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Seconde chance

Série : One Tree Hill
Création : 27.01.2008 à 14h43
Auteur : haley92 
Statut : Terminée

« Une nouvelle fic complète qui j'espère vous plaira...  » haley92 

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« Je m’appelle Lucas. Lucas Scott. J’ai vingt-trois ans, je suis marié.

- Nous avons tout essayé… Je suis désolé, monsieur, votre femme a fait un arrêt cardiaque.

Enfin, je l’étais. Désormais, je suis veuf. Je viens de perdre ma femme. Elle avait vingt-deux ans, vous vous rendez compte ? Vingt-deux ans ! Pourquoi la vie est-elle si cruelle ? Si cruelle envers une jeune fille qui n’a jamais rien fait de mal, jamais tué personne, jamais blessé personne… Une femme si belle, si généreuse, si intelligente, si jeune… « Les meilleurs partent toujours les premiers », c’est ce qu’on dit. Et je n’ai jamais aussi bien compris le sens de cette phrase.

Aujourd’hui, cela fait deux semaines que ma femme est morte. Deux horribles semaines. Je pleure, je crie, je hurle. Et parfois, je mange. Mais, rares sont les repas où je parviens à grignoter un peu plus de quelques pâtes et un yaourt. Deux semaines de souvenirs et de pleurs, de chagrin et de désespoir, de peine et d’absence. Voilà deux semaines que je suis veuf, et pourtant, j’ai le sentiment profond que ma femme va revenir, que d’ici quelques minutes, elle sera là, derrière moi, belle, désirable et souriante. Elle m’expliquera que toute cette histoire n’est qu’un horrible cauchemar et que nous sommes bien vivants, mariés, amoureux et heureux. Hélas, ce moment tant rêvé ne se présente pas. Et, je sais bien qu’il ne se présentera jamais plus. Elle est morte, partie, au ciel, au paradis, sous terre. Elle est ici et là, mais pas avec moi, pas à mes côtés, pas dans mon lit. Seulement dans mes pensées et dans mon cœur. Et là, elle y restera pour toujours.

Chaque matin, je me lève, je tente de continuer à vivre, à vivre sans elle, mais c’est dur, très dur. Si dur que certains jours, j’en viens même à m’effondrer et à éclater en sanglots, alors que je suis dehors, dans mon bureau ou avec des amis. Mes amis… C’est bien la seule chose qui me reste. Mes amis et ma famille. Ma meilleure amie, mon frère, ma mère, ma petite sœur et mon neveu, sont les seules personnes de ce monde qui me permettent de ne pas sombrer, de ne pas la rejoindre, là où qu’elle soit. Grâce à eux, je réussis tout de même à marcher, à manger, à boire, à sourire de temps en temps, et parfois même à rire. Ma mère passe tous les jours à la maison pour me préparer un bon petit repas ; chaque après-midi, mon frère et ma belle-sœur sont là, avec mon neveu et ils essayent de me détendre, de m’aider à partager mon chagrin, ma peine. Les sentir à mes côtés me rassure. Mais, lorsqu’ils rentrent chez eux, le soir, et me laissent seul dans ma grande maison vide et silencieuse, je me retrouve dans la même situation que le matin. Vidé de toute envie de vivre, de tout espoir de retrouver cette énergie, ce peps qui m’animait jadis, lorsque ma femme, mon rayon de soleil blond était encore là. Et pourtant, je ne sais comment, ni pourquoi, la vie continue d’avancer, le temps passe et les gens poursuivent leur chemin, leur voie, leurs choix.

« Le temps passe, mais ça ne change pas », c’est ce qu’on dit. Et je comprends parfaitement ce qu’on a voulu affirmer dans cette phrase. Encore deux semaines de passées. Un mois demain que je suis seul au monde, enfin, seul dans ma maison. Depuis cet affreux vendredi qui m’a enlevé ma femme, les jours passent et se ressemblent tous. Je continue d’écrire, l’inspiration me vient alors que je croyais avoir perdu ma Muse. Le matin, je me lève, je prends mon petit déjeuner, j’écris, ma mère passe me préparer mon déjeuner, je mange, puis mon frère et ma meilleure amie viennent me rendre visite avec mon petit neveu, ensuite, j’écris de nouveau, je mange, je prends une douche et je me couche. Voilà la journée type de Lucas Scott, en ce moment si triste et fade de sa vie. Pourtant, ce jour-là, tout allait changer. Tout allait basculer, vers un monde meilleur, une nouvelle chance de rencontrer l’amour.

Alors qu’il est tout juste neuf heures du matin, la sonnette retentit. Je vais ouvrir et découvre le facteur sur le pas de ma porte. Il me sourit tristement et me présente ses condoléances. Et oui, toute la ville est au courant… Je le remercie chaleureusement. Il m’indique que j’ai reçu un colis en recommandé. Je signe le papier qu’il me tend et prends le paquet. Je lui adresse un sourire amical et referme la porte. Le paquet est bien emballé, dans une boîte en carton, avec un joli ruban autour. Comme un papier cadeau. Curieux, je déchire l’emballage et trouve une lettre à l’intérieur. Une lettre et un plan. Une lettre, un plan et une mèche de cheveux. Ma chérie… Je caresse tendrement les cheveux blonds et les sens. Oui, ce sont bien les cheveux de ma femme. Mes yeux se posent sur la lettre. Que peut-elle bien contenir ? Une bonne ou une mauvaise nouvelle ? N’y tenant plus, je déchire l’enveloppe et entreprend ma lecture.

Lucas chéri,
Si tu lis cette lettre, c’est que j’ai quitté ce monde. Et oui, tout a une fin. Même l’amour le plus parfait qui soit peut s’envoler, mais ne t’inquiète pas, je serai toujours là, avec toi, dans ton cœur, dans ton âme et dans tes souvenirs. Mon corps m’a abandonné, mais, mon cœur et mon âme sont à toi pour toujours, Luke. Je te l’ai promis, et je tiendrai ma promesse. Je savais que j’étais condamnée. Lorsque j’ai rencontré Ellie, et que j’ai appris qu’elle avait un cancer, j’ai immédiatement su que je devais en avoir un également. Pourtant, je n’ai jamais souhaité me faire examiné. Peut-être avais-je peur de découvrir que j’allais moi aussi mourir, ou bien je ne voulais pas voir la vérité en face. Je pencherai plutôt pour la deuxième solution… On était tellement heureux ensemble, Lucas. Je t’ai toujours aimé, depuis notre rencontre, et même si au départ, tu ne partageais pas mes sentiments, j’y ai toujours cru, et j’ai bien fait. Quand tu m’as révélé que toi aussi, tu m’aimais, que j’étais la femme de ta vie, mon cœur a éclaté dans ma poitrine, et je me suis enfin sentie heureuse. Heureuse comme jamais. La vie me souriait, pour une fois, elle me permettait d’être heureuse sans perdre l’homme que j’aimais. Plusieurs fois, je me suis dit que tu allais changer d’avis, que tu allais t’enfuir, ou même m’avouer que tu ne m’avais jamais aimé. Et pourtant, tu ne l’as jamais fait. Tu as toujours cru à nous deux, à notre amour, à cette force qui nous anime lorsque nous sommes ensemble. Jusqu’au jour de notre mariage, j’ai eu peur. Et après avoir dit oui, et avoir promis de t’être fidèle jusqu’à ma mort, j’ai enfin compris que je ne devais plus avoir peur, que tu m’aimais et que tu venais de le jurer devant Dieu et tous nos amis. A partir de ce moment, je n’ai cessé d’être heureuse, amoureuse et joyeuse. Je voulais profiter de la vie, de peur que je ne parte trop tôt. Et j’ai bien fait. Je ne vais pas m’étendre sur ce sujet, tu sais tout ce que je ressens pour toi, et tu sais aussi que je t’aimerai toujours. Si je t’écris cette lettre aujourd’hui, c’est que j’ai quelque chose de très important à t’avouer. Un secret que j’ai gardé enfoui au plus profond de moi, au plus profond de mon cœur, de mon être pour ne plus jamais avoir à revivre cette souffrance. C’était horrible, Luke… Je sais que tu vas m’en vouloir, mais j’espère que tu pourras me pardonner et comprendre mon choix. Je l’ai fait pour toi, pour notre couple. Nous n’étions pas prêt. Ni toi ni moi. Te souviens-tu de notre dernière année de lycée ? Tu étais parti, tu te rappelles ? Moi, je m’en souviens parfaitement bien. J’étais si triste de ton départ. Tu m’avais juré que tu ne partais pas à cause de moi, et que tu reviendrais bientôt. Pendant un an, tu m’as laissé seule. J’étais mal, j’avais peur et je n’ai pas réfléchi. Le jour où tu es parti pour Chicago, régler tes problèmes personnels avec ton père, j’ai découvert que… j’étais enceinte, Luke. Je portais notre enfant. Durant cette année si solitaire de ma vie, j’étais enceinte. Enceinte d’un homme qui était à l’autre bout du pays. Tu m’avais bien expliqué que je ne devais pas t’appeler, que je ne devais pas chercher à te contacter car tu voulais être réellement seul pour faire le point sur ta vie et décider si aller à l’université de Chicago était un bon choix. Je t’ai écouté et je n’ai pas cherché à te joindre. Un an où je suis restée sans nouvelles alors que je portais ton enfant. Haley m’a beaucoup soutenu pendant cette période. Elle était au courant, depuis toujours. Ne lui en veux pas, je lui ai fait promettre de ne rien te dire, jamais. Si tu as quelqu’un à blâmer, c’est bien moi. Je suis la seule responsable de mes actes et de mes choix, aussi difficiles soient-ils, j’ai cru bien faire. Pour toi, pour moi et pour notre enfant. Le jour de l’accouchement est arrivé. C’était le 22 mai. Je me suis toujours demandé si c’était un signe que notre enfant naisse le même jour que ma mère biologique, mais plus de trente ans après. Peut-être la vie a-t-elle voulu m’envoyer un signe, peut-être était-ce même ma mère qui m’a envoyé ce signe, pour me dire que j’étais en train de commettre une grosse erreur, que je n’étais pas prête à être mère, que toi non plus, tu n’étais pas prêt à devenir père. Nous étions encore au lycée, nous n’avions pas encore nos diplômes, nous étions amoureux mais qui savait si notre histoire allait durer ? J’ai mis au monde notre enfant, une petite fille. Et j’ai fait le choix le plus difficile de toute ma vie : je l’ai abandonné. J’ai appelé une agence d’adoption, et j’ai signé tous les papiers. J’ai abandonné mes droits de mère biologique. Et, j’ai indiqué que j’étais seule, que notre fille n’avait pas de père. Je suis désolée, Luke…Aujourd’hui, j’ai réellement honte de ce choix. Si je t’en avais parlé, peut-être notre fille aurait-elle grandi avec nous, au milieu d’une famille qui l’aime, et même aurait-elle été heureuse ? Pourtant, j’en ai décidé autrement, et je suis sûr que tu comprends. Enfin, je l’espère, du moins. Voilà mon secret, le plus lourd que je n’ai jamais eu à porter. Je m’excuse, Lucas, et je m’excuse également auprès de Haley qui a su garder ce secret, sans jamais en parlé à quiconque, même pas à Nathan, son mari. C’était vraiment ma meilleure amie. Elle me manque tellement, et toi aussi, tu me manques, mon amour. J’espère que tu sauras me pardonner ce mensonge, et tous les autres qu’il a entraîné. Ainsi, même si je t’ai avoué que je n’avais pas envie d’avoir un enfant de toi, ce n’était pas parce que je n’aimais pas l’idée d’avoir un bébé, c’était seulement par peur. J’avais peur que tu découvres la vérité, que je craque et que je t’avoue tout. Je n’ai jamais douté de ta générosité et de ta compréhension, mais je ne savais pas du tout de quoi tu serais capable si je te révélais que tu étais père. Que quelque part, dans ce pays vivait notre enfant, ton enfant, ta fille. Aujourd’hui, que je suis partie, que tu te retrouves seul, je suis persuadée que tu auras envie de rencontrer ton enfant, notre enfant, alors je te soutiens à 100%. Je souhaite que tu connaisses cette enfant dont je t’ai égoïstement privé. Apprends à la connaître, et si tu en as le courage, parle-lui de moi, de sa mère biologique qui l’a abandonnée, pour son bien, afin qu’elle soit heureuse, qu’elle ait deux parents qui l’aiment et qu’elle ait tout ce dont elle ait besoin. Dis-lui que je suis désolée, que j’aurais aimé la connaître, savoir quels étaient ses goûts, ses passions. Je t’en prie, Luke, pardonne-moi…Sache que je t’aime profondément, et mon amour pour toi n’a pas de limites, il traversera tout ce qui nous sépare, et nous continuerons à nous aimer, même si je suis loin de toi, loin de notre maison, de nos amis, de notre ville. Et malgré cet amour immortel que je te porte, je te souhaite vraiment de retrouver quelqu’un. Sors, amuse-toi, la vie est courte. Je ne veux pas que tu restes seul pour le restant de tes jours, sous prétexte que tu ne dois pas me trahir. Profite de la vie pour moi, et si tu venais à rencontrer une femme qui saurait te rendre heureux, et qui t’aimerait, aime-la comme je t’aime, et je serai heureuse. Je ne veux que ton bonheur. Je t’aime de tout mon cœur, Luke.
Ta Peyton qui t’aime.

