-XY-
Joey habitait Boston depuis longtemps maintenant. A la fin de ses études, elle avait emménagé dans un appartement d’une de ces vieilles bâtisses qui faisaient tout le charme de la ville. Au deuxième étage d’une maison mitoyenne, dans une rue composée d’une multitude de logements identiques qui offraient tous leurs escaliers et leur porte d’entrée aux passants.
Après avoir obtenu son diplôme de lettres, elle travaillait aujourd’hui comme journaliste pour le Boston Times.
Installée dans son canapé face à la télévision, elle lui passait la main dans les cheveux. Il était allongé de tout son long, la tête posée sur les genoux de Joey. Casablanca était rediffusé pour la cinquantième fois mais qui se lasserait d’Humphrey Bogart et Ingrid Bergman ?
Lorsque le générique défila, ils ne bougèrent pas. Après quelques secondes de silence, il rompit le charme du moment.
- Il faut que j’y aille, murmura-t-il sans bouger.
- Pas tout de suite, le supplia-t-elle. Reste encore un peu.
Il ne répondit rien mais bougea un peu la tête pour qu’elle passe à nouveau sa main dans sa chevelure comme elle l’avait fait durant tout le film. Alors qu’elle s’y attela, toujours allongé, il lui attrapa la main et la porta à sa bouche pour y déposer un baiser avant de la coller contre sa joue. En silence, appréciant ce moment, elle lui caressa le visage. Elle ne voyait pas ses yeux, qui étaient toujours tournés vers l’écran mais elle devinait qu’il les avait fermés.
- Quand est-ce que tu resteras ? demanda-t-elle.
- Je travaille tôt demain. Il faut que je rentre.
Il se redressa et pivota pour s’asseoir à coté d’elle. Il entremêla ses doigts à ceux de la jeune femme et lui embrassa à nouveau la main, comme pour accompagner ses propos qu’il savait blessants.
Il faisait nuit dehors. Seuls les lampadaires éclairaient la rue. Les nuages cachaient la lune.
- Viens me voir demain midi, lui proposa-t-il.
- Non, soupira-t-elle... Tu sais que je ne sais pas mentir.
- Je t’appelle, dans ce cas.
Il se pencha et l’embrassa, signe qu’il était sur le point de partir. Elle lui plaqua alors ses deux mains sur ses joues pour appuyer un peu plus ce baiser qui serait le dernier de la journée.
Le sourire aux lèvres, il se leva et attrapa sa veste sur le rebord du divan avant de partir. Joey ne bougea pas de sa place. Elle écouta simplement ses pas dans l’escalier en bois puis la porte du rez-de-chaussée claquer. Elle savait qu’il s’était arrêté en bas de l’immeuble et qu’il était en ce moment-même en train de regarder sa fenêtre. Elle sourit à cette pensée. Il le faisait toujours. Mais ce soir, elle n’avait pas envie de le voir partir. Tant pis pour lui !
Joey n’avait plus vraiment d’amis dans cette ville. Jen était décédée depuis quelques mois et lui manquait terriblement. Avec cet événement, elle s’était rappelée ce qu’elle avait ressenti lors de la mort de sa mère. Elle pensait avoir oublié cette souffrance qui avait été cette fois-ci deux fois plus douloureuse. Et pour cause, elle lui donnait l’impression d’enterrer à nouveau sa mère. Lorsqu’elle se mettait à penser à l’une de ces deux femmes qui avaient été si importantes dans sa vie, elle en revenait obligatoirement à l’autre. Il lui arrivait de passer toute une journée à ne penser qu’à ça. Leurs visages, des épisodes particuliers de leur vie, des phrases. Tout ça passait en boucle devant ses yeux. Le plus regrettable dans l’histoire, c’était de voir qu’Amy allait vivre la même chose qu’elle avait vécue. Grandir sans mère. Elle ne l’aurait même pas connue, elle.
Elle n’avait finalement de contact avec ses amis de longue date que par téléphone. Et le plus aberrant était que la personne qu’elle entendait le plus souvent, était Mme Ryan. Elle prenait un plaisir certain à l’appeler tous les dimanches après-midi et à l’écouter parler d’elle, d’Amy et Jack.
Il n’y avait que Mike qu’elle réussissait à voir souvent et avec qui elle pouvait partager des choses au quotidien. Ils travaillaient ensemble au journal et couvraient souvent les mêmes événements. Ils se voyaient rarement en dehors du boulot car Mike était marié et avait un enfant. Elle ne connaissait pas sa femme mais la devinait très sympathique et chaleureuse d’après ce qu’il lui avait raconté d’elle.
Installée à son bureau, Joey tentait de finir un article sur le Marché du Livre qui se tenait en ce moment en centre ville, événement important pour éditeurs et écrivains s’il en est. Un message interne la prévint qu’un employé cherchait à la contacter.
