Pacey s’affala dans son hamac. Il pressa ses mains contre son visage et soupira de lassitude. Toute cette histoire l’avait anéanti. Il aurait souhaité faire machine arrière et tout recommencer à zéro.
Mais à bien y réfléchir, il se dit qu’il en serait revenu au point de départ. Joey serait avec AJ, il la regarderait être dans ses bras, et lui, il souffrirait en silence.
Il se mit à penser aux dernières paroles de Joey. Elle se croyait toujours ensorcelée… Il se redressa brusquement et s’assit au bord du hamac. Avait –il bien compris ce que cela signifiait ou était-il encore en train de nourrir de faux espoirs ?
Il n’eut pas le temps de réfléchir davantage à la question, on frappa à la porte. C’était sûrement son père qui venait le chercher.
Il se frotta la nuque et secoua la tête. On frappa à nouveau ; plus prestement cette fois. Il se leva.
Pacey : - Ca va, j’arrive ! grogna-t-il.
Il ouvrit la trappe en baissant la tête.
Pacey, regardant ses pieds : - Je ne rentrerai pas.
Joey, du tac au tac : - Tant mieux. Moi non plus.
Pacey sursauta. Ce n’était pas la voix de son père. Il releva la tête et vit que Joey était là, se penchant vers lui, légèrement repliée sur elle-même et grelottant de froid.
Il la regarda, la bouche entrouverte, la mine décomposée. Il chercha quelque chose à dire mais Joey ne lui en laissa pas le temps.
Joey : - Pourquoi tu ne m’as rien dit ?
Pacey fronça les sourcils.
Pacey, perdu : - Je voulais te le dire… Je t’ai cherchée partout ce matin, mais apparemment, j’ai été devancé… Et la suite… tu la connais.
Joey : - Je ne parle pas de ça.
Joey le regarda droit dans les yeux. Visiblement, il ne comprenait pas.
Pacey : - Mais…
Elle baissa les yeux et fixa l’intérieur de la cabine. Puis elle regarda à nouveau Pacey et lui fit un léger signe de tête.
Pacey : - Oui bien-sûr… Il s’écarta. Je t’en prie, entre.
Joey entra doucement, comme pour mieux prendre ses repères cette fois.
Après avoir balayé la pièce des yeux, elle fixa à nouveau Pacey.
Joey : - Pourquoi tu ne me l’as pas dit ? On n’en serait pas là à l’heure qu’il est…
Pacey comprit alors. Que lui répondre ?
Pacey : - Et bien… Oui, vu comme ça, ça paraît stupide, mais… Il regarda sur le côté pour mieux trouver ses mots. Il la regarda à nouveau. Joey, tu… Elle attendait sa réponse, essayant de masquer sa nervosité. Elle se sentait de plus en plus mal à l’aise. Tu n’es pas facile d’accès, Jo… Je veux dire,… Le regard qu’il lui lançait était empreint de sincérité et de souffrance. C’est difficile de te parler sans échapper à tes sarcasmes. Evidemment, tu étais avec AJ, ce qui m’éloignait encore plus de l’idée que peut-être un jour, je t’avouerais mes sentiments… Mais on ne va pas se mentir. Tu te serais moquée de moi et tu m’aurais envoyé me faire voir.
Joey, s’emportant : - En gros c’est de ma faute si tu m’as ensorcelée ! C’est trop facile ! Ce que tu as fait, ça s’appelle de l’abus, Pacey ! Comment tu veux que je puisse te faire à nouveau confiance maintenant ? Tu as tout cassé !!
Pacey : - On en serait au même point aujourd’hui, si je t’avais avoué mes sentiments… Je me trompe ?
Joey, furieuse : - C’est pas la question !
Pacey : - Si c’est la question, Jo !! s’égosilla-t-il. En voyant la colère de Pacey, Joey en eut le souffle coupé. Il avait les larmes aux yeux. J’ai rien maîtrisé sur la manière dont ça s’est déroulé… Je n’avais pas la moindre idée de ce qui m’attendait. Sa voix se radoucit. Tout ce que je sais, c’est que… je n’en pouvais plus. Puis, après un silence, il dit : Voilà. Joey était stupéfaite. Alors maintenant, tu peux me traiter de tous les noms, et même penser que je suis un monstre… J’ai fait tout ça parce que…
Joey détourna brusquement son regard et inclina la tête pour regarder ailleurs. Elle ne voulait pas connaître ses raisons.
