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Série : One Tree Hill
Création : 10.11.2007 à 12h57
Auteur : haley92
Statut : Terminée
« Voilà une fic qui je l'espère vous plaira. Je l'ai écrite avec plaisir et avec mon coeur... » haley92
Cette fanfic compte déjà 12 paragraphes
Un grand soleil brillait dans le ciel, en ce matin de septembre. La chaleur étouffante des dix derniers jours était toujours présente, mais une douce brise adoucissait l’atmosphère. Un calme reposant se faisait sentir dans l’air, tout comme dans le cœur de Haley. Elle se dirigeait lentement, tournant à droite, puis à gauche, et encore à droite avant de trouver l’endroit qu’elle cherchait. Doucement, elle déposa le bouquet de lys qu’elle venait d’acheter chez le fleuriste en bas de la rue, sur la pierre tombale. Avec un sourire sur les lèvres, elle retraça le contour de la pierre, repensant à tous ses souvenirs, à tous ces moments vécus dans la joie, dans le bonheur. Puis, son regard s’arrêta sur l’inscription et une larme coula sur sa joue. « Dans toutes les larmes s’attarde un espoir. » Voilà, l’inscription écrite sur la pierre noire, si étincelante au soleil d’automne, et pourtant si sombre et triste.
Homme : Haley ?
Haley : Je suis là, chéri.
Homme : Je dois partir travailler tout de suite, il y a eu une urgence au gymnase. Tu peux emmener Jessica à l’école ?
Haley : Bien sûr !
Homme : Merci, mon amour.
Haley : Nathan ?
Nathan : Oui ?
Haley, avec un sourire : Tu n’aurais pas oublié quelque chose ?
Nathan, réfléchissant : Non, je ne crois pas.
Haley, mystérieuse : Quel jour sommes-nous ?
Nathan : Le 23 mai… Oh, non ! J’ai complètement oublié, chérie. Je suis désolé, Hales…
Haley, l’embrassant avec passion : Oublier notre anniversaire de mariage, quand même, Nate !
Nathan, avec un sourire coquin : Ne t’inquiète pas, je me rattraperai ce soir, c’est promis.
Haley, réprimant un frisson d’envie : J’ai hâte de voir ça…
Nathan : Allez, à ce soir, mon cœur.
Haley : Je t’aime.
Nathan, souriant amoureusement : Moi aussi, Hales, moi aussi je t’aime.
Une fois son mari sorti, Haley entreprit de préparer le petit déjeuner pour sa fille. Quelle heure était-il ? 7h35… Jena ne devait pas l’attendre avant au moins 9h au bureau, elle aurait tout à fait le temps de déposer Jessie à la maternelle, et ensuite d’aller acheter son cadeau à Nathan. Cela faisait plusieurs semaines qu’elle l’avait commandé, et elle espérait qu’il lui ferait plaisir. Après tout, depuis combien de temps son mari rêvait-il d’avoir une belle voiture ? Non, pas seulement une belle voiture, c’était sans aucun doute possible la plus belle qu’il existe au monde… Un tout nouveau 4x4, qui n’était pas encore sur le marché, mais que Haley avait pu se procurer grâce à son réseau d’amis dans ce domaine. Elle avait hâte de voir la tête de Nathan lorsqu’il verrait ce magnifique bien ! Vivement ce soir… mais pour une toute autre raison… Nate n’avait-il pas dit qu’il allait se rattraper ce soir ? Qu’avait-il sous-entendu par là ? Qu’il lui réservait une surprise de taille ? Avec un sourire coquin, Haley repensa à leur premier anniversaire de mariage. Mm… Quel merveilleux souvenir ! Qu’allait-il lui trouver pour leur cinquième anniversaire de mariage ? Quelque chose d’encore plus divin qu’un gâteau… d’encore mieux qu’une voiture…
Voix : Maman ?
Haley en lâcha la tartine qu’elle était en train de beurrer en entendant la voix de sa fille. Que penserait Jessica si elle savait à quoi rêvait sa mère ? Se reprenant, Haley sourit à sa fille et ramassa la tartine par terre.
Haley : Alors, ma chérie, as-tu bien dormi ?
Jessica : Voui.
Jessica avait beau avoir eu 5 ans le mois dernier, elle continuait à s’exprimer avec des mots de bébé. Elle savait très bien parler, mais préférait rester dans le langage des bambins. Ses parents n’y voyaient aucun inconvénient, sauf peut-être le fait que parfois, ils ne comprenaient pas exactement les paroles de leur fille.
Jessica, voyant le visage réprobateur de sa mère : Oui, maman.
Haley, lui souriant : Assieds-toi, et mange. Je t’ai préparé tes tartines, et le lait est en train de chauffer.
Jessica, grimpant sur la chaise : Merci.
Haley admira sa fille. Un vrai mélange de Nathan et elle. Les mêmes yeux, les mêmes traits de visage que son père, les mêmes cheveux et les mêmes expressions que sa mère. Avec ses cheveux blonds et ses yeux verts, Jessie faisait chavirer tous les cœurs de leur famille. Déjà toute petite, elle attirait les regards de par sa grâce et son sourire, mais maintenant, elle ne le faisait que davantage avec ses paroles. Un vrai petit ange.
Haley : Qu’est-ce que vous allez faire aujourd’hui à l’école, chérie ?
Jessica, articulant avec difficultés : On… on va… aller au… au cinéma… et après, la maîtresse a dit qu’on lirait l’histoire du… du petit chaperon rouge… et on va aussi cultiver des… des lentilles.
Haley, soudain inquiète : Que se passe-t-il, mon trésor ?
Jessica, fermant un œil : Je sais pas… Maman ! Je vois plus du tout !
Haley, se précipitant vers sa fille : Mais enfin, Jessie, ouvre ton œil ! Laisse-moi regarder…
Jessica, faisant la grimace : J’ai mal…
Haley : Où ça, ma chérie ?
Jessica, ouvrant les yeux : A la tête, mais c’est passé… ça va mieux maintenant… Mais, tout à l’heure, je voyais plus rien de cet œil.
Elle montra son œil gauche, en sanglotant.
Haley, la serrant dans ses bras : Chut, mon cœur, chut. Calme-toi, ça va passer.
Essayant de rassurer sa fille, Haley était loin de l’être elle-même. Pourquoi Jessica avait-elle eu un trouble de la vision ? Pourquoi avait-elle eu si mal à la tête ? Toutes ces questions qui restaient sans réponses, n’étaient pas pour rassurer Haley.
Haley, prenant sa fille par la main : C’est pas grave, ma chérie. Ce n’est rien. Allez, viens maintenant, je t’emmène à l’école.
Jessica, hochant la tête : D’accord.
Quelques minutes plus tard, elles se retrouvaient toutes les deux dans la voiture, et Jessica avait enfin retrouvé sa joie de vivre. Mettant ce trouble sur le fait que sa fille était stressée par sa journée d’école, Haley se détendit un peu. Après avoir déposé sa fille à la maternelle, elle se rendit chez le concessionnaire automobile de la ville, et pria le vendeur de venir déposer la voiture vers 19h, ce soir devant leur maison. Regardant sa montre, elle constata ensuite qu’il était déjà 8h45, et se rendit à son travail.
Lorsqu’elle réussit à s’asseoir un moment dans la matinée, Haley remarqua qu’il était déjà 11h50. En effet, à peine arrivée au bureau ce matin, Jena lui avait sauté dessus avec une tonne de dossiers à s’occuper. Elle n’avait pu en sortir que maintenant, mais heureusement, elle avait enfin terminé. Prenant son manteau et son sac, elle se dirigea vers l’ascenseur, et descendit au premier étage. Saluant la secrétaire de son amie d’un signe de tête, elle se dirigea directement vers le bureau de sa meilleure amie. Frappant un léger coup à la porte, elle entra.
Haley : Salut, ma chérie.
Femme : Hales !
Haley, haussant les sourcils : Je suis en avance ?
Femme : Non, pas du tout, tu es juste à l’heure. Allons déjeuner, j’en ai tellement marre de tous ces dossiers !
Haley, souriant à sa meilleure amie : Oui, moi aussi. Chinois ou italien, à midi ?
Femme, lui adressant son plus beau sourire : Italien !
Et elles éclatèrent de rire, comme les deux vieilles amies qu’elles étaient.
Haley, sortant de l’ascenseur : Pey ?
Peyton : Oui ?
Haley : Je voulais savoir… comment ça va avec ton mari ?
Peyton, dont le regard se rembrunit instantanément : Il y a une petite amélioration depuis qu’on voit ce thérapeute, mais rien de bien encourageant.
Haley, lui serrant la main : Il faut garder espoir, ma chérie.
Peyton, essuyant une larme : Oui, je sais. Je garde toujours l’espoir qu’un jour Lucas et moi, on puisse être réunis à nouveau, comme avant. Mais, je suis la seule de nous deux à y croire.
Haley : Non, tu te trompes. Je suis sûre que Lucas aussi y croit. La preuve, il a accepté d’aller consulter ce thérapeute à Boston.
Peyton : Oui, mais il ne semble pas convaincu que notre couple puisse avoir une deuxième chance. J’ai si peur de le perdre, Hales…
Haley, lui serrant un peu plus la main : Je suis certaine que Lucas a aussi peur que toi, mais vous devez tous les deux garder l’espoir de vous réconcilier, après tout, vous devez le faire pour Mathéa. Tu dois continuer de te battre. Pour que vous restiez une famille unie.
Peyton, souriant faiblement : Tu as raison. Tu as toujours raison. Je sais que je dois me battre pour notre fille. Elle n’a que 6 ans, et elle ne comprend pas pourquoi ses parents se disputent sans arrêt… Je sais ce que c’est de grandir dans une famille sans mère, et je ne voudrais pas que ma fille connaisse ça à son tour.
Haley, lui souriant : J’aime mieux te voir dans cet état d’esprit là !
Peyton, se ressaisissant : Allez, allons manger, j’ai vraiment très faim.
Haley, lui désignant un restaurant : C’est là, non ?
Peyton, traversant la rue à la suite de Haley : Oui, c’est ici.
Elles entrèrent dans le petit restaurant, chic, mais sobre. Un serveur vint les placer à une table, près des grandes baies vitrées qui donnaient sur un petit jardin avec une fontaine. Eloignée des autres tables, elle semblait très bien leur convenir pour passer un agréable déjeuner.
Haley, souriant au serveur : Merci, c’est parfait.
Il leur dédia une petite révérence et leur tendit un menu, puis il attendit qu’elles aient toutes deux choisi leur plat.
Peyton, décidée à changer de sujet : Alors, qu’est-ce que tu prends ?
Haley, parcourant le menu des yeux : Euh… un risotto à la milanaise. Et toi, Pey ?
Peyton, refermant le menu et le tendant au serveur : Tomates mozzarella, et des lasagnes.
Haley, dont les yeux s’agrandirent : Tu as vraiment très faim !
Peyton, gênée : Oui.
Haley, suspicieuse : Hé, une minute, toi, tu me caches quelque chose !
Peyton : N…on.
