HypnoFanfics

Espoir et désillusion

Série : Dawson's Creek
Création : 08.09.2005 à 23h28
Auteur : TheSheed 
Statut : Terminée

Quelques années ont passé... On retrouve Pacey, devenu journaliste...

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La télévision brûlante de son appartement restait la seule alentour à envoyer sur les vitres du salon sa lumière bleutée, projetant un flot discontinu d'images. Debout face à la baie vitrée, il contemplait le regard hagard le spectacle troublant des vagues qui venaient s'abattre avec violence contre les récifs. Perdu dans ses pensées, il n'entendit pas la porte de la chambre grincer et sursauta quand la voix endormie de sa fiancée troubla le silence de la nuit.
- Pacey, il est 3h40, tu viens te coucher ? murmura t-elle en passant ses bras autour de la taille de son compagnon. Celui-ci, sans quitter des yeux l'océan desserra doucement son étreinte et lui promit de la rejoindre dans quelques minutes. Il soupira et secoua la tête comme pour chasser les souvenirs qui venaient l'assaillir à nouveau. Il se promit intérieurement de ne pas se laisser submerger par la nostalgie.
Il se réinstalla devant l'écran de son ordinateur. Le curseur clignotait sur une page blanche, comme pour le narguer et mettre en évidence une inspiration déficiente. Déjà une semaine qu'il "travaillait" à la rédaction de cet article sur la pollution maritime mais il ne parvenait pas à trouver cette maudite accroche. Il pesta et referma violemment son portable. Résigné et épuisé, il rejoignit Joey après avoir éteint l'écran animé de la télé. L'horloge indiquait 4h17.

TheSheed  (08.09.2005 à 23:31)
7h30. L'alarme stridente du réveil retentit. Pacey Witter maugréât et tâtonna dans l'obscurité pour interrompre la sonnerie matinale. Une migraine tenace martelait sa tempe droite et il enfouit son visage sous l'oreiller. Machinalement il avança son bras sur le lit mais la seule chose que sa main rencontra fut l'édredon. Visiblement cette céphalée chronique lui avait encore causé des hallucinations. Il sortit du lit et d'un pas vacillant gagna la salle de bain pour prendre de l'aspirine. Apres s'être rafraîchi et en dépit de la douleur lancinante, il alluma son ordinateur pour constater que tout n'avait pas été que divagations cette nuit : la première page de son article était toujours désespérément vierge. Il songea un instant à appeler son rédacteur en chef puis se ravisa, il n'était pas dans ses habitudes d'abandonner ainsi. Le sujet ne le passionnait guère mais il rendrait ce fichu article dans les temps. Il soupira à nouveau, aigri et amer en repensant à son ancien poste de rédacteur adjoint au Boston Chronicle qu'il avait été contraint de quitter pour le journal local de Capeside. S'efforçant d'appréhender la vie avec optimisme, il s'était réjoui à l'époque de revenir dans sa ville natale mais son ancien job lui manquait, Boston lui manquait. Mais depuis cet accident idiot survenu sept mois plus tôt, il n'avait eu d'autre choix…

TheSheed  (08.09.2005 à 23:40)
C'était un dimanche ensoleillé, annonciateur de l'arrivée du printemps. Pacey s'adonnait à son nouveau loisir, les balades en rollers bien qu'il n'en maîtrisait pas encore les fondamentaux. C'est ainsi qu'harnaché de diverses protections, il se promenait dans un parc qui bordait l'est de Boston longeant la Charles River. Intrigué par les manœuvres d'un petit voilier qui quittait la Marina, il porta son attention sur celui-ci et ne vit donc pas la déformation de la chaussée. Il chuta violemment et en dépit de ses protections, perdit connaissance quelques secondes. Il fut transporté aux urgences s'inquiétant d'une douleur au niveau du bras gauche, mais les examens ne révélèrent aucune fracture. Ainsi fut-il surpris quand le médecin lui fit part de son intention de l'hospitaliser. Celui-ci se racla la gorge, le ton de sa voix se fit plus grave.
- M. Witter, suite à votre perte de conscience nous avons réalisé plusieurs examens dont un scanner du crâne, pour y déceler un éventuel traumatisme résultant de votre chute. Si nous n'avons constaté aucune séquelle, une masse sombre sur votre radio nous a alerté. Après avoir étudié d'autres clichés…
- Docteur, s'il vous plait, dites moi ce que j'ai, s'enquit Pacey la voix tremblante.
- M. Witter, nous avons décelé une tumeur bénigne…



