Jen, sèche : Allô !
Nick : C’est moi.
Jen, agressive, du tac au tac : Tu en redemandes ?
Nick : Bon écoute, c’est pas que ça me plairait pas de continuer de m’embrouiller avec toi mais j’appelle pour des choses autrement plus sérieuses. T’es disposée à m’écouter ?
Jen ravala sa fierté et se força à répondre : Je t’écoute…
Nick : On a oublié un point important dans notre démarche. Il faut impérativement qu’on retourne les voir.
Jen soupira lorsqu’elle vit l’image de son bain moussant s’éloigner petit à petit.
Nick : Tu m’écoutes ???
Jen, lasse : Oui…oui.
Nick : Bon, je viens te chercher. Je t’expliquerai en route.
Jen raccrocha sans plus de cérémonie. Elle coupa rageusement la musique qu’elle n’avait finalement pas eu le loisir d’apprécier et emprunta enfin le chemin de sa chambre, qui était maintenant marqué d’infinies gouttes d’eau, pour aller se vêtir. Elle troqua ses habits de semaine contre un jean et un vieux pull gris et enfila ses Converse, qu’elle portait de moins en moins. Elle attrapa sa veste au vol et quitta son appartement.
Lorsque Nick arriva dans la rue de l’immeuble de Jen, alors qu’il allait se garer, il remarqua que la jeune femme était assise sur le rebord du trottoir. Il stoppa alors la voiture devant elle. Aussitôt, elle se leva et grimpa sans un mot.
Nick, en redémarrant : Est-ce que je dois comprendre que tu ne voulais pas que je monte chez toi ?
Jen, distante : Tu peux le comprendre comme ça si tu veux en effet.
Nick : Ca fait longtemps que tu es là ?
Jen : Peu importe ! L’essentiel c’est que tu ne me reproches pas de t’avoir fait attendre !
Nick, riant à gorge déployée : Alors c’est ça !Tu ne voulais pas que je te fasse de remarques !
Jen, changea rapidement de sujet: Tu n’avais pas quelque chose à m’expliquer ??
Nick se recentra alors sur ce pourquoi il était là et l’éclaira sur le sujet.
Près d’une demi-heure plus tard, ils garaient le véhicule à une centaine de mètres de la maison de Pacey et s’y rendaient à pied pour plus de discrétion.
Jen, sur le chemin : On ne les a pas prévenus ! Ils ne vont pas nous entendre.
Nick s’arrêta et réfléchit. Il sortit son téléphone portable de sa poche.
Jen, grimaça : Ils ne vont pas décrocher non plus. J’espère qu’ils auront le message assez tôt.
Elle attrapa le combiné qu’il lui tendait et composa le numéro. Elle laissa un message puis raccrocha. Et ils terminèrent la route en silence.
Arrivés devant la porte de la cave, personne ne les attendait.
Jen s’écarta un peu pour lever la tête sur les étages. Bien évidemment, il n’y avait rien à voir. Tout était clos et rien ne filtrait. D’un certain coté, c’était tant mieux. Mais voilà. Ils étaient là et ils ne pouvaient rien faire !
Elle s’assit sur le rebord en béton du parterre de fleurs et posa son coude sur un de ses genoux pour se soutenir la tête.
Nick, qui faisait des aller-retours à peine plus loin, à voix basse : Tu aurais quand même pu les appeler avant !
Jen serra les dents et respira profondément pour se contrôler. Si elle hurlait tout de suite, ils risquaient de se faire remarquer et ce n’était vraiment pas le moment !
Elle se contenta alors de se taire. Puis, après réflexion : Et toi si tu n’avais pas oublié de les tenir au courant du principal, on ne serait pas là à attendre comme des idiots en pleine nuit !
Et rageusement, comme d’habitude, avant qu’il n’ajoute quelque chose : Passe-moi ton téléphone !
Le jeune homme s’exécuta.
Jen entreprit donc de faire sonner indéfiniment le téléphone qu’elle avait laissé à Joey. Avant que le répondeur se déclenche, elle raccrochait et appuyait aussitôt sur la touche bis tout en lançant des regards noirs à Nick qui s’impatientait devant elle.
De l’autre coté de ce large mur de pierre, Joey et Pacey étaient tout simplement en train de discuter, installés dans le canapé du salon. Le portable étant resté dans la chambre toute la journée, ils ne pouvaient l’entendre.
Mais Jen ne lâcha pas le morceau. Il n’était pas question qu’elle abandonne. Elle n’avait d’ailleurs que ça à faire.
Nick : Tu ne vois pas que ça ne sert à rien ?
Jen, perfide : Tu as peur que je te décharge tes batteries ? De toutes façons, c’est toujours mieux que de te faire la causette !
Sur ce, elle s’appliqua de nouveau à sa tâche en appuyant sur la touche de manière de plus en plus hargneuse à chaque fois. Non pas car ils ne répondaient pas, mais parce qu’elle voulait sortir de cette situation au plus vite. Elle craignait la surchauffe.
Au bout de quelques temps, qui parurent d’interminables heures à Jen et Nick, alors qu’un blanc se produisait dans la conversation, Pacey perçut la sonnerie du téléphone.
Un bruit de serrure se fit entendre. Jen qui avait l’oreille collée au téléphone, n’eut pas le temps de se lever que Nick l’éjectait déjà pour passer avant elle. Elle ne comprit d’ailleurs pas ce qui lui arrivait.
Joey, confuse, chuchota à Jen lorsqu’elle passa à côté d’elle : Je suis désolée. Je n’avais rien entendu.
Jen, le sourire sincère aux lèvres : C’est pas grave.
Ils se retrouvèrent ensuite tous les quatre à l’étage. Et Nick en vint tout de suite aux faits en les avertissant qu’il avait quelque chose à leur expliquer.
Le ton qu’il employa ne laissa rien présager de bon à Pacey qui, sans un mot, s’assombrit aussitôt.
Nick, assis sur le canapé : Voilà. Il y a une chose qu’on a oubliée d’évoquer la dernière fois.
Jen le coupant : Que TU as oublié d’évoquer !!!
A nouveau, il leva les yeux au ciel et se concentra sur les mots qu’il allait devoir employer ensuite.
Nick : Comme l’affaire est de nouveau à l’ordre du jour, la police va également reprendre l’enquête. Avec les lettres qu’on leur a fournies, ils ne peuvent pas faire autrement. Cependant, le problème, c’est qu’ils vont forcément revenir sur les lieux du crime et refouiller l’endroit dans l’optique de trouver des pièces qui auraient pu leur échapper…comme ces lettres qu’ils n’avaient pas vues à l’époque.
Joey tourna la tête vers Pacey. Un peu paniquée par l’annonce.
Pacey, lui, ne laissait paraître aucune réaction. En réalité, il lui semblait déjà surprenant que personne ne soit jamais revenu ici.
Nick continua : Il y a donc deux solutions qui s’offrent à nous. Soit tu vas de toi-même te rendre à la police et je me déclare aussitôt comme ton avocat. Soit vous restez là jusqu’à ce qu’ils vous trouvent.
Jen, marmonna entre ses dents : Quel tact !
Nick, que les interventions de Jen commençaient à énerver, lâcha alors : Bon ça suffit maintenant ! Si tu as quelques chose à dire tu le fais maintenant ou tu te tais !
Mais tout ce qu’il réussit à tirer d’elle fut un sourire forcé et ironique.
Il reprit alors à l’attention de Pacey : Ce qu’il faut savoir, c’est qu’avec ces nouvelles pièces à convictions, ces lettres, il se peut qu’ils ne reviennent pas ici. S’ils veulent boucler l’enquête aussi vite que précédemment alors ils n’en prendront même pas la peine et procèderont directement à une perquisition chez ce Jerry Travers.
Joey, qui résuma assez bien la situation : En somme, ce que tu proposes, c’est qu’il se fasse arrêter ou…qu’il se fasse arrêter !
Nick : C’est malheureusement tout ce qu’on peut faire pour l’instant.
Joey, un peu agacée que leur venue soit porteuse de mauvaise nouvelle : Pas du tout cornélien comme choix !
Nick, gêné : Je suis désolé.
Jen reprit les rênes : Tu as oublié un point crucial. Si Pacey se rend au commissariat et que tu le représentes aussitôt, la police va trouver ça louche qu’il se livre justement maintenant qu’il a des chances d’être acquitté alors que personne n’est encore au courant de la réactualisation du dossier. Ils remonteront forcément jusqu’à toi et comprendront que tu l’as couvert jusque là.
Nick, sans prendre le temps de réfléchir, répondit : Tant pis !
Pacey ouvrit alors enfin la bouche : Pas question. J’attendrai que les médias en parlent dans ce cas. Et à ce moment j’irai me rendre. Et là tu pourras te déclarer comme étant mon avocat. Mais il n’est pas question de foutre ta carrière en l’air pour une telle histoire ! C’est d’ailleurs tellement ridicule que j’en rirais presque si je n’en étais pas le protagoniste !
Nick se leva et lui serra la main : Tout se passera bien !
Pacey, avec un rictus : Ca ne peut pas être pire de toutes façons.
L’avocat s’éloigna alors que Jen s’approchait de Joey pour la serrer dans ses bras : Tu sais que tu peux m’appeler si tu as un souci…
Joey la serra davantage puis la laissa partir.
Lorsqu’elle sortit, Nick était déjà parti. Elle le retrouva à la voiture dans la rue d’à côté. Le moteur tournait déjà et il était prêt à partir. Elle grimpa sur le siège du passager et se tut simplement. Silencieux lui aussi, il démarra et reprit la voie express pour retourner à Boston.
Après quelques kilomètres, il grogna : Je me demande bien ce qu’il m’a pris de te demander de suivre cette affaire avec moi !
Jen : Je me le demande aussi !
Après le départ des deux avocats, Pacey se laissa tomber sur le canapé. Il passa la main sur son crâne et laissa enfin sortir l’air qu’il lui semblait avoir contenu jusqu’alors.
Joey se tenait un peu à l’écart, appuyée contre la bibliothèque. La nouvelle était rude mais ce qui était le plus difficile était de ne pas savoir comment agir envers Pacey.
Les minutes passèrent dans un silence religieux. Au bout d’un moment, Pacey se décida à se lever. En attrapant son pull, il dit doucement : Il faut que je sorte.
Joey comprit immédiatement que dans ces circonstances il avait besoin d’air et, surtout, d’être seul. Elle le laissa alors passer devant elle sans rien dire.
Pacey se retourna, apparemment l’air étonné : Qu’est-ce que tu fais ?
Joey, évasive, cherchant quelque chose pour ne pas paraître déstabiliser par la situation : Oh ! Eh bien…Je ne sais pas. Je vais me chercher un autre bouquin je pense.