Je soupire, et je contemple longuement cette lettre qui vient de m’annoncer que je suis père. Père d’une fillette de cinq ans si mes calculs sont bons. Oh mon Dieu ! Quelque part dans ce pays, une petite fille est du même sang que moi, que Peyton. Peyton… Non, je ne t’en veux pas, ma chérie. Même si j’ai du mal, j’essaie de te comprendre, de comprendre ton choix, choix que tu as fait sans m’en parler. Oui, j’ai du mal à te pardonner, mais je ne t’en veux pas, mon ange. Je voudrais tant que tu sois là, avec moi. Qu’ensemble, on cherche à retrouver notre enfant… Dring ! La sonnette me sort de mes pensées. La mèche de cheveux dans les mains, je vais ouvrir la porte d’entrée.

- Bonjour, maman.

- Salut, mon chéri. Est-ce que ça va, aujourd’hui ?

Son regard se pose sur mes mains, et ses sourcils se froncent.

- Qu’est-ce que c’est que ça, Lucas ?

Je lui tends la lettre et retourne m’asseoir dans le canapé. J’ai encore du mal à croire que je suis père. Que j’ai une fille. J’entends ma mère sangloter dans l’entrée, puis, elle vient s’asseoir à côté de moi. Elle me prend dans ses bras, elle me serre fort comme quand j’étais petit. J’aime la sentir contre moi, tout son amour, toute sa force me traverse et je me sens mieux. C’est instantané, et ça a toujours été ainsi.

- Je suis grand-mère ?

- Apparemment, oui.

Nous restons un moment silencieux, tous les deux. Puis, ma mère regarde le plan.

- Luke, tu veux la rencontrer ?

- Je ne sais pas. Peut-être que oui, peut-être que non.

- Pourquoi pas ?

- J’ai peur, maman. Et si j’apprenais qu’il lui était arrivé quelque chose à elle aussi ? Je me sentirais encore plus perdu. Et si, elle ne voulait pas me rencontrer ? Si elle ne savait pas qui j’étais ? Si elle ne m’aimait pas ? Et puis, j’ai peur de revoir Peyton en elle. Sa mort est encore trop récente, je ne me sens pas prêt.

- Mais, tu ne peux pas trop attendre, Lucas. Si cette enfant est bien là, dans cet orphelinat, elle a besoin de toi. Elle a besoin de son père.

- Qui te dit qu’elle n’en a pas déjà un de père ?

- Rien ne te dit qu’elle a été adoptée, Luke. Elle est peut-être encore dans l’orphelinat. Sais-tu si Peyton l’a abandonné sous X, ou si elle lui a donné son nom ?

- Elle ne me dit rien, dans sa lettre. Je pense qu’elle lui a donné son nom ou le mien. Elle n’aura sans doute pas voulu faire revivre ce qu’elle avait elle-même vécu à sa fille.

- Alors, il te sera plus facile de retrouver la fillette. Si elle porte ton nom, tu pourras peut-être même la reprendre, et la ramener avec toi, ici, à Tree Hill.

- Je ne sais pas, maman. Je ne crois pas que ce soit une bonne idée.

- Réfléchis bien, Luke. Si tu attends trop, on ne sait pas ce qui pourra se passer. Mais, c’est ton choix.

- Merci, maman. Merci pour tout. Mais j’aimerais rester seul, s’il te plaît.

- Très bien. Tiens-moi au courant.

- Bien sûr. Je vais d’abord en parler avec Haley. Elle sait tout depuis le début. Je n’arrive pas à croire qu’elle ne m’ait rien dit. C’est ma meilleure amie depuis si longtemps.

- Tu as lu la lettre, Lucas, tu ne dois pas lui en vouloir. Ça a dû être très dur pour elle de garder ce secret. Surtout vis-à-vis de Nathan et de toi. Vous êtes si proches tous les trois.

- Oui.

Ma mère m’embrasse, et quitte la pièce. Moins de dix secondes plus tard, j’entends la porte claquer.

Alors, je suis père ? D’après cette lettre, oui. Papa, papa, papa… Ces mots me font l’effet d’un souffle chaud qui réchauffe mon cœur. J’ai toujours rêvé d’être père. Quand j’étais petit, je souhaitais avoir une dizaine d’enfants. En grandissant, je suis descendu à cinq. Et avec Peyton, j’en voulais trois ou quatre. Mais, elle me disait qu’elle n’était pas prête alors je patientais, je prenais mon mal en patience. Et voilà que cette lettre, telle une petite bombe, m’apprend que j’ai une fille. Tout à coup, je me lève et m’empare du téléphone.

- Haley ? Tu peux venir, s’il te plaît ? J’ai vraiment besoin de te voir, de te parler. Seule.

- Très bien, j’arrive.

Je veux tout savoir sur la grossesse de Peyton, maintenant. A-t-elle eu des nausées ? Des problèmes ? Ou tout s’est-il bien passé ? S’est-elle sentie seule pour son accouchement ? Y a-t-il eu des complications ? Comment le bébé est-il sorti ? De lui-même ou avec des forceps ? Par les voies naturelles ou grâce à une césarienne ? Et, était-elle blonde, brune ou châtain lorsqu’elle est née ? A présent, je suis tout à fait sûr de vouloir tout savoir sur ma fille. je me sens prêt à interroger Haley, à lui sortir les vers du nez s’il le faut, mais je veux qu’elle me raconte tout ce qu’elle sait.

Quelques minutes plus tard, j’entends une portière claquer. J’ouvre la porte et sourit à ma meilleure amie, qui est d’ailleurs aussi ma belle-sœur.

Elle me sourit à son tour, et m’embrasse sur la joue.

- J’ai fait aussi vite que possible. Ça avait l’air très urgent. Rien de grave, j’espère ?

- Hales, je sais que tu es au courant.

Ses yeux se figent, et elle détourne le regard.

- Au courant de quoi ?

- Du fait que j’ai une fille.

- Tu… tu as une fille ?

- Ne fais pas l’innocente. Ce matin, j’ai reçu une lettre que Peyton a écrit avant de mourir, dans laquelle elle m’avoue toute la vérité. Et elle mentionne aussi le fait que tu l’as beaucoup soutenue pendant sa grossesse, et après.

- Je suis désolée, Luke. Je lui avais promis de ne jamais en parler. Je…

- Je ne t’en veux pas, Hales. Je sais que tu as bien fait.

- Elle te dit quoi d’autre cette lettre ?

L’entraînant vers le salon, je lui raconte toute l’histoire. Du moment où j’ai reçu le colis, jusqu’aux conseils de ma mère.

- Karen a bien fait de t’inciter à réfléchir, Luke. C’est un choix très important que tu dois faire. Tu risques de bouleverser le monde d’une petite fille si tu vas la voir. Alors sois sûr de ce que tu veux vraiment. Tu n’es pas le seul en jeu, Lucas, la vie d’une fillette l’est aussi.

- Tu es réellement une super maman, Hales. Jamie a de la chance de t’avoir. Tu es géniale.

- Merci. Mais, il n’est pas question de mes qualités de mère, mais des tiennes en tant que père.

- Je ne sais pas si je ferai un bon père. J’ai peur de la décevoir, si je vais la voir.

- Je suis certaine que tu seras un très bon père, Luke. Mais es-tu sûr de vouloir entrer dans la vie de ta fille ? De vouloir bouleverser le monde qu’elle a toujours connu ?

- J’ai envie de la rencontrer, de savoir comment elle est, à qui elle ressemble, ce qu’elle aime, ce qu’elle est. J’ai vraiment envie d’y aller, Hales. J’ai toujours voulu être père, et voilà que j’apprends que quelque part, j’ai une fille.

- J’imagine le choc que tu as dû ressentir.

- Tu ne peux pas savoir à quel point j’ai été bouleversé de découvrir que ma femme et ma meilleure amie m’ont toujours menti.

- Luke…

- Mais, je n’en veux ni à l’une ni à l’autre. Je comprends que Peyton ait eu peur de ma réaction, et je comprends aussi qu’une promesse est une promesse et que tu ne pouvais pas m’en parler.

Haley me sourit, et elle me prit la main. Elle et moi, on avait toujours été très proches depuis la maternelle qu’on se connaissait. Elle avait été là pour moi quand j’en avais besoin et j’avais également été là pour elle lorsqu’elle en avait eu le besoin. On est meilleurs amis depuis plus de vingt ans. Elle est ma belle-sœur et je suis le parrain de son fils, Jamie.

- Tu sais, Luke, j’ai toujours pensé que Peyton faisait une erreur en abandonnant votre bébé, mais je l’ai soutenue. J’étais certaine qu’elle et toi, vous pouviez élever cet enfant, mais elle était persuadée du contraire. Alors, je l’ai soutenue et je me suis tue. Je l’ai laissé faire son choix. Nathan et moi, on y est arrivé. Lorsque Jamie est né, j’étais sûre de ne jamais pouvoir m’en sortir. Pourtant, regarde-le aujourd’hui, il est en pleine forme, et Nathan et moi on est heureux. Et, cela fait déjà quatre ans que James est né.

