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Série : JAG
Création : 17.07.2012 à 00h44
Auteur : mediosre30
Statut : Terminée
« Une fin de la série différente des points de vue des scénaristes » mediosre30
Cette fanfic compte déjà 15 paragraphes
Chapitre 11.
12h09. Quartier général du JAG. Falls church, Virginie.
Mac vient de quitter le bureau d’Harm et marche doucement. Elle repense aux jolies choses qu’ils viennent de se dire, se retourne un instant pour un petit regard vers lui. Ils doivent se rejoindre pour quitter ces lieux vers quinze heures. D’ici là, une salade, un moment avec Harriet l’attend. Et quelques petites tâches à terminer. Quitter le JAG après neuf années n’est pas une chose facile : l’odeur des photocopieuses ou le bruit des imprimantes comme disait l’amiral Chegwidden…Au-delà de cet instant de réflexion et de nostalgie, il est certain que la vie ne sera pas facile sans Harm à ses côtés. Sans Mattie aussi. Mais il faut avancer, carrière ou pas. Harm et Mac se sont fait depuis quelques heures, bien plus que des promesses…Et dans l’esprit de Mac, on ne passe pas à autre chose, on assume ce qu’on ressent envers son amoureux si longtemps indécis mais qui afin par ne plus pouvoir se passer d’elle. Elle sourit et poursuit son chemin.
14h48. Harm a rassemblé les dossiers en cours qu’il va faire parvenir au général Cresswell par l’intermédiaire de Jennifer Coates qu’il croise à l’instant. Il lui donne et rapidement, la prie de passer chez lui demain à l’heure du déjeuner pour parler des «choses » du mariage à organiser. Et lui demande d’embrasser Mattie puisque Jennifer a prévu de lui rendre visite en fin d’après-midi à Blacksburg. Dans un carton, Harm a rassemblé les « petites affaires » de bureau et surtout la maquette de son Stearman, « Sarah ». Ah, ces coïncidences… Il a terminé, il attend Mac avec impatience. Elle ne devrait plus tarder. D’ailleurs, elle arrive avec sa valisette et ce léger sourire qu’Harm adore. Sans un mot quasiment, ils quittent tous deux, les bureaux du JAG saluant les uns, les autres. Bras dessus, bras dessous, Ils empruntent l’ascenseur et sortent des bureaux du JAG rejoindre leurs véhicules.
(Illustration musicale: The Cars « Drive »)
Mac – La « petite surprise » dont je t’ai parlé ce matin est à deux pas d’ici ? Poses ton carton dans la voiture et suis-moi. (Elle pose sa veste de colonel dans le coffre de la voiture et attrape un petit sac de sport puis attend Harm qui sort un sac également de son coffre).
Harm – (Dubitatif). Je te savais « surprenante » depuis deux jours mais là, ça devient mystérieux…
M – (Elle se veut rassurante). Hey, il n’y a pas de quoi t’inquiéter. Je te propose une petite heure de relaxation avec jacuzzi et massage. Cela ne peut nous faire que du bien… J’ai déjà essayé ce centre deux fois et depuis hier je pensais t’y emmener, passer un moment ensemble pour nous faire oublier nos bagages ou nos cartons et..
H – … (Il sourit). Tu me trouves « gros » ou « enveloppé » ? Mais on n’a pas trop le temps pour ça.
M – Mais pas du tout mon chéri. Je pense qu’un moment ensemble dans une salle de remise en forme est plutôt sympathique. Essaie de te détendre, « allumette ».
H – C’est ce qui est énervant avec toi. Tu as toujours raison…
M – (Regard mutin). Ce n’est pas ce que tu « préfère » en moi ?
H – (Faussement agacé). Et bien…j’aimerais que pour une fois…
M – … (Elle sourit). Tais-toi et laisses-toi faire…
15h06.Julliett’fitness and form, 26th Avenue 5, Washington, D. C.
Ils entrent dans le centre de remise en forme, Mac règle les forfaits et indique la direction à Harm des vestiaires messieurs. Après une douche, ils se retrouvent quelques minutes plus tard dans le jacuzzi deux places, l’un en face de l’autre. Ils se regardent, se sourient.
Mac – Alors ! Tu n’aimes pas ?
Harm – Oh si ! Ces petits jets qui te massent de haut en bas, c’est très agréable. Je crois savoir comment me passer de tes caresses à Londres si je trouve le même genre d’endroit…
M – … (Agacée). A Londres ou ailleurs tu pourrais te passer de moi…
H – …Ce n’est pas ce que j’ai dit trésor. Tu viens depuis quelques heures de me rendre plus amoureux de toi que jamais. Alors, s’il te plaît, si tu peux arrêter avec ces inquiétudes… Je croyais qu’il n’y avait plus de malentendus…
M – … (Elle le coupe, désolée). Ca va mon chéri. Je sais, plus de disputes…Mais au fait ! Il y a trois ans, tu as amené quelle fille au superbowl ? A défaut de m’emmener moi en tant que « meilleure amie »… (Regard coquin).
H – (Il sourit). Et pourquoi une fille ? Non…je plaisante. C’était Elisabeth Hawkes ou « Skates », comme tu veux. Et en fait, nous étions en mission de surveillance en F14 au dessus du stadium. Elle était mon R.I.O. et c’est tout.
M – (Dubitative). Tu l’aimes bien Elisabeth, hein ?
H – « Elle » m’aime bien parce que je l’ai défendu et que j’ai obtenu gain de cause pour son procès. Mais entre elle et moi, c’est une simple question de respect d’aviateur. Elle est amoureuse de son diplomate et je ne vois pas d’ambigüité entre nous au-delà de son implication à mon sauvetage dans les eaux glacées. Et en parlant de personnes qui ont pris soin de moi à l’époque, avec toi, ça faisait deux… Sinon, j’ai aimé travailler avec elle parce que c’est une vraie professionnelle sérieuse et concentrée dans les airs même si pour moi, c’était huit ans trop tard pour redevenir aviateur
M – Et Theresa Coulther ?
H – Tu vas pas m’énumérer toutes les filles que j’ai croisé pendant toutes ces années. Je croyais que tu en avais terminé avec ces jalousies… (Il la regarde un peu désabusé puis sourit un peu). Bon, O.K ! Theresa était, « elle », amoureuse de moi mais elle s’est vite rendue compte que ce n’était pas réciproque et n’a pas insisté.
M – Je te taquine un peu. (Impertinente, elle sourit). C’est juste pour « savoir »…Et Bobby Latham, tu as été jusqu’où…
H – … Ce n’est pas drôle ce questionnaire. Si tu continues, je m’en vais.
M – (Navrée). Non ! Ne fais pas ça. Ce n’est pas important.
H – (Il sourit). Mais moi aussi je te taquine Sarah…
M – (Un petit bip retentit). Voilà ! Le soin est fini. Maintenant, on va dans la salle de massage n° 2, celle pour les couples qu’on masse en même temps et après on rentre.
H – Tu ne vas pas continuer cette conversation devant les masseurs ?
M – (Ils sortent simultanément du bain et Mac le prend par le bras). Mais non…J’avoue que depuis deux jours, j’aime bien la façon que tu as de me raconter nos petites « histoires » en commun et comment tu as ressenti ça de ton côté.
H – (Il la regarde de haut en bas). Moi j’aime bien ton maillot « une pièce », c’est moins racoleur que ton bikini ou mono de Sydney et les paparazzis qui vont avec…
M – (Agacé mais souriante). Tu vas pouvoir oublier tout ça un jour, goujat ? On ne pourrait pas revenir au point de départ ?
H – Tu crois vraiment qu’après tout ce temps, il nous reste des secrets l’un pour l’autre ?
M – Comme tout le monde. Mais il y a des choses que je préfère ne pas savoir… (Ils sourient).
15h54. Après une petite séance de massage, ils rejoignent les vestiaires pour se changer et rejoindre les voitures. Ils se retrouvent en sortant.
Harm – J’ai deux petites courses à faire. Je passe chez moi rapidement pour me changer et je te rejoins chez toi dans une petite demi-heure.
Mac – Mais j’espère bien ! Allez, embrasses-moi et reviens intact Harm.
H – (Harm ne se fait pas prier). A tout de suite trésor…A propos de cette petite séance qu’on vient de se faire, c’est vrai qu’on devrait sortir plus souvent.
M – Tu es mignon. (Elle sourit et l’embrasse à nouveau). Allez dépêchons-nous ?
16h37. Appartement de Mac. Washington, D.C.
Mac est arrivée chez elle depuis une vingtaine de minutes. Harm, comme prévu est passé chez lui pour se changer puis a effectué ses petites courses. Il se présente chez Mac et frappe à la porte.
(Illustration musicale: Sheryl Crow « All I Wanna do”)
Mac – (Mac vérifie son judas et ouvre la porte en souriant). C’est gentil mon chéri, tu as fait vite. (Elle l’embrasse). Au fait, tu restes là ce soir… tu dors là ?
Harm – Oui ! Enfin, on a deux appartements à vider et il faut avancer Sarah…
M – Tu ne t’occupe pas du diner, je te l’offre et on se fait livrer.
H – Je n’ai pas dis que je ne voulais pas rester chez toi, j’ai voulu dire que si l’on termine le tien pas trop tard, on va chez moi pour entamer le mien. Je me sens bien chez toi mais on a des choses à régler et…
M – … Des choses à régler ? (Un peu inquiète, elle termine un carton, commence un autre). En dehors de la logistique, tu oublies de me dire quelque chose ?
H – Non Mac, je ne parlais pas pour toi, mais…Tout à l’heure, en passant chez moi, j’ai croisé Jennifer qui partait rendre visite à Mattie et moi, je suis là à remplir des cartons. Je ne veux pas que Mattie pense que je commence à la délaisser…
M – (Elle s’assied et répond calmement). Ah non ! Mattie sait depuis hier qu’on n’ira pas la voir ce soir et elle m’a demandé à nouveau de veiller sur toi. On a pris le temps de discuter hier lorsque tu es allé voir le docteur Crawford. Elle m’a fait comprendre qu’elle ne veut pas être un poids pour toi et moi. Parce qu’elle t’aime, elle veut que tu penses aussi à toi. Elle a compris que « nous », c’est important. C’était ça, nos « trucs de filles ». Passer des heures au chevet de quelqu’un, c’est bien de le faire, c’est normal mais la vie continue. Je viens de l’appeler et elle m’a rassuré sur son état. Elle attend Jennifer cet après-midi et nous demain…
H – (Il pose ses affaires et s’assied sur le canapé). Je te prie de m’excuser Sarah mais cela fait des jours que je fais de façon automatique, l’aller-retour vers Blacksburg…et…
M – (Fermement). Mattie me fait confiance. Si elle me dit qu’on doit prendre soin de nous, de faire ce que l’on a à faire avec le regard qu’elle avait quand elle me l’a dit, je ne vois aucune raison de culpabiliser…
H – Bon ! D’accord. Ne nous fâchons pas. (Il lui sourit puis un peu inquiet)… Mais tu appelles Mattie en mon absence maintenant…
M – (Un peu agacée). Je ne ferais rien avec Mattie contre toi et encore moins derrière ton dos. J’apprécie beaucoup Mattie et apparemment, elle me le rend bien et je n’ai pas envie que ça te pose un problème…
H – …Hé, ça va « marine » ! Je plaisante mais je sais que je suis en infériorité masculine…
M – Tu ferais bien de me donner un petit coup de main au lieu de ressasser tes complexes de « mâle »… (Elle sourit).
H – (Il lève les yeux au ciel). Ca y est, la mégère revient... Bon ! Qu’est-ce qu’il reste ici à emballer ?
M – J’aimerais que tu vides la commode et le bahut à gauche, si tu en as envie…
H – O.K ! (Il s’allonge sur le canapé et ferme les yeux). Laisses-moi fermer les yeux quelques minutes sur ton canapé, trésor. Je suis un peu tendu…Je sais, ce n’est pas le plus important mais je viens de quitter dix ans de JAG, l’atmosphère, des amis…
M – Je ressens la même chose chéri. Allez ! Ferme un peu les yeux, tu es épuisé…
H – … C’est toi qui m’épuise, trésor…
M – (Elle délaisse son carton, s’approche de lui, bras croisés et le regarde debout, en souriant). Cela s’appelle la vie de couple chéri… (Sourire).
(Illustration musicale: Madonna “Shoo-Bee-Doo”)
16h52. Mac se dirige vers la salle de bain pour se changer, enfiler une tenue plus confortable. Elle s’isole un instant afin de ne pas réveiller Harm pour téléphoner à un traiteur et commander le diner. Quelques pensées, des questions lui viennent à l’esprit : « Pourquoi n’avons nous pas pu fonctionner comme ça depuis neuf ans, comme maintenant… ». Elle revient dans le salon, termine son carton sans bruit puis deux autres et vient s’asseoir sur le sol, adossée sur le canapé où Harm s’est assoupi et ferme les yeux près de son « matelot » qu’elle a regardé furtivement, pour être sure qu’il se repose…
17h21. Harm se réveille tranquillement, alors que Mac s’est assoupit, à son tour. Il n’ose pas bouger pour ne pas la réveiller. Il sait qu’ils ont plein de choses à régler, que le temps passe mais comment faire ? Finalement, elle ouvre les yeux, doucement se retourne vers Harm. Ils se regardent, tous les deux pendant plusieurs secondes, et se sourient sans un mot. Mais alors, qui parlera en premier ?... C’est Harm…
Harm – Tu sais faire bouillir de l’eau pour un café ?
Mac – (Du tac au tac, faussement vexée). Oui !!! Mais dis-moi, tu as appris par cœur le manuel du parfait goujat ou du parfait « macho » ?
H – Je plaisante ma puce, c’était pour savoir si on aller perdre nos « vieilles habitudes »…des querelles inutiles…
M – Toi aussi, tu penses que l’on est fait pour se chamailler à vie ? Même si l’on ne peut s’empêcher d’être « amouraché », l’un de l’autre…?