Pacey sourit en arquant les sourcils au maximum : Tout à l’heure tu me fais tout un cérémonial pour t’aérer les naseaux et tu voudrais me faire croire que maintenant tu veux lire ? Joey, dis le moi franchement, t’aurais pas des tendances un peu maso ?
Joey esquissa un très léger sourire, elle le regarda dans les yeux mais ne dit rien.
Pacey, avec plus d’entrain et en riant : Allez Joséphine, dépêche-toi !
Devant l’insistance du jeune homme, Joey accepta de l’accompagner. La situation était au comble de l’ironie. Lui, qui ne voulait pas mettre les pieds dehors à peine quelques heures plus tôt, la traînait maintenant presque de force.
En réalité, sortir était une très bonne idée. Il évitait ainsi les silences gênants et les discussions qu’il n’était pas près à avoir avec Joey. Il savait que la situation n’était agréable ni pour elle ni pour lui mais, peut-être par égoïsme, il ne voulait pas en parler pour l’instant. Le moment était bien trop grave. Il se doutait bien que d’ici demain les médias se seraient emparés de l’histoire et qu’il serait temps de tirer un trait sur sa liberté…ainsi que sur sa maison… son jardin…et sur Joey ! Car il ne fallait pas se leurrer. Les effets du syndrome se dissiperaient sans tarder. Et qu’est-ce qu’une fille comme Joey pourrait bien faire avec lui ? Elle viendrait lui rendre visite au pénitencier tous les jeudis ? Elle avait déjà du mal à aller voir son père alors le type qui l’avait entraînée dans cette sale histoire…
Joey, à voix basse, le sortit de ses réflexions : A quoi tu penses ?
Pacey travestit son mensonge par un sourire : Que la purée de pois cassée va me manquer…
Joey s’arrêta. La remarque était drôle mais ne la fit pourtant pas rire.
La tête baissée, et les sourcils froncés, elle dit doucement : Alors ça y est. Tu as pris ta décision.
Pacey soupira en regardant ailleurs puis lui refit face : Tu sais Joey que je n’ai pas le choix. C’est pas comme si j’avais l’opportunité de faire autrement.
Joey fermant les yeux, chuchota imperceptiblement : Je sais…
Voyant la jeune fille troublée, il fit un pas en avant et l’enlaça. Joey s’abandonna quelques instants.
Joey : C’est tellement irréel. Dans ma vie j’ai toujours essayé de tout contrôler un minimum. Mais là… là, tout m’échappe. J’ai la sensation de ne pas avoir de pouvoir sur ce qui m’arrive. Je le vis comme de l’extérieur.
Pacey s’écarta de l’étreinte et tenta de la rassurer : A partir de demain tout sera différent. Tu vas retrouver ta vie normale et tes bouquins.
Joey, gênée de se l’avouer : Et si je n’en avais pas envie.
Pacey sourit en secouant la tête : Joey. Tu m’as toi-même parlé de ce syndrome de Stockholm. Sois réaliste. Combien de victimes ont gardé contact avec leur ravisseur ?
Joey souriant à son tour, contente de ce qu’elle allait lui apprendre : Presque toutes. Le cas principal s’est même soldé par un mariage et des enfants.
Sachant pertinemment qu’avec elle il n’aurait jamais le dernier mot, Pacey conclut : De toutes façons, j’ai pris ma décision Joey. C’est ce qu’il y a de mieux. On verra bien ce qui se passera après…
Joey haussa simplement les épaules. Et ils rentrèrent enfin.
Nick et Jen étaient arrivés en bas de chez cette dernière. Jen, avant d’ouvrir la portière de la voiture, se tourna vers le conducteur : Comment ça se passe demain ?
Nick, mesquin : Je croyais que je te sortais par les yeux ?!
Jen : C’est le cas. Mais j’ai une conscience. Et te laisser régler l’affaire seul, ce serait manquer de discernement. Je pense aux intérêts de Joey dans cette histoire !
Nick explosa littéralement de rire : Tu parles ! Je n’ai jamais vu un séquestré en si mauvaise santé !!! Je me demande bien ce qu’il pourrait lui arriver de pire que de manger des conserves tous les jours !!
Jen, piquée au vif, ouvrit la porte et posa un pied sur le bitume : Il n’empêche que si tu te plantes, elle risque d’être accusée de complicité ! Grande courge !
Encore une fois, elle n’attendit pas qu’il réplique quoi que ce soit et claqua la portière. Elle partit alors en direction de l’entrée de son bâtiment. Sur les quelques mètres qu’il lui restait à parcourir, Nick, la vitre grande ouverte coté passager, roula à côté d’elle : Pourquoi tu t’enfuis à chaque fois que ça devient marrant, Jen ?
Jen ne daigna pas tourner la tête et se contenta de regarder droit devant elle.
Nick : Je ne te croyais pas si bornée, jeune fille !
Jeune fille ! Jeune fille ! Il n’avait que quelques années de plus qu’elle ! Pourquoi fallait-il toujours qu’il prenne de la hauteur avec elle ?
Nick : Ce n’est pas comme ça que tu régleras tes problèmes Jen. Dans la vie il faut les affronter.
Ca pour un problème, tu en es un gros !- pensa Jen.
Jen : Regarde où tu vas! Tu vas te planter !
Nick regarda alors la route et se recentra. Lorsqu’il retourna la tête pour titiller Jen une nouvelle fois, elle avait disparu. Réalisant qu’elle l’avait bien eu, il secoua la tête et quitta les lieux.
Jen, en bas des escaliers qui la mèneraient à son appartement, respirait lentement pour se calmer. Elle ne sait comment, cet homme avait le chic pour lui mettre les nerfs en pelote.
Jen, pour elle-même : La prochaine fois, tu te contenteras de lui faire ses photocopies ! Ca t’évitera l’ulcère !!
Éreintée, la jeune femme grimpa dare-dare et se coucha presque aussitôt. Du moins, après avoir vidé la baignoire et passé rapidement une serpillière afin d’effacer toutes traces d’un bain raté.
Le lendemain matin, aux alentours de 7h, Jen se leva. La nuit, bien que courte, avait déjà été plus réparatrice que celle d’avant. Inquiète de savoir si les journalistes s’étaient saisis de l’affaire, elle alluma aussitôt la radio sur une onde d’informations perpétuelles.
Lorsque la speakerine rappela les titres du jour, par deux fois, Jen faillit tomber à la renverse.
« Ce matin, aux aurores, alors qu’on annonçait tout juste la réouverture de l’affaire Witter, le jeune Pacey Witter, accusé du meurtre de son grand-père, s’est rendu de lui-même à la police. Convaincu de son innocence, et ce malgré un premier procès, le jeune homme continue de nier les faits. Maître Cage, l’avocat qui a provoqué ce renouveau en apportant de nouvelles pièces dans l’enquête, s’est, quelques heures après, présenté comme son avocat. Pour la météo aujourd’hui, le temps sera maussade et … »
Jen coupa le poste. Le choc était dur. Mais subitement, elle se mit à penser à Joey. Elle se ressaisit alors immédiatement et s’empara de son téléphone.
Elle appela d’abord Nick :Je viens d’apprendre la nouvelle. Comment ça se passe ?
Nick, à l’autre bout du fil : Tiens la belle au bois dormant s’est réveillée ?
Jen : Oh c’est très fin ça ! Tu aurais pu m’appeler !
Bzzbzz (04.04.2005 à 13:50)
Nick, faussement désolé : Je n’ai pas eu le temps tu sais. Il fallait que j’agisse vite pour Pacey. Et par conséquent pour ton amie…
Jen : En parlant d’elle. Elle est où ?
Nick : Je ne sais pas. Elle n’était pas avec Pacey au commissariat.
Jen, effarée : Quoi ?? Et tu ne t’es pas posé de question ?
Nick, qui ne jouait plus maintenant : Je n’ai pas eu le temps Jen !
Énervée, Jen lui raccrocha au nez et tapa aussitôt le numéro du portable qu’elle lui avait laissé.
Joey décrocha presque aussitôt. Mais Jen ne lui laissa pas le temps de parler.
Inquiète, Jen lança tout de suite: Où es-tu ?
Joey, très calmement, comme fatiguée : Chez lui. Il est parti avec la voiture.
Jen, avant de raccrocher : J’arrive !
Elle s’habilla en toute hâte, attrapa sa mallette au vol et quitta son appartement en quatrième vitesse. Elle récupéra sa vieille voiture au parking et, en trombe, emprunta la voie express.
Une trentaine de minutes plus tard, elle tambourinait contre la porte du sous-sol : Joey…Joey ouvre…c’est moi…
Lorsque celle-ci se présenta enfin, elle lui sourit timidement. Jen la prit alors dans ses bras, ravie que cette histoire se termine enfin pour son amie.
Jen, doucement : Ca va ?
Joey eut un léger rictus : Oui. Je vis quelque chose d’extrêmement bizarre mais la seule chose dont je sois sûre, c’est que je vais bien.
Jen ne savait pas véritablement ce qu’il s’était passé. Dans les détails. Et elle sentait qu’elle ne le saurait probablement jamais. Mais elle éprouvait, malgré cela, une sincère compassion pour elle.
Joey : Où est-ce qu’il est maintenant ?
Jen : Au poste de police. Je ne sais rien de plus pour l’instant.
Joey ne dit rien. Elle n’avait d’ailleurs rien à dire. Elle avait l’impression de sortir d’un mauvais rêve…
Jen l’entraîna à l’intérieur. Elles montèrent à l’étage et Jen fit asseoir Joey sur le canapé. Pendant ce temps, elle entreprit d’ouvrir quelques-uns uns des volets du salon où elles se trouvaient. Ce lieu n’avait plus besoin d’être si clos. Et l’aérer n’était pas de trop…
Jen, qui s’assit en face de Joey : Je t’avoue que je ne sais pas encore trop comment ça va se passer dans les jours à venir. Mais ils vont vouloir t’interroger. Alors je te propose qu’on reste là encore quelques temps et qu’on discute de ce que tu devrais ou ne devrais pas dire.
Joey respira à fond, secoua brièvement la tête pour se remettre les idées en place et arbora un visage déterminé. Elle ne tenait pas à se laisser aller.
Jen, l’affirmant plus qu’autre chose : Je me doute que tu ne savais pas qu’il était parti…
Joey, haussant les épaules : On a discuté un peu hier soir. Je me suis endormie et je suppose que c’est à ce moment qu’il a dû partir.
