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Série : Dawson's Creek
Création : 25.01.2012 à 20h21
Auteur : VinnAnne
Statut : Terminée
enfance de Lilian
Cette fanfic compte déjà 3 paragraphes
Je n’aurai jamais pensé que ma vie tournerait de cette façon…
Aujourd’hui, c’est mon anniversaire, et comme depuis 6 ans maintenant, je le passe en compagnie d’un charmant petit garçon qui me regarde tendrement pendant que j’essaie d’éteindre toutes les bougies d’un seul souffle.
Lorsque c’est fait, il va appuyer sur le bouton de la lumière, puis revient vers moi en souriant. C’est chaque fois la même chose. A ce moment précis, je ne peux empêcher mon cœur de se serrer me rappelant l’homme que j’ai laissé sortir de ma vie. Il lui ressemble tellement.
Je garde le sourire, toujours, pour ne pas l’inquiéter. Je veux être la plus jolie pour lui.
- Maman ? me dit-il alors qu’il s’installe à côtés de moi, On fait quoi ce soir pour ton anniversaire ?
- Je ne sais pas mon cœur. Qu’est-ce que tu aimerais faire toi ?
Je lui dépose un baiser sur le front puis me mets à couper le gâteau pour lui offrir une part.
- Merci. Puis il réfléchit un instant, une patinoire ce serait bien, non ?
- Oui.
Je lui souris une nouvelle fois. Il finit sa part de dessert en premier, puis débarrasse son assiette. Je sens qu’il est impatient de sortir.
- Va mettre ton manteau et prends des gants avec toi !
- Oui maman, répond-t-il en prenant la direction de sa chambre.
Je l’entends presque qui coure pour se préparer plus vite. Moi pendant ce temps, je finis de ranger, ne voulant pas qu’il grandisse dans une maison sale. Après avoir terminé, j’attrape un manteau puis l’enfile tandis que je le vois revenir vers moi tout sourire. Cette sortie, il l’attendait avec impatience…
Sur la glace, il est rayonnant de bonheur. L’ayant inscrit chez les poussins en Hockey sur glace, le voici qu’il me montre tout ce qu’il sait faire. Au bout d’une demi-heure, il me rejoint alors que je patine tranquillement.
- Maman ? On fait quoi pendant les vacances ?
Il a pris sa voix innocente pour m’attendrir. Il est si adorable quand il me regarde de cette façon que je ne peux résister. Très vite, je me mets à sa hauteur et lui dépose un baiser sur la joue.
- Toi tu as une idée derrière la tête.
La tête qu’il fait ensuite ne me plait pas, on dirait qu’il cache quelque chose.
- Lilian ?
Il garde la tête baissée.
- J’aimerai voir mon cousin, finit-il par annoncer d’une voix timide.
Quelle erreur j’avais faite: Quelques mois plus tôt, alors que je faisais du rangement, il était tombé sur une photo de Bessie. Et même si je n’avais pas vu ma sœur depuis 6 ans, je n’avais pas pu lui mentir.
- Lilian, on en a déjà parlé toi et moi.
- Je sais, mais… j’avais pensé…
Il s’arrête, n’osant surement pas continuer alors que mon visage s’est brusquement assombri à l’évocation de mon ancienne famille.
- Tu avais pensé quoi ? Demande-je plus impatiente que je ne l’aurai voulu.
- C’est bientôt mon anniversaire.
Je soupire constatant qu’il est encore plus doué que moi pour jouer la carte de l’émotion. Voyant son air si triste, je m’adoucis.
- Mon chéri, je t’ai déjà dit pourquoi on ne peut pas retourner là-bas.
- Je sais mais…j’aimerai les connaître.
En moi je sens une émotion plus vive qui s’empare de moi. Cet instant, je l’avais redouté, mais je ne pouvais me battre indéfiniment contre ça. Après tout, lui était un enfant innocent, il n’avait pas le droit de subir les conséquences de mes erreurs.
Flashback
- Maman ? Pourquoi je n’ai pas de papa moi ?
Je me figeais, moi qui avais tant redouté cette conversation, voilà qu’elle venait alors qu’il commençait à peine à grandir. Mais si je ne lui expliquast pas, peut-être que plus tard, il m'en voudrait. Cette pensée me chagrinait plus que toute autre. Je ne voulais pas perdre l’être le plus précieux de ma vie.
- Parce que je l’ai laissé partir chéri.
- Ça veut dire quoi « laissé partir » ?
- Ça veut dire que…quand j’ai appris que j’étais enceinte de toi, j’ai préféré ne pas … le déranger.
Forcer à choisir aurait été plus juste, pensais-je ensuite.
- Il avait une autre amoureuse ? demanda-t-il aussitôt.
- Oui c’est à peu près ça.
- Alors, Il m’a abandonné ?
- Non mon cœur, il… C’est moi qui ai mal agi, je ne lui ai pas laissé le choix.
Parce qu’il m’aurait détruit pensais-je avec regret.
Lilian me regarda quand je détournais les yeux. Il remarqua sans doute qu’ils brillaient plus que d’habitude.
- Ça te rend triste ? dit-il comme s’il comprenait son chagrin.
Je m’accroupit près de lui. Avec sa petite main, il essuya la larme qui commençait à couler de mes yeux.
- Oui, ça me rend triste.
- Je n’en parlerai plus maman.
Sur ces mots, il entoura ses bras autour de mon cou. Je retint mes larmes tandis que je lui donnais ce câlin. Jamais je n’aurais pu espérer meilleur petit garçon pour égayer ma vie solitaire…
Je savais que ce jour arriverait. Celui où il fuirait mon regard, triste d’entendre mon refus. Et je savais aussi que je ne voulais pas blesser son petit cœur qui ne demandait qu’à avoir une famille. Ma famille. Qui me manquait chaque jour un peu plus. Nous rendons nos patins au vestiaire, et je sais au moment où je le vois me prendre la main, tête baissée, que ma décision est prise…
Je ne fuirai plus c’est promis…
La route qui me ramène dans ma maison d’enfance me semble passer à toute vitesse, alors que j’aurai voulu qu’elle dure indéfiniment. Je ne peux empêcher mon ventre de se tordre, je ne peux empêcher les battements de mon cœur qui s’accélèrent alors que je ne suis plus qu’à quelques kilomètres. Comment puis-je me présenter maintenant à ma sœur alors que je ne lui ai pas donné de nouvelles depuis 6 ans ? Comment ai-je la prétention de croire qu’elle m’acceptera à bras ouverts ? Je me souviens encore de ma discussion avec Jen lorsque je lui ai annoncé ce que je comptais faire :
Flashback
- Je retourne à Capeside cet été.
J’étais stressée rien que de parler de cette ville à ma meilleure amie.
- Comment ça tu retournes à Capeside ?me demanda-t-elle comme si elle avait mal entendu.
- Lilian voudrait connaître sa tante ?
- Joey, tu ne te rends pas compte.
- Quoi ?
Cette fois j’étais énervée. Ne pouvait-elle pas comprendre que j’avais besoin d’encouragement et non d’un couteau qui se retourne dans une plaie ?
- Il y est surement.
Là elle avait raison. Je n’avais pas vu la situation sous cet angle.
- Il ne serait jamais resté à Capeside. Il voulait quitter cette ville.
- Mais il a des parents là-bas.
- Jen, s’il te plaît…
- Non Joey, je n’arrêterai pas ! Comment peux-tu penser y retourner alors que tu peux tomber sur lui en pleine rue ?
Elle me jetait la vérité en pleine figure comme toujours, pour que je ne me voile pas la face.
