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Bienvenue à Stockholm

Série : Dawson's Creek
Création : 04.04.2005 à 13h39
Auteur : Bzzbzz 
Statut : Terminée

Pacey prend Joey en otage

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Bienvenue à Stockholm

Joey avait décidé de profiter de l’annonce de la fin du trimestre pour rendre visite à son père au pénitencier avant de partir en vacances. Cela faisait maintenant trois ans qu’elle étudiait à Worthington, et pas une fois elle n’était allée le voir, au grand dam de sa sœur…
Ses études lui avaient bien sûr pris beaucoup de son temps mais il n’y avait pas que ça. A chaque fois qu’elle était allée le voir, elle était revenue avec le moral à zéro. A l’époque, avant de commencer à fréquenter Boston et son université, il y avait toujours eu Dawson pour lui redonner le sourire et la réconforter. Malheureusement ces trois dernières années, elle le voyait moins du fait qu’ils soient à quelques milliers de kilomètres l’un de l’autre. Dawson prenait bien parfois de son temps pour venir saluer ses amis de ce côté du pays, mais les opportunités étaient rares. Quant à Joey, son portefeuille était encore bien mince pour pouvoir voyager autant qu’elle le voudrait malgré ces intensives heures de travail dans ce bar d’étudiants…
Aujourd’hui, elle avait changé d’avis et avait pris sur elle…
Elle pénétra dans le parloir. Il se tenait là, assis sur une simple chaise en fer, de l’autre côté d’une table tout aussi simple. Les mains encore menottées.
Comme elle entrait dans la salle, le surveillant se rapprocha du prisonnier et lui libéra les mains puis quitta la pièce. Mr Potter se frotta les poignets encore endoloris par les objets métalliques, en suivant du regard l’homme qui sortait.
Il regarda enfin sa fille dans les yeux et esquissa un sourire timide. La situation, car bien trop dégradante à son esprit, l’empêchait de manifester trop d’enthousiasme.
Joey s’approcha alors et le serra dans ses bras.
Mike fut ravi de ce geste inattendu. La fille qui se tenait devant lui, semblait à la fois si différente et identique qu’il ne savait plus comment réagir.
Joey : Bonjour Papa.
En entendant ces quelques mots, il retrouva enfin son esprit paternel et lui sourit vraiment : Bonjour Joey…
Un certain silence s’installa. Aucun des deux ne savait comment lancer la conversation. Lui demander comment il allait aurait été stupide ! Et lui demander où elle en était de ses études également !
Mike se lança tout de même, en optant pour la franchise : Tu ne sais pas à quel point j’attendais ta visite, que tu te décides enfin… (prenant les mains de sa fille dans les siennes) Tu m’as tellement manqué…
Joey se sentit alors coupable d’avoir tant attendu, le privant ainsi de compagnie et se privant elle-même de père : Je suis désolée. Je pourrais te dire que j’étais prise par mes études mais ce serait faux. En réalité j’avais besoin de me persuader que je pouvais me passer de toi…mais la vérité c’est que je me suis faite du tort en agissant ainsi. Je regrette…
Mike sourit : L’essentiel c’est que tu sois venue aujourd’hui. (il rigola) Je m’attendais à voir ta sœur mais c’est pas plus mal !
Joey rit aussi.
Mike : C’est fou ce que tu as changé !
Joey sourit : J’ai vieilli…et heureusement !
Ils conversèrent un moment retrouvant peu à peu une certaine entente.
Le temps qui leur était imparti passa si vite que Joey ne comprit pas immédiatement quand le gardien tapa avec le bout de sa clé sur la vitre.
Mike : Il faut que j’y retourne.
Joey : Déjà ?!
Mike se contenta de sourire.
Joey commença à se lever, alors Mr Potter lâcha précipitamment : Tu reviendras me voir ?
Joey attendait impatiemment cette question. Elle savait ainsi qu’il avait apprécié sa visite.
Joey sourit à son tour : Promis !
Ils se serrèrent dans les bras l’un de l’autre puis le gardien entra et remit les menottes aux poignets de Mr Potter.
Joey baissa la tête car l’image qu’elle voyait la ramenait forcément à ses deux arrestations passées. Elle sortit de la pièce.
Comme d’habitude, après une demi-heure passée en heureuse compagnie, c’était le moral dans les chaussettes qu’elle allait quitter le pénitencier. Elle emprunta le couloir qui séparait son monde du monde carcéral.
Soudain, elle fut percutée de plein fouet et attrapée illico par la gorge. Le temps qu’elle réagisse, elle comprit alors que quelqu’un avait passé son bras autour de son cou pour la maintenir fermement et l’empêcher de bouger. Quelle ironie du sort ! Voilà que c’était à son tour d’être faite prisonnière.
Une personne était donc dans son dos, et devant elle, se tenaient 3 gardiens. L’un d’entre eux avait été désarmé, sans doute par l’agresseur - pensa-t-elle - et les deux autres pointaient valeureusement leurs revolvers dans leur direction.
Joey, sentant la situation lui échapper, commençait à paniquer et à avoir les jambes tremblantes.
Gardien #1 : Witter fais pas le con ! Lâche cette arme et il ne t’arrivera rien…
Pacey : Pas question !
Gardien #2 : Rends-moi mon revolver. Tu aggraves ton cas pour rien…
Pacey : C’est trop tard maintenant. Le mal est fait…

Joey commençait à bouillonner, sous l’impulsion elle lança : Hé, je fais partie de l’équation moi aussi. Quand vous aurez fini de lui demander de vous rendre votre arme, demandez lui de me relâcher !
Pacey fut décontenancé quelques secondes : « Quel culot », pensa-t-il. Puis il se ressaisit.
Pacey : Lancez-moi les clés de mes bracelets.
Joey regardait les gardes, impuissante, sentant le canon de l’arme pointé sur son cou.
Voyant que personne ne réagissait malgré sa position de force, Pacey s’énerva un bon coup : Dépêchez-vous ou je vais devoir me servir de cet engin !!!
L’un des gardes décrocha l’anneau du trousseau de son ceinturon et lui lança ensuite la petite clé.
Pacey se mit alors à reculer en entraînant Joey avec lui. Il s’approcha de la porte, et c’est alors qu’un gardien lança comme une dernière tentative : Witter arrête ça. Tu aurais pu sortir pour bonne conduite…
Pacey secoua la tête, comme las, et poussa la porte du pied pour sortir.
Une fois dehors, il s’adressa à Joey : Où est ta voiture ?
Toujours prise à la gorge, elle la pointa faiblement du doigt. Sans perdre de temps, ils s’y dirigèrent et Pacey reparla : Ouvre la porte côté passager.
Comme elle se retrouvait alors seule avec l’évadé, elle ne faisait plus la maligne. Dieu sait ce qui pouvait lui arriver maintenant.
Elle ouvrit la porte et il la lâcha. Elle le regarda alors, se demandant ce qu’il allait décider. Elle se surprit à penser qu’elle le trouvait incroyablement jeune. Lui ayant toujours tourné le dos, elle s’était imaginée un type plus vieux, marqué par les années de taules qu’il aurait faites. Mais elle était bien loin du compte. Il semblait marqué par le temps qu’il avait passé dans ces murs mais ce n’était certainement pas des années.
Pacey lui fit un signe de la tête : Monte et conduis.
Joey se faufila dans la voiture et glissa jusque derrière le volant.
Sous le regard des policiers, ils démarrèrent et partirent en trombe. La voiture des policiers déboîta sur la route à leur suite mais, malheureusement, un automobiliste ne put les éviter et les percuta créant ainsi un embouteillage.
Pacey se retourna sur son siège et vérifia que la poursuite était bien terminée. Une fois fait, il se remit face à la route et souffla en fermant les yeux.
Joey l’observait du coin de l’œil : T’es content de toi ?! Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
Pacey sortit la clé de sa poche et défit enfin ses menottes. Il les lança ensuite par la fenêtre comme le symbole de sa délivrance.
Il semblait à Pacey ne pas avoir choisi la meilleure personne pour lui servir d’otage. Allait-elle être aussi pénible tout le temps ?
Il serra les dents : Toi tu conduis et moi je réfléchis.
Joey, pour elle-même : Ca promet !

Pacey lui indiquait la route depuis maintenant une bonne heure. Elle ne savait absolument pas où ils se rendaient mais suivait strictement les indications, ne tenant pas à exciter l’homme plus qu’il ne l’était. Même si l’envie de lui dire ce qu’elle pensait de lui la démangeait, elle s’était résolue à garder ça pour elle au moins durant le voyage. Quand la tension serait redescendue, elle se laisserait volontiers aller à la critique…
Pacey : C’est ici. Prends le chemin et gare-toi derrière.
Joey emprunta ladite route et stoppa la voiture à l’abri, derrière une vieille bâtisse.
Elle coupa le contact et garda les mains sur le volant. Puis inspectant l’établissement face auquel elle se trouvait, intimidée elle dit : Où est-ce qu’on se trouve ?
Pacey ouvrit sa portière et sortit de l’auto. Il dit sans trop attacher d’importance à la question de la jeune femme : Peu importe.
Une fois à l’extérieur, il rangea son arme à l’arrière de son pantalon, puis fixa du regard la vieille demeure.
Joey le trouva bizarre. Il regardait droit devant lui, la tête levée, inspectant chaque parcelle des murs.
Soudain, il rebaissa la tête et soupira fortement, comme pour se donner du courage. Puis il se dirigea vers la portière de son otage et la lui ouvrit.
Pacey, presque gentiment : Tu peux sortir…
Joey qui était restée dans la même position depuis qu’ils s’étaient arrêtés, resta stupéfaite puis elle explosa : Quoi ? Tu peux sortir ? C’est tout ce que tu trouves à dire ?!?!
Pacey n’en revenait pas, elle râlait à nouveau. Il cligna des yeux puis lâcha ne sachant quoi dire : Tu préférerais que je te le dise en te pointant le revolver sur la tête ??
Joey, vexée, secoua sensiblement la tête et sortit du véhicule. Pacey fit violemment claquer la portière derrière elle ce qui la fit sursauter.
Lui donnant de petits coups de mains dans le dos pour la faire avancer, ils se dirigèrent vers une vieille porte en bois. Pendant qu’il récupérait une clé cachée dans les feuillages environnants, Joey regarda autour d’elle. Elle constata que les hauts murs qui les entouraient l’empêcheraient certainement de s’enfuir ou même de crier à l’aide.
Lorsqu’il eut enfin trouvé la clé, il poussa la lourde porte de toutes ses forces, ce qui ne présagea rien de bon Joey. Cette habitation avait l’air d’une véritable forteresse.
Joey ferma les yeux en respirant afin de tenter de se rassurer.
Pacey, qui avait déjà commencé à entrer s’adressa à elle en tenant de sa main droite la porte grande-ouverte : Tu attends le déluge pour entrer ?!
Joey sortit immédiatement de sa séance de yoga et le fixa d’un regard qui trahissait son anxiété. Voyant que la jeune femme n’était pas décidée à réagir, de sa main libre, il la tira sèchement par le bras pour qu’elle le suive.
Pacey, pour lui même : C’est pas le moment de rêver…
Il verrouilla aussitôt la porte derrière eux. Ils semblaient être dans une cave et se retrouvaient dans l’obscurité la plus complète, il n’y avait aucune fenêtre.
A tâtons, Pacey fouilla sous un bout de dalles décollées. Quelques secondes plus tard, il en extirpa un Zippo qu’il alluma aussitôt pour éclairer ses pas.
Pacey, toujours aussi sec : Suis-moi de près !
A petits pas, ils se dirigèrent vers le compteur électrique. Une fois qu’il eut été enclenché, Pacey rangea son briquet et éclaira les lumières du plafond.
Ils empruntèrent ensuite un vieil escalier en bois. A chaque nouvelle marche, Joey s’attendait à passer à travers tant le bois grinçait. Pacey, qui l’avait fait passer devant pour l’avoir à l’œil, sentait la situation tourner en sa faveur. La femme, qui semblait habituellement avoir un caractère bien trempé, avait subitement perdu son insolence, bien trop apeurée par ce qu’il allait advenir d’elle.
En haut de l’escalier, il la fit s’arrêter et la précéda pour ouvrir la porte qui se trouvait en face d’eux. Il pénétra le premier. Tout était sombre, les volets des gigantesques fenêtres étaient tous fermés.
Joey entra à son tour et fut immédiatement surprise par l’ambiance qui régnait dans la pièce. Une espèce d’atmosphère morbide… Une immense surface s’étendait devant eux. Quelques lourds meubles parsemés de-ci de-là, recouverts de grands draps blancs. D’énormes toiles d’araignées s’étiraient de part et d’autre de la pièce, passant par le splendide lustre fixé au plafond.
Après un long moment de silence et d’immobilité, Pacey se ressaisit et entreprit d’ouvrir toutes les fenêtres en prenant bien le soin de laisser les volets clos afin de n’éveiller aucun soupçon.
Joey le regardait s’activer, mi-énervée mi-intriguée. Qu’était-elle censée faire à cet instant même ?
Comme s’il avait lu dans ses pensées, Pacey s’arrêta et la fixa. Il paraissait être en train de réfléchir à ce qu’il devait faire d’elle. Elle était son assurance-vie mais pourrait-il la supporter si les sarcasmes lui revenaient ? Comme un éclair de lucidité, il la tira par la manche : Viens avec moi !
Dans la cuisine, il fouilla dans tous les tiroirs et en sortit un rouleau de ficelle de cuisine.
Pacey pour lui-même : Ca fera l’affaire pour le moment.
Il attrapa les mains de Joey, sous son regard interrogateur, et les lui ligota.
Pacey : Tu te tiendras tranquille un instant avec ça.
Il la redirigea vers la grande pièce et ôta le drap qui recouvrait un des sofas. Lorsque, menottée et plus ou moins poussée par Pacey, Joey tomba sur les coussins, une gigantesque vague de poussière s’en dégagea ce qui la fit tousser et fermer les yeux.
Elle n’eut pas le temps d’ouvrir la bouche que Pacey la bâillonnait déjà avec un bout de tissu roulé en boule. Elle lui lança alors un regard noir dont il n’eut que faire. Vexée et humiliée par la situation, elle souffla fortement et se referma comme une huître en bouillonnant intérieurement.
Pendant le temps libre qui lui était enfin imparti, Pacey se hâta de redonner un semblant de vie à la maison. Dans un premier temps, il termina de retirer tous les linges qui recouvraient les meubles. Au fur et à mesure qu’ils réapparaissaient, Pacey semblait de plus en plus énervé. Comme il grommelait dans son coin, Joey ne comprenait pas ce qu’il disait.
Pacey à voix basse laissant transparaître son agacement : C’est pas vrai !
Soudain il partit en trombe et monta au deuxième étage par un escalier en colimaçon qui partait du salon. Il grimpa les marches quatre à quatre puis, arrivé en haut…plus un bruit. Joey n’entendait plus ses pas sur le parquet grinçant. Pacey s’était stoppé net et fixait une pièce, visiblement très irrité. Il respirait de plus en plus rapidement. Brusquement pris d’une pulsion destructrice, il renversa la grande armoire qui se trouvait en face de lui puis de son poing, brisa le carreau d’une fenêtre. En bas, Joey prit peur et sentit venir le moment où le plafond s’effondrait sur sa tête. Elle regardait au-dessus d’elle, l’air affolé, les yeux guettant le moindre signe de craquements…mais rien. Pendant quelques centièmes de secondes elle crut qu’elle était morte. Le silence total. Quand elle réalisa qu’elle était bien en vie, elle ne cessa pas pour autant de fixer le plafond. La peur était toujours présente.
Dans la chambre, la colère du jeune homme était si intense qu’elle prenait le pas sur la douleur que provoquait sa main tailladée. Alors que la tension était redescendue, il s’était assis sur le lit, les coudes sur les genoux et la tête entre les mains.
Il lâcha en secouant la tête de lassitude, mâchoires serrées : « Les vautours ! ».
Après quelques minutes, lorsqu’il eut repris le dessus, il se leva et partit en direction de l’escalier. Mais en passant devant la fenêtre, il remarqua une tache de sang au sol. Dans son esprit il fit immédiatement le rapprochement entre les bouts de verre ensanglantés et son action. Il réalisa enfin qu’il s’était blessé. Il fixa un instant sa main du regard puis déchira un bout de drap, il s’essuya la tempe gauche sur laquelle sa blessure avait laissé des traces et en redescendant les escaliers, s’enroula le tissu autour de la main.
Joey, de son canapé, observa la dernière scène et comprit immédiatement que le précédent vacarme y était étroitement lié. Sa peur s’accrut alors encore plus. L’homme qui la séquestrait était également capable d’actes violents. Qu’allait-il lui faire subir par la suite ? Le regard noir de Pacey ne la rassura pas plus. Ce dernier croisa son regard et se rendit compte qu’elle était effrayée.
Il pensa alors : Au moins elle ne tentera rien contre moi…
Il traça son chemin.
Il profita de la situation pour retourner à la cave afin de trouver un morceau de corde plus solide que cette ficelle à rôti. Il n’eut aucun mal à s’en procurer. La cave était apparemment le seul endroit resté intact, vierge de toute intrusion susceptible de le déposséder de ses biens. Cette remarque rendit Pacey encore plus amer.

Après avoir fait en sorte que Joey reste à sa place et ne puisse alerter qui que ce soit avec le lien qu’il avait récupéré, il se rapprocha de la jeune femme, qui se trouvait toujours dans le même état. Celle-ci sentit des mains se poser sur elle en tâtonnant. Joey paniqua de plus belle. Les films qu’elle s’était elle-même imaginés dans sa tête paraissaient devenir réalité. Elle essaya de gesticuler pour le faire reculer. Malheureusement, ligotée comme elle l’était rien n’y faisait.
Pacey, irascible: Calme-toi un peu !
Sortant le trousseau d’une des poches du jean de Joey : T’affole pas c’est les clés que je veux…
Pacey quitta la pièce. Joey se rendit alors compte qu’elle en avait oublié de respirer et poussa enfin un énorme soupir. Elle ferma les yeux un moment et éclata en sanglots, soulagée qu’il ne se soit rien passé.

Pacey démarra la voiture de la jeune femme et la déplaça jusqu’au hangar qui se trouvait au fond du grand parc. Il prit bien soin de tout remettre en place, de ne rien changer pour que ça ne paraisse pas suspect si par malheur quelqu’un venait.

Bzzbzz  (04.04.2005 à 13:42)
Plus tard, il la reconduisit à sa chaise et alors qu’il l’avait ligotée et qu’il allait la bâillonner, Joey l’implora : S’il te plait.
Pacey la regarda une fraction de seconde et se résigna. Il finit par ranger le tissu dans sa poche et sans dire un mot quitta la pièce.
Il revint dans le salon une petite demi-heure plus tard, les cheveux mouillés. Joey comprit en le voyant qu’il était allé à la salle de bain. Elle se mit à penser qu’elle irait bien y faire un tour elle aussi.
Comme par magie, Pacey se plaça derrière elle et dénoua la corde.
Pacey : Je t’ai récupéré une serviette. Elle est sur le lavabo…
Joey hésita à se lever mais voyant que Pacey n’ajoutait rien, elle réalisa qu’elle avait en quelque sorte quartier libre. Elle quitta lentement sa chaise et partit doucement en le regardant, intriguée. Pacey se retourna, sourit et secoua la tête. Même en essayant de faire des efforts il paraissait encore être une menace pour la jeune femme. En effet ça pouvait prêter à rire. Et bizarrement lorsqu’il était dur avec elle, il n’arrivait pas à la faire taire. Cette fille était un réel casse-tête chinois…

