Dans l’étroite caravane, Rachel se changeait pendant que Peyton tapotait nerveusement les touches de son Black Berry.
_Tu sais qu’il y a des gens qui sont devenus accrocs ? se moqua-t-elle.
_Si tu savais ce que je suis en train de faire pour toi en ce moment, tu serait un peu moins railleuse, rétorqua Peyton.
_Dis toujours, on verra.
_ « JE » suis en train de t’arranger l’audition du siècle, figure toi !
_Genre ?_Genre même Chalize Theron est sur le coup.
Rachel ouvrit grand la bouche, abasourdie. Peyton était un agent vraiment incroyable. Elle savait mieux que personne négocier avec des producteurs frileux, des réalisateurs capricieux, des acteurs principaux orgueilleux, pour placer son poulain toujours plus haut. Mais bien plus que ça, c’était une oreille attentive, une amie merveilleuse, compréhensive, une perle rare, un peu brute de décoffrage, mais il lui fallait bien ça, à elle, la petite starlette, pour l’empêcher de tourner complètement peste indigeste.
Dans le fond de la caravane, une voix que tout le monde avait déjà oubliée s’éleva.
_J’adoooooore Charlize Theron ! s’exclama Chris, toujours plus gay.
J’espère qu’elle aura le rôle.
_Ca me fais chaud au cœur ce que tu me dis là, se vexa Rachel, dont l’ego était quand même un peu plus gonflé que celui de la moyenne.
_Mais je dois avouer, reprit-il,
qu’après t’avoir vu bosser cet après midi, et même si le scénario craint, tu es vraiment douée. Tu étais magnifique.
Elle sourit, attendrie. C’était la première fois que Chris avait un mot gentil à son attention.
_Merci, Chris.
_De rien.
Musique :
Il replongea dans la lecture de son magazine, dont Rachel et lui faisaient la couverture. Il titrait sur leur union future, lui aussi. Une belle mascarade. Peyton, de son côté, l'ignorait déjà, bien trop occupée à lui arranger son audition déjà mythique. Lasse, Rachel s'empara de l'un des magazines people qui jonchaient la table et qui parlaient tous d'elle d'une façon ou d'une autre. Les stars qui disent qu'elles ne s'occupent pas de ce qu'on dit d'elle dans la presse mentent, qui pourrait résister à découvrir ce que le monde entier pense de vous? Pas elle, en tout cas. Elle feuilleta machinalement les pages glacées, jusqu'à ce que son visage ou celui de Chris retienne son attention. Mais celle-ci fut captée par un autre visage familier, trop familier. Elle referma aussi sec le journal, enfila une veste et se précipita à l'extérieur, sous les regards décontenancés des deux autres personnes présentes.
Elle courut littéralement à sa décapotable et quitta les studios avec empressement. Sur la route, qu'elle connaissait par cœur, elle ressassait de vieux souvenirs. La petite voix de l'espoir qui ne l'avait jamais quittée se faisait de plus en plus retentissante, un sourire se dessina sur son visage.
Quelques minutes après avoir franchit la porte de sa caravane, elle arriva à hauteur d'un grand portail de la banlieue chic de Los Angeles, elle s'identifia auprès du gardien, qui la laissa pénétrer dans l'enceinte de l'imposante propriété, elle remonta l'allée encadrée de cyprès majestueux et se gara sur la gravier blanc. Elle claqua fort la porte de son coupé sport, gravit les quelques marches qui menaient à la porte d'entrée et sonna avec insistance. Une jeune femme qui parlait mal anglais lui ouvrit la porte et la fit entrer. Elle la pria de prendre place dans le salon, sans qu'il ne fût besoin qu'elle lui en indique le chemin.
Après une courte attente, un jeune homme apparût sous l'arche qui séparait le petit salon de l'entrée...Jake.
_Rachel? Quelle surprise!
Visiblement très émue, Rachel se contenta d'esquisser un sourire. Il s'approcha d'elle et la prit dans ses bras pour la saluer.
_Qu'est-ce que tu fais là? Lui demanda-t-il.
_J'ai appris pour toi et Andrea. Alors je...
Elle réalisa qu'elle n'avait rien à ajouter. Elle avait appris pour lui et Andrea, et après? Qu'attendait-elle?
_Alors tu t'es dit que tu allais passer pour voir si j'allais bien peut-être? Poursuivit-il.