Haley : Pey, tu ne serais pas enceinte ?
Peyton, dont le visage virait à présent au rouge tomate : Chut, parle mois fort, s’il te plait.
Haley, souriant : Et moi qui croyais que ça allait mal avec Lucas, finalement, ça ne va pas si mal que ça, on dirait ?
Peyton : Non, il y a eu une légère évolution, je te l’ai dit tout à l’heure, mais c’est tout.
Haley : Oui, une évolution au sens pratique du terme, si j’ai bien compris ?
Peyton : Non, tu te trompes. Ça fait plus de cinq ou six mois que Lucas et moi n’avons pas fait l’amour, je ne sais pas comment ça a pu arriver. Je ne sais pas si je dois en parler à Lucas. On s’était dit après la naissance de Mathéa, que nous n’aurions qu’un seul enfant, qu’elle nous suffisait et que nous n’essayerions pas d’en avoir d’autres. Et pourtant …
Haley : Je suis contente pour toi, ma chérie.
Peyton : Mais, je ne comptais pas tomber enceinte… Je ne sais pas comment Lucas va réagir…
Haley : Tu en es sûre ? Enfin, je veux dire, tu as consulté un médecin ?
Peyton, hochant positivement la tête : Oui, hier. Je suis enceinte de cinq mois. Et le bébé se porte bien.
Haley, ouvrant de grands yeux étonnés : Tu veux dire que ça fait cinq mois que tu es enceinte ? Et tu n’as rien remarqué ?
Peyton : Non. Je t’assure. Le mois dernier encore, j’avais mes règles normalement, je ne grossissais pas, je ne me sentais pas du tout fatiguée… Et voilà que je me mets tout à coup à avoir des nausées et à avoir mal au dos. C’est là que j’ai consulté mon médecin et qu’il m’a annoncé que j’étais enceinte de cinq mois. Je lui ai tout expliqué, et il m’a dit que cela pouvait arriver, que certaines femmes ne découvrent leur état que vers la fin du deuxième trimestre et que pourtant, le bébé se porte bien. C’est ce qu’il s’est passé pour moi. Il pense aussi que j’ai refusé l’idée d’être enceinte, et donc que mon corps n’a pas ressenti de changements, à cause du stress de ma situation avec Lucas.
Haley : Je comprends.
Peyton : Et donc, voilà, je me retrouve enceinte de cinq mois, avec un mari qui ne me regarde plus, qui ne me désire plus, qui ne me touche plus, et qui en plus du ressentiment qu’il me voue en ce moment, va me détester encore plus du fait que je vais avoir un bébé. J’étais tout de même soulagée d’apprendre que j’avais dépassé le délai légal pour avorter, parce que j’avais peur de la réaction de Lucas.
Haley : Peyton ! Je suis sûre que Lucas n’aurait jamais insinué une chose pareille. Il adore Mathéa et même si vous traversez une crise actuellement, je suis certaine qu’il sera heureux d’avoir un deuxième enfant.
Peyton : J’espère que tu as raison.
Haley : Parle-lui ce soir, et explique-lui ce que tu ressens vraiment. Tout ce que tu lui caches, par rapport à cette grossesse, à votre fille, à votre vie de couple.
Peyton : Mais dis-moi ce que je ferais sans toi, ma Haley ?
Haley, en riant : Tu sais bien que le monde ne pourrait pas vivre sans une Haley James Scott pour le changer !
Elles éclatèrent de rire, et cela détendit l’atmosphère immédiatement. Le repas se poursuivit dans la bonne humeur, et les deux jeunes femmes parlèrent de tout et de rien, comme à leur habitude.
Il était 14h pile lorsque Haley se rassit enfin dans son bureau. Elle avait passé un super moment avec sa meilleure amie, mais il était temps de se remettre au travail. Elle avait encore une longue après-midi à faire avant de rentrer chez elle. Haley adorait son métier, mais parfois, il lui semblait vraiment très prenant, même trop prenant. Etre avocate dans le droit du spectacle impliquait être disponible à tout moment. Heureusement, ses clients étaient plutôt corrects et ne la dérangeaient jamais lorsqu’elle était chez elle. Ses principaux « protégés » allaient de Michelle Featherstone à Gavin de Gray, en passant par Tyler Hilton et Sheryl Lee. Elle aimait ce qu’elle faisait toujours autant depuis le lycée.
Elle se remit au travail, et jusqu’à 16h, elle ne leva le nez de ses dossiers qu’une seule fois pour prendre une tasse de café. Alors qu’elle allait prendre ses affaires pour rentrer chez elle, son portable se mit à sonner.
Haley : Allô ?
Voix : Haley Scott ?
Haley : Oui, c’est moi.
Voix : Je suis Elizabeth Harnois, la directrice de l’école maternelle de votre fille, Jessica.
Haley : Y a-t-il un problème avec Jessie ?
Elizabeth : Oui, votre fille a été conduite de toute urgence à l’hôpital.
Haley, dont le cœur s’était emballé : Qu…oi ? Que s’est-il passé ? Pourquoi ?
Elizabeth : Ecoutez, Mme Scott… un médecin sera plus apte à vous expliquer la… la situation à vous et à votre mari. Pouvez-vous l’appeler et nous rejoindre à l’hôpital ?
Haley, morte d’inquiétude : Bien sûr ! On arrive.
Elizabeth : Je dois vous prévenir que c’est assez grave, alors faites vite.
Haley : Merci.
Haley prit son manteau, son sac et ses clés, et moins de cinq minutes plus tard, elle se garait devant le gymnase de la ville où Nathan était entraîneur depuis bientôt trois ans. Comme une furie, elle sortit de la voiture, et se dirigea vers l’entrée du bâtiment au bord des larmes. Sa fille, sa toute petite était à l’hôpital ? Et c’était grave !
Haley pénétra dans le gymnase, sans prêter attention au gardien qui la regardait d’un œil interrogateur. Enfin, elle aperçut son mari, qui venait de terminer son cours avec les lycéens.
Nathan, surpris : Hales ?
Haley : …
Nathan, inquiet : Que se passe-t-il, Haley ?
Haley : C’est Jessica…
Nathan, de plus en plus angoissé par l’expression de sa femme : Quoi Jessica ? Il y a un problème ?
Haley, hochant la tête : Elle… elle est à l’hôpital.
Nathan, serrant sa femme dans ses bras : … Que s’est-il passé ?
Haley, secouée de sanglots : La directrice m’a appelé, Jessie est aux urgences et c’est grave. Il faut qu’on y aille très rapidement. Je veux savoir ce qu’il s’est passé, et où est mon bébé…
Nathan, lui prenant la main : Allons-y vite !
Il enleva son maillot de l’équipe, prit son sac dans l’entrée du gymnase et fit signe au gardien. Entraînant Haley vers sa voiture, il était blanc comme un linge. Qu’était-il arrivé à Jessica ? Avait-elle eu un accident ? Un malaise ? Une simple bagarre aurait-elle mal tourné ? Retournant toutes ces questions dans sa tête, il se dépêcha de démarrer et prit l’avenue principale de la ville pour aller à l’hôpital. Dix minutes plus tard, ils entraient dans le grand bâtiment si sombre et si effrayant. Nathan alla demander l’étage de la chambre de leur fille pendant que Haley appuyait sur le bouton d’appel de l’ascenseur. Chambre 77 au septième étage. N’était-ce pas un chiffre porte-malheur le 7 ? Le chiffre de la malédiction ? Affolée, Haley se cramponnait à la main de son mari, la serrant dans la sienne comme une bouée de sauvetage. Le simple « Ding » qui signifiait que l’ascenseur était arrivé à destination suffit à l’effrayer et la fit sursauter. Tremblante sur ses jambes, elle se dirigea vers la chambre 77, tenant fermement la main de Nathan dans la sienne. 75… 76…77. Une simple porte blanche, comme toutes les autres, la séparait à présent de sa fille, de sa toute petite fille. Inquiète, elle appuya sur la poignée et entra.
La chambre était lumineuse, spacieuse, blanche. Blanche comme toutes les autres pièces de cet hôpital. Ici, la couleur blanche signifiait maladie, mort et tristesse. Même le lit était blanc. D’un blanc immaculé. Son regard fit le tour de la pièce. Personne. Pas la moindre trace de leur fille. Où était-elle ? Peut-être partie faire des examens ?
Un léger frottement contre la porte leur indiqua que quelqu’un allait entrer. Une infirmière en blouse blanche, entra dans la chambre et leur adressa un bref signe de tête, peu encourageant. Elle était suivie d’une femme, pas très grande et plutôt rondouillette. Elizabeth Harnois. Elle salua les parents de Jessica d’un bref hochement de tête, et leur adressa un faible sourire triste. Derrière elle, se profilait l’ombre d’un lit où était couchée Jessica. Belle. Paisible. Mais les yeux fermés. Lançant un regard angoissé à l’infirmière, Haley et Nathan se poussèrent pour laisser entrer le lit et se postèrent tous deux à droite du lit lorsque leur fille y fut installée. L’infirmière leur adressa un dernier regard et quitta la pièce sans un mot. La directrice essuya ses yeux avec un mouchoir de soie et s’avança vers le couple.
Elizabeth : Mr et Mme Scott, je suis désolée que nous nous rencontrions dans ces conditions.
Nathan, inquiet : Que s’est-il passé ?
Elizabeth : Vous n’avez pas vu le médecin ?
Haley : Non, mais dites-nous ce qu’elle a ?
Elizabeth, jetant un regard humide vers le lit de la fillette : Je… je ne sais pas comment vous le dire…
Nathan : Qu’est-il arrivé à Jessica ? Parlez !
Elizabeth : Je… enfin… je ne suis pas la mieux placée pour vous expliquer de quoi il est question. Un médecin ne devrait pas tarder à arriver.
Haley, dont les larmes menaçaient de glisser sur ses joues : Mais enfin, pourquoi tout le monde s’obstine à ne rien nous dire ?
Elizabeth : Je… je suis désolée… Si j’avais fait plus attention, elle… enfin… elle ne serait pas là…
Nathan, dont le regard s’était soudain empli de colère : C’est de votre faute si ma fille se retrouve dans ce lit d’hôpital ?
Elizabeth : Non, bien sûr que non. Mais, je n’arrête pas de me dire que si j’étais restée dans la cour pendant la récréation, elle ne serait pas tombée… et enfin… elle n’aurait pas eu ce… ce…
Elle fut interrompue par un coup frappé à la porte. Un homme entra. Il était presque chauve et pourtant il ne semblait pas dépasser la cinquantaine d’années. Lui aussi vêtu d’une grande blouse blanche, il salua les trois personnes d’un « bonjour » sans enthousiasme et s’éclaircit la gorge avant de commencer.
Doc : Mr et Mme Scott, je suis désolé, mais votre fille est dans un état critique.
Haley, tremblante : C’est…c’est très grave ?
Doc, hochant tristement la tête : Oui, j’en suis navré. Il semblerait qu’elle ait fait une attaque d’apoplexie, plus connue sous le nom d’accident vasculaire cérébral. Nous, les médecins appelons ce phénomène AVC.
