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Série : Veronica Mars
Création : 31.08.2014 à 11h11
Auteur : lili59
Statut : Terminée
« Suite du film Veronica Mars - Pour le reste, à vous de deviner grâce au spoiler de départ ! » lili59
Cette fanfic compte déjà 52 paragraphes
De leurs bureaux respectifs, Veronica et Mac se criaient régulièrement des nouvelles de l’avancée de leurs enquêtes respectives :
- Anna Clarkson, née le 12 juin 1986 à Perth en Australie Occidentale ! s’écria Mac. Célibataire sans enfant ! Dernière adresse connue à Melbourne en 2009 ! Pas de salaire déclaré, pas d’impôts ! Pas de casier ! Je vais faire un tour sur les réseaux sociaux !
- Ok ! Bon de mon côté je suis mon instinct sur un ancien membre du Castle et je viens de retrouver tous les W. Smith étant passés par Hearst ! Ca n’en fait plus que trois cent vingt-quatre ! Les Kane ont dû choisir quelqu’un de crédible dans le rôle de revendeur donc je vais restreindre à ceux ayant un casier judiciaire !
- Ok ! Donc Anna a un compte Facebook très peu actif ! Seulement quatre publications ces sept dernières années, à chaque fois une photo de paysage expliquant que sa découverte de l’Australie en solo la ravit ! Je lance une recherche Google !
- Ok ! Plus que trente-six « W. Smith » ayant étudié à Hearst et ayant un casier ! Je commence le cas par cas !
- Ok !
*
Mac passa la tête à travers la porte du bureau de Veronica.
- Tu as fini ?
La détective lâcha son écran d’ordinateur des yeux et se frotta les paupières.
- Yep ! Et toi ?
- Oui. Tiens.
Elle tendit à Veronica un dossier dans lequel elle avait tapé son rapport.
- Toujours aussi méticuleuse à ce que je vois ! sourit Veronica. Je t’ai déjà dit à quel point c’était un plaisir de bosser avec toi ?
- Environ deux mille fois… Tout ça pour que je me sente obligée de te retourner le compliment !
- Alors pourquoi ne le fais-tu jamais ?
- Ma maman me disait toujours : « C’est pas beau de mentir ! »
Veronica lui tira la langue avant de se concentrer sur le rapport. Elle observa tout d’abord plusieurs clichés de la jeune femme : grande, blonde, sportive sans aucun doute. Il se dégageait d’elle une énergie toute positive sans que celle-ci ne la départisse d’une certaine aura de douceur et de gentillesse.
- Mignonne. Très mignonne même… commenta-t-elle.
- Tu crois que c’est d’elle dont Duncan parle dans sa lettre ?
Veronica fronça les sourcils. Mac expliqua :
- Tu sais bien : « la femme qu’il a aimée de toute son âme ! »
- Peut-être… murmura la détective en rosissant.
- Non ??? Me dis pas que tu penses qu’il parlait de toi ???
Veronica haussa les épaules.
- Avec Duncan, c’est difficile à dire… Je suppose qu’il n’a pas dû avoir une vie sentimentale trépidante entre son statut de père célibataire et ses déménagements constants !
- Eh ben si ses relations amoureuses remontent au lycée, je le plains le pauvre ! Surtout que toi t’es passée à autre chose depuis ! Piz, Logan… Tiens, tu vas finir par m’en parler ou pas ?
Pour quoi dire ? Qu’il aurait dû être de retour dans six jours et que je suis en manque comme un alcoolique qui trouve un bar au beau milieu du désert … avant de se rendre compte qu’il est fermé ? Et qu’en plus je deviens folle en sachant que la tenancière du bar est peut-être en train de se saouler derrière la porte avec MA bouteille ?
- On est en train de bosser là je te rappelle… grogna Veronica tout en reprenant sa lecture.
- Il n’y a pas d’heure pour les potins !
Veronica l’ignora et continua :
- Lycéenne moyenne mais très sportive, avec notamment plusieurs victoires en athlétisme au niveau régional. Puis…
Elle releva la tête vers Mac, les yeux ronds.
- Sérieux ?
Mac acquiesça, un sourire en coin.
- Je savais qu’il y avait un truc louche ! Etudes d’infirmières ?
- Hum hum… Et attends la suite !
Veronica reprit sa lecture.
- A travaillé à l’hôpital de Melbourne de 2008 à 2009 au service … cardiologie.
Elle releva la tête.
- Evidemment.
- Evidemment.
- Rappelle-moi pourquoi je n’ai pas enquêté sur cette Anna dès le départ ?
- Parce que ça t’aurait gâché le plaisir de te faufiler en douce chez les Kane ?
Veronica éclata de rire.
- Pas faux ! avoua-t-elle avant de se replonger dans le dossier. Donc elle s’installe à Melbourne, se trouve un job sympa et, du jour au lendemain, s’évapore dans la nature. Officiellement pour voir du pays. Mais nous, nous savons que ce n’est pas le cas…
Elle lâcha le dossier et, se carrant dans son fauteuil, conclut :
- Donc, si j’ai bien compris, Duncan – qui tentait d’éviter un maximum les hôpitaux il y a cinq ans - a débauché une jeune infirmière pour prendre soin de ses problèmes cardiaques et, pour que Little Lilly ne se doute de rien, il l’a faite passer pour sa gouvernante. C’est très malin de sa part…
- Et très prévenant vis-à-vis de sa fille.
Duncan papa poule ? Je l’imagine très bien !
Mac ajouta :
- Du coup, tu penses toujours que c’est elle qui t’a ouvert la baie vitrée lorsque tu étais chez les Kane ?
- Plus que jamais ! On verra bien ce que me dira Little Lilly au téléphone ce soir. Je lui ai laissé un message pour lui demander de m’appeler.
- Il n’y a plus qu’à attendre... Et toi alors, tu en es où ?
Veronica soupira.
- J’ai éliminé dix-neuf candidats dont le profil ne correspondait pas : déménagement ou situation sociale trop haute pour se faire passer pour un receleur… Mais il me reste toujours quinze noms, en espérant que je n’ai pas fait fausse route… Je n’ai plus qu’à aller sur le terrain.
- Pour enquêter sur quinze mecs ? C’est mission impossible !
Une voix d’homme retentit derrière elle.
- Effectivement, ça me semble compliqué.
- Keith ! s’exclama Mac. Comment allez-vous ?
- Pas mal, et toi ?
- Bien merci…
Il pénétra dans le bureau et Veronica se leva instinctivement pour lui laisser son siège.
Ne t’inquiète pas papa, je n’ai pas oublié que c’est ton nom qui est inscrit sur le chevalet !
Keith sourit et s’installa.
- Tu m’expliques ?
- On a découvert que le soi-disant receleur de Weevil s’appelle W. Smith et j’ai limité la liste à quinze candidats.
- Et comment avez-vous trouvé son nom ?
Ho ho…
- Je ne révèlerai pas mes sources, même sous la torture !
Keith, pas dupe, lui lança un regard moralisateur avant de reporter son attention sur la liste.
- Quand je te disais que tu étais plus maligne quand tu étais jeune… conclut-il. Désormais tes neurones sont calibrés pour le droit, plus pour les enquêtes !
Elle décida d’ignorer le sous-entendu et se pencha sur la liste par-dessus son épaule.
- Je suis passée à côté de quelque chose ?
Keith sourit.
- Le shérif Lamb surnomme bien le revendeur « Rouky » dans son ordinateur ? demanda-t-il à Mac.
Celle-ci opina du chef et Keith pointa du doigt un nom pour Veronica qui lut :
- Walt Smith. Walt…
Soudain, l’illumination.
- Comme Walt Disney !
Elle enlaça son père assis devant elle.
- Merci papa !
- C’est qui ton héros ?
Veronica éclata de rire, ravie : elle y était presque ! Elle allait sauver Weevil !
- C’est génial ! Weevil va être tellement content ! Il ne me reste plus qu’à retrouver la trace de ce Walt Smith… A mon avis il doit se planquer quelque part !
Ravi de voir sa fille si heureuse, Keith se dérida et proposa :
- Je t’invite à déjeuner demain pour fêter ça.
Veronica lui fit une boutade.
- Pour fêter seulement ça ?
- Oh, ça et aussi ton vingt-septième anniversaire accessoirement…
- Accessoirement. T’as prévu le poney ?!?
Affublée de son déguisement de secrétaire, Veronica patientait devant la Neptune Grade School depuis cinq bonnes minutes. Elle jeta un coup d’œil à sa monte : 7h45. La limousine n’allait plus tarder… Est-ce que Little Lilly avait réussi ?
Flash-back
La veille au soir, Veronica grignote des nachos devant la télévision. Son téléphone sonne et une tête de Gremlin apparaît sur l’écran de son smartphone. Elle sourit et décroche.
- Pile à l’heure ! s’exclame-t-elle.
- Pas comme toi ! râle Little Lilly à l’autre bout du fil.
Veronica fronce les sourcils.
- Pourquoi ? Nous avions rendez-vous ?
- J’ai attendu jusqu’à minuit que tu m’appelles pour me dire ce que tu avais trouvé dans les lettres ! En plus, j’étais super stressée parce que Grand-Mère ne m’a pas accompagnée à mon cours de piano alors j’avais peur que tu te sois fait attraper ! Résultat, je me suis fait disputer par Mrs Hannigan parce que je me suis endormie en classe ce matin !
