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Série : Veronica Mars
Création : 29.12.2015 à 20h59
Auteur : Elodielodi
Statut : Terminée
« Largement inspirée d'une conversation avec Marion, cette fic ne tient pas compte du film. Je ne vous en dis pas plus... » Elodielodi
Cette fanfic compte déjà 48 paragraphes
VERONICA : Pourquoi ?
Nichée au creux des bras de Logan, Veronica essayait de remettre ses pensées en ordre. Duncan était mort. Le monstre qu’il était devenu ne ferait plus jamais de mal à personne. Alors pourquoi cette nouvelle lui faisait-elle aussi mal ? Pourquoi était-ce des images de leur couple qui lui venaient à l’esprit aujourd’hui ? Jeff était définitivement hors d’état de nuire et il avait entrainé Duncan dans sa chute. Et elle ne pouvait s’empêcher de pleurer son premier amour. Elle respira un grand coup, se redressa et sécha ses larmes. Elle allait faire face comme elle l’avait toujours fait, en trouvant des réponses. Elle releva la tête vers Logan et le regarda dans les yeux.
VERONICA : Pourquoi ?
A cette question, l’esprit de Logan était allé directement vers la lettre. La réponse y figurait peut-être. C'était même fort probable. Devait-il lui en parler ? Une partie de lui voulait lui apporter des réponses, partager cette information avec elle, la soulager de certaines interrogations. Mais une autre partie n’était pas sûre que ce soit une bonne idée : lui en parler reviendrait à la rendre complice de la subtilisation d’une preuve. Et surtout, la lettre lui était adressée personnellement. Il n’était pas prêt à la lire en compagnie de qui que ce soit. Pas même Veronica. Surtout pas Veronica. Il ne voulait pas risquer que son contenu ne mette plus de distance entre eux qu'il n'y en avait déjà. Il en prendrait connaissance plus tard. Lorsqu’il serait seul.
Dans l’immédiat, l’important était de ne pas la laisser aller jusqu’à la cellule. Elle n’avait pas besoin de voir la pièce maculée de son sang. Il avait bien senti dans sa détresse que ce n’était pas la mort d’un assassin à laquelle elle faisait face aujourd’hui, mais à la mort de l’homme qu’elle avait aimé.
Sans un mot, il l’entraîna hors du quartier sécurisé vers les bâtiments administratifs.
VERONICA : Comment un patient interné dans un quartier de haute sécurité peut-il avoir accès à une lame de rasoir ?!
Veronica était debout dans le bureau du directeur des soins et se défoulait sur ce dernier.
DIRECTEUR : Je vous assure que nous ferons notre possible pour faire la lumière sur ce dysfonctionnement.
Voyant Veronica prête à bondir, Logan essaya de calmer le jeu.
LOGAN : Avez-vous une idée de ce qui a entraîné ce geste ? Sa personnalité violente est-elle devenue autodestructrice ?
DIRECTEUR : Eh bien, c’est une hypothèse que nous ne pouvons réellement écarter…
VERONICA : Mais ce n’est manifestement pas celle que vous privilégiez...
DIRECTEUR : … Non… En effet…
LOGAN : Pourriez-vous être un peu plus explicite ?
C’était lui maintenant qui commençait à perdre patience, n’appréciant pas vraiment la façon dont le médecin semblait tourner autour du pot.
DIRECTEUR : Eh bien, nous avions fait de gros progrès avec Monsieur Kane, ces dernières semaines. Jeff, sa personnalité violente qui ne l’avait quasiment plus laissé réapparaître depuis son arrestation, avait fini par être moins présent et nous avions donc de nouveau accès à sa personnalité première. La culpabilité qu’il a clairement exprimée lors de nos derniers entretiens me laisse supposer qu’il essayait de reprendre le dessus, de ne plus laisser Jeff faire face aux difficultés pour lui. Et il est très probable qu’il ait mis fin à ses jours car il ne pouvait y faire face seul.
Un silence pesant fit suite à cette déclaration.
Veronica sentit son sang battre dans ses tempes. La rage la consumait intérieurement sans qu’elle puisse clairement en définir la raison. Logan paraissait abattu et préoccupé mais il semblait surtout redouter une réaction intempestive de sa part. Elle fit donc un effort pour retrouver son calme et prit une grande inspiration.
