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Série : Veronica Mars
Création : 31.08.2014 à 11h11
Auteur : lili59
Statut : Terminée
« Suite du film Veronica Mars - Pour le reste, à vous de deviner grâce au spoiler de départ ! » lili59
Cette fanfic compte déjà 52 paragraphes
Comme toujours lorsqu’elle se trouvait dans une situation critique, c’est vers son père que Veronica s’était aussitôt tournée. Il n’avait fallu que quelques minutes à Keith Mars pour rejoindre l’appartement de la marina, presque aussitôt rejoint par Mac.
Debout dans le petit salon, bras croisés, Celeste racontait pour la deuxième fois de la matinée le kidnapping de sa petite-fille.
- C’est alors que la vitre a explosé, dit-elle en posant machinalement la main sur sa bouche sanguinolente. Heureusement, c’était du côté où je me trouvais, je ne pense pas que Lilly ait reçu d’éclat de verre.
Elle jeta un coup d’œil à Duncan qui ne lui accorda pas le moindre regard. L’attention du jeune homme restait obstinément concentrée sur Anna qui bandait son poing ensanglanté.
- Une main est alors apparue, poursuivit la quinquagénaire, et a ouvert la portière de l’intérieur. Elle m’a saisie par le col et m’a projetée sur le macadam. Lilly hurlait, elle… elle a dû avoir tellement peur !
Contre toute attente, sa voix se brisa et sa lèvre inférieure se mit à trembloter dangereusement. Duncan déclara alors d’une voix sourde :
- Ne t’avise surtout pas de pleurer ou je ne réponds plus de rien.
Celeste ferma les yeux et, baissant la tête, ravala ses larmes.
- Dehors, il y avait deux motards casqués. L’un d’eux m’écrasait le ventre avec son pied pour m’empêcher de me relever tandis que l’autre sortait Lilly de la voiture. Elle avait beau se débattre, il était trop fort pour elle ! J’ai alors appelé à l’aide, quand je me suis rendu compte que Clarence Wiedman était déjà en train de se battre juste derrière moi avec un troisième homme casqué.
Elle secoua la tête.
- Cette espèce de brute l’a mis K.O. !
Elle serra les poings et reprit le cours de son récit :
- Une voiture s’est alors arrêtée à notre niveau. Le motard qui portait Lilly a ouvert la portière et l’a jetée sur la banquette arrière. La voiture a aussitôt redémarré et ils ont tous filé sur leurs motos. La scène n’a duré que deux minutes, tout au plus.
Keith la laissa reprendre son souffle avant de demander avec douceur :
- Et ensuite ?
- Ensuite, une voiture est arrivée. Un homme et une femme en sont sortis. L’homme s’est précipité vers Clarence Wiedman - inconscient-, tandis que la femme m’a demandé si j’allais bien. Je n’ai pas répondu mais je me suis relevée. Apparemment ça a suffi à la rassurer car elle a reporté son attention sur la voiture. Elle a crié à l’homme que le chauffeur était inconscient mais qu’il respirait. L’homme lui a dit d’appeler une ambulance et la police.
Elle secoua la tête.
- Ca a été comme un électrochoc. J’ai recouvert mes esprits et je leur ai dit que non, qu’ils ne pouvaient pas appeler la police…
Elle jeta une fois encore un regard implorant à Duncan.
- Je savais que si le shérif s’en mêlait, l’identité de Lilly serait découverte et, crois-moi, c’est bien la dernière chose au monde que je souhaite…
Mais Duncan ne daigna toujours pas lui accorder un regard.
- Alors qu’avez-vous fait ? demanda Keith.
Celeste secoua la tête.
- J’ai suivi mon instinct. J’ai couru jusqu’à la voiture de Clarence Wiedman. Le moteur tournait encore alors…
- Vous avez abandonné deux hommes, blessés par votre faute, pour vous précipiter ici ? demanda Anna qui entendait elle aussi l’histoire pour la première fois après être revenue de ses courses.
- Que pouvais-je faire de plus ? demanda Celeste. Je ne pensais qu’à Lilly, je…
- C’est bon, la coupa Veronica. Ne rentrons pas dans des débats vains, ce qui est fait est fait.
Elle se tourna vers son père.
- Qu’en penses-tu ? lui demanda-t-elle.
Keith se tourna vers la femme d’affaires.
- Etes-vous bien sûre de ne pas avoir vu un détail qui incriminerait les PCHers ? Un visage, une plaque d’immatriculation…
Elle secoua la tête. C’est à cet instant que Mac, rivée derrière son ordinateur portable, intervint :
- Je crois qu’elle n’est pas la seule à n’avoir rien vu. L’attaque a eu lieu pile sous une caméra de vidéosurveillance qui a été vandalisée la nuit dernière.
- Pas d’image, pas de preuve, conclut Keith.
- Comme le hasard fait bien les choses ! ironisa Veronica.
- Et ce n’est pas tout, ajouta Mac. Je viens de vérifier les appels radio de la police : le seul accident sur lequel les sbires de Lamb ont été appelés depuis ce matin se situe à la sortie de Neptune.
Cette fois Veronica fronça les sourcils et regarda Celeste d’un air soupçonneux.
- Je jure que j’ai dit la vérité ! riposta celle-ci.
Sans la lâcher du regard, la détective demanda à son associée :
- Vérifie dans les fichiers du Neptune Grand Hospital si Clarence Wiedman et…
- Brandon Whiton.
- … Brandon Whiton ont été admis ce matin.
Mac commença à pianoter sur son clavier dans le plus grand silence tandis que Veronica et Celeste continuaient leur bataille visuelle silencieuse. Enfin, Mac déclara :
- Je les ai. Une minute…
Elle parcourut les dossiers des yeux.
- Ils ont tous les deux été déposés à 8h11. L’automobiliste n’a pas donné son nom, il a juste précisé…
Elle resta bouche bée.
- Oh oh…
- Quoi ?
Mac releva la tête.
- Qu’ils s’étaient battus jusqu’à l’évanouissement à l’extérieur d’un bar.
Tous échangèrent un regard interloqué. A cet instant, le téléphone de Celeste Kane résonna. Veronica s’en empara et demanda à Mac :
- Prête ?
La hackeuse hocha la tête et la détective décrocha en mode haut-parleur. Aussitôt, la voix de Lilly retentit dans la pièce.
- Grand-mère ?
- Lilly ! s’exclamèrent en chœur Celeste, Duncan et Anna.
- Où es-tu ma chérie ? Tu vas bien ? enchaîna Duncan.
- Si vous voulez me retrouver saine et sauve, dit la fillette, écoutez bien.
Duncan et Veronica échangèrent un regard. Du bout des lèvres, Veronica mima un « Elle lit ».
- Avant midi, toutes les charges pesant sur Eli Navarro devront avoir été abandonnées. Le témoin clé qui devait comparaître demain devra avoir mystérieusement disparu et Celeste Kane devra avoir reconnu s’être trompée dans les intentions du prévenu. Avant seize heures, elle déclarera à la presse son intention d’offrir un million de dollars à Eli Navarro pour lui avoir tiré dessus par erreur et avoir traîné son nom dans la boue. A vingt heures, si les journaux ont bien relayé l’ensemble de ces informations, je serai déposée vivante et en bonne santé devant le domicile de Keith Mars.
- Hors de question ! hurla Celeste Kane. Jamais je ne négocierai avec les terroristes !
Un bruit de pas et de tissu froissé leur parvint et Lilly poussa un petit cri qui les fit tous tressaillir.
- Lilly ! crièrent Duncan et Anna.
- Et qu’allez-vous faire ? demanda alors une voix métallique.
- Je déposerai plainte !
- Ah oui ? ricana la voix. Et pour quel fait ? Avec quelles preuves ?
A cet instant, Mac releva la tête et secoua la tête d’un air désolé.
Alors, Veronica comprit.
- Il a tout manigancé, murmura-t-elle. Du début à la fin…
Celeste Kane la regarda.
- Les gens qui se sont arrêtés n’étaient pas là pour vous prêter secours, expliqua la détective. Ils étaient là pour effacer les traces.
La voix ricana à nouveau.
- On peut dire que vous nous avez facilité la tache en prenant la fuite…
Interdite, furieuse, la milliardaire riposta :
- Nous localiserons votre appel !
Mais Mac la détrompa d’un signe de tête.