En réalité, Joey et Pacey avaient discuté jusque très tard dans la nuit. Ils avaient parlé de tout et de rien, mais en évitant soigneusement de parler de ce qu’il pourrait se passer après tout ça. Lorsque Joey avait fini par s’endormir, après avoir longuement lutter contre la fatigue, Pacey était parti à la recherche d’un poste de radio. Il savait qu’il y en avait jadis presque dans toutes les pièces. Mais suite à son décès, il se doutait également qu’ils avaient certainement dû disparaître comme toutes les autres choses qu’il ne retrouvait plus. Au bout de quelques temps, il avait fini par venir à bout de sa quête. Il s’était alors installé dans un ancien bureau, à l’étage, et avait passé le reste de la nuit à écouter la diffusion des informations. Il n’avait pas tenu à ce que Joey assiste à tout ça. Elle avait déjà vécu le départ de son père deux fois de suite… Et puis il n’était question que de lui dans cette histoire. La petite n’avait rien à voir là-dedans selon lui. Lorsque au petit matin, le journaliste avait énoncé l’affaire pour la première fois, il n’avait perdu aucun temps. Il avait coupé le poste et s’était rendu au rez-de-chaussée, s’était assis en face de la jeune femme, et l’avait regardée dormir pendant quelques minutes. Il signait ainsi la fin de cette drôle d’aventure… Avant de partir, il s’était approché d’elle et avait simplement remonté la couverture sur ses épaules. Il s’était promis de ne pas l’embrasser pour ne pas rendre la situation plus compliquée. Car il savait qu’il ne fallait pas qu’il s’attache, que les circonstances ne les réuniraient certainement pas à nouveau…
Il avait ensuite simplement récupéré les clés de la voiture de Joey qu’il avait été garée dans la grange et s’était rendu à la police sans faire plus d’histoire.
Pacey se trouvait maintenant en salle d’interrogatoire. Les policiers n’en revenaient pas de la simplicité avec laquelle tout se réglait.
Commissaire Wade : Pourquoi tu te rends gamin ? J’avoue que j’ai du mal à comprendre. En 30 ans de métier, j’ai jamais vu ça. Tu te fais la malle et tu reviens au bout de quelques jours…
Pacey, menotté et assis sur une chaise en face du commissaire : Je suis innocent. Je me suis évadé pour le démontrer. Et j’ai entendu ce matin que l’enquête était réouverte. Du coup, ce n’est plus la peine de fuir puisque la vérité pourra enfin être révélée.
Le policier n’en croyait toujours pas ses oreilles.
Wade : C’est qui cet avocat ?
Pacey, jouant le jeu : J’en sais rien. Mais apparemment c’est grâce à lui que vous allez retrouver la raison…
Wade : Fais pas le malin gamin !
Pacey : Quand pourrais-je voir ce fameux avocat ?
Le commissaire, distant : Bientôt. Il remplit des papiers pour l’instant.
Pacey soupira en silence. La journée promettait d’être longue. Il regarda vaguement autour de lui pour faire passer le temps. Mais il avait vite fait le tour de la pièce. Un miroir sans teint, une table et deux chaises.
Déjà las, il tenta avec humour : Puisqu’on est là, vous n’avez pas deux trois questions à me poser ? Parce que moi personnellement, j’ai pas mal de trucs à vous signifier sur l’affaire qui me concerne !
Le commissaire se mit alors à son aise. Il quitta sa veste et remonta ses manches. Aux premiers abords, Pacey prit un peu peur. Selon ce qu’il avait pu voir au cinéma, les gestes que le policier exécutait n’étaient pas bon signe. Mais ce dernier s’assit finalement confortablement sur sa chaise et lui fit signe de déballer ce qu’il avait à faire savoir.
Le jeune homme se lança alors dans le récit de ces 15 derniers mois, en insistant bien sur les zones d’ombre qui subsistaient dans l’enquête.
Après une bonne heure de discussion, alors que Pacey allait en venir à son arrivée dans ces locaux, un subalterne frappa à la porte et entra aussitôt.
- On a du nouveau chef !
Le commissaire Wade se leva alors : Très bien gamin ! On va voir ce qu’on peut faire de ça. En attendant, tu restes là.
Pacey, alors que l’homme avait déjà quitté le réduit, leva un peu ses mains attachées et lança : Comme si je pouvais faire autrement !
Wade, scotché par ce que venait de lui dire le jeune homme, arpentait le couloir en haussant les sourcils : Quand je pense qu’on a même pas pensé à vérifier la baraque !
A quelques dizaines de kilomètres de là, Jen et Joey s’attelaient à refermer correctement la maison, et à récupérer toutes les affaires de Joey. Lorsqu’elle pénétra dans la chambre où elle avait dormi tous ces jours-ci, elle sourit vaguement. Elle s’approcha de la commode et en sortit quelques affaires. Elle redescendit à l’étage d’en dessous et y retrouva Jen.
Joey : J’ai récupéré quelques vêtements de Pacey. Il en aura peut-être besoin.
Jen lui sourit et les fourra dans un sac.
Jen : Bon…Je crois qu’on a fait le tour.
Joey, hâtive : Je suis prête, on peut y aller.
Elles sortirent alors de la vieille maison, et grimpèrent dans l’auto sans se retourner.
Jen contacta Nick sans tarder. Il fallait qu’elle ait confirmation. Ses connaissances en pratique ne lui laissaient pas le loisir de juger seule de ce qu’il était bon ou non de faire dans ces circonstances.
Nick, sérieux et grave en décrochant: Je t’écoute Jen.
Jen : J’ai récupéré Joey. Comment ça se passe de ton côté ?
Nick : On vient de m’apprendre qu’ils ont mené la perquisition chez Jerry Travers. Et c’est plutôt bon pour nous.
Jen, surprise : Ils ont trouvé quelque chose ?
Nick : Ce crétin aurait oublié de se débarrasser du reste de balles correspondant à l’arme du crime. Et manque de pot pour lui, ce ne sont pas des balles très courantes.
Jen n’arrivait pas à croire que ce pût être aussi simple.
Nick : Je n’aurais jamais pensé qu’il nous mâcherait autant le travail. D’abord les lettres. Maintenant ces preuves… Ca fait beaucoup d’un coup.
Jen : C’est rassurant. Ca va peut-être pouvoir aller vite alors.
Nick : Je l’espère.
Jen : Comment on procède avec Joey ?
Nick réfléchit un instant puis répondit : Ramène là. Ils doivent la chercher. S’ils ne la voient pas, ils vont suspecter Pacey.
Jen : Bien. Tu as pu le voir ?
Nick : Pas encore. Ils font subtilement blocus pour l’interroger. Des tonnes de papiers sans grande importance à remplir pour faire diversion.
Jen : Très bien. On sera là dans un quart d’heure.
Et tous deux raccrochèrent.
Lorsque Nick rangea son téléphone dans la poche de son duffle-coat, le vieux fonctionnaire de police qui discutait avec Pacey quelques minutes plus tôt prit la direction de la sortie du poste de police. Et alors qu’il allait passer la porte, il lança en secouant vaguement la main à l’attention de notre avocat : Vous pouvez y aller.
Nick le regarda s’éloigner et souffla : C’est trop d’honneur, vraiment !
Il empoigna alors son attaché-case et se dirigea enfin vers la salle d’interrogatoire. A sa vue, Pacey se leva et, comme convenu, joua les ignorants : Bonjour.
Nick : Bonjour, Maître Cage ! Je suis votre avocat.
Puis un peu plus bas, il ajouta : Normalement, la salle est censée être insonorisée mais on n’est jamais trop prudent.
Pacey opina simplement du chef. Il ne tenait vraiment pas à ce qu’on ajoute un autre chef d’accusation à son curriculum vitae. Ils discutèrent donc un peu quelques minutes afin que les choses soient plus crédibles. Puis Nick finit : Ils ont effectué la perquisition chez le promoteur.
Pacey, méfiant, leva un sourcil : Et ?
Nick : Ils ont retrouvé des balles à son domicile.
Pacey ouvrit des yeux ronds comme des balles de golf.
Nick : Des balles à têtes creuses qui plus est. Je suppose que je n’ai pas besoin de te préciser que c’est justement ce même type de balles qui se trouvaient dans l’arme du crime…
Pacey, sonné : Non en effet, j’avais assez bien retenu ce détail.
Nick, souriant : C’est ce qu’il me semblait.
Pacey : Qu’est-ce qu’il va se passer alors ?
Nick, ironique : Je préfère ne pas trop m’avancer car avec leur rigueur, je sens qu’ils vont vite me dépasser. Je me sens déjà submergé par l’avance qu’ils ont sur nous.
Pacey esquissa un sourire.
Nick reprit plus sérieusement : S’ils ordonnent les pièces du puzzle comme il faut, ce qui n’est pas gagné, ils devraient l’interroger et l’écrouer. Quant à toi, je ne sais pas trop encore. Cette fois aussi, il devrait y avoir deux possibilités. Soit on te relâche, soit on estime que tu dois être jugé pour ton évasion. Mais dans les deux, ça ne se fera pas dans la minute. Tu devras sans doute retourner à la maison d’arrêt quelques jours.
Pacey secoua la tête en fixant la table. Il comprenait la situation mais avait du mal à accepter le fait qu’il allait encore devoir passer du temps en cellule.
Nick posa une main amicale sur l’épaule du jeune homme : T’en fais pas. On va te sortir de là.
Pacey hocha une nouvelle fois la tête. Puis il la releva un peu : Comment va Joey ?
Nick, désolé : Je ne sais pas encore. Jen est allée la chercher.
Quelques temps plus tard, Jen et Joey entraient dans le commissariat. Jen se dirigea d’abord vers l’accueil pour faire appeler Maître Cage. Lorsqu’il fut là, il sourit chaleureusement à Joey en lui frottant le bras en signe de compassion : Bonjour Joey.
Elle lui rendit son sourire et le salua simplement de la tête.
Tous trois entrèrent ensuite dans le bureau de Wade. Ce dernier serra la main de l’avocat et de son assistante et s’arrêta enfin sur Joey. Alors qu’il lui tendait lentement la main, intrigué, il dit : Et vous êtes …?
Estomaquée, Joey ne trouva rien à répondre. Nick se chargea alors de la remplacer.
Nick : Joey Potter, l’otage de mon client lors de son évasion.
Le vieil homme cligna plusieurs fois des yeux et baissa enfin sa main qui flottait dans l’air depuis qu’il l’avait tendue. Se sentant très gêné par la situation, il fit le tour de son bureau en balbutiant avant de s’asseoir à son fauteuil : Oh…heu…bien sûr …oui…évidemment.
Nick fronça les sourcils et tiqua : Dois-je en déduire que vous aviez oublié cette donnée ?
Joey secouant la tête lâcha sans se rendre compte qu’elle parlait à voix haute : Pas étonnant vu qu’on ne me voyait déjà pas lorsque j’avais un revolver de pointé sur la tempe !
