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Série : Veronica Mars
Création : 29.12.2015 à 20h59
Auteur : Elodielodi
Statut : Terminée
« Largement inspirée d'une conversation avec Marion, cette fic ne tient pas compte du film. Je ne vous en dis pas plus... » Elodielodi
Cette fanfic compte déjà 48 paragraphes
Veronica et le capitaine Greenfield comprirent dans l’instant qu’ils parlaient de la même chose. Rapidement, les réflexes prirent le dessus sur la stupeur.
GREENFIELD : Bougez pas Echolls. J’arrive. On va régler ça.
Le capitaine raccrocha et se tourna vers Veronica.
GREENFIELD : Et vous qui disiez que vous ne pouviez pas travailler ensemble, je crains que le destin en ait décidé autrement…
Veronica soupira. Le destin… Il avait une fâcheuse tendance à mettre Logan dans des situations compliquées. Et toujours, elle venait à son secours.
Veronica voix off : ça doit être le karma…
GREENFIELD : Bon, vous venez Mars ?
Veronica suivit prestement le capitaine.
Aidés par leur insigne, Greenfield et Veronica franchirent facilement le ruban jaune qui délimitait la scène de crime. Veronica constata que Logan avait toujours aussi bon goût en matière d’hôtel. La chambre 408 ressemblait beaucoup à la suite qu’il avait longtemps occupée au Neptune Grand Hotel. Une fois sa reconnaissance des lieux terminée, Veronica chercha Logan. Il était sur le balcon, appuyé à la balustrade. Elle laissa Greenfield s’entretenir avec lui. Après tout, Logan avait appelé le capitaine à la rescousse. Veronica se dirigea vers la chambre. Le légiste avait déjà commencé son examen. Le corps était tourné sur le flanc, il regardait le dos de la morte.
VERONICA : Alors qu’est-ce qu’on a ?
Le légiste se redressa, ouvrit la bouche pour répondre mais aucun son ne sortit. Veronica allait lui demander ce qui n’allait pas quand elle posa les yeux sur le corps. C’était une jeune femme de petite taille, blonde, menue.. Et cette coupe de cheveux... Veronica vacilla.
LEGISTE : C’est vous…
VERONICA : C’est vrai qu’elle me ressemble… Vous savez ce qui lui est arrivé ?
Le légiste reprit sa contenance et s’approcha de la victime
LEGISTE : Elle n’a pas subi de sévices sexuels. Elle a été poignardée en plein cœur, si je puis dire…
Veronica interrogea le médecin du regard. Celui-ci ouvrit le chemisier de flanelle de la défunte.
LEGISTE : Le cœur a été extrait.
L’estomac de Veronica se contracta.
LEGISTE : et ce n’est pas tout. On lui a aussi crevé les yeux.
Elle pâlit d’effroi. Comment pouvait-on faire endurer de tels actes à une personne ? Cette jeune fille avait-elle souffert, ou son tortionnaire avait-il pris le soin de mettre fin à sa vie avant de lui imposer ces mutilations ?
Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas été aussi retournée à la vue d’un cadavre. L’habitude de la situation avait atténué la charge psychique. Elle ne savait pas si c’était son étrange ressemblance avec le cadavre ou si c’était le fait que Logan en soit potentiellement le meurtrier qui la mettait dans cet état.
VERONICA – Pouvez-vous me dire à quelle heure remonte le décès ?
LEGISTE – A priori, il a eu lieu il y a environ 2h30. 2h45 maximum.
Elle regarda sa montre puis soupira. Cela les menait entre 15h15 et 15h45. Et cela n’arrangeait pas les affaires de Logan. Ayant quitté précipitamment la conférence, il pouvait très bien être coupable.
Elle chassa ces pensées et se concentra de nouveau sur le cadavre.
VERONICA – Des traces de défense ?
LEGISTE – J’ai fait des prélèvements sous les ongles de la victime. J’envoie tout cela en analyse, avec les prélèvements vaginaux et sanguins. Résultats dans 24 heures. Peut-être avant si l'ADN est fiché…
VERONICA – D’accord. Tenez-moi au courant au plus vite, dit-elle en lui tendant sa carte.
Elle fit le tour de la scène de crime. Cherchant la moindre anomalie. Rien d’étrange, rien qui trainait, RIEN.
VERONICA – Je veux un relevé des empreintes dans toute la chambre et les ascenseurs et qu’on me trouve les images de toutes les caméras de surveillance. L’entrée, les couloirs, les garages … Tout. Exigea-t-elle auprès des agents de la police scientifique.
Elle quitta la chambre, trop étouffante. Greenfield était dans le salon, en train de briefer quelques hommes de la scientifique. Elle tourna les yeux vers le balcon, Logan était toujours appuyé sur la balustrade.
Elle inspira profondément et prit son courage à deux mains pour le rejoindre.
Il ne l’avait même pas entendue arriver tellement elle avait été discrète. Il sursauta légèrement quand elle prit la parole.
VERONICA – J’ai besoin de prendre votre déposition, Monsieur Echolls.
Il se tourna, plus surpris par son ton que par le fait qu’elle ne l’appelait pas par son prénom.
LOGAN – Veronica …
VERONICA – C’est Agent Mars. Répondit-elle froidement. Elle ne pouvait se permettre de jouer sur sa corde sensible.
LOGAN – Je suis soulagé que tu aies accepté d’être sur l’affaire, Veronica …
Veronica voix off – C’est ça, ignore ma remarque ! Qu’on me dise encore que je suis têtue …
LOGAN - … Je sais que tu ne juges pas à la hâte, que tu ne prends pas ces raccourcis trop faciles. Ce qui compte pour toi, ce n’est pas de classer l’affaire, mais que le bon coupable soit puni.
Elle baissa les yeux sous son regard. Il s’était légèrement tourné vers elle. Il avait le visage marqué par l’inquiétude. Sans réponse de sa part, il ajouta :
LOGAN – Je ne l’ai pas tuée.
Elle replongea ses yeux dans les siens, sonda son âme. Mais elle savait déjà…
FLASH-BACK
VERONICA – D’accord, très bien, j’arrive. Articula-t-elle.