- Toi et Nathan, vous formez un couple solide. A l’époque, Peyton et moi, on ne sortait ensemble que depuis un an. J’imagine ce qu’elle a dû ressentir en découvrant qu’elle était enceinte. A sa place, j’aurais ressenti la même chose, et peut-être aurais-je fait le même choix qu’elle, qui sait ?

- Pour cela, il aurait fallu que tu sois une femme. Or, tu n’en es pas une, aux dernières nouvelles.

Elle me sourit et j’éclate de rire. Cela fait du bien de rire. Nous discutons encore quelques minutes, je lui demande des informations sur la grossesse de Peyton, elle me répond. Il est plus de quatre heures lorsqu’elle m’annonce qu’elle doit rentrer s’occuper de Jamie.

- Merci, Hales. Merci d’être là.

- Je serai toujours là pour toi, Luke. Alors tu vas aller à l’orphelinat ou pas ?

- Oui, je vais m’y rendre.

- Quand ça ?

- Je prendrai la route demain matin.

- Tu es sûr de toi ? Tu es certain de vouloir y aller ?

- Oui, j’en suis sûr. Ne t’inquiète pas, Hales, tout ira bien.

- Je n’en doute pas, Luke. Mais, fais bien attention à toi. Et tiens-moi au courant.

- D’accord. Tu pourrais me rendre un service ?

- Bien sûr.

- Explique à ma mère que je pars, et que je n’ai pas le temps de la prévenir. Et parle-lui de notre conversation.

- Ok, je lui en parlerai demain matin, au café.

- Parfait.

- Je t’aime, Luke.

- Moi aussi.

Elle monte dans sa voiture, et m’adresse un dernier signe de la main. Je la regarde partir, et souris à ma voisine qui rentre ses poubelles. Elle me rend mon sourire, et je me sens bien. Pour la première fois depuis un mois, je me sens confiant en l’avenir, et je n’ai pas peur d’être demain. Au contraire, j’ai plutôt hâte de partir. D’aller rencontrer cette petite fille, qui est la mienne. D’ailleurs, pour la première fois depuis la mort de Peyton, je passe une bonne nuit, sans cauchemars et dix heures d’affilée.

Le lendemain matin, je pris la route à huit heures. L’orphelinat se trouvait à Charlotte et je voulais y être le plus vite possible. Cela faisait à peine quelques heures que je connaissais l’existence de cette petite fille et déjà, j’étais très impatient de la rencontrer. Serait-elle blonde ou brune ? Aurait-elle les yeux verts de Peyton ou les miens ? Tant de questions qui, pour l’instant, devraient rester sans réponse encore quelques temps. J’allume la radio pour me détendre, mais, durant tout le trajet, rien ne parvient à dénouer le nœud qui se forme petit à petit dans mon ventre. Enfin, je pénètre dans la ville de Charlotte. Cela fait à peine deux heures que j’ai quitté Tree Hill, mais j’ai l’impression que cela fait beaucoup plus longtemps que je roule. Je prends la direction de l’orphelinat, indiquée sur le plan que Peyton m’a laissé, et moins de cinq minutes plus tard, je me gare devant une grande bâtisse, entourée d’épais arbres. Je respire un grand coup, et sors de ma voiture. Je m’approche du portail et appuie deux petits coups sur la sonnette. Un déclic se produit et le grand portail vert s’entrouvre pour me laisser entrer. Je marche d’un pas déterminé vers la maison. Une femme se tient sur le seuil, les yeux rivés sur le bac à sable, devant la bâtisse. Une dizaine d’enfants jouent dans le sable, en criant et en riant. La femme me regarde et pose ses yeux interrogateurs sur mon visage. Elle ne me semble pas particulièrement agressive, mais ses yeux reflètent une légère méchanceté envers moi. Sans doute, a-t-elle peur pour les enfants dont elle a la charge. Je m’avance dans sa direction.

- Bonjour. Je m’appelle Lucas Scott, et je voudrais parler à la directrice de cet orphelinat.

- Je suis Linda Harris, la directrice du centre. Veuillez me suivre dans mon bureau, nous serons plus tranquilles pour discuter.

Elle me désigne une porte au fond du couloir, et me précède. Elle s’asseoit derrière le bureau, et m’invite à m’asseoir.

- Alors, Mr Scott, pourquoi êtes-vous ici ?

- J’aimerais des renseignements sur une petite fille que vous avez recueillie il y a cinq ans.

- Je suis désolée, mais nous ne sommes pas amenés à délivrer ce genre d’informations à un inconnu.

- C’est ma fille.

- Ah.

- Ma femme vient de mourir, et je viens de découvrir que je suis père. Je voudrais seulement savoir si ma fille va bien, si elle est ici ou bien si elle a été adoptée.

- Très bien, je vais regarder dans les archives. Comment s’appelait votre femme ?

- Peyton. Peyton Sawyer Scott.

Linda Harris pianota quelques minutes sur son clavier, et son regard se concentra sur l’écran placé devant elle.

- Je vois que Mme Scott n’a pas accouché sous X, elle a donné le nom Scott au bébé. Elle nous a contacté le lendemain de la naissance de son enfant, c’était le 22 avril, il y a cinq ans, et elle a signé les papiers d’abandon à son nom en indiquant que cet enfant n’avait pas de père. Comment se fait-il que votre femme n’ait pas mentionné votre nom sur le certificat de naissance de votre enfant ?

- Je suppose qu’elle avait peur de ma réaction si je l’apprenais.

- Je vois. C’était une petite fille. Elle est restée très peu de temps au centre.

- Vous voulez dire qu’elle a été adoptée ?

- Oui. Le lendemain de son arrivée, elle a été adoptée.

- Oh.

- Je suis désolée, je vois que vous êtes déçu.

- J’espérais la rencontrer. Savez-vous qui l’a adoptée ?

- Je ne peux pas vous révéler le nom de la famille d’accueil de votre fille, Mr Scott, je suis désolée.

- C’est ma fille, je suis son père. J’ai le droit de savoir où elle vit !

- Mr Scott…

- Non ! Soit vous me dites où est ma fille, soit je vous retrouve au tribunal !

La femme sembla hésiter, mais elle reporta ses yeux sur son écran.

- Davis.

- Quoi ?

- La famille Davis a adoptée votre fille, Mr Scott. Elle vit à Atlanta.

- Très bien. Je vous remercie, Mme Harris.

Je me lève, et sors de la pièce aussi dignement qu’il me l’est possible. J’ai honte de m’être ainsi emporté contre cette pauvre femme. Après tout, elle n’y est pour rien si elle est tenue au secret professionnel. Mais, je dois retrouver ma fille, à n’importe quel prix. Quelques minutes plus tard, je me retrouve dans ma voiture, en direction de Atlanta. Encore des heures de route… Plus de trois cents kilomètres me séparaient encore de ma fille. Pourvu qu’ils n’aient pas changé d’adresse depuis l’adoption.

Il est plus de quatorze heures lorsque j’arrive enfin à Atlanta. Je me gare devant un café où j’ai l’intention de chercher l’adresse des Davis. Le café semble tout neuf, et lorsque j’entre à l’intérieur, ça sent la peinture, toute fraîche. Je m’assois au bar et commande un café. Lorsque la serveuse s’approche de moi avec une tasse fumante à la main, je lui demande si elle pourrait me donner un annuaire car je dois trouver une adresse dans la ville. Elle me sourit, charmeuse et me ramène un gros livre, poussiéreux et vieux. Je l’ouvre aux D et trouve enfin les Davis. 1329, Auburn Avenue. La serveuse m’indique la direction à prendre, et me rassure en m’expliquant que ce n’est qu’à une dizaine de minutes d’ici. Je lui donne un large pourboire, prends mon café, et la remercie chaleureusement. En effet, dix minutes plus tard, j’aperçois le 1329, Auburn Avenue. C’est une rue calme, près d’un grand parc, et derrière l’hôpital. Je me gare devant une grande maison blanche, aux volets verts. La bâtisse est immense, entourée d’un grand jardin, à la pelouse verte et bien tondue, ainsi qu’une haie de bambous qui entourent le terrain. Au fond, une balançoire est montée sous un arbre. La boîte aux lettres indique que c’est bien la maison des Davis. Sont-ils si riches que ça ? Soudain, une porte claqua, et une jeune femme sortit de la maison, tenant par la main une fillette d’environ cinq ans. J’en fus tout retourné. La fillette marchait sagement à côté de sa mère. Elle souriait. Ces yeux verts, ces longs cils aussi blonds que ces cheveux, bouclés et longs, ce menton déjà volontaire… J’eus subitement un haut-le-cœur. On aurait dit que je revoyais Peyton sur les photos où elle avait cinq ou six ans. Sa fille… Leur fille. Enfin, je voyais ma fille, la chair de ma chair, mon sang. Elle semblait heureuse et discutait joyeusement avec sa mère. Enfin, avec celle qu’elle prenait pour sa mère. Sans doute n’était-elle pas au courant qu’elle était adoptée. Je les suis. Elles partent à pied, en direction du magasin d’alimentation, situé juste en face de chez elle. Je sors de la voiture, mon café à la main, et prends la même direction qu’elle, c’est-à-dire le supermarché. La fillette continuait à sourire joyeusement, et elle babillait une histoire sans doute invraisemblable à sa mère, qui cherchait apparemment quelque chose dans les rayons. Je les perds un instant de vue, mais la seconde suivante, une fillette me rentre dedans. J’en lâche le gobelet de café qui se renverse directement sur ma chemise toute blanche. Je baisse les yeux, prêt à réprimander l’enfant qui m’a foncé dedans, mais je reste sans voix en constatant que c’est ma fille, qui se trouve entre mes jambes, riant sous cape. Je me baisse à sa hauteur et lui souris.

- Salut.

- Salut. Désolée.

- C’est pas grave, tu sais, j’en ai d’autres des chemises.

La petite sourit et me regarde avec ses grands yeux verts. Un coup à mon cœur. Les yeux de Peyton… Exactement les yeux de Peyton.

- Oh ! Je suis désolée !

La jeune femme vient vers moi en courant, affolée.

- Je ne l’ai lâchée qu’une seconde, mais elle a réussi à s’échapper. Je suis désolée pour votre chemise, est-ce que ça va aller ?

Je souris à la jeune femme qui se tient en face de moi.

- J’ai eu très chaud. Ce café était brûlant, ma chemise était blanche, mais désormais, je pense qu’elle est devenue noire, non ?

Je vis un sourire se dessiner sur le visage de mon interlocutrice.

- Je suis vraiment désolée. Ma fille est vraiment turbulente, parfois.

- Ne vous inquiétez pas, je vais bien. Je vais la mettre dans la machine à laver, et tout ira mieux.

- Mais, j’y pense, j’habite juste en face. Venez avec moi, et je vous aiderai à nettoyer cette chemise.

Je réfléchis une seconde et alors que je m’apprêtais à refuser, je me surprends à répondre affirmativement. Après tout, je verrai ainsi dans quel milieu vit ma fille.

- Parfait. Suivez-moi !

Elle m’entraîne vers la caisse, tenant par la main la fillette. Elle paye son pack d’eau et me désigne la maison devant laquelle ma voiture est garée.

