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Série : Veronica Mars
Création : 31.08.2014 à 11h11
Auteur : lili59
Statut : Terminée
« Suite du film Veronica Mars - Pour le reste, à vous de deviner grâce au spoiler de départ ! » lili59
Cette fanfic compte déjà 52 paragraphes
Leur visite se déroula dans le silence le plus total. Mais pas un silence gêné ou pesant. Au contraire, ce furent quelques unes de ces minutes de grâce, rares et précieuses, où les mots sont superflus et où le simple fait d’être ensemble veut tout dire.
Trente minutes après leur arrivée, Duncan caressait toujours les cheveux de Lilly, qui entortillait machinalement une mèche de cheveux autour de son index. Souvent, son regard se posait sur Anna avec qui il échangeait un doux sourire complice. Il n’avait regardé Veronica qu’à deux reprises, et à chaque fois une certaine gêne les avait empêchés l’un comme l’autre de prolonger leur échange silencieux.
Enfin, Veronica se leva de son siège et s’approcha du lit.
- Il va être temps de partir Lilly…
Little Lilly grogna telle une enfant endormie refusant de se lever au petit matin.
- Allez, debout ! Tu ne voudrais pas que ta grand-mère se doute de quelque chose ?
Peine perdue : Lilly ne bougea pas d’un pouce. Duncan sourit, amusé.
- Et puis ton père a besoin de repos, ajouta Veronica.
L’argument fit mouche : Lilly grimaça mais finit par se redresser.
- Je pourrai revenir demain ?
- On va essayer de trouver une solution.
Lilly soupira et, de mauvaise grâce, se pencha vers Duncan pour l’embrasser. Puis, Veronica la souleva et la déposa sur le sol. Lilly se tourna vers le lit et osa enfin poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis plus d’une heure.
- Papa ?
- Oui ma puce ?
- Même si tu as un nouveau cœur, est-ce que tu m’aimes quand même ?
Le visage de Duncan se défit sous le choc. Il fronça les sourcils et fit signe à sa fille d’approcher. Il se pencha vers elle et c’est avec le plus grand sérieux qu’il répondit :
- Je t’ai toujours aimée, je t’aime encore et je t’aimerai toujours.
Veronica frissonna. Même s’ils étaient adressés à Lilly, elle savait que Duncan était en train de lui livrer un message à travers ces mots qu’ils s’étaient échangés autrefois, dans une autre vie.
Lilly sourit, rassurée. Duncan lui rendit son sourire et reporta son attention sur Veronica.
- Mon infirmier m’a dit ce matin que nous étions le 4 Septembre, c’est bien ça ?
Elle acquiesça.
- Alors, bon anniversaire Veronica…
La détective sourit.
- Comment peux-tu penser à un détail pareil en ces circonstances ? s’amusa-t-elle.
- Je n’ai tout de même pas pensé à tout : je n’ai pas de cadeau…
Le sourire de Veronica s’évanouit. Son regard se posa sur Little Lilly, qui dévorait son père des yeux, et murmura :
- Crois-moi : je viens d’avoir le plus beau cadeau d’anniversaire de toute ma vie…
A l’arrière de la berline, Lilly observait pensivement le paysage à travers le carreau. Veronica en profita pour rallumer son téléphone portable. Un message de Mac l’y attendait :
Nouveau mail du service de la protection des témoins au shérif : Rouky s’est calmé, il accepte de témoigner. Ca sent une intervention de Celeste Kane à plein nez… Tu as réussi à la suivre ?
Elle n’eut même pas le temps de sortir de sa boîte de réception que déjà son père la contactait.
- Tu me dois cent vingt-trois dollars et soixante douze cents ! annonça-t-il en préambule.
- Pour une heure et demie de planque ? Tes tarifs ont augmenté !
- Je n’ai pas fait de planque. Je me suis dit que de toute façon, si Walt Smith logeait effectivement à cette adresse, il y avait peu de chances pour que le FBI le laisse pointer le bout de son nez dehors à quelques semaines du procès…
Comprenant c e que son père avait fait, Veronica eut un sourire en coin.
- Je vois. Et pour qui t’es-tu fait passer cette fois ?
- Le livreur de chez Marie-Antoinette.
Veronica siffla.
- Rien que ça ! Tu étais vraiment obligé de te fournir chez le traiteur le plus cher de Neptune ?
- Voyons ma chérie… Quand Celeste Kane décide de faire plaisir à son ami Walt Smith, elle ne choisit que la crème de la crème ! rétorqua-t-il en français.
- Hum… Et ça a marché ? Tu as pu entrer ou ils ont tenté de te guillotiner ?
- Ma tête va bien, merci. Et, oui, j’ai pu rentrer.
- Et ???
