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Série : Veronica Mars
Création : 15.11.2008 à 23h22
Auteur : babou31
Statut : Terminée
« Fic de Mulderbuz » babou31
Cette fanfic compte déjà 23 paragraphes
(...)
OK, l'humour était toujours là, à sa place, les réparties peut-être moins fréquentes et moins promptes à sortir, mais Dick restait Dick.
Mac se refusait à se poser quoi que ce soit comme question à leur sujet. Elle avait décrété que coucher avec Dick devrait la faire réagir comme lui, c'est-à-dire sans projection, sans prise de tête. Elle savait pertinemment que c'était se leurrer que de croire qu'il n'y accordait aucune importance. La seule discussion « sérieuse » qu'ils avaient eue à ce sujet avait suffi à l'en convaincre. Mais toujours est-il que depuis, 386 jours étaient passés, et tacitement, le sujet n'avait plus été abordé. Non, elle se devait d'être honnête, tacitement ils s'étaient évités et la séparation de leurs amis respectifs avait définitivement clos tout possibilité de prétendre à quoi que ce soit.
Elle se mentait. 682 jours. Elle comptait. Elle souffrait. Mais elle pensait à Connor. Une vie stable. Douillette. Confortable. Mais elle pensait aussi toujours à cette discussion cet après-midi-là sur cette plage. Il y a deux ans, 682 jours. Le début et la fin de tout.
- Pourquoi Connor n'est pas venu ?
- Il ne pouvait pas, du travail... éluda Mac en n'osant regarder directement Veronica.
- Tu me fais peur tu sais... commença cette dernière.
- Arrête, pas de ça, ne recommence pas V, ne me compare pas à toi !
- Mais plus je vous vois Dick et toi, et plus j'ai l'impression de me revoir, il y a des années avec Logan ! Tu m'as suffisamment harcelée sur mon manque de lucidité à cet égard ! Je suis totalement incapable de comprendre ce que tu peux lui trouver, mais si Logan et toi arrivez à lui accorder vos faveurs, c'est qu'il doit avoir des qualités. Bon, moi je m'avoue incompétente à les discerner, mais je vous fais confiance, enfin j'espère. Bref, pour parler directement, qu'est-ce que tu fais encore avec Connor ?
- Mais je suis bien avec lui, on a plein de centres d'intérêts communs, on se respecte, on ne se fâche jamais...
- Je pense la même chose de ma cafetière ! On a un centre d'intérêt commun pour l'arabica, je respecte l'excellent travail qu'elle me fait tous les matins et je n'ai jamais un mot plus haut que l'autre pour elle ! Connor te fait un si bon café que ça ?
- V, pas aujourd'hui s'il te plait, pause, supplia-t-elle. Et puis, ils ne devraient pas nous avoir déjà rejoints nos deux surfeurs ?
- Tu vois tu considères déjà Dick comme le tien !
- Non, je te laisse Dick, moi je prends Logan... commença Mac lorsqu'elle les vit apparaître sur la jetée et se diriger vers elles. OK, impossible, il n'a d'yeux que pour toi, soupira-t-elle.
- Et oui, c'est comme ça, une éducation de tous les jours et pourtant je ne lui fais pas le café, répondit Veronica avec un sourire espiègle à sa meilleure amie.
Les deux hommes les avaient rejointes pour une balade sur la plage bien que le temps ne soit pas des plus cléments ce jour-là. Perturbé comme moi, avait pensé Mac.
Complicité, joutes verbales et boutades avaient été les maîtres mots de ce moment volé, jusqu'à ce que Dick décide de ne plus être Dick, ou plutôt qu'il décide de ne plus être que ça.
Mac et lui s'étaient retrouvés isolés lorsque Logan et Veronica s'étaient éclipsés quelques dizaines de mètres plus loin au camion pour aller chercher les gaufres qu'ils avaient voulu déguster sur la plage. Ni Mac ni Dick ne se regardaient. La mer semblait les hypnotiser tous les deux et le silence s'était installé depuis deux trois minutes quand il se décida enfin.
- Je suis content que ton mec ne soit pas venu, qu'on soit restés tous les quatre, commença-t-il.
- Oh !
- Le Dick aime la concurrence, mais il aime aussi avoir des adversaires dignes de ce nom ! lança-t-il en continuant à fixer l'océan.
- Il appréciera beaucoup, j'en suis sûre dit-elle. Mais je ne vois, de toute manière, personne ici dont il puisse craindre quoi que ce soit, rétorqua-t-elle pour la forme, étrangement insensible à la remarque de Dick.
Il se tourna enfin vers elle et cette fois-ci plongea son regard dans le sien.
- Tu nies donc cette partie de boogie qu'on joue actuellement tous les deux, la brunette ?
- Tu parles plutôt de ton solo de claquettes oui ! rétorqua-t-elle en riant.
Brusquement, Dick s'était penché vers elle et avait passé sa main derrière son cou pour l'empêcher de reculer.
- A force de te voiler la face, tu vas te prendre un lampadaire Mac...
Puis, il s'était penché et l'avait embrassée doucement, lentement. Elle n'aurait su dire si cela avait duré une seconde, une minute ou l'éternité. Mais le retour à la réalité lui avait ramené les pieds sur terre rapidement. Trop rapidement.
- Je dois répondre, avait-elle murmuré en se reculant pour récupérer son téléphone.
- Je hais ce type, avait murmuré à son tour Dick.
Elle s'était éloignée pour parler à Connor et Logan et Veronica étaient revenus les gaufres dans les mains. Le charme était rompu. Mac s'était installée avec eux, mais les avait rapidement quittés prétextant un problème urgent à régler à la boîte où ils travaillaient tous les deux.
Et le lendemain, lorsqu'elle avait retrouvé V et Logan, elle avait entendu ce dernier parler de la nouvelle conquête de Dick, une fille qu'il avait rencontrée en boîte la nuit même.
Mauvaise idée, Mac, garder sa vieille cafetière !
Et 682 jours après, les yeux concentrés sur la circulation, elle réalisait que la situation n'avait pas bougé d'un pouce. Excepté cet aparté charnel engendré par la tristesse et la douleur.
Un taxi jaune les dépassa rapidement. Mac roulait doucement. Elle avait du mal à se concentrer sur la route. Le rétroviseur lui renvoyait l'image d'un père inquiet et blessé. Elle avait vu son visage se crisper et se plisser lorsque Veronica avait refusé de leur ouvrir sa porte deux jours auparavant après l'enterrement. Elle l'avait vu aussi s'écrouler sur le banc en bas de chez sa fille avant qu'il ne s'engouffre dans l'un de ces fameux taxis pour retourner à son hôtel. Elle n'avait pas su trouver les mots. Mais dans des circonstances pareilles, y avait-il des phrases adéquates, des syntaxes qui pansaient les souffrances, des temps qui repoussaient le manque suffisamment loin dans le passé. Les mots n'avaient pas leur place, pas encore.
Elle ne tournait toujours pas la tête. Le regard de Dick lui brûlait pourtant l'épaule, mais elle refusait de rentrer dans ce jeu du chat et de la souris. Ce n'était pas le moment. Foutu concept de synchronisation.
Ils roulaient depuis bientôt vingt minutes. Silencieusement. Pendant que Mac tenait le volant et les emmenait vers le commissariat où travaillait Brooke Donovan, Keith Mars, à l'arrière de la voiture, observait l'étrange manège du jeune homme blond assis sur le siège passager.
A intervalles réguliers, il détaillait la silhouette féminine à ses côtés. Keith n'aurait su dire précisément ce qu'il lisait dans son regard, mais ses attitudes et ses furtives tentatives d'observation lui laissaient penser qu'il n'était pas indifférent à l'amie de sa fille.