Première réaction : Déception. Un cadavre dans son lit… Elle savait par expérience que rien ni personne ne se retrouvait dans le lit de Logan par hasard. Elle pouvait déjà dresser le portrait du corps. Jeune femme à la plastique parfaite et la jupe très courte. Et le fait qu’il ait préféré ne pas l’appeler en personne avait tendance à confirmer ce portrait.
Les larmes lui montèrent aux yeux. Elle s’était fait avoir, par son regard, par ses palabres, encore.
Elle se ressaisit. Logan était ce qu’il était, mais il était loin d’être un meurtrier. Elle repensa à cette nuit sur le toit du Neptune Grand Hotel où il l’avait convaincue de ne pas vider son chargeur sur Cassidy, aux efforts qu’il avait fourni pour qu’on arrête de l’assimiler à son père, au fait que maintenant il faisait partie des forces de l’ordre. Elle avait du mal à croire qu’il s’était engagé uniquement pour couvrir les écarts de conduite entrainés par ses improbables hobbies. Non, cette personne morte dans son lit ne l’était pas de la main de Logan, et ça elle en était certaine.
Et cela expliquait aussi le fait qu’il l’ait fait appeler. Il savait que malgré les apparences, elle ne le laisserait pas se faire accuser de meurtre.
Elle inspira à fond et leva les yeux vers Greenfield, toujours aussi pâle alors qu’il était encore pendu au téléphone.
Elle appela alors son chef de secteur à Seattle. Lui expliqua la situation. Demanda à être affiliée à l’affaire étant déjà sur place. Ce dernier accepta. Elle raccrocha et s’approcha doucement de Greenfield.
GREENFIELD – Et vous disiez que vous ne pouviez pas travailler ensemble, je crains que le destin en ait décidé autrement …
FIN DU FLASH BACK
Veronica voix off : Je ne me suis pas trompée là dessus au moins. J’avoue par contre que j’ai complètement loupé le profil de la victime …
VERONICA – Je le sais déjà…
Il soupira, la remercia du regard. Elle esquissa un sourire.
VERONICA – Pourquoi m’as-tu fait appeler par le personnel ? Pourquoi ne m’avoir appelée moi, à la rescousse. Demanda-t-elle curieuse.
Il se tourna vers l’horizon et mit quelques secondes à trouver ses mots.
LOGAN – J’ai eu peur. Quand je suis rentré et que j’ai vu… ce corps mort, allongé dans mon lit, couvert de sang, mutilé, j’ai eu peur… J’ai cru que c’était toi.
Il avait baissé la tête et se massait frénétiquement la nuque.
LOGAN – J’ai … J’ai mis un certain temps avant de réussir à passer la porte de la chambre. Et j’étais soulagé de voir que c’était une inconnue. Je sais que c’est affreux ce que je dis, mais… J’ai eu peur que ce soit toi.
Etrangement, c’était bien la seule personne qu’elle arrivait à croire sur parole. Tout dans sa gestuelle, dans son regard traduisait ses paroles. Elle en fut émue, mais elle prit sur elle.
VERONICA – Il va falloir trouver de quoi …
LOGAN – J’ai de quoi prouver que ce n’est pas moi. L’interrompit-il. Il glissa une main dans sa poche et en sortit un ticket de caisse. Avant de retourner à l’hôtel, je suis passé à la supérette du coin acheter de la glace au chocolat. Pour toi.
Elle rougit en saisissant le ticket. C’était vrai. Il avait aussi acheté son soda préféré. Elle lui jeta un regard rapide avant de se reconcentrer sur le papier. Il avait fait ses achats à 15h19. Cela ne suffisait pas à le disculper. Elle cacha sa déception et glissa le ticket dans son carnet.
VERONICA – Il va falloir trouver mieux pour les mecs des affaires internes. Ils vont forcément mettre le nez dans cette histoire, tu le sais ?
LOGAN : Ah ouais. Les affaires internes.
Il semblait réellement mal. Veronica pensait à ce que ce métier représentait pour lui. Il n'était pas destiné à finir agent du F.B.I. Logan avait du charisme et de la tchatche. Il aurait pu être tellement plus. Avocat ou acteur ou même procureur. Il faisait partie de ses gens à qui la lumière allait bien. Mais non, il était agent du F.B.I, un métier de l'ombre.
Quelque chose de profond avait dû l'amener sur cette voie. Peut-être les morts de deux des femmes de sa vie. Peut-être le fait que son père était un assassin. Ou autre chose. Quoi qu'il en fût, Veronica se jura qu'il ne perdrait pas son job.
VERONICA : Appelle ton représentant. N'y va pas seul.
LOGAN : Tu rigoles ou quoi ! Ça va faire de moi le coupable idéal.
GREENFIELD : Elle a raison Echolls. Soyez raisonnable.
Il était arrivé, presque gêné de stopper ce qu'on appelait un moment. Il se passait indubitablement quelque chose entre eux. Il ne savait pas définir ce que c'était mais l'air autour d'eux était chargé. À les voir ainsi, on pouvait aisément deviner que quelque chose les liait. Il pensa encore une fois qu'ils feraient une bonne équipe.
Logan voulut répliquer mais déjà deux hommes en costume débarquèrent dans la pièce. Ils présentèrent leur badge au policier qui gardait l'entrée.
AGENT AFFAIRES INTERNES 1 : Agent Echolls ?
LOGAN : Que le spectacle commence.
Logan lâcha le regard de Veronica et se tourna vers eux.
AGENT AFFAIRES INTERNES 1 : Veuillez remettre votre insigne et votre arme de service à votre chef s'il vous plaît.
Logan prit ses affaires sur la table et les tendit à Greenfield.
AGENT AFFAIRES INTERNES : N'oubliez pas de nous les transmettre, Capitaine Greenfield.
Le capitaine hocha la tête. Comme s'il allait s'amuser à perdre des pièces à conviction. Qu'ils étaient imbus d'eux-mêmes ces mecs des affaires internes.
Alors que Logan s'apprêtait à suivre les deux détectives, il se tourna une dernière fois vers son capitaine.
