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Série : Veronica Mars
Création : 12.05.2010 à 17h07
Auteur : lealoeu
Statut : Abandonnée
FIC INACHEVEE - « Allez, pas très orginal, mais on se situe juste après le 320, c'est ma première longue fic, soyez indulgents! »
Cette fanfic compte déjà 75 paragraphes
- Je suis certaine que tu es impatiente d’entendre la fabuleuse histoire des Glove Handed Men, société secrète presque mythique qui a eu l’ambition de se définir comme une puissance américaine concurrente de la Franc Maçonnerie européenne… Bon, avouons-le, le prestige en moins, les méthodes dérangeantes en plus.
- Mac, je suis tout ouïe.
L’excitation de la jeune fille était visible. Veronica s’assit face à elle, tentant de contenir sa curiosité pour laisser à son amie le plaisir de mettre en scène ses découvertes. Ce petit jeu entre elles, c’était ce qui leur permettait encore de garder l’illusion que tout cela ne pouvait être qu’une trépidante histoire dont elles retraçaient progressivement l’évolution.
- C’est moins d’une centaine d’années à peine après la création de l’université de Harvard que les Glove Handed voient le jour. Ne me regarde pas comme ça, ça m’a surprise aussi… Oui, presque trois siècles, je sais... Quasiment dès leurs fondations, les universités de Yale, Chicago, Brown, Stanford…
- Ne me dis pas Neptune, je ne te croirais pas… sincèrement, Hearst mise côte à côte avec Yale et Harvard c’est juste de la science fiction.
- … et Berkeley se rattachent à ce noyau originel de la société.
- Berkeley ?
- Oui, ça m’a surprise aussi, mais Berkeley en effet. A sa fondation.
- Et Hearst ?
- Non, mais attends j’y viens ! Laisse-moi raconter !
Veronica sourit.
- Excuse-moi, je t’écoute. Promis je ne t’interromps plus !
- Permets-moi d’en douter.
Elles sourirent franchement.
- Et donc Berkeley, perçut par les cinq autres comme prometteuse à sa fondation est conviée à rejoindre la société. Seule université publique des six, je ne sais pas, peut-être une volonté d’aller piocher les cerveaux populaires à leur source… enfin une cellule s’ouvre début XXème, je te passe les dates ?
Signe affirmatif discret.
- Début XXème, nos, non pas cinq comme je le pensais, mais six cellules sont fonctionnelles. Chacune d’elles se dote d’un propre nom, Berkeley, c’est le Castel. Ne dis rien ! Tu m’as promis laisse moi y venir ! Les autres, je te les passe, de toute façon je ne peux pas t’affirmer avec certitude leur nom de cellule… Que font-elles ? Difficile une fois de plus de te donner des informations concrètes, mais disons que des réseaux de relations puissantes se tissent à l’ombre des campus et forgent une toile invisible qui vient sous-tendre, après plusieurs siècles d’influence, la totalité du pays, touchant à la fois puissances économiques, politiques, culturelles et même militaires. Il y a là dessous de quoi façonner le monde à son image. Il y a là dessous un pouvoir inimaginable Veronica.
- Inimaginable, comme tu dis… C’est flippant. Mais Hearst là dedans ?
- J’y viens. Tu te souviens vaguement de tes cours d’histoire ? Années 60 Berkeley ça te dit quelque chose ? Yep hein, c’était un beau bordel. Et devine qui pendant les années 60 faisait ses études à Berkeley ?
- Allez, arrête de savourez tes effets de style, je t’écoute !
- Mister Jeremy Graystone.
- Le premier investisseur de Kane industries ? C’est pas possible mais tu veux dire que…
- Je te le donne dans le mille Jeremy Graystone était le parrain de Jake Kane dans la société… Originaire de Neptune, connaissant par conséquent parfaitement la toute nouvelle faculté d’Hearst qui venait d’ouvrir ses portes. Face aux faisceaux de mouvements sociaux qui se développent à Berkeley, et sous l’influence du jeune alors, mais déjà influant Graystone, le Castel se délocalise et s’implante à Hearst. La suite, toi comme moi nous la connaissons.