Joey, de son côté profitait de ce temps de répit et d’isolement pour se ressourcer. Elle profita au maximum de la possibilité de prendre une douche. La poussière ambiante lui donnait une sensation de saleté. Même en frottant, elle avait l’impression qu’elle persistait à s’accrocher à sa peau.
En voyant le savon, elle sourit en pensant à la réaction qu’aurait pu faire Audrey. Elle qui utilise environ une trentaine de produits différents… Audrey…Etait-elle au courant de ce qu’il s’était passé ? Est-ce que les gardes de la prison l’avaient prévenue ? Ces mêmes gardes qui n’avaient même pas fait attention à sa présence avant qu’elle ne se mette à hurler contre leur stupidité…Elle secoua la tête, sous le jet d’eau qui l’arrosait. …Alors non elle ne devait rien savoir de tout ça. Elle allait s’inquiéter. Elle ne l’avait même pas prévenue qu’elle allait rendre visite à son père en prison. Joey haussa les sourcils et pensa : « Avec un peu de chance elle s’imaginera que j’ai rencontré quelqu’un ».
Elle resta encore quelques minutes sous l’eau tiède qui semblait la régénérer. Elle s’enroula ensuite dans la serviette et se posta devant le lavabo, face au miroir. De sa main droite, elle essuya la buée et découvrit son visage. Elle le regarda un instant et le détailla. Elle se trouvait le teint terne, fatigué. Elle passa ses deux mains sous ses yeux puis les reposa sur le rebord du lavabo pour s’y appuyer. Elle baissa la tête et soupira lourdement. Elle accumulait les questions mais n’avait jamais de réponse. Elle avait l’impression d’avoir été attirée dans un très mauvais film, comme aspirée par l’écran. Elle se mit à penser à Dawson. Il y avait bien longtemps qu’elle ne l’avait pas vu… Elle songea alors qu’elle aurait du l’appeler plus souvent. Elle avait comme la sensation qu’elle allait tout perdre à l’issue de cette affaire.
Un coup porté contre la porte la sortit de ses pensées.
Pacey, visiblement un peu inquiet : Ca va ?
Joey se retourna et fixa la porte, cet idiot lui avait fait peur. Son souffle s’était subitement accéléré. Cherchant ses mots, ses yeux regardaient un peu partout : Euh…oui oui…je sors.
Elle se rhabilla, se passa la main dans ses cheveux mouillés, soupira en se regardant dans la glace une dernière fois et déverrouilla le loquet.
Pacey était déjà reparti. Elle fut plutôt surprise de ne pas le trouver en train de guetter sa sortie. Il agissait très bizarrement depuis ce matin…
Elle entreprit de retourner dans le salon, d’un pas peu rassuré. Avant de pénétrer dans la pièce, elle s’arrêta dans le chambranle et observa le jeune homme.
Pacey était assis sur le sofa, devant la petite table basse. Pour Joey, l’homme qui se trouvait devant elle ressemblait à tout sauf à un agresseur… Il essayait apparemment de refaire son pansement. En commençant à entourer le tissu autour de sa main, sans un bruit, il grimaça de douleur.
Joey réagit et se dirigea vers lui d’un pas franc. Pacey la regarda avancer et se demanda bien ce qu’il lui passait par la tête. Elle s’assit à côté de lui et prit la main gauche du garçon dans la sienne. Elle la tourna, paume en l’air et entreprit d’ôter le semblant de pansement. Pendant qu’elle le retirait, Pacey s’efforçait tant bien que mal de masquer la douleur. Elle déposa l’étoffe ensanglantée sur la table et examina la plaie en passant son doigt dessus.
Elle grimaça elle aussi et plaisanta en fronçant le nez : J’ai bien peur qu’il y ait un bout de verre qui soit resté dans ce qui te sert de main…
Pacey assez sec pour se redonner contenance : Parce que t’es médecin maintenant ?!
Joey lâchant sa main et faisant mine de se relever : Bien, fais comme tu veux mais si ça s’infecte tu ne pourras t’en prendre qu’à toi…
De son autre main, il la saisit au bras : Ca va…sois pas susceptible.
Joey sut que c’étaient les seules excuses qu’elle pourrait tirer de lui. Elle se réinstalla à côté et s’empara à nouveau de sa main.
Joey entre ses dents : Ce que tu peux être buté !
Pacey sourit et haussa les sourcils à son égard : C’est à moi que tu dis ça ?
Joey, qui ne pensait pas qu’il l’aurait entendue, répondit du tac au tac en haussant les épaules : Pour une fois que c’est moi qui tiens les rênes…
Pacey sourit davantage et secoua la tête: Je me demande bien qui est le plus buté de nous deux…
Joey s’appliqua alors à sa tache. Précautionneusement et lentement, elle tira le bout de verre et le brandit fièrement : Evidemment, j’avais raison !
Mais avant même que Pacey n’ait le temps de répondre quoique ce soit et se leva en toute hâte et demanda comme pour lui couper la parole : Tu sais où je peux trouver un peu d’alcool ?
Pacey, encore ahuri par la vitesse avec laquelle Joey l’avait devancé : Je crois qu’il doit y avoir du Whisky ou quelque chose comme ça dans ce placard.
Joey revint avec une bouteille à la main.
Joey, lisant l’étiquette: Ca fera l’affaire.
Elle déboucha la bouteille, sentit le contenu et en but instinctivement une bonne rasade.
Pacey la regarda, hébété : Hey !
Joey : J’en avais besoin !
Elle se remit ensuite au travail, et en versa un bon peu sur la plaie de Pacey qui serra les dents aussi fort qu’il le put pour ne pas paraître douillet.
Joey le regardait et se délectait de la situation. Voir l’homme si sûr de lui se crisper sur son pantalon pour s’empêcher d’appeler sa mère la réjouissait au plus au point.
Joey en levant les sourcils et en souriant naïvement : Ca va aller ? C’est pas trop douloureux au moins ?
Pacey la regarda droit dans les yeux et lâcha : Quelle sadique !
Joey se montra offusquée : C’est comme ça qu’on me remercie ?
Pacey : Avoue que ça te fait plaisir hein…
Joey avec sa célèbre mimique : Bon…peut-être un petit peu c’est vrai…Mais l’essentiel c’est que je le fasse bien, non?
Pacey se mordit la langue pour ne pas répondre à ses provocations.
Joey, contente d’avoir eu le dernier mot, attrapa la main de Pacey et entreprit de finir son bandage. Elle découpa une bande de tissus propre et l’entoura autour de la main.
Joey : Ca va saigner encore un peu, il faudra le refaire…
Pacey récupéra sa main, baissa la tête et dit avec beaucoup de pudeur : Merci…
Puis il la regarda d’un air interrogatif.
Joey, rigolant du fait qu’elle ait réussi à le lui faire dire : Joey…Merci Joey.
Pacey lui rendant timidement son sourire : Merci Joey.
Il se leva et commença à partir.
Joey : Et est-ce que je peux savoir comment s’appelle l’homme qui a pointé une arme dans mon cou ?
Pacey se retourna en rigolant à son tour : Pacey.
Joey, très étonnée et d’un air légèrement teinté de moquerie: Pacey ?
Pacey : Hey, est-ce que je me suis moqué de ton prénom de mec moi ?
Joey sourit et leva les mains comme pour dire « Ok je n’ai rien dit. »
Pacey secoua la tête. Cette fille était incroyablement insupportable !

Joey reprit rapidement son sérieux. La situation l’y obligeait. Pacey s’était dirigé vers la corde. Elle se doutait donc que son sort allait encore une fois résider sur cette chaise qu’elle avait maintenant prise en horreur.
Pacey revint dans sa direction et lui lança gêné après ce qu’elle venait de faire pour lui : Je suis désolé…mais je n’ai pas le choix…
Le regard que Joey jetait sur lui avait bien changé depuis la dernière fois qu’il lui avait présenté le lien qui allait une nouvelle fois attacher ses mains. Pacey eut du mal à saisir la signification de ce regard. Elle paraissait comme …déçue ? Non il avait dû mal interpréter la chose comment une fille séquestrée pouvait être déçue dans une pareille situation ? Il choisit délibérément d’occulter ce regard pour ne pas culpabiliser plus qu’il ne commençait à le faire. Il lui rattacha donc les mains et partit sans se retourner. Il quitta la pièce sous le regard incrédule de la jeune femme. Ce n’était pas le moment de se laisser aller au copinage !
Une fois qu’il eut disparu, Joey secoua la tête et rigola nerveusement : J’y crois pas !
Elle passa ensuite le reste de la matinée seule.
Pacey, lui, passait d’une pièce à une autre et fouillait tous les meubles qui se trouvaient à l’étage. Il passait des heures à récolter des papiers divers et à les entasser dans un carton. Pièce après pièce, meuble après meuble, tiroir après tiroir. Tout était passé en revue.
Joey et Pacey ne se revirent pas jusqu’à ce que Joey se mette à crier son nom : Pacey !
Voyant qu’il ne se dérangeait pas, elle cria plus fort et de manière plus autoritaire encore : Pacey !
Après trois nouvelles tentatives, il daigna enfin se présenter devant elle.
Exaspéré par son attitude : Tu es obligée de hurler comme un putois ?
Joey, mesquine : Si au moins tu étais venu tout de suite…
Pacey, le regard sombre : Qu’est-ce que tu veux ?
Joey, en colère elle aussi de ne servir que de décoration dans ce salon : J’ai dû passer au moins trois heures à contempler ce mur, est-ce qu’il serait trop te demander de me donner au moins un livre pour m’occuper ?
Pacey tourna la tête en direction de la bibliothèque que Joey avait indiquée de la tête puis la regarda à nouveau : A quoi bon, tu es attachée…
Joey tentant de se contrôler : Je me débrouillerai !!!
Pacey hésita puis se résolut à accéder à sa requête. En l’occupant, il serait moins dérangé. Il se dirigea d’un pas franc et rapide jusqu’à la bibliothèque et leva la tête vers les livres : Qu’est-ce que tu veux ?
Joey, lourde de sens : Le plus gros que tu aies !
Pacey s’exécuta et reprit l’escalier. Avant d’arriver en haut, il observa la jeune femme. Elle s’organisait pour que le livre tienne sur ses genoux et que les pages ne bougent pas en les bloquant de ses mains nouées. Pacey eut un rictus en voyant la scène puis continua son chemin et reprit son activité.
Il découvrait des tonnes de choses dans ces vieux placards qui n’avaient certainement pas été vidés depuis des décennies. Ils étaient les témoins du temps qui passait, accumulant nombreuses et diverses choses, des boites en tous genres, des objets sans intérêts et surtout, ce qui intéressait précisément Pacey, des documents officiels, des factures…
Quelques heures plus tard, il jeta un rapide coup d’œil au vieux réveil qui trônait sur le bureau où Pacey avait échoué, en dernier lieu de recherche. Son ventre ne se trompait pas, il était bien temps de manger. Il entassa les derniers papiers et les ajouta à ceux qui se trouvaient déjà dans le carton. Puis il emprunta une nouvelle fois les escaliers. Joey était plongée dans sa lecture, rien ne pouvait la sortir de ses rêveries. Les pages tournaient dans un rythme très régulier. Elle semblait captivée. Pacey ne s’arrêta que quelques secondes et profita du fait qu’elle soit particulièrement occupée pour s’affairer sans l’avoir constamment sur le dos !
Alors qu’il faisait chauffer le contenu des boites de conserves dans la cuisine, il n’entendait que le bruit des pages du livre de Joey. C’était renversant de voir comme son attitude pouvait passer d’exaspérante à un calme quasi surnaturel…Il se délecta de ces quelques courtes minutes qui lui restaient avant que la tornade ne resurgisse.

Quelques minutes plus tard, il se dirigea dans le salon et se posta devant elle. Elle ne semblait pas réagir à sa présence. Il dut se racler la gorge à deux reprises, pour qu’elle le remarque.
Joey, perdue : Hum ?
Il leva les yeux au ciel : Mais c’est pas vrai. Quel phénomène j’ai encore été dégoté moi !
Il pencha la tête sur le coté et lança à son intention: Est-ce que par hasard Madame est disposée à manger ?
Joey, sans se rendre compte de la situation : Oh ça tombe bien, je me demandais si on mangerait un jour.
Pacey secoua la tête et lui détacha les mains. Elle le suivit alors jusqu’à la table de la cuisine.
Joey, condescendante : Qu’est-ce que c’est aujourd’hui ?
Pacey : Ne t’emballe pas. Ce n’est ni du caviar ni du foie gras français. Tu te contenteras de raviolis… Maintenant si tu préfères faire la diète pour surveiller ta ligne. Ce n’est pas moi qui me plaindrai de manger plus.
Joey, très froide : On dirait que ça t’amuse de me dévaloriser. Ca ne te suffit déjà pas de me séquestrer dans ces conditions ? Il faut en plus que tu en rajoutes une couche pour te sentir moins inférieur. Je vais te dire une chose : Si ça te plait ce genre de situation alors vas-y ne te prive pas mais ne t’attends pas à ce que je participe à tes…
Pacey la coupa : Mais tu t’entends parler ? Tu prends un air si hautain et méprisant quand tu me parles…et tu voudrais que je te valorise ? Dès le départ tu t’es mis dans la tête que le petit évadé de prison n’était qu’un minable sans le sou. Mais ce que tu n’as pas compris, c’est que cette maison dans laquelle tu te trouves en ce moment-même, elle est à moi !
Joey se figea. Qu’est-ce qui la dérangeait le plus en somme ? Qu’il la traite de « bourgeoise » ou bien qu’il ait raison quant à l’image qu’elle s’était faite de lui ?
Elle ne put ajouter mot à ce qu’il venait de lui cracher à la figure.
Pacey, ivre de colère, lui ordonna : Maintenant mange !
Joey, la fourchette dans la main, fixait son assiette et réfléchissait. Elle ne trouvait pas la force de manger bien que le repas soit plus appétissant que la veille au soir.
Pacey termina son assiette sans porter un seul regard sur celle qui se trouvait en face de lui. Elle avait dépassé les bornes !
Quand il eut fini son repas, il se leva. Elle n’avait rien mangé et cela lui importait peu à dire vrai. Il se leva et récupéra les deux assiettes pour les déposer dans l’évier.
Puis il tira Joey de sa chaise par le bras.
Pacey, sec : Lève-toi !
Une fois debout, Joey s’arrêta et lui lança en colère : Arrête de me traîner comme un chien !
Elle tira de toutes ses forces pour qu’il la lâche, ce qu’il fit immédiatement. Mais comme il lâchait son bras, Joey fut propulsée en arrière et heurta la table de sa tête. Elle s’affala ensuite sur le sol et sa tête rebondit une nouvelle fois. Elle était étendue et ne bougeait plus…
Pacey ne réalisa pas tout de suite ce qu’il venait de se passer. Puis, comme prit d’une vague de lucidité, il se jeta par terre à côté d’elle et la secoua doucement pour la réveiller.
Pacey, paniqué : Merde qu’est-ce que j’ai fait ?!
Il la secoua plus fortement mais rien n’y fit. Il posa alors son index et son majeur joints sur sa jugulaire pour tâter son pouls.
Il la souleva ensuite et la conduisit jusqu’à la salle de bain. Il la déposa dans la baignoire et l’arrosa d’eau. Quelques secondes plus tard, elle se réveilla et tenta de se protéger du jet. Pacey continua de l’arroser pour lui rendre ses esprits puis il coupa l’arrivée d’eau.
Joey se mit à grelotter. L’eau froide avait eu pour effet de la sortir de son inconscience certes mais aussi de la refroidir. Il la reprit dans ses bras. Alors qu’elle claquait des dents, elle s’agrippa instinctivement à son cou. Pacey attrapa au vol une serviette et monta dans la chambre.
Une fois en haut, il la déposa sur le matelas. Elle se positionna automatiquement en chien de fusil pour tenter de se réchauffer. Pacey essuya le visage de la jeune femme avec la serviette puis essora ses cheveux.
Pacey pour lui-même : On a frôlé la catastrophe !
Joey tremblait comme une feuille.
Pacey l’observant : Si je la déshabille, je vais me faire traiter de tous les noms !
Il entreprit toutefois de lui ôter ses chaussures et ses chaussettes puis il la redressa doucement et lui retira également son pull.
Pacey : Ca fera déjà ça de moins de trempé.
Joey qui s’était rallongée, grelottait de plus belle: J’ai froid…
Pacey ferma les yeux et soupira : Tant pis, je vais encore en prendre pour mon grade !
Il se leva et fouilla dans le meuble dans lequel il avait trouvé ses propres vêtements la veille. Il s’agenouilla à côté d’elle et la redressa une nouvelle fois pour lui faire quitter son tee-shirt.
Pacey : C’était pas une franchement bonne idée de te tremper en définitive.
Il sourit et ajouta pour lui-même : Si un jour on m’avait dit que je ferais ça !
Les habits collaient à tel point qu’il dut tirer de toutes ses forces pour lui enlever son jean.
Malgré l’interdiction que lui lançait sa conscience, il ne put s’empêcher de jeter un coup d’œil. Et histoire de se justifier auprès de sa conscience, il pensa : « C’aurait pas été évident de le faire les yeux fermés de toutes façons. » Puis réalisant ce qu’il avait eu le temps d’observer, il pensa en souriant : Ravissante…casse-pieds…mais ravissante !
Il lui fit ensuite enfiler un long tee-shirt et l’installa sous les couvertures.
Elle reprit alors sa position fœtale. Pacey se pencha à côté d’elle et profita du moment pour regarder l’arrière de son crâne : Non d’un chien ! T’as une sacrée bosse…

Bzzbzz  (04.04.2005 à 13:43)
Plus tard, il la reconduisit à sa chaise et alors qu’il l’avait ligotée et qu’il allait la bâillonner, Joey l’implora : S’il te plait.
Pacey la regarda une fraction de seconde et se résigna. Il finit par ranger le tissu dans sa poche et sans dire un mot quitta la pièce.
Il revint dans le salon une petite demi-heure plus tard, les cheveux mouillés. Joey comprit en le voyant qu’il était allé à la salle de bain. Elle se mit à penser qu’elle irait bien y faire un tour elle aussi.
Comme par magie, Pacey se plaça derrière elle et dénoua la corde.
Pacey : Je t’ai récupéré une serviette. Elle est sur le lavabo…
Joey hésita à se lever mais voyant que Pacey n’ajoutait rien, elle réalisa qu’elle avait en quelque sorte quartier libre. Elle quitta lentement sa chaise et partit doucement en le regardant, intriguée. Pacey se retourna, sourit et secoua la tête. Même en essayant de faire des efforts il paraissait encore être une menace pour la jeune femme. En effet ça pouvait prêter à rire. Et bizarrement lorsqu’il était dur avec elle, il n’arrivait pas à la faire taire. Cette fille était un réel casse-tête chinois…

Joey, de son côté profitait de ce temps de répit et d’isolement pour se ressourcer. Elle profita au maximum de la possibilité de prendre une douche. La poussière ambiante lui donnait une sensation de saleté. Même en frottant, elle avait l’impression qu’elle persistait à s’accrocher à sa peau.
En voyant le savon, elle sourit en pensant à la réaction qu’aurait pu faire Audrey. Elle qui utilise environ une trentaine de produits différents… Audrey…Etait-elle au courant de ce qu’il s’était passé ? Est-ce que les gardes de la prison l’avaient prévenue ? Ces mêmes gardes qui n’avaient même pas fait attention à sa présence avant qu’elle ne se mette à hurler contre leur stupidité…Elle secoua la tête, sous le jet d’eau qui l’arrosait. …Alors non elle ne devait rien savoir de tout ça. Elle allait s’inquiéter. Elle ne l’avait même pas prévenue qu’elle allait rendre visite à son père en prison. Joey haussa les sourcils et pensa : « Avec un peu de chance elle s’imaginera que j’ai rencontré quelqu’un ».
Elle resta encore quelques minutes sous l’eau tiède qui semblait la régénérer. Elle s’enroula ensuite dans la serviette et se posta devant le lavabo, face au miroir. De sa main droite, elle essuya la buée et découvrit son visage. Elle le regarda un instant et le détailla. Elle se trouvait le teint terne, fatigué. Elle passa ses deux mains sous ses yeux puis les reposa sur le rebord du lavabo pour s’y appuyer. Elle baissa la tête et soupira lourdement. Elle accumulait les questions mais n’avait jamais de réponse. Elle avait l’impression d’avoir été attirée dans un très mauvais film, comme aspirée par l’écran. Elle se mit à penser à Dawson. Il y avait bien longtemps qu’elle ne l’avait pas vu… Elle songea alors qu’elle aurait du l’appeler plus souvent. Elle avait comme la sensation qu’elle allait tout perdre à l’issue de cette affaire.
Un coup porté contre la porte la sortit de ses pensées.
Pacey, visiblement un peu inquiet : Ca va ?
Joey se retourna et fixa la porte, cet idiot lui avait fait peur. Son souffle s’était subitement accéléré. Cherchant ses mots, ses yeux regardaient un peu partout : Euh…oui oui…je sors.
Elle se rhabilla, se passa la main dans ses cheveux mouillés, soupira en se regardant dans la glace une dernière fois et déverrouilla le loquet.
Pacey était déjà reparti. Elle fut plutôt surprise de ne pas le trouver en train de guetter sa sortie. Il agissait très bizarrement depuis ce matin…
Elle entreprit de retourner dans le salon, d’un pas peu rassuré. Avant de pénétrer dans la pièce, elle s’arrêta dans le chambranle et observa le jeune homme.
Pacey était assis sur le sofa, devant la petite table basse. Pour Joey, l’homme qui se trouvait devant elle ressemblait à tout sauf à un agresseur… Il essayait apparemment de refaire son pansement. En commençant à entourer le tissu autour de sa main, sans un bruit, il grimaça de douleur.
Joey réagit et se dirigea vers lui d’un pas franc. Pacey la regarda avancer et se demanda bien ce qu’il lui passait par la tête. Elle s’assit à côté de lui et prit la main gauche du garçon dans la sienne. Elle la tourna, paume en l’air et entreprit d’ôter le semblant de pansement. Pendant qu’elle le retirait, Pacey s’efforçait tant bien que mal de masquer la douleur. Elle déposa l’étoffe ensanglantée sur la table et examina la plaie en passant son doigt dessus.
Elle grimaça elle aussi et plaisanta en fronçant le nez : J’ai bien peur qu’il y ait un bout de verre qui soit resté dans ce qui te sert de main…
Pacey assez sec pour se redonner contenance : Parce que t’es médecin maintenant ?!
Joey lâchant sa main et faisant mine de se relever : Bien, fais comme tu veux mais si ça s’infecte tu ne pourras t’en prendre qu’à toi…
De son autre main, il la saisit au bras : Ca va…sois pas susceptible.
Joey sut que c’étaient les seules excuses qu’elle pourrait tirer de lui. Elle se réinstalla à côté et s’empara à nouveau de sa main.
Joey entre ses dents : Ce que tu peux être buté !
Pacey sourit et haussa les sourcils à son égard : C’est à moi que tu dis ça ?
Joey, qui ne pensait pas qu’il l’aurait entendue, répondit du tac au tac en haussant les épaules : Pour une fois que c’est moi qui tiens les rênes…
Pacey sourit davantage et secoua la tête: Je me demande bien qui est le plus buté de nous deux…
Joey s’appliqua alors à sa tache. Précautionneusement et lentement, elle tira le bout de verre et le brandit fièrement : Evidemment, j’avais raison !
Mais avant même que Pacey n’ait le temps de répondre quoique ce soit et se leva en toute hâte et demanda comme pour lui couper la parole : Tu sais où je peux trouver un peu d’alcool ?
Pacey, encore ahuri par la vitesse avec laquelle Joey l’avait devancé : Je crois qu’il doit y avoir du Whisky ou quelque chose comme ça dans ce placard.
Joey revint avec une bouteille à la main.
Joey, lisant l’étiquette: Ca fera l’affaire.
Elle déboucha la bouteille, sentit le contenu et en but instinctivement une bonne rasade.
Pacey la regarda, hébété : Hey !
Joey : J’en avais besoin !
Elle se remit ensuite au travail, et en versa un bon peu sur la plaie de Pacey qui serra les dents aussi fort qu’il le put pour ne pas paraître douillet.
Joey le regardait et se délectait de la situation. Voir l’homme si sûr de lui se crisper sur son pantalon pour s’empêcher d’appeler sa mère la réjouissait au plus au point.
Joey en levant les sourcils et en souriant naïvement : Ca va aller ? C’est pas trop douloureux au moins ?
Pacey la regarda droit dans les yeux et lâcha : Quelle sadique !
Joey se montra offusquée : C’est comme ça qu’on me remercie ?
Pacey : Avoue que ça te fait plaisir hein…
Joey avec sa célèbre mimique : Bon…peut-être un petit peu c’est vrai…Mais l’essentiel c’est que je le fasse bien, non?
Pacey se mordit la langue pour ne pas répondre à ses provocations.
Joey, contente d’avoir eu le dernier mot, attrapa la main de Pacey et entreprit de finir son bandage. Elle découpa une bande de tissus propre et l’entoura autour de la main.
Joey : Ca va saigner encore un peu, il faudra le refaire…
Pacey récupéra sa main, baissa la tête et dit avec beaucoup de pudeur : Merci…
Puis il la regarda d’un air interrogatif.
Joey, rigolant du fait qu’elle ait réussi à le lui faire dire : Joey…Merci Joey.
Pacey lui rendant timidement son sourire : Merci Joey.
Il se leva et commença à partir.
Joey : Et est-ce que je peux savoir comment s’appelle l’homme qui a pointé une arme dans mon cou ?
Pacey se retourna en rigolant à son tour : Pacey.
Joey, très étonnée et d’un air légèrement teinté de moquerie: Pacey ?
Pacey : Hey, est-ce que je me suis moqué de ton prénom de mec moi ?
Joey sourit et leva les mains comme pour dire « Ok je n’ai rien dit. »
Pacey secoua la tête. Cette fille était incroyablement insupportable !

