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Série : One Tree Hill
Création : 30.08.2007 à 21h28
Auteur : haley92
Statut : Terminée
« Deuxième fic complète, j'espère qu'elle vous plaira... » haley92
Cette fanfic compte déjà 17 paragraphes
Soyons honnêtes, entre le rêve et la réalité, il existe une multitude de possibilités.
La réalité, c’est que je suis enceinte de six semaines alors que je ne connais le père que depuis deux mois.
Le rêve, c’est que je me vois très bien descendant la Troisième Avenue en poussant un landau avec une alliance en or à mon annulaire gauche.
Tout dépendra de la réaction de Lorenzo Maxwell quand il apprendra la nouvelle.
Version optimiste :
Moi : Lorenzo, je suis enceinte !Lorenzo : Oh, ma chérie, je suis le plus heureux des hommes. Veux-tu m’épouser ?
L’ennui, c’est que je ne suis pas sûre que Lorenzo puisse jouer ce scénario, ni qu’il soit prêt à s’engager. Est-il d’un naturel fidèle ? Sait-il dire « je t’aime » ? Je n’en sais rien !
Après tout, je ne le connais que depuis deux mois !
C’est pour cette raison que j’ai aussi une version pessimiste :
Moi : Lorenzo, je suis enceinte !Lorenzo : Je ne suis pas prêt à être père. Combien veux-tu pour avorter ?
J’aimerai avoir davantage confiance en la réaction de Lorenzo, mais après tout, je ne le connais que depuis peu.
Voilà pourquoi je suis là, dans mon salon à tourner et retourner le problème dans ma tête depuis au moins des heures.
Une chose est sûre : je ne vais pas continuer à me morfondre ici ! C’est pour cette raison que je décide d’appeler ma sœur aînée.
Moi, après plusieurs sonneries : Bonjour, Lucas, c’est Haley. Est-ce que Peyton est là ?
Lucas : Bonjour, Haley. Je te la passe.
Moi : Merci.
Peyton : Hales ?
Moi : Salut. Ecoute, j’ai un gros problème. Est-ce que tu peux venir chez moi, maintenant ?
Peyton : Bien sûr ! J’arrive dans vingt minutes.
Après avoir raccroché le téléphone, je me rends dans la cuisine. En passant devant un miroir, je regarde mon reflet. Quelle tête ! Je ne suis pas coiffée, j’ai les marques des oreillers sur mon visage et je porte un de mes plus vieux pyjamas, celui où le pantalon n’a plus de ceinture et le T-shirt est tout délavé. Je me décide à m’habiller quand même, je n’ai pas envie d’entendre les remarques de Peyton sur mes habits.
J’enfile un jean et un débardeur bleu et je file à la salle de bains. Je me débarbouille le visage, me passe de la crème, mets un peu de blush, de fard à paupières, une touche de gloss et le tour est joué ! Je ne ressemble plus à une femme enceinte qui subit les nausées matinales et qui ne sait pas si son petit ami va la quitter ou la demander en mariage, mais à une future mère, heureuse de son état et fière de l’afficher.
Je fais un tour à la cuisine pour mettre de l’eau à chauffer dans une casserole. Et je m’active un peu à ranger l’appartement.
Dix minutes plus tard, deux tasses de thé sont posées sur la table basse du salon, ainsi qu’une assiette de gâteaux secs et le sucrier.
Que va penser Peyton lorsque je vais lui annoncer que j’attends un bébé ? Sera-t-elle contente pour moi ? Ou va-t-elle me faire la morale ?
Dring…
Je saute sur l’Interphone et lui ouvre la porte du bas. Une minute plus tard, je la serre dans mes bras.
Moi : Pey ! Tu m’as manquée ! Viens, entre. Je vais te faire visiter.
En effet, je viens d’acquérir ce petit bijou, c’est-à-dire ce petit appartement situé au sixième étage d’un des immeubles les plus chics de Manhattan, surplombant le Central Park à l’Est et l’East River à l’Ouest.
Peyton me suit dans l’appartement, les yeux grands ouverts. La porte d’entrée nous conduit directement au salon/salle à manger, qui est une grande pièce spacieuse, séparée au centre par un paravent, et entourée de baies vitrées immenses. Un petit canapé est installé à l’autre bout de la pièce, en face du home-cinéma, avec une petite chaîne hi-fi à côté. De l’autre côté, s’étendent deux grands canapés disposés en triangle, avec au centre une table basse en marbre. Une cheminée en pierres est installée au centre de la baie vitrée. Dans le coin salle à manger, une grande table en bois massif s’étend à côté d’un bar et de fauteuils. Au plafond, scintillent des lustres en cristal. Je la guide vers la cuisine, qui communique avec le salon par une grande embrasure de porte, sans porte. Elle écarquille les yeux devant ma cuisine. Tout autour de la pièce, il y a des meubles de cuisine en granit noir, accompagné d’un grand réfrigérateur américain. Au centre de la pièce, se trouve une petite table ronde avec quatre chaises autour. Elle me suit vers le couloir qui mène aux chambres. On entre dans la première, c’est-à-dire la mienne. Elle retient difficilement un petit cri de surprise. Ma chambre est une grande pièce, lumineuse à souhait, disposée de façon à ce que mon lit à baldaquin en bois ressorte sur la tapisserie couleur pâle. De chaque côté du lit, deux tables de nuit en verre sont installées, avec un tapis pour la sortie de lit. A gauche de la porte, un grand canapé est entreposé ainsi qu’une petite télévision. A droite, une autre porte qui communique avec ma salle de bains. Peyton ouvre la porte et entre dans la petite pièce avoisinante. Ma salle de bains est vive, très colorée, avec un spa au centre de la pièce, ainsi que tout les meubles d’une salle de bains normale. Je l’entraîne vers mon bureau, où j’entrepose tous mes livres sur des étagères poussées contre les murs, au fond de la pièce, j’ai installé un petit meuble avec mon ordinateur et mes affaires de travail. Plus loin, se trouve mon dressing, et je ne préfère pas faire pénétrer ma sœur dans mon sanctuaire à vêtements de peur qu’elle me fasse encore la morale sur tout ce que j’achète comme fringues. Je la pousse vers la dernière porte du couloir, c’est-à-dire la pièce qui sera plus tard la chambre d’enfant, mais ça, je ne lui dis pas. Une fois la visite terminée, on s’installe dans le canapé et je lui tends une tasse de thé.
Moi : Alors ? Tu en penses quoi ?
Peyton : Mais… Comment as-tu acheté un tel appartement ? Avec quel argent as-tu pu acheter un tel studio ? C’est une vraie merveille de grand luxe !
Moi, fière : Avec mes économies.
Peyton, suspicieuse : Ne me dis pas que tu as été demander de l’argent à papa et maman ?
Moi : C’est eux qui m’ont proposé ! Et puis, c’est moi qui en ai payé la majorité ! Je suis fière de mon appartement et c’est moi qui ai tout décoré !
Peyton : Félicitations ! Il est super ! Alors, dis-moi pourquoi tu m’as fais venir chez toi, aujourd’hui ? Je ne pense pas que c’était pour me faire faire le tour du propriétaire.
Moi : Tu as raison. J’ai un gros problème.
Peyton : Je t’écoute.
Moi : Je suis enceinte.
Peyton : Tu es quoi ?
Moi : Enceinte de six semaines.
Peyton : Oh, mon Dieu !
Moi : Je suis désolée, je sais combien tu veux un enfant, mais je ne sais pas ce que je vais faire. Je n’en ai même pas encore parlé à Lorenzo, on ne sort ensemble que depuis deux mois, et je ne sais pas du tout quelle va être sa réaction. J’ai peur, j’ai vraiment très peur.
Peyton, me prenant la main : Ne t’inquiète pas, ma chérie, tout va s’arranger. Je suis sûre que Lorenzo sera ravi d’apprendre qu’il va être père.
Moi : Peut-être, je ne sais pas.
Peyton : Mais si, arrête de pleurer. Ça va aller.
Moi : Merci, Pey, de toujours être là pour moi.
Peyton : C’est normal.
Après quoi nous buvons toutes les deux une gorgée de thé.
Une heure plus tard, ma sœur s’en va, et je m’affale devant la télé. Elle m’a convaincu d’appeler Lorenzo pour qu’on se voit ce soir. Je prends donc mon portable et je compose en tremblant son numéro.
Moi : Bonjour, Lorenzo.
Lorenzo : Salut, bébé. Ça n’a pas l’air d’aller, tu es sûre que tout va bien ?
Moi : Oui, oui, ça va. On peut se voir ce soir ?
Lorenzo : Bien sûr ! Je passe chez toi ?
Moi : Non, je préférerais qu’on aille au restaurant. J’avais envie de manger chinois ce soir, pas toi ?
Lorenzo : Comme tu veux. Je passe te prendre à quelle heure ?
Moi : On se rejoint au restaurant vers 20 heures, d’accord ?
Lorenzo : Très bien. A ce soir, ma puce.
Moi : A ce soir.
Je raccroche en me maudissant. Maintenant, il doit se douter de quelque chose ! Quelle catastrophe, mais quelle catastrophe !
Ma plus jeune sœur est enceinte, et mon mari va sortir un nouveau livre. Il travaille tard, se lève tôt pour rencontrer des éditeurs, passe son temps libre dans son bureau à écrire son bouquin. Il est partout, sauf avec moi, sa femme.
En ce moment, je suis en plein stress, alors que je dois réduire mon angoisse. Côté angoisse, je suis servie.
Que dire de l’enveloppe tape-à-l’œil reçue il y a deux semaines par la poste et annonçant les fiançailles de mon père et de sa copine ? Au passage, il aurait pu me l’annoncer lui-même… A l’intérieur, une invitation à la réception suivant le mariage Davis-Gatina.
Toute la famille proche est invitée aux incroyables noces de mon père et de sa deuxième femme. Parmi les convives, il y aura les trois sœurs Davis, le bébé de la fiancée et la mère de la fiancée. Une carte est jointe mentionnant tous les renseignements pour les robes des demoiselles d’honneur, pour la musique et les chants, le choix des fleurs, le meilleur photographe. Cela doit permettre aux sœurs Davis et à leur père, qui travaillent pour vivre, de s’y rendre sans bousculer leur emploi du temps. Toutes les sœurs Davis bossent pour vivre, sauf une, Brooke, car (excuse-moi, Brooke) mais être femme au foyer n’est pas un job à proprement parler.
Mon père a perdu la tête. Si tant est qu’il en ait eu une. Et ma future belle-mère a vingt-deux ans. Ça me rappelle que je peux rajouter à la liste des choses qui me procurent du stress le fait qu’elle est beaucoup plus jeune que moi : elle a sept ans de moins que moi !
Et l’une de mes sœurs est enceinte, sans même le vouloir. Au contraire. Elle faisait ce qu’il faut pour ne pas l’être.
C’est pas juste !
Que dirait ma mère si elle me voyait trimer pour avoir un bébé, alors qu’elle n’en voulait aucun et en a obtenu trois ?
Je me mords l’intérieur des joues en me demandant si je le fais exprès de toujours penser à ma mère dans des moments critiques. Chaque fois que je pense à maman, j’ai tellement mal que je ne peux plus rien penser.
C’est vrai que ma mère était quelqu’un d’assez original.
Mon père avait mis exactement deux ans à la convaincre de l’épouser après sa période d’études et à vingt-trois ans elle était devenue Mrs Nicholas Davis. Regimbant jusqu’au bout et bien dans sa manière, elle avait refusé la cérémonie traditionnelle. Ils avaient été mariés dans le jardin des parents de Nicholas, à San Francisco, et les parents et la sœur cadette de Mallory étaient venus de Chicago. Ils étaient partis aux Bermudes pour leur voyage de noces, le temps avait été épouvantable mais ils ne s’en étaient pas aperçus. Ils s’amusaient, jouaient et restaient au lit jusqu’à la fin de l’après-midi, n’émergeant que pour une incursion prématurée pour le dîner dans la respectable salle à manger de l’hôtel, puis ils rejoignaient bien vite leur chambre, pouffant et riant comme deux enfants. Trois semaines plus tard, Mallory riait beaucoup moins. En revenant du bureau, elle était passée chez le médecin qui lui avait annoncé qu’elle était enceinte. Elle attendait un bébé et elle voulait se faire avorter. Nicholas fut horrifié qu’elle y ait même songé. Mais Mallory l’était bien plus encore à l’idée d’avoir des enfants aussi vite. Il avait discuté avec elle. Il l’avait réconfortée, cajolée, il s’était mis en quatre pour lui remonter le moral, mais elle était inconsolable. Mais elle ne l’avait pas fait. Elle était en quelque sorte trop déprimée, trop malade, trop fatiguée pour entreprendre la moindre démarche et elle se retrouva bientôt alourdie et se déplaçant dans leur logement comme un canard en se demandant comment elle avait pu se laisser en arriver là. Par contre, Nick était enchanté. Il voulait quatre enfants, et il avait les moyens de tous les élever. Et quand bien même ils auraient crevé de faim, il n’aurait pas voulu qu’elle avorte. Non, il s’y refusait. C’était leur bébé. Le leur. Et longtemps avant que le bébé naisse, il l’aimait. Peyton Elizabeth Davis arriva avec une masse de cheveux blonds éclatants et une expression de surprise dans ses yeux brillants, exactement neuf mois et trois jours après le mariage de ses parents. Découvrir le monde paraissait susciter sa perplexité : elle pleurait beaucoup et ressemblait presque trait pour trait à sa mère, au grand bonheur de Nick qui était enchanté d’avoir une fille et en particulier une fille pareille à Mallory. Peyton poussa comme une mauvaise herbe et démontra qu’elle possédait plus d’un trait de ressemblance avec sa mère. Elle avait sa détermination, son obstination et son caractère emporté. Il y avait des jours où elle se disait qu’elle allait l’étrangler pendant que Nick était au travail. La maternité n’était décidément pas son fort et le logement trop petit, elle en devenait enragée. Il y avait des jours où elle pensait vraiment ne plus pouvoir le supporter. Et la perspective d’avoir les quatre enfants qu’il continuait d’espérer lui donnait des envies de suicide. Finalement, le bébé se calma et Peyton lui parut beaucoup moins terrifiante quand elle commença à marcher. L’horizon s’éclaircissait et voilà qu’elle attrapa une grippe. Une grippe magistrale et, au bout d’un mois, elle fut convaincue qu’elle allait mourir. Elle n’avait jamais été aussi malade de sa vie. Elle avait un rhume qui n’en finissait plus, une toux de tuberculeuse et elle avait mal au cœur du matin au soir. En définitive, après quatre semaines de lutte pour s’en débarrasser, elle se résolut à consulter un médecin. Elle avait la grippe, mais elle avait aussi autre chose. Elle était à nouveau enceinte. Cette fois, pas de colère, pas de crise de rage, pas d’injures ni de fureur, rien que du désespoir et des heures et des heures de larmes. Elle ne pouvait pas faire face, elle ne pouvait pas recommencer. Elle était incapable de se charger d’un autre enfant. Peyton portait encore des couches et maintenant ils seraient deux. Ils discutèrent de nouveau avortement et, un jour, elle faillit l’amener à céder de crainte qu’elle ne devienne folle s’il n’acceptait pas. Néanmoins, il réussit à la convaincre et quand elle fut à la moitié de sa grossesse, il obtint une augmentation qu’il dépensa pour engager une femme qui venait trois après-midi par semaine s’occuper de Peyton. L’humeur de Mallory s’améliora subitement. Elle se mit même à jouir de la compagnie de Peyton. Et Nick comprit qu’elle commençait à attendre avec impatience leur deuxième enfant, même si elle se refusait à l’admettre devant lui. Brooke Penelope naquit lorsque Peyton eut trois ans. Peyton était maintenant scolarisée et elle était à l’école tous les matins ; trois ans plus tard, Brooke fut scolarisée aussi et Mallory se dit qu’elle allait recommencer à vivre. Tout ce que désirait Mallory était ce qu’elle avait, une petite existence affairée et heureuse en compagnie de son époux et de ses enfants. Les hurlements de Peyton en son bas âge s’estompèrent dans les mémoires et elle devint une enfant rieuse qui non seulement lui ressemblait mais encore partageait tous ses intérêts, ses passions et son sens des valeurs. Elle était vraiment pareille à elle. Et Brooke aussi était une enfant charmante, elle était plus agréable que ne l’avait été Peyton et elle tenait jusqu’à un certain point plutôt de son père. Elle avait le sourire facile et envisageait la vie avec confiance. Et elle n’avait pas l’air d’attendre beaucoup d’eux. Ce n’était pas une petite fille exigeante. Elle avait les cheveux bruns et les yeux gris de Nick, pourtant elle ne lui ressemblait pas vraiment. C’est à la mère de Nick qu’elle ressemblait vraiment, ce qui ne manquait jamais d’agacer Mallory lorsque sa belle-mère en faisait la remarque. Mais Mallory ne voulait pas d’autres enfants. Elle ne cessait de répéter à son mari qu’elle ne voyait pas l’intérêt d’avoir d’autres enfants puisque Peyton et Brooke grandissaient, elles étaient gentilles et menaient leurs propres vies. Cela ne plairait même pas aux enfants. Peyton a sept ans et Brooke quatre. Ils décidèrent de faire un voyage en Jamaïque. Et ils revinrent dans une sorte de brume, détendus, alanguis et tristes que ce soit terminé. Les enfants partirent pour l’école, Nick au travail et Mallory se découvrit dans l’impossibilité de faire quoique ce soit ce jour-là. Et cet état persista pendant des semaines. Un matin, elle se rendit chez son médecin pour faire un bilan de santé. Et lorsque celui-ci avait appelé quelques jours plus tard, il lui avait annoncé que tout allait bien, qu’elle était en pleine forme, mais qu’elle était tout simplement enceinte. Elle était enceinte de six semaines. Une heure après, elle se trouvait chez son gynécologue, prenant date pour son avortement. Le soir-même, elle en discuta avec Nick. Ce fut alors des crises de colère, de la rage, des pleurs et de la fureur. Cela dura des semaines et en définitive, ils se retrouvèrent tous les deux épuisés et déçus, mais ils parvinrent à recoller les morceaux, et Mallory ne se fit pas avorter. Mais Nick accepta qu’elle se fasse ligaturer les trompes après cet enfant-là. Le bébé naquit le jour des élections, avec Nick présent dans la salle de travail, encourageant Mallory qui lui disait qu’elle le détestait à chaque contraction, et elle avait continuellement affirmé à Nick qu’elle se soucierait comme d’une guigne de ce bébé. Il lui répondait qu’il l’aimerait pour eux deux, et les enfants étaient ravis à l’idée de cette addition à la famille. Peyton avait huit ans à l’époque, elle était intriguée et tout excitée par cette péripétie, quant à Brooke, à cinq ans, c’était comme d’avoir une poupée vivante avec qui jouer. Seule Mallory était demeurée dépourvue d’enthousiasme à l’idée de ce bébé. Quand la tête du bébé apparut, Nick regarda avec émerveillement la tête de Haley, sa troisième fille faire son entrée dans le monde avec un grand cri et un coup d’œil étonné à son père. On tendit le bébé d’abord à Nick et il le présenta doucement à Mallory, dont les joues ruisselèrent de larmes à l’idée de toutes les horreurs qu’elle avait dit à propos de ce bébé. Elle avait des cheveux blonds, des yeux foncés comme ceux de Nick, une peau veloutée, et une expression dans le regard qui donnait à présager une grande sagesse et beaucoup d’humour. C’était le genre de bébé qu’on aime au premier coup d’œil et Mallory, dès l’instant où elle l’eut dans ses bras, se mit à l’aimer avec autant d’ardeur qu’elle avait mis de passion à s’opposer à sa venue. C’était « son » bébé, pas pleurnichard, pas hurleur, un bébé heureux, paisible, facile dès le début. Elle devint sa grande passion dans la vie et elle régalait tous les soirs Nick de récits des vertus et du génie de Haley. Elle était tout simplement une petite fille charmante, et tout le monde fut fou d’elle aussitôt : Nick, Mallory, ses sœurs, ses grands-parents. Elle était sensationnelle, elle donnait raison à Nick, bien que celui-ci eût la courtoisie de ne pas le faire remarquer, mais tous deux le savaient. Nick avait eu raison et ils étaient l’un et l’autre contents que Mallory l’ait eu. Tout en elle était accommodant, adorable, amusant, et jamais elle ne devint le fardeau que Mallory avait redouté. Et nuit et jour, Haley était entouré par ses sœurs qui venaient voir ce qu’elle faisait, Mallory, Nick. Ce qu’il y a de surprenant c’est qu’elle ne devint pas une mioche insupportable, c’était une fillette remarquablement agréable, qui resta la joie de la maison, apportant du bonheur à tous ceux qui vivaient avec lui. Le cauchemar de l’enfant qui ruinerait l’existence de Mallory ne se matérialisa jamais. Haley n’avait pas besoin qu’on lui consacre plus de temps que ce qu’elle avait, elle ne causait aucun ennui en classe, travaillait très bien, elle était aussi contente de jouer avec Peyton ou Brooke qu’avec elle, et plus encore avec son père, et Mallory n’avait aucune excuse, maintenant. Et sans qu’elle s’en soit rendue compte, Peyton eut soudain 18 ans et en était à sa dernière année d’études secondaires. Brooke avait 15 ans et était suspendue en permanence un téléphone qu’elle traînait on ne savait pas pourquoi dans un débarras à l’étage où elle s’asseyait par terre pour parler à des garçons que personne n’avait jamais vus ; Haley avait 10 ans et se satisfaisait de jouer dans sa chambre, vaquant à ses propres affaires, requérant singulièrement peu l’attention de sa mère.Mallory vivait à présent une lente, démoralisante prise de conscience que sa vie n’aboutirait à rien, que les rêves que vous avez eu à vingt ans n’aboutiraient à rien. A trente-cinq ans, le savoir l’aurait anéantie, à trente-neuf ans, ça l’aurait emplie de tristesse, à quarante et un ans maintenant, cela la tuerait sûrement. Il ne restait rien que la banalité de son existence, tandis que Nick grimpait vers le pinacle. C’était une sensation curieuse. Même ses enfants étaient plus importants. Chacun avait quelque chose qui lui réussissait dans la vie : Peyton avait un sens artistique incroyable, Brooke était une vraie beauté et songeait même à devenir actrice. Quant à Haley, elle chantait dans la chorale avec une voix d’ange mais, mieux encore, elle avait une âme si bonne et chaleureuse que tout le monde l’aimait. Et qu’avait-elle ? Les enfants. Nick. La maison. Elle prit les clés de sa voiture et disparut dans la Mercedes de Nick. Elle n’en revint jamais. Mallory Davis s’était suicidée. Elle s’était projetée dans le fleuve et n’en était pas remontée vivante. Rien n’aurait pu la sauver, la voiture était fermée à clé et elle avait coulé à plus de cinquante mètres de profondeur. Les funérailles eurent lieu un mercredi. La cérémonie fut simple, avec la musique que Mallory aimait et des brassées de fleurs superbes provenant de son propre jardin. Ensuite, quand on eut descendu lentement le cercueil dans la terre, Nick reconduisit ses filles dans leur maison, pour vivre seuls, pour affronter leur chagrin, pour finir leurs jours sans la femme qu’ils avaient aimée si fort depuis tant d’années. C’est ainsi que Nicholas Davis se retrouva veuf, et éleva ses trois filles seul.
Comme à chaque fois que je repense à cette histoire, je verse une larme. Une seule. Parce que même après onze ans, je ne comprends toujours pas le choix qu’avait fait ma mère en voulant se suicider. Elle qui avait tout pour être heureuse : un mari aimant, trois filles superbes, une grande maison, une belle voiture, une femme de ménage, un chien. Elle a délibérément mis fin à sa vie, si parfaite pourtant.
Je suis désespérée !
Quand est-ce que je vais enfin pouvoir installer mon bébé dans le berceau de la nursery que j’ai décorée voilà déjà sept ans ?
C’est dans cet état de déprime que j’arrive enfin chez moi. Il fait déjà sombre et je ne distingue pas grand-chose. Je trébuche même sur une branche d’arbre tombée dans la nuit.
Je jette mon sac, ma veste et mes clés sur le divan. J’avance jusqu’à la cuisine et c’est là que j’entends des voix. C’est Lucas. Il parle au téléphone. Je continue d’avancer jusqu’à ce que j’entende mieux la conversation.
Lucas, d’une voix douce : Calme-toi, Heather. Tout va bien se passer. Je suis sûr que tout va s’arranger. Bon, allez, il faut que je te laisse. On se voit demain. Oui, moi aussi. Au revoir.
Je m’arrête de marcher d’un coup. « Moi aussi » ? Lucas, mon mari avait-il vraiment prononcé ces deux mots ? Non, ce n’était pas possible ! Il ne pouvait pas… Non !
Lucas : Salut, ma chérie. Tout va bien ?
Moi, d’une voix neutre : Oui, ça va. C’était qui au téléphone ?
Lucas : Oh… Personne, c’était une erreur.
Moi : D’accord.
Je ressentis un profond dégoût pour lui, me mentait-il ? Avait-il une maîtresse ? Voyait-il une autre femme ? Me trompait-il ? Oh, mon Dieu ! Tout mais pas ça, je vous en prie.
J’installai ma fille dans sa chaise haute et lui prépara son biberon. A huit mois, Joanna semblait déjà bien éveillée et elle se mit à jouer avec la cuillère posée sur le plateau tandis que je m’affairais à faire chauffer son biberon. Une fois chaud, je m’assis sur une chaise à côté de la table et prit Joanna dans mes bras puis lui mit la tétine dans la bouche et ferma les yeux. J’étais fatiguée, moi Brooke Davis Scott, j’étais fatiguée, alors que cela ne m’arrivait jamais. Avec quatre enfants à la maison, il faut s’activer, or, je ne me plains jamais de fatigue et là, je me sens déjà éreintée alors que je viens à peine de me lever. On est jeudi, Nathan ne va pas tarder à descendre avec les enfants pour les emmener à l’école. Et moi, je passerai la journée ici, avec Joanna. Je suis très heureuse de ma vie. J’ai quatre enfants merveilleux, un mari que j’aime, une grande maison et une femme de ménage deux fois par semaine. Tout est parfait. Parfois, je pense à ce que aurait été ma vie si j’avais fait des études à l’université, mais jamais je ne regrette mes choix. Mes pensées sont interrompues par des pas dans le couloir.
Voix : Bonjour, maman.
Moi : Bonjour, Gabriela.
Gabriela : J’ai faim.
Moi : Assieds-toi, c’est prêt sur la table. Je finis de donner le biberon à ta sœur et j’arrive.
Homme, entrant dans la cuisine : Bonjour, ma chérie.
Moi, souriant : Bonjour, Nathan. Bien dormi ?
Nathan, avec un sourire coquin : Oui, on s’en refera des nuits comme celle-là, non ?
Moi, lui tendant Joanna : Bien sûr ! Tiens, occupe-toi de ta fille.
Nathan, prenant la petite dans ses bras : Viens là, ma puce.
Moi, beurrant les tartines des enfants : Où sont les jumeaux ?
Nathan : Ils arrivent.
En effet, quelques minutes plus tard, deux enfants débarquent dans la cuisine : l’un, plutôt grand du haut de ses six ans, brun et avec des yeux gris clair encore endormis ; l’autre, un peu plus petit mais six ans quand même, brun aux yeux gris foncé le suit de près.
Moi : Salut, les garçons. Ben, tes céréales sont prêtes. Dylan, ta compote est là. Et toi, Gaby, prends une tartine.
Gabriela : Merci, maman.
Avec son air de grande sœur aînée, vu qu’elle a huit ans, elle regarde ses frères se pousser pour s’asseoir à côte de leur père.
Gabriela : Les garçons, arrêtez-vous un peu.
Moi, souriant : Gaby a raison, calmez-vous et laissez votre père respirer.
Quelques minutes plus tard, les enfants sortent de table en courant chercher leurs cartables pour l’école.
Nathan : Allez, j’y vais, ma puce. A ce soir.
Moi, l’embrassant : Tu vas chercher les enfants ce soir ? J’ai rendez-vous chez le médecin avec Joanna.
Nathan : Ok. Je t’aime.
Moi : Moi aussi.
Nathan : Les enfants ! On y va !
Gabriela vint m’embrasser, très mignonne dans sa petite robe rose pâle, alors que les jumeaux, habillés des mêmes vêtements mais de couleur différente se contentèrent de me faire un signe de la main. Nathan me sourit et referma la porte derrière eux.
Moi, à ma fille : Eh bien, mon cœur, on se retrouve toutes les deux. On va aller faire une petite promenade, non ?
J’enfilai une veste et habillai Joanna, l’installai dans sa poussette et ferma derrière nous.
Quelques minutes plus tard, nous nous retrouvions dans une boulangerie pour acheter du pain.
Vendeuse, au client devant moi : Que désirez-vous, monsieur ?
Homme : Une baguette, s’il vous plaît.
Vendeuse : Tenez !
Homme : Merci.
Au moment où j’entendis cette voix, je sentis un étau se refermer sur ma poitrine de façon tout à fait inattendue. L’air me manqua et je sentis mes joues s’enflammer.
Non, ce n’était pas possible ! Cette voix… Mon dieu, non ! Pas lui ! Pas ici !
Comme il pivota enfin pour quitter le magasin, la vue de son visage aux traits anguleux dissipa mes derniers doutes.
Chase !
Je songeai un instant à tourner les talons pour détaler à toutes jambes. Mais j’en aurais été incapable puisque la stupeur me paralysait.
Chase…
Ses cheveux étaient toujours aussi épais et brillants, du même châtain clair cendré, mais ils étaient coupés très courts sur la nuque et les tempes, dans une coupe résolument moderne.
Il avait la même mâchoire carrée sur laquelle je faisais pleuvoir des baisers autrefois.
Ses yeux bleu clair me fixaient sous ses sourcils froncés, et j’éprouvai l’envie irraisonnée de lisser ce beau front pour en effacer toute contrariété.
Chase : Brooke ?
Moi : Chase.
Un sourire plein d’arrogance étira les lèvres de Chase. Lentement, il me détailla, faisant courir son regard de haut en bas sur ma silhouette. J’étais vêtue ce jour-là d’un simple jean, d’un débardeur blanc et d’un boléro marron, mais je n’aurais pas été plus gênée si je m’étais présentée en maillot de bain.
Chase : Tu es superbe.
Moi : Toi aussi.
Le silence retomba. Je ne savais que dire. Les années avaient passé, il était trop tard, maintenant.
Et s’il savait ?
Une brusque nausée m’assaillit. Je faillis porter la main à ma bouche. Non. Impossible ! Il ne pouvait pas savoir.
Chase, décontracté : Que fais-tu ici ?
Moi : Dans cette boulangerie ou à Manhattan ?
Chase, souriant : A Manhattan.
Moi : J’habite ici. Et toi ?
Chase : Je suis venu m’installer ici pour le boulot.
Moi, dont l’air semblait manquer à mes poumons : Qu… Quoi ?
Chase : Oui. Le cabinet juridique où je travaille depuis plus de cinq ans a été délocalisé de Atlanta pour Manhattan et comme je suis l’un des plus importants avocats de l’affaire, j’ai suivi.
Moi : D’accord.
Un nouveau silence.
Moi, pour faire diversion : Comment vas-tu ?
Chase : Bien. Et toi ?
Moi : Ça va.
Prudente, je m’en tins là. En dépit de ma curiosité dévorante, impossible de lui poser des questions personnelles. Les huit dernières années s’étiraient entre nous tel un gouffre infranchissable.
Chase : Brooke…
Moi : Parfait. Puisque tu vas bien et moi aussi, je vais acheter mon pain et sortir de cette boulangerie.
Puis je pris son pain.
Moi : Contente de t’avoir revu, Chase. A bientôt, peut-être.
Je me dirigeais déjà vers la porte dans un état second, chaque pas me coûtant un immense effort lorsque je m’aperçus que j’avais oublié la poussette.
Chase, en rigolant : Tu as oublié quelque chose, non ?
Moi, gênée : Chase, je te présente Joanna, ma fille.
Chase : Et si nous prenions un café, histoire de refaire un peu connaissance ? Nous avons sûrement des tas de choses à nous raconter.
Moi : Désolée, je n’ai pas le temps.
Je franchis le seuil du magasin, ne songeant qu’à fuir. Passer du temps avec Chase était bien la dernière chose que je souhaitais ! Le regarder suffisait à faire naître une douleur sourde dans ma poitrine. Il y avait des regrets, lancinants, mais surtout… le secret que je cachais.
Et Chase ne devait pas savoir.
Je me dirigeai à grandes enjambées vers le parc et m’assis lourdement sur un banc. Que faisait-il ici ? M’avait-il retrouvée pour la raison que je craignais ? A sa tête, j’aurais juré qu’il ne s’attendait pas à me voir ici. C’était donc bon signe, il ne savait probablement rien. Si ça se trouve, il ne se doute même pas de quelque chose.
Homme, d’une voix grave et familière : Puis-je m’asseoir ?
Mon cœur bondit dans ma poitrine.
Chase !
Son costume sombre mettait en valeur ses larges épaules. La chemise blanche et la cravate rayée achevaient de lui donner une allure impeccable. Qui repassait ses vêtements ? Une femme de ménage ? Sa petite amie ?
Moi : Que fais-tu là ? Tu m’as suivie ?
Chase, s’asseyant : Je te l’ai dit, je veux qu’on prenne un café.
Moi : Je t’ai déjà dit que j’étais pressée !
Chase : Tu es sûre que tout va bien ? Tu as l’air un peu tendue.
Moi : Ecoute, Chase, l’eau a coulé sous les ponts, tu sais. Il est temps de passer à autre chose.
Chase : Pourtant, cela m’intéresserait de savoir ce que tu as fait de ta vie pendant ces huit années.
Moi : Pardonne-moi, mais je ne pense pas que cela te concerne.
Chase : Cela devrait. Nous étions amis dans le temps. Tu peux bien boire un chocolat chaud avec moi, non ?
Je sentis mes joues s’enflammer. Il se souvenait de ma boisson préférée ! Mais ce n’était pas une bonne idée et je secouai la tête.
Moi : Je ne vois pas à quoi cela rimerait, Chase. Nous ne nous sommes pas séparés en bons termes.
Chase : Nous n’avons pas les mêmes souvenirs. Je te demande juste de boire un chocolat chaud avec moi, ce n’est pas grand-chose. A moins que ton mari y voit un inconvénient ?
Moi : Je… Comment sais-tu que je suis mariée ?
Chase : Tu sais, ce genre de chose qu’on porte à l’annulaire gauche quand on est marié.
Je me maudis intérieurement de mon manque de discernement. Où étaient passées ma réactivité, mon efficacité légendaire ? Je devais être toute rouge.
Chase : Disons midi, au café du coin de la rue ?
J’ouvris la bouche sans proférer le moindre son. Je baissai la tête. Il était toujours aussi sûr de lui ! Mais pourquoi vous gêner quand la vie vous souriait à ce point ?
Et il avait fallu que je ne lui précise pas que mon mari ne voulait pas que je le revoie. Oh, je me serais giflée ! Il aurait mille fois mieux valu qu’il me croit protégée par mon mari ou tout au moins que je lui refuse ce chocolat ! Je me serais sentie bien moins menacée.
Je relevai les yeux, et retins une exclamation étouffée.
