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Série : Veronica Mars
Création : 12.05.2010 à 17h07
Auteur : lealoeu
Statut : Abandonnée
FIC INACHEVEE - « Allez, pas très orginal, mais on se situe juste après le 320, c'est ma première longue fic, soyez indulgents! »
Cette fanfic compte déjà 75 paragraphes
Bruit de fond, chuchotements sans fin, Veronica fut presque surprise de ne pas voir les regards se tourner vers elle lorsqu’elle entra le lundi suivant en classe. Mais rien ne changea. Elle avança en silence jusqu’à la table la plus proche, s’assit et sortit un livre. Elle ne voulait pas savoir. Elle ne voulait pas connaître cet autre côté des choses et rentrer à nouveau dans le monde impitoyable du ragot. Elle avait eu la naïveté de croire qu’en s’éloignant de Neptune, elle s’éloignerait aussi de toute cette saloperie. Mais tout était pareil. Ici ou ailleurs, les gens parlaient, extrapolaient, et d’autres en souffraient. Elle ouvrit son roman et se ferma ostensiblement à ceux qui l’entouraient.
Quelques instants plus tard, la jeune rêveuse qu’elle avait déjà remarquée trois jours plus tôt vint s’asseoir à côté d’elle et sortit à son tour un roman. Surprise, Veronica leva les yeux vers elle. La jeune fille lui sourit, l’air innocent, mais ne dit pas un mot. Veronica replongea dans son livre, mais elle jetait de temps en temps des regards curieux vers celle qui, s’étant assise à ses côtés, semblait survoler sans la ressentir cette ambiance qui oppressait Veronica. Le visage lumineux, les yeux d’un bleu très pâle tirant sur le violet, et les cheveux roux vif, elle avait une beauté presque spectrale. Veronica observa quelques instants les autres élèves qui les entouraient et soupira. Elle avait été séduite par la simplicité des rapports du premier jour, elle comprenait à présent que rien n’était réellement différent de ce qu’elle connaissait. Elle était sans aucun doute possible assise à côté du seul ovni de l’établissement.
Elle se retourna vers la jeune fille.
- Bonjour
La rêveuse leva les yeux de son livre et sourit à nouveau à Veronica.
- Bonjour, répondit-elle.
- Je suis nouvelle ici, je m’appelle Veronica Mars.
- Je suis Melody. Melody Nelson.
Melody Nelson a les cheveux rouges, mais c’est leur couleur naturelle.
Elles se sourirent et replongèrent dans leurs livres mutuels. Au bout de quelques instants, Veronica s’interrompit une fois de plus.
- Tu… c’est toujours comme ça ici ?
Melody la regarda, surprise.
- Comme ça ?
- Oui, enfin… tu sais bien, ragotages et langue de pute.
- Ah, ça ! Non, pas toujours, aujourd’hui c’est particulier.
- Et tu… tu sais ce qui s’est passé ?
- Apparemment quatre suicides ce week-end sur le campus de Neptune.
Veronica lâcha son livre. Melody n’avait même pas changé d’intonation, elle souriait toujours calmement, comme si rien ne pouvait réellement la concerner.
- Quoi ! C’est… c’est pas possible… tu es sûre de ce que tu dis ?
- C’est ce qui se dit dans la classe, Nils connaît quelqu’un dont la sœur était amie avec un des types.
Melody lui indiqua du regard un jeune homme brun qui semblait savourer avec plaisir l’attention générale qu’il suscitait. Veronica se leva et alla se placer face à lui. Elle le regarda, furieuse.
- Ca t’amuse ?
Il leva les yeux vers elle et lui sourit largement.
- Tiens, la petite nouvelle, je savais bien que tu mourrais d’envie de savoir ce que j’avais à dire.
- Ca t’amuse ? reprit Veronica hors d’elle. Répandre comme ça des rumeurs horribles et fausses, tu trouves ça terriblement marrant ! Quoi, tu t’ennuies dans ta petite vie, t’as besoin d’une cour autour de toi ? T’as peut-être pas assez de choses à dire, t’es pas assez intéressant alors faut que t’ailles inventer des conneries pour qu’on te remarque ! Alors juste un conseil, change de registre, la nécro c’est pas tendance !