H – (Pragmatique). Je pense qu’il faut qu’on bouge parce que les choses que l’on a à faire ne se feront pas toutes seules. Ce n’est pas le moment de faire dans la psy…
M – (Elle se lève et tend la main vers Harm pour qu’il se relève de sa position allongée). Tu as raison, on se remue. Ici c’est pratiquement terminé pour ce que j’ai à préparer. Les déménageurs feront le reste. Tu m’offriras le café chez toi, ça t’apprendra à faire des réflexions. (Elle sourit). Le diner sera livré vers 19h30. Et j’ai hâte de découvrir tes « petits souvenirs » à déménager…
H – Justement, à ce propos. Dans ce petit carton que j’ai amené, il y a « Sarah ». (Il sourit). Mais oui, tu sais le Stearman en maquette. C’est fragile et j’aimerais que tu le gardes avec toi. Parce que toi, Sarah, avant de te mettre en « boite »… Et pour ce qui est des petits souvenirs chez moi, tu risques d’être déçue. Je ne sais même pas si j’ai gardé une photo de ton « amie » Renée. Je suis sur que tu en es toujours jalouse…
M – Pour la petite « Sarah », je suis plutôt flattée que tu me la confies. Mais pour tes photos avec « ta » Renée… Pffouh ! Tout ça c’est tellement loin, maintenant… Regardes plutôt qui est avec Harmon Rabb Jr depuis quarante six heures et quinze minutes ? (Ils rient de bon cœur).
H – Et tu ne me souhaites pas bonne chance pour avoir à te supporter…Non, pardon ! Ce n’est pas terrible comme blague. (Il la prend dans ses bras et l’embrasse).
M – Je confirme…Sale peste…(Rires).
17h27. Ils se préparent, sortent de l’appartement de Mac, prennent la voiture, roulent « tranquille » vers l’appartement d’Harm, entrent, ne peuvent s’empêcher de s’embrasser, de se câliner. Ils préparent des cartons, des valises, font une pause thé et café puis une pause « baisers »… Malgré le travail, la fin d’après-midi se déroule sereinement. Et ils prennent le temps d’apprécier ce temps qu’ils passent « ensemble » avant l’inéluctable séparation. Un coup de téléphone rapide de Jennifer rassure Mac et Harm : « Mattie va bien … ». Et soudain, vers 19h15 on frappe à la porte.
(Illustration musicale: Rickie Lee Jones « Chuch E.’s in Love »)
Harm – (Etonnée, il regarde Mac et va ouvrir). Maman ??? Qu’est-ce qui se passe ? (Très surpris, il la prend dans ses bras pour l’embrasser mais reste sans voix).
Trish – (Souriante). Bonsoir mon grand, comment vas-tu ?
Harm – Entre, maman. (Il referme la porte, Trish entre et découvre Mac un peu étonnée).
T – (Interloquée). Diane ? Mais Harmon, tu m’avais dit…
H – … (Il la coupe). Non maman, ce n’est pas Diane, c’est Sarah McKenzie, ma meilleure amie dont je te parle depuis des années et qui va devenir mon épouse quand nous aurons fixé une date dans les prochaines semaines.
Mac – (Elle s’approche pour saluer Trish, un peu intimidée mais souriante). Très heureuse de faire votre connaissance Madame…
T – (Agréablement surprise). Vous marier ? Et bien ! Il a réussi à vous dire ce qu’il n’ose pas m’avouer sur vous depuis tout ce temps. (Elle se tourne vers Harm). Mais il y a trois jours, tu ne m’en as pas parlé. Je t’ai senti inquiet et tendu. C’est la raison de ma petite visite aujourd’hui.
H – (Gêné, tout comme Mac). C’est tout nouveau maman. Nous nous sommes rapprochés seulement depuis deux jours. Sarah est venue me rendre visite avant-hier soir et depuis on ne se quitte plus. Mais il y a quand même un petit problème.
T – (Inquiète). Avec toi, ça ne m’étonne pas mais quoi donc ?
M – Et bien, nous venons d’apprendre hier matin, nos deux nouvelles affectations. Nous devrons partir après-demain matin. Harmon est nommé JAG à Londres avec le grade de commandant et pour moi, c’est un poste à San Diégo. D’où ces cartons éparpillés…
T – Et vous décidez quand même de vous marier ? Tu vas me dire que ça ne me regarde pas Harmon…
H – … (Il sourit). Exactement ma chère maman. Tu m’as toujours pris pour une tête brulée, un risque-tout et bien une fois de plus…(Navré).
M – … (Elle le coupe, souriante). Ne vous inquiétez pas madame, nous avons beaucoup réfléchi et entre nous, c’est vraiment très sérieux.
T – (Souriante). Vous savez, nous allons être voisines à San Diégo mais ce n’est peut-être pas une bonne nouvelle de savoir sa belle-mère si « proche »… Je pense déjà vous connaître un peu à travers les coups de fils ou les courriers qu’Harm daigniez m’envoyer. (Elle rit). Allez, venez m’embrassez Sarah ou Mac ?
M – (Heureuse, elle s’avance et prend Trish dans ses bras). Comme vous le voulez madame, mais je préfère Sarah parce que Mac, c’est plus pour le travail.
T – Embrasse-moi Harmon. (Harm s’avance et prends sa mère dans ses bras). J’avoue être surprise mais je vous félicite tous les deux. De toutes les façons, quoique je dise, tu ne m’écouteras pas. (Sérieuse). Au fait ! Et la petite Mattie, comment va-t-elle ?
H – Stationnaire pour l’instant mais il y a des petits progrès tous les jours et elle me rejoindra à Londres dès qu’elle sera transportable et en bien meilleure forme. C’est aussi en fonction de tout cela que nous déciderons d’une date de mariage. Sarah a téléphoné à Mattie cet après-midi et nous partons demain, dans la matinée rendre une dernière visite avant nos départs.
M – Mattie m’a fait comprendre que stopper nos carrières, nos affectations pour être auprès d’elle ne servirait à pas grand-chose et que le fait de se voir plus rarement ne retardera pas son rétablissement. Ce ne sera pas facile pour tous les trois mais on a essayé de décider au mieux.
T – (Attristée). Je comprends. Je peux faire quelque chose ?
H – Non maman. Mais au fait, tu veux diner avec nous ?
T – Non, j’en suis désolée. Frank est venu faire un aller-retour ici pour affaire. Nous repartons demain matin de bonne heure et j’ai profité de ce déplacement pour venir te voir. L’heure tourne et nous devons nous rejoindre à l’hôtel dans une demi-heure. (Elle se tourne vers Harm). Mais j’ai été agréablement surprise de vous rencontrer, Sarah et je trouve qu’Harmon est plutôt chanceux de vous avoir comme fiancée.
M – (Souriante et un peu gênée). Nous le sommes tous les deux… (Joli regard vers Harm).
T – Allez ! On s’embrasse avant cette séparation. (Harm s’avance le premier puis Mac, ils s’étreignent). Harm, promets-moi de me donner de tes nouvelles et donnes mes coordonnées à ta jolie Sarah. J’aimerais que vous preniez le temps de diner un soir, dès que vous serez tranquillement installés à San Diégo. Je suis sure que l’on a beaucoup de « petits secrets » à se raconter sur lui… (Elle se tourne et se dirige vers la porte).
M – (Elle sourit). Mais j’en serais ravie. Au-revoir madame et bon retour à San Diégo.
H – Au-revoir maman et donnes le bonjour à Frank. (Il ouvre la porte, laisse sortir Trish - qui fait un clin d’œil à Mac - et referme. Il se tourne vers Mac et lève les yeux au ciel). Complice avec ma mère maintenant… Et toujours ces histoires de filles…
M – Tu n’arrêteras donc jamais d’admettre qu’entre toi et moi, c’est…
H – Mais oui… EVIDENT ;
(Illustration musicale: Lisa Stansfield « All around the world »)
Fin de chapitre.
Chapitre 12
19H57. Appartement d’ Harmon Rabb Jr. Au nord de Union station, Washington DC
Mac et Harm continuent de remplir des bagages, des cartons pour le départ vers Londres. Le diner vient d’être livré et ils décident à cet effet de faire une pause. Trish, la mère d’Harmon vient de leur faire une visite « surprise » qui les laissent sans voix pendant quelques minutes…Ils ont servi les plats du traiteur sur la petite table à côté du canapé et commencent le diner tout en se souriant.
(Illustration musicale: Prince “Raspberry Beret”)
Harm – (Un peu inquiet). Je suis sur que tu a un million de commentaires à faire sur ma mère.
Mac – (Pensive, elle vient s’asseoir à ses côté sur le canapé et se blottit dans ses bras). Pas du tout. Ta mère n’a pas eu vers moi de regard agressif ou méfiant. Elle m’a vu telle que je suis et j’ai ressenti une certaine distance mais respectueuse de sa part… Un peu comme toi au début lors de notre rencontre. (Coquine). Si elle attend neuf ans pour me dire qu’elle m’aime bien…Je m’y ferais…
H – (Il ouvre les paquets du traiteur et lui fait partager). Je ne pense pas. Je connais les regards de ma mère comme je connais les tiens par cœur et j’ai vu une certaine lueur qui fait que tu n’as pas à te faire de soucis avec elle. Ce qui est sur, c’est que lors de ce petit diner plus ou moins programmé, tu vas devoir répondre à certaines questions.
M – (Inquiète). Par exemple ?
H – Oh, très simples. Pourquoi neuf années sans vie commune, ne serait-ce qu’un début entre toi et moi. Pourquoi Dalton, Mic ou Webb ? Pourquoi ta démission du JAG ? Mais tu peux refuser de lui répondre, ne jamais te rendre à ce diner. Ma mère ne sait pas tout de ta vie mais elle sait beaucoup de choses sur toi et elle a dû se rendre compte que j’appréciais encore plus tes qualités que tes défauts.
M – (Sérieuse). C’est gentil mais tu veux me faire peur, me faire croire que je ne serais pas capable d’affronter cet « interrogatoire » ?
H – (Il sourit et la serre contre lui). Non ! Je vais te rassurer. Elle m’en veut plus à moi qu’à toi pour toutes ces années où je n’ai pas voulu de relation intime avec toi. Ca lui rappelle ce qu’elle a été, ce qu’elle a vécu. Elle a compris depuis longtemps que c’est moi qui aie retardé tout cela. (Sérieusement, il marque un temps d’arrêt). On m’a souvent dit que je ressemblais à mon père physiquement mais en ce qui concerne le caractère ou la sensibilité, la peur de s’engager, le fait d’assumer ce que l’on ressent et de devoir le partager, je dois admettre que ma mère y est pour beaucoup. Par exemple, elle a mis cinq ans avant d’accepter d’être l’épouse de mon père à l’époque… Ca fait réfléchir…
M – (Elle baisse les yeux). Toi, tu as mis neuf ans mais j’y suis aussi pour quelque chose et pour un tas de raison…
H – … (Il coupe). Je ne culpabiliserai pas si tu en fais autant, que ce soit pour tes ex ou pour autre chose. Notre projet aujourd’hui de se marier alors que nous allons avoir des milliers de kilomètres de distance peut paraître suicidaire pour certaines personnes, mais j’assume. Je ne veux pas revivre les regrets, les rancœurs de ma mère. Je pense que les hommes sont capables de faire tout cela par amour…
M – … (Elle sourit). Mais les femmes aussi, mon chéri. On en a déjà parlé. Et je t’ai dit également que jusqu’à maintenant, les hommes n’ont fait que passer autour de moi, excepté toi. Et je te remercie d’avoir cru en moi. Moi aussi j’ai mis trop de temps pour la réflexion avant de me rendre compte depuis avant-hier que ça valait la peine.
H – Pourquoi sommes-nous si proches aujourd’hui et pas auparavant ?
M – (Intriguée, elle réfléchit). Je me pose la question et j’avoue ne pas avoir de vraie réponse. Peut-être a-t-on décidé inconsciemment, toi et moi de se faire confiance une bonne fois pour toutes ?
H – Peut-être. Mais au-delà de ce simple constat, on s’est rendu compte également, qu’il serait stupide de passer à côté de la femme ou de l’homme de sa vie. Pour … rester seul ou… attendre « mieux »…
M – Tu viens de me faire cadeau de la preuve de tes sentiments mais pourquoi aujourd’hui tu arrives à parler, bien plus qu’avant, à t’ouvrir autant à moi ?
H – Parce que la visite de ma mère m’ouvre les yeux. Elle, au lieu de vivre douze ans de mariage, de bonheur, n’en a vécu que sept. Le facteur temps est trop important. Je comprends mieux maintenant ce qu’elle voulait me faire comprendre au téléphone, il y a trois jours quand elle me disait qu’accepter ta compagnie, accepter ta « main tendue », ton aide serait préférable. Pour ce qui est de nous, ces petits moments de bonheur que l’on vient de vivre, ces vrais regards, ces vraies attentions que l’on a l’un pour l’autre existaient avant mais de façon presque virtuelles. A l’époque, dans notre relation amicale on se faisait croire chacun qu’on ne croyait pas à l’amour, on trouvait toutes sortes de raisons de ne pas se rapprocher plus. C’est quand même sacrément stupide comme attitude ou comportement…
M – (Un peu bouleversée). A qui le dis-tu ? Et si j’avais mis un dollar de côté chaque fois que je me suis posé la question, je serais riche. (Elle s’allonge sur le dos et pose sa tête sur les cuisses de Harm).
H – Une jolie femme et riche en plus…Ca fait rêver. Mais alors, je me suis fait avoir. C’est comme si j’avais découvert un « trésor » vide ? (Ils rient).
M – Avec cette journée, je n’ai plus la force de répondre à tes « pauvres » blagues.
