Debout devant sa tombe, il se sentait comme anesthésié. La maladie avait mis du temps mais elle avait vaincu la plus forte des femmes qu’il est connu. Depuis longtemps maintenant, ses amis étaient partis, le laissant seul avec sa douleur. Elle ne serait plus jamais là pour lui donner ses conseils si avisés, pour lui remonter le moral ou pour le pousser dans ses retranchements. Elle ne serait plus jamais là pour sa petite sœur Lily qui devait être retournée dans sa chambre pour pleurer sa mère. Il sentit une présence à ses côtés, et sachant déjà qui était là, il lui prit la main, la serrant pour puiser tout le courage possible. Il enlaça les épaules de sa meilleure amie, et ce geste lui en rappela un autre, similaire, il y a quelques années, pour son père de cœur… Pour Keith. Après Keith, voilà que lui et Lily perdaient une nouvelle fois un parent, leur mère qui les avait chéri le plus qu’elle pouvait.
Les souvenirs remontèrent à sa mémoire. La naissance de Lily, les premières années où il se divisait entre l’écriture de son livre, son coaching de l’équipe de Nathan à l’université et les visites régulières à sa mère et sa sœur. Karen s’en était très bien sortie, comme toujours. Jusqu’au jour où le destin tragique de leur famille avait croisé de nouveau leur route. Depuis quelques temps déjà, la fatigue et la douleur étaient au rendez-vous. Karen avait fini par consulter et après de multiples examens, la sentence était tombée. Un cancer. Comme la femme forte qu’elle était, elle était restée digne jusqu’au bout mais cette nouvelle avait anéanti Lucas qui était rentré prendre soin de sa mère. Il avait abandonné Whitey qui l’avait très bien compris. Même si sa mère n’avait pas voulu qu’il abandonne, il savait bien qu’elle avait été soulagée qu’il revienne pour l’aider à s’occuper de Lily qui n’avait que deux ans. Les traitements avaient commencé, chimio, opération, radiothérapie. A ça, il ne voulait pas y penser, il ne voulait pas penser à tous ses traitements qui avaient détruits sa mère mais à sa dignité, toujours gardant le sourire, restant présente pour Lily et même pour lui quand l’inspiration lui manquait. Elle avait été présente les jours les plus importants de sa vie, son mariage, la naissance de sa fille, le jour où son livre avait été publié. Il avait mené sa vie, tout en restant à Tree Hill. Peyton avait compris. Elle l’avait toujours compris. Et même si les premières années, elle avait vadrouillé dans tout l’état avec ses concerts, pour la naissance de leur fille, elle avait pris une grande décision. Elle reprendrait le Tric, y amènerait les plus grands groupes qu’elle avait côtoyés durant ses années loin de lui et ils resteraient ensemble. Maintenant, en plus de leur fille, ils auraient l’éducation de Lily à prendre en charge. Elle avait maintenant dix ans et très tôt avait compris la maladie de sa mère, se débrouillant seule, se reposant sur son frère sans pour autant en vouloir à sa mère. Karen avait toujours était présente et dans un sens, en lui elle sera là. Ensemble, ils avaient traversé les différentes phases que composent la maladie, l’annonce, les traitements, les périodes fastes et les périodes les plus difficiles, en restant quoiqu’il arrive, les meilleurs enfants qu’elle aurait pu souhaiter. Dans ses derniers jours, elle n’avait cessé de leur parler. Elle était encore jeune pourtant et tellement forte. Mais la force morale n’est pas égale à la force physique, son corps l’avait abandonné tandis que son moral restait au top. Elle leur avait fait promettre de ne pas trop la pleurer, de vivre heureux, elle avait été heureuse. Heureuse d’avoir eu deux enfants qu’elle avait aimés plus que tout. D’avoir pu aimer Keith, même pour si peu de temps, d’avoir été si bien entouré. Il savait qu’Haley avait été très présente, surtout depuis qu’ils étaient revenus vivre à Tree Hill. Elle passait tous les jours, ca lui faisait en même temps de la compagnie quand Nathan partait jouer au basket pendant des semaines. Elle l’avait soutenu comme Karen avait soutenu Haley, c’était une grande qualité que Karen avait donné à Lucas mais aussi à Haley qu’elle avait vu grandir : la présence pour ceux qu’on aime, une présence illimitée, une présence, tout simplement.