Pacey, baissant les bras de désespoir : - Tu vois. Tu ne veux pas l’entendre…
Joey ne bougeait plus. Pacey baissait la tête.
Après un long silence, il ouvrit la trappe et d’une main, il invita Joey à s’en aller.
Pacey : - Cette fois-ci, c’est moi qui te demande de partir, Jo…
Joey évitait toujours son regard, mais le sanglot étouffé dans la voix de Pacey lui avait déchiré le cœur.
Joey, tournant maintenant le dos à Pacey : - J’adorais quand ma mère me racontait l’histoire de « La Belle et la Bête »… J’aimais bien, parce que la belle jeune fille avait trouvé son amour en embrassant le monstre. Elle avait complètement oublié que c’était un monstre. Je me disais que plus tard, je serais comme elle. Je saurais reconnaître le garçon de mes rêves rien qu’en fermant les yeux. Je n’aurais pas besoin de le voir, je n’aurais qu’à le sentir. Sentir si je l’aime ou pas… Et s’il m’aime ou pas. Sentir que nous sommes faits l’un pour l’autre et c’est tout. Dans ma tête, c’était pas plus compliqué que ça. Mais aujourd’hui… c’est tout le contraire. Tout est confus, tout est compliqué… Pourtant dans l’histoire, la Belle, elle n’hésite pas à se laisser charmer par la Bête, tu vois... Pacey était debout derrière elle, l’écoutant attentivement. Je pense que le moment où elle en est tombée amoureuse, c’est quand elle danse avec lui. C’est féerique. C’est mon…
Pacey, la coupant sans s’en rendre compte : - …passage préféré, je sais.
Joey se retourna brusquement, le fixant alors d’un air interdit.
Joey : - Co… comment peux-tu le savoir ? Je ne l’avais jamais… dit à personne…
Pacey sursauta et la regarda, effrayé.
Pacey, n’ayant rien d’autre en tête que la vérité : - Et bien… Tu… tu me l’as dit…
Joey : - Quand ??
Pacey baissa la tête. Joey avait bien peur de comprendre. Il la regarda à nouveau sans lui répondre. Mais ses yeux donnaient la réponse à sa place.
Joey, soudain gênée : - Je vois…
Pacey : - Ecoute, Jo… Pourquoi me raconter ça ce soir ?
Joey : - Parce que… Parce que…
Les mots ne sortaient pas. Elle tenta de se concentrer sur autre chose.
Joey : - Je devais être sacrément en confiance pour t’avoir raconté ce conte de mon enfance…
Pacey : - Je t’ai dit Jo, qu’il n’y avait rien dont tu devais avoir à rougir ou avoir honte.
Joey : - Je sais. Mais…
Pacey : - Mais ?
Joey : - Et bien j’imagine que… il s’est quand même passé… certaines choses…
Pacey : - Ah… C’est… ‘fin… Je comptais pas aborder ce sujet, dit-il d’une seule traite.
Joey : - Tu plaisantes ? C’est principalement la raison pour laquelle je suis furieuse contre toi, Pacey…
Pacey, à court d’argument : - Et bien, oui… Techniquement… On s’est embrassés, oui…
Joey : - Techniquement ? Charmant.
Pacey, ne sachant plus sur quel pied danser : - Tu veux que je te le dise comment ?
Joey regarda en biais. Puis elle fixa ses pieds. Elle sentait sa curiosité prendre le dessus.
Joey, baissant toujours la tête : - C’était… C’était comment ?, dit-elle, rougissante.
Pacey, stupéfait : - Pardon ???
Joey leva alors les yeux vers lui. L’intensité de son regard traduisait son trouble. Pacey n’était pas sûr de comprendre. Il attendait que Joey s’explique mais elle ne disait toujours rien, le fixant, le visage rouge de confusion.
Pacey se sentit basculer dans un état second. Il scrutait le visage de Joey. Toutes les images de leurs baisers, fougueux, tendres, passionnés, lui apparurent les unes après les autres, défilant à son esprit comme le film des meilleurs moments de sa vie. A ces souvenirs, il sentait à nouveau la chaleur de Joey, se rappelant exactement ce que c’était que de sentir sa peau tout contre lui.