VERONICA : Merci docteur. Je vous serai reconnaissante de nous tenir informés des suites de votre enquête interne.
Puis elle quitta le bureau. Logan prit congé auprès du directeur et lui emboita le pas.
Ils n’échangèrent pas un mot jusqu’au parking, aucun d’eux ne trouvant quoi que ce soit d’approprié pour briser le silence qui se faisait plus lourd à chaque pas.
Arrivés à la grille, Veronica se rendit compte qu’elle n’avait pas sa voiture.
VERONICA : C’est une voiture de patrouille qui est venue me chercher car ils n’arrivaient pas à me joindre sur mon téléphone. Je n’ai pas ma voiture. Tu peux me ramener ?
LOGAN : Bien sûr, aucun problème.
Le trajet jusqu’au centre de San Diego se fit dans un silence assourdissant. Lorsque Logan gara le véhicule devant l’immeuble où Veronica séjournait, les non-dits des dernières semaines semblaient s’être tellement amplifiés qu’ils formaient désormais un mur infranchissable entre eux deux.
Veronica ouvrit sa portière en le remerciant pour le trajet, toutes les autres phrases qu’elle avait sur le cœur restant accrochées au fond de sa gorge, pesant sur sa poitrine. Pas plus qu’elle, Logan ne réussit à rompre cette paroi qui s’était érigée entre eux. Il la laissa quitter la voiture, le cœur dans un étau.
Les jours qui suivirent passèrent dans un brouillard confus. Veronica alla au bureau comme un automate, finit les dernières formalités administratives pour boucler le dossier Kane dans un état presque second et ne réagit même pas lorsque que Celeste Kane la rendit responsable de tous les maux de la planète alors qu’elle venait signer les documents pour récupérer le corps de son fils en vue des funérailles. Elle n’assista pas à l’enterrement afin de ne pas risquer que Celeste ne fasse un scandale.
Le lendemain des obsèques, Logan frappa à sa porte.
LOGAN : Je n’y suis pas allé non plus hier. Je comptais aller à Neptune cet après-midi, pour…
Il ne finit pas sa phrase. Pas besoin de mots.
LOGAN : Veux- tu m’accompagner ?
Veronica ne répondit pas tout de suite, prise au dépourvu et pesant sa réponse.
LOGAN : J’aurai besoin de te parler, également.
La jeune femme redoutait que la discussion ne soit encore plus difficile que le silence qu’ils avaient maintenu entre eux jusqu’alors. Mais ils ne pouvaient continuer ainsi. Il fallait crever l’abcès.
VERONICA : Oui, bien sûr, je viens avec toi. Laisse-moi quelques minutes pour me préparer et on peut y aller.
Le soleil baignait le cimetière lorsqu’ils arrivèrent. Ils étaient seuls dans le parc, se tenant tous deux à quelques mètres du lopin de terre retournée la veille. Cette scène n’était devenue que trop familière ces derniers mois. William, Sofia et maintenant…. Comment faire face à ce mélange d’émotions contradictoires : il leur avait pris des êtres chers mais ils ne pouvaient s’empêcher de le pleurer.
Doucement, Veronica glissa sa main dans celle de Logan. Tout d’abord surpris, celui-ci la serra ensuite légèrement. C’est main dans la main qu’ils quittèrent le cimetière pour marcher un peu le long du parc, dans un silence apaisé cette fois.
Puis Logan s’arrêta et se tourna vers la jeune femme. Il lâcha sa main et vint remettre une mèche de cheveux derrière son oreille. Veronica inclina la tête afin laisser ses doigts effleurer sa joue.
LOGAN : Je vais partir.
Ces trois mots lui firent l’effet d’un coup de poignard en plein cœur. Elle avait beau savoir au plus profond d’elle-même qu’ils ne pouvaient pas se retrouver après tout ce qui s’était passé, l’entendre le formuler finalement rendit cette réalité encore plus douloureuse. Inconsciemment, elle s’arrêta de respirer en attendant qu’il poursuive.
LOGAN : Je t’aime comme je n’ai jamais aimé personne. Je t’aime à en crever. Et je ne peux plus supporter de rester près de toi, de travailler près de toi, sans pouvoir être avec toi.