Chase était en train de disparaître tout doucement. Il était parti, après m’avoir fixé un rendez-vous que je ne pouvais refuser !
Chase Adams désirait parler du bon vieux temps, savoir ce que je devenais. J’eus soudain envie de me mettre à hurler et me mordit la lèvre jusqu’au sang.
Si seulement il savait !
De mon côté, je n’avais pas la moindre idée de ce que j’allais faire.
Il est 19h, lorsque je regarde ma montre pour la énième fois. J’ai dû m’assoupir quelques heures. Je file à la salle de bains et passe dix minutes sous la douche. Après quoi, je fonce dans ma chambre pour choisir mes vêtements. Que vais-je mettre ? Je me décide pour une robe beige, simple, mais décolletée et je laisse mes cheveux frisés retomber sur mes épaules. Je me mets une touche de mascara, du blush, du fard à paupières et du gloss et le tour est joué.
Je me rends en taxi au restaurant où j’arrive avec dix minutes d’avance.
Cinq minutes plus tard, Lorenzo est assis en face de moi dans le restaurant chinois que j’ai choisi.
Mais au lieu d’aller droit au but et de lui dire que je suis enceinte, je parle de bouffe.
Moi : Comment trouves-tu tes beignets de crevettes, Lorenzo ?
Lorenzo : Délicieux.
Il pique un morceau de poisson sur sa fourchette, amorce une traversée dangereuse de la table et dépose délicatement le poisson dans ma bouche entrouverte. Il me sourit de son fabuleux sourire.
Lorenzo : Tu ne bois pas ton champagne ?
Nous y sommes.
Bien que nous nous connaissions que très peu, depuis huit semaines pour être précis, il vient involontairement, en parlant de champagne, de sceller son sort au mien pour la vie…
Lorenzo porte sa coupe de champagne à ses lèvres.
Dis-lui, bon sang, dis-lui hurle une petite voix dans ma tête.
Il continue à parler, à parler et à rire. Puis il attaque de bon cœur son ragoût de porc et savoure son champagne. Il fait une grimace dégoûtée en voyant arriver le velouté de maïs que j’ai commandé au début du repas. Je ne me décide toujours pas à lui annoncer que sa vie va changer.
Pour l’instant, le changement se résume à une fine ligne rose horizontale d’environ un demi centimètre, qui s’est inscrite sur un test de grossesse, réalisé par moi-même, il y a quatre jours, dans les toilettes de l’école maternelle où je travaille. C’était un banal lundi matin du mois d’octobre.
Avant l’apparition de cette ligne rose, j’étais encore moi, c’est-à-dire une jeune professeur de maternelle pleine d’avenir. Lors de ma deuxième soirée avec Lorenzo, alors que je ne connaissait pas encore son deuxième prénom, nous sommes allés chez moi prendre un dernier verre, et nous avons fait un bébé sans le savoir.
C’est dingue de ne se rendre compte de rien.
La seconde juste après la ligne rose, on n’est plus jamais la même. Et pourtant, je me suis regardée dans le miroir des toilettes pendant dix minutes.
Rien.
Rien n’avait changé dans mon visage. Mêmes yeux foncés, mêmes cheveux blonds longs, même minuscule petite cicatrice, une très fine petite ligne blanche sous le menton. Non, rien du tout de différent.
Je portais le bébé de Lorenzo Maxwell. Les seules questions que je me posais, ce lundi-là, concernaient le physique du bébé. Ses cheveux seraient-ils bouclés et blonds comme les miens ou raides et bruns comme ceux de Lorenzo ? Aura-t-il les yeux bleus lumineux de Lorenzo ou mes yeux gris foncés ? Avec ou sans fossettes ? Le nez des Davis ou celui des Maxwell ?
C’est alors que je mis à pleurer dans les toilettes. Des torrents de larmes. Je n’avais qu’un désir, que ma mère soit encore vivante pour que je me réfugie dans ses bras pour me faire consoler comme un bébé.
Un bébé.
Moi, Haley, je vais avoir un bébé ?
Oui, je vais avoir un bébé, je suis enceinte, enceinte, enceinte… Les mots dansaient dans ma tête. Sans fin.
De l’autre côté de mon velouté de maïs, Lorenzo Maxwell me sourit. C’est à cause de ce sourire ravageur que j’en suis là où j’en suis aujourd’hui.
Lorenzo : Tu es à des milliers de kilomètres de moi, Haley.
Dis-lui, dis-lui tout de suite, répète la petite voix dans ma tête.
J’ouvre la bouche, mais c’est pour avaler une cuillérée de velouté.
Je suis dans le noir total. Comment va-t-il réagir ?
Mais je nous imagine bien tous les deux dans la nursery de mon bel appartement de l’Upper East Side.
Moi : Est-ce que tu sors avec une autre fille, Lorenzo ?
Nous nous figeons tous les deux. Je suis tétanisée, ma question n’était pas prévue au programme.
Moi : Ecoute, Lorenzo, on sort ensemble depuis deux mois, et j’aimerais savoir où nous allons. Ça ne me paraît pas dément de te le demander.
Lorenzo : D’accord, tu as raison. Parlons-en.
Il boit une nouvelle gorgée de champagne, puis reprend mes mains sur la table et me sourit.
Lorenzo : Haley, je t’aime vraiment beaucoup, et on passe de bons moments tous les deux, alors pourquoi ne pas s’en contenter et profiter d’une bonne soirée tous les deux ?
Et vlan !
Moi : Je veux seulement savoir si oui ou non nous avons un avenir ensemble.
Lorenzo : Ecoute, je ne sais pas quoi te dire. J’aime bien être avec toi. C’est tout ce que je sais.
Une larme coule sur ma joue. Il prend une profonde inspiration.
Lorenzo : Ok, j’ai l’impression que tu attaches plus d’importance que moi à notre relation. Pour être tout à fait franc avec toi, je n’ai pas envie d’un truc sérieux pour l’instant. Je ne voudrais pas te donner de faux espoirs. Je pense que nous pourrions rester bons copains.
Voilà, et moi, je deviens mère célibataire.
Je suis enceinte, ce n’est déjà pas facile à accepter.
Depuis une semaine, je tourne ça dans ma tête : « Je suis enceinte, je prends des vitamines, je ne bois plus d’alcool ni de café. Si j’ai un rhume, je me soigne. Je suis une femme enceinte. »
Mais je n’ai jamais envisagé d’être une mère célibataire. Je pleure à chaudes larmes.
Lorenzo, les dents serrées : Haley, pourquoi ne bois-tu pas ton champagne ?
Moi : Je ne peux pas boire du champagne.
Lorenzo : Allez, bois une petite goutte.
Moi : Je ne peux pas boire d’alcool, espère d’idiot ! Je suis enceinte !
Lorenzo ne me demande pas combien je veux pour avorter, ni ne fait sa demande en mariage.
Il reste assis en face de moi, comme un boxeur sonné.
Notre voisine de table, une charmante dame d’un certain âge a les yeux mouillés de larmes et elle me félicite.
Femme : Félicitations, chérie.
Il était neuf heures du matin lorsque je se réveillai à côté de Lucas. J’étudiai attentivement son visage pour voir s’il n’y avait pas une marque de rouge à lèvres autre que le sien, je le sentis pour voir si je ne percevais pas une autre odeur que la mienne. Mais non, rien de tout ça. Je ne pouvais croire que mon mari me trompe. Je fus interrompue par la sonnette d’entrée. En vitesse, j’enfilai un jean délavé et un T-shirt gris manches ¾. En descendant le couloir, j’arrangeai mes cheveux. Je m’arrêtai devant le miroir de l’entrée, vérifiai ses vêtements, puis ouvrit la porte.
Moi : Bonjour.
La femme qui se tenait sur le seuil, une ravissante jeune femme d’une trentaine d’années, rousse aux cheveux en désordre, parut surprise de me voir.
JF : Oh. Vous devez être Peyton.
Elle fit un pas en avant.
JF : Je suis Heather Sheffield, une vieille amie de Lucas. Je voulais seulement discuter avec lui.
Moi, d’un coup refroidie en reconnaissant la Heather du coup de téléphone d’ hier soir : Entrez, je vais le réveiller.
Je montai en courant les escaliers. Comment cette femme, cette femme qui lui prenait son mari pouvait-elle venir, et entrer dans sa maison ? Quelques minutes plus tard, je redescends accompagnée de mon mari.
Lucas : Heather !
En découvrant la visiteuse, son visage s’illumine d’un grand sourire, ce genre de sourire qui me faisait frissonner mais que je ne lui avais pas vu depuis très longtemps.
Sauf qu’il s’adressait à une autre femme…
Lucas fit deux pas en avant et Heather se hissa sur la pointe des pieds pour l’embrasser. Dans les bras de mon mari, elle ferma un instant les paupières, essayant de refouler ses larmes.
Moi, sèchement : Racontez-moi comment vous vous êtes connus tous les deux.
Lucas : Nous étions au lycée ensemble. Mais j’étais deux classes au-dessus de Heather.
Heather : Puis, Lucas est allé à l’université de littérature et on s’est perdu de vue.
Moi : Vous étiez très bons amis ?
Lucas : Oui.
Moi : C’est ton ex, n’est-ce pas ?
Lucas : Oui.
Moi : C’était sérieux entre vous ?
Heather : Oui, jusqu’à ce que Lucas quitte le lycée.
Moi : Ah, d’accord.
Heather : Et puis, on a pris des directions opposées. Je voulais faire des études de droit alors que Lucas voulait étudier la littérature et finalement, j’ai pris une année sabbatique.
Moi, surprise : Ah oui ? Pourquoi ?
Heather, mal à l’aise : J’avais l’intention de voyager un peu, mais finalement je n’ai pas fait grand-chose. Je n’avais pas beaucoup d’argent.
Ils continuèrent à discuter encore quelques minutes et puis finalement, Heather s’en alla. Et Lucas la raccompagna au portail.
Lucas, souriant : Tu as l’air d’avoir dix-huit ans avec tes cheveux comme ça. Peut-être même seize.
Ses cheveux indisciplinés étaient retenus dans une queue de cheval placée haut sur la tête.
Heather, sincère : Quelquefois, j’aimerais bien avoir de nouveau seize ans.
Elle était sa petite amie à cet âge.
Lucas : Heather, si tu me disais ce qui s’est réellement passé durant cette année sabbatique que tu as prise pendant tes études. Je sais combien tu avais hâte d’être avocate, tu n’avais parlé que de cela tout l’été. Alors ? Pourquoi ce brusque coup de frein ?
Il entendit Heather prendre une profonde respiration.
Heather : J’ai commencé ma troisième année d’université cet automne-là, mais j’ai dû arrêter en novembre.
Lucas, priant pour que sa réponde ne fût pas celle qu’il redoutait d’entendre : Pourquoi ?
Heather : J’étais enceinte. J’attendais un enfant de toi.
Lucas, abasourdi : Comment est-ce arrivé ? Je croyais que tu prenais la pilule.
Heather, doucement : Je la prenais, Luke.
Lucas : J’aurais voulu le savoir. Pourquoi ne m’as-tu pas dit que tu étais enceinte ?
Heather : Je n’en ai été certaine qu’au mois d’octobre. Je me suis dit que cela serait plus simple pour toi si tu ne connaissais pas l’existence de cet enfant, Lucas. C’est pourquoi j’ai préféré me taire.
Elle avait dû se sentir si seule.
Lucas : Qu’as-tu fait ?
Heather : Eh bien, j’avais cessé d’aller en cours. J’ai trouvé un job de serveuse dans un petit restaurant à Boston, près de l’appartement où je vivais. Ma mère et mon père sont venus passer un moment là-bas quand le bébé est arrivé… Et puis, je l’ai élevée. Je suis fière de ce que j’ai accompli avec elle.
Lucas, sonné : Elle… C’est une fille ?
Heather : Oui. Elle s’appelle Kimberley, et elle a onze ans. Elle est tellement belle, elle te ressemble énormément. Elle a tes yeux bleus, et tes cheveux blonds aussi, elle a exactement ton sourire et tes traits de visage. Sans parler de son optimisme à toute épreuve, même maintenant qu’elle… maintenant qu’elle est…
Lucas : C’est grave ?
Heather, s’essuyant les yeux : Elle a une leucémie aiguë lymphoïde.
Lucas, respirant plus rapidement : Comment l’a-t-on diagnostiquée ?
Heather : Nous sommes parties en vacances en Floride, et elle a contracté un virus. En revenant à Boston, je l’ai tout de suite emmenée chez le médecin qui a diagnostiqué une simple grippe. Il lui a donné des médicaments qui n’ont eu aucun effet et lorsque j’ai vu qu’après trois jours d’antibiotiques, il n’y avait toujours aucun changement puisqu’elle avait de la fièvre et était sujet à des palpitations, je l’ai conduite à l’hôpital. C’est là qu’ils se sont aperçus qu’elle avait une leucémie. Ma fille… Ma toute petite avait un cancer du sang. Je ne sais pas ce que j’aurais fait si mes parents n’avaient pas été là. Ils m’ont soutenus et consolé pendant que Kim restait nuit et jour à l’hôpital. Elle n’avait que huit ans, et ne comprenait pas très bien ce qui se passait. Les médecins m’ont expliqué qu’ils allaient lui donner un traitement. Elle a commencé la chimiothérapie le jour de son neuvième anniversaire. C’était une chimio très intensive avec des médicaments anticancéreux. Cela a duré un an et demi. Ça devait marcher, d’après les médecins, mais rien ne changeait, on avait beau enrayer la maladie, elle revenait toujours. Il y a un mois et demi, les médecins spécialistes m’ont appris que la dernière solution c’était la greffe de moelle osseuse. Le médecin m’a recommandé la moelle d’un de ses frères ou sœurs, mais je n’ai eu qu’une fille. On s’est ensuite rabattu sur moi, mais nous n’étions pas compatibles, hélas. Mes parents non plus. Et je savais que toi non plus, tu ne serais pas compatible, vu qu’on était du même groupe. Je… C’était la dernière solution de Kim. Et je voulais que tu… que tu le saches pour que tu la vois au moins une fois avant… avant qu’elle…
Lucas, la serrant dans ses bras : Oh, je suis désolé, Heather. J’aurais voulu être présent pour toi. J’aurais pu t’aider et te soutenir dans cette terrible épreuve.
Heather : Je sais. Je vais prendre une chambre dans un hôtel de la ville et on se voit demain, d’accord ?
Lucas : Bien sûr. Je t’appelle.
Heather : Merci, Luke. Merci, d’avoir été aussi compréhensif.
Lucas : De rien. Essaye de te reposer un peu. On dirait un zombie.
Heather, souriant à travers ses larmes : Oui, promis.
Lorsque Lucas rentra à la maison, j’étais assise à la table de la cuisine.
Moi : Nous devons parler, Lucas, tu ne crois pas ?
Lucas : Si tu veux.
Moi : Luke, j’ai découvert que…
Lucas, d’une voix grave : Peyton, je ne veux pas te bouleverser…
Nous avions parlé en même temps, mais j’en avais entendu suffisamment pour m’alarmer. Il ne voulait pas me bouleverser ?
Lucas : Qu’est-ce que tu as découvert ?
Moi : Que me caches-tu ?
Et soudain, je vis les événements des derniers jours sous un ange entièrement nouveau. Lucas disparaissant aujourd’hui pendant une heure, revenant égaré et distant. Lucas raccrochant vivement le téléphone, une expression coupable sur le visage.
Oh, mon Dieu, il avait une liaison !
Avec Heather Sheffield, bien sûr !
Lucas : Je viens de quitter Heather, Pey. Elle était bouleversée. Et moi aussi d’ailleurs. Je voulais l’interroger sur cette année sabbatique qu’elle a prise.
Moi : Elle nous a dit qu’elle voulait voyager. Peut-être voulait-elle prendre un peu de recul par rapport à ses études, non ?
Lucas : Non, ce n’est pas ça. Peyton…
Son visage exprimait à la fois l’angoisse, le remords et l’inquiétude.
Lucas : Elle a pris un an de congé pour avoir un bébé.
Il marqua un temps d’arrêt.
Lucas : Elle était enceinte de moi.
Un bébé ? De mon mari ? Je réfléchis à toute vitesse.
Moi : Tu ne le savais pas ?
Lucas : Elle ne me l’a jamais dit.
Moi : Qu’est-ce qui est arrivé à l’enfant ?
Lucas : Elle a été élevée par Heather, toute seule.
Moi : Elle ?
Pour quelque obscure raison, c’est cette découverte qui me fit le plus mal. Savoir que Lucas avait eu une fille… Il avait un enfant. Cela devenait si réel, tout à coup : Heather et Lucas avaient fait un bébé ensemble. Elle avait porté son enfant, l’enfant de Lucas. Alors que j’étais incapable d’en faire autant. Je ne pouvais pas tombée enceinte de lui, moi.
Lucas : Oui, une fille… Elle s’appelle Kimberley, et elle a onze ans. Mais, elle est malade…
Moi, inquiète : Malade ?
Lucas, reniflant : Oui, elle a une leucémie. Depuis bientôt trois ans. Elle a fait de la chimiothérapie, mais ça n’a pas fonctionné. Les médecins envisagent une greffe, mais ils n’ont aucun donneur compatible. Et ni Heather, ni ses parents, ni moi, ne sommes compatibles. Elle va… elle…
Moi, essuyant mes yeux : Oh, Luke ! Je suis désolée. Elle habite à Boston ?
Lucas : Oui, elle est dans l’un des meilleurs hôpitaux de la ville, d’après ce que m’a dit Heather.
Moi : Si tu savais ce que je suis désolée pour elle. Elle est si jeune. Mais tout espoir n’est pas perdu, un donneur peut encore être signalé compatible.
Lucas : Je sais, mais, il y a une chance sur mille, ou peut-être moins encore pour qu’on découvre un potentiel donneur de moelle osseuse. Je ne la verrai peut-être jamais… Je ne la connaîtrai même pas si elle… si elle…
Moi : Chut… Calme-toi…
Lucas : Merci, Pey. Merci d’être aussi compréhensive avec moi. Merci de ne pas m’en vouloir d’avoir donné un enfant à Heather alors qu’elle n’en voulait pas et de ne pas pouvoir t’en donner un à toi qui le désire depuis si longtemps…
Moi, bouleversée : Oui, je sais… Je t’aime tellement, Luke.
Lucas, souriant à travers ses larmes : Moi aussi, Peyton. Je t’aime de tout mon cœur.
Nathan : Brooke ? Ma chérie ?
Moi : Je suis à la cuisine. Où sont les enfants ?
Nathan, entrant dans la pièce : Ils arrivent.
Moi : Ah, très bien.
Nathan, inquiet : Qu’est-ce qui se passe ? Je suis parti dès que j’ai eu ton message. Rien de grave, j’espère ?
Moi : Non… En fait, si…
Nathan : Dis-moi. C’est Joanna ? Elle a un problème ? Elle est malade ?
Moi : Non, ça n’a rien à voir avec Joanna. C’est Gaby.
Nathan : Quoi Gaby ?
Moi : Voilà, j’étais à la boulangerie avec Joanna quand je l’ai vu. Il était là… Il est venu s’installer à Manhattan pour son travail… Mais il est là, tu comprends ? Il est revenu…
Nathan : Qui ? Mais de qui parles-tu, mon ange ?
Moi : De Chase. Chase Adams est revenu en ville et je l’ai croisé, ce matin.
Nathan, blanc comme un linge : Oh, non ! Il sait pour… ?
Moi, secouant la tête : Non, je ne pense pas qu’il se doute de quelque chose. Il a parut tellement surpris en me voyant que je ne crois pas qu’il soit au courant de quoi que ce soit.
Nathan : J’ai eu peur…
Moi : Mais comment va-t-on faire pour ne pas le croiser ? Si il la voit, il comprendra tout de suite et alors… il la voudra peut-être pour lui tout seul… Il est avocat. Comment va-t-on s’en sortir, Nate ?
Nathan, me prenant dans ses bras : Ne t’inquiète pas, mon cœur, tout va s’arranger. Gaby est au courant donc c’est bon de ce côté-là. Quant à Chase, la prochaine fois que tu le rencontres, il faut que tu lui en parles. Brooke, il doit savoir la vérité sur elle. Chase a le droit de savoir qu’il a une fille. Une fille de huit ans.
Moi : Oui, tu as sûrement raison. Je lui dirai. Après tout, c’est de ma faute si Gaby n’a jamais connu son père, même si elle t’a eu toi, c’est différent.
Nathan : Bien sûr.
Moi, se ressaisissant : Tu devrais retourner au travail. Ne t’en fais pas, mon cœur.
Nathan, l’embrassant : Ok, à ce soir, bébé.
Moi : Je t’aime.
Nathan : Moi aussi.
Une fois qu’il fut sorti, j’appelai la baby-sitter pour pouvoir me reposer un peu. Chloe Sullivan, ma nounou, arriva quelques minutes plus tard, et elle se montra très compréhensive de ma fatigue et elle prit la relève avec les enfants. Je pus monter m’allonger dans ma chambre.
Vers 20h, la sonnette retentit et Gabriela se précipita pour ouvrir la battant de bois clair. Elle était vêtue d’un pyjama en pilou orné de fleurs rose pâle et deux couettes ébouriffées de boucles blondes encadraient un visage angélique. Ses immenses prunelles bleues s’écarquillèrent quand elle aperçut l’homme qui se tenait sur le seuil de sa maison.
Gabriela : Bonjour, qui êtes-vous ?
Homme : Je m’appelle Chase Adams, je cherche Brooke…
A cet instant, une jeune fille blonde fit son entrée dans le vestibule, un gros chat roux dans les bras.
Chloe, à la fillette : Merci, Gaby. Je vais voir ce que veut ce monsieur. Dépêche-toi, tu vas louper la suite de ton feuilleton télévisé.
Puis elle leva les yeux vers l’inconnu et sourit.
Chloe : Vous cherchez… ?
Chase : Brooke… Mais je ne…
Chloe : Oui, c’est bien ici. Nous avons passé l’après-midi ici. Entrez, je crois qu’elle est dans sa chambre.
Chase : Merci, je me présente : Chase Adams.
Chloe : Chloe.
Ils échangèrent une rapide poignée de main, puis la jeune femme s’effaça pour lui permettre d’entrer.
Chloe, lui désignant l’escalier : Tenez, c’est par là. Sa chambre est au premier, la deuxième porte sur votre gauche.
Chase gravit les marches, le cœur battant. Il frappa à ladite porte et entra.
Chase : Bonsoir, Brooke.
Moi, surprise : Chase ! Mais que fais-tu là ? Comment es-tu entré ?
Chase : C’est la fillette qui m’a ouvert et sa maman m’a dit que je pouvais monter.
Moi, abasourdie : La fillette…sa mam… Oh… Oh !
Chase : Quel est le problème ?
Moi : Le problème ? C’est que… tu es dans ma chambre !
Chase : Ne t’inquiète pas, je n’ai eu aucun geste équivoque envers toi, je sais que tu es mariée et que tu aimes ton mari. Ce que je veux c’est que nous discutions, toi et moi.
Moi : Chase, tu ferais bien de t’asseoir. J’ai une nouvelle très importante, à t’annoncer.
A cet instant, la porte de ma chambre s’ouvrit à la volée et Gaby fit son apparition dans la chambre de sa mère. Elle sauta sur le lit et vint l’embrasser.
Gabriela, d’une voix calme : Je vais me coucher. Bonne nuit.
Moi, gênée : Bonne nuit, ma puce.
Ma fille esquissa une moue boudeuse, mais revint docilement vers la porte. Sur le seuil, elle mit ses poings sur les hanches et regarda Chase.
Gabriela : Moi, je suis Gabriela !
Chase, dont la terreur envahissait à présent le visage : Où est ta maman ?
Gabriela, me désignant fièrement : Là !
Chase, se dirigeant vers la porte : Quand j’ai sonné… La jeune fille blonde, Chloe, m’a dit : « Nous avons passé l’après-midi ici. » Elle a employé le pluriel et j’ai cru… j’ai cru…
Moi, mal à l’aise : Qu’elle englobait Gaby et qu’elle était sa mère ? Non. Elle parlait de son chat. Chloe est ma baby-sitter, elle s’occupe des petits monstres.
Chase : Je vois.
Moi, avec douceur : Chase, je vais tout t’expliquer.
Chase, ouvrant la porte de la pièce : Inutile. Je ne suis pas idiot, j’ai compris !
Et, sur ces mots, il sortit, avant de détaler l’escalier quatre à quatre.
Oh oui, il avait compris ! Après leur rupture, Brooke n’avait pas mis longtemps à refaire sa vie. Elle avait trouvé un homme qui avait réalisé son rêve en lui faisant un enfant et en l’épousant. Cet homme, c’était Nathan Scott, le célèbre coach sportif.
Je restai médusée dans mon lit pendant plusieurs secondes. Pourquoi avait-il fallu qu’il apprenne la vérité de cette manière ? Je n’avais jamais pensé que les choses se passeraient ainsi. Dans ma tête, la scène s’était jouée des dizaines de fois, de façon fort différente. Je lui aurais parlé doucement, l’aurais mis sur la voie avec tact avant de lui présenter sa fille. Gaby aurait été vêtue d’une jolie robe, bien peignée…
J’étais effondrée ! Le pire des scénarios venait de se produire. A peine Chase avait-il appris sa paternité qu’il avait tourné les talons dans la seconde !
Et moi qui n’avais pu m’empêcher d’espérer une rencontre tendre entre le père et la fille. Quelle incorrigible naïveté !
A présent, les doutes et les remords qui m’avaient assaillie me semblaient bien dérisoires. Comme j’avais eu raison de me sauver huit ans plus tôt ! Chase et moi prenions toujours des précautions, mais celles-ci s’étaient avérées insuffisantes. Après avoir découvert que j’étais enceinte, j’avais vécu plusieurs semaines dans la détresse. J’avais dix-huit ans, j’étais jeune, sans avenir et enceinte. Je n’osais pas annoncer la nouvelle à Chase qui travaillait comme un fou et parlait de son avenir professionnel avec des étoiles dans les yeux.
Moi, j’avais renoncé à l’homme que j’aimais pour ne pas le priver de son rêve. Je m’en serais trop voulu d’exiger de lui un tel sacrifice. J’avais donc admis que j’élèverai seule l’enfant qui grandissait en moi.
Enfin, seule… c’était un peu exagéré ! Les miens avaient répondu présents dès le départ. Et enceinte de huit mois, j’avais rencontré Nathan. C’était un homme si gentil, si parfait, si protecteur que j’étais tout de suite sortie avec lui. Et il avait été présent avec moi dans la salle d’accouchement lorsque Gabriela Marie Davis vint au monde un jour pluvieux de décembre. Dès lors, il l’aima comme un père et lui expliqua même lorsqu’elle fut en âge de comprendre que ce n’étais pas lui qui l’avais engendré mais qu’il l’aimait de tout son cœur. Deux ans plus tard, nous nous mariions. J’étais alors enceinte des jumeaux. Benjamin Samuel et Dylan Jonathan Scott vinrent au monde un beau jour de juillet. Quant à Joanna, elle naquit six ans exactement après le mariage de ses parents. Depuis, toute la famille était heureuse et pour rien au monde, je ne voulais que Chase me fasse un procès pour la garde de Gaby. C’est pourquoi je décidai d’aller le voir à son bureau le lendemain matin.
On dirait une scène filmée au ralenti.
Lorenzo et moi enfilons nos manteaux et nous nous dirigeons vers la sortie du restaurant.
Complètement sonné par ce que je viens de lui annoncer, Lorenzo me tient quand même la porte poliment et nous sortons dans la douce nuit d’octobre.
Il est sonné et marche à mon côté, la tête baissée. Il s’arrête enfin quelques pâtés de maisons plus loin.
Lorenzo : Tu es vraiment sûre ? Je veux dire est-ce qu’un docteur l’a confirmé ?
Je fais signe que oui.
On continue de marcher en silence. Je me sens fatiguée, mais la marche c’est bon pour le développement de l’embryon, donc je suis Lorenzo sans me plaindre.
Il stoppe en bas de mon immeuble.
Lorenzo : Tu as pris ta décision ?
Je m’interroge anxieusement sur la suite. Je voudrais tellement qu’il me demande de le garder, qu’il en ait envie. Je voudrais qu’il me dise qu’il est prêt à assumer le bébé et toutes les dépenses de la grossesse.
Moi : D’après mon docteur, j’accoucherai vers le 15 mai.
Il est verdâtre, il a l’air malade.
Moi, fébrilement : Ce qui fait que ce sera une petite ou un petit Taureau ! Ma mère était taureau et je peux t’affirmer que ce qu’on dit des taureaux, qu’ils sont butés et obstinés, est tout à fait faux…
Je m’interromps, il regarde au loin.
Lorenzo, d’une voix désespérée : Alors tu vas vraiment le garder ? Je ne peux pas le croire !
Il couvre sa figure de ses deux mains, puis il enfouit celles-ci dans ses poches et se laisse tomber sur la première marche de l’escalier en pierre de l’immeuble voisin.
J’acquiesce.
Il serre les dents puis souffle rageusement.
Lorenzo : C’est pas vrai, je ne peux pas le croire ! Elle est décidée !
Souviens-toi dans quel état tu étais toi-même quand tu as appris la nouvelle, ne lui en veux pas, il est sonné. Sois très gentille avec lui.Moi : Je vais mettre ce bébé au monde, Lorenzo. Je sais que c’est un choc. Je ne sais pas moi-même quoi dire, à part que je suis enceinte et que je suis décidée à le garder.
Il se recroqueville et cache sa tête entre ses genoux en poussant un gros soupir.
Lorenzo : Laisse-moi le temps de digérer tout ça, O.K. ?
Moi : O.K.
Lorenzo : Je t’appelle.
Et il s’en va.
Je m’attendais à un coup de fil de sa part dans la nuit. Je l’imaginais dans un parc, frissonnant dans son blouson en jean, marchant le long de l’eau, plongé dans ses réflexions et finalement m’appelant sur son portable pour qu’on se retrouve pour boire un verre et pour qu’on parle. Mais, il n’a pas appelé, ni une heure, ni deux heures, ni dix heures plus tard. Vers 4 heures du matin, je me suis endormie avec le téléphone sur l’oreiller. Rebelote ce matin, j’ai attendu son appel en vain.
Mes pensées ne le quittent pas. J’imagine Lorenzo, effondré, les yeux rivés au plafond et répétant sans cesse : « Pourquoi ? Pourquoi ? »
Il va appeler. Il va appeler. Il va appeler.Après tout, moi j’ai eu quatre jours pour digérer la nouvelle alors que lui n’a eu que cinq minutes.
Mais il faut bien que je me rende à l’évidence, il se pourrait que Lorenzo ne m’appelle pas. Ou alors qu’il appelle pour dire qu’il n’est pas d’accord et qu’il ne veut rien avoir à faire avec le bébé. Soyons honnête, il me faudrait peut-être faire face toute seule.
Toute seule. Ça fait si longtemps que je fais face toute seule que je ne ressens pas de peur. Je n’ai pas eu de mère pendant mon adolescence, j’avais un père qui restait enfermé dans son désespoir sans même faire face réellement à son chagrin, j’ai deux sœurs que j’adore mais qui étaient trop préoccupées à l’époque pour s’occuper d’une petite fille comme moi, qui à dix ans, me retrouvait sans mère sur qui compter. Même si je peux toujours compter sur l’argent de mon père et sur le soutien de mes sœurs, je n’ai aucune idée de ce que signifie concrètement avoir un enfant.
D’après ma mère, ça signifiait devenir monstrueusement grosse, comme une tour. Ne plus boire de café, d’alcool ni même de médicaments contre la toux quand tu es enrhumée. Ça signifie être crevée en permanence, perdre la mémoire, devenir folle, se lever cinq fois par nuit pour nourrir un bébé hurlant de faim, avoir les seins en sang. Ça signifie « toute ta vie » sans espoir de retour en arrière.
Alors que pour Brooke, ma sœur, ça ressemble plutôt à un rêve éveillé. Avoir un bébé c’est comme tenir une poupée dans ses bras, et se dire qu’il est à soi, c’est la plus merveilleuse chose au monde.
Pour moi, ça dépendra de la réponse de Lorenzo. Si il veut s’investir dans cette grossesse, alors ce sera les neuf mois les plus beaux de ma vie. Mais si il me laisse toute seule, ce sera une joie de tenir mon enfant, mais avec quelques regrets quand même.
D’habitude, je grimpe les six étages en trois minutes. Aujourd’hui, à presque sept semaines de grossesse, il me faut une minute par marche.
Je me demande comment je vais faire quand j’en serai à sept mois de grossesse ! Et avec une poussette ? Et sans aide en plus, car, je dois me rendre à l’évidence, je vais sans doute vivre ma grossesse toute seule. Ça va faire une semaine demain que Lorenzo m’a dit : « Je t’appelle ».
Le lendemain, je réservais un billet d’avion pour Boston : le vol était prévu à 13h50, et il était 8h. Lucas était parti chercher Heather à son hôtel pour l’emmener à la plage où je devais les rejoindre dans une heure. Mais, pour moi, mes projets étaient différents : j’allais aller à Boston. Je voulais faire quelque chose et de plus, j’avais un rendez-vous très important. Je n’avais pas eu le courage d’en parler à Lucas, mais après en avoir réfléchi toute la nuit, j’avais finalement décidé de le faire. Mais, mon mari n’en saurait rien et d’ailleurs, personne ne devait le savoir. Mon plan était établi et j’étais fin prête. En souriant, je me dirigeai vers ma chambre pour faire ma valise. J’en sors une petite noire d’un placard et l’ouvre en grand sur notre lit. Que vais-je mettre dedans ? Combien de jours serais-je là-bas ? Deux, peut-être trois. De quoi ai-je besoin ? Je prends un tailleur noir dans mon armoire et le range dans la valise, puis le ressort et en prends plutôt un gris. Puis, j’ouvre ma penderie et en sors une robe noire simple mais élégante et la mets aussi dans la valise. J’y rajoute deux pantalons noirs et quatre T-shirts à manches longues au cas où il fasse froid. Puis, je prends une veste noire et une autre beige. J’y rajoute des sous vêtements et tout y est. Je vais à la salle de bains et attrape une trousse de toilettes. J’y fourre une brosse à cheveux, mon parfum, mon maquillage, un déodorant, du dentifrice, ma brosse à dents, du savon, ma crème ainsi que mon lait démaquillant. Je la mets dans la valise et voilà, le tour est joué. Je boucle mon bagage et redescends l’escalier. J’ouvre le placard à chaussures et en sors trois paires : des escarpins noirs, des converses noires et une paire de bottes de chez Gabor. Je remonte en courant dans ma chambre : j’ai oublié de me changer. Je prends une douche bien chaude pour me donner du courage, j’enfile un jean gris clair, un débardeur blanc à bretelles et une veste courte en cuir noir. Je me regarde dans le miroir de l’entrée : je ne suis pas mal du tout ! Je souris et sors de la maison avec ma valise à roulettes. J’appelle un taxi, direction : la plage.
Un quart d’heure plus tard, j’arrive à destination. La plage est presque déserte : qui aurait l’idée de venir se baigner en plein mois d’octobre ? Je repère tout de suite Lucas et Heather qui sont assis dans le sable en train de regarder la mer. Je m’avance vers eux, en essayant de marcher le plus vite possible avec mes bottes parce que le taxi m’attend pour m’emmener à l’aéroport. J’arrive vers eux.
