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Glove Handed

Série : Veronica Mars
Création : 12.05.2010 à 17h07
Auteur : lealoeu 
Statut : Abandonnée

FIC INACHEVEE - « Allez, pas très orginal, mais on se situe juste après le 320, c'est ma première longue fic, soyez indulgents! »

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Veronica ne pouvait s’empêcher de sourire en conduisant. Toutes les deux minutes elle jetait un coup d’œil sur l’enveloppe posée sur le siège passager et se sentait presque revivre. Elle ne l’avait pas encore ouverte, elle ne voulait pas replonger tout de suite dans cet univers oppressant, elle ne voulait pas avoir à être responsable. Elle voulait juste savourer enfin cette impression de liberté qui l’avait saisie dès qu’elle avait aperçu l’enveloppe. Il faut croire que les coïncidences existent. Nish avait seulement joué de malchance.

Veronica ralentit, elle arrivait devant Mars Investigation. Elle se gara, et rejoignit d’un pas rapide et sautillant la porte de l’agence. Elle entra sans frapper, le sourire toujours aux lèvres.

Son père était au téléphone.

 

- Demain… oui, très bien… Vous dites ?... Dix heures, j’y serai… Oui… Oui… Nous pourrons très certainement en parler plus longtemps demain Monsieur… Weisber… Monsieur Weisber, c’est pour cela que je viens demain… Oui, c’est cela, à demain… Au revoir monsieur Weisber.

 

Keith raccrocha et sourit largement à sa fille.

 

- Le fils de Monsieur Weisber fume du cannabis ou sa femme le trompe ? demanda Veronica en s’asseyant sur le fauteuil face au bureau.

- Tu me sous-estime chérie, détournement de fonds.

- Oh ! lança Veronica ironique

- Le comptable pique dans la caisse. Enfin, il semblerait.

- Contente de te voir sourire Papa.

 

Keith se leva et embrassa sa fille sur le front. Il mit rapidement sa veste et lança à Veronica les clefs de sa voiture.

 

- J’ai réservé au chinois, tu nous emmènes ?

- A vos ordres chef ! 


lealoeu  (22.05.2010 à 17:57)

- Attends, tu plaisantes ?

 

Veronica regardait son père, surprise. Keith sourit.

 

- Oui, moi aussi ça m’a fait cet effet.

 

Il attrapa le dernier nem qui restait sur la table, et reprit :

 

- Mais il faut croire que Vinnie est meilleur sheriff que détective. Il doit avoir une bonne équipe.

- Mais tu es sûr de toi ?

- Absolument, j’ai eu l’info par Léo, c’est le seul de mes hommes à travailler encore là bas.

- Mais tu n’as…

- J’ai vérifié ses dires en contactant le légiste, bien entendu.

 

Veronica se laissa tomber au fond de sa chaise, songeuse.

 

- Il n’y a aucun doute, tests ADN à l’appui, Vinnie a coffré le bon. Il semblerait que ce soit un récidiviste. Il a déjà tiré cinq ans pour tentative d’agression sexuelle il y a quelques années…

 

Keith posa sa main sur celle de sa fille.

 

- Je suis désolé pour ton amie chérie.

- Je… Veronica hésita, ça me soulage de savoir que c’est fini.

 

Elle sourit faiblement à son père.

 

- Qu’est-ce qui s’est passé ?

- Tu es sûre de vouloir savoir ?

 

Veronica acquiesça en silence.

 

- Viol. Mais elle a résisté. Meurtre sans préméditation… apparemment il la tenait serrée au cou. Il semblerait qu’il ne se soit rendu compte de sa mort qu’après… enfin, les détails sont plutôt durs, je ne préfère pas…

- C’est bon Papa. Merci.

 

Un silence s’installa quelques instants, puis Veronica se leva, attrapa son sac et se tourna vers son père.

 

- Je te ramène ? lança-t-elle avec un sourire un peu forcé.

