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Série : Dawson's Creek
Création : 31.08.2006 à 21h24
Auteur : katiex
Statut : Terminée
« Episode complet! » katiex
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Sans un mot.
Je suis là depuis 8h du matin. J’écoute à peine ce que cette femme pleine de connaissances peut dire ou faire. Je me demande à quoi bon rester assise sur cette chaise à attendre que l’avenir vienne à moi. Il n’a pas l’air si attrayant. La chaleur du temps m’empêche d’organiser mes pensées, de me concentrer sur le tableau noir. Je regarde un à un les autres prisonniers de cette pièce et je m’amuse de la diversité des visages, des différents soucis, des multiples couleurs… Je sens mon esprit divaguer et sans que je ne m’en rende compte le souvenir de ce garçon m’envahit.
Un garçon qui m’a percutée alors que je me dirigeais vers cette satanée salle de science quelques minutes plus tôt. Diable ! Je m’étais levée tard, avais à peine eu le temps de redresser mes cheveux avec une pince. Le couloir était pourtant désert. Mais je crois que son épaule devait absolument percuter la mienne. Il n’a même pas eu le tact de s’excuser. Pour seule riposte : un de ces regards glacials qui ont fait ma notoriété. A ma grande surprise, j’ai perçu au coin de ses lèvres un sourire moqueur.
Je serre mon crayon en me remémorant la rage que je ressentais alors que je le voyais s’éloigner sans un mot. Je ne le connais pas vraiment mais ce n’est pas la première fois qu’il m’inspire des envies de meurtre. Il est le genre de garçon qui veut absolument se distinguer des autres et qui ne prend ni rien ni personne au sérieux. A mon plus grand soulagement, nous n’avons aucun cours en commun. Je ne lui parle pas, il ne me distingue pas mais les détestables fois où je le croise, chacun de ses gestes, chaque sourire, mimique, parole m’irrite au plus au point. La cloche qui annonce la fin des cours agresse comme à son habitude mes tympans, je me lève rapidement ignorant les voix qui résonnent dans la salle, j’enfouis mes livres au plus profond de mon sac, je sens que mon pull noué à ma taille se dessert. Avec cette colère qui me ronge, bousculant ceux qui se trouve au mauvais endroit, je sors du cours.
Me voilà. Vendredi soir. Au pied d’une grande maison victorienne, la seule du quartier, pas difficile à trouver. Lorraine Curtis organise une grande beuverie avec tous ces étudiants dépendants que j’essaie généralement d’éviter. Je ne sais même plus pourquoi je me suis rendue à cet endroit. L’ennui probablement, ou la folie certainement. En tout cas, une fois à l’intérieur, une odeur immonde vient s’incruster dans mes vêtements. Je me sens décalée et, simultanément, horrifiée par la bêtise des personnes aux alentours. Je ne comprends pas l’envie qu’ils ont de transformer cette soirée en quelque chose de si mémorable avec des instruments aussi futiles qu’un pacque de bières, la « marie-couche-toi-là » de la semaine et la sono qui diffuse un air qui sera probablement bientôt démodé. On se croirait dans une de ces séries américaines du samedi soir. Hésitante, je vais au bar. Je me sers un verre de soda car je ne me sens pas d’humeur à prendre le risque de sortir en boitant de cette fête. Je m’assois sur un des ces canapés miteux à côté d’une fille, qui elle au contraire a dû ingurgiter une toute autre forme de breuvage. Je fixe les murs mauve clair: tous ces prétendus adultes ne font que cacher leur faiblesse derrière des réunions de ce genre.
Mon regard se promène dans l’espace et mon attention s’arrête sur un couple. Elle : Une jeune fille aux extravagants cheveux verts qui ne semble physiquement plus apte à prononcer une seule syllabe. Et Lui : …le fameux gars du couloir. Je pense que mon expression d’horreur a dû paraître évidente car il me regarde d’un air rieur. Quelle mouche m’avait piquée pour que j’aie l’idée de me mêler à cette jungle. Machinalement, je porte le gobelet à mes lèvres sans détourner les yeux. On est reste immobile, à se regarder. Ne pouvant pas réprimer l’envie de le détailler, je reste cependant interdite à tout signe venant de lui. Les minutes passent et j’ai la désagréable impression qu’il lit en moi, qu’il déchiffre mes pensées les plus personnelles sans que je ne puisse faire quoi que se soit pour l’en empêcher. Sans que je ne comprenne comment, ma respiration se fait difficile, mes joues rosissent. Reprenant mes esprits, je pose brusquement mon verre sur la petite table devant. Je me sens à nouveau en colère.