Veronica se pince les lèvres.
- Je suis désolée. Vraiment. J’ai été occupée et… Oui, j’avoue, je n’ai même pas pensé à te tenir au courant. Ca ne se reproduira plus, promis.
Alors qu’elle s’attend à une réplique cinglante de la part de la fillette, un silence s’installe. Finalement, Little Lilly demande d’une voix égale :
- Alors, tu as trouvé quelque chose ?
- Il est encore trop tôt pour t’en parler.
Elle ne lui laisse pas le temps de protester et enchaîne :
- Si je t’ai demandé de m’appeler, c’est parce que j’ai encore besoin de ton aide.
- Dis. Je ferai tout ce que tu veux si ça peut t’aider à retrouver Papa.
- Voilà : quand j’étais chez ta grand-mère hier, quelqu’un m’a aidée à m’échapper. Je n’ai pas eu le temps de voir son visage, seulement le bas de son pantalon qui était noir. Tu as une idée de qui il pourrait s’agir ?
- C’est bizarre ça. Non, je sais pas.
- Ca ne pourrait pas être Anna ?
- Je lui ai pas parlé de toi, alors je vois pas pourquoi elle t’aurait aidée !
- Mettons. Mais en imaginant que d’une manière ou d’une autre elle me connaisse, est-ce que ce serait possible ?
Little Lilly réfléchit un instant.
- Eh bien, vu qu’elle était à la maison et qu’elle porte un uniforme noir comme tout le personnel, oui ce serait possible.
- Ok. Ecoute, j’ai besoin de parler à Anna, et vite. Il va falloir que tu te débrouilles pour qu’elle t’accompagne à l’école demain.
- Et comment je fais ça moi ?
- Eh bien… Tu n’as qu’à dire que la directrice veut parler à ta mère de tes problèmes d’intégration. Celeste ne pourra pas venir, puisque pour tout le monde tu n’es que la fille d’une de ses femmes de chambre.
Lilly soupire.
- Pauvre Hamilton… Il va encore se faire taper sur les doigts par la secrétaire pète-sec !
La limousine tourna au coin de la rue et s’engagea dans la file de véhicules qui déposait les unes après les autres les enfants des 09ers. Veronica enfila ses fausses lunettes de vue rectangulaires et se prépara à jouer son rôle. Finalement, la voiture s’arrêta devant l’entrée et elle vint à sa rencontre. Le chauffeur – à l’allure toujours aussi impeccable avec sa barbe savamment taillée et ses Ray-Ban dernier cri – esquissa un petit sourire ironique en la voyant et alla ouvrir la portière arrière. Little Lilly bondit de l’habitacle … aussitôt suivie d’Anna. Vêtue de son uniforme de femme de chambre – veste et pantalon noirs, chemisier blanc et discret collier en or – elle était encore plus jolie en vrai qu’en photo.
Allez Anna, je compte sur toi : tant que le chauffeur est là, fais comme si on ne se connaissait pas !
- Mrs Clarkson ?
Anna opina.
- Enchantée. La directrice m’a demandé de venir à votre rencontre pour vous guider dans nos locaux.
Elle lança un regard peu amène au chauffeur qui leva les mains au ciel.
- Je sais je sais…
Il ajouta pour Anna :
- Je vais me garer un peu plus loin en t’attendant ok ?
Anna acquiesça et il remonta dans la limousine. Veronica se tourna vers Little Lilly :
- Veuillez vous rendre dans la cour intérieure Miss Clarkson, les cours vont bientôt commencer.
Little Lilly plissa les paupières, visiblement fâchée, mais ne répondit rien. Elle embrassa sa gouvernante – avec une tendresse étonnante, remarqua Veronica – et pénétra dans le bâtiment. Elle était à peine entrée que la détective saisissait déjà le bras d’Anna.
- Hé ! s’exclama celle-ci, surprise.
Mais déjà Veronica la conduisait un peu à l’écart.
- Mais qu’est-ce que vous faîtes ? L’entrée ne se fait pas par ici ?
Lorsqu’elle s’estima suffisamment à l’écart des oreilles indiscrètes, Veronica s’arrêta et fit volte-face.
-Assez joué Anna. Je sais que vous savez qui je suis.
Les sourcils de l’australienne se haussèrent en un accent circonflexe.
- Excusez-moi ?
Tu as raté ta vocation d’actrice Anna !
Veronica poussa un soupir exaspéré et ôta ses lunettes.
- Ca va mieux comme ça ? Vous m’avez vue pas plus tard qu’avant-hier, vous devriez vous en souvenir !
Le visage d’Anna se décomposa mais elle réajusta aussitôt son masque et déclara posément :
- Je suis désolée mais je crois qu’il y a erreur, nous ne nous sommes jamais rencontrées.
L’agacement de Veronica monta d’un cran.
- Oh ça va maintenant ! On n’a pas le temps de jouer, l’heure tourne !
Désormais, l’australienne semblait franchement inquiète. Elle jeta un coup d’œil vers l’entrée du bâtiment, vide depuis que les cours avaient commencé.
- Ok ok ! temporisa Veronica. Je comprends, vous voulez être certaine de ne pas commettre d’impair, je respecte ça. Je joue franc-jeu et ensuite c’est votre tour d’accord ?
Anna l’observait comme une extra-terrestre.
- Je suis Veronica Mars, détective privée à Neptune, et j’ai été engagée par Lilly pour retrouver son père, Duncan Kane. J’ai appris que vous étiez infirmière et que vous le soigniez pour son problème cardiaque.
A la mine stupéfaite d’Anna, elle avait visé juste. Elle poursuivit :
- Et si je l’ai appris, c’est notamment grâce à une lettre que j’ai dérobée chez les Kane avant-hier.
- Quoi ?! s’exclama la gouvernante, bouche-bée.
- Oh allez Anna, vous le savez bien puisque c’est vous qui m’avez aidée à m’échapper !
- Mais je vous assure que…
Soudain, une voix d’homme résonna dans le dos de Veronica.
- Fiche-lui la paix Veronica, elle n’y est pour rien.
Elle se retourna et découvrit le chauffeur dans son dos. Il ôta ses larges lunettes de soleil et Veronica le reconnut aussitôt.
- Hamilton Cho ?!?
Ce dernier eut un sourire en coin.
- Tu ne t’y attendais pas à celle-là hein ?
A l’arrière de la limousine, Veronica venait de raconter point par point son enquête à Anna et Hamilton.
- Et voilà comment j’en ai conclu que c’était vous qui m’aviez aidée Anna. Encore une fois, je suis désolée d’avoir…
- Pas de problème, la rassura Anna avec douceur. L’erreur est humaine.
- Ce que je ne comprends pas, c’est que j’ai clairement eu l’impression que vous me reconnaissiez tout à l’heure.
- C’est vrai. Mais pas parce que je vous ai aidée. C’est juste que Duncan a une photo de vous dans son portefeuille…
- Oh.
La gouvernante eut un sourire triste, ce que ne manqua pas de remarquer Veronica.
Tut tut tut tut… Bon, on change de sujet ?
- Et si vous me racontiez un peu votre histoire ? proposa-t-elle.
- Eh bien, que dire de plus ? Vous avez déjà les grandes lignes. Il y a cinq ans, j’ai répondu à une petite annonce dans le journal. On recherchait une infirmière expérimentée en cardiologie pour un suivi à domicile le soir trois fois par semaine. C’était grassement payé alors j’ai répondu. J’ai rencontré Duncan – qui se faisait alors appeler M. Hide – ajouta-t-elle sans parvenir à ravaler un sourire, et j’ai été engagée. Les trois premiers mois ont été purement professionnels : je surveillais son rythme cardiaque, je faisais des prises se sang pour contrôler son anémie… Jusqu’au jour où il a fait un malaise. Il a catégoriquement refusé d’aller à l’hôpital, alors je lui ai prescrit un repos total. Il m’a dit qu’avec sa petite fille de trois ans, c’était mission impossible. Je lui ai alors proposé de rester quelques jours pour m’occuper d’elle.
Elle marqua une pause.
- Je n’avais jamais rencontré Lilly, elle dormait lorsque je venais faire les soins. Et, comment dire ? Ca a été une sorte de coup de foudre. Réciproque je crois. Il faut dire qu’elle n’avait pas de maman, alors… Lorsque Duncan a été totalement rétabli et que je suis retournée chez moi deux semaines plus tard, ça a été un déchirement. Pour elle comme pour moi. Alors Duncan m’a proposé de venir m’installer chez eux contre une forte rémunération. J’ai accepté, mais j’ai refusé d’être payée. Avoir Lilly auprès de moi était suffisant.
Un doux sourire éclaira son visage, avant que l’ombre d’un autre souvenir ne l’en chasse.
- Quatre mois plus tard, Duncan m’a dit qu’ils allaient devoir déménager et qu’il me remerciait pour tout ce que j’avais fait pour eux. J’étais désespérée. Lilly, Duncan… Au fil des semaines, nous avions bâti une sorte de famille et je refusais de les voir partir. Peut-être parce que mon père a quitté ma mère quand j’étais petite… Dans tous les cas, je l’ai tellement harcelé pour qu’ils restent qu’il a fini par craquer et m’a raconté son histoire.