 

Keith se leva à son tour, passa un bras autour des épaules de sa fille et lui sourit. 


lealoeu  (24.05.2010 à 14:36)

Veronica était seule chez elle, assise sur le canapé du salon. Elle tenait la grande enveloppe dans sa main droite. Elle la regardait et ne pouvait s’empêcher de sourire. De sourire… elle s’en voulait de ce sentiment de libération qui l’avait envahie dès qu’elle avait aperçu l’enveloppe. Ce soulagement la dégoutait. Elle posa l’enveloppe à côté d’elle et ramena ses genoux sous son menton. Elle ne pouvait pas attendre indéfiniment. Elle ne pouvait pas jouir indéfiniment de ce bref moment de répit. Elle devait finir. Elle devait en finir avec tout ça. Définitivement. Elle attrapa l’enveloppe, l’ouvrit d’un geste bref et en sortit les quelques feuilles qu’elle contenait.

A peine eut-elle lu le titre de l’article, que Veronica blêmit.

 


lealoeu  (26.05.2010 à 00:44)

Paranoïa, ou la névrose américaine.

 

 

Sociétés secrètes…

Grands mots, n’est-ce pas ? Il y a de l’aventure, il y a du frisson dans l’expression. Il y a de l’exceptionnel, pour agrémenter un peu vos petites vies vaseuses.

Des sociétés secrètes minent notre monde, des sociétés secrètes vous dirigent, des sociétés secrètes vous menacent ! Méfiez-vous ! Derrière chaque porte se cache un ennemi potentiel…

Paranoïa. Ce sont des rumeurs et des « on dit » telles que ceux-ci qui ont fait croire pendant des années à l’existence d’une bête du Gévaudan de l’autre côté de l’Atlantique. Ce sont des mouvements de foules incontrôlés et incohérents qui ont déjà été à l’origine de psychoses collectives particulièrement meurtrières quoique sans fondements. L’histoire ne manque pas d’exemples de morts abusives, de jugements trop rapides, de perte d’esprit critique… L’histoire ne manque pas de reflets de la folie humaine. L’histoire ne ment pas. Et notre si belle et grande nation, comme on se complet à nous le répéter, se vautre depuis plus d’un siècle dans une angoisse névrotique de l’Autre. L’Autre est dangereux. L’Autre est différent. L’Autre vous veut du mal. Mais surtout, l’Autre est parmi vous. Méfiez-vous de votre voisin, son sourire cache peut-être un être maléfique et mauvais. Chaque fois qu’il vous salue en revenant de son prétendu club de bridge, il savoure sa supériorité sur vous : il sait ce que sera l’avenir de notre pays, il sait ce que sera votre avenir, il connaît les forces économiques, politiques, culturelles futures, car il les crée. En partie du moins. Qui l’aurait cru ? Il remet ses mains dans ses poches et marche tranquillement le long du trottoir. Il n’a pas besoin de vous prouver quoique ce soit. Il vous sourit innocemment en songeant combien votre situation est pathétique. Il est l’avenir. Il décide des guerres, des banqueroutes, de la puissance économique de telle ou telle entreprise, du licenciement de votre cousin, du film que votre fils va voir ce week-end. Vous voudriez le dénoncer, mais ce n’est pas possible ! On vous a aussi dit que la police était compromise ! Ils sont partout ! Un mot, et vous êtes mort… Alors vous souriez gentiment en retour, mais jamais, non jamais plus vous n’inviterez ce voisin pourtant si sympathique. Il est de votre devoir de prévenir le reste du quartier. Ce fourbe doit rester en dehors de vos vies… Quelques mois plus tard, il déménage. Sa vie est devenue un enfer. Plus personne ne lui adresse la parole, chaque matin ses pneus sont dégonflés, il a perdu son emploi. Mais vous, cachés derrière vos persiennes, vous ne voyez pas l’homme fragile et brisé, vous voyez encore le Mal personnifié prendre le volant en contrefaisant si bien le malheur et l’incompréhension.

 

Il est facile de ruiner une existence.

 

On vous dira de ce « ils », toujours effrayant, inquiétant et terriblement vague, qu’il sait tout de vous. Absolument tout. Tandis que vous ne pourrez jamais avoir de lui qu’une idée imprécise.