- Nous… Vous… Vous n’avez pas d’alibi !
- Vraiment ? Vous expliquerez cela au juge Swayles qui, à huit heures ce matin, croisait par hasard Maître McCormack et Eli Navarro dans les couloirs du tribunal.
Celeste blêmit de rage.
- Et de toute manière, conclut la voix, vous ne pourrez pas justifier cet enlèvement sans donner la véritable identité de l’otage. Est-ce vraiment ce que vous souhaitez Mrs Kane ?
Celeste releva lentement la tête et son regard croisa enfin celui de Duncan. Et, derrière la colère, derrière la douleur, ce fut une supplique qu’elle y lut. Sa gorge se serra.
- Papa et toi avez déjà sacrifié votre mariage pour sauver l’image de Kane Software lorsqu’il a été incarcéré, murmura alors le fils prodigue. Ne refais pas la même erreur... Reconnais ta faute, même si la société en souffre. Fais-le pour moi ! Pour ma fille !
Soudain inspiré, il ajouta :
- Fais-le pour ta fille, pour te racheter ! C’est ta dernière chance d’agir comme une mère aimante plutôt que comme une patronne sans cœur !
Le visage de Celeste se défit. Elle ferma les yeux, un peu sonnée, et déglutit. Elle resta ainsi quelques instants. Quand elle rouvrit les yeux, elle demanda :
- Promettez-vous de taire son identité après nous l’avoir rendue ?
- Oui, si vous tenez parole de votre côté.
Celeste garda le silence encore un instant et recroisa le regard bleuté de son fils.
- Soit. Mais je vous préviens : si vous vous avisez de ne toucher ne serait-ce qu’à un seul de ses cheveux, je jure sur la tombe de ma fille que je vous poursuivrai jusqu’en enfer…
20h00. Détachant son regard de sa montre, Veronica croisa les yeux inquiets d’Anna à sa gauche. Entre les deux jeunes femmes, Duncan, tendu, regardait droit devant lui. Soudain, Veronica sentit qu’on lui prenait la main. Tournant la tête vers la droite, elle échangea un sourire réconfortant avec son père.
*
20h01. L’immobilité de Duncan avait quand même quelque chose d’étrange… Suivant les yeux de son voisin, Veronica découvrit, de l’autre côté de la rue, la berline gris métallisé des Kane stationnée sur le bas côté.
*
20h02. A l’extrémité de la rue, deux motos firent leur apparition, aussitôt suivies par une Jeep Wrangler noire dont la plaque d’immatriculation avait été savamment dissimulée sous une épaisse couche de boue. Derrière la voiture, une troisième moto fermait le cortège qui remontait lentement l’avenue, comme au ralenti.
*
20h03. Les véhicules s’immobilisèrent juste en face d’eux. Duncan fit un pas en avant mais Veronica le retint par le bras. Laissant sa main sur son biceps pour lui donner la force d’attendre, elle reporta son attention sur la Jeep et remarqua que le conducteur lui-même était casqué.
*
20h04. Un des deux motards de tête descendit de son bolide et se dirigea vers l’arrière du véhicule. Jetant un coup d’œil à droite et à gauche, il finit par ouvrir la portière. Six longues secondes plus tard, un petit pied se posa sur le macadam. Duncan se dégagea d’un geste brusque de l’étreinte de Veronica.
- Lilly !
Une petite tornade aux cheveux cendrés se glissa à travers la portière entrouverte et se mit à courir tête baissée dans leur direction. Duncan d’élança vers sa fille, aussitôt imité par Anna. Père et fille se rejoignirent sur la pelouse qui bordait le trottoir et Duncan enroula son corps autour de celui de la fillette. Arrivant derrière eux, Anna les entoura à son tour de ses bras sveltes. Tous trois se serrèrent ainsi sans mot dire durant un instant d’éternité.
*
20h05. C’est en entendant les pots d’échappement vrombir que Veronica reporta son attention sur les motards. Ses yeux se posèrent sur le motard qui avait ouvert la portière, celui au casque rouge. Il la salua lentement du menton avant de démarrer. Le cortège se remit en route et disparut au coin de la rue.
*
20h06. La portière de la berline gris métallisé s’ouvrit et Celeste Kane apparut.
- Lilly ! s’exclama-t-elle.
Duncan, Anna et Lilly se séparèrent. Poussant d’une main sa fille contre Anna, Duncan se plaça devant elles, jambes écartées, bras croisés. Jamais il n’avait paru aussi impressionnant … ni aussi viril ! Puis, les yeux remplis d’éclair, il fit lentement « non » du menton.
De l’autre côté de la rue, Celeste baissa la tête, les yeux embués de larmes.
- Grand-mère !
Celeste releva la tête, une lueur d’espoir dans les yeux. Derrière Duncan, la silhouette menue de Lilly apparut. Elle plaça sa main droite dans celle de son père … mais de la gauche, elle salua timidement sa grand-mère.
- Merci… mima-t-elle du bout des lèvres.
Le visage de Celeste se fendit en un sourire triste. Hésitante, elle lui envoya un baiser du bout des doigts et remonta dans sa voiture. Une poignée de secondes plus tard, la berline disparaissait pour toujours de leur vie.
Ou tout du moins faut-il l’espérer !
*
20h09. Duncan prit sa fille dans ses bras et celle-ci se lova dans son cou. Puis, il tendit la main vers Anna et effaça ses larmes du bout du pouce. Celle-ci éclata de rire, les yeux brillants. Faisant demi-tour, ils croisèrent le regard heureux des Mars. Keith montra alors du doigt sa maison.
- J’ai deux bouteilles de champagne au frais !
Ils se rejoignirent tous devant les marches du perron. Duncan s’arrêta au niveau de Veronica et son regard incandescent se posa sur la petite blonde. Mais celle-ci ne le remarqua pas, concentrée sur Lilly. Elle pencha un peu la tête sur le côté pour observer la petite fille serrée contre le torse de son papa. Elles échangèrent un sourire qui voulait tout dire.
*
20h11. Tous les cinq entrèrent dans l’appartement sans mot dire … lorsque soudain la porte claqua à cause d’un courant d’air. Ils sursautèrent et se tournèrent vers elle. Mais aussitôt, la porte arrière du pavillon claqua à son tour et un bruit de pas précipités leur parvint du corridor vers lequel ils tournèrent leurs regards.
Weevil, flanqué de ses quatre acolytes casqués, fit son apparition dans le salon.
Lilly poussa un cri.
Les deux bandes de cinq restèrent un instant immobiles, à se jauger.
*
20h12. Lentement, le motard à gauche de Weevil ôta son casque … dévoilant le sourire mutin de Logan ! Un instant plus tard, il fut imité par Wallace, Hamilton … et même le Dr Barone !
*
20h13. Et puis ce fut l’explosion.
De joie.
Les deux bandes s’élancèrent l’une vers l’autre à l’unisson et se rejoignirent au centre du salon dans une joyeuse effusion. Duncan serra chaleureusement la main de Weevil tandis qu’Anna tomba dans les bras d’Hamilton. Keith quant à lui donna une accolade à Wallace et serra la main du Dr Barone. Veronica, elle, sauta sans l’ombre d’une hésitation dans les bras de Logan. La petite blonde et le grand brun restèrent ainsi quelques instants, elle le serrant de toutes ses forces, lui humant le délicat parfum de sa chevelure. Sans bouger, elle demanda :
- Comment vas-tu ?
- Un peu mal aux poings, mais ça va. En tout cas, mieux que ce pauvre Clarence Wiedman à l’heure qu’il est…
Ils se reculèrent juste assez pour échanger un regard complice. Veronica était prête à se hausser sur la pointe des pieds pour l’embrasser lorsqu’une petite main vint tapoter le bas de son dos.
- Hé vous deux, prenez une chambre ! se moqua une petite voix.
Veronica leva les yeux au ciel et, se retournant, entra illico dans la joute verbale :
- Ca, c’était ma réplique d’ado ! Je ne savais pas que tu m’admirais au point de m’imiter !
- Beurk ! rétorqua Lilly en faisant mine de vomir.
Absorbées dans leurs retrouvailles taquines, ni l’une ni l’une ne remarquèrent le long regard ténébreux que Logan et Duncan échangeaient.