Moi : Luke ?
Lucas, se retournant : Peyton ! On t’attendait pour aller prendre le petit déjeuner.
Heather, avec un faible sourire : Il y a un restaurant qui a l’air sympathique à quelques pas d’ici. J’ai proposé à Lucas qu’on y aille tous les trois.
Moi, lui rendant son sourire : C’est très gentil à vous, Heather…
Lucas, aidant Heather à se lever : Alors, allons-y.
Moi : …Mais je ne vais pas vous accompagner. Vous devez discuter… Enfin, ce que je veux dire, c’est que vous avez besoin de vous expliquer et aussi de parler de Kimberley. Donc, il vaut mieux que je vous laisse un peu seuls.
Lucas, fronçant les sourcils : Pourquoi tu ne viens pas avec nous ? On peut parler avec toi aussi, ma puce.
Moi, secouant la tête : Ce n’est pas que j’en ai pas envie, mais j’ai une urgence. Je dois aller à Chicago avec Haley. Elle a des problèmes avec sa grossesse et son médecin lui a recommandé un spécialiste là-bas. Je l’accompagne… Tu comprends, Luke, elle a besoin de moi…
Lucas, me prenant dans ses bras : Bien sûr. Heather et moi, on va passer la journée ensemble, et j’irai te rejoindre ce soir, à Chicago.
Moi : Non, non, je t’assure. Ça va aller. Je serai probablement de retour dans deux ou trois jours. Ne t’inquiète pas pour moi, mais reposez-vous un peu tous les deux.
Lucas : Comme tu veux. Je t’aime.
Moi : Moi aussi.
Lucas, me souriant : Tu m’appelles quand t’es arrivée ?
Moi : D’accord. Amusez-vous bien, tous les deux.
Et je me détourne pour rejoindre mon taxi. Finalement, ça n’a pas été trop difficile de le convaincre de me laisser y aller seule. J’ai confiance en Lucas, et jamais il ne me tromperai avec cette femme, donc je peux partir sereine. Mon vol est à dans trois heures, je ne suis donc pas pressée.
En souriant, je m’assoies dans le taxi.
Moi : A l’aéroport, s’il vous plaît.
Je m’étais levée tôt ce matin, laissant Nathan s’occuper des enfants. Je pris une douche, enfilai un pantalon marron foncé avec une tunique grise et une veste noire, me mis une touche de maquillage en insistant sur le fond de teint pour ne pas qu’on voie que j’avais des énormes cernes sous les yeux causées par une nuit blanche.
Il était à peine neuf heures lorsque je passai les portes du bureau de Chase. Je pris l’ascenseur pour le seizième étage : comment faisait-il pour être aussi haut, moi qui avais toujours eu le vertige ? Et dire que huit ans plus tôt, je croyais l’aimer, alors qu’il allait travailler au seizième étage d’un des plus hauts gratte-ciels de Manhattan. Enfin, la montée s’arrêta et je sortis de cette maudite machine qui me donnait le tournis.
Tout à coup, je le vis. Il était habillé d’un costume noir signé Armani accompagné d’une chemise blanche et d’une cravate grise. Il était penché sur son bureau en train d’écrire. Mais il releva la tête. Il se figea en me voyant entrer dans son bureau et refermer la porte derrière moi pour que personne ne nous entende.
Moi : Chase…
Chase, froidement : A moins que tu ne sois ma nouvelle assistante, je ne vois pas ce que tu fais ici.
Il détourna la tête vers le mur.
Moi : Chase ?
Il reporta son attention sur moi.
Chase, sèchement : Nous n’avons rien à nous dire.
Moi, suppliante : Comment peux-tu dire cela, Chase ? Au contraire, il y a tant de choses dont nous devons discuter !
Il se leva et fit mine de se diriger vers la porte. Mais je lui attrapai le bras.
Moi, d’une voix blanche : Tu me hais à ce point ?
Mes lèvres tremblaient. De grands cernes violets me creusaient le visage, j’en étais certaine.
Chase : Te haïr, Brooke ? Non, quelle idée !
Je poussai un soupir audible.
Moi : Tu sais, je suis vraiment désolée… tellement navrée de la façon dont les choses se sont passées !
Chase : J’admets que j’ai eu le choc de ma vie. je n’étais pas du tout préparé à… Je suis tombé de haut, tu comprends ?
Moi : Oui, oui… je comprends.
Chase : Pourquoi ne m’as-tu rien dit, Brooke ? C’est insensé.
Moi, le regardant de mes yeux embués : J’aimerais justement qu’on en parle.
Je prends une profonde inspiration.
Moi : Ce n’est pas bon pour une petite fille de grandir sans connaître son père.
Chase : De quoi parles-tu ? Ta fille a un père, ton mari !
Moi : Nathan n’est pas le père de Gabriela. Et tu le sais très bien.
Chase : Ah ? Mais, moi, je ne suis pas concerné !
Moi, les larmes aux yeux : Tu ne peux pas dire cela !
Chase : Ce n’est pas ma faute si tu as mal choisi son père. Si il n’est pas là pour votre fille, cela démontre juste que ce n’était pas quelqu’un pour toi.
Moi, déconcertée : Qu’essaies-tu de me dire ?
Je percevais la colère qui l’animait et que je jugeais légitime. Mais le sens de ses propos m’échappait. Durant la nuit qui venait de s’écouler, je m’étais torturée l’esprit à tenter de trouver la raison de son silence après la terrible confrontation de la veille. Etait-il choqué, furieux, déstabilisé ? Impossible de le savoir. Et maintenant, il lui tenait ce discours absurde…
Chase : Je veux dire que tu as manifestement commis une erreur de jugement en disparaissant de ma vie avec le père de Gabriela, puisqu’il préfère vivre sa vie ailleurs. Quel type bien réagirait ainsi ? Si je peux te donner un conseil, Brooke, oublie-le et retourne voir ton mari, celui avec qui tu t’es mariée et tu as eu une grande famille.
Moi : Est-ce… un moyen détourné pour me dire… de ne pas compter sur toi ? Tu ne veux rien avoir à faire avec Gaby… c’est cela ?
Je bafouillais. Mes paupières me brûlaient. Mes pires prévisions étaient en train de se réaliser. Chase allait claquer la porte, partir, et elle ne le reverrait plus jamais. Comment un homme pouvait-il abandonner ainsi son enfant ? Laisser la pauvre petite Gabriela sans aucun espoir de connaître son père biologique. Comment osait-il ?
Moi, avec un regard lourd de reproches : Je n’aurais jamais cru que tu te conduirais ainsi, que tu la laisserais tomber comme ça…
Chase, d’un air indifférent : Je n’ai rien à voir là-dedans. Adresse-toi à son père !
J’eus l’impression de recevoir un coup de massue en pleine poitrine.
Moi : Mais, c’est toi, son père !
Chase : Quoi ?Désespérée, je levai les yeux au ciel. Que voulait-il ? Que je le lui épelle ? Il prenait donc plaisir à me torturer ?
Moi : Gabriela est ta fille, Chase.
Chase, bredouillant : Ma… fille ?
Il me fixait, comme s’il pensait que j’étais soudain devenue folle. Puis il vacilla, l’air abasourdi. Je compris enfin qu’il ne feignait pas. Le cauchemar recommençait, alors que je croyais l’avoir déjà vécu hier soir !
Moi : Je croyais que tu avais su dès que tu l’avais vue. Enfin, Chase, tu étais là ! Tu l’as rencontrée. Tu m’as même dit que tu avais compris !
Chase : Je n’ai jamais imaginé… une seule seconde… Je croyais que Gabriela était la fille de ce type… avec qui tu étais partie… Celui pour qui tu m’avais quitté.
Moi : Je te répète qu’il n’y avait personne ! Tu ne vois donc pas qu’elle a juste huit ans ? Et qu’elle a exactement tes yeux et ton sourire ?
Chase : Je… Gabriela est ma fille ? Je suis… son père ?
Moi : Oui. Il y a huit ans, je suis partie parce que j’étais enceinte, Chase. Je ne voulais pas détruire tes rêves et tes ambitions, alors je suis partie et j’ai élevé Gaby toute seule. Et puis, j’ai rencontré Nathan. Il était si merveilleux avec elle, il l’aimait comme un père. Mais, même si Gaby a été aimée par Nathan comme par un père, elle ne te connaît pas, et ça, ce n’est pas juste pour elle.
Chase : Mais… pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Enfin, Brooke… J’ai une fille de huit ans et je n’en savais rien ! Comment as-tu pu ?
Je l’avais sciemment, délibérément, coupé de son enfant, l’avais gardée pour moi seule. Et s’il n’avait pas débarqué à Manhattan à l’improviste, il n’en aurait jamais rien su.
Chase, d’un ton accusateur : Tu n’avais pas l’intention de me le dire, n’est-ce pas ?
Je baissai les yeux sur le parquet. Devant mon silence, Chase serra les poings
Voix : Ah, Chase ! Je te cherche partout.
La porte du bureau venait de s’entrebâiller sur une silhouette féminine.
Chase fit volte-face. La jeune femme lui souriait, moulée dans une petite robe noire qui découvrait ses cuisses gainées de lycra, mises en valeur par de hautes bottes à talons très sexy.
La bouche écarlate, l’œil charbonneux, elle entra dans la pièce d’un pas assuré, me salua d’un bref hochement de tête, avant de reporter toute son attention sur Chase.
JF, avec un sourire coquin : J’étais si impatiente de te retrouver ! Je suis sûre que nous allons passer une soirée exceptionnelle.
Je fixai Chase, les yeux écarquillés, la bouche sèche. La scène à laquelle j’assistai était un excellent raccourci qui m’éviterait une fastidieuse explication. Telle était la vie de Chase, celle qu’il avait choisie. Je le savais depuis toujours. En quoi la naissance d’un enfant aurait pu y changer quoi que ce soit ? Pourquoi lui aurais-je fait renoncer à ses plaisirs, à ses projets ?
Chase, se ressaisissant : Nora, je te présente Brooke… une amie. Brooke, je te présente Nora… ma femme.
Il a fallu deux semaines à Lorenzo pour qu’il se décide enfin à m’appeler.
Deux semaines.
Il m’a téléphoné ce matin au boulot. Après beaucoup d’hésitations, de raclements de gorge et des pauses de quinze secondes entre chaque phrase, il m’a proposé qu’on se voie ce soir pour « parler de la situation ».
Que va-t-il me dire ? Qu’est-ce que j’attends de lui ?
Epouse-moi, Haley. Nous ferons tout pour que ça marche tous les deux. C’est le moment de nous engager.Est-ce ainsi que cela se passe dans ces cas-là ? Je n’en sais rien, je n’ai aucune expérience dans le domaine !
Comme certains vêtements commencent à être trop petits, je veux fouiller dans ma garde-robe pour voir ce que je peux encore porter. Face au grand miroir installé au mur de ma chambre, un petit tas de fringues à mes pieds, je suis très énervée de constater que presque plus rien ne me va.
Finalement, j’arrive à entrer dans une robe noire Gucci. Elle tombe parfaitement, j’enfile un petit boléro noir et des cuissardes noires, on ne dirait pas du tout que je suis enceinte.
Une heure plus tard, dans le bar où j’ai retrouvé Lorenzo.
Lorenzo : Mais on se connaît à peine !
Voilà ce qu’il trouve à me dire. J’ai pris un déca et il a insisté pour m’offrir un petit gâteau au chocolat.
Lorenzo : Tu vas être la mère de mon enfant et je te connais à peine.
Moi : Nous sommes tout de même sortis ensemble pendant deux mois ! Tu me connais un peu !
Lorenzo : Tu sais très bien ce que je veux dire, Haley.
Moi : Non, je ne vois pas du tout. Ce qui est vrai, c’est qu’on ne se fréquente pas depuis longtemps. Mais en deux mois, nous avons passé beaucoup de moments ensemble… Nous avons beaucoup parlé, de tout et de rien, surtout de nous. J’ai l’impression que je te connais plutôt bien.
Il me lance un regard en biais.
Lorenzo : Qu’est-ce que tu attends de moi ? Tu ne sais pas grand-chose sur moi.
Moi : Je t’écoute, dis ce que tu as à dire.
Il baisse la tête, hésite, regarde à côté puis me fixe enfin droit dans les yeux.
Lorenzo : Je ne suis pas prêt pour la paternité. Je suis vraiment désolé d’avoir attendu deux semaines pour t’appeler, mais je vis comme un zombie depuis quatorze jours. Je marche dans les rues en tournant toutes ces questions dans ma tête. Je n’arrive plus à dormir. Je ne pense qu’à cette grossesse. A ce qu’elle signifie. Ce que je ressens, ce qui est juste, ce qui ne l’est pas. J’ai gambergé durant deux semaines et quand je me suis senti totalement à bout, j’ai téléphoné.
Moi : Et c’est pour me dire que tu ne supportes pas d’affronter la réalité et que tu n’es pas prêt à être père que tu m’as téléphoné ? Je ne suis pas du tout prête à être mère, Lorenzo, moi non plus. Mais je vais l’être quand même.
Lorenzo : La vérité, c’est que je ne veux pas être père. Pas encore, pas avant longtemps.
Mais c’est trop tard, mon vieux ! Que tu le veuilles ou non, tu vas être père !
Et moi ? Est-ce que j’ai envie d’avoir un enfant ? Pas du tout, et comme Lorenzo, pas avant un bon bout de temps ! Mais cet enfant que je porte, est-ce que je le veux ? Oui ! Cent fois oui ! Je l’aime déjà, ce petit bébé dans mon ventre.
Lorenzo boit une gorgée de café.
Lorenzo : Je t’aiderai financièrement, je te le promets. Je veux que tu saches que tu n’as pas à te faire de soucis en ce qui concerne les dépenses à venir. Je ne gagne pas des fortunes, mais je me débrouillerai.
Moi : Es-tu en train de me dire que tu ne veux rien avoir à faire avec ce bébé ?
Il détourne le regard, acquiesce, puis affronte mon regard.
Lorenzo : En tout cas pour le moment.
Il cache son visage dans ses mains et secoue la tête avec force.
Lorenzo : Ecoute Haley, je n’arrive pas à croire que tu es enceinte. Je n’arrive pas à croire que tu vas avoir un bébé. Mon bébé. Je n’arrive pas à réaliser que je vais être père. Je ne suis pas prêt, Haley, je n’y peux rien. Je ne supporte même pas cette idée.
Moi : Moi non plus.
Lorenzo : Alors pourquoi le garder ? Ecoute, tu n’es pas prête et je ne le suis pas non plus. Au fond, tu ne veux pas d’enfant, alors pourquoi aller jusqu’au bout ?
Parce que je suis enceinte. On ne sait pas ce que ça veut dire jusqu’à cette fameuse petite ligne rose, jusqu’à ce que le médecin vous félicite, jusqu’à ce que vous posiez machinalement la main sur votre ventre.
Moi : Je n’ai aucune raison rationnelle… Simplement, quand j’ai su que j’étais enceinte, la première chose que j’ai ressentie, c’est du bonheur. Un bonheur profond, total. Juste après, j’ai eu peur. Mais je n’ai jamais pensé que je ne voulais pas de ce bébé.
Lorenzo : Mais, Haley…
Moi : Tu me demandes ce que je ressens ? Je suis à la fois terriblement heureuse et terriblement paniquée à l’idée que dans sept mois, je vais avoir un bébé. Jusqu’à présent, sept mois c’était le temps qu’il fallait pour préparer un voyage, ou pour perdre cinq kilos. Mais, aujourd’hui, je sais que dans sept mois je vais être maman. Je ne sais absolument pas comment je vais m’organiser avec ce bébé, ni comment le mettre au monde, ni si je suis prête, ni enfin en quoi ma vie va changer. Mais je n’ai jamais envisagé de ne pas le garder. Ce bébé, ce sera un peu de moi, de toi, de mes sœurs, de ma mère.
Lorenzo : J’ai réfléchi aux changements dans ma vie et j’ai conclu que je ne veux pas être père maintenant. Je trouve que ce n’est pas honnête de ta part de me faire un enfant contre ma volonté.
Que répondre ? Ce n’est pas juste de le rendre père alors qu’il ne le souhaite pas.
Mais je suis enceinte.
Lorenzo : Je ne serai plus jamais le même. Je vais être le père de quelqu’un. Financièrement, tout va changer. Je vais devoir penser à lui, avant moi. Changer ma façon de penser, de gérer ma vie, sur le plan émotionnel, spirituel, financier. J’aime ma liberté, il n’y a aucun mal à ça !
Sauf si ta petite amie est enceinte…
Moi : Tu es immature, Lorenzo. Pour moi aussi ça a été un choc brutal, j’ai changé tous mes plans et mes projets, j’ai grandi tout à coup, j’ai accepté de renoncer à ma vie de célibataire.
Lorenzo : L’avortement est autorisé dans ce pays. Tu es au courant, n’est-ce pas ? Tu dis que je suis immature ? Je ne suis pas le seul ici qui va avoir un bébé et qui est incapable de s’en occuper ! Certes, tu as les moyens matériels de l’élever, mais il ne me semble pas que tu sois très maternelle, Haley !
Moi : C’est pour cette raison que tu n’es pas tombé amoureux de moi ? Parce que je ne t’ai pas assez materné ?
Lorenzo : Laisse tomber.
Il se lève.
Lorenzo : Ecoute, j’ai dit ce que je voulais dire. Je t’aiderai financièrement, mais c’est ton choix, à toi de l’assumer. Je fais un autre choix.
Moi : J’en conclus que tu ne veux pas avoir d’information sur la façon dont se déroule ma grossesse, les examens médicaux, les échographies ?
Lorenzo, d’un air nerveux : C’est quoi une échographie ? C’est pour savoir si le bébé a un problème ?
Bingo ! Il est donc intéressé par ma grossesse.
Moi : On voit le bébé sur un écran, on entend les battements de son cœur, on fait une photo, le médecin vérifie que tout va bien. J’ai rendez-vous jeudi prochain au Manhattan Hospital, à 12h30.
Lorenzo : Quelqu’un t’accompagne ?
Moi : J’aurais aimé que toi, tu m’accompagnes, mais je peux aussi bien demander à une de mes sœurs, je crois que rien ne pourrait lui faire plus plaisir !
Il se dirige vers la porte et je le suis. Nous restons dehors face à face mais sans nous regarder.
Lorenzo : Bon, comme je te l’ai dit, tu m’appelles si tu as besoin de quoi que ce soit.
Moi : Je ne veux pas de ton argent, Lorenzo. J’ai une bonne mutuelle, et jusqu’à la naissance du bébé, il n’y a pas de dépenses particulières. Et même si j’en ai besoin, mon père est là.
Lorenzo : Eh bien, appelle-moi en cas de euh… besoin.
Je hoche la tête. Il s’en va. Comme d’habitude.
Au moment où il tourne le coin de la rue, mes jambes flanchent. Vraiment. Elles ne me soutiennent plus. S’il n’y avait pas eu une cabine téléphonique juste à cet endroit, je serais tombée par terre. Je m’appuie contre la vitre, je sors une pièce et je compose le numéro de Peyton. Malheureusement, la machine avale ma pièce. J’attrape mon portable, et compose son numéro. Personne. J’essaye chez Brooke, mais personne non plus. Finalement, je m’assoies sur le banc le plus proche.
Je serai donc une mère célibataire. Je vais faire un bébé toute seule.
Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve. Peut-être, Lorenzo changera-t-il d’avis un de ces jours ? Mais je sais que je ferais mieux de regarder la vérité en face.
Mais comment regarde-t-on la vérité en face ? Comment passer de la panique à l’acceptation ?
Je me retrouve à penser à ma mère. Si elle me voyait à l’instant présent, je me demande ce qu’elle penserait de ma situation.
J’essaie de l’imaginer, elle-même, avec un nourrisson et deux petite filles de huit et cinq ans, sans mari. Quand elle était jeune, elle avait gagné un concours de beauté et parfois, elle posait pour un catalogue de mode. Elle était très belle mais trop petite pour faire des défilés. Elle était hôtesse pour des manifestations et c’est comme ça qu’elle avait rencontré mon père.
Elle était devenue avec beaucoup de difficultés mère au foyer. Je sais ce qu’elle me dirait si elle était là :
- Tu es intelligente, tu as une belle carrière devant toi. Je t’ai appris à être forte et indépendante. Tu vas t’en sortir très bien et le bébé aussi.
Forte et indépendante.
Elle ne l’était pas. Forte, je veux dire. Sinon elle ne se serait pas suicidée.
Alors, regardant le ciel, je me mets à lui parler.
Je lui dis que finalement, mon bébé et moi, on devrait s’en sortir.
Il était16h, lorsque j’atterris à Boston. J’ai dormi pendant presque tout le vol malgré les turbulences qu’il y avait à cause du vent. Je récupère ma valise et me dirige vers la gare routière.
Assise à l’arrière du taxi, je songeai rêveusement aux différences que j’observais entre l’endroit que je venais de quitter et celui où je venais d’arriver. A Manhattan, les températures étaient encore chaude, les arbres possédaient encore toutes leurs feuilles et le soleil brillait très souvent. Ici, à Boston, l’automne était déjà là depuis longtemps : les températures étaient fraîches, les arbres étaient dépouillés de leurs feuilles et il avait même commencé à geler la nuit. Et pourtant, on n’était que le 28 octobre.
Le taxi progressait lentement dans la circulation intense de la Central Artery. Un quart d’heure plus tard, il me déposait en plein centre-ville devant un grand bâtiment carré. Je ne pouvais pas croire que j’étais là. Je n’étais pas réellement en train de faire ça. Cela ne se pouvait pas. La seule idée en était incroyable.
Comme je m’approchais du bâtiment, je souriais. Il était 17h lorsque je m’assis enfin dans la salle d’attente. Une heure plus tard, une jeune femme avec une blouse blanche arriva dans la pièce et me sourit. C’était à mon tour. Je ne pouvais tout simplement pas croire que ce jour était enfin arrivé. J’allais savoir. Peut-être étais-je… Oui, je le sentais, mais je ne pouvais pas en être sûre, c’est pourquoi je me trouvais là.
Moi, entrant dans la pièce que me désignait l’infirmière : Bonjour, docteur.
Doc : Mme Roe ?
Moi, acquiesçant : Oui.
Doc, souriant : Asseyez-vous donc. Je vais vous faire des analyses de sang.
Moi : D’accord.
Quelques minutes après, je me retrouve de nouveau devant son bureau, attendant les résultats.
Doc, entrant dans la pièce avec des papiers à la main : Mme Roe ? J’ai vos résultats. Votre taux hormonal est de 7000. Il est normalement de 100.
Moi, me levant : Je suis enceinte ?
Doc, souriant : Oui.
Moi, sautant sur place : Je suis enceinte !!
Doc : Et plutôt deux fois qu’une.
Moi : Des jumeaux ?
Doc : Peut-être.
Moi : Je vais avoir un bébé. Peut-être même deux bébés. Merci, docteur, je n’en reviens pas.
Doc, me désignant un lit : Allongez-vous, je vais vous faire une échographie.
Moi, obéissant : Très bien.
Doc : Bon, alors voyons ça.
Il applique le gel froid sur mon ventre et il allume un écran. Tout à coup, je distingue quelque chose sur l’écran.
Moi, abasourdie : C’est mon bébé ?
Doc, suivant une forme sur l’écran : Oui. Ici, c’est la tête, ensuite il y a le cœur et là, on voit les pieds. On ne distingue pas encore le sexe, mais c’est tout à fait normal à neuf semaines de grossesse.
Moi : Oh, c’est merveilleux !
Doc, me souriant : Voulez-vous savoir si il y a plusieurs bébés ?
Moi, aux anges : Oui, bien sûr !
Doc, regardant attentivement l’écran : Vous êtes enceinte de deux bébés. Félicitations, Mme Roe.
Moi : Merci, docteur.
Doc, éteignant l’appareil : Vous pouvez vous rhabiller. Vous êtes de Manhattan, n’est-ce pas ?
Je hoche la tête.
Doc : Très bien, je vais vous recommander à une de mes collègues qui travaille au Manhattan Hospital depuis bientôt 10 ans. C’est un très bon médecin, et elle est spécialisée dans les grossesses à risques.
Moi : D’accord.
Doc, écrivant le nom sur une carte : C’est le docteur Shepherd. Addison Shepherd.
Moi, me levant : Merci.
Doc, m’ouvrant la porte : Au revoir, Mme Roe.
Moi : Et merci encore, docteur.
Quelques minutes plus tard, je me retrouvai sur le trottoir. J’étais aux anges lorsque j’entrai dans un taxi pour qu’il m’emmène dans un hôtel. Il était déjà 18h30 et je voulais rester ici pour faire des courses demain. Le taxi me déposa dix minutes plus tard au Hilton Boston District, un hôtel luxueux du centre-ville.
Je pris une chambre pour la nuit et m’allongeai dans mon lit lorsque mon portable se mit à sonner.
Moi : Allô ?
Voix : Pey ? C’est Haley.
Moi : Salut, Hales. Ça va ?
Haley : Je ne sais pas. Pas vraiment en fait.
Moi, inquiète : Qu’est-ce qui se passe ? Tu as un problème avec le bébé ?
Haley, d’une voix rassurante : Non, ce n’est pas le bébé.
Moi : C’est quoi alors ? Lorenzo ?
Haley, au bord des larmes : Oui. Il m’a dit qu’il ne voulait rien avoir à faire avec le bébé, ni avec moi. Il voulait que j’avorte. Oh, Peyton, qu’est-ce que je vais faire ?
Moi : Oh, ma chérie, je suis désolée ! Tu crois que ça va aller ?
Haley : Bien sûr. Je dois être forte pour le bébé. Pour mon bébé. T’es où là ?
Moi : Oh, je ne suis pas chez moi.
Haley : Tu es avec Lucas ?
Moi : Non… Je suis à… à Boston.
Haley, surprise : A Boston ? Qu’est-ce que tu fais à Boston ?
Moi : J’avais un rendez-vous. Pour… pour le boulot.
Haley : Ah, d’accord. Je sens qu’il s’est passé quelque chose ? Tu t’es enguelée avec Lucas ?
Moi : Non. Je t’expliquerai tout en rentrant. Je rentre demain après-midi, d’accord ?
Haley : Ok, appelle-moi quand tu arrives. Bisous.
Moi : Je t’aime, ma chérie.
Haley : Moi aussi.
Une fois que j’eus raccroché le téléphone, je m’assis sur mon lit, pris une feuille de papier et un crayon dans le but d’écrire tout ce qu’il fallait que je fasse. Voilà ce que ça donnait :
- Acheter un cadeau pour Kimberley
- Annoncer à Lucas que je suis enceinte
- Annoncer à Haley et Brooke que je suis enceinte.
- Manger équilibré pour mes bébés
- Expliquer à Lucas pourquoi je ne lui ai pas parlé de ce rendez-vous à Boston
- Dormir un peu
- Appeler Lucas pour lui dire que tout va bien
- Ne pas m’inquiéter au sujet de ma grossesse : tout ira bien
- Arrêter de penser à une éventuelle fausse-couche
- Chercher où se trouve le Children’s Hospital de Boston…
Brooke
Chase était marié ! Je n’en revenais pas. J’étais toujours dans le bureau de Chase, abasourdie, les yeux écarquillés, en train de regarder cette femme qui était sa femme. Comment Chase pouvait-il m’avoir caché ce détail ? Il était marié ! Il aurait dû me le dire dès le début… Mais moi, je ne lui avais pas dit que Gaby était sa fille…
Chase, rompant le silence embarrassant : Nora, tu veux bien nous laisser un instant, s’il te plaît. Je te rejoins dans quelques minutes.
Nora, avec un sourire plein de sous-entendu : N’oublie pas que Lorraine, Nigel et Charlie nous attendent en bas.
Et comme pour signifier que Chase était bien à elle, elle l’embrassa à pleine bouche et quitta la pièce sans un regard pour moi.
Moi : Tu es marié…
Chase : C’est pour ça que je voulais qu’on discute. Je comptais te l’annoncer pendant ce déjeuner où tu n’es pas venue.
Moi : Depuis combien de temps es-tu marié avec elle ?
Chase : Nora et moi sommes mariés depuis trois ans. Et…
Moi : Et vous avez des enfants ?
Chase, baissant les yeux : Oui. Lorraine a trois ans et Nigel en a deux. Charlie est la fille de Nora, elle a neuf ans. Je suis désolé, mais si tu m’avais dit pour Gabriela, j’aurais été là pour elle. Enfin, je crois…
Moi : Tu vois, tu n’en es même pas sûr. Et si je ne t’ai rien dit, c’était pour te préserver. Pour ne pas te forcer à abandonner tes projets. J’ai abandonné les miens sans hésitations, mais toi, Chase, aurais-tu été capable de renoncer à tout ça ?
Chase : Tu… Tu as raison, Brooke. Mais pourquoi as-tu gardé le secret ? Tu pensais que je ne m’occuperais pas de vous ? Que je vous laisserais tomber ?
Moi : Non, justement. Je savais que tu t’investirais et c’était bien là le problème. Ta carrière passait avant tout. La naissance d’un enfant t’aurait distrait et handicapé, tu aurais pu rater tes examens, rater les meilleures opportunités d’emploi… Ton père aurait été furieux de te voir reproduire le même schéma que lui. Je ne pouvais envisager un tel scénario.
Chase : Ne crois-tu pas que j’avais le droit de prendre moi-même cette décision ?
Moi, haussant les épaules : Peut-être.
Chase : Mais tu as préféré inventer cette histoire d’amant que tu partais rejoindre ?
Moi : En effet. C’était plus facile. N’oublie pas que c’est toi qui as eu ce soupçon en premier lieu. Je n’ai fait qu’acquiescer.
Chase : J’aurais préféré que tu me détrompes. Que tu me laisses le choix.
J’eus alors un long soupir.
Moi : Et qu’aurais-tu fait, Chase ?
Chase : Mon devoir. Je t’aurais épousé, je t’aurais offert un toit et un foyer.
Moi, avec amertume : Ton devoir ! Tu ne comprends pas qu’en assumant tes responsabilités, tu aurais tout simplement gâché ton avenir ?
Chase : Comment peux-tu dire cela ?
Moi : Mais tu me l’as assez souvent répété ! Un jeune avocat ambitieux doit être disponible à tout moment. Il ne compte pas ses heures, se donne à fond sur chaque dossier. Comment faire quand on a une femme et un enfant, qu’il faut inclure dans son planning pour les vacances, le médecin, l’école ? Je pourrais te donner mille exemples, Chase !
Chase : Tu as donc agi dans mon intérêt, à l’époque. Bon, je veux bien le croire. Mais aujourd’hui ?
Moi : Aujourd’hui ?
Je commençai à me diriger vers la porte, ne supportant plus de voir cette colère dans les yeux de Chase.
Moi : Je suppose que nous nous reverrons dans quinze jours.
Chase : Dans quinze jours, pourquoi ?
Moi : C’est ainsi que fonctionne le droit de visite, non ?
Chase, balbutiant : Un droit… de visite ?
Moi : Oui, c’est ainsi que ça s’appelle. Tu auras un week-end sur deux, et une partie des vacances… si tu arrives à les caser dans ton emploi du temps surchargé entre ton boulot, ta femme et tes enfants ! Ce dont je me permets de douter.
Sur ces mots, je me détournai d’un mouvement raide. Puis d’un pas rapide, je me dirigeai vers l’ascenseur, laissant Chase figé au milieu de son bureau.
Quelques minutes plus tard, elle se retrouvait chez elle, assise dans le canapé. Chloe était venue pour chercher les enfants et les emmener au parc, j’étais donc seule à la maison. Un petit coup frappé à la porte me fit sursauter et me lever.
Moi : Chase ! Que fais-tu là ?
Chase : J’ai beaucoup apprécié notre petite conversation, tout à l’heure. Mais je trouve qu’elle s’est terminée un peu vite. J’aimerais t’emmener boire un café, Brooke.
Moi : Pourquoi ? Il me semble qu’on s’est tout dit !
Chase : Parce qu’il nous reste de nombreux points à éclaircir, ne crois-tu pas ? Nous devons discuter. Où sont les enfants ?
Moi : Chloe les a emmenés au parc.
Chase : Très bien. Allez viens, je t’emmène.
Moi : Laisse-moi une minute pour que je me change rapidement.
Chase : D’accord. Je peux regarder les photos ?
Moi : Bien sûr !
Je pris une douche rapide, et m’habillai pour ressortir.
Ma tenue n’avait aucune importance. Néanmoins, afin de se sentir à l’aise face à lui, je devais mettre une tenue confortable. Je choisis une petite robe noire toute simple, élégante, tout simplement parfaite.
Je complétai la tenue d’une veste grise et d’escarpins de satin noir, avant de gagner la salle de bains pour une touche de maquillage.
Cinq minutes plus tard, je redescendais les escaliers pour rejoindre Chase. A la cuisine, je pris un papier dans l’intention d’écrire un mot à Chloe pour ne pas qu’elle s’inquiète. « Je suis sortie prendre l’air. Retour dans une ou deux heures. J’ai pris mon portable au cas où. Bises. »
Nous montâmes dans la grosse BMW noire de Chase.
Moi : Belle voiture. Je vois que les affaires marchent bien pour toi.
Puis je me repris.
Moi : Je ne dis pas cela… parce que j’attends de toi une quelconque aide financière !
Chase : Je m’en doute.
Le trajet ne prit guère de temps et en quelques minutes, nous nous retrouvâmes devant un grand immeuble de la Vème avenue.
Moi, inquiète : Où sommes-nous ?
Chase : Brooke, tu es la mère de ma fille. Il va falloir que tu apprennes à me faire confiance.
Moi : Tu habites ici ?
Chase, m’aidant à sortir de la voiture : Oui.
Moi : Ta famille n’est pas là ?
Chase : Non, ils sont sortis un moment.
Chase referma la portière derrière moi. Je tressaillis lorsqu’il posa ses mains sur mes épaules pour me débarrasser de ma veste qu’il accrocha à une patère dans l’entrée.
Pour me donner une contenance, j’admirai le salon et le séjour séparés par une marche de dénivellation, les meubles en bois exotique, la cuisine étincelante de propreté derrière le haut comptoir.
Moi : C’est très joli.
Chase : Merci. C’est Nora qui s’est entièrement chargée de la décoration. Elle a un goût infaillible.
Je m’avançai au centre de la pièce, jusqu’à la haute étagère de bois miellé dont les rayons étaient surchargés de livres impeccablement rangés. Je fis courir mon doigt sur la tranche des recueils. Nora avait bien travaillé, en effet.
Moi : Ça fait longtemps que vous habitez ici ?
Chase : Un peu plus de trois ans. Nous envisageons d’ailleurs de déménager pour prendre une maison en proche banlieue avec un grand jardin.
Moi : Oh…
Je regardai les photos affichées au mur. Nora et Chase pour leur mariage, trois enfants alignés en souriant : une fillette de l’âge de Gaby arbore un grand sourire en serrant deux petits enfants dans ses bras, sûrement Lorraine et Nigel, deux enfants très mignons.
Chase, se dirigeant vers la cuisine : Tu veux boire quelque chose ? Thé ? Café ?
Moi : Plutôt un thé, s’il te plaît.
Je m’approchai et m’assis sur un des tabourets.
Moi : Alors ?
Chase : Alors ? Gabriela est ma fille. Je veux comprendre pourquoi tu n’as pas jugé bon de m’en avertir ?