Sa fille. Veronica. Il s'inquiétait pour elle. Il n'arrivait pas à entrer en contact, sa seule tentative avait été des plus étranges, voire même surréaliste. Il savait très bien que, face à l'adversité, elle ne savait qu'attaquer, foncer, même si la cible n'avait pas de rapport avec l'origine du problème. L'important était de détourner la rage qui bouillait en elle et d'évacuer la douleur par une autre douleur, celle de l'épuisement, de l'affrontement.
Mais il l'avait trouvée différente lors de leur déjeuner, dure et forte comme il s'y attendait, mais ailleurs et étrangement indifférente.
Ses mains le démangeaient. La sentir si proche, vouloir la toucher, lui dire... Mais lui dire quoi après tout ? Quitte le légume qui te sert de domestique et pars avec moi ? Moi j'ai mieux à t'offrir ? Pour lui dire tout ça, il aurait fallu déjà qu'il en soit sûr !
Bon chaque chose en son temps, la vérité actuellement était ailleurs...
L'histoire que lui avait contée le père de Veronica le laissait perplexe. Beaucoup trop de secrets. Et Veronica l'intriguait. Il était loin de pouvoir se targuer d'être un fin psychologue, mais il avait du mal à cerner ses réactions depuis qu'il lui avait appris la mort de Logan.
D'un geste de la main et d'une simple phrase, il indiqua à Mac où se garer.
- C'est là.
Rompre le silence pesant qui s'était installé fonctionna comme une bouffée d'oxygène pour chacun d'eux. Leurs yeux se rencontrèrent et ils quittèrent les méandres de leurs réflexions pour se concentrer sur les futures explications qu'ils allaient enfin obtenir.
- Elle vous a dit un peu de quoi il s'agissait au téléphone ? demanda Dick en grimpant les premières marches qui les emmenaient dans un grand building dont la façade, avec ses multiples facettes en verre, réfléchissait le soleil et les tours avoisinantes.
- Non, simplement que certains éléments étaient encore en cours d'enquête et qu'elle ne pourrait pas tout nous dévoiler, répondit Keith Mars. On va bientôt en apprendre plus.
Dans l'ascenseur qui les emmenait au dixième étage, Mac lui posa une question qui lui trottait dans la tête depuis que Mr Mars avait raccroché son téléphone après avoir demandé une entrevue avec l'agent des finances.
- Pourquoi, maintenant accepte-t-elle de nous parler, s'il y a trois mois, elle s'y refusait ?
- Mac, et si tu lui demandais tout ça toi-même ? Je te l'ai dit, je n'en sais désormais pas plus que vous.
Les portes s'ouvrirent enfin. Ils mirent quelques secondes avant de sortir de l'habitacle, abasourdis par le bruit et l'agitation.
Une effervescence, l'impression d'envahir un monde dans la ville. Des hommes et des femmes partout, se croisant et s'interpellant d'un bureau à un autre. Le père de Veronica les guida vers le fond, un peu à l'écart, où régnait un calme relatif comparé à ce qu'ils venaient de traverser.
- Venez, elle nous attend, prononça-t-il en les dirigeant vers le bureau de droite où se levait une jeune femme brune agréable à l'œil comme le laissait à penser le geste rapide de Dick pour remettre sa mèche en place.
- Déjà en mode attaque? le nargua à voix basse Mac.
- Jamais de répit pour le Dick, sache-le, c'est un chasseur né ! lui répondit-il en bombant le torse.
Cela faisait maintenant presque une heure qu'ils avaient pénétré dans ce bureau et désormais beaucoup de choses s'éclaircissaient.
Enfin, Brooke s'arrêta de parler et se rassit sur son fauteuil pour leur faire face. Elle savait bien qu'un jour ou l'autre, ils allaient se trouver devant elle, mais elle aurait préféré dans d'autres circonstances et les soulager plus que ce qu'elle n'avait pu faire.
Elle les regardait discrètement et cherchait à se rappeler des mots qu'avait eu Logan pour les décrire. Un chien fou, inconscient mais fidèle pour son meilleur ami, et pour Mac, une jeune femme sur qui il aurait pu compter si les circonstances avaient été différentes. Elle était étonnée de ne pas voir la fameuse petite blonde. Il n'avait pas été très bavard sur cette dernière, mais le peu qu'elle avait pu discerner dans son attitude et dans ses mots à son sujet avait été très éloquent. La personne la plus importante, mais qui de fait, avait réussi à le faire souffrir comme personne. Un juste retour des choses, lui avait-il dit. Qu'il payait peut-être pour ses erreurs passées, même si il ne croyait pas au châtiment divin.
- Je suis désolé de vous apprendre tout ceci dans de telles circonstances, mais ce n'est que depuis hier que nous pouvons enfin étaler au grand jour cette histoire, le procès venant juste de se terminer. Sans Logan, nous n'aurions jamais pu les coincer.
- Oui, mais il l'a payé de sa vie, murmura Dick encore sous le coup de ces révélations.
- Dès le départ, je l'ai prévenu des implications que cela pourrait avoir s'il s'engageait plus avant dans cette affaire. Mais cela lui tenait vraiment à cœur... Comme s'il avait quelque chose à prouver...
- Ou plutôt plus rien à sauver...
- Pourquoi avez-vous tout d'abord dit que la mort de Logan n'était qu'un accident ? l'interrompit Mac.
- Nous voulions les coffrer pour fraude et ceci à grande échelle. Si nous nous étions arrêtés sur cet accident de voiture, l'enquête aurait dû recommencer avec de nouveaux suspects, des hommes de mains et nous aurions perdu trop de temps. Maintenant que les principaux intéressés sont sous les verrous, nous n'avons plus besoin de ça, expliqua Brooke Donovan.
- Mais je connais certaines personnes qui auraient pourtant besoin de savoir que les assassins de Logan sont sous les verrous, continua Mac en faisant allusion à Veronica.
- Je comprends, mais nous n'avons pas de preuve, ce ne sont que des suppositions en référence aux menaces qu'il avait pu recevoir.
De nouveau la circulation de Los Angeles. Après ces révélations, la monotonie de la conduite la rassurait. Les autres voitures la dépassaient toujours. Elle n'accélérait pas plus. Elle le sentait prêt à exploser, sur le siège à côté d'elle. Mais la phrase qu'il prononça était à mille lieues de ce qu'elle imaginait qu'il pourrait dire.
- Vous saviez que Veronica avait été enceinte ? annonça calmement Dick.
- Quoi ?
Le visage de Keith Mars était devenu blême.
- Quand ? Mac, réponds-moi, c'est vrai ?
Mac, après un regard assassin à Dick, expliqua brièvement ce qu'ils savaient de la grossesse avortée de Veronica. Le regard qu'elle intercepta dans le rétroviseur valait toutes les réponses du monde. La fin de son monde, à lui. Tout venait de s'écrouler en quelques secondes, en quelques mots.
- Mac, emmène-moi où travaille Veronica. Je dois lui parler, maintenant.
Pas un mot de plus, la voix effroyablement calme. Il restait la tête baissée et il sortit rapidement de la voiture pour s'engouffrer, seul, dans le bâtiment lorsque Mac se gara devant le commissariat de son amie.
- Tu crois que la souffrance d'un autre pourra apaiser ta douleur Dick ? C'est cruel ce que tu viens de faire ! asséna-t-elle en le regardant dans les yeux et en cherchant à y lire autre chose que cette soudaine indifférence.