LOGAN : Vous pouvez appeler Truman ? Et ma femme.
Sa dernière phrase avait été dit bas, très bas. Mais Veronica avait entendu et cela la fit redescendre sur terre. Logan était marié. Sur le moment, elle aurait voulu ne jamais l'avoir revu. Elle avait mal au ventre.Mais juste avant de quitter la pièce, il se tourna vers elle et lui sourit. C'est ce sourire qui lui redonna la motivation nécessaire pour prendre l'enquête en main.
Une fois Logan parti, Veronica regarda Greenfield.
VERONICA : Alors par quoi on commence ?
GREENFIELD : On ? On bosse en équipe maintenant ?
VERONICA : Bien entendu ! Logan est innocent ! Et il faut bien quelqu'un pour contrer l'enquête des affaires internes.
GREENFIELD : Veronica...
Il sentit que c'était le moment de jouer sa carte. Ça n'était pas fair-play du tout mais s'il voulait obtenir ce qu'il voulait, il avait une partie à jouer et il devait la jouer correctement.
GREENFIELD : Vous avez quitté le bureau de San Diego il y a 5 ans... Si vous voulez vraiment bosser sur cette enquête, il faut que je vous transfère.
VERONICA : Me transférer ? Pourquoi ?
GREENFIELD : Je sais comment vous bossez. Si je vous mets sur cette affaire, vous allez vouloir prendre la tête et je ne compte pas mettre un agent extérieur à la tête d'une de mes enquêtes. Donc, si vous voulez bosser sur l'affaire Echolls, vous devez revenir.
Veronica sentit le piège se refermer tranquillement mais sûrement sur elle. Avait-elle le choix ? William lui en voudrait si elle se faisait transférer sans même lui en parler. Il y avait fort à parier que son couple en pâtirait. Mais, c'était Logan. Et il avait besoin d'elle. Dieu que la décision était difficile. Finalement, le dernier sourire de Logan eut raison d'elle.
VERONICA : Faîtes ce que vous avez à faire. Mais je veux l'affaire Echolls.
GREENFIELD : Très bien. Vous êtes responsable d'équipe. Je vous envoie du renfort.
Il quitta la chambre d'hôtel afin de finaliser le transfert de son ancienne recrue. Veronica commença, elle, son investigation par le salon de la suite. Puisque Logan n'était pas coupable, le véritable assassin devait avoir laissé des indices. Aussi infimes fussent-ils, il fallait qu'elle les trouve.
Une demi-heure après le début de sa méticuleuse fouille, deux agents firent leur entrée dans la suite. Veronica ne les entendit pas entrer, toute concentrée qu'elle était.
AGENT 1 : Humm.
Veronica sursauta. Elle se retourna et vit deux personnes se tenir face à elle, droits comme des i.
VERONICA : Oui ?
AGENT 1 : Agents Malcolm et Gries.
VERONCIA : Ah, très bien. Je vous laisse chercher les indices dans les autres pièces. Et soyez attentifs et précautionneux.
Ils comprirent tout de suite que leur nouvelle responsable n'était pas quelqu'un de très bavard et ils se mirent rapidement au travail, un dans la chambre, l'autre dans la salle de bain.
On le conduisit à travers les couloirs du FBI. Certains collègues s’étaient retournés sur son passage pour vérifier qu’ils ne rêvaient pas. Il avait gardé un sourire ravageur jusqu’au bout, pour le show.
LOGAN – Je vous remercie de ne pas m’avoir mis les menottes ! Pourtant je le vois bien, vous en mourriez d’envie n’est-ce pas Clark ?
CLARK – La ferme Echolls. Photo ! Désigna-t-il du doigt la cabine dans laquelle était censé rentrer l’accusé.
Logan haussa les sourcils avec un air désabusé. Il prit le carton qu’on lui plaça entre les mains et suivit les instructions. Après le premier flash, il ne put s’empêcher de faire le mariole.
LOGAN – Vous êtes sûr que vous avez mon meilleur profil ? Vous devriez peut-être vérifier les anciennes photos, vous savez celles qu’on a prises de moi il y a plusieurs années !
X – Tournez-vous Echolls !
Logan soupira et se tourna dans l’autre sens. Une fois la séance de photos finie, Clark le récupéra hors de la cabine et le conduisit dans une salle d’interrogatoire. Une femme, d’une trentaine d’année, costard noir impeccable et talons Louboutin l’attendait adossée à la vitre sans tain. La porte se referma derrière lui.
LOGAN – Alors vous avez enfin trouvé comment me courir après Martinez ! Je pensais vous l’avoir déjà dit, je suis un homme fidèle.
Au même instant, des flashs de ses ébats avec Veronica lui revinrent en mémoire. Son cœur s’accéléra un peu et un sourire se dessina sur son visage à son insu.
MARTINEZ – Et en plus vous trouvez ça drôle ! Echolls vous êtes dans une sacrée merde ! Et je ne suis pas prête de vous laisser filer.
LOGAN – C’est possible d’avoir un café ? Ou un peu d’eau ? Demanda-t-il en regardant autour de lui.
Elle fit la grimace en s’installant d’un côté de la table. Logan jeta un œil vers la vitre sans tain avec un large sourire cette fois.
LOGAN – Je suppose que vous avez réuni mon fan club, c’est ça ? Ou alors c’était portes ouvertes ! Y'en a plus d’un qui aimerait me voir cloué au mur !
MARTINEZ – Vous avez des ennemis partout où vous passez Agent Echolls.
LOGAN – Ca doit être mon mauvais karma, ou bien peut-être une mauvaise aura ! J’ai jamais su la différence !
MARTINEZ – Vous voulez bien vous asseoir !
LOGAN – Non c’est gentil, j’aime bien être debout.
MARTINEZ – Posez vos fesses sur cette chaise ou je vous aide ! Dit-elle plus fermement.
LOGAN – Et à propos du café ?
La jeune femme au teint halé et aux cheveux remontés en chignon leva les yeux au ciel. Elle n’avait aucune idée de l’endurance dont Logan pouvait faire preuve. Plus elle tenterait de le briser, plus il se braquerait. Il prit la chaise et la retourna, s’assit à califourchon dessus et la regarda avec un sourire charmeur.
