HypnoFanfics

A Life out the theatre

Série : Dawson's Creek
Création : 06.07.2006 à 21h39
Auteur : jenny 
Statut : Terminée

« La fille est un doux mélange de M.Williams dans Land of plenty et Dawson et de K.Winslet dans Eternel Sunshine of the spotless mind. Le titre français pourrait être "à la recherche de l'auth » jenny 

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Retour à la normale

Mmmmmh l’odeur des cookies, cuisant dans le four, qui envahit toute la maison… Le garçon y avait pensé tout au long du voyage qui le menait jusqu’à la demeure familiale. A peine avait-il franchi le seuil de la porte qu’une multitude de souvenirs d’enfance lui revint en mémoire. Il se revoyait déguerpir de la cuisine avec son cookie dérobé, sa mère brandissant une cuillère en bois et faisant mine de lui courir après. Il grimpait les marches quatre à quatre pour courir le plus vite possible dans le couloir qui menait jusqu’à la chambre. Là, sa sœur l’attendait et il dévoilait fièrement le trésor qu’il partageait avec elle.
Fiona : chéri, c’est pas trop tôt !
Elle accourut de la cuisine pour le prendre dans ses bras.
Joshua : comment ça va maman ?
Fiona : très bien !
Joshua : y’a de la fumée dans la cuisine…
Fiona : zut ! Ma dinde !
Et le garçon regarda sa mère se précipiter vers ses fourneaux.
Aisleigh: cette vieille ambiance de thanksgiving, ça fait bizarre hein?
Joshua : surtout en plein mois de juin…
Il prit sa sœur dans ses bras mais à peine s’étaient-ils dit bonjour que leur relation reprit comme s’ils habitaient encore sous le même toit. Aisleigh tira Joshua par la main jusqu’au salon où ils s’assirent sur le canapé.
Aisleigh : je veux tous les détails…
Joshua : pitié !!!... j’étais sur d’y passer…
Fiona arrivant avec des boissons : ah ne commencez pas sans moi !
Joshua : pourquoi c’est toujours le même manège ?
Aisleigh : aller, tu sais très bien que tu vas nous raconter…
Joshua : de toutes façons, j’ai besoin de vos conseils, alors voilà…
Et le garçon, comme à son habitude, racontait en détail tout ce qui se passait dans sa vie, et pour l’instant, une jeune londonienne prénommée Emy occupait toutes ses pensées.
Fiona : apparemment, la célébrité ne satisfait pas ton besoin d'amour (35)
Joshua : oh non… Je ne sais vraiment pas où nous en sommes, et encore moins où elle en est.
Aisleigh : l'avantage de ne pas savoir, c'est que ça vous laisse un tout petit peu d'espoir (23)
Fiona : tu lui en as parlé ? Qu’est ce qu’elle en pense ?
Joshua : et bien, pour tout vous dire… Non, nous n’en n’avons pas parlé.
Fiona : laisse faire le temps. Fais ce que tu as à faire, parce que ce n’est pas en te mettant au chômage que tu feras avancer les choses mais
Aisleigh, finissant la phrase de sa mère : mais ne l’oublie pas pour autant, et montre lui que tu penses à elle !

Joshua Jackson n’eut pas le temps de se rendre au Canada rendre visite à ses amis. En effet, à peine était-il arrivé chez sa mère que son agent l’appela pour lui annoncer qu’il avait été retenu pour jouer dans Bobby. Il fêta cette nouvelle en famille puis dut rentrer chez lui : le tournage était prévu très prochainement et il devait passer prendre le script. Il gara sa voiture en face de la William Morris Agency, au 151 El Camino Drive à Beverly Hills, prit un café avec son agent tout en discutant de son prochain rôle, et rentra travailler chez lui.

De son côté, Emy retrouva Charles et Sarah et se replongea dans l’écriture. Elle avait fêté l’anniversaire de Sarah comme il se devait, et le lendemain, chacune était restée sous la couette, l’abus d’alcool n’aidant pas pour aller travailler. Mardi 14 juin en fin d’après midi son téléphone sonna.
Emy : allo ?
Josh : tu vas pas me croire !
Emy : ravie d’avoir de tes nouvelles !
Josh : j’suis désolé de ne pas t’avoir appelé plus tôt, mais j’ai une grande nouvelle !
Emy, attendrie par la surexcitation du garçon : vas y, qu’est ce qui t’arrive ?
Josh : j’ai eu une audition ce matin et je suis pris pour le rôle dont je t’ai parlé !
Emy : mais c’est super !!!
Josh : le tournage commence aujourd’hui ! Je voulais juste te prévenir… Je ne sais pas quand je pourrai revenir à Londres.
Emy : ne te préoccupe pas de ça ! Je suis vraiment heureuse pour toi !
Josh : et comment ça va chez toi ?
Emy : tout va très bien. Je me suis pris une cuite avec Sarah mais bon, le train train habituel quoi !
Josh : tu sais, pour ce week end…
Emy : oui quoi ?
Josh : je sais qu’on était à L.A.,
Emy : oui…
Josh : ok, je me lance… Je euh… je ne voudrais pas qu’on considère ça comme une parenthèse…
Emy : tu peux expliciter un peu ?...
Josh : tu ne m’aideras pas hein ?
Emy : mmh mmh
Josh : très bien… écoutes, je tiens vraiment à toi. Et ce n’est pas parce que je vais être pris par un tournage que je tiens à en rester là…
Emy : écoutes Josh, tu as ta vie là bas, j’ai la mienne ici…
Josh : je sais. Mais laisse nous au moins une chance ! Il faut juste un temps d’adaptation !
Emy : mais quelle adaptation? Le cinéma, c’est à L.A. ! Pas à Londres !
Josh : écoutes, je dois filer, mais promet moi qu’on en reparlera.
Emy : tu sais comment me joindre
Josh : réfléchis y, d’accord ?
Emy : je tâcherai de trouver une petite place dans mes pensées…
Josh : je te rappelle dès que je peux.
Emy : d’accord. Passe une bonne journée !
Josh : toi aussi !
Emy : Josh ?
Josh, qui s’apprêtait à raccrocher : oui ?
Emy : encore bravo pour ton rôle.
Josh : merci !
Et chacun raccrocha.
Emy fut prise d’un étrange sentiment. Elle était profondément heureuse que Joshua obtienne le rôle qu’il désirait tant, mais elle ressentit comme un vide. Elle plongea le nez dans son thé au jasmin et se dit que samedi, peut être pour la première fois, une rose ne serait pas posée sur cette table, à côté de sa tasse. Un voile de déception passa dans ses yeux lorsque Charles vint la rejoindre.
Charles : alors ? Quelle nouvelle cache ton si joli sourire ?
Emy : une grande nouvelle : Josh a décroché un rôle dans un film.
Charles : et pourquoi cette tristesse dans tes yeux ?
Emy, reposant sa tasse : c’est bizarre hein ? Enfin… ça me ressemble pas !
Charles : tu veux dire, de tomber amoureuse ? Non, en effet.
Emy : je ne suis pas tombée amoureuse !
Charles : alors pourquoi ne portes tu pas ton pendentifs ?
Emy, faisant semblant de rien : quel pendentif ?
Charles : ton dé à coudre… Où tu l’as mis ? Toi qui ne t’en sépares jamais…
Emy : ne change pas de sujet… Nous parlions du rôle de Josh.
Charles : justement… Je suis persuadée qu’au fond, tu te demandes quand est ce que tu le reverras.
Emy : ne sois pas bête voyons ! Bon, tu viens au Waxy ce soir ?
Charles : sans doute oui.
Emy : le courant repasse entre toi et Sarah ?
Charles : à peu près. La situation n’est pas très confortable, mais avec le temps, ça ira mieux.
Emy, rassemblant ses affaires : bon, j’ai des courses à faire. On se retrouve au concert ?
Charles : pas de problème. A ce soir !

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Un homme et une femme, deux ans après

Mais en passant la porte, Emy percuta quelqu’un qui entrait.
Emy, sans lever le nez : désolée
Voix d’homme : Emy ?
Emy leva la tête, le cœur battant la chamade. Elle connaissait cette voix par cœur, même après tout ce temps. L’homme, tout juste la trentaine, était en tenue de travail. Brun, les cheveux courts, des cernes trahissant de courtes nuits, il avait un long manteau cachant négligemment une chemise qui faisait ressortir ses yeux bleus, qui la regardaient si profondément. Elle se noyait dans l’intensité de ce regard qu’elle avait si bien connu.
Emy, perdant son aplomb habituel: euh… je… Michael ?
Michael entraînant Emy à l’intérieur du pub tout en se frottant le front auquel la jeune fille s’était cogné: toujours dans ton monde à ce que je vois… comment ça va ?
Emy : je … bien !
Charles passa à côté et fut happé par Emy qui avait agrippé son bras comme on se rattrape à une bouée de sauvetage.
Emy : Chéri ! Je te présente Michael.
Charles, affichant une tête digne de Tex Avery : Chéri ??? (Puis voyant le regard sévère et implorant de son amie) enchanté Michael. Moi c’est Charles.
Emy soupira de soulagement, Charles ne l’avait pas abandonnée. Mais il reprit son chemin, faisant signe qu’il avait du travail.
Michael : ça fait tellement longtemps !
Emy : oui…
Michael : t’as pas changé.
Emy : euh… toi non plus.
Sans trop comprendre pourquoi, le cœur d’Emy battait un peu plus fort. Se replongeant quelques années auparavant, lorsqu’elle vivait avec lui, un mélange d’amertume et de nostalgie emplit tout son être, et son cœur se serra un peu plus. Après tant de temps… pourquoi son cœur réagissait-il ainsi ? Pourquoi ?
Michael : t’as le temps de boire un verre ?
Hésitante, Emy regarda sa montre. Elle était partagée entre son souvenir de colère qui l’avait envahie lors de son retour de Moyen-Orient, et le souvenir du couple heureux qu’ils avaient formé. Mais pourquoi son cœur s’emballait-il ???
Emy alors que sa tête disait non, elle s’entendit répondre: oui, avec plaisir.
Avec plaisir ??? Comment ça « avec plaisir » ! Comment avait-elle pu dire une chose pareille ? Il avait toujours eu la faculté de lui faire perdre ses moyens. Lorsqu’elle était avec lui, c’était comme si elle n’avait plus de personnalité, elle disparaissait et n’existait qu’à travers lui. Elle s’était pourtant jurée de ne plus jamais se laisser faire, lorsqu’ils s’étaient « séparés » (avait-elle eu son mot à dire une fois qu’il était marié ?), mais voilà qu’il apparaissait et elle n’arrivait plus à se contrôler ! Michael l’entraîna à une table, en lui passant la main dans le dos. Ce contact la fit frissonner. Il s’en rendit compte et ne s’en cacha pas.
Michael : je te fais toujours de l’effet ?
Emy, essayant de reprendre le contrôle de son corps : non, qu’est ce que tu vas imaginer ?
Charles repassa par là : bah qu’est ce que tu fais là ? Tu ne devais pas
Emy l’interrompant: non, rien ne presse… j’ai quelques minutes devant moi.
Charles ne voulut pas en rajouter : qu’est ce que je vous apporte Michael ?
Emy répondit à sa place : un capuccino !
Michael, le sourire aux lèvres et un regard dévoreur ce qui fit rougir la jeune fille : et Emy prendra un thé au jasmin.
Charles, un peu agacé par le garçon qui semblait transformer son amie: oui, ça je le savais, merci !
Et il disparut sans qu’Emy ne fasse attention au ton énervé qu’il avait emprunté pour répondre. En un éclair, les deux ex fiancés avaient retrouvé leur complicité de l’époque.
Michael : tu te souviens encore de ce que je bois ?
Emy : comment pourrais je oublier ? Tu te souviens, c’est comme ça qu’on s’est rencontré !
Michael : comme si c’était hier…
Emy déstabilisée de plus en plus par Michael, se racla la gorge avant de reprendre : alors, qu’est ce que tu deviens ?
Michael : je suis toujours boursier. Je suis revenu à Londres récemment.
Emy : tu ne portes pas d’alliance au travail ?
Michael, faussement gêné car il était en fait ravi qu’Emy ait remarqué ce détail : j’ai divorcé il y a quelques mois.
A partir de là, le temps passa très vite. Michael n’était pas ce salopard qu’elle s’était forcée à croire. Il était resté cet homme délicat, charmant, drôle, et intelligent qu’elle avait toujours connu. « Non, non, et non ! N’oublie pas qu’il t’a trompée avec ta meilleure amie et qu’il t’a très vite oubliée… » Se répétait-elle alors que Michael la regardait avec des yeux de merlans fris. Lorsqu’elle dut partir, il lui demanda s’ils garderaient contact. Encore une fois, son cœur et sa raison ne semblaient pas vouloir s’accorder sur la réponse… Heureusement, le fait que Charles arrive, jouant son rôle de « chéri », permit à Emy de reprendre ses esprits et de prendre congé de son ex-fiancé, sans aucune intention de le revoir. Le soir après le concert, Charles était décidé à obtenir des explications sur le comportement plus que troublant de la jeune fille. Elle s’était montrée comme hypnotisée, il ne l’avait pas reconnue. En une fraction de seconde, elle était comme une adolescente ricanant à chaque phrase d’un garçon, rougissant à la moindre réflexion, bref, elle était devenue un peu niaise, ce qui ne ressemblait absolument pas à la jeune fille sarcastique et franche avec laquelle il partageait son petit déjeuner tous les matins depuis deux ans.
Charles : tu m’expliques ?
Sarah, s’adressant à Emy qui n’était même pas encore assise à leur table: quoi ? Qu’est ce que t’as fait ?
Emy, à Charles : c’était Michael.
Sarah : attend. Michael ? LE Michael ???
Emy : oui.
Charles, réalisant enfin : QUOI ??? Mais pourquoi tu me l’as pas dit plutôt ?
Emy : quoi, t’aurais voulu que je pointe un grand panneau lumineux au dessus de sa tête ???
Charles : bon, c’était LE Michael. Et ton attitude alors ?
Emy : quoi, mon attitude ?
Charles : le « chéri », c’était quoi ?
Emy : un simple réflexe. Quand on croise un ex on n’avoue jamais qu’on est célibataire, c’est comme ça.
Charles : et tes ricanements ridicules, tes mains jouant nerveusement avec tes cheveux, les regards que tu lui lançais, et j’en passe !
Sarah : oh non. Me dis pas que tu
Emy : non ! Non, absolument pas !
Charles : mais je croyais que
Emy : je sais ! Mais il est pas du tout comme je voulais m’en souvenir. Il est drôle, charmant, intelligent
Charles : présent…
Emy : qu’est ce que tu veux dire ?
Sarah : bah, y’a pas si longtemps, j’en connais un, tout aussi drôle, tout aussi charmant et tout aussi intelligent, pour lequel t’as traversé l’Océan Atlantique…
Emy : mais qu’est ce que vous vous imaginez ? Que je sors avec Josh ? Que je craque pour Michael ?
Charles : bah si tu ne retombes pas amoureuse de Michael, je suis curieux de voir ce que ça donne quand c’est le cas ! Et je te signale que tu m’as fait passer pour ton copain mais ça ne l’a pas empêché de te draguer ouvertement !
Sarah : et tu sors pas avec Josh ?
Emy : primo, je n’oublie pas que Michael m’a trompée, et de toutes façons je ne le reverrais pas. Et deusio, je ne sors pas avec Joshua.
Charles : mais pourtant je croyais
Emy : et bien tu te trompais ! On s’est embrassé, d’accord, mais faut redescendre sur Terre ! Les célébrités : très peu pour moi. Et en plus, les relations longues distances : donnez moi un seul exemple pour qui ça a marché… Alors d’accord on a une bonne complicité, et après ?
Sarah : ce qui est bon signe, c’est que tu ne dis plus que tu n’éprouves absolument rien pour notre ami acteur.
Emy, visiblement gênée par ce détail, comme si elle ne s’était pas rendue compte de cette vérité : oui, bah je viens de vous le dire, la question ne se pose même pas. Bon c’est un interrogatoire ??? Vous voulez pas parler d’autres choses ?
Charles et Sarah se regardèrent puis d’une voix commune s’exclamèrent : Non !
Et c’est ainsi que les trois amis parlèrent toute la soirée de cette rencontre avec l’ex fiancé, et de la complexité de la relation qu’Emy entretenait avec Joshua Jackson.

