'arrivée.

Wallace: Donc si je résume, soit on a un ami caché qui œuvre pour nous dans l'ombre...

Veronica: Soit cette affaire est encore plus complexe qu'on ne le pensait.

Un plateau qui vole au milieu d'un salon. Des éclats de verre sur une moquette trop molletonnée. Un jeune homme si heureux quelques minutes avant, blanc comme linge.

Dick: Quelle est la suite du programme? On attend quoi? L'arrivée d'un autre groupe d'ennemis? A qui la prochaine tête d'affiche dans ce jeu de rôle de merde?


mulderbuz  (05.11.2008 à 15:58)

Un vrombissement dans le silence de cette nuit sans lune annonça son approche. Bientôt, sa haute silhouette se dessina dans les lumières, assise sur le capot d'une grande limousine noire. Il était là depuis environ dix minutes, impassible.

Les pneus crissèrent sur le goudron et l'appareil vint se stopper non loin du hangar de cet aéroport isolé . Juste avant que la passerelle ne descende, il se redressa et durcit légèrement son visage. Il savait qu'à ses yeux, c'était un gage de confiance absolu.

Pour elle, il était la main qui donnait forme à tous ses désirs. Amoral et fidèle, le meilleur éxécutant qu'elle n'ait jamais eu. Le seul finalement. Elle lui laissait toujours le champ libre pour tout mettre en place et n'avait jamais été déçue. Il espérait que ce contretemps ne changerait rien.

 Wiedman: Madame Kane.

Celeste: J'ai cru comprendre que tout ne s'était pas passé comme prévu?

Wiedman: Cela suit son cours, juste quelques paramètres nouveaux dont il faut désormais tenir compte.

Celeste: Je veux que tout soit finit demain soir. Je me lasse de ce jeu.

 Dès qu'elle fut entrée dans la voiture, il s'installa en face d'elle et se saisit du combiné. Il composa un numéro de tête. Sa mémoire était sa force à lui. Ne jamais laisser de traces pouvant établir un lien entre lui et ses victimes. Les rares fois où il avait trébuché, il avait été débusqué. Toujours par la même personne d'ailleurs. Peut-être pour ça qu'il n'avait pas cherché à discuter les ordres. Cette vengeance, il la voulait aussi.

Lui ce semi-géant effrayé par une fillette ? L'affront se devait d'être lavé avant que de nouveau, elle ne prenne le dessus. Il essaya de repousser au loin la petite sonnette d'alarme lui signalant qu'il avait déjà commis un faux-pas. Il tenterait de trouver laquelle plus tard.

Wiedman: Le masque vocal est installé. A vous l'honneur.

Comme une enfant capricieuse qui aurait enfin obtenu le cadeau tant convoité, elle attendit qu'une voix réponde à l'autre bout. De ses ongles parfaitement manucurés elle tapotait impatiemment l'accoudoir de la portière, quand soudain ses yeux s'écarquillèrent de plaisir. Le chat passait à l'attaque et goutait déjà le plaisir d'entendre la voix de sa souris préférée.


mulderbuz  (12.11.2008 à 19:55)

Un silence à couper au couteau. Pas même une mouche n'aurait osé défier leur mutisme par un volettement crispant. La dernière question de Dick avait mis fin à l'euphorie passagère du retour de Wallace. 

Qui serait le prochain? Question subsidiaire. Question prépondérante. 

Si ça avait pu mettre fin à la partie, Logan aurait donné sa tête. Sans hésitation. De même que Veronica ou n'importe lequel d'entre eux. Juste voir le générique de fin défiler sur l'écran. 

Pas de diptère mais un téléphone qui perturba ce vide sonore. 

Elle déglutit difficilement. Se fendit d'un allo qu'elle essaya de rendre le plus sur d'elle possible. 

A l'autre bout la voix résonna étrangement. Sans aucun doute trafiquée. Inutile d'essayer de localiser l'appel. Se contenter d'écouter. Impossible de ne pas sentir la jubilation chez l'adversaire. De toute évidence, il ne servait à rien de négocier... Ce serait une lutte sans merci. A mort.

Elle sentit son échine être parcourue d'un frisson glacé. Raccrocha sans avoir prononcé un seul autre mot. 

Elle regarda ses compagnons de mésaventure. 

Veronica: On a rendez-vous demain soir à l'usine désafectée. On vient seuls où ils s'en prennent à nos familles.  

Une fois de plus elle fut saisi par le caractère tellement surfait. Un mauvais scénario de série B. Mais qu'attendre de la vie quand dès vos 16 ans, des photos de votre tête entourée d'une cible dorment dans le coffre fort d'une banque... 