- Félicitations Veronica : tu as trouvé Walt Smith.
La détective ferma les yeux. La tension qui habitait son corps depuis de longues semaines disparut en un instant.
Enfin ! Et dire que ce matin encore j’étais dans une impasse pour les deux enquêtes et que les voilà résolues toutes les deux !
- Chérie ? demanda Keith.
- Excuse-moi papa. C’est juste que je suis … soulagée. Merci pour cette excellente nouvelle.
Keith garda le silence un instant.
- As-tu pensé à ce que tu allais faire maintenant ?
Veronica fronça les sourcils.
- Eh bien je vais dire à…
Elle jeta un coup d’œil à Lilly.
- … « notre client » où se trouve l’homme qu’il recherche.
Le silence de Keith fut encore plus long que le précédent.
- Veronica… As-tu bien songé aux répercussions qu’aura cette information une fois qu’Eli la détiendra ?
- Notre client ne lui fera pas de mal papa. Enfin pas trop... Il me l’a promis. Il va seulement l’intimider pour qu’il modifie sa déposition.
- Je sais. Mais ce que nous n’avions pas anticipé en ouvrant cette enquête, c’est que Walt Smith serait sous la garde du service de la protection des témoins. Tu connais Eli mieux que moi, tu sais qu’il tentera le tout pour le tout et qu’il essaiera de faire sortir Walt Smith de son trou, même s’il doit se frotter aux fédéraux. Et tu sais ce qu’il risque de se passer…
Veronica tressaillit. Des images de son ami en prison, blessé et même mort jaillirent dans son esprit.
- Et ce n’est pas tout, ajouta Keith. Mettons que Walt Smith change sa déposition et avoue que Celeste a acheté son témoignage. Elle est arrêtée. Qu’advient-il de Lilly Kane ? Je ne pense pas que Duncan pourra quitter l’hôpital avant plusieurs semaines… Bien sûr elle pourrait vivre avec Anna quelque part à Neptune, mais il ne serait plus possible de la cacher à l’abri des regards dans une immense propriété ou dans une voiture aux vitres teintées. Es-tu prête à prendre le risque que quelqu’un ne découvre sa véritable identité et qu’elle soit renvoyée chez les Manning ?
Veronica grimaça.
Risquer de séparer pour toujours Lilly et Duncan ou bien attendre qu’ils ne repartent à l’autre bout du monde avant de tout révéler à Weevil … au risque qu’il ne soit trop tard et que Valentina n’ait déjà perdu son père ?
- Je ne peux pas faire ça. Je ne peux pas choisir…
- Il va le falloir pourtant ma chérie, murmura Keith. Vas-tu donner l’information à Eli ?
Pour Veronica, c’était un véritable déchirement. Jamais elle n’avait envisagé que, loin de se compléter, ses deux enquêtes s’opposeraient un jour.
Son regard se posa sur Lilly, toujours absorbée par la contemplation du paysage, et une multitude de souvenirs la submergea : la fuite de Duncan huit ans plus tôt, les larmes de Little Lilly en apprenant que Veronica avait retrouvé son père, leurs retrouvailles au Neptune Grand Hospital…
Elle déglutit.
- Non, finit-elle par dire à contrecœur et déjà rongée par le remords. Je ne le lui dirai pas.
FIN
... DE LA PREMIERE PARTIE !
(hi hi!)
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OUVERTURE DU PROCES KANE / NAVARRO DEMAIN
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En découvrant la signature de la journaliste, Veronica manqua de s’étouffer.
C’est comme si les Manning venaient me narguer : « Nananère, tu ne pourras pas innocenter Weevil si tu ne veux pas qu’on récupère notre Lilly ! »
Avec un soupir, elle reposa le journal et s’étira. Elle avait eu raison de donner rendez-vous à Wallace pour un petit jogging matinal : cela lui permettrait peut-être de se vider la tête. Et puis elle n’avait aucune envie de rester coincée chez elle toute la journée. Pas dans ces circonstances… Depuis hier, elle était mal à l’aise et n’aspirait qu’à un bol d’air frais.
Tandis qu’elle rinçait sa tasse dans l’évier, on toqua à la porte. Elle jeta un coup d’œil à la pendule.
Wallace en avance ?!? Un dimanche matin ?!? On aura tout vu !
Elle se dirigea vers la porte et l’ouvrit avec un grand sourire, sa taquinerie sur le bout de la langue…
… et eut le souffle coupé.
Son beau sourire se défit sous le choc et le vide remplaça toute pensée, toute émotion.
Elle voulut prononcer son prénom, mais sa gorge était trop nouée pour qu’elle y parvienne.
Elle voulut bouger, mais elle n’avait plus aucun contrôle sur son corps.