Je viens de visionner un chef d’œuvre dans la vidéothèque du coin, mon petit paradis. Le seul lieu qui me fait oublier les jugements, les peurs, les responsabilités. Je rentre paisiblement chez moi. Le vent caresse mon visage, nettoie les sillons de larmes. Je suis sereine, je me rapproche un peu du bonheur. Pas à pas, la présence que j’ai finement perçue à ma sortie du cinéma se fait plus claire. C’était Lui. Il avait pris place dans un des ces vieux sièges quatre rangs devant moi. A la fin de la projection, il est resté immobile durant quelques minutes, peut être aussi ému que moi. Je n’en sais trop rien. Mais maintenant, je sais qu’il marche derrière moi, je ne suis pas folle, je discerne bien son regard sur ma peau. J’ai soudainement très chaud, ce qui est déroutant compte tenu de la froideur de la nuit. J’ignore le fait qu’il me suit depuis un bon moment déjà. J’entends ses chaussures usées toucher le sol et sa respiration régulière. Je l’imagine les mains dans les poches de son manteau pour les protéger des sottises du temps. Mon gilet ne m’est pas de grand secours. Je tourne à gauche. J’emprunte une petite rue solitaire. Il y a un croisement. Je vais droit devant moi. D’un pas plus rapide. D’un pas plus lent. Brusquement, je m’arrête, juste histoire de voir ce qui allait se passer, mais le sentant avancer mes espoirs s’envolent. Sans vraiment me l’avouer, j’ai souhaité qu’il s’arrête. Ce qu’il a fait. Une fois à ma hauteur, il s’immobilise, se penche doucement vers moi et plonge son regard dans le mien. On décide de continuer le chemin ensemble, enveloppés par ce moment silencieux où les heures n’ont plus d’importance, où la réalité ne compte plus.
On a continué à se voir, à se croiser sans le vouloir prenant chacun à son tour cinq, vingt, soixante minutes de la vie de l’autre toujours sans une parole. On visite des chemins qui se révèlent inconnus, ceux que l’on n’a jamais pris le temps de contempler. Aujourd’hui nous avons pris comme abri un petit pont dissimulé par de grands arbres et qui nous offre une vue imprenable sur la minuscule ville que nous connaissons par cœur. Cette ville n’est pour moi que la preuve que mon existence est à reconstruire, toute ma vie a été chamboulée ici même par des événements sur lesquels je n’ai aucun contrôle. J’ai toujours eu envie de fuir Capeside. Si je tourne la tête, je peux distinguer la gare et les nombreux wagons qui m’auraient entraînée très très loin d’ici. La fumée, les nombreux passagers qui s’agitent dans tous les sens, la grande horloge noire, me plongent dans ces vieux films où le héros s’enfuit in-extremis d’une vie trop morne. Il a dû sentir mon envie irréalisable de voyage car il colle son épaule contre la mienne en un signe de réconfort, il me regarde. Un sourire rassurant se dessine sur ses lèvres fines, mon cœur se sent tout à coup moins meurtri. Soudain, son regard change, ses yeux bleus transmettent une joie nouvelle, montrant une facette douce et sincère que je ne lui connaissais pas. A ce moment précis, sans que je m’y attende, il se met à crier sans aucune raison apparente. Dieu, je suis sûrement tombée sur un aliéné ! J’essaie de le faire taire mais il me fait signe de le suivre dans sa folie passagère. Je plisse les yeux et passe une main dans mes cheveux. Après une fraction de seconde d’hésitation, je me mets à crier à pleins poumons, le plus fort possible. Je n’ai quasiment plus d’air, je n’aurai probablement plus de voix demain. Peu m’importe, je me sens déjà plus libre. Il a senti que je me noyais dans un tourbillon de tristesse et il m’a secourue.