La fatalité, voilà une des nombreuses choses auxquelles il ne croyait plus… Sans cet accident, la découverte de la maladie aurait été plus tardive, de nombreuses choses auraient sans doute été différentes. Toujours est-il que depuis ce jour de mars 2005, tout était différent. Il avait perdu son job, la majorité de ses amis, il avait emménagé dans sa ville natale, subissait un traitement thérapeutique très lourd… Sa vie avait changé et surtout sa façon de l'appréhender. A l'instar de nombreuses personnes qui sentaient chaque jour l'ombre inquiétante de la grande faucheuse se rapprocher, il avait appris à apprécier les choses simples mais essentielles même s'il continuait paradoxalement à s'attacher à certaines choses devenues secondaires, comme rendre son article dans les délais impartis. Il refusait en effet toute forme de clémence due à sa maladie et la pitié et la condescendance l'horripilaient. Ce comportement était également une sorte d'auto persuasion, pour se convaincre qu'il était toujours capable d'accomplir les mêmes choses en dépit de sa maladie. Mais les séances de chimiothérapie qui l'affaiblissait chaque fois un peu plus lui faisaient prendre conscience de la réduction croissante de ses capacités…


L'aspirine commençait à faire effet et la migraine se dissipait peu à peu. Il s'installa sur la terrasse qui surplombait l'océan décidé à rédiger cet article. Sur la petite plage, un enfant jouait avec son chien, un labrador qui inlassablement ramenait le morceau de bois que lui lançait son jeune maître. A quelques mètres, sur le ponton, un vieil homme au visage très ridé, vêtu d'un chandail rouge et d'un ciré jaune attira le regard de Pacey. Il lui semblait tout droit échapper du roman d'Hemingway "Le vieil homme et la mer", il était à la fois caricatural par son image et authentique tant chacun de ses gestes étaient précis et minutieux. Pacey observa encore quelques instants le vieil homme vérifier les amarres de son petit chalutier avant de détourner les yeux pour se concentrer sur son article. Il travaillait depuis un temps qu'il n'aurait su définir, ayant recours à ses notes ainsi qu'aux informations du Net quand son biper retentit. Celui-ci lui rappelait son rendez-vous avec le neurologue. Foutue mémoire. Il enfila une veste et quitta son appartement en emportant ses notes ainsi que son ordinateur portable.


Il terminait son article dans la salle d'attente quand le docteur Brainman fit son apparition, les cheveux ébouriffés, un épais dossier sous le bras. Agé de 40 ans, ce brillant neurologue avait acquis une certaine renommée à travers le pays suite à ses recherches sur l'endorphine.
Après avoir salué son patient, il s'enquit de la santé de Pacey, l'interrogeant sur la fréquence de ses migraines et sur sa réactivité aux médicaments.
- Les migraines sont moins fréquentes Docteur mais j'ai l'impression qu'elles sont de plus en plus violentes. Et j'ai également eu des hallucinations ces derniers jours…
- Je vois… Ces hallucinations surviennent-elles après la prise de vos médicaments? Il est possible qu'une posologie excessive déclenche vos hallucinations, l'endorphine sécrétée en trop grande quantité pouvant déclencher certains troubles neurologiques. Mais cela ne présente aucun danger neurologique majeur, simplement une possible dépendance, c'est pour cette raison que je vais diminuer votre traitement… De quel type d'hallucination s'agit-il M. Witter?
- Cette nuit, j'ai cru voir une personne qui a beaucoup comptée pour moi mais cela remonte à plusieurs années. C'était si réel que le réveil a été troublant et déroutant. Pensez-vous que cela ait une signification Docteur? Pas au niveau pathologique mais…
- Certainement M. Witter, la nature des hallucinations résulte de l'inconscient de l'individu, c'est un peu le même mécanisme que pour les rêves. Mais ces effets secondaires sont assez fréquents chez les patients présentant votre pathologie.
Le Dr Brainman conseilla une nouvelle fois à Pacey de réduire son activité professionnelle et de se reposer davantage. La fatigue amplifiait, en effet, les migraines dont il souffrait et le contraignaient à augmenter la posologie de ses médicaments. Avant de prendre congé, ils conversèrent comme à leur habitude de l'équipe universitaire de basket et de ses chances de rallier le tournoi de fin d'année.

