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Smile like you mean it

Série : One Tree Hill
Création : 29.12.2007 à 22h42
Auteur : WoodyA 
Statut : Terminée

« Fiction complète » WoodyA 

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_Je ne comprends pas le problème, Rachel ! s’exclama Peyton. Tu vas te faire un paquet de pognon ET ta carrière va prendre un tournant international ! 

 
            Peyton hurlait dans son téléphone depuis quinze minutes, sous le regard agacé des autres clients d’un restaurant branché de Beverly Hills.  

_Mais bien entendu que ce film est une daube monstrueuse, mais « HELLO ! », c’est ce qui fait rentrer les sous pour financer les chefs-d’œuvre qui passeront inaperçus l’hiver d’après.
 
             En réalité, le film que l’on proposait à la toute fraîche Rachel Gattina était une opportunité en or, mais le scénario relevait en effet plus de la série B en puissance que du potentiel vainqueur d’Oscar. Peyton passa une main fatiguée dans ses boucles blondes, Rachel avait le don de lui mettre les nerfs en pelote avec ses principes mal placés.  

_Ecoute, réfléchis encore un peu aujourd’hui, la réponse doit être donnée impérativement demain, mais pense à long terme s’il te plaît ! Mon plat arrive, je te laisse.
 
             Elle raccrocha précipitamment, avant de se jeter sur sa salade pour apaiser sa colère.  

Musique
 

            Plus loin, dans cette même cité des anges, dans son loft flambant neuf, arrangé par le décorateur d’intérieur le plus demandé de la ville, Rachel sirotait son premier cocktail de la journée, les ongles de pieds fraîchement vernis, séparés par du coton. Elle se prélassait, avec délectation, devant la presse à scandale de la semaine. Sa liaison avec Chris Keller faisait toutes les unes, c’était l’évènement people de ces derniers jours.  

« Chris Keller & Rachel Gattina : tout sur leur love story surprise »
« Rachel et Chris, sea, sex and sun à Venice Beach »  

           Les gens qui rédigeaient ces articles n’auraient certainement jamais de prix Pulitzer, mais au moins ils lui offraient un peu de publicité gratuite. Elle s’étira de tout son long avant de se saisir du scénario de ce film d’action à gros budget, Road Kings, trônant sur sa table basse RL home… Elle lui avait coûté 6000$ et était, comme tout ce qui ornait son appartement, la matérialisation de sa réussite fulgurante et encore nouvelle. 

* Bar White Rabbit, int-nuit * 
Dean est assis près de la scène. L’ambiance est assez sombre.
Gloria entre sur scène et commence son show. Dean ne la quitte pas des yeux une seule seconde. Il est hypnotisé par sa beauté. Elle le remarque et concentre son attention sur lui, remarquant ses chaussures de marque et sa montre. Il sera son client de la soirée.
Fin du show.
Gloria descend de la scène et se dirige vers lui.  
Gloria-
Ca vous tente une danse privée ?
Dean-
Combien ?
Gloria-
150.

               Rachel referma sèchement le manuscrit, excédée qu’on lui propose un rôle aussi peu intéressant. Cependant, son partenaire à l’écran ne la laissait pas de glace, et la mante religieuse qui sommeillait en elle trouvait assez excitant de partager l’affiche avec lui. Wentworth Miller était tout à fait son type d’homme. Viril, séduisant, musclé et très, très sexy. Ajoutez à cela le cachet pharaonique qui lui était proposé par les producteurs qui la voulaient, ELLE, et pas une autre, la perspective de jouer dans ce navet paraissait nettement moins désolante. 
            Elle se leva d’un mouvement de balancier qui la fit retomber sur ses deux jambes, et monta à l’étage enfiler une tenue éblouissante pour sa sortie quotidienne avec Chris. Aujourd’hui, il était prévu qu’ils descendent amoureusement Rodeo Drive, en ne manquant pas de marquer un arrêt significatif chez Tiffany’s, avant de déguster une glace dégoulinante à deux au parc.
             Coiffée, maquillée, elle appela son chauffeur qui la récupéra juste en bas de son immeuble grand standing. Et dire que Lyndsay Lohan a été obligée de lui vendre son duplex dans la précipitation avant d’entrer en cure de désintox'. C’est presque trop triste…Elle sautilla jusqu’à la voiture, qui fonça et la déposa quelques rues plus loin. Elle pénétra seule dans le grand bâtiment de Sony Records, avant d’en ressortir quelques minutes plus tard, aux bras de Chris Keller. Au même moment, une foule de paparazzi se rua sur eux. Rachel laissa glisser ses Wayferer sur son nez et baissa la tête, feignant une gêne intense, imitée aussitôt par son accompagnateur de luxe.  

_Tu vas bien ?
marmonna-t-il les dents serrées.
_Sois gentil, ne rend pas cette journée plus pénible, ne l’ouvre pas, répliqua-t-elle tout en ayant l’air de rayonner de bonheur.
_Si tu n’étais pas un si formidable coup de pub, j’aurai coupé tes cheveux roux de sorcière et je te les aurait fait manger, chuchota-t-il. Je vous en prie, ma fiancée et moi voudrions un peu d’intimité, lança-t-il à l’adresse d’un photographe qui les approchait de trop près.
_Votre fiancée ? Vous lui avez fait votre demande ? s’exclama ce dernier. 

            Tout à coup, ce fut une avalanche de question qui les assaillit. Avez-vous fixé une date pour le mariage ? Qui signera votre robe ? Scarlett Johanson sera-t-elle votre demoiselle d’honneur ? On dit que votre mère s’oppose farouchement à cette union, Chris, vous confirmez ?

            Ils furent escortés par ces interrogations jusqu’à leur entrée chez Tiffany’s. Le doute n’était plus permis pour les journalistes qui, portables vissés à l’oreille, tentaient déjà de vendre l’info au plus offrant. Une fois à l’intérieur, ils demandèrent à voir les bagues dans le salon privé du magasin, à l’abris des regards indiscrets.  

_Bien entendu, mademoiselle Gattina. Si vous voulez bien me suivre,
les pria une vendeuse mielleuse qui avait manifestement abusé des guimauves en forme de nounours étant jeune.
 
             Elle les conduit dans la petite salle feutrée et les installa dans d’épais et moelleux fauteuils de cuir. Du champagne leur fut servit, ainsi que quelques douceurs signées d’une célèbre épicerie Parisienne dont toutes les stars raffolaient.  

_Puis-je me permettre de vous demander quel genre de bague vous désirez,
s’enquit la vendeuse.
_Montrez-nous vos plus belles pièces, répondit Chris, en posant une main protectrice sur le genou dénudé de sa belle actrice. 

            Une fois la jeune femme hors de vue, il interrompit sa caresse aimante pour s’assurer que ses cheveux soient toujours aussi en place que lorsqu’il avait quitté le studio.  

_C’est la maison de disque qui offre. Mais choisit quelque chose de sobre, je n’ai pas envie qu’on me prenne pour un lourdingue show-off,
renchérit-il.
_Je prendrais ce que je veux, le coupa-t-elle. Tant qu’elle est plus grosse que celle que Britney s’est offerte à elle-même ! 

WoodyA  (29.12.2007 à 22:50)
Musique.

_Lucas !
cria un homme au fond du studio 5. Tu as été le cherché en Ethiopie ce café ou quoi ?

 
            Lucas accourut aussitôt, un gobelet vert identifiable de loin à la main.  

_Je suis désolé, George, il y avait une queue monstre chez Starbucks et…
se justifia-t-il, essoufflé.
_Lucas, regarde moi dans les yeux. Il faut que tu comprennes bien une chose, je me TAMPONNE royalement de tes excuses à deux balles. Tu es payé pour être mon ASSISTANT, et donc, j’attends de toi que tu m’ASSISTES. Ce n’est ni plus simple, ni plus compliqué. 

            Georges, le réalisateur, se prenait pour le Roi de la pellicule. Et dès qu’il en avait l’occasion, son plaisir ultime résidait dans l’humiliation publique de toutes les personnes travaillant sous ses ordres, en surarticulant les « mots-clefs » de son sermon, persuadé que ça lui donnerait plus de contenance. Il est vrai que ce pauvre petit homme chauve et bedonnant avait besoin de compenser la frustration que lui procurait son physique ingrat. C’est en tout cas ce que se disait le pauvre Lucas Scott, qui, ayant pourtant accumulé les petits boulots humiliants avec des réalisateurs plus ou moins frustrés depuis qu’il était arrivé à L.A, soit à peu près 7 ans, aurait dût être habitué à ces traitements désagréables.   

_Bon, tout le monde, on va s’ACTIVER un peu s’il vous plaît. Je sais que vous n’avez AUCUNE idée de ce que coûte une journée de tournage mais je vous assure que ça dépasse de loin vos salaires annuels. Alors on est gentil, on y met un peu du sien, BORDEL !
s’époumona le réalisateur, que la colère avait rendu rose fushia.
 
             Lucas avait déjà la tête ailleurs. Cet ailleurs n’était autre que son appartement miteux, la veille au soir. 