- J’habite juste là.

Je retiens un sourire amusé, et m’informe plutôt.

- Vous avez une très belle maison. Ça fait longtemps que vous habitez ici, vous et votre fille ?

- Oui, un peu plus de dix ans. C’était la maison de mes parents, mais ils sont morts.

- Je suis désolé.

- Moi aussi, je vous assure.

- Je viens de perdre ma femme. Il y a un peu plus d’un mois.

- Oh ! Toutes mes condoléances.

- Merci.

Je me surprends à avoir envie de lui parler de Peyton, mais je me retiens à temps. C’est la mère adoptive de ma fille, je dois faire attention à ce que je dis.

Elle me fait entrer dans sa maison, et m’indique la cuisine d’un signe de tête. J’entre dans la pièce, et me retrouve au centre d’une magnifique cuisine à l’américaine, peinte dans des couleurs vives et lumineuses. Quelle belle pièce !

- C’est vraiment joli chez vous.

- Merci. Je ne me suis même pas présentée. Brooke Davis… Et ma fille, Juliet.

La fillette avait déjà disparue à l’étage.

- Enchanté. Lucas Scott.

Je lui serre la main, m’attardant un instant sur sa peau douce. Veloutée, même. Lucas ! Mes pensées se bousculent dans ma tête. Comment puis-je avoir envie d’une autre femme alors que Peyton vient de mourir ? Quel idiot ! J’aime Peyton, et jamais, je ne la tromperai avec une autre femme, qu’importe la beauté de Brooke Davis.

- Vous… Vous devriez peut-être enlever votre chemise ?

Elle rougit, et cela m’amuse.

- Je crois que ce serait bien.

J’entreprends de défaire lentement les boutons qui referment ma chemise blanche, et la lui tends. Ses yeux restent obstinément baissés, de peur de rencontrer mon torse nu.

- Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous manger. Je suis inoffensif. Vous pouvez me regarder, à moins que je ne sois si laid que ça.

- Non, non. Je… je…

- Je comprends.

Nous restons silencieux, pendant que Brooke frotte énergiquement la tache sur ma chemise, qui d’ailleurs semble déjà un peu plus blanche. Comme elle me tourne le dos, j’en profite pour admirer son corps. Elle est vraiment belle. A peine plus âgée que moi, elle porte comme une aura au-dessus de sa tête, telle un ange. Avec ses grandes jambes galbées avec son jean noir moulant, son visage angélique et son cours top à brettelles rouge, elle est plus que désirable. Mais, enfin, où vais-je chercher ces idées ? Trouver une femme désirable, alors que Peyton vient tout juste de mourir. Et en plus, trouver la mère adoptive de son enfant désirable…

- Tenez.

Elle me tend ma chemise comme neuve. Un peu humide, mais blanche et propre.

- Je vais y aller.

Je la renfile et me tourne vers Brooke. Je lui souris gentiment et me dirige vers la porte d’entrée.

- Il ne me reste plus qu’à vous remercier de votre aide.

- Je vous en prie. Après tout, c’est la faute de ma fille si vous étiez si taché.

- Au revoir, Mme Davis.

- Mlle. Je ne suis pas mariée.

Inattendu comme aveu. Cette jolie jeune femme n’était pas mariée. Soit. Je ne devrais pas en tenir compte, mais pourtant, mon cœur semble s’emballer, pour on ne sait quelle raison.

- Alors, au revoir Mlle Davis.

Elle me sourit, et m’adresse un dernier signe de la main avant de refermer la porte d’entrée. Je rejoins lentement ma voiture, et prends la route d’un hôtel que j’ai aperçu en arrivant, tout à l’heure. Une fois dans ma chambre, je sors mon portefeuille où je garde toujours une photo de Peyton. Je prends avec soin, celle rangée dessous, dans un des nombreux recoins de ce portefeuille et retourne la photo. Au dos, Peyton avait écrit de son écriture ronde : « Mon papa et moi. Cinq ans (moi, pas lui !) » Je la retourne pour examiner le petit visage de plus près. S’il m’avait fallu une preuve supplémentaire de la ressemblance avec la fillette dont je venais de faire la connaissance, je l’avais sous les yeux. Dans toute son évidence. Les cheveux bouclés et soyeux, les immenses yeux verts avec ces longs cils blonds, l’arrondi du menton… tout était identique, jusqu’à la bouche, large et pleine. Juliet… C’était un joli prénom. Brooke l’avait bien choisi. Brooke. Voilà que je me mets à l’appeler par son prénom ! Rangeant promptement la photo là où elle était, je m’installe dans le lit, peu confortable, et m’endors immédiatement, alors qu’il n’est que sept heures du soir.


Le lendemain, je me réveille à l’aube, en proie à un cauchemar. Peyton vient de mourir. Oh mon Dieu ! Ce n’est pas un cauchemar, c’est vrai. Peyton est bien morte, il y a plus d’un mois, et je ne verrai plus jamais ses yeux pétiller, ses boucles blondes danser autour de son si beau visage. Je ne la verrai jamais. Elle était bel et bien partie. Me redressant dans le lit, je vis qu’il était tout juste huit heures. Que faisait Juliet à cette heure-ci ? Etait-elle en train de prendre son petit déjeuner ? Ou dormait-elle encore ? J’attrape mon ordinateur portable sur la table de nuit et me mets à pianoter vivement. Je tape Brooke Davis dans la barre de recherche et une dizaine de résultats défilent devant mes yeux. Je clique sur le premier lien que je trouve. Il y a toute une biographie sur elle. Date de naissance, lieu de naissance, nom de ses parents, enfance, études… Toute la vie de la mère adoptive de ma fille défile devant mes yeux. Ainsi, elle avait vingt-six ans. Tiens, je l’aurais cru plus âgée. Elle était née à Los Angeles, et avait grandi là-bas, en venant à Atlanta pour les vacances, avec ses parents. Fille unique, elle avait fait des études de journalisme, et travaillait à présent dans un des plus grands magazines de la ville. Son père et sa mère, Jake et Macy Davis étaient morts deux ans plus tôt, dans un accident de voiture. Voilà pourquoi elle vivait dans une si riche maison. Jake Davis était l’un des plus grands réalisateurs de tout le pays. Brooke était donc née avec une cuiller en argent dans la bouche. D’un côté, c’était plutôt une bonne nouvelle pour moi, car ça voulait dire que ma fille avait toujours eu ce qu’il fallait dans sa vie, qu’elle n’avait jamais manqué de rien. Mais, je devais la reprendre. Je l’aime et je veux apprendre à la connaître, la ramener chez elle, à Tree Hill, auprès de moi, son père et de Peyton, sa mère. Qui que soit Brooke Davis, Juliet repartirait avec moi. Bientôt. Sûr de moi, je m’habille, et prends un café rapide dans la salle de restaurant de l’hôtel. Puis, je prends la direction de la maison de Brooke. Juliet a sûrement dû partir à l’école, et j’ai peut-être une chance de parler seul avec Brooke, pour lui expliquer qui je suis et ce que je veux. Lorsque j’arrive devant la maison blanche, le portail est entrouvert, je rentre et frappe à la porte.

- Entrez !

Je rentre donc, et me dirige vers le salon, d’où vient la voix.

- Bonjour, Mlle Davis.

La jeune femme se retourna vers moi, et surprise de me voir sur le seuil de son salon, elle se redresse sur son siège, une main sur la poitrine.

- Mr Scott ! Quelle surprise ! Entrez donc !

J’avance d’un pas, le visage grave. J’examine rapidement la pièce, mon regard s’attardant quelques minutes sur les murs joliment décorés.

- Je voudrais vous parler, si vous avez quelques minutes à me consacrer.

Elle rougit et me désigna un fauteuil en face d’elle.

- Asseyez-vous donc, je vous en prie.

- Merci, je préfère rester debout.

- Que puis-je faire pour vous ?

Je vais me planter devant la fenêtre, et m’absorbe un instant dans la contemplation de la pelouse si parfaitement tondue. Au bout de quelques secondes, je me retourne vers elle et la dévisage un instant.

- Je ne crois pas qu’il y ait un moyen de vous annoncer cela en douceur… Alors je vais y aller franco. Voilà. J’ai toutes les raisons de penser que c’est ma femme qui a mis au monde la petite fille que vous avez adoptée.

Je vois bien que Brooke me dévisage, bouche bée. Mes paroles semblent lui parvenir au ralenti. D’un seul coup, ses jambes la lâchent, et elle se laisse retomber sur son fauteuil.

- Qu’est-ce que… ?

Je tire une photo de ma poche, et la lui tends.

Brooke s’en empare, son visage reflète la peur qui la ronge de l’intérieur. Bien que la photo ait été prise des années auparavant, la fillette sur la photo aurait pu être Juliet. Un test ADN n’aurait pu être plus parlant, me dis-je.

- Je n’étais pas au courant de son existence avant la mort de ma femme. Elle avait décidé de l’abandonner, sans m’en parler. Aujourd’hui, je réalise qu’elle a fait une terrible erreur en la faisant adopter.

Mes mots restent en suspens entre nous. La chose que Brooke redoutait le plus depuis cinq ans, venait de se produire. Et son monde explosa brutalement.

Je m’empare de la tasse posée sur la table basse et la tends à Brooke qui est devenue livide en l’espace de quelques secondes. Son beau visage coloré vient de se teindre en blanc, d’un blanc immaculé.

- Buvez.

Brooke s’exécute machinalement, les yeux flous puis elle s’écarte vivement de moi et me repousse violemment.

- Pourquoi ? Pourquoi êtes-vous venu me dire ça ?

Je me relève, retourne vers la fenêtre et contemple cette pelouse verte, soigneusement entretenue. J’entends Brooke arriver derrière moi.

- Regardez-moi. Je vous en supplie, regardez-moi.

Sa voix me parvient comme dans un murmure. Pendant quelques instants interminables, je refuse fermement de me tourner vers elle. C’est trop de souffrance. Souffrance que je venais de causer. Je finis enfin par pivoter sur moi-même et fus atteint de plein fouet par la douleur qui se lisait dans les yeux de Brooke Davis.

- Je ne l’ai pas vue quand elle est née. Je n’étais pas là pour Peyton… J’étais à Chicago quand elle a découvert qu’elle était enceinte de moi. Elle a gardé le bébé et a décidé de l’abandonner, sans même m’en avertir. Je ne l’ai appris qu’il y a deux jours. Dans une lettre que m’a écrite ma femme avant de mourir. Lettre dans laquelle elle m’avoue avoir mis au monde notre enfant puis l’avoir abandonné. Au départ, je voulais seulement rencontrer Juliet, lui parler, m’assurer qu’elle était heureuse et que tout allait bien pour elle. Et puis, je l’ai vue, je l’ai rencontrée, je lui ai parlé. Et elle ressemble tellement à Peyton que…

Je vis Brooke blêmir, comme si ce nouveau détail rendait les choses encore plus réelles.

- Qu’est-ce que vous me voulez au juste ?

- Je veux réparer mes erreurs envers Peyton. Je veux lui prouver que je suis capable de m’occuper d’un enfant, de notre enfant. Je veux récupérer ma fille.

Brooke rougit de colère et devient hystérique.

