Chapitre 1:Good Times/Bad Times.
Quand j’ai entendu la sonnerie, je me suis précipitée dehors. Avec Rachel nous avons vidé nos casiers. Nos casiers de juniors. Dans deux mois, nous allions être LES seniors de THH. Moi, à vrai dire, je m’en fichais, mais elle ne vivait que pour ça. Elle allait pouvoir passer capitaine des cheerleaders, en plus de son statut de bombe du lycée.
Nous étions donc là, à vider nos casiers, et elle me sort, comme ça :
_Je pars en France tout l’été. Papa nous emmène là bas pour récompenser mon frère de sa brillante saison de basket. Tu le crois ça ? Et moi j’ai été retenue par une agence et j’ai rien. Je sais pas moi, Henry il a eu une voiture ET un voyage quand même !
Pendant qu’elle m’exposait son problème, avouons-le, horrible, elle faisait bouffer ses cheveux devant le petit miroir qu’elle avait installé dans la porte de son casier. J’ai essayé de me mettre à son niveau, j’ai pris un air super sérieux, et j’ai continué à écouter, en hochant la tête.
_Je veux dire, il n’y en a que pour lui. Tout ça parce qu’il a un pénis ! Enfin, bon, tu es bien placée pour le savoir, toi !
Oui, j’ai oublié de préciser que le Henry en question, c’est mon copain. On sort ensemble quoi. C’est son frère jumeau, donc autant dire qu’il est aussi canon qu’elle, dans un genre plus masculin, toutefois ! Mais passons. C’est donc comme ça que j’ai appris que j’allais passer mon été toute seule, à aider ma mère dans son café. Je m’estime heureuse, j’aurai pu aider mon père dans son garage… Je commençais à me consoler en me disant que mon frère allait venir avec sa femme géniale, quand ma mère a décidé de me donner l’envie de me cryogéniser deux mois. Elle est entrée dans la cuisine, alors que je prenais innocemment un jus d’orange en lisant le journal (
la bande dessinée, derrière… j’avoue !), s’est assise en face de moi, avec sa tasse de café et ses cheveux mal coiffés et a prononcé les mots qui, je le savais, allaient ruiner mon été…
_Tu te souviens de Nathan et Haley ?
_Les amis de Lucas ?
_Oui, eux. Ils sont originaires de Tree Hill aussi, tu sais ?
_Oui, maman, je sais.
_Ils vont venir avec Lucas et Brooke cet été, avec leur fils, tu te souviens, Jordan ? Jordan… bien sûre que je me souvenais de lui. C’est un abruti qui, le noël de mes 10 ans, a ruiné mon bonhomme de neige avec son stupide ballon de basket, et a eut ce rire démoniaque ensuite. Il m’a dit un truc du genre :
_Les bonhommes de neige c’est pour les ploucs de Virginie… A Chicago, en hiver, Papa (
oui, il parle beaucoup de son père, ce héros)
nous emmène au bord du lac pour une bataille géante avec tous mes copains.
Je me souviens avoir ramassé sa vieille balle orange et lui avoir jeté en plein dans le ventre, en lui lançant une réplique dont je suis assez fière, encore aujourd’hui…
_Ton père aurait mieux fait de te payer des cours de géographie, petite tête, ici on est en Caroline du Nord.
Et là j’ai tourné les talons et je suis partie, la tête bien haute (
avec le recul, j’ai peut-être un peu surjoué mon ressentiment). Ensuite, on a passé toutes les vacances à se tirer la langue dans le dos de nos parents, persuadés qu’on s’entendait super bien.
Je le haïssais. Même son prénom, Jordan, comme si personne ne savait que son père était un basketteur professionnel… c’est bon quoi ! Je le haïssais, mais pourtant, c’est moi qui étais là à l’attendre à la gare, parce que « Monsieur » était en stage High Flyers, donc il fallait qu’il arrive avant tout le monde… En plus il faisait genre 40°, j’étais crevée parce que j’avais bossé toute la matinée avec ma mère, et je ne savais même pas à quoi il ressemblait, donc je devais me coltiner cette pancarte « JORDAN ». Pendant que ma meilleure amie et son frère, mon copain, étaient au bord de la Méditerranée à manger du fromage, boire du vin, ou je ne sais quoi de stupide et français.
_Le train numéro 34854, en provenance de Charlotte, est annoncé avec 15 minutes de retard.