Joey reprit rapidement son sérieux. La situation l’y obligeait. Pacey s’était dirigé vers la corde. Elle se doutait donc que son sort allait encore une fois résider sur cette chaise qu’elle avait maintenant prise en horreur.
Pacey revint dans sa direction et lui lança gêné après ce qu’elle venait de faire pour lui : Je suis désolé…mais je n’ai pas le choix…
Le regard que Joey jetait sur lui avait bien changé depuis la dernière fois qu’il lui avait présenté le lien qui allait une nouvelle fois attacher ses mains. Pacey eut du mal à saisir la signification de ce regard. Elle paraissait comme …déçue ? Non il avait dû mal interpréter la chose comment une fille séquestrée pouvait être déçue dans une pareille situation ? Il choisit délibérément d’occulter ce regard pour ne pas culpabiliser plus qu’il ne commençait à le faire. Il lui rattacha donc les mains et partit sans se retourner. Il quitta la pièce sous le regard incrédule de la jeune femme. Ce n’était pas le moment de se laisser aller au copinage !
Une fois qu’il eut disparu, Joey secoua la tête et rigola nerveusement : J’y crois pas !
Elle passa ensuite le reste de la matinée seule.
Pacey, lui, passait d’une pièce à une autre et fouillait tous les meubles qui se trouvaient à l’étage. Il passait des heures à récolter des papiers divers et à les entasser dans un carton. Pièce après pièce, meuble après meuble, tiroir après tiroir. Tout était passé en revue.
Joey et Pacey ne se revirent pas jusqu’à ce que Joey se mette à crier son nom : Pacey !
Voyant qu’il ne se dérangeait pas, elle cria plus fort et de manière plus autoritaire encore : Pacey !
Après trois nouvelles tentatives, il daigna enfin se présenter devant elle.
Exaspéré par son attitude : Tu es obligée de hurler comme un putois ?
Joey, mesquine : Si au moins tu étais venu tout de suite…
Pacey, le regard sombre : Qu’est-ce que tu veux ?
Joey, en colère elle aussi de ne servir que de décoration dans ce salon : J’ai dû passer au moins trois heures à contempler ce mur, est-ce qu’il serait trop te demander de me donner au moins un livre pour m’occuper ?
Pacey tourna la tête en direction de la bibliothèque que Joey avait indiquée de la tête puis la regarda à nouveau : A quoi bon, tu es attachée…
Joey tentant de se contrôler : Je me débrouillerai !!!
Pacey hésita puis se résolut à accéder à sa requête. En l’occupant, il serait moins dérangé. Il se dirigea d’un pas franc et rapide jusqu’à la bibliothèque et leva la tête vers les livres : Qu’est-ce que tu veux ?
Joey, lourde de sens : Le plus gros que tu aies !
Pacey s’exécuta et reprit l’escalier. Avant d’arriver en haut, il observa la jeune femme. Elle s’organisait pour que le livre tienne sur ses genoux et que les pages ne bougent pas en les bloquant de ses mains nouées. Pacey eut un rictus en voyant la scène puis continua son chemin et reprit son activité.
Il découvrait des tonnes de choses dans ces vieux placards qui n’avaient certainement pas été vidés depuis des décennies. Ils étaient les témoins du temps qui passait, accumulant nombreuses et diverses choses, des boites en tous genres, des objets sans intérêts et surtout, ce qui intéressait précisément Pacey, des documents officiels, des factures…
Quelques heures plus tard, il jeta un rapide coup d’œil au vieux réveil qui trônait sur le bureau où Pacey avait échoué, en dernier lieu de recherche. Son ventre ne se trompait pas, il était bien temps de manger. Il entassa les derniers papiers et les ajouta à ceux qui se trouvaient déjà dans le carton. Puis il emprunta une nouvelle fois les escaliers. Joey était plongée dans sa lecture, rien ne pouvait la sortir de ses rêveries. Les pages tournaient dans un rythme très régulier. Elle semblait captivée. Pacey ne s’arrêta que quelques secondes et profita du fait qu’elle soit particulièrement occupée pour s’affairer sans l’avoir constamment sur le dos !
Alors qu’il faisait chauffer le contenu des boites de conserves dans la cuisine, il n’entendait que le bruit des pages du livre de Joey. C’était renversant de voir comme son attitude pouvait passer d’exaspérante à un calme quasi surnaturel…Il se délecta de ces quelques courtes minutes qui lui restaient avant que la tornade ne resurgisse.

Quelques minutes plus tard, il se dirigea dans le salon et se posta devant elle. Elle ne semblait pas réagir à sa présence. Il dut se racler la gorge à deux reprises, pour qu’elle le remarque.
Joey, perdue : Hum ?
Il leva les yeux au ciel : Mais c’est pas vrai. Quel phénomène j’ai encore été dégoté moi !
Il pencha la tête sur le coté et lança à son intention: Est-ce que par hasard Madame est disposée à manger ?
Joey, sans se rendre compte de la situation : Oh ça tombe bien, je me demandais si on mangerait un jour.
Pacey secoua la tête et lui détacha les mains. Elle le suivit alors jusqu’à la table de la cuisine.
Joey, condescendante : Qu’est-ce que c’est aujourd’hui ?
Pacey : Ne t’emballe pas. Ce n’est ni du caviar ni du foie gras français. Tu te contenteras de raviolis… Maintenant si tu préfères faire la diète pour surveiller ta ligne. Ce n’est pas moi qui me plaindrai de manger plus.
Joey, très froide : On dirait que ça t’amuse de me dévaloriser. Ca ne te suffit déjà pas de me séquestrer dans ces conditions ? Il faut en plus que tu en rajoutes une couche pour te sentir moins inférieur. Je vais te dire une chose : Si ça te plait ce genre de situation alors vas-y ne te prive pas mais ne t’attends pas à ce que je participe à tes…
Pacey la coupa : Mais tu t’entends parler ? Tu prends un air si hautain et méprisant quand tu me parles…et tu voudrais que je te valorise ? Dès le départ tu t’es mis dans la tête que le petit évadé de prison n’était qu’un minable sans le sou. Mais ce que tu n’as pas compris, c’est que cette maison dans laquelle tu te trouves en ce moment-même, elle est à moi !
Joey se figea. Qu’est-ce qui la dérangeait le plus en somme ? Qu’il la traite de « bourgeoise » ou bien qu’il ait raison quant à l’image qu’elle s’était faite de lui ?
Elle ne put ajouter mot à ce qu’il venait de lui cracher à la figure.
Pacey, ivre de colère, lui ordonna : Maintenant mange !
Joey, la fourchette dans la main, fixait son assiette et réfléchissait. Elle ne trouvait pas la force de manger bien que le repas soit plus appétissant que la veille au soir.
Pacey termina son assiette sans porter un seul regard sur celle qui se trouvait en face de lui. Elle avait dépassé les bornes !
Quand il eut fini son repas, il se leva. Elle n’avait rien mangé et cela lui importait peu à dire vrai. Il se leva et récupéra les deux assiettes pour les déposer dans l’évier.
Puis il tira Joey de sa chaise par le bras.
Pacey, sec : Lève-toi !
Une fois debout, Joey s’arrêta et lui lança en colère : Arrête de me traîner comme un chien !
Elle tira de toutes ses forces pour qu’il la lâche, ce qu’il fit immédiatement. Mais comme il lâchait son bras, Joey fut propulsée en arrière et heurta la table de sa tête. Elle s’affala ensuite sur le sol et sa tête rebondit une nouvelle fois. Elle était étendue et ne bougeait plus…
Pacey ne réalisa pas tout de suite ce qu’il venait de se passer. Puis, comme prit d’une vague de lucidité, il se jeta par terre à côté d’elle et la secoua doucement pour la réveiller.
Pacey, paniqué : Merde qu’est-ce que j’ai fait ?!
Il la secoua plus fortement mais rien n’y fit. Il posa alors son index et son majeur joints sur sa jugulaire pour tâter son pouls.
Il la souleva ensuite et la conduisit jusqu’à la salle de bain. Il la déposa dans la baignoire et l’arrosa d’eau. Quelques secondes plus tard, elle se réveilla et tenta de se protéger du jet. Pacey continua de l’arroser pour lui rendre ses esprits puis il coupa l’arrivée d’eau.
Joey se mit à grelotter. L’eau froide avait eu pour effet de la sortir de son inconscience certes mais aussi de la refroidir. Il la reprit dans ses bras. Alors qu’elle claquait des dents, elle s’agrippa instinctivement à son cou. Pacey attrapa au vol une serviette et monta dans la chambre.
Une fois en haut, il la déposa sur le matelas. Elle se positionna automatiquement en chien de fusil pour tenter de se réchauffer. Pacey essuya le visage de la jeune femme avec la serviette puis essora ses cheveux.
Pacey pour lui-même : On a frôlé la catastrophe !
Joey tremblait comme une feuille.
Pacey l’observant : Si je la déshabille, je vais me faire traiter de tous les noms !
Il entreprit toutefois de lui ôter ses chaussures et ses chaussettes puis il la redressa doucement et lui retira également son pull.
Pacey : Ca fera déjà ça de moins de trempé.
Joey qui s’était rallongée, grelottait de plus belle: J’ai froid…
Pacey ferma les yeux et soupira : Tant pis, je vais encore en prendre pour mon grade !
Il se leva et fouilla dans le meuble dans lequel il avait trouvé ses propres vêtements la veille. Il s’agenouilla à côté d’elle et la redressa une nouvelle fois pour lui faire quitter son tee-shirt.
Pacey : C’était pas une franchement bonne idée de te tremper en définitive.
Il sourit et ajouta pour lui-même : Si un jour on m’avait dit que je ferais ça !
Les habits collaient à tel point qu’il dut tirer de toutes ses forces pour lui enlever son jean.
Malgré l’interdiction que lui lançait sa conscience, il ne put s’empêcher de jeter un coup d’œil. Et histoire de se justifier auprès de sa conscience, il pensa : « C’aurait pas été évident de le faire les yeux fermés de toutes façons. » Puis réalisant ce qu’il avait eu le temps d’observer, il pensa en souriant : Ravissante…casse-pieds…mais ravissante !
Il lui fit ensuite enfiler un long tee-shirt et l’installa sous les couvertures.
Elle reprit alors sa position fœtale. Pacey se pencha à côté d’elle et profita du moment pour regarder l’arrière de son crâne : Non d’un chien ! T’as une sacrée bosse…

Bzzbzz  (04.04.2005 à 13:43)
Alors qu’il la touchait en tentant d’écarter les cheveux qui gênaient la vue, Joey gémit.
Pacey s’arrêta net : Oh pardon… Je vais chercher un gant de toilette. Je reviens.
Il descendit en quatrième vitesse à la salle de bain et humidifia le gant puis remonta. Il l’appliqua ensuite sur la bosse. Joey s’était endormie. Le choc ajouté au manque de sommeil de la nuit dernière avaient eu raison d’elle.
Pacey se redressa et l’observa une seconde. Il soupira lourdement en passant sa main gauche de son front jusqu’à l’arrière de son crâne. Il avait eu très chaud. Une nouvelle accusation de meurtre n’aurait rien arrangé.
Il se ressaisit et fila dans le bureau. Il mit quelques stylos dans le carton qui contenait tous les papiers qu’il avait pu récupérer et le prit sous le bras pour retourner dans la chambre. Il s’assit aux cotés de Joey et appuya son dos contre le mur. Il s’assura qu’elle dormait toujours puis s’attela à sa tâche : passer en revue tous les documents.

Cela faisait plus de deux heures qu’il planchait sans n’avoir relevé la tête que pour s’assurer que le corps étendu à coté de lui était encore en vie. Ne pouvant compter sur les sarcasmes de Joey pour lui prouver qu’elle avait encore tous ses esprits, il devait contrôler sa respiration régulièrement.
Les mouvements de Joey le sortirent de sa concentration. Elle se plaça sur le dos, et le contact de sa bosse sur l’oreiller la fit grimacer de douleur. Elle continua alors de tourner et s’appuya sur son autre épaule. Son visage était maintenant tourné vers Pacey. Il récupéra le gant de toilette qui avait bougé dans son agitation et le replaça sur l’arrière de sa tête. Tout en dormant, Joey fronça les sourcils en sentant le tissu imbibé se poser sur elle. Pacey posa sa main sur le front de la jeune fille. Elle devait avoir un peu de fièvre. Il continua ensuite son geste sur la chevelure de la jeune fille, puis remis en place une de ses mèches trempées.
Après quelques secondes de répit, il fixa son carton qui, malgré le temps qu’il lui avait consacré, ne s’était pas beaucoup vidé. Il se remit enfin au travail.

Les heures passèrent, à l’extérieur la lumière baissa petit à petit, et Pacey restait plongé dans sa paperasse. L’anxiété commençait à le gagner. Voilà 2 jours entiers qu’ils étaient enfermés ici et il n’avait toujours pas de solution à son problème. Ils ne pourraient pas rester ici indéfiniment, et fuir jusqu’au Mexique n’était pas la meilleure idée qu’il ait eue jusqu’à présent. Cependant c’était encore la seule à ce jour…
Il stoppa toutes activités et fixa le mur d’en face. Après plusieurs minutes de méditation, il reprit ses esprits et décida qu’il était temps de dormir. L’angoisse qui lui tenaillait le ventre lui coupait l’appétit. Rien ne servait de préparer à manger, il ne réussirait pas à l’avaler. Il remit tout dans le carton. Il éteignit la lumière et s’allongea puis fixa le plafond.
Joey bougea. Et doucement, tout en dormant, elle s’empara de la main du jeune homme. Pacey tourna la tête et, incrédule, fixa Joey. Voyant, après quelques secondes, qu’elle n’avait pas l’intention de bouger, délicatement et à l’aide de son autre main, il la retira de son emprise reposant tout doucement la main de la jeune fille à sa place. Bien que l’idée d’avoir quelqu’un à ses côtés en ces instants de doute soit plutôt plaisante, la situation était bien trop bizarre pour en profiter un tant soit peu. Il lui tourna le dos et tenta de faire abstraction de ses craintes au moins l’espace de quelques minutes pour pouvoir s’endormir.

Le lendemain matin, comme la veille l’avait laissé présager, Joey était grippée. Pacey, donc, afin de ne pas passer pour un tortionnaire avait fait en sorte qu’elle n’ait pas à se lever du lit. Elle ne s’était pas faite prier, heureuse d’avoir la sensation de tenir les rênes une nouvelle fois. Sans grande joie, il lui monta son petit-déjeuner : le maintenant traditionnel thé-biscottes. Les tremblements lui passèrent un moment puis elle dût se repelotonner sous les couvertures aussitôt.
Pacey comprit rapidement qu’il devrait passer la journée dans cette pièce lui aussi. Déjà las rien que d’y penser, il s’éclipsa un moment pour profiter de la salle de bain.
Lorsque quelques minutes plus tard il revint, Joey s’était à nouveau endormie. Il le constata dès qu’il entra dans la chambre. La respiration de la malade était devenue incroyablement régulière. Il se surprit à penser alors que ce n’était pas plus mal ainsi.
Il reprit sa place sur le lit, comme la veille et reprit l’examen des diverses feuilles récoltées.
Quelques temps plus tard, Joey se réveilla le visage tourné vers lui. Sans bouger, elle l’observa plusieurs minutes. Parfois, il soulignait une phrase ou quelques mots avec son stylo. Il avait l’air extrêmement sérieux et concentré.
Joey, faiblement : Qu’est-ce que tu fais ?
Pacey sursauta puis ferma les yeux un court instant pour reprendre son souffle : Ca va pas non ?
Joey le regarda étonnée. Qu’avait-elle encore fait ?
Pacey se ressaisit et lança ironiquement : Je paie les factures ça se voit pas ?!
Le regard hagard qu’elle posa sur lui le toucha. Elle était perdue, presque aussi perdue que lui à ce même instant. Plus rien ne tournait rond.
Voyant que Joey ne comprenait pas son comportement, il se ravisa et lui demanda pudiquement, mais encore grognon: Et…ta tête …ça va ?
Joey fit un petit mouvement d’épaules, signe qu’elle le supportait.
Pacey toujours sur le même ton mitigé : Je suis…désolé.
Joey surprise: Pourquoi ?
Pacey : Ta tête, enfin ta chute. C’est de ma faute.
Joey ne répondit rien et le fixa. Etait-ce parce qu’elle voulait qu’il le croit ou bien pour ne pas se ridiculiser en revenant sur la scène qu’elle lui avait faite avant de chuter ?
Un certain malaise s’installa. Il commença à comprendre à cet instant qu’il y avait peut-être été un peu fort avec elle. Il n’avait vraiment rien fait pour lui faciliter la tâche bien au contraire…
Joey brisa le silence. Elle dit en se touchant le front: Ma tête me fait un mal de chien. Est-ce que par hasard il y aurait de l’aspirine dans le coin ?
Pacey voulut profiter de l’occasion de s’échapper de cette situation. Il se leva : Je vais aller voir à la salle de bain…
Joey se redressa dans le lit : C’est pas la peine. Je veux y passer de toutes façons. Elle se leva à son tour et réalisa alors la tenue dans laquelle elle se trouvait. Elle baissa lentement les yeux sur ses jambes nues et les releva en direction de Pacey.
Pacey, gesticulant, se dépêcha de trouver une explication suffisamment claire pour la jeune femme : Tu étais trempée. Pour te réveiller j’ai dû te passer sous l’eau froide. Tu étais glacée je ne pouvais pas te laisser comme ça et…et…et tu m’as dit que tu avais froid alors…
Joey tirant sur son tee-shirt pour tenter de le rallonger : Et où sont-ils maintenant ?
Pacey perdu : Quoi ?
Joey écarquillant de grands yeux comme pour lui faire comprendre plus vite : Mes vêtements !
Pacey, se précipitant maladroitement : Oh tiens les voilà…je.. enfin…
Joey le coupa et s’éclipsa avec ses habits sur le bras : Merci.
Elle quitta la pièce et descendit à la salle de bain, l’air extrêmement gênée.
Pacey, lui, soupira lourdement en se passant une main dans les cheveux.
Une fois entrée dans la pièce, Joey ferma le verrou derrière elle et s’assit sur le rebord de la baignoire. Au bout de quelques secondes elle se mit à sourire. La situation était désastreuse mais l’attitude de Pacey l’avait enchantée. Il avait l’air si désolé et peu sûr de lui. Il devait certainement s’attendre à une engueulade mais le fait est que la surprise l’avait complètement privée de sa légendaire répartie. Après tout, il avait bien fait. Comment aurait-elle pu se réchauffer couchée dans des habits trempés ? Ceci dit, imaginant qu’il ait pu poser son regard sur elle, ses joues rosirent. Il n’y avait pas situation plus gênante à ses yeux.
Elle se leva et ouvrit la pharmacie. Elle fouilla un peu et trouva, fort heureusement, un tube d’aspirine dont elle extirpa deux comprimés qu’elle avala avec une rasade d’eau. Elle passa ensuite sous la douche et se rhabilla de manière correcte et surtout décente. Les cachets commençaient à faire effet. Le marteau qui s’évertuait à frapper dans la totalité de sa boite crânienne commençait à la mettre en sourdine. Elle se regarda dans la glace et se mordit la lèvre. Comment allait-elle agir maintenant ? Devait-elle paraître aussi gênée qu’elle l’était ou bien paraître en colère ? Après maintes réflexions, elle leva les yeux au ciel, arrêta de se poser tant de questions et quitta vivement la salle de bain. Elle se dirigea vers la cuisine et fit chauffer un peu d’eau.
Pacey qui entendait des bruits de casseroles se demanda ce qu’elle pouvait bien trafiquer. Il descendit les escaliers.
Joey, qui entendait les marches craquer se douta qu’il venait pour voir ce qu’elle faisait et peut-être même remettre les points sur les « i », pensa : S’il a quelque chose à dire c’est la même chose ! Avec la bosse que je me paie, il peut quand même faire un effort !
Pacey pénétra dans la pièce et l’observa agir quelques secondes.
Joey, sentant sa présence, se retourna et lança sur la défensive : Je refais juste du thé. C’est tout ! Après je retournerai sagement sur ma chaise !
Il ne répondit rien, ce qui déstabilisa quelque peu Joey. Elle lui retourna le dos, très étonnée et fixa l’eau qui commençait à bouillir. Puis elle refit volte-face et demanda sans trop savoir quel ton employer, un peu froide : Tu en veux ?
Pacey, naturellement : Oui.
Puis d’un geste mécanique, il attrapa deux chopes et s’assit à la table.
Joey n’en revenait pas. Alors elle pourrait faire ce qu’elle voulait, il ne dirait rien… ?!
Pacey, lui, ne savait plus trop ce qu’il devait faire. Après tout ce qui s’était passé allait-il pouvoir la rattacher sur sa chaise ?
Joey vida enfin l’eau dans les tasses et fit infuser un sachet. Elle s’installa en face de Pacey et fixa sa tasse pour ne pas croiser son regard et sentir le rouge lui monter au visage une nouvelle fois.
Cependant au bout de plusieurs minutes de silence, elle remarqua le regard en biais que Pacey posait sur elle. Il avait l’œil investigateur. Ses sourcils froncés traduisaient son interrogation. Joey fit de même : Quoi ?
Pacey se gratta la tête et demanda un peu gêné par sa future question : Je me demandais…qu’est-ce qu’une fille comme toi faisait au pénitencier ?
Joey regretta aussitôt d’avoir levé les yeux de sa tasse. Elle se leva du siège et prit la direction du salon avec sa mug dans les mains. Elle lança d’un air un peu vantard : Mon copain et moi avons braqué une banque. Il s’est fait prendre et je suis partie avec le butin. Bonnie and Clyde en somme. Je lui rendais une petite visite…
Pacey se leva à sa suite et lança : Si toi tu es Bonnie alors je suis Mary Poppins !
Elle s’adossa à la bibliothèque alors qu’il s’assit sur un des sofas. Elle reprit la parole, le nez dans son thé, cherchant les mots justes : Mon père.
Pacey la regarda : Pardon ?
Joey : J’étais allée voir mon père.
Pacey fut estomaqué par l’annonce. Comment aurait-il pu se douter un instant que…
Joey sentant que ce qu’elle venait de dire créait une atmosphère bizarre : Eh oui, mon père s’est fait arrêter pour trafic de drogue. Pas très heureux n’est-ce pas ! Comme quoi ta vision des choses n’était pas si réaliste que ça !
Pacey n’osa rien ajouter tant par surprise que par respect pour ce qu’elle devait endurer.
Joey s’assit sur un fauteuil, les genoux pliés contre son buste. Toujours la tasse entre les mains. Un long silence s’installa.
Il se passa près de vingt minutes durant lesquelles chacun se perdit dans ses pensées et réflexions propres. Puis Joey se leva. Elle marcha en direction de Pacey, s’assit sur la table basse qui était en face de lui et posa sa tasse vide à côté d’elle. Elle baissa la tête et chercha timidement ses mots en jouant nerveusement avec sa bague.
Elle se lança enfin mais ne changea pas pour autant de position: Pacey ?
Pacey, intrigué: Hum?
Joey, à son tour un peu embarrassée : Qu’est-ce que c’est que cette maison ? Je veux dire… tu m’as dit qu’elle était à toi ?
Pacey la dévisagea : Oui.
A nouveau un silence s’imposa. Joey voulait en savoir plus mais n’osait pas insister.
Devant le silence que la réponse avait suscité, Pacey ajouta : Cette maison était à mon grand-père mais depuis que … (se rattrapant) enfin elle est à moi maintenant.
Joey fronça les sourcils et lança sur le coup, sans trop réfléchir mais visiblement scandalisée : Tu l’as tué ?
Pacey, indigné par l’accusation portée à son encontre : Non ! Bien sûr que non !
La franche réponse du jeune homme la rassura automatiquement sur son sort futur.
Pacey était encore sous le choc : Je ne suis pas un meurtrier…
Joey désolée : Pardon, je ne voulais pas…enfin j’ai cru que…
Elle se tût, comprenant que les mots qu’elle pourrait prononcer risquaient de lui porter préjudice.
Elle répéta simplement : Pardon.
Pacey lui confessa comme pour se justifier: J’ai été accusé de son meurtre mais je ne l’ai pas fait. (Indigné qu’on puisse penser un chose pareille) Merde, comment aurais-je pu ?
Joey ne savait trop quoi penser. Comment croire ce qu’il disait alors qu’il l’avait prise en otage ? Mais il avait l’air pourtant sincère et plus qu’abattu par la mort de son grand-père.
Joey : C’est pour ça que tu étais en prison ?
Pacey, toujours dans ses justifications : Je ne pouvais pas y rester et purger une peine que je ne méritais pas !
Joey le fixait, restant un peu sur la défensive. Pacey s’en rendit compte. Il se leva et se ressaisit. Il lança sèchement : Je ne sais pas pourquoi je te raconte tout ça, ça ne te regarde pas !
Joey se leva à son tour pour se mettre à sa hauteur et réagit au quart de tour : T’es gentil c’est quand même à moi d’en juger. Je te rappelle que je suis celle que tu as kidnappée et qui t’as permis de t’échapper de la prison dont tu parles ! J’estime avoir le droit de savoir un minimum de choses telles que pourquoi je suis ici, avec qui et surtout ce qui va m’arriver !
Pacey resta scotché. La femme qu’il avait veillée toute la nuit avait subitement changé de peau. Celle-ci était bien plus virulente que la petite impertinente qu’il avait connue auparavant.
Pacey reprit ses esprits et jeta en fronçant les sourcils à son tour : Je te demande pardon ?
Joey ne se laissa pas démonter par le ton qu’il employait alors. A l’aide de sa main, elle le poussa à l’épaule pour le faire tomber sur le canapé et, debout, après avoir croisé les bras sur son ventre, elle poursuivit : Maintenant je veux que tu m’expliques tout depuis le début !
Pacey n’en revenait pas. Il allait de surprise en surprise, tout fichait le camp, son autorité sur Joey n’était plus du tout à l’ordre du jour. C’était elle qui menait la danse maintenant.
Et elle n’avait pas l’air de vouloir bouger tant qu’il ne lui aurait pas raconté.
Pacey se résigna. Il aurait bien le temps de reprendre le pouvoir par la suite : Je suis en prison depuis environ 3 mois. Le tribunal m’a jugé coupable du meurtre de Ruben Witter, mon grand-père. Je dois du coup purger une peine à perpétuité. Mais j’ai été accusé à tort ! C’est tout !
Joey n’avait toujours pas quitté sa position. Son regard dur était fixé sur Pacey. D’un mouvement de sourcils, elle l’incita à continuer son récit.
Pacey soupira et s’enfonça plus dans le canapé, sentant que le moment de vérité pourrait être long: Ruben et moi vivions sous ce même toit depuis mon adolescence. Un jour, alors que je rentrais du boulot, je l’ai retrouvé mort d’une balle en pleine tête.
Joey grimaça.
Pacey, l’air fataliste : Les flics ont rappliqué dans la minute. Le revolver se trouvait à côté du corps, sans empreinte bien sûr. Ils ont vite fait un lien entre ma présence à côté du corps et ma situation financière.
Joey s’assit face à lui, sur la petit table et lui demanda, intriguée : Ta situation financière ??
L’expression du visage de Joey poussa Pacey à continuer son explication: Je suis restaurateur de bateaux. On ne peut pas dire que ce soit un métier très rentable. Surtout que je suis à mon compte et que je suis le seul à bosser dans mon entreprise.
Joey comprenant : Ils en ont donc déduit que tu voulais récupérer la maison à sa mort…Logique.
Pacey fit un petit signe de tête pour montrer que c’était en effet logique.
Joey : Et étant seul à travailler, personne ne pouvait évidemment prouver ton alibi.
Pacey parut étonné qu’elle intègre aussi facilement et rapidement les choses. Et encore plus qu’elle semble intéressée par son histoire. Il la dévisagea un instant et, au comble de l’ironie, elle avait l’air de le penser innocent. C’était la première personne à poser ce regard sur lui depuis son accusation.
Joey continua son inspection : Mais comment se fait-il qu’ils t’aient accusé de vouloir vendre la maison ? Dans la logique des choses la maison aurait dû être léguée à ton père…
Pacey, se frottant le crâne. La petite avait mis le doigt sur le détail de toute l’affaire : A vrai dire, Ruben l’avait retirée de son testament pour m’y coucher à la place, ce qui m’accuse d’autant plus.
Joey, toujours très sérieusement: C’est pas commun de déshériter son fils pour son petit-fils. Il devait être très remonté. Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
Pacey trouvait que la jeune femme commençait à en demander un peu trop. Il tenta de se lever mais Joey se redressa plus vite que lui et le cloua au canapé : Je t’ai posé une question, non ?
Pacey : A quoi ça peut bien te servir, tu ne changeras pas le cours des choses. Qu’importe que tu me croies ou non, la justice ne changera pas son verdict sous prétexte qu’une petite préten…
Joey le coupa avant qu’il ne finisse sa phrase et qu’elle regrette d’avoir entendu ce qu’il avait à dire : Tu me donneras ton avis quand je te l’aurai demandé.
Pacey las : Mais enfin à quoi ça te sert …?
Joey radoucie, se rassit en face de lui : Je veux t’aider.
Pacey la fixa droit dans les yeux et comprit qu’elle était sincère et surtout très déterminée.

