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Série : Veronica Mars
Création : 01.03.2010 à 14h02
Auteur : lolia
Statut : Abandonnée
Suite du 3.20 - Boucler la boucle, boucler ma boucle ...
Cette fanfic compte déjà 103 paragraphes
Troisième Partie : Je vais bien, ne t’en fais pas.
Enveloppée dans la veste saillante, assise à l’arrière d’un camion, elle vient à bout de ses derniers tremblements.
Les gyrophares lui fatiguent les yeux.
Son visage contre le torse de Ryan, elle reprend peu à peu ses esprits.
Ryan.
Toujours là.
Le brancard passe à quelques mètres d’eux.
Elle baisse les yeux et glisse sa main dans celle de son époux.
Concert Fat Boy Slim – « Hollywood Bowl » Los Angelès.
13 janvier 2017.
L’odeur de transpiration afflue dans leurs narines. Le mouvement de foule s’épaissit lorsque les vigiles ouvrent les portes.
Emportés par l’abondante peuplée d’adolescents, ils se laissent porter par le rythme sauvage.
Elle, perruque noire, rouge à lèvres cramoisi, faux piercing et jean troué, se fond incognito au milieu des visages juvéniles.
A quelques mètres, lui, beaucoup plus fonctionnel dans son uniforme d’agent, surveille son champ d’action.
Traînés par la folie des corps déchaînés, les voilà immergés dans l’immense salle de concert.
L’alcool tombe en trombes sur les corps surexcités et les cris accaparent l’espace sonore.
Elle a chaud, elle ne voit quasiment rien.
Elle a soif.
Peu importe.
Elle ne doit pas abandonner.
Pas maintenant.
Le groupe entre sur scène sous les hurlements des fans.
Fans qui, enivrés par la musique, bougent à en perdre l’esprit.
C’est l’érosion. La sueur détale sur leurs corps déjà humides.
Une immense bousculade dans laquelle elle se retrouve piégée, coincée au cœur de la tornade fantasque et des corps en délire.
Elle se fait minuscule et se fraye un chemin.
Elle doit le trouver.
La main dans sa double poche, apposée à son Glock 9 mm, elle sillonne les silhouettes enflammées.
La musique cogne de plus en plus fort dans ses oreilles. Sa cravate l’étouffe, à peine le temps de la desserrer qu’il l'a perdue de vue.
« Merde ».
Flippé, il charge son arme et, à l’abri des regards, la ramène près de son torse.
« Veronica ! »
Sa voix s’envole au milieu du brouhaha.
Bousculé par sa peur, il ne cherche pas à comprendre et entame une croisade au milieu de la débâcle dansante.
Elle continue sa traversée.
Il est là. C’est sûr.
Il ne lui reste plus qu’à le trou… …ver.
Elle reconnaîtrait cette odeur entre mille. L’étau se resserre.
Sa main s’approche un peu plus du Glock.
Une ombre l’effleure.
Chemise bleue, chevelure chocolat, une prise électrique qui dépasse du jean, plus aucun doute.
Accolée à lui, robe rouge et corps fluet, une amazone est tombée dans ses filets épineux.
Soif.
Elle aimerait lui sauter dessus, planter le canon au fond de sa gorge, appuyer sur la gâchette…
« Vivant Mars ! Vous m’avez bien compris ? Vivant ! »
Terrassé, il n’a toujours pas mis la main ni sur Veronica ni sur Mercer.
Désespéré, il arpente la foule encore et encore.
Encore…
Encore.
Elle les suit.
L’amazone marche de moins en moins droit et l’étreinte du prince chocolat est de plus en plus brutale.
Son doigt se place sur la gâchette.
Traînée par son prince, l’amazone, emprunte la porte de sortie de secours.
Soif.
Elle aussi prend la direction du pays des merveilles.
Pas de lapin, ni de fleurs géantes.
Juste un couloir lugubre au bout duquel une porte.
Au fond, la porte s’ouvre, le vent s’engouffre et lui balaye le visage.