Couchée sur un banc, j’observe le fleuve qui a bercé mon imagination et mes rêves. J’ai toujours vécu en eux, cet état d’âme me sécurise. Malgré la façade que je me donne, je suis consciente que mon être est perpétuellement attaqué par des angoisses inexpliquées. Ca Il l’a deviné. Je m’interroge justement sur ce changement de comportement : cela fait plusieurs fois que le hasard nous rapproche et le plus surprenant est qu’être près de lui n’est plus aussi insupportable qu’auparavant. Les paroles ne nous semblent pas nécessaires. Je ravale le sourire qui allait naître sur mon visage. C’est impossible et complètement absurde. Je dois préserver la distance que je me suis depuis toujours efforcée de créer. Mon ventre se tord : je ramène mes genoux contre lui. D’un bond, le jeune homme se retrouve assis auprès de moi et d’un timide geste, ôte une de mes mèches brunes qui me barrait le visage. Voyant que je m’étais plongée dans de sombres résolutions, il adopte cette attitude joueuse que je ne lui connais que depuis peu. Il enlève ses chaussures et marche pieds nus sur l’herbe fraîchement coupée, je le rejoins. Il prend impulsivement ma main et se laisse tomber à terre m’entraînant dans sa chute. Il fait le clown dans l’espoir de me faire réagir. Ce qui ne tarde pas à arriver. A cause d’un fou rire, je n’ai pas fait attention à son appareil photo, c’est seulement après que mes yeux aient été agressés par un flash que j’ai compris. Il n’est pas seulement désordonné et impulsif, il est aussi passionné que moi. J’en oublie même mes résolutions. On passe l’après- midi tous les deux, lui à prendre ses clichés, moi à faire le modèle ou à humer les différents parfums de ce jour ensoleillé.
Quelque peu essoufflée, je me dirige d’un pas décidé dans la chambre noire du lycée où je suis certaine de le trouver. Je ne lui dirai jamais mais il me manque atrocement. Avec lui tout semble nouveau et c’est un bonheur que d’être à ses côtés. Une fois devant la petite porte, je n’ai comme seul réflexe que de l’appeler. Mes pieds ne peuvent pas rester en place. Je me sens ridicule. Son visage apparaît après quelques secondes d’attente insupportable. Toutes mes inhibitions s’évanouissent pour ne laisser place qu’à une fougue trop longtemps refoulée. Je me surprends à le serrer contre moi. Ravi, il laisse sa main se promener délicatement sur ma joue puis il sert son autre main dans la mienne et me fait entrer dans cette chambre qui est finalement son jardin secret. Mon sourire en coin se manifeste à la vue de cette indispensable ampoule rouge qui projette cette lumière insolite. On est plongé dans une atmosphère particulière. Il s’active à me faire découvrir son univers tel un petit enfant sans se rendre compte que ses bras sur ma taille et sa tête par-dessous mon épaule font que mon rythme cardiaque s’accélère. Je ne peux m’empêcher de sentir son odeur. Je vois une photo de moi accrochée au mur, l’allégresse m’envahit, il n’y a que lui qui a pu la mettre là. Il me lâche et se dirige vers une commode au fond de la salle. Je le détaille sans le vouloir, mon corps tremble imperceptiblement et mes mains deviennent moites. Je prends peur. En reculant je m’oriente vers la porte et avec un dernier regard vers lui je sors en trombe.
Une autre journée de cours. Une des dernières puisque l’été arrive à grand pas. Mais moi je me transforme en courant d’air. Ma journée a consisté à fuir : Amis, Ennemis, Représentants, Activités, Profs et Lui. A cause de sentiments trop confus, pas la force de démêler mes pensées. 16h50. Le calvaire est bientôt terminé. Je traverse le couloir en prenant garde à ce que personne ne me remarque. Plus qu’un livre à prendre dans le casier, je distingue quelque chose sur celui-ci. Plus je m’approche plus mon sourire grandit. Ce n’est qu’une fleur blanche, cueillie dans le jardin du lycée, et un petit papier bleu : « Pas vraiment compris. Viens ce soir au port. »
Les jambes pendantes par-dessus le ponton, les orteils dans l’eau douce, je regarde mon reflet. Je n’ai pas pu résister à l’envie de le voir. Une légère pluie chaude me mouille les cheveux, chaque goutte s’écrase sur ma peau. Dans un soupir, je me retourne et je le vois qui s’approche lentement avec sa tenue débraillée et sa démarche nonchalante. Ses cheveux bruns et ébouriffés dévoilent sa désinvolture incomparable. Son assurance m’agace généralement mais un charme certains émane de lui. Dans ses yeux azurs, d’habitude espiègles, je peux lire de l’appréhension et son sourire narquois a laissé place à un sourire sincère où je décèle une part de nervosité. Mon cœur fond devant son allure fragile qui le rend encore plus