22h06. La nuit est arrivée depuis un moment. Presque tous les bagages et cartons urgents sont terminés dans les deux appartements de Mac puis Harm. Après une bonne journée, on savoure une bonne douche. Harm s’occupe même de lisser délicatement les cheveux de Mac à la suite de ce moment de fraicheur. On prend le temps de savourer un verre avant de « s’habiller » pour la nuit. Pas de « viol » ce soir. Se déguster, se savourer, partager le plaisir. Le plaisir d’être ensemble. Peu de mots sont échangés comparés aux nombreux regards complices, furtifs ou amoureux.
(Illustration musicale: Al Jarreau « Mornin’ »)
07h22. Harm se réveille le premier, prépare un thé vert pour Mac, met la bouilloire en stand-by, dispose les couverts du petit-déjeuner. Il se dirige vers la salle de bain tranquillement, ramasse des objets à déménager dans des sacs, sans bruit et chaque fois, à force d’aller-retour, s’arrête devant le lit pour vérifier que Mac se repose, qu’elle puisse dormir sereinement. Ils ont prévu de rendre visite à Mattie mais Harm a prévu l’aller retour vers Backsburg de manière « différente ». Et Mac se réveille à l’instant.
Mac – (Harm est devant elle, l’observant). Bonjour mon chéri. Tu ne dors plus ou tu es parti à cause de mes ronflements ?
Harm – Non ! Tu ne ronfle pas trésor. J’ai bien dormi mais je me suis levé pour terminer de ranger des petites affaires. J’essaie de ne rien oublier. Faire des bagages, c’est une chose mais quand il s’agit de vider complètement un appartement… Tu veux déjeuner tout de suite ou je te laisse te réveiller tranquillement ?
M – (Elle s’accroupit dans le lit, couverte par la couette). Tu joue parfois au « macho » mais tu es quasiment parfait en mari prévenant.
H – (Il baisse les yeux). Avec toi je n’ai pas envie de jouer un rôle. Je pense que l’on s’est assez menti ou fait croire des choses pendant des années pour ne pas assumer ce que l’on ressent l’un pour l’autre aujourd’hui. Tu prends ça comme tu veux. Tu penses peut-être que dans quelques années je changerai d’attitude ou que j’essaie de rattraper le temps perdu. Je préfère profiter de ces moments ensemble et crois-moi, je ne me force pas beaucoup avec toi.
M – C’est la même chose pour moi Harmon. Je n’ai pas besoin de faire des efforts. Tout parait simple, limpide. Je ne veux pas forcément revenir en arrière mais par moment depuis deux jours, je me dis que « si j’avais su » que c’est aussi facile avec toi…
H – (Un peu gêné). Ce ne sera peut-être pas toujours aussi facile, trésor. Tu sais bien que la vie nous réserve parfois des « surprises ». (Il se reprend). Bon ! Tu vas dans la salle de bain ou tu veux d’abord déjeuner ?
M – (Regard coquin). Je veux un petit baiser et après je déciderai…
H – C’est vrai que parfois tu te contentes de peu de chose… (Il sourit).
07h44. Harm se penche puis s’allonge sur le lit et embrasse Mac. Ils décident de se lever et Mac se dirige vers la salle de bain pendant qu’Harm termine le petit-déjeuner. Vers 08h00, quelqu’un frappe à la porte de l’appartement. C’est un livreur qui donne un carton à Harm après lui avoir fait signer un bon de livraison. Mac en peignoir s’avance et regarde la scène intriguée…
(Illustration musicale: Timmy Thomas « Why can’t we leave together”)
Mac – (Intriguée). Qu’est-ce que c’est ?
Harm – Aujourd’hui c’est mon tour pour la surprise…
M – Et alors ?
H – Ce n’est pas dangereux. On ne va pas se noyer… On part à Blacksburg mais d’une façon différente. Dans ce carton il y a deux casques et une combinaison pour un voyage en moto. Mais tu peux refuser...
M – (Surprise). Qu’est-ce que c’est que cette idée ?
H – Un « truc » entre Mattie et moi. Je te raconterai mais puisqu’aujourd’hui tu fais partie de ma vie, je me disais que tu ne serais pas contre.
M – (Enthousiasmée). Et comment. Mais cela fait des années que je ne suis pas montée sur une bécane…
H – Ton dos n’en souffrira pas. J’ai prévu une ceinture et un dossier confortable pour toi.
M – Pourquoi ou comment refuser. Mais tu n’es pas du genre casse-cou au moins ?
H – Tu voudrais que je mette en danger ce que j’ai de plus cher au monde ?
M – (Navrée). Non mon chéri, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire…
H – Ne t’inquiète pas Sarah, tu pourras même prendre le guidon si tu veux.
M – Non, je n’ai pas l’habitude et je te fais entièrement confiance.
H – Allez ! Viens déjeuner et après on y va. On a une grosse journée devant nous. Au fait, il faut que j’appelle Jennifer. (Il passe un coup de fil). « Jennifer, vous êtes partie ou vous pouvez passez un instant chez moi ?...O.K. Merci »
M – C’est pour le mariage ?
H – Oui ! Je voulais décider avec toi et elle de certains détails que l’on doit étudier ensemble. Elle arrive dans un instant. (Deux minutes passent et l’on frappe à la porte).
Harm – (Il ouvre). Bonjour Jennifer !
Mac – Salut Jenn’ !
Jennifer Coates – Madame, Monsieur, bonjour !
H – Bien ! (Il sourit). Jennifer, vous connaissez nos affectations et vous partez avec Sarah enfin, je veux dire Mac à San Diégo. Le général a validé ce matin nos listes des équipiers nous accompagnant. Nous comptons nous marier dès que Mattie ira mieux c'est-à-dire, d’ici quelques mois. Nous ne sommes pas pressé mais lorsque vous serez installé là-bas, prenez sur votre temps libre, s’il vous plait, pour vous renseigner, nous trouver un prêtre, un traiteur et un bateau qui servira de salle de fête et nous emmènera en promenade dans le port pendant la soirée.
M – Pour le buffet, les boissons, les fleurs, l’orchestre, la pièce montée et toutes les autres choses : rien de particulier. On reste dans la tradition. Je vais prendre une tenue de mariée « classique » et Harm son uniforme. Nous souhaitons un mariage « simple ».
J – (Un peu étonnée). Je vais prendre des notes. Mais, vous ne souhaitez rien d’exceptionnel, d’inoubliable. C’est quand même une joie pour les personnes présentes de vous voir vous unir pour la vie, ils attendent peut-être des surprises ?
M – Evitez les grosses surprises ou que le bateau coule… (Du coin de l’œil, elle regarde Harm en souriant). Vous devez vous douter qu’Harm et moi, sommes déjà mariés, « virtuellement » depuis pas mal de temps…
H – Ohhhh oui ! Pour le meilleur et pour le pire… (Il regarde Mac de la même façon coquine et se rapproche à ses côtés).
M – La simplicité. Pas de soirée de fiançailles…
H – C’est déjà fait ! (Regards et sourires complices incessants entre Harm er Mac).
M – Pas de répétition. La dernière fois, Harm a failli ne pas survivre et on commence à connaître les rituels du mariage…
H – (Du tac au tac à Mac). Hey, parle pour toi, je n’ai pas fait « plusieurs tentatives » moi… (Il se prend un petit « direct » au foie de la part de Mac qui, malgré son sourire lui lance un joli regard noir).
M – Le seul bonheur pour nous est de se retrouver avec nos amis : les Roberts, Turner et Varese, les Cresswell…Nous vous donnerons une liste…
H – Et l’amiral, bien entendu. D’ailleurs, est-ce que vous avez de ses nouvelles ?
J – Et bien, un peu par hasard, je l’ai eu au téléphone il y a quelques jours. Il appelait pour demander de faire quelques recherches sur un ami à lui, commando. Il était en Italie avec sa fille Francesca chez la mère de celle-ci. Il allait bien et m’a demandé de le tenir au courant si vous deux, feriez des bêtises…(Sourire). Sinon, il est resté discret, comme d’habitude mais il semblerait qu’ils vont se remettre ensemble avec son ex…D’après ce que j’ai pu décrypter, ils se sont toujours aimés mais mal compris…
M – (Elle regarde Harm en souriant). Le tout est de s’en apercevoir un jour…Sinon, on risque de rater pas mal de choses…et de se faire du mal pour rien…
H – (Il sourit et faussement inquiet, s’adresse à Mac). Tu me fais peur quand tu fais dans la psy…
J – (Elle sourit également). Bon ! Je dois y aller. J’ai aussi quelques cartons à terminer…
M – Au fait ! J’allais oublier Jennifer. Le covoiturage pour San Diégo, ça vous dit
J – Euh oui colonel, mais je ne veux pas déranger…
M – Mais pas du tout, il reste de la place dans ma voiture pour quelques valises et vous-même et puis toutes ces heures de route… Ca passera plus vite à deux. Je vous offre même les hamburgers dans un de ces sympathiques petits bars de routards…
H – Elle adore ces cochonneries. Ca la maintient « en forme »… (Mac râle…).
J – C’est trop gentil madame…
M – Mais non, c’est normal Jenn’.
H – Et ce soir, n’oubliez pas le McMurphy’s vers 18h00…
J – Bien sur. Allez bonne journée.
(Illustration musicale: Steely Dan « Do it again »)
Fin de l’épisode.
Chapitre 13.
08h11. Appartement d’ Harmon Rabb Jr. Au nord de Union station, Washington DC
Après un réveil en douceur, Mac et Harm ont reçu la visite de Jennifer Coates à qui ils ont confié les préparatifs de leur mariage qui aura lieu dans quelques temps… mais qui aura lieu. Pour ce dernier jour autour de Washington, avant leurs départs vers leurs affectations respectives, une dernière visite à Mattie à Blacksburg est prévue dans la matinée. Et Harm a prévu d’y aller avec son ancienne partenaire du JAG à moto. Simplement. Ou pour faire une petite surprise à Mac mais aussi à Mattie d’une certaine façon. A cet effet, un carton a été livré il y a quelques minutes chez Harm. Il contient des combinaisons, casques et gants. Pour l’heure, ils déjeunent et Mac savoure quelques pancakes qu’Harm lui a préparé.
(Illustration musicale: The Verve « Bittersweet Symphony »)
Mac – (Souriante). C’est délicieux mon chéri ! Tu n’arrête pas de me gâter. Au fait, quand partons-nous ?
Harm – (Il prend le temps pour répondre, la regarde, la dévisage sans s’en lasser, soufflant sur son café chaud). C’est une question de minutes. J’attends l’arrivée des déménageurs. J’ai trouvé une sorte d’arrangement avec eux. Je pars avec juste deux grosses malles et mon attaché-case et eux stockerons les meubles et cartons qui restent ici dans un de leurs garde-meuble. Je ne suis pas sur de vouloir tout emporter à Londres et je n’ai pas eu le temps de négocier avec l’intendance le transport en avion de tout ça. Tu sais bien que les budgets de la marine se restreignent en ce moment avec les conflits couteux en Irak, en Afghanistan qui durent…
M – Je sais. (Elle jette un coup d’œil rapide dans la pièce principale et remarque dans un coin de la pièce…). Mais tu ne prends pas ta guitare ?
H – Non ! Si j’ai le temps de m’ennuyer à Londres, j’en achèterai une… Un pays qui a comme citoyens les Beatles ou les Stones ne doit pas manquer de magasin d’instruments de musique…(Sourire).
M – (Regard souriant mais un peu triste). Essaie de ne pas jouer trop de blues…
H – (Un peu triste aussi, il baisse les yeux)… Tu veux dire en pensant à toi, à Mattie et tout ce et ceux que j’abandonne ici…
M – (De plus en plus triste, elle tente de se reprendre). Non ! Désolée mon chéri… Je ne voulais pas reparler de tout cela. Mais saches que tu n’abandonnes personne ici. (Dépitée). Nous savons que cette situation n’est que temporaire et tu tiens toujours tes promesses. Mattie le sait et me l’as répété avant-hier et moi, je le sais depuis longtemps, alors ne culpabilises pas et essaies d’avoir confiance en toi autant que je l’ai ou que nous l’avons.
H – Pas facile ma puce… (Il se renferme, le regard toujours tourné vers le sol, passe ses mains dans ses cheveux et à cet instant quelqu’un frappe à la porte, ce qui coupe ce moment de tristesse. Il se lève pour aller ouvrir non sans faire un rapide baiser en passant devant Mac qui sourit à nouveau). Ouais ! J’arrive… (Il ouvre la porte).
Visiteur – Bonjour ! Monsieur Rabb ?
H – Lui-même ! Vous devez être Gary que j’ai contacté avant-hier ?
Gary – C’est ça. J’ai fais aussi vite que possible. Mais mes gars ne seront pas là avant une heure avec le camion. Je passais pour voir le boulot qu’il y avait et comment organiser tout cela.
H – Et bien c’est simple, tous les meubles dans cette pièce sont à embarquer ainsi que les trois colonnes de cartons, là. Pas ceux que j’ai rassemblé dans la salle de bain qui contiennent des objets personnels et de la nourriture que mon amie, Mme Roberts passera prendre vers 11heures, ainsi que le contenu du réfrigérateur que vous embarquerez, une fois vidé par elle-même. Voici un trousseau de clefs que vous déposerez dans la boite aux lettres, une fois le job terminé si je ne suis pas revenu auparavant. D’ailleurs, vers quelle heure pensez-vous avoir fini ?
G – (Il fait rapidement le tour de la pièce du regard). Normalement avant 16h00 d’après ce que je peux voir. Deux voyages seront nécessaires mais pas plus, je pense.
H – Ok, ça marche. Je passerai dans vos bureaux en fin d’après-midi pour le règlement de la facture.
G – Parfait. Et bien à plus tard peut-être et bon voyage à Londres. (Narquois).
H – (Un peu étonné par l’expression du regard de Gary). Merci Gary et bonne journée… Mais attendez… (Il se tourne vers Mac et demande). Tu as besoin de leurs services pour ton appart ou…
M – …Et bien, je projette de revenir de San Diégo dans deux ou trois semaines et en fonction de ce que décidera Varèse, tu me donneras leurs coordonnées et je les appellerais si besoin.