Enfin une pensée la remplit toute entière.
« Logan »
Sur le pas de la porte, beau comme un dieu dans son costume blanc de Marine, celui-ci l’observait avec ses yeux pétillants de malice qu’elle aimait tant. Ces yeux qui lui avaient tant manqué. Ces mains. Cette odeur…
Au même instant, tous deux se précipitèrent l’un vers l’autre. Leurs bouches se trouvèrent aussitôt, comme si elles ne s’étaient jamais quittées. Elles retrouvaient leur moitié, leur place attitrée.
Aussitôt, Veronica se sentit revivre. Là était sa place. C’était tellement facile, tellement … évident.
Leur baiser se prolongeait, passionné, incandescent. Il la poussa à l’intérieur de l’appartement et referma la porte d’un coup de pied sans cesser de l’embrasser. Elle posa ses mains tremblantes sur ses hanches, viriles et musclées. Avec un petit râle de plaisir, il la souleva pour qu’elle passe ses jambes autour de lui, pour qu’elle soit proche, encore plus proche…
- Veronica, est-ce que tu aurais du shamp…
L’étreinte s’arrêta net. Tandis que Logan se tournait vers la source du bruit, Veronica ferma les yeux et baissa la tête.
Et voilà ce que c’est que de se laisser emporter par le feu de l’action : on oublie qu’autour de nous, le monde continue de tourner !
Elle grimaça et se laissa retomber sur le sol. Enfin, elle se tourna vers Duncan, torse nu et serviette nouée autour de la taille. Une large cicatrice rouge vif traversait son thorax.
- Désolé, balbutia celui-ci. Je ne voulais pas... Si j’avais su…
- Pas de souci, l’interrompit Veronica.
Son regard se posa sur Logan, bouche bée.
- Tu vois, tu n’es pas le seul à savoir ménager des surprises… Tu te souviens vaguement de Duncan Kane ?
- … et c’est comme ça que j’ai fini par le trouver au Neptune Grand Hospital, finit d’expliquer Veronica.
Un silence pesant s’installa autour du comptoir de la cuisine américaine. Veronica observa Logan : depuis ses retrouvailles, plutôt tièdes, avec Duncan, il n’avait plus prononcé un mot. Pas même durant le bref instant où Duncan était parti se mettre quelque chose sur le dos.
Comment l’en blâmer ? Si j’étais à sa place, j’aurais sans doute déjà piqué un esclandre, arraché les yeux de l’intruse et vidé sur lui tout le chargeur de mon taser !
- Veronica a été formidable, continua Duncan pour rompre le silence. Non seulement elle m’a amenée Lilly, mais en plus elle s’est débrouillée pour qu’elle puisse me rendre visite à l‘hôpital presque tous les jours sans éveiller les soupçons de ma mère.
Veronica expliqua avec modestie :
- On a soudoyé la prof de piano pour qu’elle dise à Celeste que Lilly apprenait mieux en présence d’Anna. Du coup, elle a passé la main et on en a profité pour amener Lilly plutôt à l’hôpital, avec la complicité d’Hamilton.
- C’est vraiment ce dont j’avais besoin, lui dit Duncan. Je me suis rétabli en quelques jours, même Matt n’en revenait pas !
- Doucement… temporisa Veronica. Tu n’es pas rétabli, ton médecin a seulement accepté que tu sortes de l’hôpital pour limiter au maximum les risques que quelqu’un te reconnaisse, mais tu dois toujours subir des examens réguliers.
- Oui maman, la taquina Duncan.
- Maman ?!? Avec tout le respect que je te dois, penses-tu vraiment que je puisse prendre un jour une quelconque comparaison avec ta mère comme un compliment ?
Duncan éclata de rire et Veronica était tout sourire … jusqu’à ce qu’elle ne croise le regard noir de Logan. Elle rougit jusqu’aux oreilles et déglutit. Duncan s’en rendit compte et recouvra son sérieux.
- Je suis sorti de l’hôpital hier, et Veronica m’a gentiment proposé de m’héberger le temps de ma convalescence. Si j’avais su que tu revenais…
- Pas de problème, le coupa Logan.
Mais la sécheresse de sa voix venait contredire l’amabilité de ses propos. A nouveau le silence les enveloppa, lourd et assourdissant.
Quelques secondes plus tard, on frappa à la porte. Veronica contint un soupir de soulagement en quittant son tabouret.
Sur le seuil, Wallace courait sur place en exagérant sa respiration.
- Salut V ! Alors, prête à te prendre une raclée ?
- Wallace ! Excuse-moi, je t’avais oublié. Je suis occupée là, je crois que ça va être compli…
- Oh allez, l’interrompit Wallace tout en continuant à sautiller sur place, fais pas ta poule mouillée !