           Il était rentré tard et exténué de la réunion de pré tournage, qui avait lieu aux studios avec le réalisateur, les acteurs principaux et les producteurs. Une tradition instaurée par Georges pour s’assurer que chacun ait les mêmes attentes. Comprendre : s’assurer que tout le monde allait bien travailler comme lui entendait le faire.
             Il s’était affalé sur son petit canapé râpé, et n’avait pas entendu sa petite amie s’agiter dans son dos, jusqu’à ce qu’elle se racle la gorge pour se faire remarquer. Il se tourna alors et put l’admirer, dans l’embrasure de la porte de leur chambre, dans le plus suggestif des négligés. Il est inutile de vous cacher qu’elle avait des idées derrière la tête.  

_Brooke !
_Ca fait un moment que je t’attends, tu sais.
_Oh, mon poussin, tu sais je suis claqué ce soir. Georges a été sur mon dos toute la journée et en plus …

 
            Elle l’écouta se lamenter sur son propre sort pendant 3 minutes, avant d’exploser littéralement. C’est exactement à ce moment que ça s’est effondré, la goutte d’eau qui a fait débordé le vase. 

_STOOOOOOOOOP !
hurla-t-elle. Stop. Ca suffit maintenant, Lucas. Je suis désolée que ta vie ne se déroule pas comme tu l’avais rêvée en quittant Tree Hill, mais là je n’en peux plus de t’écouter pleurer pendant des heures sur ton malheur. Si je devais résumer ma vie ces derniers temps je dirais que je me bat entre une envie irrépressible de t’étrangler quand je vois tes yeux de chien battu et de me suicider quand tu ouvres la bouche ! J’en ai ras-le-bol de Georges, ras-le-bol de t’écouter parler de la déception que tu causes à ta mère, de la vie qui coûte trop cher pour ceux qui ratent tout, de ton scénario qui n’avance pas parce que tu es malheureux et de ta putain… non, pas ta putain… ta saloperie de casquette trouée de cinéaste de chiotte !
 
             Elle s’effondra sur le canapé, épuisée par ce monologue qu’elle gardait pour elle depuis plusieurs semaines. Lucas, quant à lui, était resté scotché sur place, incapable de répondre quoi que ce soit. Le temps qu’il sorte de son état léthargique, Brooke était déjà rhabillée et en train de préparer un petit sac de sport avec ses affaires. 

_Qu’est-ce que tu fais ?
l’interrogea-t-il.
_Je pense qu’on va prendre un peu de distance tout les deux. Ca nous fera du bien. J’ai besoin d’y voir un peu plus clair, à propos de nous.
_Mais… tu vas aller où ?
_Je serais chez Haley. Mais je t’en prie, n’essaye pas de me joindre tout de suite. Il faut vraiment que je respire un peu, tu comprends.
_On… tu es toujours ma petite amie ?

 
            Elle referma le sac et se dirigea vers la sortie, il la suivit. Avant de quitter l’appartement, elle se tourna vers lui.  

_Je me contenterais d’être Brooke, pendant quelques temps. Au revoir Lucas.
 

           
Elle déposa un baiser sur sa joue, avant de refermer la porte derrière elle. Que venait-il de se passer ? 

_Lucas bon sang, si tu étais payé à NE RIEN FAIRE, tu serais fonctionnaire ! Bouge toi, incapable !

 
            La voix mélodieuse de George le sortit de ses pensées. Il allait être trop occupé pour ressasser ce qui ressemblait bel et bien à une rupture.

WoodyA  (29.12.2007 à 22:56)

Musique

             La foule en délire s’impatientait. David Letterman avait du mal à contenir leur excitation.  

_Ma prochaine invitée,
commença-t-il, a pour elle la jeunesse, la beauté et un compte en banque bien fourni. Une déesse presque parfaite. Son seul défaut s’appelle Chris Keller, Mesdames et Messieurs, veuillez accueillir chaleureusement celle qui va, de toute façon faire monter la température, la talentueuse Rachel Gattina ! 

           
Un tonnerre d’applaudissement se fit entendre et Rachel fit son entrée sous les acclamations. On lui avait pour l’occasion prêté une robe Zac Posen vert olive que seule elle pouvait rendre aussi parfaite. Elle salua ses admirateurs et prit place dans le célèbre fauteuil de cuir. Elle avait commencé sa première journée de tournage le jour même et était déjà sur les rotules. Il faut dire qu’ils avaient attaqué fort, avec la course poursuite finale. Mais elle ne laissait pas transparaître sa fatigue. C’était une professionnelle. 

_Alors, dites nous Rachel, les rumeurs concernant vos fiançailles avec le beau Chris Keller sont-elles fondées ? Si j’en juge à l’iceberg que vous portez à l’annulaire, le doute n’est pas permis !
 
             Il attaquait fort ! Elle lança un regard à Peyton, à côté de la caméra numéro 3, qui acquiesça de la tête et lui fit signe d’enchaîner. 

_Et bien, pour ne rien vous cacher David,
commença-t-elle, Chris m’a effectivement demandé ma main.

 
            Le public exulta, les applaudissements reprirent de plus belle. Le présentateur leur fit signe de s’arrêter, il préparait une question certainement très indiscrète, car il tripotait le coin de ses fiches. Rachel était trop fan de l’émission pour ne pas remarquer ce détail. Avant de devenir la jeune première la plus demandée, elle suivait le Late Show avec assiduité et surtout avec plaisir, se jurant qu’un jour, elle aussi serait la cible de ses indiscrétions. 

_Pourriez-vous nous raconter sa demande ?
L’interrogea-t-il.

             Panique. Elles n’avaient pas du tout pensé à ça avec Peyton. Elle la scruta de nouveau, désemparée. Sa meilleure amie/agent levait les épaules, incapable de l’aider. Il allait lui falloir im-pro-vi-ser.

 _Hum… c’était… balbutia-t-elle. Elle fut perdue quelques microsecondes, avant que son talent et son professionnalisme ne reprennent les dessus. C’était il y a un mois maintenant, nous étions chez lui, à regarder la télévision, blottis l’un contre l’autre, poursuivit-elle, les yeux au ciel, faisant mine de se remémorer la plus belle soirée de sa vie, et il m’a simplement demandé si je serais d’accord pour passer toutes les soirées du reste de notre vie dans ses bras. 

           
L’audience poussa des « oooh » attendris. Rachel sourit, angélique, avant de reprendre. 

_Et que voulez-vous, j’ai dit oui !

 
            Une nouvelle vague d’acclamation fit écho dans le studio. Rachel jeta un discret coup d’œil à Peyton, qui essuyait une petite larmichette imaginaire au coin de son œil. Elle lui fit le pouce de la victoire, tout le monde était conquis.  

_Voilà de quoi faire taire les rumeurs sur l’homosexualité de votre fiancé !
s’exclama le petit homme grisonnant.
_Vous savez, David, si Chris et moi devions faire attention à toutes ces rumeurs, nous passerions nos journées à pleurer sur notre sort. Il ne faut pas prendre tout ce que la presse raconte pour argent comptant !

 
            Voilà qui était bien envoyé… et très hypocrite !  

_Parlez-nous un peu de vos projets professionnels,
reprit-il. Vous allez commencer le tournage du film d’action le plus attendu de l’été prochain, Kings of Road, où vous partagerez l’affiche avec la star de Prison Break, Wentworth Miller, n’est-ce pas ?
_Tout à fait, répondit-elle, souriant comme si ce film était le film de sa vie. Pour tout vous dire, c’était mon premier jour de tournage aujourd’hui.
_Pourriez-vous nous parler un peu de ce premier jour ?
_C’était très éprouvant. Nous avons tourné une scène très physique ce matin, qui a nécessité une grosse préparation physique.
_Comment est l’ambiance sur le plateau ?
_Excellente ! Wentworth est a-do-rable avec moi, ainsi qu’avec le reste de l’équipe, et George est un véritable génie, mentit-elle. Il cherche à toujours obtenir au moins 200% de nos capacités.

 
            Traduire : c’est un malade obsessionnel qui nous pousse à bout. 

_On raconte que vous serez assez dénudée pour ce rôle, est-ce vrai ?
_En réalité, je campe une strip-teaseuse embarquée dans les problèmes de son petit ami avec la Maffia. Je serais donc en tenue légère de temps à autres. Mais comme je le dis souvent, je préfère m’exhiber tant que mon corps est encore au top de sa forme. Et lorsque je serais fripée et ramollie, je pourrais regarder les vestiges de ce que fut ma jeunesse grâce au personnage de Gloria !

 
            Une bonne vieille réponse détournée, histoire d’éviter le « Je suis payée plusieurs millions pour qu’on me voit en sous-vêtements, doublez la somme et vous verrez mes seins ! ».  

_Comme si vous alliez un jour devenir moche, Rachel !
la flatta-t-il.
_David, vous allez me faire rougir, le taquina-t-elle.

WoodyA  (29.12.2007 à 23:02)
Musique
 
_COUPEEEEZ ! Bon sang RACHEL ! Tu n’as jamais essayé d’avoir l’air moins POTICHE quand tu es en arrière plan !
hurla George.

             C’était la troisième prise, et à chaque fois quelque chose n’allait pas. Cette fois-ci, c’était sur Rachel qu’allait s’abattre le courroux de l’exigeant réalisateur. Qui à son avis, était gay, mais là n’est pas le problème. 

_Très bien, je vais faire une Pause, loin de VOUS TOUS. Je vais revenir dans 10 minutes. D’ici là, tâchez d’avoir trouvé le remède à votre DEBILITE ! 

             Il s’éloigna quelques mètres, avant de s’arrêter. Il allait se retourner. Tout le monde était pétrifié, qu’allait-il encore bien pouvoir reprocher, et surtout, à qui allait-il s’en prendre ? 