Après un long moment durant lequel aucun des deux n’avait bougé, les jambes en coton et la gorge sèche, Pacey se décida à briser le silence.
Pacey : - C’était doux, tendre… Et… parfois très fort, Jo. Très fort… Il prit une profonde inspiration puis, les paupières à demi-close, comme bercé par une musique douce, il ajouta dans un souffle : Quand on s’enlaçait, on n’avait pas besoin de parler. Le contact de la peau de l’autre nous suffisait, tu vois… Maintenant, il chuchotait presque : Je ne me suis jamais senti aussi bien avec quelqu’un. Et… je peux encore me souvenir précisément des odeurs de ces moments, des bruits, les cliquetis de l’eau contre le bateau. Même les étoiles brillaient de manière inhabituelle, j’en suis persuadé… On était dans un autre monde. Un monde à nous. C’était… presque irréel. Un véritable cadeau de la vie pour moi, Jo.
Pacey fermait les yeux, imprégné de tous ces souvenirs magiques. Il voulait garder cette sensation encore et encore. Joey le regardait. Les paroles de Pacey résonnaient en elle comme un doux écho. C’était magnifique ce qu’il avait dit… Sa manière de raconter tout ça, c’était… Troublée, elle n’arrivait plus à penser davantage. Pacey rouvrit les yeux.
Joey le fixait. Elle avait un regard qu’il ne lui avait jamais vu. Elle avait les yeux humides, comme si elle allait pleurer. Mais… pleurer de bien-être. C’était un impression très étrange.
Malgré tout, il avait peur de sa réaction. Peut-être l’avait-elle trouvé ridicule. Tant pis. Elle savait tout maintenant.
Soudain, son regard fut happé par le cou de Joey. Machinalement, il tendit le bras vers le collier qu’elle portait. Joey recula brusquement son buste. Le geste soudain de Pacey l’avait surprise. Pacey ouvrait de grands yeux sur le cou de Joey, il avait l’air profondément ému.
Joey, suspicieuse, elle fronça les sourcils et marmonna : - Quoi ?
Pacey, la main toujours en suspend dirigée vers le collier : - C‘est… c’est moi qui te l’ai offert… Ce week-end…
La voir porter ce collier avait plus de signification que n’importe quel mot d’amour.
Joey baissa la tête et loucha sur le collier autour de son cou. Elle l’avait trouvé splendide ce collier, et elle l’avait mis sans se poser de question. Et voilà qu’elle apprenait d’où il venait.
Elle releva le visage et jeta des regards affolés de part et d’autre de la pièce. Elle ne savait plus où se mettre. Ce qu’elle ressentait en cet instant était trop fort. Elle ne maîtrisait absolument rien de ses émotions. Elle perdait son raisonnement. Et ça lui faisait peur.
Elle n’avait plus rien à dire.
Sans jeter le moindre regard vers Pacey, elle se dirigea précipitamment vers la sortie.
Elle se faufila tellement vite à l’extérieur, que Pacey ne comprit pas tout de suite ce qu’elle faisait.
Réalisant enfin, il partit à ses trousses. Elle était déjà sur le ponton quand il l’interpella.
Pacey : - Tu ne peux pas faire ça à chaque fois, Jo !
Joey stoppa sa marche. Pacey bondit sur le ponton et s’approcha de Joey qui lui tournait le dos.
Pacey : - Tu ne peux pas fuir en me laissant me demander ce qu’il peut bien se passer dans ta tête… C’est pas possible. Ca ne peut pas durer. Il va falloir que tu me le dises.
Joey se retourna.
Joey, la voix tremblante : - Te dire quoi ?
Pacey : - Ca suffit, Jo.
Joey baissa la tête.
Joey, continuant à regarder par terre : - Si j’ai voulu te raconter… « La Belle et La Bête », et bien c’était… Elle marqua une pause. C’était pour te dire que toute cette histoire m’a fait comprendre que je ne serai jamais comme La Belle…
Pacey ne dit rien. Il attendait la suite. Il n’interviendrait pas avant qu’elle ait enfin dit quelque chose de cohérent. Peu importe ce que c’était. Il voulait au moins avoir la certitude qu’ils se comprenaient toujours. Si même ça ils le perdaient, alors ils perdaient absolument tout.
