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Amour et compromis

Série : Dawson's Creek
Création : 24.06.2008 à 12h31
Auteur : potter 
Statut : Terminée

« Histoire complète, bonne lecture » potter 

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-Si tu crois que j'ai choisi ça, tu te trompes.

-Jen, tu peux quand même admettre que c'est dingue cette histoire.

 

Jack avait raison, cette histoire était complètement dingue. Mais le plus simple est peut-être que je vous la raconte. Il y a plus d'un mois, j'ai été engagée dans une grande maison d'édition pour être illustratrice officielle d'une toute nouvelle collection de livres pour enfants écrits par la talentueuse Joséphine Potter. Je ne connaissais de cet auteur que son nom car ma fille dévore tous ses livres. Ne faites pas cette tête là, oui j'ai une fille ! Elle s'appelle Amy et elle vient d'avoir 8 ans. Je l'ai eu à 22 ans et je l'élève seule. Enfin pas vraiment seule puisque je vis avec Jack, mon meilleur ami et que ma grand-mère habite la maison juste en face de la rue. Donc, je vous disais que je découvrais pour la première fois Joséphine Potter.

 

- Bonjour Mademoiselle Lindley.

- Monsieur Brady, je voulais vous remercier de m'accorder votre confiance pour ce travail.

- Vous le méritez. Vous dessinez très bien.

- Merci.

- Après signature de votre contrat, je vous présenterai notre écrivain, Joey. Nous avons pensé que ce serait une bonne idée que vous appreniez à vous connaître avant de vous lancer dans l'illustration de « La petite fille qui rêvait des étoiles ».

- J'ai hâte de la rencontrer.

Un quart d'heure plus tard, alors que je faisais le tour de l'équipe pour les présentations, je l'ai vu arrivé. Toute simple mais tellement classe, je me suis sentie toute petite face à elle.

- Ah, Joey, te voilà enfin. Je te présente notre nouvelle illustratrice, Jennifer Lindley.

- Bonjour Jennifer.

- Appelez-moi Jen, bonjour Mademoiselle Potter.

- Appelez-moi Joey, et on se tutoie, j'insiste.

- D'accord.

- Alors Jen, je t'emmène prendre un café juste au coin de la rue, c'est le meilleur de Boston, tu verras.

Au bout d'une heure, j'avais l'impression de la connaître depuis des années déjà.

- Et donc, Peter lui dit « c'est elle ou moi, on ne peut pas être à deux sur ce coup-là. »

- Le mufle. Pourquoi les hommes craignent-ils toujours qu'on empiète sur les plates-bandes ?

- Question d'orgueil je pense. Bon, passons aux choses sérieuses. J'ai un livre en attente, je souhaiterai que tu l'illustres en premier.

- La petite fille qui rêvait des étoiles ?

- Oui, j'y tiens beaucoup. Ce livre est différent de ce que j'ai pu écrire jusqu'à présent. Tu prendras le manuscrit dans mon bureau et tu me donneras ton avis dès que tu l'auras fini, c'est à dire, demain matin.

- Demain matin ?

- Mais non, je plaisante. Tu as le week-end. Lundi, on discutera du livre et à partir de cette conversation, tu pourras laisser parler ton talent pour l'illustrer.

 

En sortant de mon travail, je passais prendre Amy à l'école. Elle passa tout le trajet à me parler d'Eric, son amoureux, qui lui avait offert une pâquerette.

- Tu te rends compte maman, une pâquerette !

- C'est très gentil de sa part ma chérie non ?

- Oui, en plus, il m'a dit que j'avais les plus beaux yeux de la terre.

- Et il a bien raison.

Je vis un large sourire apparaître sur le visage de ma fille et ça valait pour moi tout l'or du monde.

- Jack rentre tard ce soir ?

- Non, il dînera avec nous mais il est de garde cette nuit donc il devra partir à 22h. Tu seras couchée depuis longtemps jeune fille.

- Oui, oui, je sais.

- Ça ne sert à rien de faire la tête.

- Eric se couche à 21h30 lui.

- Et bien Eric fait ce qu'il veut mais à la maison, c'est moi qui décide.

- J'aurai droit à une histoire ?

- Bien sûr, j'en ai une qui devrait te plaire.

 

En rentrant, Amy s'installa dans la salle à manger et fit ses devoirs. Je l'aidais à apprendre ses leçons tout en faisant un peu de rangement dans la maison que j'avais négligée depuis trop longtemps. Une heure plus tard, alors que je faisais le tri dans des photos, la porte d'entrée s'ouvrit.

- Où sont les deux femmes de ma vie ?

- Dans le salon.

Amy courut se jeter dans les bras de Jack.

- Jack ! Tu sais quoi, Eric m'a offert une pâquerette.

- Quoi ? Un concurrent ? Il va falloir le provoquer en duel cet Eric. Est-ce qu'au moins il travaille bien à l'école ? Et que font ses parents dans la vie ?

- Arrête Jack, lui répondit Amy en riant.

J'observais de mon canapé ce tableau si familier et me réjouissais intérieurement que Jack habite toujours avec nous. Il était formidable avec Amy.

- Et que fait ta mère ?

- Sa mère range des photos que Monsieur a fait développer et ranger en vrac dans le tiroir.

- Ah bon ? Je ne souviens pas avoir fait ce genre de chose.

Il me tira la langue et je pris alors un des coussins du canapé pour lui balancer à la tête mais je ratais mon coup.

 

A 19h30, nous étions en train de dîner tranquillement en écoutant parler Jack de son excursion à la salle de sport où il s'était fait draguer par le prof de fitness.

- Je t'assure qu'il m'a suivi jusque dans la douche.

- C'est dégoûtant, répliqua ma fille avec une moue adorable.

- Amy, ma chérie, tu devrais aller choisir un dessert dans le réfrigérateur.

Jack fourmillait d'anecdotes comiques sur ce qui lui arrivait. Je le soupçonnais d'en rajouter pour nous faire rire Amy et moi. Nous avions décidé de ne rien caché à Amy qui avait très bien compris que Jack n'était pas son papa mais qu'elle pouvait le considérer comme tel et elle avait aussi compris qu'il aimait les hommes et pas les femmes. Et elle ne semblait absolument pas choquée par ce genre de conversation.

 

A 20h30, Amy était au fond de son lit, Jack venait de lui dire bonne nuit et elle m'attendait impatiemment. Ou plutôt, elle attendait l'histoire que je lui avais promis.

- Amy, j'ai là un livre qui devrait te plaire.

- Pourquoi il n'a pas de couverture ?

- Et bien parce qu'il n'est pas encore à vendre.

- Et c'est quoi ?

Quand elle lut le titre sur la page de garde ainsi que le nom de l'auteur, ses yeux se mirent à pétiller.

- Maman, tu es la meilleure.

- Je sais.

Et c'est ainsi que je fis découvrir à ma fille « La petite fille qui rêvait des étoiles ».

 

En refermant la porte de la chambre sur une Amy paisiblement endormie, je me trouvais nez à nez avec Jack.

- Je pars bosser.

- D'accord, fais attention à toi.

- Toi aussi. A demain.

- A demain.

Jack partit pour sa garde à l'hôpital, je me glissais dans mon lit et recommençais la lecture du livre de Joey. J'étais totalement transportée par son héroïne et l'histoire du roman. Au bout de deux heures, je me forçais à m'arrêter. J'avais lu la moitié du roman qui faisait quand même près de 450 pages.

 


potter  (24.06.2008 à 12:37)

Le vendredi matin, Joey me tomba dessus dès que je mis un pied dans mon bureau.

- Tu l'as commencé ?

- Bonjour Joey.

- Oui, bonjour, alors, tu l'as commencé ?

- Oui.

- Et tu détestes c'est ça ?

- Je n'ai rien dit.

- Justement.

- Joey, j'ai adoré, cette histoire est géniale.

Joey poussa un soupir de soulagement.

- Pourquoi penses-tu que je n'aurai pas aimé ?

- Je ne sais pas, j'ai toujours peur que ça ne plaise pas.

- Joey, tu as beaucoup de talent.

- Merci. On déjeune toutes les deux ?

- Si tu veux.

Après le déjeuner où nous avions essentiellement parlé du livre, je me mis au travail, notant en vrac les idées qui me venaient pour illustrer le livre et les questions que j'avais à poser à Joey sur les points à éclaircir. A 16h30, je quittais le bureau et allais récupérer Amy à son école.

 

J'attendais ma fille qui voulait absolument finir le dessin qu'elle était en train de faire en étude.

- Amy, tu ne peux pas finir ce dessin à la maison ?

- Non, je veux le donner à Claire aujourd'hui.

- Tu pourras lui donner lundi.

- Non.

Ma fille étant une vraie tête de mule, je m'éloignais avec en tête l'idée d'aller discuter avec Claire, son institutrice. Cette dernière était en pleine conversation avec un parent d'élève. Je m'installais donc à une table en attendant. Un camarade de classe d'Amy s'approcha de moi.

- Bonjour.

- Bonjour.

- T'es la maman d'Amy ?

- Oui, et toi ?

- Moi je suis Eric.

- Ah, c'est toi qui offre des fleurs à ma fille.

- Oui, et elle veut bien qu'on se marie.

- Et bien. Vous n'êtes pas un peu jeune encore ?

- Non, on va faire ça demain, elle m'a invité pour le goûter.

- Eric, arrête d'embêter la dame.

- Il ne m'embête pas du tout.

Je me redressais rapidement pour voir à qui j'avais affaire. Un homme charmant, grand, brun, de magnifiques yeux bleus qui regardait son fils d'un air contrarié.

- Je suis Jen Lindley, la maman d'Amy.

- Pacey Witter, le père de ce jeune homme.

- J'ai l'impression que nos enfants s'apprécient beaucoup.

- En effet, son institutrice m'a dit qu'elle avait surpris Eric avec un collier de perle qu'il comptait offrir à votre fille et qui après vérification s'avère être à sa mère.

- C'était un cadeau pour le mariage de demain, plaida Eric.

Pacey se mit alors à rire et je ne tardais pas à le rejoindre en voyant l'air coupable du petit garçon.

- Il semblerait que ma fille ait invité votre fils demain après-midi chez moi. Elle a juste oublié de le dire.

- Vous n'êtes pas obligée vous savez.

- Et priver ma fille de l'événement le plus important de sa vie ? Non, non, elle risquerait de vouloir me tuer.

- Dans ce cas...

- Amenez Eric pour 16h.

- Vous êtes sûre ?

- Certaine, ce sera avec plaisir.

Après lui avoir donné notre adresse, je quittais l'école en compagnie de ma fille qui s'éclipsa en faisant un clin d'œil à Eric.

- Merci maman pour demain.

- De rien ma chérie mais la prochaine fois, préviens-moi plus tôt.

- Promis.

 

Le lendemain, on sonna à la porte à 16h précises. Amy se précipita pour ouvrir. Je la suivis de près.

- Bonjour Madame Lindley.

- Appelez-moi Jen.

- Bonjour Jen.

- Bonjour Eric.

- Bonjour Jen.

- Eric, viens dans ma chambre, tout est prêt.

Les deux enfants partirent comme des fusées, nous laissant seuls entre adultes.

- Vous voulez un café ?

- Avec plaisir. Eric trépignait d'impatience à l'idée de venir voir Amy. Il m'a même convaincu d'acheter une bague dans un distributeur.

- Si nos enfants sont en train de se marier, nous allons être amenés à nous revoir souvent.

- Avec joie.

Je sentis mes joues s'empourprer légèrement. Ce Pacey, en plus d'être à tomber, était charmant et drôle. Jack choisit cet instant précis pour débarquer dans la cuisine, couvert de cambouis sur les mains et le visage.

- Ca y est, j'ai réparé la voiture. Heu...bonjour.

- Bonjour Monsieur Lindley.

- Ah non, moi c'est Jack McPhee.

- Oh pardon, j'ai cru que vous étiez mariés.

- Jack n'est pas le père d'Amy. Nous vivons ensemble en tout bien, tout honneur. C'est mon meilleur ami gay.

- Merci pour tant de délicatesse Jen.

Je rougis instantanément en réalisant ce que je venais de dire. Pourquoi avoir précisé qu'il était gay ? Quelle importance cela pouvait-il avoir ? Jack semblait furieux par ce lapsus. Il déteste plus que tout les étiquettes et je venais de jeter cette info devant un quasi-inconnu. Pacey, lui, souriait.

- Je suis le père d'Eric et j'adore les gays. Mon frère l'est d'ailleurs.

Jack se tourna vers moi et j'articulais silencieusement un « désolée » qu'il accepta d'un signe de tête, puis, après avoir salué Pacey, il s'éclipsa.

- Vous avez une jolie maison.

- Merci.

- Qu'est-ce que vous faites dans la vie ?

- Je suis illustratrice. Et vous ?

- Je dirige un restaurant.

- Ah oui ? Lequel ?

- Le Bostonien.

- C'est vrai ? J'adore ce restaurant. La cuisine est délicieuse, mes compliments au chef.

- Merci pour moi.

- C'est vous qui cuisinez ?

- Oui, moi et d'autres talentueux cuisiniers.

- C'est votre femme qui doit être contente.

- Ma femme et moi sommes séparés.

- Oh, désolée, j'ignorais.

- C'est récent, deux mois à peine. Elle m'a laissé la garde d'Eric, elle le prend un week-end sur deux et pendant les vacances scolaires. Enfin, c'est ce qu'elle m'a proposé. Elle est très occupée. Et vous ?

- Moi ?

- Oui, avec le père d'Amy.

- Ah, il m'a quitté quand il a su que j'étais enceinte.

- Quel idiot.

Nous avons passé deux heures à discuter de tout et de rien. J'ai découvert un homme passionnant, cultivé, curieux de tout. Le temps a filé à toute vitesse. Puis il est parti avec Eric.

 

Les deux semaines suivantes, nous nous retrouvions au même moment à l'école pour aller chercher nos enfants et nous discutions devant l'école avant de rentrer chez nous. Le deuxième jeudi ne dérogea pas à la règle.

- Que diriez-vous d'un pique-nique samedi midi dans le parc ?

- Pourquoi pas. Les enfants seront ravis de se voir.

- A vrai dire, Eric sera avec sa mère. J'avais pensé à un pique-nique entre nous mais si vous souhaitez emmener Amy, il n'y a pas de problème.

- Pardon, je n'avais pas compris. Heu...oui, d'accord. Je laisserai Amy à ma grand-mère ou à Jack.

- D'accord, je m'occupe du repas. Je passerai vous prendre à 12h.

- Très bien. Au revoir.

 

Le vendredi, c'est Jack qui alla chercher Amy ce qui au fond m'arrangeais bien car je n'arrêtais pas de me poser des questions sur cette invitation. J'avais plusieurs fois pensé à annuler mais je n'avais pu m'y résoudre. Quand Grams vint le samedi matin, j'étais en train de m'habiller dans ma chambre.

 

- Jennifer, tu es ravissante.

- Merci grand-mère mais je sais ce que je vois. Cette tenue ne me va pas du tout.

Et je changeais pour la cinquième fois de tenue. Je ne savais pas pourquoi je mettais tant de temps à me décider. J'optais finalement pour une robe. Une touche de maquillage plus tard, j'entendis sonner à la porte. J'embrassais Amy et Grams et filais dehors. Pacey m'attendait, encore plus beau que je ne m'y attendais en jean et chemise blanche.

- Vous êtes ravissante.

- Merci, vous n'êtes pas mal non plus.

Il me déposa un baiser sur la joue et m'ouvrit la portière de sa voiture pour que je m'installe. Puis il prit place à côté de moi.

 

L'après-midi se déroula comme dans un rêve. Le repas était délicieux, Pacey avait préparé une tarte salée, une salade, un gâteau, le tout arrosé d'un excellent vin. Nous avons parlé de tout et de rien puis il me proposa une ballade en barque sur le fleuve. Alors qu'il ramait, je l'observais en souriant.