Pourtant, un visage sonnait faux dans cet étrange tableau de famille. Elle le regarda et chercha désespérément à mettre un mot sur la fossette qui venait d'apparaitre aux coin de sa lèvre. On aurait dit de l'espoir dans ses yeux et ... Oui c'était ça. Il souriait.

Veronica: Logan? Tu as entendu ce que je viens de dire? 

Puis elle aperçut l'objet qu'il tenait encore dans sa main.Un portable. Il se rapprocha et leva l'appareil à hauteur de ses yeux. 

Logan: Ton père vient d'appeler. Macfaden est dans leurs locaux. Il a déjà quitté l'hopital. Et surtout, il semble vouloir être très bavard.

Dick: Il est en train de tout balancer?

Logan: Il est en train de négocier pour obtenir une peine moins lourde. Et si ça marche, il a dit que nous saurions tout. Absolument tout. Et qu'on parlerait de lui encore dans 20 ans. 

Un autre silence. Bref. Des cerveaux qui tournaient trop vite pour saisir la moindre idée au vol. Mac coupa court. 

Mac: Quoi? Il veut écrire un livre? Au vue de notre participation, on pourra faire valoir nos droits pour des royalties!

Wallace: Je ne demande qu'une chose! C'est être encore là dans 20 ans pour pouvoir me le faire dédicacer! Je vous rappelle que demain soir, on fête le bal de promo dans une usine de bonbons! Et ça risque plus de ressembler à Carrie qu'à High School Musical! 

Retour à la case départ. Les corps s'affaissèrent dans les moelleux fauteuils du salon. Il ne restait désormais rien d'autre à faire. Attendre.


mulderbuz  (13.11.2008 à 20:35)

CHAPITRE 17: Facing the truth... Hating the truth

 

Deux appels. Deux rebondissements.
Veronica regardait ses amis avec l'impression de se contempler dans un miroir. Combat sans merci entre le soulagement et la peur.

Veronica voff : Voire même, peur d'être soulagée.

Rien n'était joué. Il allait encore falloir frapper. Affronter des démons venus d'ailleurs. Mais surtout, avant, il allait falloir attendre. Laisser s'égrener les heures. Trouver une occupation naturelle dans une situation surnaturelle.

Veronica voff : A quoi un condamné à mort occupe sa dernière soirée ? Je nous imagine mal en train de faire une partie de jeu de société !

D'un commun accord, ils avaient commencé par allumer la télévision. Se plonger au cœur d'un drame où ils n'avaient pas un rôle à jouer semblait le meilleur des échappatoires. Tout pour ne pas parler. Pour ne pas évoquer le passé proche ou le futur hypothétique. Pourtant, elle était incapable de se concentrer sur la fiction projetée devant elle. Trop de questions en suspens.


Elle devait se faire violence pour ne pas empiéter sur le territoire de son père. Lâcher prise. Elle avait voulu mettre le FBI de côté, alors elle ne devait pas se comporter en agent. Règle de base. C'est pour ça qu'elle avait laissé Dick et Logan aller redéposer la voiture. Même si elle était restée en apnée pendant toute leur absence, c'était sa façon à elle de passer le flambeau.


Ca tirait à tout va dans ce film et les filles hurlaient à lui en briser les tympans. De plus, personne ne semblait se rendre compte qu'il y avait une taupe parmi les gentils. Pourtant, c'était presque écrit sur son visage ! Comment les gens pouvaient-ils être aussi naïfs !


Et eux ? Et elle ? Si Macfaden avait quelque chose à négocier, c'était qu'apparement ils n'étaient pas sur la bonne voie. Que depuis le début on les baladait. Comment ...

Chacun de ces derniers jours repassaient en boucle dans sa tête. Il devait y avoir quelque chose qui clochait. Qu'est ce qu'ils n'avaient pas vu?

Les événements s'étaient succédés à une telle allure, que les cerveaux n'avaient fonctionné qu'à l'instinct. Accuser le choc et sauver sa peau. Mais finalement le repos providentiel de cette soirée se soldait par une interrogation bien plus grande.

Et là, elle se savait dans l'oeil du cyclone. Si le seul bruit qu'elle pouvait entendre était le grésillement du poste de télé, elle devinait que tout autour la tempête faisait rage. Noyer ses angoisses et cette peur d'un lendemain rempli d'inconnues dans l'accomplissement d'actes innocents.

Elle les observait furtivement, concentrés sur le film qui défilait devant leurs yeux.

Elle admirait la capacité de Logan à être maître de lui et cacher ses émotions. Elle savourait aussi la complicité retrouvée entre ses deux meilleurs amis. Par procuration. Elle regardait Dick Et elle se voyait, elle. Ses mains bougeaient trop vite, trop souvent. Il fallait que tout revienne à la normale. Il fallait que cette fois-ci, les gentils gagnent. 

