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Glove Handed

Série : Veronica Mars
Création : 12.05.2010 à 17h07
Auteur : lealoeu 
Statut : Abandonnée

FIC INACHEVEE - « Allez, pas très orginal, mais on se situe juste après le 320, c'est ma première longue fic, soyez indulgents! »

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Elle posa son sac sur le canapé, sortit son appareil photo et le déposa sur la table. Reprendre contenance. S’occuper. Ne pas craquer. Laisser passer le temps, il arrive assez vite tout seul.

Elle observa quelques instants la pièce. Qui était-elle ? Cette pièce, cette maison, cette ambiance, cette tentative désespérée de calme, d’espoir, de sécurité. Ce radeau d’amour et de quiétude. Ce radeau qui prenait l’eau, de toute part, à l’intérieur d’elle-même. Ce radeau qui dégoulinait par ses yeux et allait frapper le sol en douceur, lentement, sans brusquer l’harmonie du lieu. Elle était cette douleur et cette chaleur réconfortante. Elle était cette écorchée vive et cette bulle de quiétude. Elle était, intrinsèquement, cette dichotomie. Cette rupture. Ce paradoxe. Comment le dire maintenant ?

Elle attrapa son trépied, reprit son appareil en main et fit délicatement, prudemment ses réglages. Intimiste, sobre, noir et blanc. Un flou travaillé, il fallait attraper le mouvement, que seul son regard hurle, d’un éclat vif, d’une netteté violente. Que son regard soit la douleur, que ce cadre, son corps, son être, soient cette chaleur. Elle régla le retardateur, s’assit sur le canapé, le corps lascif, relâché, le coude sur le rebord, la tête appuyée sur son poing à demi fermé, les genoux pliés, les jambes ramenées jusque sous ses fesses, son autre bras négligemment posé sur son ventre, et son regard, ostensiblement, impudiquement, implacablement fixé vers l’objectif. Clic. Déclanchement. Une seule prise. Elle s’approcha de son appareil, observa l’image prisonnière. Les yeux noircis, le sillage de quelques larmes, un sourire presque serein, et ce regard d’une impossible dureté. D’une inéluctable tristesse. Ce regard horrifié et grave. Ce cadre rassurant et ce regard. Elle sourit. Un sourire léger, timide, mal assuré. Une satisfaction naissante. Elle n’aurait pu mieux se dire. En ce moment, précisément, elle était ce cliché. Il l’incarnait.

Elle laissa l’appareil en place, retourna sur le canapé, s’allongea lentement et s’endormit.


lealoeu  (05.08.2010 à 18:29)

Elle ouvrit les yeux, et resta un instant encore immobile ainsi. L’œil stérile de l’objectif toujours fixé vers elle, son sac posé à côté d’elle, son regard perdu quelque part entre la table basse et la moquette. Elle se releva lentement, cherchant du regard quelque chose auquel se raccrocher pour oublier encore un peu. Pour retarder encore un peu. Pour ne pas décider encore un peu. Un livre. Son livre. Où était-il ? Elle attrapa son sac, hésita un instant, jeta un coup d’œil vers son appareil photo toujours en place et s’approcha de lui. Retardateur. Série. Une prise toutes les dix secondes. Elle retourna s’asseoir. Ouvrit son sac.

Clic.

Aperçut son livre, et à côté de lui la lettre qu’elle avait reçue le matin même. Elle hésita un instant.

Clic.

Elle ouvrit la lettre. Quelques lignes à peine de cette écriture soignée qui lui était inconnue.

Clic.

 

A nous les mains sales, à eux les gants beurre frais. Suis la piste des Glove Handed Men. Rien n’est fini, tu n’as assisté qu’au premier round.

 

Sans rancune petite fouine, je suis sans doute déjà mort.

G.

 

Clic.

 

Clic.

 

Clic.

 

Regard vide lancé vers ce furieux décompte du temps.

 

Clic.

 

Vers ce décompte photographié. Vers cette blancheur accrue de ses mains.

 

Clic.

 

Vers cette recrudescence soudaine de l’horreur.

 

Clic.

 

Elle se leva brusquement pour éteindre l’appareil.

 

Clic. 


lealoeu  (08.08.2010 à 17:02)

 

Troisième mouvement : Méduse mise à mort



lealoeu  (20.08.2010 à 23:17)

L’œil aguicheur, le sourire suffisant, le regard qui tutoie, tu rayonnes Lily. Ton insouciance heureuse, ton insolence naïve, ton inconstance provocante, tu rayonnes Lily. Tu rayonnes et tu avances, tu fonces droit devant toi, tu frappes dans le monde à grands coups de vie, à coups de bluff. Tu rayonnes Lily.

Mais tu es un soleil noir.

Tu étais mon amie. Tu es morte à présent.