_LUCAAAAAS !

 
            Evidemment, c’était toujours pour sa pomme. Le jeune homme s’avança timidement vers lui, apeuré.  

_Tu vas ESSAYER de faire comprendre quelque chose à ces trois-là, et j’ESPERE qu’à mon retour, ils seront au moins UN PEU meilleurs. 

 
            Il tourna les talons et quitta le plateau 9. Rachel enfila un peignoir et fonça s’asseoir sur la chaise floquée de son nom, aussitôt imitée par ses partenaires. Lucas prit son courage à deux mains et se dirigea vers eux. Il aurait dût être habitué, en tant qu’assistant réalisateur, à parler aux comédiens. Or, George ne le laissant jamais rien faire d’intéressant, il se contentait souvent de s’adresser aux techniciens et de commander les cafés. Il se posta devant l’actrice principale, dont il avait put apercevoir le caractère assez pénible lors de ses nombreux caprices et crises.  

_Mademoiselle Gattina, je m’en veux de vous déranger,
s’excusa-t-il, mais Georges voudrait que la scène soit répétée en son absence. 

           
Elle leva à peine les yeux sur lui, quitta son fauteuil et lui tendit son peignoir, qu’elle venait de retirer. Il resta un moment sans bouger, jusqu’à ce qu’il remarque son regard impatient qui lui sommait de prendre ce fichu peignoir. Ce qu’il fit. Les autres acteurs la suivirent dans le décor de chambre de motel caricaturalement sale et moche, et Lucas se rendit compte qu’il allait devoir jouer les metteurs en scènes quelques minutes. Il tendit le peignoir à une maquilleuse qui passait par là et rejoignit les comédiens, qui avaient reprit leur place initiale, attendant les directives du sous-fifre.  

_Euh, ok… Alors toi…euh… pardon… Vous, Rachel, vous devez observer la scène d’un œil discret. Euh… Tenez, restez debout, ne vous adossez à rien et fixez Wentworth intensément,
dit-il. Enfin… s’il vous plaît, ajouta-t-il, de peur de froisser la belle rousse.

 
            Il rejoignit Wentworth et « le méchant maffieux » et les positionna de telle sorte à ce que Rachel soit visible entre eux deux, mais légèrement cachée par celui qui jouait son petit ami. En les tirant vers lui, il put constater qu’ils étaient vraiment très, très musclés. Il y alla donc avec beaucoup de délicatesse. 

_Vous deux,
développa-t-il, essayez de vous pencher très légèrement en direction de l’autre. Très bien oui, comme ça. Vous, dit-il en s’adressant au maffieux, avancez votre épaule. Prenez le flingue dans l’autre main et parlez en l’agitant beaucoup. Et vous… George voudrait que votre crainte soit palpable pour le spectateur, mais pas pour votre interlocuteur. La femme de votre vie est dans la même pièce, elle a peur pour vous, vous avez peur pour elle. Ce type est une menace, il ne faut pas qu’il sente que vous avez peur ! C’est compris ?             Tous acquiescèrent.  

_On va faire un essai off.
 

           
Lucas quitta le décor. 

_Eeeeeeet… ACTION !
 

           
Il leur fit signe de commencer et s’accroupit pour suivre la scène.  

_Je croyais qu’on avait un arrangement, Smith !
dit le type louche, en remuant son arme.
_J’ai juste besoin d’un peu plus de temps, répondit le personnage de Dean, vous aurez votre argent !
_Dean, de quoi parle-t-il ? les interrompit Rachel-Gloria.
_Toi, poupée, on t’a pas sonnée !
_Ne t’avise plus jamais de parler à Gloria sur ce ton, Fabrizzio !
_Ou sinon quoi, mon petit Dean ? répliqua-t-il amusé. Tu vas me frapper peut-être ?

 
            Dean donna un grand coup de poing dans la mâchoire de Fabrizzio qui s’effondra, sonné. Gloria se précipita dans ses bras, apeurée. Ils le regardèrent, gisant au sol. Elle prit son courage à deux mains et attrapa le flingue noir de leur victime. Elle lâcha Dean et, sans le moindre tremblement, descendit d’une balle dans le crâne leur tortionnaire.  

_Coupez !
cria Lucas. C’était super ! Rachel, bravo, le regard méprisant au moment où tu appuies sur la détente, c’était du grand ! Les mecs, super !
 
             Il se tut, alors que tout le monde le dévisageait. Il se rendit compte qu’il venait de se comporter comme le réalisateur, et priait pour que, lorsqu’il se retournerait, dans une seconde, George ne soit pas derrière lui. Malheureusement pour lui, ses prières n’avaient pas été exaucées. Lucas enfonça sa tête dans ses épaules, prêt à s’en prendre plein la gueule.  

_Et ben VOILA ! Vous voyez quand vous voulez ! se contenta de dire le réalisateur, qui avait à peine remarqué la présence de son assistant. Ce n’était pourtant pas COMPLIQUE que je sache. Il suffisait juste de faire CE QUE JE VOUS DEMANDAIS. Bon, on va la faire pour de bon.
 
             Il reprit sa place et lança la scène. Lucas se recula de deux mètres, de façon à rester dans le dos de son patron.  

_Eeeeeeeeeeeet Action !
hurla George.
_Je croyais qu’on avait un arrangement, Smith ! répéta pour la cinquième fois Fabrizzio.
_J’ai juste…

 
            Le jeune acteur fut interrompu par une sonnerie ridicule, qui résonnait à travers la pièce. George se retourna, le son venait de son dos… il attrapa Lucas, fouillant frénétiquement dans la poche de son baggy, qui, bizarrement, vibrait.  

_SCOTT !
rugit-il.
_Je suis désolé, je…je sais pas pourquoi… pourtant j’étais sûr que… bafouilla l’intéressé, qui avait réussit à stopper le bruit.
_Je m’en FICHE ! Sais-tu ce que tu viens de faire ? Tu viens de foutre en l’aire TOUUUUUTE une journée de travail, avec ta stupide sonnerie !
_Je…
_Regarde mes lèvres, Scott, elles sont encore en mouvement : j’ai pas terminé ! Je sais que tu es incompétent et qui plus est un peu lent, de manière générale, MAIS tu devrais pourtant savoir que le SILENCE est de mise sur un plateau de tournage. Ce qui IMPLIQUE que TOUUUUUS les téléphones, bipers, Blackberry, ordinateurs, Tamagotchis,  bouches, intestins, narines bruyantes ne produisent pas le moindre SON. Mais étant donné ton incapacité CHRONIQUE à intégrer quoi que ce soit et ton INUTILITE en règle générale, je pense que tu peux quitter le plateau. Et si quelqu’un veut le suivre, qu’il ne se gêne pas pour faire ENTENDRE le son de sa voix et/ou de son cellulaire ! 

Musique.
 

 
            Toutes les personnes présentes sur le plateau eurent le même réflexe : vérifier que leurs portables soient biens coupés. Lucas, de son côté, quitta penaud les studios, et alla s’asseoir sur le rebords du trottoir d’en face, la tête entre les mains, ressassant sans relâche les mêmes mots, devenus son Mantra, « tu n’es qu’un raté ». Tout ce qu’il entreprenait, il le fichait en l’air. Sa relation avec Brooke, une fille merveilleuse et compréhensive, son travail, qui ne nécessitait pas d’autre qualité que de savoir s’effacer. Il aurait pourtant dut exceller dans ce domaine, puisqu’il s’agissait de l’histoire de sa vie : disparaître. 

            Il passa ainsi le reste de la journée, au bord de la route, à se lamenter. Tous regagnaient leurs chez eux, n’ayant foiré ni leur journée de travail, ni celle des autres, ni leur vie. Personne ne remarquait le pleurnichard incapable.

WoodyA  (29.12.2007 à 23:12)
            Dans sa loge, Rachel faisait les cents pas devant Peyton, au téléphone avec la responsable de la communication de chez Tory Burch, dont la jeune femme devait devenir l’égérie de la collection printemps-été. Mais les choses prenaient un tournant nouveau, qui n’était pas sans déplaire à Rachel. 

_Je ne vois pas le problème, Marcy !
répétait Peyton, faisant rouler ses yeux à l’attention de Rachel. Cette Marcy était parfaitement insupportable. La cote de Rachel ne cesse de s’envoler, et toi tu hésites à confier la campagne à une quasi-inconnue ! […] Je sais qu’elle est très appréciée, mais enfin, cette nana joue dans une sitcom pour ados! C’est quand même autrement moins sophistiqué que d’avoir eut le premier rôle du dernier Coppola, non ? […] C’est ça oui,  reparles-en avec elle, mais essaye de lui présenter les choses sous cet angle. […] Oui, à plus ma chérie.

 
            Elle reposa son  Vertu flambant neuf sur l’accoudoir du sofa et se leva. Rachel et elle étaient face à face. 

_Cette gourde me tape sur les nerfs,
siffla Rachel, je sais très bien pourquoi elle ne veut pas de moi sur sa stupide campagne !
_Oh non… Rachel…
_Mais je te jure que j’ignorais que c’était son mari ! 

             Peyton se passa la main sur le visage, agacée par l’attitude irresponsable de son amie.  

_On en reparlera chez toi,
reprit Peyton. Il me faut un verre. 