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Woman on the moon

Pourquoi Joshua n’appelait-il pas ? Et pourquoi Emy se posait cette question dès son réveil ? Comme pour chasser cette préoccupation matinale, elle secoua la tête en se levant. Elle alluma son ordinateur, posa son café sur la table, et consulta ses mails. Tiens, une adresse inconnue… Bon, tant pis, la curiosité étant plus forte que le risque de virus, elle cliqua sur « ouvrir ». Un mail de Josh ? Son cœur fit un bond, il battait si fort qu’elle voulut se calmer avant de lire le mail. Mais pourquoi réagissait-elle ainsi ? Est-ce qu’une partie – ne serait-ce qu’une infime partie – de son corps finirait par écouter sa raison ? Résolue à reprendre le contrôle de ce cœur qui ne voulait pas se calmer, de ces mains devenues moites, de ces joues qu’elle sentit rosir, elle se leva brusquement et décida de prendre sa douche. Mais une fois dans la salle de bain, elle déboula dans le salon et se lança dans la lecture du mail. Elle écouterait sa raison dès le lendemain… Le sourire aux lèvres, le cœur battant, les mains tremblantes, elle ouvrit la fenêtre clignotante de l’ordinateur.

Subject : just hi !
Dated : 06/14/2006
From : [email protected]
To : [email protected]

Bonjour,
Je n’ai pas osé t’appeler. Tu vas trouver ça con, mais je me dis que le soir t’es crevée après le concert, et le matin j’ai peur de te réveiller (et je sais que tu n’aimes pas ça ! ;-D ). J’ai essayé d’appeler au pub de Charles mais personne n’a répondu. Bref : qu’est ce que vous devenez ? J’espère que tu lis toujours tes mails ? ;-) Le tournage se passe vachement bien, tu vas jamais me croire, mais j’ai rencontré Anthony Hopkins ! Enfin « rencontrer » c’est beaucoup dire, je l’ai croisé et j’ai essayé de lui parler, mais il avait une scène à tourner. Par contre j’ai discuté avec Sharon Stone, elle est géniale ! Je peux t’appeler ce soir (pour toi, demain matin pour moi) ? Envoie moi un mail ou un texto pour me dire.
Je t’embrasse,
Josh. 

Emy se jeta sur son clavier pour lui répondre. Puis elle effaça son mail. Ne pas se précipiter pour répondre : règle numéro 1. Non mais qu’est ce qui lui prenait ??? Elle n’était plus une adolescente depuis perpette, pourquoi réagissait-elle comme ça ? Oh et puis zut, elle se reprit et tapa rapidement :

Subject: ok!

Dated: 06/15/2006
From: [email protected]
To: [email protected]

A ce soir, j’espère que tu me raconteras tout en détail. N’oublie pas d’arranger ta crinière en te levant ;-), les épis font mauvais effet devant la caméra…
Emy. 

Devait-elle rajouter elle aussi « je t’embrasse » ? Ou « bisous » ?… Elle soupira d’énervement face à son attitude, secoua la tête, cliqua sur « envoyer » et se dirigea vers la salle de bain en se disant que Michael lui avait vraiment fait un lavage de cerveau la veille. C’était la seule explication plausible à son attitude.

La journée se déroula tout à fait normalement. Charles était assez affairé, mais cela ne posa pas de problème à la jeune fille qui s’était lancée dans l’écriture dès son arrivée et n’avait pas levé le nez, excepté pour le déjeuner. En fin d’après midi, le serveur arriva de nulle part, ce qui fit sursauter Emy.
Charles : démon à 11 heures…
Elle leva la tête vers la direction indiquée alors que son ami avait disparu. IL était là, à la porte, semblant chercher quelqu’un du regard. Que devait-elle faire ? Se cacher ? Lui faire un signe ? Dans un premier élan, elle s’enfonça dans sa chaise, mais en même temps, elle observa son bras se lever. Mais qu’est ce que faisait ce membre ? Il semblait possédé par elle ne savait quelle puissance indépendante de sa volonté. Elle tenta de le baisser mais il ne semblait pas vouloir lui obéir. Et pire que ça, elle entendit sa propre voix appeler : « Michael ! » Zut de zut ! Elle aurait voulu se couper le bras et devenir muette. Ou tout simplement, ne pas être venue au pub aujourd’hui. Tout aurait été si simple.

Joshua ouvrit les yeux bien avant son réveil. Dans l’incapacité de se rendormir (ce qui était assez extraordinaire car en temps normal, rien ne pouvait l’empêcher de dormir, parfois même jusqu’à midi), il se leva sans difficulté et pendant que son café chauffait, il alluma l’ordinateur.
Avec un immense sourire il lut le mail d’Emy et sans attendre davantage, il prit sa tasse de café d’une main et le téléphone de l’autre. Une sonnerie. Deux sonneries. Trois sonneries. Une chose était sure : la jeune fille n’était pas à côté du téléphone à attendre son appel. Au bout de combien de sonneries faut-il raccrocher pour ne pas sembler désespéré ?...
Elle observait le téléphone sonner. Au bout de combien de sonneries vaut-il mieux décrocher sans montrer qu’on attendait à côté avec impatience? Oh puis zut, elle décrocha.
Emy: Josh?
Josh: j’allais raccrocher.
Emy, mentant: j’étais en train de me préparer un thé.
Josh : comment ça va ?
Emy : bien. Alors, raconte moi ton tournage !
Josh : c’est super ! Y’a une tonne d’acteurs géniaux.

Discuter avec Joshua plongea la jeune fille dans la confusion. Elle se rendit compte qu’il lui manquait. Elle n’écoutait même plus ce qu’il lui racontait, elle n’écoutait que l’intonation de sa voix. Pourquoi se sentait-elle rassurée en l’entendant ? Était-ce parce que l’état dans lequel elle se trouvait depuis le retour de Michael l’inquiétait ? Elle n’arrivait même plus à se contrôler. Alors qu’avec Joshua, elle se sentait apaisée. Lorsqu’elle avait quitté son ex l’après midi même, elle savait que le seul moyen de l’éviter était de ne plus venir au pub. Mais elle n’avait aucune envie de changer ses habitudes à cause de lui ! Au fond, n’avait-elle pas envie de le revoir ? Elle avait peur d’elle-même. L’éviter ? Était ce le seul moyen de reprendre possession de son corps ? À cet instant, Joshua la rassurait. Elle n’avait aucune idée de ce qu’il lui racontait depuis quelques minutes, mais elle l’interrompit.
Emy : merci de m’appeler.
Josh : quoi ?
Emy : rien. Je voulais juste te remercier. Ça fait plaisir d’avoir de tes nouvelles.
Josh : je suis en train de te demander si tu as réfléchi à ce que je t’ai demandée la dernière fois et toi tu me remercies de t’appeler ?
Emy se dit qu’elle aurait peut être mieux fait d’écouter la conversation plutôt que de rêvasser. Au moins, elle aurait pu lui couper la parole à un moment plus opportun.
Emy : oh !…euh…
Josh : qu’est ce que je dois comprendre ?
Emy : mais rien. Euh…
Josh : qu’est ce qui se passe ? Tu vas bien ?
Emy : oui ! Oui ça va.
Josh : Emy, est-ce que t’es sure que tout va bien ? T’es pas comme d’habitude.
Emy, le ton de sa voix plus énervé qu’elle ne l’aurait voulu: mais oui ça va !
Josh : d’accord. Donc ?
Emy : donc ?
Josh : t’as pas écouté un traître mot de ce que je viens de te raconter…
Emy : si ! Enfin… Non ! Enfin… Je suis désolée, la journée a été longue.
Josh : je te demandais si tu pensais pouvoir venir à L.A.
Emy : quand ?
Josh : quand tu veux.
Emy : ah !...
Elle réfléchit au quart de tour. Ça lui permettrait d’échapper à Michael. Mais ce serait fuir, et elle ne voulait pas tomber dans la facilité. Bien sur, elle se sentait fragile depuis le retour des fantômes de son passé, mais elle voulait y faire face.
Emy : en ce moment, ça me semble assez difficile.
Josh : ah bon ?
Emy : oui… euh… ça serait trop long à t’expliquer.
Josh : je peux te poser une question ?
Emy sourit. Depuis leur rencontre, Joshua ne faisait que de lui poser des questions. La plupart du temps, elle trouvait un moyen de lui lancer un petit sarcasme, mais là rien ne lui venait.
Emy : oui quoi ?
Josh : est ce que tu penses, enfin est ce que tu as envie de nous laisser une chance ?
Houa! Ça c’était une question ! Il la préparait depuis longtemps celle là ? Vite, trouver quelque chose à répondre. Aller ! Dire n’importe quoi ! Combler le silence !... Maintenant !!!
Emy : euh… je…
Josh : d’accord, j’ai compris.
Emy : non, je suis un peu perdue en ce moment. On en est où nous deux ? Est ce qu’il y a vraiment un nous ?
Josh : c’est la question que je t’ai posée la dernière fois.
Emy : oui. (Après un court silence) Je sais pas. T’es à L.A., je suis à Londres…
Josh : mais sans ça ? Je ne te parle pas des détails pratiques, je te demande ce que tu ressens.
Ce qu’elle ressentait ? Ce qu’elle ressentait !!! Mais elle n’en avait aucune idée !!! Elle était perdue ! Elle avait l’impression d’être une petite fille et elle détestait ça ! Pire, elle trouvait ça ridicule, pathétique, à vomir ! Mais elle n’arrivait pas à reprendre le contrôle.
Emy : je ne sais pas ce que je ressens.
Josh : tu peux répéter ?
Emy : quoi ? Je sais pas ce que je ressens ! Point ! Je suis désolée !
Josh : c’est déjà ça ! Y’a pas si longtemps, tu me disais qu’il n’y aurait jamais de place pour autre chose que de l’amitié entre nous.
Et merde ! Deuxième fois qu’on lui faisait le coup. Ils s’étaient donnés le mot lui et Sarah ? Comment rebondir…Vite, il fallait retomber sur ses pieds…ohé ! Ses pieds !!! Jamais là quand on a besoin d’eux !!!  argh !
Emy : oui, bah… Ecoute je ne sais pas. Je ne sais plus ! Je suis désolée, je ne peux rien te dire d’autre. Mais t’es pas sensé aller travailler toi ?
Josh : merde !!!! Oui ! Bon, écoute, euh… on se rappelle, d’accord ?
Ouf ! Sauvée par le gong ! C’était moins une ! Mais voilà que des dizaines de questions s’enchaînaient dans sa tête.

Joshua attrapa ses clés, sa veste et claqua la porte. Au volant de sa voiture, il repensa à la conversation qu’il venait d’avoir. Malgré ce que lui avait dit Emy, elle ne semblait pas dans son état habituel. Que se passait-il à Londres ? Que lui cachait-elle encore ? Un pas en avant et trois en arrière… Arriverait-il à supporter cette danse longtemps ? Il n’était pas du genre à se prendre la tête, mais alors que le feu était passé au vert, son front reposait encore sur le volant, entre ses deux mains. Les klaxons des voitures le sortirent de ses pensées et il se résolut à se concentrer un peu plus sur la journée qui l’attendait.
Il rappela Emy le soir même (le lendemain matin pour la jeune fille). Il préféra de ne pas reprendre la conversation où ils l’avaient laissée et ils discutèrent de tout et de rien. Emy lui en était reconnaissante, elle ne se serait pas sentie la force de se poser les questions qui lui parasitaient l’esprit depuis plusieurs jours, et encore moins d’en trouver les réponses. Ils prirent ainsi l’habitude de se téléphoner tous les jours, même plusieurs fois par jour. Cependant, Joshua sentait qu’Emy avait changé. Plus de sarcasmes ? Plus de ping pong verbal ? C’était même elle qui l’appelait en sortant du concert et lui qui l’appelait après sa journée de tournage. Elle l’appela même au milieu de la journée… Pas de doute, il était ravi qu’elle ait envie de lui parler aussi souvent, mais tout ceci ne ressemblait pas à la jeune fille qu’il avait rencontrée. En fait elle ressemblait à la jeune fille qui l’avait rejoint à L.A., mais certainement pas à son amie extravagante et pleine d’aplomb qu’il avait abordé. Ces appels quotidiens renforcèrent leur complicité. Au téléphone, la plupart des gens disent ce qu’ils n’oseraient pas dévoiler si l’autre se trouvait en face. Vendredi soir, Emy était exténuée par cette semaine, épuisée d’avoir lutté contre elle-même puisqu’elle avait été confrontée à Michael tous les jours. Ils discutaient depuis plus d’une heure lorsqu’elle ne put combattre Morphée plus longtemps. Cependant, lorsque Joshua proposa de raccrocher, elle lui demanda si ça ne le dérangeait pas de continuer à parler pendant qu’elle s’endormait. Il avait donc monologué quelques minutes encore, en murmurant de plus en plus bas, puis raccrocha lorsqu’il fut sur que la jeune fille s’était endormie. Plus de doute : quelque chose avait changé. Ce n’était tout de même pas rien de vouloir entendre l’autre en s’endormant !