A bout d'arguments tous plus rocambolesques que les autres, elle soupira et tourna de nouveau la tête vers l'écran de télévision. Elle avait dû rater un long moment du film parce qu'apparemment, le héros n'était pas vraiment mort.

Si seulement tout pouvait être aussi simple dans la vraie vie. Alors le rire de Lili retentirait dans la pièce. Alors la moto de Weevil vrombirait dans la rue. Alors Piz...

Veronica voff : Pas maintenant, s'il te plait.


mulderbuz  (14.11.2008 à 20:16)

Dick s'était endormi à même le canapé. Ils n'avaient pas voulu se séparer et sa chambre un étage au dessus resterait vide. Mac prendrait la chambre d'ami. Veronica dormirait dans celle de Logan. Celui-ci s'installerait sur le balcon, dans la chaise longue. La nuit était douce. La température clémente.

Logan avait pris Mac dans ses bras et l'avait déposée sur le lit. Wallace les avaient suivis des yeux, toujours immobile dans le fauteuil du salon. Il l'avait retrouvée, elle, sa meilleure amie, mais il était encore trop tôt pour lui. Trop tôt pour constater si crument son handicap.

Il la vit décrocher ses bras du cou de Logan, lui sourire, le frapper même lorsqu'il se permit une remarque mutine. Ses gestes étaient emprunts d'un douceur incroyable. Wallace n'avait jamais réussi à le cerner, trop de personnalités dans un même corps, trop de fils à démêler.

Mac: Va avec elle. Elle a besoin que tu prennes soin d'elle.

Logan:Et qui va prendre soin de toi?

Wallace se leva enfin et s'approcha de la chambre.

Wallace: Pourquoi pas moi?

Elle se tourna vers lui puis tapota le lit à côté d'elle.

Mac: Allez bodyguard. Viens te reposer. Demain risque d'être une dure journée.

Mac serait un gage de sagesse ce soir. Wallace referma la porte et docilement, Logan obéit et dirigea ses pas vers le balcon.

Sans se retourner, Veronica lui lança avec amusement.

Veronica: Tu as couché tous les petits?

Logan: J'ai laissé le jeune chiot sur le canapé.

Veronica: Faudra penser un jour à lui faire passer un rite de passage à l'âge adulte non?

Logan: M'est avis que sur les derniers jours,il est passé de la case adolescence pour atterrir direct dans celle du troisième âge. Il ne sais pas faire comme nous, c'est tout.

Veronica: Tu veux dire qu'il ne sait pas se tenir à distance et faire comme si rien ne nous touchait?

Logan: Ça. Et aussi encaisser et rebondir aussitôt, même si c'est au dépend des autres.

Leur vie. Leur relation. En quelques mots.

Logan: Tu ne vas pas te coucher?

Veronica: Je suis bien ici ... Les bruits de la ville, ça change des voix métalliques au bout d'un téléphone ...

Logan ne répondit pas. A quoi bon après tout? Il enchaina.

Logan: Je vais t'amener une couverture.

Discussion bassement matérielle, mais moins risquée. Pour lui comme pour elle.

Veronica: Et toi?

Logan: Je vais récupérer ma chambre alors, pas vraiment eu le temps d'en profiter depuis qu'on est arrivés.

Il était presque à la porte qu'elle le rappela.

Veronica: Logan?

Il se retourna, surpris de la petite voix qu'elle avait pris.

Veronica: Tu peux rester avec moi?

Indécis, il n'osa bouger tout d'abord. Rien à faire. Entre eux, il n'y aurait jamais aucune conversation anodine. Puis sans un un mot, il ramena deux chaises l'une à côté de l'autre et s'installa le plus confortablement possible. Elle le regarda faire et le fixa droit dans les yeux.

Veronica: Une chaise longue à partager avec un agent du FBI, ça pourrait te tenter?

Cacher le trouble qui venait de s'emparer de lui. Laisser passer juste un instant, histoire de récupérer son assurance qui venait de fondre avec ces quelques mots. Puis plongeant dans son regard, il s'approcha d'elle. Un soulagement de se dire qu'il n'avait pas rêvé. Le nous qu'il peinait à poser sur leur relation pouvait peut-être reprendre forme.

Son corps se colla au sien, ses bras encadrant ses épaules, petites, ajustées. L'impression étrange que la nature avait bien fait les choses. Que les pièces du puzzle s'emboitaient parfaitement. Il sentit son dos se relâcher contre son cœur, sa respiration prendre un rythme régulier et rassurant. Même si cet intermède ne devait durer que quelques heures, il était heureux de le passer avec elle. Il laissa sa tête reposer sur le dossier, la quitta enfin des yeux, et ferma ses paupières.

 

Pas assez de bruit. Ou de trop de silence. Il émergea brusquement. Un écran noir face à lui. Des canapés vides. Aucun souvenir de s'être endormi.

