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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Veronica Mars
Création : 21.02.2019 à 21h38
Auteur : alExiaN
Statut : Terminée
« Suite de l'épisode "de la poudre aux yeux" - post film » alExiaN
Cette fanfic compte déjà 98 paragraphes
Logan remontait de la plage avec sa planche. La soirée de la veille l’avait privé de sa dose d’iode, aussi avait-il mis le réveil plus tôt et était allé se ressourcer dans l’océan. Il avait eu l’immensité pour lui tout seul. Il avait pu faire le point sur pas mal de choses : ses dossiers de boulot, Dick, l’affaire Sinclair, Leo et le cas Marion Moore. Cette dernière chose était évidemment la plus urgente à traiter. Mais comment faire comprendre à Veronica que présenter Leo et Marion n’était pas l’idée du siècle sans attiser les braises de sa jalousie ? Il était encore à chercher un moyen d’amener le sujet sur le tapis quand Veronica le rejoignit sur la terrasse avec deux mugs de café fumant.
“- Besoin de faire le point ?
- Tu me connais bien, Mars, fit-il en se saisissant d’une tasse.
- Je ne comprends toujours pas comment tu fais pour trouver la paix dans ce tumulte, confessa-t-elle en pointant l’océan agité au loin.”
Logan lui sourit. Il avait déjà essayé de lui expliquer. En vain.
“- Tu devrais essayer…
- Moi, grimper sur vos engins de malheur ?”
Veronica affichait son air “jette-moi plutôt dans un nid de fourmis rouges”. Logan en rit de plus belle.
“- Par contre, j’y attacherais bien ta collègue...marmonna-t-elle.”
Logan se glissa derrière son amoureuse, lui fit couler de l’eau salée sur les épaules tout en l’embrassant dans le cou.
“- Mais qu’est-ce qu’elle t’a fait pour que tu la détestes ?
- Ce qu’elle a fait ? Elle roule des hanches et minaude comme une lycéenne devant toi.
- Et tu as l’impression que je suis sensible à son manège ? Questionna Logan dont la bouche se perdait de plus en plus bas dans le cou de Veronica.”
Sous les baisers, Veronica se détendait peu à peu.
“- Je vais lui présenter Leo. Ça sera moins radical comme méthode.
- Moins radical, certes. Mais totalement inutile, Leo a rencontré quelqu’un, dit Logan qui s’appliquait à dénuder l’épaule droite de Veronica pour y déposer quantité de baisers.
- Une rencontre, ça n’engage à rien, contra-t-elle.
- Tu vas perdre ton temps… Il est gay, lâcha Logan malgré la promesse faite à Leo, le velouté de cette peau lui faisait perdre les pédales.”
L’information fit réagir Veronica. Elle s’écarta vivement de son homme et lui fit face les yeux ronds.
“- Quoi ?!”
Logan lui rendit un regard tout penaud. Il avait failli à sa promesse. Et inutile d’espérer se défiler après une telle révélation face à Veronica.
“- Tu as des preuves de ce que tu avances ?
- Je l’ai vu avec un mec dans un bar…”
Logan restait volontairement évasif, il ne voulait pas que sa compagne planque devant l’établissement pour en avoir le cœur net ; déjà qu’il redoutait qu’elle parte sonner chez son adjoint.
“- Un rendez-vous dans un bar ? C’est ça, ta preuve irréfutable ?
- Je sais ce que j’ai vu et… commença-t-il avant de se taire.”
Certes, il était vexé qu’elle ne lui fasse pas confiance mais non, il ne lui confierait pas que Leo lui avait montré une photo de son petit-ami.
“- Et ? encouragea Veronica dont la curiosité était piquée.
- Et, et… Et, tu sais comme il éconduit soigneusement Denise…”
Veronica fit une moue qui signifiait : “mouais, pas terrible, ton argument.”. Logan se creusa les méninges. Des flashs de soirées passées avec Leo lui revinrent.
“- Et, souviens-toi comme il peut être tactile avec Dick, avec Wallace ou moi ! Surtout moi quand j’y pense…
- Pfff ! C’est pas parce que ta coéquipière veut coucher avec toi que le mien a les mêmes envies, railla Veronica en levant les yeux au ciel.
- Mais arrête avec Marion, s’agaça Logan. C’est des bêtises tout ça !
- J’arrête, si toi, tu arrêtes de dire que Leo est gay. Parce qu’au rayon bêtises, ça se pose là…”
Logan leva les mains en signe de renoncement. Elle ne voulait pas y croire, tant pis. Elle cessait de parler de Marion, tant mieux.