- J'en fais trop c'est ça ?

- Pardon ?

- Jen, vous pouvez me l'avouer, j'ai l'air débile à vous sortir le grand jeu de la sorte.

- Pacey, nous ne faisons rien d'autre que passer une partie de la journée ensemble. Entre amis.

- Entre amis ?

Il parut à cet instant déçu. Je ne sais pas pourquoi mais l'idée qu'il tentait de me séduire me fit un drôle d'effet me poussant à mettre une barrière entre lui et moi. Pourtant, c'est fou comme il me plaisait. Depuis une semaine déjà, je n'arrêtais pas de penser à lui, j'étais constamment dans la lune. Au travail, alors que j'étais penchée sur un dessin, son visage m'apparaissait et je me mettais à rêver pendant de longues minutes. J'étais pire qu'une adolescente amoureuse pour la première fois. Pacey se tut le reste de la promenade et ce n'est que quand il prit ma main pour m'aider à sortir de la barque que je pus à nouveau croiser son regard.

- Pacey, je suis désolée, je ne voulais pas vous blesser.

- Non, vous n'avez pas à vous excuser Jen. C'est moi qui me suis mal comporté. Enfin, vous me plaisez et j'ai cru que c'était réciproque.

Je n'eus pas le temps de lui répondre car il se mit à pleuvoir énormément d'un seul coup. Le genre de chose qu'on ne voit que dans les films où la pluie succède à un magnifique soleil. Nous avons couru jusqu'à sa voiture mais le temps d'y arriver, j'étais trempée jusqu'aux os. Pacey s'arrêta devant ma maison et coupa le moteur.

- Vous devriez y aller. Vous allez tomber malade sinon.

- Merci pour tout, j'ai passé un très bon moment.

- Moi aussi.

Alors que j'avais la main sur la poignée de la portière, je sentais que je n'avais pas pu lui dire tout ce que je souhaitais. Je me retournais vers lui et lui souris. Il me rendit ce sourire qui me fit oublier que j'étais trempée, les cheveux plaqués sur le visage, mon maquillage avait dû couler, je devais vraiment faire peur à cet instant.

- C'est réciproque Pacey.

Je lui déposais très légèrement un baiser sur les lèvres et m'enfuis à toute vitesse vers la maison. Je refermais la porte sans un regard vers lui, mon cœur battait à rythme fou.

 

J'ai adopté plus ou moins volontairement l'attitude de l'autruche pendant toute la semaine suivante. Au bureau, je devais travailler comme une folle sur mes illustrations ce qui m'empêchait d'aller chercher Amy à l'école. Je chargeais donc Grams de le faire et quand je rentrais enfin à la maison le soir, je trouvais ma grand-mère occupée à faire travailler son arrière-petite-fille.

- Bonsoir, je suis en retard, désolée.

- Maman, tu avais promis d'être là tôt, me dit Amy d'un air boudeur.

- Je sais ma chérie mais je n'ai pas pu faire autrement, je suis vraiment désolée.

Amy replongea le nez dans son livre de lecture, l'air toujours renfrogné.

- Au fait Jennifer, tu as le bonjour d'un certain Pacey.

- Ah bon ? Tu l'as vu ?

- Et bien je le vois tous les jours à la sortie de l'école et il m'a demandé de tes nouvelles. Je lui ai dit que tu étais débordée et que tu ne pouvais pas prendre Amy à l'école cette semaine.

- Et qu'est-ce qu'il a répondu ?

- Qu'il voulait savoir si Amy pouvait venir jouer avec son fils samedi après-midi, chez eux. Il m'a donné son numéro de téléphone pour que tu puisses lui confirmer.

- Oh. Euh, merci Grams. Tu veux rester dîner ?

- Non merci ma petite fille, j'ai déjà quelque chose de prévu.

- D'accord, bonne soirée alors et merci pour tout.

Grams embrassa Amy et partit. Ma fille me regardait à présent d'un regard noir, preuve qu'elle m'en voulait de n'avoir pas été là plus tôt pour elle.

- Amy, je t'ai déjà dit que j'étais désolée.

- .......................

- Tu comptes faire la tête longtemps ?

- .......................

- Moi qui comptais faire des spaghettis bolognaise pour me faire pardonner, ce sera des haricots verts je crois.

- Oh non maman, des spaghettis, s'il te plait, s'il te plait, s'il te plait.

- D'accord mais je veux un gros bisou en échange.

Et ma petite tête blonde fondit sur moi pour un câlin.

 

Après un dîner « entre filles », je couchais Amy et retournais dans la cuisine pour finir de ranger. Je trouvais sur le comptoir le numéro de téléphone griffonné par Pacey. Je pris la carte dans ma main, la retournant en tous sens comme si je cherchais un indice quelconque. Je retournais près du téléphone, m'installais dans un fauteuil et composais le numéro fébrilement, sentant mon cœur s'emballer à chaque touche sur laquelle j'appuyais.

- Allô ?

- Pacey, bonjour, c'est Jen.

- Bonjour Jen, vous allez bien ?

- Ça va, merci. Et vous ?

- Pas trop mal. Je vois que votre grand-mère vous a transmis mon message, j'en suis ravi. Je craignais qu'elle se refuse à jouer les entremetteuses pour que vous acceptiez mon invitation à dîner.

- Votre quoi ? Mais je croyais que vous vouliez qu'Amy vienne jouer avec Eric demain après-midi.

- Ah non, ce n'est pas prévu, je voulais que vous dîniez avec moi demain soir. Au Bostonien, vu que vous l'appréciez. Et j'ai pris ma soirée donc je ne serai pas derrière les fourneaux.

- Heu, et bien, c'est à dire que...

- Rendez-vous à 20h là-bas. Et n'oubliez pas de venir Jen.

Je raccrochais, réalisant à peine que je m'étais totalement fait avoir par ma grand-mère. Je restais scotchée dans mon fauteuil, fixant le téléphone d'un air ahuri. Jack, qui rentrait au même instant, s'arrêta en m'observant.

- Alors ça Jen, le gros boîtier avec des boutons que tu as dans la main, ça s'appelle un téléphone.

- Amy dort, je vais voir Grams, j'en ai pour deux minutes.

 

Je traversais la rue telle une furie, sans prendre garde à la voiture qui pila devant moi en klaxonnant à n'en plus finir, le chauffeur délivrant un flot d'injure sur la petite écervelée que j'étais. J'entrais chez Grams sans frapper et la trouvais dans le salon, tricotant devant la télé.

- C'est quoi ce plan foireux ?

- Surveille ton langage Jennifer.

- Ne te moque pas de moi Grams, je viens d'avoir Pacey au téléphone et il n'était absolument pas question qu'Amy aille jouer chez lui.

- Ah bon?

- Grams, arrête ça tout de suite.

- Jennifer, j'ai vu ce jeune homme chaque jour depuis lundi et malgré le fait qu'il soit bien élevé, je pouvais lire la déception dans ses yeux en constatant que tu ne venais pas chercher Amy. Il m'a fait de la peine et j'ai donc œuvré pour que les choses évoluent.

- Mais qui te dit que je veux les faire évoluer ?

- Tu lui plais et je suis sûre qu'il te plait aussi. Alors ma chérie, écoute ta grand-mère et accorde toi une soirée de détente en compagnie de ce jeune homme. Maintenant sois gentille, mon film va commencer.

- Mais...

- Il n'y a pas de mais Jennifer, bonne nuit.

Congédiée par sa propre grand-mère, le comble ! Je faisais donc le chemin inverse pour rentrer chez moi et trouvais Jack dévorant la portion de spaghettis que je lui avais laissé. Je me laissais tomber sur la chaise face à lui et enfouis mon visage entre mes bras.

- Cha fa pa ?

- Pardon ?

Jack avala le contenu de sa bouche avant de reprendre la parole.

- Ca va pas ?

- Je suis victime d'un complot !

- Aïe, tu veux que je prévienne le FBI ?

- Très drôle monsieur le malin. Je suis condamnée à aller dîner avec Pacey demain soir, en tête-à-tête. Tout ça à cause de Grams.

- Condamnée ? Mais je le trouve charmant ce Pacey.

- Justement.

- Où est le problème ?

- Je n'ai pas envie d'avoir un homme dans ma vie actuellement.

- Et pourquoi ?

- Amy suffit amplement à mon bonheur.

- Jen, il faut quand même que tu sortes, tu ne vas pas te couper de toute vie sociale. Amy est grande, elle peut comprendre que sa maman a besoin d'un peu de tendresse.

- Je n'ai pas besoin de tendresse !

- Jen, ça remonte à quand ton dernier rendez-vous galant ?

- Si tu crois que je m'amuse à compter.

- De toute façon, tu es une fille bien élevée et polie donc tu iras à ce rendez-vous et tu passeras une bonne soirée.

- Grfgrfgrnnfr.

- Je prends ça pour un oui.


potter  (24.06.2008 à 12:49)

Toute la journée de samedi, je tentais de trouver une échappatoire à la soirée qui m'attendait. J'allais jusqu'à prétendre à Jack et à ma grand-mère qu'Amy était malade et que je ne pouvais pas la laisser seule mais rien ne marcha. A 19h30, j'étais malgré tout prête à sortir.

- Bon et bien j'y vais.

- Bonne soirée Jen.

- Tu as bien mon numéro de portable s'il y a un soucis ?

- Quel soucis veux-tu qu'il y ait ?

- Jack, si tu as besoin, je peux être là en 10 minutes.

- Mais oui, bon t'es encore là ?

- Ça va, ça va, j'y vais.

- Bonne soirée Jen !

- Ouais, c'est ça, traître.

J'arrivais au restaurant en avance et fit semblant d'étudier la carte à l'entrée tout en regardant discrètement l'intérieur du restaurant pour voir s'il était déjà arrivé. Je le vis sortir de la cuisine, en costume. Je ne pus m'empêcher de constater à quel point il était élégant. Je replongeais mon nez dans la carte et fit l'effort de la lire réellement. J'en étais aux desserts quand je sentis une main me caresser le cou.

- Vous allez rester longtemps à étudier la carte ?

- J'hésite encore entre le parfait au chocolat et le pain perdu au caramel.

- Et bien nous prendrons les deux. Bonsoir Jen.

- Bonsoir Pacey.

Et voilà, le moment fatidique. Je lui sers la main ? Je l'embrasse ? Sur la joue ? Sur ses douces lèvres ? Ah, Jen, arrête de te torturer. J'essayais de déchiffrer son regard mais n'y vis rien d'autre qu'une expression d'amusement.

- On entre où on reste sur ce trottoir toute la soirée ?

- Allons-y.

Il passa devant moi pour me tenir la porte. Il me conduisit au fond de la salle, à une table un peu plus isolée que les autres. Le trac me rongeait totalement, il fallait que je fasse quelque chose, que je m'occupe. Je me mis à fouiller frénétiquement dans mon sac sans savoir ce que je cherchais. Je mis la main sur un paquet de mouchoirs et en sorti un, prétextant un besoin vital de me moucher. Pacey m'observait sans rien dire, se contentant de sourire. Un serveur s'approcha et posa une bouteille de vin blanc devant nous.

- Goûtez-moi cette merveille.

Pacey nous servit deux verres. Je bus le mien pratiquement d'une traite, ce qui me fit rougir en pensant qu'il allait me prendre pour une alcoolique. Le vin était frais et sucré, un vrai régal.

- Il est très bon.

- Alors Jen, que voulez-vous manger ?

- Que me conseillez-vous ?

- Oh, oh, si vous me laissez décidé, je ne vous dis rien, vous aurez la surprise comme ça.

Et le moins que je puisse dire est que je n'ai absolument pas été déçue. Les plats présentés étaient tous plus exquis les uns que les autres. A la fin du repas, j'étais plus que joyeuse, grisée par le vin que j'avais bu. En sortant, Pacey m'offrit son bras et me proposa une ballade le long du fleuve. L'air était un peu frais, ce qui me fit le plus grand bien. Je fermais les yeux et offrais mon visage aux caresses du vent, profitant du silence qui s'était installé.

- Vous voulez venir prendre un dernier verre chez moi ?

Heu...comment dire ? Oui, j'en meure d'envie, non, il ne faut surtout pas ? Jen, décide-toi, il attend une réponse !

- Je ne voudrai pas réveiller Eric.

- Mes parents sont venus le chercher pour l'emmener au bord de la mer pour le week-end. Avec le restaurant, je ne peux pas être disponible comme je le voudrai pour lui le week-end et j'ai horreur de le laisser seul.

- Je comprends, c'est pareil pour moi, c'est comme si on refusait de les voir grandir.

- Exactement.

 

Pacey avait continué à marcher mais je me rendais bien compte qu'il attendait toujours ma réponse à son invitation.

- Et ça se trouve où chez vous ?

Pacey me fit un grand sourire et m'entraîna par la main à l'autre bout du parc où nous nous trouvions. Arrivé devant un immeuble, il composa le code d'entrée et me fit pénétrer dans le hall. Je notais les boiseries, la lumière tamisée et le côté cocon du bâtiment. L'ascenseur s'éleva jusqu'au 12ème étage et je me retrouvais devant la porte d'entrée de l'appartement de Pacey. Il l'ouvrit et m'invita à rentrer dans un duplex donnant sur le parc d'où nous venions. En plein jour, cela devait être très lumineux. Je me sentis immédiatement à l'aise dans cet appartement spacieux

- Pacey, c'est magnifique !

- Merci. J'aime beaucoup cet appartement. J'ai eu un véritable coup de cœur la première fois que je l'ai vu. L'étage n'est pas très grand mais j'ai quand même pu y installer ma chambre et un coin bureau. Eric a sa chambre derrière la porte que vous voyez là.

- A l'opposé de la pièce ? Vous souhaitez être tranquille pour recevoir vos conquêtes.

Cela le fit rire et il alla dans la cuisine où il prépara du café. J'ouvrais la baie vitrée et me retrouvais sur la terrasse. La vue était vraiment magnifique mais j'évitais cependant de trop m'approcher du bord. Un salon de jardin en rotin était posé et je pris place dans un des fauteuils. Pacey ne tarda pas à me rejoindre et s'installa près de moi.

- Vous êtes bien silencieuse.

- Je crois que je viens de réaliser que j'avais le vertige.

- C'est vrai ?

- Oui, c'est très haut et je ne me sens pas à l'aise.

- Rentrons alors.

Pacey referma la baie vitrée derrière moi et abaissa les volets.

- Ca va mieux ?

- Oui, merci.

- Vous tremblez. Suivez-moi, je vais vous prêter un pull.

Je le suivais à l'étage et découvrais ainsi son univers. Un futon posé à même le sol, dans un coin, un bureau avec un ordinateur, une commode et une armoire, rien d'autre. Il ouvrit l'armoire et prit un pull qu'il posa sur mes épaules. Nous étions près l'un de l'autre, trop près peut-être. A vrai dire, si près qu'il me suffit de me mettre sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Pacey parut surpris mais cela ne dura qu'une fraction de seconde. Il glissa une main dans mes cheveux et me serra contre lui avec l'autre. Ce baiser était passionné, fougueux, haletant. Je ne tardais pas à perdre toute notion d'espace et de temps et me laissais emporter par ce délicieux moment.

 

Quand j'ouvris les yeux, une sensation de bien-être m'avait envahi, faisant naître un sourire sur mes lèvres. Mais je ne reconnaissais rien de ce qui m'entourait. J'attendis quelques secondes que mes idées se remettent en place et que les souvenirs de la veille me reviennent en mémoire. Mon sourire s'agrandit un peu plus. Je me tournais vers Pacey qui dormait encore. J'aperçus le réveil posé à côté de son lit et vit qu'il était 6h30. Il était temps pour moi de rentrer. Je me glissais hors du lit, ramassais mes vêtements et descendais pour me rendre dans la salle de bain. Je pris une douche rapide et remontais dire au revoir à Pacey.