jenny  (06.07.2006 à 23:27)
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Le temps d’un week end
Déjà samedi soir… la semaine avait filé si vite que la jeune londonienne ne l’avait pas vu passer. Elle avait continué ses visites à Charles, malgré son anxiété depuis mardi, de voir Michael. Elle se détestait. Elle détestait sa faiblesse. Savoir qu’elle n’était pas capable de faire face à ses démons et fuir devant ses fantômes l’énervaient. Elle s’était pourtant résolue à ne pas changer sa tradition, mais elle restait inquiète par rapport à  elle-même. Tout au long de ce samedi 18 juin, elle s’attendit à voir une rose… mais rien à l’horizon. Même si elle qualifiait cette attention de la part de l’acteur d’obsolète, elle appréciait ce petit rituel du samedi. Enfin, il avait du travail en ce moment, elle ne pouvait pas exiger qu’il pense à elle… Surtout après lui avoir répété mainte fois qu’ils n’étaient qu’amis… Mais pourquoi se posait-elle ce genre de question ? Bon, une bonne douche et direction le Waxy O’Connor.
Contrairement à ses habitudes, elle arriva au pub de Piccadilly discrètement. Un peu en retard, elle ne chercha pas à voir Sarah et se dirigea directement vers la scène. Elle s’installa sur son tabouret, serra sa guitare contre elle et approcha le micro de sa bouche.
Emy : bonsoir tout le monde. J’ai décidé de changer un peu de répertoire musical… J’espère que ça vous plaira.
La salle se plongea dans le silence, impatiente de découvrir de nouvelles reprises de la jeune fille. Elle débuta par une chanson de Jewel : absence of fear.
Inside my skin there is this space.
Mon Dieu la porte venait de s’ouvrir. Et si Michael avait réussi à savoir ce qu’elle faisait le soir? Il était hors de question qu’il lui vole son refuge.
It twists and turns. It bleeds and aches. Inside my heart there’s an empty room. It’s waiting for lightning. It’s waiting for you.
Continuer de chanter. Surtout ne pas s’arrêter. Elle était maintenant persuadée que son démon était dans la salle. Elle sentait un regard inhabituel posé sur elle. Peut-être était-ce tout simplement parce qu’elle changeait de répertoire que cette sensation la prenait ?
And I am wanting. And I am needing you here. Inside the absence of fear. (…) My bones call to you. In their separate skin. I make myself translucent. To let you in, for. I am wanting. And I am needing you here. Inside the absence of fear.
Inquiète, elle cherchait du regard Charles, qui lui avait promis de venir. Continuer à chanter. Surtout, ne pas s’arrêter. Mais où était-il? Habituellement il s’installait dans les premiers rangs. Mais les tables étaient occupées par les habituées.
There is this hunger. This restlessness inside of me. And it knows that you’re no stranger. You’re my gravity.
Elle avait prononcé ces deux dernières phrases d’une manière particulière, se rendant compte qu’à travers ces paroles, elle s’adressait à quelqu’un en particulier. Une personne qu’elle s’était longtemps obligée à considérer comme un étranger, mais qui était devenue – comme les paroles l’indiquaient – sa gravité. Enfin elle aperçut Charles se lever. Où allait-il ? Trop tard, il avait disparu dans l’obscurité de la salle. Durant le reste du concert, elle se résolut à rester concentrée sur ses paroles, sans relever la tête, elle se plongea dans sa musique.
My hands will adore you though all darkness aim. They will lay you out in moonlight. And reinvent your name. For I am wanting you. And I am needing you here. I need you near. Inside the absent of fear.
Habituellement, elle chantait des chansons d’amour décevant, de cœur brisé. Mais contrairement à sa chanson « alone », elle se rendit compte qu’elle avait choisi ce soir un répertoire d’espoir, d’appel à l’aide. Ainsi la chanson suivante était Calling You, connue pour être la bande originale du film Bagdad Café. En effet, depuis plusieurs jours, elle avait la sensation que sa vie était devenue un désert insupportable, elle semblait lutter contre une tempête intérieure, lutter contre un vide qui l’envahissait, lutter contre elle-même tout simplement, et elle était épuisée. C’était cela aussi qu’elle exprimait à travers ces chansons. Un appel à l’aide, un besoin de soutien, la quête d’une main tendue à laquelle elle pourrait s’accrocher pour la sortir de la noyade. Elle fut prise d’un irrépressible besoin de s’enfuir. Elle aurait pris n’importe quel train, n’importe quel avion, n’importe quel chemin qui l’aurait emmené loin d’ici. La fin du concert arriva enfin, elle posa la guitare dans son étui et se rendit compte qu’elle tremblait. Allait-elle devoir affronter Michael encore une fois ? En était-elle capable ou allait-elle déclarer forfait et baisser les bras ? Elle descendit lentement de la scène, elle avait l’impression de gravir les quelques marches qui la séparaient de la salle, et non de les descendre. Sans lever les yeux, elle alla directement vers l’endroit auquel se trouvait Charles lorsqu’elle l’avait vu, priant intérieurement pour ne pas voir son ex.
Elle leva les yeux et tout à coup, son corps entier s’apaisa, alors que son cœur fit un bon dans sa poitrine et s’accéléra. Ils échangèrent un regard interminable. Telle une apparition, IL la regardait, en silence. Avait-il compris le message d’Emy ? Comment était-il là ? Depuis combien de temps ? Elle sentit des larmes de gratitude monter au fond de sa gorge. Se tenait-il vraiment devant elle ? Au fond d’elle, comme le disait la chanson, la jeune fille avait besoin de lui à ses côtés, mais comment aurait-elle pu penser que cela arriverait ? Une rose rouge dans la main droite, il lui tendit la main gauche en souriant sereinement. Cette main qu’elle avait tant espérée, cette main à laquelle elle pensait durant le concert… Cette main lui était tendue, tendrement, et il ne tenait qu’à elle de l’attraper, d’accepter cette bouée afin d’échapper à une noyade assurée.
Josh : je te raccompagne ?
Emy sourit, regarda Charles qui l’observait d’un air attendri, puis replongea son regard dans les yeux bleus verts de Joshua. Sans attendre la réponse qu’il pouvait lire dans le regard de la londonienne, il se leva, lui prit la main d’un geste tendre et l’entraîna hors du pub.
Une fois dehors, Emy se décida enfin à parler, alors qu’ils marchaient tranquillement dans les rues de Londres, en cette soirée de samedi 18 Juin. Il avait encore la main de la jeune fille dans la sienne.
Emy : comment ça se fait que tu sois là ?
Joshua : j’ai senti dans ta voix que quelque chose n’allait pas. Tu me traiteras peut-être de parano, mais j’ai voulu m’assurer par moi-même que tout allait bien ici, même si tu n’as cessé de me dire que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Emy : attend, t’as quand même pas fait tout ce chemin pour ça ?
Josh, faisant une pirouette de son bras pour le passer autour des épaules d’Emy : et bien j’ai cru apercevoir un canapé dans ton salon la dernière fois que je suis venu et j’avais très envie de l’expérimenter.
Emy explosa de rire.
Josh : ça me rassure de t’entendre rire. Ça prouve que tout n’est pas aussi sombre que Charles me l’a dépeint.
Emy inquiète: qu’est ce qu’il t’a raconté ?
Josh : et bien après m’avoir dit qu’il avait essayé de me joindre toute l’après midi – mais j’étais dans l’avion – il m’a fait part de son inquiétude à ton sujet, sans me dire vraiment de quoi il était question.
Emy : et pourquoi il voulait t’appeler ?
Josh : pour me demander de venir.
Emy, malicieuse: comme quoi les grands esprits se rencontrent !
Josh : apparemment, ça ne te dérange pas que je sois venu.
Emy, taquine: et qu’est ce qui te fait croire ça ?
Josh : tu ne m’as pas encore envoyé balader…
Emy le regardant avec complicité : ce ne serait pas poli de faire ça à quelqu’un qui vient de traverser l’Atlantique pour prendre de mes nouvelles.
Josh : oh oui, ce n’est que de la politesse bien sur.
Emy, espiègle: purement et simplement.
Josh : encore heureux que tu aies au moins cette qualité.
Ils partagèrent un sourire complice et Emy se sentit apaisée. Tout ce contre quoi elle luttait depuis plusieurs jours disparut et c’est le pas léger qu’elle rentra dans son appartement.
Josh, s’asseyant sur le fauteuil : bon, trêve de plaisanterie.
Ça y est. Il allait aborder le sujet… Mais pourquoi les hommes gâchent-ils toujours tout ? Elle allait devoir lui expliquer pourquoi elle était bizarre depuis quelques jours, alors qu’elle se sentait si bien en cet instant ! En apportant deux tasses de thé, elle le regarda, prête à affronter les interrogations du garçon.
Josh : ça ne te dérange vraiment pas que je prenne le canapé ?
Incrédule, Emy lui jeta un regard qui semblait signifier « quoi ? Tu te fiches de moi là ? ? C’est vraiment de ça que tu veux parler ? »
Josh continua, face au silence de la jeune fille : nan mais c’est vrai ! Je viens de faire des kilomètres, j’ai filé à l’aéroport en quittant le plateau, j’ai fait tout Londres pour trouver un fleuriste ouvert le soir pour te trouver une rose… Tu pourrais au moins me laisser ton lit !
Elle explosa de rire. Il avait cette faculté de tout tourner en dérision, de la surprendre et de la rassurer.
Ils passèrent la soirée à discuter de tout et de rien. Chacun repensait de temps à autres à ce qui s’était passé à Los Angeles. Comment devaient-ils se comporter ? Ils n’étaient pas un couple mais étaient plus que des amis… Dans cette confusion, ils laissèrent au temps le temps de faire son temps… Dans la quiétude de cette soirée, ils partageaient une complicité intacte. Emy lui avait un peu plus parlé d’elle, de son passé, de ses passions et de ses aspirations, ce qui n’était pas déplaisant au garçon qui se surprit à rêver des mêmes choses sans y avoir jamais pensé. Alors que Joshua racontait avec engouement son travail et le tournage de Bobby, Emy s’était endormie. Doucement, il la porta jusqu’à son lit. Il l’observait. Allongée ainsi, elle semblait si sereine, alors que dans la soirée, lorsqu’il était arrivé au début du concert, il lui semblait qu’elle portait tout le poids du monde sur ses épaules. Il s’assit sur une la malle qui servait de table de chevet et la regarda quelques instants. Un sourire discret se dessinait sur les lèvres de cet ange. Il aurait tant aimé être capable de la protéger, de faire en sorte que le rêve plaisant qu’elle semblait faire ne s’arrête jamais. Il sentit le sommeil le guetter à son tour. Prenant appui de ses mains sur ses cuisses, il se leva, se pencha sur Emy pour l’embrasser sur le front et s’éloigna vers le salon. Mais alors qu’il allait quitter la chambre, Emy, dans un murmure à peine audible, lui demanda de rester. Avait-il bien entendu ? Il aurait juré qu’elle dormait profondément. Il revint sur ses pas, la regarda avec attention et s’assit au bord du lit. Venait-elle réellement de prononcer « reste » quelques secondes plus tôt ? Elle ouvrit les yeux sans réellement en avoir conscience, dans un demi-sommeil. Elle le regarda avec intensité et semblait lutter pour ne pas succomber à Morphée. Il s’allongea près d’elle et dans un dernier effort, elle posa sa tête sur son torse et se rendormit immédiatement lorsque Joshua passa son bras autour d’elle.
L’odeur du café le réveilla. Combien de temps avait-il dormi ? Quelle heure était-il ? Encore déboussolé par le décalage horaire, il se leva. Emy était à son ordinateur. Ils prirent un café ensemble puis Joshua alla se préparer à la demande de la jeune fille. A peine était-il sorti de la salle de bain qu’elle l’entraîna dehors. Il eut tout juste le temps d’enfiler ses chaussures et d’attraper sa veste. Dans le métro, Joshua ne pensa pas à enfoncer sa casquette, ni à prendre ses lunettes de soleil. Des filles le regardaient, semblant le reconnaître sans en être sures. Bientôt ils arrivèrent aux bords de la Tamise. Emy partageait avec enthousiasme son intérêt pour cette promenade : des musiciens, des skatteurs, des bouquinistes, des promeneurs, des touristes : le lieu était très animé le dimanche. Enfin ils passèrent devant la Tate Modern et Emy lui promit de l’emmener visiter ce musée d’art moderne un jour. Apparemment, ce n’était pas là qu’elle l’entraînait. Ils continuèrent leur chemin en ce dimanche ensoleillé et arrivèrent bientôt à la grande roue se trouvant à côté de la gare Waterloo. Peu de temps après avoir embarqué, ils se retrouvèrent au sommet, surplombant ainsi toute la ville. Faisant un bref historique, Emy lui montra tous les monuments. Son enthousiasme passionna le jeune homme qui était suspendu à ses paroles. La lente progression de la roue leur permit de profiter pleinement de cet instant et Joshua semblait émerveillé par cette manière de découvrir la ville. Il sentait le vent, qu’il avait presque envie d’attraper tant il lui semblait palpable, le soleil semblait s’être levé uniquement pour lui réchauffer le visage, la terre paraissait ne soutenir que son poids. Il observait la Tamise s’écouler à son rythme sous les ponts londoniens et il lui semblait presque l’entendre suivre son chemin prédestiné. Emy l’observait. Elle avait réussi son effet. Elle souhaitait faire partager au garçon ce sentiment d’harmonie qui l’envahissait parfois, une fraction de seconde. Elle sortit alors son mp3 de sa poche et le donna au garçon. Il aimait découvrir les chansons qu’Emy écoutait. Il ne retint que deux phrases de celles qui résonnait dans ses oreilles, The Weight Of The World de Thom & Nackt: “I should not worry you say but who else is to care about you if not me” – “I won’t let them take your dreams from you”. À qui s’adressaient ces paroles? Il était incapable de dire si c’était le message qu’elle voulait lui faire passer, ou bien si c’était ce qu’elle espérait qu’il lui dise. Et quand bien même, était-ce si important ? Chacun d’eux soutenait l’autre à un moment de leur vie, et cette réciprocité bâtissait le couple qu’ils étaient en train de former, jour après jour.
Joshua était désormais beaucoup plus à l’aise dans la foule. Le métro ne semblait plus lui poser problème. Il laissa Emy au pub de Charles, prétextant avoir des choses à faire avant son départ, le soir même. Emy s’était donc installée comme à son habitude et Charles lui avait apporté son thé. Vingt-trois minutes plus tard précisément, son cœur se serra et ses mains se mirent à trembler lorsqu’elle l’entendit l’appeler.
Michael au sourire enjôleur: Emy ? Tu viens ici le dimanche aussi ?
Elle leva les yeux et le regarda comme on regarde un ennemi, dans l’attente du coup fatal. Il s’assit en face d’elle. Elle ne l’en empêcha pas.
Emy : bonjour Michael.
Michael interpella Charles : un irish-coffee s’il te plait.
Emy sentait la colère monter en elle. Elle était comme habitée par un fantôme qui n’attendait que de pouvoir s’exprimer, mais il n’y arrivait pas encore. Comme tout au long de cette semaine, ils passèrent un bon moment, et bientôt Emy ne se retourna plus vers la porte dans l’espoir de voir arriver Joshua. Deux heures plus tard, Emy sentit une main lui balayer les cheveux et se poser sur sa nuque d’un geste tendre et un souffle chaud dans son cou. Joshua lui déposa un baiser sur la tête et s’assit entre elle et Michael.
Joshua tendit la main à Michael : bonjour, je m’appelle
Emy le coupa : Jack !
Joshua la regarda sans comprendre. Il allait la corriger lorsqu’elle lui envoya un coup de pieds sous la table.
Michael : enchanté, moi c’est Michael.
Emy semblait très mal à l’aise, mais Joshua détendit l’atmosphère comme à son habitude, et Michael se fit moins pressant envers Emy. Après quelques minutes, Michael regardait Joshua avec insistance.
Michael : je t’ai pas déjà vu quelque part ?
Joshua perdit son sourire. Il regarda Emy pour lire dans son regard s’il pouvait dire la vérité à Michael. Mais il réalisa immédiatement que si la jeune fille avait confiance en cet homme, elle ne l’aurait pas rebaptisé Jack.
Josh : on me confond souvent avec un acteur de série.
Michael : ah ça doit être ça.
Michael ne se préoccupa alors plus de Joshua. Cependant, plus les minutes passèrent, et plus Emy avait l’impression d’assister à un combat de coq. Michael venait d’apprendre qu’Emy chantait en public, chose qu’elle n’avait pas osé faire lorsqu’ils avaient été en couple.
Josh : attend, tu crois pas qu’Emy pourrait écrire et chanter ses propres chansons ?
Michael : je dis pas qu’elle n’en serait pas capable ! Je dis juste que, selon moi, c’est beaucoup mieux qu’elle se contente de fredonner celles des autres. C’est tout.
Emy essayant d’intervenir : je…
Josh : franchement je comprends pas. Quand on a autant de talent, on ne peut pas se contenter d’interpréter les paroles des autres ! Il faut oser se mettre en danger, se dévoiler !
Michael : je vois pas en quoi ça peut intéresser les gens. Ce qu’ils veulent entendre le soir en buvant leur bière, ce sont des airs connus et apprécier la soirée avec un bruit de fond qu’ils connaissent.
Josh, soupirant : je peux vraiment pas croire ça ! Tu l’as déjà entendue chanter ?
Michael : oui, elle chantonne, c’est sympathique à entendre
La mâchoire de Joshua tomba, était-il réellement en train de discuter avec un ami d’Emy ?
Josh, à Emy : et toi, qu’est ce que t’en penses ?
Michael : oui c’est vrai ! T’as vraiment envie d’être sur scène, avec tes compositions, et risquer de te ridiculiser en public ?
Josh : mais qui te dit que les gens se moqueraient d’elle ! Elle a déjà un succès dingue !
Emy : ého ! Vous permettez ? Ça fait dix bonnes minutes que vous parlez de moi ! Vous avez pas un peu l’impression que je suis transparente là ?
Michael : c’est bien pour ça que j’essaie de raisonner ce mec !
Josh : me raisonner ??? Emy, c’est simple
Michael : oui c’est simple : tu vas composer et chanter tes propres chansons ou pas ?
Emy, n’en croyant pas ses oreilles : je… QUOI ?
Michael : bah t’es d’accord avec moi ou avec Jack ?
Emy regarda Joshua, puis tourna la tête vers Michael avant de reporter son attention sur Joshua.
Enervée, se levant brusquement et, prenant ses affaires à la hâte, elle leur lança : vous semblez si bien me connaître, je vous en prie, décidez de ce dont j’ai envie !!! En attendant, allez vous faire foutre, j’ai autre chose à faire !
Et elle se dirigea vers la sortie du pub. Une fois dehors, elle leva les yeux au ciel en soupirant. Allait-elle continuer à fuir sans cesse ? Elle réfléchit à ce qui venait de se passer. Malgré le fait que Michael l’ait encore une fois diminuée, elle n’arriva pas à lui en vouloir réellement. Puis elle réalisa ce qui se cachait derrière les paroles de cet homme : il ne voulait pas écouter ce qu’elle avait à dire. C’était ça. Se contenter de chanter les chansons des autres permettait aux gens de lui donner n’importe quelle histoire, n’importe quelle personnalité. C’était ça ce qu’aimait Michael : lui greffer tout ce qu’il aimait chez une femme et lui faire croire qu’elle était réellement ainsi. C’en était trop. Elle rentra en trombe dans le café, jeta violement ses affaires sur la chaise qu’elle avait occupée quelques instants plus tôt et regarda son démon droit dans les yeux.