Ben voyons ! Il ne manquait plus que ça. 15 minutes plus tard… Pour vous resituer la scène :Je suis en nage, j’ai soif, et le train arrive. C’est pas trop tôt ! C’est dingue le nombre de personnes qui peuvent descendre de ce train. Evidemment, j’imagine qu’il va sortir en dernier, en regardant à droite et à gauche avant de balancer son vieux sac sur son épaule et de descendre comme un héros qui revient de guerre, le regard ébloui par le soleil.
_Laura ?
Une voix masculine dans mon dos.
Demi-tour, toute !
Devant moi, un grand brun, planqué derrière ses lunettes de soleil pilotes, t-shirt blanc et vieux baggy, qui portait un gros sac de sport. Il m’a reluquée de bas en haut et a enlevé ses lunettes. Les mêmes petits yeux noisettes de tueur de bonhomme de neige... Je ne me suis pas laissée déborder par la haine et j’ai vaguement articulé une poignée de main.
_Jordan, c’est ça ?
_Oui c’est bien moi. En chair et en os. Je rêve !
_Bon, la voiture est garée plus loin. Tu me suis ? J’ai préféré poser les bases tout de suite. Pas de blabla inutile, pas de familiarités, pas de pitié. Je l’ai conduit chez moi, lui ai montré sa chambre puis j’ai foncé dans la mienne vérifier si Henry ne m’avait pas envoyé d’e-mail. Ma messagerie affichait effectivement une petite enveloppe.
Laura,On est bien arrivés, il fait un temps génial et c’est magnifique !8-)
Bisous.
Rachel.
Pour enfoncer le clou de cette journée à deux balles, le seul semblant de nouvelles que je recevais du vieux continent venait de ma meilleure amie, pas de mon copain. Autant dire que j’étais d’une humeur massacrante, ce n’était pas le moment de me chercher des noises. Pourtant, mon père, ne travaillant pas au garage le dimanche, a passé sa tête par la porte de ma chambre.
_Dis moi Laura, si tu emmenais Jordan visiter Tree Hill, ou faire un tour à la plage, vous devriez profiter du beau temps les jeunes !
Mon père, Keith, de son prénom, donne du « vous, les jeunes » à tout bout de champs. Il est aussi du genre qui a le contact facile et qui aime tout le monde, aussi eût-il été inutile de lui expliquer le profond mépris que je ressentais pour l’autre jeune en question. Je me suis levée de ma chaise, un peu exaspérée et je l’ai rejoint dans le couloir. On a été toquer à la porte de l’affreux Jojo pour ce qui s’annonçait déjà comme la ballade du siècle. Là, mon père a tapé sur mon épaule et est parti ! Vous lisez bien, il m’a plantée là, alors que c’était son idée.
_ENTREZ ! cria-t-il de l’autre côté.
Je suis entrée et ai perdu toute l’innocence qu’il me restait à là seconde même. Il était torse nu, en train de se changer. Je me suis excusée et cet abruti a rit. Il a du croire que j’étais troublée. J’ai essayé de prendre encore sur moi, au point où j’en étais, et j’ai enchaîné.
_Il fait beau et mon père pense que « les jeunes » devraient aller se balader : tu auras droit à une visite de Tree Hill et un tour à la plage, si aucune averse ne daigne se pointer avant 15 heures. On part dans 5 minutes.
_Pourquoi pas.
_Je vais chercher mes affaires et prier pour qu’un ouragan ravage la ville.
Je suis sortie en prenant soin de fermer la porte derrière moi. J’ai été rassembler mes affaires dans ma chambre et il m’a rejoint. Il est entré sans frapper, fort heureusement, j’avais mes vêtements, MOI.
_Tu es prête ?
_Oui.
On est sortis, en silence, et on a commencé notre petit tour. Il gardait ses mains dans ses poches et regardait autour de lui. On est passés devant le lycée. J’ai fait le petit guide touristique.
_C’est là que je vais au lycée, dis-je, monocorde.
_Ca a l’air sympa. Moi je suis dans un lycée privée, c’est nettement plus austère.
J’ai levé les yeux au ciel, tout de même étonnée qu’il connaisse le mot « austère ». Il a continué, sans qu’on ne lui demande rien.
_C’est le fameux gymnase Durham ?
_Oui. Comment tu connais ça, toi ? Le coach Whitey est aussi célèbre à Chicago ?
_Non, mais il est célèbre chez moi. Papa en parle tout le temps. Quand je pense qu’ils ont gagné un championnat d’état... Il a longuement contemplé le gymnase comme un temple.