Elle se sentit soudain dévisagée. Ils la regardaient tous, abasourdis. Après quelques secondes de silence complet, elle secoua la tête en plissant le nez, l’air de dire « Laissez tomber ! ».
Nick continua : …Elle ne souhaite pas porter plainte.
Ce fut au tour du commissaire de rester quoi. C’était peu banal. Depuis le début, rien ne tournait rond dans cette affaire de toutes façons, se dit-il. L’évadé qui se rend de lui-même, l’otage qui ne porte pas plainte… Qu’allaient-ils encore lui inventer ?
L’homme reprit enfin contenance et se dut d’accepter la situation : Très bien. Mais pour le bien de l’enquête, nous devrons tout de même l’interroger.
Nick, condescendant : Cela va de soit !
Ils s’installèrent alors autour du bureau, et le commissaire mena tant bien que mal son interrogatoire. La présence de deux avocats ne facilitait en rien les choses.
Joey était habilement guidée dans ses réponses. Elle ne risquait alors pas de faire déraper leur petite affaire.
Le supplice prit fin lorsqu’un inspecteur entra dans le bureau de son supérieur : Chef, on a fouillé vraiment partout. Aucune trace de l’arme qui va avec les cartouches.
L’homme, confortablement assis dans son fauteuil en cuir, se contenta d’émettre un bruit guttural qui traduisait sa réflexion.
Wade, se leva et, sans même prendre la peine de les regarder, lança : Je crois qu’on en a fini de ce côté. Maintenant, veuillez m’excuser mais j’ai une enquête à résoudre.
Il ouvrit la porte et s’en dégagea afin de leur faire comprendre qu’il était temps qu’ils déguerpissent.
Jen se leva la première, suivie des deux autres, pour enfin quitter la pièce.
Dans le couloir, Joey osa finalement demander : Est-ce que je peux le voir ?
Jen, peinée : Je crains que non…
Nick arriva par derrière et, pour les faire avancer, plaça réciproquement ses deux bras derrière leur dos : Jen, ramène Joey chez elle. C’est fini pour l’instant. Je vais me concentrer sur Pacey maintenant. Je passerai ce soir pour faire le point. Et prends ta journée. Je m’occuperai de le faire savoir au cabinet.
Dehors, tout en se dirigeant vers la voiture, Jen expliqua à son amie : Je sais que tu avais prévu de te rendre à Capeside pour voir ta sœur pendant les vacances. Mais dans ces circonstances, tu vas être obligée de rester à Boston. Si Pacey est jugé, il se peut qu’on t’appelle à la barre.
Joey : Je n’avais plus tellement l’intention d’y aller de toutes façons. Audrey devait rester là, je lui tiendrai compagnie.
Jen lui ouvrit la portière du véhicule et lui dit en souriant : Allez viens. On va aller manger un morceau.
Jusqu’au soir, Jen resta avec Joey dans sa chambre d’étudiante. Elles bavardèrent un peu. De tout, de rien. Puis Audrey fit son arrivée. Jen se sentit soulagée de savoir qu’elle ne resterait pas seule. Bien qu’elle ne le montre pas, ce qu’elle venait de vivre était une dure épreuve. Elle aurait préféré la voir partir pour Capeside mais la situation ne le permettait malheureusement pas. Jen profita de l’instant où Joey se décida enfin à téléphoner à sa sœur, pour la quitter et rentrer chez elle. Il se faisait tard et une longue journée l’attendait encore le lendemain.
Comme tous les jours, elle gara sa voiture au parking et emprunta ensuite l’escalier qui menait à son appartement. Elle grimpa les marches deux à deux, pressée qu’elle était d’arriver chez elle après une journée aussi bizarre. Mais avant d’atteindre son étage, elle s’arrêta brusquement en sursautant.
La main sur le cœur et essoufflée : Qu’est-ce que tu fais là ?
Nick se relevant de la marche sur laquelle il s’était assis : Je t’ai dit que je passais ce soir.
Jen termina de gravir les marches qu’il lui restait et sortit les clés de sa poche. Puis elle entra chez elle. Nick, lui, la suivit sans plus de cérémonie et ferma la porte à l’aide de son pied, sans même se retourner.
Nick : Qu’est-ce que tu foutais ? Ca fait une plombe que je fais le poireau !
Jen, sarcastique : Ca te fait pas de mal !
Bzzbzz (04.04.2005 à 13:51)
Et tout en s’affairant à travers les pièces, elle continua : Figure-toi que j’ai profité de mon après-midi de libre pour aller faire des courses, manger au restaurant avec des amis, me faire faire une mise en pli et même un pédicure.
Nick, s’asseyant confortablement sur un fauteuil dans le salon : Je vois ça. Tu es transformée !
Jen s’arrêta dans son élan et le fusilla du regard.
Agacée elle lui lança : Où veux tu que j’aie passé l’après-midi ?! J’étais avec Joey. Elle est mon amie. Et je ne pouvais pas la laisser comme ça. J’ai attendu que sa colocataire rentre.
Réalisant ce qu’elle faisait, elle se stoppa à nouveau et secoua la tête : Mais pourquoi je me justifie au juste ?
Nick, un sourire plein de sous-entendus : Parce que je suis ton supérieur et que je t’ai couverte pour ton absence au bureau.
Jen : Tu me ferais du chantage ??
Nick, amusé: Voyons Jen !
Jen, tentant de reprendre l’avantage, se rendit derrière le bar de la cuisine, ouvrit le frigidaire et attrapa une bouteille d’eau qu’elle but au goulot.
Jen : Bon. Je suppose que tu es venu dans un but bien précis, n’est-ce pas ?
Nick se leva de son fauteuil : Absolument !
Il entreprit de faire le tour du propriétaire : Pour voir cet appartement qui méritait tant que je m’en tienne éloigné.
Jen, fronçant les sourcils: Je n’ai jamais cherché à le cacher à qui que ce soit.
Nick, l’air sûr de lui : Allons Jen ! Ca fait des mois que je supervise ton stage, et que par conséquent on travaille ensemble, et tu ne m’as jamais invité. Pas une seule fois !
Jen s’arrêta de respirer. Quel toupet !- pensa-t-elle.
Elle reprit : Mais peut-être justement parce que tu es mon maître de stage !!!
Nick, riant : Tu sais ce qui me fait rire chez toi ? C’est ton air naïf.
Jen, hébétée et maintenant agacée: Mon air naïf ?? Il maquerait plus que tu m’appelles Candie et je pourrais vraiment penser que tu me prends pour une gamine !!!
Nick, nonchalant: Eh oh Catwoman! On se calme. Rentre tes griffes et monte pas sur tes grands chevaux comme ça!
Jen, le tirant par le bras en direction de la porte d’entrée : Je monte sur ce que je veux et quand je veux ! Maintenant ça suffit, tu sors de chez moi. Je t’ai assez entendu !
Nick : Quel caractère ! (la forçant à s’arrêter) Le problème, Jen, c’est que moi j’ai pas fini de parler.
Jen, lui jetant un regard noir : Alors fais vite ! J’ai pas que ça à faire !
Nick : Quoi que tu en penses, on a encore du boulot. Ton amie est peut-être sortie d’affaire mais l’homme qu’elle voulait aider est de nouveau derrière les barreaux à l’heure qu’il est.
Jen croisa les bras et soupira. Elle sentait que son discours allait être long.
Nick : Même si d’ici quelques jours il est déclaré innocent pour le meurtre du papy, il risque d’y croupir encore un moment. On ne s’évade pas comme ça de la prison du Comté. Et ça, le juge compte bien le faire savoir. Quitte à ce qu’il serve d’exemple pour tous les gens que son attitude aurait pu tenter. On va donc sans doute devoir plaider à la Cour, comme tout bon avocat ! Et figure-toi, que malgré ce que tu peux penser, je vais avoir besoin de ton aide !
Jen plissa les yeux. Pour elle, ça sentait le coup fourré à plein nez : Tu te moques de moi, c’est ça hein !?!
Nick, pour ne pas changer les habitudes, ne tint pas compte de sa remarque, dépassa la jeune femme et se réinstalla dans le fauteuil qu’il avait quitté quelques minutes avant.
Nick : Il faut s’y mettre tout de suite.
Et comme deux jours auparavant, il posa sa mallette sur la table basse et en sortit des documents.
Jen, toujours au bout du couloir : Je te préviens Nick, si tu fais tout ça pour dormir dans mon lit tu te fourres le doigt dans l’œil. Je ne prendrai pas le sofa. C’est toi qui t’y colleras !
Tout en faisant mine de lire le dossier de Pacey, sans relever la tête, il sourit aux propos de Jen.
Mise devant le fait accompli, elle dût alors se résoudre à s’exécuter. Elle s’installa elle aussi à l’autre bout de la petite table, en prenant soin de bien faire claquer ses diverses affaires afin qu’il comprenne son énervement. Pas tant pour le travail qu’elle allait devoir fournir mais plutôt pour cette présence masculine qu’elle devait supporter.
Avec un sourire teinté de mesquinerie, il fit glisser jusqu’à elle une pochette en carton.
Nick : Je t’ai fait faire une copie du dossier.
Jen se força à sourire ironiquement en le récupérant : Vraiment trop d’horreur ! (réalisant sa bourde, elle se rattrapa aussitôt) euh d’honneur…d’honneur !
Et se sentant idiote, elle se plongea immédiatement dans la lecture dudit document en tentant ainsi de cacher son rougissement et sa bêtise
Après une heure de travail, Jen quitta son fauteuil et se dirigea vers la cuisine.
Le bruit qu’elle produisait fit réagir Nick : Tu te fais à manger ?
Jen, à l’autre bout de la pièce : Au cas où tu l’aurais oublié, certains d’entre nous n’ont pas eu le temps de se sustenter depuis midi. Tu excuseras donc la petite pause ...à moins que tu ne préfères te laisser déconcentrer par les cris ravageurs de mon estomac !
Elle se redressa et ferma la porte du frigo avec une assiette dans les mains quand elle vit Nick dans le chambranle.
Nick, avec un sourire charmeur: C’est gentil de me le proposer. Je n’osais pas te le demander.
Jen soupira. Elle lui désigna alors le placard où se trouvaient les assiettes et les verres. Il s’affaira à mettre la table pendant qu’elle s’occupait de préparer le repas.
Nick, fourrant sa fourchette dans la bouche : Humm délicieux. J’ai rarement mangé meilleure omelette.
Jen : Tais-toi donc et mange au lieu d’user de sarcasmes pour rien !
Nick sourit et se contenta de finir son assiette.
Nick, s’essuyant les lèvres de sa serviette : Qu’est-ce qu’il y a après ?