« On se voit à midi ?, demandait l’e-mail. »
Joey sourit. Elle regarda sa montre puis tapa alors à son tour :
« Impossible aujourd’hui. J’ai une interview à mener et un papier à rédiger. Demain si tu veux. »
Sur ce, elle referma tous ces documents et les enfourna dans son sac avant de quitter les locaux. Elle avait un rendez-vous avec l’organisateur de l’événement littéraire de l’année.
L’avantage de son boulot était le fait que, peu importe l’heure, elle pouvait rentrer chez elle lorsqu’elle le voulait pour peu qu’elle ait les renseignements souhaitables.
Ce soir-là, elle rentra tôt pour terminer son papier chez elle. Elle disposait d’un ordinateur portable. Il aurait été bête de s’en priver.
Installée sur la table de la cuisine, elle avait pour habitude de s’étaler. Des papiers jonchaient même le sol mais cela n’empêchait pas l’avancée certaine de sa rédaction. Ce genre d’article était son favori. Elle retrouvait ainsi un peu de ce qu’elle avait étudié durant ses années d’université. Le rédacteur en chef lui avait confié cette mission compte tenu de son passé, et ce durant les quinze jours que durait le Marché. C’était un réel plaisir pour elle.
On frappa soudain à la porte. Joey soupira. On la coupait dans son inspiration. Elle tenait pourtant le bon filon.
Lorsqu’elle ouvrit la porte à l’importun, elle découvrit Pacey sur le palier. Elle parut surprise.
- Qu’est-ce que tu fais ici ? Je croyais que…
Il lui coupa aussitôt la parole et l’embrassa en la faisant reculer pour fermer la porte à l’aide de son pied.
Lorsqu’il mit fin à ce baiser, Joey, étonnée, écarquilla de grands yeux et passa sa langue sur ses lèvres. Elle avait été prise de court.
- Je ne peux pas rester longtemps, dit-il finalement sans ôter ses mains des joues de la jeune femme.
- Ne viens pas dans ces cas-là. Je préfère ne pas te voir plutôt que tu passes pour un quart d’heure. C’est frustrant.
- Oui, mais j’ai besoin de te voir moi. Même qu’un quart d’heure, se justifia-t-il.
Joey soupira. Alors Pacey reprit :
- Je sais que tu aimerais que je divorce Joey, mais c’est impossible pour le moment. Si je quitte Cléo, je n’ai plus de boulot et aucun avenir.
La relation entre Pacey et Joey remontait maintenant à quelques années. Lorsque Pacey était parti en mer avant la remise de diplôme, Joey avait commencé – durement – une nouvelle vie à Worthington. Pacey n’était réapparu que trois ans plus tard, fiancé à la fille du propriétaire du yacht sur lequel il avait été employé. Ce retour avait été pénible pour Joey. Le revoir après avoir tout fait pour tirer un trait sur lui et leur histoire. Mais ça l’avait été d’autant plus de le savoir attaché à une autre femme. Malgré cela, quelques temps (et mouchoirs) après, elle avait réussi à passer outre. Grâce à Jen qui s’y était attelée avec pugnacité. Petit à petit, ils avaient réussi à renouer une amitié solide. Comme celle qu’ils avaient entretenue avant que tout ne prenne une direction différente. Après avoir fait ses preuves comme cuisinier, Pacey s’était vu offert un poste de gérant d’un restaurant par son beau-père. Le Dodge se trouvait dans le quartier latin et marchait plutôt bien. Puis était arrivé le jour du mariage. Elle y avait assisté avec un petit pincement au cœur mais une sympathie sincère pour la femme qui la remplaçait dans le cœur de Pacey. Il semblait heureux et c’était tout ce qui importait. Mais durant la première année de son mariage, Pacey passa de plus en plus de temps avec elle. Sitôt qu’il avait une minute, il passait la voir. Ils regardaient un film, mangeaient un morceau, plaisantaient un peu. Jusqu’au jour où, comme coulant de source, ils échangèrent un baiser. Puis deux. Jusqu’à revivre ce qu’ils avaient déjà vécu au lycée, mais en plus « mature ».
Joey comprenait la position dans laquelle se trouvait Pacey. Il était employé par son beau-père et avait été formé par lui. S’il quittait la famille, on ne se gênerait pas pour le mettre à la porte sans lettre de recommandation. Et ce n’est pas avec son diplôme de fin d’année qu’il pourrait retrouver un job de gérant.
- Je travaille moi, tenta alors Joey. On pourrait vivre sur mon salaire jusqu’à ce que tu trouves un autre poste.
- Et on recommencerait comme au lycée. Je complexerais et notre couple ne mettrait pas longtemps avant de voler en éclats.
- Mais tu attends quoi ? Qu’elle t’annonce un beau jour qu’elle attend le fruit de votre « amour » pour ne définitivement plus pouvoir la quitter ? demanda-t-elle triste.