Bzzbzz  (04.04.2005 à 13:44)
Pacey, l’air détaché mais tout de même provocant : Dis-moi, tu faisais du théâtre à l’université ?
Joey releva la tête vers lui, furieuse. Elle fulminait. Si elle avait été l’héroïne d’un dessin animé, le créateur n’aurait pas manqué de lui faire sortir de la fumée par les oreilles. La réflexion de Pacey l’avait rendue folle de rage. Elle avait risqué de se confier à lui et tout ce qu’il en avait conclu c’est qu’il la soupçonnait de jouer la comédie ?
Elle se leva si violemment que le lourd fauteuil s’en renversa.
Rouge de colère elle lança en pointant son index rageur dans sa direction: Tu me fatigues Pacey ! Tes perpétuels doutes me fatiguent ! Tu n’es apparemment pas capable de saisir la main qu’on te tend. Tu ne te l’avoueras jamais mais tu te complais dans ton malheur. Eh bien tu veux que je te dise ? Restes-y ! Ca m’est égal. Continue à être stupide. Moi je vais sagement reprendre le rôle que tu as l’air de vouloir que je reprenne. Celui d’otage docile mais ne t’attends surtout pas à ce que je joue aussi la compassion !
Sous le regard agacé de Pacey, elle partit s’enfermer dans la salle de bain et claqua la porte.

Avait-il bien entendu ? L’avait-elle réellement traité de stupide ? Elle ne manquait vraiment pas d’air !
Joey, elle, rumina assise sur le rebord de la baignoire. Cet imbécile avait osé la traiter de menteuse ! Quel toupet !
Tous deux de leur côté pestaient contre l’autre. Les oreilles de chacun devaient sacrément siffler.

Au bout de plusieurs minutes, Joey s’en prit à elle-même.
Elle pensa : Tu aurais quand même pu penser à emporter quelque chose, dans ta foulée. Qu’est-ce que tu vas faire tout ce temps ?
Elle ouvrit les placards les uns après les autres. Mais à quoi bon ? Qui laisserait un livre ou quoique ce soit d’autre dans une salle de bain ? Elle se laissa glisser contre la baignoire et s’assit par terre, la tête entre les mains.

La colère de Pacey ne semblait pas vouloir disparaître. Si elle voulait rester là-dedans, grand bien lui fasse ! Il ne l’aurait pas sur le dos au moins. Malgré son humeur massacrante, il reprit son activité et passa les papiers les uns après les autres.

Il regardait les minutes défiler lentement sur l’horloge. Il n’avait réussi à se concentrer qu’une dizaine de minutes. Depuis, il n’arrivait plus à s’intéresser à quoique ce soit. Seule la pendule le captivait. Toutes les cinq minutes, Pacey se fixait mentalement un chiffre en se disant que dès que l’aiguille l’atteindrait, il se lèverait et irait s’excuser auprès de Joey. Malheureusement au moment venu, il se défilait à chaque fois et faisait mine de se reconsacrer à la liasse de feuilles qu’il avait sur les genoux…jusqu’au moment où il se refixait un nouveau chiffre…Il avait repensé à l’histoire de Joey. Et si elle avait dit vrai ? Alors il se serait comporté en parfait goujat ! Le remord le rongeait. Elle avait jusque-là été plutôt franche. Dans un élan irréfléchi, il se leva. Au diable la pendule ! D’un pas décidé il se dirigea vers la salle de bain. Joey écouta les pas sur le plancher grinçant. Mais une fois devant la porte, il fit demi-tour. En entendant les pas repartir, Joey sourit.
De retour dans le salon, Pacey se gratta le menton puis reprit le chemin qu’il avait quitté.
Il semblait à Joey avoir entendu Pacey revenir sur ses pas, elle s’arrêta alors de sourire et écouta attentivement.
Arrivé devant la même porte, il s’arrêta et la fixa. Comment devait-il procéder ? Il choisit de faire simple.
Pacey, doucement : Joey ?
Un large sourire fendit soudain le visage de Joey. Contente d’elle, elle se releva. D’un fier mouvement de la tête, elle dégagea ses cheveux de son visage. Puis elle se força à reprendre un air sérieux. Elle attendit quelques secondes et alors que Pacey allait faire demi-tour, elle ouvrit tout doucement la porte, prenant bien le soin de la faire grincer. Elle se donna volontairement l’air d’être de mauvaise humeur et le fixa droit dans les yeux.
Pacey pensa alors qu’il n’avait peut-être pas eu la meilleure des idées. Il ne savait vraiment plus quoi lui dire. Mais l’avait-il vraiment su ? Il l’observa alors lui aussi. Elle ne bougeait pas d’un cil. Il tendit le bras gauche et lui toucha la joue. Elle ne réagit pas tout de suite puis, en fermant les yeux, s‘abandonna à la caresse en penchant la tête contre sa main comme pour approfondir le contact. Elle rouvrit les yeux quelques secondes après, profitant encore de l’acte et surprit Pacey à seulement quelques millimètres d’elle. Sans qu’elle ne fasse aucun mouvement, Pacey descendit lentement sur ses lèvres et s’en empara doucement. Presque immédiatement après, il s’écarta et la regarda dans les yeux. Ils s’observèrent quelques fractions de secondes puis Joey se rapprocha à son tour, et lui rendit son baiser, de manière moins brève. Lorsqu’il prit fin, Pacey sourit contre les lèvres de Joey.
Joey recula d’un pas et lui tapa l’épaule: Tu en as mis du temps !
Pacey accentua encore son sourire, bien que ce fût quasiment impossible.
Mais l’expression de Pacey changea. Tout penaud, il revint sur les événements passés : Je suis désolé…
Joey écarquilla de grands yeux : Tu as intérêt !!!
Devant le visage si dépité du jeune homme, Joey se para de son plus grand sourire et se rapprocha. Sa langue glissa sur les lèvres de Pacey avant de s’aventurer plus avant. Pacey reprit alors contenance et tout en l’embrassant, la fit reculer pas à pas jusqu’à ce qu’elle s’appuie contre un mur.
Joey, un tantinet sadique l’arrêta et le regarda en fronçant les sourcils : Comment se fait-il que malgré l’immensité de cette maison, j’aie l’impression de passer le plus clair de mon temps dans cette salle de bain ?
Pacey, comprenant l’action de Joey, faussement sérieux : Ca c’est une question qui méritait d’être posée ?
Joey, taquine, sourit en se mordant la langue et en ouvrant de grands yeux.
Elle jubilait, Pacey en aurait mis sa main à couper ! Elle lui déposa un baiser sur la joue et l’entraîna dans le salon. Pacey la suivit, en rigolant silencieusement et en secouant la tête. Ils s’installèrent sur le canapé. Joey plia ses jambes sur le côté et colla son corps contre le torse de Pacey et ils repassèrent les feuilles en revue.

Joey l’interrogea : Tu ne vois personne qui aurait pu t’en vouloir, à toi…ou à ton grand-père d’ailleurs…au point de vouloir te faire accuser d’un meurtre ?
Pacey : Joey, j’ai eu 3 mois pour y réfléchir. Je ne vois vraiment pas qui aurait pu monter un coup pareil !
Joey, plus pour elle-même qu’autre chose: Il y a forcément quelque chose qui nous échappe. Un détail auquel tu n’as pas pensé…
Pacey tourna la tête et avec un léger sourire embrassa Joey sur les cheveux. Joey comprit que c’était sa manière de la remercier d’être à ses côtés, de le soutenir. Elle lui rendit alors un sourire sincère puis posa sa tête sur l’épaule de Pacey tout en continuant de s’atteler à sa tâche.
Ils perdirent à nouveau toutes notions du temps. Jusqu’au moment où Pacey tomba sur un document intrigant.
Joey sentit qu’il s’était soudainement raidi : Tu as trouvé quelque chose ?
Pacey : Je n’en suis pas sûr…
Joey se redressa afin d’être plus attentive : Dis toujours.
Pacey se leva, la feuille dans les mains et fit les cent pas devant elle : Ce papier démontre que la maison fait maintenant partie du patrimoine historique de la région. Sa valeur a quadruplé ces cinq dernières années. Visiblement, mon grand-père avait dû la faire expertiser. Sans doute pour le testament…
Joey, impatiente : Et ?
Pacey, réfléchit : Je me souviens que Ruben m’avait parlé d’un type, un démarcheur immobilier qu’il trouvait assez bizarre. Il appelait très souvent et se déplaçait même jusqu’ici. Il voulait acheter la villa, à n’importe quel prix.
Joey, l’air intrigué : Étonnant…
Pacey : Évidemment Ruben n’avait jamais accepté. Il tenait bien trop à cette maison pour la revendre à n’importe qui.
Joey : Tu penses qu’il pourrait avoir un rapport avec cette histoire ?
Pacey : J’en sais rien. Ca serait énorme quand même…
Joey se mordit la lèvre et réfléchit à son tour.
Joey : Tu sais ce que doit devenir cette villa ?
Pacey : Je suppose que dans quelques temps elle ne sera plus à moi. Que ferait un prisonnier condamné à perpétuité d’une baraque pareille ?
Joey : Je n’y connais pas grand-chose en droit mais quelque chose me dit que des agences immobilières vont s’y intéresser. Peut-être celle de ton promoteur ?
Pacey se frotta alors sa barbe qui commençait à pousser.
Joey : Est-ce que tu sais s’il y a déjà eu des offres ?
Pacey : Comment voudrais-tu que je le sache !
Joey : Oui c’est vrai. Alors il faut qu’on se trouve un intermédiaire !
Pacey, effaré : Un intermédiaire ? Tu veux qu’on se fasse repérer et dénoncer ?
Joey : C’est la seule solution. On n’a que cette piste pour l’instant…
Pacey : Oui mais si ce n’était pas la bonne ?!
Joey n’osa pas lui répondre qu’alors il se ferait arrêter une nouvelle fois.
Joey, triste : Tu vois autre chose ?
Pacey refit les cent pas, en se rongeant l’ongle du pouce : Quelle poisse !
Joey, bien qu’elle ne fût jamais si peu sûre d’elle, lâcha le plus directement possible : Je connais la personne qu’il nous faut.
Pacey s’arrêta et la dévisagea. Elle avait vraiment l’air sûre d’elle. Il s’approcha d’elle et s’assit sur la petite table qui se trouvait juste devant elle.
Pacey, un peu réticent : Qui ?
Joey : Jen. Ma meilleure amie. Il n’y a pas plus fiable qu’elle.
Pacey se releva et marcha, l’air affolé : Tu voudrais confier cette affaire à une gamine ?
Joey, qui ne comprenait pas sa réaction : Mais tu n’es pas plus vieux qu’elle !
Pacey se retourna vivement face à elle : Mais justement !
Joey : Ce n’est pas parce que tu n’as pas confiance en toi qu’il faut que tu doutes des autres. Elle travaille dans le meilleur cabinet d’avocats de Boston, elle te sera d’une aide précieuse. (radoucie) Je t’en prie fais-moi confiance pour une fois.
Pacey en mourait d’envie mais la décision n’était pas facile à prendre. Après maints soupirs, Joey réussit à le convaincre. Elle se leva et se plaça devant lui. En lui prenant les mains, elle le regarda droit dans les yeux : Je suis sûre que ça va marcher.
Pacey la prit dans ses bras et la serra le plus fort qu’il put. Joey ressentit alors la peur qui le tenait.
Il s’écarta et lui demanda : Comment on va la contacter ?
Joey : J’ai mon portable dans la voiture…
Pacey : Non. Ils l’auront sûrement mis sur écoute. Ils savent que tu es avec moi. Ils veulent donc savoir tout ce que je fais ou que tu fais.
Joey : Dans ce cas, il va falloir qu’on sorte.
Pacey passa la main sur le bas de son visage en respirant à fond. Il allait devoir trouver une idée de génie pour ne pas se faire repérer. Tout le monde le connaissait dans le coin. Ruben était très populaire ici et personne n’ignorait l’histoire de son petit-fils. Et surtout, personne n’avait raté son arrestation pour le meurtre de cet homme tant apprécié !
Pacey : Il y a une cabine téléphonique à quelques centaines de mètres de là…
Joey : Ce soir ?
Pacey : Oui cette nuit, quand tout le monde dormira.
Joey lui sourit tendrement. Elle savait que pour lui la décision avait été dure à prendre mais elle voulait le rassurer. Il avait fait le bon choix.

Les heures passèrent très lentement par la suite. Tous deux passaient leur temps à contempler les aiguilles qui semblaient ne pas vouloir avancer. Vivant dans la peur de ce qu’il pourrait se produire après cet événement, aucun n’arrivait à parler. Ils passèrent l’après-midi en silence. Repassant les dossiers au crible, espérant trouver d’autres indices.
Durant le dîner, ils n’osèrent pas se regarder. Tous deux se demandaient en silence ce qu’il se passerait si leur tentative échouait. Pour Joey, il lui suffirait de reprendre le court de sa vie normalement, pensa Pacey. Mais pour Pacey, ce serait sans doute la fin de tout espoir. Une pensée sombre traversa l’esprit de Joey. Et s’il attentait alors à sa vie …
Le visage de la jeune femme dû s’assombrir car Pacey le remarqua.
Il brisa enfin le silence : A quoi tu penses ?
Joey ferma les yeux une seconde puis les rouvrit pour les poser sur le visage inquiet de son interlocuteur. En tentant de se donner une certaine assurance elle dit : On va y arriver…
Pacey, qui voyait bien qu’elle voulait paraître sûre d’elle ne chercha pas à la contredire et lui dit tendrement : Je le sais…
Joey soupira. Elle se leva de table et monta dans la chambre.
Il la rejoignit quelques minutes plus tard, après avoir débarrassé le peu de choses qui se trouvaient sur la table de la cuisine. Il s’arrêta dans le cadre de la porte et l’observa un instant. Elle s’était allongée sur le lit, le dos appuyé contre le mur. Il toqua alors contre le chambranle. Elle releva les yeux de son livre et lui sourit. Puis son sourire s’estompa et elle rebaissa la tête sur son bouquin.
Il s’approcha lentement, les mains dans les poches, se posta debout devant le matelas puis, après être resté quelques secondes immobile, se posa à côté d’elle.
Pacey, la regardant : Ca va ?
Joey, souffla : Oui.
Pacey, fixant maintenant le mur d’en face, les mains croisées sur son ventre : Bien.
Joey s’arrêta de lire, ferma son livre et le posa sur ses jambes et se risqua enfin à poser une question : Pourquoi tu as quitté tes parents si tôt ?
Pacey, ne bougea pas. Il haussa simplement les épaules : Je ne m’entendais pas avec mon père. On était trop différents…
Joey attrapa une des mains du jeune homme, l’entremêla à la sienne et joua nerveusement avec ses doigts.
Pacey, très posé, se laissa aller à la confidence : Depuis que je suis né, j’ai toujours été le vilain petit canard de la famille. J’étais constamment dénigré et rabaissé par mon père. Je ne sais pour quelle raison il m’avait pris en grippe depuis tout petit. Quoique je faisais ça n’allait jamais. Il n’avait d’yeux que pour mon frère qui, pour son plus grand bonheur, a suivi ses traces dans la police. Quand j’ai été en âge d’aller au collège, j’ai quitté la petite ville régie par mon père pour emménager avec mon grand-père. Et j’ai tout recommencé à zéro. J’avais une vraie famille ici parce qu’on se complétait avec Ruben. J’ai passé les meilleurs moments de ma vie dans cette maison et avec lui. (il sourit) on avait le même caractère. Aussi têtu l’un que l’autre.
Joey sourit aussi.
Pacey haussa une nouvelle fois les épaules et ajouta : C’est comme ça. Mais je ne regrette pas. Même si Ruben et mon père se sont fâchés par ma faute, je me dis que s’il a choisi de prendre mon parti, c’est parce qu’il le voulait vraiment et que ça lui tenait à cœur. Je suis même plutôt fier qu’il l’ait fait.
Joey : Il y a de quoi ! Tu avais au moins quelqu’un auprès de toi…
Pacey : Ca fait longtemps que tu vis sans ton père ?
Joey : Plutôt oui. Environ 10 ans. Ma sœur et moi, on a dû apprendre à faire avec. Même après avoir été relâché pour bonne conduite, les mauvaises habitudes sont réapparues. Les réjouissances ont été de courtes durées.
Pacey : Vous n’aviez pas votre mère pour vous aider ?
Joey, grimaçant : Décédée.
Pacey ne répondit rien, pas de « Désolé » ou de « Pardon, je ne savais pas », ce qu’elle apprécia autant. Elle le remercia silencieusement de s’abstenir de paroles inutiles.
Pacey : Écoute Joey, je vais te laisser aller passer ce coup de téléphone seule ce soir. Si une fois là-bas tu juges bon de t’en aller, alors fais-le. Va-t-en et ne te retourne pas. Je ne veux pas t’embarquer dans ces histoires. Tu as vécu assez de choses de ce genre et tu mérites mieux que ça.
Joey ne le regarda pas : Tu as raison !
Pacey respira à fond et ferma les yeux. Il ne voulait pas qu’elle parte mais c’était peut-être mieux ainsi. Il ne s’attendait cependant pas à ce qu’elle soit aussi rapide dans la prise de sa décision. Mais il respectait son choix.
Joey : Je vais y aller seule, ce sera moins risqué pour toi.
Pacey redressa la tête et la regarda. Avait-il bien compris ? Voulait-elle dire qu’elle reviendrait ensuite ?
Joey se leva du lit, et enfila un pull et sa veste. Elle était maintenant prête à y aller. Elle tâta ses poches et constata qu’elle possédait quelques pièces de monnaie pour l’appel.
Il se leva lui aussi. Elle lui sourit : A toute à l’heure ?
Pacey : A toute à l’heure. Fais attention.
Joey s’approcha, lui caressa la joue et déposa un baiser sur ses lèvres : Je ne risque rien.
Puis elle descendit les deux escaliers jusqu’à la cave. Elle ouvrit la porte et sortit en regardant à droite et à gauche afin d’être sûre d’être bien seule. Elle contourna la maison, empruntant le même chemin qu’elle avait pris en voiture la première fois. Arrivée au croisement de la rue principale, elle regarda à nouveau à droite puis à gauche et aperçut, à quelques mètres de là, la cabine. Elle se dirigea vers elle, d’un pas pressé, en la fixant de peur qu’elle ne se dérobe comme une oasis en plein désert. Une fois atteinte, elle vérifia encore que personne ne la surveillait puis pénétra dans le réduit. Elle décrocha le combiné, introduisit les pièces et composa le numéro.
Une voix ensommeillée décrocha à l’autre bout : Allô ?
Joey, ravie d’entendre une voix familière : Jen ?
Jen reconnut tout de suite son amie et bondit sur son lit : Joey c’est toi ? On s’est fait un sang d’encre. On ne parle que de toi aux infos !
Joey s’empressa de la rassurer : Ne t’inquiète pas pour moi. Je vais bien. Écoute, j’ai peu de temps et des tonnes des choses à te dire. Retrouve-moi demain matin à l’aube, j’ai besoin de ton aide. Mais surtout ne préviens personne de ta venue. C’est très important.
Jen ne comprenait pas : Qu’est-ce que tu me racontes Joey ?