Jen : Excuse-moi d’être aussi brutale mais… tu arrives à séduire avec des bouées pareilles ?
Nick se regardant la taille : Quoi ? Quelles bouées ?
Jen se leva et acheva : Ce sera tout pour toi ! Je ne voudrais pas contribuer à ta perte. Que deviendrais-tu sans tes conquêtes… ?
Nick, vexé : Très drôle Jen !
Cette fois, ce fut à Jen de rire. Elle débarrassa la table et conclut : Allez Carlos ! Au boulot ! On a encore du pain sur la planche.
Jen avait pris l’avantage. Ils se remirent au travail et, ensemble, commencèrent à élaborer une éventuelle plaidoirie.
Le lendemain, Nick entra à pas de loup dans la chambre de Jen. La poignée encore dans la main, il lança doucement : Hey.
Ne percevant aucune réaction de la part de la jeune fille, il répéta.
Jen ne bougea pas d’un poil. Il entreprit alors de s’approcher, et de lui découvrir la tête : Allez Blanche Neige, on se réveille. On a encore des merveilles à faire aujourd’hui !
Mais, surpris, la seule chose qu’il aperçut fut les pieds de Jen. Il remarqua que son lit était sans dessus dessous et Jen avait terminé la tête aux pieds.
Il souleva alors l’autre bout de la couette pour lui faire sortir la tête de sous les couvertures.
Jen, la voix rauque : Méchant nain !
Devant une telle réaction, Nick changea de tactique. Il s’empara à nouveau d’un bout de la couette et s’éloigna du lit en la tirant. Jen tenta tant bien que mal de la retenir mais elle lui échappa. Saisie par le froid de la pièce à une heure si matinale, elle se roula en boule au milieu du lit.
Nick, comprenant qu’elle ne ferait rien sans un « petit coup de main », la força à se redresser. Il l’assit sur le bord su lit, lui fit enfiler ses pantoufles et la fit basculer sur son épaule pour la porter comme un sac à patates.
Jen, grogna, la voix encore éraillée par le sommeil : Nicholas, lâche-moi tout de suite !
Nick continua son chemin sans faire cas des remarques de la jeune fille et la traîna jusqu’à la salle de bain. Là, il la mit dans la douche et empoigna le pommeau.
Nick : Tu as le choix, soit tu te douches à l’eau chaude, soit c’est moi qui le fais et c’est à l’eau froide... Dans les deux cas, tu as dix minutes pour te préparer !
Jen, le regard noir bien que ses yeux soient encore peu ouverts, en silence, tendit simplement la main pour récupérer l’objet.
Il quitta alors la pièce et retrouva Jen quelques minutes après dans la cuisine, habillée.
Nick lui servit un grand bol de café noir et, toujours en silence, elle se contenta de l’avaler d’une traite.
Nick, que la situation amusait : Très confortable ton canapé.
Jen, sans lui porter grande importance : Tant mieux. Mais ne compte pas y redormir !
Leur semblant de conversation fut rapidement arrêté quand le biper de Nick sonna. Il le détacha de sa ceinture et le visionna en appuyant sur le bouton.
Nick : Oh ! Fiona.
Jen, sarcastique : Ta dévouée secrétaire !
Nick, sans la regarder : Qu’est-ce que tu lui reproches au juste ?
Jen, portant son bol à ses lèvres, lourde de sens : Oh rien. On trouve rarement plus impliquée dans son travail. Cette fille est une perle. Mais tu dois déjà savoir tout ça et bien le lui rendre…
Nick, les yeux comme des soucoupes : Mais t’es jalouse ma parole !
Jen faillit s’étrangler avec son café : Pardon ?
Nick rit en secouant la tête.
Et Jen de contester : Parce que j’ouvre la bouche je suis tout de suite cataloguée ? Arrête donc de te faire des idées et prends tes affaires. On va être en retard !
Elle attrapa sa valisette au passage et prit la porte, Nick sur ses talons, toujours aussi amusé.
Nick, dans les escaliers qui les menaient au parking : Tu me demandes pas ce qu’elle voulait ?
Jen, levant une main pour l’arrêter : Oh grand Dieu non. Je ne veux rien savoir.
Nick, innocemment : Pas même que Travers a été interpellé et qu’il a avoué ?
Jen s’arrêta dans les escaliers et se figea.
Nick éclata de rire : Je savais que ça te plairait !
Jen soupira et leva les yeux au ciel, énervée de s’être laissée prendre au piège.
Puis ils finirent par emprunter chacun leur voiture.
Après être passé au cabinet, ils se rendirent au bureau du procureur Il s’agissait maintenant de jouer finement.
Nick avait dans la tête que ce dernier ne laisserait pas sortir Pacey Witter de prison sans avoir fait comprendre à tous les détenus de la région que l’évasion (ou même la tentative) était punissable par la loi. Il allait donc falloir user de persuasion et d’arguments imparables pour contrer sa décision et ainsi éviter le procès.
Ils pénétrèrent dans l’office du procureur et s’assirent en face d’elle.
Nick, pénétrant dans le bureau : Mes hommages Madame.
Le procureur, amusée : Maître Cage ! Qu’allez vous encore me demander ?
Nick sourit : Une toute petit chose Madame. Rien de plus.
La femme s’installa confortablement au fond de son fauteuil en cuir et écouta.
Nick : Vous n’êtes pas sans savoir que Jerry Travers a avoué son crime sur la personne de Rubben Witter. Et que par conséquent, mon client n’est plus coupable.
Le Procureur : En effet, je suis au courant. Et je sais déjà ce que vous allez me demander mais c’est impossible.
Nick : Nous savons qu’il est de votre devoir de faire respecter la loi et de faire valoir des exemples afin que le message passe. Cependant, Pacey Witter n’est pas responsable.
Le procureur : Vous comprenez bien Maître Cage qu’en le relâchant malgré son évasion, ce serait donner un mauvais exemple de la justice.
Nick : Mais n’est-ce pas aussi en donner une mauvaise image que d’emprisonner un innocent?
Le procureur, insistant sur le mot : Il s’est évadé, Maître Cage.
Nick : J’en suis conscient Madame le procureur. Et c’est un délit. Mais comment aurait-il pu prouver son innocence dans le cas contraire.
La conversation commençait à tourner en rond. Chacun invoquant un motif pour contrecarrer l’autre.
Jen, qui s’était tue jusqu’alors, devança Nick et prit la parole: Excusez ma franchise Madame le procureur mais pensez-vous qu’il se serait évadé de la maison d’arrêt si l’enquête avait été bien conduite dès le départ ?
La représentante de la loi fut surprise par l’intervention de la jeune femme. Tandis que Nick s’arrêta brutalement de respirer. Comment allait-il pouvoir rattraper le coup après ça ? Jen se garda bien de le regarder, se doutant qu’il ne manquerait pas de lui faire passer l’envie de recommencer. Elle soutint alors le regard de la femme qui fronça les sourcils.
Intérieurement, Jen commença à regretter son impulsion. Ca sentait la réprimande…
Le procureur : Il semblerait que Melle Lindley ait mis le doigt sur la faille Maître Cage.
Nick, surpris, ouvrit de larges yeux.
Le procureur : Il est vrai que si la police avait correctement fait son travail rien de tout ça ne se serait passé. Que pensez-vous d’un arrangement ?
Jen tourna la tête vers son collègue, le sourire jusqu’aux oreilles.
Nick abdiqua : Bien, d’accord.
Quelques heures plus tard, dans l’après-midi, Pacey était enfin libre. Ses deux avocats l’attendaient du côté administratif de la maison d’arrêt. Il n’en croyait pas ses oreilles. Il s’était fait à l’idée de passer encore un bon bout de temps en prison et de voir sa sortie définitive repoussée de quelques mois. Mais lorsque un des gardiens étaient venus le chercher en lui annonçant qu’il était libre, il avait failli tomber à la renverse. Ce revirement de situation allait entraîner de grand changement dans sa vie. Il allait devoir tenter de rassurer ses voisins sur la véracité des faits, se remettre au travail, reprendre sa boite en main, et ce malgré les dommages qu’elle avait dû subir dans le domaine relationnel. Une réputation, bien que lente à construire, était facilement démontable. Et il s’attendait déjà à en pâtir.
Nick, avec le sourire : Cette fois, c’est définitivement fini.
Pacey, lui serrant la main : Non pour moi ça recommence.
Nick : On a réussi à vous éviter la prison pour l’évasion et la prise d’otage. Mais en contrepartie, on a dû en arriver à un petit arrangement.
Pacey, avec un rictus : Dites. Je ne suis plus à ça près…
Jen, étant à l’origine de cette alternative, eut très envie de prendre la parole. Nick n’était pas le seul à avoir eu du poids dans cette affaire.
Jen : Nous l’avons convaincue que devant un jury vous auriez été acquitté avec en prime une jolie petite somme de dédommagement. On a donc négocié et revu cette somme au rabais. On s’est dit que pour vous le principal était de sortir.
Pacey fendit son visage d’un sourire ravi. Il se rendait enfin compte qu’on ne lui reprochait plus rien. Prit d’un élan soudain, il prit Jen dans ses bras : Merci beaucoup. C’est parfait.
Bzzbzz (04.04.2005 à 13:57)
Lorsque Pacey s’écarta enfin, il porta sa main à son front et fixa le sol en soupirant. Il n’en revenait pas que ce cauchemar se termine enfin.
Nick : On vous raccompagne chez vous.
Pacey réfléchit : Non…non je vous remercie. Je vais rentrer à pied. Je vais prendre l’air.
Il récupéra ses affaires personnelles dans la boîte en carton qui se trouvait sur la table : son trousseau de clé, son portefeuille, sa ceinture et ses lacets et quitta les lieux.
Jen le regarda s’éloigner en souriant. C‘était la première affaire de grande envergure qu’elle suivait et elle en était l’instigatrice. Un sentiment de fierté souffla en elle. Elle soupira et eut soudain l’impression de revivre. Sans qu’elle ne s’en soit véritablement rendue compte, le sort de cet homme l’avait tracassé à tel point qu’elle n’avait plu eu l’impression de vivre. Elle vivait cette réussite comme un résurrection. Elle savait maintenant que c’était bel et bien ce qu’elle voulait faire de sa vie.
Jen : Alors Maître Cage ! Qu’est-ce qu’on dit à l’apprentie ??
Nick, ravalant son sourire : En voiture !
Jen : Je ne pensais pas à ça mais c’est pas mal non plus.
Elle grimpa dans le véhicule et appela aussitôt sa meilleure amie pour lui apprendre la bonne nouvelle.