On vous dira, si vous cherchez quoique ce soit sur lui, prenez garde à vos proches, à vos parents, à vos amis, à vos chiens même. Et à vous. Pourquoi pas vous ?

On vous dira d’avoir peur et cette peur finira par vous maîtriser. Par être plus forte que vous. Elle finira par diriger votre vie, par vous refermer sur vous-mêmes. Vous resterez prostrés et seuls. Seuls et vulnérables.

On parle aujourd’hui d’organisation secrète et sous-jacente, d’espionnage et de pouvoir inimaginable, comme on parlait depuis 1917 jusqu’aux années 90 du « bolchévisme ». On cherche les espions comme on cherchait les sorcières ou les communistes. Cette hantise de la différence est typiquement étatsunienne, alors même que la différence est fondatrice de ce pays. Chercher en nous l’étranger, c’est entrer dans une guerre fratricide et infinie. Nous sommes l’étranger. Entrer dans cette logique là, c’est entrer profondément en guerre contre soi-même.

Cette nouvelle hantise qui apparaît et qui gagne du terrain, cette peur de puissances sous-jacentes insoupçonnées et surtout inconnaissables, je ne peux la comprendre que comme une nouvelle manifestation de cette paranoïa maladive qui a depuis toujours frappé notre pays. Ouvrez-les yeux, cela devient vital. En 1917, Palmer a qualifié le bolchévisme de « pathologie incurable » et tous ceux qui étaient suspectés d’en être étaient envoyés en Russie, qu’ils aient, ou pas, un rapport avec la future URSS. Les deux années qui suivirent, et particulièrement l’été 1919, furent marqués par un ségrégationnisme accru et une violence difficilement contrôlable. Quelques années plus tard une seconde vague de « peur du rouge » traversait notre pays, et j’ai encore honte aujourd’hui de l’ampleur meurtrière qu’a prise cette névrose collective. On se souvient tous des affaires Hiss et Rosenberg ainsi que de leurs terribles dénouements. On ressent encore l’agitation malsaine de la population pendant cette période où l’on était suspect par délation et où c’était au suspect d’apporter la preuve de son innocence. Est-ce cela que vous voulez retrouver ? Cette ambiance de méfiance et de haine omniprésente ?

N’oubliez pas que le syndrome Robespierre conduit à l’échafaud. N’oubliez pas que la méfiance est une arme politique. Seuls vous êtes vulnérables et influençables, groupés, nous pouvons être une force pensante.

La vie n’est pas un James Bond, on ne rencontre pas un agent double à chaque coin de rue. Votre boulanger, après tout, n’est peut-être que boulanger.

Alors oui, si vous le voulez vraiment, partez à la chasse aux espions, aux terroristes, aux membres d’organisations très secrètes et malfaisantes, mais n’oubliez pas en partant votre matériel de chasse aux fantômes, sorcières et autres monstres du Loch Ness, on n’est jamais trop prudents.

 

                                    Nicole Sweeney.


lealoeu  (27.05.2010 à 16:09)

 

Veronica relut l’article. Elle ne comprenait pas. Ou plutôt, elle comprenait trop, mais refusait de voir. C’était impossible… L’affaire était close, définitivement close. Elle n’avait rien à voir là dedans… et pourtant. Sa gorge se serrait à nouveau, son regard se brouillait et elle avait presque l’impression de se recroqueviller à l’intérieur d’elle-même.

Il sait tout de vous. Absolument tout. Tandis que vous ne pourrez jamais avoir de lui qu’une idée imprécise. On vous dira, si vous cherchez quoique ce soit sur eux, prenez garde à vos proches, à vos parents, à vos amis, à vos chiens même. Et à vous.

C’était elle. Comment ne pas le sentir. C’était elle, et c’était une menace. Nish était morte et elle était encore vivante. Nish était morte, et personne ne pouvait supposer que cet homme qu’on venait d’arrêter soit autre chose qu’un fou dangereux. Nish était morte et elle ne pouvait plus rien dire.