- Pacey, réveilles-toi.

- Eric, vas te recoucher, il est trop tôt !, bougonna-t-il encore endormi.

- Pacey!

Je le secouais légèrement dans l'espoir de parvenir à lui faire ouvrir les yeux.

- Hein, oh Jen, bonjour. Quelle heure est-il?

- 6h45, il faut que j'y aille. Je voudrais être rentrée avant qu'Amy se réveille.

- D'accord. Je te raccompagne.

- Non, le métro est juste à côté, c'est bon.

- On se revoit quand ?

- Quand le besoin de se voir se fera sentir !

- Demain alors, me lança-t-il de son air charmeur.

- On s'appelle, lui dis-je en souriant.

Je l'embrassais rapidement, me levais et m'engageais dans l'escalier quand il m'appela.

- Merci Jen.

- Merci à toi Pacey.

 

Sur le chemin du retour, je m'arrêtais à la boulangerie pour acheter des viennoiseries à Jack et Amy. J'arrivais chez moi à 7h30, la maison était encore silencieuse. J'allais me changer dans ma chambre et m'allongeais sur mon lit pour m'autoriser à repenser à ce qui s'était passé la veille. Pacey avait été extraordinaire. Il y avait longtemps que je n'avais pas ressenti ça. Sans m'en rendre compte, mes yeux se fermèrent et je me rendormis.

A 9h30, Amy ouvrit la porte de ma chambre et vint se coucher contre moi. Je ne sais comment, j'avais finalement atterri sous ma couette. Amy se colla contre moi et je l'accueillis avec un bisou sur sa tête. Je respirais longuement l'odeur de ses cheveux et profitais de cette pause tendresse. Mais à peine commençais-je à me rendormir qu'Amy décréta que le câlin avait assez duré et qu'il était temps de prendre le petit déjeuner.

J'arrivais dans la cuisine au moment même où Jack rentrait de son jogging matinal.

- Salut princesse, bonjour Jen, tu as une mine affreuse, on dirait que tu n'as pas dormi !

Son sourire me fit comprendre instantanément qu'il savait que j'avais découché cette nuit et que j'allais avoir droit à un interrogatoire en règle.

- Chouette, un petit déjeuner à la française. Merci Jack.

- Heu...de rien Amy.

- Oui, merci Jack.

J'appuyais bien sur le « Jack » pour lui faire comprendre qu'il ne fallait pas qu'il me trahisse. En effet, Amy m'aurait demandé pourquoi j'avais acheté le petit déjeuner et m'étais recouchée après et pourquoi je l'avais laissé seule pendant que Jack était dehors. Et moi, tout ce à quoi j'aspirais, c'était la tranquillité.

 

Et ce ne fut pas le cas. Une fois Amy partit chez Grams pour la journée, Jack me sauta littéralement dessus alors que je me rendais dans la cuisine.

- Je veux TOUT savoir.

- Sur quoi ?

- Sur quoi ? Tu oses me demander sur quoi ? Mais enfin Jen, sur ta soirée, ta nuit...

- Il n'y a rien à en dire de particulier.

- Tu es sûre ? Tu découches et tu n'as rien à me raconter ?

- Absolument rien, si ce n'est que...- j'ouvrais le réfrigérateur et sortais le jus de fruit histoire de torturer un peu Jack- ...que c'est un amant fabuleux !

- J'en étais sur, aller, raconte.

Et je dus donc raconter à Jack les détails de ma soirée avec Pacey Witter.


potter  (24.06.2008 à 12:52)

La semaine suivante se passa comme dans un rêve. Amy était adorable, aucune crise en vue, Jack était présent pour s'occuper d'elle et j'avais Pacey au téléphone au moins une fois par jour. J'arrivais même à lui trouver des moments à lui consacrer avant qu'Amy ne rentre pour le dîner. Grams allait la chercher tous les jours à l'école car Amy lui avait demandé de l'aider pour un projet scolaire. Elles passaient ainsi deux heures ensemble après l'école et avant le dîner, ce qui me laissait un peu plus d'une heure à consacrer à Pacey. Seul Jack était dans la confidence pour l'instant et j'adorai ce côté romanesque de l'idylle cachée. J'en profitais pleinement, consciente qu'un jour ou l'autre, cela changerait. Je n'avais pas prévu que cela change si vite...

Au début de ma deuxième semaine d'idylle, j'arrivais au bureau légèrement en retard et trouvais Joey assise dans mon bureau, m'attendant.

- Joey ? On avait réunion à 11h seulement.

- Je me suis dit que tu serais sûrement tentée par un café.

- Volontiers.

Nous nous installâmes sur le canapé qui était posé dans mon bureau et commençâmes à discuter.

- Quoi de neuf Jen ?

- Rien de particulier, j'ai fini l'illustration des 5 premiers chapitres, j'attends de savoir ce que tu en penses.

- Oui, je vois, mais je parlais de ta vie privée, pas du boulot.

- Oh, tout va bien. Et toi ?

- Ca va. Enfin, je crois.

- Tu crois ?

- Je ne t'ai pas parlé de mon ex ?

- Non.

- Je crois que j'ai fait la pire erreur de ma vie. Je l'ai connu à l'âge de 5 ans et je le détestais mais au lycée et on est tombé fous amoureux. On s'est installés ici tous les deux quand j'ai fait mes études. Lui, ce n'était pas trop son truc les études, il a fait plusieurs petits boulots, ce qui fait qu'à 20 ans, on habitait ensemble dans un studio miteux mais on s'en fichait. A 22 ans je suis tombée enceinte et ça ne m'a pas posé de problèmes car je savais que notre enfant aurait tout ce qui lui faudrait même si les fins de mois étaient difficiles. Et puis j'ai publié mon premier livre il y a quatre ans et tout a changé avec le succès. J'étais moins disponible, toujours occupée et mon couple s'est cassé la figure. On s'est séparé il y a environ 3 mois.

- Je suis désolée Joey. J'ignorais que tu avais un fils.

- Et oui, à croire que moi aussi je l'avais oublié. Je regrette tellement la décision que j'ai prise. Tu sais, mon fils me manque terriblement. Il vit avec son père car je suis trop souvent en déplacement pour pouvoir le garder à la maison. Et je crois que je suis toujours amoureuse de son père.

- Alors pourquoi tu n'essaies pas de renouer avec lui. Tout n'est peut-être pas perdu.

- J'ai été tellement odieuse avec lui. Je doute qu'il me pardonne un jour.

- Si tu n'essaies pas, tu ne le sauras jamais.

- C'est vrai.

- Et puis aménages-toi du temps libre pour ton fils ou un jour tu te réveilleras et tu réaliseras qu'il a 30 ans et ça sera trop tard pour rattraper le temps perdu.

- Vous avez de sages conseils Mademoiselle Lindley !

- Oh, merci Mademoiselle Potter.

Joey partit un peu moins sombre et je me remis au travail pour finir ce que je voulais présenter à la réunion.

 

La semaine suivante vit débarquer les vacances scolaires. La sortie du livre étant prévue pour les fêtes de Noël, je n'avais pas pu poser de jours de congés et me retrouvais donc seule à la maison, Amy étant partie avec Jack chez sa sœur Andie en Italie. La maison me sembla désespérément vide le premier soir. J'arpentais les pièces telle une silhouette fantomatique et finit par me précipiter dans la chambre de ma fille en serrant très fort son oreiller qui portait encore son odeur. C'était la première fois qu'elle partait si loin sans moi et même si j'avais entièrement confiance en Jack et Andie, je ne pouvais m'empêcher de m'inquiéter. L'anxiété est un sentiment qui va de paire avec le rôle de mère bien souvent. J'étais toujours allongée sur le lit d'Amy quand on sonna à la porte. J'allais ouvrir sans me presser et me retrouvais nez à nez avec un bouquet de fleur immense. Derrière ce bouquet de fleur était caché Pacey, chargé comme s'il partait en voyage.

- Mademoiselle Lindley!

- Monsieur Witter!

- Comment vas-tu?

- Bien. Et toi ?

- Très bien. Je peux entrer ?

- Bien sûr. Eric n'est pas avec toi ?

- Non, il est chez une de ses tantes pendant les vacances.

Pacey se dirigea dans la cuisine, mit les fleurs dans un vase et commença à vider le contenu d'un de ses sacs. Il remplit ensuite mon réfrigérateur du contenu de ce sac.

- Je peux savoir ce que tu fais ?

- Et bien je sais que tu es seule pour la semaine et je sais aussi que tu as horreur de ça. J'ai donc décidé de venir envahir ton espace pour que tu te sentes moins seule.

- C'est très gentil de ta part mais j'avais déjà prévu de faire venir un ou deux de mes amants.

- Comment femme ! Tu oses me dire ça à moi, ton chevalier servant ?

Tout en me déclamant sa tirade tel un personnage de tragédie, il me souleva par la taille et me fit asseoir sur le plan de travail. Alors que nous riions encore, il redevint sérieux et attendit que je me calme à mon tour.

- Qu'en penses-tu Jen ? Une semaine seuls tous les deux ?

- J'en pense que c'est une excellente idée.

Il tenait mon menton dans sa main qu'il caressait avec son pouce. Son regard était profond, pénétrant et quand il s'avança pour m'embrasser et que mes lèvres rencontrèrent les siennes, je réalisais que j'étais en train de tomber amoureuse de cet homme que je connaissais si peu.

 

En milieu de semaine, je débarquais au bureau un immense sourire aux lèvres, ravie de la parenthèse que Pacey créait dans cette semaine au départ solitaire. Mais mon sourire s'estompa vite quand je vis la tête de Joey. Elle avait les yeux rougis, comme si elle avait beaucoup pleuré.

- Ca ne va pas Joey ?

- Non.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? C'est ton fils ?

- Non, il est chez ma sœur pour les vacances, il va bien. C'est juste que...je pensais profiter de son absence pour parler à son père et tenter de refaire démarrer notre histoire. Je l'ai attendu au pied de son appartement hier, pendant plus d'une heure. Et quand il est arrivé, il m'a dit qu'il n'avait pas le temps de me parler, qu'il était attendu et qu'il ne dormirait pas chez lui. Il voit une autre femme.

- Ce n'est peut-être qu'une aventure. Essaie de lui parler, dis-lui que c'est important.

- Je ne suis pas sûre que ça serve à quelque chose, il avait l'air...heureux. Bien plus heureux que quand il était avec moi.

- Joey, si tu veux vous redonner une chance, tu dois te battre. Commence par renouer le dialogue et vois jusqu'où ça va, s'il te parle de cette femme, ce qu'il en pense. Tu auras une idée de ce qui t'attend, si ça vaut le coup ou pas.

- Je ne sais pas, je n'ai pas envie de me battre.

- Tu n'as rien à perdre Joey, ça ne te coûtera rien d'essayer.

- Mais comment faire ?

- Et bien commence par lui proposer de boire un café ensemble, ça sera un bon début.

- Et s'il ne veut pas ?

- Pourquoi refuserait-il ? Au pire, tu lui dis qu'il faut que vous parliez de votre fils. Ca le fera sans doute réagir. Et maintenant, regarde les croquis sur lesquels j'ai avancé.

 

J'avais mon vendredi après-midi de libre cette semaine-là. Je décidais d'aller déjeuner au « Bostonien » pour profiter un peu de leur chef et de ses excellentes recettes. Pacey me repéra tout de suite et m'installa à la même table qu'à notre premier rendez-vous. Il m'apporta lui-même les plats en essayant de rester un peu avec moi mais il était à chaque fois appelé en cuisine. Quand j'eus fini de déjeuner, il s'approcha de moi et me tendit son trousseau de clé.

- Jen, ça t'ennuie de passer chez moi chercher mon livre de comptes, il est dans le bureau, porte de droite quand tu rentres. Il me le faut absolument pour cet après-midi et le service n'est pas fini, je n'aurai pas le temps d'y aller.

- Bien sûr, pas de soucis, je te rapporte ça tout de suite.

- Merci, tu me sauves la vie, mon comptable m'aurait assassiné si je l'avais encore oublié.

- Je ne doute pas que tu ferais un beau cadavre mais je te préfère bien en vie. A toute à l'heure.

J'affrontais donc l'air frais de cet hiver précoce pour remonter le parc entre le restaurant et l'appartement de Pacey à pied. Il me fallu vingt bonnes minutes de marche pour me retrouver devant la porte d'entrée. Je composais le code et m'engouffrais dans le hall. L'ascenseur me déposa au 12ème étage et je pénétrais dans l'appartement de Pacey, pour la première fois sans lui. J'observais la pièce et constatais que j'aimais toujours autant l'atmosphère de cet appartement. Mais je n'avais pas le temps de rêver, Pacey m'attendait et son comptable aussi. Qu'est-ce qu'il m'avait dit déjà ? Première porte à gauche ? J'ouvris donc la porte et me retrouvais finalement dans la chambre d'Eric.

- Ça devait donc être à droite !

Je refermais la porte sans plus de cérémonie et ouvrit celle qui se trouvait en face de moi. Un bureau, tout ce qu'il y a de plus normal. J'entrais dans la pièce et m'installais dans le fauteuil de Pacey. Sur le bureau, un livre de comptes ouvert, j'avais trouvé ce que je cherchais. Au moment où je refermais la porte du bureau, j'entendis le téléphone sonner puis le répondeur s'enclencher. Piquée par ma curiosité, je m'immobilisais dans le couloir, écoutant la voix de Pacey dire qu'il n'était pas là mais que l'on pouvait toujours laissé un message. Une fois le bip passé, j'entendis un bruit sourd, signe que la personne téléphonait dans la rue.

- Pacey, c'est moi. Il faut qu'-----, rappelle---------.

Et puis plus rien. La communication était vraiment mauvaise. J'eus juste le temps de saisir une voix féminine mais rien de plus. Bizarrement, la voix me disait quelque chose mais elle avait été trop hachée pour que je la reconnaisse. Je quittais donc l'appartement et reprenais le chemin du restaurant.

Arrivée au restaurant, je retrouvais Pacey au bar et il me tendit un café.

- Tu me sauves la vie.

- Tant que ça, j'en ai de la chance. Au fait, tu as eu un appel pendant que j'étais là-bas.

- De qui ?

- Je ne sais pas. Je n'ai pas répondu, je n'étais pas chez moi.

- Non mais te connaissant, tu as bien dû écouter le message.

- Touché ! Mais la réception était très mauvaise. Je te dirai juste que c'était une femme.

- Ça devait être la mère d'Eric alors. Elle m'appelle souvent en ce moment.

- Tu ne me parles jamais d'elle. Je ne sais même pas son prénom.

- Tu veux du sucre dans ton café ? Du lait ?

- Pacey, tu esquives le sujet !

- Ecoute, je n'aime pas parler de mon passé, c'est stérile et ça ne servira à rien.

- Tu peux au moins me dire son prénom.

- A quoi ça servirait ?

Pacey se montra intransigeant et sec. Il semblait fâché ce qui me mit mal à l'aise car je ne connaissais pas cette facette de sa personnalité.

- Je vais rentrer, j'ai des courses à faire.

- Jen, attends, excuse-moi, je ne voulais pas m'énerver.

- Non, non, ça va. Il faut que j'y aille.

- Jen !

- Ca va Pacey, je t'assure.

Je partais précipitamment, pressée de m'éloigner. Pacey avait ses secrets et ne souhaitait pas les partager. Je comprenais mais cela me faisait de la peine quand même. Où était le mal de vouloir en savoir un peu plus sur lui ?

 

Pacey rentra tard ce soir-là, bien après que j'ai dîné. Il sonna à la porte et je me levais pour lui ouvrir. Il me tendit un bouquet de fleurs.