Pacey quittait le service neurologique de l'hôpital, songeant aux propos du Dr Brainman quant un vieil homme, lourdement perfusé et se déplaçant avec peine, l'interpella. Surpris, il se retourna pour faire face à son interlocuteur. Une barbe grisonnante encadrait le visage anguleux strié de rides du vieillard. Ses yeux noirs et son regard sombre, presque "éteint", contrastaient singulièrement avec son teint exsangue. Le pyjama de l'hôpital, trop large pour sa frêle silhouette, laissait davantage penser à un haillon, conférant à son corps un aspect plus décharné encore.
La main tremblante, le vieil homme saisit le bras de Pacey pour l'attirer vers lui et, dans un murmure entrecoupé de pauses pour reprendre son souffle, il s'adressa à ce dernier :
- Ne dis pas à l'amour : plus tard, l'avenir est fait de hasards, c'est aujourd'hui qu'il faut cueillir, ce que demain viendra flétrir, vite un baiser, ma toute belle : la vie passe à tire-d'aile.
Pacey resta interdit quant il constata que le vieil homme répétait inlassablement la même tirade, déclamant cette phrase comme s'il s'agissait d'un rosaire. La pression qu'il exerçait avec sa main semblait s'accentuer à chaque répétition, de même que le volume de sa voix. Un infirmier vint interrompre le vieil homme :
- Monsieur Illman, vous ne devez pas sortir de votre chambre, vous devez vous reposer. Puis s'adressant à Pacey. Monsieur Illman souffre d'une dégénérescence du cerveau, il a malheureusement perdu la raison et ne fait que répéter cette phrase. Maintenant excusez-moi mais monsieur Illman doit se reposer.
Alors que l'infirmier raccompagnait le vieil homme, celui-ci se mit soudainement à vociférer, à hurler, provoquant quelque peu le trouble et l'agitation parmi le personnel soignant du service neurologique. Mais cette fois il ne répétait plus la même phrase, simplement un prénom, Joey…



Assis au bord de la petite crique qui surplombait l’océan, Pacey songeait à ce vieil homme, regardant fixement le whisky qu’il faisait tournoyait dans son verre. Etait-il possible que ce vieillard ait réellement prononcé ce prénom ? Etait-ce une coïncidence ? Ou avait-il été victime d’une nouvelle hallucination ? La colère et le désespoir l’envahirent. Il projeta avec violence son verre contre les récifs en contre bas. Une larme perla le long de sa joue. Il crut pouvoir se contenir mais il éclata en sanglot. La gêne du premier rendez-vous, le premier baiser échangé, le tout premier « Je t’aime », sa façon de le regarder malicieusement, leur croisière sur le True Love… Tous ces souvenirs qu’il s’efforçait de contenir, contre lesquels il luttait, l’assaillaient ce soir de toute part. Il se sentait atrocement seul. Le chagrin le submergeait. D’un revers de la main, il frotta ses yeux embués de larmes puis s’efforça de se calmer, essayant de se convaincre qu’il ne s’agissait que d’une déprime passagère résultant de sa visite à l’hôpital. Mais en son for intérieur, il savait ce que cette crise signifiait. Il ne l’avait pas oublié, elle le hantait… Alors qu’il regagnait son appartement dans la pénombre naissante et enveloppante, il songeait à ces quelques vers qu’il aimait jadis lui murmurait : « Je t’ai serré si fort contre mon cœur que tu y as gravé à jamais l’image du bonheur ».
Les sanglots avaient éveillé une nouvelle migraine et il s’étendit donc sur le divan du salon pour consulter son courrier électronique. Il n’avait reçu qu’un mail, celui de son patron lui confirmant qu’il avait réceptionné son article. Pacey referma le volet de son ordinateur portable avant de plonger peu à peu dans un sommeil profond.


Les dernières lueurs du soleil perlaient à travers les persiennes de l’unique fenêtre du petit studio et venaient caresser ses cheveux châtains, reflétant des éclats auburn et doré. Assis en tailleur sur le vieux matelas qui faisait office de lit, il l’observait et la contemplait alors qu’elle s’afférait devant l’évier, feignant de regarder la télévision.afin qu’elle ne sente son regard posé sur elle. De ses aïeux hispaniques venus s’installer aux Etats-Unis pour fuir le régime de Franco, elle avait hérité de la grâce et du charme des méditerranéennes. Mais lors de cet été précédant la dernière année de lycée, ce ne sont pas ses courbes avantageuses qui l’avaient séduit mais l’éclat de ses yeux et son envoûtant regard. Pacey resongeait à ce jour lorsque Joey vint le rejoindre sur le matelas pour s’étendre à ses cotés et soupira.
- Il fait toujours aussi froid dans ton appartement !
- Approche…
Allongée en chien de fusil, Pacey vint se blottir derrière elle et l’enserra pour la réchauffer contre lui. Il l’embrassa tendrement dans le cou et Joey se retourna pour lui faire face. Le fixant amoureusement, elle effleura son nez avec le sien, jouant ainsi quelques secondes avant de clore ses yeux. Ses lèvres caressèrent alors les siennes avant de s’offrir à lui pour un langoureux baiser.