- Il a le droit de savoir, c'est sa fille après tout.
Puis il s'enferma dans un mutisme perturbant. Heureusement, la sonnerie du téléphone lui permit de concentrer son attention sur autre chose que la rage qui commençait à monter en elle.
Quand elle raccrocha, elle lui dit que Wallace venait d'arriver à l'aéroport et qu'elle devait aller le chercher.
- Tu fais ce que tu veux de ta vie. Moi, je ne suis que du temporaire. Demain, je ne serai déjà plus là.
- Quoi, tu abandonnes déjà ? Tu n'avais pas décidé de reprendre la société, de t'installer à Los Angeles ?
- Chloé se débrouille très bien toute seule, et moi, j'ai des vagues à affronter! Il me reste encore beaucoup de plages et de filles sur cette planète à connaître !
- Oh, je vois que le nouveau Dick n'était qu'un écran de fumée pour essayer d'avoir la fille ! reprit-elle mauvaise.
Dick se tourna vers elle et lui prit les bras en tenaille. Il lui faisait mal, il le voyait bien à sa grimace, mais il ne desserra pas pour autant sa prise.
- Ecoute-moi bien, je ne le répéterai pas. Tu en fais ce que tu veux. Tu sais très bien ce que je ressens pour toi, mais tu sais très bien que je ne sais pas le dire et l'exprimer de manière... romantique. Alors, soit tu laisses tomber ce qui te sert de larbin et on tente quelque chose ensemble, soit tu restes avec lui. Mais alors, ne me reproche pas de m'éloigner de la ville qui ne m'a apporté que des souffrances ! Et je ne parle pas que de toi !
Elle secoua les bras pour se défaire de son emprise. Des marques rouges zébraient sa peau. Quand il les vit, il voulut s'excuser, réalisant la brutalité de son geste, mais elle ne lui en laissa pas le temps.
- Je vais voir Mr Mars. Je monte le rejoindre. Toi, tu fais ce que tu veux.
Un chien. Un chien serait fidèle et sans surprise. Actuellement, c'était tout ce qu'il demandait, du calme et une déconnection complète d'avec la réalité. Pourquoi cette capacité, qui l'avait si souvent soutenu auparavant face aux petits désagréments de sa vie, le laissait-elle tomber au plus mauvais moment ? Pourquoi maintenant réalisait-il l'impact de ce qu'il disait et le mal qu'il faisait autour de lui ? Pourquoi désormais, les duretés de la vie lui laissaient-elles comme un goût de sang dans la bouche ?
- Dick, Dick, mais où es-tu donc, marmonna-t-il. Je veux redevenir toi !
Alors qu'il s'apprêtait à quitter la voiture pour rentrer par ses propres moyens, Mac et le détective s'engouffrèrent rapidement dans la voiture.
Comme si la conversation qui venait d'avoir lieu n'avait jamais existé, Mac lui exposa les faits en quelques mots.
- Elle n'est pas là. Elle ne répond pas sur son portable. Mais on est tombé sur son patron qui craint qu'elle ne soit allée chez une suspecte. Elle l'a agressée et cette dernière a porté plainte. Il y a un problème... Mince, Wallace, murmura-t-elle pour elle-même. Appelle le et demande lui de nous rejoindre chez elle, ordonna-t-elle à Dick en lui tendant son portable. Il s'exécuta silencieusement.
C'était l'heure de pointe et ils mirent presque une heure pour atteindre son appartement. Wallace les attendait en bas. Ils montèrent les marches quatre à quatre.
Ils tambourinèrent à la porte. Wallace criait le nom de Veronica. Son père lui intimait de leur ouvrir la porte.
Un bruit sourd les stoppa soudain, celui d'un corps qui tombe.
- Vite Mac ! Tes clefs, ouvre, dit Dick en se saisissant du sac de la jeune femme pour en extraire le trousseau.
La porte s'ouvrit enfin et Keith Mars se rua à l'intérieur pour découvrir sa fille qui gisait sur le sol du salon. Il la prit dans ses bras et retourna son visage vers lui en écartant les mèches blondes doucement.
- Elle sourit, elle sourit, elle sourit... gémit-il en la berçant tendrement.
Mac s'était aussitôt saisi de son téléphone et appelait une ambulance. Elle s'approcha ensuite du père et de sa fille. Le plus discrètement possible, elle prit le poignet de Veronica et chercha fébrilement son pouls. Elle se laissa retomber sur le sol de soulagement lorsqu'elle sentit les pulsations sous sa peau fine. Elle sourit tristement pour rassurer Wallace qui n'osait s'approcher.
Dick était resté à l'écart et regardait le cahier posé sur la table. Il lisait les derniers mots qu'elle venait d'y écrire.
« Depuis que j'ai compris que cette drogue me permettait d'embellir ma vie et que les médicaments me faisaient suffisamment dormir pour que mes rêves deviennent réalité, mon esprit ne pense plus qu'à ça. Je veux vivre la vie que je rêve.
Je viens de les prendre. Je vais aller m'allonger et attendre que le sommeil me le ramène.
On frappe à ma porte. J'écris encore ce qui se passe car j'appréhende malgré tout de ne plus en être capable.
Je sens mes yeux qui se troublent un peu. Je dois aller répondre, j'entends la voix de mon père derrière la porte, il me crie d'ouvrir. Je reconnais aussi celles de Mac et de Wallace.
Tiens Wallace, il est donc rentré. Il m'a manqué.
Qui que vous soyez, je vous laisse ce semblant d'explication, je ne sais pas si j'espère vous revoir. Si c'était le cas cela signifierait que j'ai donc quitté le monde des rêves pour regagner la réalité.
Mon père crie de plus en plus fort, je dois y aller, je... »
Deux semaines. Les infirmières sont jolies, mais il ne les voit pas. Il n'a d'yeux que pour elle. Tous les jours elle est là à son chevet, comme pour se faire pardonner de n'avoir pas vu, de n'avoir pas su. Alors il est là aussi. Pour elle, pour eux. Elle le lui a dit. Elle a besoin de lui.
Quand il arrive, le père de Veronica est déjà là, discutant avec les médecins, essayant de comprendre, cherchant désespérément dans leurs paroles un espoir.
Wallace vient tous les jours aussi, lui tenant la main, lui parlant de son travail en Ouganda, des gens qu'il rencontre, de l'espoir qu'il tente de leur redonner. Il se sent tellement coupable.
La lecture du journal a fortement perturbé Dick, peut-être même plus que les autres. L'impression d'un miroir sur ces journées qu'ils ont passées ensemble mais pourtant si loin l'un de l'autre. L'impression aussi d'être fautif de n'avoir pas pu l'aider. Logan lui en aurait voulu.
Les journées passent, identiques aux précédentes, et à l'image des suivantes.
Quand il arrive au bureau ce matin, le visage de Chloé est étrange.
- Elle est là, chuchote-t-elle en indiquant du menton la porte de son bureau.
Brooke Donovan se tient devant la photo sur la plage.
- C'est elle Veronica ? demande-t-elle simplement sans se retourner lorsque Dick entre dans la pièce.
- Oui, petite peste blonde fouineuse... et comateuse maintenant, soupire-t-il.
- J'ai appris oui. Je voulais vous dire que l'affaire de l'accident de votre ami était définitivement close, que vous n'aviez plus rien à craindre au niveau de la société concernant notamment ses investisseurs crapuleux.
- Merci pour la bonne nouvelle, ironise-t-il. Mais vous auriez pu me dire tout ça au téléphone.
- Je voulais aussi vous donner ça, dit-elle en lui tendant une chemise rouge. C'est le compte-rendu du procès et les tenants et aboutissants de cette affaire. Je vous laisse, vous devez avoir du travail et moi aussi.