Ce matin, étrangement ce fut Tad Delaunay qui fit l’ouverture du bureau. Il était plus de 8 heures quand il s’était réveillé avec la marque des touches de son clavier imprimée dans la joue, plus jamais il ne jouerait à clash of clans après avoir visionné 6 heures de vidéos. Aussi vite que lui permettait son début d’embonpoint, il s’était habillé. Il était arrivé à moitié dépenaillé, les yeux encore tout collés de sommeil. Sa surprise fut grande quand il comprit qu’il s’était pressé pour rien. Ni Veronica, ni Leo n’étaient arrivé. De plus, la secrétaire de l’accueil, Inga, avait pris ses congés. Les mains sur les genoux, Tad prit le temps de souffler, puis de réajuster son uniforme. Une légère toux le surprit.
“- Bonjour, réussit-il à bafouiller à l’intention de la visiteuse.”
Tad cligna plusieurs fois des yeux. Il était certain de connaître ce visage. Il l’avait déjà vu et ce à maintes reprises. Alors qu’il s’échinait avec la serrure du bureau, son cerveau tournait à vive allure. Qu’aurait-il donné pour un surplus de sucre pour accélérer la vitesse de ses neurones ? Quand la porte s’ouvrit, il trouva.
“- Entrez donc Mademoiselle Sinclair…
- Appelez-moi Lauren… Mademoiselle Sinclair, c’est l’autre, répondit froidement la jeune femme.”
Tad déglutit avec peine. Maintenant qu’il l’avait reconnue, il se souvenait de la personnalité de Lauren. Certes, il ne l’avait pas côtoyé en vrai, mais les heures de vidéosurveillances ingurgitées la veille lui avaient donné une assez bonne connaissance du tempérament de la jeune femme.
“- Personne n’est encore arrivé ? s’étonna-t-elle.”
Tad grimaça. Ainsi elle aussi, elle trouvait ça bizarre un poste de police désert à plus de 9 heures en pleine semaine. Il allait lui mentir quand la porte s’ouvrit à la volée.
“- La tuyauterie de ma salle de bain a fait des siennes ce matin, mais ce que j’ai découvert devrait largement compenser mon retard, se justifia Leo qui avait encore les cheveux tout humides en entrant dans le bureau, Veronica sur les talons.
- Je l’espère parce qu’on a…”
Subitement, elle se tut. Elle avait vu Lauren. Du coin de l’œil, elle chercha l’autre Sinclair.
“- Elle est encore alitée. Les médecins viennent de découvrir une fracture du bassin sous les hématomes.”
L’ensemble de l’équipe accueillit la nouvelle en silence. Chacun d’eux s’installa à son poste sous le regard impatient de Lauren. Tad démarra l’ensemble des appareils électriques, cafetière comprise puis il sortit son paquet de gâteaux de secours. Leo rangea son arme et tira de sa besace le dossier Vega ainsi que les notes prises pendant son entrevue avec Keith. Veronica ne se lança pas dans sa routine matinale, elle préféra tirer une chaise pour Lauren et l’invita à s’asseoir.
“- Je suis désolée de l’état de ta sœur…
- Gardez les formules de politesse pour la conférence de presse, shérif…
- OK, fit lentement Veronica en cherchant du regard ses adjoints.”
Discrètement, ils lui firent comprendre qu’aucun d’eux ne savait pourquoi la jeune femme était là et était autant remontée.
“- Puisque la politesse n’est pas de mise, qu’est-ce que tu fais là ?
- Je viens aux nouvelles.
- Difficile d’avancer quand la victime nous cache des choses…glissa Tad en apportant un café noir et une assiette de ses biscuits à Lauren.”
Elle le remercia en le gratifiant d’un sourire.
« - Et bien, je viens vous apporter des éléments. Dick Casablancas ne peut pas être accusé de quoique ce soit dans cette histoire. Au pire, il est la victime des cocktails de Madison. »
Les gars de l’équipe marquèrent un silence. Pour eux, Dick n’avait jamais été un suspect possible. Ils se tournèrent vers Veronica qui masqua mal un soupir.
« - Merci, Lauren. Mais ça, je le sais… »
Les yeux de la jeune femme s’étrécirent comme si elle cherchait à jauger la véracité des propos de la shérif. Si elle savait tant de choses, pourquoi l’affaire n’était-elle pas bouclée ?