Veronica ne répondit rien, attendant la suite, connaissant la suite puisque c’était cette évidence même qu’elle refusait de regarder en face depuis des mois.
LOGAN : Je n’ai qu’une envie, c’est de pouvoir tout recommencer avec toi, finir ma vie avec toi... Mais redémarrer quoi que ce soit après…. Après tout ça, …. Ça revient à condamner notre histoire.
Une boule au fond de la gorge, Veronica n’arrivait pas à dire quoi que ce soit. Elle savait que si elle parlait, les mots allaient se perdre et elle n’arriverait plus à contenir les larmes qui montaient derrière ses yeux.
Elle se contenta donc de continuer à regarder droit devant elle et tenta de reprendre une respiration normale afin de refouler les sanglots qui menaçaient.
Logan savait qu’elle ne tiendrait pas beaucoup plus longtemps et il ne fallait pas qu’elle craque s’il voulait réussir à résister jusqu’au bout. Il essaya donc de finir en restant aussi factuel que possible.
LOGAN : J’ai demandé ma mutation et elle a été acceptée. Greenfield a bien voulu me laisser te l’annoncer. Hier était mon dernier jour. Ton père t’attend devant l’entrée Ouest pour te ramener.
L'annonce était brutale mais il savait que s’il ne partait pas tout de suite, il n’arriverait plus à la laisser. Il appuya un baiser sur son front, lui glissa une enveloppe dans la main puis s’éloigna dans son dos, se forçant à ne pas se retourner alors que les larmes envahissaient ses yeux.
Veronica resta quelques minutes sans bouger, le cœur serré, puis, comme un automate, elle rejoignit l'entrée Ouest du cimetière où son père l'attendait.
Il la prit dans ses bras sans lui poser de question et Veronica sentit son cœur se desserrer légèrement.
Une fois dans la voiture, en route vers chez lui, Keith demanda :
KEITH : Puis-je espérer de profiter de ta présence à Neptune pour apprécier un plat de lasagnes avec toi ce soir? Et peut-être des œufs au bacon demain matin avant de te ramener à San Diego?
VERONICA (forçant un sourire) : Ouh! Des lasagnes à la Mars? Tu sais que c'est un crime de corrompre un agent fédéral. Mais où est-ce que tu vas me loger? Il me semblait que tu avais transformé ma chambre en salle de musculation...
KEITH : Si les rameurs et les bancs de développés-couchés ne te font pas faire de cauchemars, cela ne devrait pas poser de problème : ton lit de jeune fille est toujours là.
VERONICA : Oh, ça me touche que tu aies voulu le garder pour moi !
KEITH : Pour être exact, il est plutôt confortable pour mes petites siestes du dimanche...
Je te dépose à la maison, et je retourne faire quelques courses pour ce soir. Glace aux pépites de chocolat ?
VERONICA : Tu lis dans mes pensées.
Une fois rentrée chez son père, Veronica s'assit au bord du canapé, la tête vide. Elle sentit alors dans sa poche arrière l’enveloppe que Logan lui avait glissée dans la main une demi-heure plus tôt.
Elle la sortit de sa poche et resta assise à la contempler, ne sachant réellement si elle voulait l'ouvrir.
Puis d'un geste empressé, elle décacheta l'enveloppe et en sortit un feuillet sur lequel elle reconnut l'écriture de Logan et une autre enveloppe un peu plus petite.
Elle posa la seconde enveloppe à côté d'elle sur le canapé et déplia le feuillet, une boule au ventre.
Veronica,
Je ne sais pas si je vais réussir à te dire dans les yeux tout ce que j’ai besoin que tu entendes, aussi je préfère prendre les devants et le coucher sur le papier.
Depuis la minute où tu es revenue dans ma vie, je n’arrive plus à l’envisager sans toi. Tu vas me dire que je suis paradoxal, puisqu’aujourd’hui, c’est moi qui m’en vais.
Le fait est que de vivre près de toi sans pouvoir être avec toi est encore plus dur. Supporter ce mur que les évènements des derniers mois ont érigé entre nous est un calvaire. Cela fait des semaines que je cherche un moyen de crever l’abcès et de réussir à communiquer avec toi à nouveau mais je me rends compte que c’est ma culpabilité qui m’empêche d’aller de l’avant. Ma culpabilité envers toi, envers Sofia, envers William, envers Duncan.