Moi : Je te l’ai dit, pour ne pas briser ta vie. C’était vrai à l’époque, cela l’est toujours aujourd’hui.
Chase : Tu te trompes. C’est te perdre qui a failli briser ma vie.
Moi : Ce sont des mots, Chase. Tu éprouves peut-être des regrets par rapport à Gaby, mais il n’en reste pas moins qu’il y a huit ans, elle aurait représenté un fardeau pour toi.
Chase : C’est une fillette magnifique. Elle est si jolie et si gaie ! Et tu l’as bien élevée, Brooke. Cela se voit.
Moi : Nathan m’a aidé…
Chase : Je sais. Mais tu aurais pu me demander mon aide. J’aurais pu être présent pour vous deux.
Moi : Je ne pouvais pas exiger un tel sacrifice de toi. Je me serais détestée ! Tu travaillais tellement dur…
Chase : Justement. Je ne savais pas vraiment ce que je voulais. Je me contentais de suivre une trajectoire que quelqu’un d’autre avait déjà tracée pour moi.
Moi : Que… que veux-tu dire ?
Chase : Je veux que Gabriela revienne dans ma vie.
Moi, inquiète : Qu’essaies-tu de me dire, Chase ?
Chase : Gabriela est ma fille ! Je veux faire partie de sa vie. et tu sais qu’elle a besoin de connaître son vrai père.
Moi, en colère : Nathan est son père !
Chase : Oui, son père adoptif ! Moi, je suis son père biologique ! Tu ne pourras pas le nier !
Moi : Tu veux aller… au tribunal ?
Chase : Si tu ne me laisses pas ma fille, oui.
Moi, au bord des larmes : Qu… Quoi ?
Chase : Voilà, Brooke, tu as le choix. Ou tu me laisses Gabriela quelques temps pour qu’on fasse connaissance ou bien tu refuses et le juge décidera.
Moi : C’est immonde ce que tu es en train de faire ! C’est du chantage. Tu as pensé à Gaby ?
Chase : Bien sûr et c’est dans son intérêt que je te parles de ce projet. Gabriela pourrait rester jusqu’à Noël avec Nora et moi, et je te la rendrai juste après les fêtes. Un mois et demi, j’estime ce temps suffisant pour apprendre à la connaître. Après, je l’aurais un week-end sur deux et les vacances. Alors, c’est d’accord ?
Moi : Tu n’es qu’un sale type ! Adresse-toi à mon avocat !
Chase : Alors, on se verra au tribunal, Brooke. A bientôt.
Je saute du tabouret et cours dans l’entrée pour prendre ma veste. Je m’enfuis en courant.
Le lendemain, lorsque Peyton m’appelle pour me dire qu’elle est rentrée chez elle, je me décide à lui demander.
Moi : Pey, j’ai une échographie à 12h30. J’ai pensé que si tu étais libre pour le déjeuner, tu pourrais m’accompagner.
Peyton : C’est une super idée.
Je sens au son de sa voix que ma requête lui fait plaisir. Je lui indique l’adresse et je raccroche.
J’aurais préféré la présence de Lorenzo, mais il vit sa petite vie en faisant comme si son ex n’était pas enceinte.
Son ex.Bon sang ! Je suis tellement préoccupée par l’arrivée du bébé que je n’ai même pas réalisé que je m’étais fait larguer.
Lorsque j’arrive à la maternité du Manhattan Hospital, Peyton est déjà installée dans la salle d’attente. Elle feuillette un magazine de grossesse. Mais elle ne le lit pas. Elle regarde le ventre de la femme enceinte assise à côté d’elle.
Devant ce ventre tout rebondi, elle a un regard souriant.
Aux dernières nouvelles, elle et Lucas voulaient un bébé. Je suis sûre qu’elle serait une mère formidable. Un peu trop en admiration, mais une très bonne mère.
Peyton, me souriant : Salut, petite sœur !
Moi, l’embrassant sur la joue : Comment vas-tu ?
Peyton : Moi, bien. Et toi ?
Moi : Je me sens… enceinte.
Une fois inscrite auprès de l’infirmière, je me rassieds près de Peyton. Cinq autres femmes attendant leur tour, chacune est accompagnée d’un homme.
Je regarde leurs mains, elles ont toutes une alliance à la main gauche. Je regarde mes mains et je me sens gênée tout à coup.
Les femmes présentent sont à différents stades de leur grossesse. La blonde à côté de moi en est à mon avis au cinquième ou sixième mois. Elle parle de sa peur de l’amniocentèse. Je ne sais même pas ce que c’est. Ma voisine de gauche a posé sa tête sur l’épaule de son mari. Il regarde fixement devant lui, comme un zombie.
Peyton : Sais-tu comment l’examen va se passer ?
Moi : Oui.
Peyton : Très bien. J’ai une bonne nouvelle à t’annoncer.
Moi : Vas-y, je t’écoute.
Peyton : Tu me promets que tu la garderas pour toi ? Lucas n’est pas encore au courant.
Moi : Oui.
Peyton, souriant : Je suis enceinte.
Moi : C’est super, Pey ! Je suis contente pour toi !
Peyton : Il est même question de jumeaux.
Moi : C’est génial, ma chérie.
On appelle enfin mon nom. Nous nous levons pour suivre l’infirmière.
Voix : Haley…
Je me retourne. Lorenzo est là, devant moi, les mains enfoncées dans ses poches.
Je suis étonnée, non, je suis abasourdie.
Moi : Peyton, je te présente Lorenzo. Lorenzo, Peyton, ma sœur.
Ils se saluent et nous emboîtons le pas à l’infirmière. Je me rends compte que Peyton dévisage discrètement Lorenzo, comme si elle cherchait de futures ressemblances.
Le bébé ressemble un peu à une souris.
Sur l’écran, le technicien nous montre la tête et l’estomac, qui ne semblent pas très différents. Tout va bien, tout est en place.
Tout à coup, nous entendons le cœur battre.
Je jette un coup d’œil à Lorenzo. Il a les yeux fixés sur l’écran, il écoute les battements qui résonnent fort et qui sont très rapides.
Lorenzo : Waouh.
Moi : Oui, waouh.
Peyton : Waouh.
Un docteur arrive et analyse les images. Je suis enceinte de dix semaines et le terme est prévu en mai.
Peyton, souriant : Un petit taureau. Comme maman.
Je souris à mon tour.
Lorenzo : Comme moi.
C’est vrai, son anniversaire est le 12 mai.
Doc, nous tendant à tous les trois une petite photo : Tenez, c’est pour vous. Un petit souvenir.
Lorenzo regarde la photo qu’on lui donne, puis il la range dans son portefeuille et le range dans sa poche.
Lorenzo : Je ferais mieux de retourner au boulot. Bon, euh, au revoir, Haley. Enchanté d’avoir fait ta connaissance, Peyton.
Peyton lui dit au revoir et il quitta la pièce rapidement.
Peyton : Tu savais qu’il allait venir ?
Je secoue la tête.
Moi : Absolument pas. J’ai eu un choc en le voyant ici. Depuis notre dernière conversation, il y a quelques jours, je pensais que je n’aurais plus jamais de ses nouvelles. J’avais compris qu’il ne voulait rien avoir à faire ni avec moi, ni avec le bébé.
Je commence à pleurer. Peyton m’entoure de son bras.
Peyton : Tu sais, il n’est peut-être pas encore remis du choc. C’est bon signe qu’il soit venu aujourd’hui.
Moi : Un bon signe de quoi ? Un signe qu’il voulait juste être sûr que j’étais enceinte ?
Elle me tend mon pantalon et mes chaussures.
Peyton : J’ai l’impression que pour vraiment intégrer la réalité, il avait besoin de voir et d’entendre le bébé ici, dans un hôpital. Une fois qu’il aura vraiment compris, il changera peut-être d’avis.
Son optimisme me fait du bien. Si elle y croit, alors moi aussi.
En arrivant à mon appartement cet après-midi là, je trouve un message de Lorenzo sur mon répondeur :
- Euh… Haley, c’est Lorenzo. J’ai essayé de te joindre sur ton portable, mais tu ne m’as pas répondu. Est-ce que tu vas bien ? Hum, je dois m’absenter pour mon boulot, cette semaine, mais je voulais te dire, hum, que j’ai annoncé la grande nouvelle à mes parents, et tu es invitée à venir manger la traditionnelle tarte au potiron de Thanksgiving chez eux, si tu es libre, bien sûr. Il leur tarde de faire ta connaissance. Euh, appelle-moi si tu as cinq minutes.
Comme si je n’avais pas le temps de passer le coup de fil le plus important de ma journée !
Le soir venu, les commentaires de Peyton m’ont fait revenir sur Terre :
Peyton : Je suis heureuse pour toi qu’il ait appelé et que ses parents veuillent te rencontrer, mais il n’a pas dit que c’était important pour lui. Ce que je veux dire, simplement, c’est que tu ne devrais tout de même pas trop compter sur Lorenzo, ou espérer qu’il s’implique davantage, même s’il a parlé à ses parents. Ce n’est pas un conte de fées.
Peyton
Ça fait deux jours que je suis rentrée de Boston, et ma liste n’est toujours pas toute effectuée. En effet, seulement quatre tirets sont barrés :
- Acheter un cadeau pour Kimberley => je ne sais pas ce qui lui ferait plaisir
- Annoncer à Lucas que je suis enceinte => je ne sais pas comment aborder le sujet
- Annoncer à Haley que je suis enceinte => fait
- Manger équilibré pour mes bébés => fait
- Expliquer à Lucas pourquoi je ne lui ai pas parlé de ce rendez-vous à Boston => ????
- Dormir un peu => fait
- Appeler Lucas pour lui dire que tout va bien => fait
- Ne pas m’inquiéter au sujet de ma grossesse : tout ira bien => impossible
- Arrêter de penser à une éventuelle fausse-couche => impossible
- Chercher où se trouve le Children’s Hospital de Boston => fait
Depuis l’annonce de cette grossesse, j’ai tellement peur de perdre mon bébé. Ça fait si longtemps que Lucas et moi attendons ce moment, ce moment où je grossirai au fur et à mesure des mois qui passaient jusqu’à mettre au monde un bébé par l’expérience la plus magique qui soit. Je me souviens de tous ces moments affreux, où pensant être enceinte, je découvrais que ce n’était pas le cas. Elle se souvint quatre ans plus tôt…
Debout devant le miroir des toilettes de ma chambre d’hôtel, je tâtai ma poitrine à travers ma robe. Je l’avais fait mille fois depuis le matin et, chaque fois, j’en éprouvai un frisson de plaisir. De plus, je les trouvai plus gros. J’en étais certaine. N’avais-je pas vu qu’ils étaient devenus plus sensibles ? Oui, oui, oui ! J’étais enceinte ! L’idée d’avoir un bébé m’envahissait d’une joie indescriptible. Mon bébé ! J’étais à la fois soulagée et délirante de bonheur, je me sentais comme illuminée de l’intérieur. Après une si longue attente si souvent déçue, cela arrivait enfin ! Le bonheur me donnait envie de danser dans la pièce, mais ma prudence naturelle m’en dissuada. Le dire risquait de me porter malheur. Il valait mieux attendre la confirmation de mon état pour annoncer la bonne nouvelle à Lucas. J’étais à Los Angeles depuis deux jours avec mes deux sœurs et je ne voulais pas risquer de me porter la poisse en annonçant mon état à qui que ce soit. La veille, en préparant mes bagages à New York, j’avais eu peur de tenter le sort et je n’avais donc pas pris de boîte de tampons. En principe, je devais avoir mes règles le lendemain mais, avec un peu de chance, cela n’arriverait pas. Peut-être étais-je enceinte, cette fois-ci ! J’éprouvais de la fatigue terrible depuis notre arrivée à Los Angeles et mes seins étaient sensibles. C’était très différent de mes sensations habituelles. J’avais donc pris le risque de ne pas mettre dans ma valise même l’ombre d’une protection, de peur que cela ne me porte malheur. Un merveilleux espoir me réchauffait le cœur. Un bébé ! J’étais enceinte, cette fois, je ne pouvais pas me tromper. Le lendemain, Brooke, Haley et moi sommes allées déjeuner au restaurant. nous nous amusions bien toutes les trois comme au bon vieux temps. Je m’installai plus confortablement sur ma chaise, lorsque je sentis une douleur familière, d’abord lointaine puis plus pénible, une douleur qui me tordait le ventre. Non, criai-je en moi-même. Ce n’était pas possible. J’étais enceinte, voyons ! Je dévisageai mes deux sœurs, espérant les voir éprouver la même douleur, quelque chose qui viendrait du repas. L’élancement que je connaissais bien me transperça de nouveau, cette douleur inimitable que les adolescentes qui ont leurs premières règles ne réussissent jamais à bien expliquer aux autres. Une fois qu’on l’a sentie, on ne l’oublie pas. Je réalisai que je n’attendais pas de bébé, que je m’étais trompée, et que cela ne m’arriverait sans doute jamais. Une terrible vague de chagrin me submergeai. Je m’écartai maladroitement de la table, fit tomber ma serviette. Moi, d’une voix tremblante : Je dois aller aux toilettes. Là, mes craintes se trouvèrent confirmées. J’en restai toute engourdie. Me fabriquant une protection de fortune avec du papier toilette, je regagnai la table dans un état de désespoir. Un seul regard au visage livide de leur sœur aînée suffit à Brooke et Haley qu’il y avait un problème. Brooke, inquiète : Tu es malade ? Haley : Quelque chose qui ne passe pas, peut-être ? Je secouai la tête comme dans un brouillard. Moi : J’ai mes règles. J’ai cru que j’étais enceinte, j’en étais certaine, et maintenant…Ma voix se brisait tandis que je me mettais à pleurer. Brooke, me prenant dans ses bras : Ma pauvre chérie. De gros sanglots me secouaient. Brooke : Ma pauvre chérie, je sais que c’est affreux, mais tu es si jeune ! Tu as tout le temps d’avoir des bébés, Peyton. Pour beaucoup de couples, cela prend plusieurs mois. Moi : Mais cela fait plus de trois ans que nous essayons ! Trois ans, et rien ! Je sais que cela vient de moi, mais je ne sais pas ce que je vais faire si je ne peux pas avoir d’enfants. Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? Pourquoi suis-je différente ? Toi, tu as des enfants. Pourquoi pas moi ? Brooke : Le fait de vouloir tellement un enfant te bloque peut-être. Tu sais, il y a des femmes qui se rendent malades à force d’en vouloir et, dès qu’elles relâchent la tension, elles se retrouvent enceintes. Moi : Pourquoi ne suis-je pas tombée enceinte au début de notre mariage ? Nous n’essayions pas vraiment. Ou bien avant de nous marier ? Lucas avait toujours peur que le préservatif éclate. Il me disait que papa le tuerait. C’est peut-être une punition pour avoir couché ensemble avant d’être mariés… Je ne sais pas.Je les regardai d’un air égaré, le visage humide et rougi par les larmes. Moi : Qu’est-ce que j’ai ? Haley : Ecoute-moi. Ce n’est pas une punition, Peyton. Ne sois pas stupide. J’ai peut-être huit ans de moins que toi, mais je n’ai toujours pas rencontré l’homme de mes rêves. Tu as donc mille fois mieux réussi que moi. Mes pleurs se calmèrent un peu. Brooke : Tu devrais peut-être passer des examens pour trouver ce qui ne va pas. Même si tu as un problème, il y a des traitements extraordinaires contre la stérilité. Pense à tous les bébés qui sont nés grâce à l’insémination artificielle ! Je secouai la tête avec tristesse. Moi : Je suis incapable de faire subir tout cela à Lucas. C’est un cauchemar. J’ai vu une émission à la télévision sur le sujet. En plus…Je m’essuyai les yeux d’un air désespéré. Moi : Il ne sait pas vraiment ce que j’éprouve. Il adore les enfants et il ne comprend pas que si l’on n’en a pas après trois ans de mariage, on n’en aura jamais. Je n’ai pas le courage de le lui dire. Brooke : Tu n’as rien dit à Lucas ? Moi : Il sait que je veux un bébé, mais je n’ai pas réussi à lui dire à quel point je le veux. Brooke : Mais pourquoi ? Tu dois partager tes angoisses avec lui. Tu oublies qu’il t’aime ! Moi : Je ne peux pas m’empêcher de croire que, si je ne dis rien, ce ne sera qu’une problème imaginaire. Si nous décidons de faire quelque chose, on découvrira que c’est ma faute et que je ne pourrai jamais avoir de bébé… Je le sais. Deux jours plus tard, j’étais de retour chez moi, et seule dans ma chambre, j’avais pu pleurer toutes les larmes de mon corps sur ce bébé qui ne viendrait pas. J’avais perdu un bébé, perdu une autre chance ; une vie que j’avais été sûre de porter s’en était allée. Brooke et Haley avaient été formidables avec moi, elles avaient fait de leur mieux pour la comprendre et la consoler. Mais elles ne comprenaient pas. Brooke avait des enfants, trois enfants merveilleux. Quant à Haley, elle n’en voulait pas encore. Elles n’étaient donc pas dans la même situation que moi. Je voulais un bébé avec une violence qui me détruisait. J’avais mal à en mourir. Tout le monde avait des enfants sans effort. Certains en avaient par accident, d’autres avortaient même ! Cette horrible douleur m’était infligée à cause de mon ventre stérile : pourquoi Lucas devrait-il souffrir aussi ? Je me demandais parfois si j’avais raison de lui cacher mes terreurs. Ne risquais-je pas de mettre notre couple en péril en gardant le silence ?J’eus les larmes aux yeux à ce souvenir. Comme à chaque fois que j’y repensais, je souffrais tous les mois en découvrant que je n’étais pas enceinte. Je replongeai dans un de mes souvenirs datant d’un peu moins de deux ans…
J’étais par terre, devant mon lit, en pleurs. Surmonterais-je jamais mon chagrin de femme sans enfant ? Je n’attendais plus rien, cela me semblait sans espoir. Brooke était enceinte alors qu’elle avait déjà trois enfants et moi qui en voulais tellement un, je n’en avais aucun. Voix : Qu’y a-t-il ? Je sursautai ; Lucas se tenait sur le seuil de la chambre.Moi : Brooke est enceinte et cela me tue ! Je ne supporte pas l’idée de ne jamais avoir de bébé. Je crois que je suis stérile. Lucas : Oh, Peyton ! Je suis désolé, ma chérie. Il la regardait désemparé, sa gaieté habituelle avait disparu. Moi : Ce n’est pas grave. Oublie ce que je t’ai dit. Lucas, incrédule : Oublier ? Pourquoi devrais-je oublier ? Cela me concerne aussi, Peyton, je te le rappelle. Nous sommes deux, tu sais. Rien ne m’énerve plus que ta façon de vouloir tout assumer toute seule. Tu gardes pour toi des secrets énormes. Tu refuses que je t’aide en quoi que ce soit. Mais bon sang ! Pourquoi me mets-tu à l’écart, Peyton ? Tu es en train de détruire notre couple, au cas où tu ne l’aurais pas remarqué. Arrête de m’éloigner de toi ! Moi : Je sais. Je suis désolée…Lucas : Tu as peur que je me mette en colère contre toi ? Moi : Non. Je croyais que si j’en parlais, ce ne serait plus seulement dans ma tête, ce serait réel : je ne pourrai jamais avoir de bébé. Lucas : C’est complètement idiot ! Ma chérie…N’as-tu jamais rien lu sur les progrès de la médecine dans le domaine de la stérilité ? Je hochai la tête.Lucas : Bien. Si l’on arrive à cloner des brebis, on peut nous aider. La lutte contre la stérilité est moins compliquée que le clonage. Nous devrions donc avoir une chance. Nous sommes jeunes et en bonne santé. Nous ferons ce qu’il faut, d’accord ? Moi : Je ne supportais pas l’idée de te faire subir des examens, tu sais…Lucas : Tu parles d’être enfermé dans une pièce avec un gobelet en carton et un magazine porno ? Tu devras peut-être venir m’aider, Peyton ! Mais nous pouvons y arriver. Qui sait, nous n’avons peut-être aucun problème, ni l’un ni l’autre. Tu t’affoles peut-être pour rien. Il faut du temps pour faire un bébé, tu sais. Moi : Cela fait six ans que nous n’utilisons plus de contraception. J’avais le temps d’être enceinte ! Lucas : D’accord, il est possible que nous ayons un problème, mais il faut en être certains avant de sauter aux conclusions. Demain matin, appelle le médecin et prends rendez-vous. Il peut nous adresser à un spécialiste pour que nous fassions tous les deux un bilan. Moi : Tu… Cela ne t’ennuie pas ? Lucas : Je t’aime, Peyton, et j’aimerai avoir des enfants avec toi. S’il y a un problème d’ordre physique, nous ferons tout pour le résoudre. Mais si rien ne réussit et que nous n’avons pas d’enfants, je peux m’en passer ! Je t’ai et tu m’as. D’accord ? Moi : Je t’aime. Les résultats des examens m’étonnèrent. Nous n’avions aucun problème, ni Lucas ni moi. Spécialiste : Vous n’avez aucune raison médicale de ne pas avoir d’enfants. Nous sommes devant un cas de stérilité inexpliquée. Les gens dans votre cas choisissent parfois de patienter et d’espérer mais, comme vous attendez depuis quelques années déjà, vous pourriez essayer la fécondation in vitro. En sortant de la clinique, je ne me sentais pas découragée mais soulagée comme si on m’avait enlevé un poids des épaules. Mon incapacité à être enceinte n’avait pas d’explication. Il n’y avait aucune faute de ma part, aucune traîtrise de mon corps, aucun problème impossible à soigner. Les meilleurs spécialistes l’affirmaient. Je n’étais pas responsable. Une stérilité inexpliquée était synonyme d’espoir. Une semaine plus tard, j’appelai Brooke en pleine forme. Moi : Brooke, c’est Peyton ! Je ne te dérange pas ? Brooke : Pas du tout ! Comment vas-tu ? Moi : Je vais bien. En fait, je vais même mieux que bien, je suis folle de joie. Tu ne devineras jamais ce qui se passe. Brooke : Non…Moi : Tu es bien assise ? Brooke : Oui. Ce sont de bonnes nouvelles ? Moi : Excellentes ! Malgré la distance, Brooke sentait la joie de sa sœur aînée. Moi : Je suis enceinte ! Brooke : C’est vrai ? Peyton ! C’est incroyable. Je suis très heureuse pour toi. C’est merveilleux ! Moi, dont les yeux brillaient aussi : Oui. Je n’aurais jamais cru que cela arriverait, Brooke. Même quand nous avons décidé de tenter une fécondation in vitro, j’ignorais si cela marcherait. Brooke : Tu en es à combien ? Moi : Six semaines. Je suis enceinte de six semaines et je ne le sais que depuis quelques jours ! Je suis si heureuse, Brooke. Brooke : Et moi, je suis très heureuse pour toi, Peyton, si heureuse pour vous deux…Moi : Merci, Brooke. Je suis si heureuse que je n’arrête pas de sourire. On va finir par me prendre pour une folle ou une droguée ! Brooke : Souris quand tu en as envie. Tu l’as bien mérité. Quand venez-vous tous les deux ici pour fêter ça ? Moi : Pas avant le week-end prochain parce que Lucas a décidé de remettre la maison à neuf, en particulier la chambre d’enfant. Il a déjà acheté la peinture et le papier peint. Brooke : Maintenant, la seule question est de savoir quand nous allons aller toutes les deux dans les magasins pour future maman ? Moi, soupirant de bonheur : Que dirais-tu de samedi prochain ? Brooke, riant : D’accord. Mais le destin avait décidé de s’acharner encore une fois sur moi. Un mois plus tard, en pleine nuit, je me réveillai toute tremblante. Je sentais un liquide chaud se répandre entre mes cuisses. Je me précipitai à la salle de bains pour voir que c’était du sang que je perdais. J’étais en train de perdre du sang alors que j’étais enceinte. Je réveillai Lucas en vitesse et dix minutes plus tard, nous nous retrouvions à l’hôpital. Un médecin me prit tout de suite en charge, voyant que j’étais très mal en point. Il m’allongea et me fit une échographie. A voir son visage, je compris qu’il se passait quelque chose. Moi : Que se passe-t-il, docteur ? Il y a un problème avec le bébé ? Doc : Je suis désolé…Moi, inquiète : Parlez, dites-moi ce qui se passe. Doc, tristement : Je suis désolé. Le cœur de l’embryon s’est arrêté. Votre bébé est mort. Moi, en larmes : Quoi ? Ce n’est pas possible ! Je le sens, je porte cet enfant, il ne peut pas être mort ! C’est impossible !...Doc : Je suis désolé, madame Roe, mais le cœur ne bat plus. La taille de l’embryon ne correspondait pas aux semaines d’aménorrhée. Moi : Vous voulez dire que… que mon bébé est mort à l’intérieur de mon ventre ? Doc : Oui. Je vais vous extraire le fœtus. Ne vous inquiétez pas, ça ne fera pas mal. En effet, moins de deux heures plus tard, j’avais expulsé mon bébé. C’était un garçon. Il était si petit, si innocent, il semblait paisible et on aurait pu croire qu’il dormait. Voilà, je n’avais plus de bébé. Je venais de perdre tout espoir de mettre un enfant au monde, de porter l’enfant de Lucas. Lui aussi était effondré lorsqu’il avait appris la nouvelle. En repensant à tout ça, je me dis qu’aujourd’hui, je dois remercier le ciel d’avoir droit à une seconde chance. Je ferai tout pour mener cette grossesse à terme, pour enfin avoir la possibilité de tenir mon bébé dans mes bras.
Ça y est, Thanksgiving est arrivé ! On se retrouve tous à Philadelphie chez papa. La table est mise pour huit adultes, et un bébé sur une chaise haute.
Papa : Asseyez-vous où vous voulez, les filles.
Lui-même prend place en bout de table. Peyton prend le siège le plus proche. Haley s’installe à l’opposé de lui et moi entre les deux. En face de Peyton se trouve Lucas, en face de moi, Nathan et en face de Haley, une place vide. Bien sûr, la place en face de celle de papa, juste à côté de la chaise haute est réservée pour Rachel, la fiancée.
Rachel, entrant dans la pièce avec son bébé de deux ans sur la hanche : Je suis désolée d’avoir raté l’apéritif. Une certaine petite fille qui s’appelle Madeline ne voulait pas mettre son pantalon !
Elle l’installe sur sa chaise haute et sourit.
Rachel : Je suis ravie que vous soyez toutes là.
Elle me regarde, et j’esquisse un sourire forcé.
Rachel : Je suis contente de te voir, Brooke.
C’est la deuxième fois que je vois Rachel. La première fois, elle était venue à New York avec mon père pour chercher un appartement. Le couple de tourtereaux, Peyton, Haley et moi nous étions retrouvés dans un restaurant très chic et très cher. J’avais à peine dit deux mots à Rachel, mais elle m’avait parue sympa.
Une voix grave et rocailleuse me tire de mes réflexions. Une femme très mince se tient sur le pas de la porte avec une assiette d’enfant remplie de petits morceaux de nourriture découpés.
Femme : Tout ce monde ! La petite risque d’être perturbée !
Rachel : Ne t’inquiète pas, Madeline va très bien, maman. Il y a plus de monde en maternelle qu’ici, et c’est sa famille, il faut qu’elle s’habitue.
Femme : À mon époque, les enfants avaient droit à plus de calme.
Rachel : Peyton, Brooke, Haley, je vous présente ma mère, Judith. Maman, voici les filles de Nicholas.
Judith, d’une voix pincée : Ravie de faire votre connaissance.
Papa : Allez, on attaque ! Vous allez voir, Sylvia est une excellente cuisinière.
Les vingt minutes qui suivent sont consacrées aux préparatifs du mariage, et à un tour d’horizon des rendez-vous à venir.
Enfin, mon père disserte une bonne dizaine de minutes sur les smokings.
Madeline balance des petits pois et des morceaux de poulet sur sa grand-mère qui est d’une patience d’ange.
Compte tenu de son entrée en scène, dans le genre chien méchant, je suis assez surprise de voir à quel point elle s’y prend bien avec la petite.
Elle est ferme et douce à la fois, et la petite l’écoute.
Moi : Rachel, comment vous êtes-vous rencontrés ?
Tous les yeux se tournent vers moi.
Moi : Je voulais dire, comment vous êtes-vous décidés pour le lieu, les fournisseurs, le traiteur, les fleurs… ?
Je suis passée à deux doigts de la gaffe, je jette un coup d’œil à Peyton, mais elle me sourit gentiment. En effet, elle ne supporte pas Rachel, la considérant beaucoup trop jeune pour devenir notre belle-mère. En revanche, Haley l’apprécie beaucoup vu qu’elle n’ont qu’un un d’écart.
Rachel a un visage très ouvert, et vous donnerait sa chemise si vous en aviez besoin. Elle est aussi jolie que Haley, mais dans un autre genre. Haley est d’une beauté classique avec son visage de madone encadré par ses longs cheveux blonds cendré. Rachel est plus exotique. Elle a des cheveux roux, longs et raides qui lui retombent sur les épaules. Elle a des yeux verts lumineux. Elle est super bien faite. Elle porte un jean bleu avec un débardeur blanc et une chemisette par-dessus marron. Elle ne ressemble pas du tout à ma mère. La première femme de mon père était une grande femme mince et blonde. Rachel est à l’opposé de ce qu’était ma mère. Elle ressemble davantage à Lindsay Lohan.
Chaque fois que je la regarde, j’ai envie de lui demander ce qu’elle fait avec mon père.
A vingt-deux ans, elle est superbe, intelligente, prépare un doctorat en psychologie à l’université de Pennsylvanie, sa mère est aux petits soins pour elle et garde sa fille dès que Rachel le lui demande. Que peut-elle avoir en commun avec M. Je-dirige-tout, j’ai nommé mon père ?
La voix de la mère de Rachel me tire de mes réflexions.
Judith : Vous comptez rester combien de temps ?
Haley : On repart en fin d’après-midi.
Papa : Tout le monde ici est la bienvenue ! Et aussi longtemps qu’elle le souhaite. Je porte un toast à mes six filles !
Judith : Je passe difficilement pour une fille.
Je me demande bien ce qu’elle pense du mariage de sa fille avec un homme qui pourrait être son père.
Papa : Dites-moi les filles, vous serez toutes là pour notre mariage, n’est-ce pas ?
Haley : Bien sûr, papa.
Papa : Je veux un mariage spectaculaire, inoubliable, comme ma Rachel !
Celle-ci rougit et sourit.
Rachel : Un mariage en petit comité me conviendrait parfaitement, mais votre père veut absolument un mariage en grande pompe. Peyton, il paraît que ton mariage était extraordinaire. C’était dans une prairie, n’est-ce pas ?
Il faut reconnaître que Rachel essaie de sauver la situation. Peyton boit une gorgée d’eau fraîche avant de répondre.
Peyton : Oui, c’était fabuleux.
Papa : Si je me souviens bien, le lendemain de votre mariage, vous vous envoliez, Lucas et toi pour une lune de miel de deux semaines en Grèce !
Lucas, souriant à son beau-père : Oui, c’était vraiment formidable, ce voyage.
Moi : Et toi, papa, où comptes-tu emmener Rachel pour votre lune de miel ?
Papa : Nous pensons faire un safari à dos d’éléphant en Afrique.
Rachel : Puisque vous êtes toutes réunies, toutes les trois, j’en profite pour vous demander d’être mes demoiselles d’honneur. C’est très important pour nous deux.
Haley : Bien sûr. J’ai hâte de voir ce que votre mariage va rendre. Après tout, ce n’est pas tous les jours que l’on a la chance d’assister à un mariage sur la plage, au bord de l’océan !
Et on continue de discuter de robes et de costumes pendant le reste du repas.
Finalement, j’ai réussi à passer un moment sans penser à Chase et au tribunal. Heureusement, Gabriela n’est au courant de rien, en ce moment même, elle joue chez une de ses amies.Haley
Me voilà une nouvelle fois devant un miroir en train d’essayer des vêtements pour mon rendez-vous avec Lorenzo. Mais pas dans mon appartement de New York, dans ma chambre de petite fille chez mon père.
Cette invitation à venir prendre le dessert chez ses parents après le repas de Thanksgiving réclame quelques efforts vestimentaires. Le problème, c’est que même la jupe offerte par Peyton, qui était trop grande, est devenue trop petite. Que mettre ? Je passe ma garde-robe en revue.
Tout est éparpillé sur le sol autour de moi. J’essaie de rentrer dans ma jupe stretch, mais je l’explose littéralement. Mon ventre pointe en avant, mes fesses en arrière, c’en est terminé des vêtements « normaux ».
On frappe à la porte. J’ai pris soin de bien la fermer pour ne pas que quelqu’un, passant devant ma chambre puisse apercevoir mon gros ventre auquel je ne suis pas encore bien habituée.
Moi : Entrez.
Voix : Salut, Haley.
Je me retourne, c’est Rachel.
Moi : Heu, salut Rachel.
Rachel : Je peux entrer une seconde ?
Moi : Bien sûr.
Elle s’assied sur mon lit, c’est-à-dire un grand lit à baldaquin rose, avec des froufrous partout, que j’adorais quand j’avais dix ans.
Rachel : Je voulais te remercier d’avoir essayé de détendre l’atmosphère tout à l’heure, à table. Je sais que Peyton ne m’apprécie pas beaucoup, et je le comprends parfaitement. Mais je ne veux pas que ces tensions dues à moi, gâchent votre vie de famille.
Moi : Tu ne gâches rien du tout ! Après tout, on est une famille, et il n’y a pas de familles sans problèmes !
Elle sourit.
Rachel : En tout cas, tu as vu le genre de mère que j’ai !
Moi : Oui, c’est un cas, ta mère, Rachel !
Rachel : Elle a en effet des idées très arrêtées sur les choses. Ton père, Haley, m’a beaucoup parlé de ta mère. Il m’a dit à quel point elle était merveilleuse.
Je respire profondément, comme je le fais chaque fois qu’on me parle d’elle.
Moi : Elle l’était, en effet, et elle adorait Thanksgiving. Elle cuisinait très bien et préparait des repas extraordinaires. Je pense qu’elle n’aurait pas du tout apprécié ton régime !
Rachel rit.
Rachel : Tu vois, j’ai cinq kilos en trop et si je ne fais pas attention, je vais devenir obèse.
Moi : Mais, tu es magnifique !
Et c’est vrai, elle est superbe !
Moi : Tu es très belle, tu n’es absolument pas trop grosse ! En revanche, moi, je n’entre plus dans rien et j’ai un rendez-vous important tout à l’heure.
Rachel, avec un gentil sourire : C’est un effet inévitable de la grossesse.
Je me retourne brutalement face à elle.
Moi : Comment as-tu deviné ?
Rachel : Tu sais, quand on est passé par là, on le devine tout de suite. Et puis, on ne peut pas dîner avec une femme enceinte sans s’en apercevoir, il y a plein de petits signes qui ne trompent pas. Refuser le café et l’alcool, se lever toutes les dix minutes pour aller aux toilettes, se boucher le nez discrètement lorsqu’une odeur trop forte s’approche et demander à Sylvia si par hasard elle aurait du sirop au caramel pour tartiner son toast.
Moi : Je ne sais pas pourquoi j’aime manger ce genre de choses ! Je me demande parfois si je ne suis pas devenue folle.