- Tu sais que c’est faux, dit Pacey en posant ses deux mains sur les hanches de Joey et en pliant suffisamment les genoux pour être à son niveau.
- Je ne sais plus rien, bougonna-t-elle.
- Tu sais que je t’aime au moins ? voulut-il se rassurer.
Joey leva les yeux vers lui et bouda comme une enfant.
- Je suis désolé de te faire subir ça, dit-il en replaçant une mèche de ses cheveux derrière l’oreille. C’est indigne de toi.
- Oui mais tu sais que je te comprends et tu sais que je t’aime aussi, finit-elle par lâcher comme une évidence en se rendant dans la cuisine.
Pacey, sur ses talons, s’accouda au bar avec un petit sourire en coin tandis qu’elle se remplissait un verre d’eau en face de lui.
- Tu aimes me torturer n’est-ce pas ?! comprit-il.
- J’adore ça, sourit-elle en se penchant par-dessus le bar pour l’embrasser.
Pacey se tut un moment, le sourire aux lèvres.
- Je vois que tu as fait le ménage, rit-il en inspectant la cuisine transformée en capharnaüm
- Tu n’étais pas invité, je te rappelle. A ce propos, combien de temps tu restes exactement?
- Je lui ai dit que j’allais faire du sport, expliqua-t-il avec un certain sourire.
- Oh alors on peut manger, en conclut Joey en secouant la tête amusée par l’allusion de Pacey.
Elle décrocha le téléphone.
- Tu veux manger à l’extérieur ?, s’enquit-il visiblement un peu paniqué de la voir téléphoner.
- Non, j’allais commander ! répondit-elle comme une évidence. Mais qu’est-ce qui nous empêcherait de manger ensemble au restaurant. On est ami à l’origine, non ?
- C’est vrai, réalisa-t-il. Mais je me sens tellement coupable que pour moi, le simple fait qu’on nous voit ensemble est la preuve de ma trahison.
- On ne fait pas grand-chose de plus que des amis… se justifia-t-elle en haussant les épaules et en levant les yeux au ciel de sorte à ce qu’on n’y lise pas son mensonge.
Pacey rit :
- Ah, tu vois ça comme ça toi.
- Je vois ce qui m’arrange. Et pour l’instant, je te vois toi, debout devant moi. Et tu n’as l’air de rien d’autre qu’un ami qui se tient normalement dans ma cuisine.
- Tu embrasses donc tous tes amis dans ta cuisine ?!
- Absolument ! Et ce quand l’envie m’en prend.
- On doit être de sacrés bons amis alors, en déduit-il.
- D’ailleurs, pour l’occasion, je t’offre une bière ! lança-t-elle en les attrapant dans le frigo.
Pacey s’en alla vers le salon et entra dans son jeu :
- Ca tombe bien, il y a un match ce soir sur NBC Sports, lança-t-il en se laissant tomber sur le canapé.
Lorsque Joey arriva avec les deux bouteilles en verre à la main, Pacey posa ses deux pieds sur la table basse et son coude sur le dossier du sofa.
- Je te préviens que si tu rotes, amant ou pas, je te fous dehors, s’exclama-t-elle le doigt inquisiteur et la tête penchée sur le côté pour appuyer ses propos.
Pacey éclata de rire et la serra dans ses bras.
Tout en rigolant, il l’allongea sur le canapé et l’observa quelques secondes en silence. Elle posait un tendre regard sur lui. Il connaissait par cœur ce regard-là. Et il en était fier à chaque fois qu’il la voyait le poser sur lui. Joey cligna lentement des yeux. Le temps paraissait comme suspendu. Et elle se délectait de cet instant.
Pacey approcha sa main du cou de la jeune femme et le dégagea en écartant les cheveux qui s’emmêlaient autour de son épaule. Il y déposa alors un long baiser avant de coller son corps contre le sien et de caler sa tête sur son coeur. Joey emplit doucement ses poumons de cet air qui lui était si familier et soupira de plaisir tout en lui caressant la tête. Elle avait soudain l’impression de consoler un enfant. A la différence près qu’elle sentait une sensation de désir s’installer lentement en elle. Elle se mit à sourire en songeant qu’il savait y faire avec elle. Il n’y avait aucun doute là-dessus.
Sans bouger autre chose que ses mains, elle fit remonter le pull de Pacey le long de son dos. Sentant sa peau se dénuder, il releva la tête vers Joey et plongea simplement son regard dans le sien. Elle ne put résister à son visage angélique et pressa ses lèvres contre les siennes. Elle ne tarda pas à lui ôter pull et tee-shirt tandis que lui, lui retirait sa veste et passait déjà ses mains sous son débardeur.
Peu importe le temps qu’il resterait, il saurait improviser lorsqu’il rentrerait pour rejoindre Cléo. Cette fois encore.
- Tu as bien fait de passer, murmura Joey en souriant.