- Sortez ! Sortez tout de suite ! Par pitié, sortez tout de suite !

Je la regarde longuement. Je suis aussi désolé qu’elle d’être porteur d’une nouvelle pareille. Après quelques secondes, je m’exécute et quitte la pièce et la maison.



haley92  (27.01.2008 à 14:51)

Lorsque Lucas Scott quitte la pièce, Brooke attrape une agrafeuse posée sur la table basse et la jette de toutes ses forces sur le sol. L’objet se brise et les morceaux retombent à grand bruit sur le plancher. La jeune femme porte une main à sa bouche pour réprimer le cri qui monte en elle, avant de se lever, vacillante. Sa poitrine se souleve et retombe, à la recherche d’un peu d’air. C’est très étrange, ce sentiment de vivre précisément ce qu’elle avait tant redouté, l’année qui avait suivi l’adoption. Dans ses pires cauchemars, elle rêvait alors qu’une femme sonnait à sa porte pour lui annoncer que Juliet ne lui appartenait pas vraiment, qu’il s’agissait d’une épouvantable erreur. En revanche, elle n’avait jamais imaginé que le message viendrait d’un homme. Dans son esprit, ce serait la mère qui, comprenant l’abomination de son acte, reviendrait chercher l’enfant qu’elle avait abandonnée. Pour une raison qui lui échappait, Brooke a soudain l’impression d’avoir été dupée, d’avoir accueilli chez elle un parfait étranger qui voulait seulement lui enlever sa fille. Elle s’efforçe de se calmer, de se concentrer. Ce n’est pas le moment de paniquer. Elle doit garder la tête froide. Mais que faire ? Son avocate… Elle doit appeler son avocate… Sophie Owens, elle, saurait comment réagir. Brooke s’empare d’une main tremblante de son agenda sur la table basse et cherche frénétiquement le numéro de Sophie. Depuis cinq ans, elle vivait dans la peur de cette visite, dans l’attente que l’inévitable se produise. A croire qu’elle s’était toujours attendue à perdre ce qu’elle avait de plus précieux au monde. Brooke avait déjà tout perdu, ses parents… Elle revécut le sentiment de vide et d’horreur qu’elle avait vécu alors. Elle s’était jurée d’avoir une famille. Et elle y était parvenue. Elle avait une fillette qu’elle aimait par-dessus tout. Il était hors de question qu’on la lui retire. Personne ne lui arracherait jamais sa fille.


Le lendemain matin, je suis réveillé par la sonnerie de mon téléphone portable, alors qu’il n’est que neuf heures trente.

- Lucas ? C’est Amanda.

Amanda Donovan parle avec l’accent typique du Texas, d’où elle est originaire. Doux et raffiné à la fois. Il ne faut pas s’y tromper, pourtant. Elle n’a jamais perdu un procès. C’est une gagnante et c’est précisément pour cela que je l’ai engagée, hier, après ma visite chez Brooke. Je veux en finir rapidement et rentrer au plus vite à Tree Hill.

- Oui !

- J’ai appelé Sophie Owens, l’avocate de Brooke Davis, hier après-midi pour organiser une rencontre. Je l’ai rappelée ce matin et… Il y a un léger problème, semble-t-il.

- Quel genre de problème ?

- Personne ne semble savoir où est Brooke Davis. Elle a pris un congé au journal et la rédactrice en chef dit ignorer la date de son retour.

- Ce qui fait que ?

- Ne précipitons pas les choses… Ecoutez, Lucas, Mlle Davis a subi un choc terrible. Je pense que nous devons lui laisser le temps d’accepter la réalité.

- Et si elle disparaît pour de bon, en emmenant ma fille ?

- Ça m’étonnerait. D’après Sophie Owens, Brooke Davis est une jeune femme sensée. Elle est très aimée et respectée dans son métier. Donnons-lui un jour ou deux, et si elle n’est pas revenue d’ici-là, nous la ferons rechercher par la police.

- Appelez-moi dès que vous aurez du nouveau.

- Je n’y manquerai pas.

Je raccroche et songe un instant à ce que la mère adoptive de Juliet doit endurer en ce moment. Je ne veux pas lui faire du mal. Oui, je suis désolé de cette situation, désolé de cette histoire. Mais, je veux absolument connaître ma fille et vivre avec elle, la voir grandir, à mes côtés.

L’après-midi même, alors que je me repose sur le balcon de ma chambre d’hôtel, j’entends mon portable sonner.

- Allô ?

- C’est Amanda.

- Vous avez des nouvelles ?

- Oui. Sophie Owens a réussi à joindre Brooke Davis, et l’a convaincue de rentrer à Atlanta.

- Quand nous rencontrons-nous ?

- Mlle Davis et son avocate ont accepté que nous nous rencontrions vendredi matin. Ça vous va ?

- J’y serai, merci.

Demain matin. Encore une longue nuit en perspective. J’ai tellement hâte de pouvoir commencer ma nouvelle vie avec Juliet.


Au moment où je me gare sur le parking du cabinet d’avocats, le matin suivant, je vois le 4X4 bleu nuit de Brooke Davis. Je suis aussitôt assailli par des émotions diverses. Ce n’est pourtant pas le moment de me laisser attendrir. A l’intérieur du bâtiment, je me dirige vers le bureau de la réceptionniste, une jeune femme aux cheveux roux, avec un anneau dans le nez qui lui donne un air agressif. Cependant, elle a un regard doux, et me sourit lorsque je m’approche.

- Si vous voulez bien me suivre, Mr Scott…

Le couloir est long et étroit ; seule une petite fenêtre tout au bout, laisse entrer la lumière du jour. Je me laisse guider jusqu’à une porte que l’hôtesse m’ouvre avant de s’effacer pour me laisser passer.

- Entrez, Mr Scott.

- Merci.

Amanda Donovan est seule. Elle a tout à fait le physique de l’emploi, dans ce tailleur noir strict et ce chemisier blanc. Elle se lève et me tend la main.

- Bonjour, Lucas.

- Bonjour !

- Sophie et Mlle Davis ne vont pas tarder à arriver. Je vous offre un café ?

- Non, merci. Je veux en finir le plus vite possible pour rentrer à Tree Hill avec ma fille.

A peine ai-je prononcé ces mots que la porte s’ouvre sur Brooke Davis, suivie d’une femme d’un certain âge et dont les cheveux gris sont remontés en un chignon.

- Bonjour, Mr Scott. Je me présente : Sophie Owens. Bien sûr, vous connaissez ma cliente, Mlle Davis. Asseyez-vous tous, je vous en prie !

Je me tourne vers Brooke et la salue d’un petit signe de tête. Mon intention première avait été d’éviter de la regarder, et la terreur à peine voilée que je lis dans ses yeux m’atteint de plein fouet. Elle est vêtue d’une robe noire rehaussée par un petit collier de diamants. Tellement belle, que j’en ai le souffle coupé. Pourtant, je me concentre sur mon avocate et m’assois en face d’elle.

- Bien ! De toute évidence, l’objet de cette rencontre est de mettre les choses à plat. Maître Donovan ? Nous vous écoutons.

- Nous savons tous que les circonstances de cet entretien sont des plus regrettables. Mon client n’a nullement l’intention de faire souffrir Mlle Davis. Il lui est reconnaissant de s’être occupée de sa petite fille, ces cinq dernières années. Néanmoins, et après avoir mûrement réfléchi aux conséquences de sa démarche, Mr Scott a décidé de contester l’adoption en s’appuyant sur le fait qu’il n’était pas au courant de l’existence de cet enfant. En effet, sa femme ne l’a jamais prévenu de sa grossesse. Mon client n’avait donc aucune connaissance de cette enfant. Ce n’est que la semaine dernière, en lisant une lettre que sa femme a écrite avant de mourir qu’il a appris l’existence de la petite Juliet.

Je me tourne vers Brooke et vois que la peur a laissé place aux larmes dans ses yeux.

- Mr Scott, je connais les circonstances dans lesquelles est née Juliet, et je sais également que vous n’en avez jamais été informé. Et croyez-moi, je suis sincèrement désolée pour vous ; toutefois, je me dois de vous demander si vous avez la moindre idée du mal que vous allez faire, non seulement à Mlle Davis, mais aussi à cette enfant, en maintenant votre démarche.

- Je peux vous assurer, maître, que je n’aurais pas choisi de récupérer mon enfant si j’avais estimé une seule seconde que j’avais le choix. Juliet est la seule chose qui me reste de ma femme.

- Dans ce cas, je dois vous prévenir que ma cliente portera l’affaire devant les plus hautes instances. Nous nous dirigeons vers un procès terriblement long et pénible pour les deux parties. C’est vraiment ce que vous voulez ?

- Je dois le faire pour ma femme.

- Très bien. Nous espérions pouvoir vous faire changer d’avis. Puisque ce n’est pas le cas, nous nous reverrons au tribunal.

Là-dessus, elle fait le tour de la table, et tapote doucement sur l’épaule de Brooke. La jeune femme se lève, l’air complètement hébété et les deux femmes sortent de la pièce.

- Lucas, ça va aller ?

Je hoche la tête et me lève.

- C’est tout pour aujourd’hui ?

- Oui. Je vais passer voir Sophie avant de partir. Je vous appelle dès que j’ai du nouveau.

Je quitte le cabinet et m’arrête net au milieu du parking. Brooke Davis est assise dans sa voiture, un bras sur le volant, la tête baissée. Ses épaules sont secouées de sanglots. Je reste figé devant tant de chagrin… Un chagrin dont je suis la cause. Je prends une grande inspiration et me dirige vers ma voiture. Brooke ne mérite pas ça, mais je n’ai pas le choix. Je veux récupérer ma fille, ma petite fille dont j’ai été injustement privé depuis cinq ans.

Ce soir-là, après le bain, Brooke borde amoureusement sa petite fille avant de s’asseoir sur le lit à côté d’elle. Elle fait courir ses doigts dans la frange soyeuse de l’enfant.

- Tu me racontes une histoire, maman ?

- Non… Je voudrais que l’on discute un peu, toutes les deux. J’ai quelque chose à te dire.

- C’est quoi, maman ?

- C’est très compliqué et tu vas peut-être avoir du mal à comprendre. Tu sais à quel point je t’aime, ma chérie ?

- Voui. Grand comme le ciel !

- Encore plus que ça… Tu sais que ce sera toujours le cas, seulement… Seulement, je ne t’ai pas eue comme la plupart des mamans ont leur bébé.

- Je ne suis pas sortie de ton ventre ?

- Non. Toi, tu es arrivée dans cette maison de manière différente… Quand tu es née, ta famille a estimé qu’une autre maman serait mieux capable de s’occuper de toi qu’ils ne l’étaient eux-mêmes. Alors ils m’ont donné leur bébé, et tu es devenue ma fille. Ma petite Juliet à moi…

- Et mon autre maman, elle était triste ?

- Sûrement, oui.

- Alors, je suis adoptée ?

- Adoptée, oui… C’est cela.

- Est-ce que je verrai mon autre maman, un jour ?

- Hélas, non, ma puce. En revanche, sa famille aimerait faire ta connaissance.

- Sa famille va venir me voir ?

- Il semblerait, oui.

- Mais tu resteras avec moi !