- Pour m'excuser d'être aussi nul.

- Tu n'as pas à t'excuser. Tu as tes raisons.

- Jen, je ne veux pas qu'on se dispute. Tout ce que tu as besoin de savoir c'est que j'ai beaucoup souffert avec mon ex-femme et que selon moi, il est inutile de regarder en arrière, ça n'apporte jamais rien de bon.

- D'accord.

Nous étions toujours dans le couloir, mettant les choses au clair. La sonnerie de la porte retentit et Pacey, qui était le plus près, tendit la main pour ouvrir la porte.

- Il faut vraiment qu'on parle Pacey.

Je n'étais pas visible pour la personne qui venait de sonner mais cette voix, je la reconnaissais entre toutes.

- Je n'ai rien à te dire. Et puis qu'est-ce que tu fais ici ? Tu me suis ?

- Pacey, c'est important.

- Ecoute Joey, la seule chose importante que nous ayons en commun, c'est Eric. Pour tout le reste, il n'y a rien à dire.

- Mais il faut que tu m'écoutes.

- Non, c'est trop tard. Tu sais que je ne reviens jamais en arrière.

Pacey referma la porte mais Joey la bloqua avec son bras.

- Joey !

- Pacey, tu ne peux pas me condamner comme ça, il faut qu'on parle, qu'on tente de trouver une solution, pour Eric.

- Eric a très bien compris la situation. Il est inutile de le perturber d'avantage. Bonne soirée.

Cette fois-ci, il parvint à refermer la porte et j'entendis Joey dévaler les marches du perron puis le silence revint.

- Je suis désolé Jen, je ne pensais pas qu'elle en viendrait jusqu'à me suivre. Ça ne va pas ?

- Tu ...tu es l'ex-mari de Joey ?

- Tu la connais ?

- Non mais c'est pas vrai. Pacey, je bosse pour elle !

- Oh.

- Oh ? C'est tout ce que ça t'inspire, oh ?

- Et bien, elle ne t'a pas vu et puis, je ne vais pas me cacher parce que je suis tombé amoureux de sa collègue de travail.

- Pacey, ce boulot c'est ma chance. Si elle apprend que toi et moi on est ensemble, elle peut me faire virer.

- Elle n'ira pas jusque là, je te rassure. Joey n'est pas méchante.

- Et moi qui lui aie conseillé de renouer avec son ex car elle était malheureuse. Quelle idiote. Je lui ai dit qu'il fallait se battre pour obtenir ce qu'on voulait et elle débarque chez moi !

- Jen, calmes-toi voyons.

- Pacey, je suis désolée mais tu ne peux pas rester ici. Il faut que tu t'en ailles. J'ai besoin de réfléchir.

- Mais...Jen ?

- Non, Pacey, je suis désolée, vas-t'en s'il te plait.

Pacey partit, peiné, déçu alors que je me laissais tomber sur le canapé, abasourdie par ma découverte mais aussi par la phrase qu'avait prononcé Pacey : « je ne vais pas me cacher parce que je suis tombé amoureux ».


potter  (24.06.2008 à 12:56)

J'ai fui le monde au cours des trois jours qui ont suivi. Pacey m'appelait trois fois par jour mais je ne décrochais jamais, refusant de lui parler tant que je n'aurai pas décidé quelle conduite adopter. Je n'avais pourtant pas trente-six solutions. Soit je disais tout à Joey avec le risque de me retrouver à la porte, soit je me taisais mais je prenais le risque d'être perpétuellement stressée par l'éventualité d'être percée à jour soit je devais rompre avec Pacey. Etais-je prête à sacrifier une idylle naissante pour ma carrière ? Et inversement, étais-je prête à sacrifier ma carrière pour Pacey ? Je n'en avais aucune idée et me plonger dans le travail pour éviter de penser ne m'aidait en rien puisque mon travail me rappelait Pacey à plusieurs points de vue.

 

Quand Joey débarqua au troisième matin dans mon bureau, elle avait l'air hagard de quelqu'un qui manque cruellement de sommeil. Elle recouvrait ses yeux de lunettes de soleil style mouche adoptées par tant de starlettes hollywoodiennes. Elle se laissa tomber dans le canapé de mon bureau et ne prononça pas un mot pendant au moins 5 minutes, à tel point que je la crus un instant endormie.

- Il voit quelqu'un d'autre, c'est sûr.

- Qui ça ?

- Mon ex Jen ! De qui veux-tu que je parle ?

- Oh. Excuse-moi, je pensais à autre chose. Comment le sais-tu ?

- Je l'ai suivi et j'ai carrément frappé à la porte. C'est lui qui m'a ouvert.

- Ah bon ?

- Oui, et il semblait...si heureux, ça me tue.

- Il est peut-être temps de passer à autre chose Joey.

- Non, je suis sûre que c'est une passade. Et je ne laisserai pas m'échapper aussi facilement. Tu avais raison l'autre jour Jen, il faut se battre.

- Je ne comprends pas, la dernière fois, tu étais prête à tout laisser tomber, tu semblais résignée.

- Oui mais je n'avais pas été confronté à la réalité. Je ne savais pas quelle vie il menait sans moi. J'imaginais sans doute qu'il se traînait de son appartement à son travail et de son travail à son appartement en regrettant amèrement la façon dont ça c'est fini entre nous. Je ne pensais pas qu'il s'en remettrait si vite.

- Joey, tu sais dans la vie, parfois, il faut prendre sur soi et ...

- Qu'est-ce que tu racontes ? On dirait que tu as totalement changé de discours depuis la semaine dernière. C'est toi qui me disait que tout n'était peut-être pas perdu. Et là, je devrais laisser tomber ? Qu'est-ce qu'il t'arrive Jen ?

- Je dis simplement que s'il t'a paru heureux, il faut peut-être que tu le laisses tranquille, vivre son histoire et de ton côté, essayer de te reconstruire sans lui.

- Non. Je ne peux pas t'expliquer pourquoi mais je sens qu'il fait une erreur, qu'il va regretter un jour ou l'autre de s'être engagé avec quelqu'un d'autre. Je le connais, je veux lui éviter des déceptions.

- J'ai surtout l'impression que tu veux le récupérer coûte que coûte.

- C'est tout à fait ça. Je l'ai dans la peau, je ne peux rien faire sans lui mais je l'ai compris trop tard et il est temps pour moi de rattraper mes erreurs.

 

Voilà où j'en étais de ma vie sentimentale quand Jack et Amy sont rentrés d'Italie et après avoir profité de ma fille toute la soirée, j'avais déballé toute l'histoire à Jack.

- Jen, tu peux quand même admettre que c'est dingue cette histoire.

- Qu'est-ce que je vais faire ?

- J'en ai aucune idée, tu es dans un sacré pétrin ma grande.

- Merci pour ta clairvoyance.

- Franchement Jen, je ne sais pas comment je pourrais t'aider. Il faut que tu dises tout à Joey.

- Quoi ? T'es dingue ? Tu veux que je me fasse virer ou quoi ?

- Elle ne le prendrait peut-être pas si mal que ça.

- Alors là tu rêves ! J'aimerai encore mieux devoir expliquer la théorie de la relativité à Paris Hilton plutôt que ça.

- Question de point de vue. Le fait est que tu ne peux pas laisser les choses telles qu'elles sont actuellement. Et tu dois parler à Pacey. Imagine dans quel état il doit être le pauvre.

- D'accord, je vais le faire.

 

J'ai donc appelé Pacey pour discuter. Il a semblé ravi de m'entendre, soulagé même. Je lui ai suggéré de déjeuner ensemble le lendemain midi, mais pas à son restaurant, dans un endroit neutre. Il m'a dit connaître l'endroit idéal et le lendemain nous nous sommes retrouvés dans un pub, non loin de mon travail. Quand il arriva à ma rencontre, il m'adressa un grand sourire que, malgré moi, j'eus du mal à lui rendre mais il fit comme si de rien n'était.

- Tu m'as manqué Jen.

- Toi aussi.

- On y va ? Je meurs de faim.

- Tu ne veux pas qu'on aille un peu plus loin qu'ici ?

- Pourquoi ?

- Et bien, je pourrais tomber sur des collègues de travail et je ne le souhaite pas.

- Jen, je ne connais aucun des collègues de Joey, même pas son patron. Et puis va-t-on devoir se cacher à chaque fois qu'on se voit ?

- Pacey, il faut qu'on parle.

- Allons manger d'abord.

Nous fûmes installés dans un box isolé, ce qui m'allait très bien. Je restais silencieuse jusqu'à l'arrivée de notre commande et Pacey ne parla pas beaucoup non plus.

- Pacey, j'ai beaucoup réfléchi et je crois que...que j'aurai du mal à me passer de toi dans ma vie.

Pacey eut l'air surpris, sans doute autant que moi qui ne m'attendais pas du tout à sortir ces paroles mais plutôt un discours répété des heures durant dans ma tête sur la nécessité de continuer notre chemin chacun de notre côté.

- Et bien c'est un soulagement. J'ai cru que tu allais me dire que tout était fini entre nous.

Je lui fis un sourire contrit, ne pouvant offrir mieux. Je bus à grandes gorgées la bière que venait de m'apporter la serveuse, grimaçant à son goût amer. Alors que j'essuyais la mousse autour de ma bouche, une horrible pensée traversa mon esprit.

- Ca ne va pas Jen ?

- Mon adresse !

- Quoi ?

- Joey, elle connaît l'adresse de ta nouvelle conquête. Imagine qu'elle découvre que c'est mon adresse ? Elle va me faire virer.

- Je ne veux pas te vexer mais je doute que ton adresse intéresse Joey. Ce qui l'intéresse, c'est son travail et les critiques littéraires. Elle se moque du reste.

- Tu as tord, Joey est une femme très humaine. Elle me parle beaucoup de son fils, du fait qu'il lui manque.

- Oui, ça ne l'a pas empêcher de partir pourtant.

J'ai choisi délibérément de ne pas répondre. Pacey était en colère. Comme si tout n'était pas encore réglé avec Joey et je n'avais pas envie de soulever des questions trop compliquées.

 

J'avais donc gardé Pacey dans ma vie mais mon problème de morale n'était toujours pas résolu. Je fuyais Joey au maximum, ce qui était plutôt facile car elle venait rarement au bureau, sauf pour valider mes croquis ou préparer la promotion du livre. Pacey évitait soigneusement de parler d'elle et Jack me poussait à tout avouer, ce dont je me sentais incapable.

- Grams, aide-moi, qu'est-ce que je dois faire ?

- Et bien il est vrai que tu es dans une situation délicate Jennifer et je doute que ça aille en s'arrangeant. Ce secret risque de peser sur ta relation avec Pacey.

- Tu penses aussi qu'il faut que j'en parle à Joey ?

- Il vaut mieux qu'elle l'apprenne par toi plutôt qu'elle ne le découvre pas hasard.

Une grand-mère a toujours de sages conseils mais j'ai toujours eu du mal à les appliquer et je sentais bien que ça ne serait pas encore pour cette fois. Mais l'épée de Damoclès au-dessus de ma tête n'allait pas tarder à s'abattre.

 

Le vendredi suivant, j'attendais Amy devant la grille de l'école quand je la vis arriver. Joey. J'avais eu la présence d'esprit d'acheter un journal car j'étais en avance et je le plaçais de sorte à me cacher le visage derrière. Que faisait-elle là ? J'espérais de tout mon cœur qu'elle ne faisait que passer mais elle ralentit à l'approche de l'école puis se cala contre un poteau et attendit. Eric ! Bien évidemment, elle devait venir chercher son fils. En tentant de rester la plus discrète possible, j'abaissais mon journal pour voir si elle me faisait face mais heureusement pour moi, elle me tournait le dos. Je repris mon poste d'observation et tenta de déchiffrer la page que j'avais sous les yeux, les courses hippiques. La sonnerie retentit et la grille de l'école s'ouvrit. Un flot d'enfants se déversa sur nous, telle une marée humaine. Des mères me bousculèrent et je dus me mettre à découvert. Je me tenais à distance, toujours dans son dos. Joey fixait le portail de l'école qui s'ouvrait et observait les premiers enfants qui sortaient. Je savais qu'Amy et Eric sortiraient ensemble et que je n'aurai aucun moyen de l'éviter. Heureusement pour moi, mon histoire avec Pacey était encore secrète et je n'avais donc pas trop de crainte quant à une gaffe de la part de ma fille. Je pris ma respiration, souffla un grand coup et tapa sur l'épaule de Joey.

- Jen ? Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je suis venue chercher Amy. Et toi ?

- Mon fils Eric.

Je décidais de jouer à fond la carte de l'innocence.

- Je ne savais pas qu'il fréquentait cette école lui aussi. Dans quelle classe ?

- CE2.

- Comme ma fille. Mais alors, ton fils est le fameux Eric ?

- Fameux dans quel sens ?

- Et bien figures-toi qu'il est marié à ma fille depuis quelques semaines.

- Ah, je vois, je vais enfin connaître la célèbre Amy dont il parle tant.

- Tu ne m'avais jamais dit son prénom maintenant que j'y pense.

Les enfants arrivèrent au même instant, côte à côte. Eric se précipita dans les bras de sa mère.

- Maman !

- Bonjour mon cœur, tu vas bien ?

- Je croyais que c'était Papa qui venait me chercher aujourd'hui.

- Ah bon ? Il a dû se tromper.

Je sentis qu'on tirait sur mon manteau et me pencha à hauteur de ma fille.

- Qu'est-ce qu'il y a ma chérie ?

- Maman, la dame, la maman d'Eric, elle ressemble à Joey Potter.

- Et bien c'est elle. C'est pour elle que je travaille, c'est pour ça que tu as pu lire « La petite fille qui rêvait des étoiles ». Ca ne t'empêche pas de dire bonjour quand même !

Mais intimidée de rencontrer son écrivain préférée, ma fille préféra se cacher derrière moi.

- Excuse-la Joey, je crois que tu l'impressionnes.

- Ce n'est pas grave, bonjour Amy.

- ‘Jour.

- Maman, on pourrait aller prendre le goûter dans le parc avec Amy et Jen ?

- Et bien, je ne sais pas ce qu'elles ont de prévu, répondit Joey en se tournant vers moi.

C'est alors que je me sentis me liquéfier sur place. Derrière Joey arrivait Pacey qui me fit un petit signe de la main en me voyant. Puis son regard s'attarda sur la main que tenait son fils dans la sienne puis remonta vers la propriétaire de cette main étrangère et là, il reconnut la silhouette de son ex-femme. Il arriva à notre hauteur, le visage totalement refermé, sans aucune chaleur dans le regard.

- Joey, qu'est-ce que tu fais là ?

Joey se retourna, surprise de se retrouver nez à nez avec Pacey. Eric sauta dans les bras de son père, ravi de pouvoir profiter de ses deux parents en même temps.

- Pacey ! Et bien tu m'as demandé de venir chercher Eric à l'école aujourd'hui.

- Non, je voulais que tu y ailles lundi.

- Ah, j'ai mal compris, excuse-moi. Enfin ce n'est pas grave, il vaut mieux que ce soit dans ce sens plutôt que ni toi ni moi ne soyons venus.

- Oui, c'est sûr. Bonjour Mademoiselle Lindley.

- Monsieur Witter.

- Papa, Jen a dit qu'il faut l'appeler par son prénom, t'as oublié ?

- Vous vous connaissez ?, demanda Joey dont la curiosité fut éveillée.

- On se voit souvent à la sortie de l'école.

- Et puis le mariage dont je te parlais à eu lieu à la maison donc Pacey a emmené Eric.

Ce fut le moment que choisit ma fille pour oublier sa timidité.

- Joey, tu pourrais venir à la maison pour mettre un mot dans mes livres s'il te plait ?

- Non Amy, n'embête pas Joey avec ça.