Elle parcouru l’article des yeux une fois encore. Acerbe et provoc. Nish tout craché. Si elle le publiait, personne ne saurait jamais rien. Elle fermait les yeux et tout ça s’arrêtait.

Veronica laissa retomber les feuilles par terre. Elle pleurait. Doucement, lentement, elle pleurait. Elle ramena ses genoux sous son menton. Fermer les yeux tout simplement. Et lâcher prise.

Elle pleurait, et elle sentait remonter en elle toute cette culpabilité qu’elle avait crue évanouie. Elle pleurait, et elle ne savait plus où elle allait et pourquoi. Elle pleurait, et elle pensait à tous ceux qu’elle aimait. Elle pleurait, et elle savait qu’elle ne voulait pas les perdre.

 


lealoeu  (29.05.2010 à 12:45)

Veronica se releva lentement du canapé. Elle avait les yeux gonflés, mais sa résolution était prise. Elle attrapa le téléphone.

 

- Oui, bonjour, je m’appelle Veronica Mars, je vous appelle car j’ai en ma possession un article qui devrait vous intéresser… 


lealoeu  (30.05.2010 à 23:01)

- Tu as lu le Daily ?

- Bonjour à toi aussi Mac, entre, je t’en prie.

 

Veronica referma la porte derrière son amie et retourna s’asseoir sur le canapé. Mac semblait à bout de nerfs, elle jeta d’un mouvement sec le journal sur la table devant Veronica. La première page indiquait en gros titre : « Harangue Post-mortem, le combat de feu Nicole Sweeney contre le mal du siècle ». Suivait l’article que Veronica avait découvert la veille ainsi qu’une brève biographie de Nish.

 

- Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda Mac brusquement au bout de quelques secondes.

- L’article de Nish.

- Tu plaisantes ? Tu sais tout aussi bien que moi que…

- C’est l’article de Nish. Je te l’assure.

 

Mac posa un regard incrédule sur Veronica. Elle remarquait à peine maintenant les traits tirés de la jeune fille. Au bout de quelques secondes, elle s’assit à côté d’elle.

 

- Tu veux en parler ?

- Nish est morte et c’est son article. Il n’y a rien d’autre à dire. Il n’y a rien d’autre à savoir et il n’y a rien d’autre à faire.

- Ver…

- Mac, tu m’as bien comprise. Rien.

 

Mac serra la main de son amie et sourit timidement en guise de réponse. Puis elle attrapa le journal qu’elle glissa au fond de son sac. Elle observa Veronica quelques instants et se leva.

 

- Je te kidnappe cette après-midi.

- Mac, je n’ai pas vraiment envie de sortir.

- Tu ne peux pas rester comme ça. Tu vas finir par ressembler à Monsieur Jack, le Noël en moins et les soucis en plus.

 

Veronica sourit faiblement.

 

- Tu veux dire à ce squelette livide aux joues creuses qui a les cernes les plus effrayantes que j’ai jamais vues ?

- T’as pas perdu le sens de la répartie, c’est déjà un début. Aller, va te doucher, je t’attends, on va faire un tour. Ca te changera les idées.

 

Veronica se leva. Mac hésita un instant puis lui attrapa la main avec douceur.

 

- Ce n’est pas ta faute V. La vie continue, ne l’oublie pas.

 

Veronica sentit sa gorge se nouer, elle baissa les yeux et avança d’un pas à peine trop rapide pour sembler naturel vers la salle de bain. Ne pas craquer. Être forte et le rester. C’était tout ce qu’elle demandait. Arriver à être elle, à avancer encore malgré cela. C’était tout, mais déjà c’était trop. Elle ne pourrait plus continuer comme ça. Elle avait besoin de changement, d’un univers qui ne soit pas le reflet constant de sa culpabilité.


lealoeu  (01.06.2010 à 12:41)

- J’arrête tout.

- Pardon ?

 

Veronica regardait avec insistance sa glace en train de fondre devant elle. Elle leva les yeux vers Mac et reprit d’une voix plus ferme.

 

- J’arrête tout.