- C’est un juge qui en décidera. Nous devons attendre de savoir ce qu’il pense de tout cela.

- J’ai peur, maman…

En entendant cela, Brooke ne peut retenir plus longtemps les larmes qui se mettent à couler sur ses joues. Elle repousse la couverture, s’allonge auprès de la fillette et la prend dans ses bras.

- Je sais. Mais nous nous sortirons de ce mauvais pas, toutes les deux. Tout ira bien, tu verras.

- C’est promis ?

- C’est promis.

Parce que, d’une manière ou d’une autre, il fallait que les choses se terminent bien. Brooke ne concevait pas qu’il en aille autrement.


Il est dix-huit heures lorsque Amanda m’appelle sur mon portable, alors que je suis allongé sur mon lit, en train de lire un livre.

- Lucas ?

- Qu’est-ce qui se passe ?

- Le juge a décidé d’une date pour le procès. Ce sera dans deux semaines, le mardi.

- Deux semaines ?

- Oui, il nous a expliqué à moi et à Sophie Owens qu’il délivrera sa réponse, à l’issue de ce procès ou s’il y avait des rebondissements d’ici-là, quelques temps après.

- Très bien, j’y serai.

- Vous allez rentrer à Tree Hill ?

- Non, je pense que je vais acheter un appartement ici, à Atlanta.

- Acheter un appartement ? N’est-ce pas précipité ?

- Si jamais, le juge demande à ce que je fasse mes preuves en tant que père, il me confiera Juliet, et je devrai m’en occuper pendant quelques temps. Il faut donc que j’ai un endroit décent où l’emmener. Et je pense qu’un appartement près de chez elle, enfin près de chez Brooke serait plutôt un bon point pour moi.

- Oui, je crois que ce serait une bonne idée.

- Parfait ! Alors, vous m’appelez si vous avez du nouveau ou sinon on se revoit dans deux semaines, Amanda.

- D’accord. Bon courage, Lucas.

Après avoir reposé mon mobile sur la table de nuit, j’entreprends de chercher un appartement sympathique dans le quartier de la maison de Brooke. Si je parviens à me trouver un petit chez-moi et où j’aménagerai une chambre pour Juliet, j’aurai peut-être une chance supplémentaire de convaincre le tribunal de mes bonnes intentions. C’est ainsi, que le lendemain matin, alors que le soleil n’est pas encore levé, je me gars devant une maisonnette située dans la rue adjacente à cette de Juliet. D’un charme plutôt rustique, elle me paraît légèrement petite. Elle ne possède qu’une chambre, donc, non, pas question que je l’achète. Peut-être dois-je me rabattre sur un appartement ? La visite suivante m’emmène vers un grand immeuble, situé au fond d’une rue tranquille et avec une petite cour devant. Parfait pour que Juliet puisse y jouer. L’appartement est au deuxième étage, avec ascenseur. Deuxième point positif. Troisième point positif, deux chambres, grandes et lumineuses. Avec une grande cuisine à l’américaine, un salon, et une salle de bains avec une baignoire, il me semble parfait pour ce que j’ai décidé d’en faire. L’agent immobilier m’indique le prix, et je lui signe tout de suite sa promesse de vente. Il paraît surpris de cette brusque négociation, mais a la décence de ne rien dire. Voilà, je suis prêt à accueillir ma fille, dans ce charmant appartement qui, je l’espère, lui plaira.


Deux semaines plus tard, je me gars à proximité du palais de justice d’Atlanta. Je reste un long moment dans ma voiture, à rassembler mon courage et à essayer de me calmer, chose très difficile. Après tout, ma vie allait sans doute être bouleversée, alors il y avait de quoi être anxieux. Je pénètre enfin dans le tribunal, prends l’ascenseur jusqu’au quatrième étage et parcourt le couloir d’un pas rapide. Je rentre dans la salle d’audience, mon cœur battant à cent à l’heure. Amanda m’attend près de l’entrée. A l’autre bout de la salle étaient assises Brooke et son avocate. Elle leva les yeux vers moi, et l’espace d’un instant, je crois apercevoir une prière silencieuse. Sûrement croit-elle que je peux encore arrêter cette procédure. Mais, je n’en ai ni le droit ni l’envie. Je dois récupérer mon enfant, ma fille, la dernière chose qui me reste de ma femme adorée.

- Bonjour, Lucas. Comment vous sentez-vous, ce matin ?

- Ça va.

- La procédure a été confiée au juge Lydia Johnson. Nous aurions pu tomber plus mal. Elle a toujours été du côté des papas dans ses affaires.

Malgré le fait que je sache qu’elle disait cela seulement pour me rassurer, j’en fus pour le moins légèrement rassuré.

Le juge Johnson arrive à ce moment précis et prend place derrière l’impressionnante tribune, à l’avant de la salle. Ses cheveux châtains sont parsemés de mèches grises. Elle chausse ses lunettes et parcourt rapidement le dossier posé devant elle.

- Maître Owens ? Maître Donovan ? Veuillez-vous avancer jusqu’à la barre, s’il vous plaît.

Les deux femmes s’avancent. La juge leur pose quelques questions à mi-voix, hoche la tête et se renfrogne.

- Monsieur Scott, Mademoiselle Davis. D’après ce que j’ai compris, Mr Scott, ici présent, souhaite mettre fin à l’adoption de la petite Juliet Davis, cinq ans qui vit depuis sa naissance chez sa mère adoptive, Mlle Davis, c’est bien ça ?

- C’est exact, votre Honneur.

Amanda parlait d’une voix assurée, mais cependant respectueuse envers la juge.

- Je vais être tout à fait sincère avec vous. Je suis atterrée par la nature de cette requête, mais toutefois, je m’engage à écouter vos arguments avec l’impartialité requise par ma profession. Je prendrai ensuite une décision, en me basant sur les lois en application dans ce genre d’affaire. Monsieur Scott, êtes-vous prêt à répondre à quelques questions ?

Je me lève.

- Oui, votre Honneur.

- Je suis parfaitement consciente des circonstances de la naissance de la petite Juliet, et du fait que votre femme ne vous avait pas mis au courant de l’existence de votre fille, il y a cinq ans de cela. Ce que j’ai du mal à comprendre, c’est ce qui vous a amené à en réclamer la garde, après la mort de votre femme.

- Il n’y a pas de mots pour exprimer le chagrin que j’ai éprouvé, et que j’éprouve toujours, d’avoir perdu ma femme. Croyez-moi, votre Honneur, je ne m’attendais absolument pas à recevoir une lettre de ma défunte épouse alors qu’elle venait de mourir. Et pourtant, un matin, j’ai appris que j’étais père. Moi qui ai toujours rêvé d’avoir un enfant… Désormais, ma femme est partie, je n’ai plus rien. Si ce n’est cette petite fille qui est la mienne, et qui est la seule chose qui me reste au monde. Elle ressemble tellement à ma femme, que lorsque je regarde Juliet, j’ai l’impression de voir Peyton au même âge. Et c’est grâce à cela, que je tiens maintenant. Je m’accroche au fait que je verrai ma femme chaque jour, à travers ma fille. Je demande à la Cour de bien vouloir prendre ce fait en considération.

- J’ose espérer, Mr Scott, que vous mesurez la gravité de votre demande.

- Oui, votre Honneur.

- Bien. Mademoiselle Davis ?

Brooke se lève à son tour, alors que je me rassois, les mains tremblantes.

- J’ai passé en revue chacun des rapports que l’assistante sociale a rédigés, après chacune de ses visites, depuis le jour de l’adoption. Il m’apparaît clairement que vous êtes une mère adoptive, voire une mère tout court, tout à fait digne de ce nom. A mes yeux, cela rend la situation d’autant plus regrettable. Vous comprenez que Mr Scott s’apprête à demander au tribunal d’annuler l’adoption ? A faire en sorte que Juliet vous soit retirée pour lui être confiée ?

- Oui, votre Honneur. Puis-je me permettre d’ajouter quelques mots ?

La juge hoche la tête en signe d’assentiment.

- S’il est vrai que mon existence toute entière est bouleversée par la tournure que prennent les événements, mes pensées sont tournées vers ma fille. Je me suis efforcée de lui expliquer ce qui se passait. Seulement, elle n’a que cinq ans. Comment voulez-vous qu’elle comprenne ? Je… Je suis la seule mère qu’elle n’ait jamais connue. 

- Il m’apparaît que vous allez mettre cette enfant dans la situation la plus inconfortable qui soit. Aussi, je conseille à chacune des deux parties de penser avant tout à l’enfant, dans la requête que vous présenterez à ce tribunal.

Elle regarde son agenda.

- La séance est levée. Elle reprendra à la même heure, dans trois jours. Maître Donovan ? Maître Owens ? Cela vous convient-il ?

Les deux avocates se lèvent d’un même mouvement, et approuvent d’un hochement de tête.

- Oui, votre Honneur.

haley92  (27.01.2008 à 14:57)

L’après-midi, alors que je sors juste de la douche de mon nouvel appartement, le téléphone fixe sonne. Tiens, qui peut bien m’appeler d’aussi bonne heure ?

- Allô ?

- Bonjour, Mr Scott. Rose Keller du magazine Today. Auriez-vous quelques renseignements à nous donner sur la nature de votre requête et sur votre décision de demander la garde de votre petite fille qui vit depuis toujours chez Mlle Davis ?

- Je suis désolé, je n’ai aucun commentaire.

Je raccroche brutalement le téléphone et le jette contre le mur. Où avaient-ils donc trouvé mon numéro, alors que je ne possédais ce téléphone que depuis deux jours ? Mon refus de participer ne les empêchera pas de faire leur papier et de raconter toutes les bêtises du monde sur moi, ma femme et ma vie, bien au contraire. D’ailleurs, le lendemain matin, j’ai tôt fait d’avoir raison. Tous les journaux parlent de notre affaire. « Atlanta : une adoption contestée au bout de cinq ans », « Un père se rend compte qu’il a une fille cinq ans trop tard »… Toutes les unes des journaux de la ville parlaient de lui, de la situation. Oh mon Dieu ! Mais dans quelle histoire infernale me suis-je fourré ? Non, aucune infernale, mais nécessaire. Je veux ma fille, et je l’aurai. Coûte que coûte, il faut que je m’en tienne à ça. Au fait que j’aime ma fille et que je la veux à mes côtés, je veux la voir grandir plus que tout au monde.


Il fait presque nuit lorsque après avoir terminé de ranger la vaisselle dans le placard, je m’affale sur le canapé, dans l’espoir de trouver une émission intéressante. Soudain, la sonnette retentit. Je me relève et ouvre la porte. Qu’elle n’est pas ma surprise en découvrant Brooke Davis sur le seuil de mon appartement. Ses bras sont chargés d’albums photos.

- Je sais… J’aurais dû vous appeler avant de venir. Mais je craignais que vous refusiez de me voir.

- C’est vrai.

- Je ne serai pas longue, je vous le promets. Je peux entrer quelques minutes ?

Je lui désigne la table de la cuisine et referme la porte derrière elle.

- Qu’est-ce qui vous amène ?

- J’aimerais que vous regardiez ces photos.

Elle pose sur la table, la demi-douzaine d’albums photos qu’elle tenait dans ses mains, quelques minutes auparavant.