- Tu n’as pas honte de t’en prendre ainsi à une enfant sans défense, chica ? demanda Weevil en les rejoignant.
Veronica éclata de rire.
- Tu peux parler ! Ce n’est pas moi qui ai kidnappée une fillette de huit ans !
- Bientôt neuf ! rétorqua Lilly.
- Et, techniquement, enchaîna Weevil, c’est ton mec qui l’a enlevée. Je te rappelle que moi j’étais au tribunal !
- Avoir pour alibi un rendez-vous avec un juge, que rêver de mieux ? sourit Veronica.
- N’empêche, c’était quand même un plan de malade… Combien y avait-il de chances pour que ça fonctionne, franchement ?
- Hum, je dirais… Une sur mille ?
Flash back
La veille au soir, sur la coursive de sa résidence, Veronica est au téléphone avec Weevil.
- Ok stop, j’en ai ma claque d’écouter tus jilipolladas. Tu me fais quoi là ? C’est qui cette gamine d’abord ? Celle que j’ai croisée l’autre jour à ton bureau ? Tu peux m’expliquer pourquoi elle serait plus impor…
Silence. Il reprend :
- C’est Lilly Kane.
- Oui, admet la détective.
Silence plus long.
- Adios Veronica.
Il raccroche.
La petite blonde pousse un soupir. Aussitôt, elle ouvre sa page sms et pianote :
Au lieu de t’énerver, tu aurais mieux fait de m’écouter jusqu’au bout. J’ai un plan. Viens tout de suite chez moi. Et ne fais pas une crise cardiaque quand tu y découvriras un fantôme s’il te plaît, j’en ai ma claque des hôpitaux.
Elle hésite, et finalement signe :
Ton amie, V.
*
Plus tard, sur le canapé, Duncan et Anna ne la quittent pas des yeux, le regard plein d’espoir.
- Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait pour récupérer notre Lilly ? demande Anna.
Veronica cherche les mots, et finalement se lance :
- Anna, Duncan. Je crois que vous devriez accepter l’offre de Celeste. Dans votre intérêt, dans celui de Lilly, et dans celui d’une autre famille. C’est un peu compliqué à expliquer et je n’ai pas vraiment le droit de vous parler de ça, mais je vous dois la vérité.
- Quoi ? crie Duncan en bondissant de son siège et en faisant les cent pas. Mais qu’est-ce que tu racontes ? Accepter de laisser ma fille ? De partir sans elle ?
Il s’immobilise et hurle :
- JAMAIS ! Tu entends Veronica ? JA-MAIS !
- Ne t’énerve pas ! Comme je le disais tout à l’heure à un ami, j’en ai marre des hôpitaux.
A cet instant, on frappe à la porte.
- Quand on parle du grand méchant loup !
Anna et Duncan échangent un regard inquiet tandis que Veronica se dirige vers la porte.
- Tu as parlé de moi à quelqu’un ? demande Duncan, incrédule. Tu es certaine qu’on peut lui faire confiance ?
Veronica hoche la tête sans l’ombre d’une hésitation.
- C’est un homme bien.
Elle ouvre la porte et la silhouette de Weevil - crâne rasé, blouson en cuir – apparaît. Il pose à peine les yeux sur Veronica, concentré sur la vision de Duncan à l’intérieur de l’appartement.
- Puta madre ! J’avais beau m’y attendre…
Il pénètre dans l’appartement et s’approche de lui comme pour mieux le jauger. Finalement, il décrète :
- Désolé de te l’apprendre vieux, mais t’as vraiment une sale gueule. Par contre j’aime bien ta coupe, ajoute-t-il en désignant son crâne rasé.
- Il vient de subir une greffe cardiaque, espèce de crétin ! s’énerve Anna en les rejoignant. Non mais c’est qui ce type ?
Et voilà la lionne qui défend son roi !
Finalement, Veronica éclate de rire.
- Si vous saviez combien c’est bon de vous avoir tous dans la même pièce ! J’ai l’impression que les deux parties de ma conscience se ré-emboîtent enfin !
Duncan et Weevil échangent un regard dubitatif.
- Esta vez se ha vuelto loca… grommelle Weevil.
*
- Cette fois-ci vous savez tout, conclut Veronica une dizaine de minutes plus tard.
Assis face à face autour du comptoir de la cuisine américaine, Duncan et Weevil échangent un long regard. Lèvres pincées, Duncan jauge le motard tandis que celui-ci hausse un sourcil peu amène.
- Bien sûr, finit par dire le fugitif, j’étais au courant que tu avais agressé ma mère au prin…
- Hé ! le coupe Weevil. T’as écouté ce que la demoiselle a dit ou quoi ? Je n’ai pas agressé ton enfoirée de mère !
- Hé ho ! Inutile de parler d’elle comme ça !
Weevil esquisse un râle moqueur et répond :
- Excuse, mais c’est pas elle qui retient actuellement ta fille en otage ?
Duncan fronce les sourcils. Finalement, Anna pose la main sur son avant-bras et murmure :
- Ca n’aurait rien de surprenant tu sais… Si elle est capable de nous prendre Lilly, je n’ose même pas imaginer ce qu’elle serait capable d’infliger à un inconnu si c’est dans son intérêt.
- Ah ! triomphe Weevil en croisant les bras.
Duncan réfléchit un instant et son regard se pose sur Veronica. Sans qu’il n’ait besoin de dire quoi que ce soit, elle ajoute :
- Il n’a rien fait à ta mère, je serais prête à parier ma vie là-dessus.
Le regard de Weevil s’adoucit un peu, mais il réajuste aussitôt sa mine de petit dur. Il a beau le cacher, Veronica le sait : il lui a pardonné. Enfin, Duncan finit par dire :
- Bon, et qu’est-ce que tu proposes ?
- Tout d’abord, d’appeler la cavalerie !
Le bruit caractéristique de la bouteille de champagne dont on fait sauter le bouchon sortit Veronica de sa torpeur. Son visage s’adoucit en découvrant Keith qui, tout sourire, passait de convive en convive pour verser un peu du breuvage festif dans des coupes en plastique. Il s’approcha d’eux.
- Désolé Eli, je n’ai pas de téquila, tu devras te contenter de Moët & Chandon ! claironna-t-il avec un accent français snob tandis qu’Anna leur distribuait des flutes en plastique.
- Sans moi, rétorqua l’intéressé. Je dois être présentable pour l’audience demain.
- Je t’apporte un coca, proposa gentiment Anna. Tu en veux un aussi Lilly ?
- Ouais !!! Chez Grand-Mère je n’avais droit de boire que de l’eau !
Trépignant d’impatience, elle se précipita avec sa gouvernante dans la cuisine. Veronica sourit tendrement.
Quel phénomène cette Lilly ! Un tempérament fougueux qui cache un cœur tendre…
La détective replongea dans ses souvenirs.
Flashback
La veille au soir, Lilly sort son téléphone portable rose vif affublé d’un autocollant One Direction de la bouche d’aération de sa chambre. Elle descend de sa chaise de bureau, allume l’appareil et appelle un correspondant.
- Je savais que tu appellerais, annonce Veronica. Comment vas-tu ?
- Au top ! ironise la fillette. Vous auriez pu me prévenir qu’Anna et Hamilton allaient tenter de me faire sortir la nuit dernière, j’aime pas trop les surprise parties…
- Eh bien ton vœu va être exaucé : je t’annonce que demain matin tu vas être kidnappée par une bande de motards !
Lilly digère l’information puis enchaine avec son humour habituel :
- Et ces motards vont faire comment pour passer la grille de la propriété ? Ils ont des motos volantes, comme dans Star Wars ?
- Pas tout à fait Princesse Leia, tu seras enlevée sur le chemin de l’école.
Lilly ricane.
- De mieux en mieux ! T’es au courant que Grand-Mère me retient prisonnière ici ?
- Je sais. On est branché sur le système de vidéosurveillance de la maison.
Lilly fronce les sourcils.
- Tu veux dire que tu me vois là ?
- Oui.
- Mais Grand-Mère aussi alors, faut que je raccroche !
- Ne t’inquiète pas, mon associée a truqué les images. Elle a repris un bout de piste datant d’hier soir et la fait tourner en boucle. Officiellement, là, tu lis…
- Où est la caméra ?
- Au-dessus de ton lit, au centre du ventilateur.