- Je fais ça pour mon fils. Bon sang Jen ! Il a 6 ans, c’est de ma faute s’il n’a pas de père et maintenant il faudrait que je le prive d’une tante et d’un cousin ?
Elle détourna la tête, cette fois-ci c’était moi qui avais raison.
- Je suis consciente que je peux le croiser, et crois-moi, cela m’effraie mais rendre mon fils malheureux c’est encore pire que d’imaginais la souffrance que j’aurai en le croisant lui. Il passe en premier.
- Je sais. Mais Joey, je ne veux plus te voir souffrir.
- Tout ce qui est arrivé est de ma faute. Si je souffre, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même.
Jen avait eu raison. Voilà que sur un coup de tête je me retrouvais à quelques pas de mon ancienne existence. Je sens déjà que la Joey que j’avais laissé derrière moi, revient me hanter. Celle qui veut fuir, celle qui a peur.
Je détourne mon regard vers le petit être que s’éveille tranquillement alors que je viens de stopper la voiture. Il me sourit.
- On est arrivé ? me demande-t-il plein d’espoir.
- Oui mon ange.
Le poids dans ma poitrine me semble insurmontable. J’ai fait cette route, j’ai parcouru tous ces kilomètres pour le voir sourire. Et maintenant que c’est fait, je n’arrive plus à bouger, je ne peux sortir de cette voiture et affronter mon passé. Mes forces semblent m’abandonner.
- Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? lance-t-il alors que ses yeux parcourent l’horizon.
Je le vois regarder la maison éclairée face à nous avec envie. Il aimerait que je lui lance le feu vert pour pouvoir sortir, mais les mots ne sortent pas. Alors quand l’attente se fait trop longue, il tourne la tête vers moi.
- Maman ?
Je sens dans sa voix qu'il est inquiet et malgré ma paralysie, c'est toujours la dernière chose que je souhaite.
- Je peux sortir de la voiture?
- Attends je vais t'ouvrir.
Mes mouvements semblent se faire au ralenti. Dans ma tête un millier de pensées se bousculent. Je revois mon adolescence, mes amis, ma sœur. Et lui. Je vois son sourire, ses yeux, ses mains qui se tendent pour me prendre dans ses bras. Une brulure monte peu à peu dans ma gorge. Si je continue à ruminer mes souvenirs, je sais que mes larmes viendront comme elles le font depuis 6 ans. Si je n’avais pas fui, que ce serait-il passé ?
Lilian se détache seul et me saute dans les bras lorsque je lui ouvre la porte. De voir son sourire, mon cœur fait de nouveau un bond. Je ne peux plus reculer. Je ne peux plus fuir. Ce soir, je sais que je vais devoir affronter mes démons.
- Je peux y aller Maman ? Me demande-t-il impatient.
Le Oui qui devrait franchir mes lèvres à cet instant devient prisonnier. Je sens que prendre la parole sera définitif et que je ne pourrai retenir mes pleurs. Je suis effrayée et il est hors de question que mon fils me voit ainsi.
La seule chose que je peux faire est de lui adresser un signe de tête et un sourire triste, que je sais, ne pourront être interprétés par un enfant de 6 ans.
Je le vois courir sur la pelouse en direction de la maison. Je vois le lac au-delà. La barque que j’ai laissée là. Quand il arrive près de l’entrée, le petit garçon se penche vers les fenêtres pour voir s’il y a du monde, puis prenant son courage à deux mains, frappe à côté de la poignée.
Mes pas sont lents, mais je suis fière d’être la maman d’un enfant si extraordinaire. Puis soudain, mon cœur s’arrête de battre. La porte s’est ouverte. Je ne suis qu’à quelques mètres. La femme qui se penche vers le petit garçon pour lui demander ce qu’il fait ici tout seul, je la reconnais.
Une larme roule sur ma joue, et je ne peux empêcher un sourire de douleur venir sur mon visage. Je suis tellement malheureuse d’avoir laissé tant de temps passer. Quand elle lève les yeux vers moi et se met à pleurer. Je sais que le temps est à rattraper…
Si je le revois, je ne pourrais plus le laisser partir…
J’ai l’impression que le temps a reculé. Je me revois au lycée, rentrant de l’école et étant accueilli par cette sœur qui me dévisage. Pourtant, elle a plus de rides et semble plus sereine qu’à l’époque. Mais ma plus grande surprise sera peut-être celle qui viendra ensuite lorsqu’un garçon d’une dizaine d‘années rejoint sa mère figée sur le palier.
C’est lui qui rompt ce silence incessant.
- Tante Joey ?
Il n’attend pas ma réponse et vient se jeter dans mes bras. Sa tête contre mon épaule me fait revenir à la réalité. Je ne cesse de regarder Bessie qui a porté sa main à sa bouche et ne peut plus retenir ses larmes. Je vois mon fils qui s’approche d’elle. Il la reconnait. Ma sœur s’accroupit et lui sourit.
- Tu es tellement beau.
Lilian lui rend son sourire et se laisse prendre dans les bras. Comme s’il avait senti mon hésitation, Alexander me prend par la main et m’emmène vers sa mère.
- Je suis tellement désolée Bessie.
Il semble que ma sœur n’a que faire de mes excuses. Ecartant mon fils, elle s’approche de moi et alors que je m’étais attendu à une toute autre réaction, elle me prend fermement contre elle. Les années ont eu beau couler, je ressens tout l’amour qu’elle me porte.
- Joey, tu m’as tellement manquée.
- Toi aussi Bessie.
Elle m’écarte un peu pour me regarder.
- Pourquoi ?
- Je ne sais pas.
Et ce n’est que la stricte vérité. A cet instant, même si je sais que j’ai fui le père de mon enfant, cette décision me semble tellement irréfléchie. Si j’avais su que le temps m’aurait infligé un tel manque, je ne serais pas partie. J’avais pensé être forte mais me retrouvant 6 ans après cela, finalement je me rends compte que mon choix n’était pas le bon.
La porte se referme derrière nous et bientôt je sens que rien n’a changé. Pourtant une pensée ne me quitte jamais ; celle d’un sourire en coin et d’un regard clair…
Le lendemain, Bessie prend sa journée et nous emmène en ville. Je suis tendue et ne peux empêcher mon regard de se poser à chaque coin de rue effrayée à la possibilité de tomber sur lui. Alexander tient la main de son cousin et je souris de les voir si heureux à l’idée d’apprendre à se connaître. Celle de Bessie ne lâche pas la mienne non plus. Elle doit avoir peur qu’une nouvelle fois je m’évapore. A quel point ai-je pu la faire souffrir ? Je ne peux qu’écouter mon cœur pour le savoir car sa fierté l’empêcherait de me révéler sa souffrance. Mais je sais que cela a dû être tellement dur.
Alexander emmène Lilian vers un magasin de jeux. Bessie elle vers le centre commercial. J’ai l’impression que je ne devrai pas laisser Lilian. Cette intuition est peut-être fausse mais elle est bien présente…
Le soir tombe aussi vite que la journée est passée. Bessie n’a pas quitté mon bras une minute, et m’a raconté la vie qu’elle menait depuis mon départ : le développement du B&B, les nombreux travaux qui y ont été fait, des anecdotes avec ses clients... J’ai l’impression qu’au fond de mon cœur, mon mal commence à disparaître. Je sais bien que c’est de ma faute et que je ne dois demander à personne ne m’aider à me pardonner. Mais ces retrouvailles sont tout de même un pansement dans mon existence.