Rachel : Moi, je craquais sur les pistaches ! J’ai pris vingt-huit kilos pendant ma grossesse.
Moi : Waouh ! J’ai lu qu’en moyenne, on prenait entre douze et quinze kilos, mais j’en suis déjà à cinq après seulement onze semaines !
Rachel : Haley, je voudrais que tu saches que tu peux venir me parler de ta grossesse, de ton bébé et du papa du bébé, chaque fois que tu en as envie. J’ai une certaine expérience dans ce domaine. Et si tu veux que je n’en parle pas à ton père, je ne le ferai pas.
Moi : Merci, Rachel. Je te suis très reconnaissante, pour tout. Et effectivement, pour papa, je ne sais pas pourquoi, mais je ne suis pas encore prête.
Rachel : Bon, parlons de ton rendez-vous. Tu veux aller voir dans mon placard, si tu trouves quelque chose qui te convient ? J’ai des vêtements qui t’iront parfaitement.
Soulagée et ravie, je suis Rachel comme un toutou à qui on va donner un os !
C’est dingue comme on se sent à l’aise dans des vêtements qui ne vous serrent pas ! Je suis assise dans mon salon, en attendant Lorenzo, et pour une fois, je n’étouffe pas !
La veste en cuir noir que Peyton m’avait offerte pour mon anniversaire me va de nouveau très bien. Rachel a eu l’idée de déplacer les boutons. Je ne savais même pas qu’on pouvait le faire.
Elle m’a prêté une jupe noire en stretch qui ne serre pas mon ventre qui s’arrondit, un gilet noir un peu vague, et avec mes cuissardes en cuir, je suis une très jolie femme enceinte, habillée à la dernière mode. Je savais que Rachel était gentille, mais j’ignorais à quel point. Elle a tout sorti de son placard et a fait deux piles, une intitulée « oui », et l’autre « non », puis elle m’a parlé de son fameux Chris, dont le vrai nom est Christopher. C’est un rocker dont le disque a fait un flop aux Etats-Unis, mais qui a remporté un petit succès en Europe. Il s’y est du reste installé. Ils se fréquentaient depuis quelques mois seulement, lorsque Rachel s’est aperçue qu’elle attendait un enfant. Chris a nié être le père.
Chris : Nous ne l’avons fait qu’une fois ! C’est impossible ! Elle ne l’a jamais revu. Je secoue la tête. Moi : Je ne comprends pas ce désintérêt pour son propre enfant. Celle-ci vient de replier une chemise transparente qui se porte avec un body à bretelles en dessous. L’ourlet arrive au-dessus de mon ventre, on ne voit que lui. Soudain, j’ai envie de me confier à Rachel. Moi : Lorenzo ne veut pas entendre parler du bébé. J’éclate en sanglots. Elle me prend dans ses bras. Rachel : Si c’était le cas, pourquoi te présenterait-il à ses parents, surtout à l’occasion d’une fête aussi symbolique que celle-là ? Elle a raison. Alors que j’attends Lorenzo dans mon canapé, je me raccroche à cette pensée pour me donner du courage.A 20 heures précises, il sonne à la porte.
Il est encore plus séduisant que d’habitude, et nerveux. Avec un petit sourire hésitant, il me demande si je suis prête, et nous voilà partis, marchant l’un à côté de l’autre dans les couloirs du métro. La conversation est difficile. Nous parlons comme des étrangers de notre goût pour la dinde. Nous discutons un moment sur l’habitude des hommes de disparaître avec leur assiette pour aller suivre le match de football à la télévision. Nous pensons tous les deux que c’est mal élevé.
Au moment où nous descendons les marches du métro, il me prend la main.
Lorenzo : Fais attention.
Cette main dans la mienne me semble plus étrangère que rassurante.
Notre train entre en gare, nous montons dedans et nous nous asseyons sur les sièges en plastique orange. Sa jambe contre la mienne me semble plus rassurante qu’étrangère.
Je me souviens que la première chose que j’ai retenu de ma lecture de mon livre de grossesse, c’est que les femmes enceintes sont très excitées au début de leur grossesse. J’ai passé un paquet de nuits à penser à Lorenzo et à tourner dans ma tête le souvenir des quelques nuits que nous avons vécues. Il me regarde en souriant.
Lorenzo : Tu as bonne mine, Haley. Tu vas bien ?
Moi : Oui, merci. Toi aussi, tu as bonne mine.
Il a très bonne mine en effet, il est tellement séduisant !
Lorenzo : J’ai acheté ces trois livres pour moi.
Il les sort de son sac à dos. Les papas et la paternité, Comment être un bon père et Votre fils apprend à nager.
Lorenzo, me montrant « Les papas et la paternité » : J’ai commencé par celui-ci. Savais-tu qu’un nouveau-né dort vingt heures par jour ? Et qu’il a besoin de huit ou dix couches par jour ?
Moi : Tu l’as vraiment lu ? Moi aussi.
Lorenzo : Il y a beaucoup de détails effrayants, les coliques par exemple.
Moi : Heureusement que ça ne dure que trois mois environ.
Lorenzo : J’ai aussi lu le passage sur les fournitures nécessaires. Dès le premier jour, on a besoin d’une tonne de choses, comme un siège auto, un berceau ou un couffin, et des couches et des vêtements.
Attends, attends !Moi : Ecoute, Lorenzo, j’avais cru comprendre que tu ne t’intéressais pas du tout à ce bébé. Tu as changé d’avis ?
Le train s’arrête brusquement. Il prend ma main.
Lorenzo : C’est à nous. On descend.
Sauvé par le stop. Ma question reste en suspens. Il y a trop de bruit autour de nous pour qu’il réponde. Au moment où nous retrouvons l’air froid de la nuit, il reprend la parole.
Lorenzo : Tu as aimé grandir en ville ? Je veux dire à New York ?
Moi : Oui et non. J’avais un grand parc à proximité.
Lorenzo : Mais ce n’est pas comme si tu vivais au milieu d’un bois. Un enfant a besoin de la nature.
Je lui jette un coup d’œil. Je sens qu’il a envie de parler alors je l’écoute. Il me raconte son enfance, ses jeux au parc, l’époque où c’était encore un quartier tranquille où vivaient des familles. Aujourd’hui, c’est devenu une banlieue chic, avec des immeubles aux loyers prohibitifs, encore plus chers qu’à Manhattan. Je n’ai pas encore renoncé à lui poser ma question restée en suspens tout à l’heure, à propos de son implication dans la vie du bébé, mais au moment où je m’apprête à la poser, nous arrivons devant la maison de ses parents.
C’est une maison mitoyenne à l’orée du parc, dans un quartier habité par la classe moyenne. Les Maxwell vivent au rez-de-chaussée et louent l’appartement du dessus à un jeune couple. Cela constitue une rentrée financière très appréciable, comme me l’explique Lorenzo. Son père, autrefois comptable, est aujourd’hui à la retraite.
Il ouvre la porte coupe-vent.
Moi : Comment suis-je ?
Il se retourne vers moi et me regarde. Un vrai regard qui dure de longues secondes.
Lorenzo : Tu es parfaite, Haley. Vraiment. La grossesse te va bien. Je ne dis pas que tu n’étais pas jolie avant, mais je te trouve resplendissante.
Je souris en retour.
Moi : Toi aussi, tu es resplendissant, Lorenzo.
Il est, en effet, plus séduisant que jamais. Le contraste entre sa veste en cuir noir et ses cheveux épais… ses yeux dorés… ses lèvres…
Lorenzo : Avant d’entrer, je dois te dire deux ou trois choses sur mes parents. Ils n’ont pas vraiment sauté au plafond quand je leur ai annoncé que tu étais enceinte.
Moi : Et tu me le dis maintenant ? J’ai quoi ? Deux secondes pour me faire à l’idée que tes parents me détestent déjà ?
Lorenzo : Non, non, non, ce n’est pas à ce point-là ! Ils sont vieux jeu, c’est tout. Le pire, pour eux, c’est que nous ne sommes pas mariés.
Moi : Ouf ! Tu m’as fait peur ! En fait, tes parents et moi avons au moins un point commun !
Il me regarde, interloqué. Il a la même expression que le jour où je lui ai annoncé que j’étais enceinte.
Il a l’air traqué et terrifié. Je ne suis quand même pas une lépreuse !
Lorenzo : Tu plaisantes ou tu es sérieuse, Haley ?
Moi : Oui, je crois.
Il me regarde intensément, ne sachant pas ce que « je crois » veut dire réellement. Finalement, il se décide à sonner. J’entends aussitôt une voix rocailleuse et masculine :
Voix : Pourquoi n’utilise-t-il pas sa clé ? Il l’a perdue ?
Voix, féminine : Je n’en sais rien, Bart. Comment veux-tu que je le sache ?
Oh, mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu ! Je connais ce genre de personnes. Ce n’est pas du tout le style : « Prenez-vous-un-morceau-de-sucre-avec-votre-thé-et-désirez-vous-une-part-de-gâteau-n’abordons-surtout-pas-le-sujet-qui-fâche. »
Non ! C’est au contraire le style : « Je-rentre-tout-de-suite-dans-le-vif-du-sujet-et-je-pose-toutes-les-questions-de-préférence-les-plus-indiscrètes. »
Une femme d’une cinquantaine d’années, plutôt forte, ouvre la porte. Derrière elle se tient un homme d’une cinquantaine d’années, plutôt fort, et qui fume un cigare.
Lorenzo, me désignant : Papa, le cigare !
Homme : Quoi ?
Femme : Bart, éteins ton cigare, elle est enceinte !
En grommelant, Bart disparaît à l’intérieur de la maison.
Lorenzo : Maman, je te présente Haley. Haley, voici ma mère, Marlene Maxwell.
Marlene Maxwell, ce joli nom a sans doute été bien porté, autrefois.
Marlene Maxwell me regarde en face, et, après un bref « Bonjour », nous conduit dans le salon. Surprise. Ce n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais. Un canapé en cuir clair avec les pieds en aluminium brossé très design, avec les fauteuils assortis. Une table basse de verre, des voilages jaunes drapés élégamment à l’aide d’une cordelette de soie blanche. Une belle bibliothèque de bois blond court le long du mur et monte du sol au plafond.
Les acteurs ne correspondent pas au décor !
Je prends place sur le canapé, Lorenzo s’assied à côté de moi. La mère de Lorenzo est assise en face, dans l’un des fauteuils. Son mari arrive de la cuisine, empestant le cigare.
Bart : À mon époque, on pouvait fumer en présence de bébés ou de femmes enceintes.
Marlene : Notre époque est très différente.
Moi, pour détendre l’atmosphère : Vous avez une très jolie maison.
Marlene : Merci, ma chère.
Je suis étonnée de voir à quel point je la rends nerveuse. Je le suis moi-même. Comme il fait très chaud dans la maison, je sens une goutte couler le long de mon cou, heureusement que Rachel m’a aspergée d’Envy de Gucci avant de partir pour me souhaiter bonne chance.
Mme Maxwell me tend une assiette avec un part de tarte au potiron. Je fais ce que je fais d’habitude quand je suis nerveuse et qu’il y a de la nourriture à portée de main : je mange !
Marlene : Vous êtres très jolie, ma chère. N’est-ce pas, Bart ?
Bart, la bouche pleine : Quoi ?
On dirait qu’il n’a pas mangé depuis des lustres.
Marlene : Peu importe. Alors, Haley, où en êtes-vous, très chère ?
Moi : Merci d’abord pour le compliment. Quant à ma grossesse, j’en suis à la douzième semaine. Je n’arrive pas à croire que j’ai passé le premier trimestre. Je ne me suis toujours pas faite à l’idée d’être enceinte.
Elle soupire.
Marlene : Je pense qu’on peut maintenant considérer que vous êtes sortie de la période critique.
On dirait que cela la chagrine !
Marlene : À mon époque, on ne parlait pas de grossesse avant au moins trois mois.
Lorenzo : C’est un truc que je ne comprends pas. Si par malheur, Haley avait perdu le bébé, elle aurait eu besoin de soutien, non ?
Par malheur ? Tiens, comme c’est intéressant !
Marlene, d’un ton tranché : Vous le portez haut. Ce sera un garçon.
Lorenzo, en me souriant : Maman, on ne le voit même pas.
Elle serre les lèvres.
Marlene : On le voit un peu. Une mère sait ces choses-là. C’est un garçon. Les garçons sont plus difficiles à élever que les filles.
Moi : Fille ou garçon, je serai comblée.
Lorenzo : Tout ce qui importe, c’est que le bébé soit en bonne santé. D’après le médecin qui a fait l’échographie, tout va bien. Regarde.
Et il tend la photo de l’échographie à sa mère.
Mme Maxwell regarde, tourne le cliché dans tous les sens.
Marlene : Je n’arrive pas à y croire.
Et elle éclate en sanglots.
Lorenzo : Maman, ça va ?
Marlene : Je ne comprends pas, elle va avoir un bébé, et vous ne sortez même pas ensemble !
Lorenzo : C’est effectivement une situation bizarre… Je viens d’apprendre la grossesse de Haley et j’ai eu besoin de temps pour réfléchir, c’est pourquoi nous ne nous sommes pas vus ces derniers temps.
Situation bizarre ?
Silence.
Marlene : Vous allez vous remettre ensemble ? Vous allez vous marier ? Vous faites un si joli couple ! Tu ne trouves pas, Bart ?
Bart, fixant son cigare éteint : Quoi ? Oui, le gâteau était très bon.
Mme Maxwell lève les yeux au ciel, puis quitte sont siège et se dirige vers la fenêtre. Elle pousse un profond soupir.
Marlene : Ce qui est fait est fait. Cela ne sert à rien de revenir dessus.
Lorenzo : Mam…
Marlene : Je commence à me faire à cette idée. Un enfant illégitime ne le porte pas inscrit sur son front. Autrefois, si, mais maintenant, avec toute cette violence et tout ce sexe à la télévision, plus rien ne choque personne.
Lorenzo : D’abord, maman, plus personne n’emploie le mot « illégitime ». Et ce n’est pas parce qu’un enfant a des parents non mariés qu’il est illégitime !
Marlene : Qu’en sais-tu ? Tes parents ne sont pas mariés ? Et vous, Haley ?
Lorenzo : Ecoute, maman, je croyais que vous vouliez rencontrer Haley, c’est pourquoi je l’ai amenée aujourd’hui. Mais si c’est un examen de passage ou un interrogatoire, et si tu commences à l’insulter, nous partons.
Marlene, d’une voix qui grimpe dans les aigus : Et je ne pourrai jamais voir mon petit-fils ? Tu entends, Bart ? Ils vont nous empêcher de voir le bébé !
Lorenzo secoue la tête d’un air excédé. Le réalise que sa mère est encore pire que mon père. Finalement, ne poser aucune question et avoir toujours l’air heureux, c’est mieux que ce genre de folie !
Bart : Marlene, personne ne dit une chose pareille !
Marlene : Tout le monde est contre moi.
Lorenzo : Maman, personne n’est contre toi. Personne ne vous empêchera de voir le bébé. Nous sommes seulement ici pour que vous fassiez connaissance avec Haley.
Marlene, hargneuse : Les grands-parents ont des droits ! J’ai vu un cas semblable à la télévision, dans La loi et l’Ordre. C’était à propos de cette horrible femme qui détestait sa belle-mère. Eh bien, la Cour a accordé un droit de visite à la grand-mère.
Lorenzo me fait un clin d’œil.
Lorenzo : Tu es en train de nous dire que tu auras envie de voir ce bébé même s’il est illégitime ?
Marlene : Evidemment ! C’est ma petite-fille ou mon petit-fils ! Le premier ! Oh, j’espère qu’il ou elle aura vos yeux, Haley ! Ils sont d’un bleu magnifique ! Mes deux fils ont les yeux bruns de leur père. Je n’ai rien contre la couleur de tes yeux, chéri.
Bart : Quoi ?
Marlene : Rien, chéri. Tiens, reprends un peu de gâteau.
Mme Maxwell ressert une part de gâteau à son mari, Lorenzo me sourit. J’ai maintenant la conviction que sa famille est aussi tarée que la mienne.
Lorsque nous nous retrouvons dans le train pour rentrer, je me décide à interroger Lorenzo, mais il me prend d’avance.
Lorenzo : Il va leur falloir un peu de temps pour s’habituer à l’idée.
Moi : C’est certain. Tu le sais depuis six semaines et tu ne t’y es pas encore fait.
Il respire profondément, tourne la tête vers la fenêtre puis me regarde dans les yeux.
Lorenzo : Je suis désolé, Haley. Je suis vraiment, vraiment, désolé.
Et soudain, il éclate en sanglots. Il cache son visage entre ses mains et pleure à chaudes larmes.
Moi, mal à l’aise : Lorenzo, calme-toi, tout va bien.
Il pousse un gros soupir en essuyant ses yeux.
Lorenzo : Je suis un salaud et un idiot. Cette nouvelle m’a terrorisé. Et je le suis toujours, Haley. Mais la façon dont je me suis conduit avec toi… Et ce que je t’ai dit dans ce café… Je ne sais pas quoi faire pour que tu me pardonnes. Que puis-je dire pour que tu excuses ma conduite ?
Moi : Ne t’inquiète pas, tout va bien. Je vais bien.
Et c’est vrai, je ne suis pas du tout en vrac, comme j’aurais pu m’y attendre. Je vais bien et j’assume parfaitement ma grossesse.
Lorenzo : Je veux que tu saches que la nouvelle a changé beaucoup de choses en moi. Je n’ai pas continué ma petite vie comme si de rien n’était. Je ne m’en lave pas les mains. Ce n’est pas du tout ça.
Moi : Alors, c’est quoi ?
Lorenzo : Je veux que tu saches que je n’ai pas arrêté de penser à toi et au bébé. A ce que cette nouvelle implique, aujourd’hui et plus tard. A ce que je ressens.
Moi : Et que ressens-tu ?
Lorenzo : Je ne sais pas. Je ne sais même pas quoi penser. Ce que je sais, c’est que tu m’as manqué, Haley. Et que je suis mort de trouille à l’idée d’être père.
Moi : C’est normal d’avoir peur. Moi aussi, j’ai peur.
Lorenzo : J’ai tourné en rond durant des nuits entières en pensant à toi, avec le bébé, vivant ta grossesse toute seule.
Moi : Je ne suis pas seule, j’ai ma famille, mes sœurs me soutiennent énormément.
Je réalise ce que je suis en train de dire. A aucun moment en effet, je ne me suis sentie seule et abandonnée durant ce premier trimestre. Grâce à mes sœurs, j’ai vécu ces trois mois en toute sécurité.
Lorenzo : Je suis soulagé de savoir qu’elles t’ont entouré à ce point. Excuse-moi d’avoir été aussi absent. Si tu veux bien, je vais m’occuper de toi maintenant.
Moi : Ce qui veut dire ?
Lorenzo : Je ne sais pas. J’ai beaucoup réfléchi quand tu m’as dit que j’étais immature. La situation est ce qu’elle est, je veux faire face comme tu l’as fait. J’ai réalisé comme toi que ma vie était en train de changer, et qu’elle va définitivement changer, alors comme toi, je dois l’accepter.
Moi : Mais, Lorenzo, je suis heureuse de ce qui m’arrive. Je suis heureuse de l’arrivée de ce bébé, je l’aime déjà et je le désire. Je dois seulement faire face au fait que je serai une mère célibataire et que ma vie va changer. Mais jamais je ne me suis dit que je devais accepter le fait que j’allais avoir un enfant. Tu comprends ce que je veux dire ? Tu étais prêt à rompre avec moi parce que tu croyais que je voulais que tu t’engages.
Lorenzo : C’est vrai, mais à ce moment-là, je ne savais pas encore que tu étais enceinte.
Moi : Alors maintenant que tu le sais, maintenant que tu as digéré, tu découvres que tu me veux près de toi ?
Lorenzo : Franchement, je ne sais pas ce que je veux, c’est tout.
Moi : Alors, je suis là pour quoi exactement ?
Lorenzo : Parce que tu portes mon enfant. Parce que j’ai des sentiments pour toi.
Moi : Quels sentiments ? Es-tu en train de me dire que tu veux que nous soyons des amis ? Ou que tu veux que nous ressortions ensemble ? Ou que tu veux que nous nous mariions ? Quoi ?
Lorenzo : Haley, tout ce que je sais, c’est que je t’aime… beaucoup. J’ai vraiment adoré les moments que nous avons passé ensemble. Je te trouve intelligente, drôle, chaleureuse, douce et intéressante. J’aime être avec toi et discuter avec toi.
Moi : Tu veux que nous restions amis.
Il s’approche de moi et m’embrasse sur les lèvres.
Lorenzo : J’ai eu envie de le faire dès l’instant où je suis venu te chercher à ton appartement.
Moi : Tu veux donc que nous soyons un peu plus que des amis ? Je ne pense pas que je sois une très bonne affaire au lit, en ce moment !
Lorenzo : Haley, ce n’est pas du tout ce que je veux dire !
Moi : Alors, dis-moi une bonne fois pour toutes ce que tu veux dire ! Tu as intérêt à être clair, pour une fois. Je suis enceinte, je vais avoir un bébé. Je n’ai pas besoin d’incertitudes en ce moment. Si tu veux que nous nous voyions, je suis d’accord, mais si tu n’es pas sûr de tes sentiments, alors, restons amis.
Lorenzo : Je suis sûr d’un certain nombre de choses, Haley. Je sais que j’ai des sentiments profonds pour toi, et que je veux être un bon père pour notre bébé. Je pense aussi que nous devons apprendre à mieux nous connaître dans ce nouveau contexte. Nous sommes sortis quelques fois ensemble, nous sommes allés au restaurant, au cinéma. Les choses ont complètement bougé, nous allons devenir parents. Nous avons du boulot, Haley. Mais je crois qu’on peut le faire ensemble. Ce que je suis en train de te dire, c’est que tout a changé entre nous et que nous devons tout recommencer à zéro.
Je prends sa main et je la place sur mon ventre.
Il pose sa tête sur mon épaule.
Nous restons assis l’un contre l’autre dans ce train aux sièges oranges en silence longtemps. Très, très longtemps.
On est samedi et je fais les boutiques. Ça fait plus de deux heures que je passe d’un magasin à l’autre sans rien acheter. Je cherche un cadeau qui ferait plaisir à Kimberley, la fille de Heather et Lucas, mais je n’ai pas d’idée. Que peut-on offrir à une fillette qui souffre autant qu’elle a souffert depuis la découverte de sa maladie ? Tout à coup, je compris que ce que je pouvais lui offrir, ce n’était pas matériel mais bien plus que ça. En souriant, je me dirigeai vers le laboratoire d’analyse médicale qui se trouvait dans la galerie marchande. Quelques minutes plus tard, je me retrouvais allongée sur un lit, un médecin assis à côté de moi sur une chaise.
Doc : Alors, Mme, que puis-je faire pour vous ?
Moi : Voilà, je suis enceinte de neuf semaines de jumeaux. Ça fait tellement longtemps que mon mari et moi attendons ce moment… Mais il y a quelques temps, mon mari a découvert que son ancienne petite amie au lycée avait eu un enfant, une fille qui s’appelle Kimberley, elle a onze ans. Heather, c’est l’ex-petite amie de mon mari, nous a montré des photos de la petite, et elle est si jolie. Elle a des cheveux blonds très fins, des yeux d’un bleu magnifique, et un sourire, exactement le même que mon mari. Elle et lui se ressemblent tellement. Au fond, Kim ressemble plus à Lucas, c’est mon mari qu’à sa mère. Heather est rousse avec des yeux vert foncé, elle est d’une beauté classique, mais elle a un visage aux traits très fins. Je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout ça… Mais, ce que je voulais vous dire c’est que Kimberley est malade. Elle a une leucémie très grave, ils l’ont diagnostiqué il y a trois ans, elle n’avait que huit ans, la pauvre petite. Ils ont tout essayé, la chimiothérapie, les médicaments anticancéreux, tout. La seule solution c’est la greffe de moelle osseuse, mais il y peu de gens qui sont compatibles avec elle. Elle est d’un groupe très rare. Ni sa mère, ni son père, ni ses grands-parents, personne ne peut la sauver. Au début, je me suis dit que j’allais lui faire don de ma moelle, mais je me suis vite aperçue que je n’étais pas compatible avec elle, ce qui d’ailleurs m’a profondément bouleversée. Et puis j’ai consulté beaucoup de sites sur Internet, j’ai lu de nombreux livres sur le sujet, et je me suis aperçue que je pouvais aider Kim. Je peux la sauver, même si cela échoue, je peux la sauver, cet espoir dont mon cœur se nourrit est si pur, si intense que je veux réussir. Ça ne comporte aucun risque d’après ce que j’ai lu sur Internet, mais je voulais en avoir le cœur net auprès d’un médecin, qui connaît son métier.
Doc : Vous voulez faire don du sang placentaire ?
Moi : Oui, c’est tout à fait ça, docteur. Y a-t-il un risque pour mes bébés ?
Doc : Je peux vous affirmer sans aucune hésitation qu’il n’y a aucun risque ni pour vous, ni pour les bébés. Mais, je ne suis pas un spécialiste dans ce domaine, je vais vous recommander à un de mes confrères qui devrait pouvoir vous conseiller et vous aider.
Il écrit une adresse sur une carte de visite et me la tend.
Moi : Merci.
Doc : Son cabinet est ouvert toute la journée et il se trouve juste en face du centre commercial. Dites-lui que vous venez de ma part.
Moi : Merci beaucoup. Au revoir.
Doc : De rien.
Je ressors de ce laboratoire, heureuse et impatiente de rencontrer ce docteur. En regardant ma montre, je constate qu’il n’est pas encore 18h, j’ai peut-être une chance pour que ce docteur soit encore à son cabinet.
Une demi-heure plus tard, je me retrouve dans une salle d’attente. Lorsque c’est mon tour, je m’installe dans un fauteuil en cuir noir, face à un homme d’une quarantaine d’années, brun et grand. Je lis sur son badge : Docteur John Carter.
Doc : Bonjour. Vous êtes Mme Roe ?
Moi : Oui, comment le savez-vous ?
Doc, souriant : George vient de m’appeler, il m’a dit que vous alliez venir. Parlez-moi de votre projet.
Moi : Je veux faire don du sang placentaire à la fille de mon mari. Kimberley a une leucémie aiguë lymphoïde. C’est très grave, ça fait trois ans qu’ils essayent de la soigner, mais aucun traitement n’a marché jusque là. La seule solution reste la greffe de moelle osseuse, mais combien de chances a-t-elle de trouver un donneur compatible avec son groupe sanguin qui est très rare en peu de temps ? Depuis qu’elle a huit ans, cette petite fille est coincée dans un hôpital pour enfants, elle ne voit jamais le jour, ni le ciel, ni les nuages, elle est enfermée dans une chambre stérile pour ne pas que des microbes infiltrent son système immunitaire si peu fort. Je ne suis pas compatible avec elle, je ne peux donc pas lui faire don de ma moelle osseuse, mais je veux l’aider. Je veux tout faire pour la sauver. Je suis enceinte de neuf semaines. C’est des jumeaux. Ça fait tellement longtemps qu’on attend ce moment, mon mari et moi, bientôt sept ans. J’étais si heureuse lorsque j’ai appris que j’attendais un bébé, alors deux, vous n’imaginez même pas ma joie. Oui, j’ai peur que si je tente cet don il arrive quelque chose à mes bébés, mais en même temps, si je ne fais rien pour sauver Kim, je ne pourrai pas me le pardonner. Je suis sa dernière chance. Vous comprenez ?
Doc : Bien sûr. Mon travail est de vous conseiller et de vous aider à faire le bon choix. Sachez déjà que le don du sang placentaire ne comporte aucun risque ni pour vous, ni pour vos bébés.
Moi : Vous me rassurez.
Doc : Je vais vous expliquer les conditions de ce don. Même si vous décidez de le faire, sachez qu’à tout moment, il vous est possible de changer d’avis, même oralement. Pour que l’injection ait une chance de sauver le receveur, il faut que vous accouchiez sans complications et le plus proche du terme possible. En cas de maladie grave chez l’enfant, le sang ne sera plus bon, et cela n’aura servi à rien. C’est pour cette raison que vous devez vous ménager le plus possible pour arriver au terme de votre grossesse. Le terme est pour quand ?
Moi : Normalement, c’est prévu pour début juin.
Doc : Très bien. Donc, vous devrez, le jour de l’accouchement, avoir signé un papier comme quoi vous attestez être d’accord pour ce don. Bien sûr, une fois que ce papier est signé, il n’est plus possible de revenir en arrière. Votre mari devra lui aussi signer ce papier.
Moi : D’accord.
Doc : Je vais maintenant vous expliquer comment ça se passera le jour J, si vous êtes toujours d’accord pour ce don. Juste avant la délivrance, le cordon ombilical sera coupé et le sang placentaire sera collecté. Je vous rassure, ces gestes sont indolores pour la mère comme pour les enfants. Des échantillons de votre sang et de celui des enfants seront envoyés à l’analyse et le sang placentaire sera conservé dans de l’azote liquide, puis stocké. Il est mis en quarantaine au moins deux jours, pour écarter tout risque de maladie transmissible. Passé ce délai minimum, un test sanguin sera pratiqué sur vous et un certificat de bonne santé des enfants sera demandé. Si tout est normal, le sang pourra être injecté dans l’organisme d’une personne atteinte d’une maladie grave, dans votre cas, ce sera la fille de votre mari. Ce sang qui est issu du cordon ombilical est riche en cellules souches hématopoïétiques, qui sont les cellules à l’origine des cellules du sang. Ces cellules souches seront greffées dans la moelle osseuse du receveur et pénétrer dans certains os avant de reproduire les différents éléments du sang. Et l’avantage, c’est que ce sang n’a pas l’obligation d’être compatible puisque le greffon est encore immature sur le plan immunitaire et il est donc mieux toléré par l’organisme du receveur.
Moi : Kim a donc plus de chances de vivre avec ce don.
Doc : Oui, elle a plus de chances, mais ça ne veut pas dire qu’elle va guérir. La leucémie est une terrible maladie, parce que bien qu’on l’enraye, elle peut revenir à tout moment.
Moi : Oui, je sais. Mais, je veux essayer. Je n’ai rien à perdre, et Kimberley non plus.
Doc : Je suis heureux de vous savoir dans cet état d’esprit-là, Peyton.
Moi : Je suis prête à tout faire pour mener ma grossesse à terme afin de donner le plus de chances possibles à Kim.
Doc : Très bien. Nous nous reverrons le mois prochain pour signer les papiers si vous êtes toujours d’accord. Vous viendrez avec votre mari.
Moi : D’accord. Au revoir, docteur.
Doc : Vous faites quelque chose de formidable, Peyton. Peu de gens ose faire ce choix, et vous en êtes donc que plus admirable.
Moi, émue : Merci.
Quand, un quart d’heure plus tard, je me retrouve à la maison, je me décide à en parler à Lucas. Je savais que le temps était venu d’avoir une conversation avec Lucas, de lui annoncer la bonne nouvelle.
Moi : Lucas, j’ai quelque chose à t’avouer.
Lucas : C’est grave ?
Moi : Non, c’est une bonne nouvelle.
Lucas : Vas-y, je t’écoute.
Moi, souriant : Je suis enceinte.
Lucas, abasourdi : C’est vrai ? Je veux dire, tu en es bien sûre ? Tu as vu un médecin ?
Moi : Oui, oui, oui. J’ai été consulter un spécialiste à Boston la semaine dernière, et il m’a confirmé que j’étais bien enceinte de neuf semaines.
Lucas : On va être parents ! On va avoir un bébé !
Moi : Oui, mon chéri, et plutôt deux fois qu’une.
Lucas : Que veux-tu dire ? Qu…Quoi ?
Moi : Je suis enceinte de jumeaux.
Lucas, me prenant dans ses bras : Oh, Pey’ ! C’est merveilleux ! Un formidable cadeau du ciel, ma chérie.
Moi : Je suis si heureuse !
Lucas : Moi aussi, ma puce. Que dirais-tu de prendre un bon bain pendant que je prépare un bon dîner ?
Moi, souriant : Tu me dis ce que j’ai à faire, maintenant ?
Lucas : Oui, tu dois te ménager, ma chère femme.
Moi : Très bien, je vais prendre un bain.
Lucas, l’embrassant : Vas-y, mon cœur.
Je disparus dans la salle de bains. Je commençai par me faire couler un bain, puis retira mon jean et mon chemisier. Je me lavais les dents, en sous-vêtements devant le lavabo, quand je me sentis soudain humide. J’avais vraiment trop tardé à aller aux toilettes…
Mais lorsque je m’assis sur la cuvette, je vis une tache de sang dans ma culotte. Je fixai la tache trop abasourdie pour penser. Enfin, lorsque la baignoire fut sur le point de déborder, je me relevai, fermai les robinets, rouvrit la bonde, prit une protection hygiénique sous l’évier et me drapai dans une serviette de bains.
Lucas, passant la tête par l’encadrement de la porte : Tu as fini ?
Il avait dû entendre s’écouler l’eau de mon bain. A présent, il regardait mes cheveux secs.
Moi, dans un murmure : Je n’ai pas pris de bain. J’ai commencé à saigner…
Lucas, plissant les yeux : Qu… Quoi ?
Moi : Oh non ! Je… Non ! C’est impossible… Je ne peux pas encore perdre mes bébés !
Lucas : Tu es en train de faire une… une fausse couche ?
Une fausse couche. En entendant le mot, il me sembla devenir que plus cruel. Je pose la main sur le mur pour ne pas vaciller.
Lucas resta debout en face de moi, muet, pendant plusieurs secondes. Il était sous le choc.
Lucas : Nous ferions mieux d’aller tout de suite à l’hôpital. Tu t’habilles, moi je vais chercher la voiture.
Je remis mon soutien-gorge et enfilai une robe courte noire.
Les larmes me brouillaient la vue. Non, j’étais en train de perdre mes bébés. Mes bébés… Ce n’était pas possible, je ne pouvais pas faire de fausse couche, pas encore. Non ! Non…
Je m’arrêtai devant le miroir, ma main sur mon estomac. Je n’avais pourtant pas du tout mal comme la dernière fois. Mais je ne pouvais pas oublier la tache de sang. Brooke n’avait pas eu de problème de ce genre lorsqu’elle attendait Joanna. Mais est-ce qu’un saignement signifie obligatoirement une fausse couche ?
Inquiète, je sortis de la salle de bains en tremblant. Si je perdais une nouvelle fois mes bébés, je ne m’en remettrai pas. Une fausse couche, ça fait mal, très mal, mais deux, ça tue. Je retrouvai Lucas qui était remonté me chercher et je le remerciai de me porter jusqu’à la voiture parce que je ne pouvais pas marcher sans perdre l’équilibre.
Lucas, après avoir démarré : Comment te sens-tu ?
Moi : Bien.
Lucas : Tu n’as pas de douleurs ?
Moi : Non, pas comme la dernière fois.
Lucas : Tant mieux.
Moi : J’ai peur, Luke. Si jamais je perdais les bébés, je ne pourrais pas le supporter.
Lucas : Ne t’inquiète pas, ça se trouve, ce n’est rien de grave. Tout ira bien, tu verras.
Je voyais bien qu’il faisait tout pour me rassurer, mais à son visage, je savais qu’il ne se sentait pas du tout aussi optimiste. Nous étions maintenant tout près de l’hôpital et j’étais incapable de penser à autre chose qu’à cette sinistre et maudite tache de sang. Qu’est-ce que cela signifiait ?