Le cuir grince lorsqu'il s'installe sur son fauteuil. Une curiosité étrange lui intime de lire tout de suite le dossier. Alors, le plus calmement possible, il ouvre la chemise qu'elle vient de lui laisser.
CHAPITRE 12
Un avion. Un de plus. Sydney-Perth. Traversée de tout le territoire australien de la côte Est vers la côte Ouest.
L'hôtesse se penche ostensiblement devant la rangée qu'il occupe et lui sert un café accompagné d'un sourire plein de promesses. Mais c'est tout juste s'il jette un coup d'œil dans le décolleté offert. Satané automatisme, lui dirait Mac en le taquinant.
Son ami lui manque, bien plus qu'aucun mot ne pourrait l'exprimer.
Pourtant il perçoit ce que sa disparition peut avoir de bénéfique pour lui. Enfin la possibilité d'exister. Ne plus vivre à travers les exploits d'un autre, ne plus se cacher derrière les frasques de Logan.
Devenir quelqu'un, tout simplement.
Lui, Dick Casablancas.
La mort de Logan lui aura permis de naître.
Encore une heure avant d'atterrir. Il a beau avoir l'habitude des voyages en avion, l'exiguïté de ces engins le stresse toujours un peu. C'est comme le costume, une sensation de ne pas être à sa place.
Il appréhende le déroulement de la suite des événements. Le mot trouvé à la fin du dossier que lui avait laissé Brooke Donovan est toujours dans sa poche, comme pour lui confirmer que tout ceci est bien réel, qu'il ne se réveillera pas en se disant que la nuit a cette fois-ci été plus qu'agitée et riche en émotions diverses et variées. Et même si, jusqu'à maintenant, ses recherches ont été vaines, il le conserve. Il attend désormais de voir où le mènera la dernière piste qu'on vient de lui donner. Alors qu'il s'apprêtait à regagner les U.S.A, il a reçu un simple texto de Brooke. Deux mots : Margaret River. Il a donc quitté la Gold Coast et traversé le pays vers la côte ouest.
Sa montre lui indique que lorsqu'il atterrira, il sera encore tôt dans la matinée et qu'il pourra aussitôt entamer ses recherches. Deux semaines déjà qu'il a quitté Los Angeles. Mac l'appelle tous les jours et lui retrace l'évolution de la santé de Veronica, c'est-à-dire un visage angélique où plane en permanence un sourire radieux. Mais ses yeux restent clos, inexorablement perdus dans un monde qui n'appartient qu'à elle.
Son père ne quitte pratiquement pas son chevet, Mac et Wallace peinent à le réconforter. Il culpabilise de ne pas avoir vu l'état de sa fille se dégrader et d'avoir pensé que, comme d'habitude, elle encaisserait... A sa manière.
A bien y réfléchir, Dick n'était pas si étonné de la tournure des événements. Veronica avait bien répondu face à ce drame, certes d'une manière inattendue, mais après tout, n'avait-elle pas toujours agi ainsi ? Il ne voyait pas sa descente aux enfers comme une manière de baisser les bras, mais plutôt comme une façon de se battre pour être heureuse. Bien évidemment au détriment de sa vie, mais pour une fois, elle avait été honnête avec son cœur, elle avait revu ses priorités et s'était vraiment écoutée.
La voix de l'hôtesse résonne dans la carlingue et demande aux passagers de s'attacher en vue de l'imminence de l'atterrissage. L'avion est à moitié vide et la place à côté de lui est libre. Il apprécie le calme relatif des voyages intérieurs. Pendant ces quinze jours, il a découvert le pays, brièvement, mais il lui a trouvé beaucoup de charme et pour une fois, sans se restreindre à sa population féminine. Se limiter à une femme dans sa vie a eu pour effet de lui enlever de l'esprit ce besoin perpétuel de chercher le corps qui accompagnerait ses nuits et de lui ouvrir les yeux sur d'autres aspects de son environnement.
Il arrime ses mains sur les accoudoirs et serre les dents jusqu'à ce que l'appareil s'immobilise enfin sur la piste. Lorsqu'il sort de l'avion, la chaleur étouffante lui saute au visage et le prend à la gorge. Une forte humidité imprègne immédiatement ses vêtements.
- Rien de tel que de visiter les plages avec un temps pareil, se murmure-t-il à lui-même.
Il cherche le stand où il pourra louer un véhicule. Sitôt le 4x4 avancé, il embarque son sac dans le coffre et démarre pour longer la côte.
Le GPS lui indique qu'il a encore un peu plus de 200 kilomètres à faire pour arriver à destination. Après réflexion, il comprend pourquoi la côte ouest : plus calme, plus isolée.
Les hautes tours de Perth se dessinent encore au loin dans le rétroviseur de Dick. Cette ville a beau être l'une des plus peuplées d'Australie, elle est aussi l'une des plus isolées au monde, la métropole la plus proche, Adélaïde, à plus de deux mille kilomètres.
Mais le décor n'accapare pas ses pensées. Une petite blonde assoupie et la tristesse de sa meilleure amie le préoccupent bien plus. Mac lui a dit qu'il restait leur seul espoir. Etre porteur d'une telle mission comble son besoin de reconnaissance et de valorisation auprès d'elle, mais le terrorise simultanément. Et s'il échouait ?
Elle aime ce qu'elle voit dans ses yeux. Une reconnaissance éternelle face au cadeau qu'elle lui fait. Lui offrir enfin ce qu'il n'a jamais réussi à avoir, que le semblant de famille qu'il formait avec un père violent et une mère alcoolique ne soit plus qu'un souvenir et que tous les trois écrivent enfin la vraie définition qu'il se fait d'une vie réussie et comblée.
Il n'en revient pas. Désormais il a sa famille, des personnes qu'il peut aimer et protéger, des êtres pour lesquels il est prêt à tout sacrifier.
Tenir dans ses mains ce petit corps encore fragile, savoir qu'il est un bout d'elle le remplit d'une joie impossible à exprimer.
Elle avait décidé de démissionner de son poste. Pendant sa grossesse, elle était restée sagement chez elle, en profitant pour voir ses amis régulièrement et récupérant, dans la chambre qui était restée intacte chez son père, son ancien appareil photo.
Lorsqu'elle pourrait de nouveau être totalement libre de ses mouvements, elle voulait essayer de vivre de ses photos. Elle avait enfin compris la peur de Logan, elle avait enfin décidé que suivre ses conseils pourrait leur faire avoir une vie meilleure, plus équilibrée, plus sereine.
Elle ne voulait plus le perdre. Plus jamais.
Au bout de deux heures de route, il s'arrête dans un petit bourg et entre dans une station- service pour se prendre un café. Le virus marsien a fait un adepte de plus, mais à quel prix... Il est devenu accro après toutes ces heures passées à son chevet, attendant qu'elle rouvre enfin ses yeux. Caféine sur caféine, le seul moyen de tenir, pour le corps comme pour le cœur. Et puis il avait décidé de réagir, de faire quelque chose pour elle, la tentative de la dernière chance avait-il dit à Mac.
Au moment de reprendre la voiture, son portable vibre dans la poche arrière de son jean.
- Allo Mac? demande-t-il inquiet.
- Tu en es où ? interroge-t-elle simplement.
- Je devrais y être dans environ une heure. Mais toi ça va ?
- Ici rien n'a changé. Mais le médecin dit que si d'ici un mois, il n'y a pas de modification de son état, elle a peu de chance de se réveiller. Que tout vient d'elle et qu'elle se tue elle-même, finit-elle par sangloter.