- Tu ne comprends…
- Si si, je comprends très bien : tu vas encore me dire que tu dois bosser ! Y’en a marre du boulot, il faut aussi que tu t’entretiennes !
Tout en continuant sa parodie de joggeur, il la força à reculer et pénétra dans l’appartement.
- Faut que tu te fasses belle pour le retour de ton homme ! N’oublie pas qu’il y a cette Abby qui lui tourne aut…
En découvrant les deux garçons attablés, il s’arrêta de parler … mais pas de courir sur place. Il regarda son amie.
- Ah. T’es VRAIMENT occupée.
Veronica eut un sourire ironique mais ne prit pas la peine de répondre, si bien qu’il enchaîna :
- Bon. Ben, éclatez-vous bien !
Et il ressortit de l’appartement toujours en courant. Veronica referma derrière lui et posa la tête sur la porte.
Tu as raison Wallace, cours avant que je ne t’attrape et que je ne t’étrangle !
Finalement, elle se retourna avec un sourire exagéré :
- Quelqu’un veut un café ?
La bonne nouvelle, c’est qu’un demi-sourire adoucissait le visage de Logan.
A chacun de ses pas, le sable humide s’enfonçait sous ses pieds nus et Veronica réprima un petit frisson lorsqu’une nouvelle vague vint lécher le bout de ses orteils. Relevant la tête, elle observa Dog Beach qui s’étalait devant elle : la fraîcheur de la matinée et la légère bruine qui s’abattait sur la plage avaient poussé les familles à rester calfeutrées dans leurs foyers. La plage quasi-déserte n’était habitée que par quelques surfeurs et joggeurs incorruptibles … et par eux.
Veronica jeta un coup d’œil à sa droite : à un mètre d’elle, Logan, songeur et taciturne, déambulait en silence à l’abri des vagues.
Soudain, elle fut frappée par un souvenir.
La première fois que Logan et moi avons véritablement rompu, c’était sur cette plage, alors que je le croyais responsable de la mort de Lilly. Bravo Veronica : tu as vraiment choisi le lieu idéal pour avoir une petite mise au point !
Elle poussa un soupir. Comment entamer cette conversation ? Elle avait tant de choses à lui dire, à lui demander… Ils avaient tant de choses à rattraper ! Elle n’avait qu’une seule envie : boucler / bâcler la phase « mise au point » pour passer à celle « réconciliation – retrouvailles ». Mais pas sûr que Logan l’entende de cette oreille… Elle décida donc de ronger son frein et commença en douceur :
- Quand es-tu rentré ?
- Cette nuit. Je n’ai pas voulu te faire peur en sonnant chez toi au beau milieu de la nuit, alors j’ai attendu ce que j’ai jugé être une heure décente pour rendre visite à une dame.
Un rictus déforma ses traits et Veronica n’eut aucun mal à imaginer ses pensées qui devaient tourner autour d’elle, de Duncan, de sexe et de coups.
Et pas dans le genre 50 nuances de Grey si vous voyez ce que je veux dire!
Elle murmura :
- Je suis contente de te voir…
Logan prit une profonde inspiration qu’il libéra lentement entre ses dents. Veronica remarqua ses veines qui ressortaient davantage sur ses poings fermés.
- Logan je…
- Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? la coupa-t-il.
En prononçant ses mots, il s’était arrêté si bien que Veronica dut faire volte-face. Derrière la colère, elle le sentait inquiet, et blessé. Elle secoua la tête.
- J’aimerais avoir une réponse à t’apporter, mais à vrai dire je n’en ai pas. C’est idiot, je pensais que toute cette histoire serait bouclée avant que tu ne reviennes, et comme tu ne m’as pas dit que tu étais sur le chemin du retour la dernière fois que je t’ai eu sur skype…
- C’était censé être une surprise ! Une bonne surprise ! crut-il utile de préciser.
- Et c’en était une ! répondit Veronica du tac-au-tac. Si tu savais depuis combien de temps je… je…
Elle ne trouvait plus ses mots. Exprimer ses sentiments n’avait jamais été son fort… Alors, elle s’approcha de lui et, passant ses mains autour de sa nuque, lui fit baisser la tête. Puis elle colla son front contre le sien et murmura :
- Tu m’as tellement manqué…
Logan ferma les yeux, appréciant la confession à sa juste mesure. Mais lorsqu’elle approcha ses lèvres des siennes, il recula doucement mais fermement.
- Non, dit-il en secouant la tête. Non.
Il ôta ses mains de son cou et recula d’un pas.
- Je ne peux pas. Pas comme ça.