- Qu’est-ce qui t’arrive ? Si tu ne veux pas savoir, rien ne t’empêche de continuer à faire l’autruche en lisant dans ton coin, et attendre que les choses te tombent dessus, ou tu peux faire comme nous, et savourer les news en avant première.
- Je suis de Neptune, mes amis sont à Hearst, s’il s’était passé quoi que ce soit ce week-end, je le saurai. Cherche autre chose pour draguer.
Veronica jeta un coup d’œil autour d’elle :
- T’en fais pas, elles attendent que ça, pas besoin de trop d’imagination.
Elle retourna à sa place d’un pas rapide et agité. Elle était à présent au centre de l’attention. Elle s’en voulait de s’être emportée si vite. Trois jours, dont un seul au milieu d’étudiants, sa tranquillité n’aurait duré que trois jours. Elle s’assit et sortit son ordinateur de son sac.
Elle ne leva pas les yeux, mais elle sentait distinctement une multitude de regard se poser sur elle. Melody n’avait pas même arrêté de lire. Mais quand Veronica revint s’asseoir, elle lui serra la main un instant, sans dire un mot. C’était une bouée, une unique bouée à laquelle Veronica s’accrochait désespérément.
Nils s’approcha de sa table, le regard de la jeune fille se durcit immédiatement.
- Hey, Blondie.
- Ne m’appelle pas comme ça.
- Veronica, c’est ça ?
Elle le foudroya du regard.
- Veronica Mars, reprit-il en détachant distinctement chaque syllabe.
Elle ne répondit pas.
- Tu sais ce que c’est ton problème ?
La salle était à présent silencieuse, et chacun pouvait entendre très distinctement l’échange entre les deux jeunes gens.
- Ton problème, ma belle, c’est que tu ne peux tout simplement pas supporter l’idée que l’on sache quelque chose avant toi.
- Tais-toi, murmura-t-elle.
- C’est que tu n’es pas capable d’accepter que la fille de l’ancien sheriff de Neptune ne soit tout simplement pas au courant de ce qui se passe dans sa propre ville.
- Tais-toi, hurla-t-elle.
- Mais fais-toi y, la main passe, tu n’es plus châtelaine.
Elle se leva brusquement, blême de colère.
- Tu ne connais absolument rien de moi ! Tu ne sais pas ce que tu dis, tu ne sais pas ce que tu fais. La mort n’est pas une plaisanterie. La mort n’est pas un jeu. La mort est juste… terriblement définitive.
Elle perdait ses mots. Elle jeta un coup d’œil autour d’elle, personne ne bougeait, personne ne semblait comprendre sa réaction.
- Laisse Veronica.
Elle baissa les yeux. Melody venait de poser son roman et regardait Nils, presque avec compassion.
- Laisse, ça ne sert à rien. Il n’a pas encore véritablement éprouvé l’imparfait. Il n’a pas mis les pieds dans le vide. Mais ça viendra. Ca arrive toujours. Pas la peine de brusquer les choses, elles nous rattrapent de toute façon. Quand ça sera son tour, il fera comme tout le monde, il vivra avec.
Melody prit à nouveau la main de Veronica dans la sienne et l’attira lentement vers elle afin que celle-ci se rasseye. La jeune fille se laissa faire, surprise par le discours de sa toute nouvelle amie. Nils ne dit rien. Il semblait soudain terriblement mal-à-l’aise. Il regagna sa place en silence, jetant de temps en temps des regards à la fois inquiets et étonnés vers les deux jeunes filles.
Dustin Carol, Ben Carter, Brian Conrad et Jim Crabb. Quatre suicides en une nuit. Son père venait de le lui confirmer. Quatre jeunes étudiants brillants dont le nom de famille commençait par la même lettre.
Veronica ferma les yeux.
Elle ne voulait pas y penser. Elle ne pouvait pas y penser.
Elle essaya de se concentrer sur ce que racontait l’enseignant qui se tenait devant elle. Esthétique de l’image. Composition. Jeu de contraste. La photographie très contemporaine cherche à s’émanciper de l’influence de la peinture. Recréer le monde. Figer le mouvement. Cerner le tout en un cliché. Montrer et non pas dire. Dire et non plus prouver.
Mais pourquoi ne l’avaient-ils pas su plus tôt ? Pourquoi n’avaient-ils pas été immédiatement au courant ?
Cas particulier de la photo publicitaire. Le pouvoir de l’image. Le dire pictural.