L’écran bleuté du magnétoscope affichait 2h28 quand Pacey se réveilla. Victimes de l’inconfortable canapé, ses muscles ankylosés l’avaient extirpé du monde des songes. Il se leva, étira ses longs segments et se réinstalla sur le divan face à l’écran mort de la télévision, les yeux hagards. Les images défilaient dans sa tête, pêle-mêle. Leur rencontre, leurs meilleurs moments, leurs disputes, leurs réconciliations, son départ… . Vingt mois et six jours de cela. Chaque pensée était douloureuse tant elle lui manquait, aussi voyait-il dans ses rêves où elle apparaissait une forme d’acharnement orchestrée par je ne sais qu’elle puissance sadique. Il maudissait chacun de ces songes car la plénitude et la joie qu’ils lui apportaient fugacement faisaient brutalement place à la souffrance dès lors qu’il émergeait de son sommeil.
Assis sur le canapé, faiblement éclairé par le halo blafard de la lune, il ressentait à nouveau cette indicible sensation de vide. Sa maladie, le boulot, ses amis, sa famille, plus rien ne lui importait lors de ces moments.
Incapable de retrouver le sommeil, Pacey saisit un vieux vinyle de Sam Davis puis plaça avec soin le saphir de la chaîne sur le 33 Tour. Un saxophone crépita alors, puis des enceintes la voix mélancolique du crooner de la Nouvelle-Orleans s’éleva dans l’appartement, rompant le silence pesant. Quelque peu apaisé, il se força non pas à songer au passé mais à l’avenir. Son psy lui avait suggéré cette méthode, transposer tous les éléments de sa vie dans un futur proche afin d’en déceler un de positif auquel se rattacher, une bouée de sauvetage quand la noyade est proche en somme. Mais en dépit de ces efforts, il ne trouva en lui ni gilet de sauvetage ni même de radeau. La seule chose qu’il visualisait quand ses paupières se fermaient était le visage de Joey. Las, il se leva, se dirigea vers le téléphone au coté duquel reposaient ses médicaments et saisit le tube de somnifères. Il se versa alors un grand verre de la bouteille de whisky restée posée sur la table du salon, sa main gauche enserrant les sédatifs avec fermeté. Alors qu’il portait à ses lèvres le détonnant cocktail, le saphir tressauta sur le vieux vinyle transformant la douce mélodie de Sam Davis en un son aigu et agressif. Pacey demeura interdit quelques secondes, immobile au milieu du salon semblant ignorer les décibels grinçants. Lui qui n’accordait foi au destin, il interpréta cet événement comme un signe. Il était convaincu que cette intervention salutaire n’avait cette fois pas été orchestrée par une mystérieuse puissance mais par une personne qu’il connaissait très bien…

TheSheed  (08.09.2005 à 23:45)
Sirènes hurlantes, l'ambulance filait à toute allure sur la route sinueuse qui bordait les falaises de Wilmington Creek. Ed, le conducteur, saisit la radio pour prévenir l'hôpital de leur arrivée. A l'arrière, Kate, assise à califourchon sur le brancard, massait avec énergie la poitrine du malheureux.
- Eh merde! Respire, allez! Ed, on est à combien de Notre Dame ?
- Je dirais 7 minutes.
- On ne peut pas attendre, je vais le choquer.
Avec rapidité, elle attrapa le défibrillateur. La première onde électrique n'eut aucun effet. L'encéphalogramme affichait toujours un tracé plat. A la seconde décharge, les battements reprirent faiblement. S'efforçant de garder son équilibre à l'arrière du véhicule tanguant, Kate parvint avec dextérité à intuber son "patient" mais plus les minutes passaient plus son état se détériorait. L'ambulance stoppa enfin devant les urgences du ND Hospital.et les portes s'ouvrirent.
- Homme de 33ans en arrêt cardiaque, choqué deux fois et intubé. Retrouvé à son domicile inconscient avec un tube d'antalgiques vide.
- Bon boulot, s'exclama l'interne de garde en direction des deux ambulanciers. Puis s'adressant au personnel médical l'accompagnant. Salle 6 pour un lavement.
Kate observa le brancard s'enfoncer dans les méandres des urgences avant de tourner les talons. Elle avait terminé sa nuit, une nuit éprouvante.