Bzzbzz  (04.04.2005 à 13:45)
Pacey, l’air détaché mais tout de même provocant : Dis-moi, tu faisais du théâtre à l’université ?
Joey releva la tête vers lui, furieuse. Elle fulminait. Si elle avait été l’héroïne d’un dessin animé, le créateur n’aurait pas manqué de lui faire sortir de la fumée par les oreilles. La réflexion de Pacey l’avait rendue folle de rage. Elle avait risqué de se confier à lui et tout ce qu’il en avait conclu c’est qu’il la soupçonnait de jouer la comédie ?
Elle se leva si violemment que le lourd fauteuil s’en renversa.
Rouge de colère elle lança en pointant son index rageur dans sa direction: Tu me fatigues Pacey ! Tes perpétuels doutes me fatiguent ! Tu n’es apparemment pas capable de saisir la main qu’on te tend. Tu ne te l’avoueras jamais mais tu te complais dans ton malheur. Eh bien tu veux que je te dise ? Restes-y ! Ca m’est égal. Continue à être stupide. Moi je vais sagement reprendre le rôle que tu as l’air de vouloir que je reprenne. Celui d’otage docile mais ne t’attends surtout pas à ce que je joue aussi la compassion !
Sous le regard agacé de Pacey, elle partit s’enfermer dans la salle de bain et claqua la porte.

Avait-il bien entendu ? L’avait-elle réellement traité de stupide ? Elle ne manquait vraiment pas d’air !
Joey, elle, rumina assise sur le rebord de la baignoire. Cet imbécile avait osé la traiter de menteuse ! Quel toupet !
Tous deux de leur côté pestaient contre l’autre. Les oreilles de chacun devaient sacrément siffler.

Au bout de plusieurs minutes, Joey s’en prit à elle-même.
Elle pensa : Tu aurais quand même pu penser à emporter quelque chose, dans ta foulée. Qu’est-ce que tu vas faire tout ce temps ?
Elle ouvrit les placards les uns après les autres. Mais à quoi bon ? Qui laisserait un livre ou quoique ce soit d’autre dans une salle de bain ? Elle se laissa glisser contre la baignoire et s’assit par terre, la tête entre les mains.

La colère de Pacey ne semblait pas vouloir disparaître. Si elle voulait rester là-dedans, grand bien lui fasse ! Il ne l’aurait pas sur le dos au moins. Malgré son humeur massacrante, il reprit son activité et passa les papiers les uns après les autres.

Il regardait les minutes défiler lentement sur l’horloge. Il n’avait réussi à se concentrer qu’une dizaine de minutes. Depuis, il n’arrivait plus à s’intéresser à quoique ce soit. Seule la pendule le captivait. Toutes les cinq minutes, Pacey se fixait mentalement un chiffre en se disant que dès que l’aiguille l’atteindrait, il se lèverait et irait s’excuser auprès de Joey. Malheureusement au moment venu, il se défilait à chaque fois et faisait mine de se reconsacrer à la liasse de feuilles qu’il avait sur les genoux…jusqu’au moment où il se refixait un nouveau chiffre…Il avait repensé à l’histoire de Joey. Et si elle avait dit vrai ? Alors il se serait comporté en parfait goujat ! Le remord le rongeait. Elle avait jusque-là été plutôt franche. Dans un élan irréfléchi, il se leva. Au diable la pendule ! D’un pas décidé il se dirigea vers la salle de bain. Joey écouta les pas sur le plancher grinçant. Mais une fois devant la porte, il fit demi-tour. En entendant les pas repartir, Joey sourit.
De retour dans le salon, Pacey se gratta le menton puis reprit le chemin qu’il avait quitté.
Il semblait à Joey avoir entendu Pacey revenir sur ses pas, elle s’arrêta alors de sourire et écouta attentivement.
Arrivé devant la même porte, il s’arrêta et la fixa. Comment devait-il procéder ? Il choisit de faire simple.
Pacey, doucement : Joey ?
Un large sourire fendit soudain le visage de Joey. Contente d’elle, elle se releva. D’un fier mouvement de la tête, elle dégagea ses cheveux de son visage. Puis elle se força à reprendre un air sérieux. Elle attendit quelques secondes et alors que Pacey allait faire demi-tour, elle ouvrit tout doucement la porte, prenant bien le soin de la faire grincer. Elle se donna volontairement l’air d’être de mauvaise humeur et le fixa droit dans les yeux.
Pacey pensa alors qu’il n’avait peut-être pas eu la meilleure des idées. Il ne savait vraiment plus quoi lui dire. Mais l’avait-il vraiment su ? Il l’observa alors lui aussi. Elle ne bougeait pas d’un cil. Il tendit le bras gauche et lui toucha la joue. Elle ne réagit pas tout de suite puis, en fermant les yeux, s‘abandonna à la caresse en penchant la tête contre sa main comme pour approfondir le contact. Elle rouvrit les yeux quelques secondes après, profitant encore de l’acte et surprit Pacey à seulement quelques millimètres d’elle. Sans qu’elle ne fasse aucun mouvement, Pacey descendit lentement sur ses lèvres et s’en empara doucement. Presque immédiatement après, il s’écarta et la regarda dans les yeux. Ils s’observèrent quelques fractions de secondes puis Joey se rapprocha à son tour, et lui rendit son baiser, de manière moins brève. Lorsqu’il prit fin, Pacey sourit contre les lèvres de Joey.
Joey recula d’un pas et lui tapa l’épaule: Tu en as mis du temps !
Pacey accentua encore son sourire, bien que ce fût quasiment impossible.
Mais l’expression de Pacey changea. Tout penaud, il revint sur les événements passés : Je suis désolé…
Joey écarquilla de grands yeux : Tu as intérêt !!!
Devant le visage si dépité du jeune homme, Joey se para de son plus grand sourire et se rapprocha. Sa langue glissa sur les lèvres de Pacey avant de s’aventurer plus avant. Pacey reprit alors contenance et tout en l’embrassant, la fit reculer pas à pas jusqu’à ce qu’elle s’appuie contre un mur.
Joey, un tantinet sadique l’arrêta et le regarda en fronçant les sourcils : Comment se fait-il que malgré l’immensité de cette maison, j’aie l’impression de passer le plus clair de mon temps dans cette salle de bain ?
Pacey, comprenant l’action de Joey, faussement sérieux : Ca c’est une question qui méritait d’être posée ?
Joey, taquine, sourit en se mordant la langue et en ouvrant de grands yeux.
Elle jubilait, Pacey en aurait mis sa main à couper ! Elle lui déposa un baiser sur la joue et l’entraîna dans le salon. Pacey la suivit, en rigolant silencieusement et en secouant la tête. Ils s’installèrent sur le canapé. Joey plia ses jambes sur le côté et colla son corps contre le torse de Pacey et ils repassèrent les feuilles en revue.

Joey l’interrogea : Tu ne vois personne qui aurait pu t’en vouloir, à toi…ou à ton grand-père d’ailleurs…au point de vouloir te faire accuser d’un meurtre ?
Pacey : Joey, j’ai eu 3 mois pour y réfléchir. Je ne vois vraiment pas qui aurait pu monter un coup pareil !
Joey, plus pour elle-même qu’autre chose: Il y a forcément quelque chose qui nous échappe. Un détail auquel tu n’as pas pensé…
Pacey tourna la tête et avec un léger sourire embrassa Joey sur les cheveux. Joey comprit que c’était sa manière de la remercier d’être à ses côtés, de le soutenir. Elle lui rendit alors un sourire sincère puis posa sa tête sur l’épaule de Pacey tout en continuant de s’atteler à sa tâche.
Ils perdirent à nouveau toutes notions du temps. Jusqu’au moment où Pacey tomba sur un document intrigant.
Joey sentit qu’il s’était soudainement raidi : Tu as trouvé quelque chose ?
Pacey : Je n’en suis pas sûr…
Joey se redressa afin d’être plus attentive : Dis toujours.
Pacey se leva, la feuille dans les mains et fit les cent pas devant elle : Ce papier démontre que la maison fait maintenant partie du patrimoine historique de la région. Sa valeur a quadruplé ces cinq dernières années. Visiblement, mon grand-père avait dû la faire expertiser. Sans doute pour le testament…
Joey, impatiente : Et ?
Pacey, réfléchit : Je me souviens que Ruben m’avait parlé d’un type, un démarcheur immobilier qu’il trouvait assez bizarre. Il appelait très souvent et se déplaçait même jusqu’ici. Il voulait acheter la villa, à n’importe quel prix.
Joey, l’air intrigué : Étonnant…
Pacey : Évidemment Ruben n’avait jamais accepté. Il tenait bien trop à cette maison pour la revendre à n’importe qui.
Joey : Tu penses qu’il pourrait avoir un rapport avec cette histoire ?
Pacey : J’en sais rien. Ca serait énorme quand même…
Joey se mordit la lèvre et réfléchit à son tour.
Joey : Tu sais ce que doit devenir cette villa ?
Pacey : Je suppose que dans quelques temps elle ne sera plus à moi. Que ferait un prisonnier condamné à perpétuité d’une baraque pareille ?
Joey : Je n’y connais pas grand-chose en droit mais quelque chose me dit que des agences immobilières vont s’y intéresser. Peut-être celle de ton promoteur ?
Pacey se frotta alors sa barbe qui commençait à pousser.
Joey : Est-ce que tu sais s’il y a déjà eu des offres ?
Pacey : Comment voudrais-tu que je le sache !
Joey : Oui c’est vrai. Alors il faut qu’on se trouve un intermédiaire !
Pacey, effaré : Un intermédiaire ? Tu veux qu’on se fasse repérer et dénoncer ?
Joey : C’est la seule solution. On n’a que cette piste pour l’instant…
Pacey : Oui mais si ce n’était pas la bonne ?!
Joey n’osa pas lui répondre qu’alors il se ferait arrêter une nouvelle fois.
Joey, triste : Tu vois autre chose ?
Pacey refit les cent pas, en se rongeant l’ongle du pouce : Quelle poisse !
Joey, bien qu’elle ne fût jamais si peu sûre d’elle, lâcha le plus directement possible : Je connais la personne qu’il nous faut.
Pacey s’arrêta et la dévisagea. Elle avait vraiment l’air sûre d’elle. Il s’approcha d’elle et s’assit sur la petite table qui se trouvait juste devant elle.
Pacey, un peu réticent : Qui ?
Joey : Jen. Ma meilleure amie. Il n’y a pas plus fiable qu’elle.
Pacey se releva et marcha, l’air affolé : Tu voudrais confier cette affaire à une gamine ?
Joey, qui ne comprenait pas sa réaction : Mais tu n’es pas plus vieux qu’elle !
Pacey se retourna vivement face à elle : Mais justement !
Joey : Ce n’est pas parce que tu n’as pas confiance en toi qu’il faut que tu doutes des autres. Elle travaille dans le meilleur cabinet d’avocats de Boston, elle te sera d’une aide précieuse. (radoucie) Je t’en prie fais-moi confiance pour une fois.
Pacey en mourait d’envie mais la décision n’était pas facile à prendre. Après maints soupirs, Joey réussit à le convaincre. Elle se leva et se plaça devant lui. En lui prenant les mains, elle le regarda droit dans les yeux : Je suis sûre que ça va marcher.
Pacey la prit dans ses bras et la serra le plus fort qu’il put. Joey ressentit alors la peur qui le tenait.
Il s’écarta et lui demanda : Comment on va la contacter ?
Joey : J’ai mon portable dans la voiture…
Pacey : Non. Ils l’auront sûrement mis sur écoute. Ils savent que tu es avec moi. Ils veulent donc savoir tout ce que je fais ou que tu fais.
Joey : Dans ce cas, il va falloir qu’on sorte.
Pacey passa la main sur le bas de son visage en respirant à fond. Il allait devoir trouver une idée de génie pour ne pas se faire repérer. Tout le monde le connaissait dans le coin. Ruben était très populaire ici et personne n’ignorait l’histoire de son petit-fils. Et surtout, personne n’avait raté son arrestation pour le meurtre de cet homme tant apprécié !
Pacey : Il y a une cabine téléphonique à quelques centaines de mètres de là…
Joey : Ce soir ?
Pacey : Oui cette nuit, quand tout le monde dormira.
Joey lui sourit tendrement. Elle savait que pour lui la décision avait été dure à prendre mais elle voulait le rassurer. Il avait fait le bon choix.

Les heures passèrent très lentement par la suite. Tous deux passaient leur temps à contempler les aiguilles qui semblaient ne pas vouloir avancer. Vivant dans la peur de ce qu’il pourrait se produire après cet événement, aucun n’arrivait à parler. Ils passèrent l’après-midi en silence. Repassant les dossiers au crible, espérant trouver d’autres indices.
Durant le dîner, ils n’osèrent pas se regarder. Tous deux se demandaient en silence ce qu’il se passerait si leur tentative échouait. Pour Joey, il lui suffirait de reprendre le court de sa vie normalement, pensa Pacey. Mais pour Pacey, ce serait sans doute la fin de tout espoir. Une pensée sombre traversa l’esprit de Joey. Et s’il attentait alors à sa vie …
Le visage de la jeune femme dû s’assombrir car Pacey le remarqua.
Il brisa enfin le silence : A quoi tu penses ?
Joey ferma les yeux une seconde puis les rouvrit pour les poser sur le visage inquiet de son interlocuteur. En tentant de se donner une certaine assurance elle dit : On va y arriver…
Pacey, qui voyait bien qu’elle voulait paraître sûre d’elle ne chercha pas à la contredire et lui dit tendrement : Je le sais…
Joey soupira. Elle se leva de table et monta dans la chambre.
Il la rejoignit quelques minutes plus tard, après avoir débarrassé le peu de choses qui se trouvaient sur la table de la cuisine. Il s’arrêta dans le cadre de la porte et l’observa un instant. Elle s’était allongée sur le lit, le dos appuyé contre le mur. Il toqua alors contre le chambranle. Elle releva les yeux de son livre et lui sourit. Puis son sourire s’estompa et elle rebaissa la tête sur son bouquin.
Il s’approcha lentement, les mains dans les poches, se posta debout devant le matelas puis, après être resté quelques secondes immobile, se posa à côté d’elle.
Pacey, la regardant : Ca va ?
Joey, souffla : Oui.
Pacey, fixant maintenant le mur d’en face, les mains croisées sur son ventre : Bien.
Joey s’arrêta de lire, ferma son livre et le posa sur ses jambes et se risqua enfin à poser une question : Pourquoi tu as quitté tes parents si tôt ?
Pacey, ne bougea pas. Il haussa simplement les épaules : Je ne m’entendais pas avec mon père. On était trop différents…
Joey attrapa une des mains du jeune homme, l’entremêla à la sienne et joua nerveusement avec ses doigts.
Pacey, très posé, se laissa aller à la confidence : Depuis que je suis né, j’ai toujours été le vilain petit canard de la famille. J’étais constamment dénigré et rabaissé par mon père. Je ne sais pour quelle raison il m’avait pris en grippe depuis tout petit. Quoique je faisais ça n’allait jamais. Il n’avait d’yeux que pour mon frère qui, pour son plus grand bonheur, a suivi ses traces dans la police. Quand j’ai été en âge d’aller au collège, j’ai quitté la petite ville régie par mon père pour emménager avec mon grand-père. Et j’ai tout recommencé à zéro. J’avais une vraie famille ici parce qu’on se complétait avec Ruben. J’ai passé les meilleurs moments de ma vie dans cette maison et avec lui. (il sourit) on avait le même caractère. Aussi têtu l’un que l’autre.
Joey sourit aussi.
Pacey haussa une nouvelle fois les épaules et ajouta : C’est comme ça. Mais je ne regrette pas. Même si Ruben et mon père se sont fâchés par ma faute, je me dis que s’il a choisi de prendre mon parti, c’est parce qu’il le voulait vraiment et que ça lui tenait à cœur. Je suis même plutôt fier qu’il l’ait fait.
Joey : Il y a de quoi ! Tu avais au moins quelqu’un auprès de toi…
Pacey : Ca fait longtemps que tu vis sans ton père ?
Joey : Plutôt oui. Environ 10 ans. Ma sœur et moi, on a dû apprendre à faire avec. Même après avoir été relâché pour bonne conduite, les mauvaises habitudes sont réapparues. Les réjouissances ont été de courtes durées.
Pacey : Vous n’aviez pas votre mère pour vous aider ?
Joey, grimaçant : Décédée.
Pacey ne répondit rien, pas de « Désolé » ou de « Pardon, je ne savais pas », ce qu’elle apprécia autant. Elle le remercia silencieusement de s’abstenir de paroles inutiles.
Pacey : Écoute Joey, je vais te laisser aller passer ce coup de téléphone seule ce soir. Si une fois là-bas tu juges bon de t’en aller, alors fais-le. Va-t-en et ne te retourne pas. Je ne veux pas t’embarquer dans ces histoires. Tu as vécu assez de choses de ce genre et tu mérites mieux que ça.
Joey ne le regarda pas : Tu as raison !
Pacey respira à fond et ferma les yeux. Il ne voulait pas qu’elle parte mais c’était peut-être mieux ainsi. Il ne s’attendait cependant pas à ce qu’elle soit aussi rapide dans la prise de sa décision. Mais il respectait son choix.
Joey : Je vais y aller seule, ce sera moins risqué pour toi.
Pacey redressa la tête et la regarda. Avait-il bien compris ? Voulait-elle dire qu’elle reviendrait ensuite ?
Joey se leva du lit, et enfila un pull et sa veste. Elle était maintenant prête à y aller. Elle tâta ses poches et constata qu’elle possédait quelques pièces de monnaie pour l’appel.
Il se leva lui aussi. Elle lui sourit : A toute à l’heure ?
Pacey : A toute à l’heure. Fais attention.
Joey s’approcha, lui caressa la joue et déposa un baiser sur ses lèvres : Je ne risque rien.
Puis elle descendit les deux escaliers jusqu’à la cave. Elle ouvrit la porte et sortit en regardant à droite et à gauche afin d’être sûre d’être bien seule. Elle contourna la maison, empruntant le même chemin qu’elle avait pris en voiture la première fois. Arrivée au croisement de la rue principale, elle regarda à nouveau à droite puis à gauche et aperçut, à quelques mètres de là, la cabine. Elle se dirigea vers elle, d’un pas pressé, en la fixant de peur qu’elle ne se dérobe comme une oasis en plein désert. Une fois atteinte, elle vérifia encore que personne ne la surveillait puis pénétra dans le réduit. Elle décrocha le combiné, introduisit les pièces et composa le numéro.
Une voix ensommeillée décrocha à l’autre bout : Allô ?
Joey, ravie d’entendre une voix familière : Jen ?
Jen reconnut tout de suite son amie et bondit sur son lit : Joey c’est toi ? On s’est fait un sang d’encre. On ne parle que de toi aux infos !
Joey s’empressa de la rassurer : Ne t’inquiète pas pour moi. Je vais bien. Écoute, j’ai peu de temps et des tonnes des choses à te dire. Retrouve-moi demain matin à l’aube, j’ai besoin de ton aide. Mais surtout ne préviens personne de ta venue. C’est très important.
Jen ne comprenait pas : Qu’est-ce que tu me racontes Joey ?

Bzzbzz  (04.04.2005 à 13:45)
Il ne faisait pas encore tout à fait jour. Il n’était pas loin de 7h et les gens des environs n’étaient pas encore dehors. Jen sortit donc sans risque, mais tout de même avec précaution et retourna à sa voiture. Elle fit attention de ne pas faire claquer la portière et démarra.
Joey referma la porte et sourit à Pacey avant de le serrer dans ses bras.
Pacey laissa alors échapper un long soupir. Il était rassuré. Jen était en effet une fille très bien.
Joey se décrocha puis regrimpa à l’étage. Elle semblait agitée comme une tornade. Pacey la rejoignit et l’observa. Elle rangea rapidement les affaires du petit-déjeuner et monta au premier. Elle refit toutes les pièces (qu’elle n’avait d’ailleurs pas encore vues) et fouilla partout.
Pacey qui l’avait rejointe, l’observait.
Joey sentant sa présence : On a du temps, alors autant l’employé comme il faut. Et continuons de chercher des preuves !
Pacey sourit puis quitta la pièce pour exécuter la même chose que la jeune femme dans la pièce d’à côté.