Lilly grimpe sur son lit et s’en approche. Elle découvre le minuscule œilleton au cœur des pals. Finalement, elle agite la main et dit d’une voix triste :
- Coucou Papa, coucou Anna !
- Ils ne sont pas là, répond Veronica, je les ai éloignés car je voulais te parler calmement, seule à seule. Ne t’inquiète pas, ils sont dans la pièce d’à côté en train de régler les derniers détails avec la cavalerie.
Elle enchaîne :
- Lilly, concentre-toi. Une grande partie de la réussite de ce plan repose sur tes épaules parce qu’il va falloir que tu manipules ta grand-mère pour la convaincre de te laisser sortir. Et en plus, il faudra qu’à aucun moment elle ne se doute que ce kidnapping est factice.
- Je ne vais jamais savoir faire ça ! gémit l’enfant.
- Tu t’appelles Lilly Kane, bien sûr que tu vas savoir, c’est dans tes gênes ! Et, crois-moi, je connais très bien ta grand-mère. Je sais exactement comment elle fonctionne… Tu es prête ?
A travers l’écran de l’ordinateur, Lilly opine lentement du chef.
Fin du flashback
- A quelle heure l’audience est-elle prévue ? demanda Keith tout en achevant le service.
Veronica secoua ta tête et revint à l’instant présent.
- Dix heures. J’ai tellement hâte d’entendre le juge déclarer officiellement que cette salope de Celeste Kane a retiré sa plainte et que les charges sont abandonnées !
Duncan ne releva pas l’insulte. Mieux encore, il leva son verre et se racla la gorge pour signaler qu’il voulait prendre la parole. Le silence se fit aussitôt.
- Chers amis, commença-t-il. Dans ce genre de circonstances, les mots sont dérisoires, mais malheureusement je n’ai pas trouvé de meilleur moyen pour vous rendre hommage.
- Oh l’autre, comment il parle bien ! rigola Wallace, provoquant les rires de ses camarades.
Duncan esquissa un sourire avant de se tourner vers le Dr Barone.
- Tout d’abord, je n’aurai jamais de mots assez forts pour te remercier, Matt. Si j’avais su, à seize ans, que la lettre anonyme que je venais de recevoir et qui m’invitait à rejoindre les Tritons allait, dix ans plus tard, me sauver la vie… Si tu n’avais pas été là, si tu n’avais pas honoré une simple promesse d’ado…
Il n’acheva pas sa phrase, en proie à une vive émotion. Lilly se précipita dans ses jambes et enfouit sa tête dans son ventre. Il déglutit et, caressant doucement sa longue chevelure, lui murmura des mots de réconfort. Lorsqu’il releva la tête, il échangea un regard profond avec le médecin qui lui avait sauvé la vie – tout en se débrouillant pour préserver son anonymat – et celui-ci hocha humblement la tête.
- Ensuite, poursuivit-il, je voudrais remercier Veronica qui m’a sauvé la vie à deux reprises en l’espace de quelques jours. Tout d’abord en prenant la décision de m’amener ma fille, ce que je ne pouvais me résoudre à faire par peur, puis en la libérant du joug de ma mère.
- Ben décidemment, t’as avalé un dico au petit-déj ou quoi ? intervint une fois encore Wallace, provoquant quelques gloussements gênés.
Veronica fut emplie de reconnaissance pour son ami. Personne dans la pièce n’était dupe quant au regard incandescent que lui lançait Duncan. Anna avait le visage défait. Quant à Logan, il ressemblait à un félin affamé prêt à fondre à tout instant sur sa proie.
Duncan mit plusieurs secondes avant d’accepter de détourner le regard. Veronica se tortilla, mal à l’aise, mais incapable de baisser les yeux pour autant. L’azur du regard du jeune Kane avait toujours agi comme un aimant sur elle. Un aimant aimant pour tout dire. Elle frissonna en se remémorant ce qu’elle avait ressenti le jour où ils avaient fait l’amour pour la première fois au Neptune Grand Hotel, lorsque leurs corps s’étaient mêlés tandis que ses yeux incomparables pénétraient son âme.
- Enfin, termina le jeune homme, je remercie « la cavalerie » comme Veronica vous appelle. Vous avez veillé sur ma fille et vous avez été les instruments de cette réussite.
Flash-back
Le même jour, à six heures trente du matin. Dans son salon, Veronica récapitule une dernière fois les rôles :
- Bien. Les PCHers ont rempli leur part du contrat en neutralisant cette nuit la caméra de vidéosurveillance de la ville et en nous fournissant une Jeep Wrangler noire et des bécanes volées. Prochaine étape : Weevil se rend au tribunal pour son rendez-vous avec le juge Swayles. Mac infiltre le système de régulation de la circulation et, le moment venu, fait passer le feu au rouge. Logan, Wallace et Hamilton, vous arrivez calmement par la rue perpendiculaire et vous tournez dans l’avenue. Hamilton s’arrête au niveau de la limousine, fait mine de demander un renseignement au chauffeur. Celui-ci baisse la vitre et est aussitôt neutralisé avec mon taser. Pendant ce temps, Wallace brise la vitre arrière, côté conducteur. J’ai bien précisé à Lilly qu’elle devait se placer côté passager. Il plaque Celeste au sol et s’empare de la petite qui se débattra.
Elle marque une pause.
- Je te préviens, je lui ai dit qu’elle devrait être convaincante, alors attends-toi à maitriser une tornade !
La plaisanterie ne déride aucun visage, et surtout pas celui de Duncan. Logan tente de détendre l’atmosphère et enchaîne :
- Et pendant ce temps-là, moi je fais mumuse avec Clarence Wiedman.
Cette fois, c’est le visage de Veronica qui s’assombrit un peu plus. Elle prend une grande inspiration et poursuit :
- Exactement. A cet instant, mon père arrive au volant de la Jeep Wrangler. Wallace pousse Lilly à l’intérieur où l’attend Anna, qui peut la réconforter au cas où elle soit choquée. Finalement vous repartez, direction la maison de Logan où Jade la gardera jusqu’au soir avec Valentina.
- Valentina est ravie, elle a passé la soirée à brosser les cheveux de ses poupées pour qu’elles soient présentables ! explique Weevil.
Duncan comprend que cette intervention lui est destinée. Les deux pères échangent un long regard qu’eux seuls, avec Keith peut-être, peuvent comprendre.
- Dès que vous êtes assez loin, Logan bipe Matt et Mac, qui patientent au coin de la rue. Ni Celeste Kane ni Clarence Wiedman ne les connaissent, mais pour plus de sûreté ils seront tous les deux grimés. Matt s’assure de la santé de tous avant de les déposer à l’hôpital.
Le Dr Barone hoche la tête et murmure :
- Ce plan ne me plait pas beaucoup : j’ai choisi de consacrer ma vie à soigner les gens, pas à les démolir…
- Oui mais si nous ne le faisons pas, ce sont des innocents qui seront anéantis, contrecarre Veronica.
- Je sais. C’est bien pour ça que j’ai accepté de vous aider.
Veronica hoche la tête et termine :
- Je suppose que Celeste me tombera dessus dès le début de matinée. Ici, à l’appartement. Nous comptons sur l’effet de choc que provoquera la vue de Duncan pour rendre le kidnapping crédible et pour la pousser à accepter la proposition téléphonique faite par mon père sous une voix métallique. Dans tous les cas, il est très important que, dès que chacun a terminé de jouer son rôle, il retourne à la vie normale pour n’éveiller aucun soupçon. Anna, tu reviendras à l’appartement avec un sachet en carton en disant que tu étais partie acheter quelques provisions. Mac, Papa, je vous appellerai très rapidement pour que vous soyez là quand Logan passera son appel téléphonique masqué, il ne faudra pas traîner. Wallace et Hamilton, vous retournerez au camion de vidéosurveillance pour vérifier que rien ne bouge au manoir.
Le silence se fait, lourd, interminable.
- Et que Dieu nous vienne en aide, chuchote Anna.