Pacey, de son côté, profita de ses premières minutes de liberté pour les savourer seul. Voilà déjà plusieurs mois qu’il n’avait plus ressenti cette impression d’autonomie, d’indépendance. Bien qu’il vive assez loin de la prison dans laquelle il venait une fois de plus de séjourner, il décida de commencer le chemin à pied. Les mains dans les poches, il emprunta le trottoir et laissa ses pas l’éloigner lentement de ce lieu « maudit ».
Le soir-même, après avoir définitivement clos le dossier avec Nick au bureau, il la raccompagna chez elle. Il arrêta la voiture en bas de l’immeuble et coupa le moteur.
Nick : Tu as fait un travail remarquable, dit-il avant qu’elle n’ouvre la porte du véhicule pour sortir.
Cet élan de sympathie scia Jen sur place. Elle s’était faite à l’idée de ne jamais recevoir de compliment de sa part, et ça lui convenait plutôt bien. Mais voilà qu’il se mettait maintenant à être gentil…
Elle tourna lentement la tête vers lui, prête à l’entendre rire aux éclats. Mais rien. Plus sérieux que jamais.
Jen, levant un sourcil : Tu vas mourir ?
Nick rit enfin, ce qui soulagea la jeune femme.
Jen grimaça : Tu sais que tu m’as fait peur l’espace d’un instant. J’ai vraiment cru que t’étais devenu agréable.
Nick, jouant le même jeu qu’elle, grimaça aussi : Quelle horreur !
Jen rit et ouvrit finalement la portière.
Alors qu’elle la faisait claquer derrière elle, Nick lui lança : Quoi que tu en penses Jen, tu m’as impressionnée cette semaine.
Jen, à l’extérieur, se pencha à la vitre : Je t’ai surtout cloué le bec oui !
Nick lui sourit, reconnaissant alors qu’elle avait raison. Puis il reprit vite son attitude normale. Et avec un large sourire entendu, il ajouta pour la titiller: Tu veux que je monte ?
Jen éclata de rire en secouant la tête : Rentre chez toi Nick. Et dors dans ton lit pour une fois !
Elle tapa deux petits coups sur la carrosserie puis s’éloigna en direction de la porte d’entrée de la résidence. Ereintée, elle grimpa les escaliers en comptant les marches qui la séparait de son paisible appartement.
Et alors qu’elle tournait la clé dans la serrure, elle sentit une main se poser sur son épaule et le pouce courir doucement dans sa nuque. Jen s’arrêta dans son mouvement et lâcha la clé. Elle ferma les yeux et se mordit la lèvre inférieure. Elle savait que c’était lui et reculait le plus possible le moment où elle devrait se retourner. Jusqu’au moment où elle se décida enfin à lui faire face pour se jeter à ses lèvres.
Or, soudain, le disque se raya et Jen se réveilla. Elle secoua la tête et prit conscience qu’il ne s’agissait que d’une illusion. Juste une illusion. Elle était encore face à la porte.
Après avoir repris ses esprits (et avoir fixé la porte durant de longues minutes), elle se retourna alors très brièvement pour vérifier qu’elle était bien seule et qu’elle n’avait vraiment été victime que d’une perverse hallucination. Alors, très gênée d’avoir eu une telle pensée, tel le loup de Tex Avery, sur la pointe des pieds, elle se glissa à l’intérieur de son appartement. Rouge de honte.
Le lendemain matin, Jen arriva au boulot avec une idée bien précise en tête et la ferme intention de la mettre en application. Elle posa son attaché-case sur ce qui lui servait de bureau et passa devant le poste de Fiona.
Bien que poursuivie par la secrétaire qui voulait l’interpeller avant qu’elle ne pénètre sans son autorisation dans l’antre de son supérieur, elle frappa deux coups secs avant d’ouvrir la porte et de s’arrêter net lorsqu’elle fut enfin dans le chambranle.
Surprise par l’arrêt brutal de la stagiaire, Fiona lui rentra dedans, faisant ainsi faire à Jen plusieurs pas en avant. Cette dernière se retourna aussitôt et la dévisagea en haussant les sourcils afin de lui faire comprendre qu’elle en avait suffisamment fait et qu’elle pouvait se retirer.
Lorsque la porte fut enfin refermée, Jen fit à nouveau face au bureau. Nick souriait de ce qu’il avait eu le privilège de voir quelques secondes plutôt, et la Jen gênée qu’il avait devant lui, le conforta dans son sentiment de puissance. Il posa son stylo plume sur le bureau et croisa les mains en attendant que Jen lui explique ce qui lui valait cette visite matinale.
Jen, très mal à l’aise, avait beaucoup de peine à lever les yeux de la moquette pour regarder Nick. Ce qu’elle s’apprêtait à dire n’allait certainement pas être facile à faire sortir. Surtout devant cet homme de Cro-Magnon tout droit sorti du plus macho des films italiens.
Voyant que la discussion avait du mal à venir, Nick commença : Tu voulais me dire quelque chose ?
Jen fit trois pas en avant et resta debout: Voilà… Je vais devoir m’en aller. Je ne peux plus poursuivre mon stage dans le cabinet. Je dois…Je dois partir.
Nick se tassa d’un coup dans son fauteuil, soufflé : Oh.
Jen le regarda du coin de l’œil, désolée. Un silence s’installa, durant lequel Nick réfléchit et essaya de comprendre.
Nick : T’as rêvé de moi ?
Jen manqua de se tordre une cheville tant l’annonce fut directe. Elle tenta de retrouver son équilibre puis, les yeux écarquillés comme jamais, elle demanda : Quoi ?
Nick qui ne comprenait pas ce que sa question avait de choquante, répéta : Je peux savoir pourquoi ?
Jen rit nerveusement et ferma les yeux. Encore une fois, son imagination venait de lui jouer un tour. Comme pour reprendre contenance, elle se tapota le haut du crâne à la recherche de la réponse parfaite.
Nick se leva de son fauteuil et lui demanda inquiet : Ca va pas Jen ?
Il fit le tour du bureau et s’y appuya contre.
Jen rouvrit les yeux et sourit d’elle-même : Si si parfaitement. C’est juste que je vois et que j’entends des choses qui n’existent pas.
Nick, embêté, reprit : Est-ce que tu étais sérieuse ?
Jen se concentra et, doucement, se contenta de répondre par l’affirmative : Oui.
Nick baissa la tête et se gratta le crâne en grimaçant : C’est dommage. J’allais te proposer quelque chose.
Jen tiqua. Elle se sentit soudain encore plus idiote d’avoir pris cette stupide décision et d’avoir foncé sans même peser le pour et le contre.
Nick : Mes supérieurs ont eu vent de ton travail et de ton implication et souhaitaient te proposer un contrat dès lors que tu aurais obtenu ton diplôme, à la fin de l’année.
Jen, soufflée à son tour : Oh.
Elle se morigéna intérieurement « Quelle idiote ! Quelle idiote ! Quelle idiote ! »
Elle tenta alors de se rattraper et balaya d’un seul geste ses paroles passées : Ne tiens pas compte de ce que j’ai dit. J’étais sous le coup d’une folie passagère.
Nick : C’est ennuyeux ça, dans le Droit.
Jen : Il en faut pourtant pour accepter de bosser avec toi !
Nick portant sèchement sa main au cœur : Ouch !
Jen sourit. Elle se doutait que tout ce que ses « supérieurs » avaient pu ouï-dire venait nécessairement de lui. Ce n’était pas ce que les autres avocats avaient pu voir de son travail qui aurait pu les influencer dans cette voix.
Jen : Tu m’as voulu, il va falloir assumer maintenant.
Nick contourna à nouveau son bureau pour retrouver sa place : Je crois que je pourrai m’y faire. Vas donc défaire tes cartons et remettre tes affaires dans tes tiroirs… Tu as encore du boulot !
Jen, sarcastique, en sortant : En effet, la photocopieuse m’attend.
Elle passa donc la journée entre son réduit et celui de la photocopieuse. Appelée par un nouveau prénom à chaque contact avec les avocats. Tout juste visible dans chaque pièce qu’elle visitait.
A la fin de la journée, devant l’ascenseur, à attendre qu’il daigne arriver, elle réalisa qu’elle avait repris le train-train habituel de son stage et que tout ce qu’elle avait fait durant cette semaine ne lui avait apporté aucun crédit de plus auprès de ses collègues. Si tant est qu’elle puisse appeler ainsi des gens qui ne la voyaient même pas.
Nick : Avant que tu n’acceptes de travailler ici, il faut que tu te poses une question essentielle, la surprit-il alors qu’elle était encore perdue dans ses pensées analytiques.
Jen se tourna vers lui et le vit en train de fixer les portes en ferraille de l’ascenseur : Laquelle ?
Nick : Est-ce que tu te sens capable de travailler avec moi ?
Jen, intriguée : Il me semblait qu’on en avait déjà parlé. Est-ce que j’aurais aussi imaginé cette conversation ?
Il sourit et, sans la regarder, ajouta : Non, mais je ne t’avais pas donné tous les éléments nécessaires à une réflexion posée.
Jen : Alors reformule donc ta phrase en y ajoutant ces fameux éléments…
DING ! Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent. Ils laissèrent sortir les personnes qui l’occupaient puis s’y engouffrèrent. Tous deux regardèrent les portes se fermer et les fixèrent du regard après que Nick ait appuyé sur le bouton du parking souterrain.
Nick, regardant droit devant lui : Est-ce que tu te sens capable de travailler avec un avocat à qui tu plais…beaucoup ?
L’association des deux phrases fit rapidement son petit bonhomme de chemin dans la tête de la jeune fille. « Travailler avec moi, un avocat à qui tu plais beaucoup… ». Il lui sembla qu’une alarme se mit à hurler dans sa tête.
Prenant enfin conscience du sens « profond » de la phrase, elle ouvrit une fois encore des yeux énormes, et tout en continuant de fixer les portes, elle lâcha surprise : Oh.
Nick : Ca commence à faire beaucoup aujourd’hui.
Jen, qui se ressaisit, tourna la tête la première : Beaucoup de quoi ?
Nick, arquant les sourcils : Beaucoup de « Oh » !
Jen, qui comprit enfin : Oh.
Puis remarquant sa faute, elle grimaça pour s’excuser.
Nick riant, sortit en premier de l’habitable et prit la direction de sa voiture.
Il lui lança en s’éloignant : Médites-y bien. Ca mérite réflexion !
Jen resta scotchée quelques secondes. Ce n’est que lorsque les portes automatiques commencèrent à se refermer qu’elle réagit. D’un coup vif, elle les empêcha de se rejoindre pour pouvoir sortir.
Elle fit quelques pas en direction de sa voiture et se ravisa afin de prendre la direction de celle de Nick.