Elle se maudissait intérieurement. Nils avait raison, elle n’acceptait pas de ne pas savoir avant les autres ce qu’elle considérait, à tort, comme la concernant.
Une agitation soudaine autour d’elle lui indiqua la fin du cours. Elle rangea ses affaires en vitesse et sortit d’un pas rapide.
Carol, Carter, Conrad, Crabb. Ce ne pouvait pas être un hasard.
Elle pressa le pas.
Elle pensait réellement que tout était fini.
Elle passa la main dans ses cheveux.
Quatre fois la même lettre. Une erreur aussi stupide. Personne ne fait une erreur aussi stupide.
Elle s’arrêta soudain.
Rien n’était fini.
Rien n’était fini, mais cela ne la regardait pas. Cela ne la regardait plus. Ses amis, elle devait penser à ses amis.
Elle sortit son téléphone de son sac et composa un numéro.
- Wallace, c’était Veronica. J’ai entendu parler de ce qui s’est passé à Hearst ce week-end. J’espère que vous allez bien tous les deux. Enfin, toi et Mac. Et les autres. Tu sais quels autres… Moi, et bien moi je suis de retour dans mon élément, j’aurai quand même tenu trois jours sans me faire remarquer, un record ces dernières années… Je te rappellerai plus tard. Je pense à vous tous. Je t’embrasse.
Elle sursauta. Quelqu’un venait de lui tapoter l’épaule. Elle se retourna vivement. Nils se tenait face à elle. Il semblait mal à l’aise.
- Qu’est-ce qu’il y a ? Tu veux peut-être que je m’excuse de t’avoir accusé à tort d’être un menteur ? l’interpella Veronica. Parce que le fait que ces suicides soient bel et bien réels ne change absolument rien à ce que je te reprochais.
Elle tourna les talons et commença à s’éloigner.
- Attends !
Nils la retenait par le bras. Elle se retourna vers lui.
- Je… je suis désolé, finit-il par dire.
Veronica le regarda, surprise. Il lâcha son poignet.
- Je suis sincèrement désolé. Je ne savais pas que tu… enfin que tu étais comme Melody. Je ne voulais pas te blesser.
Il baissa la tête et s’éloigna sans se retourner, laissant une Veronica interloquée derrière lui. Comme Melody ?
Veronica s’était garée près de la plage. Elle avait besoin de marcher. De respirer un peu l’air frais et d’oublier. Sa décision était prise. Elle l’avait prise deux mois auparavant. Tout cela ne la concernait pas. Le monde pouvait prendre l’eau de toutes parts autour d’elle, il n’avait pas besoin d’elle. De toute façon que pouvait-elle faire. Elle se sentait stupide et quelque peu vaniteuse d’avoir pensé un jour pouvoir changer quelque chose à tout cela. Le bateau coule, soit, apprenons à nager. Cela prendra toujours moins de temps que de colmater les fuites.
Elle sourit. La vie pouvait être si simple parfois, si simple… Elle sentait l’air déjà frais de début de soirée entrer amplement dans ses poumons. Elle se sentait revivre, revigorée par cette sensation de calme, d’apaisement. Comme si elle arrivait enfin à ranger chaque chose à sa place.
Elle ôta ses chaussures et enfonça doucement ses pieds dans le sable encore tiède. Elle aimait sentir les grains de sable glisser sous ses orteils. Elle marcha lentement jusqu’au bord de l’eau.
Elle repensait à la journée qu’elle venait de passer. Surprenante. C’était le premier mot qui lui venait à l’esprit. Matinée agitée. Elle avait durant quelques heures pensé qu’elle était redevenue la bête noire de son entourage. Et puis non. Aussi étonnant que cela lui semble, non. Après l’intervention discrète de Melody, plus personne n’avait porté un regard accusateur sur la petite blonde. Certes, elle avait senti toute la journée peser sur elle une attention nouvelle, mais pas cette condamnation latente à laquelle elle s’attendait. Non, plutôt quelque chose comme de la compassion maladroite. Elle ne comprenait pas. Elle avait été plus que méprisante envers eux le matin même.
Elle plongea doucement les pieds dans l’eau et continua ainsi à longer le bord de mer, ses chaussures à la main.
Elle les avait sans doute jugés trop vite. Une fois de plus. C’était la troisième fois en quatre jours qu’elle changeait d’opinion à leur sujet. Elle se rendait soudain compte qu’au-delà du fonctionnement si particulier de Neptune, elle ne savait pas vivre en société.