Haley, secouée de sanglots : C’est…c’est très grave ?
Doc, avec un regard triste en direction du lit : Je ne vais pas vous mentir, Mme Scott, l’état de Jessica est vraiment très inquiétant. Elle a été victime d’une attaque cérébrale, c’est-à-dire d’un déficit neurologique soudain d’origine vasculaire. Nous lui avons fait passé un scanner du cerveau. C’est grâce à ce scanner que nous avons décelé une hémorragie intra-cérébrale, qui est un AVC dû à la rupture d’une artère du cerveau au sein du parenchyme, à l’origine d’un hématome qui disloque le tissu cérébral. A priori, cet accident a été provoqué par une hypertension artérielle, maladie héréditaire.
Nathan, dont la voix lui manquait : Mais… mais… comment c’est arrivé ?
Doc : Mme Harnois m’expliquait que Jessica est tombée tout à coup alors qu’elle jouait à la marelle avec ses camarades pendant la récréation. Il semblerait qu’elle soit immédiatement tombée dans un coma profond. N’avez-vous rien remarqué de suspect aujourd’hui, dans son comportement ? A-t-elle montré des symptômes particuliers ?
Nathan, laissant échapper une larme : N…non.
Doc : En êtes-vous certain ? N’importe quelle indication pourrait lui être précieuse pour comprendre ce qu’il s’est passé.
Haley, réfléchissant à toute vitesse : Attendez… Ce matin, pendant le petit déjeuner, Jessica a eu des troubles…
Nathan, scrutant sa femme du regard : Tu ne me l’as pas dit ?
Haley, cherchant le soutien de son mari : Non, tu étais déjà parti, et je ne pensais pas que c’était grave…
Doc : Continuez, Mme Scott.
Haley : Elle… elle a tout à coup eu du mal à parler, elle ne trouvait plus ses mots, elle avait comme des difficultés à s’exprimer. Et, elle a perdu la vision de son œil gauche, tout à coup, comme ça, elle ne voyait plus rien… Et elle avait de forts maux de tête, qu’elle n’arrivait pas à me décrire.
Doc, prenant des notes : Hum…
Nathan, interrogeant le docteur des yeux : Alors ?
Doc, les regardant tour à tour dans les yeux : Je pense que Jessica a été victime d’une perte soudaine d’une partie de son cerveau, ce phénomène est connu sous le nom de accident vasculaire hémorragique.
Haley, respirant avec difficulté : Et… il existe un traitement, n’est-ce pas ?
Doc : Je préfère réserver mon diagnostic. Pour l’instant, votre fille est dans le coma, nous ne pouvons rien faire si ce n’est attendre qu’elle se réveille.
Nathan : On ne peut rien faire ? Vous voulez dire que nous allons regarder notre fille mourir sans pouvoir la sortir de ce coma ?!
Doc, regardant Nathan dans les yeux : Non, je suis désolé, mais la médecine ne peut rien faire contre le coma. La seule chose que vous pouviez faire, c’est rester auprès d’elle, lui parler, et prier le ciel pour qu’elle se réveille.
Haley : Combien de temps cela peut-il prendre ?
Doc : Je ne peux pas vous le dire, peut-être 24h, 48h, voire une semaine ou un mois. Jessica, seule, peut le décider. Mais…il se pourrait qu’elle ne se réveille jamais.
Avec un dernier regard vers le petit corps, si innocent allongé dans ce grand lit blanc, le médecin se retira, laissant planer un silence insoutenable dans la pièce, seulement interrompu par les sanglots de Haley, et les reniflements de Nathan. La directrice, restée silencieuse jusqu’à présent, s’éclaircit la gorge avant de parler.
Elizabeth : Bien, je vais vous laisser. J’appellerai demain matin, pour prendre des nouvelles de Jessica. Je suis de tout cœur avec vous, Mr et Mme Scott, croyez-moi.
Haley, dont le regard restait figé sur le corps de sa fille : Merci, Mme Harnois.
Puis, sans se retourner, celle-ci sortit de la chambre.
Nathan et Haley restèrent un grand moment dans le silence, chacun occupé avec ses propres démons intérieurs. Comment leur fille, si petite, si innocente, s’était-elle retrouvée victime d’un accident cérébral ? Pourquoi elle ? Comment cela était-il possible ? Elle ne pouvait pas mourir, non…
Nathan, s’approchant du lit de Jessica : Elle paraît si paisible, si calme, que l’on croirait presque qu’elle dort.
Haley, essuyant ses yeux d’un revers de la main : Oui, mais hélas, elle ne dort pas…
Il était 17h, Nathan était assis à côté du lit de sa fille, Haley se tenait debout, prostrée devant le corps de sa fille, de son bébé.
Deux heures plus tard, ils n’avaient pas bougé. Nathan était allé chercher un café pour lui et un thé pour Haley, qui n’avait même pas ouvert la bouche pour le remercier. Un léger tapement à la porte les surprit dans leur léthargie.
Le docteur entra, suivi de près par deux infirmières sûrement de garde cette nuit-là.
Doc, s’adressant aux parents de Jessica : Vous devriez rentrer vous reposer. Nous vous préviendrons s’il y a la moindre évolution. Une infirmière va rester auprès d’elle pour surveiller son rythme cardiaque cette nuit, comme ça, elle ne sera pas toute seule s’il se passait quelque chose.
Nathan, entraînant Haley : D’accord, on reviendra demain matin à la première heure.
Haley : Non… je veux rester avec elle…
Doc : Mme Scott, écoutez votre mari, et rentrez chez vous. Vous ne serez d’aucune aide à Jessica si vous êtes trop fatiguée. L’hôpital se charge de vous prévenir si il y a la moindre petite évolution.
Haley, hésitante : Je… je… très bien.
Nathan : Merci, docteur.
Le trajet en voiture se fit dans le plus lourd silence, Haley essayant de contrôler ses larmes, et Nathan se concentrant sur la route. Une fois arrivés chez eux, Haley monta directement dans la chambre, et Nathan se laissa tomber lourdement dans le canapé.
Comment cela était-il possible ? Sa toute petite fille… sa Jessica… Jessie… comment en était-elle arrivée là ? Un AVC… chez une petite fille de son âge, était si rare… si peu fréquent… si peu connu par les médecins… qu’allaient-ils faire pour soigner sa petite fille ? Il ne souhaitait que la laisser dans son coma, mais Nathan, lui, voulait faire plus, tout tenter pour la sauver… pour retrouver leur vie de famille… qu’ils avaient encore ce matin…
Un bruit de ferraille attira son attention, et il s’approcha de la fenêtre. Un camion venait de livrer une voiture. Pas n’importe quelle voiture, c’était le 4x4 de ses rêves. L’homme qui conduisait le camion lui adressa un grand signe de la main en souriant et en désignant la voiture, ses lèvres articulèrent : « Vous en avez de la chance. » Nathan comprit alors que c’était le cadeau de Haley pour leur cinquième anniversaire de mariage. En souriant, il salua à son tour l’homme au sourire amical et referma les rideaux du salon. Comment sa femme avait-elle fait pour se procurer ce nouveau modèle de voiture qui n’était pas encore sur le marché, et qui pourtant se trouvait bel et bien devant chez lui ? Il alluma la télévision pour essayer de se changer les idées par rapport à cette journée, si éprouvante. Mais aucune des émissions ne parvint à lui sortir de l’esprit ce petit corps innocent allongé sur un lit d’hôpital.
Réprimant un accès de rage, il éteignit la télé et monta lentement l’escalier. Il entra dans leur chambre et s’allongea sur le lit, à côté du corps de sa femme, secoué de sanglots. Reniflant lui aussi, il s’efforça de garder son sang-froid, il devait rester fort pour Haley, pour Jessica. Il n’avait pas le droit de craquer alors que ses femmes avaient tant besoin de lui, de son soutien, de sa force. Il tendit la main vers Haley mais celle-ci sembla s’éloigner de lui, encore un peu plus. Elle ne voulait pas qu’il la touche… Triste, Nathan se retourna du côté du mur et ferma les yeux, essayant d’éloigner les pensées morbides qui lui venaient à l’esprit. Enfin, après ce qu’il lui sembla des heures, il parvint à s’endormir, tout comme Haley, qui respirait à présent paisiblement.
Nathan se réveilla en sursaut au milieu de la nuit, entendant des cris et des pleurs venant de Haley. Se tournant vers elle, il la prit dans ses bras, pour la calmer, mais elle dormait. Sans doute faisait-elle un cauchemar, se dit-il. La câlinant, la berçant, il tenta de l’apaiser, mais rien n’y faisait, elle continuait de hurler, de crier à l’aide, dans son cauchemar. Nathan se mit alors à lui tapoter la joue, pour la sortir de son rêve. Haley ouvrit de grands yeux noirs, regardant Nathan avec des yeux tristes et cernés de larmes. Comprenant qu’elle venait de faire un cauchemar, Haley n’essaya même pas de se contrôler, elle éclata en sanglots dans les bras de Nathan, frottant son visage contre sa chemise, dans un mouvement qui semblait l’apaiser. Son mari, si fort, si résistant, Dieu qu’elle l’aimait. Mais, sa fille, si faible, si innocente, Dieu qu’elle l’aimait aussi. Que faire ? Mon Dieu, comment l’aider à sortir de ce coma qui la privait de plus en plus de sa vie ?
Nathan lui caressait le dos, dans un geste qu’il voulait apaisant, mais peu à peu, sa main se fit plus insistante, plus passionnée. Et les pensées de Haley se tarirent, pour se concentrer seulement sur la sensation de bien-être qui l’envahissait lorsque Nathan la caressait comme cela. Petit à petit, Haley se mit elle aussi à caresser le torse si puissant, si viril de son mari, insistant sur les abdos qu’elle sentait forts et durs sous ses mains. La redressant, Nathan l’allongea sur lui, et la regarda dans le blanc des yeux, avec un regard interrogateur. Haley sourit, d’un sourire faible mais vrai. Il reprit alors ses caresses, parcourant son dos, ses reins, ses cheveux, son visage pour ensuite revenir à son dos. Haley sentait monter en elle un élan de désir, et elle se mit elle aussi à lui caresser le ventre, le dos, le visage, ses mains descendant de plus en plus bas, jusqu’à arriver au point sensible des hommes. Nathan réprima alors un gémissement, pendant que Haley finissait de les déshabiller rapidement, dirigée par un désir si violent et passionné qu’elle n’aurait pu, sous aucun prétexte le réprimer. Elle s’allongea sur lui, pressant son corps contre celui de son mari, s’appuyant sur lui, se reposant sur Nathan, qu’elle savait fort et puissant. Ils s’aimèrent passionnément, avec une violence inouïe, comme pour tenter d’échapper à leurs pensées qui revenaient sans cesse vers Jessica, qu’ils savaient seule à l’hôpital, reliée à des dizaines d’appareils, tous plus effrayants les uns que les autres.