_Voilà, se contenta-t-elle de dire, tout en s'asseyant.
_Ca me fait très plaisir. Regarde toi, tu es magnifique!
_Merci.
Elle était gênée, ne savait trop quoi dire. Il s'assit à côté d'elle et la regarda quelques instants sans rien dire. Le silence devenait pesant, aussi Rachel décida d'y mettre un terme.
_J'ai beaucoup pensé à toi, ces derniers temps, Jake.
_C'est pour ça que tu es là? Tu espères que maintenant que je suis célibataire je vais te retomber dans les bras?
_Un peu, oui.
Il sourit devant la franchise de la jeune femme. Elle était toujours aussi belle, si ce n'était plus et sa spontanéité de petite fille le faisait toujours autant fondre. Andrea lui avait brisé le cœur, il avait besoin de se sentir aimé et Rachel était là pour le secourir. Il prit sa main et la fit se lever.
_Je t'emmène manger, viens, lui proposa-t-il.
Elle le suivit, ravie. Il la conduisit à sa chambre où il enfila des vêtements moins décontractés.
_Où va-t-on? Demanda Rachel.
_Je t'emmène à l'Ivy.
_Je ne suis pas habillée pour aller à l'Ivy, Jake, regarde moi, je suis en jeans!
_Qu'à cela ne tienne, on fait un petit saut par chez toi avant.
_D'accord, dit-elle en se dirigeant vers la sortie, suivie de Jake. En bas des escaliers, elle se retourna.
Tu ne réserves pas?
Il lui fallut une seconde pour réaliser la stupidité de sa question. S'il y a avait une personne dans toute la ville qui n'avait pas besoin de réserver, c'était bien Jake. Après tout, c'était son père qui possédait la moitié de Los Angeles. Sa famille était exclusivement composée de magnats de l'immobilier, mariés à des actrices, mannequins et autres "filles de" toutes plus belles les unes que les autres. Jake, le cadet des Jaglieski, ne dérogeait pas à la règle. Il venait de terminer ses études de business à Berkeley, et ne fréquentait que les plus jolies actrices confirmées que pouvait compter la cité des anges. Auparavant séducteur invétéré, il s'était assagit lorsqu'il avait rencontré Rachel, alors débutante, lors d'une remise de prix, il y a de cela 3 ans. Leur histoire avait duré plus d'une vingtaine de mois, avant de s'achever lors du départ, pour un an, de Jake pour Londres, où il avait rencontré Andrea.
Le chauffeur les conduisit chez Rachel. Jake l'accompagna dans son loft, qu'il n'avait pas encore eu l'occasion de visiter. Elle le fit s'installer et monta à sa chambre pour se changer. La femme de ménage était passée, et il ne restait de ses ébat de la veille que des souvenirs, qu'elle s'efforçait de chasser de sa mémoire. Elle ouvrit les portes de son dressing et réfléchit à ce qu'elle pourrait bien porter. Elle s'empara d'une minirobe violette McQueen et se déshabilla. Mais en rencontrant son reflet dans le miroir, en sous-vêtements, une meilleure idée s'empara d'elle. Elle redescendit telle quelle et trouva Jake qui admirait la vue imprenable qu'avait l'appartement sur les hauteurs de la ville. Il ne l'entendit pas s'approcher, pieds nus. Elle se plaça derrière lui et l'entoura se ses bras. Il se retourna et constata qu'elle ne portait en tout et pour tout que 200 grammes d'un tissu très délicat. Comment résister? Il retira la veste de son costume et desserra sa cravate. Il l'admira un instant, caressa ses cheveux roux flamboyants et enfin apposa ses lèvres contre les siennes. Il attrapa son téléphone et passa un coup de fil.
_Vous pouvez prendre votre soirée, je vais rester chez mon amie cette nuit. Bonsoir.
Il raccrocha et jeta le téléphone sur le canapé. Elle se jeta dans ses bras et ils montèrent à la chambre.
Ils ne se rendirent pas au restaurant ce soir.
Au petit matin, Rachel s'éveilla, comblée, dans les bras de Jake. Elle en rêvait depuis la première nuit qu'elle avait passée sans lui. Elle s'extirpa discrètement du lit et descendit à la cuisine préparer un vrai petit déjeuner. Malheureusement, elle était loin d'être un petit cordon bleu, et l'odeur de toast brûlé réveilla son invité, qui la rejoignit.