Par réflexe, il prit la direction de l'ancienne chambre de Logan. Dire qu'il avait aimé vivre ici. Cette sensation de reprendre vie auprès de son meilleur ami, quand le reste de sa famille avait décidé de prendre la poudre d'escampette. Il fut étonné de la trouver vide... Enfin plus tant que ça quand il distingua la silhouette de Veronica sur le balcon. Forcément, Logan était dans les parages. Aimants. Amants.

Une autre porte entrouverte. Mac et Wallace allongés côte à côte. Leur amitié avait repris ses marques. Il s'était pardonné. Elle l'avait repris. Aussi simple que cela. Les choses ne changeaient pas au final. La preuve, il restait la cinquième roue du carrosse. Toléré, mais pas recherché.

Il ouvrit la porte du mini bar. Certaines habitudes ont la dent dure. La lumière crue lui fit cligner des yeux. Unique signe de vie autour de lui. Rapidement il la referma. Plus envie de la moindre présence. Hors de question que quiconque ne se réveille. Emmagasiner un nombre suffisant de centilitres pour ne plus avoir à réfléchir.

Il revint vers la chambre vide. Un lit parfait. Des draps même pas défaits. Une odeur de propre. Trop propre. Comment cet Hôtel osait encore prétendre à la perfection alors qu'indéniablement il portait malheur?

Il vida d'un trait la première petite bouteille de whisky. Quantité aussi dérisoire. Qui peut se saouler avec ça?

Il ouvrit la deuxième. Ils devraient avoir obligation de l'indiquer sur la plaquette. Ici, les gens se font assassiner, tabasser, humilier. Refuge pour types en voie de perdition.

Il changea d'alcool. De la vodka. A la santé des Sorokin. Retour à la case départ. Deux d'un coups. Il n'avait jamais aimé l'amertume de cette boisson. Alors autant s'en débarrasser de suite. Six ans. Déjà six ans que Beaver ... CASSIDY! La voix hurla dans sa tête. Six ans déjà donc que son frère avait décidé de mettre un point final à tout ce cirque absurde en sautant du toit. De cet endroit situé à quelques étages au dessus de sa tête. L'espace d'un instant, la pensée de suivre la même voie l'effleura. Qui viendrait le pleurer de toute façon?

Il glissa sa main vers la téquila. Réminiscence de Tijuana. En hommage à Weevil. Après tout, les morts méritaient de boire aussi ce soir. Puis ça tombait bien, apparemment leur nombre semblait vouloir grossir de jour en jour.

Il retourna dans le salon. Dans les débris des bouteilles, il contempla le kaléidoscope des meilleurs moments de sa vie. Le retour furtif de son père avant de repartir en prison comme scène finale. Et il s'écroula sur le canapé.

 

La sonnerie du téléphone la fit sursauter. Elle mit quelques centièmes de secondes à réaliser où elle se trouvait. A qui appartenait le bras autour d’elle. La main enserrant sa taille. Et elle croisa ses yeux.

La sonnerie du téléphone le fit sursauter. Il mit quelques centièmes de secondes avant de réaliser qu’il avait fini par s’endormir au final. Instinctivement, il affirma son emprise. Ne pas la lâcher. Etre là quoi qu’il arrive. La rassurer. Juste en croisant ses yeux.

La sonnerie du téléphone la fit sursauter. Pourtant, déjà quelques instants qu’elle avait les yeux ouverts. Difficulté à relâcher sa vigilance. L’odeur de souffre encore un peu trop présente. Même pas vingt quatre heures qu’elle était sortie de là… Et cette petite musique ne lui disait rien qui vaille. Pour qui le glas allait sonner? Spontanément, elle attrapa la main de Wallace.

La sonnerie le fit sursauter. Peu de temps qu’il avait réussi à replonger dans les bras de Morphée. L’humidité de la cave s’accrochait à ses os. Même pas dix heures qu’ils l’avaient sorti de là. Et ce nouvel appel réactivait la zone angoisse de son cerveau. Comment allait il pouvoir la protéger cette fois? Et il sentit ses doigts broyer les siens.

La sonnerie du téléphone ne le fit pas sursauter. Sommeil trop lourd. Trop imbibé. Il avait voulu se couper du monde. D’eux. Il avait réussi. Par contre, en les sentant tous pénétrer dans la pièce, sa conscience daigna reprendre sa place à leurs côtés.

Quand Veronica décrocha, ils étaient à nouveaux tous réunis. Gang indestructible. Cinq secondes à peine pour être de nouveau un tout.

Veronica : Alicia ?