Elle regarda Veronica.
- Il m’a parlé de vous, et m’a montré votre photo. C’était il y a cinq ans mais je n’ai jamais oublié votre visage. C’est vous qui aviez permis à Lilly de vivre libre … et c’est de vous dont Duncan était visiblement encore amoureux.
Veronica rougit, gênée. Hamilton toussota et Anna reprit :
- J’ai donc décidé de tout lâcher pour les suivre. Et je dois dire que je n’ai jamais regretté mon choix : nous vivions dans de belles demeures, j’étais bien payée, nous visitions des lieux magnifiques… Et surtout j’avais Lilly. Malheureusement, comme vous le savez déjà, il y a deux ans le problème cardiaque de Duncan a empiré et il s’est mis à écumer tous les hôpitaux d’Australie. En vain. Les dix-huit derniers mois, il restait se reposer à la maison toute la journée puis partait dans une chambre d’hôtel juste avant le retour de Lilly de l’école.
Veronica fronça les sourcils.
- Dans sa lettre, il a dit à Celeste qu’il restait toute la journée à l’hôtel, pourquoi avoir menti ?
- Mrs Kane ne sait pas que je suis infirmière, pour elle je ne suis qu’une simple gouvernante. Duncan ne voulait pas qu’elle l’apprenne car selon lui elle aurait été capable de ne pas me garder auprès de Lilly pour mettre « quelqu’un de plus compétent » à ma place.
D’habitude si douce, la voix d’Anna trahissait cette fois une pointe d’amertume.
- Vous ne la portez pas dans votre cœur… remarqua Veronica.
- Désolée, je ne voulais pas…
- Oh non, pas de souci ! Croyez-moi, vous ne pouvez pas la haïr plus que moi !
L’australienne sourit.
- Peut-être que si. Quand je vois comment elle traite sa propre petite-fille… Du coup, Lilly a beaucoup changé en l’espace de quelques semaines : elle qui était si douce et si aimante s’est endurcie. Parfois j’ai même du mal à la reconnaître… Mais je lui pardonne, parce que je sais que c’est le seul moyen qu’elle a trouvé pour se blinder des attaques de sa grand-mère.
Lilly et Weevil : même adversaire, même combat, même résultat !
- Mais que fait-elle à Lilly exactement ? s’inquiéta la détective.
- Oh, elle ne lui fait pas de mal physiquement ! C’est juste qu’elle… Comment dire ? D’un côté j’ai l’impression qu’elle aime bien Lilly : elle passe beaucoup de temps avec elle, la comble de cadeaux… Mais d’un autre côté, elle se montre très exigeante vis-à-vis d’elle, dure même. Parfois, j’ai aussi l’impression qu’elle lui fait payer l’absence de Duncan, comme si elle l’en tenait pour responsable.
Veronica soupira.
- C’est fou comme les gens n’apprennent rien de leurs erreurs ! Elle a fait exactement la même chose avec sa fille, ce qui la conduisait toujours à faire les pires bêtises jusqu’à ce que…
Flash-back



-Enfin, bref. Duncan a eu raison, Celeste en aurait tout à fait été capable. Est-ce que vous avez l’occasion de lire le courrier qu’il a écrit à Lilly ?
Anna hocha la tête.
- Il me l’avait fait lire avant de le lui remettre.
Veronica déglutit avant de poser la question suivante :
- D’après vous, quand il disait que Lilly devait venir me voir en cas de problème, était-ce pour que je l’adopte ?
Anna haussa les sourcils … et éclata de rire.
- Bien sûr que non ! De toute façon, sans vouloir vous manquer de respect, jamais je ne permettrai que vous me preniez Lilly ! Non, Duncan a dit que vous sauriez le retrouver pour savoir s’il était encore…
Elle ravala sa salive.
- Parmi nous.
Grr… Plus facile à dire qu’à faire !
- Mais pourquoi ne vous a-t-il pas dit où il allait ?
Le regard tourné vers l‘extérieur, Anna expliqua, songeuse :
- Il savait que je n’aurais pas pu m’empêcher de prendre de ses nouvelles, et il ne voulait pas que sa mère ne le retrouve par ce biais.
- Mais pourquoi s’acharne-t-il à se cacher de sa mère ? s’agaça la détective. Même si c’est une vipère, elle l’a toujours adoré, je l’imagine mal appeler Interpol pour le dénoncer !
- Justement, expliqua Lilly. Il m’a dit que si elle le retrouvait, jamais elle ne lui permettrait de repartir.
Veronica réfléchit.
- C’est tout à fait son genre en effet.
Elle se tourna vers Hamilton.
- Bon, et si on parlait de ton cas maintenant ?
Affalé sur la banquette arrière de la limousine, Hamilton sourit.
- Ca t’intrigue hein Veronica ? Tu aimerais bien savoir ce que j’ai à voir dans cette histoire ?
- Eh bien disons qu’étant donné que la dernière fois que je t’ai parlé tu venais de perdre la bourse Kane, j’ai un peu de mal à comprendre pourquoi tu rends aujourd’hui service à leur fils !
- Je n’ai jamais perdu la bourse. Enfin, pas tout à fait. Quand les parents de Sabrina ont refusé de la partager et qu’ils ont menacé de dénoncer mon père pour ce qu’il avait fait, je n’ai pas eu le choix et j’ai dû renoncer à la bourse. Mais ce que tu ignores, c’est que le lendemain, au lycée, Duncan est venu me voir. Il m’a dit qu’il trouvait ça injuste que je doive payer pour les erreurs de mon père et qu’il allait essayer de trouver une solution. Quelques jours plus tard, j’ai été reçu chez lui et son père m’a proposé un don. Un gros don. Pas suffisant pour couvrir tous les frais d’une scolarité à Oxford, mais assez important pour convaincre une banque de me prêter le reste.
Veronica était estomaquée.
- Et ils t’ont donné cet argent comme ça ? Sans contrepartie ?
Hamilton haussa les épaules.
- Je suppose que pour eux ce n’était qu’une broutille. Duncan avait quand même dû bien insister en amont parce que Mrs Kane n’avait franchement pas l’air emballé…
Pourquoi ça ne m’étonne pas ?
- Bref, j’ai dit à Duncan que je lui étais redevable et que s’il avait un jour besoin de quoi que ce soit, je serais là pour lui. On s’est un peu vu jusqu’à mon bac, et ensuite on a communiqué par mails lorsque je suis arrivé à la fac. Jusqu’à ce que j’apprenne par les journaux qu’il avait pris la fuite avec sa fille, là je n’ai plus eu de nouvelles.
- … jusqu’à…
Hamilton sourit.
- Jusqu’à il y a trois mois où j’ai reçu un appel. J’ai tout de suite reconnu sa voix. Il m’a demandé si j’étais sérieux en parlant de ma dette et j’ai dit que oui, évidemment. Il m’a expliqué qu’il allait devoir envoyer sa fille avec sa gouvernante chez sa mère pour quelques temps mais qu’il avait besoin d’une personne de confiance à l’intérieur.
Il regarda Anna.
- Je devais garder un œil sur vous deux. Il m’a dit qu’il aurait surtout besoin de moi le jour où il faudrait sortit Lilly de là, que ce soit avec lui ou avec toi.
Anna opina et Hamilton se reconcentra sur Veronica.
- Je suis l’assistant d’un maître de conférences à Oxford, le temps de finir ma thèse sur Proust, expliqua-t-il non sans fierté. Il a accepté de me donner un congé sans solde jusqu’au spring term alors j’ai rappliqué à Neptune illico. J’ai lié connaissance avec le chauffeur de Celeste Kane et je lui ai proposé une grosse somme d’argent pour qu’il se fasse passer pour malade et qu’il me recommande auprès de sa patronne, moi son bon vieil ami Hamilton Lee, le temps de son absence. Voilà tout. Ca a été facile en fait… Je devrais peut-être me lancer dans une thèse sur le roman policier, qu’est-ce que tu en penses ?
Veronica sourit.
- C’est très malin de la part de Duncan d’avoir fait appel à toi : a priori rien ne vous relie, il n’y avait donc aucune raison pour qu’Interpol te surveille. Par contre tu as eu de la chance que Celeste ne te reconnaisse pas !
- Tu parles ! Elle m’a vu deux fois il y a dix ans, je ne suis pas inoubliable à ce point !
Veronica soupira.
- Quand je pense que j’ai été acheter des pizzas chez ton père pas plus tard qu’avant-hier et que je ne t’ai pas reconnu en te croisant le lendemain devant l’école de Lilly… J’ai honte !
Hamilton eut un sourire en coin.
- Moi, je t’avais déjà vue la veille !
- Ah bon ? s’étonna la détective. Où ça ?
- Tu crois franchement que j’aurais laissé Lilly faire l’école buissonnière aussi facilement ? Je te rappelle que je suis chargée de la surveiller ! Alors, quand je l’ai vue se faire la malle le jour de la rentrée, je l’ai discrètement suivie jusqu’à ton bureau. J’ai tout de suite compris, surtout quand je t’ai vue rappliquer devant son école avec ce déguisement ridicule le lendemain.