LOGAN – Et maintenant, Agent Martinez ? On fait quoi ?
MARTINEZ – Vous voulez un avocat ?
LOGAN – Vous avez peut-être sauté la partie de mon dossier qui disait que j’ai suivi deux années de droit. Je vais me débrouiller, merci pour votre offre. Et puis mon représentant ne devrait plus tarder, dit-il en posant ses coudes sur la table et lui faisant un clin d’œil.
Le téléphone de Martinez se mit à sonner, la prenant de court alors qu’elle allait répondre à Logan.
MARTINEZ – Agent Martinez, Affaires internes.
Elle se dirigea vers la sortie et se retourna vers Logan :
MARTINEZ – Je n’en ai pas fini avec vous, Agent Echolls.
LOGAN – Je ne bouge pas. Dit-il sur un ton ironique alors qu’elle quittait la pièce.
Veronica repoussa le moment d'avertir William de son transfert à San Diego. Elle se souvenait encore des mots qu'il avait prononcés avant son départ pour la conférence.
"Promets-moi de ne pas te laisser séduire par les yeux doux de Greenfield là-bas. J’ai comme l’impression que tu ne serais pas contre un retour à la case départ."
Veronica voix off : A croire que c'était écrit...
Elle expira bruyamment comme pour se donner davantage de courage. Elle enfila une paire de gants en latex et se dirigea vers ses subordonnés. Elle traversa la chambre sans un regard pour le lit et héla Malcolm qui était en pleine fouille de la salle de bains.
VERONICA : Qu'est-ce que vous avez trouvé ?
MALCOLM : Pas grand chose. Un nécessaire de toilette, des serviettes propres de l'hôtel... Echolls voyage léger. Et le meurtrier n'a pas l'air d'être passé par là.
VERONICA : Des traces de sang ?
MALCOLM : Aucune. La lampe à UV a révélé quelques traces de fluides mais ce n'était pas du sang... dit l’agence en gloussant.
Le sourcil de Veronica s'arqua devant l'air un peu amusé de son agent. Ce dernier expliqua son léger amusement.
MALCOLM : La lampe a scintillé au niveau de la poubelle... J'ai eu le grand plaisir de la fouiller et de découvrir qu'Echolls est du genre...
Agacée, Veronica appuya sur la pédale de la poubelle et découvrit plusieurs préservatifs usagés.
VERONICA : Endurant...
MALCOLM : Je n'aurais pas dit mieux. Il n'a pas trainé pour se trouver une copine de chambre...
Prestement, Veronica se tourna vers son agent bas du front et agita son index sous son nez comme une institutrice en colère.
VERONICA : Echolls …
Veronica voix off : n’a pas pu s’envoyer en l’air avec une bimbo. Il n’en avait pas envie. Il avait envie de moi !
VERONICA : … est marié. Avant de proférer de telles âneries, vérifiez si sa femme n'est pas passée lui faire une petite surprise.
Sur ces mots, elle abandonna l'agent rapidement. Elle ne voulait pas que son esprit soit accaparé par ces préservatifs. Il y avait plus urgent. Un meurtre avait eu lieu. Les pulsions sexuelles de Logan, elle les gèrerait plus tard…
Veronica voix off : Soit elles ne sont pas à toi ces capotes. Soit, tu m'as allumée alors que ta femme était en ville. Soit... Mon dieu, Logan dans quelle galère, tu t'es mis ?
GRIES : Vous arrivez bien, boss.
VERONICA : Du neuf, Gries ?
GRIES : Du neuf, je ne sais pas, mais de l'inattendu oui...
Veronica s'approcha de son agent. Il avait passé le lit et les meubles de la chambre au crible.
GRIES : Rien d'étonnant dans les meubles sauf pour la table de chevet. Celle du côté du cadavre.
Veronica s'approcha du mobilier. Elle eut un moment de recul. Une caméra couplée à un émetteur wifi reposait dans le tiroir de la table de chevet. Du regard, elle interrogea Gries.
GRIES : J'ai regardé, c'est du toc. Rien n'est actif. Etonnant, non ?
Veronica se saisit de l'appareil et l'observa sous toutes les coutures. C'était une banale caméra miniature vendue par... Kane software.
VERONICA : Kane.
GRIES : Vous connaissez ?
VERONICA : J'ai grandi avec les enfants du fondateur... Mais là n'est pas la question. Il y avait autre chose avec ce jouet ?
GRIES : Une enveloppe. Je ne l'ai pas ouverte.
L'agent tendit l'enveloppe de bonne qualité à sa supérieure. Veronica l'ouvrit précautionneusement. Elle contenait un carton beige sur lequel il était écrit en lettres écarlates.
« Sans ses yeux et sans son cœur, qu'est-ce qui guidera le dieu de la guerre ?
La justice ?
Permettez-moi d'en douter... »
Veronica lut le carton à haute voix mais son esprit resta scotché par la première phrase.
MALCOLM : C'est quoi ce charabia ? "Sans ses yeux et sans son cœur, qu'est-ce qui guidera le dieu de la guerre ?" Il se prend pour un des poètes disparus ou un Jedi passé du côté obscur ?
La lourdeur et la bêtise de l'agent ramenèrent Veronica dans le présent.
VERONICA : Malcolm, arrêtez votre cinéma, dit-elle d'une voix puissante qui n'eut aucun effet.
Malcolm fut traversé par un fou rire.
MALCOLM : Arrêtez votre cinéma... Trop forte, le boss...
Veronica préféra mettre de la distance avec cet incapable. Sur le pas de la porte de la chambre, elle appela Greenfield.
VERONICA : Prévenez les affaires internes, Echolls est innocent. L'assassin a laissé un mot... Le mot m'est adressé...
Il commençait à trouver le temps long. L'effervescence de son arrivée ici s'essoufflait, la fraîcheur de la pièce le gagnait peu à peu. Il avait abandonné à la sortie de Martinez son masque d'arrogance sans prêter la moindre attention à ceux qui se cachaient derrière le miroir, trop préoccupé.