NB : Nous étions en plein soleil.
_Tu l’a connu, toi, le coach ? me demanda-t-il, les yeux grand ouverts.
_Oui, très bien même. C’était un peu comme un grand-père pour moi. Il est mort quand j’avais 12 ans. Parler du coach m’avait comme pincé le cœur. Tout le monde l’appelait coach, il était tellement respecté dans la ville. Je me souviens, quand j’avais 8 ans, pour le 4 juillet, il avait fait un discours, tout le monde avait les yeux humides. Il avait même parlé de moi, en citant l’avenir du pays. Je me suis sentie tellement fière, j’ai eu l’impression qu’il m’investissait d’une mission spéciale.
Comme je ne disais rien depuis plusieurs secondes, Jordan a posé une main sur mon épaule.
_Enlève ta main, minable.
Il a rit et s’est dirigé plus près du gymnase.
_Je tuerai pour jouer ici.
_Pourquoi ?
_Parce que, c’est ici que mon père est devenu quelqu’un. Cet endroit doit posséder une aura incroyable...
_Oh oui, tu parles ! Les Ravens n’ont pas gagné grand-chose depuis que ton père est parti ! Des fois j’ai l’impression d’encourager l’équipe adverse !
_Tu assiste aux matchs ?
_Je n’ai pas trop le choix, je fais parti des cheerleader !
Il m’a lancé un regard lubrique. J’ai de nouveau levé les yeux au ciel et je suis partie. Pervers ! On est ensuite passé voir ma mère au café. Elle a enlacé Jordan comme si c’était quelqu’un d’important, demandant de ses nouvelles, et nous a offert des thés glacés maison. On est resté une heure, en discutant de tout et de rien, mais surtout de rien.
Nous avons ensuite atterri à la plage. La tempête tant souhaitée n’a donc jamais eu lieu. On a installé nos affaires et on s’est mis en maillots de bains. Il a fait son show, il y avait la moitié des nanas de mon lycée à la plage ce jour là. Et il fallait voir la façon dont elles le regardaient, on aurait dit qu’il était en or massif. Il lança des sourires à ses admiratrices et me regarda en agitant les sourcils.
_Tu les connais ? Me demanda-t-il
Il désigna de la tête un groupe de trois blondes en bikini à ma gauche, donc derrière lui. Elles se murmuraient des trucs en gloussant comme des dindes écervelées.
_Pas personnellement, non. Répondis-je
.
_Pas grave, je m’en charge.
Il s’est retourné et a rejoint les filles. Pour simplifier, nous les nommerons groupie n° 1, 2 et 3. Il s’est donc approché de ses 3 groupies et la machine s’est mise en route. Et vas-y que je fais des blagues, et vas-y que groupie 1 jette ses cheveux en arrières, et vas-y que je m’accroupie pour discuter... Ils ont tous finit dans l’eau à barboter comme des enfants de 10 ans. Il m’a même fait signe de les rejoindre. Comme si j’avais besoin de sa permission pour faire trempette... J’avoue avoir fait quelque chose de stupide à ce moment. Je l’ai ignoré et j’ai fait semblant de téléphoner en riant très fort.
Il est revenu un peu plus tard, en courant comme David Hasselof. Ridicule. Il s’est allongé sur sa serviette et m’a tendu son tube de crème solaire, sans un mot. Comme il voyait que je ne le saisissais pas, il a tourné la tête vers moi. Il a pu constater que je lui lançais un drôle de regard.
_Ben qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi tu me regardes comme ça ?
_Tu plaisantes j’espère !
_Ben quoi ?
_Tu ne crois quand même pas que je vais t’enduire d’huile solaire, Don Juan ?!
J’ai pris mon bouquin, de peur que son contact ne ramollisse trop mon cerveau, et je l’ai ignoré. Il s’est alors permis de fouiller dans mon sac et a sorti mon iPod. Il a commencé à faire le tour des chansons que j’avais.
_Mais c’est pas vrai, tu n’as que des antiquités là-dedans ! S’exclama-t-il.
J’ai choisit de ne pas répondre. J’ai continué
les raisins de la colère. Histoire d’apaiser la mienne. Mais comme il ne supportait pas que je ne lui prête aucune attention, il n’arrêtait pas de me poser des questions. Je me contentais de simples acquiescements, voire de « hmm hmm », mais pas plus. Il a quand même réussit à ma faire réagir. A l’intérieur. Je continuais mon jeu de l’indifférence, le meilleur des mépris, selon certains.