Emy : dégage.
Les deux garçons se regardèrent, abasourdis.
Emy : tu m’as bien entendu. Fous le camp. Disparais. Et profites en pour disparaître de ma vie. Je ne veux plus te voir. Je ne veux même plus savoir que tu existes. C’est fini.
Michael regarda Joshua avant de reporter son attention sur la jeune fille : mais qu’est ce qui t’arrive ? T’es devenue folle ?
Joshua n’avait jamais vu Emy dans une telle colère. Mais c’était dans son habitude de détendre l’atmosphère et, mimant l’étouffement, il ne put s’empêcher de commenter dans sa barbe : argh, c’est pas nouveau.
Emy aurait pu être amusée par cette remarque si la situation avait été différente. Mais elle était décidée. Sa colère lui avait permis de retrouver toute la force qu’elle s’était construite ces deux dernières années.
Emy : j’ai jamais été aussi lucide. Je te conseille de sortir ou bien (désignant Charles et un autre serveur) je demande à ce qu’on le fasse.
Michael, interloqué, ne comprenant pas ce revirement de situation, se résolut à prendre ses affaires lorsqu’il vit Joshua se lever et retrousser ses manches, décidé à ne pas attendre l’intervention des autres. Il sortit rapidement du pub après avoir lancé un regard à son ex qui en disait long. Joshua se rassit lorsque Emy prit place à la table.
Joshua : ça va ?
Emy, un sourire apaisé sur le visage : soulagée. En fait, je crois que c’est la première fois depuis longtemps que je ne me suis pas sentie aussi bien !
Joshua la regarda, perplexe, avec son éternel regard interrogateur : tu veux qu’on en parle ?
Emy se rendit compte qu’elle était prête à lui parler. Elle n’était plus habitée par ses fantômes, et réalisa qu’elle n’avait plus ce sentiment profond de peur qui l’obligeait à se protéger. Elle lui raconta alors qui était Michael, qui il avait été quelques années plus tôt et pourquoi elle n’avait pas voulu que Joshua lui dise qui il était. Elle savait pertinemment qu’il était prêt à tout pour se faire un peu d’argent et elle ne voulait pas que l’acteur soit assailli par les paparazzi durant les quelques heures qui lui restaient avant son avion. Joshua lui raconta alors où il avait disparu un peu plus tôt. Il avait peut-être trouvé un petit appartement. En effet, il songeait à s’installer dans la capitale anglaise, quitte à faire des allers-retours lorsqu’il aurait des tournages. Emy sentit son cœur s’accélérer et une panique l’envahir.
Emy : attend une minute... Pourquoi ?
Joshua : comment ça pourquoi ?
Emy : pourquoi tu veux vivre ici ? Me dis pas que c’est pour moi !
Joshua : et bien…
Emy : on nage en plein délire là ! On s’est embrassé qu’une fois !
Josh jouant nerveusement avec son verre, sentant la situation lui échapper: deux fois pour être précis.
Emy, sans relever cette remarque : tu ne me connais même pas ! Je ne nie pas qu’il y a quelque chose entre nous, mais y’a pas de quoi tout abandonner pour moi !
Josh : ého ! Pourquoi tu t’emballes là ! Si on n’essaie pas, on ne peut pas savoir si ça vaut le coup ou pas !
Emy haussant le ton: mais pour essayer tu veux tout abandonner ! C’est de la folie ! Mais qu’est ce qui te prend !
Josh parlant plus fort à son tour: c’est à moi que tu le demandes ? Je te demande pas de m’épouser, je veux juste passer un peu plus de temps avec toi !!!
Emy : mais tu vas pas tout quitter juste pour ça !?!
Josh : tu crois pas que c’est à moi de décider ce qui vaut la peine que je prenne une telle décision ?
Emy, réalisant qu’ils criaient depuis le début de leur conversation : on est en train de s’engueuler là ou quoi ???
Josh se calmant: la seule question qui se pose c’est : est ce que t’es prête à prendre le risque de me laisser entrer dans ta vie ? Parce que moi, je suis honnête au moins, je veux tenter le coup !
Emy était interloquée. Il était prêt à quitter ses amis, sa famille, tout ce qu’il connaissait, juste pour voir si ils pouvaient former un « nous ». Après avoir été étonnée, anxieuse, elle se laissa le droit d’être heureuse et excitée à l’idée d’apprendre qu’elle pourrait voir l’acteur plus souvent et voir ce que le futur lui réservait.
Emy calmement: oui.
Josh : oui quoi ?
Emy : oui, je veux prendre le risque de te laisser entrer.
Le visage de l’acteur s’éclaira et tout malaise entre eux se dissipa. Les heures passèrent, Charles et Sarah les avaient rejoints et le groupe d’amis était heureux de se retrouver. Charles observait Joshua et Emy s’échanger des petits regards. Dans ces moments, il avait l’impression qu’ils étaient seuls au monde. Ils semblaient se comprendre sans avoir besoin de parler, et il savait très bien ce que cela signifiait. Sarah semblait avoir remarqué la même chose. Emy paraissait heureuse, comme une personne qui commençait une nouvelle vie. Joshua partit à l’aéroport en fin de soirée.
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Sur le plateau de tournage, c’était l’effervescence. La maquilleuse pestait après Joshua Jackson qui avait des cernes impossibles à camoufler, le réalisateur n’avait pas eu son café, certains acteurs étaient en retard, heureusement, Sharon Stone et Joshua semblaient garder leur calme (ou bien étaient-ils tout simplement encore endormis). Le tournage commença enfin et Joshua Jackson ne pensa plus à rien.
Le réveil sonna et la jeune londonienne tenta de l’ignorer en serrant son coussin sur ses oreilles mais rien n’y fit. Abdiquant devant cet ennemi matinal, elle posa le pied droit sur le sol, arrêta son réveil de la main gauche et se dirigea vers la salle de bain afin de se préparer à affronter cette journée. Comme à sa nouvelle habitude, elle appela Joshua en prenant son café, alors qu’il rentrait chez lui en fin de journée. Ils discutèrent une bonne heure avant qu’elle ne se résolve à partir travailler. Elle passa voir le vieil Harold, son éditeur potentiel, pour lui faire part de son travail. Il sembla enthousiasmé et était impatient de lire le roman de la jeune fille.
Emy : vous l’aurez avant l’été, c’est promis !
Harold : j’espère bien ! Allez, file te remettre au travail !
Emy : je suis déjà partie !
Le vieil homme regarda sa jeune protégée filer et se fondre dans la foule. Elle lui apportait toujours un vent de fraîcheur lorsqu’elle venait et c’est avec un sourire sur le visage qu’il profita du rayon de soleil que la jeune fille lui avait laissé.
La semaine était passée sans que personne ne s’en rende compte. Le mois de juin apportait avec lui les touristes venus profiter de la capitale anglaise et Charles ne faisait presque plus de pause, Sarah était partie quelques jours rendre visite à sa famille et Emy s’était plongée dans l’écriture avec une inspiration dévorante. Le samedi soir, les trois compères furent enfin réunis autour de leurs boissons, à une table du Waxy après le concert habituel d’Emy. Joshua ne put les rejoindre. Son aller-retour du week end précédent n’avait pas été sans conséquence sur son travail de lundi, et il ne voulait pas décevoir l’équipe du tournage qu’il avait tant voulu intégrer. Pour faire oublier son absence, il avait tout de même repris son rituel et Emy trouva une rose devant sa porte, discrètement déposée par Charles, et ils passèrent une bonne partie de la nuit au téléphone, avant de reprendre leur conversation dès le dimanche matin.
Emy : donc t’as plus qu’une semaine de tournage ?
Joshua : à priori oui. J’espère pouvoir être là samedi soir pour ton concert.
Emy : pas avant ?
Joshua : tu te fiches de moi là ?
Emy, espiègle : un peu…
Joshua : la semaine dernière, je suis venu vendredi soir parce que…
Emy : parce que ?
Joshua : parce que j’avais mes raisons ! Mais là, il faut vraiment que je dorme et…
Emy : et quoi ? Qu’est ce qui se passe ?
Joshua : et vendredi soir je vois une amie. Disons que je dois dire au revoir à une amie.
Emy : quelle drôle d’idée ! Elle part où ?
Non, elle ne partait pas. C’est lui qui décidait de tourner une page. Il savait qu’il ne reverrait plus Katie. Pas en raison de son déménagement, mais à cause de leurs vies qui se déliaient. Et en souvenir de tout ce qu’elle avait été pour lui, de tout ce qu’ils avaient vécu, de leur amitié, il voulait lui faire ses adieux de la manière dont leur histoire le méritait. Les amitiés ne se perdent pas, à moins de se rendre compte que les chemins se séparent. Au lieu de courir après le passé et de tout faire pour l’empêcher de nous glisser entre les doigts, il fallait savoir l’apprécier et regarder l’avenir avec sérénité. Il devait faire une chose qu’il ne se serait jamais cru capable de faire, une chose qu’il n’aurait jamais pensé avoir à faire : tourner la page de son amitié avec son ancienne partenaire, son ex, sa meilleure amie, son âme sœur… tirer un trait sur Katie. Il ne pouvait pas lui en vouloir, ni à elle, ni à lui-même. Aucun d’eux n’avait de reproche à se faire. La vie les avait séparés, pas eux.
Ça lui faisait du bien de pouvoir se confier, de savoir qu’Emy l’écoutait sans juger son amie, qu’elle ne critiquait l’attitude ni de l’un ni de l’autre, qu’elle était présente, tout simplement. Ainsi, vendredi soir, il verrait Katie pour la dernière fois probablement. A cette pensée, son cœur se serra. Ils avaient vécu tant de choses, elle avait été tout pour lui à un moment de son existence. Emy le comprit très bien et partagea sa peine à l’idée de quitter une amitié importante.
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Emy descendit en trombe de la scène et fonça vers la table de ses amis. Elle sauta sur le garçon qui était resté assis de dos et ne se plaignait pas des bras qui entouraient soudainement son cou.
Emy : alors comme ça on arrive en retard ?
Josh : mon avion n’a pas décollé à l’heure. Mais je n’ai raté qu’une seule chanson !
Charles, attirant l’attention d’Emy sous la table : il a même apporté son sac.
Par manque de place, Emy s’assit sur les genoux de Joshua qui la prit par la taille.
Josh : ouais ! Je suis venu directement de l’aéroport !
Sarah : t’es même pas passé à ton appart prendre une douche ?
Josh : non, j’ai même pas encore récupéré les clefs.
Sarah : beau brun, parlons franchement.
Josh : hein ?
Sarah sérieuse: tous les hommes m’aiment
Josh, semblant s’étrangler avec sa bière : mmmh
Sarah : et tu es un homme…
Josh, toussant en souriant : mais encore…
Sarah : quand annonceras tu notre folle passion au monde entier ?
Emy et Charles accompagnèrent Joshua dans son fou rire.
Josh, resserrant un peu plus son étreinte autour de la taille d’Emy : Sarah, tu peux faire tous les syllogismes que tu veux, Emy sait très bien ce que j’en pense…
Emy : vraiment ?...
Josh : ne fais pas l’innocente…
Emy, à Sarah : y’a du monde ce soir !
Josh : écoutez la changer de sujet…
Charles : si peu…
Sarah à Emy: normal qu’il y ait du monde, on est en juillet. Les vacances amènent les touristes…
Josh : déjà le 2 juillet…
Charles : ouais ! Je me suis pas assis une seconde aujourd’hui !
Emy : sauf ce matin pour notre petit déjeuner.
Charles : heureusement, les touristes ne sont pas aussi matinaux…
Sarah : d’ailleurs, il vaudrait mieux que je retourne derrière le bar…
Josh : à plus tard ! (Une fois la serveuse partie) Alors expliquez moi… Comment ça se fait que vous ne soyez pas au concert du Live 8 ????
Charles : on l’enregistre.
Josh : c’est ça votre excuse ??? Nan mais attendez, y’a LE concert du siècle à quelques centaines de mètres et vous…
Emy : on travaille…
Charles : c’est pathétique…
Josh, observant Sarah servir les boissons aux nombreux clients : ce qui est curieux, c’est qu’il y ait du monde en ville !
Charles : moi j’y serai bien allé, mais seul c’est nettement moins drôle…
Josh : il est pas trop tard…
Emy, se levant en prenant Joshua par la main : non, on a autre chose à faire !
Josh : ah bon ?
Charles : vous m’abandonnez ?
Emy, jetant à Charles un regard qui en disait long : oui !
Josh : t’es pressé ?
Emy : tu dois aller récupérer tes clés et je veux t’emmener quelque part.
Charles : à demain alors !
Josh : prend pas cet air vexé…
Emy : ça te va pas du tout…
Charles : (pour lui-même mais assez fort pour se faire entendre) ils en sont déjà à finir les phrases de l’autre… (Puis au couple) allez y, disparaissez…
Josh : bonne soirée vieux !
En descendant du métro, Emy entraîna l’acteur dans les rues londoniennes.
Josh : je peux savoir où tu m’emmènes ?
Emy : non !
Josh : on est obligé de marcher aussi vite ? Depuis que j’ai posé mes affaires chez moi tu cours !
Emy : je cours pas, je marche vite, nuance…
Josh : très bien, et vers où marches tu si vite ?
Emy s’arrêta brusquement, ce qui ne fut pas sans rappeler à l’acteur sa première rencontre avec elle.
Emy, ouvrant grand les bras en présentant l’endroit où ils étaient : tadeinh !
Joshua leva les yeux avec son éternelle expression interrogative.
Emy : c’est une patinoire !
Josh : oui, je vois bien, mais qu’est ce qu’on vient faire là ?
Emy : attention, ça va t’étonner ; on va patiner !
Josh : je m’en serai pas douté ! Et entrer par effraction fait parti de tes talents cachés je présume ?
Emy : ne sois pas bête… On a tous mis la main à la pâte pour réserver la patinoire.
Josh : qui ça « on » ?
Emy : Sarah, Charles et moi. On voulait te faire un cadeau d’anniversaire, mais on n’avait pas d’idée. J’ai pensé que tu n’aurais pas voulu faire un truc où il y aurait du monde, et je t’ai entendu dire que tu voulais voir tes amis pour faire du hockey. Ce qui a du tomber à l’eau avec ton tournage. Bref, on s’active parce qu’on a pu ouvrir la patinoire pour deux heures seulement.
Josh regarda la jeune fille toute excitée par sa surprise : t’es extraordinaire !
Emy balayant cette remarque de la main: ouais, je sais… (Elle lui reprit la main et l’entraîna de plus belle) Aller viens vite !
Quelques instants après, chaussures aux pieds, Emy s’approcha de l’étendue glacée.
Josh, évoluant avec facilité sur la piste : tu viens pas ?
Emy : si si…
Josh : t’as jamais mis un patin, c’est ça ?
Emy : ça se voit tant que ça ?
Josh glissa jusqu’à elle et lui prit les mains : tu vas voir, c’est facile.
Il glissa à reculons, guidant ainsi Emy sur la piste. (36)
Josh : tu vois, c’est pas si compliqué !
Emy : non, il suffit de bien rester accrochée !
Josh : mais non ! Tu t’en sors très bien toute seule. Entraîne toi un peu, je reviens.
Emy : non non non ! Il en est pas question ! Tu ne me lâches pas !!!!
Josh, laissant glisser ses mains de l’étreinte de la jeune fille : quelques minutes, je me dépêche.
Emy : et tu vas où ?
Joshua ne répondit pas et disparut. Emy s’appliqua à avancer de quelques pas mais se retrouva très vite sur les fesses. Bon, rien d’honteux, le garçon n’était pas là. En se relevant, elle ferait comme si de rien n’était… zut ! Encore fallait-il se relever sans retomber ! Impossible de rester sur ses pieds, à chaque nouvelle tentative, elle retombait de plus belle. Elle n’entendit pas les patins du garçon glisser jusqu’à elle. Il se pencha alors qu’il était derrière elle et la prit par la taille pour la relever.
Josh : quand t’auras fini de cirer la glace avec tes fesses, on pourra peut être avancer !
Emy : on ne se moque pas !!! Et t’étais passé où d’abord ?
Elle n’eut pas besoin de réponse, à la seconde même où elle avait posé sa question, la musique résonna dans toute la patinoire.
Josh : c’est tout de même mieux de glisser en musique, tu ne crois pas ?
Emy rétorqua par une grimace alors qu’elle perdait à nouveau l’équilibre.
Josh : ne te concentre pas sur tes pieds. Le patin, c’est comme une danse, avec l’équilibre en plus. Efface de ton esprit que tu n’as jamais mis les pieds sur la glace. Ferme les yeux et image toi glisser.
Une nouvelle fois, il lui prit les mains et la guida. Les yeux fermés, elle se laissa entraîner. Délicatement, Joshua lâcha sa main droite alors qu’Emy continuait à évoluer, de plus en plus facilement. Quand il sentit la légèreté dans les mouvements de son amie, il lâcha doucement sa main gauche, tout en la laissant près de la jeune fille, si elle éprouvait le besoin de trouver un soutien.  Lentement, elle ouvrit les yeux. Elle avait l’impression de voler. Le temps était suspendu, ils étaient seuls au monde, pour deux petites heures. Alors qu’Emy glissait, un sourire se dessina peu à peu sur ses lèvres. Joshua lui tendit la main, l’invitant alors à danser au rythme de la chanson qui débutait. Alors que les paroles de Something stupid résonnaient dans la patinoire, le couple évoluait avec grâce sur la glace. La chanson parlait pour eux, exprimant les sentiments qu’ils n’osaient dévoiler. Une tendre complicité les rapprocha alors qu’Emy faillit trébucher. Mais Joshua tendit le bras et la jeune fille prit appui pour retrouver l’équilibre. Son cœur battit plus fort lorsque son corps se colla à celui du garçon qui s’était arrêté. Elle leva les yeux vers lui. Une nouvelle fois chacun cherchait à sonder les pensées de l’autre. Il sentait son pouls cogner dans ses veines. Il resserra alors son étreinte autour des hanches de la londonienne, qui ne chercha pas à s’en dégager. Ils n’entendaient plus la musique, ils ne sentaient plus la glace sous leurs pieds, ils se plongèrent dans la profondeur du regard de l’autre. Lentement Joshua rapprocha son visage de celui d’Emy. Il allait l’embrasser alors qu’une multitude de questions embrouillait son esprit. Beaucoup de choses avaient évolué depuis leur rencontre. Aujourd’hui, dans la froideur de la nuit, rien ne semblait plus pouvoir les séparer. Mais aujourd’hui, plus que jamais, il savait que leur baiser représenterait un pas en avant. Il n’avait pas l’intention de repartir aux Etats-Unis et Emy ne semblait plus vouloir le fuir. Etait-elle prête pour cela ?
Joshua murmura : dans quelques secondes, je vais t’embrasser. Sache que je ne partirai pas, ni demain, ni après. Si tu ne veux pas que je m’approche davantage, dis le maintenant.
Emy chuchota : je n’avais pas l’intention de t’arrêter.
Son cœur s’accéléra encore un peu plus, il cognait à faire mal, mais paradoxalement, cette sensation ne provoquait aucune souffrance, au contraire, tout son être sembla plus vivant. Le désir monta alors que leurs lèvres s’effleurèrent, leurs corps se rapprochèrent, semblant malgré tout trop éloignés. Aucun d’eux ne pouvaient mettre fin à ce baiser de plus en plus passionné. Tous leurs sens étaient en éveil. Le garçon garda son bras gauche autour des hanches d’Emy alors que sa main droite remonta le long de son dos jusqu’à ses cheveux. Elle lui avait pris le visage entre ses mains et s’était maintenant rapprochée de lui en l’enlaçant alors qu’elle se tenait sur la pointe des patins. Ils ne pouvaient plus se séparer, un besoin plus qu’un désir semblait vouloir les fusionner. Ils sursautèrent tout à coup, mettant fin à leur étreinte.
Homme, après avoir toussoté : excusez moi de vous déranger mais… euh… Il faut que je ferme la patinoire…
Le couple reprit son souffle et échangea un regard, presque gêné, devant l’air amusé du gardien.