Un vent glacé. Un vent d’hiver.
Elle court, la perruque s’envole.
Dehors, l’amazone gît sur le sol, tandis que le prince prépare le coffre de son carrosse.
- FBI. On ne bouge plus !
- Veronica ? Veronica Mars ! J’y crois pas ! Ca fait un bail dis donc. Entends-tu toujours le loup ?
- FBI. On ne bouge plus. Mercer Hayes vous êtes en état d’arrestation.
- Houhouhou…
Réflexe de Pavlov, ses jambes tremblent, incontrôlables.
Le vent siffle.
Elle déglutit.
- Houhou…
Il s’approche.
Paralysée. L’arme pointée sur lui.
Mais paralysée.
- Houhouhou…
Terrorisée, elle tremble de plus belle, le glock vissé entre ses mains.
- Houhou…
Il n’est qu’à quelques pas. Son odeur s’immobilise dans l’espace.
Son regard s’ancre dans le sien.
- Houhouuuuuu
Ses yeux s’embuent malgré elle. Elle lutte, fébrile.
Un pas de plus…
Il les voit. Lui, charognard à 9 vies, s’apprête à sauter sur Veronica.
Elle reste immobile.
Et Mercer s’approche, sous ses yeux. Son cœur s’emballe.
Il tire.
Il tire sur lui. Peu importent les ordres.
Veronica.
La silhouette s’écroule.
Il accourt.
Veronica est restée là, tremblante comme une feuille.
Tendrement, il l’enveloppe dans sa veste.
Une balle dans la cuisse droite, l’homme à terre suffoque de douleur.
Les gyrophares…
Besoin d’un verre…
Couchés côte à côte ils laissent le silence peser dans l’obscurité.
À son grand soulagement, elle a cessé de pleurer.
À son grand désespoir, elle ne dit plus un mot.
Il n’a jamais cherché à savoir.
Peut-être pour se protéger. Les protéger.
Il ne cherchera jamais à savoir. Pour la protéger.
Il l’aime tellement…
Sentir sa présence lui est suffisant.
Son souffle court dans l’opacité de la nuit.
Son odeur sucrée, indélébile...
Tendrement, il approche sa main de son ventre.
Le silence.
Caresse la peau laiteuse, se rapproche de son corps fluet, effleure son bas-ventre.
Il aime la chaleur animale de sa peau.
Il aime son souffle haletant.
Il l’aime, tout simplement.
Aux deux extrémités de la pièce, leurs portables respectifs sonnent.
Elle sursaute.
- Mercer, ils l’ont repéré.
Couchés côte à côte, ils laissent le silence peser dans l’obscurité.
À son grand soulagement, il ne pose pas de question.
À son grand désespoir, elle sait que ce ne sera pas toujours comme ça.
Il n’a jamais cherché à savoir.
Elle ne comprend pas pourquoi.
Peut-être pour se protéger. Chose qu’elle n’a jamais su faire.
Le temps ne panse rien.
Sentir sa présence lui est pesante.
Son souffle court rend l’air irrespirable.
Son odeur est virile, indélébile...
Elle sent sa main venir se poser sur son ventre.
Le silence.
Soif.
Maintenant, la main vagabonde sur sa peau laiteuse, se rapproche de son corps meurtri, effleure son bas-ventre.
Elle ferme les yeux. Mord ses joues.
Fort.
Plus fort.
Aux deux extrémités de la pièce, leurs portables respectifs sonnent.
Elle sursaute.
- Mercer, ils l’ont repéré.
10 janvier 2017
Son costume Yves Saint Laurent lui sied parfaitement.
Il déambule avec assurance dans les rues de Los Angeles. A en juger son carnet de rendez-vous, la journée est loin d’être finie.
Après un rendez-vous à 10h30 avec Lenny la star du Hip Hop montante, il déjeunera avec le nouveau patron de la CW pour discuter des contrats de ses protégés et à 14 h, il s’envolera pour New York pour parler de son éventuelle association avec la société de production de l’actrice Scarlett Johanson.