_Tu fais toujours des bonhommes de neige idiots à noël ?
La bave du crapaud...
_J’imagine que tu es aussi du genre à faire des châteaux de sable quand tu n’as plus de neige ! Ajouta-t-il
...n’atteint pas la blanche colombe.
_C’est fou ce qu’on doit s’ennuyer pour en arriver là. Enfin, dans une petite ville, c’est normal, il n’y a rien à faire.
C’en était trop. J’ai refermé mon livre sèchement et l’ai regardé droit dans les yeux.
Musique:
_
Ecoutes moi bien citadin de seconde zone, un gamin normal fait des bonhommes de neige, des châteaux de sable et des gâteaux avec ses parents. Ca s’appelle l’enfance et c’est une période magnifique. Ton père vient d’ici, et ça ne l’a pas empêché de devenir quelqu’un. Il a fait des bonhommes de neiges, ta mère faisait des gâteaux avec mon frère et ils faisaient certainement tous des châteaux de sable, pour autant, ce ne sont pas des bouseux puants, contrairement à toi, qui as les chevilles tellement enflées que tu ne dois certainement pas pouvoir enfiler tes baskets atroces le matin !
Je me suis levée, ai ramassé mes affaires et suis partie en le laissant planté là. J’ai traversé la ville en paréo, avec ma serviette de bain sur les épaules et mes tongs aux pieds, en pestant contre la débilité de ce crétin (
oui, je sais, c’est un pléonasme, mais la colère rend vite mes propos incohérents!).
Il nous a rejoint à la maison une heure plus tard. J’avais eu le temps de me doucher et de me calmer. Il était presque 17 heures, et je devais rejoindre ma mère au café. J’étais dehors avec mon père quand il est arrivé, les mains dans les poches, l’air assez satisfait. Il affichait un sourire un peu arrogant, comme à son habitude.
_Alors Jordan, lança mon père
, on t’a laissé tomber !
_Keith, mon ami, j’ai eu de la chance dans mon malheur ! répondit-il
. De charmantes jeunes filles ont pris la peine de m’indiquer le chemin vers la maison.
_Je vois que tu ne perds pas de temps pour découvrir les merveilles locales.
Voilà qu’ils se faisaient des clins d’œil !
Je regardais mon père avec la plus grande détresse face à leur conversation masculine particulièrement primaire.
_Ne vous gênez pas pour moi, je vais aller chez maman ! Répondis-je, avant de me lever de la balancelle.
_Mais tu sais, Jordan, tu as la plus belle sous les yeux. Dit mon père, fièrement.
Je me suis cachée les yeux avec ma main droite, désespérée par l’attitude de mon père. Je suis partie au café et les ai laissé entre hommes, Jordan agitait un petit papier en direction de mon père.
Au café, j’ai pris le temps de ne penser à rien. On était débordées et ma mère était anxieuse à l’idée que Lucas revienne demain soir. Je la voyais se tromper dans les commandes, ou en rendant la monnaie, et, à chaque fois, elle s’excusait en souriant, ajoutant un «
mon grand fils rentrer demain, je suis un peu nerveuse. ». Et aux vieilles dames de s’exclamer «
Oh ! Le petit Lucas ! Qu’est-ce qu’il devient ? ». Ma mère enchaînait alors avec sa tirade classique
journaliste/marié à Brooke Davis/fait le tour du monde souvent, fière comme un paon. J’en étais à réarranger les muffins sur le comptoir, après l’avoir essuyé de toute mon âme, quand une des groupies blondes, groupie 3, pour être précise, s’est pointée. Elle m’a fait signe de la main (
Mais pourquoi, mon Dieu, pourquoi ?!) et est venue s’asseoir en vitrine. Elle a été rejointe quelques minutes plus tard par l’affreux Jojo. Il nous a fait un signe de la tête à ma mère et moi, puis a passé sa main dans le dos de groupie 3, en me lançant une espèce de regard en coin. J’ai agité la tête de gauche à droite, devant cette aberrante démonstration de sa puissance masculine et ai continué ma besogne avec acharnement, avant d’aller prendre leur commande.
_Vous avez fait votre choix ? Dis-je avec mépris.
_Euh... un coca light avec une rondelle de citron, répondit G3, dans toute sa blondeur chatoyante.
_Ne me dis pas que tu surveille ta ligne ma jolie ? Lui dit-il, avec son sourire carnassier.