A la pression de la main d’Haley, il sentit que c’était le moment. Elle se recula quelques instants, lui laissant le dire de lui dire au revoir une dernière fois avant de repartir chez eux pour la veillée. Il n’en voulait pas mais elle l’aurait voulu, il se montrerait encore courageux quelques heures devant ces gens qu’il ne connaissait pas ou qu’il ne voulait pas voir, il reviendra la voir plus tard, avec Lily, pour qu’ils se recueillent ensemble. Il reprit la main d’Haley, il avait besoin de ce soutien, il ne savait pas ce qu’il aurait fait sans elle durant toutes ses années. Elle avait été là quand il devait partir rejoindre Peyton ou aller faire la promo de ses livres, elle avait été là pour Karen et Lily. Dans la maison, il réussit à esquisser des sourires. Ce que l’on remarque quand sa mère ou quelqu’un de sa famille est malade, ce sont les sourires commisératifs, les « ca va » qui n’attendent pas la vraie réponse. Ils ne veulent pas savoir, ils demandent et aimeraient qu’on leur dise que tout va bien même si ce n’est pas le cas. Deux choix son alors possible, la réponse qu’ils veulent, le ça va pour recevoir un nouveau sourire plein de compassion que l’on arrive à détester ou la vérité qu’ils ne savent pas gérer, mais quand on est face à la maladie, même si il est difficile de gérer tout ce qui arrive, il n’y a pas de choix. On fait ce qui doit être fait, sans réfléchir, avec amour tout simplement. Car je l’ai aimé, ma mère si parfaite à mes yeux, si exceptionnelle. Avoir un enfant seul à 17 ans n’est pas une mince affaire mais je peux le dire, non sans fierté et avec peu de modestie, qu’elle y a réussit parfaitement.
Enfin, les invités s’en vont mais depuis longtemps déjà je suis allé voir ma fille dormir, mon réconfort, celle qui me fait espérer que la vie n’est pas si horrible, qu’elle ne peut enlever à des personnes ses deux parents et pourtant il aurait du le savoir avec Pey, elle avait perdu ses deux mères, quoi de pire que cette tragédie ? La vie ne serait-elle qu’une tragédie ou pour quelques élus serait-elle parfaite ? Questions sans réponses. Le bruit s’estompe et il n’entend plus que quelques voix, les plus importantes pour lui, ses amis sont là. La porte s’ouvre et se referme et Peyton se tient tout près de lui, il l’enlace pour la serrer contre lui, pour sentir cette force qu’elle a en elle, cette force que ma mère avait aussi, cette force que les femmes de sa vie ont. Il ressort sans un mot, passant devant Nathan et Haley, assis sur le fauteuil, parlant à Brooke et son compagnon. Plus loin, Micro amène à boire, lui faisant un signe discret, ils savent sans qu’il ait besoin de le dire qu’il ne peut parler pour le moment, il est encore trop tôt mais il sait – et ils le savent – qu’ils sont là pour lui. Il frappe à une autre porte, celle de sa sœur. Jamie s’en va, et il s’installe sur son lit, à côté d’elle, inconsciemment dans la même position. Et enfin il lui parle, il lui raconte tout ce qu’il se rappelle de leur mère et soudain, elle fait de même, mêlant ses souvenirs aux siens, des souvenirs si différents parfois. Les larmes ne coulent plus mais des sourires éclairent leurs visages, des sourires pour le bonheur qu’elle leur a apporté, pour l’amour qu’elle leur a donné.
Plus tard, après avoir rejoint nos amis pour évoquer d’autres souvenirs, ils se retrouvèrent une nouvelle fois dans la même journée devant sa tombe. Devant tous les autres, ils n’avaient pu lui dire correctement au revoir mais maintenant ils le pouvaient, la remerciant pour tout, espérant qu’elle avait retrouvé l’amour de sa vie dans ce paradis tant rêvée, souriant à travers leurs larmes.
Goodbye mum…