Dans l’après-midi, alors qu’ils étaient toujours occupés par leurs recherches, Joey tendit l’oreille. Il lui semblait avoir entendu quelque chose. Le son se reproduit une deuxième fois. Aucun doute, c’était bien ça. Elle se leva et fila comme un éclair. Elle dévala les escaliers deux à deux et en moins de deux secondes arriva dans le salon. Après avoir vérifié qui c’était, elle décrocha le portable qu’elle avait laissé sur la petite table.
Joey : Allô ?
Jen : J’ai du nouveau.
Joey, ne sachant trop si elle devait déjà être enthousiaste ou entendre d’abord ce qu’elle allait lui annoncer : Vraiment ?
Jen : J’ai discuté avec un collègue qui a déjà suivi ce genre d’affaire. D’après lui, vous êtes dans la merde…
Joey soupira.
Jen : …Mais il veut tenter le coup.
Joey redressa subitement la tête et écarquilla d’énormes yeux. Elle sourit alors à Pacey qui l’observait depuis le haut des escaliers. Ce dernier s’assit sur les premières marches lorsqu’il comprit qu’il y avait un peu d’espoir pour qu’il s’en sorte autrement qu’en fuyant.
Joey : Comment ça va se passer ?
Jen : Il va devoir le rencontrer. Il faudra tout lui expliquer dans les moindres détails. Et surtout…lui faire confiance !
Joey : Toi tu lui fais confiance ?
Jen, la voix extrêmement posée : Entièrement !
Joey : Alors nous aussi !
Jen : Il passera ce soir.
Joey : Merci Jen…
Jen : A plus tard.
Joey referma doucement le clapet du téléphone portable. Et de la même manière, elle leva la tête vers Pacey.
Pacey fronça les sourcils : Qu’est-ce qu’il se passe exactement ?
Joey : On va avoir de la visite…
Pacey : Quand ?
Joey : Ce soir !
Pacey : Et ça s’annonce bien ?
Joey lui expliqua alors ce qui l’attendait, ce que l’avocat voudrait savoir de lui et de sa situation. Pacey se sentait quelque part soulagé mais également un peu angoissé. Car Dieu sait ce que cet avocat ferait si jamais il décidait de ne finalement pas l’aider. Irait-il le dénoncer à la police ou bien ferait-il comme s’il n’avait jamais entendu parler de lui ? Il prenait un énorme risque en se fiant à lui.
Joey, voyant que Pacey commençait à douter : Ne t’en fais pas Pacey. Tu n’as plus le choix de toutes façons. C’est la seule solution qu’il te reste…
Elle ajouta ensuite avec un petit sourire moqueur : A moins, bien sûr, que tu aimes les burritos au point d’aller vivre au Mexique ?
Pacey, devenu raisonnable : De toutes façons, même si je fuyais, je ne pourrais pas rester indéfiniment dans la clandestinité.

Le soir arriva assez vite. Aux alentours de 22h, un ronronnement de voiture se fit à nouveau entendre dans la cour arrière.
Ils descendirent à la cave comme le matin-même et, entendirent une deuxième porte claquer.
A partir de ce moment-là, Pacey et Joey se regardèrent, intrigués.
Une voix masculine se fit entendre. Ils en déduisirent alors aussitôt qu’il parlait avec quelqu’un d’autre.
Dans la tête de Pacey, l’information faisait son bonhomme de chemin. Cette voix était celle d’un policier. Jen leur avait fait fond bond et avait prévenu la police pour le faire appréhender… Après tout, cela était plus que légitime. Dans tous les cas, Joey n’était coupable d’aucun crime, Jen avait donc jugé raisonnable de la sortir de ce mauvais pas…
Joey comprit tout de suite ce que Pacey pensait. Et le regard noir qu’il posait sur elle l’y aidait d’ailleurs beaucoup. Elle s’en voulut soudainement de l’avoir poussé à lui faire confiance… à elle et à sa…meilleure amie. Elle se sentit comme trahie par elle.
Elle murmura à l’attention de l’ancien prisonnier : Je suis désolée…
L’homme se contenta de fermer les yeux sentant la fin approcher.
Joey aurait aimé lui prendre la main mais se sentant coupable, elle se résigna à oublier son intention.
Mais Pacey fut sorti de ses réflexions lorsqu’il entendit la deuxième voix … Jen. Jen parlait avec l’homme en question !
Jen, tentant de murmurer malgré la colère : Je viens de te dire de ne pas faire claquer la portière !!!
Homme, avec indifférence : J’ai oublié…
Joey sourit en secouant la tête quand elle comprit enfin le véritable sens de la présence de ces deux personnes.
Pacey ne prononça mot, de peur que la réalité ne s’évapore aussi vite que ses suppositions.
Joey entreprit finalement d’ouvrir la lourde porte en bois. Elle n’en revenait pas de ne pas avoir pensé à l’éventualité que Jen vienne elle-même avec ce fameux avocat… quelle bêtise !
Jen pénétra la première dans la bâtisse, suivie de près par son collègue, un jeune homme à peine plus vieux qu’elle, vêtu d’un flamboyant costume. Ils ne perdirent pas de temps en futilités et montèrent aussi sec au premier. Ils s’installèrent dans le salon.
Nick : Bon, qui est le coupable ?
Jen leva les yeux au ciel et annonça tout de suite la couleur : Ne vous fiez pas à la première impression qu’il pourra bien vous laisser. Malgré ses apparences de petit prétentieux, ce type est un des meilleurs avocats de la région. (Puis à Nick) Arrête ton cirque et viens en aux faits. La situation n’est pas drôle…
Nick, assis sur le sofa, ouvrit sa mallette : Bien, puisque Jen est aujourd’hui mal lunée, je vais faire sobre et « en venir aux faits » comme elle dit.
Il marqua une pause puis lança en regardant Pacey droit dans les yeux : Je veux TOUT savoir !
Alors ce dernier recommença son récit, sans omettre le moindre détail. Les deux filles se contentèrent d’écouter, ne tenant pas à perturber le bon déroulement de ce qui déterminerait si oui ou non l’avocat acceptait de prendre son cas au sérieux.
Lorsqu’il eut fini d’énumérer tous les événements de sa sombre vie, Nick fronça les sourcils et se tut un moment. Il inscrivit des notes sur son calepin sans se préoccuper du temps qui passait. Jen, pour les rassurer, leur fit un petit sourire.
Après quelques minutes d’un interminable silence, le jeune avocat se décida enfin à relever la tête et tout en regardant Pacey, dit : Ca ne va pas être simple. Mais on peut tenter !
Personne n’osa lui faire répéter même s’ils n’étaient pas sûrs d’avoir bien compris ce qu’il venait de dire.
Nick poursuivit sans y porter plus d’attention : Pacey, il va falloir qu’on s’y mette tout de suite. Il ne faut plus perdre de temps. Les minutes vous sont malheureusement comptées.
Jen comprit qu’il était grand temps de les laisser seuls afin qu’ils se mettent au travail sérieusement. Alors en se levant du canapé, elle demanda à son amie : Joey, ton offre pour une tasse de thé est toujours valable ?
Sans faire un pli, elle se leva également et la conduisit à la cuisine.
Nick, à Pacey : On a une piste. On va commencer par la suivre en essayant d’éclaircir le mobile qui aurait poussé le promoteur immobilier à commettre ce crime. Ensuite je devrai mener ma petite enquête et enfin, si nous avons vu juste, nous finirons par la plaidoirie…si tant est que nous en ayons besoin.
Pacey, qui sentait avoir passé un cap décisif, répondit avec force : Je suis près.

Alors qu’ils s’attelèrent aux choses sérieuses, Jen et Joey, elles profitèrent de ce moment en tête-à-tête pour se retrouver.
Jen, secouant la tête : Tu nous as fait une de ces frayeurs !
Joey : Hé ! Je n’y suis pour rien. Ce n’est pas moi qui aie choisi de me faire kidnapper !
Jen, avec un petit sourire en coin : C’est marrant mais je n’ai pas l’impression que ça te dérange outre mesure. Qu’est-ce qu’il se passe ici ?
Joey : Rien du tout. Qu’est-ce que tu vas chercher ?
Jen : Figure-toi que généralement, l’otage est ligoté et bâillonné et prie tous les saints pour s’en tirer vivant. Mais toi…Toi ! Tu vas et viens comme bon te semble et tu appelles ta meilleure amie pour qu’elle vienne aider ton agresseur.
Joey, simplement : Je n’ai pas été agressée.
Jen : Tiens, tu vois. Tu prends sa défense.
Joey : Jen ! Où tu veux en venir ?
Jen : La situation me dérange.
Joey : Je vois bien ! Et alors ?
Jen : Écoute Joey, il arrive souvent que les victimes prennent la déf…
Joey, la coupant : Je sais tout ça Jen. La victime et le coupable, le syndrome de Stockholm…
Jen : Tout ce que je veux te dire c’est « Fais attention ». C’est tout.
Joey sourit et répondit en retour : Toi aussi Jen. Toi aussi…
La jeune fille leva un sourcil, l’air interrogateur.
Joey, riant aux éclats : Tu crois que je ne t’ai pas vue avec ce Nick ?
Jen, tentant d’être persuasive : Je ne vois pas du tout de quoi tu parles…
Joey, reconnaissante que quelques minutes plus tôt elle n’ait pas tenté d’approfondir davantage le propos suédois, en échange, n’insista pas plus sur ses relations avec le bel hâbleur qui se trouvait dans le salon.
Joey : Je te remercie d’avoir accepté.
Jen, accompagnant ses paroles d’un clin d’œil : Comme si c’était mon genre d’abandonner mes amis ! Tiens, à ce propos. Je t’ai apporté quelque chose.
Assise sur sa chaise, à table, elle se baissa et attrapa son sac. Elle le posa sur la table et ouvrit la fermeture éclair d’un coup sec.
Jen : Je ne sais pas ce que vous avez mangé jusqu’à présent mais vu l’état de la maison ça ne devait pas être très folichon.
Elle sortit alors quelques aliments et les posa les uns après les autres sur la table.
Jen : Le reste est dans le coffre de la voiture.
Joey ferma les yeux un court instant avec un large sourire sur les lèvres : Il était temps. Ras le bol des purées de pois cassés !

Dans le salon, l’atmosphère était bien plus tendue.
Nick : Ces papiers vont nous être d’une aide précieuse. Mais il faut savoir qu’ils peuvent aussi jouer en votre défaveur. Le juge va forcément devoir reconnaître que ça pouvait être un mobile suffisant pour vous aussi.
Pacey : Mais il n’y a aucune preuve concrète contre moi non plus.
Nick, se grattant le menton et fronçant les sourcils : Oui cette histoire d’empruntes et de poudre à canon est à éclaircir. Je ne comprends même pas comment ils ont pu vous accuser aussi facilement sans avoir réussi à démontrer quoique ce soit. C’est invraisemblable. Quoique avec cet avocat… Rien ne m’étonne plus. Vous n’avez vraiment pas eu de chance. Kopp est un incompétent de première !
Pacey avait cru s’en rendre compte lors du procès. Malheureusement, l’état de ses finances à ce moment là ne lui permettait pas de faire appel à une pointure du barreau. D’ailleurs ! Comment allait-il faire pour régler la facture « d’un des meilleurs avocats de la région » ? Il n’avait vraiment plus un rond aujourd’hui. Même cette maison ne lui appartenait plus.
Pacey : Attendez. Avant d’aller plus loin, je voudrais savoir combien tout ça va me coûter. Je suppose que vous le savez mieux que moi, mais on accorde difficilement de prêts aux repris de justice…même innocentés.
Nick : Vous savez l’argent n’est pas un problème. On règlera ça en temps voulu. Pour l’instant ce n’est pas la priorité. Concentrons-nous plutôt sur notre enquête.
La réponse n’avait pas satisfait Pacey pour autant. Loin de là. Car même si pour lui l’argent n’était pas un problème, assurément il en était un pour Pacey. Et pas des moindres puisqu’il était à l’origine-même de sa condamnation !
Cependant, il s’obligea à en faire abstraction pour le moment afin de se concentrer sur ce qui le préoccupait le plus.


Tard dans la nuit, les deux défenseurs finirent par partir.
Serrant la main de Pacey : Vous savez, l’avantage d’être reconnu dans sa profession comme je le suis aujourd’hui, c’est que le salaire qu’on vous accorde augmente considérablement à chaque nouvelle affaire. Et je suis certain que si je réussis à prouver votre innocence, le pays entier - et principalement le cabinet pour qui je travaille- me le rendra bien.
Jen : Quel mégalo !
Nick ne se formalisa pas et poursuivit sans s’interrompre : La publicité que vous allez me faire va plus me servir que ce que vous pouvez imaginer. Donc je suppose que je peux faire l’impasse sur la facture cette fois-ci et dire que je fais ça pour rendre service à une très bonne amie.
Jen tourna doucement la tête vers le jeune homme et l’observa en levant un sourcil.
Nick lui fit un sourire moqueur en arquant les sourcils, ouvrit la porte derrière lui et sortit.
Jen redirigea ensuite son regard interrogateur vers Joey qui, en réponse, haussa simplement les épaules. Jen partit alors elle aussi.

Il faisait nuit noire dehors. Les hauts murs qui les entouraient empêchaient la lumière de la rue voisine d’éclairer le parc. Elle courut après Nick et lui dit à voix basse : Attention à la porte cette fois !

Une fois en voiture, lorsqu’ils furent à quelques centaines de mètres de la maison, alors que Nick était derrière le volant, Jen demanda : Qu’est-ce que tu penses de tout ça alors ?
Nick, en riant : Je pense que cette Joey a de la chance de t’avoir dans son carnet d’adresses car ils vont vraiment avoir besoin d’un bon avocat.
Jen soupira : Tous les prétextes sont bons pour te lancer des fleurs, toi ! Mais qu’est-ce que j’ai fait pour tomber dans le seul cabinet où tu travailles ?
Nick : C’est gentil de m’appliquer le compliment mais il t’était plutôt destiné à l’origine …
Jen retrouva la même expression du visage que quelques minutes plutôt : Attends, qu’est-ce que tu veux dire par-là ?
Nick : Tu vas m’assister.
Jen, manquant de s’étouffer : Quoi ?
Nick : Tu es déjà au courant de tous les éléments à savoir. Tu es la co-équipière idéale !
Jen : En temps normal je te remercierai pour ces mots doux mais là…je crois que tu fais une énorme erreur.
Nick avec force : Jen !
Jen, sur le même ton : Nick !
Nick : Tu n’as pas le choix !
Jen : Mais je n’ai même pas mon diplôme !
Nick : Tu m’as entraîné dans cette galère… Tu m’y accompagnes. C’est tout !
Jen croisa violemment les bras sur son ventre et grinça des dents. Elle venait selon elle d’être victime d’abus de pouvoir de la part de son supérieur.
Le jeune homme, en rajouta une couche lorsqu’il lui annonça les premières tâches qu’ils allaient devoir accomplir : Tu commences dès demain matin. A la première heure, on va voir le procureur pour lui exposer l’affaire et le convaincre de rouvrir le dossier.
Jen, perdue : Et en quoi je peux bien te servir ?
Nick fendit son visage d’un sourire entendu : Le procureur est un homme.
Jen qui comprit immédiatement où il voulait en venir : Ah non ! Tout ce que tu veux mais pas ça. Je ne fais pas des études de Droit pour jouer les pin-up !
Nick : C’est malheureusement tout ce que je veux pour l’instant !
Jen soupira une nouvelle fois et plaqua sa main sur son front.
Nick, un sourire en coin, semblait content de son petit manège.

Quelques minutes de silence plus tard, Nick arrêta la voiture au bord d’un trottoir.
Jen leva la tête et regarda par la fenêtre. Elle ne reconnaissait pas la rue. Un gigantesque immeuble s’élevait à côté d’eux, un portier en uniforme rouge à son pied.

Bzzbzz  (04.04.2005 à 13:46)
Il ne faisait pas encore tout à fait jour. Il n’était pas loin de 7h et les gens des environs n’étaient pas encore dehors. Jen sortit donc sans risque, mais tout de même avec précaution et retourna à sa voiture. Elle fit attention de ne pas faire claquer la portière et démarra.
Joey referma la porte et sourit à Pacey avant de le serrer dans ses bras.
Pacey laissa alors échapper un long soupir. Il était rassuré. Jen était en effet une fille très bien.
Joey se décrocha puis regrimpa à l’étage. Elle semblait agitée comme une tornade. Pacey la rejoignit et l’observa. Elle rangea rapidement les affaires du petit-déjeuner et monta au premier. Elle refit toutes les pièces (qu’elle n’avait d’ailleurs pas encore vues) et fouilla partout.
Pacey qui l’avait rejointe, l’observait.
Joey sentant sa présence : On a du temps, alors autant l’employé comme il faut. Et continuons de chercher des preuves !
Pacey sourit puis quitta la pièce pour exécuter la même chose que la jeune femme dans la pièce d’à côté.

Dans l’après-midi, alors qu’ils étaient toujours occupés par leurs recherches, Joey tendit l’oreille. Il lui semblait avoir entendu quelque chose. Le son se reproduit une deuxième fois. Aucun doute, c’était bien ça. Elle se leva et fila comme un éclair. Elle dévala les escaliers deux à deux et en moins de deux secondes arriva dans le salon. Après avoir vérifié qui c’était, elle décrocha le portable qu’elle avait laissé sur la petite table.
Joey : Allô ?
Jen : J’ai du nouveau.
Joey, ne sachant trop si elle devait déjà être enthousiaste ou entendre d’abord ce qu’elle allait lui annoncer : Vraiment ?
Jen : J’ai discuté avec un collègue qui a déjà suivi ce genre d’affaire. D’après lui, vous êtes dans la merde…
Joey soupira.
Jen : …Mais il veut tenter le coup.
Joey redressa subitement la tête et écarquilla d’énormes yeux. Elle sourit alors à Pacey qui l’observait depuis le haut des escaliers. Ce dernier s’assit sur les premières marches lorsqu’il comprit qu’il y avait un peu d’espoir pour qu’il s’en sorte autrement qu’en fuyant.
Joey : Comment ça va se passer ?
Jen : Il va devoir le rencontrer. Il faudra tout lui expliquer dans les moindres détails. Et surtout…lui faire confiance !
Joey : Toi tu lui fais confiance ?
Jen, la voix extrêmement posée : Entièrement !
Joey : Alors nous aussi !
Jen : Il passera ce soir.
Joey : Merci Jen…
Jen : A plus tard.
Joey referma doucement le clapet du téléphone portable. Et de la même manière, elle leva la tête vers Pacey.
Pacey fronça les sourcils : Qu’est-ce qu’il se passe exactement ?
Joey : On va avoir de la visite…
Pacey : Quand ?
Joey : Ce soir !
Pacey : Et ça s’annonce bien ?
Joey lui expliqua alors ce qui l’attendait, ce que l’avocat voudrait savoir de lui et de sa situation. Pacey se sentait quelque part soulagé mais également un peu angoissé. Car Dieu sait ce que cet avocat ferait si jamais il décidait de ne finalement pas l’aider. Irait-il le dénoncer à la police ou bien ferait-il comme s’il n’avait jamais entendu parler de lui ? Il prenait un énorme risque en se fiant à lui.
Joey, voyant que Pacey commençait à douter : Ne t’en fais pas Pacey. Tu n’as plus le choix de toutes façons. C’est la seule solution qu’il te reste…
Elle ajouta ensuite avec un petit sourire moqueur : A moins, bien sûr, que tu aimes les burritos au point d’aller vivre au Mexique ?
Pacey, devenu raisonnable : De toutes façons, même si je fuyais, je ne pourrais pas rester indéfiniment dans la clandestinité.

Le soir arriva assez vite. Aux alentours de 22h, un ronronnement de voiture se fit à nouveau entendre dans la cour arrière.
Ils descendirent à la cave comme le matin-même et, entendirent une deuxième porte claquer.
A partir de ce moment-là, Pacey et Joey se regardèrent, intrigués.
Une voix masculine se fit entendre. Ils en déduisirent alors aussitôt qu’il parlait avec quelqu’un d’autre.
Dans la tête de Pacey, l’information faisait son bonhomme de chemin. Cette voix était celle d’un policier. Jen leur avait fait fond bond et avait prévenu la police pour le faire appréhender… Après tout, cela était plus que légitime. Dans tous les cas, Joey n’était coupable d’aucun crime, Jen avait donc jugé raisonnable de la sortir de ce mauvais pas…
Joey comprit tout de suite ce que Pacey pensait. Et le regard noir qu’il posait sur elle l’y aidait d’ailleurs beaucoup. Elle s’en voulut soudainement de l’avoir poussé à lui faire confiance… à elle et à sa…meilleure amie. Elle se sentit comme trahie par elle.
Elle murmura à l’attention de l’ancien prisonnier : Je suis désolée…
L’homme se contenta de fermer les yeux sentant la fin approcher.
Joey aurait aimé lui prendre la main mais se sentant coupable, elle se résigna à oublier son intention.
Mais Pacey fut sorti de ses réflexions lorsqu’il entendit la deuxième voix … Jen. Jen parlait avec l’homme en question !
Jen, tentant de murmurer malgré la colère : Je viens de te dire de ne pas faire claquer la portière !!!
Homme, avec indifférence : J’ai oublié…
Joey sourit en secouant la tête quand elle comprit enfin le véritable sens de la présence de ces deux personnes.
Pacey ne prononça mot, de peur que la réalité ne s’évapore aussi vite que ses suppositions.
Joey entreprit finalement d’ouvrir la lourde porte en bois. Elle n’en revenait pas de ne pas avoir pensé à l’éventualité que Jen vienne elle-même avec ce fameux avocat… quelle bêtise !
Jen pénétra la première dans la bâtisse, suivie de près par son collègue, un jeune homme à peine plus vieux qu’elle, vêtu d’un flamboyant costume. Ils ne perdirent pas de temps en futilités et montèrent aussi sec au premier. Ils s’installèrent dans le salon.
Nick : Bon, qui est le coupable ?
Jen leva les yeux au ciel et annonça tout de suite la couleur : Ne vous fiez pas à la première impression qu’il pourra bien vous laisser. Malgré ses apparences de petit prétentieux, ce type est un des meilleurs avocats de la région. (Puis à Nick) Arrête ton cirque et viens en aux faits. La situation n’est pas drôle…
Nick, assis sur le sofa, ouvrit sa mallette : Bien, puisque Jen est aujourd’hui mal lunée, je vais faire sobre et « en venir aux faits » comme elle dit.
Il marqua une pause puis lança en regardant Pacey droit dans les yeux : Je veux TOUT savoir !
Alors ce dernier recommença son récit, sans omettre le moindre détail. Les deux filles se contentèrent d’écouter, ne tenant pas à perturber le bon déroulement de ce qui déterminerait si oui ou non l’avocat acceptait de prendre son cas au sérieux.
Lorsqu’il eut fini d’énumérer tous les événements de sa sombre vie, Nick fronça les sourcils et se tut un moment. Il inscrivit des notes sur son calepin sans se préoccuper du temps qui passait. Jen, pour les rassurer, leur fit un petit sourire.
Après quelques minutes d’un interminable silence, le jeune avocat se décida enfin à relever la tête et tout en regardant Pacey, dit : Ca ne va pas être simple. Mais on peut tenter !
Personne n’osa lui faire répéter même s’ils n’étaient pas sûrs d’avoir bien compris ce qu’il venait de dire.
Nick poursuivit sans y porter plus d’attention : Pacey, il va falloir qu’on s’y mette tout de suite. Il ne faut plus perdre de temps. Les minutes vous sont malheureusement comptées.
Jen comprit qu’il était grand temps de les laisser seuls afin qu’ils se mettent au travail sérieusement. Alors en se levant du canapé, elle demanda à son amie : Joey, ton offre pour une tasse de thé est toujours valable ?
Sans faire un pli, elle se leva également et la conduisit à la cuisine.
Nick, à Pacey : On a une piste. On va commencer par la suivre en essayant d’éclaircir le mobile qui aurait poussé le promoteur immobilier à commettre ce crime. Ensuite je devrai mener ma petite enquête et enfin, si nous avons vu juste, nous finirons par la plaidoirie…si tant est que nous en ayons besoin.
Pacey, qui sentait avoir passé un cap décisif, répondit avec force : Je suis près.