Sur la terrasse de son appartement baignant dans la pénombre, Veronica était plongée dans la contemplation des clichés qu’elle avait pris ce soir-là : Duncan et Weevil trinquant bras dessus bras dessous ; Keith et Lilly arborant le V de la Victoire avec leurs doigts ; Wallace et Hamilton en grande conversation – le thésard de Proust vouait bizarrement une passion dévorante aux Chicago Bulls - ; Matt, affublé d’une panoplie ludique de médecin, feignant d’ausculter Valentina et Lilly sous le regard rieur d’Anna et Jade ; Logan les yeux rêveurs, la tête ailleurs…
Veronica s’arrêta sur ce dernier cliché. Instinctivement, son pouce vint caresser le visage du jeune homme. Son estomac se noua lorsqu’elle resongea à ses phalanges bleutées et à la grimace qu’il avait esquissée lorsqu’elle lui avait tapoté l’épaule durant la soirée.
Et encore une fois, c’est par ma faute qu’il a été blessé ! Cela ne cessera-t-il donc jamais ?
- Jolies photos, commenta une voix derrière elle.
Elle sursauta. Duncan sortit de la pénombre de l’appartement et enjamba le seuil de la baie vitrée ouverte.
- Je peux me joindre à toi ?
- Je t’en prie…
Elle se décala un peu et le jeune Kane prit place à ses cotés sur le canapé en osier. Veronica posa l’appareil photo à terre et, relevant les jambes, enlaça ses genoux.
- Il en manque néanmoins une pour que la collection soit complète ! annonça Duncan.
Veronica haussa un sourcil perplexe. Aussitôt, il sortit son téléphone portable, enclencha l’appareil photo et se colla à Veronica pour que tous les deux entrent dans le cadre. Veronica rentra dans le jeu et posa sa joue contre celle du jeune homme.
- Selfiiiiiiie ! dit-elle en souriant.
Mais, au moment où l’appareil immortalisait le moment, Duncan se tourna brusquement vers elle et l’embrassa.
Sous le choc, il fallut quelques secondes à la jeune femme pour réagir. Alors, elle le repoussa brusquement.
- Non ! s’exclama-t-elle.
Puis, réalisant la dureté de ses paroles, elle redit plus doucement :
- Non…
- Pourquoi non ? soupira Duncan en s’éloignant à contrecœur. Ne me dis pas que tu n’as rien ressenti, je ne te croirais pas.
Et, de fait, il avait raison. Veronica ne pouvait nier que son cœur avait fait un bond dans sa poitrine à l’instant où leurs lèvres s’étaient rencontrées et que, l’espace d’un instant, d’une seconde, d’une microseconde, elle avait eu envie de prolonger ce baiser.
- Anna et Lilly sont à l’intérieur, fut la seule réponse qui lui vint à l’esprit.
- Il est minuit passé, elles dorment. Après la tension de ces derniers jours, elles se sont écroulées. Merci encore de leur céder ton lit d’ailleurs.
- Pas de souci.
Le silence reprit ses droits. Puis, lentement, tendrement, le jeune homme se rapprocha à nouveau de la détective. Lorsque son visage ne fut plus qu’à quelques centimètres du sien, il s’arrêta.
Si proche qu’il doit sans doute entendre mon cœur battre la chamade ! Hé ho, toi, t’as pas bientôt fini ton tintamarre ?!?
- Non ? demanda-t-il encore une fois, mais cette fois-ci tendrement, amoureusement.
Veronica retint son souffle et déglutit. Pendant un instant, le temps suspendit son cours. Finalement, elle parvint à murmurer :
- Duncan, s’il te plaît, ne gâche pas tout…
Duncan hésita. Puis finalement, il céda et reprit sa position initiale.
- Logan me l’avait pourtant bien dit, grommela-t-il.
- Logan ? répéta Veronica, surprise.
- Hum…
Soudain, Veronica comprit : une heure plus tôt, lorsqu’elle avait raccompagné l’héritier Echolls à la porte – espérant secrètement qu’ils profiteraient de cet instant pour se rabibocher pleinement – elle avait été talonnée par Duncan. Celui-ci lui avait demandé de les laisser seuls un instant, à son grand dam. Quelques minutes plus tard, Duncan était revenu dans l’appartement, et Logan avait disparu.
- Vous avez parlé … de moi ?
- De quoi voulais-tu qu’on parle ? De la météo ? De la dernière Miss America ? ironisa Duncan.
Ah ah ! Je vois de qui Lilly tient sa répartie légendaire ! Et moi qui pensais que c’était les gênes lointains de sa tante !
- Je ne sais pas, avoua Veronica. Je pensais que vous vouliez évoquer le temps passé. Vous avez été meilleurs amis à une époque…
- C’est bien pour ça que je voulais le prévenir que j’allais tenter de te reconquérir … et te proposer de prendre l’avion avec nous demain matin.
- Quoi ?!?
Veronica resta bouche bée. Cette proposition était tellement … inattendue ! Tellement… Bon sang existait-il un mot pour signifier assez clairement à quel point elle était estomaquée ?
- Bon sang mais c’est … délirant !
- Délirant ? Ce qui est délirant, c’est que ça fait dix ans que je suis coincé dans un amour de lycée. CA, c’est délirant !
Veronica demeurant sans voix, il reprit :
- Il y a dix ans, nous nous sommes juré un amour éternel. Tu te rappelles ? « Les véritables histoires d’amour n’ont jamais de fin ». Ca ne voulait peut-être rien dire pour toi, mais pour moi si. Ca fait dix ans que je t’attends. Dix ans que je rêve du jour où je te retrouverais, et le jour où mon rêve s’est réalisé…
Il se prit la tête dans les mains, comme s’il ne supportait plus la situation.
- Bon sang Veronica, tu étais encore plus belle que dans mes souvenirs ! Et toujours aussi drôle, toujours aussi fraîche ! Toujours aussi … toi, tout simplement.
Il releva la tête, comme apaisé par ce flux de paroles qui l’asphyxiaient depuis longtemps. Il saisit les mains de Veronica et, lui lançant un regard ardent, déclara :
- Demain matin… Ne va pas au tribunal, rejoins-nous à l’aéroport. J’ai un billet pour toi. Je t’attendrai. Je t’attends depuis toujours.
Le regard azur du jeune homme aimanta une fois encore Veronica. Après un laps de temps indéterminable, celui-ci baissa enfin les paupières et, se penchant très lentement, lui embrassa les mains. Alors, il murmura :
- Je t’aime Veronica.
- Air New Zealand rappelle à son aimable clientèle que l’enregistrement des bagages pour le vol 791.322, en partance de Los Angeles et à destination d’Adélaïde, départ prévu à 10:24, s’achèvera dans quinze minutes. Les passagers n’ayant pas encore enregistré leurs bagages sont invités à se rapprocher des guichets de la compagnie dans les plus brefs délais. Merci de votre coopération.
La voix féminine n’avait même pas encore terminé sa litanie que déjà Lilly revenait à la charge :
- Allez Papa, on y va maintenant ?
- Encore cinq minutes, maugréa Duncan, taciturne.
Boudeuse, la fillette alla s’asseoir quelques sièges plus loin et, bras croisés, se lança dans une longue contemplation de ses chaussures. Après avoir lancé un regard triste à Duncan, Anna – pas dupe – entreprit de la rejoindre et de la divertir.
Pour la vingtième fois en moins d’un quart d’heure, Duncan jeta un coup d’œil à sa montre. Quoiqu’il sût qu’il y avait peu de chances pour que Veronica accepte sa proposition, il avait espéré jusqu’au bout. Même lorsqu’elle leur avait dit au revoir ce matin-là, eux en partance pour l’aéroport, elle pour le tribunal où le jugement commencerait dans … cinquante et une minutes pour être tout à fait exact.
Le jeune homme soupira et releva la tête. D’un signe du menton, il désigna à Anna le guichet d’enregistrement et il la vit transmettre l’information à Lilly. Aussitôt, la fillette bondit sur ses pieds, toute trace de ressentiment disparue. Ils se rejoignirent devant le guichet et attendirent leur tour.
Lilly trépignait d’impatience et piaillait comme une petite folle. Duncan aida la vieille dame devant eux à mettre son énorme valise sur le tapis et elle le remercia chaleureusement. Alors qu’il reprenait sa place dans la file d’attente, il fronça les sourcils : c’est bizarre, l’espace d’une seconde il avait cru que… Mais non, non, c’était impossible.
- Duncan !
Cette fois-ci, plus de doute. Une petite tornade blonde surgit de derrière un groupe de touristes japonais.
- Duncan, Lilly ! Attendez, attendez !
Le visage du jeune homme se fendit en un large sourire. Elle était venue !