Veronica réajusta les lunettes qu’elle avait gardées sur le nez.
- Je vous saurais gré de me parler sur un autre ton jeune homme ! répliqua-t-elle dans son rôle de secrétaire désagréable.
Tout le monde sourit et elle ajouta :
- Mais comment as-tu su que j’avais besoin d’aide chez les Kane avant-hier ?
- Lorsque je suis parti déposer Lilly à sa leçon de piano, j’ai repéré une décapotable le long de la route avec deux personnes – une petite blonde et un black musclé - qui examinaient leur pneu.
Anna pouffa et Veronica haussa les épaules.
- On fait ce qu’on peut !
- J’avais prévu de leur donner un coup de main à mon retour, mais lorsque je suis arrivé j’ai remarqué qu’il n’y avait plus que l’homme assis dans la décapotable. Je l’ai dépassé et j’ai vu dans le rétro que c’était Wallace Fennel, le meilleur basketteur de Neptune High. Comme vous étiez proches au lycée, j’ai fait le rapprochement. Et comme toi tu n’étais plus dans la voiture, j’en ai déduit que tu étais entrée en douce dans le domaine. J’ai fait le tour de la propriété en regardant à travers toutes les fenêtres pour m’assurer que tu n’avais pas de problème.
Veronica poursuivit :
- Et, arrivé devant le bureau, tu m’as vue coincée derrière la porte alors tu m’as ouvert la baie vitrée.
Hamilton sourit.
- T’as tout compris !
Anna intervint :
- Alors, si je comprends bien, tu sais depuis le début qui nous sommes ?
- Oui. D’un autre côté, même si je ne l’avais pas su, je me serais douté qu’il y avait quelque chose de louche là-dessous : Mrs Kane a beau essayer de se faire passer pour une patronne philanthrope, je l’imagine mal prêter sa limousine pour déposer tous les jours la fille d’une de ses employées à l’école, et encore moins l’accompagner elle-même à ses leçons de piano !
Cette idée fit sourire tous les passagers du véhicule.
- Et à part ça, demanda Veronica, est-ce que tu sais où se trouve Duncan ?
- Aucune. A vrai dire, je ne savais même pas pourquoi il vous avait envoyées ici jusqu’à aujourd’hui.
Et encore une impasse…
- Bon, mesdemoiselles, je ne voudrais pas vous presser mais il est plus que temps que nous partions A la recherche du temps perdu et que nous rentrions au bercail avant que Mrs Kane ne se doute de quelque chose !
- Qu’est-ce que je dois lui dire ? demanda Anna à Veronica.
- Pourquoi pas la vérité ? Que le rendez-vous s’est bien passé, mais que Lilly a du mal à s’intégrer dans sa nouvelle école ?
- C’est vrai ? demanda Anna, contrariée. Elle ne m’en a pas parlé…
Veronica et Hamilton acquiescèrent en silence.
- C’est tout à fait le genre de ma Lilly, murmura Anna. Ne jamais se plaindre et prendre sur soi pour ne pas nous inquiéter.
Je vais peut-être changer la photo de Gremlin sur mon téléphone moi finalement…
Le visage de Mac était déformé par une horrible grimace. Se redressant sur sa chaise, elle se massa les tempes et conclut :
- Donc, si je comprends bien, on a une infirmière qui se fait passer pour une gouvernante qui se fait passer pour une femme de chambre ET un ancien étudiant aidé par les Kane devenu brillant universitaire qui se fait passer pour un chauffeur au nez et à la barbe de celle qui a financé ses études ?
Veronica hocha la tête.
- C’est une histoire de fou, commenta Mac.
- A qui le dis-tu !
- On devrait peut-être faire un schéma avec leurs têtes reliées par des traits pour symboliser leurs relations ?
- Tu te crois dans une série policière ou quoi ?
- Ben quoi ? Je nous imagine bien, toi la brillante détective dans le rôle principal et moi et Wallace en assistants de génie !
- Pas bête ! Et on l’appellerait « Les dessous de Neptune ! »
Mac grimaça.
- Non, ça fait réchauffé. Pourquoi pas « Veronica Mars », tout simplement ?
Veronica éclata de rire.
- Avec un nom pareil le téléspectateur s’attendrait à une série sur les extra-terrestres !
- Surtout qu’on te surnomme V ! J’ai toujours su que sous tes dehors aguichants se cachait un horrible lézard bipède !
Veronica sortit sa langue à la manière d’un reptile et Mac fit semblant d’être terrifiée.
- Bon, assez divagué ! rit la petite blonde. Je vais bosser un peu sur Walt Smith avant de partir chez mon père. Toujours rien de ton côté ?
- Nope ! Attends je viens avec toi !
Veronica se leva – Mac anormalement excitée sur les talons - et rejoignit son bureau … avant de s’arrêter net sur le seuil : un énorme bouquet de roses rouges posé sur son bureau embaumait toute la pièce d’un parfum capiteux.
Logan…
- J’ai compté, il y en a 27 ! s’amusa Mac par-dessus son épaule.
Veronica sourit et s’empressa d’ouvrir la carte dactylographiée accrochée au bouquet.
Le temps ici est tellement interminable que je me repasse en boucle tous les moments que nous avons partagés ensemble depuis nos débuts. Et je viens de me rendre compte qu’il y a un certain nombre de clichés que nous n’avons pas encore écumés : bouquet de fleurs, chocolats, Saint-Valentin, bijou… Je commence donc par le premier de la liste … avant de t’offrir le dernier les yeux dans les yeux. Bon anniversaire V. Tu me manques. L
Veronica ravala le sourire idiot qui lui montait aux lèvres et rangea précautionneusement la carte dans son enveloppe. En relevant la tête, elle découvrit le regard interrogateur de son acolyte.
- Si j’avais un marqueur, je dessinerais bien un immense point d’interrogation sur ta tête, là, maintenant ! plaisanta-t-elle.
- Ah ben excuse-moi mais le suspense est insoutenable ! Tu ne m’as toujours rien dit depuis qu’on a croisé Dick l’autre jour !
- Tu sais que je vais finir par t’appeler « Commère » si tu continues ?
- Comme tu veux, si ça peut te convaincre de me parler !
Veronica sourit et obtempéra :
- Le navire de Logan est bloqué à Bahreïn à cause d’une panne et il ne sait pas encore quand ils pourront se remettre en route.
- Mouarf, c’est nul ça ! Et c’est qui cette Abby alors ?!?
- Une collègue qui subissait du harcèlement sexuel et qu’il a défendue.
- C’est tout ?
Veronica haussa les épaules.
- Pour autant que j’en sache.
- Dick sous-entendait…
- Dick est un idiot. Il n’a jamais connu ce que Logan et moi partageons, il ne sait rien.
- Tu as confiance alors ?
Le regard de Veronica se posa sur le bouquet et elle sourit.
- Pour autant que j’en sache, Logan ne m’a jamais trompée. Ni Lilly. Ni Caitlin. Ni Hannah. Ni Parker. Ni Carrie. Il a beaucoup de défauts, mais il faut bien lui reconnaître qu’il a toujours montré beaucoup de respect vis-à-vis de ses petites-amies.
Même si, officiellement, je ne suis pas sa petite-amie. Que sommes-nous d’ailleurs ? Nous n’avons pas vraiment eu le temps de définir notre relation avant son départ…
Mac tiqua.
- Mais…
Elle hésitait sur la manière d’aborder le sujet qui lui brûlait les lèvres avec suffisamment de tact et de bienveillance. Finalement, elle se lança :
- Mais… Et Madison ?
Même toutes ces années après, le cœur de Veronica se serra. Autant à cause de la trahison en elle-même qu’à cause du souvenir de la traversée du désert atroce qu’elle avait subie en l’apprenant…
- Tu as envie de gâcher mon anniversaire ou quoi ?
- Non mais…
- Logan et moi n’étions plus ensemble à l’époque. Ca n’excuse pas ce qu’il a fait, mais ce n’est pas comparable à la situation actuelle.
Pour la deuxième fois en quelques jours, Mac vint prendre Veronica dans ses bras.
- Tu sais quoi ? demanda la hackeuse.
- Quoi ?
Ma se recula et la regarda droit dans les yeux.
- Je crois que tu as raison de lui faire confiance. Il t’a perdue une fois et je pense qu’il ne s’en est jamais remis. Et je crois même que c’est cette séparation et ton départ qui l’ont fait mûrir et changer. Aujourd’hui, il est vraiment devenu un mec bien.
Veronica sourit et Mac ne put s’empêcher d’ajouter :
- Et puis il est TELLEMENT bien foutu !!
Elle éclata de rire tandis que Veronica lui donnait un coup de poing amical dans l’épaule.
- Chili con carneeee ! hurla Veronica en sautillant sur place.
Sur le seuil de la porte, Keith sourit.
- Bonjour à toi aussi ma chérie !
Veronica l’embrassa et pénétra dans le modeste pavillon.
- Ca sent bon depuis l’autre bout de la rue, j’en salive d’avance !
- On n’a pas tous les jours vingt-sept ans !
- Et mon cadeau alors ?
- Tiens !
Keith lui tendit un petit paquet.
Mais quand même trop gros pour que ce soit un aller simple pour New York ! Ouf, une dispute de moins !