Mon fils la fait sourire bien plus encore que de me voir. Elle en a même presque pleuré de le regarder s’amuser avec son cousin. L’après-midi dans le parc était le reflet d’une vie que je n’avais jusque-là, jamais osé espérer. Et pour la première fois depuis 6 ans, je sens que ce que je veux : c’est vivre ici. Avec mon fils.
Deux jours passent sur ce même rythme. Bessie a fait une pause dans son travail pour être avec moi. Je me retrouve donc soit avec ma elle à mon bras, soit mon fils à la main et nous marchons tous ensemble. Je réapprends à vivre dans cette ville, à fréquenter les endroits où je n’ai pas mis les pieds depuis des années. Mes peurs sont toujours présentes. Je retiens ma respiration chaque fois que nous entrons dans un magasin ou que nous tournons dans une rue où des souvenirs rejaillissent. Mais jusque-là, heureusement, je ne le croise pas.
- Capeside n’a pas beaucoup changé, dis-je un soir à ma sœur, et mon ton est neutre.
- Pourtant beaucoup de choses se sont passées. Les Leery ont suivi leur fils à Los Angeles. Doug s’est installé avec Jack. Ils cherchent à adopter. La grand-mère de Jen va se marier dans quelques mois. Tu vois ça bouge à Capeside, finit-elle en souriant.
Je souris à mon tour, contente de pouvoir boire un chocolat chaud à ses côtés.
- Lilian n’a pas de père ? Demande-t-elle ensuite.
Elle a du se mordre la langue pour attendre le bon moment et me poser cette question.
- Non. Je l’ai élevé seule.
Elle n’ajoute rien à cela mais son regard est éloquent.
- Cela n’a pas été facile mais Jen était là.
- Jen ?
Elle me regarde avec surprise.
- Oui. Je l’ai suivie quand elle est partie. Elle ne m’a jamais trahie. Pas même à sa grand-mère. Lorsque j’enchainais les boulots elle gardait Lilian. Grâce à sa présence, j’ai pu reprendre des études par correspondance. Je lui dois tout. Si j’ai réussi, c’est grâce à elle.
Pendant un instant, Bessie ne parlera pas plus. J’ai comme l’impression qu’elle encaisse un peu ce qu’elle vient d’entendre.
- Cela aurait du être mon devoir, finit-elle par lâcher avec déception.
Elle besoin d’être un peu seule je le sais. A sa place je ne sais pas comment j’aurai réagi. Apprendre que ma petite sœur a vécu une épreuve difficile et de ne pas pouvoir l’aider ni la rassurer. Cela m’aurait fit mal. Je pense que je ne me rends pas compte de ce qu’elle ressent vraiment. Avoir été tenu à l’écart, cela ne doit pas lui plaire, même si elle ne dit rien de plus. Quand elle me sourit tristement puis s’en va en direction de sa chambre. Je ne la retiens pas.
- Allo ?
- Jen ? C’est Joey.
- Oh Joey ! Ça me fait plaisir de t’entendre. Je commençais à m’inquiéter, tu sais, S’exclame-t-elle. Alors raconte, comment ça se passe ?
- Ça se passe beaucoup mieux que je ne l’avais imaginé. Bessie ne me quitte pas d’une semelle.
- Je ferai la même chose à sa place.
- Oui. Certainement.
- Et c’est tout ?
Je sentais qu’elle voulait surtout aborder un autre sujet. Jen n’avait jamais été indéchiffrable pour moi. Plus j’avais vécu avec elle et plus cet aspect de sa personnalité m’avait fiat du bien. Au moins je savais toujours à quoi m’en tenir avec elle. Elle était transparente pour moi.
- Jen, j’ai besoin d’un conseil.
Son sourire s’efface à l’instant même où je prononce ces mots. Cela s’entend. Surtout lorsque la minute d’avant, je pouvais percevoir son impatience. J’agrippe le combiné plus fortement. Cette conversation cela fait des années que nous l’avons elle et moi. Mais cette fois-ci j’ai l’impression que tout est différent.
- Pacey vit à Capeside.
- Je t’avais prévenue Joey.
- Je sais. Mais je ne l’ai pas encore rencontré.
- Comment ça pas encore ?
- Jen…Il faut que je lui dise.
Mon amie demeure muette au bout du fil. Elle ne doit pas approuver.
- Jen ? Je m’inquiète de son silence.
- Qu’est-ce que tu veux que je dise Joey ? Tu as déjà pris ta décision certainement. Si je te disais de renoncer ça ne ferait que t’embrouiller un peu plus.
- Dis-moi au moins ce que tu en penses !
Je l’entends soupirer puis prendre une courte inspiration avant de reprendre :
- Tu sais que je ne veux plus te voir souffrir. Nous en avons discuté toi et moi. Imagine qu’il soit marié avec des enfants. Comment réagiras-tu en le voyant ? Je ne veux plus te ramasser à la petite cuillère.
- Je sais. Mais c’est moi qui ai pris la décision de partir.
- Ça ne change rien Joey. Tu l’aimais et tu l’aimes encore aujourd’hui. Si tu le vois de nouveau avec une autre femme, je sais que tu ne t’en relèveras pas.
Elle a raison.
- Je n’ai pas la prétention d’arriver dans sa vie et espérer qu’il m’aime. Je voudrais juste que mon fils connaisse son père.
- Pourquoi maintenant ? Demande-t-elle un peu plus énervé.
- Parce que je suis arrivée au bout. Je n’en peux plus de vivre ainsi : à tout le temps me demander ce qu’aurait pu être ma vie si j’avais fait d’autres choix. Je ne veux plus fuir Jen. Je veux pouvoir revenir à Capeside sans avoir peur de le rencontrer. Je veux l’affronter même si je t’avoue que je suis terrorisée.
- Tu veux que je vienne ?
Sa voix s’est un peu adoucie.
- Non. Je n’aurai plus le courage d’aller lui parler si tu es là. Tu sais à quel point j’aime me réfugier dans tes bras.
Je l’entends sourire. Combien de fois la première année avais-je pleuré dans ses bras ?
- Si tu es certaine de ce que tu fais et que tu pourras le supporter, je te soutiens Joey. Mais n’oublie pas, je prendrai le premier avion si tu me le demandes.
Lorsque je raccroche quelques minutes plus tard, je ne peux m’empêcher de sourire malgré mon ventre serré.
La troisième journée s’achève ainsi sur mes peurs refaisant surface. J’avais pensé que ma conversation avec ma meilleure amie me redonnerait une confiance supplémentaire. Hélas, elle m’avait rappelé à quel point j’étais venue à reculons et surtout à quel point je redoutais de me retrouver face à face avec Pacey. Pourtant je sais bien que c’est inéluctable. Je devrais affronter mes démons. Je ne pensais qu’à mon fils. Ma douleur était secondaire.
Je suis en train de défaire ma valise lorsqu’on frappe à la porte. Des éclats de voix parviennent à moi mais je ne distingue pas les sons. Pourtant au fond de moi, une peur bien connue augment en mon être. Me collant contre la porte, je l’entrebâille.
C’est à ce moment-là que tout mon corps se fige. Cette voix qui résonne en bas je la connaît bien. Et même trop bien. De nouveau mon cœur me fait mal. Ma volonté de fuir toujours plus loin augmente également. Je ne sais pas ce que je ferai pour ne pas être venue ici. J’avais pensé pouvoir éviter une confrontation et voilà que l’homme que je cherchais par tous les moyens de ne pas croiser, se trouvait dans le salon de ma sœur. En plus de cela, j’avais l’impression qu’il était commun pour lui de venir. La conversation s’engage et je ne peux que retenir mon souffle. En attente de savoir si ma sœur révèlera ma présence. Mais après tout je sais que c’est absurde de croire qu’elle ne le fera pas. Elle n’a aucune raison de croire que c’est lui que j’ai fui.