G – Et bien à votre service Madame. N’hésitez pas. Allez bonne journée et attention aux petites anglaises, monsieur… Elles ne sont, soi-disant pas très jolies mais coquines. (Il s’esclaffe, se retourne, sort et Harm referme la porte derrière lui).
(Illustration musicale: Led Zeppelin « Rock’n Roll »)
M – (Elle se lève d’un seul coup, croise les bras et fronce les sourcils, presque vexée). Mais de quoi je me mêle. Qu’est-ce qu’il a celui-là ?
H – (Surpris par l’attitude de Mac). Mais calmes-toi jalousette, il est un peu balourd peut-être mais efficace dans son job. C’est tout ce qu’on lui demande…
M – (Elle sourit mais a du mal à se calmer). N’empêche qu’il me voit là, avec toi et se permet de mettre en doute…
H – (Hilare). STOOOPPP marine ! (Il lève les yeux au ciel). Un vrai pitbull, celle-là. Il plaisante et il ne sait même pas que nous sommes ensemble. Je l’ai rencontré il y a un mois pour le déménagement d’un ami et à l’époque, j’étais célibataire, non ?... Tu ne veux pas te rafraichir ? (Il continue de sourire puis se reprend). Allez ! Calmes-toi trésor. Mon pote, le loueur de bécane nous attend dans dix minutes à deux pas d’ici, alors mets ta combinaison, prends tes gants, ton casque, tes affaires et « Vamos ». J’ai hâte de voir le regard de Mattie quand elle nous verra dans ces tenues…
M – A vos ordres matelot ! Mais alors… Juste un baiser avant tout ça… (Son superbe sourire revient doucement).
H – (Faussement étonné). Ca, ce n’est pas dans le forfait de cette excursion mais…
M – (Légèrement menaçante bien que souriante, son index venant effleurer la poitrine d’Harm)… Quoi ! Tu vas me refuser ça parce que tu prends la tenue du « biker moyen, macho et cradingue »… (Elle ricane à son tour, tout en enfilant la combinaison avec l’aide d’Harm qui lui dépose des petits baisers, à chaque fois que ses lèvres approchent celles de Mac).
H – (Après quelques minutes). Allez trésor, c’est parti ! Au fait, pendant que je règle les papiers de la moto, tu pourras appeler le Mac Murphy’s pour leur confirmer : « Ce soir 18h00, une vingtaine de personnes du JAG, tacos y tapas… ».
M – Pas de problème, mon chéri. (Elle rayonne dans sa tenue à l’idée de cette ballade « spéciale » avec son amoureux. Elle ne le quitte pas des yeux, souriante, telle une adolescente en partance pour sa première soirée avec son boy-friend…).
H – Merci ! (Avant de sortir, il l’embrasse tendrement, lui prend la main pour se diriger vers la porte et referme, tout en lui donnant un baiser).
09h56. Greenleaves road.
Harm « pilote » son engin à vive allure mais sans risque inconsidéré. Mac, sous son casque, a ce visage apaisé, peut-être comblé, qu’on lui connait maintenant depuis un peu plus de deux jours. Par moment, elle se colle en serrant très fort le corps de son matelot et par moment, elle se repose le dos sur le petit siège arrière. Ils savourent ensemble cette sensation de liberté que l’on éprouve que sur ce genre d’engin. Cela fait plus d’une heure qu’ils foulent le bitume. Soudain, Harm empreinte un petit chemin qui les amène a un panorama pour contempler la vallée proche. Il stoppe la machine et attire Sarah par la main pour s’asseoir sur un rocher à quelques mètres afin de déguster le paysage. Quelques minutes silencieuses passent.
(Illustration musicale: Toto « I Won’t Hold you back »)
Mac – (Elle a enlevé son casque. S’est allongée, la tête collée dans le creux des jambes d’Harm et observe comme lui l’horizon de tous les côtés). Merci ! Merci mon chéri pour cette magnifique surprise. Jolie ballade, joli paysage, ciel bleu, wouaw…
Harm – Sur qu’avec une météo pareille… (Songeur). Il y deux semaines, j’ai emprunté cette route avec une pluie diluvienne… Et bien même à l’abri, dans une voiture, c’est beaucoup moins romantique…
M – En plus à l’époque, tu avais l’angoisse et l’attente du réveil de Mattie. (Elle tourne sa tête vers lui pour le regarder et tenter de lui transmettre un joli sourire).
H – (Il marque un temps, la regarde dans les yeux). Ouais…Disons que c’était quelques étapes avant certains changements…Depuis, Mattie s’est réveillée, consciente…de beaucoup de choses… (Il sourit)…Toi tu es devenu un peu plus… encombrante… (Il a envie d’éclater de rire mais se retient, alors que Mac s’agenouille à côté pour le regarder en face et lui lancer un de ses plus beaux regards noir tout en ne pouvant s’empêcher de s’esclaffer et de lui donner un petit coup de poing au foie qui « réveille » Harm)…Tiens ! En parlant d’encombrement, c’est quoi cette petite bosse dans la poche de ta combi au niveau des reins ? (L’air surpris).
M – (Légèrement inquiète, elle cherche, tâtonne). Je ne sais pas…Ah oui, je sens quelque chose. (Elle extirpe une petite boite de la poche, la contemple, regarde Harm, l’ouvre et ses yeux se mettent à pétiller… Les larmes de joie approchent)…Harm…
H – (Un peu ému également). Trésor… C’est une bague de fiançailles que Sarah… ma grand-mère m’a chargé de remettre, il y a quelques années à une autre Sarah quand j’aurai réussi à la conquérir. Est-ce le cas mademoiselle Mackenzie ? (Il sourit, assez heureux de l’effet de surprise).
M – (Les larmes coulent et la paralyse mais qu’importe…). Je…Je t’aime Harmon Rabb Jr. (Elle « fond » sur lui, prend son visage entre ses mains et l’embrasse entre tendresse et puis fougue longuement. Le souffle manque mais qu’importe…Elle recommence et lui ne tente pas de l’arrêter, encore moins de lutter. Et l’étreinte sur le sol dure un bon moment mais…).
Un passant un peu âgé, amateur de panorama – (Légèrement gêné, à quelques mètres). Je vous prie de m’excuser mais apparemment, vous avez du temps à rattraper vous deux ? Enfin, je dis ça mais cela ne me regarde pas… (Il sourit).
H – (Tous les deux encore plus gênés éclatent de rire et se remettent debout en se soutenant mutuellement). Le comble c’est que vous n’êtes pas loin de la vérité…Bonjour Monsieur… (Ils ne peuvent stopper leurs éclats de rire).
M – (Un peu rouge de honte mais souriante). Bonjour, Monsieur. Désolé… parfois on se croit seuls au monde… (Elle s’esclaffe encore et Harm fait de même).
Le Monsieur – (Songeur). C’est peut-être ça le pire…Seul…Ce n’est pas grave, profitez-en bien. La vie est courte…
H – (Il s’approche, lui serre la main chaleureusement et ils se sourient). Je m’appelle Harm et voici Sarah, avec qui je viens de me fiancer à l’instant.
Le Monsieur – (Il lance un petit coup d’œil à la bague que Mac triture nerveusement). Et bien toutes mes félicitations à tous les deux. (Il détourne son regard). Et la jolie moto est à vous, je suppose ?
M – Non, nous l’avons louée pour rendre visite à notre fille à Blacksburg.
Le monsieur – (Un peu moqueur). Ah ! Et bien vous êtes allés plus vite que pour les épousailles… (Il se reprend). Bon vous n’êtes plus qu’à une demi-heure, c’est bien.
H – Oui ! D’ailleurs, il faut que l’on y aille. Elle nous attend. Nous vous souhaitons une bonne journée Monsieur.
M – (Toujours un peu gênée, elle évite son regard). Bonne journée Monsieur !
Le Monsieur – Bonne journée également et désolé d’avoir interrompu vos fiançailles. Mais pour le mariage, essayez de vous contenir… (Il se tourne, poursuit sa petite marche avec son bâton et un rire moqueur continue de se faire entendre).
(Illustration musicale: Texas « Say what you want »)
M – (Ils rient toujours, gênés par le côté cocasse de la situation). Bon allez, démarre. (Puis étonnée). Mais au fait, pourquoi ne mets-tu pas ton casque mon chéri ?
H – (Il lui sourit). C’est pour mieux t’entendre, au cas où tu me demanderais de freiner ou d’accélérer ou…au cas où tu me dirais « je t’aime »…
M – (Regard félin). Tu sais y faire, hein ? Même avec une marine soi-disant « tête de pioche », mon gentil pilote. Mais rassures-toi, cher « fiancé »…Je t’aime. (De façon langoureuse, elle prend sa tête dans ses mains et l’embrasse. Puis après un regard évidemment complice, ils enfourchent l’engin. Harm tourne la clef de contact, le moteur gronde. Il effectue quelques petites accélérations pétaradantes, embraye et en démarrant accélère fortement pour donner cette sensation de vitesse enivrante dont se délecte tout amateur de deux-roues).
11h05. Hôpital de Blacksburg.
Harm vient de trouver une place sur le parking spécialement prévu pour son engin. Mac descend la première et enlève son casque et reprend son souffle. Maintenant qu’ils ne roulent plus il lui semble qu’il fait assez chaud vêtue de cette combinaison mais ce n’est pas grave. Harm quant à lui, vient de descendre de la moto. Il retire les clefs de contact, prend son casque, et se dirige vers le hall d’accueil de l’hôpital et la chambre de Mattie. Il garde un œil bienveillant sur Mac qui le regarde souriante, bien accrochée à son bras.
Harm – (Un peu inquiet). Ca va, trésor. Tu as l’air épuisée ?
Mac – Un peu. Mais c’est tout à fait supportable, ne t’en fait pas. Je ne suis pas remonté là-dessus depuis plus de vingt ans, alors imagines…Mais j’adore ça.
H – Bon ! Si tu le dis. (Il insiste, inquiet). Mais ton dos, comment il va ?
M – (Elle lui sourit avec son joli regard). Ca va, mon chéri. Tu sais, c’est pareil quand je suis assise plusieurs heures devant mon bureau, même si les chaises du JAG sont confortables. Je trouve très chouette cette idée de venir ici avec cette bécane et je supporterai largement la route du retour.
H – Heureux que ça te plaise et habillée ainsi, tu as l’air différente… (En marchant, il lui donne un petit baiser sur la tempe et feint de renifler son parfum).
M – (Se rappelant un petit « souvenir » commun). Tu penses que j’utilise un nouveau shampoing ?
H – (Il sourit et du tac au tac). Du moment que ce shampoing ne te sert pas à retirer cette bague de fiançailles pour la changer de main... (Regard coquin).
M – (Coquine également). Aucune chance ! Si je ne rêve pas, nous ne sommes plus amis Harm, nous sommes « fiancés ». C’est la pièce à conviction numéro un. (Elle rit. Ils viennent d’entrer dan le hall d’accueil de l’hôpital et ont repéré une machine à café vers laquelle ils se dirigent).
(Illustration musicale: Lenny Kravitz « I Belong to to you »)
H – (Il reprend son sérieux tout en programmant la machine à café avec ses pièces). Sarah ! Au sujet de Mattie… Je sais que demain, tu pars à San Diégo… Et je voulais savoir si…
M – (Sérieuse également)…Si je comptais venir lui faire des visites ? Bien sur. Et le plus souvent possible. Mais c’était ça ta question ? (Un peu nerveuse).
H – (Un peu gêné). Non ! Enfin oui…Je ne voudrais pas que tu te sentes…
M – (Elle le coupe)…Obligée ? Je t’arrête tout de suite Harmon. On en a déjà parlé et je croyais que l’on avait clos ce chapitre. (De plus en plus nerveuse, elle souffle sur son café chaud et le regarde dans les yeux). Que ferais-tu dans le cas inverse si la personne la plus proche de moi, c'est-à-dire Chloé était confrontée au même type de situation ? Même si aujourd’hui, elle a retrouvé son père, c’est la personne qui m’est la plus chère.
H – Je ferais la même chose, bien sur… (Embarrassé, il lui prend la main de Mac, l’entraine vers l’ascenseur en se dépêchant, appuie su le bouton et la regarde, inquiet de sa réaction. Il tente de sourire). Bon d’accord. Oublie mes inquiétudes de la laisser seule ici. Il faut que je me reprenne avant d’entrer dans la chambre. (Il lui fait un meilleur sourire).
M – (Elle sourit un peu également). Je préfère ça. Personne n’abandonneras personne et parler de ça… Créer le doute, la veille de notre séparation…C’est…
H – (Il la coupe en se jetant sur elle pour un baiser fougueux)…Calmée ? Je te prie de m’excuser Sarah. (Ils se regardent, sourient et s’embrassent tendrement au moment où les portes de l’ascenseur s’ouvrent, surpris par le regard d’un infirmier qui attends pour prendre leurs places).
L’infirmier – …Et bien ! On dirait que vous deux, vous avez…
M & H – (En chœur)…Du retard à rattraper. (Et Mac ajoute)… Oui on sait, on nous l’a déjà faite. (Ils sortent de l’ascenseur en éclatant de rire et approchent de la chambre de Mattie, stupéfaite par cette bonne humeur ainsi que par leurs tenues de motard).
Mattie – (Un peu fatiguée mais les yeux rieurs). Salut vous deux. Je ne pensais pas avoir aujourd’hui la visite de deux adolescents déguisés en motard…
M – (Souriante mais un peu gênée). Bonjour ma puce. Ne te méprends pas, c’est juste un ensemble de situations cocasses qui nous fait rire depuis ce matin et…
H – (Il coupe sentant la gêne de Mac). Bonjour, « Mademoiselle Grace »…
Mattie – Salut Harm ! C’est la première chose que tu m’as dit, la première fois que l’on s’est rencontré. Ta moto était super et…
H – (Il baisse les yeux). Je sais… J’ai voulu vous faire la surprise à toi et Sarah. Ca change des voyages « tranquilles » en voiture, même si ce n’est pas le même confort pour elle…
M – (Elle coupe, le sourire apaisé)…C’était vraiment bien. Il devient « surprenant » avec le temps qui passe et ça me plait beaucoup…
Mattie – (Elle regarde Mac dans les yeux). Alors tu ne regrettes pas qu’il te « coupe ta route » ou bien vous essayez de rattraper le temps perdu ?