Veronica plissa les yeux, mimant une concentration extrême, et le tâta :
- C’est mou…
Elle le secoua.
- Ca ne fait pas de bruit…
Elle le renifla.
- Ca n’a pas d’odeur particulière…
Sa bouche se tordit.
- Je donne ma langue au chat !
- Alors il ne te reste plus qu’à l’ouvrir je suppose ?
Veronica s’empressa d’obéir et découvrit … une peluche … en forme de poney !
- Y’a arnaque là ! râla-t-elle.
Keith eut le petit sourire pincé qui la faisait toujours craquer.
- Je me suis dit qu’il était grand temps que tu renouvelles tes blagues : ça fait vingt ans que tu me parles de ce satané poney, alors voilà, tu l’as eu, tu peux passer à autre chose ! plaisanta-t-il.
- Pas de souci : j’ai toujours la licorne en réserve !
- Ne t’inquiète pas : la peluche est prévue pour Noël !
Veronica éclata de rire.
Notre complicité me manque tant papa… Pourquoi refuses-tu que chacune de nos rencontres se passe dans la joie et la bonne humeur ?
Elle jeta un coup d’œil à son téléphone qui vibrait dans sa poche.
- Excuse-moi, c’est Weevil.
- Je t’en prie, de toute façon je dois aller égoutter le riz.
- Chili con carneeee ! répéta-t-elle.
Keith rigola et rejoignit la cuisine, suffisamment proche pour qu’il ne perde pas une miette de leur conversation.
- Hola Weevil !
- Feliz cumpleños chica !
- Muchas gracias ! Je n’arrive pas à croire que tu te sois rappelé mon anniversaire !
- Je suis passé à ton bureau pour te voir mais Mac m’a dit que tu venais de partir déjeuner avec ton père pour ton anniversaire.
- Ah oui, y’a triche, je me disais bien aussi ! Alors, du nouveau ?
- Nada. On a fait parler tous ceux qu’on connaissait, personne ne sait où il se planque cet enfoiré de fils de…
- Oh la, oh la ! Dois-je te rappeler que la dernière fois que tu as juré tu l’as fait devant une gamine de huit ans ?
- Ouais ouais… C’était qui en fait cette môme ? T’avais l’air choqué…
Cette fois, Veronica avait prévu son petit mensonge :
- La fille d’un de mes clients, rien d’important mais je ne m’attendais pas à la voir là.
Weevil ne semblait pas convaincu, mais un autre sujet le préoccupait davantage :
- Et toi alors ? Qu’est-ce que ça a donné de ton côté ?
- Nada tampoco ! Les volets de son appartement sont fermés et il n’a pas donné signe de vie à son boulot depuis six mois… La bonne nouvelle, c’est qu’a priori c’est bien notre client !
- Ce qui ne nous sert pas à grand-chose tant qu’on ne sait pas où il est… Je te l’ai dit : tu trouves où il se planque et je me charge du reste.
Mettons que je n’ai rien entendu…
- Je vais réfléchir à un moyen de l’appâter, répondit la détective, je te tiens au courant.
- Gracias V. Je vais demander à Valentina de te faire un dessin pour ton anniversaire ! plaisanta-t-il.
- Trop chouette, je l’accrocherai au-dessus de ma peluche !
Elle raccrocha, laissant un Weevil dubitatif à l’autre bout du fil, et rejoignit la cuisine.
- Toujours rien alors ? demanda Keith.
Veronica hocha la tête.
- Allez, oublie tout ça pour l’instant. Assieds-toi, c’est prêt.
Elle s’exécuta. Tandis que Keith servait le repas et attaquait son assiette, elle posa les coudes sur la table et, croisant les mains, appuya son menton dessus.
Weevil, Duncan… Deux enquêtes, deux points morts. Si pour Weevil, je sens qu’on touche bientôt au but, je suis dans une impasse pour Duncan. Et je ne connais qu’une personne assez perspicace et expérimentée pour m’aider à démêler ce paquet de nœuds.
- Papa ?
- Hum ?
Keith releva la tête. Voyant que sa fille ne mangeait pas, il s’essuya la bouche avec sa serviette et demanda :
- Tout va bien chérie ?
- Je sais ce que je veux pour mon anniversaire. Mais je n’ai pas envie que ça engendre une énième dispute entre nous…
Keith réfléchit.
- Vas-y.
Veronica prit une profonde inspiration et se lança :
- Je voudrais que tu m’aides à retrouver Duncan Kane.
*
Pendant le déjeuner, Veronica avait tout raconté à son père : la personnalité ambigüe de Little Lilly, la maladie incurable de Duncan, l’enquête de Celeste Kane pour retrouver son fils mourant, le triple rôle d’Anna, l’espionnage d’Hamilton Cho… Enfin, presque tout : elle avait seulement « oublié » de lui dire comment elle avait récupéré les lettres de Duncan.
Après le déjeuner, ils avaient bu le café sur le patio pour profiter de la douceur de la journée et elle lui avait faire lire les lettres, les recherches, les comptes-rendus… Il savait tout.
Désormais, lunettes sur le nez, Keith buvait son café en feuilletant machinalement les documents qui s’étalaient sous ses yeux. Veronica le connaissait, il avait toujours besoin d’activer ses mains lorsque son cerveau était en ébullition. Finalement, il déclara :
- C’est du beau boulot Veronica.
Elle ne s’attendait tellement pas à une telle déclaration qu’elle en resta bouche bée. Elle reprit une contenance mais le rouge lui monta aux joues.
- Merci papa…
Mais Keith ne la regardait pas, concentré sur l’énorme dossier qu’elle avait constitué en moins de cinq jours.
- Je le pense. C’est assez … impressionnant, murmura-t-il.
- J’ai été à bonne école, répondit Veronica de la même manière.
Papa, mon petit papa… Te rendras-tu compte un jour que j’ai ça dans le sang et que c’est pour ça que je suis revenue à Neptune ?
Keith continuait à réfléchir. Veronica intervint :
- Mais tu vois, l’élève n’a pas encore dépassé le maître ! Tu m’as aidée pour Walt Smith, est-ce que tu vois quelque chose que j’aurais oublié pour Duncan ?
Keith soupira et releva enfin la tête.
- Non. Je te l’ai dit : c’est de l’excellent boulot…
- Alors je fais quoi maintenant ?
Keith grimaça, pensif. Finalement, il farfouilla dans le dossier et ressortit la lettre que Duncan avait adressée à sa fille.
- Lorsqu’on est coincé, le mieux à faire est de tout reprendre depuis le début. Dans notre cas, le début se situe dans cette lettre où Duncan parle de toi… C’est bizarre, mais j’ai l’impression qu’il essaie de te faire passer un message. Surtout ici…
Il pointa du doigt la dernière phrase : « L’histoire n’en est peut-être qu’au commencement » et reprit :
- Est-ce qu’il y a quelque chose dans le début de votre histoire à Duncan et toi qui pourrait te mettre sur la piste ? Ou peut-être le début de l’histoire de Lilly ? Je ne sais pas, il y a peut-être un code entre vous ?
Veronica tressaillit.
Flash-back

- Oui, peut-être… murmura-t-elle. Je vais y réfléchir.
Le téléphone de Veronica vibra dans sa poche. Un texto de Mac :
Y’a du nouveau ! Le shérif vient de recevoir un mail du Service de Protection des Témoins disant que « Rouky » paniquait et qu’il voulait changer sa déposition ! Après quoi Lamb a appelé Celeste Kane ! Je me charge de surveiller ses communications téléphoniques, tu t’occupes du reste ?
Veronica bondit sur ses pieds.
- Il faut que j’y aille !
- Où ça ?
- Celeste va sûrement aller voir Walt Smith. Si j’arrive à la suivre, elle va me mener directement à lui !
Keith grimaça.
- Sois prudente…
- Comme toujours !
Veronica rangea tous les feuillets dans le dossier, qu’elle rangea dans sa sacoche. Embrassant son père sur le crâne, elle murmura :
- Merci pour le déjeuner papa. Et pour tout le reste aussi.
- De rien…
Veronica sourit et descendit les quelques marches qui menaient au trottoir.
- Veronica !
La jeune femme fit volte-face.
- Ton cadeau… Ton vrai cadeau… Il te faudra attendre encore quelques jours pour le recevoir.
Veronica sourit et, après un salut de la main, monta dans la décapotable de Logan.
Cela faisait plus d’une demi-heure que Veronica faisait le pied de grue devant le domicile des Kane. En vain : la limousine n’avait pas pointé le bout de son capot. Veronica en concluait que la maîtresse des lieux devait être coincée par un rendez-vous lié à la Chrysler gris métallisé qui avait pénétré dans le domaine un quart d’heure plus tôt.
Ah la joie des planques ! Tant qu’à être coincée ici, autant en profiter pour avancer sur mon autre enquête !
Elle sortit de son sac une feuille de papier, un crayon et la copie de la lettre adressée à Lilly. Elle recopia sur la feuille le petit message que Duncan lui avait laissé des années plus tôt et qu’elle connaissait par coeur : « True love stories never have endings – 4 8 15 16 23,42 ».
Aussitôt, elle tenta la première théorie qui lui était venue à l’esprit lorsque son père avait parlé de code et releva le quatrième, huitième, quinzième, etc… mot dans le courrier : tu, à, tout, pour, cas, n’, n’.