- Pacey, comment vas-tu ? Demande ma sœur d’un ton enjoué.
- Bien. Je suis venu t’apporter quelques petits plats du restaurant !
- Merci, tu es un amour. Tu veux rester un peu ? Je crois qu’Alexander voulais te montrer son nouveau bateau.
- Encore un ?
A cet instant, j’entends des pas précipités. Et je sais que mon fils accourt après son cousin.
- Oui. Et téléguidé en plus de ça ! Intervient vivement Alexander.
- Je vois que ta mère ne change pas.
Ma sœur rit et je me rends compte de la proximité qu’elle entretient avec Pacey. J’ai même l’impression qu’il fait partie de la famille. Je ne sais pas ce qui s’est passé pour qu’ils soient si proches et cette question s’impose à moi alors que j’aimerai qu’il s’en aille.
- Tu restes diner ce soir ? Demande ma sœur et je sens mon cœur accélérer.
- Je ne peux pas. J’ai promis à Gretchen que je la rejoindrai. D’ailleurs je dois filer. Je reviens demain soir si tu veux.
- Ça me ferait plaisir, à ton filleul surtout.
Je reste scotchée de cette nouvelle découverte. Ainsi Pacey est le parrain d’Alexander. Ma curiosité s’aiguise d’autant plus. Que s’est-il passé dans leur vie pour qu’ils soient si familiers ?
La porte se referme derrière lui et je ferme les yeux. Au fond de moi, j’aurai aimé le revoir, mais comment oser lui faire face alors que je suis sortie de sa vie sans un mot, 6 ans auparavant ? Une minute s’écoule avant que je ne décide de rejoindre ma famille au rez-de-chaussée. Mais alors que je pose le pied sur la dernière marche, la porte s’ouvre.
Je me tourne vers l’entrée et me fige. Oh mon Dieu ! Il est revenu chercher quelque chose. Je ne peux plus faire un mouvement et je me rends compte que lui non plus. Finalement cela se passe comme je l’ai toujours imaginé : nous ne pouvons avancer l’un vers l’autre. Pourtant la seconde d’après me donne totalement tort. Comme cela a été le cas avec ma sœur.
Sans que je ne m’y attende, il oublie tout ce qu’il voulait faire et me rejoint en deux vitesses. Ses bras se referment sur moi alors que je m’étais préparé à le repousser. Mais je ne peux rien faire. Cet homme, cela fait 6 ans que je l’espère. Que je l’aime alors que je n’en ai jamais eu le droit. Et mon fils. Il me le rappelle chaque jour depuis ma fuite. Mon ventre s’est serré au moment où je l’ai vu sur le pas de cette porte. Aussi, je ne suis pas étonnée de sentir que ma gorge se met à me brûler.
J’aurai tellement aimé avoir une autre vie. Plus sereine, où je n’aurai pas eu à me cacher. Mais la réalité est ainsi. Je ne peux pas faire marche arrière. Mes jambes se mettent à trembler alors que je ne peux plus retenir mes larmes. Pacey doit le sentir car alors que je cache mes yeux dans mes mains, il m’assoit sur le premier fauteuil venu.
- Joey ? Me demande Bessie à quelques pas.
Je prends conscience soudain que je suis revenue. Que les personnes les plus chères à mon cœur m’ont manqué comme personne. J’ai dû tellement les décevoir quand je suis partie.
Les bras de Pacey sont toujours autour de moi. Je ne veux pas qu’il les enlève. Pas encore. Je ne veux pas qu’il retourne à sa vie sans moi. Je n’ai jamais cessé de l’aimer.
- Joey ? Appelle-t-il lui aussi, alors que mes larmes se calment.
L’entendre m’appeler ne fait qu’accroître mon malaise. Comment ai-je pu faire cela ? Comment ai-je pu cacher la vérité à tant de monde et depuis si longtemps ? A l’époque j’avais eu peur car il n’était pas libre mais maintenant, je redoutais qu’il rejette son enfant.
- Maman ?
Pacey n’avait pas vu mon petit garçon la première fois. Cette petite voix qu’il ne connaît pas, l’attire. Se retournant, il se retrouve soudain face à lui-même. Mais je ne sais pas s’il s’en rend compte. Comment pourrait-il se douter d’ailleurs que ce bout’ chou n’est autre que son fils ? Pacey s’attarde sur les yeux de Lilian et je le sens trembler. Il me lâche et s’écarte d’un geste.
- Pardon Joey, je ne savais pas que tu avais une famille. Je…
Il bafouille et se relève. Je le vois hésiter. Nous nous regardons, les yeux pleins de larmes. Derrière moi Bessie et Alexander n’ont pas ouvert la bouche depuis notre échange. Mon fils est intelligent. Je le sais depuis qu’il a eu l’âge de parler. Aussi, quand je le vois regarder, avec des yeux froncés, cet homme qu’il ne connaît pas mais qui m’a prise dans ses bras, je sens qu’il se rapproche de la vérité. Mais tant que je ne lui aurai pas révélé clairement, il ne fera rien.
Pacey n’a pas fait un geste depuis que Lilian a pris la parole. Lui aussi est intelligent. La relation entre l’âge de ce petit garçon et la date de ma fuite ne fera pas un long chemin avant qu’il ne commence à avoir des doutes. Pourtant il ne dit rien. Attendant, lui aussi, un mot de ma part.
Le regard de Lilian se repose sur moi. Il ne comprend plus ce qui se passe et ce qui importe le plus pour moi, c’est de ne plus lui mentir. Je tends une main vers lui et il se précipite dans mes bras. Je me tourne vers Pacey pour lui parler mais celui-ci est plus rapide.
- Désolé, je ne savais pas… Redit-il comme désemparé.
Sa fuite est encore plus rapide que la mienne 6 ans plus tôt. Il nous salue d’un bref mouvement de tête et s’évanouit dans la nature. Sans un regard vers l’arrière. Mon cœur qui s’était apaisé quelques minutes auparavant se remet à battre à tout rompre. Lilian me serre plus fort. Mon instinct me dit qu’il est fatigué. Le portant contre moi, je souhaite bonne nuit à ma sœur qui aurait aimé avoir une discussion avec moi mais que je refreine d’un mouvement de la main. Demain nous aurons tout le temps.
Le lendemain, je me lève sans un bruit. Lilian a dormi avec moi. La première fois depuis un an. Lorsqu’il m’avait demandé pourquoi lui n’avait pas de Papa. Je descends et rejoins ma sœur, levée tôt pour s’occuper des petits déjeuners de ses clients. Elle me sourit tendrement quand je m’assois sur un tabouret surélevé près d’elle.
- Café ?
J’acquiesce d’un mouvement de tête et m’étire. Pour la deuxième nuit consécutive, j’ai bien dormi. Nous savons tous grâce à quoi cela est dû. En buvant dans la tasse qu’elle m’a tendue, je la vois qui me scrute. Bessie a toujours été curieuse, c’est là son plus grand défaut !
- Joey ? Demande-t-elle quand elle ne tient plus.
Je ne réponds pas mais l’écoute.
- Que s’est-il passé avec Pacey ?