Il ne manquait plus que ça, j'imagine la tête de Joey en découvrant que ma maison est la même que celle de sa pire ennemie du moment.

- Elle ne m'embête pas Jen. Si tu veux Amy, tu donnes tes livres à ta maman et moi je mettrai un mot pour toi dedans.

- Ouais, merci Joey.

- Alors, on peut aller au parc ?

- Ce n'est pas dans ce parc qu'il y a un marchand de gaufres et de crêpes ?, demanda espièglement Joey à son fils.

- Si !

- Vous venez ?

Joey s'adressait à Pacey et moi-même et nous lui emboîtâmes le pas. Amy et Eric couraient devant nous trois qui n'osions parler, laissant un silence gênant s'installer.

- Je peux savoir pourquoi tu veux que j'aille chercher Eric lundi ?

- J'ai un rendez-vous.

- Privé ?

- Je ne crois pas avoir de comptes à te rendre Joey mais non, c'est pour le restaurant.

J'observais leur échange et constatais que Joey faisait tout pour faire la conversation à Pacey alors qu'il semblait au contraire la fuir.

- C'est amusant que vous vous connaissiez tous les deux alors que Jen travaille sur l'illustration de mon livre.

- En effet, c'est amusant.

Pacey me regarda en levant les yeux au ciel. Joey ne s'aperçut de rien et il en profita pour frôler mon bras. Je le fusillais du regard mais ne pus m'empêcher de lui sourire en retour malgré tout. La situation était plus que délicate pour moi, j'étais au bord du supplice et cherchais une échappatoire à mon sort. Que pouvais-je bien prétexter pour partir plus vite ? Nous étions déjà devant le marchand de gaufres et les enfants salivaient d'impatience.

- Moi j'en veux une au chocolat et à la chantilly.

- Moi au sucre, non au chocolat !

- Décides-toi Amy.

- Chocolat !

Les enfants prirent leur gaufre et allèrent s'installer dans l'herbe. Joey prit un soda et Pacey et moi craquâmes pour une crêpe beurre-sucre. Pacey nous invita tous. Nous étions tous les cinq assis dans l'herbe et dégustions nos goûters. Joey n'arrêtait pas de se tortiller sur place. Elle s'était bien sur installée près de Pacey qui se tenait à distance. J'étais quant à moi en face d'eux, assise entre les enfants.

- On pourrait aller au cinéma tous les trois ce soir ?, demanda Eric les yeux pleins d'espoir.

- Je travaille ce soir Eric. Et puis tes grands-parents viennent te chercher pour passer le week-end à Capeside, tu as oublié ?

- Ah oui, c'est vrai.

Eric était déçu et je compris que même s'il acceptait la situation de ses parents, au fond de lui il devait avoir l'espoir de les voir à  nouveau réunis.

- On essayera d'organiser ça mon cœur, tu veux ?

- Ouais.

Joey tentait de se rapprocher de son fils, de rattraper le temps perdu.

- Inutile de lui donner de faux espoirs. On est débordé tous les deux.

Pacey par contre, c'était tout l'inverse. Il était d'une humeur de chien.

- Je vais y aller, mes parents doivent être en route pour venir chercher Eric.

- Je vous raccompagne ?

- Si tu veux.

- Au revoir Jen, à lundi.

- Au revoir Jen.

- Joey, Pacey. Bon week-end Eric.

Je me retrouvais donc seule avec Amy et les regardait s'éloigner. Ils tenaient tous les deux Eric par une main, un vrai tableau de famille.

- On y va maman ?

 

Le soir, je me retrouvais seule dans mon lit à repenser à cette étrange aventure. Il était plus de minuit et je n'arrivais pas à trouver le sommeil. Une idée s'était sournoisement glissée dans ma tête et je n'arrivais pas à l'en sortir. Je pressentais la condamnation de mon histoire avec Pacey. Il m'apparaissait clairement que notre histoire n'avait pas d'avenir avec une Joey aussi omniprésente. Car j'étais persuadée que quand elle saurait enfin toute la vérité, les murs allaient trembler. Mais pour l'instant, ce qui tremblait, c'était ma table de nuit sous le mode « vibreur » de mon téléphone portable. Je décrochais sans regarder le numéro appelant car je savais de qui il s'agissait.

- Tu ne dors pas encore ?

- Non, je n'y arrive pas. Ca a été ta soirée ?

- Le restaurant était bondé, ça a été la course.

- C'est bien.

- Ca va ?

- Oui.

- Tu es sûre ?

- Pacey, ça va je te dis.

- Je suis désolé pour cet après-midi.

- Tu n'as pas à l'être.

- Si, c'était...

- Dérangeant.

- J'allais dire « bizarre » mais va pour « dérangeant » !

- Comment ça c'est passé au retour ?

- Et bien elle a attendu mes parents avec moi et Eric.

- D'accord.

Le silence se fit des deux côtés de la ligne. Pacey avait une voix chaude et réconfortante mais je sentais bien qu'il ne me disait pas tout. De mon côté, je n'avais absolument pas envie d'entendre des choses qui me mettraient les nerfs en pelote aussi parlais-je le moins possible.

- Elle a essayé de m'embrasser.

- Oh.

- Je l'ai repoussé.

- C'est bien.

Je sentis une brûlure très étrange, quelque chose dont je n'avais pas l'habitude, quelque chose que je fuyais le plus possible. Ca piquait. Je frottais avec vigueur mais rien n'y faisait jusqu'à ce qu'enfin, cette douleur se libère sous la forme d'une larme qui dévala le long de ma joue. Une seule et unique larme, je ne m'en autorisais pas plus.

- Pacey, je...

- Non Jen, je sais ce que tu vas dire.

- Non tu ne sais pas.

- Si, tu vas dire qu'après l'histoire d'aujourd'hui, nous ne pouvons pas rester ensemble, que c'est impossible et autres inepties que je ne veux pas entendre.

- Mais il le faut !

- Non, ce qu'il faut c'est que tu me consacres un week-end entier.

- Je ne peux pas, Jack travaille, je ne peux pas laisser Amy toute seule.

- Soit, emmenons-la avec nous.

- Non.

- Pourquoi ?

- Parce que que crois-tu qu'il va se passer quand elle va arriver à l'école lundi et dire à Eric qu'elle a passé le week-end avec son père et qu'il dormait dans le même lit que sa mère à elle ?

- Je t'emmène à Capeside.

- Chez tes parents ?

- Non, nous irons à l'hôtel. Ecoute Jen, j'ai eu cette idée au moment où je t'ai quitté dans le parc. J'ai vu tes yeux, leur détresse, leurs doutes et je ne veux plus jamais revoir ça. Alors je me suis libéré pour le week-end. Nous allons à Capeside tous les trois, avec Amy, et nous récupèrerons Eric. On leur expliquera la situation et tout se passera bien.

- Oui et mardi matin j'aurai perdu mon boulot parce qu'Eric aura raconter notre week-end à sa mère.

Pacey se tut à nouveau. Je ne l'aidais pas, bien au contraire. Je n'avais pas envie d'un week-end romantique et « familial » à des kilomètres d'ici. Je n'avais pas envie de voir les parents de Pacey me dévisager ou croiser des gens qui le connaissaient et connaissaient peut-être Joey aussi.

- C'est là-bas que tu as grandi ? A Capeside ?

- Oui.

- Donc c'est là-bas que tu as connu Joey aussi.

- Euh...oui. Pourquoi ?

- Parce que les gens la connaissent. Si ça se trouve, elle a de la famille là-bas et si nous les croisons, ils iront tout lui répéter.

- Joey n'a plus qu'une sœur comme famille et elle vit à Wilmington. Tu ne la croiseras pas. Jen, il faut que tu arrêtes de vivre avec la peur d'être découverte par Joey. On ne va pas se cacher toute notre vie quand même !

L'avait-il dit ? Toute notre vie ? Cela voulait dire qu'il voyait notre histoire se prolonger dans du long terme. Je n'étais plus sûre de rien et sentais mes dernières barricades s'effondrer sous le poids des mots de Pacey.

- D'accord pour un week-end. Avec Amy et Eric mais pas ensemble toi et moi. Chacun sa chambre et aucun geste ne nous trahissant devant les enfants.

- Ca marche.

 

Le lendemain matin, Pacey fut devant notre porte à 9h30. Amy était folle de joie à l'idée de cette expédition improvisée. Jack accueillit positivement la nouvelle et nous fit de grands signes depuis le pas de la porte quand la voiture démarra.

- Il est où Eric ?

- On va le rejoindre chez ses grands-parents.

- C'est trop cool qu'on se voit ce week-end. Tu sais Maman, j'ai réfléchi et si on est marié, on est censé habiter ensemble. C'est comme ça que ça marche quand on est amoureux.

- Tu es encore un peu jeune ma chérie pour habiter toute seule avec un garçon.

- Ben justement, Pacey et Eric ont qu'à venir s'installer à la maison.

Mais qu'avais-je fait pour avoir une fille pareille, elle n'en ratait pas une ! Pacey avait un grand sourire qui s'étalait sur son visage alors que je me tassais un peu plus sur mon siège. Qu'est-ce qui m'avait pris d'accepter cette invitation ? Je finis par m'endormir, fatiguée de la confusion dans laquelle je nageais et me réveillais à l'entrée de la ville de Capeside. Amy discutait à voix basse avec Pacey à propos du dernier dessin animé à la mode, l'histoire d'une éponge de mer qui s'appelait Bob.  La voiture stoppa devant une petite maison au bout d'une allée donnant sur la rivière. Je tombais tout de suite sous le charme de cette vue paisible.

- On y va ?

- On t'attend dans la voiture.

- Mes parents sont prévenus.

- De quoi ?

- Que je ne viens pas tout seul.

- Qu'est-ce que tu leur as dit ?

- Rien de particulier.

- On t'attend là.

Pacey sortit de la voiture et revint dix minutes plus tard avec Eric. Ce dernier laissa exploser sa joie quand il vit Amy installée sur la banquette arrière. Il lui raconta en détail le film que ses grands-parents lui avaient offert et qu'il avait regardé ce matin en se levant. Pacey nous invita au restaurant pour déjeuner puis proposa une ballade à travers la ville. Il nous montra l'école et le lycée où il avait étudié, le vidéoclub où il avait travaillé et la marina. La soirée tombait sur la ville et Pacey proposa un dîner rapide et un cinéma. Les enfants furent ravis. Après le film, Pacey m'annonça :

- Il n'y avait plus qu'une chambre de disponible à l'hôtel alors je vais aller coucher Eric chez mes parents, je vous dépose et je dormirai aussi chez mes parents.

- Pourquoi ne pas nous déposer maintenant ?

- Parce que les enfants se sont endormis et la maison est sur le chemin. L'hôtel est à l'autre bout de la ville.

Coucher Eric chez ses parents lui prit à peine un quart d'heure et il était de retour. J'eus la surprise de constater qu'il m'avait réserver une chambre au Yacht Club de Capeside.

- Et bien, tu ne te refuses rien.

- Mon père a quelques privilèges en tant que shérif de la ville.

- Je vois.

Il porta Amy jusqu'à la chambre, je lui enfilais son pyjama et la couchais dans le grand lit double. Pacey sortit sur le balcon. Je l'observais quelques instants derrière la baie vitrée. Je ne m'étais pas montrée des plus loquaces au cours de la journée et m'en voulais un peu alors qu'il s'était montré si attentionné.

- Pacey, merci pour cette journée.

- De rien, merci d'avoir accepté de venir.

Il s'installa sur le canapé en rotin et m'invita à le rejoindre. J'avais pris une couverture et l'étala sur nous deux tout en me calant contre lui.

- Tu n'as pas peur qu'Amy se réveille, me taquina-t-il.

- Aucune crainte, la terre pourrait s'écrouler qu'elle ne se réveillerait pas.

- Intéressant !

Il se pencha vers moi et déposa un léger baiser sur mes lèvres.

- Tu es toujours aussi perdue ?

- Oui. Et j'avoue que je ne me reconnais pas. En temps normal, j'aurai déjà tranché sur la question. Je ne suis pas du genre à peser le pour et le contre pendant des heures, j'agis à l'instinct. Mais là, je ne sais pas du tout où je vais. Je suis bien avec toi mais en même temps, je sais très peu de choses sur toi, sur ta vie. Tu sembles mettre une barrière entre ta vie actuelle et ton passé. Et puis tu es l'ex de Joey. Je ne suis pas du genre carriériste mais ce boulot, j'y tiens vraiment. Je m'y sens bien, je suis épanouie, j'aime ce que je fais et j'ai l'impression que j'ai un choix à faire. Soit je perds mon boulot, soit je te perds toi. Et pour l'instant, je ne sais pas ce que je veux.

- Tu sembles attacher beaucoup d'importance à mon passé.

- C'est normal. Quand tu tiens à quelqu'un, tu veux savoir ce qui lui est arrivé dans la vie, pourquoi il a tel trait de caractère, comment il s'est construit.

- Mon passé est d'un banal affligeant, je t'assure.

- Alors raconte-le moi, s'il te plait.

Pacey garda le silence pendant quelques minutes. Il semblait réfléchir à ce qu'il allait pouvoir me dire, ou plutôt à ce qu'il était prêt à me dire.

- Pour commencer, je m'appelle Pacey Witter.

- Ah bon ? Je croyais que tu étais Joshua Jackson ! Quelle déception.

- Bon d'accord. J'ai grandi à Capeside. J'ai vécu dans la maison de mes parents, que tu as vu toute à l'heure. J'ai un frère, Doug, qui est dans la police et accessoirement gay. Ca me fait penser qu'on devrait le présenter à Jack.

- Pacey !

- J'ai aussi 3 sœurs mais j'ai peu de contacts avec elle, à part une, Gretchen. J'ai habité quelques temps avec elle pendant ma dernière année de lycée. Sinon, j'ai toujours été considéré comme le mouton noir de ma famille. Ça a un peu changé depuis que j'ai ouvert mon restaurant mais je n'ai jamais vraiment pardonné à mes parents leur comportement à mon égard, leur indifférence. Mais bon, le principal est que ça va mieux et surtout qu'ils s'occupent très bien d'Eric. Je pense qu'ils cherchent à se faire pardonner leur comportement envers moi et je suis content que ça se passe comme ça. Eric adore ses grands-parents et il est très proche de mon père. Beaucoup plus que je ne le serai jamais.

- Tu n'as pas l'air d'avoir eu une enfance facile.

- Il y a pire, je t'assure. Et puis j'avais mes amis. Et Joey.

- Tu l'as connu jeune ?

- On a grandi ensemble d'une certaine manière. On s'est connu vers l'âge de 5 ans et pendant plus de 10 ans, on n'a fait que se chamailler.

Je notais le sourire de Pacey en évoquant ce souvenir et une douleur lancinante s'insinua en moi.

- Vous ne vous entendiez pas ?

- Pas du tout. Elle était une espèce de miss je-sais-tout et moi le cancre de service. Ca ne pouvait faire que des étincelles. Mais en grandissant on s'est rapproché et on a appris à s'apprécier. Et je suis tombé amoureux d'elle.

On arrivait au point crucial je le savais. Ce que j'allais entendre allait peut-être tout changé pour moi. J'allais enfin comprendre pourquoi Pacey en voulait tant à Joey et pourtant je n'étais plus sûre de vouloir le savoir ni même de réussir à l'assumer. Tout ce dont je me sentais capable, c'était d'attendre que ça passe, comme un orage qui vous surprend et vous force à rester cloîtrer chez vous mais je pressentais que cet orage serait violent, qu'il dévasterait tout pour moi.