_Qu'est-ce que qu'il s'est passé ici? Demanda-t-il.
_Tu te souviens à quel point j'étais mauvaise en cuisine à l'époque?
_J'ai bien peur que oui.
_Et bien je crois que ne me suis pas améliorée...
Jake attrapa son téléphone, qui n'avait pas quitté le sofa, et composa le numéro de son cuisinier. Il passa sa commande et demanda à ce qu'on la lui livre chez Rachel. Celle-ci ne cessait de le fixer, totalement reconquise, et toujours aussi émerveillée par sa capacité à avoir une solution à tout. Cela dit, lorsque l'on a ses moyens, il est nettement plus facile d'avoir des solutions. Jake raccrocha et se tourna vers elle. Il s'appuya contre l'îlot central et tapota ses doigts contre le bois sombre.
_Je dirais que nous disposons de ... 40 bonnes minutes avant de pouvoir déjeuner, déclara-t-il en regardant sa montre qu'il n'avait pas pris la peine de retirer de la nuit.
_ C'est un peu juste, mais je m'en contenterai!
Ils allaient mettre leurs précieuses minutes à profit lorsque quelqu'un toqua à la porte.
_Déjà? S'exclama Rachel.
Elle se leva et alla ouvrir. C'était Peyton, inquiète de n'avoir pas eu de nouvelles depuis sa sortie fracassante de la veille.
_N'allume pas ton téléphone, surtout! Aboya Peyton, avant d'entrer sans y être invitée.
Tu sais que j'étais morte d'inquiétude...
Elle s'immobilisa lorsqu'elle aperçut Jake en caleçon au beau milieu du salon de son amie. Elle n'ajouta rien et fit demi tour, passant devant Rachel, toujours à côté de la porte d'entrée.
_Appelle moi pour me raconter, murmura-t-elle en passant devant elle.
Bye, Jake! Cria-t-elle à son attention.
_Salut, Peyton! lui répondit-il
Rachel referma la porte et retourna auprès de Jake. Elle l'embrassa avant d'ajouter:
_Tu ne peux pas savoir comme je suis heureuse...
Jake se raidit et se détacha d'elle. Il alla s'asseoir sur le canapé et l'invita à le rejoindre.
Musique:
_J'espère que tu crois pas que... enfin que c'est reparti entre nous deux. _Comment ça?
Il se passa la main sur le visage. Evidemment qu'elle n'attendait que ça. C'était Rachel.
Avant qu'il ne parte pour Londres, elle commençait à lui parler d'acheter une maison ensemble. Il était d'ailleurs soulagé de partir, quelque part. Il se releva et commença à rassembler ses affaires éparpillées à travers l'appartement.
_Qu'est-ce que tu fais? demanda innocemment Rachel, qui tentait de se voiler la face.
_Ecoute, Rachel, je sais comment tu fonctionnes, je sais ce à quoi tu penses. On s'est bien amusé hier soir mais...
_Mais?_Mais je ne veux pas te donner de faux espoirs. Je pensais que tu avais dépassé tout ça.
Elle se leva et s'approcha de lui, tentant de le prendre dans ses bras.
_Tu ne crois pas qu'on pourrait au moins essayer? On était bien, tous les deux... souffla-t-elle.
Il retira ses mains et s'éloigna, sans rien dire.
_Jake, s'il te plaît.
Dans le même silence pesant, il remonta à la chambre chercher les quelques affaires qui lui manquaient. Rachel resta, immobile au milieu du salon. Lorsqu'il redescendit, elle le suivit du regard, franchir le seuil de la porte, toujours sans un mot, puis disparaître.
Comme inhabitée, elle se rendit à sa salle de bain, et se prépara, soigneusement. Elle prit une douche qu'elle aurait voulue salvatrice, se fit belle, se maquilla un peu trop, comme lorsqu'elle était triste, enfila une tenue minutieusement choisie et quitta son appartement. Elle avait laissé sa voiture chez Jake, la veille, aussi héla-t-elle un taxi. Une vieille voiture s'arrêta à sa hauteur, elle grimpa à bord.
_Je vous emmène où? Demanda le chauffeur.
Rachel dut sortir de son somnambulisme pour répondre. Elle fouilla dans son sac et sortit une liasse de billets de 100 dollars, qu'elle lui tendit.
_Roulez.
Elle se laissa retomber lourdement en arrière.