- Tout quoi ?

- Enquêtes, mensonges, crimino, tout.

- V. tu adores ça. Tu viens de décrocher brillamment ton diplôme de détective, c’est ta vie tout ça !

- Mac…

- Mais tu ne vois pas combien tu t’épanouis dans ce que tu fais, tu ne vois pas combien tu rayonnes quand tu es dans ce que tu aimes…

- Mac, je l’ai tuée.

 

Mac la regarda surprise, effrayée par ce que son amie venait de dire.

 

- Tu n’as tué personne !

- Elle est morte. C’aurait du être moi.

- Mais ce n’est pas ta faute ! Tu ne peux pas penser cela. Nish savait ce qu’elle faisait, elle connaissait le Castel bien avant toi.

 

Veronica fuyait le regard de Mac.

 

- Veronica, tu n’es pas responsable.

- Tout ce que je touche meurt.

- Arrête ça tout de suite. Tu dis n’importe quoi.

- Tout ce que je touche meurt.

- Nish est morte ! Ce n’est pas toi, ce n’est pas ta faute, tu n’y peux rien ! Et elle est loin d’être tout pour toi.

- Mais regarde autour de moi ! s’exclama Veronica d’une voix de plus en plus saccadée. Regarde ! Regarde ce que deviennent les personnes qui comptent pour moi ! Regarde mon père, regarde Piz, regarde la peine que j’ai trop souvent faite à Wallace, regarde... regarde Logan !

- Veronica…

- Blessés, meurtris. Tous. Au plus profond d’eux-mêmes.

- V…

- Je suis une machine à détruire. Eloigne-toi de moi, je crois que c’est la seule chose à faire.

 

La voix de Veronica se brisa, elle baissa les yeux. Mac resta un instant immobile, hésitante, puis elle tira sa chaise juste à côté de celle de Veronica.

 

- Regarde ce que tu as fait de moi V, murmura-t-elle d’une voix douce. Je n’aurai jamais pensé être capable de tenir le rôle d’amie que je tiens aujourd’hui pour toi. Il y a quelques années, je parlais plus souvent à mon ordinateur qu’à n’importe qui. Je ne connaissais pas plus de quatre personnes au lycée avant de te rencontrer, et aucune d’entre elles n’a jamais considéré que je puisse être plus que cette brune associable et étrange assise au fond de la classe. Par toi, par l’aventure, la joie, l’amitié que tu m’as apportées, je me suis épanouie.

- Je… j’utilise les gens Mac. Je ne suis qu’une sale égoïste qui utilise les gens…

- Tout le monde utilise tout le monde V. C’est dur, mais c’est comme ça. Tout le monde utilise tout le monde, et l’égoïsme est nécessaire. Ca ne veut pas dire que tu ne vois pas les autres, ça ne veut pas dire que tu ne sais pas être là pour les autres.

- Quand c’est moi, ils en meurent.

- Ils n’en meurent pas, elle est morte, c’est différent.

 

Pour la première fois depuis le début de leur conversation, Veronica regarda Mac ouvertement. Les yeux secs et durs, comme chaque fois qu’elle se refermait sur elle-même.

 

- Je suis désolée, je ne peux pas continuer.

- La question n’est pas là. Ce n’est pas une question d’études ou de choix de vie. Ne t’oublie pas, et ne te sacrifie pas. C’est tout ce qui compte. Que tu sois toi en enquêtant ou en repeignant des garages, quelle importance ? Sois fidèle à toi-même.

 

Veronica ne répondit rien. Au bout de quelques instants, Mac se leva et lui tendit la main.

 

- Allez, viens, je te ramène.


lealoeu  (04.06.2010 à 19:34)

 

Veronica sortait de la fac. Elle venait de se désinscrire. Quelques heures d’attentes, quelques certificats, papiers et autres signatures, et puis cette feuille jaune qu’on venait de lui remettre. « Veronica Mars. Validation première année de criminologie. Mention très bien. » Un an de vie en si peu de mots. Toute une vie qui change de cap, et juste quelques heures de formulaires. Ca la dépassait. Elle pressa le pas.