 

 


mulderbuz  (16.11.2008 à 04:02)

Elle avait essayé de rassurer. L'arrestation. La sortie d'hôpital du témoin principal... l'interrogatoire incontournable. Aucune raison de s'inquiéter.
Pourtant le doute de sa belle-mère s'était insinué en elle dès les premières paroles. Son père n'était toujours pas rentré. Et il ne répondait pas au téléphone. Respirer calmement et reprendre sa litanie rassurante. Même si la voix à l'autre bout n'y croit pas. Même si chacune de ses intonations vous tenait pour principale responsable de ce non décrochage.
La conversation coupa court et elle dut relever la tête. Et affronter huit yeux avides de questions. Elle essaya de faire simple. Juste résumer.

"Ta mère s'inquiète parce que mon père n'est pas rentré. Je lui ai expliqué pour le prisonnier... Enfin pour l'interrogatoire tout ça. Bref que c'était normal."

Presque dérisoire comme propos. Qui essayait-elle de convaincre?
Elle ralluma la télévision.

Veronica: Un film? Ca dit à quelqu'un?

Peut-être qu'en donnant le change elle arriverait à se berner elle même. Mais pas un ne fit mine de la rejoindre.

Veronica voff: Allez, un effort. S'il vous plait.

Logan: Ou alors je t'emmène vérifier par toi même.

Touché! Il faudrait qu'elle songe un jour à recrypter les pages de son livre. Encore que. Elle pourrait finir par y prendre gout.


Il se tenait près de la porte. Comme elle, il était déjà en train de passer à autre chose. Aller directement là-bas leur permettrait de savoir pourquoi le sherif Mars ne répondait pas et par la même occasion, d'assister en direct aux révélations que pourrait faire Macfaden. Lui ne rêvait que d'une chose, se replonger dans l'action. Il avait beau comprendre leur inertie, elle lui était insupportable. Il fallait qu'il bouge. Il insista.

Logan : On retourne au bureau du shérif. 

Une simple phrase. Pas vraiment pour les faire réagir, plus comme une continuité de ses pensées. Peut-être pour ça qu'il fut surpris d'entendre Dick rebondir.

Dick : Comment ça ?
Logan : Avec ma voiture ?

La plaisanterie n'avait pas fait mouche. L'autre en face, lui avait lancé un regard noir. Et ce simple réflexe lui jeta en pleine face les futures séquelles de cette nouvelle page de leur histoire.

Logan voff: Dick n'est plus Dick et rien ne peut être plus grave.

Logan : Désolé Mec ! Ce soir, nous avons rendez-vous avec des personnes dont nous ignorons tout mais qui semblent elles nous vouer un véritable culte destructeur. N'ayant pas pour objectif premier de servir d'offrande, je pense que le mieux est d'emmagasiner le maximum de détails pouvant nous être utiles, voire vitaux au moment crucial. Alors je propose que certains d'entre nous restent là et analysent l'endroit du RDV, pendant que les autres iront écouter les révélations de notre cher ami derrière les barreaux.

Il avait débité sa tirade en essayant d'avoir l'air le plus sûr de lui possible. Apparemment, il avait obtenu l'effet escompté.

Logan voff: Beaucoup plus convaincant que "Je ne sais pas pourquoi je vais là-bas, mais rester statique me rend fou".

Il crut percevoir une lueur d'amusement dans les yeux de Veronica quand elle les planta dans les siens.

Logan voff: Arrête de lire dans mes pensées, jeune fille, je vais te faire rougir sinon !

Le contact fut brisé par la voix de Wallace.

Wallace: Effectivement ça se tient comme plan.
Mac: Par "certains restent ici et d'autres sortent"... Tu entendais Dick, Wallace et moi contre Veronica et toi ?... C'est ça ?
Logan: Disons que c'est son père et que je connais les locaux par cœur.
Mac: Bien sûr. Indiscutable. Belle plaidoirie Monsieur Echolls, je vous donne mon vote.
Wallace: Je suis.
Dick: Pas moi. Désolé mais pas moi.

Ils s'étaient tous tournés vers lui, à la fois étonnés et inquiets de sa réaction.

Dick: Ne me dites pas qu'il n'y a que moi qui ai vu des films d'horreur ?... Un : faire des groupes c'est une très mauvaise idée. A chaque fois ça tourne mal ! Faut rester ensemble. Deux : c'est toujours au moment où les héros s'avouent qu'ils s'aiment et qu'ils décident de fêter ça en s'envoyant en l'air qu'ils meurent ! Et toi et Blondie dans une voiture, dans un ascenseur ou n'importe quel endroit exigu, ça va forcément déraper !

Logan lui sourit en lui tapant sur l'épaule.

Logan: Promis, on se tiendra à carreau. Pas de déclaration. Pas de sexe avant que l'on soit tous réunis !

Dick les regarda partir, l'air sceptique.