J’ai beau essayer de me convaincre que seul Duncan est à blâmer dans cette histoire, il n’empêche que c’est le fait d’avoir succombé à mon attirance envers la seule femme que j’ai jamais réellement aimée qui a tout déclenché. Et tant que je n’aurai pas réussi à faire face à cette culpabilité et à la dépasser, essayer de reconstruire quelque chose avec toi risquerait de ruiner notre relation. C’est un risque que je ne suis pas prêt à prendre.
Je vois bien que tu fais face à cette culpabilité également et je ne peux qu’espérer que cette distance que je mets entre nous te permettra également de retrouver cet air taquin et amusé, léger, que tu posais sur moi avant tout cela.
J’espère également que ce temps te permettra de ne plus m’en vouloir de ne pas t’avoir parlé de la lettre jointe à celle-ci.
Si tu l’as déjà regardée tu auras vu qu’il s’agit d’une lettre de Duncan qui m’est adressée. Je l’ai subtilisée dans sa cellule lorsque j’ai découvert son corps. Je n’avais pas l’intention de te la cacher mais sur le moment, j’ai préféré attendre d’être seul pour en prendre connaissance. Et par la suite… Par la suite nos échanges sont devenus si tendus que je n’ai pas réussi à t’en parler. Peut-être t’apportera-t-elle quelques réponses supplémentaires.
Je ne sais pas combien de temps il va me falloir pour pouvoir revenir vers toi. Quelques mois ?
Je n’ai pas le droit de te demander de m’attendre, mais qu’est-ce que quelques mois pour nous ?
Notre relation est épique, souviens-toi. Elle traverse les années.
Tu es ma raison de vivre,
Je t’aime.
L.
Arrivée à la dernière ligne, Veronica relut le passage concernant la lettre de Duncan, abasourdie, puis laissa retomber la lettre sur ses genoux, le regard perdu devant elle. Dans un état second, elle attrapa la seconde enveloppe et l’ouvrit fébrilement.
X : Tu ne souhaites toujours pas parler de Duncan ?
Veronica se mura dans le silence. Il en était ainsi depuis le début de sa thérapie. Elle lui avait été imposée par Greenfield mais ce n'était pas pour cela qu'elle se taisait. Elle restait muette car le flot des événements l'avait submergée. Elle était persuadée que dès qu'elle se mettrait à parler, elle se noierait. Et d'autant plus, si elle se mettait à parler à cette psychiatre là. Veronica détestait le Capitaine pour son choix.
PSY : Tu sais Veronica, parler t'aidera à aller mieux... Souviens-toi...
VERONICA : Qui te dit que j'ai envie d'aller mieux. Et puis, c'est quoi aller mieux ? Mieux que quoi ?
La psychiatre esquissa un demi-sourire. Sa patiente sortait peu à peu de son mutisme. Elle aboyait tant pis. Tant qu'elle parlait, la psy était ravie. Elles avançaient.
Le sourire n'échappa pas à Veronica. Il embrasa les flammèches de sa colère. La Veronica qui avait perdu son compagnon, son premier amour et son amant de toujours n'eut aucun regret à appuyer là où ça faisait mal.
VERONICA : Qui te dit que je veux me souvenir ?
PSY : C'est à toi de définir
VERONICA : Si tu me sors les contours de mon bonheur...
Le médecin soupira. C'était du Mars à 100%. Elle vous faisait espérer et puis elle vous tirait à nouveau dans la noirceur et l'incertitude. Veronica Mars était une patiente particulièrement difficile à suivre et donc à traiter. Mais cette fois-ci, elle ne se laisserait pas berner. Elle ne la lâcherait qu'une fois totalement certaine qu'elle serait remise. Et puis cette fois, le médecin ne pourrait pas bénéficier de l'aide de son frère. On ne peut pas bénéficier de l'aide d'un mort.
PSY : C'est à toi de choisir ce dont tu veux te souvenir... Mais effacer William de ta mémoire ne t'enlèvera pas ta douleur... Crois-moi... Je sais ce que tu ressens...
A ces mots, Veronica se redressa vivement. Au moment de quitter la pièce, elle eut ces derniers mots pour la psy :
VERONICA : Merci de me rappeler que je t'ai enlevé ton frère !