- Comme ça quoi ? demanda Veronica avec douceur. Je sais que j’aurais dû t’en parler, je m’excuse de ne pas l’avoir fait. Mais ça ne change rien. Rien du tout. Ce que nous avons vécu il y a sept mois… Ce que nous nous sommes dit… Rien n’a changé.
- Bien sûr que si.
- Bien sûr que non ! s’exclama-t-elle, cette fois-ci plus énergiquement. Tu n’as pas à t’inquiéter de Duncan, lui et moi c’est terminé depuis presque neuf ans !
Logan éclata d’un rire nerveux et la toisa.
- Tu crois que je suis jaloux ?
Veronica tiqua.
- Pourquoi ? Ce n’est pas ça ?
- Bien sûr que non ! Ca n’a rien à voir ! se récria Logan. Ce n’est pas Duncan le problème, c’est toi !
- Moi ?
- Oui toi ! Il y a sept mois, j’ai cru que ça y était, que c’était la bonne. Que tu étais prête, enfin.
- Prête ? Prête à quoi ?
- Mais à me faire confiance ! Tu ne peux pas savoir ce que j’ai ressenti le soir où tu es revenue, lorsque je t’ai demandé si tu voulais que je te dise si j’avais oui ou non tué Carrie et que tu m’as répondu que ce n’était pas la peine, que tu ne serais pas là si tu pensais que je l’avais fait ! Et plus tard, lorsque c’est toi qui as fait le premier pas pour me revenir… Et avant de partir, quand tu m’as dit que tu m’attendrais. C’était… J’ai cru que tu me faisais confiance. Que tu nous faisais confiance. Et je me rends compte que tout ça n’était qu’un mirage.
- Mais non ! Je…
- Si ! Parce que, si tu m’avais fait confiance, tu m’aurais dit la vérité. Tu n’aurais pas eu peur de ma réaction. Mais visiblement tu me prends toujours pour le gamin instable que tu as rencontré au collège ! Tu te rends compte que je ne suis plus un gosse mal dans sa peau Veronica ? Tu te rends compte que je suis un homme qui veut plus qu’une histoire épique ? Que je te veux toi, tout le temps, partout, sans suspicion ni coups d’éclat ? Sans une rupture et une réconciliation tous les trois épisodes ?
Il passa une main dans ses cheveux, à bout de souffle. Il regarda l’océan un instant avant de conclure :
- Non, je ne veux plus de ça. Je veux plus.
Il fit demi-tour et commença à rebrousser chemin.
- Logan attends !
Il ne se retourna pas.
Dès qu’il entendit la clé tourner dans la serrure, Duncan bondit du canapé.
- Veronica je suis tellement désolé ! Jamais je…
La petite blonde leva la main pour qu’il se taise.
- Inutile de t’excuser, dit-elle en jetant son trousseau sur la table basse. Tout ça c’est de ma faute.
Elle s’affala sur le canapé.
- Bien sûr que non ! rétorqua Duncan. C’est moi qui ai débarqué dans ta vie et qui y ai semé la zizanie !
Il s’assit à son tour.
- Ecoute, reprit-il. J’ai réfléchi pendant ton absence. Je te suis infiniment reconnaissant pour tout ce que tu as fait pour Lilly et moi. Mais je ne voudrais pas que ma présence ici engendre des complications dans ta relation avec Logan. Alors, je crois qu’il est temps pour nous de mettre les voiles.
- Hors de question ! s’exclama Veronica. Tu as besoin de repos ! Et que fais-tu de tes contrôles bihebdomadaires au Neptune Grand Hospital ?
- J’ai téléphoné à Matt il y a quelques minutes. Je lui ai expliqué que je devais impérativement repartir en Australie dans les plus brefs délais. Il va se débrouiller pour me faire suivre là-bas incognito. Et puis Anna est là...
Veronica secouait la tête, déchirée.
La proposition est tellement tentante ! Et pas seulement pour Logan. De toute façon, il a été clair : ce n’est pas Duncan le problème, c’est moi. Non, au-delà, cela me permettrait de révéler à Weevil le lieu où se trouve Walt Smith sans faire courir le moindre risque à Lilly et Duncan qui voleraient au-dessus de l’Océan Pacifique. Mais ça ne réglerait pas le risque de le voir se frotter au FBI… Je DETESTE toute cette histoire, ces choix à n’en plus finir…
- De toute façon, je ne te laisse pas le choix, reprit Duncan. Je pars, c’est décidé. J’appelle tout de suite ma mère pour lui annoncer que je vais mieux et que Lilly, Anna et moi nous en allons.
Elle ouvrit la bouche pour protester mais il leva son index. Puis, doucement, tendrement, il le posa sur la bouche de Veronica.