Elle a rougit et s’est enfoncé les mains sous ses jambes, en baissant la tête.
_Et toi, Jojo ? Lui lançai-je, avec un air de défi.
Il m’a regardé, éberlué, puis, en me tendant la carte, m’a commandé un thé glacé. Mais, décidemment d’humeur diabolique, j’ai ajouté :
_Un thé glacé, tu es sûr ? Enfin, ce n’est pas très bon pour, tu sais... J’ai regardé sa braguette et ai murmuré, de manière assez audible, pour que G3 ne manque rien du spectacle :
_Ton incontinence...
Si seulement le regard qu’il m’a lancé à ce moment pouvait être décrit ! G3, elle, l’a fixé avec une sorte de dégoût et a prétexté un rendez-vous urgent qu’elle «
avait complètement oublié » pour lui filer entre les pattes.
Il l’a regardée s’enfuir, en essayant de balbutier quelque chose, mais c’était trop tard. Son passé l’avait rattrapé. Je crois que j’ai vengé monsieur snowman à ce moment.
_Tu es contente j’espère ? M’a-t-il craché au visage.
_Oh, Jojo, un peu d’humour. Moi ça m’a bien fait rire !
_Et tu sors ça d’où, Jojo ?
_C’est le plus ridicule que j’ai trouvé pour l’instant... Jojo !
J’ai tourné les talons et ai été lui chercher son thé glacé. Mais il m’a suivie, et, devant le comptoir, a commencé à engager la conversation, à haute et très intelligible voix.
_Alors Laura, dis-moi, ça s’est calmé tes histoires de morpions ?
Je suis ressortie de derrière le comptoir, blême, mon plateau à la main. Il souriait, visiblement satisfait de lui-même. Je ne me suis pas laissée dégonfler, ai posé mon plateau sur le bar et l’ai regardé droit dans les yeux.
_Oui, merci. Je savais que je n’aurai pas dû passer après toi aux toilettes.
Il a incliné la tête à gauche, et l’a secoué, comme pour saluer ma répartie.
_Je sens qu’on va bien s’amuser cet été, a-t-il ajouté avant de retourner s’asseoir.
L’attente de la venue de mon frère et Brooke m’a ensuite parue interminable, avec ce crétin dans les parages. Fort heureusement, je travaillais quelques heures avec ma mère dans la journée. Son arrivée a été une explosion de joie et un grand soulagement.
C’était le lendemain, vers 19 heures. Leur taxi s’est garé devant la maison. Je le guettais de la balancelle depuis presque une heure, et dès que Lucas a posé un pied sur le sol de Tree Hill, j’ai courut lui sauter dans les bras, et je ne l’ai plus lâché pendant presque une minute. Pendant ce temps, toute la famille a eu le temps de sortir de la maison, et Brooke du taxi.
_Moi aussi je suis content de te voir, Laura, dit-il en riant.
Je l’ai lâché et il a pu enfin enlacer maman et papa. J’ai ensuite sauté sur Brooke, la belle-soeur la plus formidable dont on puisse rêver, qui ne manque pas, à chacune de ses visites semestrielles, de me rapporter l’intégralité de sa collection en avant-première pour que je fasse mon choix. Il y en a pour des dizaines de milliers de dollars et je crois que Rachel me déteste à cause de ça. Mais passons. Outre cet avantage purement matériel, ses innombrables anecdotes incroyables, Brooke est un peu comme une grande sœur. Elle m’écoute, me conseille, on rit, on peut parler de tout.
Ce qu’il faut savoir à propos de Brooke et Lucas, c’est qu’ils n’ont jamais pu avoir d’enfants. Leur train de vie assez soutenu les empêche de s’occuper de quelconques démarches d’adoption, et je pense que Lucas n’est pas vraiment emballé par cette idée, de toute façon. Par conséquent, moi, Laura Scott, suis comme la fille qu’ils n’ont jamais eue.
Avec leurs histoires aux quatre coins du globe, ils ont fait naître en moi des envies d’évasions. Tree Hill est trop petite pour moi, je fais tout pour pouvoir un jour intégrer une grande université et m’ouvrir au monde. Ma préférence allant à Columbia, à New York... Je nourris l’espoir secret que Lucas et Brooke puissent peut-être m’héberger dans leur appartement de Park Avenue.
Je referme cette petite parenthèse, pour en revenir au retour du fils prodige et de sa merveilleuse femme. Tout se passait donc pour le mieux lorsqu’un son particulièrement désagréable parvint à mes oreilles.