Le lendemain matin, lorsque Nathan se réveilla, Haley était déjà levée. Le souvenir de leur nuit charnelle lui revient en mémoire et il sourit. Mais son sourire ne tarda pas à disparaître de son visage quand il repensa à la veille : l’hôpital, le médecin, les infirmières, le diagnostic, l’attente, le désespoir, le petit corps allongé dans ce grand lit blanc…
Repoussant violemment les draps, il enfila un pantalon et une chemise avant de descendre les escaliers. Il ne trouva Haley ni à la cuisine, ni au salon, ni même à la salle de bains. Où pouvait-elle bien être ? Remontant les marches quatre à quatre, il se dirigea vers la chambre de Jessica, d’où provenaient des sanglots. Entrant dans la pièce, il découvrit Haley, recroquevillée en position fœtale sur le tapis, par terre, serrant dans ses bras le doudou de leur fille. Accrochée à cette peluche comme à une bouée de sauvetage, elle semblait si vulnérable, si faible que Nathan en eut les larmes aux yeux. S’approchant d’elle, il la souleva sans difficulté et la porta jusqu’à leur lit où il l’allongea doucement, lui déposant un baiser sur le front. Puis, il éteignit la lumière, et sortit de la pièce, priant pour qu’elle dorme un peu avant qu’ils se rendent à l’hôpital. Haley ne serait d’aucune aide à Jessica si elle ressemblait à une morte vivante, comme le leur avait précisé le médecin la veille.
S’asseyant sur une chaise à la cuisine, Nathan laissa son regard errer dans le vide. Chassant toutes pensées négatives, il s’efforçait de garder espoir, l’espoir de revoir sa fille vivante, de la revoir rire et jouer, crier et vivre tout simplement.
Aux alentours de 10h, le téléphone sonna, sortant Nathan de sa torpeur. Saisi d’une brusque nausée, il s’empara du combiné, et pria en silence.
Nathan, d’une voix faible : Allô ?
Voix : Mr Scott ?
Nathan, d’une voix neutre : Bonjour, docteur.
Doc : Pouvez-vous venir immédiatement à l’hôpital ?
Nathan, angoissé : C’est Jessica ?
Doc, d’une voix triste : Jessica a… elle est… enfin, dépêchez-vous de venir. Je suis désolé…
Sur ce, il raccrocha, laissant Nathan dans la plus terrible des angoisses. Se précipitant vers l’escalier, il se rua dans la chambre où dormait Haley afin de la réveiller.
Dix minutes plus tard, mort de peur, ils pénétraient dans l’enceinte de l’hôpital. Haley tremblait de la tête aux pieds, se demandant ce qu’il avait pu arriver à son bébé, tandis que Nathan suivait sa femme, les yeux fixés sur l’ascenseur, appréhendant ce qu’ils allaient découvrir une fois arrivés au septième étage.
La main sur la poignée de la porte, Haley hésitait à l’ouvrir, son mari lui serra la main un peu plus fort pour l’encourager, et elle parvint à appuyer sur la poignée. Ils entrèrent dans la chambre, en silence, s’attendant au pire. Le docteur se tenait, blanc comme un linge, debout près du lit de leur fille, les yeux dans le vide, une main sur l’appareil à gauche du lit.
Doc : Mr et Mme Scott, je suis désolé…
Nathan, les yeux rempli de larmes : Qu’est-ce que… ?
Doc : Votre fille a développé un hématome de la protubérance, c’est-à-dire une paralysie complète du cerveau. Son cœur s’est arrêté de battre. Je suis désolé, elle… elle ne se réveillera plus…
Haley, effondrée : Nooooooooooooooon ! Noooooooooon !
Nathan, se mordant la lèvre pour ne pas hurler : Non, non, ce n’est pas possible ! Jessie… elle ne peut pas être morte… elle ne peut pas…
Doc, lui serrant amicalement le bras : Je suis désolé… j’aurais aimé la sauver, mais c’était sans espoir…
Nathan lui désigna la porte du regard, et le médecin les laissa seuls avec leur fille, seuls avec leur chagrin, seuls avec leur désespoir, avec leur détresse, seuls au monde…
Le jour de l’enterrement arriva. C’était un jeudi ensoleillé, le ciel était bleu sans nuages et pas une brise de vent. Haley s’était murée dans un silence que rien ne pouvait entravé, même Nathan ne parvenait pas à lui faire dire un mot. Alors, il restait impuissant face au désespoir de sa femme.
Tous leurs amis étaient rassemblés en ce jour funèbre. Nathan et Haley se tenaient droits, tremblants devant le cercueil, pendant que le prêtre récitait la prière.
Prêtre : La mort n’est rien. Je suis simplement passée dans la pièce à côté. Je suis moi, vous êtes vous. Ce que nous étions, nous le sommes toujours. Donnez-moi le nom que vous m’avez toujours donné, parlez-moi comme vous l’avez toujours fait, n’employez pas de ton différent. Ne prenez pas un air solennel ou triste, continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble. Priez. Souriez. Pensez à moi. Priez pour moi. Que mon nom soit toujours prononcé à la maison comme il l’a toujours été, sans emphase d’aucune sorte et sans trace d’ombre. La vie signifie ce qu’elle a toujours signifié, elle reste ce qu’elle a toujours été, le fil n’est pas coupé. Pourquoi serais-je hors de vos pensées, simplement parce que je suis hors de votre vue ? Je vous attends, je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin. Vous voyez, tout est bien.
Nathan s’avance, prend de la terre dans sa main, et la verse sur le cercueil.
Prêtre : Haley.
Elle s’avance lentement, prend de la terre, pleure et la jette sur le cercueil.
Les invités s’en aillent peu à peu, seuls restent Nathan et Haley, murée dans son silence.
Nathan essaie de prendre la main de sa femme, mais celle-ci la retire en pleurant, il l’embrasse alors sur le front et, avec un dernier regard vers le cercueil, il s’en va à la voiture.Haley tenait dans ses mains une photo de Jessica. Ses larmes tombaient sur le papier cartonné, mais elle ne faisait rien pour les arrêter. Se laissant aller à son chagrin, elle repensa à tous ces moments passés dans la joie, dans la bonne humeur, à l’époque où ils étaient encore une famille. Nathan, elle et Jessica. Jessica… sa toute petite fille… était… partie… partie à jamais… Elle ne sourirait plus jamais, plus jamais elle ne rigolerait… Tout à coup, Haley se mit à trembler. Le cadre, tenu et retenu dans ses mains depuis la mort de sa fille, tomba par terre. Une vision s’imposa brusquement dans son esprit ; elle vit comme si elle y était le corps de sa fille étendu dans ce cercueil. Si paisible dans la mort…
Elle se traîna littéralement jusqu’à la salle de bains. Pliée au dessus du lavabo, elle vomit.
Le téléphone retentit. Oh non ! Pas Nathan… Deux mois étaient passés depuis l’accident, mais elle n’osait pas lui parler, elle n’ouvrait pas la bouche, restant murée dans son silence. Sa peine, elle voulait la garder pour elle, pour ne pas effrayer Nathan, pour ne pas lui montrer qu’elle était faible…
Au bout de la quatrième sonnerie, elle décrocha. La voix inquiète de sa meilleure amie résonna dans le combiné.
Peyton : Comment vas-tu, ma chérie ?
Haley : Je fais ce que je peux.
Peyton : Viens donc à la maison ce soir ; tu pourrais dormir ici ?
Comme c’était tentant, tellement tentant… Mais, elle n’était plus une enfant, elle était une femme, et elle devait résister.
Haley : Merci, Pey, ça ira.
Peyton : Tu es sûre ?
Pas vraiment.Haley : Ça ira, je t’assure. Ne t’inquiète pas.
Elle raccrocha, ramassa le cadre et le reposa sur la commode du salon, puis elle marcha d’un pas lent jusqu’à sa chambre. Cette nuit, elle n’avait pas dormi, elle n’avait fait que pleurer. Le jour venait juste de se lever, il était 9h, Nathan était parti travailler depuis à peine une heure, mais elle n’avait qu’une envie : dormir. Dormir pour évacuer toutes ses pensées. Dormir pour oublier.
Deux heures de sommeil. Pas une minute de plus. Haley avait dormi profondément jusqu’à 11h, puis elle s’était réveillée et n’avait plus pu fermer l’œil. Elle se sentait ravagée.
Elle se regarda attentivement dans le miroir. Les doigts tremblants, elle se cramponna au rebord du lavabo. Elle ferma les yeux et prit une profonde inspiration. Inspire – Expire – Inspire – Expire – Inspire – Expire – Ça allait un petit peu mieux. La respiration du petit chien…
La respiration du petit chien… Ses mains se figèrent. Tout à coup, les murs de la chambre d’hôpital surgirent… éclaboussés de sang. Des tâches rouges… partout.
« Reprends le contrôle, Haley ! Ne joue pas à ce jeu ! Reprends le contrôle ! Tout de suite ! »
Elle cilla, reposa les deux mains sur le lavabo et pencha la tête. Après plusieurs inspirations profondes, elle parvint à se redresser. Elle devait rester forte. Forte. Forte. Forte. Peut-être qu’à force de répéter ce mot, elle pourrait enfin reprendre goût à la vie.Le lendemain, elle réussit à s’habiller et à manger une tartine au petit déjeuner. C’était la première fois, depuis deux mois qu’elle parvenait à grignoter quelque chose le matin. Avec ces nausées…
Poussant la porte de son bureau, elle eut la surprise d’y voir Peyton, assise tranquillement sur le canapé. Visiblement, sa meilleure amie l’attendait.
Haley : Pey !
Peyton : Bonjour, chérie. Comment tu te sens aujourd’hui ?
Haley : Mal, comme tous les autres jours depuis deux mois.
Peyton : Hales ! Tu dois te reprendre ! Tu ne vas pas te morfondre éternellement… Pense à toi, à ta vie… à Nathan.
Haley : Je… je ne peux pas, Pey.
Peyton : J’ai parlé avec ton patron. Il t’accorde six mois de congé sabbatique. Il s’agit d’un repos total. Pour te rétablir.
Haley, ouvrant de grands yeux : Six mois ! Il veut me mettre à la porte ?
Peyton : Bien sûr que non ! Tu es une super avocate, particulièrement appréciable et appréciée. Toutefois, il pense qu’avec ce que tu viens de traverser, il faut que tu te reposes, que tu te ménages.
Les pensées de Haley se bousculaient dans sa tête, les mots refusaient de sortir.
Peyton : Plus j’y pense, Hales, et plus j’aime l’idée de ton patron. Tu as besoin de changer d’air, de rencontrer de nouvelles têtes. De te créer un nouveau rythme, ou de ne pas en avoir du tout. Ça ne peut que te faire du bien d’être en vacances !
Haley : Peut-être.
Peyton : De toute façon, tu n’as pas le choix, c’est un ordre de ton patron.
Haley : Il a peut-être raison, je vais changer d’air, je vais rencontrer de nouvelles têtes, m’éloigner de tout ça, m’éloigner d’ici…
Peyton, inquiète : Qu’est-ce que tu entends par « m’éloigner d’ici » ?