Nils, surtout l’avait surprise. Il… il avait tout simplement été métamorphosé par l’intervention de Melody. Et puis cette phrase. Cette phrase ! Je ne savais pas que tu étais comme Melody ! Mais qui es-tu Melody Nelson ?
Elle s’arrêta soudain. Quelques mois plus tôt, elle n’aurait pas hésité une seconde. Mais aujourd’hui elle ne voulait pas savoir. Elle aurait l’impression de violer la confiance et l’amitié instinctive que la jeune fille semblait lui porter. Elle ne voulait pas recommencer. Elle ne voulait plus être celle qui blesse.
Elle soupira et reprit sa marche silencieuse. Chassez-le naturel, il revient au galop. Mais chassez-le en conscience, et peut-être y songera-t-il à deux fois avant de repointer son nez.
Alors qu’elle rejoignait calmement sa voiture, elle entendit quelqu’un la héler. Elle se retourna. David, David Jill, le jeune policier qu’elle avait rencontré au début de l’été s’avançait vers elle, souriant.
Espiègle tentation, tu te caches dans tous les recoins. Veronica sourit amicalement à David. Non, elle ne craquerait pas, elle ne voulait rien savoir. Juste parler avec un potentiel nouvel ami.
- Bonjour David. Tu… pardon vous…
- Peut-être peut-on se tutoyer, l’interrompit le jeune homme, amusé. Nous devons avoir à peu de choses près le même âge.
- A peu de choses près en effet, reprit Veronica en souriant. Tu te fais bien à ta nouvelle vie Neptunienne ?
- Les changements de planètes sont toujours un peu chamboulant, mais celle-ci me paraît plutôt sympathique.
- Alors tu la connais encore mal.
- Mal, mal… ce n’est pas ce que je dirai. Je la connais peu, mais sur ce que je connais déjà, je ne crois pas m’être trompé.
- Oh, un grand observateur de l’humaine nature, désolée, je ne savais pas.
Ils restèrent un instant en silence, puis Veronica reprit la parole, hésitante.
- Et ton boulot, tu t’intègres bien ? Parce que je connais assez bien l’ancienne équipe et…
- Oui. J’ai beaucoup entendu parler de toi.
- Ah.
Veronica regarda un instant David, toujours souriant. Elle baissa les yeux.
- Je préfèrerai ne pas savoir ce qu’ils disent de moi. Je… J’essaie de ne plus être celle que j’étais.
- Tu ne devrais pas.
Veronica sentit une boule peser lourdement au fond de son estomac. Comment osait-il ? Lui qui ne la connaissait qu’à peine, comment osait-il s’immiscer ainsi dans ses choix ?
- Si ce que l’on m’a dit de toi est vrai, tu ne devrais pas.
Veronica lui lança un regard hautain, presque provocateur.
- Tu ne devrais pas croire tout ce que l’on te dit.
- Je ne crois que ce que je sais être vrai… je te l’ai dit, je découvre le monde par petits pas, mais par petits pas assurés.
Veronica parut déstabilisée par sa réponse. Elle hésita un instant puis tourna le dos au jeune homme.
- Au revoir David.
Elle avançait d’un pas ferme vers sa voiture.
- Intelligente, intéressante, très jolie…
Elle s’arrêta.
- Manipulatrice au besoin, mais toujours dans un but qu’elle croit juste. Obstinée. Fascinante.
Elle se retourna. David la regardait en souriant.
- Léo t’appréciait je crois.
- Léo… comment va-t-il ?
- Très bien. Enfin, aux dernières nouvelles.
Veronica le regarda, surprise, une fois de plus.
- Il a été muté à Chicago, ajouta David en guise d’explication. Il va me manquer.
- Chicago… mais ?
Veronica se sentit soudain fragile. Perdue. Les derniers bastions s’effondraient. Et il fallait recommencer. Encore et toujours.
- Il est parti s’installer avec son amie, Lauren. Je ne crois pas que tu la connaisses… une fille très sympathique.
- Je… je ne savais pas que Léo avait une amie…
- Ils sont ensembles depuis presque un an maintenant. Elle a trouvé du boulot là-bas. Il l’a suivie.
Elle chercha du regard un endroit où s’asseoir et s’avança près du muret qui séparait la plage du parking. Elle s’assit et observa David.