Il était 5h46 quand la jeune infirmière parvint à son appartement. Après avoir soigneusement vérifié les multiples verrous de la porte, elle jeta ses affaires sur le guéridon et s'avachit dans le sofa. Face à elle, la baie vitrée lui offrait le spectacle d'une ville encore endormie en dépit de l'incessant balai lumineux des automobiles.
Instinctivement, elle prit dans sa main la médaille qu'elle portait depuis son baptême et soupira. Chaque fois que son métier la confrontait à des événements terribles, mettant à mal sa foi, elle éprouvait le besoin de se recueillir quelques instants. Elle repensa à cette pauvre grand-mère, victime d'un infarctus et décédée dans l'indifférence générale dans un foyer pour miséreux du centre ville. C'était sans doute cette même solitude qui avait poussé ce type à en finir songea Kate. Elle avait au moins permis de lui éviter de mourir seul mais elle n'était guère optimiste quant à ses chances de survie. Avant de s'endormir, elle se promit de prendre des nouvelles du "suicidaire".

Emergeant difficilement d'une nuit courte, Kate tâtonnait dans l'obscurité artificielle de la salle de bain à la recherche de l'interrupteur. Maladroitement elle l'effleura de la main gauche et après quelques hésitations, le néon emplit la petite pièce de sa lumière blafarde. Penchée au dessus du lavabo en céramique bleue, Kate resta interdite quelques secondes à fixer l'image renvoyée par le miroir. Tu fais peur ma grande songea t-elle en découvrant les cernes marquées sous ses yeux verts et le teint plus que blême de son visage encadré par des cheveux bruns ébouriffés. Elle soupira, aspergea son visage d'eau pour se rafraîchir puis renonça finalement au jogging matinal pour retourner se glisser sous des couvertures accueillantes. Mais en dépit de la fatigue, elle ne parvenait à se rendormir. Après plusieurs minutes passées à remuer dans son lit à la recherche d'une position confortable, elle se redressa contre le mur puis enserra ses jambes avec ses bras. La tête posée contre ses genoux, elle maugréa dans la pénombre de sa chambre, furieuse de ne pas trouver le sommeil en ce dimanche de repos. Alors qu'elle s'apprêtait à allumer la télévision, une sonnerie retentit. Machinalement Kate tendit son bras vers le réveil avant de réaliser qu'il s'agissait de son portable. Elle s'extirpa hâtivement des couvertures et fouilla dans son sac à main à la recherche du téléphone. Vociférant, elle vida finalement le contenu sur le lit et saisit son cellulaire.
- Salut miss, c'est Franck des Urgences. Je ne te réveille pas?
A la découverte de son interlocuteur, une moue se dessina sur son visage. Kate avait rencontré Franck Magister au ND Hospital où celui-ci officiait en tant qu'interne. Ce grand blond aux yeux bleus affichait une dentition si parfaite qu'il semblait tout droit sorti d'un spot publicitaire vantant les mérites d'un dentifrice. Il jouissait d'un certain succès auprès de la gente féminine et il en avait pleinement conscience, affichant une suffisance qui horripilait Kate. Ce "miss" qu'il employait à chaque fois qu'il s'adressait à elle l'exaspérait. Elle n'était pas dupe quant aux intentions de ce Don Juan scandinave et prenait ainsi plaisir à rejeter chacune de ses invitations.
- Bonjour Franck.
- Je voulais juste t'informer de l'état de santé de ton suicidaire. Il était, enfin est pour l'instant, client de la maison en neuro. Il est toujours inconscient mais son état est stable.
- Merci. Vous avez contacté sa famille?
- Son ami qui l'a découvert inconscient va s'en charger… Franck Magister changea le ton de sa voix. Vu que tu ne bosses, je me demandais si ce soir tu étais…
Kate ne le laissa pas terminé sa phrase, déclina poliment l'offre puis raccrocha. Après une douche froide vivifiante, elle enfila un large pantalon de jogging gris assorti d'un sweat bleu marine siglé du nom de son ancienne université Duke et sortit.


Parvenue à l'accueil des urgences, Kate interrogea la standardiste afin de prendre connaissance du numéro de chambre et du service dans lequel avait été transféré le suicidaire.
- Pacey Witter. Service neurologie. Chambre 715.