Il rit du ridicule de la situation.
Il y a deux jours, il arpentait les mêmes rues vêtues de sa tenue de surf préférée.
Sa chevelure peroxydée et son corps athlétique laissaient entrevoir la frivolité de sa vie.
Son visage s’assombrit.
Mais il a promis.
Une promesse est une promesse.
Cheveux courts, costard de grande marque, il est temps de se confronter à la vie.
Il déglutit, amer.
Adulte.
Arrive devant l’immense bâtisse, son fief désormais.
Quand il entre, les courbettes des employés lui donnent une subite envie de vomir.
Ces mêmes personnes qui, un an plus tôt, s’ils le regardaient, le dédaignaient de façon indécente.
Ils s’agglutinent autour de lui. Comme des mouches sur un pot de miel.
« Monsieur Casablancas » par ci, « Monsieur Casablancas » par là.
Il accélère la cadence jusqu’à son bureau, s’enferme à double tour.
Respire.
« Bienvenue en enfer mon pote ! »
9 janvier 2017.
On ne compte pas le nombre de personnes qui étaient présentes l’an dernier, le même jour, dans ce même endroit.
Aujourd’hui l’effectif s’est réduit.
Ils ont tous repris le cours de leurs vies et ont oublié.
Oublier. Le temps a fait son travail.
Ils ne seront que deux à venir le pleurer aujourd’hui.
Elle, Sue Stevenson.
Et lui, ce surfeur hilare qu’elle n’a croisé qu’en de bien piètres circonstances.
Au moins, lui, il est là.
Elle s’est habillée de noir. C’est la coutume n’est-ce pas ?
Ils n’étaient peut-être pas mariés, mais c’était tout comme.
Qu’est-ce qu’elle doit faire au fait ?
Pleurer ? Elle n’en a plus la force.
Parler ? À quoi bon.
Alors elle reste là.
Silencieuse, bouquet de chrysanthèmes en main, robe noire et escarpins assortis.
Manque toujours la même personne.
Veronica Mars.
- Drusilla vient de partir alors, j’en profite. C’est étrange comme le noir de sa robe et son épaisse chevelure ébène font ressortir son côté sauvage. Tu devrais mourir plus souvent.
Il sourit de sa mauvaise blague.
- Oui tu vois, je suis là moi. Je ne t’oublie pas. Bon je ne suis peut-être pas le blond que tu voulais voir mais me voilà.
Sa gorge se serre. Il respire.
- Aujourd’hui il y avait des vagues incroyables ! Tu aurais adoré. C’était monumental, j’ai surfé jusqu’à épuisement. Ca m’a rappelé nos matinées d’une époque trop lointaine…
Avant que tu ne montes cette stupide boîte…
Avant que Dru… Sue, ne te vampirise. Tu te souviens ?
Ses yeux se voilent, il passe nerveusement sa main dans une de ses mèches espiègles.
- Je ne comprends pas. J’ai beau chercher dans ma, certes chaotique mais néanmoins présente, mémoire, je ne vois pas. C’est vrai quoi, il n’a jamais été question que je travaille ? Alors pourquoi moi ? Est-ce que j’ai une tête à me déguiser en pingouin et à faire le singe pour vendre les mérites de toutes ces pseudos stars ? Tu fais ça si bien… Tu faisais ça.
C’est le mot de trop. Il craque. Les mots sont trop durs.
Si le chagrin est dévastateur, les pleurs semblent être rédempteurs.
- C’est bon tu as gagné. Demain j’irai grandir.
Demain Dick Casablancas va devenir Richard Casablancas.
Eh oui, tu as devant toi le nouveau PDG d’Echolls Production ! C’est la vie mec, qui va à la chasse perd sa place ! Fallait pas mourir !
9 Janvier 2017
Trois jours sans dormir ont tiré ses traits.
L’obscure clarté de la nuit la plonge au milieu de ses souvenirs.