Sur ce, elle s'éloigna en courant dans le couloir, les joues baignées de larmes. Veronica se réfugia dans l'ascenseur. Aussitôt seule dans la cabine, elle actionna le bouton d'immobilisation et se laissa glisser au sol. Ainsi suspendue, elle accepta de laisser libre cours à sa colère, à son chagrin. Après plusieurs minutes, elle voulut sécher ses larmes. Elle porta la main à la poche intérieure de sa veste. Ses doigts effleurèrent le papier d'une enveloppe. Aussitôt, les larmes repartirent de plus belle. Elle n'aurait jamais dû garder cette lettre, elle aurait dû la ranger avec celle de Logan. Pourquoi se forçait-elle à conserver en permanence avec elle les derniers mots de Duncan ?
Pourquoi ?
Au volant de sa voiture, elle rageait. Elle s’était faite avoir et n’avait rien vu venir. Elle connaissait pourtant le spécimen, elle aurait dû s’en douter, sentir le truc. Mais rien. Il lui avait fallu quarante-six jours pour comprendre le sens de la lettre. Quarante-six jours pour se rendre compte qu’il l’avait bernée. Après s’être enfermée dans l’ascenseur, elle avait compris. Les mots de son ex-belle-sœur et la lettre s’étaient entremêlés dans sa tête et le déclic s’était fait tout seul. Elle avait traversé le hall et le parking à la hâte, envoyant valser la porte principale du bâtiment contre le mur, faisant sursauter plusieurs agents devant l’entrée. Elle s’en fichait pas mal, tout ce qui comptait c’était qu’elle arrive au bureau de San Francisco avant la tombée de la nuit. Elle n’avait pas le cœur à fouiller le secteur pour retrouver son adresse, si elle arrivait à l’heure il serait sans doute encore derrière son bureau le nez dans une affaire. Elle regarda le tableau de bord qui indiquait 12h38 alors qu’elle venait de dépasser Bakersfield de plusieurs bornes.
Il tentait, en vain, de se concentrer sur les paroles de ses deux co-équipiers, se massant la nuque pour essayer de se détendre. Il avait raté le dernier examen, le psy de l’équipe avait fait un rapport notifiant les incidents des derniers mois, lui permettant un sursis de quelques jours pour repasser l’examen. Il ferma les yeux, fit le vide dans sa tête, et se concentra à nouveau sur les deux agents face à lui. Alors qu’il allait jeter un œil au dossier, une altercation dans le couloir le fit froncer les sourcils. Au moment où il leva les yeux, la porte s’ouvrit à la volée, la laissant apparaitre comme dans ses souvenirs. Il l’imaginait bien plaquer son insigne sous le nez de l’officier en chef et de la réceptionniste et passer la sécurité sans demander son reste. Il ne put s’empêcher de sourire même si, en la regardant se diriger vers lui comme une furie, il se sentit soudain en très mauvaise posture. Ses cheveux blonds virevoltaient autour de son visage, elle arborait un regard noir prêt à en finir avec lui et il déglutit lorsqu’il la vit brandir un bout de papier beige, plié en quatre.
VERONICA – Tu l’as lue, au moins?
Les collègues de Logan la dévisagèrent sans comprendre alors qu’il aurait rêvé que la terre s’ouvre sous ses pieds pour disparaitre. Ses yeux envoyaient des éclairs et elle semblait prête à discuter, que les collègues de Logan décident d’y assister lui était complètement égal. Par respect, ceux-ci jetèrent un dernier coup d’œil à Logan et sortirent de la pièce en silence, fermant la porte derrière eux. Elle avait les traits tirés, il se doutait qu’elle avait passé plusieurs heures derrière son volant juste pour venir le confronter et il s’en voulut. Elle faisait les cent pas, lui jetant des regards en coin, prête à dégainer. Il ne pipa mot, il la laissa ouvrir le feu. Elle se planta face à lui et reprit :
VERONICA – Dis-moi que je ne me suis pas torturée l’esprit pendant des semaines, à lire la lettre, à y chercher un quelconque sens caché, en vain! C’était inutile et aujourd’hui, ce matin après m’être littéralement donnée en spectacle devant mon psy j’ai compris… Tu ne l’as pas lue. Tu t’es arrêté où, au juste Echolls ? Parce que te connaissant, t’as à peine fini le premier paragraphe « j’aimerais que tu lui dises, que tu dises pourquoi… »
LOGAN – V. Je…
VERONICA – J’ai raison n’est-ce pas ?