- Laisse-moi faire ça pour toi, murmura-t-il. Mais avant que je ne reparte, je te demanderai seulement de réfléchir à cette question : je comprends pourquoi tu n’as pas dit à Logan que j’étais de retour à Neptune. Mais pourquoi ne m’as-tu pas dit à moi que vous étiez encore ensemble ?
Le visage de Veronica se décomposa. Avec le plus grand sérieux, Duncan fit glisser son index le long de sa bouche, puis sur son menton. La scène ne dura qu’un instant, mais elle s’imprima pour toujours dans leurs mémoires.
Enfin, avec un soupir, il tourna la tête et laissa retomber sa main pour s’emparer de sa Spoof Card et de son téléphone portable sur la table.
- Allo Maman ?
Après un silence abasourdi, la voix de Celeste résonna dans le téléphone en mode haut parleur :
- Duncan ? Duncan mon chéri, c’est bien toi ?
Duncan sourit.
- Oui Maman, c’est bien moi.
- Oh mon Dieu ! Comment vas-tu mon chéri ? J’étais tellement inquiète !
- Je vais bien Maman. Je vais même très bien : j’ai été greffé il y a un peu plus d’un mois.
- Oh mon Dieu… Oh mon Dieu… Merci… Merci ! balbutiait Celeste. Où es-tu ? Est-ce que tu as tout ce qu’il te faut ?
- Je ne peux pas te dire où je suis Maman, ton téléphone est peut-être sous écoute.
- Mais Duncan, il faut bien que je vienne te voir !
- Inutile Maman, répondit fermement le trentenaire. Je te l’ai dit : je vais bien.
Celeste garda le silence un instant, réfléchissant à toute allure.
- Mais je pourrais t’amener Lilly… finit-elle par arguer.
Grr… Comment ose-t-elle utiliser sa petite-fille pour arriver à ses fins ? Elle n’a vraiment pas changé !
- Justement Maman, c’est pour ça que je t’appelle : maintenant que je suis rétabli, il est temps pour moi de récupérer ma fille.
Cette fois-ci le silence fut plus long. Veronica imagina Celeste s’asseyant à son bureau et réfléchissant en femme d’affaires. Enfin, celle-ci répondit :
- Cela ne va être possible.
Duncan haussa les sourcils.
- Pardon ?
- Lilly a la grippe. Rien de bien méchant, mais elle doit garder le lit.
Duncan carra la mâchoire.
- Qu’est-ce que tu me racontes ? J’ai eu Anna au téléphone hier et elle m’a dit que Lilly se portait comme un charme !
- Tu as appelé ta gouvernante avant d’appeler ta propre mère ?
- Je l’ai appelée pour lui dire de préparer les affaires de Lilly, mentit Duncan. Je leur ai réservé un billet d’avion pour ce soir.
- Ce soir ? Hors de question !
Duncan prit une profonde inspiration et tenta de garder son calme.
- Je ne suis pas en train de te demander la permission Maman. J’ai besoin de Lilly auprès de moi. Toi qui es mère, tu peux comprendre ça n’est-ce pas ?
- Bien sûr. Ecoute… J’ai beaucoup réfléchi ces dernières semaines. Cette vie de vagabondage n’est pas … souhaitable pour une petite fille. Elle a besoin de repères, de stabilité.
- Anna et moi sommes sa stabilité.
- Une gouvernante et un père en cavale, tu appelles ça de la stabilité ? Non, moi je te parle d’un foyer, d'un réseau social… C’est pourquoi j’ai une proposition à te faire : venez vous installer tous les trois à la maison.
- Pardon ? Non mais tu es folle ? On pourrait me reconnaître !
- Pas si tu restes dans l’enceinte du manoir.
- Maman, je ne peux pas passer ma vie enfermé dans ta propriété !
- Mais Duncan…
- Non, la coupa-t-il. J’aime ma vie, et je sais que ma fille est heureuse.
- C’est ce que tu crois. Et Lilly n’est pas que ta fille, c’est aussi ma petite-fille.
- Qu’est-ce que tu essaies de me dire maman ? gronda le jeune homme.
- Tu ne me laisses pas le choix Duncan : si tu refuses de revenir à Neptune, alors tu devras vivre en Australie mais sans Lilly.
Duncan bondit sur ses pieds. Il saisit le téléphone portable resté sur le canapé et hurla :
- Quoi ???
- Ne te fâche pas mon chéri. Je veux seulement ce qu’il y a de meilleur pour ma petite-fille.
- Lilly est ma fille Maman, c’est à moi de décider ce qui est bon pour elle, pas à toi !
- Tu es trop jeune pour…
- J’ai vingt-sept ans Maman, je ne suis plus un gamin !
- Pour moi si. Et si tu étais plus raisonnable, tu verrais que j’ai raison.