Je sers les doigts sur l’anse de ma tasse. Ce matin-là, pour la toute première fois, je lui raconte tout :
Amie depuis l’enfance avec Pacey et Dawson, l’adolescence nous avait amené son lot de complications. Amoureuse à la folie de Dawson, je l’avais vu s’épanouir au travers de différentes histoires. Ma jeunesse me passait à côté car je l’attendais. Mais jamais il ne m’aima comme moi je l’aimais. Je lui avais avoué mes sentiments un soir de fête. J’étais en train de m’offrir à lui, quand il me repoussait puis demandait à son meilleur ami de veiller sur moi jusqu’à ce que je guérisse de lui.
C’est ce que fit Pacey. Je passais alors plus de temps avec lui qu’avec n’importe qui. Nos discussions se transformaient souvent en débat, mais jamais je n’étais rassasiée de ces échanges. Et plus le temps passait, plus je m’attachais à lui.
A 17 ans, je ne connaissais que peu l’amour. Lui de son côté avait trouvé Andie. La seule qui avait réussi à le rendre meilleur. A le faire sourire quand son père le faisait trembler. A le faire étudier quand il n’en avait pas envie. Ils étaient heureux et j’étais heureuse de les voir ensemble car elle était faite pour lui. En réalité tout n’était qu’une façade, car lorsque je les laissé seuls je ne pouvais m’empêcher de ressentir une vive jalousie. Je me rendais donc compte à cette époque, que j’aimais Pacey. Encore plus que Dawson avant lui. Et malheureusement, je ne pouvais que m’effacer. Comment avouer à son meilleur ami follement amoureux d’une autre, qu’on l’aime en secret ?
Un an après mes premières émotions et mon choix de ne rien dire, Andie trompait Pacey. Je me souviens encore de cette nuit ; Alors que je me trouvais avec des amies, j’avais reçu un appel de Pacey. Il n’avait rien dit lorsque j’avais décroché. Son souffle était saccadé et j’avais compris qu’il retenait ses larmes. « J’arrive » Cela avait été mes seuls mots. J’avais alors couru jusqu’à chez lui, le trouvant assis sur son lit, le visage dans les mains. Il était désespéré. Je n’ai fait que le prendre dans mes bras, pourtant cela avait déclenché bien plus. Cela avait été la nuit la plus belle de toute ma vie. Le lendemain, il ne savait plus où il en était. Andie était toujours dans ses pensées, je le voyais. Mais je m’en étais moquée. Je m’étais donnée à lui sachant quelles blessures je risquais. Les jours passèrent et j’étais là. Silencieuse mais amoureuse, je venais à lui quand il avait besoin de moi. Jamais je ne m’en plaignis. Lorsqu’il pardonna à Andie, un mois après, j’étais meurtrie.
Cela avait été des mensonges de dire que je n’attendais rien. De me dire que cela m’étais indifférent s’il ne voulait de moi que pour combler un manque. Quand il voulut rester un soir avec moi, je le regardais en souriant, le poussait à partir et lui souhaitais bonne chance.
Trois semaines plus tard, alors que je m’étais éloignée pour ne plus le voir. Alors que j’ignorais ses appels, j’apprenais que j’attendais un enfant.
Enceinte à 19 ans, je désirais cet enfant de l’homme que j’aimais. J’avais alors eu peur d’avouer à Pacey qu’il n’avait plus le choix que d’être lié à moi. J’avais été effrayée de la réaction de Bessie alors que je n’avais pas encore mon diplôme. J’avais donc choisi. Avec Jen, ma meilleure amie, je m’étais enfuie. Disant adieu Pacey à qui je ne voulais rien imposer, surtout pas un enfant et à ma sœur, laquelle je ne voulais pas décevoir. Je partais loin de mon université, loin de Capeside. Emmenant au sein de mon être, un avenir incertain.
Ainsi c’était passé ma vie. Et mis à part mon enfant, aujourd’hui je regrette. C’est avec ses mots que je finis mon triste constat à ma sœur qui s’est assise à mesure que l’histoire avançait. Elle me regarde les yeux embués.
- C’est pour cela que tu es partie ? Me demande-t-elle sans me regarder.
- Oui, déclare-je sombrement. Je suis désolée Bessie. Tellement. J’ai cru que jamais tu ne me pardonnerais d’avoir eu un enfant si jeune. J’ai eu peur. Je ne voulais pas te décevoir alors j’ai pris mes jambes à mon coup.
- Comment as-tu pu croire cela Joey ?
- Parce que tu as vécu ça aussi. Avec Alexander, tu as dû braver des épreuves et j’étais persuadée que tu ne voulais pas que ta petite sœur vive la même chose.
Ces mots semblent la toucher car elle inspire profondément et me prend la main.
- Bien sûr que je ne voulais pas que tu vives cela. Mais si tu m’en avais parlé, tu n’aurais pas eu besoin d’être seule dans cette épreuve.
Encore une fois, voilà qu’elle me surprend de sa gentillesse. Elle ne voit pas que je l’ai laissé sans nouvelles pendant si longtemps mais surtout que j’étais seule. Sans famille pour me conseiller.
Heureusement, j’avais eu Jen. Et de temps en temps au téléphone : Dawson. Jen avais été au courant de tout depuis le début. Notre relation à cette époque était encore fragile. Nous n’étions pas ce qu’on aurait pu appeler « des amies ». Mais elle avait vécu tellement de choses. Alors quand elle était partie dans une université à des milliers de kilomètres de Capeside, j’avais décidé de la suivre. Je voulais de me créer une autre vie.
Elle m’avait accepté, dans un premier temps, en colocation. Cela nous avait beaucoup rapprochées. Puis, Lilian était venu au monde. Ayant trouvé un travail, j’étais partie dans une ville voisine. Nous étions tristes de nous dire au revoir mais heureuses de se retrouver chaque fois que nous le voulions. Ce qui revenait à dire chaque jour quasiment !
Dawson, parti bien avant tout le monde, avait gardé le contact avec moi au téléphone. J’allais le voir quand l’envie me prenait de retrouver un peu de mon passé. Je ne lui avais rien dit de mon état, ni de ma liaison avec Pacey. Je ne voulais pas qu’il me regarde différemment. Et j’avais surtout peur qu’il dévoile à Pacey ce qui s’était passé. Dawson avait su que j’avais fui à cause d’une histoire de cœur mais jamais il ne fit le lien. Il ne révéla pas non plus à ma famille où je me trouvais. Il me respectait trop pour cela.
Pendant 6 ans voilà comment je vécu. Mais le plus important, c’était mon fils.
- Tu sais, reprend-t-elle après un temps. Pacey est venu quasiment tous les jours après ta disparition. Il était persuadé qu’un jour tu reviendrais dans cette maison et il ne voulait pas te louper. Il s’en était voulu de ne pas t’avoir avoué ses sentiments au bon moment. Au bout de plusieurs mois, voyant que tu ne revenais pas, il a commencé à reprendre sa vie. Il a enchainé des petits boulots mais venait ici chaque jour. Finalement, il m’a aidé à construire le B&B et à le mettre en route. Il m’a été d’une très grande aide. Et il le faisait en mémoire de toi. Je pense qu’il n’a jamais vraiment guéri de ton départ.
La seule conclusion qui me vient après cela, je la prononce à voix haute :
- Il faut que je le voie.
- Oui.
La conversation se termine ainsi, me laissant un goût amer dans la bouche et des regrets encore plus grands dans la tête.
Quand je remonte dans les escaliers, je me rends compte que ma sœur n’est pas la seule à avoir découvert la vérité : Lilian se tient là. Assis sur une marche, les bras ramenés sur ses genoux pliés, le menton collé sur ses bras. Il me regarde quand j’arrive près de lui puis m’assoit. Il n’ose pas parler.
- Tu as tout entendu ? Lui demande-je doucement.