- Bon, puisque que le cas Casablancas est réglé, permettez-moi de vous dire ce que les infirmières m’ont rapporté… Un homme, un jeune homme, demande souvent des nouvelles de son état de santé…”
L’information piqua l’équipe au vif.
“- Elles ont un nom ?
- Malheureusement, cet inconnu ne passe pas à l’hôpital. Il semblerait qu’il appelle uniquement le bureau des infirmières.”
Lauren but son café et grignota un biscuit avant de se lever.
“- C’est sûrement un de ses nombreux amants qui se languit de ne pas avoir de nouvelles mais dans le doute, j’ai pensé qu’il fallait que vous sachiez… Plus vite cette affaire sera réglée, plus vite nos vies retrouveront un semblant de calme…”
Veronica regarda la jeune femme quitter les lieux. Elle attendit que la porte claque pour se tourner vers eux.
“- Bon, on réglera plus tard le problème d’ouverture du poste de ce matin. Actualisation des infos, ordonna-t-elle en pointant le tableau blanc résumant l’affaire.”
Elle commença par raconter ses propres avancées.
“- Lauren nous l’a confirmé ce matin mais dès hier soir, j’avais acquis la certitude que Dick Casablancas n’était pour rien dans l’agression de Madison. Toutefois, elle exerçait un chantage financier sur lui. C’était à creuser. Madison faisait peut-être chanter d’autres personnes…
- Je n’ai pas tout visionné mais Madison n’est pas quelqu’un de très passionnant à voir vivre. Soit elle est en tenue de yoga, soit elle est en robe de soirée avec bijou et tout le toutim… Pour le moment, aucun nouveau bijou à l’horizon...ne confia Tad. Mais, il me reste quelques 27 heures de bande à visionner pour arriver au bout de ce que le serveur garde en mémoire. Mac m’a tout copié sur tablette pour que je puisse faire ça d’ici.”
Leo se garda bien de tout commentaire sur l’enquête parallèle de Veronica ou sur la provenance des bandes et des conséquences si le juge les trouvait ici. Veronica le remercia d’un sourire pour son silence. Leo l’ignora et préféra sortir ses notes.
“- J’ai rencontré Vega. Il y a bien une connexion avec notre affaire. Il a transmis ses connaissances à son fils…
- C’est lui qui te l’a dit ? Tu as obtenu des aveux?, s’étonna Veronica.
- Il n’a pas eu à le faire. Un interrogatoire serré et il me l’a confié presque malgré lui… De plus, ton père m’a confirmé qu’il soupçonnait déjà Vega d’avoir une famille à nourrir.
- Tu as parlé de l’affaire à mon père ?!
- Je croyais qu’on avait le droit aux consultants extérieurs, répondit Leo. Donc Vega a un fils.
- On n’en a aucune trace nulle part, objecta Veronica vexée que Leo ait parlé à son père.
- À l’époque, ton père suspectait Vega d’avoir une famille, répondit Leo qui avait foi en l’intuition de son ancien patron.
- Pourquoi ? demanda Veronica qui ne pouvait que reconnaître l’efficacité de son père.
- Des éléments du dossier Summers ne collent pas avec les habitudes de Vega. Il s’attaquait aux maisons huppées mais jamais celles de personnalités publiques. Summers était procureur du comté…
- Ce changement serait dû à ?
- Un contrat. Ton père est persuadé que Vega remplissait un contrat en braquant la maison Summers. Malgré son talent, il s’est fait pincer et pour ne pas mettre sa famille sous le coup de représailles de son commanditaire, il a porté le chapeau sans broncher. Il a fait des aveux si précis que le juge n’a pas été creuser.
- Et on n’endosse ce genre de responsabilité que pour protéger sa famille, crut bon de rajouter Tad.
- Ok. Alors, il faut qu’on trouve ce gamin.”
Veronica allait répartir les tâches quand le fax crépita. Leo, qui était le plus proche de la machine, récupéra la fiche.
“- C’est Denise. Ce sont les résultats des relevés d’empreintes et ADN…”
Silencieusement, il lut les données. Il savait que tout cela était du chinois pour Veronica. Au fur et à mesure de sa lecture, son visage changeait exprimant tour à tour la surprise, l’incrédulité puis la satisfaction.
“- Ils ont trouvé des traces de sang dont l’ADN matche à 70 % avec celui de Vega…
- Donc son fils était bien là…
- Ils ont aussi relevé les empreintes palmaires d’un certain Rafaël Ibanez… Il est fiché pour une bagarre.
- Ibanez, comme Lola Ibanez, s’étonna Tad.