Joey, poussée par le silence insistant de Pacey, elle poursuivit : - En fait, moi je suis… La Bête. Voilà. Tu me comprends ?
Pacey : - Non.
Pacey lui opposait un regard fermé. Joey baissa les yeux de découragement.
Pacey, essayant d’aider Joey : - Jusqu’à preuve du contraire, c’est moi le monstre dans cette histoire. Donc La Bête, ce serait plutôt moi.
Joey le regarda.
Alors poussée par ce sentiment plus fort qu’elle, soudainement, elle se précipita vers Pacey et se jeta à son cou.
Joey, chuchotant : - Non, c’est moi… Parce que j’ai peur de ce que je vais faire maintenant…
Ninolito (19.11.2005 à 17:34)
Le regard fiévreux, elle approcha doucement ses lèvres de celles de Pacey.
Ce dernier n’arrivait pas à bouger. Il ne comprenait rien. Les bras balans, il se laissait faire par Joey qui embrassait lentement ses lèvres par de petits baisers successifs.
Puis ses lèvres se firent plus gourmandes. Pacey ferma alors les yeux puis, d’un geste parfaitement assuré, il lui prit le visage des deux mains, happant à son tour les lèvres de Joey.
Leur baiser se fit plus passionné encore… Chacun essayant de prendre davantage possession des lèvres de l’autre, leur buste se penchait chacun leur tour vers celui de l’autre, l’autre qui n’était jamais rassasié… Il respiraient de plus en plus fort.
Cette fois, c’était bel et bien leur premier baiser... D’une sensualité encore plus forte…
Pacey rouvrit les yeux le premier. Il écarta doucement le visage de Joey qu’il tenait toujours entre ses mains, lui caressant les joues de ses pouces.
Ses pupilles passaient en revue le moindre détail des yeux de Joey qui ne se lassait pas de le regarder.
Pacey ferma les yeux et posa son front contre celui de Joey qui ferma les yeux à son tour.
Puis, il posa juste ses lèvres sur les siennes.
Pacey, murmurant, il articula difficilement: - Et maintenant, c’est qui La Bête ?
Elle rit timidement de plaisir.
Joey, les lèvres toujours posées contre celles de Pacey, elle chuchota : - C’est toujours moi…
Pacey : - Non, c’est moi…
Joey : - Non, c’est moi…
Dans un soupir de bien-être, ils se sourirent tendrement. Pacey l’enlaça alors et la serra tout contre lui.
Joey, d’une voix mal assurée : - Est-ce-que je t’ai raconté beaucoup de choses, Pacey ?
Sans desserrer son étreinte, Pacey lui caressa les cheveux.
Pacey : - Si tout va bien… je pense que tu me confieras toutes ces choses à nouveau… Quand tu me les diras, alors à ce moment-là, je te dirais que tu me l’avais déjà raconté, un soir, à l’avant du voilier…
Joey, sans relever son visage toujours enfoui dans le cou de Pacey : - Mmm… On a toute la vie…
Joey se pressa plus fort contre Pacey. Ce dernier ferma les yeux de bonheur.
Puis, il leva les yeux vers la lune qui apparaissait très nettement dans le ciel noir et pas encore tout à fait dégagé des nuages.
Son regard se porta vers l’étoile juste à côté de la lune. La première à apparaître dans le ciel, chaque soir. La préférée de Joey. L’étoile du Berger. Venus. L’étoile de l’Amour…
Soudain Pacey eut un frisson. Il regarda plus attentivement l’étoile. Joey avait raison. Les étoiles faisaient des clins d’œil à ceux qui savaient les regarder…
Joey avait senti le sursaut presque imperceptible de Pacey. Toujours dans ses bras, elle se dégagea légèrement pour lui faire face.
Joey, : - Qu’est-ce-qu’il y a ?
Pacey sortit de sa contemplation et la regarda droit dans les yeux.
Pacey : - Non rien… La tenant tout contre lui par la taille, il pencha son visage vers elle, puis, tout en lui effleurant les lèvres, il chuchota : Enfin si : Je t’aime.
De son nez, elle caressa doucement celui de Pacey puis commença à chercher ses lèvres. Dans un souffle, elle chuchota :
Joey : - Non… C’est moi…
FIN
Ninolito (19.11.2005 à 17:41)