Cette question est plus un moyen d’engager la conversation qu’autre chose, car je sais déjà qu’il était présent. Écoutant pour la première fois, le récit de ce père qu’il n’avait pas connu.
- Je lui ressemble.
- Oui, dis-je sans trop savoir quoi dire d’autre. Énormément.
- Il est comme je l’imaginais.
Je souris de l’entendre parler ainsi. Sa maturité me surprendra toujours. Mais alors que je m’attarde sur cette phrase, la prochaine va beaucoup plus me marquer.
- J’aimerai qu’il soit avec nous.
Son désir d’avoir un père est plus important que tout aujourd’hui car il l’a enfin rencontré. Je pense qu’au fond de lui, il avait toujours accepté de ne pas avoir de père. N’ayant jamais vu, n’ayant jamais entendu parler de lui que par mes histoires, il s’était fait à l’idée de n’avoir que moi dans sa vie. Aujourd’hui, je sentais que tout avais changé. Il désirait ce père au moins autant que moi le désirait.
- Je dois faire quelque chose aujourd’hui. Tu veux bien rester sage avec ta tante ?
Dans son regard, une lueur d’espoir s’est allumée. Il me connaît bien. Il n’a pas besoin de me demander où je vais pour comprendre.
- Oui, finit-il par me dire.
- J’ai envie de me balader. Tu viens avec moi ?
Son sourire illumine ma vie depuis sa naissance. Quand il est heureux, je le suis. Cette promenade sera donc comme tant d’autres : la plus belle.
Deux heures plus tard, j’ai laissé mon fils à ma sœur. Je lui ai demandé où travaillait Pacey et où il vivait puis je suis partie. Lilian m’a jeté un coup d’œil en me voyant prendre mes affaires. Il était impatient que je rentre. Il doit se dire que cette rencontre sera décisive pour son avenir. Et il n’a pas tort de penser cela. Car quoiqu’il arrive, Pacey saura désormais qu’une personne l’aime et l’attend.
Pacey ne travaille pas aujourd’hui. Cela me rend encore plus nerveuse car je dois me rendre chez lui pour avoir notre discussion et je ne sais pas sur qui je tomberai en sonnant. Un enfant ? Une femme ? Les deux ?
Bessie ne m’a rien dit. Je ne lui ai d’ailleurs pas posé la question. Je préfère que ce soit lui qui me raconte comme moi je le ferai pour ma vie. Mais si toutefois, je suis impatiente de me tenir près de lui, l’incertitude ralentit mon avancée.
Après plusieurs minutes de marche à ressasser mes sombres pensées, j’arrive devant un grand bâtiment rénové, je suis à destination. Je me rends donc compte que l’appartement de Pacey n’est vraiment pas loin de la maison de ma sœur. Ils ont dû se voir de nombreuses fois et s’entraider pendant mon absence.
Lorsque je trouve son nom à l’interphone, il n’y a que le sien. J’inspire profondément mais finit par sonner.
- Oui ? Demande-t-il à l’aveugle.
- C’est Joey.
Il y a un temps de silence avant qu’il n’appuie sur l’interrupteur. Il m’indique son étage et sa porte. Ensuite je le rejoins.
Il est sur le palier lorsque j’arrive. Il me laisse entrer en premier et je ne trouve rien de mieux à dire que :
- Tu n’as pas l’air surpris de me voir.
Car je m’étonne de le voir si calme.
- Bessie m’a appelé pour me dire que tu passerais, annonce-t-il en refermant la porte derrière moi.
Je souris.
- Elle a dû avoir peur que je renonce à te parler si je ne te trouvais pas là.
- Certainement.
Je m’aperçois, lorsqu’il dit ça, qu’il ne cesse de détourner les yeux chaque fois qu’il rencontre les miens et il tripote ses mains de façon machinale. Finalement, il n’est pas si serein que ça.
- Tu veux boire quelque chose ?
Il est étonnant de voir à quel point il est sur le qui-vive. Sa question n’est qu’une façon détournée pour s’éloigner un instant de moi et reprendre son souffle. C’est donc avec un sourire que je lui réponds :
- Un café, s’il te plaît.
- Installe-toi ! Je reviens.
Il disparaît dans la cuisine tandis que je m’avance dans le salon. Quelques photos trainent sur les meubles dans l’entrée. Ma curiosité l’emporte. Je remarque tout de suite que ce sont des images de sa famille : Gretchen et Doug, Gretchen avec un enfant dans les bras, ou encore Doug avec Jack. Dans un autre coin, je vois Alexander et Bessie. Il n’y a rien d’autre. Pas de femme inconnue. Comme s’il avait espéré cette réponse, mon cœur s’apaise.
Lorsque je m’assois à table, j’entends Pacey qui revient. Mais surtout, sa longue inspiration. Je ne peux m’empêcher de sourire. Il me tend une tasse et s’assoit face à moi. Cette fois son regard ne fuit plus et je manque de m’étouffer en buvant une première gorgée.
- Tu es magnifique Joey.
Je m’étais attendue à tout sauf à ça. Mon trouble doit se remarquer car j’ai comme l’impression qu’il se rend compte de ce qu’il vient de dire et détourne les yeux.
- Pardon, s’excuse-t-il ensuite.
- Ne t’en fais pas. Il y a longtemps qu’on ne m’a pas dit ce genre de choses.
- Tu n’es pas mariée ?
C’est comme s’il retenait son souffle en me posant cette question. J’ai l’impression d’être stupide. Pourquoi appréhenderait-il cette réponse alors qu’il a dû refaire sa vie ?
- Non. Je ne l’ai jamais été.
- Moi non plus. C'est à croire que je n'étais pas fait pour ça.
Il sourit pensif. Il a dû avoir des déceptions amoureuses pour parler de cette façon : comme nostalgique.
- Je pensais que tu aurais une famille.
- C'est vrai que 6 ans c'est assez long pour ça !
J'entends au son de sa voix qu'il est amer de parler de ce temps où j'avais disparu.
- En fait, je l'ai cru à un moment donné mais elle m'a quitté. Elles m'ont toutes quitté à vrai dire.
Il a une moquerie dans son intonation.
- Elles disaient que j'étais « hanté » par un fantôme du passé.
On se regarde un moment. C’est une sensation à la fois familière et très étrange : se tenir là, face à lui. Ce fantôme dont il parlait, c'était moi j'en étais certaine mais je ne comprenais pas encore de ce qu'il voulait sous-entendre par là.
Finalement, en prenant une grande inspiration, il se met à me parler :
- Quand tu es partie, je n’avais plus envie de laisser une femme rentrer dans ma vie comme tu l’avais fait. J’étais fou à l’idée que je ne pouvais plus te voir tous les jours comme avant. Bien avant qu’Andie ne rentre dans ma vie, je savais que notre amitié s’était transformée pour moi. Mais j’avais peur de ta réaction. J’avais peur que cela ne soit pas réciproque. Alors quand elle a commencé à s’intéresser à moi, je ne l’ai pas repoussée. Je l’ai aimé, mais sans jamais oublier ce que j’éprouvais pour toi. Quand elle m’a trahi et que nous avons fait l’amour cette nuit là, je ne savais plus quoi penser. J’étais perdu. Je ne savais pas que ce que tu ressentais et nous n’en parlions jamais. Puis Andie est revenue et mes pensées se sont embrouillées encore plus qu’avant, je m’étais convaincu que tu ne m’aimais pas. Plus que de t'avouer mes sentiments, je ne voulais pas prendre le risque de te perdre. Si je suis retourné vers elle à ce moment, c’était pour t’oublier.