- Veronica !
Veronica courut jusqu’à eux et s’arrêta à leur hauteur, à bout de souffle. Les mains appuyées sur ses cuisses, elle tentait de recouvrer une respiration normale.
Le cœur sur les lèvres, Duncan planait sur son petit nuage. Elle l’avait choisi ! Comme en Terminale, lorsqu’elle lui était revenue ! Il avait gagné ! Victorieux, soulagé, heureux, il savourait cet instant dans toute son ampleur.
Soudain, un détail l’interpella.
- Tu n’as pas de bagages ? demanda-t-il.
Réalisant que ses paroles pouvaient la faire fuir, lui faire réaliser l’énormité de son choix, il se rattrapa aussitôt :
- Ce n’est pas grave, nous achèterons tout ce qu’il te faudra – tout ce que tu voudras - à Adélaïde.
Le regard de Lilly passa longuement de Duncan à Veronica – toujours haletante – et enfin à Anna derrière eux, blême. Comprenant enfin ce qui se tramait, la fillette hurla :
- Non !
Elle se tourna vers Veronica et, tapant rageusement du pied, répéta :
- Non, non et non ! Tu ne peux ! Tu ne peux pas faire ça !
- Lilly ! cria Duncan.
Veronica se redressa et, entre deux respirations saccadées, leva la main pour signifier qu’elle voulait prendre la parole.
- Ce n’est… pas… ce que tu crois.
Elle déglutit profondément. Elle avait traversé le LAX en moins de cinq minutes – un record ! – et elle manquait cruellement de souffle. Anna lui tendit charitablement une petite bouteille d’eau dont la détective s’empara. Le breuvage la rafraichit instantanément : son rythme cardiaque ralentit, sa respiration reprit un cours plus régulier et son corps s’apaisa.
- Merci Anna, dit-elle à la jeune femme en lui rendant sa bouteille.
L’australienne esquissa un triste sourire.
- Duncan, Lilly… expliqua-t-elle alors. Weevil a besoin de vous.
- Weevil ? répéta Duncan, surpris.
Comprenant aussitôt, il fronça les sourcils et, la voix sourde, il demanda :
- Qu’est-ce qu’elle a encore fait ?
- Mac a surpris une conversation entre ta mère et son avocat. Elle lui a dit qu’elle avait changé d’avis, et qu’elle voulait poursuivre le procès.
- Mais elle avait promis ! s’exclama Anna.
- En plus de ne pas avoir de cœur, il semblerait qu’elle n’ait même pas le sens de l’honneur, déclara Duncan, le ton et le cœur secs.
Veronica acquiesça.
- Elle lui a expliqué qu’elle avait obtenu ce qu’elle voulait, et qu’il n’y avait plus aucune raison pour qu’ils ne reprennent pas les choses là où elles en étaient.
- Quelle garce ! lâcha Anna.
Rougissante, elle s’excusa aussitôt auprès de Duncan.
- Pas de souci. Je n’en pense pas moins. Mais, malgré toute ma reconnaissance, je ne vois pas vraiment comment je pourrais aider Weevil…
- Toi tu ne peux pas, dit Veronica. Lilly, elle, si.
Les regards estomaqués de Duncan et Anna se posèrent sur la fillette. Celle-ci, le visage grave, n’avait pipé mot depuis le début de la discussion. Après quelques secondes interminables, elle se lança dans une conversation codée avec Veronica :
- Si je te la donne, nous n’aurons plus aucun moyen de nous défendre d’elle, dit-elle.
- Je sais. Mais Weevil a pris d’énormes risques pour vous, je pense que vous lui devez bien ça.
Lilly semblait peser le pour et le contre.
- Et puis, ajouta Veronica, ta grand-mère pense toujours que ton kidnapping était réel, je crois qu’elle veut que ton père t’éloigne de Neptune par peur des représailles des PCHers. Elle devrait donc vous laisser tranquilles. Et si ça ne suffit pas à te convaincre, rappelle-toi que vous avez su vous cacher pendant presque neuf ans, il n’y aucune raison pour qu’elle parvienne à vous localiser durant les neuf prochaines années.
Lilly fit une petite moue.
- Quelqu’un pourrait m’expliquer ce qui se passe ? demanda finalement Duncan, agacé.
Lilly releva la tête, les prunelles brûlantes. Ignorant son père de toute sa superbe, elle dit à Veronica :
- D’accord, mais seulement si tu ne viens pas avec nous.
Veronica sourit.
- Je n’en ai jamais eu l’intention.
Le visage de Duncan se défit tandis que Lilly et Veronica échangèrent un sourire complice. Alors, l’enfant sortit lentement une feuille de son sac à dos et la tendit à la détective.
Sans crier gare, Duncan s’empara de la feuille. Il était blessé, vexé et furieux : non seulement Veronica ne les accompagnait pas mais il s’était ridiculisé en prenant ses rêves pour la réalité. Et maintenant sa fille et son ex agissaient comme s’il n’existait pas !
Dépliant le papier, il parcourut rapidement des yeux le contenu du document et pâlit. Il bredouilla :
- Mais comment… comment…
Lilly haussa les épaules et dit comme une évidence :
- Que veux-tu ? Ta fille est une future Oscarisée !
Flashbacks
L’avant-veille au soir, Lilly est debout sur son lit où elle vient de découvrir la caméra de vidéosurveillance sur le ventilateur. A l’autre bout du fil, Veronica lui parle :
- Lilly, concentre-toi. Une grande partie de la réussite de ce plan repose sur tes épaules parce qu’il va falloir que tu manipules ta grand-mère pour la convaincre de te laisser sortir. Et en plus, il faudra qu’à aucun moment elle ne se doute que ce kidnapping est factice.
- Je ne vais jamais savoir faire ça ! gémit l’enfant.
- Tu t’appelles Lilly Kane, bien sûr que tu vas savoir, c’est dans tes gênes ! Et, crois-moi, je connais très bien ta grand-mère. Je sais exactement comment elle fonctionne… Tu es prête ?
Lilly opine lentement du chef. Elle se laisse choir sur son lit et s’allonge, le regard planté dans le minuscule œilleton de la caméra. Elle sait que Veronica l’observe.
- Lilly, je vais te confier une autre mission : lorsque tu seras dans le bureau de ta grand-mère, tu vas devoir récupérer un document très important et qui pourrait se révéler très utile.
*
Quelques minutes plus tard, dans le bureau de Celeste, Lilly pleure dans les bras de sa grand-mère. La sonnerie du téléphone vient rompre l’instant de grâce. Celeste se redresse et, tapotant avec une gentillesse maladroite la joue de la fillette, s’empresse de décrocher.
- Celeste Kane.
- C’est moi, profère une voix sombre.
La femme d’affaires recouvre aussitôt son calme.
- Un instant s’il te plaît.
Elle se tourne vers l’enfant.
- Lilly chérie, veux-tu bien retourner dans ta chambre s’il te plaît ?
- Mais je devais te parler d’un autre truc !
Celeste pousse un petit soupir.
- Fort bien. Attends-moi ici, je reviens.
Celeste sort de la pièce en refermant soigneusement la porte derrière elle. Lilly prend une feuille de papier sur le bureau de sa grand-mère et, après s’être assurée de bien tourner le dos à la caméra comme Veronica le lui a demandé, grifouille un message assassin à son père. Quelques secondes plus tard, son portable vibre dans sa poche. Le cœur battant la chamade, la fillette décroche aussitôt.
- Tu t’en es sortie à merveille, la rassure Veronica. Une future Oscarisée !
- Je fais quoi maintenant ? demande l’enfant, qui n’a pas du tout le cœur à plaisanter.
- Prends le dossier sur le bureau. Non, pas celui-là, l’autre. Voilà. Ouvre-le et cherche une feuille intitulée « Contrat »
Lilly s’exécute, son portable calé entre son oreille et son épaule. Ses mains tremblent et elle transpire. Elle ne peut s’empêcher de jeter des coups d’œil vers la porte du bureau. Veronica la rassure :
- Ne t’inquiète pas, mon associée fait tourner en boucle sur le PC sécurité du manoir les images de toi en train d’écrire. Et ta grand-mère est en grande conversation avec ton père.
- Il ne sait vraiment pas ce que je suis en train de faire ?