- Je crois qu’on va avoir une petite conversation avec ce jeune homme, dit Veronica. Leo, tu vas nous le cueillir au lycée. Tad, tu poursuis ton marathon vidéo.
- J’espère que la révélation sera moins longue à venir que dans Arabasque...se plaignit Tad en empoignant la tablette que Mac lui avait confié ainsi qu’une boîte de donuts.
- Et toi ? demanda Leo légèrement inquiet de voir sa patronne s’éloigner de la première ligne de l’investigation.
- Moi, j’ai un chantage à démanteler et un fan de Madison à trouver…”
Là-dessus, l’équipe s’égaya et chacun se mit à sa mission. L’affaire repartait de plus belle.
Veronica peinait à mettre la main sur l’auteur des coups de fils anonymes au Neptune Hospital. Trop de lignes téléphoniques possibles, trop d’appels brefs, trop peu d’informations. Si seulement Lauren avait pu leur fournir un horaire exact pour cet appel. Les yeux piquants d’avoir trop regardé les listings, Veronica s’accorda une pause. Elle jeta un œil à la pendule. Leo était parti depuis 10 minutes. Le temps qu’il mette la main sur son suspect, il ne serait pas rentré avant une bonne heure. Elle coula un regard vers Tad. Le jeune adjoint fixait intensément son écran, notait des choses sur un calepin couvert de miettes, tout en engloutissant des biscuits. Concentré comme il l’était, Veronica se dit qu’elle pouvait bien tenter cette folie. S’il elle se faisait prendre, elle accuserait Logan. Il n’aurait pas dû lui dire que son premier adjoint était gay. L’absence d’avancées dans son affaire, le manque d’intérêt qu’elle nourrissait à son égard amenait Veronica à se perdre dans les petits secrets de Leo. Lentement, elle se glissa derrière son bureau. Elle feignit de chercher un dossier, un élément. Ne trouvant rien au premier abord, sa fouille se fit moins discrète. Subitement, une ombre recouvrit le bureau.
“- Tu cherches quelque chose, demanda Tad.
- Euh… Je… bafouilla-t-elle.”
Comment un mec bouffi par le sucre avait-il pu être si discret ? Son cerveau tournait à plein régime. Ses yeux balayaient le bureau pour trouver une raison valable à sa présence. Les post-its ! Elle se saisit du dossier couvert des petits papiers jaunes.
“- Je cherchais le compte rendu de l’interrogatoire de Vega, dit-il en brandissant le dossier.”
Tad grimaça en pointant dans son dos le grand tableau blanc qu’il avait actualisé avec notamment le fameux compte-rendu. Veronica allait dire qu’elle n’arrivait pas à relire ses pattes de mouche quand elle remarqua que Tad avait fait l’effort de tout taper en arial 12. Elle était coincée. Elle soupira.
“- Je trouve rien sur le type des appels… Je patauge avec le chantage… Je voulais changer d’angle.
- C’est vrai qu’un autre point de vue c’est souvent enrichissant. Celui du bureau de Leo l’est tout particulièrement. Il a la meilleure exposition au soleil du poste, s’amusa Tad.”
Tout à coup le visage de Veronica se ferma. Tad crut être allé trop loin dans la familiarité. Déjà qu’il s’était essayé au tutoiement… Prestement, la shérif se leva et fila vers la machine à café d’un pas décidé. Elle bouillonnait de s’être faite pincée de la sorte. Pourtant elle était certaine que Tad venait de mettre le doigt sur quelque chose. Qu’avait-il dit ? Tout en soufflant sur son gobelet, Veronica se refaisait leur conversation. Non ce n’était pas le tutoiement qui avait déclenché son alarme personnelle. Ce n’était pas les post-its. Ces micros notes étaient l'apanage de son père. Son père, quel serait son point de vue sur cette affaire ?
“- Le point de vue, s’écria-t-elle.”
En renversant presque son café, Veronica tira son téléphone de sa poche.
“- Eli ? J’ai besoin de toi. On va interpeller Rafaël au lycée.”
Tad fit les gros yeux à sa supérieure. Pourquoi informait-elle un chef de gang ? Veronica se moqua des remontrances de son collègue et lui tourna le dos.
“- Reste avec lui. Observe et vois comment ça bouge… Non, ne lui dis rien.”
Veronica coupa la communication et tomba sur un Tad un brin fâché les bras croisés sur sa poitrine.
