Hôpital de Capeside. 12 juin 2063. 0h01
Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip.
"
Ca y est, pensa-t-il.
Son coeur ne bat plus."
Joshua se leva. Lentement, il s'avança pour lui fermer les yeux. Il avait l'impression qu'elle souriait.
Joshua: - C'est promis Mamy Jo. C'est promis...
Il se baissa et déposa doucement un baiser sur son front. A bientôt... Qui sait...?,
chuchota-t-il.
Tout doucement, il lui retira le bracelet que sa grand-mère Mamy Jo tenait de sa propre mère, son arrière-grand-mère à lui. Il le glissa dans sa poche, et sans le lâcher, le serra de toutes ses forces dans son poing.
Après un dernier regard à sa grand mère, il quitta la chambre sans se retourner, sûr de ce qu'il allait faire à présent.
La veille, elle lui avait tout raconté.
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Hôpital de Capeside. 11 juin 2063. 18h32.
Joshua referma doucement la porte derrière lui. Joey s'était assoupie. A chaque inspiration, sa gorge sifflait.
Elle n'en a plus pour longtemps, pensa-t-il.
Il vint s'asseoir tout près d'elle au bord du lit. Du haut de ses 15 ans, Joshua savait faire preuve d'une étrange lucidité dans ces moments où la vie vient vous rappeler qu'elle est aussi faite de chagrin.
Il était douloureusement triste mais il ne pleurait pas.
Joey ouvrit les yeux. Il crut deviner qu'elle esquissait un sourire.
Son regard ne trompait pas. "
Ce qu'elle est belle". Joshua repensa à toutes les photos de sa grand-mère lorsqu'elle était jeune et qu'elle avait à peu près son âge. Jamais il n'avait vu de jeune fille aussi naturellement belle.
Joey: - Je t'attendais.
Joshua: - Je sais.
Joey: - Il faut que tu saches que parfois, les secrets valent mieux qu'une vérité trop dure à supporter...
Joshua: - Je sais.
Joey: - Je sais que tu sais...
Elle lui ébourrifa fébrilement le dessus des cheveux. Joshua se sentit rougir, comme un gamin gêné par tant d'affection concentrée dans cet unique geste apparemment banal.
Joshua: - Tu ne lui as pas dit, n'est-ce-pas?
Joey: - Quoi donc? Et à qui?,
fit-elle, la mine malicieuse.
Joshua: - Commence pas Mamy Jo...
la railla-t-il gentiment. Tu ne l'as jamais dit à Papa que... Papy Eddie n'était pas... son vrai père...
Joey avait toujours été épatée par l'intelligence sensible de son petit-fils. Il devinait tout. Voyait tout. Et jamais il ne jugeait.
Joey,
le sourire en coin : - On ne peut rien te cacher, n'est-ce pas?
Joshua: - C'est que... cela expliquerait beaucoup de choses...
Joey,
amusée: - Comme quoi?
Joshua: - La façon dont tu me regardes. Tu ne me regardes pas comme mes cousins. C'est pas pareil. Je le sais. Ils m'en ont suffisamment fait baver comme ça de leur jalousie. Et puis...
Joey: - Et puis?
Joshua: - Et puis Papa a dû le sentir sans jamais vouloir le voir que Papy Eddie n'était pas son père. Il a toujours eu des rapports difficiles avec lui et... et Papy Eddie l'a toujours tenu à distance, comme s'il ne le reconnaissait pas. Tu comprends? Ne le
reconnaissait pas, comme un père
reconnaît son fils en temps normal.
Le visage de Joey se ferma. Cette expression de dureté lui faisait toujours ressortir ses rides qui rappelait alors brutalement qu'elle était une dame âgée, et qui lui donnait un air frippé.
Ca doit venir de là l'expression "ça me chiffonne" pensa Joshua sans vraiment le réaliser.
Ca vient des rides des vieilles personnes dont le visage se chiffonne...
Joey: - Ecoute moi bien Joshua.
Le ton de sa grand-mère tira brutalement Joshua de ses pensées. Il sentit presque que si elle avait pu, elle se serait redressée sur son lit d'hôpital pour qu'il l'écoute encore plus attentivement. Mais le regard de joey suffusait à donner la mesure de ce qu'elle allait dire. Joshua se redressa légèrement pour lui faire comprendre qu'il était prêt à recevoir l'explication sévère qu'elle s'apprêtait à lui donner.