Son esprit était dans sa chambre d'hôtel. Il se refaisait mentalement le film de sa découverte macabre, espérant mettre le doigt sur une incohérence, un visage suspect, ou pourquoi pas la raison de toute cette histoire.
Il repensa à l'étrange ressemblance entre le corps qui gisait dans son lit et celui de Veronica. Comme il avait eu peur. Il n'avouerait jamais qu'il s'était effondré sur les genoux en ouvrant la porte de la chambre, qu'il avait laissé des larmes et des cris de douleur s'échapper, qu'il avait eu envie de la retrouver dans l'autre monde. Ni à quel point il fut soulagé de constater que ce n'était pas elle en remarquant le profil de ses jambes allongées sur le lit. Il avait aussitôt senti l'énergie revenir en lui.
Sans entrer dans la chambre, il avait appelé l'hôtesse pour qu'elle prévienne les autorités et Veronica. Il a cru vivre son angoisse la plus profonde, s'il lui avait parlé à cet instant, il aurait été capable de lui avouer l'inavouable. Et aucun d'eux n'était près à ça.
Il espérait qu'elle avait accepté l'enquête. Il avait confiance en son talent, mais il avait surtout envie de la revoir, constater encore une fois qu'elle allait bien, qu'elle respirait la vie.
La poignée tourna et la porte métallique s'ouvrit sur une Martinez au visage neutre, le sortant de ses pensées.
LOGAN - J'espère que vous me l'avez pris sans sucre.
MARTINEZ - Dans vos rêves Echolls.
Il prit un air gêné pour faire sa confidence.
LOGAN - Vous n'êtes pas vraiment l'agent qui hante mes rêves.
Elle sembla indifférente. Et continua de l'analyser un instant.
LOGAN - Vous comptez passer bientôt à l'interrogatoire, parce que ce n'est pas en me fixant dans le blanc des yeux que vous aurez des réponses à vos questions.
Elle ouvrit la porte et d'un geste de la main indiqua la sortie au prévenu.
MARTINEZ - Vous pouvez y aller.
Face à l'incompréhension qu'elle lisait sur le visant de l'agent, elle précisa.
MARTINEZ - Greenfield vient de nous appeler. Il semblerait que vous ne soyiez ni la cible, ni l'auteur de cette mise en scène.
Il lui fallut quelques secondes pour intégrer l'information. Il allait lancer une remarque bien sentie sur la compétence des services internes à agir d'abord et réfléchir après, mais il se contint. Il avait une enquête à mener, en bonne compagnie espérait-il, et s'il ne voulait pas finir au trou pour outrage à supérieur, il valait mieux filer d'ici sans un mot.
Il se leva précipitamment et se dirigea vers la sortie. Alors qu'il allait passer la porte, Martinez s'interposa.
MARTINEZ - Vous êtes libre, pour le moment. Tant que je n'aurais pas la preuve irréfutable que vous êtes innocent, sachez que je vous garde à l'œil, Mr Echolls. Dit-elle d'un ton froid et menaçant.
Logan déglutit, presque impressionné par cette femme assoiffée d'autorité. Il lui fit un grand sourire tout en faisant danser ses sourcils. Il la salua en soulevant son chapeau imaginaire et quitta la pièce rapidement.
Il n'était pas la cible de cette mise en scène, mais il avait un mauvais pressentiment. Il priait pour qu'elle ne le soit pas.
Il était toujours planté devant la salle d'interrogatoire lorsqu'il entendit une voix l'appeler. Cela le fit sortir de ses pensées moroses et il commença à avancer.
X : Logan ?
Il reconnut la voix et continua son chemin vers elle. Quand il vit la personne qui l'avait appelé, il s'arrêta et ouvrit les bras. Une petite blonde accourut vers lui et se blottit contre son torse.
X : Logan, soupira-t-elle.
Il referma ses bras autour du corps de la femme et l'embrassa sur le front.
LOGAN : Tout va bien Sofia.
Elle releva la tête vers lui et planta son regard dans celui de son mari.
SOFIA : Qu'est-ce-qu'il se passe ?
LOGAN : J'ai trouvé un cadavre dans mon lit à l'hôtel.
Logan et Sofia vivaient à une heure et demi de San Diego, dans une petite ville. Lui n'avait pas pu se faire à l'agitation qui régnait dans la grande ville et préférait faire des aller-retours en voiture plutôt que de vivre là. Il avait fini par convaincre Sofia en lui disant que ça serait mieux d'élever leur enfant là-bas lorsqu'ils en auraient.
Cependant, son travail était prenant et il louait une chambre à l'année à l'hôtel. Lorsqu'il était trop fatigué ou qu'il devait commencer très tôt le lendemain, il y dormait.
SOFIA : Tu faisais quoi à l'hôtel en début d'après-midi ?
Logan réfléchit rapidement. Il ne pouvait pas dire à sa femme qu'il avait prévu une sieste coquine avec son ex.
LOGAN : Je me suis tâché en mangeant. Je suis rentré prendre une douche et me changer.
Il n'arriva pas à regarder sa femme dans les yeux lorsqu'il lui dit ça mais Sofia semblait croire son mensonge. Après tout, elle n'avait aucune raison de le soupçonner de quoi que ce soit, il n'avait jamais été infidèle.
Il n'avait cependant pas parlé de Veronica et il se demanda comment il allait s'en sortir quand les deux femmes se rencontreraient. Il en était là de ses pensées lorsque Greenfield arriva.
GREENFIELD : Echolls ! Ça y est, ils vous ont laissé sortir.
Logan quitta aussitôt son costume de mari pour celui d'agent et lâcha son épouse.
LOGAN : Oui chef. Je peux bosser sur l'enquête ?
Il n'osa pas poser de questions sur la véritable cible de peur que Greenfield laisse échapper quelque chose qui aurait mis la puce à l'oreille de Sofia.
GREENFIELD : Oui Echolls. Bien sûr. Selon les dernières informations, c'est l'agent Mars qui est visée. Elle fait partie de notre bureau maintenant. Je viens juste de finaliser les papiers de transfert. Mais je l'ai nommée chef d'équipe et il va falloir que je remédie à ça tout à l'heure...