- Tu vois, je te l’avais dit, répondit-il de la même façon en lui embrassant l’épaule qu’il venait de dévêtir.
Puis il entreprit de déboutonner le jean de Joey lorsque le portable de celle-ci sonna.
Déçue qu’on l’interrompe, Joey soupira fortement en fermant les yeux avec force. D’un même élan, Pacey se laissa tomber sur elle alors qu’elle tendait le bras derrière elle pour atteindre l’objet qui la détournait du « bon chemin ». Lorsqu’elle l’eut atteint, elle regarda le nom qui clignotait et se résolut à décrocher.
- Allo.
- Salut Joey. Excuse-moi de te déranger.
- Ce n’est rien Richard.
- Tu te souviens que tu m’avais demandé de te joindre toi plutôt que Mike si jamais une urgence se présentait ?
Joey eut un rictus. La nature la mettait au défi.
- Je me souviens Richard.
- Il y a un incendie à l’entrepôt 25 sur les docks.
- Très bien, je m’y rends tout de suite. Merci Richard.
- Mike a bien de la chance de t’avoir avec lui.
- Tu le lui diras, plaisanta-t-elle.
- Bon courage Joey.
Ils raccrochèrent ensemble.
- Tu dois partir, en déduisit Pacey.
Elle lui adressa un sourire contrit.
- Je suis désolée.
- Pour une fois que c’est toi, dit-il en se relevant.
Il n’avait pas tort, songea Joey. Elle ne comptait plus le nombre de fois où c’était lui qui s’était excusé avant de partir. Une fois n’était pas coutume. Même si elle aurait adoré pouvoir ignoré cet appel. Mais elle ne se rappelait que trop bien pourquoi elle devait se résigner. Elle avait passé ce pacte avec Richard car elle savait à quel point Mike était accaparé par son travail au journal. En tant que photographe, il était constamment à droite à gauche pour accompagner les journalistes. En se faisant appeler à sa place, elle lui évitait ainsi de sortir sur le terrain en dehors des heures normales. Il pouvait ainsi rester avec sa femme et son fils de cinq ans. Bien qu’il ne sache pas un mot de ce petit accord passé en secret.
Joey se rhabilla rapidement et prépara son sac pendant que Pacey renfilait lentement son tee-shirt gris, assis sur le sofa.
Fin prête, Joey l’embrassa furtivement sur les lèvres.
- Tu fais claquer la porte en partant.
Puis elle sortit de l’appartement et descendit les escaliers quatre à quatre.
- Oui, moi aussi je t’aime, lança Pacey pour lui-même.
Après quelques secondes de silence total, il prit peu à peu conscience du vide qui l’entourait. Il se rendait soudain compte de ce que devait ressentir Joey à chaque fois qu’il partait.
Plusieurs heures plus tard, il devait être une ou deux heures du matin lorsqu’elle rentra chez elle. En ouvrant la porte de son appartement, elle vit que Pacey était encore là. Il n’avait pas bougé du canapé.
- Je croyais que tu ne pouvais pas rester longtemps, dit Joey surprise en se plaçant à quelques mètres de lui. Tu t’es endormi ?
- J’ai appelé Cléo pour lui dire que j’avais rencontré d’anciens amis de lycée et que j’allais passer la soirée avec eux, qu’il ne fallait pas m‘attendre, expliqua-t-il en se levant.
Joey sourit, il n’avait pas vraiment menti. Peut-être un peu sur le nombre c’est tout.
Il s’approcha d’elle.
- Qu’est-ce qui t’est arrivé ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.
- Rien, pourquoi ? répondit-elle un peu inquiète.
- Tu as le visage couvert de suie, dit-il en portant sa main au front de Joey.
A son tour, elle passa alors deux doigts sur son front pour vérifier.
- J’ai été interviewé un pompier, dit-elle en s’activant d’avantage pour faire disparaître le noir en vain.
- Oh, parce qu’il t’a touché ??? s’étonna-t-il.
Joey écarquilla de grands yeux face à la réaction de Pacey.
- Oui, c’est vrai, dit-elle en dédramatisant la situation, il était tellement content d’être sorti indemne des flammes qu’il m’a un peu embrassé.
Elle se rendit dans son bureau et vida son sac sur la table.
Ahuri, Pacey la suivit.
- Un peu ??, répéta-t-il tandis qu’elle branchait son appareil photo à l’ordinateur.
- Tu sais ce que c’est. Dans le feu de l’action… Mais ça ne veut rien dire.
- Dans le feu de l’action ? reprit-il.
Joey posa soudain ses deux mains sur le bureau et le regarda dans les yeux en souriant.