Un silence de quelques instants s’imposa.
- Tu as raison Mac, c’est gigantesque.
- On ne peut comprendre le monde moderne et sa saturation de symboles sans une connaissance pointue du passif mythologique et religieux dans lequel il baigne véritablement.
Calme et normalité une fois de plus. Elle commençait à aimer ces parenthèses quotidiennes.
- Vous entendrez sans doute autour de vous le monde se récrier, vous dire que nous sommes sortis de cette abnégation au religieux. On vous dira qu’il est aujourd’hui possible de s’émanciper d’un dictat spirituel.
Elle se surprenait à écouter avec un intérêt non feint la présentation grandiloquente de cette nouvelle option qu’elle avait du choisir.
- N’en croyez rien.
« Derrière l’image, ou l’influence biblique en filigrane »
- Vous voulez être des artistes. Vous êtes des artistes. Vous vous devez de savoir appréhender les angoisses humaines.
Déjà le titre respirait le faste emphatique.
- Vous vous devez de savoir les décrypter, les maîtriser, les lire et les créer. Vous vous devez de les prendre au sérieux.
Coup d’œil vers le programme de cours distribué en début d’heure.
- Vous vous devez de comprendre la profondeur des problèmes posés, leur actualité, leurs échos dans le monde actuel, mais surtout ce qu’ils ont de fertiles pour les âmes d’esthètes que j’espère trouver en vous.
« Premier cours : L’Apocalypse, de St Jean à The Four Horsemen de Metallica ». Sourire discret. Moins conventionnel que ce qu’il semblait au premier abord.
- Et comment mieux vous faire ressentir cette écrasante vérité qu’en vous plaçant immédiatement face à l’angoisse humaine par excellence. Celle qui domine depuis toujours chaque civilisation, l’Apocalypse. L’Apocalypse. Y a-t-il jamais eu crainte plus vertigineuse que celle de la fin du monde ? De la confrontation visuelle avec la finitude, non seulement sa propre finitude, mais celle de l’Homme. De l’Adam que nous sommes tous.
Le silence pesa soudainement. L’enseignant retint un sourire. Ne pas gâcher la mise en scène. Veronica jeta un coup d’œil derrière elle, rétroprojecteur en place, chaîne hifi à côté, billet en première classe pour un voyage au cœur de la fin du monde en 70 clichés et 6 chansons. Elle frissonna. La fin du monde.
- Avant de vous faire plonger progressivement dans la thématique artistique que je vais tenter de vous faire aborder dans les deux heures et demi à venir, je voudrais faire résonner à vos oreilles les mots mêmes de St Jean. Les faire vibrer ici, un instant, pour pouvoir mieux saisir par la suite combien ils vont traverser de façon incisive les arts jusqu’à nos jours.
Que peut-on faire contre la fin du monde Veronica ?
- « Le quatrième ange sonna de la trompette. Et le tiers du soleil fut frappé, et le tiers de la lune, et le tiers des étoiles, afin que le tiers en fût obscurci, et que le jour perdît un tiers de sa clarté, et la nuit de même.
Je regardai, et j’entendis un aigle qui volait au milieu du ciel, disant d’une voix forte : Malheur, malheur, malheur aux habitants de la terre, à cause des autres sons de la trompette des trois anges qui vont sonner ! »
Les lumières s’éteignirent, les tapisseries d’Angers vinrent prendre place sur le mur d’en face. L’immense rougeoiement sembla blesser la pâle blancheur du mur. Comme une tâche de sang sur un gant blanc. Comme une trentaine de suicides écarlates sur les carreaux encore vierges d’une salle de bain étudiante. Comme un saut systématique vers l’infini, deux par deux, main dans la main, jusqu’à plus soif.
Qui es-tu Veronica pour empêcher l’Apocalypse ? Pour empêcher les étoiles de tomber ?
Qui es-tu Veronica pour empêcher le monde de plonger vers sa perte ?
Les lumières se rallumèrent violemment. Coup d’œil vers sa montre. Sortie de cours. Sourire nonchalamment en fixant la porte du regard.