H & M – Ah noonnnn ! Pas toi… (Ils sont à nouveau hilares. Ils se reprennent et Mac enchaine). Et toi. Comment tu vas aujourd’hui ?
(Illustration musicale: REM « Everybody Hurt »)
Mattie – Ca va. Votre bonne humeur est contagieuse. Mais vous ?
H – (Il baisse les yeux). Disons qu’aujourd’hui, ça peut aller mais demain…
M – (Gêné par son attitude). Harm…Tais-toi ! (Elle se tourne vers Mattie). Excuse-moi ma puce, mais il est tourmenté depuis une vingtaine de minutes à cause de son départ demain et il croit que la vie va s’arrêter parce qu’il part à Londres.
Mattie – Je m’en doutais. (Un silence pendant qu’Harm et Mac prennent place sur les chaises à ses côtés). Heureusement que tu es là Sarah…Mais peut-être que ça ne lui suffit pas. Peut-être qu’il préfère que tout le monde pleure, que tout le monde s’apitoie sur mon sort… Pour se déculpabiliser alors qu’il n’y est pour rien. (Long silence, elle regarde le plafond). J’aime tellement les choses simples, le fait que vous soyez ensemble. Le fait que vous aller ENFIN vivre « une vie normale »…
H – (Un peu surpris). Je…Je ne sais pas quoi te répondre mais permets-moi de m’inquiéter pour la suite, pour toi, pour ton avenir…
Mattie – (Elle le coupe)…Je sais ! J’ai compris… qu’il y aura un fauteuil roulant, que je vais peut-être remarcher ou pas…Et alors…
M – (Un peu surprise). Tu m’impressionne par ta lucidité mais…
Mattie – (Elle coupe court). Mais quoi Sarah ? (Elle baisse les yeux, réfléchit pour mieux répondre). La morphine qui calme mes douleurs ne m’empêche pas de penser, de me rendre compte que l’on doit continuer, avancer. Nous sommes tous les trois des orphelins de père ou de mère, et ALORS ? Vous préféreriez que je me laisse aller… Que la tristesse l’emporte…
H – (Très surpris). Bien sur que non. Je suis juste abasourdi par cette volonté de…
Mattie – (Elle coupe à nouveau)…De quoi ? De ne pas vouloir mourir ? Ma mère m’a transmit ça et TOI, tu as poursuivi ce message qui consiste à dire que l’on ne s’apitoie pas sur son sort, que l’on ne laisse pas tomber…Et quand on a Sarah à ses côtés comme ange gardien, on peut se permettre d’être optimiste non ?
H – (Il baisse toujours les yeux). Ce n‘est pas faux…
M – (Un peu gênée). Je n’y suis pour rien. J’ai fait ce que j’avais à faire…pour lui…
Mattie – (De plus en plus énervée malgré sa fatigue). Non ! Tu l’as fait parce que c’est ce que tu ressens. Comme lui est allé au Paraguay pour te sauver…
H – (Toujours assez gêné). Je n’aurais pas dû te raconter tout ça parce que tu tires des conclusions un peu trop directes en ce qui concerne nos relations, entre Sarah et moi. L’adolescence permet de croire que toutes les vérités sont bonnes à étaler.
Mattie – Papa…Pardon, Harm ! J’ai dix-sept ans. Tu pourrais me parler comme à quelqu’un de mon âge ? (Un long silence se passe et puis…une personne s’avance hésitant à rentrer dans la chambre et Mattie l’a remarquée spontanément). Kevin… ?
(Illustration musicale: Eric Prydz « Call on me »)
Fin de chapitre.
Chapitre 14.
11h21. Hôpital de Blacksburg. Chambre de Mattie.
Mac et Harm viennent d’arriver pour cette dernière visite à Mattie avant leurs départs demain vers leurs nouvelles affectations respectives. La discussion, au début amicale tend à se durcir, surtout de la part de Mattie qui, malgré sa fatigue, a l’air de bien gérer son état de santé mais refuse toute pitié, condescendance ou apitoiement sur soi. Elle souhaite apparemment, que le couple Mac et Harm rejoigne sa propre destination sans regret ni sentiment de culpabilité. Un certain Kevin vient de faire son apparition sur le seuil de la porte de la chambre de la jeune fille.
(Illustration musicale: Janis Ian « At Seventeen »)
Kevin – (Un peu intimidé). Bonjour madame, monsieur. Salut Mattie.
Mattie – (Souriante et enjouée). Salut Kevin !
Harm – (Assez intrigué ainsi que Mac). Bonjour jeune homme ! (Il laisse passer un silence et avec un petit sourire dirige son regard vers Mattie…). Mattie…Qui est Kevin ?
Mattie – Un ami à moi des environs de Blacksburg avec qui on communique depuis pas mal de temps et qui me sortais quelquefois pour un cinéma ou une soirée sympa entre jeunes. (Elle s’adresse à Kevin). Qu’est-ce que tu fais là, qui t’as prévenu ?
K – (Un peu gêné). Ton père. Avant-hier soir j’ai reçu un appel sur la messagerie de mon téléphone mais je n’arrivais pas à déchiffrer le moindre mot. Après j’ai voulu savoir qui avait appelé. Et… avec le numéro affiché, je suis tombé sur son nom dans l’annuaire. Je suis allé le voir hier tout expliqué concernant ta situation. Et me voilà…matin. Il avait l’air clair et il m’a
Mattie – Et bien, la prochaine fois que je le verrai, je tacherai de le remercier entre deux verres…
H – (Dépité, essayant de la calmer). Mattie…Ne soit pas si dure avec lui…
Mac – Tu penses que c’est vraiment le moment pour exprimer cette colère ?
Mattie – (Agacée). Oh vous deux, ça va ! Je ne vous remercierai jamais assez pour tout ce que vous faites pour moi. Mais en ce qui concerne ce que je pense de l’attitude de mon père, ne me demandez pas de lui trouver à nouveau des excuses de boire. (Au bord des larmes). Et puis justement Harm, je n’oublie pas que la première fois que tu m’as menti, c’était pour me cacher qu’il s’était remis à boire. Il a tout faux. Vous voyez, aujourd’hui il m’envoie Kévin, il veut se montrer gentil mais c’est aussi parce qu’il a honte de venir affronter la réalité. Me regarder en face.
H – (Soucieux). Mais il n’est pas responsable de cet accident…
Mattie – (Un peu énervée). Oh ça… Je le sais. Il n’a jamais été responsable de rien. A la différence de ton père à toi Sarah, il n’a jamais eu un seul mauvais geste envers ma mère. Quant à moi, « la fille de », je n’ai aucune attirance pour « le » verre de trop…
M – (Assez surprise). Tu es en train de me culpabiliser…Mattie ?
Mattie – (Elle regarde Mac dans les yeux). Mais non ! Tu sais que je t’aime beaucoup Sarah mais avoue que la confiance en toi et envers les autres n’est pas ton point fort et je crois savoir que l’alcool y est pour quelque chose… C’est ce que j’ai constaté en tous les cas avec mon père puisque toi, je ne te connais pas bien ou pas assez…
H – (Agacé). Bon, on arrête là les filles…
Mattie – (Un brin cynique). C’est mieux pour toi parce que tu souffres un peu de la même maladie de manque de confiance en soi… mais heureusement sans l’alcool au milieu pour se rassurer.
M – (Un peu dépitée). Notre visite n’a pas l’air de te réjouir Mattie. Ou bien, c’est la présence de Kevin qui te rend agressive à ce point ?
Mattie – Mais non ! (Un silence). Ce ne sont pas des reproches… Mais vous deux par exemple… Mettre neuf ans pour s’avouer des sentiments, se lancer dans des projets et tenter une en couple, c’est un peu curieux comme attitude. Surtout au moment où des milliers de kilomètres vont vous séparer. Dans le genre timide, indécis, fier ou « bizarre » vous n’êtes pas mal. Remarquez dans le genre, vous n’êtes pas les seuls. Regardez Kevin, il ne m’a jamais dit pourquoi il avait une photo de moi dans son portefeuille sans jamais m’avoir embrassé, encore moins effleuré ou exprimer ce qu’il ressent…
K – (Surpris et assez gêné). Mais…comment tu sais ça…Tu fouilles dans mes affaires Mattie ? Et puis tu pourrais essayer de te calmer un peu et montrer un peu plus de respect aux personnes qui te respectent et prennent le temps de te rendre visite. A moins que les calmants ne fassent plus effet ou pas assez.
(Illustration musicale: Beyoncé « Crazy in love »)
Mattie – …Tu parles… Tu attendais que je sois sur un lit d’hôpital ou dans un fauteuil roulant pour me dire quelque chose d’important…Ou pour t’intéresser à moi ?
K – (Agacé). Qui te dit que j’ai quelque chose d’important à te dire, que je ne suis pas venu « simplement » parce que je te considère comme ma meilleure amie ? Sais-tu que je t’ai envoyé des tas de messages sans réponses depuis des semaines et que ce n’est pas facile de ne pas savoir ce qu’il se passe ? Tu peux me croire, ça commençait à devenir agaçant. (Il s’approche du lit doucement du lit de Mattie et croise les bras tentant de se calmer un peu). Je t’ai cherché partout dans le coin et après ma voiture est tombé en panne et je n’ai pas les moyens de la réparer. Ceci dit, si je dérange et si tu le souhaites, je peux partir tout de suite parce qu’avec ce que tu nous balances, ça ne donne pas envie de passer un moment avec toi. Mais peut-être que tu n’as pas eu ta dose de coup de pied où je pense. Je ne veux pas abuser de ta situation actuelle et je vois bien que je vais devoir patienter (Mac et Harm s’efforcent de réprimer un éclat de rire, Kévin l’a remarqué et les regarde). Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce que j’ai dit de risible ? (Un peu triste, il s’éloigne quelque pas et regarde à l’extérieur par la fenêtre, un silence s’installe un peu puis il enchaine). Je vois bien que tu as un gros problème, Mattie…Mais ce n’est pas une raison pour nous envoyer ces « gentillesses » à la face…
Mattie – (Dépitée, elle met un temps pour répondre). Tu peux t’en aller, tu fais ce que tu veux. Tu préfères probablement rejoindre ta console de jeux ou regarder ces vidéos débiles sur internet… Cela ne te dérange pas qu’une fille, à côté de toi souhaite discuter ou faire autre chose qu’attendre que tu aies terminé, que tu sortes de ta « bulle »… Pour toi bien sûr, c’est une attitude normale d’une relation « amicale » ?
K – (Sans la regarder, il croise les bras, la regarde). Oh ça va ! Je vais te rassurer si tu tiens à le savoir. Tu as aussi beaucoup de défauts et tu n’es pas un modèle de perfection avec ton caractère insupportable…Enfin parfois… (Sourire ironique). Une bonne douche froide te ferait le plus grand bien…Et permanente aujourd’hui…
Mattie – (Elle se calme un peu et un léger sourire revient)… Tu profites de ma situation et tu t’éloignes pour ne pas prendre une gifle…
H – (Il la coupe et sourit un peu)… On va vous laisser discuter entre vous quelques minutes. Sarah ! Que dirais-tu d’un capuccino ou autre chose ?
M – (Légèrement souriante). Bonne idée ! On n’a pas envie de compter les points… On vous laisse un moment. A tout à l’heure Mattie. N’en profite pas pour l’étrangler… Il est mignon… (Ils se relèvent de leurs chaises et, sortis de la chambre, s’esclaffent en se dirigeant vers la cafétéria).
H – (Moqueur). Cette petite discussion entre eux me rappelle un couple de « meilleurs amis » que j’ai bien connu il y a quelques temps…
M – (Faussement étonnée). Ah bon ? Je ne vois pas de qui tu veux parler… Je les connais ? (Elle le regarde d’un air coquin).
H – Tu les connais très bien. Mais, c’est quoi ce regard trésor ? (Gentiment suspicieux). Serais-tu en train de me faire comprendre que tu as eu des envies de m’étrangler pendant ces neuf années ?
M – Autant de fois que j’ai eu envie de te sauter au cou pour autre chose pilote…
H – (Etonné). Je ne te crois pas. Tu me fais marcher depuis tout ce temps. Quand tu ne râlais pas après moi, c’était pour être en colère contre moi…
M – (Sérieuse, elle le coupe)… C’est faux mon chéri. On en a déjà parlé plus d’une fois et apparemment tu persistes à ne pas me croire mais dès notre rencontre dans la roseraie, j’ai ressenti une attirance et parfois beaucoup plus envers toi. Ceci dit, les disputes et les chamailleries font peut-être parties d’une technique personnelle de drague de ma part que je ne conseille à personne parce que neuf ans pour arriver à ses fins, c’est long non ?
H – (Il sourit). Sûr. Et comme tu viens de l’entendre de Mattie qui commence à bien me connaitre, je ne vaux pas mieux. Je souffrirais de la même maladie que toi : « sentimentalement coincé ». En gros, « irrécupérable » ! Enfin à ses yeux…
M – Oui, enfin non, on s’est « récupéré » en vol, juste avant le crash ! (Elle rit puis se reprends). Pour Mattie, malgré cette colère ou une certaine frustration que je comprends sur ce lit d’hôpital, elle semble très lucide sur ce que les uns et les autres nous ressentons sans jamais l’exprimer. Mais je ne sais pas si c’est vraiment rassurant. Ceci dit, le p’tit gars a l’air de la connaître et ne se laisse pas faire, lui.