- Mac, fais-moi confiance, tout va s'arranger, ma belle, lui répond-il en cachant son inquiétude sous une voix vibrante et rassurante. Le Dick ne faillit jamais, ne l'oublie pas, tente-t-il pour la faire sourire.
Il l'imagine dans ce grand couloir blanc, la main plaquée sur son oreille, tentant de s'isoler le plus possible de cette atmosphère de mort et de maladie. Et de Monsieur Mars. Celui-ci n'est pas au courant de l'objet du voyage de Dick qui s'est refusé à lui donner de faux espoirs. Alors le père de Veronica parle déjà de rapatrier sa fille d'ici peu chez lui. Elle ne demande que peu de soins, juste une belle au bois dormant, mais que son prince charmant ne viendra plus réveiller.
La côte offre un panorama de rêve pour tous les surfeurs. Il approche de sa destination.
Arrivé à Margaret River, il s'arrête dans une petite boutique pour louer du matériel. Il a voyagé léger.
Il s'arrête sur une première plage. Le parking est déjà bien rempli. Il gare son 4x4 parmi les autres et les mains toujours accrochées au volant, lève les yeux vers l'infini bleuté de l'océan et réalise qu'il arrive au bout de son voyage. Lorsqu'il sort, la transition de température entre le confort climatisé de la voiture et la chaleur sèche du bord de mer le fait frissonner. C'est ici ou ça ne sera pas. Ce sera maintenant ou plus jamais. Il scrute attentivement les surfeurs. Une glisse fluide, un style assuré mais décontracté. Voilà ce qu'il cherche.
Sans savoir précisément pourquoi, il ne descend même pas sur la plage. Trop de monde, trop peu d'espace pour surfer tranquille.
Il reprend son véhicule et continue sur la même route, plus vers le sud.
Au bout de cinq minutes, il découvre quelques voitures garées sur le bas-côté. Il arrête la sienne derrière les autres.
C'est un coin plus sauvage. La plage n'est accessible que par un escalier de bois qui s'accroche à la paroi rocailleuse. Après être resté deux minutes les yeux perdus sur les rouleaux à observer les surfeurs, il retourne à sa voiture et passe derrière le coffre pour enfiler sa combinaison et attraper sa planche.
Vêtu ainsi, il se sent bien, dans son monde, loin des réalités d'une vie qui ne l'a pas épargné. On peut le taxer d'écervelé, d'insouciant, il sait que c'était le seul moyen pour lui de faire face aux claques qu'il s'était prises tout au long de son existence.
La mort de Beaver avait peut-être été le facteur déclencheur pour que son entourage réalise sa fragilité, mais lui savait que tout avait commencé bien plus tôt, avec des parents divorcés, une mère absente, un père toujours en partance et une belle-mère exotique et variée. Si Veronica faisait face aux éléments en se forgeant une carapace de sarcasmes et d'intransigeance, lui avait décidé de partir loin du monde concret et d'évoluer dans un univers propre, peuplé de bimbos, de vagues et de jeux vidéo. Une réalité virtuelle mais où plus grand-chose ne pouvait l'atteindre.
Enfin, c'est ce qu'il avait cru, jusqu'au suicide de son frère et l'emprisonnement de son père. Mais après quelques temps d'errements, il avait décidé que cette voie était la plus à même de le satisfaire ou tout au moins la moins risquée, et Logan restant sa seule référence matérielle, il continuait à mettre ses préceptes en application.
Aujourd'hui, depuis ce dernier mois, tout son petit nid volait en éclats.
Le lit est un écrin à leur couple, à leur amour enfin complet. Veronica se dit qu'elle a désormais réussi à trouver un équilibre. Elle pense encore à son travail à la police, mais ses priorités ont changé. Comme il aurait pu lui dire, sa carrière ne lui servira pas éternellement d'édredon le soir, il arrivera un jour où elle n'aura plus la force de se lever tous les matins pour courir après les méchants. Alors qu'eux, les deux hommes de sa vie, seront toujours là à ses côtés. Même si cela nécessite quelques concessions.
Leur fils Matthew vient de fêter ses deux ans. Il dort déjà dans sa chambre.
Ils sont serrés dans les bras l'un de l'autre. Mais elle le sent distant.
- Logan ? Ça ne va pas ?
- Non, rien. Tout va très bien. Excuse-moi. J'avais la tête ailleurs. Le boulot.
- Dis donc pas très loquace, ce soir. Je te voyais les yeux dans le vague pendant l'anniversaire de ton fils. Une affaire qui te pose problème ?
- Oui, c'est ça. Mais sans grand intérêt.
Il retire son bras de sous sa tête et se lève dans le noir pour s'approcher de la fenêtre. Sans la regarder, les yeux toujours rivés sur l'obscurité de la ville.
- Tu es heureuse Veronica ?
Elle se redresse dans le lit.
- Logan ? Qu'est-ce qui se passe ? Bien sûr que je suis heureuse. Pourquoi me demandes-tu ça ?
- Tu as changé. Tu deviens sociable, tu m'écoutes, tu...
- Mais de quoi parles-tu? Je fais des efforts c'est tout, pour m'intégrer et me conformer à la norme.
- Mais depuis quand la norme est-elle devenue ta référence V ? Depuis quand le monde qui t'entoure est-il devenu tout rose et tout beau ?
- Et ça ne te plait pas ? Logan, j'ai tout fait pour que tu n'ais plus à craindre pour ma vie, j'ai décidé de la prendre en main, de devenir aussi parfaite que je peux l'être. Je veux être une bonne mère, une bonne épouse, une bonne maîtresse et voilà tout. Je ne veux plus te décevoir, ajouta-t-elle en passant ses bras autour de sa taille et en se plaquant dans son dos.
- Mais je ne t'ai jamais demandé ça V. Je n'ai jamais voulu d'un robot, je te veux toi avec tes imperfections et tes coups de gueule.
- Quoi, tu te plains parce que je ne te contredis plus ? Parce que maintenant nous ne nous disputons plus ?
- Non, tu as raison, je suis fatigué, je déraille. Viens là plus près, viens...
Il la porte jusqu'au lit et l'allonge sous lui. Elle est si belle avec ses mèches blondes encadrant son visage où brillent des magnifiques yeux bleus. Une vraie poupée, une femme parfaite.
Mais pourquoi ce manque qu'il ressent au creux du ventre ?
Pour ne plus penser, il l'embrasse et commence à la caresser jusqu'à ce que son corps prenne le gouvernail de son esprit et que ses sens lui fassent taire ses maudites pensées.
(...)
Désormais habillé, il sort la planche de sa chaussette protectrice et s'engage sur l'escalier de bois. Les lattes craquent sous ses pas et il croise deux surfeurs qui remontent vers la route. Il les salue de la tête, entre initiés.
Il apprécie le contact du sable sous ses pieds nus. La réminiscence d'une période si proche temporellement et pourtant si loin émotionnellement. Le vent s'engouffre dans ses cheveux, rafraîchit la morsure du soleil sur sa peau. L'eau devrait être à bonne température. D'après ce que lui a dit le vendeur à la boutique, il lui reste encore environ deux heures avant que le vent ne tourne et n'empêche les vagues de former les rouleaux qui l'emmèneront à des lieues de ses soucis présents. Mais est-il vraiment là pour ça ?
La silhouette qu'il avait observée en action quelques minutes plus tôt est maintenant sur le sable, les yeux perdus dans la contemplation des flots, lui tournant le dos.
Malgré l'appréhension, il s'approche et s'assied près de lui.