Le cœur de Logan s'était mis à battre plus fort à l'énonciation du transfert de Veronica. Elle l'avait accepté pour lui et il le savait.
Sofia aperçut un changement sur le visage de son mari au nom de Mars mais préféra ne rien dire pour le moment.
Greenfield venait de lui annoncer que Veronica prenait la tête des opérations et qu’apparemment elle était au cœur de cette affaire. Un taré, comme avait dit le capitaine, avait un truc à régler avec l’agent Mars. Logan n’était pas certain que mettre la petite fouine en première ligne était la meilleure des solutions pour la protéger. Intérieurement, il se gronda. Il ne pouvait pas penser à la protéger. Il ne pouvait pas penser à son corps gracieux alors que sa femme était assise à côté de lui sur la banquette d’une voiture fédérale, une main sur sa cuisse. Il ne devait pas penser à Veronica, mais il ne pouvait pas s’en empêcher. L’arrêt de la voiture le sortit de son silence. Ils venaient de rejoindre l’hôtel. Sofia ouvrit sa portière ce qui fit totalement émerger Logan. Pas question que sa femme rencontre son idéal.
LOGAN : Qu’est-ce que tu fais ?
SOFIA : Je veux voir l’agent en charge. Je veux savoir pourquoi on a retrouvé un corps dans ton lit ! Et crois-moi qu’après cette affaire, tu ne dormiras plus ailleurs qu’à la maison !
Logan roula des yeux. C’était du Sofia tout craché. Elle faisait une montagne d’un incident lié au métier. Logan n’arrivait plus à se souvenir de quand il avait décidé de ne plus rentrer dormir à la maison lors des grosses affaires pour ne pas avoir à affronter les inquiétudes de sa femme. Il ne se souvenait plus et avait plus urgent à gérer. Déjà, Sofia se dirigeait vers Veronica qui faisait les cent pas devant l’hôtel. Elle était au téléphone. Logan soupira d’aise. Cela différait la rencontre. Logan s’employa à calmer sa compagne tandis que Veronica était visiblement en grande conversation avec le sien.
VERONICA : Je sais ce qu’on s’était dit, William. Non, je ne l’ai pas fait exprès…
A ces mots, elle roula des yeux.
VERONICA : Je sais que tu ne vas pas trouver ça très sain ou très objectif mais si Greenfield a accepté de me nommer à la tête de l’affaire, c’est parce que je suis la première concernée… Un type a tué une fille, et a laissé un mot à mon attention… Je ne peux pas faire celle qui ne voit pas et rentrer sagement à la maison… Je t’appelle dès que j’en sais plus. Fais attention à toi.
Elle raccrocha et expira bruyamment. Son appel s’était mieux passé que prévu. Soit William avait une confiance aveugle en elle, soit son affaire sous couverture l’accaparait. Veronica ne sut choisir laquelle des options était correcte et n’en eut pas le loisir. Une femme blonde lui ressemblant beaucoup vint à sa rencontre. Si Logan ne s’était pas tenu derrière, elle en aurait ri.
Veronica voix off : Très original le choix de l’épouse, Echolls…
SOFIA : Agent Mars, je suppose.
VERONICA : C’est ça. Vous êtes ?
SOFIA : La femme de l’agent Echolls. Je veux savoir où en est l’enquête. Est-ce que mon mari court un risque ?
Veronica voix off : A part une maladie vénérienne vu le nombre de capotes dans la poubelle ?
VERONICA : Il ne court aucun danger. Nous venons de découvrir que l’assassin s’est servi de lui pour entrer en contact avec sa véritable cible.
SOFIA : D’accord. Donc Logan peut rentrer à la maison ? Il a vécu une expérience traumatisante et…
Veronica eut un sourire amusé en voyant Logan afficher une mine effarée. Lui, le mâle alpha, se voyait reléguer au rang de figurant pendant que sa femme débitait des bêtises sur lui.
VERONICA : Malheureusement, non…
Veronica voix off : On a un 5 à 7 qui a été interrompu par un meurtre…
VERONICA : L’agent Echolls a été affecté à l’équipe en charge du dossier. Et madame, vous devez vous douter que votre mari n’en est pas à son premier cadavre… Ce qui serait traumatisant pour lui…
LOGAN : ce serait d’être mis sur la touche. Je ne suis pas un de tes gamins. Je peux encaisser.
Les deux agents échangèrent un regard entendu. Sofia renonça à toute opposition mais fit promettre à Logan de l’appeler au moindre coup de blues. Ce qu’il fit en lui donnant un baiser furtif. Rassurée, Madame Echolls retourna à son école pour enfants ayant un trouble du comportement. Veronica regarda Sofia s’éloigner.
LOGAN : Pas le moindre commentaire, Mars. Ou je te parle de ton coup de fil…
Veronica referma aussitôt la bouche et se dirigea vers le hall de l’hôtel. Logan la suivit.
Ils avancèrent côte à côte jusqu’à l’ascenseur en silence. Une fois devant la cabine, Veronica hésita à appuyer sur le bouton puis se tourna vers lui en demandant :
VERONICA – Alors, on va en parler ?
Logan haussa les sourcils avec un sourire charmeur et détailla le visage de la jeune femme. Il avait appris à lire en elle comme dans un livre ouvert et pourtant, parfois, elle le troublait encore. Et à cet instant il n’était pas sûr de savoir à quel jeu elle jouait. Il pinça ses lèvres et puis avec un grand sourire et un regard taquin, lui répondit :
LOGAN – Tu veux parler des deux minutes au paradis qu’on a partagées quelques heures plus tôt ? Ou…
VERONICA – De la petite blonde morte dans ton lit qui me ressemblait étrangement !
LOGAN – J’allais proposer : « ou de la petite blonde qui partage ma vie » mais dans ce cas, le choix du cadavre dans mon lit me parait bien plus adapté à la situation.
VERONICA – J’ai aussi une autre option : tu ne dis rien et je découvre pourquoi il y avait une demi-douzaine de capotes usagées dans ta salle de bain ? Lâcha-t-elle un peu plus amère en appuyant fermement sur le bouton de l’ascenseur.