Ces tarés se tuent deux à deux. Parrain filleul jusqu’à l’absence. L’Absence. L’Eternel. Ils se tueront jusqu’au dernier.
Et elle les regarderait plonger un à un, comme les grains indiscrets d’un sablier trop vaste.
Elle ne pouvait pas empêcher cela.
On n’empêche jamais les grains du temps de s’écouler.
Elle sentit sa gorge se serrer.
Présence discrète à ses côtés.
Sourire faux.
Regard franc en retour.
« Je ne suis pas sûre d’être d’accord avec St Jean. »
Amusement dans la pupille de Melody. Surprise dans celle de Veronica.
« On a toujours prise sur les apocalypses. Parce qu’on peut toujours avoir prise sur nous même. »
Incompréhension.
« Il faut savoir enterrer les anciennes blessures pour avancer. Finir les choses pour ne pas les sentir mourir en soi. »
Melody sourit.
« L’Apocalypse Veronica, ce n’est jamais qu’une plaie pourrissante. »
Sourire encore puis éloignement progressif.
Eloignement progressif de la totalité du monde.
Seule elle, Veronica restait les pieds ancrés dans un sol soudainement trop meuble, presque prêt à l’engloutir.
Nils passa à ses côtés.
Signe de la main de sa part à lui.
Pas un mot sur la quarantaine de suicides survenus ces cinq derniers mois.
Pas un.
Je ne savais pas que tu étais comme Melody.
Mais qui es-tu Melody Nelson ?
Finir. Tout finir. Ne pas les laisser mourir en soi. Les sentiments. L’espoir. La vie.
Savoir achever les choses sans les laisser en suspend.
Savoir les vivre.
Vivre.
Pour ne pas mourir en soi.
Maîtriser pour raccrocher au sol, reprendre pieds et avancer.
Il y a des certitudes plus rapides que d’autres à instaurer.
- Mac, il faut que tu m’aides. Tu peux me trouver qui est Melody Nelson ?
Quand les mains d’or s’écorchent, Neptune ou La Chute
Neptune vit des heures noires.
Ne nous voilons pas la face, de la nouvelle étoile californienne émane depuis six mois des rayons mornes.
L’étoile montante est en train de choir. Elle a les ailes ensanglantées.
Autant de phrases choc aussi métaphoriques qu’inutiles. Arrêtons les euphémismes. Kane Industries, pôle dynamique premier de la nouvelle ville dorée étatsunienne est en pleine faillite. On parle de dettes s’élevant à plus de cinq millions actuellement. Un responsable ? Mort sans doute. Ou disparu ? Tous se défilent et l’entreprise sombre emportant avec elle l’âme et les biens de la Cité. Jake Kane s’est ouvert les veines au sommet de sa gloire, laissant à d’autres le plaisir de sortir les cadavres des placards.
Souvenez-vous des titres. Nous parlions il y a bientôt quatre mois de cela de despote romantique, atteint du mal d’un autre siècle. Outre le dictat publicitaire qui a fait d’un homme somme toute assez peu impressionnant un despote, cette représentation romanesque du PDG de Kane Industries manque quand même d’assise réaliste. Parler de malaise romantique, de spleen quasi baudelairien pour représenter la mort de la tête pensante de la plus grande source de revenus de la ville c’est ne pas être capable de percevoir les conséquences profondes d’un tel évènement sur un microcosme tel qu’est celui de Neptune. La mort de Jake Kane c’est à moyenne échéance la mort de Kane Industries. La mort de Kane Industries c’est la mort de Neptune. Et je ne pense pas que faire un parallèle entre ce premier suicide, mis en scène et orchestré comme s’il s’agissait du dénouement d’une tragédie grecque, et la myriade d’autres morts volontaires imitant cet acte fondateur qui s’en suivirent soit anodin. Principalement des étudiants, qui tous, voient l’espoir leur être ôté alors même qu’il se trouvait à portée de mains ; dernières années d’études, projet glorieux, horizon d’attente, poste promis dans la brillante entreprise locale, dépression soudaine de la dite entreprise. Mort de l’espoir. Ne reste plus qu’à faire face à l’emprunt étudiant. A l’impossible remboursement. A la vie d’adulte qui commence à rebours.