Dick: Ca va mal tourner, je vous dis. Mais bien sûr, personne ne m'écoute.
Mac : Détends-toi d'accord. Il n'est écrit nulle part que l'on ne s'en sortira pas. On est tous ensemble... Non ?
Dick: Il n'est écrit nulle part non plus qu'on s'en sortira. J'aurais dû rester à Seattle.

Il se leva, se dirigeant vers la salle de bain. Mac le suivit des yeux avant de les reposer sur Wallace.

Wallace: Le problème avec les carapaces, c'est que, quand elles se fissurent, on découvre l'étendue des dégâts. Ça lui a fait un choc d'apprendre pour Cassidy, puis tu as disparu et moi aussi. On a beau être indemnes, je crois qu'il s'est vraiment inquiété.
Mac: Moi aussi tu sais. Ce n'est pas parce que je ne dis rien que...
Wallace: Je sais.

Il posa sa main sur la sienne. Il avait l'habitude des non déballages de sentiments. Il avait même fini par se plier à la règle. Encore heureux ! Sinon, il aurait été obligé d'expliquer la sensation d'écœurement et de vide qu'il éprouvait en permanence depuis la mort de Piz.


mulderbuz  (18.11.2008 à 13:59)

Dans l'ascenseur du Neptune Grand, l'ambiance n'était pas si différente. Certes, en y pénétrant, Veronica n'avait pu s'empêcher de faire une remarque en rapport avec la mise en garde de Dick. Logan lui avait lancé un regard plein de sous-entendus, mais il s'était contenté de passer son bras autour de ses épaules. Le trajet en voiture s'était fait en silence. Tension, angoisse et interrogations avaient soudainement empli l'habitacle. Hallucinant ce pouvoir de la peur à se cristalliser. Sur un simple appel. Sur une simple supposition.   

Pourtant paradoxalement, le fait de pouvoir agir à nouveau, de ne plus être que dans l'attente, avait atténué la sensation d'oppression chez la jeune femme. Peut-être le fait de l'avoir retrouvé... Aussi.  

V voff: Tu tournes définitivement pas rond ma pauvre.  

Elle l'observa en bas des marches, comme hésitant à monter.  

Logan : Je ne me ferai jamais à l'idée de pénétrer de mon plein gré dans cette enceinte et sans menottes !

Veronica : Ne me donne pas des idées qui pourraient nous faire rompre notre promesse envers Dick.  

Quand, dans des moments aussi furtifs qu'intenses, elle retrouvait sa légèreté et son air mutin, il se surprenait à y croire à nouveau. Et il savait à quel point ce sentiment était à double tranchant. Mais il était incapable de ne pas s'engouffrer dans la faille. Il avait juste envie d'agir comme une personne normale. Comme une personne amoureuse.  

Logan : J'y repenserai quand tu devras régler ta dette envers moi.

Veronica : Ma dette ?

Logan : Notre folle nuit Mars! C'est pas vrai d'avoir aussi peu de mémoire pour les choses importantes.  

Elle éclata de rire. Il se sentit revigoré.  

Logan voff: Attention mon vieux, tu frises le pathétisme.

 

Cependant, il n'eut pas vraiment le temps de se perdre dans ces suppositions romantiques.Quand il pénètrèrent dans l'enceinte, il remarqua de suite que quelque chose clochait dans le paysage.

Une absence : de bruit, de personnel, de vie tout simplement.

L'angoisse lucide de Dick lui apparut comme une évidence et son cœur recommença sa course incertaine dans sa poitrine. Il voulut saisir sa main pour la protéger. Pour enclencher ce processus la faisant passer avant tout le reste. Pour réussir à faire sembler de gérer.

Il s'aperçut alors qu'elle n'était plus là.


mulderbuz  (19.11.2008 à 11:04)

Elle connaissait l’endroit par cœur. De l’emplacement de chaque bureau, aux moindres marques sur les murs. Elle avait beau ne pas être revenue ici souvent au cours de ces dernières années, ce lieu était des plus familiers. Son portrait robot encore accroché, comme preuve indéniable de son appartenance.

Peut-être était-ce la raison pour laquelle elle s’était rendue compte à la première inspiration, que l’air était vicié. Qu’il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond. Une explication absolument pas rationnelle au fait que l’accueil soit vide. Qu’il n’y ait pas le moindre bruit dans les couloirs. Elle ne prit pas le temps de remarquer l’incompréhension marquer le visage de Logan, et elle se précipita vers le bureau de son père.

Une porte fermée… une porte s’ouvrant sur trois visages souriants. Darel, Wallace et elle au mariage de son père. Une photo encadrée. Seul témoignage de ce qu'avait été le bureau de son père. Le reste gisait au sol et elle retint son souffle, de peur de découvrir son corps au milieu de l'amas de papier. De toute évidence, on était venu chercher quelque chose ici et on ne l'avait pas trouvé.