- Qu’est-ce que tu cherches ? lança-t-elle soudain.
Le jeune homme la regarda, surpris.
- Pardon ?
- Qu’est-ce que tu cherches David ? A quoi joues-tu ?
Le jeune homme s’approcha d’elle, toujours incrédule.
- Je… je ne comprends pas… rien, je ne cherche rien !
- Pourquoi viens-tu comme ça me parler, me raconter la vie de Léo, me lancer au visage ses choix et ses réussites, sa fabuleuse petite vie comparée à la mienne ? Tu me détestes déjà tant que ça ? La publication de l’article que tu m’as donné t’a causé du tort ? Explique-moi pourquoi tu me blesses comme ça.
- Excuse-moi Veronica, mais je ne comprends toujours pas.
Veronica se leva et s’avança d’un pas vers David.
- Tu ne comprends pas ? Non, bien sûr, il faut que ça vienne de moi. Alors mettons bien les mots en place, précisément. C’est ce que tu veux n’est-ce pas ? Pourquoi viens-tu me raconter la relation idéale qui aurait pu être la mienne, qui aurait du être la mienne, si j’avais été un peu moins… si je… un peu moins moi ?
- Veronica…
Elle lui coupa la parole.
- Et d’ailleurs comment as-tu su ce qui me blesserait le plus ? Comment as-tu su ma solitude ? Comment as-tu su où frapper pour faire mal aujourd’hui ? Comment…
- Veronica !
David attrapa le bras de la jeune fille.
- Je ne savais pas !
Elle s’immobilisa instantanément.
- Je ne savais même pas que Léo et toi aviez été ensemble !
Devant le regard perdu de Veronica, il reprit.
- Je savais juste qu’il t’appréciait beaucoup. Que vous étiez amis. Il était toujours élogieux quand il parlait de toi, mais je n’ai jamais senti la moindre trace d’ambiguïté dans son discours… Et tu avais l’air si… mélancolique, j’ai juste voulu te remonter le moral. Te rappeler que certaines personnes t’estiment.
Il se tut. Veronica resta silencieuse. Elle s’était une fois de plus énervée trop vite. Inutilement. Blessante à tort. Encore. Comme si tout recommençait. Encore. Elle observa David un instant. Il portait sur son visage l’innocence même. Elle retrouvait en lui cette douce naïveté qu’elle avait décelée lors de leurs rencontres précédentes. Comment avait-elle pu se tromper à ce point ? Comment avait-elle pu croire que ce jeune homme d’apparence si franche ait pu être à ce point machiavélique ? Il était comme un tout petit enfant à peine venu au monde. A se demander comment il était possible à la fois de porter un regard aussi neuf et illusionné sur le monde et d’être policier.
Il semblait perdu et mal à l’aise, comme si le brusque accès de violence de Veronica l’avait totalement déstabilisé.
- Je suis vraiment désolée, finit-elle par dire. J’ai passé une très mauvaise journée, je suis un peu à cran en ce moment. Je… je crois que je vais rentrer.
Elle commença à s’éloigner. Elle se sentait stupide. Stupide. Elle qui ne disait jamais rien venait de se mettre à nue pour presque rien devant un parfait inconnu. Elle qui voulait changer venait de blesser injustement ce parfait inconnu. Elle qui voulait apprendre à lâcher prise n’arrivait tout simplement pas à s’oublier. Elle n’aurait jamais pensé que cela puisse être aussi dur, puisse faire aussi mal, de s’oublier.
Elle se retourna une dernière fois et aperçut le jeune homme qui n’avait toujours pas bougé.
- Je suis sincèrement désolée David. Sincèrement. Ne fais pas attention à… à tout ça, tu n’y es pour rien.
Elle lui sourit tristement et se retourna.
- Je ne t’en veux pas Veronica.
Elle continua à avancer sans un regard en arrière.
Elle alluma le contact et démarra en vitesse.
Elle n’arrivait toujours pas à comprendre. D’où lui était donc venue cette haine ? Elle n’aimait pas Léo. Elle n’avait jamais été amoureuse de lui. Il n’était que l’image de ce qu’aurait pu être une Veronica moins torturée. Une Veronica qui n’aurait pas connu…
Ne pas y penser.