Duncan serra le poing, furibond.
- Maman. Anna et Lilly quitteront Neptune ce soir, que cela te plaise ou non.
- C’est ce qu’on verra.
Elle raccrocha. Duncan, hébété, observait son téléphone dans sa main quand, tout à coup, il l’envoya rageusement à l’autre bout de la pièce. Veronica sursauta.
Le visage du jeune homme se tordit en une grimace. Il plaça sa main sur son cœur et se laissa tomber sur le canapé.
- Oh merde… OH MERDE ! s’exclama Veronica.
Elle s’empara aussitôt de son téléphone et composa le numéro du Dr Barone.
Mardi 30 septembre, 9 heures. Pas moins de six personnes s’entassaient dans le petit salon de Veronica : Duncan, entouré d’Anna et d’Hamilton, se reposait sur le canapé tandis que Keith était assis sur l’unique fauteuil de la pièce. Mac s’était installée sur un tabouret qu’elle avait ramené de la cuisine. Veronica, quant à elle, avait préféré rester debout.
- Quelqu’un veut quelque chose à boire avant que nous ne commencions ? proposa-t-elle.
Mais tous les convives déclinèrent l’invitation d’un signe de tête : l’ambiance était tellement lourde qu’ils avaient tous la gorge nouée.
- Moi je veux bien ! répondit enfin une petite voix.
Ah oui : plutôt six personnes et demie !
Sur l’écran de l’ordinateur portable branché sur skype, un Wallace cerné levait la main. Il ajouta :
- J’ai quasiment pas dormi, alors je suis pas contre un triple expresso !
- Je t’amène ça dans une heure après notre petite réunion ! proposa Mac.
- Ca servira à rien : dans une heure tu prends ton tour de garde et moi je pourrai aller me pieuter quelques minutes avant de partir bosser !
Duncan prit la parole :
- Merci de faire ça pour moi Wallace. On ne se connaît pas beaucoup et…
Il décrocha son regard de l’écran et le posa sur les autres convives :
- … d’ailleurs je ne connais que très peu la plupart d’entre vous, alors votre aide me touche d’autant plus. Merci.
Les invités s’observèrent en silence, gênés, et c’est finalement Keith qui prit la parole en leur nom à tous :
- Un père ne devrait jamais être privé de sa fille. Je pense que nous avons tous à cœur de réparer une telle injustice.
Tous opinèrent, et le silence reprit ses droits.
Bon… Trêve de bons sentiments, passons aux choses sérieuses !
- Bien. Je vous ai fait venir ce matin pour faire le point sur les événements de ces quarante-huit dernières heures.
Elle commença par se tourner vers Duncan.
- Dimanche matin, Celeste Kane a annoncé à Duncan qu’elle refusait de lui rendre sa fille. Sous le choc, il a fait un malaise cardiaque heureusement sans gravité. Néanmoins, il doit plus que jamais rester au calme et éviter la moindre source de stress. Ce qui, dans ces circonstances, est loin d’être évident.
Duncan acquiesça et elle se tourna alors vers son voisin.
- Ce soir-là, Hamilton et moi avons convenu au téléphone qu’il déposerait Lilly chez moi le lundi matin au lieu de l’amener à l’école, tandis qu’Anna nous rejoindrait un peu plus tard à l’aéroport avec leurs effets personnels. Mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévues…
- Le lundi matin, enchaîna Hamilton, Mrs Kane m’a fait savoir que désormais elle accompagnerait Lilly au moindre de ses déplacements, que ce soit pour aller à l’école ou au conservatoire, et ce malgré l’ouverture du procès. Je n’ai donc pas pu changer d’itinéraire.
- Ma mère est loin d’être une idiote, commenta Duncan d’un air sombre, elle devait déjà se douter que j’allais essayer de récupérer ma fille d’une manière ou d’une autre, elle était sur ses gardes.
Veronica approuva.
- L’installation chez elle d’un système de vidéosurveillance dès le lendemain de notre coup de fil le prouve. Du coup, nous sommes passées au plan B : le soir-même, cette nuit donc, Anna a réveillé Lilly en plein sommeil.
Anna anticipa :
- Il était pourtant trois heures du matin et j’avais écouté à la porte de la chambre de Mrs Kane auparavant pour être sûre qu’elle dormait !
Duncan posa une main sur son épaule.
- Ce n’est pas de ta faute Anna, tu as fait de ton mieux.
Mac ajouta :
- Lorsque l’agence de sécurité est venue installer hier le système de videosurveillance, Celeste en a sans doute profité pour faire installer en même temps un deuxième système d’alarme, un nocturne silencieux, branché directement à sa chambre. Personne ne pouvait le savoir !