H – C’est leurs histoires et ce n’est pas bien méchant. Mais c’est vrai que Mattie. habituellement n’est pas aussi agressive. Elle a un franc-parler comme toi mais là, je pense que la séparation de nous trois et sa situation ne la laisse pas aussi sereine qu’elle veut bien le faire croire. Et comme toi, je ne suis pas plus rassuré que ça.
(Illustration musicale: Bob Dylan « Knockin’ on Heaven’s Door »)
M - (Ils marchent dans les couloirs et arrivent à quelques mètres de la cafétéria mais Sarah est victime de vertiges et semble tomber sur le sol, d’abord sur les genoux). Harm…
H – (Plus que surpris, accroché à son bras d’une main fuyante de Mac, il n’a pas le temps de la retenir). Hey, ma puce, que se passe-t-il ?
M - …Je ne sais pas. (Harm l’aide à se relever, ils trouvent un banc pour s’asseoir juste à l’entrée de la cafétéria). Ca va passer. Peux-tu aller me chercher un verre d’eau s’il te plait. (En sueur, elle tente de reprendre une respiration normale).
H – Bien sûr ! (Il entre dans la cafétéria et revient après quelques secondes et lui tend un verre).
M - (Elle pose le verre sur une tablette, met ses mains sur son visage accoudée sur ses genoux et laisse défiler quelques minutes avant de parler). Ca va mon chéri, ne t’inquiète pas. Ça va passer… (Elle boit le verre d’eau, toujours un peu essoufflée). C’est en train de passer…
H – (Inquiet). Oui mais… C’est soudain et… Si cela devait se reproduire tout à l’heure sur le chemin du retour, sur la moto derrière moi ?
M – Non…Arrêtes de penser au pire et allons prendre ce capuccino que tu m’as promis et puis… la prime pour ta promotion pourra bien me régaler d’un jus de fruit. (Un petit sourire se découvre sur son visage qui reprend peu à peu des couleurs).
H – (Il sourit).Ok ! Au moins tu ne perds pas le nord et une friandise te ferait du bien également. (Ils se sourient, entrent dans la cafétéria. Harm lève les yeux au ciel). Si je dois nourrir un estomac sur pattes, toutes mes soldes vont y passer…
M –Oui commandant ! Et tu as de la chance qu’il n’y a pas de hamburgers ici. (Elle le regarde, sourit et lui dit à l’oreille). Je n’ai pas trop l’habitude que l’on prenne soin de moi comme tu le fais si bien. J’avoue que j’en profite un peu. (Sur un plateau, Ils posent des brioches, une boisson chaude et des jus de fruit).
H – (Il règle la note, vont s’asseoir et il lui glisse un peu triste). Sauf que demain, je ne serai pas là pour prendre soin de toi…
M – (Elle lui saute au cou souriante et l’embrasse fougueusement). Stop ! Je ne vais pas dans un désert. Il y aura bien toujours quelqu’un pas très loin au cas où. (Un silence de quelques minutes passe pendant qu’ils « allègent » le plateau. Ils sourient, se regardent songeurs, puis terminent leur petit en-cas). Allez mon chéri, on rejoint Mattie avant qu’elle n’étripe le p’tit gars. Comment s’appelle-t-il déjà ?
H – Kevin Ryley. Son père m’en a parlé il y a quelques temps. Encore un qui ne sait pas dire les bons mots au bon moment… (Ils sortent de la cafétéria et arpentent les couloirs pour rejoindre la chambre de Mattie).
M – (Elle s’accroche au bras d’Harm en marchant et sourit). On dirait que tu parles en connaisseur…
H – (Souriant, du tac au tac)… Il me semble que tu connais bien ce sujet non ? En neuf ans « d’amitié », combien de fois toi m’as-tu dis : « Je t’aime » pour éventuellement passer à la réalité profonde de ce que tu ressentais ?
M – Dans mes pensées, des dizaines de fois. Mais en face de toi c’est vrai, une seule fois. (Un peu confuse). Et je n’ai pas choisi le meilleur moment lors de cette soirée de fiançailles.
H – En ce qui me concerne dans les pensées, ce doit être le même nombre que toi. Mais lors de cette soirée, tu ne m’as pas dit : « Je t’aime », tu m’as dit : « Vous avez une femme qui vous aime », et tu ne m’as pas dit laquelle ? (Regard mutin).
M – (Joueuse et souriante). Comme toi, tu ne m’as pas dit « qui » est « L’homme qui m’aimera toujours » ? Je ne vois pas qui cela pourrait être…
(Illustration musicale: Sade Adu « Kiss of life »)
H – (Le regard tendre). Pourtant ce baiser que l’on a partagé était plutôt explicite…
M – …Et assez enivrant pour oublier qu’à l’intérieur, les invités nous attendaient et principalement deux personnes qui devaient commencer à s’impatienter…
H – C’est une des raisons pour laquelle je préfère nos petites fiançailles « simple » de ce matin. Au moins, tu n’étais pas sous une véranda, à quelques mètres de moi, en train d’embrasser un autre homme.
M – C’était soi-disant plus intime mais pas très discret selon ce qu’insinuait ce gentil promeneur. (Ils s’esclaffent et s’assoient dans le couloir à quelques mètres de la chambre de Mattie pour poursuivre un peu cette conversation).
H – (Redevenu sérieux il lui prend ses mains dans les siennes et les caresse). Sarah…Ces vertiges m’inquiètent. Qu’est-ce que tu couves ? Je suppose que tu ne vas rien me dire pour que je ne m’inquiète pas avant de partir à Londres. Mais en fait, c’est pire. Je vais imaginer un tas de choses…
M – Je n’en sais rien mais cela n’a pas l’air important. Tu vois, en quelques secondes, je m’en suis remis. Je te promets d’aller consulter à San Diégo et je te dirais ce qu’il en est rapidement. (Songeuse, un silence passe elle le regarde unpeu tristement dans les yeux). Harm ! … Tu m’aimeras toujours comme aujourd’hui ?
H – (Surpris). C’est quoi cette question trésor ?
M – (Gênée). C’est simple. J’ai moins la pêche qu’avant. Je ne me sens pas vieille ou usée mais j’ai des petits soucis de santé par-ci, par-là. Pas méchants mais ils sont là et tu pourrais ne pas aimer avoir une femme à tes côtés que tu risques de trouver ennuyeuse au bout de quelques temps avec ses petits « bobos ».
H – Ah oui ! Tu veux dire que tu n’es plus une première main, que tu serais une sorte d’ « occasion »… (Il éclate un petit rire et se prend fatalement un coup de coude dans les côtes).
M – Goujat ! Je ne suis pas une bagnole. (Elle rit également mais lui lance quand même un regard noir en hochant la tête de dépit).
H – (Il se reprend). Ecoutes-moi Sarah, tu es magnifique. Même en avalant toujours autant tes cochonneries, tu as gardé ta jolie peau douce que j’adore déguster et caresser. Ton corps est encore très souple, endurant et… (Elle tente de le couper, mais il élève la voix)… ET… ce n’est pas de la condescendance. Si tu te laisses aller, je me ferai un « plaisir » de te le faire comprendre même si au fond de moi le physique de Mademoiselle Sarah MacKenzie est une partie de cette personne toute entière que j’aime. (Il laisse passer quelques secondes et baisse son regard). Je ne suis pas habitué à ce que tu t’apitoie sur toi-même. Ce n’est pas dans tes habitudes de te plaindre. Même au plus mal, tu dis tout le temps que tout va bien. Avec ton caractère de chien du diable tu ne baisses jamais les bras. Je sais que ces derniers mois n’ont pas été facile pour toi. Alors, qu’est-ce qu’il t’arrive ? Si tu sais quelque chose qui ne va pas, en dehors de l’endométriose, merci de me le dire maintenant. Et puis, tu sais très bien que le mariage ou même la vie de couple, c’est pour le meilleur et pour le pire même si, comme il y a quelques instants, c’est aussi pour le rire. Toi et moi, nous sommes en vie, non ? (Sarah baisse les yeux. Songeur, il laisse passer un silence à nouveau et la regarde en face)... Et si moi, dans quelques temps, quelques années, je devais développer un cancer ou une maladie de ce genre, tu comptes demander le divorce ?
M – (Un peu agacée). Bien sûr que non ! Mais tu prends un cas extrême là…
H – Tes arguments ne sont pas valables. Et cela fait un procès de plus que tu perds contre moi (Il s’esclaffe et prend un nouveau coup de coude de Sarah sur l’avant-bras qui ne peut s’empêcher de sourire malgré un petit regard noir). Sérieusement Sarah, cela fait des années que l’on se soutient toi et moi. Pourquoi un certificat de mariage changerait quelque chose. Je sais que tu es très forte et que tu n’es pas aussi fragile que tu viens de le dire. Sais-tu que le jour où l’on vivra ensemble dans la même maison, dans le même environnement, nous risquons de « partager » nos rhumes, nos grippes, nos maladies virales… C’est un des risques que je suis prêt à courir parce que cela induit le fait que nous sommes ensemble… Pour la vie, l’éternité… Et qu’un « nous » n’est pas dans le domaine du possible mais une « réalité ».
M – (Petit sourire). Tu as raison mon chéri. Il ne faut pas penser au pire, ne serait-ce qu’en se rendant compte de la situation de Mattie qui est loin d’être tirée d’affaire. Je te prie de m’excuser pour ces petites craintes égoïstes.
H – Mais je comprends. D’ailleurs on rejoint Mattie pour « l’autopsie » de Kévin et voir si elle a réussi à se calmer. (Ils rient à nouveau en essayant de se contenir).
11h56. Chambre de Mattie.
Kévin est assis à côté du lit de Mattie. Il a pris une main de Mattie dans les siennes et la caresse sur le dessus avec ses pouces. Il se relève de la chaise lorsqu’il entend Mac et Harm entrer dans la chambre. Apparemment, enfin pour l’instant, Mattie ne l’a pas étranglé…
(Illustration musicale: Daft Punk « Digital Love »)
Mattie – (Un léger rictus d’agacement). Mais qu’est-ce que vous avez aujourd’hui tous les deux à rire comme des gosses ?
H – Mattie, on ne fait rien de mal, cette dernière journée est plus facile à vivre en plaisantant qu’en se lamentant, non ?
M – Journée chargée d’ailleurs. Rien que le matin, la surprise de la promenade à deux roues, les fiançailles…
Mattie : (Surprise, elle coupe)…Pardon ? Vous vous êtes fiancé ce matin ? Mais où, quand, comment ?
H – … Vers dix heures dix tout à l’heure, sur une colline à une quarantaine de kilomètres d’ici. Et seulement nous deux. On regardait la vallée, le panorama et dans un tel environnement, j’ai pensé que c’était le bon moment pour lui offrir une petite « rondelle »…
M – (Elle montre la bague à Mattie). Il veut minimiser mais c’est un énorme cadeau. C’est un bijou ancien qui lui vient de sa grand-mère Sarah « Gramm » Rabb. Il m’était soi-disant « réservé » pour le jour où ce commandant ferait une demande en mariage et me convaincrait de devenir Mme Harmon Rabb Jr. Toute sa famille me connait depuis longtemps apparemment… Je ne sais pas si je dois trouver cela normal…
H – On n’a pas voulu organiser de fête pour nos fiançailles. Ce soir, on en parlera lors du pot d’adieu avec les collègues et amis du JAG et on portera un toast à cet effet. Enfin, si tu es d’accord, ma chère fiancée ? (Il se tourne vers Sarah).
M – Bien sûr que oui. Tu n’as pas besoin de me le demander. (Un sourire mutin apparait). D’ailleurs, j’ai quelques petites surprises pour cette soirée.
H – (Un peu Inquiet). Des surprises ? Et quoi donc comme « surprises » ?
M – Parce que tu me crois assez sotte pour tout te raconter. Tu patienteras comme les autres. Mais rassures-toi, je ne t’obligerai à faire un strip-tease en tenue de gala, chantant et dansant sur « In the navy », comme au mariage de Bud.
H – (Agacé). Mais je t’ai déjà dit que ce n’était pas moi sur la photo mais un strip-teaseur qui m’avait « emprunté » mon uniforme. Tu n’es pas têtue, tu es bornée. (Il fait mine d’être fâché et sort de la chambre de Mattie).
M – (Elle court après lui et l’attrape après trois pas). Harm ! Qu’est-ce qu’il t’arrive, tu ne vas pas te fâcher pour ça ?
H – (Il se retourne avec un grand sourire). Tu as eu peur ?
M – (Un regard noir et un sourire accompagnent un petit coup de poing au foie). Idiot !
H – (Il se penche pour lui donner un tendre baiser, qu’elle ne repousse pas). Bien ! J’espère que ce soir, ce sera des « bonne surprises », parce que je ne te l’ai pas dit mais j’ai les miennes aussi (Clin d’œil coquin).
M – Je m’en doutais. Et le contraire m’aurait déçue.
H – (Il revient dans la chambre de Mattie). Je vous laisse un moment, j’ai un petit coup de fil à passer et dans l’enceinte de l’hôpital, le personnel n’aime pas trop cela. (Il se tourne vers Kévin). Vous pouvez venir un instant, j’ai un petit service à vous demander.
K – (Un peu étonné). Oui monsieur, bien sûr, j’arrive.
Mattie – (Légèrement inquiète, demandant à Sarah). Qu’est-ce qu’il complote Harm ?
M – (Etonnée). Aucune idée. Mais ne t’inquiète pas, il est plein de petites surprises ces dernières heures et ce n’est pas désagréable.
Mattie – (Songeuse). Dis-moi Sarah. Avant d’être « officiellement » ensemble, vous aviez parlé d’avoir des enfants tous les deux ?
M – Oui... Mais c’est compliqué aujourd’hui puisque je suis quasiment stérile.
(Illustration musicale: Sting « Fields of Gold »)
Fin de chapitre.
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Chapitre 15.