Le microcosme si prometteur est un train de pourrir dans son propre cocon, et les enfants chéris de la ville se donnent la mort pour avoir le droit de ne pas le voir.
Quand donc arrivera-t-on à embrayer la machine brisée ?
Justin Daniels
Sourire en demi-teinte, Veronica reposa le journal devant elle. Tout s’effondre. L’Apocalypse, c’est bien de cela dont il est question. Tout détruire de fonds en combles pour rebâtir à neuf. Pour effacer les marques d’une histoire refoulée.
Monsieur Daniels, si seulement vous aviez toutes les billes en main… Il vous manque la cause, et vous tournez autour du vide sans en percevoir l’ampleur. C’est pratique ceci dit, le semi-vertige, ça permet d’avancer un peu plus loin. Vous préparez le terrain, mais avec le pourquoi, vous retourneriez le monde. Vous ébranleriez le monde… Le pouvoir de la presse déplace les montagnes.
150 noms récurrents, commençant à se répartir en organigramme. Des paires, des liens quasi familiaux, un arbre généalogique à six branches, dont l’une est étêtée. Et se mettent en place progressivement des réseaux qui convergent vers six noms, six quasi-couronnes de ce royaume de l’en-deçà. Jake Kane, le roi décapité, et ces homologues qui signèrent sa mise à mort. Eli Barnes, Daniel Ewards, Justin Mac Callaway, Thomas Stevens, William Carrington.
Veronica sourit. Elle aimait ce parfum de tragédie antique. Les rois qui ne meurent pas sur scène tombent toujours en épilogue. Elle fit signe à son père de s’approcher. Il acquiesça du regard, un soupçon de silence pour apaiser l’instant. Elle attrapa son téléphone.
- J’ai encore besoin de toi Mac. Je crois qu’on a le nom des serpents.
- L’art ne se note pas mademoiselle Mars. A quoi vous attendiez-vous exactement ?
Veronica regardait surprise la dizaine de pages de commentaires qui accompagnait son tirage. Pas l’once d’une évaluation objective, des avis. Divers. Une trentaine de noms, dont certains qu’elle admirait véritablement, une multitude d’annotations, mais pas l’ombre d’une notation. A quoi s’attendait-elle ? Pas à cela c’est certain.
- Ne vous en faites pas, les examens que vous avez passés le mois dernier, et les autres tirages que vous avez eu à effectuer dans vos cours de marketing par exemple sont évalués plus traditionnellement. Mais ici, avec ce travail d’autoportrait que vous aviez eu à faire, nous cherchons uniquement à vous révéler à vous-même. Et à révéler au monde, qui commence ici et maintenant, l’artiste que vous êtes. Nous ne pouvons pas avoir la prétention de promouvoir l’art si nous ne vous traitons pas, vous, comme des artistes.
Veronica jeta un coup d’œil autour d’elle. Elle semblait une fois de plus la seule surprise.
- Ne soyez pas naïve mademoiselle Mars, les retours subjectifs s’assumant comme tels sont sans doute bien plus difficiles à encaisser que les notations standard. Il n’y a pas de doute, ici ce n’est pas un devoir quelconque que nous évaluons mais bel et bien vous, et votre avenir d’artiste. La critique ne vous fera pas de cadeau, nous n’en faisons pas non plus.
Le monde s’évertuait à l’extirper de ses cocons.
L’enseignante se retourna et sourit.
- Douter est essentiel. C’est ce qui révèle le meilleur de vous mêmes. N’ayez pas peur du doute mademoiselle Mars, la certitude est le recours de ceux qui ont besoin de bornes. Le doute vous ouvre à l’univers.
Elle se retourna vers le reste de la classe.
- C’est valable pour vous tous. Le doute est la conscience de sa propre vulnérabilité. Et c’est votre vulnérabilité qui vous amènera à être sensible au monde dans lequel vous évoluez.