- Beaucoup de gens nous disaient que ça ne marcherait jamais entre nous, que Joey était trop belle et intelligente pour un pauvre type comme moi, qui n'arrivait à rien dans la vie. Pendant un temps je les ai cru et je pensais vraiment qu'un jour elle m'échapperait. Mais Joey était toujours là. Quand elle a voulu aller à l'université, j'ai travaillé dur pour pouvoir nous payer un logement. C'était miteux, petit mais on était heureux. Elle passait des heures à étudier, je me tuais à la tâche mais ça nous convenait parce qu'on était ensemble. Deux ans plus tard, elle m'a annoncé qu'elle était enceinte. On ne s'y attendait pas du tout, ce n'était absolument pas dans nos projets mais ça m'est apparu comme une évidence, cet enfant, ce serait un cadeau de la vie, pour nous prouver que notre couple était solide, sérieux. Et Eric est né.

Pacey s'arrêta dans son récit. Je sentais son regard posé sur moi mais je ne pouvais le soutenir et fixais obstinément la mer. Je regrettais vraiment d'avoir posé des questions, d'avoir voulu savoir. Pacey parlait avec nostalgie de cette époque révolue, je sentais qu'il avait été heureux à cette époque-là. Mais maintenant ?

- Ca n'a pas été facile tous les jours de concilier les études de Joey, mon boulot, Eric... Il nous a fallu déménager et j'ai eu la chance de trouver un boulot de cuisinier dans un grand restaurant de Boston. Mon patron me louait son appartement en plus, ce qui m'arrangeait bien. Joey avait réussi à aménager son planning à la fac pour éviter de faire garder Eric toute la semaine, ce qui nous aurait ruiné. Et puis elle a fini ses études.

Je ne pouvais m'empêcher de noter la pointe de tristesse qui perça dans cette dernière phrase.

- Et ça a été la fin de votre histoire ?

- Le début de la fin je dirai. Elle a été embauchée dans sa maison d'édition. Au début, elle se contentait de s'occuper de la section « jeunesse » et puis l'envie d'écrire à son tour a pris le dessus. Je l'ai appuyé, encouragé car je savais qu'elle avait du talent. Ca a mis deux ans avant qu'elle soit publiée. C'était il y a 4 ans et je crois que ça a été la dernière fois que nous avons été vraiment heureux.

Le silence à nouveau. Pacey n'avait définitivement pas tourné la page de Joey, c'était ce que je ressentais. Il y avait trop de non-dits, de suspend. Il devait régler ça pour pouvoir être à nouveau libre de vivre et d'aimer comme il l'entendait.

- Elle a eu beaucoup de succès comme tu le sais. Elle est devenue populaire. Les séances de dédicaces duraient des heures, elle voyageait toujours plus loin, toujours plus longtemps. On lui demandait de rencontrer des élèves dans des écoles à l'autre bout du pays. Elle avait moins de temps pour nous. A chaque fois qu'elle était à la maison, elle passait sa vie au téléphone, oubliait les sorties scolaires d'Eric, ses matchs de football, sa vie de couple. J'en avais assez de vivre avec un fantôme. J'essayais de lui parler mais elle n'était jamais disponible.

- Qu'est-ce que tu as fait ?

- J'ai laissé tomber. J'ai arrêté de vouloir trouver des solutions, j'ai commencé à dormir dans la chambre d'amis mais même ça, elle ne s'en est pas vraiment aperçue. Et puis j'ai appris qu'elle passait beaucoup de temps avec un autre auteur de sa maison d'édition. La jalousie m'a dévoré mais j'ai tenté de garder la tête haute. Je n'ai rien dit. Et un jour, elle est partie. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé avec cet homme mais elle a quitté l'appartement en disant qu'elle n'était ni une bonne épouse, ni une bonne mère, qu'elle me laissait la garde d'Eric mais espérait pouvoir le voir quand elle le voulait.

Je sentis un frisson me parcourir, la détresse de Pacey me transperça la peau. Il se montrait fort mais je sentais la blessure que Joey avait laissée dans son cœur et je savais qu'il me serait impossible de la soigner à l'heure actuelle. Je m'écartais de Pacey et me levais.

- Tu devrais y aller, il est très tard.

- D'accord. Jen, merci de m'avoir écouter.

 

Je ne dormis pas de la nuit. Les paroles de Pacey me revenaient sans cesse en tête. Tant de souffrance, de silence...


potter  (24.06.2008 à 13:03)

Je ne sais pas trop comment c'est arrivé. Qu'ai-je pu dire qui m'a cloué au pilori ? Souffre-t-on de trop d'honnêteté ? Quoiqu'il en soit, voilà 4 jours que je suis rentré de Capeside et 4 jours que Jen m'a quitté. Elle a fait ça en douceur, à sa manière.

- Pacey, il faut que je te dises quelque chose.

- Maintenant ?

- Oui, Amy, va à la maison, Jack doit t'attendre. Eric, tu n'as qu'à aller avec elle, vous pourrez jouer encore un peu ensemble.

 

On a passé pratiquement une heure dans la voiture. Elle m'a expliqué son point de vue. Selon elle, il était impensable que je puisse construire quoique ce soit avec une femme tant que je n'aurai pas réglé tous mes problèmes avec Joey, la mère de mon fils. J'avais beau me défendre, lui dire que tout était terminé avec Joey, qu'il n'avait plus rien à en dire, elle ne me croyait pas. Avait-elle raison ? Je l'ignore. Tout ce que je sais, c'est ce vide qu'elle laisse dans ma vie, dans mon cœur. Elle est sortie de la voiture, discrètement, elle est sortie de ma vie.

- Je suis désolée Pacey.

- Mais Jen ?

- Non, c'est déjà assez dur comme ça. Excuse-moi.

L'excuser de quoi ? De me quitter ? De briser la chance à laquelle je croyais ? Je n'ai pas à t'excuser Jen, c'est comme ça. Toute ma vie a été comme ça. J'ai aimé des femmes trop bien pour moi, j'ai visé trop haut et j'ai perdu.

 

La seule raison qui me forçait à aller de l'avant était Eric. Le réveiller, lui préparer son petit déjeuner, l'emmener à l'école, aller le rechercher, les devoirs... c'était plus qu'une routine, c'était la seule façon de garder la tête hors de l'eau. J'appréhendais toujours de me retrouver face à elle à l'école mais non, elle semblait soigneusement m'éviter et elle réussissait à merveille. Le restaurant m'occupait beaucoup également. Le travail m'avait toujours été salutaire dans les pires moments de ma vie et je me décarcassais quotidiennement à trouver de nouvelles recettes, de nouvelles présentations pour m'occuper l'esprit le plus longtemps possible. Un mois passa. Il fut à la fois long et court mais il passa. Nöel approchait et je me voyait obligé de le passer à Capeside. J'avais espéré autre chose mais non, ce nöel serait Capesidien ou ne serait pas.

 

Joey débarqua une semaine avant Nöel, sans avoir pris la peine de s'annoncer.

- Brrr, il fait un froid de canard dehors.

- Joey ! C'est sympa d'avoir prévenu avant de venir.

Je savais que j'étais sacarstique, qu'elle ne le méritait pas plus que ça vu qu'elle ne m'avait rien fait qui justifie mon attitude, du moins récemment, mais je n'avais pas envie de me montrer courtois avec qui que ce soit, excepté mon fils.

- Tu es occupé ?

- Non mais ça se fait de prévenir de son arrivée entre gens civilisés.

- Oh je t'en prie Pacey, c'est entre toi et moi, pas de chichis quand même. Je viens parler de Noël.

- Tu sais très bien que je le passe à Capeside.

- Et tu sais très bien que je ne serai pas là. En fait, j'ai réussi à trouver un train le 25 pour Capeside. Je passerai prendre Eric et je louerai une voiture pour l'emmener à Wilmington. Je te le ramènerai le soir, ça te va ?

- Tu as tout planifié de toute façon. Tu seras là à quelle heure ?

- Vers 11h je pense. On arrivera à Wilmington pile pour le déjeuner.

- D'accord.

- Ça va Pacey ?

- Oui.

- Et bien qu'est-ce que ça doit être quand ça ne va pas. Tu as une tête affreuse.

- Arrête, tous ces compliments me dérangent.

Je me cachais derrière mon arme habituelle, l'ironie. Ça n'allait pas bien, c'est sûr mais ce n'était certainement pas avec Joey que j'avais envie de parler de ça.

- Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Rien.

Je ne pouvais pas lui dire ce qui n'allait pas. Que mon cœur me brûlait tellement il souffrait. Que je n'arrivais pas à dormir car dès que je fermais les yeux, le visage de Jen me hantait et je ne pouvais m'en défaire. Elle ne devait pas le savoir. Ca ne servait plus à rien vu qu'il n'y avait plus rien à raconter, plus rien à vivre avec Jen.

- Que dirais-tu si on faisait garder Eric un soir et qu'on sortait dîner tous les deux ?

- Pourquoi ?

- Histoire de discuter, de passer un peu de temps ensemble.

- Ce n'est pas une bonne idée.

Joey ne répondit pas tout de suite, elle semblait réfléchir. Et plus elle réfléchissait, plus cette moue que je lui connaissais bien apparaissait sur son visage : la contrariété.

- A cause de l'autre ?

- Qui ça ?

- Tu sais très bien de quoi je veux parler. Cette femme avec qui tu sors.

- Non.

- Alors où est le problème ?

- Le problème est que je ne veux pas me retrouver seul avec toi Joey. Tu veux me récupérer mais c'est impossible. Oublie cette idée.

- Attends, je rêve, ne me dis pas que ... ?

- Que quoi ?

Je commençais à perdre patience. J'estimais ne pas avoir à me justifier devant elle mais elle ne semblait pas partager ce point de vue.

- Tu l'aimes ?

Je gardais le silence. Le regard de Joey était rempli de haine. Elle me dévisageait guettant ma réponse.

- Je vois, ton silence est plus qu'éloquent. Je n'arrive pas à y croire. Notre histoire a-t-elle si peu comptée pour que tu tombes amoureux d'une autre aussi vite. Ou alors, tu étais déjà avec elle quand on s'est séparé. C'est ça ? C'était ta maîtresse ?

- Tu n'y es pas du tout.

- Bien sûr.

- Je ne t'ai jamais trompé moi Joey.

Je m'emportais à mon tour. Cette phrase était sortie toute seule, je lui avais crié ça au visage, m'allégeant de ce poids qui m'avait dévoré des mois durant. Je savais que j'avais fait une erreur, que j'aurai dû me contrôler, ne pas lui balancer cette remarque à la figure mais je ne pouvais que constater le soulagement que cela m'apportait et je devais m'avouer que ça soulageait quelque peu ma culpabilité de m'être montré aussi direct. Joey encaissa la phrase sans répondre. Son visage était fermé et je voyais ses yeux briller. Je redoutais qu'elle se mette à pleurer car malgré toute la rancœur que j'avais contre elle, je refusais qu'elle souffre par ma faute. J'avais beau ne plus l'aimer, elle avait beau me mettre hors de moi, elle gardait malgré tout une place particulière dans mon cœur. Elle avait partagé ma vie durant des années, nous avions construit une famille, il ne restait plus grand chose aujourd'hui mais j'étais lié à elle à jamais.

- Alors c'est ça ? Tu me punis pour ce que je t'ai fait ?

- Ce n'est pas une punition. Tu es partie, j'ai refait ma vie.

- Oh ça n'a pas eu l'air de t'affecter tant que ça au final pour que tu la refasses aussi vite.

- Ça n'allait déjà plus entre nous bien avant ton départ Joey. J'avais commencé à faire mon deuil de notre histoire.

- Donc tu l'as enterré avant même qu'elle se termine. Ça explique beaucoup de choses alors. Félicitations Pacey. Une fois de plus, tu as fait preuve d'un grand courage.

- Je t'interdis de dire ça.

- J'ai essayé de me raccrocher à nous, à notre histoire, mais tu m'as rejeté. Tu crois que je n'ai pas remarqué qu'on ne dormait plus ensemble, que ta place était toujours froide dans le lit. Tu crois que ça me laissait indifférente ? La vérité Pacey, c'est que tu n'as voulu faire aucun effort pour sauver notre histoire. Tu m'as laissé partir sans te battre.

- N'essaies pas de rejeter la faute sur moi Joey. C'est toi qui a pris la décision de partir, c'est toi qui a voulu tenté ta chance avec un autre. C'est toi qui n'étais jamais à la maison, qui oubliait ton fils, ton mari.

- Si tu m'avais vraiment aimé, tu te serais battu Pacey.

- Et si tu m'avais vraiment aimé Joey, tu n'aurais pas tout gâché.

Alors que le ton de la conversation était allé crescendo, il retombait tout à coup dans un silence coupable. Nous étions toujours dans le couloir, face à face et l'exiguïté de la pièce me rendait claustrophobe. J'avais besoin d'air et sortis sur la terrasse. Je me penchais à la balustrade et observais le parc en contrebas. Une silhouette blonde marchait d'un pas rapide mais j'étais trop loin pour la reconnaître. Je sentis mon cœur s'emballer à l'idée que ce pourrait être Jen mais je chassais rapidement cette idée de mon esprit.

- Où est Eric ?

Joey m'interpellait depuis la porte-fenêtre, elle n'aimait pas venir sur la terrasse car elle avait le vertige. Comme Jen.

- Chez un copain. Il doit rentrer...

Je consultais ma montre pour vérifier l'heure.

- Il devrait être là depuis un quart d'heure déjà.

- Chez quel copain ?

- Chez Max, un blond avec des lunettes.

- Je vois. Peut-être qu'il y avait des embouteillages sur la route, il ne devrait pas tardé. Je vais l'attendre, je voudrais le voir avant de partir.

- Comme tu veux. Je vais dans mon bureau.

Je passais près d'elle en prenant soin de ne pas la frôler, ni de la regarder dans les yeux. Je n'avais pas envie de l'affronter à nouveau. Je traversais le couloir et m'enfermais dans mon bureau. J'allumais l'ordinateur et consultais mes mails. J'espérais en avoir un de Jen, elle m'en envoyait souvent du bureau quand elle avait du temps libre mais ça faisait plus d'un mois que je n'avais rien reçu d'elle. Un mail cependant attira mon attention. Il m'était adressé par Jack McPhee, le meilleur ami de Jen. Je ne le connaissais pas vraiment, l'ayant seulement croisé au cours de ma relation avec Jen.

 

Pacey,

Il n'est pas dans mes habitudes de m'occuper des affaires des autres mais quand ça touche quelqu'un qui m'est proche, je me dois de réagir. J'aimerai vous parler de la situation entre Jen et vous. Rendez-vous devant Le Bostonien jeudi à 15h.

Jack McPhee.

 

Jeudi. On était mardi, ce qui me laissait deux jours. Je n'avais pas une envie folle de rencontrer Jack mais j'allais au moins avoir des nouvelles récentes de Jen. Je me hâtais de rédiger une réponse quand on frappa à la porte.

- Oui ?

- Pacey, ça fait une demi-heure et Eric n'est toujours pas là. On devrait peut-être appelé les parents de Max non ?

- Je m'en occupe.

Je fouillais dans l'amas de papiers posés sur mon bureau et finis par dénicher la liste des parents d'élèves avec leurs coordonnées et les prénoms de leurs enfants. Je trouvais rapidement le nom de Max et composais le numéro de téléphone de ses parents.

- Allô ?

- Bonjour Madame Phelps, ici Pacey Witter, le père d'Eric. Je me demandais si quelqu'un raccompagnait Eric à la maison ?

- Mon mari l'a déposé devant chez vous à 18h30. Il a attendu qu'Eric rentre dans l'immeuble pour repartir. Votre fils n'est pas chez vous?

- Non. Il a dû s'arrêter en route chez le gardien, il fait souvent ça. Merci, excusez-moi de vous avoir déranger.

Je raccrochais et la peur m'envahit.

- Il n'y a pas de gardien dans cet immeuble Pacey.

- Je sais. Les parents de Max ont ramené Eric à 18h30 et l'ont vu rentré dans l'immeuble.

- Mais il n'est pas là.