Elle ne devait pas y penser. Surtout pas maintenant que rien n’était fini. Elle sentit sa gorge se nouer. Elle n’avait toujours pas eu de nouvelles de Wallace depuis le message qu’elle lui avait laissé le matin même.
Rien n’était fini.
Mais elle ne devait pas y penser. Ni à lui, ni à ça. Elle ne devait pas y penser pour eux.
Elle se gara sur le bord de la route.
Elle se sentit stupide.
Elle se tuait à petit feu. Elle s’empêchait de vivre. Elle étouffait.
Elle sentit sa gorge se nouer.
Elle aurait du tous les éloigner. Tous. Elle aurait du partir, loin d’ici. Dans un ailleurs où elle ne mettrait personne en danger. Dans un ailleurs où personne n’aurait entendu parler de suicides à Hearst, parce que personne ne connaitrait Hearst. Elle aurait du partir bien plus loin.
Mais elle ne pouvait pas.
Il y a un moment où il faut continuer à vivre. Quel qu’en soit le prix, quels qu’en soient les risques.
Chacun a ses limites.
Sans eux, elle ne vivait pas.
Sans lui, elle ne vivait qu’à demi. N’était-ce pas ce qu’il lui avait écrit ?
Elle ferma les yeux.
Elle se sentit soudain hypocrite. Si vivre près d’eux était si dangereux, pourquoi n’avait-elle éloigné que lui ?
Ce n’était pas lui qu’elle protégeait, c’était elle.
Elle attrapa son téléphone. A peine l’eût-elle en main qu’il se mit à sonner. Coup du destin, hasard, mise à mort provisoire de son questionnement douloureux.
- Allo Wallace.
Il allait bien. Ils allaient bien. Rien d’autre n’avait d’importance. Elle reposa son téléphone à côté d’elle et redémarra. Elle était calme. Etrangement calme. Une agitation folle ici. Enfin, rien de bien nouveau pour toi en fait. Enquête de procédure, fouille des chambres, interrogatoire des proches. Pour tout autre que toi ce serait l’aventure, l’excitation un peu malsaine de vivre l’extraordinaire… Crois moi tu ne manques rien V.
Rien de bien nouveau Wallace, tu as raison. Un spectacle de vautours tournant autour du malheur. C’est ce qu’ils savent faire de mieux, tourner, tourner, tourner encore et plonger soudain. Bande de charognards.
Ils allaient tous bien. Les siens allaient tous bien. Ils ne connaissaient pas les quatre C. Juste de vue, de noms, mais ils n’évoluaient pas dans le même cercle. Elle n’avait pas voulu en savoir plus. Le strict minimum pour avoir la conscience tranquille. Ses amis l’avaient bien compris. Ils la soutenaient dans son choix. Ils ne lui dirent rien de plus. Ils ne lui racontèrent pas les conclusions préliminaires de l’enquête. Ils ne lui donnèrent pas les circonstances précises de ces mises à mort autonomes. Ils ne lui dirent pas que, bien sûr, les quatre élèves se connaissaient. Ils la laissèrent s’échapper.
Retour chez soi. Deux jours avaient passés depuis l’agitation de lundi. Deux jours à essayer de ne pas voir cette agitation. Deux jours où le seul havre de tranquillité était cette maison, cette famille, ce père toujours présent, toujours souriant, toujours positif. Retour chez soi.
Elle sourit en passant la porte. Elle commençait à s’y faire. Elle commençait à apprécier, presque. Elle se sentait encore un peu menteuse. Elle se sentait encore un peu tricheuse lorsqu’elle fermait les yeux en conscience sur sa propre curiosité, mais elle arrivait presque à ne plus la voir. Elle posa son sac sur la table de la cuisine, s’assit sur le canapé et ferma les yeux quelques instants.
Elle réfléchissait. Une réflexion nouvelle, sans conséquence véritable. Une réflexion qui ne mettait personne d’autre qu’elle-même en jeu. Une réflexion qui ne la mettait que face à face avec ce qu’elle voulait être. Face à face avec l’image.
Première œuvre à penser et rendre. Un autoportrait. Une image la disant elle. Dans sa complétude. Une image synthétisant ce qu’elle était. Et non ce qu’elle voudrait être ou ce qu’elle semblait être. Une image sincère.
A croire que le monde s’évertuait à vouloir la voir se mettre à nue. A croire que le monde s’évertuait à vouloir la voir comprendre enfin ce que cachait le masque. Ce masque qu’elle n’était même pas certaine de porter.