 

C’est tellement dommage, une jeune fille si brillante… Et l’an prochain, que faites-vous ?… Quelle drôle d’idée !... Mais pourquoi donc ?...

Paroles creuses de secrétaire en manque de conversation. Elle ne comptait plus les questions, les reproches, les surprises. Questions vides, incompréhension… Réaction généralisée qui l’oppressait peu à peu. Elle ne voulait plus parler, elle ne voulait plus avoir à dire, à expliquer, à faire semblant pour taire cet indicible qui lui nouait encore le ventre. Elle souriait. Toujours ce même sourire, celui des jours sans inspirations, le sourire passe-partout qui fait office de réponse. Accompagné d’un petit haussement d’épaules si nécessaire. Une petite phrase qui sonne faux pour conclure, dernier sourire, et la secrétaire reprend son monologue interminable.

Une passion pour la photo ! Oh, c’est autre chose alors… véritable artiste…. Jeune fille de talent… confiance en vous… quelque chose de grand

Au revoir madame. Oui, c’est cela au revoir.

 

La douleur des banalités est sans doute la pire.

 

Veronica alluma le contact de sa voiture.


lealoeu  (06.06.2010 à 14:15)

Mac m’a appelé.

Je ne te comprends plus. Tu m’as dit ne pas pouvoir changer. J’ai fini par le croire. Tu ne peux pas ne plus y croire toi-même. Je ne sais pas ce qu’il t’arrive, je ne sais pas ce que tu traverses. Et ça me tue. Ca me tue de te voir te faire mal et de ne rien pouvoir faire. De ne rien pouvoir dire. Je t’écris avec l’espoir que tu liras ces quelques lignes jusqu’au bout. Je n’ose plus t’appeler, ma dernière conversation avec ton répondeur m’a laissé quelques séquelles.

J’ai mis des années à comprendre que je ne pouvais pas te changer, juste apprendre à t’accepter avec tes incohérences, tes coups de gueules, tes défauts et ta terrible manie de toujours te mettre où il ne faut pas. J’ai mis des années à l’accepter. C’était trop tard.

J’ai mis des années à comprendre qu’on ne change jamais vraiment, mais qu’on peut évoluer, se bonifier si on avance dans ce qui nous épanouit.

Tu as fait de moi quelqu’un qui vaut la peine d’être écouté. D’être entendu. Tu as fait de moi quelqu’un qui veut se battre pour vivre. Tu m’as montré que tout n’est pas simple, mais que les choses valent la peine qu’on essaye de les conquérir. Tu m’as fait sourire, aimer, vivre. Je ne connaissais plus cela.

Je ne peux pas te laisser te détruire Veronica. Je ne peux pas te laisser te détruire alors que je comprends à peine maintenant que tu ne peux pas vivre sans ce plaisir de chercher, d’enquêter… de mettre ton nez dans ces putains d’affaires qui ne te regardent pas, mais que tu fais étrangement tiennes. Tu ne peux pas vivre sans être toi.

 

C’est amusant, tu as eu sur moi il y a deux ans le même effet qu’a aujourd’hui le retour soudain de son père sur Dick. Ils sont partis hier. Tous les deux. J’ai eu du mal à comprendre aussi. Mais il a ce quelque chose que tu ne connais pas de lui, que tu n’as jamais voulu connaître de lui, qui ressort. Je l’ai vu pleurer il y a quelques semaines. Pleurer de compréhension, d’appréhension. Pleurer de vivre.

C’est comme si on avançait toujours dans la douleur. Un accouchement perpétuel de soi-même.

Quand il a quitté l’appartement avec son père, son regard était différent. Je crois qu’il a perdu sa naïveté, son insouciance. Je crois du moins qu’il n’arrive plus à se cacher derrière elle.

Comme je n’arrive plus à me cacher derrière ce vide.

Comme je n’ai plus envie de me cacher de toi.

 

Ne te détruis pas. Ecris-moi.

 

Logan


lealoeu  (08.06.2010 à 17:26)

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