Elle toqua contre la vitre du conducteur. Constatant sa présence à ses côté, il baissa la vitre et demanda avec ce sourire narquois qui ne le quittait jamais : Tu veux me dire quelque chose ?
Jen se sentait pourtant en situation de supériorité : Il me semble qu’il me reste encore deux mois avant que mon apprentissage ne se termine. Que dirais-tu de me laisser ce laps de temps pour en décider ? Je pourrai alors prendre ma décision en connaissance de cause.
Nick : Je voulais simplement te tenir au courant Jen.
Jen, pas dupe : Oui bien sûr. C’était une information capitale. Que tu n’aurais pas pu garder pour toi. Je salue ta franchise, Nick ! Je ne te savais d’ailleurs pas si prévenant et…sentimental !
Nick, cherchant à faire avancer les choses : Et si au lieu de passer ces deux mois à tester notre collaboration en tant qu’amis inévitablement attirés l’un par l’autre, on les passait en testant notre capacité à se voir jours et nuits ?
Jen, ahurie : Jours et nuits ??
Nick : 24h sur 24 si tu préfères. Au travail…et en dehors.
Jen, haussant les sourcils : On dirait bien que ça ressemble à une invitation…voire à une déclaration.
Nick : Ca fait vingt minutes que je ne fais que ça !
Jen : C’est vrai et c’est même plutôt drôle.
Elle le regarda en se moquant. Les secondes passant, Nick coupa court au silence et reprit son leitmotiv : Je te raccompagne ?
Jen, du tac au tac : J’ai ma voiture.
Nick, un sourire satisfait aux lèvres : Alors je serai obligé de te raccompagner demain matin.
Jen s’esclaffa puis dit en lui souriant avant de s’éloigner: Bonsoir Nick !
Il ne fut pas surpris par l’attitude de Jen. Il n’en attendait d’ailleurs pas moins d’elle.
Jen, hallucinée par la tournure qu’avaient pris les choses en une seule journée, se glissa derrière son volant et mit le moteur en route quand la porte s’ouvrit coté passager. Elle vit alors Nick s’installer sur le fauteuil d’à coté et refermer la porte : Dans ce cas, c’est toi qui me raccompagnera demain matin !
Jen resta abasourdie quelques secondes avant de reprendre possession de ses esprits et de quitter le parking en rigolant de l’attitude fantasque du jeune homme.
En quelques minutes, elle se trouva en bas de chez lui. Ils ne s’étaient pas décrochés un mot, mais le sourire de Jen n’avait pas quitté son visage, toujours aussi amusée.
Apercevant Henry à la porte du bâtiment, elle lui fit un petit signe de la main en hochant faiblement la tête. Le vieil homme lui rendit son geste aussitôt, en affichant un franc sourire.
Elle se concentra enfin sur l’homme qui était avec elle et, toujours souriante, lui dit simplement mais gentiment : Bonne nuit.
Poli, Nick fit de même en ouvrant la portière. Mais soudainement pris de remords, après s’être stoppé une fraction de seconde face à la porte, il fit marche arrière et s’empara des lèvres de Jen, la main gauche posée sur la joue de la jeune femme.
Une fois fait, il se ressaisit de sa mallette et lui tourna le dos pour définitivement quitter le véhicule en lui souhaitant encore une bonne nuit. Mais c’était sans compter qu’elle le retienne. Le bras de Nick dans sa main droite, elle l’empêcha de s’en aller. Etonné par son geste, il tourna la tête et regarda son bras aux prises des serres de Jen en rigolant. Bien qu’il ne le montrât pas, il était tout à fait décontenancé.
Jen : Tu es sérieux ?
Nick, hilare : J’en ai pas l’air ?
Jen, plissant le nez : Pas vraiment non !
Nick, se moquant ouvertement de Jen : « Oh. »
Jen détourna le regard : Je l’ai mérité celui là.
Ne tenant pas à attendre une réponse ou un quelconque geste indéfiniment, il préféra mettre fin à la situation et s’éclipser tout de suite.
Nick : A demain Jen.
Sans réfléchir, et avant qu’il ne fasse claquer la portière derrière lui, Jen s’entendit lancer, l’air semi innocent : Je te raccompagne ?
Nick fut frappée de plein fouet. Il se retourna lentement et observa le visage de Jen. Le sourire qu’elle avait en coin ne laissait aucun doute sur le sens de sa phrase. Il remonta alors en selle : Je manque à tous mes devoirs ! Tu veux peut-être monter boire un « dernier verre » ?
Jen sortit de la voiture et la ferma à clé. Il la suivit du regard jusqu’à ce qu’elle vienne se placer à côté de lui.
Jen : Je commencerais bien par une omelette.
Et sans lui laisser le temps de rétorquer quoi que ce soit, elle l’embrassa à son tour, sous l’œil amusé du portier.
Jen, malicieuse : J’ai très faim !
Nick, prenant l’air très inquiété par l’état de Jen : On va vite monter alors.
Nick, sans vraiment regarder son portier : Bonsoir Henry.
Jen, elle par contre, tirée par la main par un Nick qui ne comptait pas s’attarder, passa devant lui avec un sourire radieux : Belle soirée, n’est-ce pas ?
Henry, souriant aux anges, souleva alors son chapeau pour la saluer avant de les voir disparaître dans le couloir.
Comme quelques jours auparavant, l’ascenseur desservit directement le hall d’entrée de l’appartement du jeune avocat.
Jen, époustouflée à nouveau : C’est toujours aussi impressionnant.
Nick, qui en avait un peu assez qu’elle se sente inférieure à lui sous prétexte qu’elle le prenait pour un bourgeois, se débrailla. Il lança sa veste de costume sur le sofa, desserra son nœud de cravate et sortit sa chemise de son pantalon : C’est mieux comme ça ?
Jen pencha un peu la tête sur le coté. Il comprit qu’il manquait encore quelque chose. Il réfléchit une seconde et comprit. A l’aide de sa main, il s’ébouriffa les cheveux.
Jen, ravie : Tu as l’air moins prétentieux tout d’un coup.
Nick : Alors c’est ça ? Je suis prétentieux !
Jen, son index sur son torse, feignant l’étonnement : Moi j’ai dit ça ?
Puis elle changea aussitôt de sujet : Tu n’en as pas marre de ces chaussures italiennes et de ces costumes hors de prix.
Nick : Très ! Surtout là, tout de suite.
Jen comprit l’allusion et secoua la tête.
Jen : Tu es le seul du cabinet à ne jamais porter de tenue décontractée les vendredis.
Nick : Parce que ma tenue t’importe tellement ? Si je comprends bien, je peux en déduire que tu m’observes au moins tous les vendredis depuis des mois !
Jen : Tout de suite les grands mots ! Dois-je te rappeler qu’il y a de ça dix minutes tu faisais moins le malin dans la voiture ?
Nick se para de son légendaire sourire et se rapprocha : Est-ce que tu m’aurais vu gêné à un quelconque moment ?
Jen : Tu ne te l’avoueras jamais !
Nick : Il faudrait en être convaincu pour se l’avouer.
Jen, levant les yeux au ciel : Evidemment ce n’est pas ton cas !
Elle avança dans le salon et s’assit sur le canapé.
Nick s’éclipsa et la laissa seule quelques minutes. Un magazine entre les mains, elle ne se formalisa pas de son absence.
Lorsqu’il réapparut, ce fut muni de deux assiettes et de couverts.
Jen : Qu’est-ce que c’est ?
Nick, égal à lui-même : Le repas le plus rapide que je connaisse !
Jen : Tu es si pressée que je parte ?
Nick : Grand Dieu non, mais j’ai hâte qu’on reprenne notre ping-pong verbal ! Il m’a porté chance jusqu’à présent. J’ose espérer que ce sera encore le cas ce soir !
Les sous-entendus de Nick amusaient énormément Jen. Cette franchise vaguement dissimulée avait le don de la faire rire.
Après avoir dîné sur le pouce, Jen se leva et emprunta le couloir.
Nick, surprit : Où tu vas ?
Jen, haussa les épaules en essayant de contenir son rire: Ben, dans la chambre. C’est pas ce qui était prévu ?
Nick, qui voyait que Jen se moquait de lui : Et le dernier verre ?
Bzzbzz (04.04.2005 à 14:35)
Jen se tapa le front avec sa main pour marquer son étourderie : Ah oui ! Le dernier verre c’est vrai ! Mais cul sec alors. Je ne voudrais pas rentrer tard ce soir. Je suis fatiguée.
Nick rit à gorge déployée et abdiqua : T’as gagné, Je vais te faire un café. Ca sera plus raisonnable.
Jen s’installa au bar et attendit qu’il prépare le breuvage : Tu sais que quand tu es gentil tu as une ride qui se forme sur le front ?
Nick, tournant la tête pour lui faire face : Est-ce que c’est ta façon de dire que tu me préfères « prétentieux » ?
Jen, l’air de rien : C’est un constat c’est tout !
Nick : Je vois !
Il s’installa en face d’elle : Comment je fais pour aller au travail demain si tu pars ?
Jen, taquine : Il ne fallait pas laisser ta voiture là bas.
Nick, rapprochant un peu son visage, à voix basse : Tu ne me ferais pas ça…
Jen, sur le même ton, le menton posé dans la paume de sa main : C’est plutôt tentant.
Nick : J’ai très envie de t’embrasser.
Jen : Tu n’as pas fait tant de cérémonie tout à l’heure.
Nick, continuant de s’approcher petit à petit : Alors tu ne m’en voudras pas si je recommence.
Jen : Je m’en remettrai.
Leurs lèvres se rejoignirent de manière plus tendre que les fois précédentes. Jen découvrait une nouvelle facette de cet homme et fut agréablement surprise.
Quand elle s’écarta un peu, elle fronça les sourcils, étonnée.
Nick en souriant : De cette manière tu ne vois pas cette ride sur mon front !
Il descendit de son tabouret et lança en faisant le tour du bar : Je sens d’ailleurs qu’elle veut réapparaître. Tu devrais peut-être t’en aller tout de suite. Je ne voudrais pas t’imposer sa présence…
Jen : Oh charmant ! Tu me mets dehors !
Nick : Pas le moins du monde (il s’empara de la veste et de la mallette de Jen) mais je connais ton aversion pour les élans de sentimentalisme.
Devant l’air décidé du jeune homme, Jen se résigna et descendit du tabouret, elle aussi.
Nick lui tendit ses affaires. Elle hésita un moment, espérant au fond qu’il lancerait une petite pique. Mais se faisant attendre, elle attrapa ce qu’il lui tendait et les laissa tomber parterre avant de se jeter à son cou.
Nick, ravi et essoufflé : Tu n’as pas vu la chambre je crois.
Jen, dans le même cas : Si !
Nick insista : Non !