jenny  (06.07.2006 à 23:33)

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La vie sera belle 

Malgré son corps qui réclamait davantage de repos, son estomac criant famine, il ouvrit les yeux. Il lui fallut quelques minutes pour se souvenir où il était. Il faisait grand jour dans le loft londonien, il en conclut donc qu’il était temps de se lever. Il se dirigea vers la cuisine en s’étirant. Il se passa la main dans ses cheveux ébouriffés tout en préparant son café. Il frotta ses yeux qui peinaient à rester ouverts et jeta machinalement un oeil sur l’horloge du micro-onde. Il tourna la tête vers son café puis reporta une nouvelle fois, avec plus d’attention, son regard sur l’heure.
Joshua : midi ??? Comment ça « midi » !!!
Il se précipita dans la chambre pour regarder son portable. Le micro-onde avait du être débranché, ce n’était pas possible autrement. Mais son portable confirma l’heure tardive et il se dirigea directement dans la salle de bain. Après une douche rapide, il prit ses clés et sa veste et claqua la porte hâtivement, alors que son café fumait encore, sur le rebord de la table de la cuisine. Il préféra se rendre au pub en métro pour ne pas perdre de temps, même si le trajet n’était pas beaucoup plus long à pieds. Il ouvrit brusquement la porte du pub et sourit tout à coup en voyant Emy, se tenant debout face à lui.
Joshua : tu sortais ?
Emy sarcastique: non j’aime rester plantée devant la porte pour empêcher les gens d’entrer…
Joshua avec un sourire sur lequel on pouvait lire sa pensée « un point pour toi ! » : ok, je reprends.
Il se pencha vers elle et l’embrassa tendrement en passant sa main droite dans ses cheveux pour lui caresser la nuque, ce qui apaisa immédiatement la jeune fille, qui ne s’attendait pas à ce baiser dans un lieu public.
Emy, le sourire aux lèvres: bien dormi ?
Joshua sourit.
Joshua : très bien. T’as rendez vous quelque part ou t’as le temps de prendre un café ?
Emy : j’ai rendez vous mais on peut déjeuner ensemble.
Il passa sa main dans son dos pour l’entraîner à l’intérieur alors que Charles passa à côté d’eux.
Joshua : salut !
Charles : salut la marmotte !
Joshua se justifiant: je me mettrai à l’heure anglaise demain… En attendant, je veux bien un café…
Emy : et moi je vais déjeuner.
Charles : si vous attendez un quart d’heure, je mange avec vous.
Joshua regardant Emy à la recherche d’un approbation et après l’avoir vu acquiescer: pas de problème, à tout de suite.

Le serveur rejoignit le couple pour déjeuner et les habitudes commencèrent à s’installer dans le groupe qui comptait désormais Joshua. Emy observait les deux garçons discuter. Qui aurait pu affirmer quelques semaines plus tôt qu’ils deviendraient amis ? Charles semblait enchanté de voir Emy si épanouie et Joshua ne regrettait nullement sa décision de s’installer en Angleterre auprès de ces personnes qui petit à petit deviendraient sa nouvelle famille. Emy partit à son rendez vous après le déjeuner. Elle avait décidé de passer un peu de temps avec le vieil Harold afin de discuter plus en détails de l’histoire qu’elle était en train de mettre en mots. Il sembla satisfait de la tournure que prenait la vie de la jeune fille. Il la sentait libérée d’un poids et savait que son histoire serait celle qu’il attendait depuis de nombreux mois. Sarah étant arrivée au pub quelques instants après le départ d’Emy, Joshua était resté avec elle. Il était ravi de passer un peu de temps avec elle et Charles, sans la présence d’Emy. Il sentit alors qu’il s’intégrait vraiment au groupe, non plus en tant qu’ami d’Emy, mais à part entière. Une complicité se créait peu à peu entre eux et des liens encore invisibles commençaient à se former. Ils décidèrent de passer l’après midi ensemble, Charles ayant bientôt fini son service et Sarah ne travaillant pas avant le début de soirée. Au retour d’Emy ils partirent profiter de ce dimanche ensoleillé. Sarah et Charles s’échangeaient souvent un regard attendri lorsque Joshua prenait tendrement la main d’Emy. Il l’avait même surprise à l’embrasser au milieu de la foule. Elle se souvenait alors de l’acteur qu’elle avait rencontré, le 30 avril dernier. Cet artiste qui enfonçait sa casquette et baissait la tête de peur d’être reconnu. Celui qui fuyait la foule et montrait un aplomb forcé pour cacher son manque de confiance en lui. Il avait réellement évolué. Elle préférait employer le terme « évolué » plutôt que « changé », car pouvait-on réellement changer une personne ? Il semblait libre, il ne paraissait plus craindre le regard des autres et son assurance traduisait aujourd’hui son bien-être. Déambulant dans les rues depuis un bon moment déjà, ils arrivèrent à Hyde Park et comme de nombreux jeunes, ils s’allongèrent sur l’herbe et refirent le monde une bonne partie de l’après midi.


Emy ouvrit les yeux et, d’un geste endormi, éteignit son réveil et releva la couette au dessus de sa tête. La veille le groupe avait fait la fermeture du pub et avait prolongé la nuit dans une boîte branchée de Piccadilly… Quelques heures plus tard, l’alcool ne semblait toujours pas s’être dissout dans son corps. Ce n’est que deux heures plus tard qu’elle se résolut à mettre un pied dehors. Arrivée dans la salle de bain, elle regarda dans le miroir son visage encore marqué par la fatigue. Elle ne put diminuer le sourire qui se formait au coin de ses lèvres. Elle était heureuse et il lui était impossible de le cacher. Elle ne pouvait s’empêcher de sourire béatement. Habituellement elle trouvait cela complètement ridicule mais aujourd’hui, elle se sentait si légère que rien n’aurait pu gâcher cette journée qui commençait. Pas même le marteau piqueur qui ne cessait d’agresser son crâne. Elle prit un cachet d’aspirine et se prépara en chantonnant. Alors qu’elle enfilait son débardeur, quelqu’un tambourina à la porte. Elle se demanda l’espace d’une seconde s’il provenait de son mal de tête ou s’il était bien réel.
Emy : j’arrive ! Une minute !
Elle ouvrit la porte, sans perdre son sourire.
Charles : bah t’as une de ces têtes ! Je te dérange pas j’espère ?
Emy : quoi ? Quelle tête ?
Charles : Josh est là ?
Emy : mais non pourquoi ?
Charles : bah t’as une tête… euh… je peux entrer ?
Emy, dégageant la porte : oui bien sur. Bon, elle a quoi ma tête ?
Charles : elle semble comblée…
Emy : comment ça, comb… oooohhh ! Je suis juste heureuse !!! C’est un crime !
Charles : et t’as pas…
Emy : mais non ! Y’a que le sexe qui rende heureux d’après toi ?
Charles : ben…
Emy : te fatigue pas à répondre…
Charles : bon, t’es prête ?
Emy : pour ?
Charles : avec les autres on a décidé de passer la journée ensemble.
Emy : les autres ?
Charles : Josh et Sarah.
Emy : et qu’est ce qu’il y a d’extraordinaire ? On passe toujours nos journées ensemble !
Charles : mais aujourd’hui, je ne travaille pas. Donc j’ai eu Josh au téléphone
Emy : ah ?
Charles lui prenant les deux jours entre les mains pour lui faire une bouche de poisson: oooh, prend pas cet air vexé… (Puis laissant ses joues tranquilles) Bref, on se fait une journée paint ball !
Emy : quelle brillante idée ! Se tirer dessus, ça c’est une marque d’amitié…
Charles : fais pas ta rabat joie…
Emy, attrapant sa veste : très bien ! Je te suis !

Après avoir déjeuné rapidement ensemble, le groupe d’amis se rendit au terrain de paint ball.
Emy était à califourchon sur Joshua, à terre, temporairement transformé en échantillon multicolore. La situation aurait pu être ambiguë si la jeune fille ne le menaçait pas avec un pistolet à encre.
Emy : alors ?...
Joshua visiblement satisfait de cette position: y’a d’autres moyens de me faire comprendre que tu préfères être au dessus…
Emy, ajustant son arme : dois-je être plus claire ?
Joshua désarmé: très bien, j’abdique !!! Jamais plus je ne te qualifierai de pauvre petite fille sans défense !
Elle se dégagea et il se releva sous le regard amusé de leurs amis.
Joshua : sans commentaire.
Sarah : oh mais si ! Y’aurait tout un roman à écrire sur ta parfaite humiliation !
Charles : attention, elle va bientôt nous parler de girl power…
Sarah : mais oui ! Tout à fait !!! Regarde Emy : à peine touchée et de l’autre côté tu as la parfaite démonstration de ce qui arrive à un mec qui se croit supérieur !
Joshua aurait bien rétorqué, mais il détailla sa tenue de haut en bas et dû bien admettre qu’il s’était fait battre lamentablement. Il devait s’y faire : sa petite amie aurait le dernier mot. Bon joueur, il passa son bras autour des épaules de la jeune fille et le groupe emprunta le chemin du retour.

Une fois chez lui après une longue soirée avec ses nouveaux amis, l’acteur consulta ses mails. Ses amis de L.A., sa famille, rien d’inhabituel. Il s’installa confortablement pour leur écrire. Trente minutes plus tard, il avait enfin fini de répondre à son courrier et s’apprêtait à quitter Internet.
Ordinateur : « you’ve got mail ! »
Joshua : quoi ? Quand y’en a plus y’en a encore…
Son agent lui annonçait la nouvelle qui venait de lui parvenir : il avait une audition pour jouer dans une nouvelle série, dans la lignée de sa série culte « les experts ». Fou de joie, ses mains se mirent à trembler, son cœur à s’accélérer et des mouvements saccadés agitèrent son corps. L’audition avait lieu dans quelques jours. Il prendrait le premier avion de jeudi. Il était tellement excité par cette nouvelle qu’il pressentait qu’il lui serait impossible de dormir. Son cœur battait si fort que sa vue commençait à se troubler. Il fallait qu’il se calme. Il n’arrivait presque plus à respirer. Tout son être était tendu et une seule chose, ou plutôt une seule personne, pouvait l’apaiser. Tout en cherchant ses clés, il enfila à la hâte ses baskets et ne manqua pas de perdre l’équilibre. Il finit par claquer la porte et descendre les escaliers qui le séparaient de la rue. A cette heure avancée de la nuit, la foule s’était dissipée, seuls quelques couples erraient, profitant du calme de la ville après la fermeture des pubs. Son sang bouillonnait dans ses veines, il avait envie de hurler sa joie. Mais son cœur n’avait pas ralenti son rythme effréné et sa respiration ne cessait d’être irrégulière. Il accéléra sa marche en pensant au visage d’Emy. Tout à coup sa cage thoracique se souleva et une bouffée d’oxygène pénétra en une profonde inspiration. Emy. Il fallait qu’il la voit. Plus il pensait à elle et plus l’air semblait pouvoir accéder jusqu’à ses poumons. Il se mit à courir. Il la voyait, explosant de rire sans aucune raison. Il la voyait, le regard perdu, lorsqu’elle était sur scène. Il courrait de plus en plus vite. L’air inhalé le brûlait à présent mais il ne pouvait ralentir. Il avait besoin de la voir, maintenant. Il tourna au carrefour et sans regarder, traversa. A cette heure ci, même les voitures étaient rentrées. Les trottoirs défilaient, il avait l’impression de ne pas avancer. Comme dans ces cauchemars dans lesquels on s’essouffle sans pouvoir avancer. Etait-il en train de rêver ? Les flammes dans sa gorge et son cœur qui cognait dans sa poitrine lui prouvèrent que tout était bien réel. Emy habitait plus au nord, en métro ce n’était pas si loin, mais les métros avaient fermé boutique depuis quelques heures. Il courait, ne s’arrêtant pas, il était bientôt arrivé. La voir l’apaiserait, il le savait, il ne voulait même pas lui parler, il voulait simplement contempler son visage, si serein. Il dépassa enfin la station Euston. Il passa devant l’université et prit à droite. Il emprunta ensuite la première à gauche, Endsleigh place, et s’engouffra dans l’immeuble qui se trouvait devant Tavistock Square, à l’angle de Endsleigh place et de Endsleigh street. Il gravit les marches quatre à quatre et s’arrêta brusquement devant la porte, à bout de souffle. L’air lui brûlait les poumons et ce n’était qu’à présent qu’il s’en préoccupa. La mélodie de It’s all so quiet lui parvenait à travers la porte fermée, ce qui était loin de correspondre au bouleversement interne auquel il était soumis depuis quarante deux minutes. Il frappa en rythme à la porte, grimaçant face à la douleur de tout son corps. Lorsque enfin la porte s’ouvrit, la lumière fendit l’obscurité du couloir pour éclairer son corps courbé, et la jeune fille put alors le détailler.
Emy, feignant la surprise : je suis persuadée que tu vas m’expliquer ce que tu fais là, haletant, au bord de la crise cardiaque…
Joshua leva la main, comme pour demander la parole, mais aucun son n’était encore capable de sortir de sa bouche.
Emy ouvrant un peu plus la porte, l’invitant ainsi à entrer: (pour elle-même) je sens que la nuit va être longue… (Puis à l’égard du garçon) très bien. Viens t’asseoir. (Puis reprenant son ton sarcastique habituel) Tu sais que y’a de meilleurs endroits que mon pallier, pour rendre son dernier soupir…
Joshua haletant encore, pressant de son poing gauche son point de côté douloureux : il fallait que je te vois. Que je te parle.
Emy : il se passe quelque chose ? Tu pouvais pas téléphoner comme tout le monde ?
Joshua la regardait, il détaillait chaque centimètre carré de son visage, dans un profond soupire d’apaisement : il respirait enfin.
Emy : quoi ? J’ai des moustaches de chocolat ?
Joshua : non, tu es parfaite.
Emy : en pyjama ? Pas maquillée, pas coiffée ?
Joshua : oui, parfaite.
Emy : et bah mon vieux, t’as du prendre un sacré coup sur la tête ! Alors qu’est ce qui t’arrive ?
Joshua : j’ai une audition.
Emy : et c’est ce qui te met dans cet état ?
Elle se dirigea vers la cuisine pour préparer du thé, se confirmant que la nuit allait être longue, voyant l’euphorie de l’acteur.  