“- Quoi ? C’est toi même qui l’as dit. Un changement de point de vue c’est enrichissant…
- A condition que le point de vue ne soit pas un complice…”
Depuis sa petite conversation avec Alison et Evan, Wallace avait décidé de garder Drew Fuller à l’œil. L’adolescent avait véritablement changé de clique. Au revoir les sportifs, bonjour les hispanos. A son époque, on aurait conclu immédiatement à une sombre histoire de drogue. Aujourd’hui, Wallace ne voulait pas tomber dans les préjugés mais il ne voulait pas non plus passer pour un professeur envahissant. Donc, il surveillait les allers et venues de son étudiant discrètement. Alors qu’il s’était installé sur le toit terrasse du lycée qui donnait une vue plongeante sur la cour, il s’aperçut qu’il n’était pas le seul à mener une étroite surveillance. Le soleil de 10 heures avait été réfléchi par le chrome du réservoir de la moto de Weevil. Wallace allait l’appeler pour l’inviter à partager un café quand les sirènes de la voiture du shérif retentirent. Les lycéens se stoppèrent. Wallace arqua un sourcil. Weevil se figea. Malgré une entrée digne d’une vieille série policière, Leo ne se gara pas dans un crissement de pneus. Il stationna son véhicule juste derrière le parking des motos coupant ainsi toute retraite à son invité du jour. Weevil l’accueillit froidement. Wallace observait de loin leur échange.
“- Dois-je préparer le quartier au pire ?
- Pour le moment, c’est un simple témoin.”
D’un léger mouvement de tête, le motard invita l’agent à poursuivre. Lorsque Leo reprit la parole ce fut pour s’adresser au proviseur.
“- Je viens chercher Rafaël Ibanez.”
Le nom fusa sur le parking, dans la cour, si vite que Wallace connaissait déjà l’objet de la visite avant même que Leo ne passe les portes du bâtiment. Lentement, le coach quitta le toit terrasse et alla se mêler aux lycéens. Il espérait trouver Rafaël avant les autres. Il voulait voir sa réaction et celle de ses amis quand Leo l’emmènerait. Malheureusement, le policier avait choisi un temps d’inter-cours pour venir cueillir son client. Wallace avait toutes les peines du monde à avancer dans le flot d’adolescents. Au détour d’un couloir, le coach reconnut la grande silhouette d’Evan. Il l’interpella.
“- Rollins !
- Oui, M’sieur.
- Tu sais ce qui se passe ? demanda Wallace plus dans un souci de discrétion que dans une recherche d’information.
- Sexy officier est venu chercher quelqu’un, fit une voix une tête plus bas que celle d’Evan.”
Wallace joua des épaules pour les rejoindre. Quand il arriva à leur hauteur, la discussion s’éloignait grandement de l’objectif qu’il visait.
“- Sexy officier ? Tu le trouves sexy ?
- Disons que ça change du cliché du policier ventripotent, reconnut Alison.”
Il n’y avait guère qu’Alison Drake pour perturber à ce point la belle assurance d’Evan.
“- Quand tu auras fini de t’inquiéter de ta sexitude, Rollins, tu pourras m’aider, fit semblant de s’énerver Wallace.
- Vous voulez assister à l’arrestation, comprit Alison beaucoup plus au fait de l’affaire que son comparse.
- Je veux surtout voir la tête des autres quand ils emmèneront leur client…
- Ah l’analyse comportementale, dit Evan rêveusement.
- Comme si tu y connaissais quelque chose, maugréa Alison.
- J’en sais plus que tu ne le penses sinon comment crois-tu que j’aurai compris qu’il ne valait mieux pas prendre ta petite tête pour un panneau de basket il y a quelques mois…”
Les deux adolescents et le professeur échangèrent un regard. Tous trois se souvenaient de ce moment. C’était en plein pendant l’affaire Lopez. Wallace était intervenu pour empêcher Drew Fuller de shooter sans cesse sur la table et sur Alison.
“- Tu ne l’as pas fait, c’est vrai mais tu n’as pas empêché Drew non plus…
- Drew était déjà en train de changer… Il voyait déjà Rafaël… s’excusa Evan.
- C’est lui que l’adjoint vient chercher. Vous savez où il est ? demanda Wallace en scrutant le couloir.
- Couloir Est, Coach, répondit Evan qui l’avait aperçu grâce à sa grande taille.
- Sexy flic en approche, compléta Alison.”
Le trio bouscula les quelques lycéens qui leur faisaient obstacle et vinrent se placer aux premières loges pour assister à l’interpellation de Rafaël Ibanez.