Le visage de Joey se décomposa. Je m'approchais d'elle et l'attrapais par les épaules.

- Joey, écoute-moi. Tu vas demander aux voisins s'ils ont vu Eric. Moi je vais aller faire un tour en ville et tu m'appelles sur mon portable dès que tu as fini, d'accord ?

- Oui.

Je partais sans même prendre le temps d'enfiler une veste. J'emmenais seulement mon portable pour pouvoir être joignable. En sortant de l'immeuble, je scrutais de chaque côté de la rue pour tenter d'apercevoir mon fils mais je ne voyais rien. Réfléchis Pacey, où aurait-il pu aller ? Je tentais le vendeur de hot dog un peu plus loin dans la rue mais sans résultat. Pas plus au magasin de jeux vidéo ou aux arcades. Mon portable sonna dans la poche de mon pantalon.

- Des nouvelles ?

- Ta voisine du rez-de-chaussée l'a vu sortir seul de l'immeuble. Elle dit qu'il se dirigeait vers le parc.

- Ok, j'y vais.

- Je te rejoins là-bas.

J'arpentais le parc en cherchant partout, derrière les buissons, sur les aires de jeux, portant mon regard aussi loin que je pouvais. Je passais devant la statue d'un lion et me souvint tout à coup que ce parc se composait de nombreuses statues d'animaux et qu'il y en avait une qu'Eric affectionnait particulièrement. Mon pas s'accéléra. Je me mis à courir pour arriver plus vite. Le froid me cinglait le visage et le corps mais la peur de savoir mon fils livré à lui-même était beaucoup plus forte que le temps qu'il faisait. Je criais son prénom, espérant une réponse qui ne venait pas. Et puis je le vis, assis au pied de la statue, une loutre en bronze. Il jetait des cailloux par terre.

- Eric !

Je courus un peu plus vite pour le rejoindre mais au dernier moment, je ralentis mon pas et arrivais jusqu'à lui en marchant. Je m'installais nonchalamment à côté de lui et improvisais une imitation du Parrain.

- Hey Petit, il sait où tu es ton père ?

- Arrête Papa.

- Arrête quoi ?

- Je sais que tu vas me punir pour être sorti seul et sans prévenir.

Je reprenais mon sérieux et observais mon fils.

- Tu as raison, tu seras sans doute puni mais j'aimerai savoir ce qu'il t'a pris de faire ça. Tu connais les règles pourtant Eric.

- Ouais.

- Alors ?

- Je vous ai entendu.

- Qui ?

- Toi et maman, vous vous disputiez.

- Et tu nous as entendu ?

- Oui, depuis l'entrée de l'immeuble. J'étais derrière la porte et j'ai pas voulu en entendre plus alors je suis parti.

- Pourquoi ?

- Parce que vous arrêteriez de vous disputer pour me chercher.

Je ne savais pas trop quoi dire. C'était ma dispute avec Joey qui avait déclanché cette fuite d'Eric et je me sentais responsable, fautif.

- Eric, les adultes ne sont pas toujours d'accord sur certains sujets, c'est pour ça qu'ils se disputent. Et ça n'avait rien à voir avec toi, tu ne dois pas te sentir coupable.

- Non mais c'est tout le temps. A chaque fois que vous vous voyez, vous vous disputez.

- Ecoute Eric, je te promets de faire des efforts avec ta mère. Ça te va ?

- Ouais.

- Tu n'as pas l'air convaincu.

- T'as déjà dit ça quand elle est partie.

Joey arriva au même instant en courant et se précipita sur Eric dès qu'elle l'aperçut. Elle le serra contre elle avant de se reculer.

- Ne me refais jamais une peur pareille Eric, tu m'entends ?

- C'est bon Joey, on a déjà discuté.

Elle n'insista pas, ce que j'appréciais.

- On rentre ?

Eric attrapa ma main et m'entraîna vers la sortie du parc. Je m'arrêtais après quelques pas et me retournais vers Joey qui n'avait pas bougé, sans doute surprise par l'attitude distante de son fils.

- Tu dînes avec nous ?

- Heu...je veux bien.

Elle nous rejoignit et Eric glissa sa main dans la sienne. Nous remontions le parc tous les trois, en famille...

 

Arrivés à l'appartement, je commençais à cuisiner pendant qu'Eric faisait ses devoirs avec sa mère. Je passais la tête par l'entrebâillement de la porte et les observais. Joey lui expliquait une leçon de grammaire qu'il n'avait pas compris.

- Au fait Eric, même si nous avons discuté, tu es quand même privé de télévision et de jeux vidéo pendant une semaine.

- Oh mais Papa !

- Ton père a raison Eric, tu n'as pas à discuter. Finis ton exercice.

 

Après le dîner, je couchais Eric de bonne heure pendant que Joey faisait la vaisselle. Elle alla l'embrasser et vint s'installer sur le canapé face à moi.

- Alors ?

- Alors quoi ?

- Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

- Qu'il nous avait entendu nous disputer et que c'est pour ça qu'il est parti.

- Oh.

- Ouais.

- Il faut qu'on fasse des efforts Pacey, pour Eric.

- Je suis d'accord.

- Je vais rentrer. On s'appelle demain ?

- Si tu veux.

- Bonne nuit.

- Bonne nuit Joey.

 

Faire des efforts. Comment ? Dans quel sens ? Nous n'avions pas approfondi le sujet et j'ignorais ce que Joey entendait par « effort ». Etait-ce se montrer courtois et poli quand on se retrouvait ensemble ? Paraître aimable devant Eric ? Se voir plus souvent tous les trois ? Elle m'avait déjà embrassé une fois, était-il possible qu'elle cherche une réconciliation à travers ces « efforts »? Qu'étais-je prêt à faire ou à dire ? Jusqu'où pouvais-je aller ? Joey avait eu une place immense dans ma vie. Pendant des années, je n'avais vécu que par et pour elle. Mais aujourd'hui ? Nous étions séparés, j'avais rencontré Jen, dont j'étais tombé amoureux. Bien sûr, c'était différent de ce que j'avais vécu avec Joey mais nous sommes plus vieux aussi, le vécu est différent pourtant je sais que j'aimais, que j'aime encore Jen. Mais elle m'avait quitté pour que je règle mes problèmes avec Joey. J'étais totalement perdu entre deux femmes importantes pour moi, mon passé et mon présent. Quoique je fasse, quoique je décide, je savais pertinemment qu'une des deux souffriraient mais laquelle ? Pouvais-je l'éviter ? Ou au contraire cette souffrance allait-elle se révéler nécessaire pour continuer à avancer ? J'en étais à ses réflexions quand je relevais la tête de la tasse de café que je buvais dans mon bureau,  au restaurant. Nous étions jeudi, il était 15h15, j'étais en retard, Jack devait déjà m'attendre dehors.

 

J'ouvris en hâte la porte du restaurant et le trouvais dehors, assis sur un banc.

- Désolé pour le retard, j'étais plongé dans mes comptes, je n'ai pas vu l'heure passée.

- Ça ne fait rien. J'ai frappé mais vous n'avez pas dû entendre.

- Non en effet. Je vous offre un café ?

- Volontiers.

Nous nous installions au bar du restaurant et je posais devant lui une tasse fumante. Je préférais me contenter d'un verre d'eau pour ma part.

- Sachez que je n'ai pas l'habitude de faire ce genre de choses.

- Je comprends.

- Non, je ne crois pas. J'ai horreur de me mêler de la vie des autres, chacun doit faire face à ses problèmes sans que quiconque s'en mêle mais là c'est différent.

- Comment va-t-elle ?

- Elle fait comme elle peut, elle donne le change. Mais je la connais et je sais qu'elle souffre.

- Elle n'est pas la seule.

- Je ne comprends pas.

- Quoi ?

- Vous, votre histoire. Vous savez, je n'avais pas vu Jen aussi heureuse et légère depuis longtemps, vous lui faisiez du bien. Et tout s'est arrêté. Elle m'a vaguement expliqué les choses mais je ne comprends toujours pas pourquoi elle a voulu tout arrêter et pourquoi vous ne vous êtes pas battu. Elle ne compte pas pour vous ?

- Si, énormément. Mais ce n'est pas simple.

- Si la vie était simple, on s'ennuierait vous ne croyez pas ?

- C'est sûr. Que vous a-t-elle dit ?

- Qu'il n'y avait pas assez de place pour elle dans votre vie. C'est vrai ?

- Non.

- Alors qu'est-ce que vous avez fait ?

- C'est à cause de la mère d'Eric. C'est compliqué. Jen m'a demandé de régler les choses avec elle avant quoique ce soit d'autre.

- Qu'est-ce que vous attendez ?

- Je ne sais pas.

- Pacey, vous avez l'air d'un chic type. Mais vous êtes un idiot. Si vous traînez trop, vous la perdrez, définitivement. Elle mérite sa part de bonheur Pacey. Si vous n'êtes pas capable de lui donner, oubliez-la mais ne la faites pas souffrir inutilement. Ne faites pas de promesses que vous ne tiendrez pas.


potter  (24.06.2008 à 13:07)

Savoir que Jen souffrait par ma faute m'était insupportable. Je devais la voir, savoir comment elle allait, lui parler. Et je devais le faire maintenant. Je me rendais donc jusqu'à son travail et l'attendait au bas de l'immeuble. Mais les minutes passaient et rien ne venait. A 16h, je vis Joey franchir les portes de l'immeuble. Elle me sourit en me voyant.

- Pacey ? C'est gentil d'être venu me chercher. Tu m'accompagnes chercher Eric ?

- Euh...oui, si tu veux.

Elle agrippa mon bras et m'entraîna dans son sillage. Je n'eus pas le temps de me retourner, ni de voir Jen sortir à son tour de l'immeuble. Je ne saurai jamais si elle nous a vu ou pas.

 

C'était la grand-mère de Jen qui venait chercher Amy à l'école et elle avait pris son parti de me saluer de loin, d'un imperceptible signe de tête, rien de plus. Joey parlait, parlait, jusqu'à l'asphyxie et ne remarquait rien. Elle effleura plusieurs fois mes doigts puis finit par glisser sa main dans la mienne mais je la retirais rapidement. Son regard s'assombrit un instant mais elle fit comme si de rien n'était et resta silencieuse jusqu'à l'arrivée d'Eric. Il l'invita à dîner avec nous et elle accepta.

 

En fin de soirée, Joey s'approcha de moi, déterminée.

- Pacey, je croyais qu'on devait faire des efforts.

- Mais c'est ce qu'on fait !

- Alors pourquoi tu m'as rejeté toute à l'heure quand j'ai voulu te prendre la main ?

- Joey, je veux faire des efforts mais pas dans ce sens-là.

- Et dans quel sens alors ?

- Je veux qu'on s'entende bien, que ça se passe bien quand on est ensemble pour Eric mais il n'y aura rien d'autre. Nous ne redeviendrons jamais un couple.

- Pourquoi ?

- Parce que je ne t'aime plus.

- Tu ne peux pas dire ça. Après tout ce que nous avons traversé, c'est impossible. Il reste forcément quelque chose.

- Il y a quelque chose, en effet, mais ce n'est pas ce que tu attends. Ca ne le sera plus.

- Mais est-ce que tu peux lutter face à ça ?

Joey s'approcha de moi et m'embrassa, violemment. Elle m'avait plaqué contre le mur et faisait barrage avec son corps, collé au mien. Elle tentait d'approfondir ce baiser, de retrouver des sensations oubliées pour me faire fléchir mais tout ce dont j'étais capable, c'était de me déconnecter de la réalité, de fuir mon corps et mon esprit. Je ne répondais pas à ce baiser mais ne parvenais pourtant pas à la repousser. Elle s'éloigna de moi, plus furieuse que jamais.

- Tu es un idiot Pacey.

- Je sais, c'est la deuxième fois qu'on me le dit aujourd'hui.

- Je ne sais pas de qui tu es amoureux mais ça ne marchera pas Pacey. Tu n'as jamais su garder une femme dans ta vie.

- Je t'interdis de dire ça.

- Et pourquoi ?

- Tu n'as pas à me juger.

- Tu sais Pacey, je te souhaite beaucoup de bonheur avec cette fille, parce que ça ne durera pas. Profites-en.

- Sors d'ici tout de suite !

Deux jours plus tard, j'étais en route pour Capeside, prêt à passer un noël des plus moroses avec ma famille. Les paroles de Joey résonnaient encore dans ma tête. Serais-je vraiment incapable de garder une femme ? Après tout, Joey et Jen m'avaient quitté. Joey devait avoir raison. Je passais des journées solitaires, laissant Eric aux bons soins de mes parents, surexcité à l'approche de Noël. Je regardais la télé jusqu'à l'overdose mais au moins, il y avait un bruit pour me distraire. Je tombais sur un reportage sur l'édition qui parlait de la sortie du dernier livre pour enfants de Joséphine Potter. Joey apparut à l'écran, souriante, comme un poisson dans l'eau, parlant de son livre et de ses projets littéraires. Mais mes yeux se portaient au-delà de l'image de Joey. En arrière plan, une silhouette se dessinait que je reconnaissais entre toutes. Elle semblait perdue, mal à l'aise, craintive mais aussi mélancolique. Jen. Elle était là aussi. La journaliste s'approcha d'elle et la présenta comme l'illustratrice officielle de la maison d'édition. Jen semblait nettement moins à l'aise que Joey dans l'exercice mais elle s'en sortait pourtant bien. Mon cœur sauta dans ma poitrine quand je l'entendis parler. A quel point elle me manquait !

- Tu as vu un fantôme ?

C'était Gretchen, ma sœur, qui faisait irruption dans le salon.

- Si on veut.

- Qu'est-ce qu'il y a Pacey ?

Je lui montrais la télé du menton et elle fixa son attention sur l'interview de Jen.

- Tu la connais ?

- Oui, c'est Jen.

- Oh. C'est Joey derrière non ?

- Oui.

- Pacey, je t'observe depuis que tu es arrivé et je vois bien à quel point tu es malheureux. Il faut que tu retournes auprès de Jen, tu aimes cette femme, ça se ressent.

- Oui mais il faut que je trouve une solution par rapport à Joey, pour qu'elle me laisse tranquille.

- Tu dois le dire à Joey.

- Mais si elle décide de s'en prendre à Jen et de la virer par exemple ?

- C'est qu'elle est idiote. Pacey, penses un peu à toi. Avoue-le à Joey, dis-lui que ça ne la regarde plus et qu'elle n'a pas à réagir, tu es libre de faire ta vie avec qui tu veux.

- Je sais.

 

Je ne pouvais décemment pas faire ça à Joey le jour de Noël mais il fallait que je lui parle. Je décidais de patienter jusqu'au début de l'année, une fois que les fêtes seraient passées et le calme revenu. Eric passa le jour de l'an avec sa mère tandis que je travaillais au restaurant. J'envoyais une carte de vœux à Jen mais ne reçus pas de réponse. Je n'en fus pas surpris, quoique légèrement déçu.

 

Un matin où je dormais profondément, profitant de l'absence d'Eric pour une grasse matinée bien méritée, je fus réveillé vers 10h par l'odeur des pancakes et du bacon. Je me redressais d'un bond dans mon lit, à l'affût des bruits provenant de la cuisine. Ignorant qui pouvait être là, je rampais hors de mon lit jusqu'au bord de la mezzanine et observais qui squattait ma cuisine. Je me redressais d'un bon en reconnaissant mon intrus et me cognais la tête dans la poutre.

- Aïeeuuhh !

- Salut Pacey, toujours aussi matinal à ce que je vois !

- Dawson ? Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je suis en repérage pour un tournage et comme tu n'as jamais réclamé ton trousseau de clé, je me suis permis de te rendre une petite visite.