- Tu te crois dans Point Break ? entame-t-il d'un ton laconique.
- J'ai toujours rêvé d'avoir les abdos de Patrick Swayze... lui répond Logan sans tourner la tête.
- T'as pas l'air étonné de me voir.
- Je t'attendais. On m'a prévenu de ta venue, histoire que l'accueil soit correct...
- Et tu n'as donc pas fui... constate Dick, malgré tout étonné. Ta Lynn Beaver ne m'avait pas assuré de ta présence, elle m'a juste dit de faire vite.
- Je vois que tu as su apprécier le choix de son nom de code.
- Et toi c'était quoi, « le petit lapin bleu » ? demande-t-il sarcastique.
- Non, moi ça a toujours été endurance, répond-il.
Une évidence ou un automatisme, il n'aurait su dire.
Comme les vagues qu'il cherchait à dompter depuis plusieurs semaines dans ce cadre paradisiaque, le passé le submerge à nouveau.
- Pourquoi tu es là Dick ? demande-t-il enfin.
- Moi, j'ai une autre question. Pourquoi tu es là Logan ?
- Oh, Dick Casablancas prend de l'assurance et a appris à faire du vélo sans les petites roues ! Maintenant il veut mener la danse. Tu n'as jamais rien compris à cette histoire, alors ne commence pas maintenant.
Dick sent ses poings se serrer. Il ne veut pas en arriver là, mais il se doutait que la tâche ne serait pas facile. Il faut qu'il garde son sang-froid et qu'il lui explique calmement. Enfin, aussi sereinement que possible.
- Tu n'es qu'un crétin Logan. Tu es parti en laissant une merde pas possible derrière toi, et même si je n'ai jamais voulu y comprendre quoi que ce soit, tu m'y as mis jusqu'au cou en t'enfuyant de cette manière. Tu n'as pas idée des dégâts que tu as causé là-bas ! commence-t-il malgré tout à s'emporter.
- Les choses se tasseront tu verras. Le temps fera son œuvre. Ca finit toujours comme ça. Ça doit finir comme ça.
Logan est étonnement calme. Distant aussi.
- Tu veux quoi, que j'assiste à un autre enterrement ? Quand ta Mata Hari t'a appelé pour te prévenir de ma venue, elle ne t'a rien dit de plus ?
- Ses propos ont été assez succincts. Et surtout je ne l'ai eu qu'hier, soit pas le temps de boucler ma valise et de fuir à l'autre bout de la planète. Grosso modo, sa phrase disait, j'ai besoin de savoir où tu es, n'en bouge pas, un ami à toi veut te voir et c'est plus important que tout le reste. Alors qu'est-ce qui pourrait être plus important que ma vie Dick ? reprend-il en se tournant cette fois ci vers lui et en plongeant son regard dans le sien.
- La sienne, répond Dick en tentant de ne pas être déstabilisé par le fait de revoir son ami vivant.
Cela faisait maintenant trois semaines qu'il était au courant. Lorsque Brooke lui avait remis le dossier, juste un post-it en dernière page.
" Il est vivant. Il a voulu disparaître. A vous de voir."
Le choc avait été très violent. Sa première réaction, comme un automatisme, avait été d'appeler Mac. Ensemble, ils avaient décidé malgré tout de laisser les choses en l'état, de respecter son choix, même si pour Dick, cet abandon et la mise en scène théâtrale de sa disparition étaient la pire des trahisons. Après tout, une de plus.
- De qui tu parles ? l'interroge Logan plus brutalement qu'il ne l'aurait voulu.
- Ne fais pas l'idiot. Tu le sais très bien. Veronica.
- Quoi, elle a eu un accident, son gilet pare cœur n'a pas fonctionné cette fois-ci ?
- Mais de quoi tu parles ?
- Tu me dis que sa vie est en danger, j'imagine qu'elle s'est encore fourrée dans une enquête dangereuse et qu'elle a pris quelques coups...
- Elle est dans le coma et les médecins disent qu'elle ne se réveillera peut-être jamais, assène-t-il volontairement avec brutalité.
- Quoi, une balle perdue ?
Sa voix frémit légèrement mais il refuse de laisser transparaître la moindre émotion. Dick en profite pour s'engager dans la brèche maladroitement. C'était la santé stationnaire de Veronica et surtout son enfermement dans un état catatonique qui avaient déclenché son départ. Alors que sa vie n'était plus en danger, son cerveau, quant à lui, se refusait à émerger et selon les dires des médecins, plus son coma volontaire se prolongerait, plus son réveil deviendrait improbable.
- Non, son amour perdu.
- Le lyrisme te va très mal au teint Dick, tu devrais faire attention quand tu te lances dans la guimauve, rétorque Logan en haussant le ton.
- Mais qu'est-ce qui t'est arrivé ? Je croyais que tu ferais n'importe quoi pour elle ! C'est à cause du bébé ?
- Ne t'avise plus jamais de parler de ça Dick, et je t'assure que je ne plaisante pas !
Cette fois-ci Logan répond très doucement, mais il a bien détaché ses mots pour leur donner le maximum de poids. Dick ne supporte plus cette attitude indifférente de la part de son meilleur ami. Il se lève brusquement et se plante devant lui pour le dominer de toute sa hauteur.
- Tu crois que j'ai fait plus de 15 000 kilomètres pour éviter les sujets qui fâchent ? Non Logan ! Je passe sur ce que moi j'ai pu ressentir en apprenant ta mort et sur la petite visite guidée que tu m'as offert à la morgue pour reconnaître un corps qui de toute évidence n'était pas le tien, mais tu ne m'empêcheras pas de parler d'elle !
Désormais, ce ne sont plus deux amis qui se font face. Logan s'est levé également et se tient devant lui. Entre haine et douleur, il est désemparé, mais se refuse à tout atermoiement. L'agressivité est le meilleur rempart qu'il a trouvé face aux questions de Dick.
- Mais qu'est-ce qui te prend ? Tu ne l'as jamais aimée, tu m'as toujours dit qu'elle ne m'attirerait que de la souffrance et maintenant tu viens me faire une morale à deux balles comme quoi c'est moi le fautif ? Tu vas bientôt sortir les violons...
- Attends ! Je suis en train de te dire qu'elle se laisse mourir et toi, la seule chose que tu trouves à faire, c'est chercher de qui vient la faute ? Mais on s'en fout Logan, on n'en est plus là !
- Et on en est où alors ? Tu ne connais pas le quart de ce qui a pu causer notre séparation et...
- A qui la faute ? Je croyais être ton ami, et en fait je découvre un étranger ! Moi je ne t'ai jamais rien caché...
- Parce que tu as quelque chose à cacher peut-être ? Ta vie se limite à quel hôtel ce soir, quelle fille dans mon lit et pourvu que j'arrive à me souvenir de son nom demain matin ! Alors laisse-moi rire ! Mais tes préoccupations sont bien loin d'être celles d'un adulte normal !
- Alors je dois te dire un grand merci. Grâce à toi, en moins d'une semaine, tu m'as permis de me sentir plus vieux que je ne l'aurais voulu ; perdre les gens que j'aime, hériter d'une société, et jouer les golden boy. Pendant que tu y es, dis-moi que tu n'as fait ça que pour mon émancipation ! Ne te gêne pas !
N'y tenant plus, le poing de Dick part et s'écrase sur le maxillaire de Logan. De surprise celui-ci tombe en arrière sur le sable. Tout en se massant la mâchoire, il se relève et alors que Dick lui tend la main pour l'aider à se relever, il se plie en deux et se jette sur celui-ci pour le plaquer au sol. S'en suit un corps à corps brouillon, où les gestes empreints de tant de rancoeur partent en tout sens, mais sans réelle volonté de blesser.