_Le grand Lucas Scott, le deuxième meilleur basketteur de Tree Hill ! Se moqua Jordan, adossé à la colonne qui supportait le toit au-dessus du porche.
Il a descendu les escaliers qui le conduisaient au jardin avant et s’est avancé vers nous. Je l’ai regardé s’incruster dans notre réunion de famille, qui plus est en insultant mon frère, le journaliste le plus brillant de sa génération, sportif accompli et génétiquement programmé pour faire tourner les têtes (
ce qui est sympa avec les gènes, c’est que ça se partage). J’attendais avec impatience la réponse de Lucas.
_Jordan ? Mais c’est pas vrai tu t’es fait greffé le visage de ton père ?
Il lui adressa une accolade virile, en le scrutant de haut en bas. Il faut tout de même avouer que la carrure athlétique de Jordan en impose. Je dois même avouer que c’est un beau mec. Un abruti, mais séduisant (
n’ayez pas l’air choqués...je l’ai vu torse nu, il n’y a rien de surprenant !).
_Ca fait du bien d’être chez soi !
On est ensuite tous rentrés. Les Davis-Scott ont défaits leurs bagages et se sont installés comme chez eux, tandis qu’une question métaphysique m’est passée par la tête. La réponse ne pouvait pas, ne devait pas être positive, mais, par précaution, je suis allée voir ma mère.
_Dis, maman, si Lucas et Brooke prennent la chambre du fond, où vont dormir Nathan et Haley?
Je l’ai regardée comme on regarde le père Noël au supermarché, à savoir terrifiée.
_Dans la chambre qu’occupe Jordan.
_Et lui, quand ses parents seront arrivés, il va dormir où ?_Sur le lit de camp, avec eux.
Soulagée, je suis partie rejoindre le reste de la famille dans le jardin, prenant au passage le plateau de boissons. Le service me colle à la peau, je n’y peux rien.
Arrivée au jardin, j’ai pu constater que Lucas et Jordan étaient en pleine conversation. J’ai saisi des mots tels que « panier », « shoot » et « Ravens ». Je n’ai même pas tenté d’arracher mon frère à ses griffes, je me suis assise à côté de Brooke. Elle m’a aussitôt caressé le bras et servi son sourire immense, celui qui rend ses yeux rieurs.
_Tu es de plus en plus belle, tu sais ! Tout à fait moi à ton âge ! Enfin, j’espère que tu ne fais pas autant de bêtises que moi... dit-elle en regardant ma mère.
_Je suis très sage Brooke, tu me connais. Je fais même d’énormes sacrifices pour ne décevoir personne, dis-je en désignant Jordan de la tête.
_Tu sais que je t’ai ramené deux ou trois bricoles ? Mon sourire a certainement fait le tour de ma tête à ces mots merveilleux. Elle a applaudit avec enthousiasme et s’est levée, puis m’a tendu la main pour que je la suive. Nous sommes allées dans sa chambre, où 6 valises encombraient la pièce. Elle en a pris une et m’en a tendue une autre, puis s’est dirigée dans ma chambre. Elle a posé la 1ère valise sur mon lit et l’a ouverte avec délicatesse. Devant moi s’étalaient des dizaines de fringues, toutes plus fantastiques les unes que les autres. L’autre valise contenait les accessoires.
_J’ai sélectionné personnellement les plus belles pièces pour toi. Mais si tu en veux d’autres, je te fais tout envoyer dans la seconde !
Je l’ai serrée le plus fort que je pouvais, en la remerciant un milliard de fois. Elle s’est ensuite assise sur le lit, et m’a invitée à la rejoindre et tapotant mon couvre-lit.
_Dis moi tout. La dernière fois que je t’ai vue tu m’as parlé d’un certain Henri, ajouta-t-elle.
_Oh, tu veux parler du capitaine des Ravens qui m’a lamentablement abandonnée pour aller s’éclater dans le Sud de la France avec ma meilleure amie ?
Elle a eu l’air outrée.
_C’est sa sœur jumelle, dis-je pour la rassurer. J’ai trouvé le moyen de réaliser le rêve de toutes les filles, je sors avec l’équivalent masculin de ma meilleure amie. _Je connais ça.
Musique :
Je lui lançais un regard interrogateur.
_Lucas a une sœur jumelle ? On m’aurait caché des choses ?