Essoufflée par les sept étages gravis à pieds, la jeune ambulancière pestait en elle-même contre cette phobie des ascenseurs héritée de son père, quand elle arriva au bout du long couloir sombre devant la porte 715. Celle-ci s'ouvrit et une infirmière sortit de la pièce. Kate entra et referma doucement la porte derrière elle.

Pacey fixait le plafond jaunâtre de sa chambre ; respirant avec difficulté, il essayait de se remémorer les évènements de la veille. A son réveil, une infirmière lui avait brièvement expliqué que la visite salutaire d'un de ses amis avait permis d'alerter les secours.à temps. Depuis, il ne cessait de s'interroger quant à la raison de ce que la vieille infirmière avait qualifié de miracle.
A cet instant, la porte de la pièce s'ouvrit et Pacey observa avec curiosité la jeune femme brune qui lui adressait un sourire. Après quelques secondes au cours desquelles Pacey ne détacha son regard de celui de la visiteuse, celle-ci rompit le silence et se présenta à lui.
- Mr Witter, je suis la secouriste qui vous a ranimé, je me prénomme Kate, Kate Cardelli. Je souhaitais juste vous saluer et prendre de vos nouvelles…
- Pacey. Appelez-moi simplement Pacey…
- Alors Pacey, comment vous sentez-vous ?
- A vrai dire, je me sens en pleine forme et j'espère sortir ce soir !
Kate sourit.
- Et en version non macho ?
Pacey sourit alors à son tour.
- Et bien, chaque geste m'épuise, je suis nauséeux, une douleur lancinante martèle sans cesse ma tempe droite et je m'ennuie profondément !
Devant la moue amusée de son interlocutrice, Pacey s'enquit de rectifier, espiègle :
- Je veux dire que je m'ennuyais mais votre présence m'a totalement transporté dans un autre univers, doux et merveilleux où l'ennui est proscrit !
- N'en faites pas trop tout de même, lui répondit en Kate en riant.

Durant une heure, au gré des allers et venues de l'infirmière qui vérifiait les perfusions, ils conversèrent de tout et de rien, évitant toutefois d'évoquer les raisons de leur présence dans cette chambre d'hôpital. Après avoir salué Pacey, Kate se dirigeait vers la porte lorsque celui-ci l'apostropha :
- Je ne savais pas que les secouristes étaient si consciencieux, même en dehors de leur service.
Pour toute réponse, Kate fixa son regard dans ses yeux clairs et sourit avant de disparaître dans l'encadrement de la porte.

Alors que la porte venait de se refermer, Pacey fixait à nouveau le plafond jaunâtre de sa chambre mais à présent, il se sentait bien…
Kate referma doucement la porte de la chambre et regarda sa montre. Dans trois heures, elle devait déjà reprendre son travail mais en dépit de la fatigue, elle sourit…