12h03. Parc de l’hôpital de Blacksburg.
Mac et Harm sont arrivés en fin de matinée pour rendre une dernière visite à Mattie avant leurs départs demain, respectivement vers San Diégo et Londres, leurs nouvelles affectations lointaines. Harm a voulu changer les habitudes en faisant le trajet avec Mac sur un véhicule à deux-roues. Mais quelques petites contrariétés sont venues titiller sa bonne humeur matinale. D’abord Mattie qui semble plutôt grincheuse et ne cesse de s’en prendre un peu à tout le monde à l’aide de petites phrases assassines envers Mac et Harm. Mais aussi envers Kévin, un « ami » qui, venu gentiment faire une visite, doit supporter les « vérités » pas toujours bonnes à étaler de « Mademoiselle Grace ». Harm, prétextant un besoin de café, avait souhaité la laisser se calmer en s’éclipsant quelques minutes avec Mac. C’est alors que cette dernière fut prise de vertiges et Harm tentait de dissimuler son inquiétude face à cette situation soudaine. Ils rejoignirent la chambre de Mattie, un peu calmée et après quelques minutes de discussion, Harm s’excusa de devoir à nouveau s’absenter pour passer un coup de fil important. Ayant besoin également d’un « petit service », il demande à Kévin de le suivre. Mac et Mattie, restées seules dans la chambre, continuent leurs discussions et abordent un sujet important dans la relation entre Mac et Harm : un bébé naîtra-t-il un jour ou pas ? Mais voyons d’abord à qui Harm téléphone ? Kévin de son côté, patiente à quelques mètres, souhaitant savoir ce que Harm attend de lui.
(Illustration musicale: Ben Harper « Diamond on the Inside »)
Harm – … (En conversation téléphonique). Dans une petite heure ?
X - …
H – C’est parfait, dès qu’il arrive à l’hôpital, il m’envoie un message et je descends avec les clefs et les papiers et lui fait l’inverse. C’est bon pour vous ?
X - …
H – Très bien Jack, à tout à l’heure et merci de votre compréhension mais désolé, je ne pouvais pas prévoir la situation et je préfère faire comme ça. Je compte de toutes les façons vous dédommager pour les frais supplémentaires. Allez merci beaucoup, à plus !
X - … (Tuutt, tuutt, tuutt).
H – (Il raccroche et se tourne vers Kévin). Bon ! Ça, c’est fait. (Il réfléchit). Euh Kévin, vous avez l’air de connaître un peu Mattie et je voulais vous demander si vous n’avez rien de spécial à faire pour la soirée, enfin quelque chose de prévu ailleurs… ?
Kévin - …(Etonné).Et bien non, rien de spécial…
H – Voilà ! Sarah et moi organisons ce soir une petite fête entre amis et collègues de travail avant nos départs demain matin. C’est une idée plutôt sympathique qu’a eu Mattie avant-hier et je voulais savoir si vous pourriez vous occuper de trouver un PC portable avec webcam et micro. Si c’est le cas, vous lui amenez le matériel et vous la connectez vers nous-mêmes et nos amis du JAG qu’elle connait un peu pour qu’elle puisse profiter en partie de l’ambiance et des quelques « surprises » prévues pour la soirée. Vous pouvez, pourquoi pas récupérer le sien chez elle mais je ne sais pas si Tom sera là pour vous ouvrir. J’avoue que je n’ai pas trop envie de l’appeler. La plupart du temps, il ne décroche pas le téléphone.
K – (Un peu gêné). Je préfère venir voir Mattie avec mon matériel et le brancher moi-même. J’ai ce qu’il vous faut et j’en ai plus l’habitude. Et en ce qui concerne Tom… sachez que je préfère en cas de besoin, lui rendre visite le matin…C’est pour cela entre autre, que je n’ai pas pu rendre visite à Mattie avant
Harm – (Petit sourire). Je vois…Bon sinon je vous remercie d’accepter de me rendre ce petit service. Je vous donne mon numéro et mon adresse mail et je vous appelle après dix-huit heures pour la connexion. Mais au fait, avant que j’oublie, pouvez-vous me donner votre numéro de téléphone ?
K – Pas de problème, c’est mieux de commencer par là. (Il énonce son numéro et Harm l’enregistre au fur et à mesure sur son clavier).
H – O.K… (Un peu hésitant). Euh Kévin… ?
K – (Légèrement inquiet devant le regard fuyant d’Harm). Oui… ?
H – Je sais que cela ne me regarde pas en ce qui concerne votre relation avec Mattie mais j’ai quand même encore une chose à vous demander.
K – Allez-y, je vous écoute…
H – (Hésitant). Eh bien, c’est très simple… Encore que… Voilà ! Quoi que ce soit que vous ressentiez pour elle ou pas, évitez de la faire souffrir, de lui donner de faux espoirs, enfin vous voyez ce que je veux dire… ?
(Illustration musicale: The Clash « Should I stay or Should I go »)
K – Tout à fait ! (Il laisse passer un silence, se dresse en face d’Harm et le sérieux de son regard ne laisse aucun doute). Je ne vous connais pas et vous avez raison, je pourrais vous répondre que cela ne vous regarde pas. Mais bon… En même temps j’aimerais calmer vos inquiétudes, étant donné que vous êtes la personne adulte la plus importante à ses yeux. Mattie m’a dit que vous partez demain à Londres pour quelques mois et que vous ferez en sorte qu’elle vous rejoigne dès que possible. (Il s’éloigne un peu et cherche ses mots). La seule chose que vous devez simplement savoir, c’est que le fait qu’elle va devoir partir n’est pas une bonne nouvelle pour moi. A ce jour, nous n’avons pas eu de discussion franche concernant une relation autre qu’amicale. Enfin, pas vraiment… A part quelques allusions de sa part… Mais ce qui est sûr, c’est qu’elle compte beaucoup pour moi et que je n’aime pas la voir triste.
H – Bon ! Très bien, je veux bien vous croire mais…
K - … (Il coupe). En fait, on se connait depuis un peu plus longtemps qu’elle vous l’a dit tout à l’heure puisque ça remonte à l’école primaire. J’ai un peu connu sa mère à l’époque, bien avant qu’elle ne meure dans ce foutu accident. (Il baisse un peu les yeux). Une femme très douce, calme, gentille. Une bonne mère mais à cheval sur le « règlement » quand même : les horaires pour rentrer à la maison, les devoirs à terminer, enfin tout ça… (Il a un léger sourire nostalgique). Avec une petite bande de gosses du coin dont Mattie faisait partie, on se croisait pour des gouters, des anniversaires, Halloween, les fêtes de fin d’année scolaire ou des sorties pour des baignades dans le lac l’été. Une enfance tranquille en quelque sorte… (Il laisse passer un silence en faisant signe à Harm de ne pas le couper puis s’approche et le regarde à nouveau en face). Ce que je veux vous dire, c’est que depuis tout ce temps, je connais plusieurs visages de Mattie. Et je ne veux pas revoir celui qu’elle avait pendant ces longues semaines qui ont suivi la mort de sa mère. A l’époque, elle ne voulait voir personne mais quelques mois plus tard, j’étais passé chez elle pour lui proposer d’aller au cinéma. Après la séance, elle avait besoin de discuter et elle m’a raconté qu’elle vous avait rencontré, que sa vie allait peut-être bouger et que vous y étiez pour quelque chose…J’ai vu son regard différent, en tous les cas un peu moins de dépit ou de fatalisme… mais en apparence…
H – (Il ressent la tristesse du jeune homme et se permet le tutoiement). Et bien merci de me parler aussi ouvertement mais puis-je te demander ce que tu propose si, penser à l’avenir te préoccupe…
K – (Il coupe à nouveau et se tourne vers Harm). Rien dans l’immédiat. Enfin, rien de plus qu’une relation amicale. J’ai dix-huit ans, trois ans d’études à terminer pour être professeur de dessin industriel et un tas de chose à faire avant d’envisager de devenir rangé, sérieux, enfin vieux quoi…
(Illustration musicale: Moby “Natural blues”)
H – (Il sourit légèrement). Eh bien, je ne sais pas si c’est un compliment mais…
K – (Il coupe encore et sourit également). Je ne dis pas cela pour vous. Je vous répète que je ne vous connais pas. Quoique, d’après ce que m’as dit Mattie, je crois comprendre que vous avez mis un certain temps pour « vieillir » avec Mac ?
H – (Légèrement agacé, il se racle la gorge). Ouais, bon ! Je suis parfaitement conscient de ne pas être le meilleur exemple ou un conseiller pour les relations amicales ou amoureuses mais…
K – (Il coupe et tente de reprendre un air sérieux). Cela ne me regarde pas mais vous semblez nerveux et il parait évident que vous agissez tous les deux comme des personnes qui auraient du temps à rattraper…
H – Ah non ! (Un petit geste d’énervement le trahie bien qu’un sourire se dessine sur son visage). Bon sang, tu ne vas pas t’y mettre ? Ca fait quatre fois aujourd’hui qu’on nous le rabâche…
K – (Il essaie de retenir un éclat de rire). Désolé mais… Regardez-vous.
H – (Il tente de se reprendre, un peu hésitant)… Sinon… Avant qu’elle se remette un peu et d’ici le jour où elle partira pour venir me rejoindre à Londres, tu penses venir lui rendre visite ?
K – (Direct). Le plus souvent possible maintenant que je l’ai retrouvée. (Il a un petit sourire). Mais ça dépendra aussi d’elle.
H – (Intrigué). Parce que ?
K – Parce que si elle est aussi « aimable » que ce matin avec moi, je compte bien lui faire payer et lui faire gouter à la solitude…
H – (Dubitatif). Pas très sympathique comme plan drague…
K – Mais je ne viens pas ici pour la draguer. Il n’y a jamais rien eu entre nous et il n’y aura peut-être jamais rien. Si elle éprouve quelque chose pour moi, on verra… Mais je ne veux pas qu’elle profite de son état pour se croire tout permis. Ce que je veux dire, c’est que je veux qu’elle sache que je ne ressens pas de la pitié envers elle à cause de sa situation. Autant que possible, je serai là et j’aimerais venir la voir de façon simple, comme quelqu’un qui l’accompagne dans une épreuve de la vie, certes douloureuse pour elle, mais sans obligation, sans calcul de ma part. Je n’attends rien d’elle en retour. Avant l’âge de vingt ans, le destin lui enlève en quelques mois sa mère et peut-être l’usage de ses jambes. Ça commence à faire beaucoup, non ?
H – C’est sûr. Mais tu as l’air assez lucide ou désabusé face à ce fameux destin…
K – J’ai vécu dans l’insouciance de la jeunesse jusqu’à l’année dernière, quand mon père est décédé suite à un cancer au poumon alors qu’il ne fumait pas et n’était pas exposé à un environnement hostile. C’est après ça que j’ai fait connaissance avec le destin et ses caprices…
H – Je vois. (Il regarde Kévin tristement et laisse passer un silence un peu pesant). J’ai eu ma part, j’ai aussi perdu mon père assez jeune. Ce n’est pas facile. (Il tourne son regard vers le ciel puis se redresse). Bon allez ! On monte rejoindre ces deux personnes qui nous empêchent de ne pas réfléchir… (Il lui met une petite tape sur l’épaule et l’entraine vers la porte d’entrée de l’hôpital et Kévin sourit un peu en remarquant l’attitude un peu gênée de Harm). Tu veux un café ou une boisson ?
K – Allez Ok, vite fait. Et Merci ! (Ils se dirigent dans le hall d’accueil vers les distributeurs).
12h 03. Au même moment dans la chambre de Mattie, la conversation se poursuit.
(Illustration musicale: Alicia Key “If I Ain’t got you”)
Mattie – (Surprise). Qu’est-ce que tu veux dire par « quasiment stérile » ?
Mac – (Un peu gênée, elle baisse les yeux puis se reprend). Je préfère commencer par le début. L’idée d’un enfant entre Harm et moi, c’est une longue histoire. Mais peut-être qu’il t’en a déjà parlé ?
Mat – Bien sûr que non ! (Ironique). Tu sais très bien que Harm, pour parler de ce qu’il ressent, de ses relations… Estime-toi heureuse qu’il n’ait pas attendu que l’un de vous deux ne meure pour s’ouvrir à toi…et envisager un avenir commun… (Songeuse). Une fois seulement… il y a quelques mois, j’ai fini par lui faire dire ce qu’il y avait entre toi et lui... Et encore…quand il l’a dit ce jour-là… c’était à voix basse et il semblait terrorisé par mes questions…
M - (Etonnée, un peu souriante)... Ah bon ? Quel genre de question lui posais-tu ?