Veronica soupira.
Ca aurait été trop beau…
Une autre idée lui était venue à l’esprit tandis qu’elle conduisait : chercher un lien entre la lettre et la série Lost dont le code était issu. Elle s’empara de son smartphone et entama quelques recherches qui n’aboutirent à rien.
Grr… Encore une fausse piste.
Veronica prit une profonde inspiration.
Reviens à la base Veronica…
Elle relut le petit mot de Duncan : « n’a pas de fin »…
Et si… Non ?!?
S’emparant du courrier, elle le plaça face à la lumière pour voir si Duncan aurait pu écrire une suite dans une encre spéciale invisible à l’œil nu. Mais rien n’apparut.
Evidemment, puisqu’il s’agit d’une copie ! Espérons que ce ne soit pas ça car je n’ai aucune envie de me refaufiler chez Celeste Kane ! Non, de toute façon, c’est juste trop énorme pour que ce soit ça, on n’est pas dans un mauvais téléfilm Veronica !
Encore une fois, les paroles de son père lui revinrent en mémoire : « Le mieux à faire est de tout reprendre depuis le début… »
Elle reprit la lettre.
« Les véritables histoires d’amour n’ont pas de fin »… « L’histoire n’en est peut-être qu’au commencement »
Et soudain, l’illumination. Elle en eut le souffle coupé. Elle prit fébrilement son stylo et souligna la première lettre, le commencement, de chaque phrase dans la lettre.
J’espère que tu n’auras jamais à lire ces mots ma chérie. En tout cas, je ferai tout pour que ça n’arrive pas.
- Je…
Surtout ne va pas croire que je t’ai laissée de mon plein gré. Un père n’envoie jamais sa fille à l’autre bout du monde de gaieté de cœur. Inimaginable. Surtout quand sa fille est une enfant aussi gentille, intelligente et pleine de vie que toi.
- Suis… Bon sang, c’est bien ça !
Alors, si jamais tu lis ces mots mon cœur, sois tout d’abord assurée de mon amour. Un amour infini et éternel.
- Au…
Ne sois pas fâchée si je ne t’ai pas expliqué les raisons de notre séparation. En tout cas, sache que je n’avais pas d’autre choix. Peut-être aurais-je pu te laisser sous la simple garde d’Anna. Tu ne sais pas combien de temps j’ai hésité avant de te confier à ta grand-mère. Une seule et unique raison m’y a poussé : la peur qu’Interpol ne retrouve ta trace car Anna n’a jamais appris à dissimuler ton existence. N’y vois pas un manque de confiance vis-à-vis d’elle, j’adore Anna et tu le sais. Et puis ce sera l’occasion pour toi de faire connaissance avec ta grand-mère !
- Neptune… Oh mon Dieu…
Grand-père (mon grand-père, pas le tien) avait coutume de me dire quand j’étais petit : « Retourne d’où tu viens lorsque la vie est dure, c’est dans tes racines que tu trouveras le réconfort. » Alors j’ai décidé de suivre ses conseils, en espérant que ses propos étaient sages. Ne m’en veux pas si je me suis trompé. Duncan Kane est certes ton super-papa, mais il est aussi un simple mortel qui cherche à faire du mieux qu’il peut avec les moyens qu’il a.
- Grand… Hotel ? Je suis au Neptune Grand Hotel ?
Hélas, si tu lis ces mots, c’est que notre séparation est plus longue que prévue. Ou que tu rencontres des problèmes dans ta nouvelle vie. Si tel est le cas, va voir la détective privée Veronica Mars à Neptune. Plus que quiconque, elle saura t’aider. Imaginative et méticuleuse, elle saura ce qu’il lui reste à faire. Trouver la solution adéquate. Aie confiance en elle autant que moi. L’histoire n’en est peut-être qu’au commencement…
- Hospital. Je suis au Neptune Grand Hospital… annonça-t-elle sans comprendre ce qu’elle disait.
Toujours incrédule, elle répéta :
- Je suis au Neptune Grand Hospital…
Enfin, elle éclata :
- Je suis au Neptune Grand Hospital !!!
Elle claqua le courrier contre son volant, dans un geste de victoire quasi-guerrier.
Et dire que tout ce temps la réponse était là, juste sous mon nez !
Soudain, d’autres phrases dans la missive prenaient tout leur sens : « Imaginative et méticuleuse, elle saura ce qu’il lui reste à faire », « Retourne d’où tu viens lorsque la vie est dure, c’est dans tes racines que tu trouveras le réconfort », « Un père n’envoie jamais sa fille à l’autre bout du monde »
Evidemment que Duncan avait suivi sa fille ! Pour pouvoir la surveiller ! Mais peut-être aussi pour pouvoir lui faire ses adieux en personne s’il avait senti son heure venir… Peut-être n’en avait-il pas eu le temps : lors de leur entrevue, Anna lui avait expliqué qu’une des conséquences possibles de sa maladie était une mort fulgurante.
Veronica saisit son téléphone et tomba sur messagerie de Mac.
- Mac ? C’est V. Tu as une heure pour pénétrer dans les fichiers du Neptune Grand Hospital et me trouver un malade atteint d’une cardiomyopathie de type dilatée et correspondant au profil de Duncan. Vivant … ou mort.
Elle raccrocha et enclencha sa ceinture de sécurité. Jetant un coup d’œil sur la grille, elle hésita.
Encore une fois, je dois faire un choix entre les deux enquêtes. Et une fois encore, je choisis Duncan. Mais que faire d’autre ? Il s’agit d’un cas de vie ou de mort ! Pardon Weevil, pardon…
Le cœur serré, elle démarra.
Veronica entra dans le service des soins intensifs, méconnaissable dans sa tenue d’infirmière : blouse, charlotte, masque et surchaussures roses. Au fond du couloir, un infirmier et un brancardier bavardaient en riant, formant un contraste déroutant – et presque choquant - avec la solennité des lieux. Elle s’arrêta au niveau du panneau d’affichage et fit mine de prendre connaissance des informations placardées dessus. Elle n’eut pas à poursuivre son manège bien longtemps : les deux soignants entrèrent dans la salle de pause de l’autre côté du corridor. Immédiatement, elle partit à la recherche de la chambre 412.
- 404… 406… 408… 410…
Arrivée à seulement un mètre de la chambre qu’elle recherchait, elle s’arrêta, le cœur battant à tout rompre. Elle avait besoin d’un instant pour se préparer au spectacle qu’elle allait découvrir.
Un peu comme si j’étais en haut d’une grue et que j’avais besoin d’une pause avant de sauter dans le vide seulement rattachée à un vulgaire bout d’élastique…
Elle prit une profonde inspiration.
Allez Veronica, maintenant.
Elle franchit le pas fatidique et se retrouva devant la vitre qui offrait une vue imprenable sur la chambre.
Le spectacle y était encore plus choquant que ce qu’elle avait envisagé…
Flash-back
- Tu l’as trouvé ?
- Je crois. Un certain Duncan Clarkson âgé de vingt-sept ans et atteint d’une cardiomyopathie de type dilatée est entré au service cardiologie début juillet. Il a fait un arrêt cardiaque il y a quatre semaines et a été transféré en réa dans un état critique.
- Oh mon Dieu…
- V ?
- Quoi ?
La voix de Mac vibrait d’émotion.
- Duncan a été greffé il y a deux semaines…
Allongé sur son lit d’hôpital, pâle et très maigre, un homme au crâne rasé et à la barbe naissante dormait. Si Veronica n’avait pas su que c’était Duncan, jamais elle n’aurait reconnu son amour de jeunesse. Il était rattaché à une quantité impressionnante d’appareils, de sondes, de perfusions... Un moniteur émettait un bip régulier au rythme de ses pulsations cardiaques.
- Nouvelle, hein ?
Veronica sursauta. L’infirmier qu’elle avait entraperçu quelques minutes plus tôt se tenait derrière elle. Elle acquiesça de la tête, la gorge nouée. Le soignant désigna Duncan du menton.
- C’est toujours impressionnant la première fois…
- Qu’est-ce…
Elle se racla la gorge.
- Qu’est-ce qui lui est arrivé ?
- Il a subi une greffe cardiaque il y a deux semaines. Ca s’est bien passé mais il a du mal à récupérer. Apparemment il n’a pas de famille dans le coin, et ça c’est jamais bon pour le rétablissement : tu verras, ici les patients ont besoin d’être entourés, ça leur donne la niak pour se battre. Lui, à chaque fois qu’il se réveille il nous demande son téléphone portable mais c’est interdit à cause des interférences avec le matériel. On a beau lui proposer d’utiliser le téléphone fixe, il refuse. Bizarre hein ?
Veronica regarda Duncan.
Alors comme ça, ta peur de te faire attraper par Interpol est si grande que tu as refusé de prendre cet infime petit risque Duncan ? Quitte à souffrir seul, loin de celle que tu aimes plus que tout ?
- Les visites sont autorisées ? demanda-t-elle.
- Bien sûr ! De quatre à six heures mais pas plus de trois visites par jour. Ca les épuise… On a beau leur expliquer, certaines familles veulent rester plus longtemps ou alors ils viennent à cinq, six… Une fois ils sont… Hé ! Mais où est-ce que tu vas ?