 
            Elle quittèrent la loge et se dirigèrent vers le parking du studio. En traversant la longue allée qui séparait sa loge du dit parking, Rachel ne put s’empêcher de remarquer le pauvre petit assistant maladroit, qui avait été humilié plus tôt dans la journée par le gros Georges. Il avait la tête entre les genoux et semblait ne plus respirer. Elle arrêta Peyton et se dirigea vers le jeune homme. Elle lui tapota légèrement l’épaule. Lucas sortit en sursaut de son sommeil, tandis que les deux demoiselles eurent un mouvement de recul paniqué. 

_Ca va aller ?
lui demanda-t-elle.
 
             Et là, il se passa quelque chose de très étrange. Il la fixa de longues secondes, étonné qu’on (et surtout qu’ELLE) s’intéresse à lui. Il y eut un moment de flottement, un silence religieux, puis son menton se mit à trembler. Rachel comprenait qu’il était sur le point d’exploser, elle était très embarrassée, parce que, honnêtement, elle se fichait un peu qu’il aille mal. Elle commençait en fait même à regretter son geste.  

_Vous êtes la première personne à vous soucier de moi,
gémit-il. Je suis resté sur ce trottoir toute la journée, et personne ne m’a adressé la parole.
_Oh, je vois. C’est triste… j’imagine. Répondit-elle. Bon, ben on va y aller.

 
            Peyton mit un grand coup de coude dans les côtes de son amie.
 
_Quoi ? chuchota-t-elle. Qu’est-ce que tu veux que je lui dises !
_Euh je ne sais pas ! ironisa-t-elle. Peut-être que tu pourrais gentiment lui proposer de le raccompagner chez lui. Tu vois bien qu’il est au bord de la dépression ce pauvre garçon !
_Mais enfin, Peyton, je ne le connais pas. Et puis il a regardé ma poitrine bizarrement sur le plateau tout à l’heure, c’est peut-être un malade !

 
            Lucas se leva. Leur conversation n’était pas discrète. 

 _Ne vous tracassez pas. Je vais rentrer en bus, articula-t-il de façon à peine audible, avant de se diriger en traînant des pieds, les mains dans les poches, vers la sortie.
_Mais il est minuit passé… remarqua Peyton. Il n’y a plus aucun bus à cette heure.
_Oh…se contenta-t-il de dire. Je vais marcher un peu alors, de toute façon, je ne suis plus à ça près. 

 
            Elle lança un regard noir à Rachel, qui baissa les bras devant l’insistance de son agent. Il n’avait pas l’air dangereux après tout. 

_Allez, venez, je vous offre un verre et je vous ramène ensuite,
abandonna-t-elle. Ma voiture est garée au parking.
_Non, non, je vous assure, ça va aller, mentit-il.
_Ecoutez, ne faites pas l’enfant et venez avec nous ! lui ordonna Rachel. 

             Intimidé par le ton exigeant de la jeune femme, Lucas rebroussa chemin et les suivit jusque dans le fabuleux duplex. La maîtresse de maison prit place derrière le comptoir de sa cuisine américaine suréquipée, tandis que ses invités s’installèrent confortablement sur le canapé design hors de prix de cette dernière. 

_Qu’est-ce que je vous sert, Lucas
, Vodka ? Champagne ? Tequila ? lança-t-elle. Les trois en même temps et un antidépresseur ? murmura-t-elle à sa propre attention. 

Musique : 

 
             Après quelques verres, Lucas semblait nettement moins ennuyeux. D’un part, il avait réussit à accrocher un sourire à son visage, et, d’autre part, ce sourire s’avérait être absolument charmant.  

_C’est fou ce que vous êtes différente de la Rachel Gattina que je côtoie sur le plateau,
remarqua Lucas.
_C’est fou ce que tu as du mal à comprendre le principe du tutoiement, rétorqua-t-elle, un brin vexée.
_Je t’assures Lucas, Rachel est une vraie garce, ajouta Peyton, avant de s’envoyer un nouveau verre de tequila.
_Merci Peyton ! s’offusqua Rachel. Ne l’écoute pas, elle est jalouse de moi depuis toujours, conclut-elle, un sourire moqueur aux lèvres.
_Tu vois… une garce ! acheva-t-elle.

             Après quelques verres de plus, Lucas était un garçon tout à fait hilarant. 

_Sérieusement, vous trouvez ma casquette déprimante ?
questionna Lucas.
_Et bien… répondit Rachel, mise à part le fait qu’elle soit ringarde ET moche, je dirais qu’elle n’est pas « déprimante » en elle-même, mais bon…
_Disons pour faire court que cette casquette est hideuse, Lucas, enchaîna Peyton. Mais de là à se faire larguer…
_Moi je l’aurais fait ! l’interrompit-elle.
_Mais toi, tu es une garce fiancée à un homosexuel, plaisanta Lucas. Je ne vois pas en quoi ton opinion est objective !

             Après encore quelques verres de plus, Peyton était effondrée sur le canapé et ronflait comme un moteur de 4L au démarrage un matin d’hiver. 

 _Je devrais peut-être y aller quand même, il est trois heures du matin, s’étonna Lucas.
_Ne compte pas sur moi et mon sang plein d'éthanol pour te raccompagner ! C'est dommage que tu n'aies plus d'emploi, tu aurais pu te payer un taxi autrement ! s’amusa Rachel.
_Merci de me le rappeler ! la taquina-t-il. En plus personne ne m’attend à la maison, ajouta-t-il.
_Cruelles vies que les nôtres !
 
             Elle leur resservit une coupe de champagne et leva la sienne. 

_A nos histoires pitoyables !
trinqua-t-elle.
_A feu mes folles nuits d’amour avec Brooke ! renchérit-il.
_A mes non nuits d’amours avec mon fiancé !
_A ton fiancé gay !
_A lui, et à tous les inconnus sur qui je saute par désespoir ! 

           
Ils entrechoquèrent leurs coupes et les descendirent d’une traite. Lucas reposa son verre sur la table et esquissa un sourire charmeur.  

_Et… A tout hasard, te sentirais-tu désespérée, là maintenant? 

            
            Elle fixa un bref instant ses yeux verts et sa bouche charnue. 

_Tu n’imagines même pas à quel point ! 

            
            Les mots agirent comme des aimants. Sans plus de cérémonie, elle se rua sur lui comme s’il allait s’échapper. Sous le poids de la rousse incendiaire, il bascula en arrière, tandis qu’elle s’appliquait à lui offrir le baiser de sa vie. Il se laissa faire avec plaisir, mais reprit rapidement le dessus. Ses mains caressèrent ses cheveux, avant de parcourir son dos, pour terminer agrippant fermement ses reins. Rachel décolla son visage du sien quelques instants, le temps de lui retirer son t-shirt. Ce qui se trouvait dessous allait au-delà de ses espérances. A la vue de son torse, un sourire coquin se dessina sur ses lèvres. Il entreprit à son tour de lui retirer avec empressement sa chemise, mais défaire les boutons prenait un peu de temps. Enfin, elle céda. Ils continuèrent leur bouche à bouche agité, mais furent interrompus par Peyton, qui gesticulait dans son sommeil.
             Rachel se mit debout et partit à reculons en direction de l’escalier qui menait à la chambre. Elle lui fit signe de la suivre de l’index, ce qu’il fit sans se faire prier. Ils montèrent à l’étage tout en continuant leur mise en bouche. Arrivés, il la plaqua contre la porte de sa chambre et interrompit leur baiser.  

_Tu es magnifique.
_Je t’en prie Lucas, je suis assez saoule pour ne pas avoir besoin de ça.
 
             Il haussa les épaules. Elle ouvrit la porte et l’attira à l’intérieur. Retirer les vêtements qu’ils leur restaient ne leur prit pas très longtemps, et bientôt, ils finirent ce qu’ils avaient commencé sur le canapé, dans le confort non négligeable du lit King size de la propriétaire des lieux.

WoodyA  (29.12.2007 à 23:16)
Musique :
 
             En émergeant, le matin suivant, sortie de ses rêves par la tonitruance du réveil posé sur sa table de nuit, qu’elle stoppa d’un coup de poing approximatif, Rachel s’étira, baillant avec fracas. Ses bras décrivirent de part et d’autre de sa tête un arc de cercle, jusqu’à ce que la course de sa main gauche ne soit stoppée nette par un corps étranger entre ses draps. La soirée lui revint en mémoire instantanément, alors que les derniers nuages de son habituel brouillard matinal quittèrent le nid douillet de son cerveau.
             A ses côtés, gisait l’inerte assistant de réalisation, la joue plaquée sur la taie d’oreiller Armani Home en soie lavée. Sa blondeur contrastait avec la teinte chocolat du linge de lit, tout comme la teinte dorée de son dos, largement à découvert, créait une harmonie délicieuse. Elle sortit rapidement de sa méditation, rattrapée par un mal de crâne sonnant comme l’écho douloureux de ses excès de la veille.
             Elle secoua vivement son bel au bois dormant. 

_Réveille-toi, Lucas !
le somma-t-elle. 

           
Il ouvrit péniblement les yeux, lorsque sa vision fut claire, il eut un petit mouvement de recul. Rachel était dans son lit ! Mais… une minute… ce n’était pas son lit ça, il n’y avait pas de trous. Il inspecta la pièce autour de lui. Tout lui revint en mémoire lorsqu’il aperçut les épaules dénudées de Rachel, entourée du drap. Un sourire grivois vint se hisser à ses lèvres. 