Je ne peux faire autrement que d’écouter sans l’interrompre. Ces mots je n'avais jamais imaginé qu'ils sortiraient un jour de sa bouche. Il m'avouait quelque chose que je m'étais toujours refusé à croire. Alors maintenant qu'il me disait cela, il me faisait regretter de ne pas avoir eu cette discussion bien avant.
- Lorsqu’elle m’a embrassé, j’ai compris que rien ne serait pareil entre elle et moi. Et cela m’a fait prendre conscience qu’entre toi et moi non plus. Je me suis accroché à elle car j'avais peur de te parler. Que tu me rejettes. Mais après quelques semaines, je ne voulais plus hésiter. J’avais besoin de savoir si entre toi et moi cela pouvait aller plus loin. J’ai essayé de t’appeler, de venir te voir. Mais tu m’évitais. Un jour, j’ai appris que Bessie non plus n’avait plus de nouvelles. Tu t’étais évaporée. Tu avais rendu les clés de ta chambre. Dawson ne savait rien non plus.
Parler de ça devait réveiller en lui des souvenirs douloureux. Ses yeux étaient perdus dans le vague et ils brillaient plus qu’à l’accoutumé. Il fixait ses mains mais ne les voyait pas. En réalité, il regardait beaucoup plus loin en arrière. Et moi je l’avais tellement fait souffrir. J’avais toujours su que c’était de ma faute si de nombreuses vies avaient été gâchées. A cet instant, je voyais bien que j’avais sous-estimé cette réalité.
- Après ça, je n’ai jamais réussi à aimer une autre femme. On aurait pu croire que tu étais un amour de jeunesse et donc facile à oublier, mais ça ne s'est pas passé ainsi. Je n'ai jamais pu Joey.
Le regard qu'il me lance est trop intense pour que je puisse le soutenir, pour que je puisse prendre la parole. Quand le silence s’installe pour de bon et que la douleur dans mon ventre monte d’un cran, je ne tiens plus en place. Sans un mot, les yeux commençant à se remplir de larmes, je me lève.
- Où est ta salle de bain ?
Je ne peux plus lui faire face. Pas dans cet état. Pas sachant que j'avais gâché une partie de sa vie.
- Joey ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Me demande-t-il inquiet.
Quand sa main se pose gentiment contre mon épaule, je frissonne. Mon envie de pleurer s’intensifie. Ce qu'il vient de me dire me rappelle à quel point il m’a manqué.
- Joey ? Insiste-t-il quand je ne réponds pas.
- S’il te plaît Pacey. J’ai besoin de…
Il finit par m’indiquer la pièce par un mouvement de bras. Je m’éloigne de lui comme suffocant par une atmosphère trop lourde. Je ferme derrière moi et me laisse enfin aller. Je sais que Pacey m’a suivie, qu’il m’entend et qu’il sait ce qui se passe.
- Joey ? Qu’est-ce que tu as ? Je voulais juste te faire comprendre à quel point je t’ai aimé. Je ne voulais pas te faire culpabiliser. Pardonne-moi !
- Tu n'as rien à te faire pardonner, Pacey. C'est moi qui...
Je me reprends sans trop savoir comment avouer mon crime envers lui. Comment lui révéler maintenant que j'ai eu et élevé un enfant sans lui en parler ?
- Je suis tellement coupable.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
Le moment est venu pourtant je ne peux tout révéler qu'à travers une porte close.
- J'étais enceinte. C'est pour ça que je suis partie.
Silence. J'ai l'impression d'entendre mon cœur battre hors de ma poitrine.
- Enceinte ? Répète-t-il sans prendre encore conscience de ce que cela veut dire.
- Je t'ai toujours aimé Pacey. Je n'ai jamais eu d'hommes dans ma vie à part toi.
- Quoi ?
Il garde le silence un instant puis, comme si la phrase faisait le chemin jusqu'à lui. Il continue à me questionner :
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
A cet instant, mes larmes reviennent.
- Joey, je t’en prie, ouvre-moi !
- Je ne peux pas Pacey. Excuse-moi !
- Pourquoi tu t'excuses ?
Il appuie sur la poignée mais je la laisse fermée.
- Joey…Et cette fois, je l’entendais pleurer derrière la porte.
Pourquoi avais-je fait ça ? Lui et moi, j’en avais toujours été persuadée aurions pu vivre une belle histoire d’amour. Mais lorsque je l'avais vu partir pour retrouver Andie ce jour-là, j’avais pris ma décision. Je ne voulais rien lui imposer. Je l’avais quitté, j’avais fui un nouvel amour. Aujourd'hui, j'apprenais que j'aurai pu lui avouer mes sentiments, que nous aurions pu être ensemble à cette époque.
Dix minutes passent dans le silence. J'ai trop fui par le passé alors que je n'en avais pas le droit. Pour cette raison, j'ouvre finalement la porte. Il a la tête baissée. Il m’entend mais ne me regarde pas. Je viens m'assoir à ses côtés.
- Je ne pouvais pas l'abandonner. Je l'aimais déjà parce qu'il était de toi. Mais je ne pouvais pas te l'imposer.
- Tu aurais dû m'en parler.
- Aujourd’hui, je sais que c’est ce que j’aurai dû faire. Il y a 6 ans, les choses étaient compliquées. Nous n’avons jamais parlé clairement de notre relation. Je ne me doutais pas que tout était partagé. Mais même si j’avais su tout ça, comment t’imposer un enfant que surement à cette époque tu n’étais pas prêt à avoir ? J’avais trop de doutes, Pacey. Moi aussi j'avais trop peur de t’en parler.
Pacey passe une main sur son visage tendu. Ensuite c’est comme s’il réfléchissait. Comme s’il repensait à notre histoire. Quand son visage s’éclaire d’un sourire, je suis agréablement surprise.
- Il est beau, me dit-il soudain en me regardant.
C’est à mon tour de sourire.
- Je sais. Il te ressemble. J’ai vécu six ans a essayé de t’oublier mais chaque matin quand je me levais, c’est ton visage qui me souriait.
Le simple fait d'être près de lui m'apaise. Je me rends compte à quel point sa présence me fait du bien. J'aimerais que cela soit réciproque.
- On fait quoi maintenant ? Lance-t-il finalement.
- Je vais rester quelques semaines chez Bessie. Si dans les prochains jours tu te sens prêt, tu n'as qu'à venir le voir.
Il reste silencieux mais acquiesce d'un mouvement de tête. A-t-il peur de la confrontation avec cet enfant qu'il ne connaît pas ? Je veux le rassurer :
- Tu n'as pas à avoir peur. Il t'espère depuis toujours.
- Je suis un étranger pour lui.
- Non. Il ne réfléchit pas ainsi. Tu le verras par toi-même. Il est perspicace et... c'est comme s'il pouvait ressentir ce que les autres ressentent. Il comprend toujours et il n'a que 6 ans.
Le portrait que je lui fais doit lui plaire car comme moi il sourit en imaginant ce petit bonhomme capable de telles choses. Nous restons un long moment à même le sol sans trop parler ni réfléchir. Comme si le simple fait d'être enfin ensemble nous suffisait. Quand je m'en vais une heure après, j'ai l'impression que Pacey veut me retenir mais qu'il n'ose pas. Avec un dernier regard vers lui, je passe la porte.
La prochaine fois que je le verrai, j'espère que Lilian sera avec nous.