Elle souriait pourtant. Un coup d’œil autour d’elle. Cette maison. Cette ambiance. Tout cela c’était elle. Le reste… le reste n’avait qu’une importance secondaire et accessoire. Comment le dire en un cliché ?
Elle s’était endormie ainsi sur le canapé. Un coup de téléphone la réveilla.
- Allo ?
- Veronica.
La voix de son père à l’autre bout du téléphone. Dynamique, débit rapide. Il était pressé. Sur une affaire sans doute.
- Oui ?
- Est-ce que tu as un moyen de joindre Duncan, d’urgence ?
Elle se figea un instant. Elle ne comprenait pas. Quelque chose lui échappait.
- Aucun papa. Aucun.
- Veronica, c’est important. S’il y a une quelconque possibilité de le contacter il faut que tu me le dises.
La voix de son père était pressante, injonctive. Quelque chose de grave indubitablement.
- Je n’ai aucun moyen de lui parler papa. Je te le promets. Je ne sais pas où il est. Je ne connais pas sa nouvelle identité. Je n’ai aucune nouvelle de lui depuis sa fuite. Et c’est ce que nous avions prévu. Je sais juste qu’il sera presque impossible de le retrouver. Il a acheté différents passeports, changé d’identité au moins trois fois afin, justement, d’être tranquille. Tu ne pourras plus le pister, cela fait trop longtemps maintenant, son identité actuelle, il a déjà du l’acheter sous un faux nom. Je suis désolée papa, je n’ai fait que lui dicter des consignes claires, il les a sans doute appliquées. Nous avions décidé ensemble que je ne connaitrais pas les détails précis. Pour nous préserver tous les deux.
Elle avait parlé d’une traite. Silence à l’autre bout du téléphone.
- Pourquoi ? Que se passe-t-il papa ?
- Nous nous passerons donc de Duncan, reprit Keith après un instant.
Il hésita quelques secondes, puis ajouta :
- Jake est mort Veronica. Je suis sur l’affaire.
- Tu… quoi ?
- Je n’ai pas le temps de t’expliquer maintenant. Je… peux-tu passer à l’agence ? J’ai besoins de dossiers que j’ai laissés à la maison, et je ne peux pas quitter le bureau.
- Je te les amène tout de suite.
Veronica raccrocha, les mains un peu tremblantes. Elle ne comprenait pas. Tout cela la dépassait beaucoup trop. Ce ne pouvait pas être une coïncidence. Elle ne croyait plus depuis longtemps aux coïncidences. Jake Kane mort. Une fois de plus elle n’arrivait pas à réaliser la portée de ces quelques mots. Elle décida de ne pas essayer. De ne pas penser tout de suite. Elle aurait tout le temps plus tard. Elle attrapa rapidement les dossiers qui manquaient à son père, ses clefs de voiture et sortit précipitamment. Sur le pas de la porte était déposée une enveloppe à son nom et adresse. Ecriture soignée qui lui était inconnue. Très certainement venue de l’université ou de l’école. Elle la glissa dans son sac sans s’en soucier et rejoignit sa voiture d’un pas rapide.
Suicidé. Dans sa baignoire, un gant blanc posé sur le rebord du bassin. Les veines ouvertes. L’art de la mise en scène. Encore et toujours. Jusqu’au bout. Jusque dans le moindre détail. Le gant immaculé sur le rebord de la baignoire, blancheur presque choquante à côté de l’eau teintée d’un rouge vif. Mort picturale. Un véritable tableau.
Veronica regardait avec une distance qui la surprit elle-même les clichés de la scène.
Son père referma le dossier.
- Tu ne devrais pas regarder cela.
Veronica leva les yeux vers son père.
- Elle veut que tu prouves que ce n’est pas un suicide ?
- Non.
Regard interrogatif de la jeune fille.
- Elle veut que je prouve que c’en est un.
Veronica resta muette.
- Elle ne veut pas de scandale, elle ne veut pas qu’on fouille trop profondément dans les affaires de son mari. Elle veut que je prouve rapidement que c’est un suicide. Couper court à toute procédure judiciaire. Surtout, éviter que les fédéraux s’en mêlent.
Veronica ouvrit de nouveau le dossier.