- Non. Je ne crois pas qu’il approuverait des risques qu’il jugerait sans doute inutiles. Tu as trouvé ?
Lilly brandit une feuille.
- Je crois.
- Approche-la de la caméra pour que je vérifie.
Lilly obéit. Veronica s’adresse à quelqu’un à voix basse.
- Tu peux zoomer Mac ?
Quelques instants plus tard, la voix de Veronica acquiesce :
- C’est bien le contrat qui stipule que ta grand-mère a engagé un faux témoin dans son procès contre Weevil. Cache-le dans ta poche. Tu te rappelles ce qu’il te reste à faire ?
Lilly hoche la tête et répète ce que Veronica lui a expliqué quelques minutes plus tôt :
- Je dois amadouer Grand-Mère en faisant semblant de détester Papa pour qu’elle accepte de me renvoyer à l’école.
Tout en parlant, elle remet le dossier à sa place et s’assure d’un regard que rien ne la trahira.
- Lilly ? l’interpelle soudain Veronica.
- Quoi ?
- Tu es très courageuse, je suis très fière de toi.
Lilly sourit. Ces quelques mots la rassurent et lui procurent un courage dont elle-même ne se croyait pas capable.
- A demain Veronica, dit-elle, la voix plus assurée.
- A demain Lilly. Eteins bien ton téléphone, ta grand-mère sera là d’une seconde à l’autre.
*
La veille au soir, la fête bat son plein chez Keith. Dans la chambre d’amis, le ton monte entre Veronica et la fillette.
- Lilly, je ne plaisante pas : j’ai besoin de ce papier !
- Non ! C’est nous qui en aurons besoin si Grand-Mère change d’avis et se met à nous chercher !
- Mais…
Elles sont interrompues par Logan qui passe sa tête à travers le chambranle de la porte.
- Veronica ?
Le silence se fait aussitôt.
- Je voulais simplement te prévenir que je m’en vais, je suis crevé.
- Attends, je te raccompagne.
Elle lance un regard furieux à Lilly qui lui tire la langue.
Fin des flashbacks
Suite à ces révélations fracassantes, Duncan resta silencieux, sous le choc. Finalement, c’est Veronica qui prit la parole :
- Bien sûr, je ne ferai rien sans ton accord, Duncan. Tu sais ce que ce papier impliquera pour ta mère si je l’apporte au tribunal…
Peut-être font-ils des chambres mixtes pour couples de milliardaires tordus à la prison d’état ? Ah non, flûte, c'est vrai qu'officiellement le couple est divorcé, même si en réalité ce n'est que pour la forme : Kane Software a ainsi gardé une image morale après la mise en examen de Jake Kane pour espionnage industriel ! Une image qui, clairement, volera en éclat avec la divulgation du contrat de Walt Smith !
Duncan gardait encore et toujours le silence. Le suspense était à son comble et Veronica trépignait :
- Duncan, je comprends que tout cela fait beaucoup à digérer en quelques minutes mais le temps presse et…
Elle fut interrompue par un geste brusque du jeune homme : celui-ci lui tendait le contrat, le regard fuyant.
- Fais ce que tu as à faire.
Veronica haussa les sourcils et s’empara du contrat promptement.
- Merci, murmura-t-elle. Merci pour lui…
Plantant son regard dans celui de la détective, Duncan expliqua :
- Elle a beau être ma mère, je ne la laisserai pas détruire une autre famille…
- Dernier appel : l’enregistrement des bagages pour le vol 791.322, en partance de Los Angeles et à destination d’Adélaïde, départ prévu à 10:24, s’achèvera dans cinq minutes. Les passagers n’ayant pas encore enregistré leurs bagages sont invités à se rapprocher d’urgence des guichets de la compagnie Air New Zealand. Merci de votre compréhension.
Malgré l’annonce, tous quatre restèrent figés et silencieux. Leurs adieux quelques heures plus tôt avaient été gauches et maladroits, sans doute à cause des espoirs de Duncan, de la position inconfortable de Veronica et des suspicions d’Anna et Lilly. En cet instant en revanche, tout était clair, limpide : leurs adieux étaient bel et bien réels, définitifs.
Lilly fut la première à s’approcher de Veronica. Avec un sourire espiègle, elle plia son index deux fois pour demander à la jeune détective de s’approcher. Veronica fronça les sourcils.
Quelle remarque cinglante ce petit démon va-t-il encore me dégoter ?
Elle se pencha vers la fillette … qui, sans crier gare, l’enlaça de toutes ses forces.
- Merci… murmura alors Little Lilly.
Veronica sentit son cœur fondre et enlaça à son tour l’enfant.
- Désolée si je n’ai pas toujours été très … « sympa » avec toi. C’est juste que j’avais peur que tu…
Elle n’acheva pas sa phrase, hésitante.
- Que je ne prenne la place d’Anna ? proposa Veronica.
Lilly sourit et, reculant d’un pas, demanda :
- On t’a déjà dit que t’étais plutôt maligne dans ton genre ?
- On t’a déjà dit que sous tes airs de petite dure à cuire tu avais un cœur de guimauve ? rétorqua la détective.
Elles éclatèrent de rire. Veronica passa sa main dans la crinière de l’enfant et la décoiffa, provoquant ses cris de colère amusés.
Finalement, elle se releva et son regard croisa celui d’Anna. Les deux jeunes femmes se serrèrent la main chaleureusement sans un mot, mais les yeux de l’australienne dégageaient tant de reconnaissance que Veronica, gênée, détourna le regard.
La gouvernante se tourna alors vers Duncan et, posant une main sur son bras, chuchota :
- Je m’occupe de l’enregistrement, prends ton temps…
Et, après avoir fait un signe de tête à Lilly pour lui demander de la suivre, elle laissa aux deux jeunes gens un peu d’intimité.
Mains dans les poches, Duncan passait d’un pied sur l’autre, le visage rivé à terre.
- Alors tu ne viens pas, hein ? finit-il par demander.
C’est avec toute la douceur dont elle était capable que Veronica répondit :
- Au fin fond de toi, tu as toujours su que je ne viendrais pas, Duncan.
Il releva soudain la tête, les yeux flamboyants :
- C’est à cause de Logan, c’est ça ?
- Oui. En partie. Pas seulement.
J’ai l’impression d’entendre mon père il n’y a encore pas si longtemps ! Mais je crois que mon cher et tendre papa a fini par entendre raison : pour mon anniversaire, il m’a même offert un chevalet de bureau à mon nom qu’il a posé à côté du sien ! Reste plus qu’à espérer que Duncan sera un peu plus rapide à comprendre…
- Mon père est ici. Mes amis sont ici. Le métier que j’aime est ici.
Elle hésita un instant avant d’ajouter :
- Et… Oui, tu as raison, l’homme que j’aime est ici.
Duncan carra la mâchoire et grogna :
- Je vois que ma mère n’est pas la seule à ne pas avoir le sens de l’honneur ni de la promesse !
Veronica encaissa le coup bas sans ciller. Il était blessé dans son amour-propre, il regretterait bien assez tôt ces mots, elle le savait.
- Duncan… A l’époque où nous nous sommes fait la promesse de nous aimer pour toujours, nous ne nous aimions déjà plus.
Cette fois, c’est le jeune homme qui reçut le coup en plein cœur. Il resta bouche bée.
- Toi et moi… Comment dire ? Tu es le premier garçon que j’ai aimé, n’en doute pas un instant. Mais cet amour s’est arrêté juste avant la mort de Lilly, lorsque tu m’as quittée car tu pensais que j’étais ta demi-sœur. Lorsque nous nous sommes remis ensemble en Terminale…
Soudain, elle explosa :
- Bon sang Duncan, ne fais pas comme si tu n’avais pas remarqué qu’il n’y avait déjà plus d’amour entre nous à cette époque-là !
- Quoi ? Mais si, enfin, voyons…
Prenant une grande inspiration, Veronica tenta de recouvrer son calme.
- Je ne te jette pas la pierre. Notre relation avait été coupée en plein vol, nous avions tous les deux besoin de voir où elle nous aurait menés. Mais la réalité, c’est que ça n’a jamais marché. Parce que toi, en dépit de la mort de Lilly, tu es toujours resté du côté lumineux, alors que moi j’avais été traînée dans la boue, mes nouveaux amis étaient les parias de l’école… Je veux dire, avec la mort de Lilly j’avais basculé du côté obscur, et pas toi. Et, lorsque nous nous sommes remis ensemble, nous avons fait comme si tout cela n’était pas vrai, alors que ça l’était, clairement.