- Bon Pacey, t’es mignon quand tu te fais des idées mais réagis un peu ! J’ai été interviewé un pompier ! répéta-t-elle. Il ne s’est pas transformé en chippendale pour se mettre à danser nu devant moi !! Je me suis appuyée contre le camion et je me suis moi-même peinturlurée le visage. Toute seule, comme une grande. Mais si ça peut te rassurer, en bon gentleman qu’il était, le fameux pompier ne m’a pas fait remarquer à quel point je devais être ridicule comme ça.
Pacey semblait septique.
- Pacey, finit-elle par dire pour le rassurer, ce n’est pas parce que tu trompes ta femme que je vais forcément en faire autant…
- Oh c’est très fin ça, dit-il avant de retourner dans le salon.
Joey leva les yeux au ciel se rendant compte de ce qu’elle avait dit. Elle le rejoignit donc. Il s’était assis et avait rallumé la télévision. Elle s’installa à côté de lui et réalisa qu’elle l’avait blessé. Elle posa alors son menton sur l’épaule du jeune homme qui restait impassible, plus triste qu’en colère.
- Excuse-moi, dit Joey. Je ne le disais pas dans ce sens là.
Voyant qu’il n’était pas décidé à parler, elle continua :
- Si tu me laisses vingt minutes pour envoyer mon article, je te laisserai retirer les dernières preuves de mon visage.
- Ce n’est pas drôle Joey, grommela-t-il.
- Vingt minutes, répéta-t-elle avant de retourner travailler.
L’édition du matin partait très tôt à l’imprimerie. Il fallait qu’elle envoie tout ça tout de suite ou bien sa sortie « d’urgence » n’aurait servi à rien.
Elle avait déjà fait le plus dure. Se rendre sur le terrain. Son article ne devrait pas dépasser les cent mots pour pouvoir intégrer la colonne réservée aux dernières minutes. Les pompiers ayant conclu à un accident, il n’y avait donc nul besoin de pousser l’enquête plus loin. Il s’agissait d’un simple travail de routine.
Elle sélectionna la photo appropriée, celle de trois sapeurs en train de lutter contres les ravages du feu. Elle sourit en pensant à la jalousie de Pacey. C’était si puéril, mais ça lui ressemblait tellement! Lui et son caractère si vrai et spontané.
Elle adressa son mail à Richard et cliqua enfin sur « envoyer ». Elle était maintenant débarrassée. Elle se rendit aussitôt dans le séjour et trouva Pacey endormi. Elle soupira en souriant tendrement. La nature avait finalement eu raison d’eux. Elle tira le plaid qui reposait sur le dossier du canapé et la rabattit sur lui. Elle s’allongea ensuite à côté de lui et enfouit sa tête dans son cou tandis que, machinalement, il passait un bras autour d’elle.
Ca avait son charme aussi, pensa-t-elle en fermant les yeux.
Une porte grinça, il devait être tôt. Pacey se réveilla en douleur. La lumière traversait les fenêtres du salon et l’éblouissait. Ses yeux, pas encore habitués à l’intensité du soleil, étaient agressés. Il les referma aussitôt et plaqua une main sur son visage.
- Tu es là ? dit-elle la voix ensommeillée.
- Je ne voulais pas te réveiller.
Il se redressa sur le canapé. Le sourire aux lèvres, elle vint s’asseoir à coté de lui et lui déposa un baiser sur les lèvres.
- Comment s’est passée ta soirée ? demanda Cléo.
Pacey se leva du sofa pour éviter de dévoiler son malaise et lança en même temps qu’il se dirigeait vers la cuisine :
- Oh tu sais, quelques bières entre hommes dans un bar. Rien de très intellectuel.
- Je vois le tableau, rit-elle en le suivant. Si je comprends bien c’était une chance pour moi de la passer seule.
Il la regarda passer à côté de lui. Elle s’activait à faire le café. Elle avait sur le visage ce petit sourire qu’elle arborait souvent lorsqu’elle voulait cacher sa tristesse. Se sentant responsable, Pacey se plaça derrière elle et l’entoura de ses bras en calant sa tête contre la sienne.
- Tu m’as manqué, mentit-il.
Certes il ne le pensait pas mais il s’en voulait et ne tenait pas à la faire souffrir. Elle n’y était pour rien et n’avait rien demandé. Il ne pouvait pas lui reprocher l’amour qu’elle lui donnait, ni sa gentillesse et sa tendresse. Le problème venait de lui. Et seulement de lui. Ou plutôt de Joey s’il fallait être honnête. Il y avait cette chose qui l’attirait fatalement à elle dès qu’il la voyait. Cette pulsion qui le prenait aux tripes et qui ne pouvait s’évanouir qu’une fois qu’elle était à ses côtés. Comme ça avait été le cas la veille. Il avait eu son image dans la tête toute la journée. Et bien qu’il ait prévu de ne pas la voir, il avait été irrémédiablement incapable de se raisonner. Il ne l’avait d’ailleurs quittée qu’au petit matin, après l’avoir déposée dans son lit.