********************************

Elle se réveilla et, sans ouvrir les yeux, sentit tout son corps courbatu. Elle était mal installée et ne pouvait plus bouger le bras. Après une grimace, elle se résolut à affronter la luminosité de la pièce. Elle eut un léger sursaut en voyant le visage de Joshua, tout près du sien, et ses yeux bleu vert la contempler.
Joshua, lui tendant une tasse de café : bien dormi ?
Emy, se risquant à s’étirer : mmmmh, plus ou moins. Aouch ! J’aurai pas du bouger.
Elle réalisa enfin qu’elle était sur son canapé, et son dernier souvenir était un monologue du garçon.
Emy : oh je me suis endormie, je suis désolée.
Joshua souriant: non tu ne l’es pas.
Emy  le regard malicieux et complice: c’est vrai. Je tombais de fatigue. Mais ça ne veut pas dire que je ne t’écoutais pas !
Le sourire de Joshua s’agrandit et la regarda s’éveiller petit à petit. Il pourrait s’habituer aisément à cette vision matinale, tant elle lui était agréable et curieusement familière. Elle ferma les yeux pour humer le café qu’elle tenait soigneusement dans ses deux mains. Puis tout à coup, elle ouvrit les yeux et Joshua y retrouva le pétillement qu’il connaissait bien.
Emy : il est quelle heure ?
Joshua regarda sa montre: pas loin de dix heure et quart.
La jeune femme se dégagea de la couverture dont Joshua l’avait couverte lorsqu’elle s’était endormie et sauta à pieds joints hors du canapé.
Emy, déjà dans la salle de bain : donne moi cinq minutes !
Joshua : pourquoi t’es si pressée ?
Emy : tu verras !
Il sourit, résolut à se laisser une fois de plus surprendre par la londonienne. Il s’enfonça un peu plus dans le canapé et regarda la pièce avec apaisement. Il se sentait parfaitement à sa place et à cet instant précis, il réalisa que sa décision de venir vivre ici n’était pas une erreur. Même si sa relation avec Emy n’en était qu’à ses balbutiements, pour rien au monde il aurait souhaité être ailleurs. Elle sortit de la salle de bain, habillée d’un jean et d’un t-shirt qu’elle s’était, sans aucun doute, attelée à personnaliser elle-même. Toujours debout en cherchant diverses affaires elle enfilait ses baskets en sautillant.
Emy : t’es prêt ?
Joshua : pour ?
Emy leva les yeux au ciel, mimant l’exaspération : sortir !
Sans laisser le temps au jeune homme de répondre, elle l’entraîna dehors.

A peine avait il mis un pied dehors que le garçon commençait à soupirer. Il s’attendait à arpenter les rues londoniennes une nouvelle fois et de bon matin ses pieds ne semblaient pas enjoués à l’idée de supporter tout son être. A sa grande surprise, Emy traversa Endsleigh place en sortant de l’immeuble et se dirigea vers le square.
Joshua, qui semblait-il, était parti pour raller toute la journée – sans vraiment le vouloir mais l’idée même de marcher le fatiguait – commenta l’itinéraire en bougonnant.
Josh : aller se promener dans Hyde Park, je dis pas, c’est agréable. Mais Tavistock Square ?!? Qu’est ce que ce parc a de si intéressant ?
Sans un mot, la jeune fille fit volte face et l’embrassa. (37)
Josh : charmant cet endroit, vraiment j’aime beaucoup !
Elle le prit par la main et l’entraîna un peu plus dans le parc dont elle lui fit un bref historique. Il apprit ainsi que ce jardin fut conçu par Thomas Cubitt dans les années 1820. Au pied d’une statue se trouvant non loin du mémorial aux objecteurs de conscience inauguré en 1995, elle s’arrêta.

Emy : je voulais te montrer pourquoi j’avais emménagé là à mon retour.
Il s’approcha alors de la statue et comprit immédiatement.
Josh : Gandhi.
Emy : elle a été installée en 1968.
Ce lieu reflétait l’affabilité de son amie et ne nécessitait aucune parole explicative.
Emy : viens.
La main de la jeune fille toujours dans la sienne, Joshua fit quelques pas avec elle et s’assit sur le banc, au pied du cerisier. Les bras reposant sur le dossier, la philanthrope installée dans le creux de son bras droit, ils discutèrent une bonne partie de la matinée de sujets divers et leur opinion différente engageait bien souvent des débats.

Sarah : tu sais où est Emy ?
Charles, se retournant : non, elle est pas venue ce matin. Elle doit être avec Josh.
Sarah se mordit la lèvre inférieure.
Charles : un problème ?
Sarah : non, non ! J’avais besoin d’elle.
Charles : je peux la remplacer ?
Sarah le détailla : mmmh… tu feras l’affaire !
Elle le prit par le poignet et alors qu’elle l’entraînait hors du pub, il parvint à dénouer son tablier et cria à Helen : je fais un pause, je reviens !

Josh : t’es bien silencieuse…
Emy rêveuse: je pensais…
Josh, mimant un haut parleur de ses mains : événement ! Attention flash spécial ! La brunette est en train de penser !
Il explosa de rire alors qu’Emy lui donnait un coup de coude.
Josh, reprenant tant bien que mal son sérieux : et à quoi tu pensais ?
Emy, feignant la vexation : tu as perdu le privilège d’avoir une réponse à tes questions.
Joshua approcha sa main gauche du visage de la jeune fille installée dans ses bras, et la plaça sous son menton afin de lui faire tourner la tête vers lui et l’embrassa tendrement.
Emy : t’as de bons arguments, mais c’est loin de suffire…
Amusé, il renouvela son geste, ce qui convainc définitivement la londonienne.
Emy : ce cerisier a été planté  en 1967 en hommage aux victimes d’Hiroshima.
Sans attendre davantage d’explication, il partagea un long silence avec son amie et se plongea à son tour dans les profondeurs de ses pensées.

Charles : je peux savoir où on va ?
Sarah marchait à vive allure vers le nord de Leicester Square.
Sarah : je dois trouver une tenue pour les fiançailles de mon frère
Charles : sur Oxford Street ?!?
Sarah, sentant le besoin de se justifier, répondit en balayant ses paroles d’un geste de la main : ma famille est plutôt du genre bourgeoise…
Charles leva un sourcil, la contempla de haut en bas et dévisagea la jeune fille : t’es sure ?
Sarah, comprenant l’interrogation du garçon, répondit en l’entraînant dans un magasin chic : toute famille a son vilain petit canard…

Une demi heure plus tard, Charles sortait d’une boutique, suivi de Sarah, visiblement satisfaite de ses achats. Ils se dépêchèrent de retourner au pub pour que le garçon reprenne son service.
Helen : alors ?!? Qu’est ce que tu foutais bon sang ! C’est l’heure du déjeuner je te ferai remarquer ! L’heure de pointe !!!
Sarah : désolée, c’est ma faute : urgence vestimentaire.
Helen sourit à Sarah avec compréhension et complicité alors que Charles filait derrière le comptoir et que Sarah prenait place à une table. Une voix féminine venue de derrière la fit sursauter.
Emy : t’as l’air bien chargée !
Sarah, portant sa main sur sa poitrine : tu veux que j’ai une attaque ?
Josh : salut !
Sarah : vous étiez où ?
Emy : on se promenait.
Charles un plateau rempli dans les mains : salut ! Vous venez manger ?
Josh s’asseyant à la table : ouaip !
Emy : te prend pas la tête, sers nous trois fish and chips.
Sarah : merci de nous demander notre avis !
Charles sourit : je vous apporte ça dès que je peux.
Les trois compères restèrent une bonne partie de l’après midi au pub, tenant ainsi compagnie à Charles qui tentait tant bien que mal de suivre quelques bribes de conversation.

Le soir, c’était au tour de Sarah de s’affairer à combler les clients du Waxy, si bien que Josh et Charles passèrent un bon moment entre hommes, Emy étant comme à son habitude sur scène.
Charles : je peux te poser une question ?
Josh : qu’est ce qui se passe ?
Charles : nan rien. Je me demandais… C’est pas que j’ai vraiment besoin d’arguments parce que j’ai longtemps eu des sentiments pour Emy et que tes sentiments pour elle sont aussi visibles que le nez au milieu de la figure mais…
Josh : pourquoi je l’aime ?
Charles : donc tu l’aimes…
Josh : il n’y a pas de mot assez fort pour exprimer réellement mes sentiments, mais oui. Oui,  je l’aime.
Charles : mais… enfin je sais qu’il n’y a pas de raison en amour mais… qu’est ce que t’aimes chez elle ?
Josh : t’as toujours des doutes sur mes intentions c’est ça ? Je peux pas t’en vouloir, Emy donne envie aux gens de la protéger.
Charles : non, ça n’a rien à voir avec les questions que je me posais quand t’es entré dans mon pub la première fois. C’est juste que… Je sais ce qui me faisait craquer chez elle, mais…
Josh : tu te demandes si les mêmes choses ont fait que je suis totalement dépendant de la brunette qu’on entend ?
Charles : c’est un peu ça oui…
Joshua se plongea quelques secondes dans ses pensées, puis leva son regard de la bière qu’il tenait entre ses mains et posa les yeux sur la chanteuse, installée sur un tabouret au milieu de la scène.
Josh sans quitter Emy des yeux et se parlant presque à lui même: je sais pas si t’as remarqué, mais elle sent toujours bon, même si c’est que du shampoing. Quand elle pose sa tête sur mon épaule, même quelques secondes, j’aimerai que la Terre s’arrête de tourner pour que jamais elle ne s’éloigne. La manière qu’elle a de m’embrasser fait que tout va bien dans le monde comme une caresse qui adoucit les maux. (Il sourit en pensant à ce qu’il allait dire) Quand elle sort de la salle de bain et qu’elle n’a mis que cinq minutes pour se préparer, on se demande comment elle a fait pour être si rayonnante en si peu de temps et là on se dit qu’elle n’a rien à faire de spécial pour éblouir le monde. (Charles partagea alors un rire avec Joshua – signifiant qu’il voyait tout à fait ce qu’il voulait dire – et l’observa regarder son amie). Même si je ne l’admets pas toujours, j’adore quand elle a le dernier mot. Et quand elle sourit… On ne peut imaginer qu’il existe des personnes malheureuses sur cette Terre. (Charles acquiesça d’un hochement de tête). Où que je sois, quoiqu’il se passe, sa main trouve toujours la mienne. Je sais qu’elle n’est pas prête à me le dire, mais elle trouve le moyen de me dire « je t’aime », sans prononcer de mot, juste avec le regard. (Emy tourna la tête vers lui et un sourire se dessina au coin de ses lèvres). Et quand elle me lance ce regard, lorsqu’une foule nous sépare, tout disparaît de la surface de la planète, il n’y a plus que nous. Dès qu’elle n’est pas près de moi, j’aime m’ennuyer d’elle. Quand je la regarde, même si elle ne me voit pas, je réalise que la vie n’a aucun sens sans les battements de son cœur contre le mien. Que je l’aime ou que je l’adore, elle est devenue en quelques jours ma raison d’être. (Il regarda rapidement par terre, amusé par ce qu’il réalisait soudainement, puis regarda à nouveau sa petite amie en continuant) Oui, si je l’aime aujourd’hui, c’est probablement parce qu’au-delà des sentiments que j’éprouve pour elle, Emy a donné un sens à ma vie. (38)
Sans rien ajouter, les deux hommes écoutèrent la suite du concert et Joshua ne quitta plus la jeune fille des yeux, un lien invisible les unissait et de la scène, elle avait l’impression de ne chanter que pour le garçon qui la contemplait.

Emy : recommence.
Josh : quoi, encore une fois ???
Emy acquiescant: mmmh.
Le garçon remonta le téléphone qui avait glissé petit à petit de son oreille, se réinstalla confortablement sur son lit et soupira, bien que le comportement de son amie l’amusait.
Emy : bah alors ?
Josh : tu veux pas que je te raconte autre chose ? Je peux venir te voir…
Emy : non, je suis toujours crevée rien n’a changé depuis tout à l’heure… Et si tu viens, quelque chose me dit que je ne vais pas dormir…
Josh espiègle: ah oui ?...
Emy : je ne pensais pas à « ça »…
Josh : non, bien sur…
Emy : bon alors ?
Josh : j’ai bien assez travaillé pour le casting… Je peux te raconter ce que tu veux ! Mais pitié, me fais pas réviser une nouvelle fois mon personnage pour jeudi…
Emy : j’ai le script sous les yeux et t’es loin du sans faute…
Josh : il était une fois…
Emy : non non non ! Ton rôle Josh ! Pas une histoire !!!
Josh : juste pour faire une pause !
Emy soupirant de lassitude: très bien, j’abdique…
Joshua sourit, ravi de ne pas avoir à rabâcher ses tirades une fois de plus. Mais à peine avait-il commencé son histoire qu’il sentit la jeune fille absente à l’autre bout du fil. Il diminua le son de sa voix et tendit l’oreille. Un souffle lent, paisible mais toujours collé au téléphone : elle s’était endormie. Il sourit, l’écouta dormir ainsi quelques minutes encore puis posant le combiné près de sa tête, il s’endormit à son tour.