Lucas me déposa devant l’entrée des urgences, alla garer la voiture et me retrouva à l’accueil alors que j’expliquais à la responsable des admissions pourquoi je me trouvais là.
Femme : Vous êtes enceinte ?
Je confirmai et l’infirmière nous conduisit aussitôt dans une petite salle d’examens, où une seconde infirmière me tendit une sorte de chemise bleue.
Infirmière : Le médecin sera là d’une minute à l’autre.
Lucas m’aida à déboutonner ma robe et à passer la chemise bleue.
Moi, pleurant : J’ai si peur… peur de perdre encore une fois nos enfants. Oh, Luke… Je ne m’en remettrai pas si cela arrivait encore une fois.
Lucas, me serrant dans ses bras : Chut… Calme-toi, ma chérie.
Un coup sonore fut frappé à la porte et une femme d’une trentaine d’années, le Dr Shepherd, pénétra d’un pas vif dans la pièce.
Dr : Bonsoir, je suis le Dr Addison Shepherd. Donc vous êtes enceinte de jumeaux et vous avez eu des saignements. A quand remonte la grossesse ?
Moi : Neuf semaines.
Dr : Est-ce la première fois que vous avez ce genre de pertes ?
Moi : Oui.
Plus les questions défilaient et plus ma voix tremblait. Je sentis tout à coup des doigts chauds, puissants, se refermer sur les miens et cela m’aida à continuer de répondre aux questions du Dr Shepherd.
Dr : Ce sang, pourriez-vous me dire de quelle couleur il était ? Rouge vif ou plutôt marron ?
Moi : Plutôt marron.
Dr, m’aidant à m’allonger sur la table d’examen : Bien, c’est bon signe. Je vais faire un rapide contrôle pour m’assurer que tout
Dr, m’aidant à m’allonger sur la table d’examen : Bien, c’est bon signe. Je vais faire un rapide contrôle pour m’assurer que tout va bien. Quelques saignements au cours du premier trimestre n’augurent pas nécessairement le pire, vous savez.
Moi : Dr, je dois vous dire… J’ai déjà… J’ai déjà fait une… une fausse couche. Il y a deux ans, j’ai perdu un bébé au cours de ma neuvième semaine.
Dr : Ah…
Moi : Je ne veux pas perdre mes bébés… Non…
Dr : Calmez-vous, Mme Roe.
Le médecin étala une couche de gel froid sur mon ventre.
Dr : Ce n’est pas trop désagréable ? Nous utilisons ce gel car il aide à la propagation du son.
Je souris faiblement. Mon Dieu, je Vous en prie, je Vous en prie.
Je Vous en prie ; je sais que j’ai déjà eu ma part de miracles avec l’annonce de cette grossesse gémellaire, mais si Vous pouviez m’en offrir un autre en gardant mes bébés en vie…
Dr, avec un sourire plein de sagesse : Eh bien, Peyton… Vous êtes prête ?
Moi, d’une voix blanche : S’il vous plaît, allez-y.
Le Dr Shepherd fit glisser un petit appareil sur mon ventre et fixa longuement l’écran posé devant elle.
Dr, d’une voix étrange : Tiens…
Qu’est-ce qu’il y a ? Mais qu’est-ce qu’il y a ?
Dr, d’une voix gentille : Peyton, Lucas…
Oh non… Je sentais qu’elle allait nous annoncer une mauvaise nouvelle avec sa voix de gentil docteur.
Dr, souriant : Peyton, j’ai d’excellentes nouvelles ! Vos bébés sont en pleine forme, vos saignements sont dus au stress que vous avez eu aujourd’hui, tout simplement.
Moi, versant une larme de joie : Merci, mon Dieu.
Dr : Par contre, que vous a dit le docteur que vous avez vu à Boston ?
Moi, inquiète : Il m’a dit que c’était des jumeaux. Pourquoi ? Il y a eu une erreur ?
Dr, souriant d’un air mystérieux : Oui, une petite erreur qui se révèle être quand même importante, ne serait-ce que pour le nombre de lits dans votre maison…
Moi : Dites-nous ce qu’il se passe ! Je ne suis pas enceinte ?
Dr : Si, si. Vous êtes bien enceinte.
Lucas : Les bébés ne vont pas bien ?
Dr : Si, ils vont tous très bien.
Moi, d’une voix interrogative : Tous ?
Dr, mimant trois sur ses doigts : Tous les trois.
Moi : Vous avez dit trois ?
Dr, acquiesçant : Oui, ils vont très bien, tous les trois.
Lucas : Oh, mon Dieu…
Moi : Mais comment est-ce possible ?
Dr : Avez-vous suivi un traitement particulier pour tomber enceinte cet an-ci ?
Moi : Oui, j’ai suivi un traitement contre la stérilité pendant plusieurs années, mais ça va faire plus d’un an que je n’en prends plus. Vous pensez que ça a un rapport avec ma grossesse trigémellaire ?
Dr : Quel traitement avez-vous pris ?
Moi : Du Pergonal.
Dr : Saviez-vous qu’une femme sur deux qui prend du Pergonal attend des jumeaux ou des triplés ?
Moi : Non, je n’étais pas informée.
Dr : Vous faites partie de cette femme sur deux.
Moi : On va avoir des triplés ?
Dr : Oui, félicitations.
Moi : Waouh !
Lucas : Des triplés ?
Moi : Mais pourquoi ai-je perdu du sang ce soir ?
Dr : Avez-vous été sujet à du stress aujourd’hui ? Avez-vous travaillé ? Avez-vous entrepris un projet ?
Moi : Non… Euh… Peut-être un peu…
Dr : Oui ?
Moi : Oui.
Lucas, interrogateur : Quel genre de projet ?
Moi : Je préfèrerai ne pas t’en parler maintenant, si tu veux bien, on en discutera à la maison, chéri.
Dr : Je vais vous laisser sortir. Revenez me voir la semaine prochaine, il faut vous surveiller de près. Prenez un rendez-vous avant de partir auprès de la secrétaire. Bonne soirée.
Lucas : Merci, docteur.
Après avoir pris rendez-vous à l’accueil pour mardi prochain, je m’assis lourdement dans la voiture. J’étais exténuée mais tellement heureuse. Je n’attendais pas un bébé, ni deux, mais trois ! Depuis le temps qu’on attendait d’avoir un enfant avec Lucas, trois ça revient au même.
Lucas : Alors, quel est ton projet ?
Moi : Je voulais attendre Noël pour te faire une surprise, mais ce n’est pas grave, je peux t’en parler maintenant.
Lucas : Vas-y, dis-moi tout.
Moi : C’est une décision que j’ai pris il y a quelques jours. Et j’y ai beaucoup réfléchi, je suis sûre de vouloir le faire. J’espère que cela te fera plaisir.
Lucas : C’est une bonne chose, j’espère ?
Moi : Oui, je pense que c’est une très bonne chose.
Je me penche en avant, et attrape une enveloppe dans la boîte à gants. Je la lui tends lorsqu’il est arrêté à un feu rouge.
Lucas, me regardant : Qu’est-ce que c’est ?
Moi, souriant : Ouvre, tu verras bien.
Il ouvre l’enveloppe et me regarde ému.
Lucas : Oh, Peyton… Tu es sûre ?
Moi : Oui, j’en suis sûre. Je me suis dit que c’était bientôt Noël et qu’on devrait aller rendre une petite visite à Kimberley à l’hôpital. Quelque chose me dit qu’elle sera heureuse de faire la connaissance de son papa.
Lucas, les larmes aux yeux : Oh, ma chérie. Je suis certain qu’elle sera ravie de rencontrer sa belle-mère également. Kim verra à quel point elle a de la chance d’avoir une aussi grande famille que la nôtre.
Moi, repensant à la dernière phrase de Lucas : J’ai autre chose à te dire, Luke. C’est encore à propos de Kim et des bébés.
Lucas : Oui.
Moi : Laisse-moi parler sans m’interrompre, s’il te plaît.
Lucas : D’accord.
Moi : Alors voilà, lorsque j’ai appris que tu avais eu un enfant avec une autre femme que moi, j’ai été tout d’abord furieuse de savoir que cette femme avait eu la chance de porter ton enfant alors que moi je ne pouvais pas t’offrir ce bonheur. Je m’en suis voulue et j’ai pris un peu de recul, c’est pour ça que je suis partie à Boston. J’avais ce rendez-vous dans la clinique spécialisée de femmes stériles et lorsque j’ai su que j’étais enfin enceinte, que j’attendais notre petit bébé, je me suis sentie coupable d’avoir pensé à mal de Kimberley. Je m’en suis énormément voulu et j’ai décidé d’aller rencontrer cette fille que tu avais eu avant de me rencontrer. Le Children’s Hospital est un très bon établissement, Kim est très bien prise en charge là-bas, j’ai parlé avec son médecin et il m’a appris que Kim faisait souvent des dessins sur sa famille et qu’elle avait envie de rencontrer son papa. C’est à ce moment-là que j’ai compris que je ne pouvais pas t’empêcher de voir ta fille. Lorsque je l’ai vue, si fragile dans son lit d’hôpital, au milieu de tous ces draps blancs, endormie avec tous ces fils sur elle, j’ai compris que je l’aimais comme si c’était ma fille. Je me suis dit qu’elle ne pouvait pas mourir, qu’elle était beaucoup trop jeune pour mourir. J’ai commencé par interroger le médecin et il m’a expliqué qu’aucun donneur n’avait été déclaré compatible avec elle alors que ça faisait bientôt trois ans qu’elle était sur la liste des receveurs. Il m’a expliqué qu’il restait une autre solution, certes moins connue, mais qui pouvait sauver Kimberley. Je me suis tout de suite sentie emballée par cette idée et dès mon retour à New York, j’ai été consulté un spécialiste dans la matière, un docteur. Il m’a bien expliqué qu’il n’y avait aucun risque et que ça avait une chance sur cinq de réussir. Je me suis dit que je n’avais rien à perdre et que Kim non plus.
Lucas, ému : Qu’est-ce que c’est ?
Moi : Je vais faire don du sang placentaire à Kim, Luke.
Lucas : Oh… Peyton, tu es sûre ? Il n’y a aucun risque pour toi et les bébés ?
Moi : Non, j’en suis sûre, le médecin m’a tout expliqué et il m’a fait comprendre que c’était une bonne action de le faire. De plus, je sais que tu ne seras pas heureux si tu sais Kim malade et enfermée dans cette chambre stérile jusqu’à la fin de sa vie. J’ai décidé de le faire et je ne changerai pas d’avis, Luke, sois-en sûr.
Lucas : Je t’aime tellement, ma chérie. Tu es tellement généreuse…
Moi : Je t’aime aussi, Luke, et c’est pour cette raison que j’ai décidé de le faire.
Lucas : Merci, ma puce, c’est le plus beau cadeau de Noël que tu pouvais me faire.
Moi : Un peu en avance.
Lucas : On s’en fiche, le plus important, c’est que je t’aime, que nous allons avoir des triplés et que Kim sera sauvée.
Moi : Le bonheur nous ouvre ses portes.
Lucas : Oui, et ce n’est pas trop tôt.
Brooke
Toute la famille Scott était réunie autour de la grande table du salon pour l’anniversaire des jumeaux. J’avais préparé un succulent déjeuner en l’honneur des rois de la journée. Pour leurs sept ans, ils avaient commandé une chaîne hi-fi pour mettre dans leur chambre, un nouveau jeu pour l’ordinateur et plein d’autres choses encore. Je m’étais mis en cuisine tôt dans la matinée pour préparer le repas préféré de mes fils, je nomme du couscous. C’est ainsi que nous nous retrouvâmes tous à table pour déguster ce bon déjeuner que j’avais concocté avec amour pour mes adorables enfants. Nathan semblait perdu dans ses pensées. En effet, depuis que je lui avais raconté la conversation que j’avais eue avec Chase quelques jours plus tôt, il n’en dormait plus la nuit. Que ferions-nous sans Gaby dans cette maison ? Quant à Joanna, elle semblait bien calme, ce qui venant d’elle semblait étrange. Nous mangions en silence, les yeux sur nos assiettes. Joanna, elle, était comme d’habitude, toute souriante et joyeuse dans sa chaise haute, devant une bonne assiette de semoule. Nous étions tous en train de penser quand le téléphone sonna. Nathan se leva et se dirigea vers la cuisine où se trouvait le téléphone sans fil. Il s’agissait sans doute de l’un des camarades des jumeaux qui appelait pour leur souhaiter un joyeux anniversaire.
Voix : Monsieur Scott ?
La voix qui résonna sur la ligne était celle d’une femme. La mère d’un des copains des garçons, sans doute.
Nathan : Lui-même.
Voix : Bonjour. Je suis désolée de vous déranger à cette heure-ci, mais je suis Miranda Bailey, des services sociaux.
Nathan : Oui, je vous écoute, Mme Bailey.
Miranda : Je ne me serais pas permis de vous appeler à une heure pareille, s’il n’y avait eu un problème important. Dans ce genre de cas, la loi exige que nous agissions rapidement.
Nathan eut l’impression de recevoir un seau d’eau glacée sur la tête. Miranda Bailey était passée à plusieurs reprises à la maison pour voir si tout allait bien, si Gabriela était heureuse, si elle évoluait dans un monde qui lui convenait. Nathan et moi savions que cela avait un rapport avec la menace de Chase de faire appel à la justice, mais ne voulions pas le croire.
Nathan : Un problème… important ?
Miranda : Oui. Chase Adams a contacté le commissariat de police de New York en prétendant n’avoir jamais été au courant de l’existence de sa fille et il voudrait récupérer son enfant.
Nathan ouvrit et ferma la bouche à plusieurs reprises. Le chagrin l’étouffait.
Miranda : Il s’est adressé à un avocat qui a demandé un test ADN. Comme l’hôpital est toujours en possession des résultats des examens sanguins effectués sur Gabriela il y a quelques mois, il a suffi de procéder au même test sur lui. Un fax nous est parvenu hier soir, attestant que cette personne était bien le père de la fillette.
Oh non !
Miranda : Compte tenu des circonstances, l’avocat de monsieur Adams insiste pour qu’une audience ait lieu après-demain, à 10 heures, en présence du juge.
Nathan sentit des gouttes de sueur froide lui couler dans le dos.
Miranda : Vous devrez, votre femme et vous, vous présenter à cette audience avec la fillette impérativement. Dans la mesure où vous êtes le père adoptif de Gabriela, croyez bien que nous sommes conscients de la douleur qui sera la vôtre si le juge délibérait en faveur du père. Bien qu’on ne vous ait jamais caché que cette éventualité n’était pas exclue, personne n’est préparé à subir un tel choc. Voilà pourquoi je vous ai appelé. Pour que vous ayez le temps de vous préparer, tant que faire se peut.
Comme Nathan restait toujours muré dans le silence, l’assistante sociale poussa un petit soupir.
Miranda : D’un point de vue affectif, ce sera pour votre femme et vous une épreuve de taille, monsieur Scott. Je pense donc qu’il serait préférable que vous preniez un avocat pour défendre vos intérêts avec le recul nécessaire. Je vous conseille aussi d’apporter avec vous un sac avec un peu de linge de rechange et les affaires de première nécessité pour Gabriela… au cas où le juge accorderait aussitôt la garde temporaire au père.
Nathan : Ce… serait possible ?
Miranda : Cela s’est déjà produit. Mais s’il a des doutes, il décrétera que Gabriela doit rester sous votre tutelle jusqu’à ce que M. Adams soit prêt à revendiquer de nouveau en justice la garde permanente de son enfant.
Nathan : Mais… et Brooke ? Gabriela est sa fille !
Miranda : Je suis consciente que Mrs Scott a agi dans l’intérêt de M. Adams et de son bébé en cachant son existence, mais un juge sera sans doute moins compréhensif que moi. Aux yeux de la loi, priver un père de ses droits parentaux peut se révéler être une faute impardonnable.
Nathan ferma les yeux. C’était un cauchemar. Il allait se réveiller…
Miranda : Je suis sincèrement désolée de vous annoncer une nouvelle pareille le jour de l’anniversaire de vos enfants, monsieur Scott.
Nathan : Je vous remercie, madame Bailey.
Miranda : Ah oui, j’allais oublier, M. Adams souhaite vous rappeler qu’il fait ça dans l’intérêt de sa fille de vivre avec son vrai père.
Nathan, avant de raccrocher : Bien sûr.
Et maintenant ?... Le silence régnait dans la pièce voisine.
Moi : Qui était-ce, Nate ?
D’une démarche lente et lourde, il rejoignit le salon. Quand il se retrouva face à moi, il avait l’impression d’avoir vieilli de cent ans.
Nathan, s’adressant aux enfants : Si vous voulez bien nous excuser quelques instants, il faut que je parle avec votre mère. En privé.
Je me levai et le suivis dans la cuisine, fermant la porte derrière moi.
Nathan appela son ami, un avocat pendant que je finissait de débarrasser la table du déjeuner. A présent que les services sociaux avaient appelé, notre déjeuner familial semblait bien loin. Même Gabriela se sentait inquiète de voir ses parents inquiets et à leurs visages, elle comprenait que ça avait un rapport avec elle, et que c’était assez grave.
Une heure plus tard, Chloe arriva pour garder les enfants.
Chloe, me saluant : J’ai fait le plus vite possible. Ça avait l’air grave quand tu m’as appelé.
Moi, tristement : Oui, c’est grave. Nathan et moi avons rendez-vous avec un avocat, mais ce serait trop long à t’expliquer.
Chloe : C’est Gabriela, n’est-ce pas ?
Moi : Oui, il est revenu, il a tout découvert, et il l’a veut pour lui tout seul. Oh, Chloe !
Chloe, me serrant dans ses bras : Calme-toi, Brooke, tu es sa mère. Et un enfant a besoin de sa mère, tout le monde sait ça. Et je suis sûre que le juge comprendra.
Moi : J’espère.
Nathan, entrant dans la pièce : Chérie ? On y va, Karl va nous attendre.
Moi, souriant tristement à Chloe : Essaie de distraire Gaby, je sens qu’elle se fait du soucis.
Chloe : Ne t’inquiète pas, je vais l’occuper.
Moi, prenant Nathan par le bras : Merci, Chloe.
Nathan : On en a pour deux ou trois heures. A tout à l’heure.
Une demi-heure plus tard, mon mari et moi entrions dans un petit bureau, clair et lumineux. Un homme d’une quarantaine d’années vint serrer la main de Nathan et me saluer d’un signe de tête amical.
Homme : Bonjour, Brooke. Je suis Karl Mayer. Je veux que vous sachiez que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour convaincre le juge que Gabriela doit rester dans votre foyer.
Moi, au bord des larmes en entendant cette phrase : Merci, Me Mayer.
Me Mayer : Expliquez-moi tout, maintenant, Brooke, depuis la découverte de votre grossesse jusqu’à ce jour où M. Adams a proféré la menace d’avoir recours à la justice.
Moi, m’asseyant en face de lui : Pendant ma dernière année de lycée, je suis sortie avec le garçon le plus populaire, le plus mignon de toute l’école : Chase Adams. J’étais follement amoureuse de lui, je l’aimais profondément et je pensais que lui aussi m’aimait et voulait fonder une famille avec moi. Nous sommes sortis ensemble pendant plus de six mois et lorsque j’ai découvert que j’étais enceinte, j’ai préféré me taire. Chase avait toujours eu de grands rêves, il voulait faire des études de droit pour devenir un grand avocat, c’était son rêve, et je n’avais pas le droit de l’empêcher de se réaliser. Et bien sûr, il était impensable pour moi de me faire avorter de ce bébé que j’aimais déjà profondément et que je désirais par-dessus tout. Alors j’ai pris la plus grande décision de ma vie et j’ai quitté Chase. Evidemment, il était furieux, il ne comprenait pas pourquoi je le quittais alors qu’on était si bien ensemble, et moi, pour lui faire comprendre que c’était vraiment fini, je lui ai fait croire qu’il y avait quelqu’un d’autre. Ça l’a rendu fou, il a même essayé de me retenir de force en menaçant de s’en prendre à ma famille si je ne restais pas auprès de lui. Je n’ai pas cédé au chantage et je suis partie. Mais ce n’était pas pour moi que je m’enfuyais, c’était pour lui, pour le protéger, pour lui permettre de réaliser son rêve, le rêve de sa vie. J’ai vécu ma grossesse seule, entourée de toute ma famille, et j’ai rencontré Nathan, il était formidable et il a décidé d’adopter Gaby, qui avait un an. On s’est mariés et les jumeaux sont nés, puis Joanna. Et l’autre jour, lorsque j’ai revu Chase dans cette boulangerie, j’ai vraiment paniqué. J’avais peur qu’il ne décide de me reprendre ma fille. Alors je ne lui ai rien dit, encore une fois. Mais Nathan m’a convaincu de lui en parler et je suis donc allée à son bureau pour lui avouer l’existence de Gabriela. C’est là que j’ai découvert qu’il était marié et qu’il avait deux enfants. J’avoue que ça m’a bouleversé, apprendre que Chase avait finalement épousé quelqu’un et fait des enfants avec elle, alors que moi et Gaby on avait été toutes seules pendant très longtemps, ça m’a fait mal. Bien sûr, Nathan était là, mais pour Gaby ce n’est pas pareil, elle veut connaître ses origines, son père biologique et pour une fillette de neuf ans, c’est tout à fait normal. Et lorsque Chase m’a proposé de prendre Gaby pendant deux mois chez lui, sans que je puisse la voir, ça m’a paru une très mauvaise idée, elle ne le connaît pas, elle ne sait même pas qui il est, comment pourrait-elle vivre deux mois chez lui, avec sa femme et ses enfants qu’elle ne soupçonne même pas l’existence ? J’ai donc refusé, lui proposant de voir Gaby avec moi pour qu’elle commence à le connaître et ça l’a rendu fou. Il m’a menacé d’avoir recours à la justice si je ne lui laissais pas voir Gaby comme il le souhaitait. Et moi, je me suis enfuie en courant. Voilà toute l’histoire. Croyez-vous pouvoir faire quelque chose ?
Me Mayer : Bien sûr, je vais essayer de trouver les meilleurs arguments en votre faveur. Et vous allez m’aider à construire une défense implacable. Ce qu’il faut surtout, c’est que vous vous reposiez pour le procès. Si le juge est confronté à des parents brisés, au bord de la crise de nerfs, ce ne sera pas une image très positive de votre aptitude à élever Gabriela comme il faut.
Nathan : Merci, Karl. Je te revaudrais ça. Je sais qu’on n’a que deux jours pour préparer ce procès, mais tu es un très bon avocat et je suis sûr que tu vas y arriver, n’est-ce pas ?
Me Mayer : Je vous promets de tout faire pour, en tout cas, mais c’est dans mon devoir de vous rappeler qu’il est toujours possible de tomber sur un juge qui ne sera pas d’accord avec votre choix, Brooke, d’avoir délibérément caché l’existence d’un enfant à M. Adams.
Choisir le week-end avant Noël pour dresser ma liste de naissance n’est pas la meilleure idée qui soit !
On dirait que toutes les femmes enceintes de la ville se sont données rendez-vous aujourd’hui dans le magasin Baby Born. Le spectacle est hallucinant. Imaginez une foule de dames avec un gros ventre faisant leurs courses prénatales suivies de leurs maris à l’air épuisé et misérable.
Elles sont escortées d’une horde d’enfants bruyants et déchaînés, qui courent dans les allées en poussant de grands cris.
Les vendeurs sont débordés ou introuvables.
C’est un cauchemar !
Moi, regardant autour de moi : Nous ferions mieux de revenir le mois prochain. Faire des courses pour un bébé n’est déjà pas amusant pour un homme, alors en plus, la veille de Noël !
Lorenzo, avec un sourire courageux : Non, non. Je suis prêt et regarde comme c’est sympa, ils ont même pensé à offrir un cadeau de bienvenue aux hommes.
Il me montre le catalogue du magasin et le stylo qu’on lui a donné pour cocher les fournitures que nous choisirons.
Je ris.
Moi : D’accord, tu es un bon petit soldat. Commençons par le rayon des landaus.
Il y en a cinquante ou soixante. Tous alignés les uns à côté des autres et, pour une raison que j’ignore, ils sont tous bleu marine. Dix minutes plus tard, j’en ai sélectionné une vingtaine.
Moi : Qu’en penses-tu, Lorenzo ?
Il déglutit.
Moi, prenant les choses en main : Ma sœur m’a dit que pour les citadins comme nous, il faut acheter un modèle robuste, comme celui-là, mais il ne doit pas être trop grand ou trop lourd parce qu’on doit pouvoir le plier pour le mettre dans une voiture. Il ne doit pas non plus être trop encombrant car on l’utilise dans les magasins ou dans les restaurants, ou…
Lorenzo a une expression ennuyeuse. Je comprends le message et me mets à penser en silence. Quinze minutes plus tard, il ne reste plus que trois poussettes sur ma liste, et enfin, une demi-heure plus tard, mon choix est fait. J’ai choisi la plus belle, qui est aussi la plus chère, mais ça n’a aucune importance, je ne compte pas pour mon bébé adoré.
Moi : C’est bon, Lorenzo, on peut passer à autre chose.
Une femme s’avance vers moi. Elle en est à un stade très avancé de sa grossesse, et promène un enfant de deux ans environ dans une poussette. Elle me sourit gentiment.
Femme : Si j’étais vous, je ne prendrais pas celui-ci. Vous ne pourrez pas passer aux caisses d’un supermarché avec lui, il est trop large.
La dernière fois que j’ai fait des courses dans un supermarché c’était lorsque j’avais dix ans, autant vous dire que ça fait très très longtemps. J’ai plutôt l’habitude d’aller au restaurant ou de commander des plats cuisinés. J’explique tout ça à la femme qui rit et me donne son avis.
Femme : Eh bien, ma chère, vous allez avoir un réveil difficile !
Elle rit encore en s’éloignant avec sa poussette et son gros ventre.
Lorenzo, qui me fixe longuement : Qu’est-ce qu’elle a voulu dire ?
Moi : Je pense qu’elle a voulu dire que les femmes qui ont une famille et des enfants fréquentent davantage les supermarchés que les femmes qui n’ont pas d’enfants.
Lorenzo : Mais toi, tu seras toute seule, ce n’est pas pareil.
Il n’en dit pas davantage mais j’ai reçu le message cinq sur cinq. Je vivrai donc toute seule avec le bébé. Cela fait trois semaines que Lorenzo est présent. Aujourd’hui, pour ces courses importantes, il est là, mais il ne sera pas là au quotidien. A bon entendeur, salut !
Depuis Thanksgiving, nous nous sommes vus deux ou trois fois par semaine après le boulot, le samedi ou le dimanche après-midi. J’ignore ce qu’il fait de ses soirées le week-end. Je vais chez lui et il commande ce dont j’ai envie. Ensuite, nous lisons un de nos livres de grossesse ou nous regardons un film à la télé. Il a cherché des cours de préparation à l’accouchement pour moi, et je fais du yoga prénatal chez lui. Il me masse les pieds, je m’entraîne au tricot et il installe des sécurités sur les portes pour le bébé.
A trois reprises, nous nous sommes endormis tout habillés, l’un à côté de l’autre sur son lit. Quand je me suis réveillée, il me tenait dans ses bras. En dormant, il avait posé sa main sur mon ventre.
Quand il m’embrasse, c’est sur la joue, mais il me tient la main quand nous marchons dans la neige et il pose souvent son bras sur mes épaules comme s’il voulait me protéger. Je suis passée par toutes sortes de sentiments pour lui, j’ai eu envie de lui, plus besoin de lui, puis plus du tout envie de lui et absolument plus besoin de lui, puis de nouveau envie de lui. Et j’ai fini par découvrir que je l’aimais.
Je l’aime.
Je ne sais pas du tout ce que l’avenir me réserve. D’un côté, il ne se passe rien entre nous, de l’autre, quelque chose est en train de changer. Il n’est peut-être plus en colère, mais je ne dois surtout pas mettre ces rapprochements sur le compte des sentiments supposés qu’il aurait pour moi.
Lorenzo : C’est quoi une grenouillère ?
Je lui explique l’usage de ce vêtement, ainsi que celui des bodys et des sacs de couchage.
Lorenzo : Et tu peux me dire à quoi sert une seringue à aspirer ?
Moi, en riant : Quand le bébé est enrhumé, comme il ne peut pas se moucher, tu aspires…
Lorenzo : D’accord, j’ai compris ! Tu te chargeras de tout ce qui concerne le nez, d’accord ?
Moi : Je suis d’accord, si tu te charges de tout ce qui concerne les couches.
Lorenzo : Euh… Mais…
Moi : Tu sais, d’habitude, c’est le job du papa.
Lorenzo, se pinçant le nez : Vraiment ? Mais je ne sais pas du tout comment on change une couche.
Moi : Nous l’apprendrons au cours de « Soins au bébé », je viens de nous inscrire.
Lorenzo, se mordant la lèvre : « Soins au bébé » ?
Moi : Lorenzo, tu veux apprendre à t’occuper d’un bébé, n’est-ce pas ?
Lorenzo : Oui, mais je pense que comme c’est avec toi qu’il va vivre, eh bien…
Je dois sans doute lui être reconnaissante de me l’avoir rappelé. Ce n’est pas parce qu’il n’est plus en colère ou qu’il se fait à l’idée d’être père qu’il est impliqué comme un vrai papa. Il faut que je sois davantage sur mes gardes. Nous ne sommes pas une famille normale qui prépare l’arrivée d’un enfant dans la joie. Nous sommes séparés.
Moi, changeant de sujet : Bien, allons voir les sièges auto, maintenant.
Une demi-heure plus tard, j’ai choisi celui que je voulais.
Quinze minutes plus tard, je fais aussi mon choix sur les parcs à jouer et les transats.
Moi : Tu sais, si tu en as assez, je peux le comprendre. Je reviendrai avec ma sœur ou avec ma collègue de boulot, elle est enceinte elle aussi. Je sais qu’elle adorerait faire des courses pour bébé. Je ne crois pas que c’était une bonne idée de venir passer ton samedi après-midi ici.
Je ne suis même pas sûre qu’un futur papa amoureux de sa femme apprécierait l’épreuve ! Si j’en crois la tête des hommes qui suivent leurs femmes dans les allées du magasin, je pense même le contraire. Je feins un brusque intérêt pour une exposition de berceaux afin de cacher les larmes qui me montent aux yeux.
C’est avec toi qu’il va vivre…Moi : Mon père et sa future femme font une fête le soir du réveillon pour célébrer leurs fiançailles. Je ne sais pas si tu es libre mais ce serait super si tu pouvais venir. Tu pourrais faire la connaissance de mon père et de mes sœurs. Et…
Lorenzo : Ecoute, je suis désolé, mais j’ai des projets pour le réveillon. Je ne sais pas encore si…
Moi : Oh.
C’est très symbolique pour moi. Je ne sais pas pourquoi mais je me suis dit que si nous sautions ensemble dans la nouvelle année, ce serait de bon augure, et peu importe toutes les incertitudes entre nous, et tous ces non-dits.
Encore quinze minutes plus tard, j’élimine une dizaine de poussettes.
Moi : Bon, Lorenzo, je pense que nous devrions y aller, maintenant.
Il me prend la liste des mains et la pose sur le haut d’une table à langer, puis il met ses bras autour de moi et me serre contre lui.
Je sens son corps contre le mien, je suis enveloppée de sa chaleur. Je le serre moi aussi.
Moi : Oh, Lorenzo ! C’est si bon.
Je lève alors la tête, je le regarde et je presse mes lèvres contre les siennes.
Je l’embrasse passionnément.
Il recule et laisse retomber ses bras.
Lorenzo, désignant une armoire : Euh, cette table à langer est vraiment très chouette, tu ne trouves pas ?
Il ne viendra pas à la soirée de fiançailles, il ne passera pas le réveillon du jour de l’An avec moi. J’attrape le catalogue et le tape sur la poitrine.
Lorenzo : Je suis désolé.
J’éclate en sanglots.
Une femme enceinte jusqu’aux dents passe près de moi.
Femme : Ne vous inquiétez pas, ce sont les hormones, elles vous rendent folles. Au début, on pleure tout le temps, et partout : au supermarché, au boulot, dans la rue, partout. Mais vous savez, tout rentre dans l’ordre avant l’arrivée du bébé.
Lorenzo : Ah bon ! C’est donc à cause des hormones.
Moi, tentant vaillamment de sourire : Oui, bien sûr, ce sont les hormones.
Alors, l’air crispé, nous continuons nos courses, en éliminant ce que nous ne voulons pas pour notre bébé.
Je ne sais pas si ce sont les boulettes de viande que j’ai mangé à midi ou si c’est dû à la grossesse, mais pour la troisième fois cette semaine, je suis terrassée par des nausées qui me précipitent aux toilettes en plein milieu de mon travail. Nous avons fêté Noël il y a trois jours avec toute la maternelle et j’ai usé et abusé des gâteaux et des sucreries qui trônaient dans toutes les salles de classe. En sortant des toilettes, je tombe sur la directrice de l’école maternelle où je travaille depuis quelques mois, Astrid. Elle a dans les trente-cinq ans, brune aux yeux bleus, elle est vraiment jolie. Toujours bien habillée, elle me méprise légèrement. Mais légèrement. Aujourd’hui, elle porte une robe noire assez moulante qui laisse apercevoir un profond décolleté, elle fait tout pour être sexy. D’ailleurs, je me demande bien comment des parents décident de confier leurs enfants à une femme pareille. Elle me jette un coup d’œil dans le miroir.
Astrid : Haley, je veux que tu saches que je te comprends. Tu as pris du poids, tu vis seule, tu te démènes pour ce boulot, c’est beaucoup de pression pour une jeune femme. Mais je suis persuadée que ça, tu le sais déjà. Tu comprends que se gaver puis se faire vomir n’est pas la bonne solution à tes problèmes. Car le problème, ce n’est pas la nourriture, c’est la gestion des émotions. J’ai traversé une brève période de boulimie au lycée, fais-moi confiance, je connais le phénomène. Soyons claires, je comprends tout à fait ton désir d’être mince. La minceur, c’est ce qui se fait de mieux.
Quelle idiote ! Elle croit que je suis boulimique.
Moi : Astrid, je ne suis pas boulimique.
Astrid, faisant gonfler ses cheveux bouclés devant la glace : Haley, le déni, le refus de reconnaître les choses, c’est l’étape la plus difficile à franchir dans cette maladie. Une fois que tu auras accepté de voir les choses en face, tu maigriras tout naturellement.
Moi : Rien n’est moins sûr, Astrid. En fait, je mettrais même ma main à couper que je vais grossir davantage.
Astrid : La confiance en soi…
Je ne veux plus entendre un seul conseil de sagesse de la part de cette garce.
Moi : Astrid, je ne suis pas boulimique, ou trop grosse, et si c’était le cas, cela ne te regarderait pas. Mais je vais te faire une confidence, je suis enceinte.
Astrid : Enceinte ?
Elle fronce ses sourcils parfaitement épilés.
Astrid : Eh bien, félicitations, Haley. Ton mari et toi, vous devez être fous de joie.
Moi : Je suis célibataire, tu te souviens ? Tu viens même de souligner que c’était un motif supplémentaire de pression et de stress sur mes épaules…
Elle rougit.