Au bout de quelques minutes, à bout de souffle, ils s'écroulent sur le sable et restent silencieux jusqu'à ce que Logan prononce quelques mots libérateurs.
- Les vagues australiennes, tu connais ?... Après tout, tu es en tenue...
Sans lui répondre, Dick se saisit de sa planche qui gît toujours quelques mètres plus loin, et court à petites foulées vers le rivage. Logan le suit, laissant un léger sourire courir sur ses lèvres.
Il est rentré plus tôt du bureau, préférant lui parler alors que Matthew est encore à l'école. Un enfant de cinq ans n'a pas à assister à ce genre de choses. Il le sait d'expérience. Les discussions d'adultes doivent rester hors de la portée des enfants, en tout cas le plus longtemps possible.
Ils se font face dans le salon. Ils ne veulent pas hausser le ton, pourtant elle en meurt d'envie. Ses yeux ont beau être emplis de larmes, elle est en colère contre lui. Comment peut-il faire ça maintenant ? Alors qu'ils forment une si belle famille ?
- Non V. J'ai bien réfléchi. Ça fait longtemps que j'y pense, que je pèse le pour et le contre, mais c'est fini. Tu as changé, tu as tué la Veronica que j'aimais. La femme forte et volontaire dont je suis tombé amoureux a disparu.
- Mais j'ai fait tout ça uniquement pour toi, pour ne pas te perdre !
- Mais qu'est-ce que tu racontes ?
- J'ai fait un rêve, un horrible rêve, balbutie-t-elle. J'étais enceinte et, lors d'une mission, je perdais notre enfant et tu me quittais pour ça, pour ne pas t'avoir écouté et protégé le bébé. Et je ne le supportais pas, Logan. Pas encore, je ne pouvais pas. Alors j'ai décidé de changer, de me conformer à l'image que tu pouvais te faire de la femme idéale.
- Et tu t'es dis que pour moi la Veronica idéale devait ressembler à une Barbie lobotomisée ? crie-t-il, réalisant soudain l'ampleur de ses propos.
Leurs corps enfin déchargés de la tension qui les avait saisis dès qu'ils s'étaient retrouvés face-à-face, ils restent ainsi sur leur planche, se laissant dériver lentement avec le courant.
- Je reconnais que tu as su choisir ton paradis.
- Si paradis, il peut y avoir...
- On peut parler maintenant ? Sans que tu ne t'emportes ?
- Dois-je te rappeler que c'est toi qui m'as sauté dessus ?
- Je n'ai jamais aimé les longues embrassades...
Le bruit des vagues, du silence. Douce musique, mais il n'est pas là pour profiter de la vue.
- Il faut que tu rentres avec moi...
- Non, c'est terminé, l'interrompt Logan. Je ne reviendrais plus. Je ne suis plus qu'un macchabée dormant six pieds sous terre là-bas. Et il vaut mieux que tout reste comme ça.
- Oh, oui, je ne le sais que trop bien. Ta petite expérience m'a beaucoup plu !
- Je suis désolé. Mais je savais que tu pourrais t'en remettre.
- Ce n'est pas le cas de tout le monde Logan.
Ne se sentant pas encore prêt à aborder le vif du problème, il change de sujet.
- Comment tu as fait ? Je suis au courant pour l'enquête qui, entre parenthèse, est totalement réglée. Tu n'as plus rien à craindre. Mais qui as-tu payé pour mourir à ta place ? demande-t-il abruptement.
- Ça ne s'est pas vraiment passé comme ça. Je recevais de plus en plus de menaces et, un matin, on a découvert que mes freins avaient été sabotés. Et puis l'idée s'est faite toute seule. J'ai décidé Brooke Donovan à maquiller ma mort, le temps que ça se tasse... Enfin au début c'est ce que je lui ai laissé croire, et juste avant que tout ne se mette en place, je lui ai dit que je voulais que ce soit définitif, que je voulais être rayé de la carte. Alors elle m'a aidé... Et me voilà... mais toi aussi.
- Et nous ?
- Je sais... J'ai été égoïste, mais j'étais aussi à bout... Et la preuve, c'est que tu ne l'avais pas remarqué ! Tu me reproches de ne pas t'avoir parlé, mais tu n'étais jamais là Dick !
- Excuse-moi ! Mais je pense que, même si je t'avais suivi comme une ombre, tu ne m'aurais rien dit ! Ce n'est pas dans tes habitudes !
De nouveau un silence qui s'installe. Logan se masse toujours le menton, encore endolori par la frappe de Dick.
- Tu fais bien le mec qui a mal, ironise ce dernier.
- Les pires blessures ne sont pas les plus visibles, tu sais.
- C'est la phrase du sage surfeur philosophe c'est ça ? lance-t-il toujours en colère.
- Tu m'en veux, hein... murmure Logan dont les mains produisent un léger clapotis en tapant la surface de l'eau.
- Bien sûr que je t'en veux ! A mort ! rajoute-t-il en esquissant un sourire.
Le moment. Voilà, c'est maintenant. Ce pour quoi il est là. Durant ses recherches pendant ces deux semaines, il s'était fait le film un nombre incalculable de fois, et aujourd'hui que cela arrive enfin, les mots lui échappent, les longues phrases fortes et qui devaient normalement ne plus lui laisser le choix, disparaissent en fumée.
- Tu dois revenir pour elle. C'est vraiment grave, tu sais.
- Qu'est-ce qui se passe, soupire Logan, réalisant enfin que Dick ne le lâcherait pas tant qu'il ne se serait pas expliqué.
- Et bien... hésite-t-il. ...Elle a très mal pris ta "mort", explique-t-il en mimant des guillemets. Elle s'est droguée et elle est maintenant dans une sorte de coma d'où elle ne veut pas sortir, énonce-t-il d'une traite. Ton décès virtuel risque bien d'en provoquer un des plus concrets.
La nouvelle est brutale pour Logan. Il imaginait une blessure, qu'elle avait encore voulu jouer les super héros et que son statut de mortelle l'avait rattrapée. Les paroles de Dick lui font enfin prendre conscience de la portée de ses actes, des conséquences de sa présumée mort.
Dick tourne la tête et l'observe. Il est bronzé, son corps toujours aussi alerte. Après tout, il n'y a qu'un peu plus d'un mois qu'il a assisté à son enterrement. Pourtant, ses yeux sont toujours aussi tristes, l'Océan indien ne lui a pas rendu la petite étincelle qu'il avait perdue, il y a plus d'un an.
Soudain, Logan décide de lui dire. Les kilomètres parcourus par Dick, cette volonté farouche qu'il lit dans son regard, le convainquent de se confier. Ce sera peut-être la seule fois, mais il sent qu'il en a besoin. Il redresse la tête et fixe un point au loin.
- Elle est tombée enceinte. On en parlait depuis longtemps, mais je sentais bien qu'elle était réticente. Je me disais qu'elle manquait de confiance en elle et en sa capacité à être une bonne mère. Toujours est-il qu'un soir, elle m'a annoncé qu'elle attendait un enfant. Je l'ai rassurée, je lui ai dit qu'on y arriverait, qu'on s'aimait trop pour ne pas y arriver. Que toutes les erreurs à ne pas faire, on les connaissait, on saurait ne pas les reproduire. J'ai cru qu'elle était quand même heureuse.