Haley : Pey, je crois que je vais partir, partir quelques temps.
Peyton : Oui, c’est une bonne idée. Nathan et toi devriez faire quelque chose que vous aimiez tous les deux, prendre une semaine ou deux de vacances en amoureux.
Haley, se pinçant la lèvre : Non… je vais partir. Moi.
Peyton, interloquée : Tu veux dire que… que tu pars sans Nathan ?
Haley, hochant la tête : Oui, je crois que j’ai besoin de m’éloigner de cette ville, de tous ces souvenirs, de lui.
Peyton : Mais, enfin, Hales… tu ne peux pas envisager de quitter Nathan…
Haley : Le quitter ? Jamais. Je l’aime. Mais, m’éloigner quelques temps, oui. Toi-même, tu l’as dit, ça ne peut que me faire du bien.
Peyton : Je parlais de te retrouver en tête à tête avec ton mari et pas seule je ne sais où !
Haley : Tout cela est inutile, Peyton. J’ai pris ma décision, je vais partir.
Peyton : Si c’est ce que tu veux réellement…
Haley : Oui, j’en suis sûre. Je dois partir, au moins quelques temps. Un mois, peut-être plus, je ne sais pas.
Peyton : Si tu es sûre de toi, alors, je te soutiendrai, ma chérie. Comme toujours.
Haley, émue : Merci, Pey. Ton soutien m’est important.
Peyton, dont le regard s’était illuminé : Où vas-tu aller ?
Haley, dubitative : Hum…
Peyton : Pourquoi pas à Los Angeles ?
Haley : Oui, c’est vrai que ça fait très longtemps que je ne l’ai pas vu. C’est une bonne idée.
Peyton, avec un sourire : Au moins, je saurai où tu es, et je sais que tu seras en sécurité, là-bas.
Haley, souriant faiblement : Oui, ces vacances sont une bonne idée.Le lendemain, Haley s’asseyait dans l’avion, direction la Californie. Dans moins de trois heures, elle arriverait à destination. Elle espérait ne pas avoir de nausées dans l’avion parce que c’était des plus désagréables, mais pour son plus grand bonheur, cela n’arriva pas. Comme prévu, elle arriva à l’heure au Los Angeles International Airport. Après avoir pris un taxi, elle se mit à penser à Nathan. Elle lui avait expliqué hier soir, à table pourquoi il lui était si important de partir. Même si il avait paru en colère et triste, il avait dit qu’il comprenait et elle était partie. Ce matin, elle lui avait tout de même laissé une lettre.
« Nate,
Depuis la mort de Jessica, tout est différent entre nous. Je sais que j’y suis pour beaucoup, je me mure dans mon silence, et pour toi, ça ne doit pas être facile, mais ça ne l’est pas non plus pour moi. J’ai si mal… Jessie me manque tellement, je la revois, j’en viens même à faire des cauchemars. A New York, tout me rappelle notre fille ; chaque bruit, chaque pièce, chaque voix, me rappelle qu’elle est partie, qu’elle est morte et que je ne la reverrais plus jamais… Je sais que je n’y suis pour rien, que toi non plus tu n’y es pour rien, c’est le destin… Un destin si tragique pour elle, et pour nous… Je dois partir d’ici, me reposer loin de tout ça, loin de tous les souvenirs qui me rappellent Jessica, loin de toi. Lorsque je te regarde, c’est elle que je vois : ses yeux, son sourire, son visage, sa voix… Tu lui ressembles tellement que je ne parviens même plus à te regarder. Je suis désolée, Nate… J’espère que tu comprendras mon choix, je dois le faire pour moi, pour toi, pour nous. Notre couple est fort, et je suis sûre qu’il surmontera cette épreuve. Mais, pour en avoir la force, je dois m’éloigner de tout. Je pars à Los Angeles, s’il te plaît, ne m’appelle pas. C’est moi qui le ferai… lorsque… lorsque je serai prête…
Je t’aime,
Haley. »
Ça ne lui avait pas été facile de se livrer ainsi, depuis des mois qu’elle n’avait pas parlé à Nathan, et voilà qu’elle lui dévoilait tous ses sentiments, tout ce qu’elle ressentait au plus profond de son cœur. Mais, elle devait lui expliquer les raisons de son choix, qu’il ne pense pas qu’elle partait pour toujours, qu’elle voulait divorcer. Ce n’était pas le cas. C’était son mari, et elle l’aimait plus que tout. Seulement, elle avait besoin de temps, de temps pour apprendre à revivre, à oublier…Elle arriva enfin devant une grande maison, blanche, entourée de nombreux arbres et fleurs. Un portail en fer forgé noir la séparait de la rue, peu passante et calme. Les fenêtres étaient toutes ouvertes, laissant apercevoir quelques pièces de cette immense bâtisse. Un balcon au premier étage surplombait une piscine creusée, entourée d’une pelouse verdoyante. Haley était perplexe. Leur amie ne leur avait jamais dit qu’elle était si… enfin si… si riche. Haley savait qu’elle était une styliste renommée à Beverly Hills, que ses créations se vendaient dans le monde entier et que son mari était quant à lui ingénieur aéronautique.
Haley espérait que cela ne les embêtait pas qu’elle vienne séjourner chez eux pendant quelques temps. Au téléphone, elle lui avait dit que non, qu’elle serait ravie de l’accueillir chez elle le temps qu’elle se remette de cette terrible tragédie.
Appuyant un léger coup sur la sonnette, Haley attendit patiemment que quelqu’un vienne lui ouvrir. Elle avait tellement hâte de la revoir, de la serrer dans ses bras.
Haley, souriant : Oh mon Dieu ! Je suis si heureuse de te revoir ! Viens là…
Les deux jeunes femmes se serrèrent dans les bras, en souriant.
Femme : Tu m’as tellement manqué, Hales…
Haley : Toi aussi, Brooke.
Brooke : Viens, entre. Je vais te présenter.
Haley avait déjà rencontré le mari de son amie étant donné qu’ils étaient au lycée tous ensemble, mais jamais, elle n’avait vu ses enfants. Deux. Ils étaient deux. Un garçon et une fille, d’après Peyton.
Brooke, s’adressant à l’homme qui les attendait à l’entrée de la maison : Haley, tu te souviens de Chase, n’est-ce pas ? Chéri, c’est Haley.
Chase, souriant : Ça me fait plaisir de te revoir, Haley.
Haley, lui rendant son sourire : Moi aussi, Chase.
Brooke : Suis-moi, je vais te faire visiter la maison. Ne t’inquiète pas, elle est très grande, mais tu t’y feras vite, crois-moi.
Haley rigola. Enfin, de dit-elle. Depuis combien de temps n’avait-elle pas rit ? Sûrement deux mois…
Brooke lui présenta toutes les pièces de la maison, c’est-à-dire une bonne quinzaine réparties sur 3 étages. Leur maison était tellement grande que Haley ne savait pas où regarder. Il y avait un grand salon, une salle de réception, six chambres, plusieurs salles de bains, une grande terrasse qui donnait sur la piscine creusée. Haley s’était vue attribuée la plus grande chambre d’amis qui se trouvait au troisième étage, sur toute la longueur de l’étage. Pendant son tour du propriétaire, elle n’avait pas encore vu les enfants de Brooke, et d’ailleurs, elle angoissait un peu à l’idée de les rencontrer. N’allait-elle pas éclater en sanglots lorsqu’ils leur souriraient du sourire le plus adorable de tous les enfants ? Ne lui rappelleraient-ils pas sa fille disparue ?
Finalement, tout se passait très bien. Haley, Brooke et Chase étaient en train de boire un thé glacé sur la terrasse lorsque la rencontre se produisit.
Une jeune femme d’environ vingt ans s’approcha d’eux en souriant. Elle tenait, serré contre son cœur un enfant d’environ un ou deux ans. Et elle tirait de sa main libre un deuxième petit un peu plus âgé.
Brooke se leva, et lui prit l’enfant des bras.
Brooke, souriant à Haley : Je vois qu’ils sont réveillés. Haley, je te présente Enzo, qui a 4 ans et Katie qui a dix-huit mois.
Haley, béate : Salut, les enfants.
Elle sourit à la fillette, qui le lui rendit avec un immense sourire. Haley s’attendait à verser une larme, mais rien ne vint. Soulagée, elle prit la petite que lui tendait son amie et commença à la bercer doucement.
Brooke regardait son mari en souriant, comprenant que Haley venait de franchir une étape puisqu’elle parvenait à tenir un enfant sans se mettre à pleurer.
Le soir-même, lorsque les enfants furent couchés, Brooke emmena Haley se promener dans les rues de Beverly Hills, comme au bon vieux temps, se dit-elle. Que Brooke lui avait manqué ! Elles ne s’étaient pas revues depuis plus de quatre ans, mais à présent, Haley se disait que c’était beaucoup trop long. N’avait-elle pas si souvent espéré venir lui rendre visite pendant les vacances ? Mais, toujours, elle repoussait son voyage à cause de Jessica… Jessica… Jessica… Non, elle s’aventurait sur un sentier beaucoup trop instable pour l’instant. Alors, elle tenta de se concentrer sur la rue qu’elle venait d’emprunter, une jolie rue calme, bordée de chaque côté par d’immenses maisons toutes aussi gigantesques et belles que celle de Brooke et Chase. De grandes bâtisses tantôt blanches, tantôt rouges. Rouges… Rouges… Ce fut comme si Haley voyageait à une vitesse sidérale à travers l’espace, à travers le temps. Et soudain, elle se trouva dans cette chambre, regardant, horrifiée, le mur blanc éclaboussé de sang ! Debout, dans l’embrassure de la porte… Le mur… Le sang…
Elle suffoqua.
Haley, murmurant : Non…
Figée, elle n’osait pas regarder sur la gauche, car elle savait ce qu’elle verrait. Elle savait cette fois-ci que sa fille était étendue là, sur ce lit blanc.
Haley : Non, non, non…
Cela devenait une litanie. Aucun autre mot ne pouvait exprimer le refus de l’horreur qu’elle ressentait.
Elle se mit à sangloter.
Haley : Il faut l’aider… Je vous en supplie… Je l’ai perdue. C’est ma fille et… je… l’ai…perdue…
De très, très loin, une voix lui parvint. Son nom. Quelqu’un prononçait son nom. Elle se débattit, frappa.
Brooke : Reviens à toi, Hales. Reviens. Regarde-moi. C’est moi, Brooke.
Haley cilla. Elle ouvrit et ferma les yeux plusieurs fois, lentement. Puis son regard se posa sur Brooke, debout à côté d’elle, dans la rue déserte.
Brooke : Eh bien… tu reviens de loin, Hales. Prends ton temps et dis-moi ce qui se passe.
Elle balaya la rue du regard. Son cœur s’accéléra. Elle frissonna tandis que des lambeaux de cauchemar s’accrochaient encore à sa conscience.
Haley, tout à fait rétablie : J’ai eu… une espère de flash-back angoissant.
Elle s’éloigna de Brooke et se mit à arpenter la rue en se tordant les mains.