Le lendemain, alors que Pacey compulsait fiévreusement les dernières pages du Da Vinci Code, deux coups frappés à la porte lui firent brutalement quitter les travées du Louvre…
Kate pénétra dans la pièce. Elle avait troqué son jogging de la veille contre un jean et un haut vert moulant qui mettait en valeur l'éclat émeraude de ses yeux. Pacey regardait la jeune femme, admirant les courbes suggérées par ses vêtements lorsque celle-ci s'adressa à lui :
- Dan Brown a fait une victime de plus apparemment !
- Bonjour Kate. Disons que la lecture est le meilleur exutoire que j'ai trouvé pour sortir de cet hôpital et lutter contre cet omniprésent ennui… qui disparaît dès lors que vous apparaissez, s'empressa t-il d'ajouter malicieux.
- Je vois que vous avez retenu la leçon, répondit-elle dans un sourire. Alors comment allez-vous aujourd'hui Pacey ?
- Mieux… Le médecin a laissé entendre que je pourrais sortir ce week-end pour peu que le résultat de mes examens soit positif et que … j'accepte de me soustraire aux pseudos analyses d'un psy.
Un silence gêné se fit avant que Pacey ne le rompe.
- Vous savez Kate, je ne vous aie même pas remercié pour…
- Vous n'avez pas à me remercier, j'ai juste fait mon job, l'interrompit la jeune femme.
- Je vous dois alors des explications, hum.
Pacey toussota, s'éclaircit la gorge avant de reprendre. Sa voix devint plus hésitante. Il regardait Kate assise sur le vieux fauteuil beige en face de son lit avant de détacher son regard de la secouriste. Dès lors, il entreprit de lui narrer les évènements l'ayant conduit à vouloir mettre fin à ses jours. Il commença par l'informer de sa maladie puis rapidement les mots sortirent plus aisément et il se confia. Il lui révéla alors qu'il avait vécu une relation passionnelle avec une femme avant que celle-ci ne le quitte pour des motifs qu’il qualifiait de obscures. Elle était simplement partie un jour en lui confessant ne plus l'aimer. D'un revers de la main, il frotta ses yeux humides et murmura presque :
- C'est une histoire banale de rupture comme il s'en déroule des tas chaque jour
- Pacey, ma euh…, je ne suis sans doute pas la personne la plus avisée pour prodiguer des conseils, encore moins lorsqu'il s'agit d'amour quand on considère que je ne suis jamais sorti avec un homme pendant plus d'un an, mais si vous…
Trois petits coups frappés à la porte interrompirent Kate et une aide soignante franchit le seuil, poussant un chariot contenant les repas des malades. Elle déposa le plateau repas sur la petite table ajustée au lit et quitta la chambre sans prononcer un seul mot.
- Je ne sais pas ce que je regretterai le plus entre l'amabilité du personnel et la qualité des repas, s'esclaffa Pacey en remuant sa cuillère dans l'épais bouillon verdâtre qui fumait devant lui.
- Vous devriez goûter ma cuisine ! A coté cette soupe vous semblera être le plus succulent des mets !
- Si votre cuisine est plus infecte encore que cette … chose, je crois que vous êtes une dangereuse criminelle en liberté ! grimaça t-il en portant une cuillérée à ses lèvres. Mais si j'ai résisté à un tube d'anxiolytiques, je devrais pouvoir affronter vos terrifiants "talents" culinaires !

Kate et Pacey conversaient encore quand la même aide soignante vint débarrasser le plateau repas, maugréant que l'heure des visites était terminée. Ils échangèrent alors un regard complice avant de pouffer de rire dès que celle-ci fut sortie de la pièce.
- Je vous souhaite une bonne nuit, dit Kate en saisissant son sac à main, je reviendrais demain, à moins que vous ne soyez déjà sorti
.- C'est une menace ou une promesse ? glissa malicieusement Pacey.
Pour toute réponse, la jeune femme vint déposer un baiser sur sa joue avant de prendre congé.
Alors que la porte venait de se refermer, Pacey fixait le plafond jaunâtre de sa chambre mais à présent, il se sentait bien, il se sentait même très bien…



La petite salle de bain était plongée dans une obscurité artificielle. Le rideau de l'unique petite fenêtre était tiré. Disposées sur le lavabo ainsi que sur l'étagère qui accueillait habituellement des produits de beauté, des bougies diffusaient une douce lumière. Sur le rebord de la baignoire étaient posés un verre de thé glacé, un téléphone portable et une petite radio de laquelle s'échappait la voix chaude de Marvin Gaye. Une tête émergea alors de la mousse. Kate lissa ses cheveux pour les plaquer en arrière et chasser le savon qui menaçait ses yeux. Elle jouait avec les blocs de mousse qui glissaient à la surface du bain tels de mini icebergs, les faisant tourner autour de ses seins. Après les notes rythmées de What's going on, un air plus mélodieux emplit la petite pièce. La jeune femme fredonnait le refrain de Stand by me quand le cellulaire vibra. Saisissant le peignoir posé sur la petite chaise, elle essuya sa main droite avant d'ouvrir le clapet. Un large sourire se dessina alors…


Assise dans sa voiture, Kate soupira. Elle examina une nouvelle fois son reflet dans le petit miroir du pare-soleil, ajusta une barrette et soupira à nouveau. Elle plongea alors la main dans son sac à main pour se saisir de son téléphone. Bien qu'elle connaissait le message par cœur, elle ouvrit le clapet pour le relire une nouvelle fois. Enfin elle sortit de son véhicule.