- Je ne me sens pas bien, je vais prendre l’air ! s’exclama Veronica, déjà presque à l’autre bout du couloir.
- Je m’appelle Jeff au fait ! cria l’infirmier. Et toi ?
Mais Veronica avait déjà franchi la porte.
*
A peine sortie de l’hôpital, elle jeta un coup d’œil à sa montre : 15h45. Ca allait être chaud, mais c’était jouable. Elle saisit son téléphone portable et rechercha Hamilton Cho dans sa liste de contacts. Il décrocha dès la première sonnerie.
- Hamilton ?
- Salut Veronica. Tu ne peux plus te passer de moi à ce que je vois ?
- J’ai retrouvé Duncan.
A l’autre bout du fil, Hamilton marqua un temps d’arrêt.
- Où ça ? demanda-t-il, soudain toute trace d’enjouement disparue. Il va bien ?
- Moyen. J’ai besoin qu’Anna et toi vous débrouilliez pour que Celeste n’accompagne pas Lilly à sa leçon de piano et que vous l’ameniez au Neptune Grand Hospital à la place.
- Ca ne va pas être possible… grommela Hamilton. Enfin, pour ma part. Pour Lilly et Anna par contre il n’y aura pas de souci.
- Ah bon ? Pourquoi ?
- Mrs Kane a dit à Anna qu’elle avait un rendez-vous très important et qu’elle la chargeait de conduire Lilly à sa leçon avec la berline. Moi je suis coincé à l’attendre, on ne sera pas de retour au manoir avant un moment je pense.
Le cœur de Veronica fit un bond dans sa poitrine.
- Hamilton… Où es-tu exactement ?
- Au 127 Roosevelt Boulevard. Pourquoi ?
- Merci Hamilton. Merci…
Elle raccrocha et composa aussitôt un autre numéro. Son interlocuteur mit plusieurs secondes avant de décrocher.
Allez… Plus vite… Plus vite !
Enfin le déclic caractéristique se fit entendre. Veronica n’y alla pas par quatre chemins :
- Papa, j’ai besoin que tu ailles au 127 Roosevelt Boulevard tout de suite.
- A tes ordres ! plaisanta Keith. Et que suis-je censé y trouver ?
- Walt Smith.
- Montez ! s’exclama Anna en arrêtant la berline.
Veronica pénétra à l’arrière du véhicule et claqua la portière derrière elle. Le voiture se remit aussitôt en route.
- Qu’est-ce que tu fais là ? demanda Little Lilly, désarçonnée.
Elle jeta un coup d’œil à sa gouvernante et lui demanda :
- Tu es au courant pour … elle ?
- Oui. Depuis ce matin.
Arrivé à un feu rouge, le véhicule s’immobilisa et la conductrice se retourna.
- Tu aurais pu m’en parler tu sais…
- Je sais. Pardon Anna…
- Ce n’est pas grave.
Le feu passa au vert et Anna redémarra. Elle jeta un coup d’œil dans le rétroviseur et ajouta :
- Lilly ?
- Oui ?
- Veronica a quelque chose de très important à te dire. Surtout tu ne dois pas t’inquiéter, tout va bien se passer, d’accord ?
Lilly acquiesça et reporta son attention sur la détective.
- Tu as retrouvé Papa ?
- Oui.
Le visage de la petite fille se défit et elle plaqua sa main contre sa bouche.
Pendant quelques secondes, ce fut comme si le temps était suspendu dans l’habitable. Jusqu’à ce que la petite fille n’éclate en sanglots. Ceux-ci étaient tellement violents qu’elle tremblait de tous ses membres. Veronica était abasourdie : elle ne s’était pas attendue à une telle réaction de la part de la fillette.
Que t’arrive-t-il Little Lilly ? Le soulagement ? Oui, sans doute… Mais il y a plus : c’est comme si tu te laissais enfin aller, comme si le barrage de tes émotions était rompu.
- Où ça ? Où ça ?
Ses yeux étaient deux arcs en ciel brillants de lumière et de larmes.
Oh Lilly… Voilà donc la fille douce et aimante dont Duncan parlait dans sa lettre ? Et dire que pas une seconde je n’ai pris la peine de te rassurer, de te consoler… Comment ai-je pu oublier que sous ta carapace tu n’étais qu’une enfant de huit ans ?
- Avant de te le dire, il faut que tu saches plusieurs choses Lilly. Je vais tout te raconter, depuis le début, mais il faut que tu saches que ça ne va pas être facile. Ca va aller ?
Lilly renifla et, après avoir essuyé ses larmes, hocha la tête.
- Je suis grande tu sais.
- Grande et forte. Si tu ne l’étais pas, jamais je ne ferais ce que je m’apprête à faire.
Même si, après ta crise de larmes, je me demande si te montrer ton père dans cet état n’est pas la pire idée que j’ai eue de toute ma vie…
- Bien, commença-t-elle. Avant toute chose, il faut que tu saches que je ne suis pas une inconnue pour ton père. Lorsque j’avais ton âge, ma meilleure amie était ta tante Lilly. Et, ton papa et moi… Comment dire ?
- Vous étiez amoureux.
Veronica eut un mouvement de recul.
- Tu es au courant ? Comment ?
- A cause de la photo…
- … dans son portefeuille, finit la détective. Evidemment.
Lilly eut un sourire en coin.
- Pourquoi ne me l’as-tu pas dit ? demanda Veronica.
La fillette haussa les épaules.
- Je ne voulais pas que tu te sentes mal avec moi alors j’ai fait comme si je ne savais pas.
Veronica perçut le regard qu’Anna lui lançait dans le rétroviseur.
- Oui. Enfin bref… Ce que tu ignores, c’est que c’est moi qui ai permis à ton papa de s’enfuir avec toi de Neptune.
Lilly garda le silence un instant.
- C’est vrai ?
Veronica acquiesça et ajouta :
- Mais je ne suis pas la seule dans ton entourage qui te cache des secrets. Hamilton par exemple n’est pas un simple chauffeur. En fait, il travaille pour ton père. Il est chargé de veiller sur toi et Anna.
- Ah bon ? C’est gentil de sa part ça… Et c’est qui les autres personnes ?
Veronica se pinça les lèvres, hésitante.
- Moi Lilly, répondit la voix d’Anna.
La petite fille se tourna vers la conductrice.
- Toi ?
Anna gara le véhicule sur le bas-côté de la route et détacha sa ceinture de sécurité pour pouvoir se retourner pleinement et regarder Lilly droit dans les yeux.
- Lilly, ma chérie… Tu ne sais pas combien de fois j’ai imaginé ce moment, et combien cela me rongeait à chaque fois d’imaginer ta colère le jour où tu apprendrais la vérité.
- Mais la vérité sur quoi ? s’agaça Lilly.
Anna prit une profonde inspiration et se lança :
- Je ne suis pas seulement ta gouvernante Lilly. Je suis aussi l’infirmière de ton papa.
Le visage de Lilly se défit.
- L’in… L’infirmière ?
Elle se tourna vers Veronica.
- Papa est malade ? Papa est…
Après un temps de réflexion, elle explosa :
- Non ! Non, c’est pas vrai ! J’y crois pas ! Il ne peut pas être…
Elle laissa sa phrase en suspens.
- Mort ? demanda Veronica.
Pour toute réponse, Lilly lui lança un regard assassin.
Encore une technique d’auto-défense. Je commence à te connaître Lilly : tu n’es agressive que lorsque tu es déstabilisée ou blessée.
Veronica posa sa main sur le bras de l’enfant.
- Non il n’est pas mort Lilly. Il ne va pas très bien, mais ça pourrait être pire. Bien pire…
La détective se tourna vers Anna.
- Je ne veux pas vous brusquer Anna, et je comprends que Lilly et vous aurez besoin de régler cette histoire, mais pas maintenant. Nous n’avons pas beaucoup de temps, il faut nous remettre en route.
Anna lança un regard désolé à Lilly mais obéit.
- Lilly… reprit Veronica. Ton papa avait une grave maladie du cœur qui nécessitait une grosse opération. Ca s’appelle une greffe cardiaque. Tu sais ce que c’est ?
- Oui, c’est quand on met un nouveau cœur à la place de celui qui ne marche plus.
- C’est ça. Donc, ton papa est entré dans un hôpital pour attendre cette greffe. Mais il a eu des complications et il a été transféré dans un service où les téléphones portables ne sont pas autorisés. Depuis il a été opéré, mais il n’a toujours pas le droit de téléphoner. C’est pour ça qu’il ne t’a pas donné de nouvelles pendant plusieurs semaines.
- Mais maintenant il va bien ? demanda Lilly, pleine d’espoir.
- Le pire est passé, mais il ne va toujours pas très bien. Je crois qu’il a besoin de toi pour remonter la pente, et c’est pour ça que j’ai décidé de t’amener auprès de lui.
Lilly fronça les sourcils.
- Tu veux dire qu’il est ici ? A Neptune ?
Veronica hocha la tête. A sa grande surprise, Lilly éclata de joie et lui tomba dans les bras.
- C’est vrai ? Je vais le voir ?
- Oui, mais ça ne va pas être facile tu sais. Tu risques d’être très impressionnée par ce que tu vas voir : ton papa est très maigre et il a le crâne rasé…
Lilly éclata de rire.