Ce n’était pas possible, bon sang ! Cinq mille kilomètres n’avaient donc pas empêché les souvenirs de la rattraper. Elle qui avait cru pouvoir leur échapper en partant de New York… Elle s’était bien trompée.
Elle se retourna vers son amie, qui semblait inquiète.
Haley : Ça va aller.
Brooke, soucieuse : Tu es sûre, Hales ?
Haley : Oui, ne t’inquiète pas. Ça ira mieux quand je me serai habituée au climat de la Californie.
Elle tenta d’esquisser un sourire, mais en vain. Ces terribles images revenaient encore la hanter. Mon Dieu, que pouvait-elle faire pour que cela cesse définitivement ?
Brooke tenait un verre d’eau dans ses mains lorsqu’elle entendit des bruits provenant du troisième étage. Se dirigeant vers l’escalier, elle se demanda si Haley avait fermé la porte à clé. Arrivée devant la porte de la chambre de son amie, elle resta immobile plusieurs secondes, guettant un bruit. C’est alors qu’elle entendit des sanglots. Des sanglots à vous déchirer le cœur, ponctués de paroles incompréhensibles.
Brooke poussa la porte et entra. Elle alluma la lampe de chevet et s’assit sur le rebord du lit. Comment la sortir de ce cauchemar ? Haley avait les yeux clos, le front perlé de sueur ; son visage baigné de larmes roulait de droite à gauche sur l’oreiller.
Haley, gémissant : Y a… trop de sang !
Puis sa voix se mua en un long cri. Une seule note, perçante, épouvantée.
Brooke prit sa main glacée dans la sienne, et la caressa doucement.
Brooke : Haley, réveille-toi. Allez, c’est fini.
Haley, criant : A l’aide !
Lui tenant le visage entre ses deux mains, Brooke se mit à lui tapoter la joue.
Brooke : Réveille-toi, Hales. C’est Brooke. Tu es avec moi, tout va bien. Ce n’est qu’un rêve, ma chérie, un mauvais rêve.
Elle répéta ces mots encore et encore, jusqu’à ce que Haley cesse de se débattre, jusqu’à ce qu’elle paraisse s’apaiser, même si sa respiration demeurait oppressée, laborieuse, comme si elle avait du mal à retrouver son souffle. Au bout d’un long moment, une petite voix s’éleva, faible.
Haley : Brooke ?
Brooke : Je suis là, Hales. Je suis là.
C’est alors seulement que Haley ouvrit les yeux. Des yeux encore plus grands, encore plus profonds que d’habitude. Brooke continua de lui caresser la main, de lui murmurer des paroles apaisantes, tandis qu’elle balayait lentement l’espace du regard. Puis elle plissa le front.
Haley : Que s’est-il passé ?
Brooke : Disons que tu viens d’avoir un mauvais rêve. Tu ne te souviens de rien ?
Haley blêmit. Puis elle se redressa soudain, remontant les oreillers derrière elle et prit une profonde inspiration en plongeant son regard dans celui de Brooke.
Haley : Un mauvais rêve ? N’était-ce pas plutôt un nouveau flash-back, cette fois-ci pendant que je dormais ?
Brooke : Tu ne te souviens de rien ?
Haley plissa les yeux.
Haley : C’est vraiment bizarre. Je ne me rappelle pas du tout les détails ; il ne me reste qu’un sentiment de peur. D’impuissance. De culpabilité. Exactement ce que j’ai ressenti lorsque le médecin nous a appris que… que Jessica était… qu’elle était morte.
Sur ces mots, elle enfouit la tête dans ses mains, comme pour cacher son désespoir. Brooke l’attira contre elle et l’étreignit.
Haley : C’est terrible ces flash-back. J’ai l’impression de revivre la scène, exactement comme c’était, dans les moindres détails. Je refais les mêmes pas, je revois tout et je ressens les mêmes émotions. Cette horreur ne cessera-t-elle donc jamais ?
Brooke, murmurant : Cela fait à peine deux mois, Hales. Il te faudra du temps, beaucoup de temps.
Haley : Tu as peut-être raison. Il faut que j’arrive à dépasser tout ça, pour aller de l’avant et recouvrer ma vie normale.
Brooke : Du temps. C’est tout. Il te faut du temps. Tu dois t’accorder du temps pour oublier, pour cicatriser.
Haley : Je sais, mais c’est si dur…
Brooke : Je sais, ma chérie, je sais. Mais je suis là, moi. Et je vais t’aider.
Haley : Merci, Brooke. Tu as toujours su trouver les mots qu’il faut. Depuis le lycée, déjà.
Brooke, avec un sourire : Et oui. C’est ce qui fait mon charme. Allez, je vais te laisser te rendormir.
Haley : Oui, merci.
Lorsque Brooke sortit de la pièce, Haley se recoucha lentement.
Elle tremblait encore de tous ses membres, transpirait à grosses gouttes. Une main sur le cœur, elle crut qu’il ne retrouverait jamais un rythme normal tant il battait fort. Elle regarda autour d’elle, haletante.
Elle prit une profonde inspiration. Puis une autre. Les larmes tombaient librement sur sa chemise de nuit. Elle ferma les yeux.
Une seule personne pouvait être tenue responsable de la mort de Jessica. Et cette personne était Haley. Si elle pensait échapper aux représailles en s’enfuyant à des milliers de kilomètres, elle se trompait lourdement. Ce cauchemar ne la lâcherait jamais ; il ne lui restait plus qu’à apprendre à vivre avec.
Le lendemain matin, bien que secouée par ce rêve affreux, Haley prit une douche et s’arma d’un sourire, avant de se rendre dans la cuisine. Heureusement, c’était lundi, et Brooke et Chase étaient partis travailler, tout comme Enzo et Katie qui étaient à la crèche pour la journée. Elle serait donc seule tout le jour, dans cette immense maison.
Après avoir pris son petit déjeuner, elle s’installa confortablement sur le canapé en face de la grande baie vitrée.
Un soleil immense illuminait la pièce. Au loin, on distinguait la plage avec la mer. Sur la gauche, se dressait un imposant bâtiment que Brooke lui avait présenté comme la mairie. Faite de briques rouges et blanches, elle était vraiment jolie. Rouge… Rouge comme le sang… Rouge… Non ! Non ! Une chambre blanche, un lit, le médecin… Soudain, une voix familière lui parla :
- Mr et Mme Scott, je suis désolé…Non !
- Votre fille a développé un hématome de la protubérance, c’est-à-dire une paralysie du cerveau. Son cœur s’est arrêté de battre. Je suis désolé, elle… elle ne se réveillera plus…Non !
- Je suis désolé… j’aurais aimé la sauver, mais c’était sans espoir…Son cri se répercuta dans l’infini jusqu’à…
Elle ouvrit tout grand les yeux, sortant de son affreux flash-back.
Ses mains tremblaient, son corps tout entier frissonnait. Les larmes coulaient le long de ses joues, dans son cou, mouillant ses vêtements.
Quand ne serait-elle plus hantée par la mort de Jessica ? Ses démons la poursuivaient. Peut-être ne disparaîtraient-ils jamais ? Peut-être allait-elle devoir s’habituer à ne plus jamais être heureuse, enthousiaste, et renoncer à son couple…
Appeler Nathan ? Impossible. Pour le moment, elle avait encore trop de problèmes à régler. En outre, ce serait une grosse erreur ; Nathan débordait tellement d’amour et de soutien à son égard qu’il l’empêcherait de combattre ses cauchemars. Pourquoi alors n’était-elle pas plus heureuse d’avoir pris cette décision ?
Brooke avait fini par convaincre Haley d’aller consulter un médecin pour ses nausées. Depuis son arrivée à Los Angeles, elles ne s’étaient pas arrêtées, redoublant même. Ça et les flash-back, commençaient à lui mettre la tête à l’envers.
Haley se trouvait donc à présent devant l’hôpital de Beverly Hills, un grand bâtiment de briques blanches, et aussi effrayant et sombre que tous ceux de son espèce.
Marmonnant un juron entre ses dents, elle essuya ses mains moites sur son pantalon. Combien de fois allait-elle devoir refaire ce geste avant la fin de la matinée ? se demanda-t-elle. Elle pivota vers l’entrée et se força à avancer.
Haley suivit la route, tourna à droite et poussa la porte qui menait à la salle d’attente. Ses mains humides, glissèrent sur la poignée, et elle dut s’y reprendre à deux fois pour ouvrir la porte. Sur le seuil, elle prit une profonde inspiration et balaya l’espace du regard, lentement, méthodiquement.
La pièce était accueillante, meublée de façon confortable. Différents espaces, où l’on pouvait s’asseoir sur des fauteuils et des divans, étaient séparés les uns des autres par de luxuriantes plantes vertes, créant une impression d’intimité. Sur des tables basses se trouvaient des piles de magazines variés, et, encastré dans le mur du fond, un gigantesque aquarium abritait toute une variété de poissons exotiques, tous plus colorés les uns que les autres.
Les murs étaient blancs… blancs comme dans la chambre de Jessica… blanc comme le lit de sa fille…
Elle ferma les yeux et se concentra sur sa respiration, inspirant profondément puis relâchant son souffle lentement, avant de pénétrer dans la pièce et de se diriger vers la réceptionniste.
Haley, d’une voix faible : Je suis Haley Scott. J’ai rendez-vous avec le docteur Jenkins.
Femme, souriante : Il est avec un patient en ce moment. Asseyez-vous, je vous appellerai lorsqu’il aura terminé.
Haley : Merci.
Elle se dirigea vers les toilettes pour s’asperger le visage d’eau fraîche. Penchant la tête en avant, elle respira profondément. Elle inspira et expira ainsi plusieurs fois, lentement. Parfait. Tout allait bien. Elle allait pouvoir attendre son rendez-vous calmement. La mort de Jessica ne viendrait plus la hanter, désormais. C’était fini.
Elle releva la tête, impatiente d’appeler Peyton pour le lui annoncer, et s’arrêta net.
Impossible ! C’était impossible ! Les murs étaient de nouveau éclaboussés de sang !
Haley, murmurant : Non !... Non… Non ! Je n’en peux plus !
Des taches rouges éclaboussaient les murs, des murs blancs… Des taches rouges, partout. Et sur le lit… Elle laissa échapper un long gémissement.
Haley, murmurant : Non… Ce n’est pas possible, mon Dieu… Je ne peux pas revivre ça. A moins que… à moins que… c’était ma faute ? C’était vraiment ma faute ? C’est cela ?
Elle ferma les yeux, le visage ruisselant de larmes, qu’elle ne faisait rien pour retenir ; le cœur en lambeaux, prêt à se déchirer en mille morceaux. Elle se tenait là, là où son cauchemar avait commencé. Dans cette chambre d’hôpital. Elle le savait depuis le début. Au bout du compte, elle était bien la seule responsable de ce qui était arrivé à Jessica. C’était sa faute à elle. A elle et à personne d’autre.