Astrid : C’est vrai, c’est Danielle qui est mariée. Bien, bien, tu es donc enceinte. C’est incroyable, il doit y avoir quelque chose dans l’eau !
Moi : A propos de Danielle, nous sommes donc enceintes toutes les deux, et nous avons eu l’idée de mettre en place un forum de discussion pour les mères d’enfants de cette école qui sont enceintes et qui auraient envie de partager leur expérience avec d’autres femmes. Ici, à l’école, un soir dans la semaine.
Elle blêmit un instant, ajuste sa robe.
Astrid : Je pense que c’est une bonne idée, Haley. J’attends plus d’explications de votre part.
Moi : Parfait. Tu en auras.
Avec un sourire faux, elle quitte les toilettes dans un nuage de parfum qui me fait tourner la tête. Je me rapproche du lavabo pour ne pas tomber. La porte s’ouvre une nouvelle fois à la volée, je pense que c’est Astrid qui revient sur ses pas, mais c’est Carol, la maîtresse des petites sections qui crie à mon intention :
Carol : Vite, c’est Danielle ! Elle vient de perdre les eaux. On a besoin d’aide.
Je suis Carol en courant jusqu’à la classe de Danielle, les grandes sections. Elle est assise par terre les jambes écartées. Je ne vois pas de flaque comme je croyais en trouver une. Carol tente de la rassurer. Je regarde autour de moi, mais heureusement les enfants sont dans la cour en récréation.
Danielle : Ha…leyyyyyy, peux-tu… Aiiiiiiiiie ! Venir aveeeeec moooooi ? Ahhhhhhhhhhh ?
Moi : Carol, préviens Astrid, dis-lui que je suis partie pour l’hôpital avec Danielle. Si elle te pose des questions, dis-lui aussi qu’elle ne compte pas sur nous aujourd’hui.
Quelqu’un a appelé l’ascenseur. En quelques minutes, nous nous retrouvons toutes les deux à l’arrière d’un taxi.
Danielle : Ne me laisse pas, Haaaaley ! Nos familles ne sont pas sur place et j’ai un mois d’avance ! Ne me laisse pas seule !
Chauffeur, inquiet : Elle ne va tout de même pas accoucher dans le taxi ?
Moi : Ecoute, mon vieux, conduis le plus vite possible mais sois prudent et il n’y aura pas de problème !
Danielle : Haleyy ! Ohhhh ! Oh, j’ai mal ! Il faut que je te dise, Mark risque de tomber dans les pommes dans la salle de travail, Ahhhhhh, reste avec moi s’il te plaît !
C’est ce que je fais.
Une fois la péridurale posée, je m’installe auprès d’elle et nous attendons que le bébé arrive. Je lui raconte ma conversation avec Astrid dans les toilettes, je lui dis que je ne serais pas surprise qu’elle reçoive demain un bouquet de sa part. elle sourit malgré les contractions.
A 3 heures, Danielle accouche d’une petite fille de trois kilos et demi et de cinquante centimètres. Son mari a eu une petite faiblesse en entendant tous ces cris. J’ai dû le remplacer au pied levé pour filmer la naissance. Désormais, je n’ai plus besoin d’acheter Comment mettre un bébé au monde !
Le lendemain, une réunion d’instituteurs a lieu dans la salle de réunions.
Astrid : Que tout le monde m’écoute ! J’ai des déclarations importantes à vous faire. J’ai la joie de vous annoncer que ce matin à l’aube, Danielle a donné naissance à une magnifique petite fille.
Astrid essaie de prendre une expression attendrie et chaleureuse, mais personne n’est dupe.
Astrid, de son habituelle voix mordante : Ok, tout le monde. Je voulais aussi vous dire que je félicite Haley et Danielle qui ont pris l’initiative d’un projet passionnant et très bien travaillé que nous allons mettre en place très rapidement.
Ma bouche s’ouvre d’étonnement.
Astrid : En fait, après en avoir discuté ce matin avec l’Académie, j’ai décidé que tu pouvais creuser davantage ton idée, Haley. Je pense que ce serait bien d’aller demander aux mères ce qu’elles en pensent.
Je comprends soudain, qu’Astrid et l’Académie ont eu peur de la colère d’une femme enceinte.
Astrid, avec un sourire faux : Haley, je t’attends dans mon bureau après la réunion, je te demanderai quelques détails sur ce projet.
Elle en a fini avec moi, et retrouve son ton peau de vache pour reprocher à Carol, en public, une erreur que celle-ci a commise à la comptabilité. Elle s’attaque ensuite à Ralph, le surveillant qui a laissé une petite fille se faire mal dans la cour.
A la fin de la réunion, je vais droit dans son bureau.
Astrid : Entre donc, ma star des instits ! Assieds-toi, tu veux un verre d’eau ?
Moi : Oui, s’il te plaît, avec une tranche de citron. C’est une envie de femme enceinte !
Elle a un sourire forcé et appelle sa secrétaire.
Astrid : Haley, je suis heureuse de t’annoncer que Danielle et toi allez avoir une augmentation de salaire due à votre fantastique idée de forum de discussion.
Oui, oui, oui !
Astrid : J’ai pensé que vous pourriez toutes les deux y participer à ce forum. Mais pas du même aspect. Danielle, enceinte et mariée, et toi, enceinte et célibataire, enfin, ce n’est qu’une idée.
Elle en est malade. Ce qui me saute aux yeux, c’est que ce ne sont pas ses idées. On a dû lui demander en haut lieu d’agir ainsi.
Moi : Je suis ravie, Astrid ! Notre propre forum de discussion !
Astrid, tirant sur le col de son pull comme si elle étouffait : Je suis ravie aussi, vraiment.
Astrid se met à parler de la grossesse et de l’accouchement, et de la façon dont cela change les femmes. Intérieurement, je calcule mon nouveau salaire.
Je suis aux anges !
Ça y est ! Il est 17h30, on est dans l’avion pour Boston. Lucas et moi nous trouvions à l’arrière d’un bel avion blanc et bleu, long et imposant. Dans moins de deux heures, Lucas rencontrerait sa fille et je ferai enfin la connaissance de ma belle-fille. J’ai tellement hâte de la voir. Lucas m’a recommandé de ne pas prendre l’avion, mais ma gynécologue m’a assuré qu’il n’y avait aucun risque à dix semaines de grossesse. J’ai beau en être qu’à dix semaines, je ressemble déjà à un ballon prêt à exploser. L’autre jour, en regardant mon ventre, je me suis demandé si Dieu allait enfin me laisser cette chance d’être heureuse, la première. Il y a deux jours, j’ai fait une échographie et tout allait bien. Les bébés se développent bien, on voit même leurs têtes et leurs cœurs. J’ai entendu battre chacun de leurs petits cœurs et j’ai envie de tous les serrer dans mes bras tout de suite. D’un côté, je me dis que je dois encore attendre six mois et demi mais d’un autre côté, je me dis que c’est le seul moment où je pourrais tous les protéger. Mon accouchement est prévu pour le 5 juin, mais avec des triplés, il sera sûrement avant. Le médecin m’a dit qu’il fallait tenir au moins jusqu’à sept mois pour que le corps soit bien développé afin qu’ils aient une chance de survivre, et ce qui serait parfait, c’est de tenir jusqu’à la trente-troisième semaine afin de garantir plus de chances pour Kim.
Mes pensées sont interrompues par l’atterrissage de l’avion. Ça y est, on est arrivé ! Je sens des chatouillis dans le ventre. Oh mon Dieu, c’est mes bébés qui bougent…
Une demi-heure plus tard, l’hôpital des enfants de Boston se profile à l’horizon des fenêtres du taxi. Je tiens la main de Lucas dans la mienne et nous nous dirigeons vers les portes coulissantes.
Lucas, à l’infirmière : Bonjour, nous cherchons la chambre de Kimberley Sheffield.
Infirmière : Oui, chambre 23. C’est au deuxième étage à gauche en sortant de l’ascenseur.
Lucas, souriant : Merci.
Nous prenons l’ascenseur et Lucas me demande si ça va. Je hoche la tête. Je suis un peu anxieuse à l’idée que Kim ne m’aime pas alors que je fais tout pour lui sauver la vie. Lucas me rassure en m’embrassant sur le front.
Remplis d’une intense curiosité à laquelle se mêlait une certaine anxiété, Lucas et moi pénétrâmes dans la petite chambre de Kimberley. La pièce était d’un pur blanc lumineux, avec un grand lit entreposé contre le mur à côté d’une fenêtre. En face, se trouvait un canapé bleu ainsi qu’une petite table basse blanche où étaient entreposés plusieurs peluches. Sur une étagère, une télévision était posée de façon à ce qu’on puisse la regarder du lit ou du canapé, ainsi que plusieurs dizaines de livres. Par terre, un grand tapis rose illuminait la pièce. Accrochés aux murs, des dizaines et des dizaines de dessins étaient affichés. Kimberley était allongée dans son lit, faisant la lecture à voix haute d’un livre qui parlait de chevaux. Assise sur le canapé, une femme d’un certain âge l’écoutait en souriant.
Bouleversé, Lucas observe la scène, les larmes aux yeux. Ainsi, c’était sa fille ! Il avait une fille, et c’était cette fillette pleine de vie, aux yeux si vifs… D’un mouvement de la main, il écrase une larme qui coule sur sa joue.
Lorsqu’elle le remarqua, la vieille dame nous jeta un regard interrogateur. Je lui fis un sourire amical. Mais Lucas n’avait d’yeux que pour sa fille. Ah, c’était bien sa fille ! Il reconnaissait le nez de sa mère, le menton de son père, et ses propres yeux d’un bleu profond et lumineux, et son sourire aussi. Quel miracle ! Kimberley était la fillette la plus mignonne qu’il eût jamais vue…
Pendant que Lucas dévisageait Kim, qui d’ailleurs n’avait pas encore remarqué leur présence, je m’approchai de la vieille dame en souriant. Ce fut à ce moment-là que Kim décida de lever les yeux de son livre.
Kim, me souriant : Bonjour, je m’appelle Kimberley. Et vous, vous êtes qui ?
Moi, lui souriant : Je suis Peyton, une amie de ta maman.
Kim : Ma maman va bientôt arriver. Elle a promis de m’apporter du nutella pour le goûter.
Moi : J’adore le nutella.
Kim, rigolant : Moi aussi. Ce que je préfère, c’est tremper mes doigts dedans et les lécher après.
Moi : Tu as raison, c’est encore meilleur.
Je m’approche en souriant de la femme.
Moi : Bonjour, je suis Peyton Roe. On vient voir Kimberley.
Femme, me rendant mon sourire : Enchanté de vous connaître, Peyton. Je m’appelle Ellen Sheffield, la grand-mère de Kim. Je lui tiens compagnie pour l’après-midi en attendant que sa mère revienne. Vous connaissez Heather ?
Moi, à voix basse pour ne pas que Kim entende : Oui, Heather est l’ex-petite amie de mon mari.
Ellen, fronçant les sourcils : Vous voulez dire que… ?
Moi, hochant la tête : Oui, vous avez compris.
Lucas était toujours en train de dévisager Kimberley qui maintenant le dévisageait à son tour. Kim était splendide, merveilleuse. Elle lui ressemblait beaucoup, mais elle avait aussi de certains détails de Heather. Du haut de ses onze ans, c’était une petite fille fragile, mais qui croquait la vie à pleines dents. Elle avait de longs cheveux blonds bouclés qui étaient retenus par deux barrettes de chaque côté de son visage, ses yeux bleus semblaient sourire, quant à son visage, il était réellement craquant. Elle portait un jean noir avec un petit débardeur rose fuchsia avec un grand soleil imprimé au centre.
Le silence régnait dans la pièce tandis que Kim et Lucas, ému se dévisageaient mutuellement.
Ce fut Kim qui rompit le silence.
Kim : Tu es… mon papa ?
Lucas, dont le souffle lui manquait : Ou… Oui.
Kim, le fixant avec une intensité surprenante : Je le savais ! Je le savais que tu allais venir me voir. Maman me disait que ce n’était pas possible pour le moment, mais au fond de mon cœur, je savais que tu viendrais me voir. Et j’avais raison, puisque tu es là, maintenant.
Elle se leva avec douceur de son lit et marcha en direction de Lucas, qui la prit dans ses bras en respirant son odeur, son parfum de petite fille. Les larmes lui brouillaient la vue, il tenait sa fille dans ses bras, enfin ! Quel bonheur, quelle joie !
Moi, je les regardais tous les deux en souriant.
Après quelques minutes, Lucas la reposa à terre et main dans la main, ils se dirigèrent vers le lit où Kim s’assit en priant Lucas de se mettre à côté d’elle.
Kim : Ça fait tellement longtemps que j’attends ce moment, papa. J’avais tellement envie de te voir, maman n’arrêtais pas de me dire que je te ressemblais, mais moi, je voulais te rencontrer. J’ai prié très fort pour que tu décides de venir à Boston, et maman m’a incité à croire à ce rêve que j’avais fait depuis longtemps. Tu sais, je suis malade, mais ce n’est pas grave, je vais guérir. Mon ange gardien me sauvera, lorsque Dieu l’aura décidé. Je n’ai pas peur, tu sais. Je suis très confiante, et je t’ai enfin rencontré, papa !
Lucas, la serrant dans ses bras : Oh, ma toute petite ! Je t’aime tellement. Ta maman a raison, il faut toujours croire en ses rêves. Et je suis si heureux de te rencontrer enfin, Kim. Tu m’as tellement manqué…
Ils restèrent un long moment enlacés et c’est comme ça que Heather les découvrit une minute plus tard lorsqu’elle entra dans la chambre, un pot de nutella à la main. Elle se figea à ma vue et son visage se fendit d’un grand sourire en voyant Lucas et Kim enlacés.
Heather, me serrant dans ses bras : Bonjour, Peyton. Ça va ?
Moi, l’embrassant sur les deux joues : Oui, très bien. Et vous ?
Heather : Je me porte pour le mieux. Comment se passe votre grossesse ? Lucas m’a dit que c’était des triplés. Félicitations !
Moi, posant la main sur mon ventre : Je me sens un peu grosse, mais tout va bien. Merci, Heather.
Heather, les larmes aux yeux : Merci, merci d’être venus. C’était très important pour Kim, et pour moi aussi.
Moi : Pour Lucas et moi aussi. Suivez-moi un instant dans le couloir, j’ai à vous parler.
Heather, posant le pot de nutella sur la table basse : D’accord.
Une fois dans le couloir, Heather me désigne des chaises en plastique, et je la remercie du regard. C’est vraiment une gentille femme.
Moi, m’asseyant : Lucas et moi voulions attendre Noël pour vous l’annoncer car certains cadeaux semblent tombés du ciel, mais j’étais convaincue qu’il fallait vous l’apprendre au plus vite.
Heather : C’est une bonne nouvelle, j’espère ?
Moi, hochant la tête : Oui, une très bonne nouvelle.
Heather : C’est à propos de Kim ?
Moi : Oui. Asseyez-vous, Heather. Voilà, lorsque j’ai appris que j’étais enceinte, j’ai été remplie d’une joie immense. Enfin, la vie me souriait. Mais, j’ai pensé à Kim, qui souffrait et dont la vie ne l’avait pas épargné. Moi, j’étais heureuse, alors qu’une petite fille de onze ans allait peut-être mourir. Je ne pouvais pas l’accepter. Alors j’ai commencé à faire des recherches sur Internet, sur une idée qu’une de mes amies m’avait suggérée. Je me suis renseignée auprès d’un spécialiste dans la matière, et je me suis aperçue que c’était la bonne solution. Ça va faire bientôt trois ans que Kim est sur la liste d’attente dans l’espoir d’une greffe de moelle osseuse. Avec un don de moelle osseuse, elle a une chance sur deux de guérir, mais c’est très long et moins envisageable puisqu’il faut attendre un donneur compatible. Avec un don de sang placentaire, elle n’a qu’une chance sur trois, mais c’est beaucoup plus rapide puisqu’elle peut avoir rapidement un donneur.
Heather, émue : C’est vrai que le docteur ne m’avait jamais parlé de cette possibilité-là.
Moi : C’est parce qu’elle est très rare. Et de plus, elle ne se pratique pas ici, à Boston. il faut aller dans un hôpital spécialisé de New York pour subir cette greffe.
Heather : Pourquoi me parlez-vous de ça, Peyton ?
Moi : J’ai décidé de faire don du sang placentaire de mes bébés à Kimberley.
Heather, les larmes aux yeux : C’est vrai ?
Moi : Oui, il n’y a aucun risque ni pour moi ni pour mes bébés, et c’est la dernière chance de Kim, je veux l’aider. Et je n’ai rien à perdre, elle non plus.
Heather : Peyton, je ne sais pas quoi dire. C’est si… si… si merveilleux. Ce que vous faites, vous êtes d’une telle générosité… Je ne pourrais jamais vous remercier de ce que vous faites pour ma fille.
Moi, la serrant dans mes bras : J’aime Kim, non parce que c’est la fille de mon mari, mais parce que c’est vraiment une charmante petite fille qui se bat tous les jours contre une horrible maladie et qui, pourtant, croque la vie à pleines dents.
Heather : Merci, merci.
Moi : Ne me remerciez pas, le médecin m’a bien dit que ça n’était pas sûr que ça marche, mais il faut essayer.
Heather : Oui, il le faut.
Moi : Par contre, il faut que Kim soit transportée le plus rapidement possible dans cet hôpital spécialisé dont je vous ai parlé pour que les médecins commencent à analyser son dossier et à la préparer à l’injection.
Heather : Quand faut-il qu’elle y soit ?
Moi : Le plus tôt sera le mieux. Peut-être cette semaine ?
Heather : J’irai en avertir le professeur Edwards. C’est le médecin de Kim. Je suis sûre qu’il fera tout pour la préparer au voyage dans les plus brefs délais.
Moi : Parfait. Il y a un vol pour New York, dans quatre jours. J’ai réservé quatre billets, mais peut-être votre mère souhaite-t-elle nous accompagner ?
Heather : Non, ma mère préférera sûrement rester aux côtés de mon père. Il se fait opérer après-demain. Un double pontage.
Moi : Oh. Je suis désolée. Nous pouvons reporter le voyage, si vous souhaitez rester ici.
Heather : Non, ma mère et mon père comprendront que je dois m’en aller pour sauver Kim. Je pense qu’ils nous rejoindrons tous les deux lorsque mon père se sera remis de son opération.
Moi, me levant : Très bien. Alors, allons rejoindre Kim et Lucas pour leur annoncer la nouvelle.
- Mesdames et messieurs, je vous demande de vous lever. La séance du deuxième district de la Cour de Justice de Manhattan, New York, sous la présidence du juge Mark Anderson, est ouverte.
Nathan m’aida à me lever. Je tenais Gabriela par la main.
- Vous pouvez maintenant vous rasseoir.
Parmi le petit groupe de gens installés de l’autre côté de la salle, il y avait deux tout jeunes enfants, une fillette, brune, de trois ans environ avec les mêmes yeux que Chase, et un garçonnet d’à peine deux ans, tout aussi brun que sa sœur mais avec des yeux plus clair. Sûrement Lorraine et Nigel. Je fouille le banc du regard, à la recherche de la fille de Nora, Charlie. Oui, elle est bien là, assise juste à côté des enfants. Elle porte une petite jupe marron avec un débardeur blanc et une veste marron clair, ainsi que de petites sandales beige. Je reporte mon attention sur le juge.
Nathan se penche vers moi.
Nathan : N’oublie pas ce que nous a dit Me Mayer. Concentre toute ton attention sur lui. Ne réagis surtout pas aux propos de l’avocat de la partie adverse.
Je hoche la tête.
L’avocat avait insisté sur le fait que, pendant l’audience, nous ne devions pas nous départir d’une attitude digne et réservée. Karl Mayer nous avait promis de faire tout ce qui était en son pouvoir pour que le juge considère plus raisonnable de laisser l’enfant dans sa famille de toujours. Celle qui s’était occupée d’elle depuis sa naissance.
Après avoir présenté l’affaire en quelques mots, le juge donne la parole à l’avocat de la partie adverse.
Me : Votre Honneur, je suis ici aujourd’hui pour représenter les intérêts de mon client, Chase Adams, mari de Nora Adams, ici présente et père de Lorraine, Nigel et Charlie Adams, résidant à Manhattan. Chase a rencontré Mrs Scott pendant ses études au lycée, et a commencé à sortir avec elle. Quand la mère de l’enfant a découvert qu’elle était enceinte, elle a préféré garder le bébé pour elle, au lieu d’en parler à mon client et de prendre une décision ensuite. Mrs Scott voulait cet enfant, certes, mais mon client, lui aussi désirait des enfants. Il souhaitait fonder une famille et preuve en est, puisque aujourd’hui, il est marié et père de famille. Mais Mrs Scott ne lui en a pas laissé la possibilité. Elle a préféré partir en laissant mon client dans l’incompréhension de son départ.
L’avocat s’arrête pour reprendre son souffle.
Me : Mon client a donc continué ses études, il est devenu un grand avocat, a épousé Mrs Adams et a eu deux enfants. Lorsque, il y a un mois, il revient à Manhattan pour s’y installer en raison de son travail, il revoit Mrs Scott. Celle-ci semble distante, froide et mystérieuse, nous savons pourquoi à présent. Chase veut lui parler, il veut savoir comment elle va, si elle est heureuse, discuté avec une ancienne connaissance en tout état de cause. Mais, Mrs Scott ne lui en laisse pas l’occasion puisqu’elle cherche absolument à fuir mon client. Lorsqu’un matin, elle arrive en trombe dans le bureau de M. Adams, elle lui explique que Mlle Gabriela Scott est sa fille. Mon client en est le premier étonné, vous imaginez. Et lorsqu’il décide de faire connaissance avec sa fille, Mrs Scott s’y oppose formellement. Mon client a demandé à ce que l’on procède à un test d’ADN, comparant le sien et celui de Mlle Scott. Les résultats, vous les connaissez, mesdames et messieurs. Mon client est bien le père de Gabriela Scott, et il désire donc récupérer cet enfant qu’il a engendré, et qui lui a été dissimulé pendant huit années.
Nathan n’eut aucun besoin de se tourner pour savoir combien la plaidoirie de l’avocat m’avait choquée. Il pria le Ciel pour que je n’oublie surtout pas les conseils de Me Mayer, et ne perde pas tout contrôle de moi-même.
Nathan, me chuchotant à l’oreille : Ce n’est que le début… Aie confiance en Me Mayer.
Juge Anderson : Merci, Me Walton. Vous pouvez vous asseoir. La parole est maintenant à Me Mayer.
Me Mayer, se levant : Votre Honneur, je suis ici pour défendre les intérêts de Mrs Brooke Scott, laquelle a élevé seule l’enfant dont il est question. Enfant qui, grâce à ses bons soins ainsi qu’à ceux de son mari, Nathan Scott, se porte aujourd’hui comme un charme, ainsi qu’en témoigne le rapport médical dans mon dossier. J’ai également dans ce dossier un rapport très favorable rédigé par Mme Bailey, l’assistante sociale en charge de l’affaire qui est passée à plusieurs reprises chez M. et Mrs Scott afin de s’assurer que l’enfant évoluait dans un environnement, tant matériel qu’affectif, propre à son épanouissement.
Il se tait et balaye la salle du regard.
Me Mayer : Personne ici, je suppose, n’est resté insensible à l’histoire de cet homme. Une histoire dont j’aimerais toutefois connaître tous les détails, Votre Honneur. J’ai cru comprendre que M. Adams était très pris dans ses études à l’époque où ma cliente est tombée enceinte de lui. Si son travail était le plus important, pourquoi aurait-il voulu de cet enfant ?
Karl Mayer marque une nouvelle pause.
Me Mayer : Le motif, nous le connaissons tous. Il n’y a là rien que de très naturel. M. Adams aurait sans aucun doute épousé ma cliente et accepté le bébé, mais qu’aurait-il pensé au fond de lui-même ? N’aurait-ce pas été un trop lourd fardeau pour lui d’avoir à charge une femme et un enfant ? N’en aurait-il pas voulu à Brooke Scott de lui avoir fait un enfant dans le dos ?
Il regarde de nouveau l’assistance.
Me Mayer : Qui parmi nous, pourrait l’en blâmer ? Après tout, un jeune homme rêve de faire une grande carrière, de gagner de l’argent et ensuite de fonder une famille, d’ailleurs, c’est ce que M. Adams a fait. Ma cliente, alors tout juste âgée de dix-sept ans, naïve, pleine d’illusions, qui souhaitait avoir un mari et un enfant… Mais c’est bien là le problème. Il n’y avait pas de mari puisque M. Adams travaillait tout le temps ! Et dans ces conditions, comment être sûre qu’elle et son bébé ne manqueraient de rien dans la vie ? Non, elle n’aurait sûrement pas manqué d’argent, mais d’amour… Et l’amour dans tout ça ? Ma cliente s’est engagée à vie pour s’occuper de cet enfant, elle l’a aimée dés l’annonce de son arrivée, elle était prête à tout sacrifier pour lui. Jusqu’à son bonheur. C’est là une décision très difficile à prendre, surtout pour une mineure. Ce que souhaite M. Adams, c’est retrouver un peu de sa jeunesse, et cela, grâce à Mlle Gabriela Scott. Or, le bonheur de l’enfant est primordial. Mlle Scott sera-t-elle heureuse de vivre dans une nouvelle famille ? Avec un père qu’elle n’a jamais vu, une belle-mère dont elle ne soupçonnait même pas l’existence et des frères et sœurs ? Et sera-t-elle heureuse de quitter sa mère qu’elle a toujours connue, son père adoptif qui l’a toujours aimée comme sa propre fille ainsi que ses frères et sa sœur ? Tout cela, je crois que M. Adams ne l’a pas envisagé. Il dit penser au bonheur de sa fille, mais il ne la connaît même pas. Comment pourrait-il savoir ce qui est bien pour le bonheur de Gabriela Scott ? En l’état actuel des choses, c’est-à-dire ne connaissant de sa fille que quelques informations qui lui paraissent très bien et dont il a envie d’en connaître davantage, je doute que M. Adams soit en mesure d’avoir une vision claire et objective de la situation. Qui le serait à sa place ? Il vient d’apprendre qu’il a une fille de neuf ans, il connaît une brillante carrière et gagne énormément d’argent. Tout ce qu’il souhaite, c’est subvenir aux besoins de sa fille, ce qui est tout à fait naturel, mais qu’en pense réellement sa femme, Nora Adams ? Et ses enfants ? S’est-il seulement posé la question ? Sa famille est-elle réellement prête à recevoir un nouveau membre ? Dans l’intérêt de l’enfant, je demande donc que la Cour exige un examen psychiatrique ainsi qu’un suivi thérapeutique afin de connaître les motivations exactes qui l’incitent à demander la garde permanente de cette enfant.
Me Walton : Objection, Votre Honneur ! Mon client n’a pas besoin d’examen psychiatrique pour savoir qu’il aime sa fille et souhaite son bonheur, qui est de vivre auprès de son père.
Juge Anderson : Objection rejetée, Me Walton. Votre client n’a pas assuré que sa famille était prête pour un tel bouleversement. Continuez, Me Mayer.
Me Mayer : Je demande aussi que toute la famille Adams participe à ces séances, afin de savoir si elle est vraiment prête à accueillir en son sein un autre membre. Elever un enfant dans un foyer où il y a déjà d’autres frères et sœurs qu’il n’a jamais rencontré exigera un effort collectif qui ne sera pas forcément facile. Et je demande enfin que, en attendant la prochaine étape de cette affaire, les Scott, qui ont jusqu’ici rempli à merveille leur rôle de parents, puissent garder Mlle Gabriela Scott sous leur toit.
Le juge hocha lentement la tête.
Juge Anderson : Merci, maître. Vous pouvez vous asseoir.
Un silence de mort se fait dans la salle avant qu’il ne reprenne la parole.
Juge Anderson : J’ai écouté attentivement les deux parties. La Cour est consciente que l’enfant devrait au plut tôt vivre avec son père biologique, si le droit de garde définitif devait lui être accordé. Il n’en reste pas moins que les propos de Me Mayer me semblent fondés. Quelques consultations chez une personne assermentée, recommandée par Mrs Bailey, seraient sans nul doute bénéfiques à tout le monde. Je propose que nous nous retrouvions ici même, dans un mois à dater de ce jour. Le psychiatre nous lira son rapport et je rendrai alors mon verdict. Pendant ce laps de temps, l’enfant Gabriela Scott restera dans sa famille. La séance est levée.
Pendant que les avocats se saluent et échangent quelques mots, Nathan se penche vers moi, la mine radieuse.
Nathan : As-tu entendu, Brooke ? Nous avons gagné !
Moi, d’une voix tremblante : Non, Nathan, nous n’avons pas gagné. Cette solution n’est jamais que temporaire…
Nathan : Regarde-moi, Brooke. Tu ne comprends donc pas ? Chase était quasiment persuadé qu’il rentrerait chez lui avec Gabriela. Mais grâce aux arguments de Me Mayer, nous avons gagné quatre semaines avec notre fille !
J’avale ma salive, puis hoche lentement la tête.
Moi : Tu as raison. Je devrais me prosterner aux genoux de cet homme au lieu de ne voir que l’aspect négatif de la situation…
Nathan, gentiment : Je ne t’en demande pas tant !
Moi : Excuse-moi. Est-ce bien utile de préciser que ramener notre fille à la maison fait de moi la plus heureuse des femmes ?
Nathan, contre mes lèvres : Elle restera avec nous, Brooke.
Nous nous embrassons longuement.
Nathan : Viens. Nous allons remercier Me Mayer. Ensuite, je propose que nous rentrions chez nous, avec Gaby et mangions en famille une bonne pizza. Le réfrigérateur est pratiquement vide et ça fait très longtemps que le
Nathan : Viens. Nous allons remercier Me Mayer. Ensuite, je propose que nous rentrions chez nous, avec Gaby et mangions en famille une bonne pizza. Le réfrigérateur est pratiquement vide et ça fait très longtemps que les enfants n’ont pas été à la pizzeria. J’imagine qu’ils seront ravis eux aussi d’apprendre la bonne nouvelle.
Moi : En effet, c’est une bonne idée, Nate. Je vais préparer les enfants et nous irons manger une pizza en famille, comme une famille normale.
Je me sentis soudain un peu plus détendue. Gaby rentrait avec nous, et c’était tout ce qui comptait pour l’instant.
Une soixantaine d’amis de papa et de Rachel se pressent autour d’eux pour participer à la fois à leur fête de fiançailles et au jour de l’An. Rachel est superbe dans une longue robe en ivoire. Ses cheveux roux et lisses retombent avec grâce sur ses épaules. A son côté, mon père, bronzé et souriant, porte un smoking noir. Il passe de pièce en pièce pour offrir du champagne à ses invités.
Brooke et Nathan se tiennent par la main et se regardent intensément quand ils pensent que personne ne les regarde. Peyton et Lucas se dévorent des yeux en posant leurs quatre mains sur le ventre de Peyton.
Papa, me conduisant vers une fenêtre : A propos, Haley, je me demande si tu as décidé d’interrompre ton régime ou si tu es enceinte. Je dirais plutôt que tu attends un bébé.
Moi : Je te répondrai que tu es très observateur.
Papa : Je pensais que tu voulais choisir le moment qui te conviendrait pour me le dire, mais le temps passant, je me décide à aborder la question.
Moi : Excuse-moi, papa, je voulais t’en parler, mais je n’étais pas dans mon assiette ces temps-ci.
Papa : Pourquoi ? C’est pourtant une bonne nouvelle, ma chérie.
Moi : Eh bien, ce n’était pas prévu, être enceinte et célibataire…
Papa : Et alors ?
Il me regarde et je sens qu’il est attentif, il m’écoute et attend une réponse. Je pourrais lui dire n’importe quoi, que je ne savais pas comment lui dire, ou que j’étais gênée, mais je décide de lui dire la vérité.
Moi : Je ne t’en ai pas parlé parce que je croyais que tu ne me dirais pas ce que j’avais besoin d’entendre.
Papa : Et ai-je bien répondu ?
Moi : Tu m’as dit ce que je pressentais. Que c’est une grande nouvelle.
Papa : Je suis désolé, que voulais-tu entendre ?
Soudain, je réalise le côté puéril de cette scène, je voulais que mon père s’inquiète pour moi, enceinte et seule.
Moi : J’avais envie que tu sois préoccupé par ma situation…
Mais en le disant, je comprends combien cette attente est ridicule.
Papa : Haley, je ne suis pas inquiet pour toi, je ne l’ai jamais été. Je sais que tu es capable de faire face, parce que tu es solide et courageuse. Et que je suis là pour te soutenir.
Moi : Mais, papa…
Papa : Mais papa, quoi ? Ai-je tort ?
Moi : Non, mais…
Mais que puis-je objecter ? Il est vrai qu’il m’aide, que je ne manque pas d’argent grâce à lui, et qu’une grossesse est une chose merveilleuse.
Moi : J’accoucherai mi-mai.
Le mois de mai est dans quatre mois maintenant. Il me serre dans ses bras.
Papa : Félicitations, ma chérie. Mai ? Ta maman était du mois de mai.
Moi, souriant : Je sais.
Papa : C’est génial, ma chérie, vraiment génial, encore bravo.
Moi : Merci, papa.
Papa : Ta maman serait tellement contente de te voir enceinte. Elle parlait souvent de tes sœurs et toi plus tard, du moment où vous auriez des enfants. Elle avait souvent ce rêve : se tenir sous le porche de sa maison, assise dans un fauteuil à bascule et tricoter en regardant ses petits-enfants gambader autour d’elle.
Moi : Maman n’a jamais voulu avoir d’enfants. Pourquoi aurait-elle souhaité que nous en ayons ?
Papa : Même si ta mère ne voulait pas d’enfants au début, elle a changé d’avis une fois que vous êtes venues au monde. Et elle serait tellement fière de te voir aujourd’hui.
Moi : Tu ne crois pas qu’elle se ferait du souci parce que je ne suis pas mariée ?
Il secoue la tête.
Papa : Ta maman vous a élevées, Peyton, Brooke et toi, comme des femmes indépendantes. Je suis sûr qu’elle aurait été très fière de toi. Elle savait aussi que tu pouvais compter sur moi et que tu peux me demander tout ce dont tu as besoin. Tout.
Moi : Je sais, papa.
Papa : Tu le sais vraiment ?
Je le regarde, ce presque étranger qui est mon père. Il n’est pas comme j’aurais aimé qu’il soit, il ne l’a jamais été et ne le sera jamais, mais quand j’ai besoin de lui, il est là. Quand je manque d’argent, il est là. Il n’a posé aucune question, et a respecté mon silence.
Papa : Tu n’as qu’à demander, Haley. Je suis incapable de deviner si tu as besoin de quelque chose, mais sache que je te donnerai tout ce que tu me demanderas.
Moi : Je le sais, papa. Merci. Merci beaucoup. J’ai vraiment apprécié que tu respectes mon silence.
Papa : Les pères ont un sixième sens, Haley. Ne me remercie pas, je ne fais que mon job de père.
Je le prends dans mes bras. J’en ai tellement besoin, ça fait si longtemps que personne ne m’a fait un câlin.
Papa : Il suffit de demander, ma chérie, mais si tu n’oses pas, passe par Rachel.