Les deux jours suivants passent au ralenti pour Lilian comme pour moi. Tous les deux aux aguets, nous n'avons envie que de rester l'un près de l'autre à lire ou à discuter. Je vois bien que Bessie s'amuse de notre ressemblance et de notre tempérament et cela m'agace un peu. Elle est persuadée que Pacey viendra et n'hésite pas à nous rappeler de prendre notre mal en patience. Après tout, nous l'avons fait attendre pendant 6 ans. Ha ! Ma sœur est une sadique. Jouant et s'amusant avec nos nerfs.
Le troisième jour est salvateur pour Lilian, car on frappe à la porte et on ouvre sans attendre de réponse. C'est Pacey.
Lilian me regarde comme pour avoir mon aval. Il y a deux bons jours qu'il n'en a plus besoin mais je sais qu'il veut me faire partager ce moment où enfin, il va pouvoir parler avec son père. Il vient m'embrasser. Je le serre dans mes bras puis il disparaît au rez-de-chaussée. Ils s'échangent quelques mots que je ne distingue pas puis j'entends la porte qui se referme. Lorsque je m'approche de la fenêtre, ils marchent côte à côte. En voyant leurs sourires partagés, je ne peux empêcher le mien de s'agrandir...
Cette fois, je ne veux plus te laisser...
Pacey a pu trouver du temps au milieu de son travail au restaurant pour venir voir Lilian chaque jour. Je les laisse seuls la plupart du temps afin de ne rien précipiter dans cette relation naissante. Pacey mange souvent avec nous chez Bessie. C'est peut-être là où je peux le voir enfin et lui parler, mais le fait d'être entouré de monde ne favorise pas la véritable discussion que nous aimerions avoir. Mais même si nous n'abordons jamais le sujet de l'avenir, ses yeux se posent de plus en plus souvent sur moi. Peut-être me fait-je des illusions, alors je préfère le laisser venir.
Lorsque la deuxième semaine se termine et que je dois faire ma valise, je laisse Lilian partir avec son père, puis monte dans ma chambre. J'ai à peine eu le temps de l'ouvrir que quelqu'un pousse la porte derrière moi. En me retournant, je vois Pacey sur le seuil. Je ne sais pas vraiment quoi dire. Que fait-il là ?
- Vous n'êtes pas partis ? Je demande surprise alors que je vois bien que non.
- Pas aujourd'hui Joey.
Sans attendre un mot de plus, il s'assoit sur le lit et me fixe, amusé de me voir aussi troublée.
- Cela doit te rassurer de savoir que vous partez dans deux jours.
Je le regarde sans comprendre.
- Au moins tu es sûre de ne plus devoir trouver des prétextes pour m'éviter.
C’est comme si j’avais été prise en flagrant délit. Je ne sais plus quoi répondre alors je nie.
- Je ne t'ai pas évité.
- Bien sûr que si. Tu as passé dix jours à me laisser faire connaissance avec notre fils. Je ne dis pas que tu as eu tort sur ce point. Mais même lui s'est rendu compte que tu avais peur de te trouver avec nous.
- Cela n'a rien à voir avec de la peur.
- Ah oui ? Tu es certaine ? Ce n'était pas un moyen de ne pas te retrouver face à moi ? De fuir cette conversation ?
Je ne peux que détourner les yeux. Mon cœur bat plus vite que jamais. Il a toujours été le seul à me faire ressentir de telles émotions.
- Je ne sais pas quoi dire.
- Allons Joey, tu as toujours eu de la répartie. Surtout envers moi. Il n’y a vraiment rien que tu veuilles mettre au clair avec moi.
Oh si, il y a bien des choses que j’aimerai savoir. Mais poser les questions semble être une épreuve de plus pour moi.
- Pacey. Je…
Je m’assois à mon tour.
- Je ne sais vraiment plus quoi faire. Pendant tout ce temps je me suis efforcée de croire que tu étais marié, heureux et que tu m’avais oublié. Et voilà que je reviens et que j’apprends que j’ai eu tort sur toute la ligne. Comment je peux gérer ça ? Comment je peux réparer le mal que j’ai fait ?
- Tu n’es pas la seule responsable Joey. Si j’avais été moins lâche. Si j’avais pu te dire ce que je voulais tant te dire…
Il s’arrête avant d’avoir été trop loin.
- Ce qui est sûr c’est que je ne te laisserai pas partir sans te le dire cette fois-ci.
Toujours sans le regarder, je retiens ma respiration.
- Après un an où tu n’es pas revenue, j’ai pensé ne plus jamais te revoir. Je m’étais fait à l’idée que, jamais plus, je n’aurai ce bonheur. Alors j’ai repris ma vie mais aujourd’hui, après 6 ans sans toi. Je me rends compte du vide que tu as laissé. Ces moments avec toi m’ont rappelé à quel point j’aimais nos conversations et à quel point elles m’ont manqué. Tu n’as plus à avoir peur de m’avouer tes sentiments. Les miens ne sont jamais partis.
J’ai l’impression de passer mon temps à pleurer et à regretter depuis que je suis revenue. Mais cette fois, je ne suis plus seule. Les gens que j’aime sont à mes côtés. Pacey doit savoir ce que je ressens car alors, il me prend contre lui et me berce pendant que mes larmes coulent. Dans une caresse, il remet mes cheveux derrière l’oreille et embrasse mon front. Pour ne pas briser cet instant, c’est en chuchotant qu’il continue :
- Joey...Tu repars dans deux jours. Comment je peux être certain que tu ne disparaîtras plus ?
Je le regarde enfin et m’aperçois qu’il est vraiment très proche. Cette fois-ci mon envie est plus forte que ma raison. Je veux l’embrasser. Mais je n’ai même pas le temps de bouger que je sens ses lèvres contre les miennes. Ce baiser si doux me transporte. Il y a si longtemps que j’attends qu’il m’embrasse de cette façon. Sa main vient contre ma joue et je sais à cet instant que je ne veux plus le laisser m’échapper. Entre deux baisers, il ne peut s’empêcher de vouloir être rassuré :
- Dis-moi que tu reviendras.
- Je reviendrai.
Son sourire me réconforte, il n’attendait que cette réponse et pourtant il paraît hésitant, comme s’il ne me croyait qu’à moitié. Afin de ne plus rien lui cacher, j’ajoute :
- Je te promets que je reviendrai. Je ne retourne chez moi que pour récupérer mes affaires et informer mon travail que je déménage. Je veux que Lilian grandisse ici. Avec sa famille.
Nous nous sourions enfin, heureux d’être ensemble. Il me serre de nouveau dans ses bras.
- Merci Pacey.
Je suis repartie deux jours après dans cette ville qui m’a accueillie durant 6 années solitaires. Comme je l’avais dit à ma sœur et à Pacey, je n’ai fait que mettre en ordre mes affaires et informer ma hiérarchie que dorénavant je me consacrais à l’écriture de contes pour enfant. Contre toute attente, mes patrons n’étaient pas surpris. Ils l’avaient même espéré et me laissaient libre de leur faire parvenir un manuscrit. J’avais annoncé la nouvelle à Jen de vive voix. Je lui racontais tout comme auparavant. Et sa réaction ne me surprit pas plus. Ma meilleure amie ne supportait pas de me voir partir, aussi elle décida de me suivre. Je retournais donc à Capeside quelques semaines après, auprès de Bessie, Jen sur mes talons. Ravie de pouvoir refaire sa vie dans la ville de notre adolescence.
Lilian et moi avons emménagé dans un appartement en centre-ville, permettant à Pacey de venir nous voir tous les jours. Cette fois je ne l’évite plus. Nous apprenons à vivre ensemble et je sais que dorénavant, je ne fuirai plus.
Lorsque Lilian fête ses huit ans l’année d’après, je suis de nouveau enceinte…
FIN