LOGAN – Oh c’est mignon. J’ai toujours adoré quand tu étais jalouse !
Elle lui jeta un regard noir, alors qu’il arborait un large sourire. Il savait que ça l’énerverait. L’ascenseur émit un bip et les portes de la cabine s’ouvrirent avant que Veronica n'ait pu répliquer.
LOGAN – Sauvé par le gong !
Il pénétra dans l’élévateur suivi de près par Veronica qui soupirait. Il s’adossa nonchalamment contre la paroi du fond et lui jeta un regard en coin.
VERONICA – Logan !
LOGAN – V ! J’ai lu le dossier sur mon portable entre deux dans la voiture. L’objet de chez les Kane ? La fille qui est ton portrait tout craché… Et tu vas me dire que…
VERONICA – Ne dis rien ! J’en ai déjà la migraine ! Sérieusement ? Maintenant ? Pourquoi maintenant ?
LOGAN – Quel meilleur timing que le jour où Greenfield te propose de bosser avec moi ?
L’ascenseur s’arrêta et ils firent quelques pas en avant. Veronica regarda autour d’elle avant de retrouver ses marques. Sur le chemin, Veronica cogitait sur les paroles de son nouveau coéquipier.
Veronica voix off : Ils ne sont pas si aigris ? Attendre le moment propice où Logan et moi on se retrouverait ? Si ça c’est pas tordu ! Mais dans la vie, il n’y a pas de coïncidences. Logan a raison… A moins que…
Ils soulevèrent la banderole jaune et pénétrèrent dans la chambre d’hôtel. Logan regarda autour de lui et remarqua l’absence d’agents.
LOGAN – T’as renvoyé tes rottweilers ?
VERONICA – Ils sont en train de faire analyser toutes les preuves qu’on a trouvées.
LOGAN – Tu avais envie de passer un peu de temps seul à seul avec moi ?
VERONICA – On va devoir parler, Logan.
LOGAN – Des deux minutes d… tenta-t-il avec un sourire mais s’interrompit en voyant le regard que Veronica lui lançait déjà.
Un silence de plomb regagna la pièce. Il ne savait pas par où commencer. Il savait qu’elle ne le croyait pas coupable. Du moins pour le meurtre. Comment lui prouver qu’il n’était pas le jeune homme instable et frustré qu’elle avait connu à l’époque ? Comment lui faire comprendre que cette fois ci, elle pouvait lui faire confiance ? Que cette fois ci, il n’avait rien à lui cacher ! Il voulait jouer carte sur table dès le départ. Il ne voulait pas laisser place aux doutes. Les seuls doutes qui le hantaient actuellement, c’était pourquoi Veronica lui manquait-elle plus que sa propre femme, alors qu’elle se tenait à quelques centimètres de lui. Il n’avait jamais été infidèle, il n’avait jamais fait souffrir sa femme. Il avait été un homme exemplaire, un mari modèle et un agent irréprochable. La vie avait fait de lui un homme. Un homme, qui pendant deux minutes, avait complétement perdu pied dans les bras de son ancien amour.
En le regardant, elle réalisa qu’il n’était plus cet ado en colère contre la vie. Il avait grandi. Et pourtant ses yeux pétillaient toujours lorsqu’il les posait sur elle. Elle avait toujours cette même sensation d’être unique et irrésistible lorsqu’il faisait glisser son regard sur elle. Ce petit air de défi qui la poussait toujours plus loin, les entrainant tous les deux toujours un peu plus loin dans leur folie. Un sentiment qu’elle avait oublié, un sentiment que personne ne lui faisait ressentir, pas même William. Elle avait honte de l’admettre mais elle n’avait jamais ressenti autant de choses qu’avec Logan. Bien sûr, elle avait pleuré ; bien sûr, ils n’avaient pas eu que de bons moments. Mais cette sensation de se sentir vivante à chaque instant lui manquait. Ce feu, qui s’était rallumé pendant les quelques minutes de plaisir qu’elle avait partagées avec Logan, lui manquait.
Il mit fin à ce moment en s’éloignant d’elle et se dirigea vers la chambre. Il se posta sur le pas de la porte, s’appuya sur le chambranle et regarda le lit défait. Les auréoles de sang étaient encore visibles malgré l’absence de draps. Le froid envahit le corps de Veronica. Un peu trop vite, un peu trop soudainement à son goût. Elle frissonna en le regardant observer les lieux. Il ouvrit le dossier que Greenfield lui avait remis plus tôt et relut rapidement quelques lignes avant de se tourner vers elle.
LOGAN – Alors qu’est-ce que tu veux savoir ?
VERONICA – Quand tu as loué la chambre ? Pour quelle raison ? Si tu connais la victime ? Et si tu as déjà vu tous les indices qui étaient éparpillés dans ta chambre.
LOGAN – On va faire ça comme ça ? Ou j’ai le droit à un café.
VERONICA – Si tu me donnes toutes les réponses, tu auras le droit à ton café !
LOGAN – J’ai loué la chambre depuis aujourd’hui seulement. Je ne dors plus chez moi, chez nous… se reprit-il avant de poursuivre… depuis que Sofia a des angoisses. A chaque enquête ou presque je dors ailleurs parce que je ne veux pas la faire paniquer avec mes histoires. Je chasse mes idées noires avec un verre de whisky et je me couche, seul.
VERONICA – A chaque fois ?
LOGAN – Presque à toutes les enquêtes, et oui seul ! A chaque fois ! Répondit-il sachant pertinemment où la petite blonde voulait en venir.
Ils échangèrent un regard entendu et Logan continua son monologue.
LOGAN – Je n’ai jamais vu cette femme de ma vie et bien qu’elle soit une pâle copie de la version originale, je n’aurais pas couché avec elle. Expliqua-t-il en désignant Veronica. Je suis arrivé ce matin et j’ai déposé mes valises à la réception sans regarder la chambre. Ce n’est qu’après t’avoir croisée que j’y ai mis les pieds la première fois. Je ne sais donc pas ce qu’il y avait dans la chambre en arrivant.