- Personne, renchérit Veronica. Toujours est-il qu’au moment où Anna et Lilly montaient dans la voiture privée d’Hamilton, Celeste a débarqué. Elle a aussitôt compris le pot-aux-roses et vous a tous les deux renvoyés sur le champ.
Anna baissa la tête, honteuse.
- J’ai essayé de bluffer, précisa Hamilton. Je lui ai dit que si elle refusait de nous laisser partir avec la petite, nous irions voir la police.
Il s’assombrit.
- Elle a éclaté de rire et m’a dit de transmettre un message à son fils : « Toi comme moi savons que tu n’en feras rien : tu ne peux pas aller porter plainte sans que l’identité de Lilly soit dévoilée. Et si jamais tu t’avises de leur dire que c’est la fille d’Anna, je jure sur la tombe de ta sœur que je leur dirai tout. Tout ! »
Duncan serra les poings, imité par Keith. Les yeux de Mac lançaient des éclairs tandis que Veronica fulminait. Anna murmura :
- Je la déteste… Je la déteste…
Et moi donc ! Cette femme est le diable en personne !
Elle tenta de recouvrer son calme.
- Ce que Celeste ignore, c’est que ce transfert de message était inutile car nous avons assisté à toute la scène en direct : depuis hier après-midi, Mac a détourné le signal de son service de vidéosurveillance flambant neuf. Le seul hic, c’est que le matériel nécessaire à ce hacking doit se trouver à moins de mille mètres du lieu du manoir. C’est mon père qui a trouvé la solution pour que nous ne fassions pas repérer.
Keith intervint :
- Il y a un peu moins d’un mois, j’ai travaillé sur un cas d’adultère. Je savais que Mrs Hummels, en apprenant que son mari la trompait, était repartie vivre pour un temps chez ses parents au Nevada. Quant à Mr Hummels, personne à Neptune n’ignore qu’il vit chez sa maîtresse depuis le départ de femme.
- Or, la propriété des Hummels est située juste derrière le manoir des Kane, ajouta Veronica. Nous avons donc installé le matériel dans un van que nous avons garé au fond du jardin, à l’abri des regards. Néanmoins, étant donné que nous ne pouvons pas le laisser sans surveillance, Mac et Wallace s’y relaient jour et nuit.
- Ouais, maugréa Wallace derrière son écran. Enfin disons que Mac fait le jour et que Bibi fait les nuits !
Mac lui envoya un baiser ironique.
Veronica conclut :
- C’est grâce à ce détournement que nous avons surpris très tôt ce matin une série de coups de fil. Tout d’abord avec la Neptune Grade School : Celeste s’est faite passer pour Anna et a déclaré qu’elle et sa fille allaient déménager, si bien que Lilly ne viendrait plus à l’école. Rebelote quelques minutes plus tard avec le conservatoire. Enfin, elle a contacté il y a quelques minutes un organisme spécialisé dans les cours par correspondance.
- Elle l’a enfermée, gronda Duncan. Elle a enfermé ma Lilly…
Comme si ça ne suffisait pas qu’elle veuille faire enfermer Weevil !
- Alors qu’est-ce qu’on fait maintenant ? demanda Anna. On ne peut pas la laisser là-bas comme un oiseau en cage ! Vous l’avez vue ce matin, pleurer dans son lit ? Je deviens folle en la sachant seule et malheureuse dans cette grande maison avec cette horrible bonne femme !
- Je n’aurai jamais dû l’envoyer à Neptune… se lamenta Duncan, la tête entre les mains. Je pensais bien que, si ma mère découvrait que j’y étais, elle ne me laisserait pas repartir. Je n’avais jamais pensé qu’elle s’en prendrait à ma Lilly… Il y a quatre mois, elle ne la connaissait même pas !
- Arrêtez de vous torturer, les rassura Veronica, vous n’êtes en rien responsables des machinations de Celeste ! Et on va la sortir de là, quoiqu’il advienne…
- Comment ? demanda Anna.
Veronica distribua alors ses ordres :
- Hamilton, tu retournes chez ton père et tu profites enfin un peu de ta famille. Si nous avons besoin de ton aide, je te contacterai. Mac, tu prends ton tour de garde jusqu’à 22 heures. Wallace, tu vas travailler normalement. Anna, je te confie Duncan, veille à ce qu’il se repose et à ce qu’il reste détendu. Quant à moi…
Tout le monde l’observait, suspendu à ses lèvres. Veronica soupira.
- Je vais chercher la cavalerie.
- Et moi alors ? demanda Keith.
Veronica haussa les épaules, si bien qu’il enchaîna :
- Bon, eh bien, je suppose qu’il ne me reste plus qu’à lire le journal ?
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PROCES KANE – NAVARRO : JOUR 1
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