Elle entreprit alors de me parler de sa meilleure amie, une certaine Peyton, avec qui mon frère avait jugé bon de la tromper. Elle me parla longuement du triangle qu’ils formaient à l’époque du lycée.
_Pourquoi on ne m’en a jamais parlé, à moi, de cette fille ?
Brooke a baissé les yeux à ce moment. J’ai senti l’émotion qui la gagnait envahir la pièce instantanément.
_On ne parle jamais de Peyton. Ton frère a très mal vécu ce qui lui est arrivé.
Ses yeux se remplirent de larmes. Mais elle les garda pour elle.
_Je pense que tu es assez grande pour que je t'en parle...Après cette histoire de triangle, l'amitié entre Peyton et moi était définitivement enterrée. On ne s'est pas adressé la parole pendant des mois, même si, au fond de nous, on en crevait d'envie. J'ai aussi quitté Lucas et je me suis éloignée d'eux. Ils se sont retrouvés comme deux laissés pour compte, ils avaient besoin l'un de l'autre. Cette même année, Peyton est passé par les pires moments de sa vie. Il était là pour elle, pas moi. Un fou qui se faisait passer pour son frère l'a agressée et s'est enfuit. Heureusement que ton frère était là, encore une fois. Il l'a sauvée. Après ça, elle s'est remise doucement, et Lucas et elle ont enfin pu entamer une relation, fusionnelle je dirais. Mais le jour de notre bal de promo, le psychopathe est réapparut. Ce jour là, avec Peyton, on avait eu une dispute absolument atroce, et je croyais notre amitié encore plus au fond du trou, quand j'ai décidé que toute cette histoire avait assez duré. C'était elle et moi, ça ne pouvait pas être autrement! Si Lucas et elle étaient faits l'un pour l'autre, qu'ils s'aiment, mais je voulais qu'elle puisse partager son bonheur avec moi. J'ai foncé chez elle, tard dans la nuit, j’ai été voir dans sa chambre, mais elle était vide. J’ai appelé sur son portable, et je l’ai entendu sonner près de moi, sur son bureau. J’ai commencé à m’inquiéter, j’ai fouillé la maison, pour finir à la cave.
Elle posa sa main devant sa bouche, comme si elle revivait toute la scène. Elle a repris son récit, la voix tremblante, elle avait la chair de poule, mais elle essayait toujours de se retenir d’exploser.
_Je crois que je ne pourrais pas te décrire ce que j’ai vu. Quand Lucas est arrivé, plus tard, j’étais assise à côté d’elle, je n’avais contacté ni la police, ni les secours. J’ai cru que son cœur allait s’arrêter de battre.
Elle essaya de se calmer un peu.
Manifestement, ça faisait du bien à Brooke de pouvoir en parler un peu, si Lucas avait jeté un voile sur cette histoire. Elle repris définitivement le contrôle de ses émotions et passa sa main derrière ma tête pour me caresser les cheveux, avant d’ajouter :
_ Si tu n’étais pas venue au monde, je ne sais pas si ton frère aurait pu surmonter son traumatisme. Des fois, quand je te regarde, j’ai l’impression de la revoir. Enfin, je vois beaucoup ton frère, mais ils se ressemblaient tellement. Elle me manque tellement...
Elle essuya ses yeux, quelques minuscules larmes avaient quand même réussi à se faufiler.
_Désolée ! dit-elle.
La curiosité me fit lui poser une question délicate, j’ai été incapable de me contrôler sur ce coup.
_Ca n’a pas été bizarre après entre Lucas et toi ? J’ai remarqué qu’elle a discrètement sourit à cette interrogation.
_Tu étais un tout petit bébé à cette époque, mais Lucas a eu beaucoup de mal à remonter la pente. Tout le monde était parti faire sa vie aux 4 coins du pays, en essayant d’oublier. Moi y compris. J’avais rejoint mes parents sur Los Angeles. Mais quand je suis rentrée à Tree Hill pour l’anniversaire de Peyton, j’ai trouvé ton frère devant chez elle, avec des roses. Cette tragédie nous a lié dans le chagrin, et on a passé la soirée à parler d’elle. Je ne suis pas retournée à Los Angeles avant un an après ça. Je l’ai aidé à se remettre doucement, et il m’a suivie, pour finir ses études loin de tout ça, mais toujours avec moi. Lucas et moi on est, l’un pour l’autre, à la fois un lien vers elle, et une échappatoire. Mais encore au-dessus de ça, il y a un véritable amour entre nous. On se complète, là où lui et Peyton se ressemblaient. Il l’aimera toujours, mais je sais aussi qu’il m'a toujours aimée.