Je ne suis pas dupe. Je sais exactement où elle veut en venir, et mon instinct me dicte de refuser, ce serait plus sûr. D’un autre côté, Brooke Davis semble si vulnérable et il lui avait fallu une bonne dose de courage pour venir jusqu’ici. Aussi, après avoir tiré une chaise, je m’assois en face d’elle et ouvre le premier album.

Toutes les photos sont soigneusement datées et sous chacune d’elles, Brooke a griffonné une note, un commentaire. La première montre une Brooke tout sourire, une expression d’incrédulité sur le visage, et tenant dans ses bras un nouveau-né dont la bouche est arrondie telle un ange. J’ai un pincement au cœur en pensant que le bébé que tient Brooke contre elle vient à peine de quitter le ventre de Peyton. Je tourne lentement les pages, m’attardant sur chaque légende. Arrivée de Juliet à la maison… Juliet et son doudou… Première sortie de Juliet, au parc… Juliet et Rachel, sa grand-tante…Le deuxième album contient des photos du premier Noël de Juliet. La fillette est assise dans un siège relax, au pied du sapin, dont elle contemple les guirlandes avec émerveillement. Son visage exprime une joie si belle à voir, que mon cœur se serre à l’idée que ce soit Brooke qui ait réussi à lui donner cet air sur son joli petit visage et pas moi. Soudain, les larmes me brouillent la vue, je ne vois plus rien. Je referme l’album d’une main rageuse et le rends à sa propriétaire.

- Ça va ?

- Oui.

- Je ne voulais pas vous…

- Peu importe ce que vous vouliez. Toutefois, si vous avez l’intention de me prouver que je n’aurais jamais été en mesure d’élever Juliet comme vous l’avez élevé, c’est réussi.

- Vous vous trompez. Ce n’était pas mon intention.

- Dans ce cas, que vouliez-vous exactement ?

- Que vous voyiez l’être humain en moi. Je voulais que vous cessiez de me voir en simple adversaire, devant un tribunal. C’est toute mon existence qui est en jeu ! La mienne, la vôtre et celle de ma fille ! Et ce que vous vous apprêtez à faire… Je vous en supplie… du fond du cœur… Ne faites pas ça.

Sur ces mots, elle tourne les talons, ouvre précipitamment la porte d’entrée et la claque vivement. Quelques secondes plus tard, j’entends sa voiture démarrer. Brooke Davis est repartie aussi vite qu’elle est venue, et aussi subitement.

L’audience débute à 10 heures précises, avec l’arrivée du juge Johnson. L’assemblée se lève d’un bloc et la juge prend place derrière la barre.

- L’audience se déroulera comme suit. Pour commencer, je voudrais entendre l’avocat de Mr Scott. Ensuite, je souhaite que son client m’explique son point de vue. Puis, lorsque Maître Donovan en aura terminé, Maître Owens prendra-t-elle directement la relève en interrogeant les témoins de Mlle Davis, puis Mlle Davis en personne. Cela constituera la première partie de cette audience. Maître Donovan ? Nous vous écoutons.

Amanda Donovan se lève et s’avance.

- Je vous remercie, votre Honneur. Pour commencer, je souhaite appeler mon client à la barre.

- Accordé.

Je me lève et avance lentement jusqu’à l’avant de la salle où je lève la main droite pour prêter serment.

- Monsieur Scott, je voudrais que vous nous rappeliez pourquoi vous voulez annuler l’adoption.

- J’ai perdu ma femme, il y a un mois et demi. Je l’aimais tellement, et la perdre ainsi… Je… Je doutais de pouvoir survivre à sa mort bien longtemps. Et lorsque j’ai découvert que j’étais père, tout a changé. J’ai retrouvé la joie de vivre. Pour ma fille, je voulais reprendre goût à la vie, retrouver l’espoir. Juliet est la seule chose qui me reste pour me rappeler de Peyton, c’est ma seule famille, désormais.

- Qu’avez-vous à offrir à cette enfant, Mr Scott ?

- Un lien avec sa mère. Je veux l’élever dans la maison où sa mère aurait aimé qu’elle grandisse. Et moi. Je suis son père.

- Pensez-vous que votre épouse aimait cette enfant, Mr Scott ?

- Je n’ai aucun doute là-dessus.

- Comment le savez-vous ?

- Je connais Peyton. A ses yeux, je suis sûr que la petite était aussi innocente que l’enfant que nous avions projeté d’avoir ensemble. Elle l’aimait, mais elle a décidé qu’elle et moi n’étions pas prêts pour être parents. Nous n’avions pas encore dix-huit ans, encore au lycée et sans projet d’avenir.

- Êtes-vous certain, Mr Scott, que le mieux pour Juliet est de vivre avec son père et avec le souvenir de sa mère ?

- Certain. Juliet est ma fille. La fille de Peyton. Notre fille.

- Merci, Mr Scott. Ce sera tout.

Je regagne ma place. Mon regard croise celui de Brooke, et les larmes qui brillent dans ses yeux me forcent à penser qu’elle a été émue.

Sophie Owens se lève à son tour et s’avance vers l’avant de la salle.

- Premièrement, votre Honneur, permettez-moi d’appeler mon premier témoin à la barre : Rachel Gatina.

Cette dernière s’avance vers la barre et prête serment.

- Puis-je vous poser quelques questions, Mme Gatina ?

- Oui.

- Vous êtes bien la tante de Brooke Pénélope Davis ici présente ?

- C’est exact.

- Pouvez-vous me dire à quel âge ma cliente est-elle venue vivre chez vous ?

- Elle avait huit ans.

- Dans quelles circonstances ?

- Son père et sa mère sont décédés dans un accident de voiture.

- Quel est son lien exact de parenté avec vous ?

- Brooke est la fille de ma défunte sœur. 

- Ma cliente était-elle fille unique ?

- Oui.

- Vous étiez la seule famille qui restait à ma cliente ?

- Oui.

- Pouvez-vous nous décrire le genre de fillette qu’était votre nièce, Mme Gatina ?

- Très ouverte. Elle ne cessait de parler, toute la journée. Quand elle était petite, Brooke répétait à qui voulait l’entendre qu’elle n’aurait pas d’enfants.

- Comment expliquez-vous cela ?

- Par le fait que sa mère, Macy, n’était pas… disons… Disons que Macy n’était pas la plus stable des mères.

- Où voulez-vous en venir, Mme Gatina ?

- J’essaye simplement d’expliquer à la Cour qu’il est surprenant que Brooke ait fini par opter pour la maternité. Je suis contente que l’absence d’instinct maternel chez ma sœur n’ait eu aucune influence sur sa fille… Voyez-vous, j’ai toujours fait mon possible pour être un modèle pour Brooke, et j’ai le sentiment d’avoir réussi.

- Ce sera tout, Mme Gatina.

Rachel Gatina rejoint sa place, sans un regard pour sa nièce. Apparemment, Brooke ne l’avait jamais apprécié, et cela semblait réciproque.

- J’appelle maintenant ma cliente à la barre, Brooke Davis.

Celle-ci se lève et avance lentement jusqu’à la barre, où elle jure.

- Parlez-nous un peu de votre fille, Brooke.

- Avant l’arrivée de Juliet, je pensais souvent à l’existence que je mènerais si j’avais un enfant. Et la réalité correspond en grande partie à ce que je m’étais imaginé. Toutefois, il y a une multitude de choses que je ne pouvais qu’ignorer… A quel point il est merveilleux d’entendre « Je t’aime, ma maman », chaque soir, à l’heure du coucher, par exemple… Ou combien je suis émue, lorsque je la vois ramasser un moucheron sur le trottoir, pour aller le poser sur un arbre, à l’abri du danger… Combien il est gratifiant de la regarder évoluer, commencer à nager, à grimper toute seule jusqu’en haut du toboggan… Quand je suis avec Juliet, j’ai l’impression qu’on m’a donné une chance de voir le monde avec un œil nouveau. Son arrivée a été un véritable cadeau de la vie.

- Je ne vous poserai qu’une question, Brooke. Pouvez-vous expliquer à la Cour pourquoi, à votre avis, Juliet doit rester sous votre garde ?

- Si je n’ai pas mis ma fille au monde, je n’en reste pas moins la personne à qui elle demande de souffler sur ses bobos quand elle se fait mal, et c’est dans mes bras qu’elle se réfugie lorsqu’elle est fatiguée… Je suis sa maman… Je sais qu’elle préfère ses toasts coupés en triangle plutôt qu’en rectangle, qu’elle adore la gelée de pamplemousse alors qu’elle déteste la gelée de fraise. Je sais qu’elle ne peut s’endormir sans son doudou, sa couverture de bébé dont elle ne veut pas se séparer… Ce sont toutes ces petites choses qui constituent son monde… Je le répète : je ne lui ai pas donné le jour, mais je suis la seule mère qu’elle connaisse. Aussi, bien que je comprenne ce qui a pu motiver Mr Scott dans sa requête, j’ai la ferme conviction que Juliet doit rester avec moi. C’est dans son plus grand intérêt… Une question d’équilibre.

- Merci, Brooke.

- Vous pouvez vous rasseoir.

La juge se racla la gorge.

- Lorsque je me trouve confrontée à ce genre d’affaires, je trouve mon métier de juge pour le moins difficile. Il n’est pas question de bien ou de mal, dans le dossier qui nous occupe. Et pourtant, plusieurs vies vont être affectées, et cela quelle que soit la décision prise par cette Cour. Alors, je souhaite du fond du cœur limiter ces dégâts, dans la mesure de mes moyens, bien sûr. Il m’apparaît clairement qu’il ne peut pas y avoir de gagnant, dans cette bataille juridique. J’espère que vous le comprenez, l’un comme l’autre. Aussi je souhaite que vous pesiez tous les deux l’importance du problème. J’ai bien assimilé le fait que Mr Scott ait ignoré l’existence de sa fille durant cinq ans, et je ne doute pas de ses aptitudes à être père. D’un autre côté, je suis tout aussi convaincue des bonnes capacités de Brooke Davis à élever la petite Juliet. En conséquence, je déclare que, pendant une période d’un mois, Mr Scott aura un droit de visite sur Juliet Davis. Ces visites seront hebdomadaires et ne devront pas être inférieures à quarante-huit heures. Dans un mois, jour pour jour, je convoquerai de nouveau les deux parties devant ce tribunal. Et vous me direz, l’un et l’autre, ce que vous pensez être dans le meilleur intérêt pour cette enfant.

Je ferme les yeux, me demandant si je dois me mettre à pleurer ou pousser un soupir de soulagement.