Tout est si calme.
Soif.
Trois heures du matin, le vent marin souffle à travers le cimetière.
365 jours.
12 mois.
Un an.
Soif.
La gerbe de roses fanées entre ses mains, elle reste là, stoïque.
Elle n’a pas pu l’approcher de trop près.
Elle est là. C’est déjà ça.
Tout semble si naturel. Ces pierres tombales qui décorent le sol, ces gerbes de chrysanthèmes qui lâchent un parfum ambiant.
Tout est si naturel.
Sauf une tombe.
Sa tombe.
Elle laisse échapper un sanglot.
Une bourrasque emporte les pétales séchés qui dansent tout autour d’elle, tout autour d’eux.
Soif.
Ses yeux piquent.
Les sanglots s’arrêtent, l’anxiété a pris le dessus, un nœud au fond de la gorge qui l’empêche de respirer.
À boire !
Mais qu’est-ce qu’elle fait là ?
Elle court.
De toutes ses forces, elle court.
S’enferme à double tour, attrape la fiole de whisky cachée sous le siège.
Boire.
Tenir.
Tenir, tenir, tenir, debout et demain.
Demain…
24 décembre 2016
Déhanchés coordonnés, strings sillonnant au rythme de la boule à facettes, ils savourent chaque instant.
Côtes à côtes, bêtes sauvages tapies dans l’ombre, ils transpirent devant le spectacle de nudité insolente que leur offrent les jeunes femmes.
On reconnaît le plus gourmand à son regard.
Oui, le regard, c’est traître.
Ses yeux lagons scrutent les déhanchements comme s’il allait bientôt les maîtriser.
Quelques va-et-vient et c’est sans complexe qu’il glisse une épaisse liasse dans la ficelle.
L’autre est plus timide.
Emu par l’abondance des chairs, il ne peut que jouir de ce plaisir de trop plein.
Abondance.
Aux antipodes de sa vie.
Paradoxalement, sa vie.
- Elle est bonne la petite brune non ?
C’est Gourmand qui vient de lui susurrer à l’oreille. Il a l’air satisfait.
Sans complexe, dans un élan d’excitation, il lui montre le rasoir électrique dans sa poche de jean.
- Va te faire foutre Mercer. Je m’en tape des poupées que tu serres ! Tu vois pas que j’ai d’autres problèmes !
- On se calme Stone, c’est toi qui m’a sorti de mon trou. Je veux juste te rendre la pareille et te faire profiter…
- Ben tu te plantes ! Je t’ai déjà dit que c’était pas ma cam’. Fais ce que tu veux mais m’embarques pas dans tes délires. Et puis c’est bon… On est quitte.
- C’est bon capitaine, je prendrai la mer seul alors… En revanche… …Si tu veux la mère, on pourra négocier.
Il a voulu cette phrase sur un ton complice.
Malheureusement, la réaction du grand timide est loin de celle escomptée. Agacé, ce dernier se lève brusquement, vide la monnaie de ses poches et quitte sans plus attendre l’endroit délictueux.
« Chérie, il faut qu’on parle. »
Non, trop solennel.
« Chérie tu dois arrêter de te pourrir la santé, soigner cet alcoolisme. »
C’est sûr, elle va se braquer.
« Chérie je suis ton père et en tant que tel… »
Non, non ! C’est nul. Tellement pas lui, tellement pas eux.
Il trépigne.
Ne pas trouver les mots ! Comme c’est ridicule ! Lui qui s’est toujours montré si responsable face à une fille si… Responsable.
Bombant le torse, il est bien décidé à la prendre en main.
Mais…
…Va-t-elle accepter ? Rien n’est moins sûr.
La porte s’ouvre.
Son torse se relâche aussitôt.
Sa fille, sa chère petite fille, face à lui, sourire en coin, titube légèrement.
Son cœur s’arrache.
Malgré lui, il se force un sourire.
- Chérie…
- …
- …Joyeux Noël !