Elle resta quelques instants assise à même le bureau,a à contempler le désastre. Elle ne toucha à rien. Elle ne perdit pas de temps à fouiller. Elle savait exactement après quoi avaient couru le ou les auteurs du carnage. La déposition. Et vu la destruction froide et mécanique, de toute évidence, ils n'avaient rien trouvé.

Elle se baissa pour ramasser deux autres photos et les reposa sur le meuble. Aussi futile qu'il soit, ce geste la rasséréna. Comme si cela avait de l'importance. Pourtant, elle n’y avait pas fait attention lors de sa venue l’autre jour, et voilà que là, ça lui sautait aux yeux. Comme une évidence. Comme la preuve ultime de l’attachement de son père à son nouveau bonheur. Comme une comparaison criante de son propre espace professionnelle à NY. Impersonnel à souhait. Elle sentit les larmes perler au bord de ses paupières. Pourquoi s’être coupée de tout le monde ainsi ? Pourquoi ne pas parvenir à être heureuse, enfin ? Veronica voff: Peut-être parce qu’une fois de plus, quelqu’un n’est pas là où on l’espère ?

Elle entendit un cri étouffé au loin et se précipita. Au détour d’un couloir, elle se heurta à Logan.

Logan : Veronica. On sort.

Il la tenait contre lui. Mur inébranlable entre elle et les cellules. Ne pas la laisser passer. L’empêcher de faire un pas de plus. Un pas de trop. Lui éviter la vision de cauchemar qui venait de lui mettre le cœur au bord des lèvres. Ses bras sur ses épaules comme une supplication. Celle de l’écouter pour une fois. Il répéta.

Logan : Veronica, on sort.

Elle se dégagea avec une raideur adoucie au maximum. Un besoin de savoir coûte que coûte. Ne pas le brusquer, mais avancer quand même.

Veronica : Logan lâche-moi s’il te plaît.

Il desserra son emprise. A peine. Mais suffisamment tout de même pour ne pas la braquer. Elle ne força pas le passage. Ne recula pas non plus. Effort mutuel.

Veronica: Juste une question. Est-ce que mon père est à l'intérieur des cellules?

Il la fixa dans les yeux. Pas certain que quelque soit sa réponse, elle la rassurera. Il essaya de calmer le tremblement de sa voix.

Logan: Non. Il n'est pas là.

Alors il la sentit se détendre. En partie du moins. Elle posa sa main sur la sienne.

Veronica: Alors je ne risque rien. Ce n'est qu'un job. Le mien. Je sais gérer.

Il regarda ses yeux. Si assurés. Bien moins flous que les siens. Bien moins terrorisés. Et il accepta d'inverser les rôles. De la laisser mener la danse. Il s'écarta. Sans la suivre. Pas envie de retourner là-dedans.

Et la voir aussi professionnelle devant un corps mort avait tendance à l'angoisser. Même si elle gardait sa part humaine. Un léger tressaillement dans les mains. C'était son quotidien et il ne s'y habituerait jamais. Au bout d'un temps qui lui parut infini, au bout d'un temps pourtant minime, elle ressortit de la pièce un peu plus blanche.

Veronica: La mort remonte à peu de temps. Tous les trois par balle. Une précision impressionnante.

Logan: De toute évidence, le meurtrier n'avait pas de temps à perdre. Il est parti directement. Il n'y a plus personne dans le bâtiment.

Veronica: Je sais... Et le téléphone de mon père ne répond pas.

Ils se regardèrent. Une fraction de seconde. Bien assez pour se comprendre. Connexion à ce point affûtée qu'elle en devenait angoissante.

Veronica: Ce qui fait de nous...

Logan: Les principaux suspects.

Il attrapa sa main et l'entraîna vers la sortie. Elle le freina en entendant des bruits de pas.

Veronica: La porte de derrière. Suis-moi.

Logan: Il y a une porte de derrière? Pour faciliter les évasions?

Veronica: En cas de problème plutôt.

Logan: Ça tombe bien, je crois que c'est exactement ce qui nous arrive...

Un dialogue chuchoté. Ironiser pour ne pas flancher. Une fois que l'habitude était prise, ça devenait aussi naturel que de respirer. Juste avant de pousser la porte,, elle étouffa un cri contre sa main. S'immobilisa quelques instants.

Le corps à terre, elle le connaissait. Elle était incapable de mettre un nom dessus, mais il travaillait avec son père depuis peu. A peine 25 ans. Un môme de son âge, exactement. Un troisième agent tué. Comment espérer alors que son père soit indemne?

Il la poussa vers la sortie. La tirant par la main vers une autre rue. Vers un endroit sur. Et se laissa glisser le long d'un mur.