Alors qu’ils s’attelèrent aux choses sérieuses, Jen et Joey, elles profitèrent de ce moment en tête-à-tête pour se retrouver.
Jen, secouant la tête : Tu nous as fait une de ces frayeurs !
Joey : Hé ! Je n’y suis pour rien. Ce n’est pas moi qui aie choisi de me faire kidnapper !
Jen, avec un petit sourire en coin : C’est marrant mais je n’ai pas l’impression que ça te dérange outre mesure. Qu’est-ce qu’il se passe ici ?
Joey : Rien du tout. Qu’est-ce que tu vas chercher ?
Jen : Figure-toi que généralement, l’otage est ligoté et bâillonné et prie tous les saints pour s’en tirer vivant. Mais toi…Toi ! Tu vas et viens comme bon te semble et tu appelles ta meilleure amie pour qu’elle vienne aider ton agresseur.
Joey, simplement : Je n’ai pas été agressée.
Jen : Tiens, tu vois. Tu prends sa défense.
Joey : Jen ! Où tu veux en venir ?
Jen : La situation me dérange.
Joey : Je vois bien ! Et alors ?
Jen : Écoute Joey, il arrive souvent que les victimes prennent la déf…
Joey, la coupant : Je sais tout ça Jen. La victime et le coupable, le syndrome de Stockholm…
Jen : Tout ce que je veux te dire c’est « Fais attention ». C’est tout.
Joey sourit et répondit en retour : Toi aussi Jen. Toi aussi…
La jeune fille leva un sourcil, l’air interrogateur.
Joey, riant aux éclats : Tu crois que je ne t’ai pas vue avec ce Nick ?
Jen, tentant d’être persuasive : Je ne vois pas du tout de quoi tu parles…
Joey, reconnaissante que quelques minutes plus tôt elle n’ait pas tenté d’approfondir davantage le propos suédois, en échange, n’insista pas plus sur ses relations avec le bel hâbleur qui se trouvait dans le salon.
Joey : Je te remercie d’avoir accepté.
Jen, accompagnant ses paroles d’un clin d’œil : Comme si c’était mon genre d’abandonner mes amis ! Tiens, à ce propos. Je t’ai apporté quelque chose.
Assise sur sa chaise, à table, elle se baissa et attrapa son sac. Elle le posa sur la table et ouvrit la fermeture éclair d’un coup sec.
Jen : Je ne sais pas ce que vous avez mangé jusqu’à présent mais vu l’état de la maison ça ne devait pas être très folichon.
Elle sortit alors quelques aliments et les posa les uns après les autres sur la table.
Jen : Le reste est dans le coffre de la voiture.
Joey ferma les yeux un court instant avec un large sourire sur les lèvres : Il était temps. Ras le bol des purées de pois cassés !

Dans le salon, l’atmosphère était bien plus tendue.
Nick : Ces papiers vont nous être d’une aide précieuse. Mais il faut savoir qu’ils peuvent aussi jouer en votre défaveur. Le juge va forcément devoir reconnaître que ça pouvait être un mobile suffisant pour vous aussi.
Pacey : Mais il n’y a aucune preuve concrète contre moi non plus.
Nick, se grattant le menton et fronçant les sourcils : Oui cette histoire d’empruntes et de poudre à canon est à éclaircir. Je ne comprends même pas comment ils ont pu vous accuser aussi facilement sans avoir réussi à démontrer quoique ce soit. C’est invraisemblable. Quoique avec cet avocat… Rien ne m’étonne plus. Vous n’avez vraiment pas eu de chance. Kopp est un incompétent de première !
Pacey avait cru s’en rendre compte lors du procès. Malheureusement, l’état de ses finances à ce moment là ne lui permettait pas de faire appel à une pointure du barreau. D’ailleurs ! Comment allait-il faire pour régler la facture « d’un des meilleurs avocats de la région » ? Il n’avait vraiment plus un rond aujourd’hui. Même cette maison ne lui appartenait plus.
Pacey : Attendez. Avant d’aller plus loin, je voudrais savoir combien tout ça va me coûter. Je suppose que vous le savez mieux que moi, mais on accorde difficilement de prêts aux repris de justice…même innocentés.
Nick : Vous savez l’argent n’est pas un problème. On règlera ça en temps voulu. Pour l’instant ce n’est pas la priorité. Concentrons-nous plutôt sur notre enquête.
La réponse n’avait pas satisfait Pacey pour autant. Loin de là. Car même si pour lui l’argent n’était pas un problème, assurément il en était un pour Pacey. Et pas des moindres puisqu’il était à l’origine-même de sa condamnation !
Cependant, il s’obligea à en faire abstraction pour le moment afin de se concentrer sur ce qui le préoccupait le plus.


Tard dans la nuit, les deux défenseurs finirent par partir.
Serrant la main de Pacey : Vous savez, l’avantage d’être reconnu dans sa profession comme je le suis aujourd’hui, c’est que le salaire qu’on vous accorde augmente considérablement à chaque nouvelle affaire. Et je suis certain que si je réussis à prouver votre innocence, le pays entier - et principalement le cabinet pour qui je travaille- me le rendra bien.
Jen : Quel mégalo !
Nick ne se formalisa pas et poursuivit sans s’interrompre : La publicité que vous allez me faire va plus me servir que ce que vous pouvez imaginer. Donc je suppose que je peux faire l’impasse sur la facture cette fois-ci et dire que je fais ça pour rendre service à une très bonne amie.
Jen tourna doucement la tête vers le jeune homme et l’observa en levant un sourcil.
Nick lui fit un sourire moqueur en arquant les sourcils, ouvrit la porte derrière lui et sortit.
Jen redirigea ensuite son regard interrogateur vers Joey qui, en réponse, haussa simplement les épaules. Jen partit alors elle aussi.

Il faisait nuit noire dehors. Les hauts murs qui les entouraient empêchaient la lumière de la rue voisine d’éclairer le parc. Elle courut après Nick et lui dit à voix basse : Attention à la porte cette fois !

Une fois en voiture, lorsqu’ils furent à quelques centaines de mètres de la maison, alors que Nick était derrière le volant, Jen demanda : Qu’est-ce que tu penses de tout ça alors ?
Nick, en riant : Je pense que cette Joey a de la chance de t’avoir dans son carnet d’adresses car ils vont vraiment avoir besoin d’un bon avocat.
Jen soupira : Tous les prétextes sont bons pour te lancer des fleurs, toi ! Mais qu’est-ce que j’ai fait pour tomber dans le seul cabinet où tu travailles ?
Nick : C’est gentil de m’appliquer le compliment mais il t’était plutôt destiné à l’origine …
Jen retrouva la même expression du visage que quelques minutes plutôt : Attends, qu’est-ce que tu veux dire par-là ?
Nick : Tu vas m’assister.
Jen, manquant de s’étouffer : Quoi ?
Nick : Tu es déjà au courant de tous les éléments à savoir. Tu es la co-équipière idéale !
Jen : En temps normal je te remercierai pour ces mots doux mais là…je crois que tu fais une énorme erreur.
Nick avec force : Jen !
Jen, sur le même ton : Nick !
Nick : Tu n’as pas le choix !
Jen : Mais je n’ai même pas mon diplôme !
Nick : Tu m’as entraîné dans cette galère… Tu m’y accompagnes. C’est tout !
Jen croisa violemment les bras sur son ventre et grinça des dents. Elle venait selon elle d’être victime d’abus de pouvoir de la part de son supérieur.
Le jeune homme, en rajouta une couche lorsqu’il lui annonça les premières tâches qu’ils allaient devoir accomplir : Tu commences dès demain matin. A la première heure, on va voir le procureur pour lui exposer l’affaire et le convaincre de rouvrir le dossier.
Jen, perdue : Et en quoi je peux bien te servir ?
Nick fendit son visage d’un sourire entendu : Le procureur est un homme.
Jen qui comprit immédiatement où il voulait en venir : Ah non ! Tout ce que tu veux mais pas ça. Je ne fais pas des études de Droit pour jouer les pin-up !
Nick : C’est malheureusement tout ce que je veux pour l’instant !
Jen soupira une nouvelle fois et plaqua sa main sur son front.
Nick, un sourire en coin, semblait content de son petit manège.

Quelques minutes de silence plus tard, Nick arrêta la voiture au bord d’un trottoir.
Jen leva la tête et regarda par la fenêtre. Elle ne reconnaissait pas la rue. Un gigantesque immeuble s’élevait à côté d’eux, un portier en uniforme rouge à son pied.

Bzzbzz  (04.04.2005 à 13:46)
Elle en était là de ses réflexions quand Nick en eut marre de se faire épier : Bon, qu’est-ce qu’il y a ?
Jen se replaça aussitôt face à la route et troqua son air inquisiteur contre une attitude pseudo détachée : Rien.
Nick : Jen !
Jen, fouillant dans son sac : Tu veux un chewing-gum ?
Nick, plus dur : Jen !
Cette façon qu’il avait de l’appeler lorsqu’il voulait arriver à ses fins sans faire trop de discours lui donnait envie de rire à chaque fois. Elle se recala dans son fauteuil et le dévisagea de la même manière que quelques secondes plus tôt.
Jen : Pourquoi tu t’impliques autant ? Tu y mets tellement de cœur que tu parais déconnecté…
Nick, haussant les épaules sans quitter la route des yeux : Je ne m’implique pas plus que d’habitude. Toutes les affaires sont les mêmes pour moi.
Jen détournant la tête pour regarder droit devant elle : Tu es un handicapé du cœur.
Nick, abasourdi : Pardon ???
Jen : Tu joues les blasés. (le singeant) « Toutes les affaires sont les mêmes pour moi». Je ne suis pas dupe.
Nick reprenant contenance : Mais tu penses ce que tu veux Jen !
Jen : Et buté en plus de ça…(ironique)Tout pour plaire !
Nick, froid : Ravi que ça te convienne.
Une ambiance glaciale s’en suivit jusqu’à ce qu’ils arrivent au garage souterrain de la 52th rue ! Nick n’avait visiblement pas apprécié le qualificatif que Jen lui avait collé sur le front mais cette dernière n’avait aucune envie de revenir sur ses dires. Elle espérait même au contraire le faire réagir. Son attitude si sûre de lui ne pouvait que lui desservir. Il passait aux yeux des gens pour un jeune prétentieux aux dents longues et Jen ne pouvait pas croire qu’il était réellement cette personne-là. Même si leurs joutes verbales la faisaient beaucoup rire…
Jen descendit de la voiture dès qu’il l’arrêta et emprunta aussitôt l’ascenseur pour se rendre au 11° étage pendant que Nick regroupait ses papiers à l’arrière du véhicule.
Deux minutes plus tard, elle était déjà installée à son bureau, en train d’éplucher un procès verbal.

Aux alentours de midi, Pacey et Joey étaient dans la cuisine. Ils se préparaient à manger. Et pour la première fois depuis leur isolement dans cette vieille bâtisse, ils s’apprêtaient à manger autre chose que des aliments en boites.
Pacey, effaré : Est-ce que je dois en déduire que lorsque tu es allée téléphoner à Jen l’autre soir tu t’es plainte de la nourriture ?
Joey, peu attentive : Pourquoi tu dis ça ?
Pacey posa sur le plan de travail la carotte et le couteau qu’il tenait à la main et se tourna vers elle : Joey. J’ai vraiment l’air idiot ?
Joey réagit au bruit causé par Pacey et releva la tête, sortant de ses nuages : Quoi ?
Pacey, interpellé : Mais à quoi tu penses ?
Joey s’assit sur la chaise qui se trouvait à côté d’elle et posa ses instruments sur la table. Elle se tut un moment. Puis elle le regarda en grimaçant et lui dit comme une enfant : Je m’ennuie.
Pacey s’appuya contre le plan de travail et se gratta le front : Ah ! En effet on a un sérieux problème là…
Joey se rempara de son couteau et reprit l’épluchage de sa pomme de terre en soupirant.
Pacey fit alors de même et dit : Il va falloir trouver quelque chose pour y remédier.
Joey : Ne me dis pas que tu t’amuses comme un fou ?
Pacey : Non mais moi je savais à quoi m’attendre dès le début. Et j’étais près à vivre comme ça indéfiniment s’il le fallait. Et puis il y a des tonnes de bouquins dans la bibliothèque. Compte tenu de la rapidité avec laquelle je lis j’aurais bien pu tenir une dizaine d’années.
Joey, rabat-joie : Je lis toute l’année à l’université. Alors un peu de changement ne me déplait pas et autant profiter de ma séquestration forcée pour plaider non-coupable pour mon manque de travail.
Pacey, détaché et le ton sérieux, toujours occupé à préparer le repas : Tu peux toujours t’en aller si tu veux. Je ne te retiens pas. Je te l’ai déjà dit une fois, la proposition est encore valable.
Joey, taquine : Pour une fois que je peux prendre des vacances, je ne vais quand même pas les écourter maintenant.
Pacey : Eh bien si tu t’ennuies même pendant tes vacances, la vie avec toi ne doit pas être drôle tous les jours !
Joey, du tac au tac : Mais ça c’est une chose que tu n’auras jamais le plaisir de prouver.
Pacey, jouant le jeu : J’espère bien. Parce que personnellement, mes vacances j’ai l’habitude de les passer en bateau. Loin de tout. Et sans rien justement.
Joey : Bien !
Pacey : Bien !
Ils s’affairèrent ensuite chacun de leur côté durant plusieurs minutes sans s’adresser la parole. Joey en souriant lui lançait de temps en temps quelques petits regards en coin, qu’il n’avait pas l’air de voir. C’était à celui qui se lasserait le plus vite. Mais aucun des deux ne semblait décider à céder.
Pacey rassembla dans une poêle les carottes qu’il venait de couper. Joey se leva alors pour y ajouter ses légumes. Alors qu’il remuait le tout avec sa cuillère en bois, Joey l’air de rien s’empara également de la cuillère en posant sa main sur celle de Pacey. Fixant la tambouille avec un imperceptible sourire, taquine, elle fit mine de ne s’occuper que de la nourriture.
Pacey amusé, lui déposa un tendre baiser sous l’oreille. Sans un mot, de son autre main, elle lui indiqua l’autre face de son visage. Pacey s’exécuta aussitôt et l’embrassa de la même manière dans le creux que forme la naissance de la mâchoire et du cou. Elle ferma les yeux et ne put résister plus longtemps à l’envie de l’enlacer. Elle plaça ses bras autour du cou du jeune homme et laissa reposer sa tête sur son épaule tandis qui flattait sa longue chevelure.
Pacey, doucement : Qu’est-ce qui t’arrive ?
Joey, les yeux fermés, d’une voix calme et reposante : Je fais passer le temps.

Bizarrement, le temps était passé à une vitesse effrénée du coté de Boston. Jen n’avait relevé la tête de ses papiers que pour aller se chercher un café dans l’après-midi. Elle n’avait pas eu une minute à elle. Le boulot affluait et elle n’avait pas encore eu le temps de repenser à son amie une seule fois. Son bureau n’avait rien de très spacieux ou extravagant. Il s’agissait d’une simple table séparée par une cloison de chaque coté qui donnait directement sur le standard. Elle voyait passer devant elle toutes les têtes d’affiche qui faisaient que ce cabinet était si réputé. Et ils ne portaient pas plus d’attention à elle qu’aux secrétaires en général. A son arrivée, très vite, elle s’était habituée au fait que les gens ne sachent pas son nom et s’était alors concentrée davantage sur ce qu’on attendait d’elle. C’est à dire qu’elle fasse preuve de compétences. On ne s’était d’ailleurs jamais plaint de son travail…même si les cas qu’on lui confiait n’avaient rien d’exceptionnels compte tenu de son statut de stagiaire. Mais elle entendait bien leur faire prendre conscience de ses ambitions. Et elle s’y employait chaque jour.
Nick se posta soudain devant elle. Lui faisant de l’ombre, elle remarqua sa présence et leva la tête dans sa direction.
Jen : Tiens, tu ne boudes plus ?
Comme à son habitude, Nick éluda la question et en vint directement à l’essentiel.
Nick : On vient de me prévenir que la police venait de rouvrir l’enquête. Les pièces qui ont été ajoutées aujourd’hui au dossier ont permis de reprendre les investigations. Il semblerait qu’ils aient une piste.
Jen laissa éclater son sourire. Elle était vraiment contente que ça ait fonctionné.
Jen : Génial !
Nick, naturellement : Tu t’en sors ?
La question surprit la jeune avocate. Elle n’était pas habituée à tant de considération… surtout de sa part.
Jen, quelque peu méfiante : Ca va… Je te remercie.
Nick, désignant l’ascenseur à l’aide de son pouce : Bon, moi j’y vais.
Jen : D’accord. A demain alors…
Nick se tut un moment puis lança : Tu viens ?
Jen leva un sourcil et l’interrogea : Est-ce que ce soir j’ai le droit de rentrer chez moi ou bien tu veux encore me forcer à dormir dans ton lit ?
Nick : C’est toi qui vois.
Le visage de Jen du trahir son embarras et sa déroute car il ajouta ensuite en riant aux éclats : Allez viens, je te dépose.

Cela faisait environ une heure que le salon de la maison avait été transformé en terrain de foot. Joey et Pacey se défiaient avec une boule de papier en guise de ballon. Ils ne reculaient devant rien. Tous les coups étaient permis. Pacey, voyant que Joey s’appliquait à gagner coûte que coûte, n’avait pas tardé à jouer d’égal à égal même s’il se trouvait en face d’une femme. Lorsque le score remonta en sa faveur pour définitivement laisser Joey à la traîne avec plus de 10 points de retard, cette dernière capitula.
Joey, essoufflée : Ok. Tu as gagné.
Pacey, roulant des mécaniques : Tu n’es qu’une femme Joey. Tu ne pensais pas vraiment gagné, n’est-ce pas ?!
Joey, outrée : Ce qu’il ne faut pas entendre ! Tu as de la chance que je sois épuisée !
Pacey, titilleur : Parce que sinon …?
Joey : Je t’aurais fait ravaler ce que tu viens de dire.
Elle ajouta ensuite, le ton nettement plus implorant : En attendant, si on sortait.
Pacey la dévisagea afin de savoir si elle parlait sérieusement. Mais elle était vraiment sérieuse ! Était-elle devenue folle ?
Pacey : Qu’est-ce que tu viens de dire ?
Joey, tout en rangeant un peu la pièce : Ca fait des lustres qu’on a pas respiré d’air frais. On vit les volets clos toute la journée. Il n’y a même pas moyen d’aérer un peu cette satanée poussière. J’ai l’impression d’être à la mine à force de vivre dans ce noir et d’avoir de la poussière plein le nez. (avec son regard de chien battu en direction de Pacey) J’étouffe ici…
Pacey : Indiscutablement, tu as décidé de te plaindre aujourd’hui !!!
Joey, argumenta pour le convaincre : Écoute, il fait nuit noire. Il est très tard, les gens dorment et, qui plus est, le jardin est entouré de gigantesques murs. On ne pourra pas nous voir. Et si on ne parle pas on ne nous entendra pas.
Pacey, lui prenant alors soudainement l’envie de ranger le salon : Vas-y toi. Je t’attends.
Joey s’arrêta et l’observa, un peu triste.
Elle s’approcha de lui et le força à la regarder : Ce n’est pas d’y aller seule qui m’intéresse. C’est aussi pour toi que je le propose. Tu es resté enfermé des mois avant d’arriver ici. Tu n’as même pas eu le temps de profiter d’un peu de tranquillité.
Pacey, mitigé dans ses choix, secoua la tête en fermant les yeux. Il mourrait d’envie d’y aller mais une part au fond de lui le mettait en garde.
Joey, pour le convaincre, prit sa main entre les deux siennes : Cinq minutes. Pas plus !
Il la regarda à nouveau dans les yeux et se laissa entraîner. Comment résister à tant de sollicitude ?
En traversant la pièce, Joey attrapa sa veste et le pull de Pacey, et le lui tendit avant de descendre les escaliers qui menaient à la cave. Une fois en bas, c’est Joey qui s’occupa d’ouvrir la porte. Lentement. Sans faire de bruit afin de n’éveiller aucun soupçon et surtout, de ne pas faire changer d’avis Pacey. Elle savait que sa décision ne tenait qu’à un fil et qu’un seul grincement de gonds pouvait lui faire remonter les escaliers.
Elle sortit la tête à l’extérieur et jeta un rapide coup d’œil de chaque coté de la maison. Personne. Elle se redressa et attrapa la main de Pacey. Ainsi elle était sûre qu’il la suivrait.
Alors qu’ils sortirent, la porte resta ouverte derrière eux. La perspective de rester fermer dehors angoissait Pacey.
Ils marchèrent à pas de loup sur quelques mètres. Puis Joey s’arrêta, ferma les yeux et respira à fond, un sourire ravi sur les lèvres.
Pacey, nerveux lui murmura : Ca y est ? On peut y retourner ?
Joey se chargea de lui rappeler : 5 minutes Pacey. Tu te souviens ?
Pacey fulmina en silence.
Joey, à l’oreille du jeune homme, voulant le défier : Tu es un trouillard.
Pacey, tentant de réprimer sa colère : Tu veux vraiment que je te réponde ?
Joey rit en silence et s’éloigna de lui. Elle était sortie pour respirer, elle comptait bien le faire.
Pendant que Pacey passait son temps à épier les alentours au moindre craquement de branches, Joey, elle, marchait lentement sous les arbres, les bras croisés sur son buste, refermant ainsi sa veste sur elle. La lune était voilée mais ne provoquait cependant pas une obscurité totale. Ils pouvaient donc voir où ils posaient les pieds. Lorsqu’elle s’arrêta, Pacey vint la rejoindre, inquiet, il chuchota : On peut y aller maintenant ?
Joey, de la même façon : Tu vois bien qu’il n’y a personne. Et quant bien même quelqu’un arriverait, avec la nuit et les arbres qu’il y a, il ne nous verrait pas.
Joey glissa sa main dans celle de Pacey et avec un tendre sourire : Détends-toi…
Il respira un coup et se laissa guider. Ils finirent par marcher tous les deux pendant un moment.
Avant de faire demi-tour, il passa son bras sur les épaules de Joey et approcha la tête de la jeune fille de sa bouche pour lui embrasser la tempe.