Leo avait demandé au proviseur de bien vouloir le conduire jusqu’à Rafaël Ibanez. Il avait refusé de s’étendre sur le pourquoi de cette rencontre. Leo n’avait pas le temps d’alimenter les rumeurs. La simple présence d’Eli Navarro à ses côtés ferait causer jusqu’à la fin des cours. En glissant un regard vers le motard qui l’accompagnait, Leo se ravisa. Ce n’était pas Eli qui marchait avec lui. C’était Weevil. Il avait reconnu dans ses yeux cette dureté qui l’habitait déjà à l’époque où lui-même était le jeune adjoint de Keith. Weevil le chef de clan était de retour. L’interpellation de Rafaël promettait d’être sensible. Leo allait devoir jouer sur du velours. Le proviseur lui serra l’épaule. C’était le signal convenu entre eux quand ils trouveraient Rafaël. Il était au bout du couloir Est entouré de quelques lycéens : un grand blond au look de sportif soigneusement travaillé, un hispano caricature de l’étudiant en mécanique auto et une adolescente que Leo identifia comme la jeune Magdalena Lopez. Le grand blond tournait le dos au proviseur et masquait judicieusement la vue de Rafaël. Leo ne pouvait deviner ce qu’ils se disaient et il était certain que les jeunes conversaient. L’un d’entre eux semblait même communiquer avec Weevil.
“- J’ai accepté que tu me suives, mais pas que tu fasses capoter ma venue…
- Je n’ai...commença Eli.
- Pas avec moi… De ton attitude découlera la sienne lors de notre entrevue au poste… Si tu ne veux pas que ça traine, cesse ton manège avec elle, conseilla Leo en pointant Magdalena.”
Le regard de l’adolescente se baissa vivement vers le sol après avoir passé quelque chose à Rafaël. Eli grimaça.
“- Je n’y peux rien si ces jeunes ont confiance en moi et ressentent le besoin d’avoir mon avis avant de vous parler, tenta-t-il.
- C’est ça… Tu n’y peux rien…”
Alors que le proviseur hélait Rafaël, Leo remarqua un mouvement dans le groupe. Rafaël amorçait un repli vers le fond du couloir. L’agent réagit vite.
“- Et merde ! Eli, tu fais chier !
- Je n’ai rien fait… répondit le chef de gang en s’appuyant contre le mur du couloir.”
Il regarda Leo partir en chasse sous le regard incrédule du proviseur.
“- Un truc se prépare…dit Alison qui scrutait le couloir.
- Oui, ça s’appelle une interpellation, se moqua Evan.”
Wallace ne résista pas à l’envie de claquer l’occiput de son élève. Lui aussi avait compris qu’il se tramait quelque chose. Leo n’avait pas besoin de Weevil pour interpeller un suspect. Si Weevil avait planqué devant le lycée, c’était pour obtenir des infos et court-circuiter les Forces de l’Ordre pour régler le problème à sa façon. Wallace espérait que Leo ne se ferait pas mener en bateau. A en juger par le ton de leur conversation, il pouvait se rasséréner.
“- Fais pas ça Magdalena, ajouta Alison.”
Bien que plus grand qu’elle, Evan n’avait pas noté le manège de l’adolescente : Magdalena venait de glisser un jeu de clés dans la poche de Rafaël. Il demandait son avis à son coach. Quand il se tourna vers lui, Wallace était déjà parti en courant dans le couloir ouest. Evan chercha alors Alison ; elle aussi courait mais dans la direction opposée.
“- Alison ! Attends-moi !”
Dick avait relu le dossier du privé plusieurs fois. Il avait contacté son avocat pour être certain de ce qu’il encourrait. Ce dernier était formel. Il ne risquait rien et n’avait jamais rien risqué. La colère l’avait alors saisi. Il fulminait. Toutes ces années, il s’était fait mener en bateau. Toutes ces années, il avait eu peur. Aujourd’hui, c’était terminé. Aujourd’hui, il allait se débarrasser de Madison Sinclair.