séduisant. Il s’accroupit, attendant patiemment que j’aie le courage de relever le visage une nouvelle fois. Sans un mot, il dépose un baiser sur mon épaule dénudée. Ma respiration s’accélère. Comprend –il que je devient un carrefour de sentiments en sa présence ? Se remettant debout, il s’engouffre dans le voilier à ma gauche. Lui appartient-il ? Oui, on dirait bien. Du doigt, il désigne les étoiles étrangement plus brillantes ce soir puis il me fait signe de ne pas bouger et rentre dans la cabine. Tout à coup une légère musique atteint mes oreilles. Sans rien contrôler, je me trémousse légèrement à son rythme les yeux clos. Une céleste brise : je flotte. Je veux me convaincre que ce n’est pas si grave s’il ne comprend rien. Mais je sens ses bras venir encercler ma taille. Ce n’est plus le même nuage. Son souffle se perd dans ma nuque. Je m’égare inconsciemment dans la douceur du moment. On danse paisiblement, protégés par cette simple mélodie. L’espace se réduit entre nous. Un éclat de rire nerveux s’échappe de sa bouche. Timidement je relève les yeux, je me fige. Dans un frôlement, il retrace du pouce, les lignes de ma joue et avec un sourire, il descend très lentement vers mes lèvres. Il les effleure délicatement. Mes jambes tremblent, elles ne me soutiennent plus. Les mains posées sur son torse, je m’accroche instinctivement à sa chemise. Cette chaleur si particulière, celle dont tout le monde parle vient habiter mon corps. Le baiser prend fin à regret et je ne peux me contenir d’ouvrir la bouche pour parler mais il m’arrête. Surprise, je le regarde et je distingue dans ses yeux bleus une panique effroyable. Je le rassure en lui caressant la main mais il m’empêche une nouvelle fois de prononcer un mot. J’ai tout à coup très froid. Je ne comprends pas. Sait-il où cette conversation échouera lamentablement ? Sans un regard en arrière, le cœur en miette, j’empreinte une nouvelle fois le ponton, les planches en bois grincent à mon passage. Ma seule espérance est qu’il me retienne mais il n’en fait rien.
Je fais les cent pas devant la porte de chez lui depuis plus d’un quart d’heure. Il ne s’y trouve pas, il est probablement au port à regarder l’océan. Mon esprit parcourt obsessionnellement la scène de la semaine dernière dans les moindres détails : la pluie, la musique, son regard fuyant … Je ne lui demande pas grand-chose, juste une parole, quelques mots qui me prouvent que ce en quoi je veux croire ne va pas droit dans le mur. Il est ma seule raison de continuer à vivre ainsi, il rend tout plus simple. Mais la seule chose qu’il doit savoir c’est que je ne serai plus ce genre de personne, celle qui tourne en rond et qui se contente de se poser quelque part sans rien dire, sans chercher à être heureuse.
Il ne sentait même plus l’air qui lui brûlait le torse. Sa seule pensée était de la retrouver, de clarifier la situation, de lui dire franchement ce qu’elle faisait naître en lui, sans mélodies ou regards réservés. Sa main triturait le papier avec force. Si elle ne voulait pas comprendre par elle-même, il s’en chargerait une toute dernière fois. Ses jambes galopaient à un rythme effréné, il ne savait pas que la peur avait le don de faire voler. Il voyait la ville défiler, les immeubles, les drugstores, le parc, le musée d’art moderne. « Plus qu’une rue et on sera fixé. ». Il allait entamer le pont qu’il connaissait bien lorsqu’il la vit. Elle avait les coudes posés sur la rambarde alors qu’on entendait un train quitter le quai. Soulagé, il arrêta sa course et la contempla. Elle portait une de ses rares jupes en jean et un pull rayé de bandes noires et grises, les cheveux décoiffés, elle fixait la foule qui se dispersait en souriant.
Pacey sentit son cœur bondir dans sa poitrine, il ne l’avait jamais trouvée aussi belle. Il se rapprocha lentement et se plaça à ses côtés, cherchant désespérément le discours qu’il lui avait réservé mais voyant qu’il allait trébucher sur ses mots, il garda le silence ne voulant pas gâcher le moment. Il préféra se concentrer sur les effluves de celle qu’il aimait. Après quelques minutes de quiétude, Pacey se décida à prendre la parole mais lorsque ses yeux se posèrent enfin sur Joey, il fut surpris par les larmes qu’il voyait briller.
Pacey: - Qu’est…
JOey : le coupant doucement: - Chuuuut….
Elle ne voulait rien savoir pour le moment. Elle l’avait attendu et il était là. Elle gardait le plus longtemps possible cette satisfaction qui flottait autour d’eux, cela lui prouvait qu’elle avait fait le choix de se sentir en vie.
Elle lui prit la main et porta son regard vers la grande horloge de la gare. Il était 10:12 et tout semblait possible.
FIN