 

Femme mûre, une quarantaine d’année, et un besoin d’amour qui transpire de ton être. Un besoin d’être qui t’habite. Des bras protecteurs, la chaleur d’un sourire, la fragilité d’une femme blessée. Ce besoin d’être mère au fond de tes yeux, ce besoin que jamais tu ne sauras incarner. Tu l’étais pour moi, pourtant.

 

Un bus presque vide, neuf personnes qu’est-ce ? Un bus qui plonge et qui disparaît. Mais neuf personnes qu’est-ce ? Neuf visages qui s’effacent, l’oubli qui avance, l’oubli qui m’envahit. Et ton regard au milieu, ta candeur, ton incroyable innocence, ton sourire trop vite éteint.

 

L’immense infinité d’un toit. Un toit d’horreur qui cerne le vide. Un plongeon effroyable. Et ce bruit que je n’oublierai jamais.

 

Et puis Nish.

Dustin Carol.

Ben Carter.

Brian Conrad.

Jim Crabb.

Jake Kane.

Gory Sorokin.

 

N’en jetez plus, la cour est pleine. 




lealoeu  (29.08.2010 à 11:31)

A nous les mains sales, à eux les gants beurre frais. Suis la piste des Glove Handed Men.

 

Et bien suivons là.


lealoeu  (31.08.2010 à 09:48)

Les automatismes ont un pouvoir annihilant. Ils reviennent avec une rapidité incroyable. Quelques minutes à peine, et l’on oublie. On oublie le reste, on oublie le pourquoi, on plonge juste dans une habitude, des gestes courants, récurrents, familiers, rassurants. Un ordinateur, quelques sites, une démarche, des connaissances. Un coup de téléphone, un autre, une méthode acquise, une certitude, une mise en scène.

Et puis lentement cet envol, ce sourire lent aux commissures des lèvres, cet oubli du contexte, simplement ce plaisir.

 

- Non, non, ne me pose pas de questions, je t’expliquerai plus tard… Oui, Glove Handed Men… Tu me tiens au courant ? Tu es un ange Mac.

 

Et puis cette compréhension nouvelle, jouer le tout pour le tout, cartes sur table. Ou plutôt atouts en mains. Jouer. Prendre des risques. Maîtriser les risques que l’on prend. Savoir utiliser ses ressources, et apprendre de la partie d’avant. Retenir les coups pour les voir venir de loin.

 

- Papa ?... Je crois qu’il faut qu’on parle.

 

Jouer avec ses tripes ou ne pas jouer.

 

Elle souriait. Etrangement elle souriait.


lealoeu  (05.09.2010 à 17:28)

Un silence pesant soudain. Un de ces silences qui résonne avec fracas. Qui fait bruisser les phrases qui viennent d’être échangées. Qui les étalent dans le temps, comme si la durée devenait relative. Et puis un quelque chose, une ombre, un voile, un soupir, et le monde reprend son cours. La parole redevient maîtresse.

 

- Tu es donc en train de me dire que ces six suicides ne sont qu’un début ? Que la liste est encore longue, c’est bien cela ?

- J’ai trois cents noms.

- Veronica, c’est absurde ! Trois cent suicides ! Te rends-tu compte de ce que cela représente ? Trois cents suicides Veronica !

 

Et le silence reprend son droit. Parce qu’il y a des jours où toute l’éloquence se condense en une absence de mots. En un regard. Une compréhension soudaine. Une appréhension soudaine. Et au fond, tout au fond, un sourire en demi-teinte. L’abcès est crevé. Ne reste qu’à assainir la plaie.


lealoeu  (13.09.2010 à 19:48)

- Je n’ai rien V. Rien pour l’instant. Tu es sûre du nom ?

- Absolument.

- Alors il va falloir creuser plus loin. Ils se cachent bien.

 

Un instant de silence.

 

- Mac, avec un accès à l’ordinateur Kane, tu pourrais pirater sa boîte mail ?


lealoeu  (26.09.2010 à 21:25)

- Je ne fais que passer, j’imprime le sujet que je dois rendre et je file.

 

Veronica poussa la porte du bureau de son père avec un sourire.

 

- Et, euh, j’aurais besoin d’un service…

 

Keith leva les yeux du dossier qu’il consultait et attendit en silence. Veronica se pinça les lèvres un instant en regardant sortir l’image qu’elle avait composée la veille. Keith joignit les mains sur la table et observa sa fille avec attention. Il ne dit rien. Il ne voulait rien dire. Il ne pouvait rien dire. Attendait simplement qu’elle dévoile son prochain cataclysme. Il n’avait pas su deviner l’ampleur de l’horreur dans laquelle elle avait été plongée. L’ampleur de sa détresse. Elle n’avait pas eu envie de lui parler avant que tout ne déborde trop. C’est pourquoi il ne pouvait rien dire. Alors il joignit les mains sur son dossier, leva les yeux vers sa fille et attendit. Histoire de voir comment cette partie allait se jouer. Il la voyait hésiter, mais il ne voulait pas l’aider. Il fallait qu’elle apprenne. Qu’elle apprenne à parler. Qu’elle apprenne à ne pas l’oublier. Ou qu’il apprenne à ne plus être là. Il ne savait plus trop.