A ce souvenir, il sourit et se dégagea de l’étreinte dans laquelle il enserrait sa femme.
- Je vais prendre une douche, la prévint-il.
- Qu’est-ce que tu dirais d’aller dîner dehors ce soir ? demanda-t-elle alors à la volée.
Il s’arrêta dans son élan et lui refit face. Il réfléchit un instant.
- Si tu veux oui.
Cléo lui sourit et il repartit.
Les jours passèrent et Pacey mena son même train-train habituel. Passant d’une maison à une autre. Jonglant avec un emploi du temps périlleux. Prenant des risques pour passer du temps avec Joey. Mais toujours pas assez au goût de la jeune femme. Joey avait l’impression de partager sa vie entre son bureau et son appartement. Elle s’interdisait de sortir de chez elle de peur de rater la visite impromptue de Pacey. Il ne prévenait jamais avant de débarquer. Cela pouvait arriver à n’importe quel moment. Pacey se disait ainsi spontané. Il aimait faire des surprises. Il lui avait d’ailleurs maintes fois reproché d’être trop réfléchie et de manquer de spontanéité. Mais comment caser de l’imprévu dans ces journées qui se limitaient à deux espaces-temps ?
Ce jour-là, elle avait été contrainte de prendre une journée de repos. En revenant de chez le médecin, elle s’était installée dans le sofa et avait étalé le plaid sur ses jambes pliées en tailleur. Elle se retenait pour ne pas vomir. La contrariété sans doute.
Dans un élan d’irréflexion, elle décrocha le téléphone et composa un numéro.
- Pacey ? C’est moi, dit-elle d’une voix douce et calme. Voilà… Je suis enceinte…et je te quitte. J’espère avoir été assez spontanée.
Elle décolla le combiné de son oreille et appuya sur la touche rouge qui clignotait. Elle mettait fin à la conversation en même temps qu’à leur relation. Elle savait que tôt ou tard la fin arriverait. Mais elle n’avait jamais pensé à cette alternative-là. Elle avait eu toute la journée pour y réfléchir et elle savait que Pacey ne quitterait pas Cléo. Il y avait bien trop de choses qui l’en empêchaient. Sans compter qu’il l’aimait malgré tout. Et une chose était sûre, elle ne tenait pas à élever cet enfant avec un père par intermittence. Il aurait un père tous les jours ou pas du tout. Lorsqu’elle avait été faire sa prise de sang dans la semaine, elle s’était préparée à cette éventualité. Bien que ce ne fût pas préparé, elle avait reconnu les symptômes. Il ne fallait pas sortir de Saint-Cyr pour faire l’analyse logique de tout ça. Et elle n’était pas fière d’elle. Comment pourrait-elle faire pour dire à son enfant que son père était absent.
Le jour commençait à baisser. Elle alluma l’halogène à côté du canapé et fixa le plafond. Elle avait de quoi réfléchir.
Aux alentours de 20h, on frappa de forts coups à la porte. Joey, qui était perdue dans ses pensées, sursauta au point de sentir les résonnements de son cœur dans sa tête. Elle savait qui c’était. Et visiblement impatient, Pacey recogna de la même façon.
- Joey ouvre ! Je sais que tu es là !
Elle se leva du canapé et se dirigea vers la porte d’entrée. Les bras ballants, elle regarda la poignée. Puis, quelques secondes plus tard, après avoir entendu une nouvelle fois Pacey l’intimer d’ouvrir, elle tourna le verrou et enfila la chaînette de sécurité dans le rail en fer.
- Tu ne peux pas me quitter et m’annoncer que je suis père en me laissant un message sur le répondeur et espérer que je ne dise rien.
Joey ferma les yeux et respira pour convaincre son cœur de cesser de battre aussi fort.
- Joey réponds-moi ! reprit Pacey en tapant plus fort.
Elle éteignit la lumière et se laissa glisser contre la porte. Elle ne devait pas ouvrir.
- Joey, soupira-t-il enfin en abattant une dernière fois son poing sur le bois qui le séparait d’elle. Je t’en prie.
Joey entoura de ses bras ses jambes repliées et cala son visage entre ses genoux.
Constatant l’infernal silence dans lequel elle s’obstinait, Pacey laissa retomber son bras le long de son corps et quitta les lieux la tête basse.
Le lendemain, surlendemain et jours suivants, il tenta en vain de la joindre au téléphone. Joey se contentait de se rendre au travail lorsque c’était d’une extrême nécessité et restait chez elle lorsque le travail qu’elle avait à abattre se limitait à des recherches sur le Web. Le téléphone ne sonnait plus. Et pour cause, elle l’avait débranché. Pacey pouvait s’éreinter à chercher à la joindre, elle n’en avait pas conscience et s’en portait mieux comme ça.