Le lendemain, la discussion allait bon train. Le 6 juillet, le monde entier attendait l’annonce désignant le pays qui accueillerait les Jeux Olympiques d’été de 2012. 
Sarah : bon, on fait quoi alors ?
Charles se levant pour reprendre son service: bah nous on installe un écran géant. (Il s’éloigna)
Emy rationnelle: ouais, bah si Charles travaille, on va pas aller ailleurs…
Josh conciliant: du moment qu’on est devant un écran, moi ça me va.
Emy : bon, de toutes façons, on a le temps… On va faire un tour ?
Josh : quoi ? On reste pas là ?
Sarah : tu tiens vraiment à aider à installer l’écran, les chaises et tout le tintouin ?
Josh prenant sa veste en se levant: ok, on est parti.
Emy, de loin à Charles : on revient, tout à l’heure !
Une fois dehors, Sarah marchait devant le couple qui se tenait la main.
Sarah : alors ? On fait quoi ?
Emy interrogea Joshua du regard: la Tate ?
Josh : excellente idée !
Arrivés au célèbre musée d’art moderne qui se trouvait au bord de la Tamise, Sarah et Emy jetèrent un coup d’œil rapide aux œuvres d’art qu’elles connaissaient par cœur pour venir dans ce lieu très régulièrement mais le garçon s’attardait devant chaque peinture.
Emy : Josh, tu reviendras ici plus tard… Il faut que tu vois le meilleur…
Josh : juste une seconde…
Emy, résignée, le tira par le bras : je te dis que tu reviendras… Fais moi confiance, tu vas pas le regretter.
Confiant, le jeune homme suivit son amie sans discuter davantage. Ils passèrent devant plusieurs salles quand ils rejoignirent Sarah, assise sur un banc au milieu d’une pièce. Joshua n’avait jamais vu cette jeune excentrique aussi placide, elle semblait en plein recueillement. Avant de pénétrer à son tour, Emy se calma, rentra lentement et vint s’asseoir à côté de Sarah. Le garçon était intrigué par l’attitude de ses deux amies… Que pouvait-il y avoir dans ce mystérieux endroit qui les transformait littéralement ? Curieux, amusé mais surtout perplexe, il entra à son tour. Le silence et l’apaisement le surprirent et une étrange légèreté s’empara de son corps. Il tourna sur lui-même, dans un mouvement à peine perceptible. Des tableaux du peintre Rothko étaient regroupés en parfaite harmonie. Il vint s’asseoir à son tour avec les deux jeunes filles et les trois compères se ressourcèrent un bon moment.

Charles : plus qu’une minute… Plus qu’une minute !!!
Emy : arrête de gigoter tu me donnes envie de faire pipi !
Sarah : hé ! Vous avez pas bientôt fini ???
Josh contenant un fou rire: j’imagine votre tête si Paris gagne !!!
Simultanément les trois londoniens le fusillèrent du regard.
Joshua, levant les mains : ok ! J’ai compris ! C’est pas le moment de plaisanter….
Tout à coup, toute la ville cria sa joie. Dans un hurlement synchronisé, l’heure était à la joie et à la fête ! Tous les pubs offrirent une tournée générale et en quelques instants Londres se transforma en un gigantesque terrain d’allégresse.
Le groupe d’amis s’était rassemblé dans un coin du pub et le calme commençait à revenir.
Joshua à Emy : je viens dîner chez toi ce soir ?
Emy leva le sourcil droit, se mordilla la lèvre inférieure et regarda à tour de rôle Charles et Sarah.
Josh semblant lire dans ses pensées: c’est moi qui cuisine.
Emy moqueuse: c’est bien ce que je craignais !!!
Sarah chuchota à Joshua: t’as encore du travail à faire pour cerner cette demoiselle…
Josh faussement offusqué: mais je sais cuisiner !!!
Ses amis partirent alors dans un fou rire sans fin et le garçon les regarda, attendant patiemment qu’ils reprennent leurs esprits.
Emy essuyant les larmes au coin de ses yeux: ok, tu sais cuisiner…
Josh : tu serais surprise de voir ce dont je suis capable en cuisine!
Charles, regardant Emy avec complicité : qui peut résister à une surprise ?...
Emy : pas moi ! (Elle se tourna vers son compagnon) Tu viens à quelle heure ?
Josh : vers 19 heures, ça te va ?
Emy se tapa le front, mais avant même de prendre la parole, Sarah comprit le problème.
Sarah : c’est bon, je me débrouille, prend ta soirée !
Emy : c’est vrai ?
Charles, à Joshua : elle lit dans les pensées de ta nana mieux que toi… ça te fait pas flipper ?
L’américain regarda son ami et leva sa bière pour toute réponse.



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Les ailes du désir 

La soirée s’était passée d’une manière on ne pouvait plus romantique : lumières tamisées, bougies dispersées dans l’appartement, un bon vin, un dîner maîtrisé par le cuisinier et une conversation intéressante et agréable. Le garçon et la jeune femme buvaient à présent un thé au jasmin.
Josh se leva, tendit la main à Emy : m’accordes tu cette danse ?
Emy : quoi, là ? Dans ton salon ? Mais y’a même pas de musique !
Josh : comme si tu avais besoin de musique… Soit ! (Il prit la télécommande et en moins de temps qu’il n’en fallait pour le demander, Ray Charles entonna You don’t know me)
Emy : t’avais tout prévu hein ?
Josh, un petit sourire satisfait : pas tout non.
Il attira Emy à lui et lui murmura les paroles de la chanson dans le creux de l’oreille.
You give your hand to me and then you say hello
And I can hardly speak, my heart is beating so
And anyone can tell you think you know me well
But you don't know me

Emy: tu crois ça? Je suis persuadée que je te connais bien mieux que tu ne le penses…

No you don't know the one who dreams of you at night
And longs to kiss your lips, longs to hold you tight
Oh I am just a friend that's all I've ever been
Cause you don't know me

Emy: ah oui?... Je vois que tu as une imagination débordante depuis qu’on est ensemble…
(Josh ne répondit toujours pas à Emy autrement qu’en continuant à murmurer)

I never knew the art of making love
No my heart aches with love for you
Afraid and shy I let my chance go by
The chance that you might love me too
Emy: si t’essaies de m’attendrir saches que ça ne marche pas du tout…

You give your hand to me and then you say goodbye
I watch you walk away beside the lucky guy
Oh you will never know the one who loves you so
Cause you don't know me

La musique se termina, Joshua arrêta de danser et regarda Emy dans les yeux.
Josh murmurant toujours: qu’est ce qui se serait passé si j’avais continué mon chemin le 31 avril ?
Emy, le taquina : tu m’aurais loupée.
Josh : et si je n’avais pas quitté Los Angeles pour te retrouver ?
Emy, admettant : je t’aurais loupé.
Lentement, tout en reprenant leur danse, il vint se coller davantage contre le corps de la jeune fille. Il remonta sa main le long de ses hanches, puis dans son dos, et lorsqu’il l’embrassa, sa main caressait les cheveux bruns d’Emy qui frissonna. Etait-ce son cœur qui cognait dans sa poitrine ou bien celui de l’autre ? Nul ne le saura, car à cette seconde, ils ne faisaient qu’un. Lentement, elle recula, entraînant ainsi le garçon avec elle vers la chambre. Alors qu’ils faisaient quelque pas, il fit glisser la bretelle du débardeur de la jeune fille. Elle leva les yeux et plongea son regard dans le sien. Ils arrêtèrent leur mouvement. Joshua ne voulait rien précipiter et Emy voulait profiter de chaque seconde. Doucement elle glissa ses mains sous la chemise du garçon qui rentra le ventre. Elle sourit, le découvrant alors chatouilleux… Elle caressa le torse du garçon qui leva les bras. La chemise tomba à l’entrée de la chambre. La musique du salon leur parvenait, mais ils ne l’entendaient plus. Il posa ses mains sur les reins de la jeune femme, la souleva puis l’allongea délicatement sur le lit, en se plaçant au dessus d’elle. Leur baiser devint de plus en plus passionné, mais bien qu’ils ne contrôlaient plus leur geste, chacun prit le temps de savourer chaque centimètre du corps de l’autre. Leurs habits tombés, les deux amants s’abandonnèrent à l’ivresse de leurs sentiments pour la première fois.


jenny  (06.07.2006 à 23:38)

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Le jour d’après

Joshua Jackson ouvrit les yeux quelques minutes avant le réveil qu’il déprogramma immédiatement pour ne pas réveiller la jeune fille. Il la regarda dormir paisiblement. Il n’aurait jamais pensé se sentir aussi serein en se réveillant auprès d’elle. Elle était si naturelle, si paisible. Comment était ce possible ? Elle avait un petit sourire sur les lèvres. A quoi rêvait elle ? Il se rendit compte qu’elle avait un grain de beauté au creux du cou. Un grain de beauté qui n’avait rien d’exceptionnel mais qu’il aimait bien, peut-être parce que c’était le sien (39). Il aurait aimé se glisser dans son sommeil pour lui dire au revoir. Mais il se résolut à se lever le plus discrètement possible pour s’habiller, il ne devait pas rater son vol. Il prit rapidement sa douche, enfila ses affaires et finit de se préparer dans le salon, sans faire de bruit. Il trouva une feuille de papier près de l’ordinateur, un stylo et s’apprêta à écrire un mot avant de partir. Il s’installa au bureau. Devant cette feuille blanche, il ne sut quoi écrire.
Josh, pour lui-même : aller, un petit effort ! Tu ne la revois que dans une semaine, tu peux pas partir comme un voleur ! Trouve quelque chose à écrire !!!
Il prit sa tête dans ses mains, contemplant la page blanche.

Emy,
Cette nuit avec toi a été…

Josh : oh non, quel cliché !
Il froissa la feuille et l’envoya dans la poubelle. Une autre feuille, un autre essai.

Emy,

Josh : ben c’est pas glorieux… J’ai bien quelque chose à dire bon sang !!!

Il contempla les lettres tracées représentant le nom de la jeune fille qu’il connaissait depuis maintenant 67 jours. Il revit son visage la première fois qu’il l’avait vu. Il venait de sortir du théâtre et elle était de l’autre côté de la rue. Il revit son regard malicieux lorsqu’elle l’avait traîné à Leicester Square. Il arriva même à entendre sa voix lorsqu’il l’avait entendue chanter la première fois. Il se rendit compte que cette semaine sans elle s’annoncerait très longue. Il n’avait aucune envie de la quitter. Il regarda son billet d’avion.

Josh : vol 815 à destination de Los Angeles… escale à New York… départ à … et en plus je suis en retard !
Il reprit le stylo et se résolut à s’activer un peu.

Emy,

C’est l’aube, et tu es endormie. Je peux t'entendre respirer paisiblement, ton souffle est profond. Avant de partir, je te regarderai une dernière fois. J’entend un coeur battre, est ce le tien ou le mien? Je regarde tes lèvres, je sais à quel point elles peuvent être douces. Et tes mains, que je tenais dans les miennes, maintenant elles reposent sur l'oreiller, est ce que je vais leur manquer ?  Je penserai à toi, chaque seconde tu seras dans mon cœur. Je penserai à toi, c'est tout ce que je peux faire, mais je penserai à toi, chaque seconde. Tes yeux qui m'ont toujours fait frissonner, maintenant ils sont fermés. Et ton corps, que je pouvais serrer cette nuit, il m’envoyait au paradis avec sa chaleur et son pouvoir (40). J’aimerais ne jamais avoir à partir, ce matin plus que jamais. J’aimerais voir tes yeux s’ouvrir sur le monde, sur cette belle journée. L’air a une odeur particulière, le jour semble plus lumineux alors que c’est encore l’aube, et tu es endormie… La vie semble avoir un goût fruité et sucré. J’aimerais croquer à pleines dents ce jour nouveau à tes côtés, mais je dois me résoudre à partir, persuadé qu’il y aura tant d’autres matins où je me réveillerai à tes côtés. Tu étais si belle et sereine dans ton sommeil, pardonne moi de ne pas t’avoir réveillée. Mais je penserai à toi, si paisiblement endormie. Ce petit sourire au coin de tes lèvres… à quoi rêves tu ? Tu me manques déjà. Je sais que je ne devrais pas te dire ça, il y a des règles en amour et je prends un risque en te disant que désormais j’ai besoin de toi à mes côtés. Mais je n’ai plus peur des risques, et je sais que tu n’as que faire des règles. Tu me manques et l’idée de quitter cette pièce m’empêche de respirer. C’est décidé, j’écourte mon séjour à L.A. je ferai tout pour être là samedi. Trois jours… ça me semble une éternité. Oh oui je penserai à toi… comment te chasser de mon esprit alors que mon corps tout entier est habillé de ton odeur. Le temps presse et j’arrive au bout de toutes les futilités que je n’arrive pas à te dire. Je n’arrive même pas à finir cette lettre qui me raccrochera à toi quand tu la liras et que je serai à des kilomètres de toi… je suis en retard, je dois partir. Je t’appelle dès mon arrivée. Une dernière chose avant de filer, je…
Josh s’interrompant: je peux quand même pas lui dire ça pour la première fois par écrit !!!
Il se relut, et finit par conclure : une dernière chose avant de filer, je tiens énormément à toi.
Josh : bon, c’est pas génial, mais de toutes façons, j’ai pas le temps de la refaire.
Il alla prendre une rose dans le vase du salon et déposa la lettre sur son oreiller à côté de la fleur.
Un bruit de fermeture éclair réveilla la jeune fille. Un sac qui se ferme. Sans se poser de question, elle sauta hors du lit et plus rapide que son ombre, elle arriva dans le salon.
Emy s’appuyant contre le mur: t’allais donc partir sans me réveiller hein…
Joshua, qui s’apprêtait à passer la porte, se retourna. Son cœur s’était serré en entendant la voix de la jeune fille. Il regrettait tant de ne pas lui dire au revoir.
Emy : c’est ce sourire ton argument ?
Josh : ça fait quarante minutes que je lutte pour ne pas te réveiller.
Emy : j’aime mieux ça…
Il s’approcha d’elle, la prit par la taille et la regarda dans les yeux.
Josh se justifiant: je t’avais laissé un mot.
Emy malicieuse: ohhhh je me sens privilégiée tout à coup…
Josh : d’accord, je retiens pour la prochaine fois, tu préfères être réveillée.
Emy : Josh, avant de partir
Josh, lui posant son index sur ses lèvres : je veux que tu saches
Emy prenant la main du garçon posée sur ses lèvres: non, c’est moi, je voudrais te dire …
Ils sourirent ensemble, alors que les premiers rayons du soleil matinal perçaient les rideaux du salon.
Josh : pas ici. Pas comme ça.
Emy : je veux que tu saches que je le pense.
Josh, prit la main de la jeune fille et la posa sur son cœur : il le sait.
Il lui déposa un baiser sur le front, prit son sac et se dirigea vers la porte. La jeune fille le rattrapa et vint se blottir contre son dos.
Emy : mon cœur aussi… il le sait.
Se retournant, il la regarda dans les yeux. Encore une fois, ils n’avaient pas besoin de parler. Il savait ce qu’elle voulait lui dire. Lui aussi voulait prononcer ces quelques mots. Mais pas de cette façon, pas au moment de se quitter. Il déposa tendrement un baiser dans son cou. Emy sourit et le regarda passer la porte, son sac sur l’épaule. Elle partit se recoucher et s’aperçut qu’il avait oublié un t-shirt. Elle voulut le rejoindre pour le lui donner mais elle se ravisa et s’endormit en plongeant son visage dans le vêtement du jeune homme, encore imprégné de son odeur.
Joshua était dans l’avion, impatient d’arriver et de passer son audition, il ne tenait pas en place. Il sortit le script qu’il avait appris avec la jeune femme et révisa son rôle.
Emy ouvrit enfin les yeux. Elle s’étira et un large sourire se dessina sur son visage. Elle se sentait si sereine, si vivante. Elle défia les superstitions en  posant le pied gauche sur le sol, rien ne pourrait gâcher cette journée. Elle mit en route sa chaîne hi-fi et comme tous les matins, l’album de Land of Plenty se mit en marche alors qu’elle se préparait. Après un passage rapide sur Internet pour répondre à son courrier, elle prit son sac, sa veste et claqua la porte, le sourire aux lèvres. Elle était impatiente de prendre son thé avec Charles, de supporter ses sous entendus et d’y répondre par un regard mystérieux et un sourire amusé. Malgré son impatience elle voulait profiter, aujourd’hui plus que jamais, de chaque seconde et décida de prendre le bus. Elle regarda machinalement sa montre, il était 9h42. Rêvassant à l’arrêt de bus, elle repensa à tous les moments qu’elle avait partagés avec Joshua. Le matin même, elle avait soigneusement inséré la lettre du garçon entre deux pages du carnet dans lequel elle écrivait et qu’elle tenait à présent entre ses bras. Inspirant profondément, elle parvint même à sentir la rose qu’elle avait mise dans le vase, sur le meuble du salon. Le bus arriva, elle décida de profiter du soleil qui lui offrait ses premiers rayons, et monta à l’étage. Quelques jours plus tôt, l’homme qu’elle aimait aujourd’hui avait traversé l’Atlantique uniquement pour s’assurer qu’elle allait bien… Il l’avait emmené découvrir la campagne anglaise. Jour après jour, il s’était efforcé à la surprendre, en redevenant le garçon qu’il était avant sa célébrité. Pourquoi l’aimait-elle ? Parce que c’était lui, parce que c’était elle. (41)
Dans l’avion, le jeune homme avait fermé quelques instants les yeux et cela suffit à Morphée pour l’entraîner au pays des rêves. Il n’était pas loin de dix heure et un sourire de sérénité illuminait son visage.
Sa première rose… Elle s’en souvenait comme si c’était hier. Elle sourit en se remémorant l’obstination du garçon pour la retrouver, lorsque Charles ne cessait de l’appeler alors que la star était dans son pub. Et voilà que déjà, elle repensait à la première soirée qu’ils avaient passée ensemble alors que son mp3 lui murmurait les deux phrases de Where I end and I begin. Elle affectionnait particulièrement cette chanson de Thom & Nackt et ce matin les paroles prenaient tout leur sens : Life won’t be the same, oh I feel erased. I’ll look up to you, life will you share your grace. Here I am, show me the way, ‘cause this is where I end and I began. Elle griffonnait dans son carnet quelques idées pour son roman qu’elle approfondirait, arrivée au pub de Charles. Elle ne put empêcher son sourire de s’agrandir lorsqu’elle repensa à Joshua et elle, allongés dans l’herbe et inventant une histoire ensemble grâce aux nuages pour la toute premiè…