Joey: - Papy Eddie a fait ce qu'il a pu. Il a donné de l'amour. A moi, à toi et à ton père, quoi qu'il ait pu ressentir. Papy Eddie savait la vérité... Mais ton Papa était un petit garçon fragile. Alors qu'il avait atteint l'âge de comprendre, Papy Eddie et moi avons décidé, d'un commun accord, de ne jamais rien dévoiler à ton père. Il ne l'aurait pas supporté. Il était constamment en demande d'amour... Et on n'a jamais trop su pourquoi.
J'assume cette décision. Et si aujourd'hui je te le dis à toi c'est que...
Joey s'arrêta, retenant un sanglot étouffé dans sa gorge.
Joshua lui prit la main.
Joshua: - Calme-toi mamy Jo... Calme toi,
dit-il doucement.
Joey ferma les yeux et déglutit difficilement. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle posa un regard déterminé dans les yeux de son petit-fils.
Joey: - Je vais mourir. Très bientôt. Je le sais. Papy Eddie n'était pas ton grand-père.
Elle tendit le bras sur sa droite. Donne-moi mon sac... Voilà... Merci.
Elle commença à fouiller à l'intérieur. Enfin, elle trouva ce qu'elle y cherchait.Ton grand-père, c'était lui,
dit-elle d'un voix blanche, en tendant une photo jaunie par le temps à son petit-fils.
Joshua contempla la photo comme on contemple un trésor vieux de plusieurs millions d'années. Il était ému. Ses mains tremblaient. Sur la photo, il pouvait voir sa grand-mère, très jeune, enlacée à la taille par un jeune homme qui enfouissait délicatement ses lèvres dans son cou de jeune fille. Comme s'il lui chuchotait quelque chose à l'oreille. Joshua approcha davantage son regard vers la photo : une sensation étrange l'envahit. Cet homme, c'était comme s'il l'avait toujours connu. Au premier regard, son allure lui avait paru familière.
Joshua leva les yeux vers sa grand-mère. Un larme roulait sur sa joue, pour s'évanouir au creux de ses rides.
Joshua: - Comment s'...
Joey: - Pacey. Il s'appelait Pacey.
Elle poussa un profond soupir. Voilà des siècles qu'elle n'avait pas prononcé son prénom. Mais pas un jour ne s'était écoulé sans qu'elle ne pense à lui.
Joshua: - C'était le plus grand amour de ta vie, n'est-ce-pas Mamie Jo?
Joey: - Cchhh... Je ne te dirai pas tout mon chéri. Les femmes ont leurs secrets, tu t'en apercevras bien assez tôt,
souffla-t-elle en lui lançant un petit clin d'oeil comme elle savait bien le faire.
Joshua sourit. Il tendit la photo pour la rendre à sa grand-mère. Celle-ci repoussa doucement sa main.
Joey: - Garde-la. Mais...,
elle posa un index sur ses lèvres, motus hein...
Joshua lui répondit pas un clin d'oeil à son tour.
Joey: - Maintenant, tiens, prends-la,
dit-elle en lui indiquant une petite urne en bronze qui trônait sur sa table de nuit. Attention, c'est lourd...
Joshua saisit délicatement la petite urne.
Joshua: - C'est bon, je l'ai.
Il se rassit au bord du lit.
Joey: - Et n'oublie pas...
Joshua: - Non Mamie Jo, je n'oublie pas.
Joey: - Promis?, dit-elle,
retrouvant un court instant sa voix de petite fille, ce qui amusait beaucoup ses petits-enfants.
Joshua,
dans un sourire ému, il chuchota: - Promis.
Joey: - Bien. Maintenant laisse-moi, je suis fatiguée. Repasse demain dans la soirée.
Joshua se leva.
Joshua: - Bonne nuit Mamy Jo.
Lorsqu'il se pencha pour l'embrasser, la petite urne entre les mains, Joey le retint un instant en lui enlaçant le cou.
Joey,
chuchotant à son oreille: - Je suis fière de toi, tu sais. Tu le sais, dis?
Joshua,
le nez collé à celui de sa grand-mère: - Je le sais. Je m'en souviendrai toujours. Ne t'inquiète pas.