Jen, comprenant alors ce qu’il voulait dire, radieuse : Non !
Tout en continuant à s’embrasser, dans un équilibre plus que précaire, après moult accrochages, atteignirent enfin la chambre.
Les jours défilèrent et les semaines passèrent. Joey n’avait eu aucune nouvelle de Pacey et se replongeait à corps perdu dans la vie qu’elle avait jusqu’à présent menée, assistant au cours toute la journée et passant ses soirées avec une Audrey plus excitée que d’ordinaire depuis qu’elle était réapparue saine et sauve.
Bessie, qui avait eu vent de son cas, était venue passer une journée en compagnie de sa petite sœur afin de se rassurer. Et dès lors qu’elle fut repartie, Joey abattit une somme considérable de travail. Sans doute pour essayer d’oublier ce qu’il s’était passé durant cette semaine hors du commun. Jen prenait de ses nouvelles tous les jours ou presque et s’excusait de ne pas pouvoir passer autant qu’elle l’aurait voulu. Joey ne lui en tenait pas rigueur. Bien au contraire ! Cacher certains faits à sa meilleure amie n’était pas tâche facile. Surtout lorsque cette amie n’était autre que Jen ! Comment lui expliquer qu’ils n’avaient pas été que victime et agresseur durant cette séquestration forcée ? Elle se devait donc de faire preuve de soulagement lorsque Jen l’interrogeait sur son état. Quant à avec Audrey, elle n’avait besoin de faire aucun effort. Cette dernière prenait tout naturellement le soin de passer à autre chose en évitant d’évoquer cette semaine de « terreur ».
Joey avait vécu sa première semaine comme un retour à la normalité. Comme une réadaptation à un climat qui lui était bizarrement devenu étranger. En si peu de temps pourtant… Elle ne l’avait donc pas tellement vue passer, s’efforçant de retrouver ses repères et de rattraper son retard. Durant la deuxième semaine, le temps avait commencé à se faire un peu long. Elle avait espéré secrètement que Pacey la tiendrait au courant de son « retour à la vie ». Ne voyant rien venir, elle s’était imposé une règle d’or le concernant : le chasser de sa mémoire en même temps que tout ce qui se rapportait à lui.
La semaine se terminait doucement, et elle se félicitait d’avoir repris toutes ses habitudes, lorsqu’on frappa à la porte. Elle recevait pas mal de visites depuis que son histoire avait fait le tour du campus. Des gens qu’elle ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam, généralement des hommes. Elle prenait un malin plaisir à leur raconter une nouvelle version de son histoire à chaque fois, transformant la vérité.
Ce soir-là, la plaisanterie devenant moins drôle, elle avait décidé de couper court au petit jeu.
Elle ouvrit la porte et commença à prendre un air fatigué, mais elle s’arrêta avant de prononcer le moindre mot. Pacey se trouvait devant elle.
Pacey ne savait pas s’il devait être franc ou réservé : Salut.
Joey, qui ne s’y attendait pas, fronça les sourcils : Salut.
Elle enchaîna, feignant l’amnésie, cherchant aux confins de son cerveau : C’est marrant, votre visage ne m’est pas inconnu…
Pacey plaisanta : Oh, ça doit être à cause des vêtements. Ceux-là son propre.
Joey sourit et lui redit, plus sincèrement cette fois, son « Salut ».
Pacey sortit alors un bouquet de derrière son dos et dit : « Le restaurant, les fleurs et tout et tout… »
Joey parut surprise en attrapant les fleurs. Il l’avait alors prise au sérieux.
Pacey : Tu veux bien venir dîner avec moi ?
Joey : Tu es sûr de ne pas vouloir attendre une quinzaine de jours de plus ?
Voilà justement pourquoi il était là. Il tenait à s’excuser. Et qu’elle mette ça sur le tapis tombait à pic.
Pacey, l’air sincèrement désolé : J’avais de l’ordre à remettre dans ma vie et une maison à remettre en état. Je n’avais pas réellement eu l’occasion de faire mon deuil. Et je n’avais pas encore vu sa tombe. Je devais réapprendre à vivre seul. Reprendre mes marques. Mais…
Joey, un peu inquiète : Mais ?
Pacey esquissant un sourire timide : Tu m’as manqué.
Joey, gênée, détourna le regard en rigolant : Tu m’as manqué aussi.
A ce moment-là, il savait qu’elle accepterait son invitation.
Pacey se ressaisissant: Tu attrapes ton manteau ?
Joey, après avoir placé le bouquet dans l’évier de la salle de bain, s’exécuta et ressortit immédiatement. Cote à cote, ils descendirent les escaliers du dortoir et sortirent de l’université.
Joey : Où est-ce qu’on va ?
Pacey : Un petit restaurant, tout près.
Joey se satisfit de sa réponse, et avant de traverser la large rue, Pacey la saisit par la main pour la faire traverser en courant. Arrivés de l’autre côté, amusée, Joey jeta un rapide coup d’œil à leurs mains jointes puis à Pacey qui ne semblait pas faire cas de cette impulsion. Constatant qu’il n’avait apparemment aucune envie de se séparer d’elle, elle se résigna et ne protesta pas.
Ils passèrent la soirée à bavarder, apprenant peu à peu à se connaître en faisant fi des préjugés dont ils avaient été victimes peu de temps avant. Ils discutèrent comme s’il s’agissait de leur premier rendez-vous et que la semaine durant laquelle ils s’étaient côtoyés n’avait été qu’une parenthèse intemporelle, une dimension parallèle, tombée dans l’oubli.
Lorsqu’il raccompagna Joey à son dortoir, il s’arrêta à l’extérieur, en bas des escaliers. Tous deux regardèrent la façade du bâtiment puis se refirent face.
Après un bref silence, Joey lui tendit sa main et lui déposa un chaste baiser sur les lèvres.
Joey, le sourire aux lèvres : Bonsoir…. Et fais toi moins rare.
Pacey resta quoi. Joey, jusque là, ne lui avait pas laisser croire une seconde qu’elle lui donnerait un baiser, aussi furtif soit-il. Elle avait paru contente de bavarder mais il n’avait jamais été question de quoi que ce soit entre eux depuis qu’ils s’étaient séparés. Ils n’avaient pas du tout abordé le sujet. Et paraissait même tabou. Tous deux avaient semblé éviter le sujet toute la soirée. Mais ce baiser, en y réfléchissant bien, n’avait rien de sentimental. C’était tout au plus un baiser amical…
Joey, le regardant dans les yeux, attendit quelques secondes qu’il sorte de ses pensées puis lui dit : Tu sais, je ne peux pas partir sans ma main.
Et Pacey de répondre, un peu dans la lune : Ah, et c’est moi qui suis en train de la tenir…
Elle se contenta de hausser les sourcils pour lui signifier que c’était bien là que résidait le problème.
Après un nouveau silence, l’expression du visage du jeune homme changea subitement. Il avait l’air beaucoup plus sérieux tout d’un coup : Tu connais cette chanson qui fait (il commença à fredonner) I Want love…
Joey termina avec lui : ”Just a different kind,
I want love, won't break me down
Won't brick me up, won't fence me in
I want a love that don't mean a thing
That's the love I want, I want love “
Elle s’arrêta et sourit tendrement : Je la connais.
Pacey, toujours aussi sérieux : J’étais venu pour te dire ça.
Joey ferma les yeux et sourit davantage. Voilà quinze jours qu’elle attendait ça. Quinze malheureux jours durant lesquels elle l’avait imaginé venant lui demander s’il avait un peu d’importance pour elle. Durant lesquels elle avait tout tenté pour l’oublier, lui et sa maudite assurance. Et ce soir il se tenait face à elle et lui avouait qu’il « voulait de l’amour ». Joey rouvrit les yeux en sentant la main gauche de Pacey lui caresser la joue.
Joey : Tu en as mis du temps.
Pacey souriant : Quinze jours.
Joey : Une éternité.
Ils se dévisagèrent une minute puis Joey décida de rompre le charme de l’instant : Je peux reprendre ma main maintenant ?
Pacey : Seulement si tu acceptes de me revoir demain.
Joey : Je n’ai pas tellement le choix alors.
Pacey, haussant les épaules : Si tu refuses, il me restera au moins un souvenir de toi.
Joey, tendrement : A demain.
Alors Pacey tint sa promesse et la laissa partir. Sentant sa main glissée de celle de Pacey, Joey lui tourna le dos pour emprunter l’escalier qui la conduirait à sa chambre. Mais avant de monter la moindre marche, elle lui refit doucement face et le trouva entrain de l’observer. Il devait attendre qu’elle s‘éloigne. Elle lui sourit et, mue par un désir que de vieux souvenirs avaient ravivé, elle l’embrassa en plaçant ses deux mains autour du visage du jeune homme.
Lorsqu’ils s’écartèrent l’un de l’autre, Pacey l’embrassa sur le front avant de ne lui dire : A demain.
Enchantée par la soirée qu’elle venait de passer, Joey disparut avec la hâte d’être au lendemain…puis au surlendemain…
FIN.
Bzzbzz (04.04.2005 à 14:52)
alors je passe en première pour te dire que j'ai adoré ton épisode!! l'idée est intéréssante même très!! et puis cet épisode change des autres!!
alors BRAVO!! c'est superbe!! je vois pas d'autre pour exprimer ce que je pense de ton épisode!
bisous
Polly (04.04.2005 à 15:37)
Déjà???? Quelle rapidité, c'est surprenant!
Je te remercie pour tes compliments. J'avoue m'être beaucoup amusée à l'écrire.
Bzzbzz
Bzzbzz (04.04.2005 à 16:14)
je n'ai pas fini de lire ta super histoire, dés que j'ai fini un commentaire s'impose mais pour le moment...je suis captivé par l'histoire.elle est super, ca change de style et c'est intéressant !
titite (04.04.2005 à 16:45)
s'ayez j'ai fini et c'est ...génial. rien a dire, ilest parfait cet épisode!!!
j'ai adoré les deux couples que tu as formé !!!
titite (04.04.2005 à 17:26)
moi j'ai commencé ce matin, en direct puisque tu n'avais pas encore mis la fin mais j'ai été interrompu, mais tout est sur word...je lirai ça ce soir, dans mon lit...et je viendrai directement te dire à quel point j'ai adoré car pour l'instant j'y ai pensé toute la journée !!! j'adooooooore la joey allergique qui n'a pas sa langue dans sa poche! on la retrouve tellement!!! bon, pacey est un peu violent au début (ben oui j'en suis qu'au début) mais on voit que joey, malgré son agacement, l'attendri un peu...bref je suis impatiente de voir la fin mais jusque là : j'adooooooooooooooooooooooooore !!!!!!!!
jenny (04.04.2005 à 19:32)