Dans la voiture, Jen n’osait dire un mot. Les réflexions de Nick la déstabilisaient de plus en plus depuis qu’elle lui avait fait remarquer son manque de cœur. Mais elle n’arrivait pas à savoir si le changement venait d’elle ou de lui. Était-ce lui qui, imperceptiblement, tentait d’agir différemment ? Ou bien était-ce elle qui ne voyait plus ses plaisanteries du même œil ?
Nick la sortit de ses pensées : Qu’est-ce qui te tracasse ?
Voilà qu’il recommençait !! Si maintenant il se mettait à deviner lorsqu’elle était préoccupée, elle n’avait pas fini de se sentir mal à l’aise.
Jen : Rien. Je réfléchissais à ce que j’allais me faire à manger.
Nick, levant un sourcil : Oh ! Palpitant !
Jen, reprenant son aplomb : Et toi ? Qu’est-ce qu’Henry va t’apporter ce soir ?
Nick, usant de son sérieux pour plaisanter : Certainement, une bisque de homard avec un petit gratin d’aubergine…
Jen, ironique : C’est pas très raffiné ça dis donc.
Nick, tournant vivement la tête vers Jen, effaré : Est-ce que je rêve où tu me prends vraiment pour Crésus ?
Jen, avec force : Regarde la route s’il te plaît !!!
Nick refit face au volant et serra les dents pour ne pas s’énerver davantage.
Jen, haussant les épaules : A ton avis quelle image tu donnes de toi ?
Nick : Tu sais quoi ? J’ai pas du tout envie de parler de ça maintenant. Ca suffit pour aujourd’hui les reproches sur mon comportement.
Jen, l’air de rien : J’aurais plutôt dit « analyses » moi…
Nick leva les yeux au ciel et se tut jusqu’au moment où il gara la voiture au pied de l’appartement de Jen.
Alors que Jen se baissait pour récupérer sa mallette qui avait glissé sous son siège, Nick lança : Tu es insupportable !
Jen cligna des yeux et se redressa lentement en tendant l’oreille : Pardon ?
Nick répéta avec plus d’insistance : Tu es insupportable !
Jen stupéfaite : C’est l’hôpital qui se fout de la charité !
Nick conclut avec sarcasme : Tu ne m’en voudras pas si je ne te raccompagne pas !
Jen, sortant de la voiture : Au contraire je t’en serai grée ! Et puis, je n’ai pas d’« Henry » en bas de mon immeuble. Tu serais obligé de pousser la porte d’entrée toi-même…
Elle fit claquer la porte et s’éloigna rageusement en serrant de toutes ses forces sa main autour de la poignée de son attaché-case pour l’empêcher de se balancer.
Une fois la surprise passée, Nick explosa de rire et redémarra la voiture pour rentrer chez lui.

Lorsque Jen rentra chez elle, elle se sentit lasse. La nuit d’avant avait été courte et la journée longue. Elle laissa tomber sa mallette dans le hall d’entrée, quitta ses chaussures sans même se baisser et se dirigea aussitôt vers la salle de bain. Elle ouvrit les robinets et laissa la baignoire se remplir pendant qu’elle remplaçait son tailleur par son peignoir. Elle quitta ensuite la pièce pour rejoindre la cuisine. Là, elle ouvrit le frigo et en sortit une assiette de restes qu’elle grignota debout près du bar. La fatigue lui avait coupé l’appétit. Elle ne tarda donc pas à aller se plonger dans son bain bouillant. En passant dans le salon, elle activa la chaîne hi-fi et pendant que se jouaient les premières notes de " Cannonball ", elle se glissa dans la baignoire.
Il y avait bien longtemps qu’elle n’avait pas pris le temps de se prélasser ainsi. Mais ce soir, c’était devenu impératif, comme l’unique solution pour balayer toutes ses préoccupations. Contente d’avoir enfin un moment pour elle (chez elle !), elle respira à fond et soupira. Elle s’immergea ensuite totalement durant quelques secondes, écoutant le résonnement de la guitare dans l’eau.
Mais un bruit discordant lui fit sortir la tête. Un bruit qui n’allait pas avec la musique. Lorsqu’elle tendit l’oreille. Le bruit s’était arrêté…. Puis il reprit. Jen sursauta alors. De l’eau gisait maintenant sur le sol de la salle de bain. Énervée, elle se leva et sortit de la baignoire pour se diriger vers le téléphone. Elle décrocha.

Bzzbzz  (04.04.2005 à 13:48)
Elle en était là de ses réflexions quand Nick en eut marre de se faire épier : Bon, qu’est-ce qu’il y a ?
Jen se replaça aussitôt face à la route et troqua son air inquisiteur contre une attitude pseudo détachée : Rien.
Nick : Jen !
Jen, fouillant dans son sac : Tu veux un chewing-gum ?
Nick, plus dur : Jen !
Cette façon qu’il avait de l’appeler lorsqu’il voulait arriver à ses fins sans faire trop de discours lui donnait envie de rire à chaque fois. Elle se recala dans son fauteuil et le dévisagea de la même manière que quelques secondes plus tôt.
Jen : Pourquoi tu t’impliques autant ? Tu y mets tellement de cœur que tu parais déconnecté…
Nick, haussant les épaules sans quitter la route des yeux : Je ne m’implique pas plus que d’habitude. Toutes les affaires sont les mêmes pour moi.
Jen détournant la tête pour regarder droit devant elle : Tu es un handicapé du cœur.
Nick, abasourdi : Pardon ???
Jen : Tu joues les blasés. (le singeant) « Toutes les affaires sont les mêmes pour moi». Je ne suis pas dupe.
Nick reprenant contenance : Mais tu penses ce que tu veux Jen !
Jen : Et buté en plus de ça…(ironique)Tout pour plaire !
Nick, froid : Ravi que ça te convienne.
Une ambiance glaciale s’en suivit jusqu’à ce qu’ils arrivent au garage souterrain de la 52th rue ! Nick n’avait visiblement pas apprécié le qualificatif que Jen lui avait collé sur le front mais cette dernière n’avait aucune envie de revenir sur ses dires. Elle espérait même au contraire le faire réagir. Son attitude si sûre de lui ne pouvait que lui desservir. Il passait aux yeux des gens pour un jeune prétentieux aux dents longues et Jen ne pouvait pas croire qu’il était réellement cette personne-là. Même si leurs joutes verbales la faisaient beaucoup rire…
Jen descendit de la voiture dès qu’il l’arrêta et emprunta aussitôt l’ascenseur pour se rendre au 11° étage pendant que Nick regroupait ses papiers à l’arrière du véhicule.
Deux minutes plus tard, elle était déjà installée à son bureau, en train d’éplucher un procès verbal.

Aux alentours de midi, Pacey et Joey étaient dans la cuisine. Ils se préparaient à manger. Et pour la première fois depuis leur isolement dans cette vieille bâtisse, ils s’apprêtaient à manger autre chose que des aliments en boites.
Pacey, effaré : Est-ce que je dois en déduire que lorsque tu es allée téléphoner à Jen l’autre soir tu t’es plainte de la nourriture ?
Joey, peu attentive : Pourquoi tu dis ça ?
Pacey posa sur le plan de travail la carotte et le couteau qu’il tenait à la main et se tourna vers elle : Joey. J’ai vraiment l’air idiot ?
Joey réagit au bruit causé par Pacey et releva la tête, sortant de ses nuages : Quoi ?
Pacey, interpellé : Mais à quoi tu penses ?
Joey s’assit sur la chaise qui se trouvait à côté d’elle et posa ses instruments sur la table. Elle se tut un moment. Puis elle le regarda en grimaçant et lui dit comme une enfant : Je m’ennuie.
Pacey s’appuya contre le plan de travail et se gratta le front : Ah ! En effet on a un sérieux problème là…
Joey se rempara de son couteau et reprit l’épluchage de sa pomme de terre en soupirant.
Pacey fit alors de même et dit : Il va falloir trouver quelque chose pour y remédier.
Joey : Ne me dis pas que tu t’amuses comme un fou ?
Pacey : Non mais moi je savais à quoi m’attendre dès le début. Et j’étais près à vivre comme ça indéfiniment s’il le fallait. Et puis il y a des tonnes de bouquins dans la bibliothèque. Compte tenu de la rapidité avec laquelle je lis j’aurais bien pu tenir une dizaine d’années.
Joey, rabat-joie : Je lis toute l’année à l’université. Alors un peu de changement ne me déplait pas et autant profiter de ma séquestration forcée pour plaider non-coupable pour mon manque de travail.
Pacey, détaché et le ton sérieux, toujours occupé à préparer le repas : Tu peux toujours t’en aller si tu veux. Je ne te retiens pas. Je te l’ai déjà dit une fois, la proposition est encore valable.
Joey, taquine : Pour une fois que je peux prendre des vacances, je ne vais quand même pas les écourter maintenant.
Pacey : Eh bien si tu t’ennuies même pendant tes vacances, la vie avec toi ne doit pas être drôle tous les jours !
Joey, du tac au tac : Mais ça c’est une chose que tu n’auras jamais le plaisir de prouver.
Pacey, jouant le jeu : J’espère bien. Parce que personnellement, mes vacances j’ai l’habitude de les passer en bateau. Loin de tout. Et sans rien justement.
Joey : Bien !
Pacey : Bien !
Ils s’affairèrent ensuite chacun de leur côté durant plusieurs minutes sans s’adresser la parole. Joey en souriant lui lançait de temps en temps quelques petits regards en coin, qu’il n’avait pas l’air de voir. C’était à celui qui se lasserait le plus vite. Mais aucun des deux ne semblait décider à céder.
Pacey rassembla dans une poêle les carottes qu’il venait de couper. Joey se leva alors pour y ajouter ses légumes. Alors qu’il remuait le tout avec sa cuillère en bois, Joey l’air de rien s’empara également de la cuillère en posant sa main sur celle de Pacey. Fixant la tambouille avec un imperceptible sourire, taquine, elle fit mine de ne s’occuper que de la nourriture.
Pacey amusé, lui déposa un tendre baiser sous l’oreille. Sans un mot, de son autre main, elle lui indiqua l’autre face de son visage. Pacey s’exécuta aussitôt et l’embrassa de la même manière dans le creux que forme la naissance de la mâchoire et du cou. Elle ferma les yeux et ne put résister plus longtemps à l’envie de l’enlacer. Elle plaça ses bras autour du cou du jeune homme et laissa reposer sa tête sur son épaule tandis qui flattait sa longue chevelure.
Pacey, doucement : Qu’est-ce qui t’arrive ?
Joey, les yeux fermés, d’une voix calme et reposante : Je fais passer le temps.

Bizarrement, le temps était passé à une vitesse effrénée du coté de Boston. Jen n’avait relevé la tête de ses papiers que pour aller se chercher un café dans l’après-midi. Elle n’avait pas eu une minute à elle. Le boulot affluait et elle n’avait pas encore eu le temps de repenser à son amie une seule fois. Son bureau n’avait rien de très spacieux ou extravagant. Il s’agissait d’une simple table séparée par une cloison de chaque coté qui donnait directement sur le standard. Elle voyait passer devant elle toutes les têtes d’affiche qui faisaient que ce cabinet était si réputé. Et ils ne portaient pas plus d’attention à elle qu’aux secrétaires en général. A son arrivée, très vite, elle s’était habituée au fait que les gens ne sachent pas son nom et s’était alors concentrée davantage sur ce qu’on attendait d’elle. C’est à dire qu’elle fasse preuve de compétences. On ne s’était d’ailleurs jamais plaint de son travail…même si les cas qu’on lui confiait n’avaient rien d’exceptionnels compte tenu de son statut de stagiaire. Mais elle entendait bien leur faire prendre conscience de ses ambitions. Et elle s’y employait chaque jour.
Nick se posta soudain devant elle. Lui faisant de l’ombre, elle remarqua sa présence et leva la tête dans sa direction.
Jen : Tiens, tu ne boudes plus ?
Comme à son habitude, Nick éluda la question et en vint directement à l’essentiel.
Nick : On vient de me prévenir que la police venait de rouvrir l’enquête. Les pièces qui ont été ajoutées aujourd’hui au dossier ont permis de reprendre les investigations. Il semblerait qu’ils aient une piste.
Jen laissa éclater son sourire. Elle était vraiment contente que ça ait fonctionné.
Jen : Génial !
Nick, naturellement : Tu t’en sors ?
La question surprit la jeune avocate. Elle n’était pas habituée à tant de considération… surtout de sa part.
Jen, quelque peu méfiante : Ca va… Je te remercie.
Nick, désignant l’ascenseur à l’aide de son pouce : Bon, moi j’y vais.
Jen : D’accord. A demain alors…
Nick se tut un moment puis lança : Tu viens ?
Jen leva un sourcil et l’interrogea : Est-ce que ce soir j’ai le droit de rentrer chez moi ou bien tu veux encore me forcer à dormir dans ton lit ?
Nick : C’est toi qui vois.
Le visage de Jen du trahir son embarras et sa déroute car il ajouta ensuite en riant aux éclats : Allez viens, je te dépose.

Cela faisait environ une heure que le salon de la maison avait été transformé en terrain de foot. Joey et Pacey se défiaient avec une boule de papier en guise de ballon. Ils ne reculaient devant rien. Tous les coups étaient permis. Pacey, voyant que Joey s’appliquait à gagner coûte que coûte, n’avait pas tardé à jouer d’égal à égal même s’il se trouvait en face d’une femme. Lorsque le score remonta en sa faveur pour définitivement laisser Joey à la traîne avec plus de 10 points de retard, cette dernière capitula.
Joey, essoufflée : Ok. Tu as gagné.
Pacey, roulant des mécaniques : Tu n’es qu’une femme Joey. Tu ne pensais pas vraiment gagné, n’est-ce pas ?!
Joey, outrée : Ce qu’il ne faut pas entendre ! Tu as de la chance que je sois épuisée !
Pacey, titilleur : Parce que sinon …?
Joey : Je t’aurais fait ravaler ce que tu viens de dire.
Elle ajouta ensuite, le ton nettement plus implorant : En attendant, si on sortait.
Pacey la dévisagea afin de savoir si elle parlait sérieusement. Mais elle était vraiment sérieuse ! Était-elle devenue folle ?
Pacey : Qu’est-ce que tu viens de dire ?
Joey, tout en rangeant un peu la pièce : Ca fait des lustres qu’on a pas respiré d’air frais. On vit les volets clos toute la journée. Il n’y a même pas moyen d’aérer un peu cette satanée poussière. J’ai l’impression d’être à la mine à force de vivre dans ce noir et d’avoir de la poussière plein le nez. (avec son regard de chien battu en direction de Pacey) J’étouffe ici…
Pacey : Indiscutablement, tu as décidé de te plaindre aujourd’hui !!!
Joey, argumenta pour le convaincre : Écoute, il fait nuit noire. Il est très tard, les gens dorment et, qui plus est, le jardin est entouré de gigantesques murs. On ne pourra pas nous voir. Et si on ne parle pas on ne nous entendra pas.
Pacey, lui prenant alors soudainement l’envie de ranger le salon : Vas-y toi. Je t’attends.
Joey s’arrêta et l’observa, un peu triste.
Elle s’approcha de lui et le força à la regarder : Ce n’est pas d’y aller seule qui m’intéresse. C’est aussi pour toi que je le propose. Tu es resté enfermé des mois avant d’arriver ici. Tu n’as même pas eu le temps de profiter d’un peu de tranquillité.
Pacey, mitigé dans ses choix, secoua la tête en fermant les yeux. Il mourrait d’envie d’y aller mais une part au fond de lui le mettait en garde.
Joey, pour le convaincre, prit sa main entre les deux siennes : Cinq minutes. Pas plus !
Il la regarda à nouveau dans les yeux et se laissa entraîner. Comment résister à tant de sollicitude ?
En traversant la pièce, Joey attrapa sa veste et le pull de Pacey, et le lui tendit avant de descendre les escaliers qui menaient à la cave. Une fois en bas, c’est Joey qui s’occupa d’ouvrir la porte. Lentement. Sans faire de bruit afin de n’éveiller aucun soupçon et surtout, de ne pas faire changer d’avis Pacey. Elle savait que sa décision ne tenait qu’à un fil et qu’un seul grincement de gonds pouvait lui faire remonter les escaliers.
Elle sortit la tête à l’extérieur et jeta un rapide coup d’œil de chaque coté de la maison. Personne. Elle se redressa et attrapa la main de Pacey. Ainsi elle était sûre qu’il la suivrait.
Alors qu’ils sortirent, la porte resta ouverte derrière eux. La perspective de rester fermer dehors angoissait Pacey.
Ils marchèrent à pas de loup sur quelques mètres. Puis Joey s’arrêta, ferma les yeux et respira à fond, un sourire ravi sur les lèvres.
Pacey, nerveux lui murmura : Ca y est ? On peut y retourner ?
Joey se chargea de lui rappeler : 5 minutes Pacey. Tu te souviens ?
Pacey fulmina en silence.
Joey, à l’oreille du jeune homme, voulant le défier : Tu es un trouillard.
Pacey, tentant de réprimer sa colère : Tu veux vraiment que je te réponde ?
Joey rit en silence et s’éloigna de lui. Elle était sortie pour respirer, elle comptait bien le faire.
Pendant que Pacey passait son temps à épier les alentours au moindre craquement de branches, Joey, elle, marchait lentement sous les arbres, les bras croisés sur son buste, refermant ainsi sa veste sur elle. La lune était voilée mais ne provoquait cependant pas une obscurité totale. Ils pouvaient donc voir où ils posaient les pieds. Lorsqu’elle s’arrêta, Pacey vint la rejoindre, inquiet, il chuchota : On peut y aller maintenant ?
Joey, de la même façon : Tu vois bien qu’il n’y a personne. Et quant bien même quelqu’un arriverait, avec la nuit et les arbres qu’il y a, il ne nous verrait pas.
Joey glissa sa main dans celle de Pacey et avec un tendre sourire : Détends-toi…
Il respira un coup et se laissa guider. Ils finirent par marcher tous les deux pendant un moment.
Avant de faire demi-tour, il passa son bras sur les épaules de Joey et approcha la tête de la jeune fille de sa bouche pour lui embrasser la tempe.

Dans la voiture, Jen n’osait dire un mot. Les réflexions de Nick la déstabilisaient de plus en plus depuis qu’elle lui avait fait remarquer son manque de cœur. Mais elle n’arrivait pas à savoir si le changement venait d’elle ou de lui. Était-ce lui qui, imperceptiblement, tentait d’agir différemment ? Ou bien était-ce elle qui ne voyait plus ses plaisanteries du même œil ?
Nick la sortit de ses pensées : Qu’est-ce qui te tracasse ?
Voilà qu’il recommençait !! Si maintenant il se mettait à deviner lorsqu’elle était préoccupée, elle n’avait pas fini de se sentir mal à l’aise.
Jen : Rien. Je réfléchissais à ce que j’allais me faire à manger.
Nick, levant un sourcil : Oh ! Palpitant !
Jen, reprenant son aplomb : Et toi ? Qu’est-ce qu’Henry va t’apporter ce soir ?
Nick, usant de son sérieux pour plaisanter : Certainement, une bisque de homard avec un petit gratin d’aubergine…
Jen, ironique : C’est pas très raffiné ça dis donc.
Nick, tournant vivement la tête vers Jen, effaré : Est-ce que je rêve où tu me prends vraiment pour Crésus ?
Jen, avec force : Regarde la route s’il te plaît !!!
Nick refit face au volant et serra les dents pour ne pas s’énerver davantage.
Jen, haussant les épaules : A ton avis quelle image tu donnes de toi ?
Nick : Tu sais quoi ? J’ai pas du tout envie de parler de ça maintenant. Ca suffit pour aujourd’hui les reproches sur mon comportement.
Jen, l’air de rien : J’aurais plutôt dit « analyses » moi…
Nick leva les yeux au ciel et se tut jusqu’au moment où il gara la voiture au pied de l’appartement de Jen.
Alors que Jen se baissait pour récupérer sa mallette qui avait glissé sous son siège, Nick lança : Tu es insupportable !
Jen cligna des yeux et se redressa lentement en tendant l’oreille : Pardon ?
Nick répéta avec plus d’insistance : Tu es insupportable !
Jen stupéfaite : C’est l’hôpital qui se fout de la charité !
Nick conclut avec sarcasme : Tu ne m’en voudras pas si je ne te raccompagne pas !
Jen, sortant de la voiture : Au contraire je t’en serai grée ! Et puis, je n’ai pas d’« Henry » en bas de mon immeuble. Tu serais obligé de pousser la porte d’entrée toi-même…
Elle fit claquer la porte et s’éloigna rageusement en serrant de toutes ses forces sa main autour de la poignée de son attaché-case pour l’empêcher de se balancer.
Une fois la surprise passée, Nick explosa de rire et redémarra la voiture pour rentrer chez lui.

Lorsque Jen rentra chez elle, elle se sentit lasse. La nuit d’avant avait été courte et la journée longue. Elle laissa tomber sa mallette dans le hall d’entrée, quitta ses chaussures sans même se baisser et se dirigea aussitôt vers la salle de bain. Elle ouvrit les robinets et laissa la baignoire se remplir pendant qu’elle remplaçait son tailleur par son peignoir. Elle quitta ensuite la pièce pour rejoindre la cuisine. Là, elle ouvrit le frigo et en sortit une assiette de restes qu’elle grignota debout près du bar. La fatigue lui avait coupé l’appétit. Elle ne tarda donc pas à aller se plonger dans son bain bouillant. En passant dans le salon, elle activa la chaîne hi-fi et pendant que se jouaient les premières notes de " Cannonball ", elle se glissa dans la baignoire.
Il y avait bien longtemps qu’elle n’avait pas pris le temps de se prélasser ainsi. Mais ce soir, c’était devenu impératif, comme l’unique solution pour balayer toutes ses préoccupations. Contente d’avoir enfin un moment pour elle (chez elle !), elle respira à fond et soupira. Elle s’immergea ensuite totalement durant quelques secondes, écoutant le résonnement de la guitare dans l’eau.
Mais un bruit discordant lui fit sortir la tête. Un bruit qui n’allait pas avec la musique. Lorsqu’elle tendit l’oreille. Le bruit s’était arrêté…. Puis il reprit. Jen sursauta alors. De l’eau gisait maintenant sur le sol de la salle de bain. Énervée, elle se leva et sortit de la baignoire pour se diriger vers le téléphone. Elle décrocha.

Bzzbzz  (04.04.2005 à 13:48)

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