Pacey ouvrit la porte et la regarda gravir la petite allée pentue. Elle portait une robe blanche légère et des chaussures à talon qui mettaient en valeur ses jambes élancées. Ses longs cheveux bruns étaient détachés mais maintenus en arrière par une petite barrette verte.
Parvenue au seuil de l'escalier, elle s'arrêta et interpella Pacey :
- J'ai passé l'examen avec succès ?
- Avec mention ! sourit t-il en l'invitant d'un geste de la main à gravir les marches de l'entrée.
Parvenue dans le salon, Kate observa attentivement la pièce comme si elle la découvrait pour la première fois. Puis, apercevant la baie vitrée, elle se glissa sur la terrasse pour humer les effluves marins et admirer le balai des vagues qui caressaient la petite crique en contre bas. Pacey s'approcha d'elle et posa deux verres sur la rambarde qui les séparait de la plage. Debout, cote à cote, ils restèrent ainsi, gênés et silencieux, durant de longues minutes, le regard perdu vers l'horizon
- J'ai bien cru que jamais vous ne descendriez de votre voiture, lança enfin Pacey.
- Vous m'observiez depuis que mon arrivée ?! s'indigna faussement Kate d'une moue amusée.
- Je plaide coupable ! Prenant l'un des deux verres pour l'offrir à son hôte. On sera mieux sur la plage.


Allongés sur le sable, les chaussures délaissées à proximité, ils se laissaient bercer par le murmure des vagues sans quitter des yeux le magnifique tableau que leur offrait la nature. Le ciel rougeoyant, parsemé de nuages quasi translucides, offrait une kyrielle de couleurs chaudes atténuées par l'infime voile des quelques nimbus. Alors que le jour déclinait, Pacey se tourna vers Kate.
- Je peux vous demander quelque chose ?
- Si vous cessez de me tutoyer…
- Je peux prendre ta main ?
La jeune femme tourna son visage vers celui de Pacey et sans un mot entrelaça ses doigts avec les siens. Puis doucement, elle glissa ses lèvres sur celles de Pacey pour l'embrasser avant de poser sa tête contre son torse...
- Tu vas bien Pacey ? Tu es silencieux depuis plusieurs minutes
- Je savoure, de peur que tout ceci ne soit qu'une autre hallucination ou un rêve.
Kate se redressa sur son avant bras et enjamba Pacey, saisissant ses poignets, pour l'embrasser à nouveau.
- Mmmm, c'est encore plus efficace que de pincer ! Mais tu sais, je n'arrive vraiment mais vraiment pas à réaliser !
- Ah oui ?
Kate se pencha alors vers son visage mais n'effleura que ses lèvres pendant qu'elle pinçait son bras. Ils rirent alors tous les deux avant de rouler dans le sable……


TheSheed  (08.09.2005 à 23:50)
FIN

Bzzbzz  (09.09.2005 à 16:04)
Mention spéciale. Un petit coté Marc Lévy perdu à Capeside...J'adore!!

Le hic, c'est qu'on va te presser d'en faire d'autres!!!

Bzzbzz

Bzzbzz  (09.09.2005 à 16:46)
Je m'attendais à voir une suite, mais je dois dire que comme ça c'est super. Tu as beaucoup de talent, j'ai vraiment bien aimé. C'est tellement bien écris que l'on arrive à ressentir ce qu'il vit, à l'imaginer dans son appartement comme si on y était.

Comme l'a dit Bzzbzz on ne va pas vouloir que tu t'arrêtes là.

Aurélie.


lilis012  (09.09.2005 à 17:15)
Vraiment magnifique ce que tu as ecrit on avait vraiment l'impression d'y etre !!! alors surtout ne t'arretes pas et écris-en d'autre !!!

kiss aurele ++

AuReLe02  (09.09.2005 à 17:25)
ah ben je savais pas que c'était fini, lol
comme le dit bzzbzz, le côté marc lévy est vraiment super ! toutes mes félicitations !!!!

j'ai juste un bémol, pacey est hanté par joey, et quelques lignes après, il l'a déjà oublié et est parfaitement heureux avec kate, j'ai trouvé ça un peu rapide.

mais ton style fait vite oublier cette rapidité !!!! vraiment je le répète, mais comme dit bzzbzz, du marc lévy à capeside, c'est un régal !!!

jenny  (09.09.2005 à 17:30)
waouw moi aussi j'étais captivé par l'histoire c'est vraiment très bien écrit! J'en reste bouche bée parce que m'attendais à une suite et puis voilà c'est fini mais c'est vrai qu'il n'en faut pas forcement plus.
Celà étant j'espère en lire d'autre comme ça parce que c'est vraiment un régal.

Sinon oui c'est vrai qu'il oublie vite joey !!! à moins qu'il ne l'ai pas oublié et que tu nous reserves une super suite!?????

Dernière question: pourquoi c'est bzzbzz qui met le mot fin? lol

misswitter  (09.09.2005 à 17:47)

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