Il faisait encore nuit. Cléo se réveilla et regarda machinalement son radio-réveil. Il indiquait 03h47. Comme d’habitude dans ces cas là, elle se tourna du côté de Pacey avant de pouvoir refermer les yeux. Mais cette nuit encore, sa place était vide et froide. Cela faisait plusieurs nuits qu’elle se réveillait et qu’elle ne trouvait personne de l’autre côté du lit. Cela devenait inquiétant. La première fois, il lui avait assuré que des maux d’estomac l’empêchaient de dormir. Les fois suivantes, elle ne s’était pas forcément levée mais si c’était vraiment la cause de son absence dans le lit conjugal alors il devait guetter l’ulcère.
Cléo se leva et enfila la veste en laine noire qui gisait sur le rebord du lit. Lorsqu’elle sortit de la chambre, le bruit de la porte ne fit pas sursauter Pacey comme ce fut le cas les fois précédentes. Il ne bougea pas un cil.
Il était assis sur un fauteuil dans le salon, face à la baie vitrée de leur appartement qui, depuis le septième étage de l’immeuble, donnait sur les buildings et rues illuminés de Boston. Torse-nu, seulement vêtu d’un pantalon de coton noir et d’une barbe de plusieurs jours, il fixait l’extérieur, les coudes reposés sur ses genoux et le dos voûté.
D’un pas lent et endormi, Cléo s’approcha de son mari et s’assit sur l’accoudoir du fauteuil.
- Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda-t-elle calmement, d’une voix rassurante.
Pacey ne répondit pas. Cléo fixa alors elle aussi l’extérieur. Un court instant plus tard, il parla enfin.
- Je ne peux plus, lâcha-t-il en un souffle, sans bouger.
Cléo, attirée par ses paroles, refixa son regard sur lui.
- Tu ne peux plus quoi ?
- Faire semblant, avoua-t-il en fermant les yeux. Je n’en dors plus. J’ai cette douleur dans le ventre qui me tenaille sans arrêt et rien ne la fait disparaître. Je n’arrête pas d’y penser. Ce n’est plus possible. Il faut que je te dise tout.
- Tu en aimes une autre, n’est-ce pas ?
- Si tu savais à quel point.
Cléo ferma les yeux tandis qu’elle respira à fond. Il lui sembla qu’elle venait de recevoir un coup de couteau. Son corps fut rapidement traversé par quelques sanglots qu’elle contrôla aussitôt. Mais elle ne put retenir la larme qui coula sur sa joue.
- Je m’en veux. Tu ne peux pas savoir.
Pacey éclata en larmes. Il ne pouvait plus faire comme si. C’était devenu trop dur.
Se rendant compte de la difficulté dans laquelle il se trouvait, elle posa la tête de Pacey contre son ventre.
- J’ai essayé, continua-t-il en pleurs. Je t’assure. J’ai essayé de l’oublier mais même si je t’aime, je ne peux pas… Je ne peux pas…
- Vivre sans elle, termina-t-elle pour lui malgré la douleur que lui provoquaient ces mots.
- Je suis vraiment désolé, dit Pacey en se décollant de l’étreinte de sa femme pour refaire face à la fenêtre.
Honteux de la situation dans laquelle il se trouvait, non seulement le fait de faire subir une telle humiliation à Cléo, d’avouer une telle faute mais aussi d’être pris dans un tel état de faiblesse, Pacey reprit sa position initiale et se passa la main gauche sur le visage.
- J’en déduis que tu as pris ta décision.
- Je suis désolé, dit-il à nouveau d’un ton déchiré en baissant la tête.
- Je le sais, lui assura-t-elle. C’est la première fois que je te vois pleurer.
Elle se leva et lui tourna le dos en direction de la chambre.
- Ton sac sera prêt demain matin, murmura-t-elle avec tristesse.
Et elle disparut.
Pacey passa le reste de la nuit à regarder dehors et à voir le temps passer. Il se sentait à la fois mal et soulagé.
Au petit matin, Cléo entrouvrit la porte de la chambre et déposa doucement un sac de voyage plein des vêtements de Pacey. A ce bruit, il tourna la tête et eut tout juste le temps de voir la porte se refermer. Il comprenait qu’elle veuille rester seule.
Sachant qu’elle ne pourrait pas dormir après une telle annonce, elle avait passé le reste de la nuit à regrouper les affaires de Pacey en pleurant en silence. C’était sans doute l’épreuve la plus douloureuse qui lui eut été donnée de traverser. Et elle devait le faire seule.
Pacey récupéra le sac et s’immobilisa un instant dans le couloir pour jeter un dernier regard à cet appartement dans lequel il avait vécu si longtemps. Puis il s’en alla.