Il acheva sa phrase sereinement devant l’air satisfait de Veronica. Elle réfléchit quelques secondes et Logan reprit la parole avant qu’elle ne pose sa question suivante.
LOGAN – Et je n’ai jamais trompé Sofia. Je n’y avais jamais pensé jusqu’à… toi. Admit-il d’une voix un peu plus faible mais sans baisser les yeux.
Un frisson parcourut l’échine de la jeune femme lorsqu’il plongea son regard dans le sien. A ses mots, les derniers doutes sur Logan s’évaporèrent. Elle avait beau être suspicieuse, elle n’arrivait pas à ne pas le croire. Elle avait fait souvent l’erreur dans le passé de le mettre au pied du mur ou de l’accuser à tort. Elle avait appris avec le temps que souvent, bien trop souvent, il lui avait dit la vérité et elle n’avait pas su écouter. Alors cette fois ci, elle allait faire un effort.
GRIES : Ah vous revoilà, boss ! On a du nouveau ! Et vous aussi visiblement ? ajouta l'agent en voyant Logan arriver derrière sa supérieure.
VERONICA : Echolls a été innocenté. Il bosse avec nous.
Les deux agents se jaugèrent du regard. Ce que vit Gries dut le rassurer puisqu'il commença à expliquer ce qu'ils venaient de trouver.
GRIES : Je commence par le basique : la caméra a été achetée par un certain Ethan Hunt.
Le sourcil gauche de Logan se leva. Les lèvres de Veronica s'étirèrent en un sourire mi-figue, mi-raisin. Leur affaire tournait autour d'un dingue. D'un signe de la main, Veronica rappela ses troupes autour d'elle. Malcolm ne semblait pas la voir trop pris par sa discussion avec un agent de la Scientifique. Veronica émit un sifflement strident qui fit se retourner Malcolm. Il adressa un clin d'œil à l'agent et rejoignit son groupe un café à la main. Logan le regardait avec envie.
MALCOLM : Ah ouais ! La caméra achetée par Ethan Hunt... Autant dire que c'est mission impossible de le retrouver...
Gries soupira. Il aimait travailler avec Malcolm parce qu'il avait un bon instinct mais détestait son humour. Visiblement, cette affaire semblait décupler son envie de blaguer. Entre deux gorgées de café, Malcolm poursuivit la conversation.
MALCOLM : En parlant de mission impossible, comment vous avez fait Echolls pour coucher avec autant de nanas en si peu de temps ?
Veronica voyait déjà Logan s'emporter ou pire mais rien. Il se contenta de mettre les mains dans ses poches en souriant.
LOGAN : Le maitre mot c'est l'endurance...
Trop c'était trop pour Veronica. Elle reprit ce trio de mâles en mains.
VERONICA : Echolls, stop ! Tu viens de m'assurer que tu n'as pas pu coucher avec autant de nanas alors ne va pas lui faire croire le contraire, sinon, tu connais déjà le chemin des affaires internes. Martinez serait ravie de te revoir !
Voyant son patron monter sur ses grands chevaux, Malcolm se décida à intervenir.
MALCOLM : Ne vous inquiétez pas boss. Je sais déjà qu'il n'a pas pu coucher avec...
VERONICA : Ah oui ? Tu t'expliques ou...
LOGAN : On doit attendre que tu aies tapé ton rapport en 3 exemplaires ?
MALCOLM : Vous devriez arrêter le café tous les deux, vous n'êtes pas zens du tout, plaisanta-t-il.
LOGAN : Ce que tu vois là, c'est l'effet de manque. Alors, tu le craches le morceau ?
MALCOLM : ok, ok... J'espère que vous êtes prêts à entrer dans la 4ième dimension... Parce que dans les capotes, il y avait bien du liquide mais...
VERONICA et LOGAN : mais ?
MALCOLM : Ok... Ok... Vous tuez le suspens... Elles étaient pleines de salive.
LOGAN : de la salive dans des préservatifs ? Quel taré irait faire ça ? Pourquoi ?
VERONICA : Il y a forcément un message caché... Comme pour la caméra...
GRIES : Il y avait bien un message caché. En vidant la poubelle, on a trouvé une capote ou plutôt son emballage. Je vous laisse lire...
Veronica récupéra le sac scellé. Elle observa rapidement l'emballage. Il ne sortait pas vraiment de l'ordinaire si on mettait de côté le fait qu'il soit recouvert d'un autocollant en forme de pirates sur lequel était écrit un message en tout petit. Elle le lut silencieusement. Logan par-dessus son épaule répéta la phrase à haute voix.
LOGAN : "Un petit stock de salive, ça peut toujours servir au beau parleur qui vous accompagne..."
Si le précédent message l'impliquait elle, celui-ci mettait Logan dans le même bateau. Veronica ne voyait pas pourquoi. Aussi elle se raccrocha aux preuves.
VERONICA : Faites partir la salive pour analyses. Faites aussi analyser l'écriture et l'encre qui a servi au premier message.
Logan la regardait gérer son équipe. Il avait toujours admiré sa capacité à prendre de la distance. Il fut surpris de la voir s'avachir sur le mur quand le duo Gries/Malcolm s'éloigna.
VERONICA : Nos retrouvailles, c'était déjà...
Logan attendit qu'elle complète le blanc mais rien ne vint. Veronica secoua la tête visiblement ébranlée.
VERONICA : Mais ça...
LOGAN : Quoi ? Depuis quand un cadavre mutilé effraie la grande Veronica Mars ?
VERONICA : Ce n'est pas le cadavre qui m'effraie mais le taré qui semble bien nous connaitre...
LOGAN : Il ne nous connait pas si bien...
Logan se rapprocha doucement d'elle, lui remit une mèche de cheveux en place. Il laissa sa main glisser le long de sa joue. Il la sentit frémir sous ses doigts. Tout à coup, elle se redressa.
VERONICA : Tandis que moi oui. Allez, on va le boire ce café ?
Veronica s'élança vers les ascenseurs. Il la rejoignit un sourire aux lèvres. Après tout, il suivrait son rythme, c'était elle la Boss dans cette affaire...