Elle garda le silence un instant avant de conclure :
- La Veronica dont tu es amoureux n’existe plus depuis longtemps Duncan.
Ils restèrent de longues secondes à s’observer ainsi quand la petite voix de Lilly résonna :
- Papa ! Faut y aller maintenant !
Lentement, Duncan hocha la tête pour prendre congé de Veronica lorsque soudain, celle-ci lui prit la main :
- Donne-moi ton portefeuille, le somma-t-elle.
- Quoi ?
- Dépêche, on n’a pas beaucoup de temps !
Duncan leva les yeux au ciel mais s’exécuta. Veronica s’en empara et, l’ouvrant, y découvrit rapidement une photo d’eux deux datant de douze ans plus tôt.

Duncan s’empourpra mais Veronica n’y prit pas garde, plongée dans les souvenirs de cette soirée mémorable. C’était une belle époque, pleine d’insouciance et de légèreté… La regrettait-elle ? Non, elle préférait être lucidement amère que naïvement heureuse.
Sortant de sa rêverie, elle sortit de la poche arrière de son jean une photo qu’elle avait prise la veille au soir lors de la fête chez Keith et qu’elle n’avait pas eu le courage de lui donner lors de leurs premiers adieux.
Mais il le fallait.
Elle glissa la nouvelle photo par-dessus l’ancienne. Voilà qui était mieux ! Elle rendit aussitôt le portefeuille à Duncan … qui y découvrit une photo d’Anna et lui.
- Il est temps que tu ouvres les yeux sur la vérité qui est juste sous ton nez, tu ne crois pas ?
Lorsqu’il releva la tête, Veronica fut surprise de ne pas lire la moindre trace de stupeur dans son regard, comme elle l’avait supposé. Un sourire en coin, le jeune Kane railla :
- Je ne suis pas idiot Veronica. Ni insensible au charme australien. Mais Lilly lui est tellement attachée… Si entre nous ça se passait mal, si elle nous quittait…
Veronica éclata de rire.
- Franchement Duncan, cette fille a accepté de quitter sa vie pour suivre un homme recherché par Interpol tout en croyant que cet homme était amoureux d’une autre, je ne vois pas ce qui pourrait la faire fuir ! A moins que tu ne ronfles. Ou que tu ne pues des pieds. Ou que…
Duncan sourit et Veronica cessa la plaisanterie. Toute trace de tension et de ressentiment disparue, ils échangèrent un long regard.
- Au revoir Veronica.
- Au revoir Duncan.
Ils s’approchèrent lentement l’un de l’autre et s’étreignirent en silence. Duncan se détacha enfin d’elle et rejoignit les femmes de sa vie. Tous trois firent un signe de la main à Veronica, qui leur rendit leur salut ... avant qu’ils ne disparaissent à jamais de sa vie.
Veronica jeta un coup d’œil à sa montre.
Ouh pétard, trente-cinq minutes !
Veronica sortit de l’aéroport au pas de course et manqua de percuter de plein fouet un homme d’affaires qui lui lança un regard assassin. Elle leva les mains au ciel pour s’excuser et, haletante, regarda sa montre.
Trente et une minutes !
Relevant la tête, menton légèrement en l’air, elle chercha sa voiture du regard. Où diable était-elle stationnée ? Coup d’œil à droite, coup d’œil à gauche. Rien.
Soudain, la décapotable bleue se gara juste devant elle et le visage de Veronica se fendit en un large sourire soulagé. La portière côté conducteur s’ouvrit, et Logan sortit de l’habitacle. Vêtu d’un jean, d’un pull kaki et d’une veste en cuir marron – qui n’était pas sans rappeler une autre veste, bien plus ancienne – il était comme d’habitude à couper le souffle.
- Le carrosse de Madame est avancé !
- Merci mon Prince !
Ils échangèrent un sourire complice et Logan fit le tour de la voiture. Recouvrant son sérieux, il demanda :
- Tu l’as ?
Veronica hocha la tête. Lorsqu’elle avait reçu l’appel de Mac quelques minutes plus tôt, tous deux venaient de se retrouver dans un dinner situé en face du tribunal afin de discuter avant le début de l’audience. Ils n’en avaient pas eu le temps et avaient délaissé leurs appétissants pancakes pour se précipiter ici.
- Et… Duncan, comment a-t-il réagi ?
- Un peu choqué que Lilly et moi ne lui en ayons pas parlé, mais ça va.
- Je ne parlais pas de ça.
- Oh.
Ils restèrent un instant à s’observer timidement, pudiquement.
- Bien je suppose. De toute façon il n’avait pas vraiment le choix…
Logan sourit et, s’approchant doucement de Veronica, entoura ses fines hanches de ses bras musclés. Il posa délicatement son front contre le sien et murmura :
- Non. Cette fois-ci, c’est moi que tu as choisi.
Veronica ferma les yeux et tous deux savourèrent l’instant.
Enfin !
Veronica avait l’impression que des mois s’étaient écoulés depuis le retour de son marin et leurs retrouvailles trop brèves. Pourtant, il ne s’était écoulé que … quatre jours ?!? Eh bien, ces quatre jours lui avaient semblé presque aussi longs et tristes que leur séparation pendant sept mois. Devraient-ils souvent vivre séparés par un océan ? Devrait-elle se lancer dans une toile de Pénélope pour combler le vide et l’ennui de lui ? Elle ne voulait plus être seule. Elle voulait l’avoir tous les jours auprès d’elle. Lui, ou tout du moins une partie de lui.
Oui, c’était ça qu’elle voulait.
Lorsqu’elle rouvrit les yeux, la tristesse de son regard n’échappa pas à son compagnon.
- Quoi ? demanda-t-il en reculant un peu.
- Rien. C’est juste que…
Elle hésita avant de lâcher dans un souffle :
- Elle va me manquer cette petite chipie…
Logan sourit.
- Ca ne m’étonne pas. Hier, quand elle a passé l’après-midi chez moi, je me suis fait plusieurs fois la réflexion qu’elle te ressemblait par bien des traits.
Veronica eut un sourire en coin. Logan se détacha d’elle et, jetant un coup d’œil à sa montre, déclara :
- Allez, faut y aller maintenant.
Il allait faire demi-tour quand Veronica posa sa main sur son bras.
- Logan, attends !
Le jeune homme s’immobilisa, perplexe. Les yeux rivés à terre, Veronica hésita avant de poser la question qui lui brûlait les lèvres. Enfin, elle se lança :
- Plus tard… Quand nous serons prêts, quand ce sera le bon moment… Tu crois que nous aussi nous pourrons avoir notre petite Lilly ?
La bouche de Logan s’entrouvrit sous le choc. Il resta ainsi quelques instants, le regard vague, silencieux. Veronica releva la tête, cherchant à lire sur son visage sa réponse. C’était peut-être trop tôt, ou trop tard, ou peut-être juste trop ? Quelle idiote, elle n’aurait pas pu choisir un meilleur endroit et un meilleur moment pour une telle proposition ?
Elle était plongée dans son autoflagellation mentale quand, tout à coup, il l’attrapa dans ses bras et la fit tournoyer dans les airs en riant. La reposant sur le sol, il plaça ses mains sur ses joues et plaqua ses lèvres sur les siennes. Veronica se détendit de tout son être et tous deux échangèrent un long baiser amoureux, heureux, ponctué de rires et de sourires.
Soudain, le jeune Echolls recula et, un index moralisateur pointé en l’air, prévint :
- Ok, mais si c’est un garçon, hors de question de l’appeler Duncan !
Veronica haussa les épaules.
- Ok. On l’appellera Troy. Ou Leo. Ou…
Mais elle fut interrompue par un nouveau baiser, plus lent, plus doux. Un baiser qui témoignait de tout l’amour et de toute la confiance qui les liait désormais, adultes, décidés, réfléchis.
Finalement, les deux amants se séparèrent et Logan demanda :
- Bon, et on fait quoi maintenant ?
- Maintenant ?
Un sourire carnassier vint retrousser les lèvres de la détective avant qu’elle ne conclue :
- Maintenant, on va lui faire la peau à cette salope de Celeste Kane !