- Il avait déjà la tête rasée la dernière fois que je l’ai vu ! C’était son nouveau déguisement… Avec Anna, on l’appelait Homer !
Anna et elle échangèrent un regard complice à travers le rétroviseur avant que Lilly ne se rappelle la trahison de sa gouvernante et ne détourne les yeux.
- Ce n’est pas tout Lilly, poursuivit Veronica. Ton papa est relié à beaucoup de tuyaux et de machines. Et il se trouve dans un service spécial où il faut porter une blouse, un masque et des chaussons pour rentrer.
- Pourquoi ?
Tout en conduisant, Anna expliqua :
- C’est une simple précaution Lilly, pour ne pas qu’on ne lui transmette involontairement de virus. Tu ne voudrais pas le rendre malade ?
- Bien sûr que non ! répondit l’enfant d’une voix glaciale, sans même lui accorder un regard.
Des airs de bad girl, un cœur de marshmallow, un gros potentiel de rancune… C’est mon imagination ou cette petite me ressemble ?!?
Veronica posa sa main sur celle de la petite fille :
- Lilly… Il faut que je t’avoue quelque chose : j’ai peur de faire une très, très, grosse bêtise en t’amenant là-bas. J’ai peur que ce ne soit un trop gros choc pour une enfant de ton âge. Je commence même à me demander si ton papa ne sera pas furieux en découvrant que je t’ai conduite auprès de lui…
Lilly ne répondit pas tout de suite. Elle choisit ses mots avec soin avant de répondre :
- Tu sais, je pense souvent à Papa qui n’a pas été un lycéen normal à cause de moi, et à chaque fois je m’en veux et je ne sais pas comment lui dire merci. Mais là aujourd’hui, eh bien… C’est comme si moi aussi j’allais le sauver. Alors tu sais, même si c’est dur, même si après je fais des cauchemars, ce sera pas grave. Je serai contente d’avoir pu l’aider. C’est mon papa tu comprends…
A ces mots, une foule de souvenirs fondit sur Veronica.
Flash-back

Tu as raison Lilly… Pour son père, une fille est capable de tout.
Le véhicule s’immobilisa devant l’entrée de Neptune Grand Hospital et Veronica plongea les yeux dans ceux de Lilly.
- Alors on y va.
- On dirait les Dalton ! s’exclaffa Anna en désignant leurs tenues blanches identiques tandis qu’elles sortaient des vestiaires.
Durant tout le temps de l’habillage, l’australienne avait tenté de détendre l’atmosphère par de petites plaisanteries. Mais, lorsqu’elle s’était approchée de Little Lilly pour nouer sa blouse dans le dos, celle-ci s’était vivement détournée et avait demandé à Veronica de le faire. La détective s’était exécutée avec un regard désolé pour Anna, triste et blessée.
- Etant donné que c’est toi la plus grande Anna, tu es Averell ! constata Veronica en appuyant sur le bouton qui ouvrait la porte des soins intensifs.
D’un accord tacite, Anna et elle avaient décidé de se tutoyer, rendant ainsi leur relation moins formelle et plus chaleureuse pour Little Lilly. Anna ajouta :
- Ce qui fait de Lilly notre Joe !
La tentative fonctionna : la petite fille se détendit un peu et ses yeux pétillaient de malice lorsqu’elles pénétrèrent dans le service.
- Ca veut dire que c’est moi le chef !
- Ca veut surtout dire que c’est toi le petit monstre colérique ! rétorqua Veronica.
- Pff… Tu dis ça par jalousie, parce que personne ne connaît le nom des deux autres Dalton !
Veronica soupira.
- L’histoire de ma vie : être insignifiante et rester dans l’ombre…
Dans mes rêves !
Elle s’arrêta au même endroit que deux heures plus tôt, à un mètre de la porte 412, aussitôt imitées par Little Lilly et Anna. Toute trace d’enjouement avait disparu de leurs visages.
- Nous y sommes Lilly, murmura Veronica. Tu es prête ?
Raide comme un piquet, la fillette acquiesça. A cet instant, un infirmier sortit de la chambre de Duncan et demanda :
- Que faites-vous ici ?
Jeff…
- Nous sommes venues rendre visite à Duncan Clarkson, répondit Veronica.
Jeff fronça les sourcils : bizarre, cette tête et cette voix lui rappelaient vaguement quelqu’un… Il désigna Lilly du doigt :
- Je suis désolé mais les enfants ne sont pas autorisés à rendre visite aux patients pour des raisons d’ordre psychologique.
- Vous ne comprenez pas, rétorqua Veronica, nous avons fait une longue route pour venir ici et…
Mais Jeff leur barrait la route, implacable. Il croisa les bras pour signifier sa détermination.
- Je comprends très bien, et je vous invite d’ailleurs mesdames à entrer. Il dort, mais il ne devrait plus tarder à se réveiller. Je suis certain que cela lui fera très plaisir de recevoir de la visite. Mais cette jeune demoiselle devra attendre. Nous avons une salle de jeux qui…
- Je veux voir Papa ! hurla alors Lilly. Laissez-moi voir Papa !
Anna se pencha vers elle et l’enlaça tout en lui murmurant quelques mots de réconfort à l’oreille. Peine perdue : la fillette se débattait comme un beau diable.
- Non ! Non !
Alerté par le vacarme, une équipe soignante sortit d’une autre chambre et vint à leur rencontre.
- Que se passe-t-il ? demanda un homme en blouse verte.
- Dr Barone... le salua respectueusement Jeff. Ces jeunes femmes sont ici pour rendre visite à Duncan Clarkson, chambre 412, mais elles insistent pour que la fille du patient les accompagne. Je leur ai expliqué que…
Mais le Dr Barone ne l’écoutait plus. Il avait les yeux braqués sur Little Lilly, qui lui lançait un regard aussi noir qu’implorant. Puis, son attention se porta sur Veronica … et qu’il lui fit un clin d’œil !
C’est alors que la détective comprit.
Flash-back
Dans la voiture bâchée de Veronica sur le parking de Neptune High, Veronica demande à Rick :
- Qui a monté un coup contre moi ?
L’adolescent effrayé répond :
- On les appelle les Tritons. C’est une organisation secrète.
- Qui sont les nouveaux membres ?
Rick hausse les épaules.
- Les meilleurs dans chaque domaine : scolaire, sportif… Les types les plus évidents.
- Je veux leurs noms.
- Harry Didden, Steve Vargo, Matt Barone, Duncan Kane.
Il était une fois un jeune homme malade, très malade. Aucun médecin ne parvenait à trouver le remède qui le guérirait. Il décida alors d’aller trouver le sorcier, un vieil ami du lycée qui avait appartenu comme lui à une société secrète. Cette société vous liait par serment à la vie à la mort. Le sorcier l’accueillit à bras ouverts et s’assura que nul autre que lui ne découvrirait son identité en ne plaçant autour du jeune homme que des personnes trop jeunes ou trop âgées pour l’avoir côtoyé autrefois. Puis il le soigna.
- Laissez-les entrer.
Jeff et toute l’équipe derrière le médecin restèrent stupéfaits.
- Mais, Dr Barone…
- Jeff, dois-je vous rappeler que Mr Clarkson est mon patient ?
- Non docteur, bien sûr…
L’infirmier s’écarta et Lilly passa devant lui en le gratifiant d’un regard assassin. S’arrêtant au niveau du Dr Barone, Veronica murmura :
- Merci Dr Triton…
Derrière son masque, le médecin sourit. Puis il s’éloigna, sa suite sur les talons.
Veronica reporta son attention sur Little Lilly. Celle-ci s’était arrêtée sur le seuil de la porte et observait son père en silence. A ses côtés, Anna regardait Duncan les yeux embués de larmes.
- Lilly ? demanda Veronica.
Mais la petite fille ne lui prêtait aucune forme d’attention. Elle pénétra dans la chambre et se dirigea d’un pas lent et résolu vers son père. Arrivée au niveau du lit, elle leva la main et la posa sur celle de Duncan.
- Papa ? demanda l’enfant d’une voix étranglée.
Duncan continuait à dormir, imperturbable.
Mais le jeune homme avait besoin d’un autre remède pour guérir totalement : l’amour…
S’approchant de Lilly, Veronica souleva son petit corps gracile. La fillette put alors se pencher vers son père et, à travers son masque, déposer un baiser sur sa joue. Duncan battit des cils et Veronica retint son souffle.
Enfin, après quelques secondes interminables, ses paupières s’ouvrirent. Ses yeux s’écarquillèrent sous l’effet de la surprise … avant que le bonheur et le soulagement ne les submergent tous les deux.
- Papa ! hurla la petite fille en fondant en larmes.
- Lilly… murmura Duncan.
Il tendit légèrement les bras et Veronica déposa la petite fille sur le lit. Celle-ci se lova dans les bras de son père qui lui murmurait des mots d’amour et de réconfort tout en lui caressant les cheveux.
Enfin, après une longue minute, celui-ci redressa la tête et plongea ses yeux dans ceux de Veronica, ce qui lui donna la chair de poule. Il imita du bout des lèvres :
- Merci…
Veronica ne répondit rien : un mot de plus et elle aussi se mettait à pleurer.