Dick le laisse parler. Il connaît les grandes lignes désormais et il sait surtout ce que pensait Veronica de sa grossesse. Il a lu le journal. Il l'a détestée pour le mal qu'elle lui a fait. Et puis il a réfléchi. Il a fini par avoir mal pour elle aussi. Logan n'a pas à savoir tout ça maintenant, et surtout pas par sa bouche. De plus, il sent que son ami vient d'ouvrir une brèche et que cette verbalisation est nécessaire.
- Je commençais déjà à faire des projets. Je m'imaginais en patriarche d'ici une cinquantaine d'années avec une famille, une vraie famille à moi. J'acceptais qu'elle ne veuille pas vous en parler tout de suite. J'aurais dû comprendre... Enfin, un soir, l'hôpital m'a appelé pour aller la récupérer. Elle avait reçu un violent coup lors d'une mission et avait dévalé des escaliers. Le bébé était mort.
- Mais ce n'était pas de sa faute, intervient Dick.
- Pas directement, c'est vrai. Mais quand elle m'avait appris qu'elle était enceinte, je lui avais demandé de prendre des précautions, que pendant sa grossesse, elle n'aille plus sur le terrain. Elle me l'a fait croire. Elle m'a menti. Elle a délibérément mis en danger sa vie et celle de l'enfant. Je me suis senti trahi comme jamais je ne l'avais été.
Il s'arrête enfin et se passe machinalement une main lasse sur la nuque. Dick connaît bien ce geste, signe d'un profond désarroi. Son ami est toujours là, les kilomètres et cette année ne l'ont pas vraiment tué. Il est toujours touché et blessé par ces événements.
- On a eu une dispute ensuite. Je crois qu'il n'existe pas de mot en fait pour décrire ce soir-là. Mais cette fois-ci je n'ai pas accepté, je ne pouvais pas l'excuser une fois de plus. On s'est dit des choses affreuses, sûrement bien plus que ce qu'on pensait réellement. Elle m'a dit que jamais elle n'avait voulu d'enfant, que c'était une charge qu'elle ne voulait pas supporter. Que si j'en voulais vraiment, je n'avais qu'à me trouver une fille et l'engrosser. Moi, de mon côté, je ne l'ai pas épargnée non plus. Je lui ai expliqué qu'il ne fallait pas chercher loin pour comprendre pourquoi elle était si seule, pourquoi personne ne pouvait l'aimer suffisamment longtemps. Que je comprenais presque pourquoi sa mère était partie. Entre un père qui l'idolâtrait et un égoïsme comme le sien, personne d'autre n'avait sa place. Enfin, on ne s'est pas épargné...
- Je... Tu sais, elle a écrit un journal quand elle a compris dans quoi elle s'embarquait. Je crois que tu devrais le lire, avança Dick.
- Non, je ne veux plus revenir Dick. Je suis désolé pour tout le mal que j'ai fait, mais je n'ai plus la force de revivre tout ça.
- Mais elle va mourir si tu ne reviens pas.
- Mais elle mourra aussi un jour, même si je reviens... et je ne veux pas assister à ça.
- Pense à son père, il n'a plus qu'elle, tenta-t-il encore.
- Moi aussi, je n'avais plus qu'elle. Il fera comme moi, il survivra.
Il est parti.
Il a pris un sac où il a entassé quelques affaires et il a quitté l'appartement. Elle est assise sur le canapé depuis au moins une bonne heure. Chaque mot qu'il avait prononcé était un coup de poignard supplémentaire.
Sa vie, quelle qu'elle soit, est-elle donc systématiquement vouée à l'échec ?
Elle s'allonge sur le sofa et laisse reposer sa tête sur un coussin. Le velours rouge est doux sous sa joue. Une voix familière lui fait relever les yeux.
- Beau fiasco dis-moi !
- Lilly! Mais qu'est-ce que tu fais ici ?
- Je viens voir l'ampleur des dégâts. Tu ne t'es pas ratée sur ce coup là ! Mais tu as vu à quoi tu ressembles ? On dirait la Veronica gentille et insipide d'avant ma mort ! Tiens, entre parenthèses, comme c'est ton rêve, tu aurais au moins pu me ressusciter, alors que là j'ai juste le droit de regarder mais pas de toucher !
- Mais je pensais que c'était ce qu'il voulait, je n'ai fait tout ça que pour lui ! rétorque Veronica, éludant le sous-entendu de son amie défunte.
- Incroyable comment tu as ravalé ta fierté ! Dommage qu'en même temps tu aies mis ta lucidité au placard ! Mais Veronica, Logan n'a jamais été amoureux de cette fille là ! C'était mon mou de frère qui l'aimait ! Logan ne s'est intéressé à toi que lorsque tu es devenu un alter ego pour lui, quelqu'un à qui il pouvait se confronter ! A ton avis ?... Qu'est-ce qu'il aimait chez moi ?... Mon sourire innocent ?
Veronica s'est redressée sur le canapé et se tient le visage dans les mains.
- Mais tout ça n'aura donc servi à rien ? Comment j'ai pu être aussi aveugle, aussi idiote...
Lilly s'agenouille devant elle et prend ses mains entre les siennes.
- Tu étais malheureuse. Tu culpabilisais. Ça a été une accumulation de choses. Depuis un an, tu te détruisais petit à petit, tout ça n'a été que l'élément déclencheur. Tu dois te réveiller Veronica, fuir n'est pas une solution, la preuve.
- Mais si je me réveille, il sera mort et je me retrouverais avec les conséquences de tout le mal que j'ai fait. Je ne sais pas si j'y arriverai sans lui.
- Tu n'es pas seule Veronica, tu ne l'as jamais été. Tu as ton père, tes amis... et moi toujours dans un petit coin de ton coeur. Et lui aussi, tu le sais bien.
- Ce sera aussi facile que ça, lui dit-elle en la regardant de ses grands yeux mouillés.
- Non ! Ce sera aussi difficile que ça...
Un avion. Un de plus. Mais cette fois-ci, il semble bien que ce soit le dernier. L'engin est plein de touristes américains qui rentrent chez eux. Il aurait aimé avoir un visage connu sur le siège à ses côtés. Mais il est seul.
Quand il arrive à l'hôpital, Mac se jette dans ses bras. Rien n'a changé. Toujours un corps inerte dans un grand lit blanc. Toujours la main de son père sur la sienne, au cas où elle bougerait un doigt.
Voir Lilly a été comme un révélateur pour elle. Seule, elle n'avait pas réalisé qu'elle singeait la vie d'une autre. Elle doit se prendre en main.
Elle entre dans sa chambre, s'allonge sur le lit et ferme les yeux.
Elle ne sait pas comment procéder.
Mais elle sait maintenant qu'elle doit le faire.
Les somnifères qu'elle vient de prendre commencent déjà à faire leur effet.
La tête lui tourne, elle se sent partir.
Il attend. Deux jours qu'il est arrivé et c'est comme s'il n'était jamais parti. Avec le père de Veronica, ils alternent à son chevet. Les médecins ont beau leur dire qu'il n'y a pas beaucoup d'espoir, aucun ne veut baisser les bras. Après tout, ils ont toujours été les deux hommes de sa vie. La lecture du journal est terminée et pourtant il ne le quitte pas.
Alors que ses yeux se perdent dans le bleu du ciel qui inonde la chambre, il croit percevoir comme un frémissement sous ses doigts. Il tourne vivement la tête et la regarde fixement. Il voit ses paupières trembler. Il n'arrive pas à bouger, il pense se lever pour appeler son père, mais ne peut pas la quitter des yeux. Il veut recueillir son premier regard. Enfin le bleu de ses yeux apparaît. Il remarque que ses lèvres bougent et il saisit le simple mot qu'elle prononce.
- Logan ?
FIN