Elle avait peine à respirer. Elle était incapable de bouger, incapable de penser à rien d’autre, à personne d’autre que Jessica. Peu à peu, dans son esprit embrumé, des mots de formèrent, entêtant, revenant sans cesse et ses lèvres se mirent à les prononcer, comme un mantra.
Haley : Tout est ma faute… tout est ma faute.
Jusqu’à ce qu’une autre voix vienne s’y rejoindre, comme un duo, une petite voix d’enfant. La voix d’une fillette qu’elle aimait plus que tout au monde. Sa fille. Jessica, sa Jessica.
Haley : Non !
Lâchant le lavabo, elle battit l’air de ses poings, comme pour repousser un ennemi invisible.
Haley : Non ! Je peux arrêter tout cela !
Elle pivota sur elle-même, fouillant son reflet dans le miroir, et peu à peu, dans sa confusion, l’image de Jessica lui apparut, vaporeuse, indistincte et pourtant bien réelle.
Jessica : Non, maman ! Ce n’était pas ta faute ! Papa a essayé de te le dire, tu ne l’as pas écouté, pourtant il avait raison ! Tu ne peux pas tout contrôler, maman. Un accident, ça s’appelle « un accident » justement parce que ce n’est la faute de personne. Et certainement pas la tienne ! Tu m’aimais tellement, je le sais. Tu n’aurais jamais pu faire quoi que ce soit pour me faire du mal, tu le sais et moi aussi. Tu dois oublier, cesser de penser que tu es responsable de ce qui est arrivé… Je suis heureuse où je suis, maman, je suis bien. Juste au paradis.
Haley cilla, essuya ses larmes du revers de la main et balaya la pièce du regard. Les murs étaient propres, d’un blanc apaisant. Elle était seule.De retour dans la salle d’attente, Haley se sentait bien. Apaisée. Soulagée d’un poids. Paisible.
Infirmière : Madame, le médecin va vous recevoir. Suivez-moi.
Elle lui indique une porte, entrouverte et lui fit un sourire encourageant.
Haley entra, regardant autour d’elle. Voyant l’homme en blouse blanche, elle eut un sursaut, attendant la crise d’angoisse qui allait suivre, mais rien ne vint. Aucun flash-back, aucune tache. Tout était bien.
Docteur, avec un sourire : Bonjour, Mme Scott.
Haley, s’asseyant : Bonjour.
Docteur : Alors, dites-moi tout. Que vous arrive-t-il ?
Haley : Voilà, j’ai des nausées depuis bientôt trois mois. Violentes, et quotidiennes. Je ne sais plus quoi faire.
Docteur : Y a-t-il une possibilité pour que vous soyez enceinte ?
Haley, surprise : Enceinte ? Non.
Docteur : Pourquoi en êtes-vous si convaincue ?
Haley : Je… enfin… je suis séparée de mon mari depuis un mois.
Docteur : Et ?
Haley : Et… je… je ne peux pas être enceinte.
Docteur : Bien, alors je vais vous faire quelques analyses.
Haley : Très bien.
Quelques minutes plus tard, Haley était de retour sur la chaise, devant le bureau du médecin.
Haley : Alors, docteur, qu’est-ce qui m’arrive ?
Docteur : Haley, je ne vais pas y aller par quatre chemins.
Haley : C’est grave ?
Docteur : Non, enfin, pas vraiment. Ça dépend.
Haley : C’est mauvais signe, ça.
Docteur : Non, c’est juste que c’est une bonne nouvelle.
Haley : Allez-y, parlez.
Docteur : Vous êtes enceinte, Haley.
Haley : Quoi ?
Docteur : Oui, de 12 semaines. Félicitations.
Haley : …
Docteur : Je vais vous faire une échographie. Venez.
Haley : …
Sans voix, elle le suivit jusqu’au lit placé derrière le rideau du cabinet.
Enceinte ? Elle était enceinte ? Elle allait avoir un bébé ? Comment cela était-il possible ? Nathan ne l’avait pas touchée depuis au moins trois mois… Oh… à part ce soir-là, le soir de leur anniversaire de mariage… Oh non, qu’allait-elle faire ?
Docteur, lui désignant une forme sur l’écran : Regardez, Haley. C’est votre bébé.
Tout à coup, le médecin se figea. Il scrutait l’écran, attentivement, sans un bruit.
Docteur : Haley ?
Haley, retrouvant sa voix : Il y a un problème ?
Docteur : Non. Ils vont bien.
Haley : « Ils » ?
Docteur : Oui. Ce sont des jumeaux.
Haley, rejetant la tête en arrière : Oh mon Dieu ! Des jumeaux !
Docteur : Je suis content de voir que votre réaction a changé depuis tout à l’heure.
Haley, redevenant sérieuse : Je… vous devez savoir que j’ai vécu une période difficile… très difficile…
Docteur, l’encourageant à se confier : Comment ça ?
Haley, d’une voix triste : Il y a un peu plus de deux mois, j’ai perdu ma fille. Elle… elle s’appelait Jessica, elle avait 5 ans. Ça a été une période très pénible pour moi, et pour mon mari. Je me renfermais, je m’éloignais de lui. J’en faisais même des cauchemars la nuit, et la journée, je revivais ce moment dans ma tête. Alors, j’ai décidé de m’éloigner de New York quelques temps, pour y voir plus clair. Et j’ai débarqué ici, à Beverly Hills chez une de mes amies. Je dois dire qu’au départ, ça n’a rien changé, je faisais toujours autant de cauchemars, j’avais toujours autant de flash-back dans la journée. Et puis, tout à l’heure, j’ai enfin compris que je n’étais en rien responsable dans ce qui était arrivé à Jessie. Ce n’était pas ma faute, c’était un accident. Depuis, aucun flash-back, aucune pensée négative. Je me sens soulagée d’un énorme poids, apaisée, paisible. Je crois que ma conscience commence à cicatriser.
Docteur, voyant qu’elle avait besoin de se confier : Oui, c’est bien. Que comptez-vous faire à propos des bébés ? Allez-vous en parler au père ?
Haley, le regard dans le vague : Je… non, je ne pense pas. J’ai honte. J’ai tellement honte de ma conduite, d’avoir reporté la faute sur Nathan, de l’avoir éloigné de ma douleur, alors qu’on partageait la même. On aurait dû traverser cette épreuve ensemble, en couple, mais je n’ai pas pu, c’était trop dur. Je… je ne sais pas s’il pourra me pardonner un jour. J’ai peur de sa réaction concernant les bébés.
Docteur : C’est vous qui voyez, Haley.
Haley, se rhabillant : En tout cas, merci de m’avoir incité à me confier, ça m’a fait du bien d’en parler. Je vous remercie, Dr Jenkins.
Docteur : Mais, de rien, Haley. Au revoir.
Haley sortit du cabinet, en souriant. Elle était enceinte, elle allait avoir des jumeaux. Deux bébés, que du bonheur. Qu’en penserait Nathan ? Lui en voudrait-il de lui avoir caché ? De s’être éloigné de lui ? De ne pas avoir partagé sa douleur ? De s’être renfermée dans son chagrin ? Non, elle ne lui dirait rien. En tout cas, pas tout de suite. Laisser faire le temps, comme disait Brooke. Plus tard. Oui, elle l’appellerait plus tard.
Pourquoi diable voulait-elle le voir ?
Telle était la question qui obsédait Nathan tandis qu’il sortait de l’aéroport, à la recherche de sa voiture de location. Cela faisait plus de cinq mois que Haley ne lui avait pas donné signe de vie, et voilà qu’elle lui écrivait une lettre…
Pas vraiment une lettre, juste un message sur son répondeur. Elle avait choisi un moment où il travaillait pour l’appeler, et Nathan était certain qu’elle l’avait fait exprès.
« Il faut que nous parlions. Rejoins-moi à Beverly Hills », avait-elle dit. Mais qu’avait-elle à lui dire ? Elle lui avait fait clairement comprendre qu’elle ne voulait plus le voir lorsqu’elle avait quitté New York six mois plus tôt, lui interdisant de l’appeler en lui disant qu’elle le ferait dès qu’elle sera rétablie.
Que voulait-elle lui dire ? Qu’elle était enfin rétablie et qu’elle souhaitait revenir à New York ? Ou bien qu’elle voulait divorcer ? Dans ce cas-là, pourquoi ne lui avait-elle pas annoncé au téléphone ?
Nathan était encore fou amoureux de sa femme, mais celle-ci semblait l’ignorer. Elle s’obstinait à rester loin de lui, à Los Angeles, alors que leur fille était enterrée à New York.
Trouvant enfin sa voiture, il s’engouffra à l’intérieur et prit la route de la maison de Brooke et Chase.
Quelques minutes plus tard, il se trouvait devant cette imposante demeure. Grande, majestueuse et surtout très chère. Mais Brooke avait de l’argent, il le savait. Elle avait toujours été ambitieuse déjà au lycée, alors après qu’elle ait réussi dans le monde de la mode, aucun doute qu’elle était à l’abri du besoin pendant au moins une bonne dizaine d’années.
A grands pas, il se dirigea vers l’étrange maison. Comme il en approchait, il vit une femme en sortir. Instantanément, les battements de son cœur s’accélérèrent. Puis, il s’aperçut que ce n’était pas Haley, mais Brooke. Le visage de celle-ci se figea lorsqu’elle le reconnut.
Nathan : Bonjour, Brooke.Brooke, surprise : Nathan. Que fais-tu ici ?
Nathan : Haley ne t’a pas prévenue ? Elle m’a demandé de venir. Elle voulait me parler.
Brooke : Non, je ne suis pas au courant.
Nathan, qui commençait à s’impatienter : Est-ce qu’elle est là ?
Brooke : Attends une minute, je vais la chercher.
Sur ces mots, elle se détourna et referma le portail en fer forgé. Pendant quelques instants, elle s’entretint avec quelqu’un avant de lui faire un hochement de tête pour qu’il entre.
Brooke : Est-ce que tu veux que je reste ?
Voix, que Nathan reconnut tout de suite : Non, ça ira, merci.
Brooke hocha la tête et s’éloigna en direction du jardin.
Le portail s’écarta enfin, révélant le visage de Haley.
En la voyant enfin, après six longs mois de séparation, Nathan sentit son cœur se serrer dans sa poitrine. Au cours de ces derniers mois, il avait presque oublié à quel point son sourire était ravageur, comment elle se tenait, comme était belle. Il se rappela alors tout ce qu’il avait éprouvé durant leurs longues nuits depuis qu’ils étaient mariés et fut parcouru d’un léger frisson. Puis, son regard glissa vers ce corps qu’il avait étreint avec tant de passion depuis bientôt six ans et il se figea brusquement.
Nathan comprit soudain pourquoi elle voulait lui parler, et pourquoi elle ne l’avait pas fait au téléphone.
Haley était enceinte. Elle allait mettre au monde leur enfant.Comment avait-elle pu penser qu’elle serait un jour capable de regarder Nathan dans les yeux ?
Figé sur le seuil du portail, il lui paraissait bien plus beau et élégant que six mois plus tôt. Ses traits parfaitement découpés, ses pommettes hautes, son nez si bien dessiné, ce charme qui émanait de lui, sa beauté, sa virilité. Il ressemblait tant à Jessica…
Haley, incapable de trouver la moindre phrase plus convaincante : Salut.