_Arrêtes ça tout de suite !
lui ordonna-t-elle.
_Quoi ? 

           
Elle le frappa avec son coussin, avant de ramasser son caleçon, qui traînait au pied du lit et de lui lancer en plein visage.  

_Allez, rhabille-toi,
continua-t-elle, froidement. Je vais aller prendre ma douche, et quand je descendrais, on fera comme si rien ne s’était passé.
 
             Elle se leva, toujours enveloppée de son drap, découvrant un Lucas nu comme une ver. Elle se rendit à la salle de bain sans même un regard. Il resta quelques instants immobile, à se dire que sa vie reprenait simplement son cours normal. 

            En bas, Peyton se préparait une aspirine, une tentative désespérée de faire passer sa gueule de bois. A la vue de Lucas et de son état peu enviable, elle sourit. Il prit place sur l’un des tabourets entourant l’îlot central et passa, las, sa main sur ses cheveux rasés. Une autre personne aurait choisit cette option car il s’agissait avant tout de la coupe à la mode chez les mannequins les plus en vogue, lui y voyait les économies qu’il réalisait en s’évitant de fréquent passages chez le coiffeur. Même si maintenant qu’il était au chômage, on allait certainement lui couper l’électricité, et qu’il ne pourrait donc plus utiliser sa tondeuse un mercredi sur deux, le match de basket en fond sonore. Voilà ce que lui évoquait le fait de se toucher les cheveux… 

_Mal au crâne aussi ?
l’interrogea-t-elle.
_Non, je pensais à mon coiffeur. Enfin, si, j’ai mal à la tête aussi mais…
_C’est bon ! N’en rajoute pas. Le coupa-t-elle, en lui tendant son propre verre. 

             Rachel apparut quelques instants plus tard, les traits tirés par la fatigue, un chignon mouillé en guise de coiffure, dans un survêtement en éponge bleu klein. Elle prit place à côté de Lucas, en silence. Peyton dévisagea un moment les deux blocs de glace en face d’elle, avant d’ouvrir une bouche choquée. 

_Oh mon Dieu c’est pas vrai !
s’écria-t-elle. Tu t’es tapé le petit assistant !             Elle la fusilla du regard. Oui, elle s’était tapé le petit assistant, et non, elle ne voulait pas en parler sachant que… 
_Euh… je suis toujours là, Peyton. Remarqua Lucas.

             Peyton porta sa main à sa bouche, gênée, et fit ce qu’elle pensait être un discret clin d’œil à son amie. Celle-ci enfoui son visage dans ses mains, encline à la honte, la colère et une migraine qui tardait à se faire oublier.

WoodyA  (29.12.2007 à 23:22)
Musique:  

_Et POURQUOI devrais-je?
maugréa  Georges, tout en  faisant ses réglages quotidiens sur le plateau.
_Parce qu’étant donné que nous avons encore pas mal de scènes à tourner, répondit-elle, insolente, et que je sais être une vraie garce quand je veux, un homme avec un minimum de bon sens s’efforcerait de satisfaire à mes requêtes. D’autant plus que celle-ci n’a rien d’extravagante. J’ajouterais également que ce garçon est un formidable défouloir pour toutes les personnes présentes sur le plateau, et toi en particulier. Considère ça comme un simple caprice.
 
             Bien sûr qu’il lui céda… on ne pouvait rien refuser à Rachel. Il appela le jeune assistant maladroit pour lui sommer de regagner le plateau dans la demi-heure. Elle sourit et le quitta, satisfaite de sa B.A, qui rattraperait certainement le fait qu’elle se soit servit de Lucas comme d’un sex-toy haut de gamme. Alors qu’elle regagnait sa caravane, son téléphone vibra dans la poche de son jean. 

 _Allô ?
_C’est Lucas. Attends ! Ne raccroche pas ! Je voulais juste te dire merci. Georges vient de m’appeler, je sais que tu l’as convaincu de me reprendre. Alors merci.
_Tu rêves Lucas, je n’y suis pour rien si Georges est trop bête et gras pour se rendre compte de ton incompétence. Répondit-elle avant de lui raccrocher au nez.
 
             A la seconde même où elle fit glisser le clapet de son téléphone, celui-ci se remit à vibrer. Sans même prendre la peine de regarder qui cherchait à la joindre (bien évidemment qu’il s’agissait encore de Lucas !), elle vociféra dans l’appareil. 

_Tu vas me lâcher, oui ?
_Je vais bien, merci, et toi, sorcière ? répondit Chris à l’autre bout du fil.
_Oh, c’est toi. Qu’est-ce que tu veux ?
_Je suis à l’entrée du studio, mais le gorille décérébré à la grille refuse de me laisser accéder au plateau.
_Comme quoi il n’est peut-être pas si décérébré que ça…
_Viens m’ouvrir, bordel !

             Elle rit de bon cœur puis raccrocha. Elle alla ouvrir à son fiancé officiel. Un rapide coup d’œil aux alentours, personne. Ils étaient dispensés de la corvée de baisers. Elle le conduit jusqu’au plateau numéro 8 où elle devait, non sans plaisir, tourner sa première scène romantique avec son séduisant partenaire. Elle présenta Chris à toute l’équipe, papillonnant des cils comme une jeune fille en fleur. Wentworth fit son entrée quelques minutes plus tard, beau à couper le souffle, Rachel et Chris sourirent à s’en décrocher les mâchoires à sa vue. Il les salua d’un discret signe de la main et passa entre les mains de Georges qui lui expliqua ses attentes pour cette scène, qu’il voulait intense et romantique. L’apollon acquiesçait, sous le regard captivé des faux amants.  

_Quel homme…
s’extasia Chris.
_Pas touche ! répliqua instantanément Rachel.
 
             Un vacarme se fit entendre au fond du plateau. Tous tournèrent la tête et purent apercevoir Lucas, qui venait de se prendre les pieds dans les nombreux fils jonchant le sol. Il releva honteusement la tête. 

_Je vais bien ! Désolé, faites comme si je n’étais pas là,
s’excusa-t-il. 

            Mais tout le monde avait déjà la tête ailleurs. Il épousseta son jean, retira sa casquette et jeta un rapide coup d’œil à Rachel et son fiancé tellement si peu intéressé par le sexe opposé que c’en devenait d’une évidence choquante. En même temps, il savait très bien de quoi il retournait, c’était facile à dire, pour lui. Les confidences sur l’oreiller, il n’y a que ça de vrai.  

Musique :
  

             Lorsque tout fut en place, Georges hurla « action » dans son mégaphone et Rachel et son partenaire surgirent de derrière une porte, essoufflés. Les gars des effets spéciaux avaient concocté un joli spectacle pyrotechnique en arrière plan, derrière la pseudo fenêtre. Les deux acteurs étaient complètement paniqués, en sueur et sales, comme les affectionnaient les spectateurs, crades mais sexy.
 
            Wentworth se colla dos au mur et entraîna Rachel par le bras, pour ne pas être vus de l’extérieur. 

_J’ai peur, Dean,
susurra « Gloria ».
_Moi aussi… moi aussi.
_Dis moi que tout ira bien, qu’on ne va pas mourir… 

           
Il bascula en face d’elle et encadra son visage des ses mains puissantes. Il colla son front contre le sien. 

_Tu ne vas pas mourir, je ne les laisserai jamais te faire de mal, tu entends ?

 
            Elle acquiesça et ils échangèrent un baiser censé rendre hystériques toutes les fans du jeune homme. Ils se laissèrent glisser le long du mur et entamèrent un déshabillage en règle. Aux côtés de Georges, Lucas ne pouvait s’empêcher de souffrir physiquement devant la médiocrité du scénario, tous les clichés avaient étaient réunis et mixés dans un seul et même film. Il serait descendu par la profession, mais acclamé dans les salles, par un public toujours plus avide de chaos intellectuel.
             La scène fut tournée, et retournée, sous tous les angles possibles et inimaginables, des heures durant. Il n’en voyait pas le bout, d’autant plus qu’on ne lui demandait basiquement pas grand chose. Il allait de temps en temps chercher des cafés, lorsque la vie lui souriait, il pouvait s’éloigner un peu de la futilité ambiante. Il pouvait s’éloigner de Rachel, qu’il était forcé de regarder se déshabiller et simuler l’amour avec un type mille fois mieux gaulé, beaucoup plus sexy, riche, célèbre, bref, bien plus « winner » que lui. Elle était incroyablement convaincante, trop, à son goût. Il croyait même reconnaître certains de ses gestes, de ses soupirs, pour y avoir eut droit la veille au soir. Tout ceci était très déstabilisant. Vraiment.
 
            Alors qu’il était un peu perdu dans ses pensées, Chris s’approcha de lui, s’ennuyant visiblement au plus haut point.  

_Magnifique, hein ?
fit-il à son attention.
_Elle ou lui ? s’amusa Lucas.

             Chris se tourna vers lui, ébahi. Lucas réalisa qu’il venait peut-être de faire une nouvelle boulette. 

 _Je… c’est pas ce que je voulais dire ! C’était juste un blague, ni plus, ni moins. Tenta-t-il de se rattraper. C’est vrai quoi, c’est un beau mec. Enfin, pas que je sois gay, mais, objectivement, je veux dire, il est pas mal…

             Il sentit une main lui tapoter l’épaule. Il se retourna et se trouva face à face avec Peyton. 