L’impression s’acheva et il baissa les yeux un instant vers l’image. Ce n’est pas elle qu’il vit, mais une fille déjà femme. Un regard qui le blessait. Toute cette souffrance qu’il n’avait pas su gérer, il semblait la lui cracher au visage, ce regard. Il ne vit dans son sourire qu’une mascarade fâcheuse. Qu’un reproche à peine masqué. Les gens ne regardent pas les yeux voyons, tant que la pause tient le verni reste solide. Tant que la pause tient on n’alarme personne. Même pas toi, vieil homme. Même pas toi que l’image rassure.

Elle attrapa le cliché, il ne releva pas la tête, se souvint de l’intitulé « autoportrait », et serra ses mains un peu plus fort. Que pouvait-il faire, si ce n’est attendre ?

Il ne vit pas sa fille sourire, sourire des yeux, d’une satisfaction non feinte en contemplant l’image. Comme il n’avait pas vu, non plus, la sincérité de l’apaisement que dévoilait l’image.

 

- Papa ?

 

Il releva les yeux vers elle.

 

- Veronica ?

- Je… enfin, es-tu toujours en contact avec Celeste à propos de l’affaire Kane ?

- L’affaire Kane… quelle froide distance.

 

Elle s’assit en face de lui et planta son regard dans le sien.

 

- Papa, j’ai besoin de finir cela. J’ai besoin qu’on le fasse ensemble. Je sais que ça me dépasse. Que ça nous dépasse. Je sais que j’aurai du venir bien plus tôt. Je suis consciente de ce que l’on risque, mais je ne peux pas vivre avec ce poids. Je ne peux pas, et je ne peux pas le faire seule. Et je ne vais même pas essayer. J’ai besoin de toi Papa.

 

Il baissa à nouveau les yeux et garda le silence.

Il sentait l’attention que sa fille portait au moindre de ses mouvements. Il sentait l’espoir qui la poussait vers lui. Il sentait la joie paradoxale et l’envie. Cet inespéré retour de l’envie. Et soudain elle l’effraya. Sa confiance l’effraya. Sa fragilité l’effraya. La vivacité de son regard devenu terne depuis des mois l’effraya. Il ne voulait pas briser cet élan. Et il ne trouvait pas les mots. Ces mots de soutien qu’elle attendait.

En silence elle se leva et se dirigea vers la porte.

 

- Qu’est-ce qu’il te faut ?

- Trois heures sur l’ordinateur des Kane.

- Sans effraction cette fois ?

- Sans effraction.

- A une condition Veronica, je suis présent sur les lieux, et je veux tout savoir. Le moindre détail que tu déniches.

 

Elle sourit.

 

- Il n’a jamais été question qu’il en soit autrement.


lealoeu  (21.10.2010 à 15:45)

Etrange impression quand les grandes portes coulissèrent sur leurs gonds et que la voiture s’avança lentement sur l’allée de gravier, comme si ce lieu qu’elle connaissait pourtant si bien n’était plus le même. Keith arrêta le contact, se retourna vers sa fille, un regard inquisiteur. Presque une hésitation latente. Elle sourit. Elle ne bougerait pas, attendrait sagement, ferait confiance. Il lui rendit son sourire, claqua la porte et s’avança vers l’imposante porte d’entrée de la maison des Kane. Elle resta dans la voiture, jouant nerveusement avec ses cheveux, le regard fixé sur la fenêtre donnant sur le salon. Elle commençait tout juste à ressentir combien il lui était difficile de lâcher prise. Difficile de se reposer sur les autres, même sur son père.

Une vingtaine de minutes, et elle le vit s’approcher de la fenêtre, et sourire une demi-seconde. Signe pour elle indubitablement. Elle ne savait pas ce qu’ils s’étaient dits, mais elle sentit les battements de son cœur reprendre un rythme normal. Elle ne s’était pas même aperçue qu’ils avaient accéléré. Elle jeta un coup d’œil dans le rétroviseur central et sourit. Mon père, ce héros. Capable d’arracher un accord à une garce venimeuse, à cette Méduse psychorigide. Capable de faire témoigner un mort si nécessaire.

Capable d’attendre que le sourire reprenne ses droits sans sourciller.

Capable d’être là, quoiqu’il arrive.

Il poussa la porte. Signe de la main. Elle ouvrit la portière.

 

- Ouvre le coffre et vient m’aider, il y a trois unités centrales, ça ira plus vite à deux.


lealoeu  (02.11.2010 à 10:23)

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