Il était très tôt, mais malgré tout, il se rendit chez Joey. Son paquetage sur l’épaule, tel un marin en permission, il monta les escaliers en réfléchissant aux circonstances. Les choses avaient pris un tour nouveau en si peu de temps ! Il lâcha son sac au pied du mur et prit une profonde inspiration avant de cogner trois coups sereins contre la porte. Il attendit. Ne l’entendant pas venir, il se résolut à sonner. Tant pis pour la violence du réveil et les voisins. Il réitéra son geste à quelques minutes d’intervalle.
- Ca va, ça va, j’arrive, grommela Joey en sortant de sa chambre.
Elle s’approcha de la porte en continuant de râler, les yeux mi-clos par le sommeil.
- Vous avez vu l’heure qu’il est ?
Elle entrouvrit alors la porte qui se bloqua presque aussitôt à cause de la chaînette de sécurité.
- 05h15, répondit Pacey.
Joey se figea lorsqu’elle reconnut sa voix. La fatigue et l’engourdissement de son visage s’évanouirent immédiatement.
- Qu’est-ce que tu fais là, Pacey ? soupira-t-elle. On en a déjà parlé. Je croyais avoir été claire.
Pacey plaça son pied entre le chambranle et la porte lorsqu’il la vit la refermer devant lui.
- Je me souviens ce que tu as dit. Mais les choses ont changé.
- Comment le pourraient-elles, l’interrogea-t-elle en secouant la tête septique.
- Je suis accompagné, tenta-t-il avec humour.
Joey fronça les sourcils. Elle n’avait pas envie de rire.
Il se baissa et ramassa son sac pour le lui présenter.
- Je lui ai parlé. Je suis parti. Je l’ai quittée.
Ne réalisant pas, Joey se passa la main dans les cheveux. Et se tut un long moment.
- Alors tu changes de maison et de femme dans la même journée ?
- C’est ce que tu voulais non ?
- C’est vrai, avoua-t-elle un peu perplexe. Mais je ne voulais pas te tendre un piège.
- Je le sais. Mais la vie à décider pour nous. Elle nous a donné un petit coup de pouce.
Je t’en prie Joey, la supplia-t-il. Donne-moi une seconde chance, une vraie cette fois. En suivant les normes. Un homme, une femme et un enfant. A plein temps.
Visiblement mitigée, elle l’observa sans dire un mot. Sûrement en réfléchissant.
- Si tu ouvrais cette porte. Et qu’on en discute face à face…, lui proposa-t-il doucement.
Elle ferma les yeux et passa sa main droite sur sa nuque. Pacey retint sa respiration jusqu’à ce qu’elle se décide. Elle referma la porte. Pour mieux ôter la chaîne de sécurité. Il respira à nouveau. Elle l’invitait à entrer chez elle avec un sourire qui traduisait timidement sa joie. Il pénétra dans l’appartement et referma la porte derrière lui.
- Est-ce que tu veux toujours de moi ? demanda-t-il finalement.
- Evidemment, avoua-t-elle émue.
A cette réponse, il ferma les yeux pour soupirer de soulagement puis prit le visage de la jeune femme entre ses mains pour y déposer un baiser sur chaque parcelle. Joey, une fois la surprise passée, rit en assistant à l’explosion de joie de Pacey. Puis il s’agenouilla devant elle et souleva son tee-shirt pour embrasser son ventre et le caresser.
- Tu verras, dit-il à l’abdomen de Joey, tu auras le meilleur papa du monde. J’assisterai à tes matchs de foot tous les week-ends et je t’aiderai à faire tes devoirs tous les soirs. On ira ensemble au Boston Stadium et…
Joey l’interrompit :
- Pacey, je ne suis enceinte que de quelques semaines, lui fit-elle remarquer. Il n’y a rien là dedans. Tout du moins il n’a pas encore d’oreilles. Et qui te dis que ce ne sera pas une petite fille.
Il leva les yeux vers Joey, dubitatif, puis les rebaissa sur son ventre.
- Il faut absolument qu’on demande au docteur le sexe de notre enfant Joey.
- Si tu veux chéri mais avant ça il faudra bien attendre au moins trois mois. Tu pourras patienter tu crois ? s’amusa-t-elle.
Pacey n’écoutait plus, il s’était arrêté au mot doux qu’elle lui avait adressé et il souriait béatement. Ils ne s’étaient jamais trouvés de petits noms à s’adresser l’un l’autre avant. Leur relation ne l’avait pas vraiment permis. Le peu de temps qu’ils pouvaient s’offrir ne leur laissait même pas le temps de s’éloigner pour mieux s’appeler, en réalité. Ils l’avaient toujours passé collé l’un à l’autre. Ce petit mot de cinq lettres traduisait l’évolution de leur liaison. C’était concret tout d’un coup.
- Quoi ? s’inquiéta-t-elle soudain.
- Rien, la rassura-t-il en continuant de sourire. Je t’aime.
Il l’embrassa.
- Si on allait se recoucher ? J’ai envie de dormir plus que quelques heures à coté de toi.
-FIN-
Bzzbzz (19.02.2006 à 02:26)