_Je vais essayer d’être claire, Lucas, si quoi que ce soit de ce qui s’est passé hier, ou de ce que tu as pu entendre franchit le seuil de ta bouche, je n’hésiterais pas à faire jouer mes quelques relations pour t’empêcher, et de faire carrière, et de reconquérir ta copine. Je suis certaine qu’elle n’apprécierait que modérément de savoir que tu as profité de votre pause pour t’envoyer en l’air avec une actrice plus jolie qu’elle, tout comme notre ami Chris, ici présent, et dont la langue commence à pendre un peu trop, serait dévasté de découvrir que son secret n’en est plus un pour la base de ses fans recouvrant, pour faire simple, quelques millions de pucelles aux oreilles bouchées par leur bêtise, merci les années 90, au passage, donc tu vas faire comme si tu n’avais rien dit, Chris va faire comme s’il n’avait rien entendu et vous allez tous les deux continuer à mater la jolie Rachel. Toi comme si tu ne te l’étais jamais faite, et toi comme si tu allais te la faire en rentrant chez toi ce soir, et tout le monde sera content. Maintenant excusez moi, je dois échanger deux mots avec ma cliente.

 
            Elle se fraya un passage entre les deux jeunes hommes et gagna le devant du plateau. Rachel finit sa scène et se précipita sur son amie pour lui demander ce qu’elle en avait pensé. Elle lui assura qu’elle était géniale, et que si Allen avait préféré Scarlett Johanson pour jouer dans son prochain film, c’est juste parce que c’était un snobinard à lunettes qui ne savait pas reconnaître le talent quand il le voyait. Peyton était très en forme ce jour là. 

            Elles se dirigèrent toutes deux vers la caravane de Rachel, en ne manquant pas d’attraper Chris au passage. Lucas et elle échangèrent un regard pudique, et elle disparût dans l’éblouissant rayon de lumière qui traversait le studio une fois l’immense porte coulissante ouverte.

WoodyA  (29.12.2007 à 23:27)
            Dans l’étroite caravane, Rachel se changeait pendant que Peyton tapotait nerveusement les touches de son Black Berry.  

_Tu sais qu’il y a des gens qui sont devenus accrocs ?
se moqua-t-elle.
_Si tu savais ce que je suis en train de faire pour toi en ce moment, tu serait un peu moins railleuse, rétorqua Peyton.
_Dis toujours, on verra.
_  « JE » suis en train de t’arranger l’audition du siècle, figure toi !
_Genre ?_Genre même Chalize Theron est sur le coup. 

 
            Rachel ouvrit grand la bouche, abasourdie. Peyton était un agent vraiment incroyable. Elle savait mieux que personne négocier avec des producteurs frileux, des réalisateurs capricieux, des acteurs principaux orgueilleux, pour placer son poulain toujours plus haut. Mais bien plus que ça, c’était une oreille attentive, une amie merveilleuse, compréhensive, une perle rare, un peu brute de décoffrage, mais il lui fallait bien ça, à elle, la petite starlette, pour l’empêcher de tourner complètement peste indigeste. 

            Dans le fond de la caravane, une voix que tout le monde avait déjà oubliée s’éleva.  

_J’adoooooore Charlize Theron ! s
’exclama Chris, toujours plus gay. J’espère qu’elle aura le rôle.
_Ca me fais chaud au cœur ce que tu me dis là, se vexa Rachel, dont l’ego était quand même un peu plus gonflé que celui de la moyenne.
_Mais je dois avouer, reprit-il, qu’après t’avoir vu bosser cet après midi, et même si le scénario craint, tu es vraiment douée. Tu étais magnifique. 

           
Elle sourit, attendrie. C’était la première fois que Chris avait un mot gentil à son attention.  

_Merci, Chris.
 
_De rien. 

Musique :

 
             Il replongea dans la lecture de son magazine, dont Rachel et lui faisaient la couverture. Il titrait sur leur union future, lui aussi. Une belle mascarade. Peyton, de son côté, l'ignorait déjà, bien trop occupée à lui arranger son audition déjà mythique. Lasse, Rachel s'empara de l'un des magazines people qui jonchaient la table et qui parlaient tous d'elle d'une façon ou d'une autre. Les stars qui disent qu'elles ne s'occupent pas de ce qu'on dit d'elle dans la presse mentent, qui pourrait résister à découvrir ce que le monde entier pense de vous? Pas elle, en tout cas. Elle feuilleta machinalement les pages glacées, jusqu'à ce que son visage ou celui de Chris retienne son attention. Mais celle-ci fut captée par un autre visage familier, trop familier. Elle referma aussi sec le journal, enfila une veste et se précipita à l'extérieur, sous les regards décontenancés des deux autres personnes présentes.
 
             Elle courut littéralement à sa décapotable et quitta les studios avec empressement. Sur la route, qu'elle connaissait par cœur, elle ressassait de vieux souvenirs. La petite voix de l'espoir qui ne l'avait jamais quittée se faisait de plus en plus retentissante, un sourire se dessina sur son visage.

             Quelques minutes après avoir franchit la porte de sa caravane, elle arriva à hauteur d'un grand portail de la banlieue chic de Los Angeles, elle s'identifia auprès du gardien, qui la laissa pénétrer dans l'enceinte de l'imposante propriété, elle remonta l'allée encadrée de cyprès majestueux et se gara sur la gravier blanc. Elle claqua fort la porte de son coupé sport, gravit les quelques marches qui menaient à la porte d'entrée et sonna avec insistance. Une jeune femme qui parlait mal anglais lui ouvrit la porte et la fit entrer. Elle la pria de prendre place dans le salon, sans qu'il ne fût besoin qu'elle lui en indique le chemin.
            Après une courte attente, un jeune homme apparût sous l'arche qui séparait le petit salon de l'entrée...Jake.  

_Rachel? Quelle surprise!

 
            Visiblement très émue, Rachel se contenta d'esquisser un sourire. Il s'approcha d'elle et la prit dans ses bras pour la saluer. 

_Qu'est-ce que tu fais là?
Lui demanda-t-il.
_J'ai appris pour toi et Andrea. Alors je...

 
            Elle réalisa qu'elle n'avait rien à ajouter. Elle avait appris pour lui et Andrea, et après? Qu'attendait-elle? 

_Alors tu t'es dit que tu allais passer pour voir si j'allais bien peut-être?
Poursuivit-il.
_Voilà, se contenta-t-elle de dire, tout en s'asseyant.
 _Ca me fait très plaisir. Regarde toi, tu es magnifique!
 
_Merci. 

 
            Elle était gênée, ne savait trop quoi dire. Il s'assit à côté d'elle et la regarda quelques instants sans rien dire. Le silence devenait pesant, aussi Rachel décida d'y mettre un terme. 

_J'ai beaucoup pensé à toi, ces derniers temps, Jake.
 
_C'est pour ça que tu es là? Tu espères que maintenant que je suis célibataire je vais te retomber dans les bras?
_Un peu, oui. 

           
Il sourit devant la franchise de la jeune femme. Elle était toujours aussi belle, si ce n'était plus et sa spontanéité de petite fille le faisait toujours autant fondre. Andrea lui avait brisé le cœur, il avait besoin de se sentir aimé et Rachel était là pour le secourir. Il prit sa main et la fit se lever.  

_Je t'emmène manger, viens,
lui proposa-t-il.

             Elle le suivit, ravie. Il la conduisit à sa chambre où il enfila des vêtements moins décontractés. 

_Où va-t-on?
Demanda Rachel.
_Je t'emmène à l'Ivy.
_Je ne suis pas habillée pour aller à l'Ivy, Jake, regarde moi, je suis en jeans!
_Qu'à cela ne tienne, on fait un petit saut par chez toi avant.
_D'accord, dit-elle en se dirigeant vers la sortie, suivie de Jake. En bas des escaliers, elle se retourna. Tu ne réserves pas? 

           
Il lui fallut une seconde pour réaliser la stupidité de sa question. S'il y a avait une personne dans toute la ville qui n'avait pas besoin de réserver, c'était bien Jake. Après tout, c'était son père qui possédait la moitié de Los Angeles. Sa famille était exclusivement composée de magnats de l'immobilier, mariés à des actrices, mannequins et autres "filles de" toutes plus belles les unes que les autres. Jake, le cadet des Jaglieski, ne dérogeait pas à la règle. Il venait de terminer ses études de business à Berkeley, et ne fréquentait que les plus jolies actrices confirmées que pouvait compter la cité des anges. Auparavant séducteur invétéré, il s'était assagit lorsqu'il avait rencontré Rachel, alors débutante, lors d'une remise de prix, il y a de cela 3 ans. Leur histoire avait duré plus d'une vingtaine de mois, avant de s'achever lors du départ, pour un an, de Jake pour Londres, où il avait rencontré Andrea.
 