 

Je pris dans mes bras mon plus vieil ami. Mon enfance avait été entourée par Dawson et Joey. Si je ne pouvais supporter Joey plus jeune, Dawson avait toujours été le lien entre nous. Joey lui vouait un amour sans borne depuis sa plus tendre enfance. Mais les sentiments amoureux de l'époque s'étaient transformés en une amitié indéfectible.

- Quoi de neuf ?

- Rien de spécial. J'espère que ça ne t'ennuie pas que je me sois invité sans prévenir. Il n'y a pas là-haut une beauté fatale en petite tenue.

- Si, mais elle est devant toi cette beauté fatale.

Je fis jouer mes pectoraux pour appuyer mes propos, ce qui le fit rire.

- Question de goût je suppose ! Je ne reste pas longtemps, je déjeune avec Joey.

- Oh, je vais avoir les oreilles qui sifflent alors.

- Pacey Witter, désolé de te décevoir mais le monde ne tourne pas autour de ta petite personne, on ne parle pas que de toi.

- Tant mieux parce qu'à part me jeter des fleurs, je ne vois pas ce qu'il y aurait à dire.

Ca me faisait du bien de voir Dawson, je pouvais plaisanter et me libérer un peu l'esprit, ce qui était agréable.

- En fait, je ne suis pas là innocemment.

- Voyez-vous ça ! Quel est le but de ta visite alors ?

- J'ai parlé à ta sœur. Elle m'a dit que tu avais des soucis.

- Elle parle toujours trop.

- Et je sais qu'elle a raison Pacey. Tu avais l'air triste au téléphone ces derniers temps. Tu veux qu'on en parle ?

Je lui déballais alors toute l'histoire, Jen, Joey, mon dilemme.

- Il faut que Joey accepte que tu refasses ta vie, je vais lui en parler. Ca m'étonne d'elle quand même, elle n'est pas comme ça d'habitude.

- Je ne sais pas si ça arrangera les choses que tu lui parles. Elle pourrait le prendre encore plus mal.

- Je ne pense pas, on verra bien.

 

Je n'attendis pas longtemps pour découvrir à quel point cette idée était mauvaise. Joey débarqua telle une furie en plein milieu de l'après-midi. Je finissais de ranger la cuisine du restaurant.

- Alors tu n'es même pas capable de me parler tout seul, directement, il faut que tu envoies quelqu'un pour ça ?

- Je ne suis à l'origine de rien, c'est Dawson qui a eu l'idée.

- C'est facile ça Pacey. Que crois-tu que j'ai ressenti quand Dawson m'a expliqué qu'il fallait que je te sortes de ma vie, que je rencontre quelqu'un et que je te laisse vivre ta vie comme tu l'entends et avec qui tu le souhaites. Ce problème est entre toi et moi Pacey, personne n'a à interagir dedans. Si tu n'es pas capable d'assumer tes choix....

- Je suis amoureux de Jen.

- Pardon ?

- Tu as très bien compris. Jen Lindley, ton illustratrice. Je l'ai rencontré à l'école, en allant chercher Eric. J'ignorais qu'elle bossait pour toi.

- Non mais je rêve, c'est insensé ! Sur le nombre de femmes célibataires qu'il y a dans cette ville, il a fallu que tu la choisisses elle ? Et elle, quand je pense qu'elle me conseillait sur ce que je devais faire, je comprends pourquoi elle souhaitait que je te laisse tranquille après. La traître ! Oh elle ne va pas s'en sortir comme ça. Je vais la....

- Joey, avant que tu t'énerves et que tes mots dépassent encore tes pensées sache qu'elle m'a quitté quand elle a compris qui nous étions l'un pour l'autre. Elle t'apprécie beaucoup et ne voulait pas te faire souffrir, elle pense qu'on va se remettre ensemble mais elle a tort.
Joey tu as voulu te remettre avec moi pour de mauvaises raisons, quand tu as compris que je reprenais ma vie en main et que je voyais quelqu'un d'autre mais c'est de la jalousie simplement. C'est toi qui a décidé de tout arrêter entre nous, c'est toi qui a tout brisé et maintenant que je commence à m'en remettre il faut que tu me laisses tranquille, que je vive ma vie, rien ne sera plus comme avant entre nous, j'aurais toujours une tendre affection pour toi mais je ne t'aime plus, nous avons grandi mais pas de la même façon et je ne veux pas qu'on se déchire, nous sommes liés à jamais par Eric et pour lui on devrait faire des efforts.

 

Joey quitta le restaurant sans répondre. Je savais qu'elle était blessée mais je m'étais enfin libéré du poids qui pesait sur mes épaules depuis trop longtemps. Je rentrais chez moi et m'allongeais sur le canapé, profitant de la sensation de légèreté qui m'envahissait.

 

Dawson rentra en fin de journée avec Eric qu'il avait récupéré chez Joey.

- Comment va-t-elle ?

- Comme quelqu'un qui vient de voir s'échapper la personne qu'elle aime.

- Joey ne m'aime pas, c'est le souvenir de ce que nous étions qu'elle aime.

- Je crois qu'elle l'a compris.

- Comment ça s'est passé ?

- Et bien mise à part le fait qu'elle a voulu tuer cette Jen, te tuer toi et balancer deux-trois bombes nucléaires sur vos têtes, ça va.

- A ce point ?

- Je crois que c'est surtout son ego qui est blessé. Elle prend une semaine de vacances et vient avec moi à Los Angeles.

- C'est bien.

- Elle préfère ne pas voir Jen tout de suite, c'est trop frais. Par contre, tu devrais prévenir Jen qu'elle est au courant, on ne sait jamais.

- Je vais y penser.

 

Je me présentais chez Jen deux jours plus tard. J'avais engagé une baby-sitter pour la soirée, ignorant ce qu'il allait advenir quand je serai face à Jen. Je frappais à la porte et attendais qu'on vienne m'ouvrir.

- Amy, finis ton devoir, après tu pourras regarder la télé ! Oui ? Pacey ?

- Bonjour Jen.

- Mais qu'est-ce que tu fais là ?

- Il faut que je te parle.

- Attends une seconde.

Elle referma la porte derrière elle et je me retrouvais à nouveau seul devant sur son perron. Elle ressortit, un gros gilet en laine sur les épaules donc elle resserrait les pans sur sa taille.

- Je t'écoute.

- Tu vas bien ?

- Du mieux possible. Et toi ?

- Pareil.

Le silence se fit, je ne pouvais m'empêcher de sourire en la regardant. Je comprenais à quel point elle m'avait manqué et combien elle était belle.

- Je t'ai vu l'autre jour à la télé, pour la sortie du livre. Tu t'es très bien débrouillée.

- J'étais surtout mortifiée mais bon, je m'améliore.

Elle m'adressa son plus beau sourire. Pas un sourire franc et massif mais un discret, un timide, un sourire qui réchauffait les matinées d'hiver où le soleil peine à percer les nuages. Mais malgré ce sourire, je voyais bien que son regard restait triste.

- Pourquoi est-ce que tu es là Pacey ?

- Joey est au courant.

- Et ?

- Et bien elle a été furieuse au début mais elle s'y fera.

- Je suppose que je n'aurai plus qu'à démissionner, si je ne suis pas licenciée avant.

- Je ne pense pas. Elle a été épaulée par quelqu'un de très sage et je pense que même si l'idée lui aura traversé l'esprit, tu n'auras rien à craindre. On va pouvoir à nouveau avancer, tous les deux.

- Pacey...

- Non, ne dis rien Jen. J'ai été stupide de te laisser partir. Tu m'as tellement manqué mais tu avais raison, je devais régler la situation avec Joey, mettre tout à plat pour pouvoir repartir sur de nouvelles bases. J'ai mis du temps à le comprendre et à le faire mais je te promets que Joey ne sera plus un frein à notre histoire.

- Pacey, c'est impossible, nous ne pouvons pas revenir en arrière.

- Pourquoi ?

- Je ne tiens pas à souffrir encore, ça fait trop mal. Je me suis attachée à toi, j'ai aimé chaque instant en ta compagnie et ces dernières semaines m'ont fait prendre conscience du degré auquel tu me manquais. Et ça m'effraie. Pacey, je ne suis pas prête à être dépendante de quelqu'un à ce point. Ca fait trop mal après.

- Jen, il n'y aura pas d'après. Ou peut-être qu'il y en aura un mais tu ne peux pas condamner notre histoire par peur qu'elle ne marche pas. On ne sait pas ce que l'avenir nous réserve. Peut-être que ça marchera ou peut-être pas, mais pour le savoir, il faut essayer. S'il te plait.

- Je suis désolée, pas maintenant.

Je vis son regard se remplir de larmes prêtes à dévaler sur ses joues. Dans ma tirade, je l'avais prise par la main sans m'en rendre compte et je sentis ses doigts glisser des miens, s'éloigner. Elle se retourna et rentra chez elle, sans un regard. Je restais seul devant sa porte obstinément close, perdu. Que c'était-il passé ? Avais-je mis trop de temps ? J'étais sûr que Jen éprouvait quelque chose pour moi mais quoi ? Avais-je pris pour un attachement profond ce qui ne l'était pas ? Je rentrais chez moi, plus perdu que jamais.

 

Quinze jours plus tard, Joey débarqua à la maison.

- Pacey, je suis venue te présenter des excuses.

- Pourquoi ?

- J'ai bien réfléchi pendant mon séjour à L.A et je me suis comportée comme la reine des imbéciles avec toi, j'ai été odieuse, je t'en demande pardon.

- Et pour Jen ?

- Et bien, c'est un peu étrange, surréaliste de lui parler au bureau comme si de rien n'était mais je ne peux pas nier qu'elle est bourrée de talent et qu'elle peut apporter beaucoup à la maison d'édition. Ce n'est pas facile tous les jours mais je fais des efforts.

- J'aurai dû t'en parler tout de suite. Mais j'estimais que tu étais sortie de ma vie et que je n'avais plus rien à te devoir. C'est pour ça que je ne parlais pas de Jen.

- Et bien la prochaine fois qu'il te prend l'idée de sortir avec une de mes collègues de travail, préviens-moi, envoies-moi un mail, que je ne tombe pas des nues.

- Je suis surpris Joey, je te trouve...détendue.

- Disons que nous avons un ami commun qui a su me rendre le sourire.

- Fais-moi penser à le remercier alors.

- Pacey, une dernière chose. Même si je n'ai pas à me mêler de ta vie privée, n'oublies pas que nous sommes liés par Eric et qu'avant d'être un couple, nous étions des amis. Peut-être qu'on pourrait essayer de le redevenir.

- Pourquoi pas.

Je pris Joey dans mes bras pour sceller notre nouvelle amitié renaissante. C'était un peu étrange à cet instant précis mais je savais qu'avec le temps, les choses s'arrangeraient. Cependant, j'avais toujours le cœur en berne et aucune nouvelle de Jen. J'espérais qu'en lui laissant de l'espace et du temps, elle reviendrait mais ce n'était pas le cas.


potter  (24.06.2008 à 13:15)

Un mois plus tard...

Pacey buvait un café dans un bar. Ce n'était pas ce qu'il avait prévu mais un orage avait éclaté, l'obligeant à abréger sa promenade pour se mettre à l'abri. Il était plongé dans la lecture du journal et ne semblait pas prêté attention à ce qu'il l'entourait. La vie reprenait son cours, petit à petit. Il tentait de compartimenter sa vie pour moins souffrir. Il ne s'autorisait à penser à Jen que le soir, une fois Eric couché. Autant dire que ses soirées étaient loin d'être joyeuse. Il entendit quelqu'un tirer la chaise face à lui et releva les yeux. Comme quelques semaines plus tôt, après un orage, elle avait ses cheveux plaqués sur son visage, dégoulinants d'eau, son mascara avait un peu coulé mais elle souriait.

- Je peux m'asseoir ?

- Je t'en prie.

Un serveur arriva et prit sa commande. Elle ne parla pas jusqu'à ce qu'il lui ramène. Pacey non plus ne parla pas, se contentant de la regarder. Elle jouait avec l'anse de son sac à main qu'elle avait posé sur ses genoux. Son regard était fuyant. Le serveur déposa devant elle une tasse de chocolat fumante. Elle s'en saisit et la porta à ses lèvres. Une moustache de lait fit son apparition quand elle reposa sa tasse, ce qui fit sourire Pacey. Il prit sa serviette et lui essuya la lèvre.

- Tu vas bien ?

- Ca va. Et toi Jen ?

- Aussi. J'ai discuté avec Joey.

- Je sais.

- On ne sera certainement jamais de grandes amies mais on fera du mieux qu'on peut.

- C'est bien.

- Tu me manques.

- Toi aussi.

Ils finirent leurs boissons en silence puis se tournèrent en même temps vers la vitre du bar. La pluie avait cessé.

- Je te raccompagne ?

- Si tu veux.

Ils se mirent en chemin et arrivèrent rapidement devant chez Jen. Ils montèrent les marches du perron et s'arrêtèrent devant la porte.

- Ca m'a fait plaisir de te revoir.

- A moi aussi Pacey.

Jen se mit sur la pointe des pieds et déposa un baiser sur les lèvres de Pacey. Un baiser très léger, aérien. Elle sentit Pacey sourire contre sa bouche. Il l'enserra à la taille et l'attira contre lui sans pour autant approfondir ce baiser. Il enfouit ensuite son visage dans le cou de Jen et respira son odeur.

- Ca aussi ça m'a manqué, ton odeur.

Jen ria, de son rire clair et cristallin. Cela sonna aux oreilles de Pacey comme la promesse d'un avenir plus clair.

 

FIN

 

Un grand merci à Misswitter et Carolin pour leurs idées, conseils et soutien!


potter  (24.06.2008 à 13:16)

Ca faisait très longtemps que je n'avais plus lu de fanfic sur Dawson et lire la tienne m'a donné envie d'en relire à nouveau parce que ça nous replonge dans cet univers qu'on aime tant. Et même ici si c'est un couple inattendu ça fait du bien. Comme je te l'ai dit j'aime beaucoup ton histoire. C'est "frais et facile à lire". Je l'ai lu d'une traite et j'étais encore dans ton histoire alors que le mot fin était écrit. Jen/Pacey c'est assez inattendu comme couple il faut le dire mais tu as très bien géré ça et les personnalités que tu as fait correspondent bien à la série et à ce qui aurait pu se passer "si...".

Bravo pour cette jolie histoire en tout cas et maintenant il nous reste plus qu'à attendre que tu nous fasses les réactions des enfants face à ça et pourquoi pas un petit rebondissement : le père d'Amy qui revient qui annonce qu'il est fiancé et sa fiancée c'est Joey... Ok je délire mais bon je propose mes idées hein ;) haha.

Bref malgré les nombreuses semaines que tu as mis pour l'écrire, les pannes d'inspirations, les blocages il en ressort un très beau résultat. Bravo!


misswitter  (24.06.2008 à 14:11)

Comme tu le sais, j'ai beaucoup aimé ton histoire. Elle est très bien écrite et très jolie. Quand on la commence on n'arrive pas à s'arrêter.

 

C'est vrai que le couple que tu as choisi peut surprendre mais moi je le trouve très beau et ça change. Je suis peut être pas très objective parce que du moment que le garçon est Pacey et qu'il est décrit comme tu l'as fait, je ne peux qu'aimer, mais les 2 personnages ensemble sont attachants et mignons.

 

J'ai eu un coup de cœur particulier pour la petite Amy et son histoire d'amour avec Eric, le coup de la pâquerette m'a fait fondre (c'est sûrement parce qu'elle me rappelle quelqu'un).

Autre moment que j'ai trouvé exquis c'est quand Gram arrange le dîner pour Pacey et Jen et que Jen s'en aperçoit et traverse au pas de charge la rue pour lui dire 2 mots, c'était vraiment excellent.

 

Alors un grand bravo pour ton histoire et encore merci de me l'avoir fait partager.


CAROLIN  (24.06.2008 à 14:59)

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