Logan: On a le droit à combien de joker dans cette partie? Parce que je crois qu'on touche au bout!


mulderbuz  (22.11.2008 à 00:04)

Ça avait été presque trop facile.

Il regarda sa montre qui indiquait dans la lumière du réverbère quatre heures du matin. A cette heure de la nuit, sa seule compagnie s'avérait être un chat roux boiteux dans la ruelle jouxtant le commissariat. Malgré sa patte trainant sur le sol, il persévérait à fouiller méticuleusement chaque poubelle, laissant par moment un objet plus lourd que les autres s'écraser au sol.

Voilà ce qu'il était. Un chat. Indépendant, agile, rapide et ne laissant rien au hasard. C'est ce qui l'avait poussé à prendre en main cette dernière opération. Trop d'erreurs accumulées. Déléguer ne lui avait jamais plu et il savait très bien pourquoi. Preuve en est le dernier fiasco avec le fils Sorokin.

En poursuivant l'écoute installée dans la suite présidentielle du NGH de Logan Echolls et où toute la petite troupe s'était regroupée, il avait pris connaissance des projets de Macfaden. Il se doutait depuis le début qu'il ne pourrait pas faire confiance à ces deux frères.

Ce que ne savaient pas les malfrats par contre, c'était que leur destinée était déjà toute tracée. Il avait eu besoin d'eux pour kidnapper le jeune Fennel et le garder. Il fallait maintenant effacer toutes les traces, toutes les possibles connections. Personne ne devait faire le rapprochement, et pour cela, rien de plus fiable qu'un mort. En l'occurrence, trois. Il devait éliminer tous les occupants de cette maison.

Mais rien ne s'était déroulée comme prévue. A peine arrivé, il avait reconnu la voiture banalisée du sherif Mars stationnée à l'extérieur de la maison, quelques dizaines de mètres plus loin. Il avait agit de manière précipitée. Il le sait. Maintenant, il devait terminer le travail. Proprement cette fois-ci.

 

Aussi quand le dernier des Macfaden l'avait vu entrer dans sa cellule , il avait écarquillé de grands yeux. Un animal pris dans les feux d'une voiture. Affolé et sachant pertinemment que rien ni personne ne pourrait le sortir de là.

Wiedman: Alors, il parait que tu as l'intention de te reconvertir et d'écrire ta biographie?

Macfaden était resté silencieux.

Wiedman: Tu me sembles beaucoup moins bavard maintenant.

Macfaden: Je n'ai rien à dire au meurtrier de mon frère.

Wiedman: Je ne suis pas ici pour te faire parler de toute manière, bien au contraire.

Et lentement, il avait sorti son arme où un silencieux était déjà vissé au bout du canon. Macfaden réalisant brusquement que sa dernière heure était arrivée, avait commencé à s'agiter dans sa cellule.

Macfaden: Tu ne peux pas faire ça, tu est dans un commissariat. Tu ne pourras pas sortir d'ici tranquillement ...

Wiedman, son arme prête, avait relevé la tête et esquissé ce qui aurait pu être pris pour un sourire.

Wiedman: Ne t'inquète pas pour moi. Voilà pourquoi on me fait confiance. Je termine toujours mon travail.

Puis il avait tiré, deux fois. Le cœur et la tête. Rapide, efficace. Il n'avait même pas souffert. Comme les trois agents allongés sur le sol.

 

Maintenant, debout près de sa voiture, il notait mentalement tout les endroits qu'il avait fouillés. Si la déposition avait déjà été prise, elle devait automatiquement se trouver dans le bureau de Keith. Or il était sur d'avoir cherché partout. Cela ne voulait dire qu'une seule chose. Il était arrivé à temps. Les tenants et aboutissants de cette histoire ne seraient pas dévoilés.

Un léger cri le conforta dans ses conclusions. Le matou qui avait attrapé un rat et s'était longuement amusé avec, venait d'un coup sec de lui briser la nuque.

La boucle était bouclée. Chacun restait à sa place dans la chaine humaine. Les prédateurs conservait leur position au sommet de la hiérarchie de la cruauté.

Il rejoingnit sa voiture et démarra. Une soirée méritant toute son attention l'attendait.

Mais soudain il les vit. Haletants, inquiets, fuyants comme si ils se savaient poursuivis. Et il sentit la raideur revenir dans son cou. Leur présence ne signifiait qu'une seule chose. Le fait que Keith aurait dû être là. Le fait qu'une fois de plus, le Sherif Mars venait perturber sa soirée. Si la déposition n'était pas là, alors c'est qu'il l'avait avec lui. Et que sa mission première venait à nouveau de changer. Retrouver et éliminer. Encore et toujours.


mulderbuz  (24.11.2008 à 17:23)

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