                        Le chauffeur les conduisit chez Rachel. Jake l'accompagna dans son loft, qu'il n'avait pas encore eu l'occasion de visiter. Elle le fit s'installer et monta à sa chambre pour se changer. La femme de ménage était passée, et il ne restait de ses ébat de la veille que des souvenirs, qu'elle s'efforçait de chasser de sa mémoire. Elle ouvrit les portes de son dressing et réfléchit à ce qu'elle pourrait bien porter. Elle s'empara d'une minirobe violette McQueen et se déshabilla. Mais en rencontrant son reflet dans le miroir, en sous-vêtements, une meilleure idée s'empara d'elle. Elle redescendit telle quelle et trouva Jake qui admirait la vue imprenable qu'avait l'appartement sur les hauteurs de la ville. Il ne l'entendit pas s'approcher, pieds nus. Elle se plaça derrière lui et l'entoura se ses bras. Il se retourna et constata qu'elle ne portait en tout et pour tout que 200 grammes d'un tissu très délicat. Comment résister? Il retira la veste de son costume et desserra sa cravate. Il l'admira un instant, caressa ses cheveux roux flamboyants et enfin apposa ses lèvres contre les siennes. Il attrapa son téléphone et passa un coup de fil. 

_Vous pouvez prendre votre soirée, je vais rester chez mon amie cette nuit. Bonsoir.

 
            Il raccrocha et jeta le téléphone sur le canapé. Elle se jeta dans ses bras et ils montèrent à la chambre.
            Ils ne se rendirent pas au restaurant ce soir.
 

             Au petit matin, Rachel s'éveilla, comblée, dans les bras de Jake. Elle en rêvait depuis la première nuit qu'elle avait passée sans lui. Elle s'extirpa discrètement du lit et descendit à la cuisine préparer un vrai petit déjeuner. Malheureusement, elle était loin d'être un petit cordon bleu, et l'odeur de toast brûlé réveilla son invité, qui la rejoignit. 

_Qu'est-ce que qu'il s'est passé ici?
Demanda-t-il.
_Tu te souviens à quel point j'étais mauvaise en cuisine à l'époque?
_J'ai bien peur que oui.
_Et bien je crois que ne me suis pas améliorée...

 
            Jake attrapa son téléphone, qui n'avait pas quitté le sofa, et composa le numéro de son cuisinier. Il passa sa commande et demanda à ce qu'on la lui livre chez Rachel. Celle-ci ne cessait de le fixer, totalement reconquise, et toujours aussi émerveillée par sa capacité à avoir une solution à tout. Cela dit, lorsque l'on a ses moyens, il est nettement plus facile d'avoir des solutions. Jake raccrocha et se tourna vers elle. Il s'appuya contre l'îlot central et tapota ses doigts contre le bois sombre. 

_Je dirais que nous disposons de ... 40 bonnes minutes avant de pouvoir déjeuner,
déclara-t-il en regardant sa montre qu'il n'avait pas pris la peine de retirer de la nuit.
_ C'est un peu juste, mais je m'en contenterai!
 
             Ils allaient mettre leurs précieuses minutes à profit lorsque quelqu'un toqua à la porte.  

_Déjà?
S'exclama Rachel.

             Elle se leva et alla ouvrir. C'était Peyton, inquiète de n'avoir pas eu de nouvelles depuis sa sortie fracassante de la veille.  

_N'allume pas ton téléphone, surtout!
Aboya Peyton, avant d'entrer sans y être invitée. Tu sais que j'étais morte d'inquiétude...

             Elle s'immobilisa lorsqu'elle aperçut Jake en caleçon au beau milieu du salon de son amie. Elle n'ajouta rien et fit demi tour, passant devant Rachel, toujours à côté de la porte d'entrée.  

_Appelle moi pour me raconter,
murmura-t-elle en passant devant elle. Bye, Jake! Cria-t-elle à son attention.
_Salut, Peyton! lui répondit-il

             Rachel referma la porte et retourna auprès de Jake. Elle l'embrassa avant d'ajouter: 

_Tu ne peux pas savoir comme je suis heureuse...

 
            Jake se raidit et se détacha d'elle. Il alla s'asseoir sur le canapé et l'invita à le rejoindre. 

Musique
:
 
_J'espère que tu crois pas que... enfin que c'est reparti entre nous deux.
_Comment ça?

 
            Il se passa la main sur le visage. Evidemment qu'elle n'attendait que ça. C'était Rachel. Avant qu'il ne parte pour Londres, elle commençait à lui parler d'acheter une maison ensemble. Il était d'ailleurs soulagé de partir, quelque part. Il se releva et commença à rassembler ses affaires éparpillées à travers l'appartement. 

_Qu'est-ce que tu fais?
demanda innocemment Rachel, qui tentait de se voiler la face.
_Ecoute, Rachel, je sais comment tu fonctionnes, je sais ce à quoi tu penses. On s'est bien amusé hier soir mais...
_Mais?_Mais je ne veux pas te donner de faux espoirs. Je pensais que tu avais dépassé tout ça. 

           
Elle se leva et s'approcha de lui, tentant de le prendre dans ses bras.  

_Tu ne crois pas qu'on pourrait au moins essayer? On était bien, tous les deux...
souffla-t-elle.

 
            Il retira ses mains et s'éloigna, sans rien dire.  

_Jake, s'il te plaît.
 

           
Dans le même silence pesant, il remonta à la chambre chercher les quelques affaires qui lui manquaient. Rachel resta, immobile au milieu du salon. Lorsqu'il redescendit, elle le suivit du regard, franchir le seuil de la porte, toujours sans un mot, puis disparaître.
             Comme inhabitée, elle se rendit à sa salle de bain, et se prépara, soigneusement. Elle prit une douche qu'elle aurait voulue salvatrice, se fit belle, se maquilla un peu trop, comme lorsqu'elle était triste, enfila une tenue minutieusement choisie et quitta son appartement. Elle avait laissé sa voiture chez Jake, la veille, aussi héla-t-elle un taxi. Une vieille voiture s'arrêta à sa hauteur, elle grimpa à bord.  

_Je vous emmène où?
Demanda le chauffeur.

             Rachel dut sortir de son somnambulisme pour répondre. Elle fouilla dans son sac et sortit une liasse de billets de 100 dollars, qu'elle lui tendit. 

_Roulez.
 

           
Elle se laissa retomber lourdement en arrière.

WoodyA  (29.12.2007 à 23:35)
            Dans son appartement, Lucas fixait, hypnotisé, l'écran de son ordinateur. Le curseur clignotait sur la page blanche. Les rideaux étaient tirés depuis que Brooke était partie, seul un rayon de soleil avait réussit à se faufiler dans une des rares brèches, laissant apparaître la poussière qui flottait dans l'air. Un bruit de clé, dans le couloir, le fit sursauter. Brooke! Ce devait être elle. Il se précipita à sa rencontre, pensant qu'elle allait tomber dans ses bras, lui dire qu'elle ne pouvait pas vivre sans lui. 
            La porte s'ouvrit, ils tombèrent nez à nez. 

 _Brooke! 

 
            Il s'approcha d'elle pour l'embrasser, mais celle-ci stoppa son geste. 

_Je ne suis pas là pour ça, Lucas. Je viens reprendre mes affaires. Je rentre à Tree Hill
_Mais enfin, ça ne fait que trois jours que tu es partie... tu... tu devrais encore réfléchir, tu pars sur un coup de tête, comme ça?
_Lucas, le coupa-t-elle, exaspérée, ne crois pas que c'est une lubie qui m'a prise il y a trois jours, tu sais parfaitement que ça ne marche plus depuis un petit moment entre nous. 

 
            Elle entra dans l'appartement et commença à récupérer ses affaires. Lucas resta devant la porte, il se tourna pour lui parler, mais ne bougea pas. 

_C'est faux, voyons! On discute beaucoup, on partage nos joies et nos peines, Brooke, on a toujours fonctionné comme ça! On s'aime toi et moi.
_"TU"! TU partages tes peines et tes doutes, TU discutes beaucoup. Moi je ne suis qu'un réceptacle à lamentations. Ouvre les yeux, bon sang, s'énerva-t-elle, ça doit faire des mois que tu ne m'as pas demandé comment j'allais, ce que j'avais fait de beau dans la journée, si mon travail me plaisait! Quand je rentre, le soir, je croise les doigts pour que tu ne sois pas encore à la maison, pour que j'aie le temps de décompresser sans que tu me sautes dessus pour geindre.
 
_Mais je t'aime, moi...
_Et bien ce n'est plus réciproque, s'adoucit-elle. 

            Lucas se dirigea vers le canapé et se laissa tomber brutalement. Brooke, prise de pitié, s'avança vers lui et s'accroupit.  

_Je suis tombée amoureuse d'un jeune lycéen ambitieux, curieux, amoureux de la vie... et je me suis retrouvée avec un fantôme qui subit sa vie en se refusant de la prendre en main. Je suis désolée, mais je ne suis pas attirée par ce type. Si tu retrouves le Lucas Scott que j'ai aimé en terminale, dis lui de me rejoindre à Tree Hill. 

 
            Elle l'embrassa sur la joue, attrapa son sac et quitta l'appartement, non sans émotion. Elle venait de tourner une page importante de sa vie, et même si elle était soulagée, elle ne pouvait empêcher son cœur de se serrer. Le léger pincement se fit plus fort lorsque la porte se referma sur Lucas, son passé.
            A l'intérieur, celui-ci digérait la nouvelle. Comment en était-il arrivé là? C'est vrai qu'il était devenu un étranger, l'ombre de lui-même, où était passé sa fouge? Son ambition? Toutes les promesses qu'il s'était faites en débarquant de sa province? Les affirmations de Brooke résonnaient inlassablement. Ces paroles, ce "je ne t'aime plus", eurent l'effet d'un électrochoc. Elle devait encore être en bas!
            Il se leva et dévala les escaliers quatre à quatre, il bondit hors de l'immeuble et courut pour la rattraper. Il l'aperçut, de dos, il l'aurait reconnu entre mille, ses belles boucles brunes, avec leur reflet tout particulier... il l'attrapa par le bras et la retourna violemment, pour l'embrasser avec passion. 