Mat – Rien d’extraordinaire. (Elle sourit). Entre Harm et moi c’est moins compliqué qu’entre toi et lui. Mais si tu veux savoir, dès les premiers jours où j’ai fait sa connaissance, c’était lui qui me posait des questions parfois personnelles. Il voulait savoir des choses sur moi et ma situation. Ensuite, je me suis dit que c’était mon tour de le questionner. Je trouvais un peu étrange que cet homme-là soit toujours célibataire avec sa carrière, son physique et sa gentillesse qui me semblait naturelle. Et j’ai tout de suite remarqué que toi, ton nom, ton surnom ou ton grade revenait sans cesse dans la conversation, même pour des sujets anodins alors qu’il était censé parler de lui. J’avais du mal à le croire lorsqu’il affirmait que vous n’étiez qu’ « amis ». C’est vrai que ça ne me regardait pas et je ne comprenais pas grand-chose à vos histoires. Au même moment, à cette période il a très vite repris son travail d’avocat au JAG. Il me téléphonait souvent ou passait me voir de temps en temps. Il semblait content de retrouver sa « meilleure amie » mais parfois il était en colère contre toi. Par exemple un soir, quelques jours avant de passer devant le juge pour enfant pour qu’il devienne mon tuteur, il m’a dit que tu ne viendrais pas témoigner en sa faveur parce que vous vous étiez disputés. Et quelques jours après, on te voit débarquer au tribunal, tu témoigne en sa faveur, tu parles à mon père le soir-même, les choses ont l’air de s’arranger et j’avais encore plus de mal à comprendre…
M – Je sais tout ça et j’en suis navrée car cela aurait pu avoir des conséquences fâcheuses. (Elle baisse les yeux, un peu honteuse à l’évocation du souvenir). Je vais te dire ce qu’il s’est passé. Donc, quelques jours avant cette audition au tribunal pour enfant, Harm frappe à ma porte pour me demander de me porter garante pour lui, en tant que chef de famille. J’étais surprise par cette demande et… un peu jalouse j’ai mal réagit. Il me parlait d’adopter une fillette et je croyais qu’il voulait refaire sa vie avec une autre femme, mère d’un enfant. S’en est suivie une discussion stupide - une de plus - sur nous, notre relation « impossible » alors que nous ne parlions plus de nos vies personnelles depuis des mois. Il est parti vexé en claquant la porte. Et les jours suivants, je me suis renseigné pour en savoir un peu plus sur ses projets de fonder cette famille. J’ai découvert ton existence et son désir de devenir ton tuteur. (Elle sourit un peu). Sans lui en parler, j’ai décidé de venir témoigner en sa faveur et je ne le regrette pas un seul instant. J’ai arrêté me poser des questions et je me suis dit que je devais le faire pour la simple raison que, même dans nos périodes de désaccord, nous nous sommes toujours soutenus dans ce genre de situations personnelles. Ce doit être une sorte de lien très solide qui nous unit depuis que nous nous connaissons et je voulais aussi qu’il comprenne que rien ne devait changer à ce niveau-là entre nous malgré cette dispute. Heureusement, notre amitié n’en a pas vraiment souffert et j’avoue avoir été bluffé par sa sincérité dans cette démarche. Je savais, comme je l’ai dit à l’audience qu’il pouvait être un bon père et je trouvais assez touchant sa façon de s’investir pour toi. Ceci dit, la décision de la juge n’a pas été prise seulement sur mon témoignage mais aussi sur l’ensemble de l’enquête de moralité qu’ils ont fait sur lui. Mais au fait… je pensais qu’il t’avait raconté tout cela.
Mat – Non ! Ce soir de Noël là, pendant le diner, il m’a juste fait comprendre pourquoi il te considérait comme une « amie exceptionnelle » sans aller plus loin dans l’explication. Ce n’est que quelques mois plus tard que j’ai su ce que je voulais savoir. Nous avions une discussion un peu plus intime sur ma mère et le deuil que j’avais du mal à faire… (Attristée). Je n’étais pas prête à en en parler, même avec lui. Il comprenait ça alors j’en ai profité pour le forcer à parler de lui puisqu’il comparait cette situation avec la disparition de son père. Il m’a dit qu’il lui était difficile d’oublier celui-ci et qu’à cause de cela, à part moi, il avait du mal à laisser entrer quelqu’un dans sa vie. J’ai réfléchis, je lui ai dit qu’un jour il changerait, qu’il se lasserait peut-être de moi, qu’il passerait à autre chose… (Intriguée). J’ai trouvé bizarre qu’à ce moment-là il me demande si nous avions déjà parlé ensemble, toi et moi. Mais puisque ton nom revenait un fois de plus dans la discussion, j’ai réussi à lui faire dire ce qu’il ressentait pour toi, s’il t’aimait… Et là j’ai compris malgré son regard fuyant que le colonel Sarah MacKenzie ne rencontrerait pas de rivale si elle envisageait un avenir en commun avec le capitaine de frégate Harmon Rabb Jr. Sauf que toi…il me semble que tu n’étais pas seule à cette période ?
(Illustration musicale: Madonna “Frozen”)
M – (Navrée). Oh là ! Beaucoup plus que tu ne le crois… Je fréquentais un expert en mensonge, très souvent absent ou invisible. Je l’avais choisi à la place de Harm qui, après des années de non-dits me paraissait indifférent et ne semblait pas ressentir au plus profond de lui-même ce que j’éprouvais pour lui. Après seulement quelques mois et le mensonge de trop J’ai rompu avec « l’homme invisible ». Mais je n’ai pas souhaité que Harm le remplace pour autant. J’avais besoin de temps. Je pensais qu’il se lasserait de moi, qu’il se contenterait de notre amitié et qu’il finirait par rencontrer quelqu’un avec qui il pourrait fonder une vraie famille.
Mat – Tout faux ! Quand tu as rompu, il me l’a dit presque aussitôt avec un petit air enjoué qu’il avait du mal à dissimuler. Cependant, quelques jours plus tard, il était rentré d’une mission, énervé ou perturbé parce qu’un général venait d’être nommé pour remplacer l’amiral. (Elle rit un peu). Ce soir-là, rien ne se passait comme il le voulait : Il sort de la douche en oubliant de se rincer les cheveux, il renverse le plat de spaghetti sur le sol, trébuche sans arrêt sur son sac de voyage resté au milieu de la pièce alors qu’il le range tout le temps dès qu’il revient de voyage… (Mac rit également en imaginant la scène)…J’essaie de lui demander calmement ce qui cloche et il me baragouine que tu risques d’être mutée ou lui dans une autre base, que vous allez être séparés, qu’il perd sa meilleure amie en plus de moi qui parlait de bientôt me réinstaller chez mon père. Enfin bref, qu’il allait se retrouver seul. Il m’a dit qu’il envisageait de démissionner parce que tu risquais d’être envoyée sur une autre base…
M – (Surprise). Quoi ? Démissionner encore…
Mat – Ben oui. Il disait que la marine lui prenait toutes les personnes qu’il aime et qu’il en avait assez de cette vie et puis l’instant d’ après il rechangeait d’avis, que c’était stupide de tout chambouler parce que tu ne voudrais pas de lui… Il a continué de râler un moment, il parlait dans ses dents, il a bu une ou deux bières puis s’est affalé et endormi sur le canapé en quelques minutes. Sur le coup, j’ai cru qu’il était soul mais je ne pense pas parce que ce n’est pas dans ses habitudes. Alors, c’est un peu pour cela, quand j’ai vu la tristesse dans son regard que j’ai décidé de venir te voir au JAG si tu te rappelles, pour prendre soin de lui quand je serais reparti chez mon père. Je ne pensais pas qu’il s’était attaché à moi comme cela…
M – Je vois. (Gênée). Moi qui pensais qu’il était en train de passer à autre chose. D’ailleurs à l’époque, tu n’as jamais croisé chez lui une certaine Alicia Montès ?
Mat – Oh que oui ! Une espèce de folle, professeur de droit je crois, qui m’a percuté en voulant pénétrer dans l’ascenseur alors que je n’en étais pas encore sortie. C’était un soir où je devais dormir chez mon père. Mais finalement j’ai dû revenir à D.C. parce que j’avais oublié des cours pour le lendemain. Quand je lui ai demandé ce qu’il se passait, Harm m’a dit que cette nana devait diner avec lui mais que celle-ci avait oublié un rendez-vous ailleurs soi-disant… (Elle réfléchit). Mais au fait, avant de monter chez lui, je t’ai vu ce soir-là partir en voiture à toute vitesse. Qu’est-ce qui s’était passé parce que Harm m’a juste répondu qu’il faisait fuir les femmes. Je n’ai pas compris ce qu’il voulait dire et il est parti se coucher sans rien ajouter…
M – (Un peu gênée). Oh, il ne s’est rien passé d’important. J’avais besoin de parler et je suis allé chez lui sans prévenir. J’ai frappé à sa porte et j’ai vu qu’Alicia était là alors j’ai fui en pensant ne pas être la bienvenue…
Mat – (Dubitative). Ouais…Toi aussi, tu ne t’es pas beaucoup battue…
M – (Un peu irritée). Plus que tu ne le penses mais si tu connaissais la simplicité de notre relation…Et le nombre de fois où l’on est passé à côté l’un de l’autre…
Mat – (Peu convaincue). Mouais…Mais au fait, tu n’as pas répondu en ce qui concerne un enfant à tous les deux. Vous en aviez déjà parlé ?
(Illustration musicale: Bruce Sprigsteen “Secret garden”)
M – Oui ! Mais encore une fois, c’est un peu compliqué…Je vais quand même te raconter. Bon !… (Elle cherche ses mots). Il y a presque six ans, le petit A.J Roberts a été mis au monde dans les bureaux du JAG par l’amiral Chegwidden. C’était l’heure, le moment pour Harriet d’accoucher et elle n’avait plus le temps de rejoindre l’hôpital comme prévu pour un tas de raisons : l’ascenseur en panne et Bud paniqué, coincé à l’intérieur ; l’ambulance qui part avec une autre femme enceinte également sur le point d’accoucher... Donc, nous étions quelques-uns, Harm et moi entre autres, dans le bureau de l’amiral pour assister à ce moment un peu spécial. Il me semble que l’émotion suscitée par cette scène a donné des idées à notre pilote préféré. Car quelques minutes après l’accouchement, l’ambulance est arrivée afin d’emmener Harriet et son enfant vers l’hôpital pour les vérifications habituelles. Harm et moi l’avons regardé partir, perdus dans nos pensées et il m’a fait une sorte de proposition. (Elle sourit en y repensant). Un pari, un pacte ou une promesse assez inhabituelle. Il m’a dit, droit dans les yeux que si dans les cinq années qui suivraient ce jour-là nous n’étions pas mariés ou fréquentions quelqu’un d’autre, nous ferions un bébé ensemble. Sur le moment, j’ai relevé ce défi avec lui et je pense même que j’y croyais. Mais quelques jours plus tard, il embarquait sur un porte-avion pour plusieurs mois afin réaliser son rêve de redevenir pilote de chasse. Je lui en ai voulu un peu de me délaisser de sa présence au JAG et l’on a été un peu en froid pendant quelques temps. Puis les mois, les années ont passé, nous avons fréquenté d’autres personnes dont nous n’étions pas vraiment amoureux mais nous voulions chacun de notre côté punir l’autre de ne pas faire les premiers pas en vue d’une relation de couple que nous désirions pourtant fortement au fond de nous-mêmes. Cette fierté stupide prenait le dessus mais ça, tu le sais très bien puisque tu nous l’as fait « gentiment » remarqué tout à l’heure. Ceci dit, au fond de moi, je n’envisageais pas de faire un enfant avec quelqu’un d’autre qu’Harm. Je pense qu’il en était de même pour lui. Il m’a même rappelé une fois que la date limite approchait et que l’on pourrait « s’y mettre ». De mon côté, j’espérais partager avec lui un peu plus qu’un enfant et je ne savais pas s’il m’aimait vraiment puisqu’il ne me le disait pas clairement. J’ai trop attendu cette déclaration mais il est sûr qu’à l’époque, j’aurais pu tomber enceinte naturellement et plus facilement. Ces cinq années sont passées maintenant et une endométriose s’est déclarée il y a quelques mois. L’opération qui a suivi ne me laisse plus que quatre pour cent de chance de porter un enfant… (Elle baisse les yeux, puis se lève pour aller regarder le vide par la fenêtre).
Mattie – Quel gâchis ! Vous avez vraiment tout fait pour que ce soit vraiment difficile entre vous deux…
M – (Agacée, elle croise les bras, les yeux rougis par les larmes qui approchent)… Bon ça va ! Si tu crois que je n’en suis pas consciente. Enfin Mattie, depuis ce matin, tu n’arrêtes pas d’essayer de me faire culpabiliser, de souligner mes défauts ou mes comportement. (Elle laisse passer un temps, marche devant le lit la jeune fille cherchant une réponse, la plus juste et sincère, se reprend, s’immobilise puis s’approche de Mattie pour lui parler bien en face). Cette situation ne m’apporte que des regrets, des remords…Je n’en veux pas à Harm. Pas un instant. Bien au contraire. Il pourrait m’en vouloir éventuellement d’avoir trop attendu pour partager cet enfant quand c’était encore possible alors que lui était « prêt ». Mais il n’est pas comme ça. Quand il a su pour l’endométriose, il m’a laissé du temps, de l’espace pour digérer cette situation. Sans bruit, toujours comme un ange gardien silencieux qui plane au-dessus de soi. Et moi, même encore aujourd’hui j’ai honte. Honte parce que si l’on va au bout de nos projets de vie commune, le mariage et le bonheur qui devrait l’accompagner, je n’ai rien à lui apporter d’autres qu’un ventre quasiment stérile puisque tu voulais savoir. Je m’en veux à moi seulement. J’ai assez passé de nuits blanches en y repensant avant de venir le voir il y a trois jours pour le forcer un peu à exprimer ce qu’il ressent.
Mattie – (Ironique). Après tout, si un jour on vit tous les trois ensemble, tu auras une famille toute faite : pas de grossesse, pas de couches culottes ou de nuits coupée pour nourrir un bébé…Ca compliquerait moins ta vie…
M – (Elle coupe)…Ah tu crois ça ? (Elle marche à nouveau nerveusement autour du lit, tentant de se calmer). Mattie… On ne se connait pas beaucoup mais tu penses déjà pouvoir te permettre de me juger ? Je peux comprendre que tu pourrais avoir des doutes sur le fait que je ne pourrais peut-être jamais le rendre complétement heureux et tu aurais raison, quelque part…ou peut-être que tu ne veux pas de ma présence ? Je ne suis peut-être pas la bonne personne ?
Mat – (Elle tourne la tête, pour cacher sa tristesse et dit en sanglotant). Ne le quitte pas… Nous… On…On a besoin de toi. Je tiens à m’excuser de te pousser à bout comme ça…Sarah, tu es la seule qui puisse faire cela avec Harm…
M – (Elle fronce les sourcils, intriguée)…Faire quoi ?
Mat – (Elle essuie ses larmes et regarde Mac en face)… M’aider à oublier que ma mère n’est plus là !
(Illustration musicale: The Jam « Ghosts »)
Fin de chapitre.