Elle hésita un instant.
- Enfin, du moins, c’est ainsi que je perçois l’art. Mais ce n’est que subjectif n’est-ce pas ? Pas réellement une connaissance, seulement une sensibilité singulière qui vous aidera peut-être à comprendre ce que j’ai cherché à lire dans vos autoportraits. Monsieur Svetlanof par exemple, que vous recroiserez peut-être souvent dans votre parcours si vous persévérez dans la voie artistique, est plus sensible à la maîtrise. Enfin, maîtrise, le mot m’ennuie un peu, il ne cerne pas exactement sa pensée… Mais vous comprendrez mieux cela en relisant tous ce que nous avons écrit sur vos travaux. Lisez-les avec attention, mais ne vous laissez pas submerger par le flot d’avis contradictoires auquel vous allez être confrontés. Entendez les reproches, non pas pour vous conformer au un modèle préexistant attendu par votre critique, mais pour vous construire vous. En tant que sensibilité autonome et singulière.
Coup d’œil vers la liasse de feuillets devant elle. Etonnant comme même en ces circonstances elle arrivait à appréhender ce qu’elle y lirait. Rassurant de sentir que le reste du monde continuait à exister et à compter pour elle. Réellement. Ce jugement, elle l’appréhendait et elle l’espérait. L’importance qu’il avait pour elle était une lueur d’espoir. Il la tournait vers l’avenir. Un avenir qui commençait à lui sembler tangible.
- Ceux d’entre vous qui souhaitent s’orienter uniquement vers l’image marketing ne seront plus obligés d’avoir affaire à moi pendant ce second semestre qui vient tout juste de débuter. Pour les coriaces et les écorchés vifs, le second et dernier sujet que vous aurez à traiter cette année sera « le monde et l’absurde ».
Il y avait comme une douce ironie à voir progressivement l’univers l’obliger à se tourner sur elle-même. Penser l’absurdité du monde. Elle sourit. C’était jouer à domicile.
Veronica observait le dossier sans oser encore l’ouvrir. Face à face avec cette image d’elle-même qu’elle avait créée, elle se sentait terriblement intimidée. Elle s’intimidait. Ce regard, qui l’avait tant séduite quelques semaines plus tôt l’effrayait à présent. Une froideur et une détermination qu’elle avait du mal à supporter. Qu’elle avait du mal à assumer.
- C’est étrange n’est-ce pas, la première fois…
Elle se retourna, Melody souriait, distante, comme à son habitude.
- Cette impression d’être double lorsqu’on se voit.
Veronica la regarda, intriguée.
- A la fois l’œil viseur et visé de l’objectif. Personnellement c’est une duplicité à laquelle je ne m’habitue pas.
Elle s’assit aux côtés de Veronica.
Elle hésita un instant. Veronica ne l’avait encore jamais vu hésiter. Etrangement, cela la rendait plus présente, plus humaine soudain. Comme si un souffle d’existence traversait sa pupille. Un souffle de souffrance.
Elle sourit tristement.
- Mais c’est encore la seule manière que j’ai trouvée de vivre. De supporter.
Elle soupira. Veronica hésita, mais ne dit rien.
- C’est étrange ce rapport que l’on établit avec le monde, derrière un objectif. Comme un filtre, une protection. On se place en retrait du monde, et paradoxalement c’est là qu’on en saisit l’essence. C’est là qu’on en touche le cœur.
Elle se tourna vers elle, sourit.
- Je n’arrive plus à ressentir sans cette distance. Tu sais, j’existe par elle. Sans cela le monde est trop violent. Sans cela je ne peux plus le voir. Je ne sais plus le voir, mais j’arrive encore à le montrer. C’est comme cela, uniquement comme cela, qu’il est encore possible de vivre. Je ne fais partie des choses que par ce que je montre d’elles.
Elle jeta un coup d’œil vers le cliché de Veronica.
- Ne perds pas de vue ton double Veronica. Ne deviens pas moi.
Elle se leva et s’éloigna en silence.
Veronica l’observa partir.