Logan se pinça les lèvres, gêné et en même temps mis devant le fait accompli. Elle tournait tel un fauve en cage et il savait qu’il n’avait pas matière à argumenter ce coup-ci. Il l’avait leurrée et connaissant Veronica, il allait payer le prix fort. Non il n’avait pas lu la lettre. Sa gorge s’était nouée à cette phrase et il n’avait pas pu continuer de peur de lire la déclaration de Duncan à Veronica. Incapable de lire un mot de plus de ce que son ami avait couché sur papier. Il s’était sentit encore plus coupable qu’avant la mort de son ami. C’était là qu’il avait pris la décision de lui remettre la lettre avant son départ. Il leva les yeux vers elle, se massa la nuque, ne sachant pas quoi lui dire. Logan croisa enfin le regard de Veronica et avec difficulté il souffla :
LOGAN – Je n’ai pas eu la force de lire ses excuses.
VERONICA – Tu aurais dû. Lâcha-t-elle un tantinet amer.
Elle lui tendit la feuille qu’il attrapa tremblant. Il déplia le morceau de papier et elle croisa ses bras sur sa poitrine, le regard inquisiteur. Il leva la tête vers elle avec un sourire nerveux.
LOGAN – Tu vas m’observer pendant que je lis ?
VERONICA – Ma première option était de te la lire moi-même, pour être sûre que tu ne rates aucun passage.
Au bout de quelques secondes, il comprit qu’il était peine perdue d’argumenter avec elle, elle était clairement décidée à lui faire lire la lettre maintenant. Il baissa les yeux sur le papier et, incertain, commença sa lecture. Veronica, face à lui, se détendit un peu, tentant de prendre son mal en patience. A chaque mouvement, elle guettait la réaction de Logan. Imperturbable, il s’appuya sur le bord de son bureau et se concentra.
« Logan,
J’ai tenté de faire face à mes démons et c’est pour ça qu’il faut que je t’écrive ces quelques mots. J’ai voulu écrire à Veronica, mais il n’y a pas de mot, pas de pardon pour le mal que j’ai pu lui causer. Je sais que si je m’adresse à toi, tu comprendras et tu lui expliqueras que ce n’est pas parce que je ne l’aime pas, mais parce que je ne mérite pas son pardon. Alors j’aimerais que tu lui dises, que tu lui dises pourquoi…
Je sais bien qu’elle n’a pas la force de venir me voir, et je ne l’en blâme pas. J’ai fait de votre vie un cauchemar. Malgré ce que les médecins tentent de m’expliquer, que Jeff est une autre partie de moi, il habite en moi. Il vit en moi. Et c’est donc moi qui ai commis toutes ces choses.
Les horreurs que j’ai dites, les atrocités que j’ai commises ne sont pas justifiables par cette autre partie de moi, et ne sont en aucun cas excusables. Lorsque la vie m’a arraché Lilly, tout a changé. La rage et la douleur se sont emparées de moi et je n’ai plus été capable de contrôler mes émotions. Je ne peux plus vivre après avoir perdu ma fille. Elle a été le soleil qui rendait ma vie meilleure, c’est elle qui m’a fait tenir. Je n’ai pas la force et le courage d’affronter ton regard une fois de plus, de savoir qu’un jour je croiserai peut être celui de Veronica. Face aux horreurs que j’ai commises je n’ai pas d’avenir.
J’ai gardé le silence à chacune de tes visites, me rappelant le mal que je t’avais infligé. Cherchant à savoir pourquoi tu étais là alors que j’avais tué ta femme. Tentant de comprendre ta démarche. Tu ne faisais que parler à un homme qui ne te répondait pas.
Je voulais que tu saches que tu es quelqu’un de bien Logan. Tu as toujours été mon ami, malgré ma maladie, malgré Lilly, malgré ton père et malgré Veronica. Tu as été le frère que je n’ai jamais eu, la personne sur qui j’ai pu compter lorsque la vie a pris un mauvais tournant. Mais j’ai oublié tout ça. Et en t’écoutant, patiemment, en silence je me suis rendu compte de qui tu es vraiment et j’ai pris conscience que rien de ce que je ferai ne rachètera ce que je vous ai fait endurer.