*******
L’esprit affuté par les longues séances d’analyse vidéo tactique, Wallace avait tout de suite perçu l’échange de regards entre Eli, Magdalena et Rafaël ainsi que leur stratégie. Il fut le plus rapide à réagir. S’il avait des doutes sur la véracité de l’amitié entre Rafaël et Drew, la réaction de l’ex basketteur les dissipa. Drew mettait à profit les longues après-midi à travailler la défense de zone laissant le temps à Rafaël de fuir par le fond du couloir ouest. Wallace se lança à sa poursuite. Sa position d’enseignant lui facilita la tâche. Les élèves s’écartaient plus facilement sur son passage qu’à l’approche de Leo. Il ne restait que quelques mètres avant que Rafaël n’atteigne la porte battante donnant sur la cour. Wallace entendait dans son dos le souffle de l’agent. Il payait son croissant pris sur le chemin. Le coach força l’allure. Rafaël percuta la barre d’ouverture des deux mains espérant ainsi sortir plus vite mais rien ne se passa comme prévu. Il s’écrasa violemment contre. Wallace ralentit sa course et le rejoignit avec un Leo tout essoufflé sur les talons.
“- Rafaël Ibanez, je vous embarque, commença Leo en relevant le jeune homme et en le menottant fermement à son propre poignet.”
La porte s’ouvrit alors dévoilant les deux héros de la journée de Leo. Alison et Evan pénétrèrent dans le couloir.
“- Mais comment tu as su ? ne cessait de répéter Evan.
- Simple intuition… se défendit-elle.”
Wallace sourit. Elle était promise à de grandes choses.
“- Alors Rafaël, on avait une envie pressante de voir le soleil ? demanda-t-elle mordante.
- Pas certain que ta cavalcade ait amusée la police, complèta Evan en avisant l’air rougi de Leo qui se redressa pour se donner une contenance.
- Avant d’envisager de lui offrir une place à l’ombre, nous allons l’entendre dans le cadre de l’affaire Sinclair, crut bon de déclarer le policier.
- J’ai rien à vous dire… …maugréa Rafaël.
- Oh ne t’inquiète pas. Au poste, on a tout ce qu’il faut pour briser la glace…”
Il tira sur son poignet et entraîna son prévenu avec lui. Les lycéens et quelques membres du corps enseignant regardèrent le policier partir. Lentement, Eli rejoignit la foule. Wallace le héla.
“- Il a fallu que tu viennes l’empêcher de bosser…
- Crois ce que tu veux mais grâce à mon intervention, l’enquête va décoller ! rétorqua Weevil en se dirigeant vers sa moto.”
“- Laissez-moi passer, je dois voir Madison Sinclair.
- Vous ne pouvez pas, tenta l’infirmière en chef. Les consignes du shérif sont claires. Si vous n’êtes pas un membre de la famille ou accompagné de l’un d’eux vous ne pouvez pas entrer…
- Oh mais je suis presque de la famille…”
Reconnaissant la jeune sœur de sa patiente, l’infirmière lui adressa un regard suppliant. La quinquagénaire avait toutes les peines du monde à retenir la tornade qu’était Dick. Lauren avec son habituelle discrétion fit signe d’accéder à la demande de Dick. Aussitôt, la femme en blouse blanche s’effaça. La porte de la chambre trembla sur ses charnières.
“- Toi, fit sobrement Madison.
- Oui, moi. Il faut qu’on parle.
- Ça promet, grinça-t-elle.
- C’est fini, commença Dick en se plantant au pied du lit médicalisé.
- Quoi, c’est tout ? Se moqua-t-elle.”
Dick lui adressa un regard glacé.
“- C’est fini. Je ne marche plus dans ta combine. Je ne te verserai plus un centime. Toutes ces années, tu m’as fait croire que tu avais des sentiments… J’ai payé pour ça… Maintenant, je sais que ce n’était que de la cupidité… Alors, c’est fini. Trouve un autre pigeon à taxer… Et laisse-nous en dehors de ça.
- Dick…
- Non. C’est fini. Tu sors de nos vies. Profite de la tienne. En espérant que ta cupidité te tienne chaud l’hiver.”
Là-dessus, Dick claqua la porte. Madison voulut se lever, le rattraper. Dans sa précipitation, elle s’emmêla dans le fil de sa perfusion. Sa colère la fit se débattre. Tant et si bien qu’elle s’enchevêtra davantage. Il fallut de longues minutes pour que, honteuse, elle accepta d’appuyer sur le bouton d’urgence. L’infirmière arriva prestement. Madison ne saurait jamais qu’elle était restée derrière la porte tout le temps de son entretien avec Dick. Tout en libérant la malade, elle s’excusait d’avoir laissé le diable entrer.