Il était allongé dans l’herbe, au milieu d’une prairie qui semblait être une colline plus exactement. Le ciel était si bleu. Il se sentait si bien. Tout à coup, les rayons du soleil l’aveuglèrent et il leva sa main devant son visage pour protéger ses yeux lorsqu’il l’entendit, à ses côtés.
Emy : ne t’ai-je rien appris ?
Joshua la regarda. Le sourire sur son visage la rendait lumineuse, elle semblait incarner l’essence même de l’amour.
Emy : n’ai pas peur d’être ébloui par la vie.
Il abaissa sa main.
Joshua : je suis en train de rêver ?
Emy, calmement : oui.
Joshua regarda autour de lui et l’interrogea: et qu’est ce qu’on fait là ?
Elle sourit, ne répondant pas. Lentement, elle lui prit la main alors que des nuages se formaient dans le ciel, dégagé quelques secondes plus tôt.
Josh : comment as-tu fait ça ?
Emy : dans les rêves, tout est possible… (Puis elle leva les yeux vers le ciel et lui demanda, d’un ton déterminé)  Dessine moi une histoire.
Le garçon s’exécuta en prenant la main de la jeune fille et la pointa vers le ciel.
Joshua : C’est l’histoire d’une fille merveilleuse et unique.
Emy espiègle: nous le sommes tous ! (Essayant de lui raconter elle aussi une histoire, elle pointa son doigt vers le ciel.) Moi je vois un oiseau blanc… Son aile n’est plus cassée et il n’a plus besoin d’aide pour évoluer avec facilité. (42) Il est en train de prendre son envol.
Joshua se demanda si cette allégorie lui était destinée ou bien si la jeune fille parlait d’elle… Il continua son histoire malgré tout : cette fille s’appelle Lana. Elle a quelque chose de spécial en elle. Mais ce quelque chose, peu de gens savent de quoi il s’agit. (43)
Emy narquoise: l’histoire d’une nana ? Tu crois vraiment que ça va intéresser quelqu’un ?
Joshua, amusé, se justifia: dans cette histoire, il y a aussi un garçon.
Emy taquine: une histoire d’amour ? T’as rien de plus fleur bleue ?
Joshua : ce n’est pas une romance que je m’apprête à te raconter. Dans la vie de ce garçon, il y avait des lignes qu’il ne pouvait pas changer, il était perdu… Croisant des voies qu’il n’aurait pas du croiser, il était tellement perdu…  (Il tourna la tête et plongea son regard dans les yeux d’Emy) Je t’ai attendu, si longtemps… J’étais effrayé, terrifié, fatigué et non préparé à tout ce qui m’attendait (44). Mais tu es arrivée, lorsque je m’y attendais le moins. Tu as changé ma vie. Tu m’as remis sur le chemin duquel je m’étais éloigné. Je ne sais pas pourquoi je ressens le besoin de te remercier. Pourquoi ce rêve ressemble-t-il à un adieu ?
Emy : il n’y a pas d’adieu entre nous. Regarde ce monde, regarde comme la vie t’émerveille aujourd’hui !
Joshua : les étoiles dans mes yeux viennent des tiens.
Emy souriant franchement ce qui illumina son visage davantage: puisque tu vois le monde à ma manière, il ne peut pas y avoir d’adieu entre nous désormais. Ce ne peut être qu’un au revoir.
Joshua : quoi ? Qu’est ce qui n’est qu’un au revoir ? Je ne comprends pas.
Emy : tu connais cet endroit, entre veille et sommeil ? Là où tes rêves te reviennent ? C’est là que je t’aimerai toujours, c’est là que je t’attendrai. (45)
La jeune fille se dissipa telle une brume qui n’existait pas, dans ce rêve où le ciel était bleu et le soleil rayonnant. Le garçon se leva dans un extraordinaire calme. Il tourna sur lui-même, à la recherche de celle qu’il aimait. Il cria son nom, mais seul l’écho de sa voix lui répondit. Une voix étrangère le sortit de ses songes.
Voix masculine : mesdames et messieurs. Ici le commandant de bord. Nous venons d’apprendre une tragique nouvelle. Plusieurs attentats ont eu lieu dans la capitale anglaise il y a quelques instants. Nous n’en savons pas d’avantage, mais nous vous tiendrons au courant, si nous prenons connaissance d’autres informations. Scotland Yard ne nous autorise pas à faire demi tour, je suis désolé. Notre vol se poursuit donc en direction de New York et est à destination de Los Angeles.

Le cœur de Joshua Jackson se serra et sa respiration se coupa. Il alluma son téléphone, malgré les instructions aériennes habituelles. Il composa immédiatement le numéro de la jeune londonienne. Il serra les dents pour empêcher ses larmes de couler.
La voix tremblante, il bredouilla alors que la sonnerie résonnait, sans fin: répond… je t’en supplie, répond moi…
Il appela le pub de Charles, mais sur le continent anglais, personne ne répondit.

L’avion se posa à New York et malgré les diverses recommandations, il prit le premier avion qui l’emmènerait d’où il venait. Dans cet avion, il ne put se calmer… Il n’avait pas eu de nouvelles d’elle depuis trop longtemps… C’était un signe… Elle l’aurait contacté si… Il ne voulait pas écouter sa raison… Mais son cœur ne s’était pas desserré et son estomac était noué depuis plusieurs heures… Il ne voulait entendre que son espoir. De nombreuses pensées se bousculaient dans son esprit… Des pensées qu’il n’osait écouter… Enfin il arriva à Londres, quelques heures à peine après son départ. Sans réfléchir, il se mit à courir en descendant de l’avion, il prit le premier taxi qu’il vit.
Joshua :   Tavistock Square.
Conducteur : vous n’êtes pas au courant ? Un bus a explosé à 9h47 ce matin à Tavistock Square. Je suis désolé Monsieur. D’après les informations….
L’homme se tut, devinant que son client n’en entendrait pas davantage.
Joshua la gorge serrée et la voix tremblante: déposez moi où vous pourrez.
Le taxi se mit en route. Quelques instants plus tard, Joshua approchait du centre ville. Coupé du monde qui l’entourait, le jeune homme paya machinalement le chauffeur et se mit à courir sans réfléchir vers le nord où se trouvait l’appartement qu’il avait quitté à l’aube. La ville sentait la fumée et reflétait le chaos. Il ne sentait pas l’air lui brûler les poumons, il ne souhaitait qu’une chose : serrer Emy dans ses bras. Il l’entendait déjà se moquer de lui, de sa voix malicieuse.
Emy : tu croyais vraiment que t’allais pouvoir te débarrasser de moi ?...
Il sourit. Evidement qu’elle allait bien… Evidement. Son cœur s’arrêta lorsqu’il arriva à Tavistock Square. Les policiers essayaient tant bien que mal de contenir les personnes qui tentaient de s’approcher. Il prit une profonde inspiration, leva les yeux au ciel et après avoir serré les dents et ravalé ses larmes naissantes, un sourire apparut sur son visage. A son grand étonnement, c’était un sourire sincère. Il faisait beau, le ciel était d’un bleu métallique et quelques cumulus se formaient au loin, prêts à lui raconter une nouvelle histoire.... Les gens étaient occupés dans tous les sens, mais il n’entendait plus les cris, ni les pleurs, ni les hurlements dans ce chaos. Il s’était évadé dans le monde qu’il avait entraperçu avec elle.
Il revint tout à coup à la réalité lorsqu’un policier le pria de reculer. Il baissa alors les yeux sur les cendres qui recouvraient le trottoir et là, il le vit. Son cœur s’arrêta en même temps que tout espoir de la revoir. Comment n’avait-il pas brûlé comme tout le reste ? Ça resterait un mystère dont seule Emy détenait le secret. Malgré la carrure de l’homme en uniforme, il se dégagea de la foule et se jeta vers le lieu de l’attentat. Plusieurs agents de sécurité se jetèrent alors sur lui, mais il se débattit et se jeta à terre pour récupérer le manuscrit en cuir de la jeune fille à présent disparue. Il se laissa ensuite emporté loin du drame et s’assit sur un banc. Il tourna les pages jaunies par la chaleur du feu et tout son corps se mit à trembler. Non, il ne pleurerait pas… C’était une promesse qu’il s’était faite… Il se força une nouvelle fois à sourire et sortit un crayon de sa poche pour écrire la fin de cette histoire… Je ne sais pas si je ne dois vous raconter que les faits ou bien si mes sentiments méritent d’être exprimés. Assis à quelques mètres des cendres encore chaudes, je ne trouve même pas mes mots… Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il n’y a pas d’adieu, seulement des au revoir. La vie ne sera jamais la même, je me sens candide. Je lève les yeux vers toi, la vie prodiguera ta grâce. Me voici, montre moi le chemin, car c’est ici que je finis et que je renais. (46)


En hommage aux victimes des attentats londoniens du 7 juillet 2005. Victimes identifiées :
* Station de King's Cross : James Adams, 32 ans, de Peterborough. Samantha Badham, 36 ans, de Tottenham. Phil Beer, 22 ans, un coiffeur de Borehamwood. Anna Brandt, 42 ans, elle était d'origine polonaise et vivait à Wood Green. Ciaran Cassidy, 22 ans, il vivait à Finsbury Park. Elizabeth Daplyn, 26 ans, une manager du CHU de Londres, elle vivait à Highgate. Arthur Edlin Frederick, 60 ans, de Seven Sisters (North London) Karolina Glueck, 29 ans, une consultante informatique d'origine polonaise. Gamze Gunoral, 25 ans, d'origine turque. Lee Harris, 30 ans, de Tottenham. Emily Jenkins, 24 ans. Helen Jones, 28 ans, elle habitait à Holloway. Susan Levy, 53 ans, elle habitait à Cuffley au nord de Londres, elle était mère au foyer. Shelley Marie Mather, 26 ans. Michael Matsushita, 37 ans, un guide touristique. James Mayes, 28, d'Islington. Behnaz Mozakka, 47 ans, il vivait à Finchley. Michaela Otto, 37 ans, elle vivait à Mill Hill. Christian Njoya Small, il vivait à Walthamstow. Ihab Slimane, jeune Français de 24 ans, il vivait à Lyon. Monika Suchocka, 23 ans, elle vivait à Archway et était d'origine polonaise. Rachelle Lieng Siong Chung For Yuen, 27 ans, elle vivait à Mill Hill.
* Station de Edgware Road : Michael Stanley Brewster, 53 ans, de Derby. Jon Downey, 34 ans. David Foulkes, 22 ans. Colin Morley, 52 ans, de Finchley. Jennifer Nicholson, 24 ans, elle vivait à Bristol. Laura Webb, 29 ans, elle vivait à Islington.
* Station d'Aldgate : Lee Baisden, 34 ans, de Romford. Benedetta Ciaccia, 30 ans. Richard Ellery, 21 ans. Anne Moffat, 48 ans, d'Old Harlow. Fiona Stevenson, 29 ans, de Danbury. Carrie Taylor, 24 ans, de Billericay.
* Bus de Tavistock square : Anthony Fatayi-Williams, 26 ans. Jamie Gordon, 31 ans, Gamze Gunoral, 24 ans. Giles Hart, 55 ans. Marie Hartley, 34 ans. Mirian Hyman, 32 ans, elle vivait dans la banlieue de Londres. Shahara Akhter Islam, 20 ans, de Plaistow. Neetu Jain, 37 ans. Sam Ly, 28 ans. Philip Stuart Russell, 29 ans, il habitait à Kennington. William Wise, 54 ans. Gladys Wyndowa, 51 ans.


Références :
Les chiffres : chiffres maudits de Lost
1: Episode 1 du seigneur des anneaux
2: La vie est belle avec James Stewart
3: Will Hunting
4: La pièce = a life in the theatre, de David Mamet,
5: titre français de « a life in the theatre »
6: Notthing Hill
7: Bastien, Atreyou et Folkor = l’histoire sans fin
8: Pretty Woman
9: Où es tu, de Marc Levy
10: My sassy girl
11: The classic
12: Long way round (tour du monde d’Ewan McGregor à moto)
13: The Truman Show
14: Pub Lindt
15: Pub Mikado
16: Toujours la même référence à l’histoire sans fin
17: Pub de la mousse au chocolat
18: I feel good, de James Brown
19: Clin d’oeil à un de mes vieux amis
20: Inspiré du film coup de foudre à Notting Hill
21: Citation de buffy
22: Pour l’amour d’une femme
23: Biscuitisme
24: Jacques Salomé
25: M.Lindley, Dawson’s Creek
26: Georges Bernanos
27: Ohiyesa, écrivain indien
28: Marcel Gromaire
29: Pablo Picasso
30: Eugène Delacroix
31: Vincent Van Gogh
32: Référence au baiser de Peter Pan
23: Biscuitisme
33: Billy Elliott
34: New York New York, interprété aussi dans Dawson’s Creek et interrompu au même endroit
35: David Duchovny
23: Biscuitisme
36: Référence à un passage de Dirty Dancing
37: Notthing Hill
38: très fortement inspiré d’une chaîne sur internet.
39 : A poings fermés, de Bénabar
40: I’ll remember you, de Sophie Zelmani
41: Montaigne
42: reprise de leur première histoire créée à l’aide des nuages au début.
43: Windstruck
44: In my place, de Coldplay
45: Clochette, dans Hook
46: Where I end and I begin, de Thom & Nackt; dernière chanson qu’Emy a écouté


Un énorme merci à Bzzbzz qui m’a suivie, encouragée, motivée et corrigée tout au long de mon écriture (je ne sais pas combien de fois tu l’as lu, tu dois connaître cette histoire par cœur, lol), à Caprice qui m’a donnée, comme à son habitude, son regard plein de saveur, à Ninolito pour ses idées… à Nighteyes pour avoir passé une soirée à lire cette histoire avec moi et qui a su pimenter quelques répliques. Enfin, merci à celles qui m’ont donné leur avis ponctuel lorsque j’en ai eu besoin.
J’espère que cette histoire vous a plu. J’y ai mis tout ce que j’avais, c’est la raison pour laquelle je ne pense pas me remettre à écrire tout de suite… Mais j’espère que vous aurez partagé autant d’émotions avec ces personnages que j’en ai eu durant cette année passée avec eux. Et si vous avez eu autant de plaisir à lire ces lignes que j’en ai eu à les écrire, alors mon souhait a été exhaussé.


Bande Originale, par ordre d’apparition:
In my place, Coldplay
You’re beautiful, James Blunt
Alone, The Lads
Land Of Plenty: « stand up » de Die toten Hosen, Expensive of Being Poor » de TV Smith
Creep de Radiohead en version acoustique
Uninvited d’Alanis Morissette
La mélodie d’Harry Potter
I feel good, de James Brown
Come away with me, de Norah Jones
New York, New York, interprété par Joshua Jackson
Absence of fear, de Jewel
Calling You, Bagdad Café
The Weight Of The World, de Thom & Nackt
Something stupid
It’s all so quiet
You don’t know me De Ray Charles
Where I end and I begin, de Thom & Nackt






jenny  (06.07.2006 à 23:44)

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