Veronica n’aurait pas pu trouver meilleur allié dans cette vie. Ne la laisse jamais te repousser. J’ai détruit toute chance de construire quoi que ce soit avec elle. Je suis parti et je lui ai tourné le dos, pensant qu’elle m’attendrait. La vérité c’est que je n’ai jamais pu l’oublier. Mais je ne la mérite pas, je l’ai abandonnée, je l’ai laissée seule.
Dis-lui que je suis désolé d’avoir fait de sa vie un enfer. De lui avoir pris l’homme qu’elle aimait, d’avoir essayé de t’arracher à elle. J’étais aveuglé par la douleur. Et surtout Logan, protège-la. Je l’ai vue te regarder Logan, elle t’aime bien plus qu’elle ne m’a jamais aimé. Vous avez construit cette histoire face à laquelle je n’aurais jamais eu aucune chance. Vous vous ressemblez bien plus que vous ne le pensez. J’ai bien tenté d’être digne d’elle, mais comparé à moi, tu as mérité son amour.
Ne fais pas la même erreur que moi ; ne l’éloigne pas de toi. Il n’y a rien que je regrette plus que de l’avoir quittée.
Si je t’écris c’est pour te demander pardon Logan, et aussi pour te dire adieu.
On dit que l’espoir meurt en dernier, chez moi il réside en toi.
Duncan. »
Elle s’était appuyée sur l’accoudoir du canapé pendant sa lecture, l’observant de loin, tentant de lire une quelconque réaction sur le visage de son amant. Lorsqu’elle le vit replier la lettre, les yeux brillants, elle comprit que comme elle il venait enfin de se libérer d’un poids.
LOGAN – Il n’était pas si mauvais lorsqu’il jugeait les gens…
VERONICA – Duncan était plutôt intelligent oui.
Ils se jaugèrent pendant quelques secondes avant que Logan rende la lettre à Veronica. Leurs doigts s’effleurèrent, le cœur de Logan s’accéléra instantanément. La lettre avait été comme une douche froide pour lui. Il ne s’attendait ni à des excuses ni à cette révélation de la part de Duncan. Son estomac se noua lorsqu’il plongea son regard à nouveau dans celui de la petite blonde. Il avait fait ce qu’il ne voulait pas faire, la laisser tomber. Au moment où elle avait finalement eu le plus besoin de lui, il était parti, sans se retourner, pensant que c’était la meilleure chose pour elle… Et pour lui.
LOGAN – Je suis désolé de t’avoir lâchée sur ce coup-là Mars.
Elle le regarda longuement et se rendit compte qu’il était peut-être bien plus marqué, bien plus blessé par les derniers événements qu’elle. Lorsqu’elle plongea au fond de ses yeux noisette elle crut revoir le jeune homme de seize ans dont elle était tombée amoureuse au début. Elle revoyait en lui celui qui avait été surpris et perdu à la fois lorsqu’elle avait posé ses lèvres sur les siennes pour la première fois. Elle se rendit alors compte que malgré toutes les apparences, Logan était bien plus fragile qu’elle. Et que finalement, bien qu’il ait voulu mettre de la distance entre eux, il n’arrivait pas à admettre tout simplement, comme à chaque fois, que c’était elle qu’il voulait protéger.
VERONICA – Tu n’as jamais pensé que peut-être ce n’était pas moi mais toi, qui avais besoin de quelqu’un à tes côtés…
Ils restèrent face à face, en silence, les doigts entrelacés, partageant ce moment de simplicité. Il aurait voulu l’attirer à lui, la serrer dans ses bras, sentir l’odeur de sa peau, de ses cheveux mais il se retint. Savourant simplement la douceur dans ses yeux, le fait de l’avoir retrouvée. Et en cet instant, il était certain de ne plus jamais la quitter. Elle lui sourit en sentant ce regard doux et brûlant à la fois. Elle resserra sa main dans la sienne et resta près de lui. Elle n’avait envie d’aller nulle part, elle n’avait plus besoin d’aller nulle part, tant qu’il était près d’elle. Maintenant, elle faisait enfin la paix avec sa douleur. Elle savait enfin que cette fois, elle resterait auprès de lui quoi qu’il en coûte.
FIN