Le trajet en voiture jusqu’au poste fut ponctué de klaxons et autres vrombissements de moto. Leo pestait intérieurement. Pourquoi Weevil s’était-il pointé au lycée ? Pourquoi avait-il fallu qu’il trouble ce qui allait être une interpellation discrète ? Il serrait fortement le volant de son véhicule pour évacuer sa colère. Son manège n’échappa pas à son client du jour. Assis menotté à l’arrière, Rafaël se délectait de la scène. On envoyait un adjoint émotif pour l’interpeller. Si ce n’était pas le signe que le bureau du shérif n’avait rien, Rafaël ne savait pas ce que c’était. Il se rencogna dans le siège et attendit silencieusement la fin du trajet. Il allait même s’offrir le luxe d’un petit somme. Alors qu’il fermait les yeux, la voiture fit une embardée. Leo frappa violemment le volant et s’emporta contre le chauffard qui venait de leur couper la route.
“- C’est ça, envoie-moi dans le décor, maintenant !”
En guise de réponse, Weevil actionna ses deux clignotants avant de mettre les gaz. La suite du trajet fut plus calme mais l’énervement de Leo ne décrut pas. Avec une poigne que Rafaël ne soupçonnait pas, l’adjoint le tira de la banquette et le mena vers les salles d’interrogatoire. Leur entrée dans le poste ne passa pas inaperçue. Si peu habitué à ce masque de colère chez son collègue, Tad en renversa son assiette de biscuits. Bien malgré elle, Veronica ne put s’empêcher de trouver son adjoint hyper sexy avec ses mâchoires serrées et ses muscles bandés pour tirer le prévenu. Leo envoya plus qu’il n’installa Rafaël dans la salle d’interrogatoire numéro 1. Il claqua la porte et resta planté devant. Il fallait se ressaisir. Leo inspira lentement et longuement.
“- Un problème, s’inquiéta Veronica.
- J’ai peur de manquer de sang froid sur ce coup-là…”
La shérif arqua un sourcil. Leo s’expliqua.
“- Eli s’est invité à l’arrestation. Il a failli tout faire foirer. Il a cru qu’il pourrait me berner… Qu’il pourrait aider Rafaël comme ça juste sous mon nez ?
- Leo… tenta-t-elle.
- Non ! Je te promets qu’on va avoir une petite conversation Navarro et moi. Enfin, juste après ma discussion avec Ibanez. Et il a intérêt à ne pas se tromper. Ras le bol de me faire balader par les hispanos…”
Là-dessus, Leo entra dans la salle avec une copie du dossier. Tad qui venait de finir de ramasser ses biscuits interpella sa patronne.
“- Qu’est-ce que j’avais dit…”
Veronica lui lança un regard incendiaire en guise de réponse.
Malgré les éclairs que lançaient les yeux de sa supérieure, Tad l’ouvrit quand même.
“- Qu’est-ce que j’avais dit ?
- Tad, tu n’es pas d’ici. Tu ne connais pas Eli. Alors ne porte pas de jugement, conseilla Veronica.
- Les faits sont là. Vous envoyez Navarro au lycée. L’interpellation facile devient une source de tension pour Leo.”
Veronica coula un regard vers la salle d’interrogatoire. Leo venait de faire claquer sa chaise. Il commençait de manière musclée ce qui était rare chez lui. Bien qu’une cloison les sépara, on entendait distinctement les propos de l’adjoint.
“- Alors, alors… On a quelque chose à se reprocher, Rafaël ?
- C’est vous que le dites, répondit-il avec assurance.
- Pourquoi Navarro aurait- il essayé de te ménager une porte de sortie sinon ?”
A la mention de Weevil, Veronica et Tad cessèrent leurs activités et s’approchèrent de la salle. L’un comme l’autre étaient prêts à intervenir.
“- Navarro ? s’étonna Rafaël.
- Joue pas au con avec moi…”
Tad mit la main sur la poignée de la porte.
“- Magdalena, lui et toi… Pas très discret votre échange de clés…
- Mag me rendait les clés de ma moto. C’est tout.”
Leo laissa échapper un petit rire sarcastique. Rafaël comprit que son excuse ne tiendrait pas longtemps s’il continuait à répondre aux questions, aussi, l’adolescent préféra- t il se taire. Après tout, entre Drew, Magdalena et Weevil, il y en aurait bien un pour prévenir sa mère au quartier. Il ne serait pas seul très longtemps.
“- Soit. Laissons ces clés de côté pour le moment. Ce qui m’intéresse, c’est comment tes empreintes se sont retrouvées chez Madison Sinclair ?”
Entendant son collègue reprendre la bonne direction, Tad relâcha la poignée et recula. Des vidéos l’attendaient. Cependant, Veronica ne bougea pas. Elle avait besoin de réponses.