- Que ça fasse le moins de vagues possible. Elle voudrait faire passer le tout autour d’un scandale people, donner à Jake l’image d’un dépressif romantique, à jamais touché par la mort de sa fille et la disparition de son fils. C’est pour cela qu’elle avait besoin de Duncan…
Veronica leva les yeux vers son père.
- C’est de la manipulation d’informations, et tu le sais. Tu ne vas pas accepter ?
- Je ne peux pas ne pas accepter.
Silence gêné. Elle s’assit.
- C’est un suicide ?
- Je… ne te mêle pas de ça Veronica. Je ne veux pas que tu enquêtes. Je ne veux pas que tu replonges. Tu as fait une croix là-dessus. Nous savons tous les deux que ça a été difficile. J’ai eu du mal à te comprendre, mais j’ai toujours fais confiance à tes choix. Ne fous pas tout en l’air et laisse cela de côté. Tu es trop jeune pour ces histoires sordides…
- Que tu le veuilles ou non, je suis déjà mêlée à cela. Et ne mélange pas tout. Je suis capable d’entendre, de t’écouter sans plonger avec toi. Alors ne te défile pas et réponds à ma question. Est-ce que c’est réellement un suicide ?
Ton autoritaire, regard implacable. Elle n’avait jamais parlé ainsi à son père. Elle s’oubliait et l’oubliait derrière les évènements. Lui-même répondit par automatisme, comme dépassé par la tournure que prenait la discussion.
- Aucun doute. Suicide. La position du corps, du gant encore propre, du rasoir tombé dans l’eau, des vêtements. La porte fermée de l’intérieur. Pas d’empreintes si ce n’est les siennes. Aucun doute. Jake Kane s’est suicidé.
Veronica se leva et rejoignit Keith, posant une main sur son épaule elle reprit :
- Donne-lui la vérité, apporte-lui les preuves qui lui sont nécessaires pour ne pas être embêtée, mais laisse Duncan tranquille, et surtout, ne sacrifie pas ton intégrité papa. Elle est ce qui te rend toi, elle est ce qui te rend exceptionnel. Tu ne te le pardonnerais pas toi-même, elle n’en vaut pas la peine…
Keith sera sa fille dans ses bras. Elle ajouta en murmurant :
- Tout l’or du monde n’en vaut pas la peine…
Elle referma la porte de Mars Investigation calmement. Son père était au téléphone avec Celeste Kane. Il lui communiquait son analyse des lieux du suicide. Il lui remettrait le lendemain le dossier complet qui mettrait immédiatement fin aux inquisitions. Il lui annoncerait également sa décision d’arrêter là leur collaboration. Elle remonta dans sa voiture. Rentrer enfin, et commencer, en bonne étudiante qu’elle était à réfléchir à cet exercice d’autoportrait.
Elle allait allumer le contact quand son téléphone sonna à nouveau. Elle sourit.
- Allo Wallace !
- Veronica… tu, tu es au courant ?
- Oui. Kane est mort, je sais. Mais comment peux-tu déjà le savoir ?
Expression de surprise difficilement retranscriptible à l’autre bout du téléphone.
- Kane est mort ?
- Oui, suicide de haut dignitaire romain, Kane jusqu’au dernier souffle. Je t’expliquerai plus tard…
- Suicide de quoi ? Attends, je ne comprends plus V.
- Haut dignitaire romain… T’as pas vu le Parrain ? Baignoire, rasoir… Tu voulais quoi ?
Elle entendait distinctement l’hésitation de son ami.
- Wallace, je suis fatiguée, j’ai du travail, et si ce que tu as à m’annoncer est une mauvaise nouvelle, je finirai très certainement par l’apprendre de toute façon, alors lance-toi, je préfère que ça vienne de toi.
- Gory est mort V.
- Pardon ?
- Suicide, baignoire et rasoir. Comme les quatre autres avant.
Veronica ne répondit rien. Les yeux perdus dans le vide, elle semblait ne plus entendre son ami qui continuait à parler. Enquête… circonstances… heure… quelques bribes de mots parvenaient jusqu’à elle.
Elle le coupa soudain.
- Je rentre, je te rappelle plus tard.
Sans attendre un mot de plus de son ami, elle raccrocha et démarra. Ne pas penser. Ne pas penser. Ne pas penser. Pas tout de suite, respirer encore quelques heures avant. Avant… Avant de replonger.