Je l’ai fait bien souvent depuis Thanksgiving. Nous nous sommes beaucoup rapprochées toutes les deux. je lui ai posé des questions sur les changements qui surviennent dans mon corps, sur les livres que je lis et les conseils qu’ils donnent, par exemple, comment on utilise la pompe aspirante pour le nez des bébés. Je lui ai demandé en sanglotant comment on peut vivre sans l’amour du père de votre enfant. Ce jour-là, nous avons fait une longue promenade dans Central Park sous la neige. Quand nous sommes rentrées chez moi, j’allais un peu mieux.
« Il suffit de demander ». Est-ce que cette formule magique marcherait avec Lorenzo ? Nous nous sommes vus deux fois depuis les courses chez Baby Born, mais notre relation est tendue. Nous avons partagé des burritos, des pizzas et des glaces devant la télé. Pas de massage sur la nuque, ni de mains sur mon ventre, pas de vraie discussion ni de câlin. J’ai fait l’erreur de l’embrasser, il s’est éloigné.
Voix : Haley.
Je me retourne et il est là. En costume et cravate, Lorenzo me regarde.
Moi : Papa, je te présente Lorenzo. Lorenzo, voici mon père.
Papa : Voilà donc le futur heureux père ?
Lorenzo sourit, un sourire un peu timide, et acquiesce.
Papa, m’entourant d’un bras protecteur : Puis-je annoncer la grande nouvelle ? J’ai envie de le crier sur tous les toits.
Je ris en lui donnant l’autorisation.
Il sort ses clés de sa poche et les fait tinter sur son verre.
Papa : S’il vous plaît ! Je réclame toute votre attention, j’ai une annonce à faire ! Je ne vais pas seulement me marier, je vais aussi devenir grand-père ! Ma fille, Haley, va accoucher en mai !
Alors que tout le monde applaudit, Lorenzo me prend la main et la serre.
Peyton, prenant la parole à son tour : Puisque c’est l’heure des annonces, j’en ai aussi une à faire. Lucas et moi, sommes ravis de vous apprendre que je suis enceinte. On va avoir des triplés !
Tout le monde applaudit encore une fois en souriant à ma sœur et son mari.
Dans la soirée, juste avant les douze coups de minuit, je décide d’éclaircir la situation avec Lorenzo. Nous sommes assis tous les deux sur le canapé. Je me lance.
Moi : Tu sais ce que j’ai envie d’entendre ?
Lorenzo : Quoi ?
Moi : Que tu es venu ce soir pour une raison particulière.
Il me jette un coup d’œil et commence à jouer nerveusement avec ses mains.
Lorenzo : Je suis venu parce que tu me l’avais demandé. C’est une fête importante pour ta famille. J’ai compris aussi que tu souhaitais que je rencontre ton père et tes sœurs.
Moi : Oh !
Lorenzo : Haley, je n’ai pas la moindre idée de ce que tu espérais. Je suis venu pour te faire plaisir. Fin de l’histoire.
Fin de l’histoire. Ce n’est pas possible. Je ne veux pas de ce type de relation avec lui.
Moi : J’aurais aimé que tu me dises que ce qui se passe entre nous ne te suffit pas, que tu veux plus. Dès que tu fais un pas en avant, tu fais aussitôt deux pas en arrière. Et pourtant, tu as l’air heureux quand nous sommes ensemble. J’ai envie que tu franchisses le pas.
Lorenzo : Haley…
Nous y revoilà, le même ton angoissé et la même expression que le soir où je lui ai annoncé que j’étais enceinte.
Moi : Je veux plus, Lorenzo. Cette situation est totalement bancale, nous sommes ensemble sans l’être et je deviens folle. Nous dormons dans les bras l’un de l’autre, mais nous ne nous embrassons pas, tu me serres contre toi, mais tu ne me fais pas de câlin, nous nous voyons sans nous fréquenter. Je veux plus, j’ai besoin de plus !
Lorenzo : Mais…
Moi : Il n’y a pas de mais. Si tu veux t’engager vis-à-vis de moi, fais-le, mais je ne peux plus supporter cette situation.
Lorenzo : Moi, je la trouve parfaite comme elle est, notre relation !
Moi : Je ne suis pas du tout d’accord avec toi ! Pour moi, ce que nous vivons ne ressemble à rien.
Lorenzo : Tu dis n’importe quoi ! C’est très important de bien s’entendre et de passer d’aussi bons moments !
Moi : Tu te souviens de la conversation que nous avons eue en octobre ?
Il secoue la tête en me regardant.
Lorenzo : Qu’est-ce que tu veux ? Une demande en mariage ?
Je me lève et je fais quelques pas vers la fenêtre. Je joue un instant avec le rideau. Si je savais ce que je veux !
Moi : Je ne veux pas que tu me le proposes parce que je suis enceinte.
Lorenzo : Alors que veux-tu ?
Je veux que tu me le proposes parce que tu m’aimes !Mais je ne peux pas le dire évidemment ! Je ne peux pas lui demander une chose pareille. L’amour ne se commande pas.
Lorenzo : Tu vois, tu n’en sais rien, toi-même !
Oh, mon Dieu !
Moi : Je suis désolée, Lorenzo, mais je ne peux plus accepter cette situation. Elle me rend trop malheureuse.
Je ne veux pas d’un père à mi-temps pour mon bébé, ni d’un petit ami qui n’en est pas un.
Moi, prenant mon sac et mon manteau : Je m’en vais.
Lorenzo : Haley, écoute, on peut au moins…
Moi : Au moins quoi ? Rester amis et s’embrasser de temps en temps ? Rester amis alors que je t’aime ?
Il se mord les lèvres.
Lorenzo : Haley…
Moi : Salut, Lorenzo.
Lorenzo : Qu’est-ce que ça signifie ?
Moi : Ça signifie que je m’en vais.
Lorenzo : Mais…
Moi : Tu vois comme c’est inconfortable de ne pas savoir ce que l’autre pense. De ne pas savoir où l’on va.
Lorenzo : Haley, c’était tellement bien entre nous. Pourquoi ne pas continuer ainsi ?
Moi : On pourrait, mais j’ai envie de vivre autre chose que de l’amitié. Ce serait plus simple si je ne t’aimais pas. As-tu entendu ce que j’ai dit ? Je t’aime, Lorenzo.
Il prend mes mains.
Lorenzo : Je t’ai entendu, et c’est très important pour moi.
Moi : Je te préviens que si tu ajoutes « merci », je te casse la figure !
Lorenzo : Je n’avais pas l’intention de te remercier, mais je ne sais pas quoi dire.
Moi : Tu ne sais jamais. C’est pour cela que je m’en vais. Je ne veux pas me contenter d’être une copine pour toi. Quand nous nous endormons dans les bras l’un de l’autre, quand nous passons tous nos moments libres ensemble et des heures à choisir le prénom de notre enfant, je vois autre chose que deux copains. Je ne peux plus supporter cette situation. C’est au-dessus de mes forces.
Lorenzo : Haley, s’il te plaît.
Moi : Non, au revoir. Je te téléphonerai pour te donner la date de la prochaine échographie.
Je pars sans me retourner. Je ne sais pas l’effet que mes paroles ont eu sur lui. Je n’ai pas vu l’expression de son visage, ni s’il a fait un geste envers moi. Une fois dehors, je ne retiens plus mes larmes. Entre deux sanglots, je compose le numéro de Danielle, mais je tombe sur son répondeur. J’appelle Peyton, même topo. J’essaie successivement Brooke et Rachel, toujours un répondeur. En désespoir de cause, j’appelle mon père. Il décroche dès la première sonnerie.
Moi : Papa, c’est Haley. J’ai besoin de toi.
Ça fait trois semaines que j’ai fait ma déclaration à Lorenzo. Il appelle chaque jour, parfois trois ou quatre fois par jour. Malgré mon désir de parler longuement avec lui, je m’en tiens à ce que j’ai décidé pour me préserver. Je suis polie :
« Oui, je vais bien… »
« Oui, mon prochain rendez-vous chez le médecin approche. Non, je n’ai besoin de rien… »
« Oui, toi aussi… »
« Bonne journée… »
A chaque appel, il me demande si on peut se voir. Je réponds non systématiquement. Il y a alors un silence au bout de la ligne, puis il me répond O.K.
Je me sens très coupable, je dis que je suis désolée, il y a un nouveau silence, puis nous raccrochons, et je pleure.
Je ne pense qu’à lui.
Je me trouve dans mon appartement, allongée sur le canapé, une boîte de mouchoirs à portée de main lorsque la sonnette de la porte d’entrée retentit. Je me lève à contre cœur et ouvre la porte. Lorenzo se trouve sur le seuil.
Lorenzo : S’il te plaît, ne referme pas. Il faut que je te parle.
Moi, froide : Qu’est-ce que tu veux ?
Lorenzo : Te parler.
Moi : Très bien, entre.
Lorenzo : Merci.
Nous nous asseyons sur le canapé.
Lorenzo : J’ai décidé de quitter mon appartement et de m’installer ici avec toi et le bébé.
Moi, d’un ton exaspéré : C’est quoi ? Un numéro d’humour ? Il ne me fait pas rire ! Pas question pour moi de vivre platoniquement avec le père de mon enfant, c’est au-dessus de mes forces, je croyais avoir été claire avec toi.
Je suis au bord des larmes, je trouve cette farce trop cruelle. Mon médecin m’a dit qu’à la fin de mon premier trimestre, je cesserai de pleurer tout le temps, mais à cinq mois de grossesse, j’ai toujours la larme très facile.
Il se précipité vers moi et me prend la main.
Lorenzo : Calme-toi, Haley.
Je lui arrache ma main.
Moi : Non, Lorenzo, j’en ai assez que tu me répètes cela. J’en ai plus qu’assez que tu me fasses du mal en me proposant un type de relation qui me fait souffrir. Tu le sais parfaitement, et tu continues. Je ne peux même plus supporter d’entendre ce genre de choses.
Lorenzo : Mais qui t’a dit que je voulais vivre platoniquement avec toi ?
Je le regarde, bouche bée.
Il s’agenouille, plonge sa main droite dans sa poche et me tend une bague en diamant.
Oh mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu !Lorenzo : Haley, veux-tu m’épouser ?
Je déglutis, la gorge serrée. L’homme de mes rêves, l’homme que j’aime, le père de mon bébé est agenouillé devant moi et me demande de l’épouser. Je prends une grande inspiration.
Moi : Non, Lorenzo.
Lorenzo : Non ?
Moi : Non.
Sonné, il s’assied par terre, le dos contre le mur. Il se recroqueville et entoure ses jambes de ses bras.
Lorenzo : Je ne comprends pas. Que veux-tu, Haley ?
Moi, d’une voix adoucie : Ce que je souhaite, Lorenzo, ce n’est pas de la pitié ou d’un mariage au rabais. Je voudrais que le jour où tu me demanderas en mariage, tu me regardes droit dans les yeux et tu me dises que tu m’aimes et que tu as envie de passer ta vie avec moi. Je voudrais que tu m’épouses pour moi et pas à cause des circonstances.
Lorenzo : Je…
Il regarde par la fenêtre.
Moi : Quoi ? Parle-moi, Lorenzo, je voudrais savoir ce que tu ressens vraiment.
Il pousse un profond soupir.
Lorenzo : Haley, tout ce que je sais, c’est que j’ai envie d’être avec toi. Avec toi et le bébé. Je veux qu’on vive ensemble tous les trois. C’est ce que je veux.
Je me laisse glisser le long du mur et je me rapproche de lui. Nos jambes se touchent. Je ne dis rien.
Lorenzo : Tu sais, j’ai vécu un enfer ces dernières semaines.
Il se tourne vers moi.
Lorenzo : J’ai besoin de toi et du bébé, Haley. Je veux vivre près de vous.
Il pose sa main sur mon ventre. Je recouvre sa main de la mienne.
Lorenzo : Haley, ma chérie, accepte-moi dans ta vie. Je suis sûr que cet appartement sera assez grand pour nous trois. Il est même un peu grand pour toi, tu ne crois pas ? Il est parfait pour une vraie famille. C’est mon souhait le plus cher.
Moi, à mon ventre : Qu’en penses-tu, mon bébé ? On l’accepte dans notre vie ?
Alors, au plus profond de moi, je sens que le bébé me donne un coup de pied pour me dire que, lui aussi, il est d’accord.
Ça fait un mois que Kim et Heather sont à NY. Kim semble bien s’entendre avec ses nouveaux médecins qui lui ont expliqué comment ça allait se passer. Quant à Heather, elle a retrouvé un semblant de joie en pensant avoir un espoir de sauver sa fille. Chaque jour qui passe est un vrai bonheur pour Lucas qui apprend à connaître sa fille, et pour moi aussi c’est une immense joie que de discuter des heures avec Kim. De plus, je me réjouis chaque jour de la chance que j’ai de me porter en pleine forme alors que je suis enceinte de quatre mois et demi. J’ai passé le cap du premier trimestre avec un réel bonheur, même si je n’avais eu aucune nausée depuis le début de ma grossesse. Chaque jour qui passe me rapproche du moment où je tiendrais mes trois magnifiques bébés dans mes bras.
Aujourd’hui, je suis assise sur l’un des bancs du parc du Manhattan’s Hospital avec Heather. Le temps est radieux. A quelques pas, Kim et Lucas s’amusent comme des petits fous, en regardant des photos.
Au bout d’un mois, le père et la fille étaient devenus les meilleurs amis du monde. Plus que cela même : Kim paraissait adorer Lucas, et la réciproque était évidente.
Ils se ressemblaient à un tel point que j’en ressentais comme un pincement douloureux. C’étaient le même regard, les mêmes gestes, la même façon de rire, de froncer les sourcils ou de tourner la tête…
Lucas ne semblait se préoccuper que du bonheur de Kim.
J’étais étonnée, chaque jour, par le sourire radieux du père et de la fille, lorsque Lucas arrivait à l’hôpital. C’était un véritable enchantement. Et quand il fallait se quitter le soir, le père embrassait sa fille avec une telle tendresse que l’émotion m’étreignait.
Heather : Ils semblent si proches. On dirait qu’ils se sont toujours connus.
Moi : Oui. C’est une enfant formidable, Heather. Tu as fait du bon travail.
Après un mois passé ensemble, on avait décidé de se tutoyer.
Heather, avec un sourire sincère : Merci, Peyton. Tu sais, je ne pourrais jamais assez te remercier de ce que tu vas faire pour Kim.
Moi, lui prenant la main : Je ne t’en demande pas tant. Je fais ça seulement parce que Kim est une enfant merveilleuse et qui mérite une meilleure vie.
Heather : Oui.
Moi : Comment allez-vous faire une fois que Kim sera guérie ? Ce que je veux dire c’est que toi et Kim vous retournerez à Boston alors que Lucas et moi, on sera ici, à Manhattan.
Heather : J’y ai, moi aussi, beaucoup réfléchi. Et j’en suis venue à la conclusion que ce serait une bonne idée que Kim et moi on s’installe ici, à New York.
Moi, souriant : Bien sûr ! On pourra se voir très souvent, ce serait parfait. Je suis sûre que Kim et Lucas en seront ravis. Ils s’aiment tellement maintenant, qu’ils ne voudront plus se quitter.
Heather, avec un faible sourire : Oui, je sais. Tu sais, c’est dur pour moi de voir Kim si proche de Lucas. Jusqu’à ce qu’elle le rencontre, j’étais le centre de son univers, et là, il y a Lucas. Je sais que si Kim n’a jamais connu son père, c’est à cause de moi. J’aurais dû informer Lucas de ma grossesse et je le regrette. Mais, si je lui avais dit, il ne t’aurait pas rencontré et vous ne vous seriez pas mariés, et tu ne serais pas enceinte de triplés. Je suis heureuse que Lucas ait une femme aussi généreuse et merveilleuse que toi, Peyton. Sincèrement.
Moi : Merci, ça me touche beaucoup. Surtout d’une femme comme toi, Heather. J’envie ton courage et ta force intérieure. Tu sais garder le sourire alors que ta fille est gravement malade. Et surtout, tu gardes l’espoir.
Heather : Merci. Il pense comme toi …
Moi, curieuse : Il ? Qui ?
Heather, rougissant : Euh… personne.
Moi : Tu as rencontré quelqu’un ?
Heather : Oui.
Moi : Raconte-moi tout.
Heather : Il s’appelle Matt, il est brun, il a les yeux gris et il est très grand. Il habite à New York, dans Brooklyn, je crois. On s’est rencontré à l’hôpital de Boston, il y a trois mois. Il m’a emmenée dîner dans un somptueux restaurant, et puis on a continué à se revoir pour un dîner ou bien pour un cinéma. Il est charmant, gentil et très drôle.
Moi : Donc tout va bien ?
Heather : Non, tout ne va pas bien. Je ne peux pas le revoir.
Moi : Pourquoi ? Il te plait, tu lui plais. Pourquoi te priver d’une belle aventure ?
Heather : Je ne peux pas le revoir, Peyton. Il… il est plus vieux que moi.
Moi, surprise : Et alors ? Qu’est-ce que ça peut faire ? Il a quel âge ?
Heather, gênée : Peyton, il a quarante ans.
Moi : Et alors ? Il n’est pas beaucoup plus vieux que toi !
Heather : J’ai vingt-neuf ans. Il a neuf ans de plus que moi. Que vont penser les gens ?
Moi : Heather, tu te fiches de ce que pensent les gens ! Il est beau, il te plait, tu es belle, tu lui plais. Je ne vois pas où est le problème ?
Heather : Je dois avant tout penser à Kimberley. Elle est encore jeune et je dois la protéger. Je ne peux pas sortir avec un homme qui est aussi vieux !
Moi : N’en rajoute pas, Heather. Je suis sûre qu’il ne fait pas son âge.
Heather : C’est vrai, il paraît beaucoup plus jeune. Il est tellement doué…
Moi : Pardon ? Il est doué ? Non… Tu l’as fait ?
Heather, rouge de confusion : N…on. Enfin, si… non. Bon d’accord, oui, on l’a fait. Et après ?
Moi : Mais Heather ! Si il est tel que tu me l’as décrit, il semble parfait !
Heather : Il y a autre chose…
Moi : Quoi ? Il est marié ?
Heather : Peyton ! Bien sûr que non ! Il a des enfants.
Moi : C’est vrai ? Combien ?
Heather : Il a trois enfants. Un garçon et deux filles.
Moi : Quel âge ont-ils ?
Heather : Vingt-trois, et dix-huit ans.
Moi : Tu les as rencontrés ?
Heather : Non, mais Matt m’a montré des photos. Ils sont vraiment beaux. Matt m’a proposé de les rencontrer ce soir. Il m’a invité à dîner avec eux quatre.
Moi : Et tu vas y aller, j’espère ?
Heather : Je ne sais pas. J’ai peur de les rencontrer. Après tout, quand on tombe amoureux d’un homme plus vieux, ce n’est pas de rencontrer ses parents qui pose un problème, l’obstacle majeur ne vient plus des relations avec la belle-famille mais des enfants aussi méfiants qu’exigeants. Il m’a tellement parlé d’eux que je me sens terrifiée, et le mot est faible.
Moi : Il est divorcé ?
Heather : Oui, depuis huit ans.
Moi : Oh !
Heather : Sa femme, Susan, et lui ne s’entendaient plus du tout.
Moi : D’accord. Tu vas y aller ! Je vais t’aider à te choisir une tenue, et tu vas te rendre à ce rendez-vous, d’accord, Heather ?
Heather : Très bien, j’irai.
Moi : Au fait, que faisait-il dans un hôpital ? A Boston, je veux dire ?
Heather : Il est médecin.
Moi : Ah, d’accord, je comprends mieux maintenant.
Heather : Bon, allez, on va choisir ma tenue ?
Moi, souriant : On y va !
J’étais allongée sur le canapé à la maison trois heures plus tard, lorsque je repensai à la journée qu’on avait passée. Je n’avais pas cessé de répéter à Heather que les enfants de Matt allaient l’aimer, mais en dépit de mes paroles rassurantes, Heather avait un mauvais pressentiment. Elle disait que ce n’était pas à cause des jumeaux, parce qu’ils sont jeunes et accepteront bien que leur père ait quelqu’un de nouveau dans sa vie, mais l’aînée, en revanche, paraissait synonyme d’ennui comme disait Heather. Je ne comprenais pas très bien pourquoi elle pensait cela. Peut-être Matt l’adulait un peu trop, d’après ce qu’elle m’avait raconté.
Heather avait longuement hésité pour sa tenue, et avait finalement opté pour une robe noire, simple mais élégante qui mettait en valeur ses longues jambes galbées de lycra. Elle avait choisi des escarpins noirs avec peu de talons.
Elle avait rendez-vous dans un des restaurants les plus chics de la ville, et elle souhaitait faire bonne impression auprès des enfants de son petit ami. Elle m’avait promis de tout me raconter à son retour, prévu vers 23h.
Il était minuit passé lorsque Heather rentra à la maison. Je m’étais assoupie devant la télévision en regardant un film légèrement niais. Je la forçai à s’asseoir et à tout me dire. A son air heureux, j’en déduis que ça c’était bien passé.
Moi : Alors, raconte-moi tout, Heather.
Heather : D’accord. Alors voilà : Stella a vingt-trois ans, elle vit seule dans un appartement à Manhattan. C’est une vraie beauté, elle est grande et mince, elle a de longs cheveux bruns bouclés, et des yeux bleus magnifiques ; elle a aussi un magnifique visage, avec des traits fins. Elle portait une mini jupe en jean, très courte, avec un débardeur sans brettelles blanc et une veste en jean par-dessus, quant à ses chaussures, des bottes noires, très chics de chez Chanel et un sac à main noir assorti aux chaussures de chez Chanel, bien sûr. Elle est rédactrice en chef d’un magazine de mode, Stella Madison, tu connais ? Elle est très riche, et elle aime le montrer. Stephen, en revanche, a hérité de son père, il veut devenir pédiatre. A dix-huit ans, il a finit ses études secondaires et veut aller à l’université à la rentrée. Il est grand, musclé, brun aux yeux verts et a un charme fou. Il est très intelligent. Megan, quant à elle, ne ressemble pas du tout à son frère jumeau, elle est blonde aux yeux gris foncé et envisage de devenir chef de missions humanitaires. Elle est dotée d’un grand esprit et souhaite aider les autres. Elle m’a parue très mûre pour son âge. Elle ne semble pas être intéressée par l’argent, tout ce qu’elle veut, c’est aider les autres. Stephen et Megan habitent chez leur mère à Washington. Bien qu’au début, Matt n’ai pas voulu me dire pourquoi Susan et lui avaient divorcé, il a craché le morceau pendant le dîner. Et tu ne me croirais jamais ? Moi, je croyais que c’était lui qui était parti, mais non. C’est Susan qui l’a quitté pour quelqu’un d’autre. Pas un homme, non, pour une femme. Je n’en revenais pas moi-même. Ça a dû profondément le bouleverser. Tout ça pour dire que Stephen et Megan m’ont tout de suite intégré à leur famille, ils étaient heureux de me rencontrer et de faire connaissance avec moi. Alors que Stella a été très réticente au départ. Elle croyait que j’allais lui voler son père, et qu’il n’allait plus l’aimer. Un comportement de gamine dans un corps d’adulte, il faut le faire quand même. Mais, à la fin de la soirée, elle s’est gentiment excusé et m’a embrassé sur les deux joues. Peut-être avons-nous une chance de nous entendre un jour, qui sait ? En tout cas, je l’espère de tout mon cœur, parce que Matt et moi allons nous marier…
Moi, abasourdie : Pardon ? Vous allez quoi ?
Heather, folle de joie : Oui. C’était très romantique. Nous venions de déposer ses enfants devant chez lui, lorsqu’il a proposé de me raccompagner. J’ai accepté et nous avons discuté de tout et de rien dans la voiture. Il m’a demandé si j’avais aimé la soirée, si ses enfants m’avaient paru sympathiques et si je l’aimais. J’ai répondu oui à toutes ses questions. Et quand on est arrivé dans votre rue, il s’est mis à genoux et m’a demandé de l’épouser. Bien sûr, j’ai dit oui tout de suite ! Il est si formidable, si tu savais, Peyton. Il est prévenant, gentil, protecteur, aimant, souriant, drôle… Il a toutes les qualités du monde. Et Kim l’adore.
Moi : Kim l’adore ? Elle l’a déjà rencontré ?
Heather : Bien sûr. A Boston, je lui ai présenté.
Moi : Oh, mais alors, c’est vraiment sérieux.
Heather : Oui. Le mariage est prévu pour le mois de septembre.
Moi : C’est super ! Je suis très heureuse pour toi, Heather.
Heather : Merci.
Moi, lui tendant la main : Allez, aide-moi à me relever et on va se coucher. Je suis crevée, moi !
Heather : Je suis si heureuse !
Moi, lui souriant en posant mes deux mains sur mon ventre : Moi aussi, Heather, moi aussi.
Quand le téléphone sonna ce matin-là, je dormais profondément seule dans mon lit puisque Nathan était déjà parti travailler. Ça faisait trois semaines que l’audience avait été levée et nous n’avions toujours pas eu de nouvelles de Chase. Je ne m’attendais donc pas du tout à entendre la voix de Mrs Bailey.
Miranda : Madame Scott ? Je n’irai pas par quatre chemins. Je dois vous faire part d’une récente décision du juge. Il a consenti à ce que Gabriela passe une journée et une nuit chez les Adams. Ceux-ci viendront la chercher aujourd’hui à 15 heures à notre bureau, et la ramèneront demain à la même heure.
Je ressentis une vive douleur dans la région du cœur. Une douleur qui m’empêcha de bouger, de parler.
Miranda : De ce fait, il faut que vous nous ameniez l’enfant à 14 heures, avec tout ce qu’elle aura besoin durant ce bref séjour. Je vous rappellerai demain quand ils l’auront ramené, et vous pourrez venir la chercher sans plus tarder. Vous savez où est situé notre bureau, n’est-ce pas ?
Moi, d’une voix lointaine : Oui.
Miranda : Très bien. A plus tard, donc.
Je dus m’y reprendre à trois fois pour reposer le combiné sur son support.
Le cauchemar commençait donc.
Nathan, prenant la communication dans son bureau : Allô ?
Moi : …
Nathan : Brooke ? Que se passe-t-il ?
D’une voix brisée, je lui répète ce que m’a dit Mrs Bailey.
Moi, d’une voix tremblante : Tu… peux venir, s’il te plaît ?
Nathan : Je serai là dans cinq minutes.
Lorsqu’il arriva, il ne s’attendait pas à nous voir, toutes pimpantes et prêtes à sortir, Gaby et moi, dans le salon.
Moi : Il fait beau, aujourd’hui. J’avais envie de faire quelques courses en ville. Gaby a envie de certaines petites choses avant de se rendre chez les Adams. Et je pensais que nous pourrions aussi déjeuner au restaurant avant de la déposer au bureau de Mrs Bailey. Son sac est prêt. Tu veux bien le mettre dans le coffre, s’il te plaît ?
Je portais un ensemble pantalon et veste noir, ainsi qu’un débardeur blanc en dessous. Et de jolis escarpins noirs. Le tout accompagné d’un sac à main noir. J’étais ravissante et Nathan s’approcha de moi pour m’embrasser.
Nathan : Où sont les jumeaux et Joanna ?
Moi : Chez tes parents. Ils étaient ravis d’avoir leurs petits enfants pour une journée entière.
Nathan : Alors, allons-y.
Un quart d’heure plus tard, alors que nous nous promenons dans le centre commercial, je songe que j’ai beaucoup de chance. Les femmes se retournent sur Nathan, habillé d’un pantalon noir, d’un T-shirt blanc et d’une veste noire. Et les mères de famille décochent des regards attendris à Gabriela qui sourit naturellement. Aujourd’hui, elle porte un pantalon rose pâle avec une tunique rose imprimée de petites fleurs violettes ainsi que des ballerines rose pâle. Pour ajouter à sa tenue de petite fille modèle, elle arbore fièrement son sac à main violet qu’elle porte en bandoulière. Avec ses longs cheveux bruns noués en queue de cheval sur sa nuque et ses yeux bleu clair, elle ressemblait à une de ces petites filles des publicités. Mais, comme l’affirmait un vieux dicton, il ne fallait pas se fier aux apparences. En ce moment même, Nathan souffrait. Moi aussi.
Ce soir, ce serait la première fois depuis que nous avions ramené Gabriela à la maison à la sortie de la maternité, qu’elle ne dormirait pas avec nous.
Après avoir fait quelques achats, nous choisissons un petit restaurant italien qui propose de délicieuses pâtes à la bolognaise. Nous nous installons près des fenêtres afin de profiter du splendide soleil hivernal. Nous commandons tous les trois des pâtes, que nous dégustons en évitant de parler de ce qui allait se passer dans l’heure à venir. Assise entre nous deux, Gabriela affichait un air triste.
Nathan ne cesse de me surveiller du coin de l’œil, tandis que nous nous dirigeons vers les locaux de l’organisme social. Il s’attendait sûrement à ce que mes nerfs lâchent, mais je devais rester courageuse pour ne pas inquiéter Gabriela. Et apparemment, je semblais ce jour-là plus apte que lui-même à contrôler mes émotions. A tel point que, lorsqu’ils entrèrent dans le bureau, il essuya discrètement une larme du dos de sa main. Il me laissa le soin de parler à Mrs Bailey.
Dès que Gabriela lâcha la main de sa mère et de son père, elle se mit à sangloter.
Moi : Gabriela n’a jamais été séparée de nous jusqu’ici. Je crois qu’il est préférable que nous partions tout de suite, Nathan et moi.
Mrs Bailey hoche la tête.
Miranda : Je sais que c’est très dur, Brooke. Mais votre rôle de mère au foyer vous a sans doute déjà mise plus d’une fois dans ce genre de situation. Devoir laisser partir un enfant pour une journée. Je vous appellerai demain, quand elle sera revenue. Soyez prêts à passer la chercher entre 15 et 16 heures.
Nous n’échangeons pas un mot en rejoignant la maison. Si je ne m’étais pas départie de mon sang-froid, je devais néanmoins être d’une extrême pâleur.
Nathan, fermant la porte d’entrée derrière nous : Brooke, ça va ?
Moi, secouant la tête de gauche à droite : Non, ça ne va pas du tout. Je ne peux pas vivre sans elle, comment va-t-on faire si il nous la prend ?
Nathan, m’attirant dans ses bras : Chut, ma chérie. Nous n’en sommes pas encore là.
Moi : J’ai peur, Nathan. J’ai vraiment peur de perdre, cette fois-ci.
Le lendemain après-midi, Nathan et moi nous rendons au bureau de l’assistante sociale à 16h. Gabriela est là et se jette dans mes bras en pleurant.
Moi, émue : Chut, ma chérie. C’est fini. Allez, viens, on rentre à la maison.
Nathan, saluant Mrs Bailey d’un signe de tête : Au revoir.
Une fois de retour à la maison toute calme puisque les plus jeunes sont allés au parc avec Chloe, Gabriela se jette sur le canapé et sanglote. Nathan et moi l’entourons de chaque côté du canapé.
Nathan : Alors, ma chérie, ça s’est bien passé chez les Adams ?
Gabriela, secouant négativement la tête : Non, pas du tout. Je ne les aime pas.
Nathan : Pourquoi ?
Gabriela : Lorraine et Nigel n’ont pas arrêté de m’embêter et je ne les aime pas, Lorraine est méchante, Nigel est vraiment pénible et Charlie est… une vraie peste. Elle n’a pas cessé de me dire que je n’étais pas belle, bête et que je n’avais pas ma place dans leur maison.
Moi, la serrant dans mes bras : Oh, ma chérie. Je suis désolée. Et Nora et Chase, ils ont été gentils avec toi ?
Gabriela : Nora a été gentille, elle m’a préparé un bon repas que j’aime, elle m’a raconté une histoire et ensuite elle m’a bordé dans mon lit. Tu sais, maman, j’avais une grande chambre chez M. Adams, avec un grand lit à baldaquin rose, une immense armoire et un bureau. Chase disait que c’était une chambre de princesse. Il y a aussi une grande salle de jeux, une pièce où on peut regarder la télé, et une salle de bains avec un grand jacuzzi. Leur appartement est vraiment magnifique. Mais, moi, je préfère ma chambre, ma maison, mes frères et sœurs et mes parents.
Nathan, ému : On sait, mon ange.
Moi : Oui, on est vraiment désolés de ce qui se passe en ce moment. Ça doit être dur pour toi de comprendre tout ce qui t’arrive, non ?
Gabriela hoche la tête.
Moi : Maintenant, ça va aller.
Nathan, me regardant : Oui, tout ira bien.
Je venais de refermer le lave-vaisselle quelques jours plus tard, lorsque le téléphone sonna. Je m’empressai de décrocher, afin que la sonnerie ne réveille pas Joanna qui dormait à poings fermés dans sa chambre.
Moi : Allô ?
Voix : Madame Scott ?
Cette voix masculine ne lui était pas étrangère.
Moi : Oui.
Voix : Karl Mayer à l’appareil.
Je retiens mon souffle. L’avocat n’appellerait pas si il n’y avait pas eu du nouveau dans l’affaire.
Moi, redoutant le pire : Bonsoir, Me Mayer. Comment allez-vous ?
Me Mayer : Bien, je vous remercie. J’espère que vous ne m’en voudrez pas d’appeler si tard, mais il y a eu du nouveau dans notre affaire, et je tenais à vous en informer sans plus tarder.
Moi : Que s’est-il passé ?
Me Mayer : J’ai reçu un coup de fil de Me Walton, l’avocat de M. Adams il y a quelques minutes à peine. Il semblerait que le suivi thérapeutique ordonné par la Cour ait eu un certain impact sur la famille. Sur Charlie, surtout. Après avoir passé une journée avec Gabriela, elle a avoué à ses parents qu’elle ne se sentait pas prête à accueillir un nouveau membre dans la famille, surtout une fillette du même âge qu’elle. Les Adams, quant à eux, ne tiennent pas à élever un enfant dont leur enfant ne veut pas. De ce fait, ils ont décidé d’en rester là. M. Adams a rendez-vous demain avec son avocat, et signera des documents stipulant qu’il renonce à la demande de garde permanente de sa fille. je n’aurai donc pas à vous représenter à l’audience qui devait se dérouler dans une semaine. J’enverrai ces documents par courrier à Mrs Bailey qui les transmettra elle-même au juge. Il ne me reste plus qu’à vous féliciter. Il reste cependant une chose que M. Adams a demandé. Il souhaiterait voir sa fille un week-end sur deux, et pour son anniversaire ainsi que pendant les vacances. Croyez-vous que vous serez d’accord, pour que Gabriela se retrouve seule avec son père quelques fois ?
Moi, essuyant une larme : Bien sûr !
Me Mayer : Parfait !
Moi : Nous vous devons une fière chandelle, Me Mayer ! Je vous posterai un chèque dès demain matin.
Me Mayer : Inutile, Mrs Scott. Si je me suis occupé de cette affaire, c’était pour rendre service à un ami. Je suis donc enchanté de vous avoir aidé. Et j’ai été tout particulièrement content de défendre une cause comme la vôtre.
Moi : Mais nous tenons à vous remercier comme il se doit. Si nous n’avions pas eu pour nous défendre quelqu’un doté de votre expérience, capable de mettre en évidence les faiblesses de cet homme, cette affaire n’aurait sans doute pas eu une fin aussi heureuse. Vous nous avez rendu notre joie de vivre !