Il ne répondit pas, se contentant de fixer d’un air ahuri son ventre proéminent.
Nathan, abasourdi : Tu es enceinte ?
Haley : Oui.
Elle voulut se forcer à sourire, mais elle était bien trop tendue pour y parvenir. Nathan releva enfin les yeux et elle ne put réprimer un léger frisson.
Nathan, toujours aussi surpris : Pourquoi ne me l’as-tu pas dit ?
Haley : Je ne savais pas… pas comment te le dire…
Nathan, toujours ahuri : Tu aurais dû me le dire !
Haley détourna son regard du sien. Elle savait pertinemment qu’elle aurait dû l’appeler le jour même où le médecin lui avait annoncé sa grossesse. Mais elle avait eu tellement peur de sa réaction, elle avait tellement honte de sa conduite, qu’elle n’avait pas osé.
En le revoyant, elle comprit qu’elle était toujours folle amoureuse de son mari. Mais, trop fière pour l’admettre, elle continua de le fixer sans mot dire.
Nathan : A combien de mois en es-tu ?
Haley : Huit mois et demi.
Nathan : Waouh !
Haley, avec un faible sourire : Dis que je suis grosse.
Nathan : Bien sûr que non, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire.
Haley, tendant la main vers lui : Je sais.
Elle allait lui effleurer la joue, lorsqu’elle se rappela qu’ils n’étaient plus réellement un couple. Ses doigts se figèrent à quelques centimètres de sa joue.
Haley, la retirant vivement : En fait… j’ai quelque chose à te dire.
Nathan : Quelque chose au sujet du bébé ?
Haley : Oui. Nathan, je… je vais avoir des jumeaux.
Nathan restait figé sur place en la contemplant en silence.
Nathan, enfin : Tu en es sûre ?
Haley : Certaine.
Nathan, inquiet : Et ils se portent bien tous les deux ?
Haley : Parfaitement bien.
Nathan la contempla encore quelques secondes, d’un regard intense, heureux mais inquiet.
Nathan : Tu as l’air en forme, Hales.
Haley : Oui, ça va. Ça va mieux. Beaucoup mieux.
Nathan : Alors, ton départ aura au moins servi à quelque chose, n’est-ce pas ?
Haley, baissant les yeux : Oui. Ecoute, Nathan, je suis désolée…
Nathan : Tu n’as pas à t’excuser, je peux comprendre. Tu avais besoin de t’éloigner quelques temps de tout ça, des souvenirs qui te retenaient à New York. Tout ça, je l’ai compris, et je t’ai pardonné. Mais, enfin, Haley, tu ne m’as pas appelé une seule fois pendant six mois !
Haley, gênée : Je sais, je suis désolée. Mais, j’avais besoin de temps, essaye de comprendre. Je me sentais si mal après la mort de Jessica, je faisais des cauchemars, je revivais sa mort… J’avais si mal…
Nathan : Mais moi aussi, Hales, moi aussi j’ai souffert.
Haley : Je sais, mais je ne pouvais pas partager ta souffrance. C’était différent.
Nathan : On a tous les deux perdu notre enfant, notre bébé, notre fille, la chair de notre chair, notre plus grande fierté, notre plus grand bonheur. Mais, c’était le nôtre. Et donc, notre souffrance était la même, Hales. Tu aurais pu te reposer sur moi, me faire partager ce que tu ressentais, mais au lieu de cela, cette épreuve nous a écarté l’un de l’autre. C’est ça que je ne comprends pas, Hales. Pourquoi ? Pourquoi tu t’es renfermée sur toi-même ? Sans me faire entrer dans ta souffrance ?
Haley : Je… c’était impossible pour moi. Tu… tu lui ressembles tellement, Nate. Quand je te voyais, c’était elle que je voyais et je ne pouvais pas le supporter. C’est pour ça que je suis partie. Pour ça que je ne t’ai donné aucune nouvelle pendant tout ce temps. Je devais cicatriser. Et comprendre que ce n’était pas ma faute. Que l’accident était vraiment un accident.
Nathan, ahuri : Ta faute ? Hales, tu croyais que ce qui était arrivé à Jessica était ta faute ?
Haley : Oui, je le pensais. Le médecin nous avait dit que l’accident cérébral était dû à une hypertension artérielle. Ce… c’est une maladie héréditaire. Et, je m’en suis voulue énormément d’avoir pu donner ce problème à ma file. Mais, j’ai compris que c’était un accident. Que ce n’était la faute de personne. Je l’ai enfin compris. Et maintenant, je vais bien. Je me sens soulagée, apaisée, tu comprends ? Ce changement m’a fait le plus grand bien, et maintenant je me sens bien, très bien.
Nathan : Je suis content que tu ailles mieux, Hales.
Souriant, il lui prit délicatement la main. En l’espace de quelques minutes, ils avaient fait le tour de leurs problèmes, et Nathan était prêt à tout pardonner à la femme qu’il aimait, pourvu qu’ils restent ensemble. Il l’aimait tellement.
Nathan : Haley…
Haley : Nathan…
Nathan : Haley, rentre avec moi.
Haley : Je t’aime tellement, Nate.
S’approchant doucement d’elle, Nathan lui prit son visage entre ses deux mains et il posa ses lèvres sur les siennes. Un baiser léger. Qui devint passionné. Reflétant la passion et le désir qui les animait tous les deux depuis six mois.
Haley, s’écartant vivement de lui : Nathan !
Nathan, surpris : Qu’est-ce qu’il y a ?
Haley, apeurée : Je… je crois que je vais accoucher…
Instantanément, les yeux de Nathan s’agrandirent de stupeur pendant qu’un élancement la parcourait et qu’elle serrait les dents. Elle se rendit alors compte, avec stupeur, qu’elle était en train de perdre les eaux.
Brooke, qui accourait voyant l’expression de Haley : Qu’est-ce qui se passe, Hales ?
Nathan, d’une voix émue : Elle va accoucher…
Brooke, gardant son calme : Nathan, tu ferais mieux d’aller chercher la voiture. Où est ta valise, Hales ?
Haley voulut lui expliquer, mais une nouvelle contraction l’en empêcha. Ses doigts se crispèrent sur ceux de Nathan.
Brooke : Ce n’est pas grave, je vais bien la trouver.
Nathan entraînait Haley vers la voiture, tandis que Brooke retournait en courant vers la maison. Elle les rejoindrait plus tard à l’hôpital, se dit Nathan en démarrant.
Jamais il ne s’était senti aussi terrifié de toute sa vie. Haley était pâle comme un linge, et les spasmes paraissaient s’intensifier. Paradoxalement, les jumeaux qui avaient semblé très impatients de venir au monde chez Brooke parurent changer d’avis une fois à l’hôpital. Les contractions s’espacèrent, et reprirent de plus belle quatre heures plus tard.
Cette fois, Haley les endura avec courage. D’une part, elle savait à quoi s’attendre, d’autre part, elle avait hâte d’accoucher.
Puis vint le moment de l’accouchement proprement dit. Nathan y assista comme dans un rêve et ne mesura vraiment ce qui était en train d’arriver que lorsque le médecin lui présenta son fils.
Un mélange de fierté et de joie le submergea alors. Exactement le même que lors de la naissance de Jessica. Il ne fit que croître lorsqu’il découvrit sa fille, quelques instants plus tard.
Ils étaient en parfaite santé et célébrèrent leur venue au monde par des cris retentissants.
Lorsque Haley fut enfin transférée dans sa chambre, vers 2 heures du matin, elle s’endormit presque immédiatement. Nathan somnola à demi sur une chaise près de son lit.
Le lendemain, Haley se réveilla vers midi et les infirmières installèrent les deux bébés dans sa chambre, de chaque côté de son lit. Elle les prit dans ses bras, chacun à son tour, et leur donna le sein, sous l’œil émerveillé de Nathan qui, bien qu’il avait déjà vécu ce moment pour la naissance de Jessica, en fut tout retourné. Dieu qu’il les aimait !
Haley, lui souriant : Nate ?
Nathan : Oui ?
Haley, lui tendant la fillette : Tu veux la prendre ?
Nathan, serrant la petite fille tout contre son cœur : Bien sûr. Salut, toi.
Haley, serrant le garçon dans ses bras : Il faut leur trouver un nom.
Nathan : Oui, c’est vrai. Tu avais réfléchi pendant la grossesse ?
Haley, vague : Oui, un peu.
Nathan, lui souriant : Vas-y, dis-moi.
Haley : Pour un garçon, c’était James. Et pour une fille, je ne sais pas…
Nathan : James, c’est un très beau prénom. James Scott.
Haley : James Lucas Scott.
Nathan : Oui, j’adore.
Haley : Et tu as une idée pour une fille ?
Nathan : Je… j’avais pensé à Juliet.
Haley, les larmes aux yeux : Juliet Scott. J’aime beaucoup.
Nathan : Juliet Pénélope Scott. En l’honneur de sa marraine qui a pris soin de sa maman pendant tout ce temps.
Haley : C’est parfait, Nate. Parfait pour eux deux.
Nathan, se penchant vers son visage : Si tu savais comme je t’aime, mon amour.
Haley, l’embrassant : Moi aussi.
Nathan : Je suis désolé, pour tout ça…
Haley : Ce n’était pas ta faute, comme ce n’était pas la mienne. Mais d’où elle est, je suis sûre que Jessie est heureuse d’avoir un frère et une sœur.
Nathan : Tu as raison, j’en suis certain aussi.
Sur ces mots, ils s’embrassèrent avec passion, comme la promesse de l’infini.
[Fin flash-back]
The Bangles - Eternal Flame
Haley contempla la stèle avec un sourire sur les lèvres. Sa fille, sa petite fille, elle en était certaine était heureuse là-haut, heureuse de les voir heureux ; c’était son anniversaire…
Homme, arrivant derrière elle : Chérie.
Haley se retourna et sourit à son mari et aux deux enfants qui couraient autour d’eux en riant. James et Juliet avaient bien grandi, et ils étaient devenus inséparables. Ils venaient de fêter leurs 7 ans. Nathan tenait serrée contre son cœur leur quatrième enfant.
Nathan, souriant à la photo sur la tombe : Jessie, je te présente Emily, ta petite sœur, et la dernière née de la famille. Elle a tes yeux, et ton sourire. J’espère que d’où tu es, tu es fière d’avoir des frères et sœurs aussi merveilleux. Sache que ton papa et ta maman t’aiment toujours aussi fort et qu’ils ne t’oublieront jamais.
Haley, d’une voix émue : On t’aime, chérie.
Nathan prit la main de Haley dans la sienne et appela les jumeaux.
Tous les cinq se placèrent en cercle autour de la tombe et firent une minute de silence, puis James et Juliet se penchèrent vers la pierre et souhaitèrent un bon anniversaire à leur grande sœur. Quant à Nathan et Haley, émus, ils contemplèrent cette merveilleuse scène familiale.