_Ne t'en vas pas. Reste avec moi, aide moi à me relever!
L'implora-t-il.

             Elle secoua la tête de gauche à droite, il vit briller ses yeux, ils s'embuaient. 

_C'est trop tard,
murmura-t-elle, je suis désolée.

 
            Sans plus d'explications, elle poursuivit sa route, s'évaporant au milieu de la foule. Lucas, immobile, la suivit des yeux, jusqu'à ce qu'elle ne soit plus qu'un souvenir

WoodyA  (29.12.2007 à 23:38)
_Coupez! On la garde, on ne pourra PAS obtenir mieux de vous, je pense, s'époumona George contre les figurants.
 
             Il descendit de sa chaise et parcourut le studio des yeux. Rachel était aux abonnés absents, finalement, tout le monde était là, sauf elle, comme à chaque fois. Et, bien entendu, c'était à elle. Si elle avait été là, ils auraient peut-être pu commencer rapidement, et ne pas déborder de leur planning. Mais non. Pas de Rachel, pas de scène. Il frotta sa main entre son nez et sa bouche, tout en reniflant, une habitude dégoûtante, et encore plus sur un petit tas de graisse échevelé tel que Georges. Il envoya finalement Lucas la chercher à sa caravane, en espérant simplement qu'elle y soit.

             Il s'exécuta, sans toutefois se presser. Confronter Rachel pour lui sommer de regagner le plateau n'était, bizarrement, pas dans le top 10 de ses envies du moment. Il toqua, plusieurs fois, même, mais personne ne se manifesta. Il avait maintenant le choix: revenir les mains vides et subir les foudres de son patron, ou entrer sans permission et affronter le courroux d'une furie. Il ouvrit la porte doucement et entra.
                         Elle était assise sur la banquette en cuir. Sur la table, devant elle, une bouteille de vodka bien entamée. A la vue de Lucas, Rachel ouvrit grand les bras. 

_Lucaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaas!
S'écria-t-elle.
 
             Elle se leva difficilement, non sans tituber et se jeta dans ses bras. Ou plutôt dirons nous qu'elle lui tomba dans les bras. Il la rattrapa, alors qu'elle laissait tout son corps reposer sur les bras de son visiteur.  

_Ouh! C'est rigolo ! Je pèse trois cent grammes! Je suis un hamster!
_Oui, Rachel, c'est amusant, mais crois moi, tu ne pèse pas trois cent gramme en ce moment même... écoute, Georges a besoin de toi pour la prochaine scène, assieds-toi, je te fais un ou deux litres de café. 

 
            Il l'assit sur le lit au fond de la caravane et prépara le café dans la kitchenette. Rachel se roulait d'un bout à l'autre du lit, puis se cacha sous la couverture, en pensant faire une bonne blague à Lucas. Elle s'aperçut rapidement qu'il l'ignorait, aussi se releva-t-elle et vint-elle s'asseoir sur la banquette où il l'avait originellement trouvée. Elle se resservit une petite dose, mais le bruit de la bouteille contre le verre fit écho jusqu'à Lucas, c'est-à-dire 30 centimètres plus loin, qui, grâce à ses réflexes impressionnants, lui retira des mains aussitôt.
  
_Rachel arrête! Tu devrais déjà être sur le plateau!_Vous êtes amusants, vous, les "hommes", dit-elle en mimant les guillemets de façon très anarchique, toujours là pour prendre soin de nous. Enfin... c'est ce que vous essayez de nous faire croire, parce que la seconde d'après, HOP! Vous avez enfilé votre complet Heidi Sliman et vous courrez hors de notre vue. Mais avant, vous n'hésitez pas à nous faire tout ce qui pourrais satisfaire vos instincts les plus dégoûtants. Comme cette fois, avec le déguisement de collégienne, ou avec les menottes... ou non! Avec cette blondasse et ses faux nichons! C'était marrant deux minutes, mais franchement, on était mieux tous les deux!

 
            Elle délirait complètement, pensa-t-il. Il allait lui servir une tasse de café, quand quelqu'un fit irruption dans la pièce. Un grand brun, assez costaud, très soigné.  

_Oh, salut. Je pensais que Rachel était seule...
s'excusa-t-il.
_ Non, je suis avec mon nouveau fiancé, comme tu peux le voir, rétorqua-t-elle, tout en se levant et en se rapprochant de Lucas, qui ne savait pas vraiment comment réagir.
_Je ne vous dérange pas plus longtemps, je venais juste te rendre ta voiture, Rachel, dit-il en en lançant les clefs à Lucas. Elle est au parking visiteurs. A plus. 

 
            Il disparut aussi rapidement qu'il était arrivé. Lucas se dit que ça devait être lui, ce fameux Heidi Sliman.  

_Il est parti,
fit-il à l'attention de Rachel, toujours agrippée à lui.
_Ah oui!

 
            Elle se rassit sur le matelas, il l'imita. Elle sourit béatement quelques secondes, puis fondit en larmes, se réfugiant sous la couette. Elle était dans un sal état, elle avait du ingurgiter bien plus d'alcool que ce qu'il pensait. Il soupira et lui tendit la main. Elle renifla et ouvrit de grands yeux, tout ronds.  

_Je te ramène chez toi, viens,
fit-il.

             Elle hocha la tête et saisit sa main, il l'aida à se relever. Il fit tinter les clés du coupé avec ses doigts, attrapa les quelques affaires de la jeune femme et ils quittèrent la caravane. Lucas se demandait comment il allait expliquer ça à George, il imaginait déjà le savon qu'il allait lui passer, mais il savait qu'il faisait la bonne chose, la pauvre fille n'était de toute façon pas capable de travailler, la journée aurait été perdu quoi qu'il fasse. Ils arrivèrent à la voiture, Lucas installa Rachel côté passager et pris place derrière le volant. Il serra lentement ses doigts sur le cuir noir, avant de faire tourner le moteur, qu'il fit rugir pour son simple plaisir, quelle sensation! Cette puissance, sous ses doigts... il eut l'étrange impression de découvrir ce à côté de quoi il passait depuis toutes ces années, la réussite à laquelle il aspirait si ardemment avait aujourd'hui pris la forme d'une voiture de sport, dans laquelle il pourrait trimballer une actrice sexy.
 
            Arrivés au loft, il dut réveiller Rachel, que le voyage avait assommée, et, une fois à l'intérieur, il téléphona à Peyton, qui les rejoignit quelques minutes plus tard. 

_
Je vais prendre le relais, Lucas, tu peux retourner travailler. 

           
Il se dirigea vers la sortie.  

_Lucas!
L'interpella-t-elle.
_Oui?
_Merci beaucoup. Tu es un quelqu'un de bien. Je parlerais à George, ne t'en fait pas.
 
_Fait attention à elle, conclut-il, avant de disparaître. 

            Peyton aida Rachel à se changer et la coucha. Elle s'installa à côté d'elle dans le lit. Elles se faisaient face.  

_Qu'est-ce que tu nous fait, Rachel?
_Il ne reviendra jamais. Notre histoire est terminée, pour toujours.
_Tu parles de Jake?
_De qui d'autre?
_Je croyais que tu étais passée à autre chose depuis longtemps, ça fait un an, chérie... 

           
Les larmes inondèrent le visage de porcelaine de Rachel.

              Peyton resta à ses côtés de longues heures, elles s'endormirent finalement mais furent réveillées par la sonnerie d'un portable. Peyton ouvrit les yeux et se releva d'un bond. Le réveil affichait 21 heures. Elle bondit hors du lit pour attraper son sac et en sortit le petit appareil. Pendant ce temps, Rachel s'éveilla, tirée de son sommeil par l'agitation de son amie. Elle l'écouta acquiescer, puis put constater que son expression s'assombrissait de seconde en seconde. Elle murmura un merci et raccrocha, un brin engourdie. 

_Qu'est-ce qu'il se passe?
Demanda Rachel.
_ C'est Georges. Il est décédé en début de soirée. 

 
            Rachel porta sa main à sa bouche, choquée, tendis que Peyton revint prendre place au bord du lit. Elle s'assit silencieusement, avant de tourner la tête vers sa cliente. Elles échangèrent un regard attristé, mais également incertain. 

_Il a été victime d'une crise cardiaque alors qu'il était seul chez lui. C'est sa décoratrice qui l'a retrouvé, il était trop tard,
poursuivit-elle.
_C'est affreux. Et le film?
_Rachel!
_Quoi? Tu te poses aussi la question ne fait pas l'hypocrite, en plus ni toi ni moi n'aimions ce gros sac. 

             Elle réalisa qu'elle allait un peu trop loin. 

_Paix à son âme, ajouta-t-elle maladroitement.
_La personne que j'ai eu au téléphone était assez pessimiste.
_C'est pas le moment idéal pour trouver un nouveau réalisateur, ils sont tous en tournage...
_Mais d'un autre côté, la moitié du film est déjà en boîte, ça représenterait une grosse perte pour les studios. Il paraît que Jerry est furieux. Il hésite à confier le job à un débutant qui ne soit pas bankable. 

WoodyA  (29.12.2007 à 23:43)

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