_Tu veux dire qu’on peut aimer plusieurs personnes en même temps ? Demandais-je, abasourdie par un peu tout ce que je venait d’entendre.
_Au même titre qu’il y a différentes façons d’aimer.
Elle inspira un grand coup avant de taper sa main sur ma cuisse pour qu’on rejoigne les autres. Elle venait de partager quelque chose de fort avec moi. Au-delà de cette douloureuse histoire, elle m’avait en fait expliqué qu’elle n’était pas la seule dans le cœur de Lucas. Cette pensée me tourmentait un peu. Je ne comprenais pas comment mon frère pouvait ne pas s’abandonner complètement à une personne si grande, si entière, et surtout, comment son cœur pouvait-il être assez vaste ?
Quand nous avons rejoint les autres, nous avons découvert sans surprise que les garçons s’affrontaient au basket. Ce qui m’a assez étonnée, c’est que ma mère participe. Il faisaient un deux contre deux. Ma mère et Lucas contre Jordan et mon père. Ce dernier s’est arrêté en plein action, a posé ses mains sur ses hanches, s’appuyant sur le ballon, et nous a fait signe de les rejoindre pour un 3 contre 3. Lucas, maman et moi contre Jordan, Brooke et lui. Brooke avait accepté avant même que je ne réfléchisse à la proposition. Nous avons donc pris place.
Papa et maman étaient au centre pour la mise en jeu. Elle lui lança son regard de tueuse (
le même qu’elle lance aux œufs avant de les battre). C’est bien entendu papa qui eu l’avantage, et qui passa à Jordan, qui marqua presque aussitôt.
Lors de la remise en jeu, maman, manifestement peu au courant de mon piètre niveau en basket, m'a lancé la balle. Là, Jordan s'est rué sur moi pour me marquer, il me bloquait le passage en tendant ses bras autour de moi. J'ai réussi à me dégager, sa main a frôlé ma hanche, j'ai passé à Lucas qui a pu marquer à son tour. La partie s'est poursuivie pendant 5 minutes, et c'est finalement l'équipe de Jordan qui l'a emportée, à un panier près. Ils se tapaient tous dans la main, comme des coéquipiers de toujours. Jordan s'est ensuite approché de moi, a passé son bras sur mon épaule et m'a narguée.
_Je t'apprendrai si tu veux, dit-il sur un ton condescendant
_Va plutôt apprendre où se trouve la douche, tes aisselles empestent et je vais devoir manger à côté de toi. Ca me donne déjà assez envie de vomir.
Ne jamais manquer de répartie.
Après cet interlude sportif, nous sommes donc passés à table, comme je l'ai fait remarqué à mon adversaire. Ma mère avait mis les petits plats dans les grands. La discussion s'est rapidement orientée autour de Lucas et Brooke. Pour être plus précise, J'AI rapidement orienté la discussion vers eux.
_Eh, frangin! Parle moi de la plus belle destination de cette année.
_Mmmmh... Sans hésiter la côte d'azur, cet été! C'est vrai qu'avec Brooke on va souvent à Paris, mais le Sud je ne connaissais absolument pas. C'est charmant, il y a un côté sauvage et à la fois paisible.
_Le sud de la France... dis-je, amère.
_J'en connaît une qui en veut à la France! Ajouta
Brooke, en me taquinant.
_Ben quoi? S'interrogea Lucas.
_Son petit fiancé est parti là-bas tout l'été, il l'a abandonnée... reprit-elle.
_Tu ne peut pas lui en vouloir de préférer passer ses vacances sur une plage privée, entouré de mannequins, plutôt qu'ici, renchérit Jordan.
Non mais pour qui se prenait-il?
_C'est pas très malin ça, Jordan, intervint mon frère. Enfin bon, tant que tu ne lui parles pas de la réputation des Françaises...
J'étais sur le point de les remballer tous les deux, quand Brooke décida d'éviter le bain de sang.
_Moi j'ai préféré notre nouvel an à Saint-Pétersbourg!
Elle nous parla de leur soirée absolument incroyable, des visites passionnantes et des gens qu'ils avaient rencontrés sur place. Le reste du dîner et de la soirée en générale, se passa pour le mieux. Nous étions tous pendus aux lèvres de Lucas et Brooke. Jordan n'a même pas g&