Le vendredi suivant, début officiel de mes droits de visite sur Juliet, je me lève à l’aube pour avoir le temps de préparer la venue de la fillette dans mon appartement. Hier, j’avais passé la journée à faire le ménage, à ranger tous les objets tranchants et dangereux pour une petite fille de cinq ans. Je lui avais même installé un siège spécial à la table de la cuisine, pour qu’elle se sente à l’aise. Pourtant, au fond de moi, je sais bien que Juliet ne sera pas heureuse d’être ici avec moi, son père, puisque tout ce qu’elle voudra ce sera retrouver sa maman, sa maison et sa vie. Je sais que ce premier jour sera difficile, mais j’espère prouver à Brooke et à Juliet que je suis un bon père. Hier soir, j’ai appelé ma mère. Je lui avais promis de la tenir au courant des événements, et pourtant, cela fait plus de deux mois que je suis parti de Tree Hill, et je ne l’ai pas eu au téléphone une seule fois. Elle semblait heureuse de m’entendre, et lorsque je lui appris que Juliet venait aujourd’hui, elle s’est précipitée dans sa voiture et a absolument tenu à être présente. Du coup, elle est là, à côté de moi, assise sur un des tabourets de ma grande cuisine américaine. Elle aussi semble nerveuse, tout comme moi je le suis depuis plusieurs jours. Je tourne en rond. Juliet aurait dû arriver depuis plus de dix minutes.

- Cesse de faire les cent pas comme ça, Luke. Tu vas finir par faire un trou dans le plancher !

Au moment précis où je me disais que le tribunal avait changé d’avis, j’entends une voiture se garer en bas de l’immeuble. Aucun doute, ce doit être elle. Ma mère se lève d’un bond, et je me précipite vers la porte d’entrée, les jambes tremblantes. J’entends les hurlements de la fillette avant même d’ouvrir la porte. Une femme à l’expression vaguement réprobatrice se tient sur le palier. Dans ses bras, Juliet pleure à chaudes larmes, en répétant inlassablement : « Maman, maman… ». Elle a les yeux rouges et les paupières gonflées. Je sens mon cœur se serrer devant tant de chagrin, alors j’adresse un regard interrogateur à l’assistante sociale.

- Monsieur Scott ? Carey Jones, des Services sociaux. Comme vous le voyez, Juliet est très perturbée. J’ai tout essayé, mais je n’ai pas réussi à la consoler. Je peux la faire entrer ?

Je hoche frénétiquement la tête et m’efface pour la laisser entrer. Je les guide jusqu’au salon. Carey Jones repose doucement l’enfant dans un des fauteuils et se tourne vers ma mère et moi.

- Ça va aller ?

J’acquiesce vaguement, incapable de répondre. L’assistante sociale dépose les affaires de Juliet au milieu de la table de la cuisine et ressort, après nous avoir adressé un dernier signe de tête.

L’appartement tout entier résonne des cris de terreur de la petite fille. Ma mère pose une main catastrophée sur la mienne.

- Oh, Lucas…

Tout à coup, les cris de Juliet s’atténuent, et je n’entends plus que de brefs hoquets. Ma mère est la première à réagir. Elle s’approche doucement du fauteuil et prend la fillette dans ses bras.

- Bonjour, Juliet. Je sais. Tu as un gros chagrin… Allez, calme-toi, ma belle. Tout ira bien, je te le promets…

Juliet nous dévisage tour à tour, ma mère et moi. Son petit menton n’a pas cessé de trembler. Ma mère repousse en arrière les cheveux humides de la fillette.

- Tu dois être épuisée, après ça, non ? Tu aimerais voir la jolie chambre que nous t’avons préparée ?

La fillette se remet à pleurer, plus fort que la première fois. Je ferme les yeux. Peut-être ne suis-je pas fait pour être père, finalement. Peut-être était-ce une erreur de réclamer la garde de Juliet. Peut-être doit-elle rester auprès de sa mère. Et ne pas connaître ni son père, ni sa mère ? Non, jamais ! Je dois avouer que j’ai du mal à calmer ma propre fille. Le constat est dur, mais vrai, cependant. Aux yeux de Juliet, je ne représente rien d’autre que l’homme qui l’arrache à sa mère, à sa maison, à sa vie. Je regarde ma mère, qui m’adresse un regard triste.

- Laisse, maman. Je vais la ramener chez Brooke.

- Tu es sûr, Luke ?

- Oui, assurément, Juliet n’est pas prête. Et moi non plus. Alors, autant limiter les dégâts.

- Très bien.

- Rentre à Tree Hill t’occuper du café et de Lily. Je me débrouillerai, ne t’inquiète pas.

- D’accord.

Elle me sourit, m’embrasse sur la joue, et referme la porte d’entrée derrière elle. Je regarde un instant Juliet, ses yeux sont embués de larmes, son front est mouillé de transpiration à force de pleurer, et ses cheveux humides sur le devant. Alors, je la prends dans mes bras, et fais la seule chose qui me vient à l’esprit, pour le moment.

haley92  (27.01.2008 à 14:59)

Il est encore tôt lorsque je me gars dans la rue devant chez Brooke. Juliet est attachée sur son siège auto à l’arrière de la voiture. Lorsqu’elle reconnaît le jardin, son visage s’illumine.

- Maman !

Juliet essaye tant bien que mal de détacher sa ceinture avec ses petits doigts pressés, mais sans succès. Je descends et ouvre la portière. Nous traversons tous deux le jardin et, pour la première fois, la fillette accepte de prendre la main que je lui tends. Nous grimpons les marches du perron et je frappe à la lourde porte blanche. Lorsque Brooke ouvre la porte, elle réprime un petit cri de joie en voyant sa fille.

- Mon Dieu… Juliet… Il ne lui est rien arrivé au moins ?

- Elle se porte comme un charme, ne vous inquiétez pas.

- Pourquoi avez-vous ramené Juliet si tôt ?

- Elle… Elle avait besoin de vous.

Brooke lève les yeux vers moi, et je réalise que je n’ai jamais vu une telle gratitude chez personne, auparavant. Brooke tend les bras vers la fillette et l’embrasse tendrement, caressant les cheveux blonds de la fillette.

- Merci. Du fond du cœur.

Nous nous observons un moment, puis je hoche la tête et tourne les talons.

Alors que j’ai la main sur le portail, j’entends une voix derrière moi.

- Lucas ! Attendez ! Ne partez pas comme ça. Restez au moins dîner avec nous.

- Ce n’est pas une bonne idée.

- Allez… Ne vous faites pas prier.

Je la dévisage un instant avant de secouer la tête.

- Ecoutez, Brooke. Je ne voudrais pas que vous vous fassiez de fausses idées. Si je vous ai ramené Juliet, c’est uniquement parce qu’elle avait besoin de vous. N’y voyez aucun altruisme de ma part.

La jeune femme réfléchit un instant et me regarde.

- Je ne m’imagine rien, Lucas, croyez-le bien. Tout ce que je vous propose, c’est de partager notre repas.

Nous nous affrontons un moment du regard, puis je hoche la tête et la rejoint sous le porche. Pendant que j’écoute Juliet me raconter une histoire dont je ne comprends pas la moitié des mots, Brooke tire du réfrigérateur des légumes et fait chauffer du riz et du poulet. Juliet me tire par la main et m’emmène dans le jardin par la porte-fenêtre ouverte à côté de la cuisinière. Elle me montre du doigt la balançoire. Alors je me penche vers elle et l’installe dans le siège, fait juste à sa taille. Pendant quelques minutes, je ressens le bonheur d’être père. Cette impression de rendre un enfant heureux, est si… si merveilleuse, si intense… J’en perds mes mots.

Peu après, nous dînons sur la terrasse. Je mange de bon appétit, et écoute d’une oreille attentive le discours de Juliet sur sa journée d’école de la veille. Apparemment, elle avait fait des gâteaux et une galette avec sa maîtresse. Elle semble si concentrée dans ce qu’elle raconte, que j’écoute toute son histoire. Quand elle commence à bailler et à se frotter les yeux, Brooke se lève pour la prendre dans ses bras.

- Je crois qu’il est l’heure que j’aille la mettre au lit ! Je n’en ai pas pour longtemps.

- Je vais rentrer, Brooke. Vous devez être épuisée, vous aussi.

- Attendez que je redescende, d’accord ?

- Entendu.

Pendant son absence, j’en profite pour débarrasser la table, mettre les assiettes dans le lave-vaisselle et préparer de la tisane. J’entends Brooke qui redescend.

- Ce n’était pas la peine, voyons !

- C’est le moins que je puisse faire, après un festin pareil.

- En tout cas, merci.

- Je nous ai préparé de la tisane. Ça vous va ?

- C’est parfait.

Elle se dirige vers la cuisinière et verse le breuvage brûlant dans deux tasses. Elle me tend la première et s’asseoit sur une des chaises autour de la table. Alors que le silence se prolonge, je la vois repasser les dessins sur la table. Alors, c’est plus fort que moi…

- Peyton aussi faisait ça. Elle adorait…

Je m’interromps et plonge le nez dans ma tasse.

- Qu’adorait-elle ?

- Rien.

- C’est délibéré de votre part ?

- Quoi ?

- De refuser de parler d’elle.

- Sûrement, oui.

- Ce n’est pas lui faire justice, il me semble. D’autant que j’ai cru comprendre que c’était une femme exceptionnelle…

Je plonge mes yeux dans ceux de Brooke et reprends d’une voix nostalgique.

- Elle adorait dessiner. C’était d’ailleurs son métier. Elle pensait que les gens pouvaient se retrouver dans ses dessins, et elle aimait ce sentiment de se rendre utile.

- Parlez-moi un peu d’elle, Lucas.

Je repose ma tasse d’un geste lent et baisse les yeux.

- Peyton adorait lire… Il lui arrivait parfois de rester des heures enfermée dans son bureau pour lire un bouquin ou pour dessiner aussi. Elle aimait la solitude, et cela, je l’ai toujours respecté. Admiré aussi. Moi au contraire, je ne suis absolument pas un solitaire. J’ai besoin de monde, d’animation autour de moi, sinon je m’ennuie. Pour écrire…

- Vous écrivez ?

- Oui, je suis auteur. Je pensais que vous le saviez.

- Ah, voilà pourquoi votre nom ne m’est pas paru inconnu. Vous êtes Lucas Scott, l’écrivain, l’auteur de Nos années passées… et Mémoires d’un adolescent. Je n’avais pas fait le rapprochement. J’adore votre style d’écriture. J’ai lu vos romans, et ils sont vraiment très bien.

- Merci. Peyton aussi les aimait. C’était une femme très généreuse. Pas une sainte, loin de là, mais tournée vers les autres… Nous nous sommes rencontrés au lycée, tous les deux. Ni l’un ni l’autre n’avions jamais été aussi amoureux de quiconque avant cela… Dès que je l’ai vue, j’ai su que ce serait elle et personne d’autre… Le coup de foudre, en quelque sorte.

J’hésite une seconde et relève les yeux vers Brooke.

- Vous aviez raison, en fin de compte… Ça me fait le plus grand bien de parler d’elle. Il y a des moments où j’aimerais effacer le passé. Parce que le souvenir me rend son absence encore plus insupportable.

Sans réfléchir, je la vis tendre la main et m’effleurer le bras légèrement.

- Il ne faut pas vous en vouloir, Lucas. Je sais qu’on a toujours tendance à chercher une raison à ce qui nous dépasse totalement. Seulement parfois, il n’y en a aucune… C’est le destin, c’est tout.

- Quand je vois Juliet… Je n’arrive pas à croire que je puisse être le père de cet être si parfait !

- Je me plais à penser qu’elle a hérité de toutes les qualités de vous et de votre femme. Que c’est le cadeau que votre femme a fait à sa fille. Lui donner une apparence et un intérieur parfaits.

- C’est vrai qu’elle tient énormément de Peyton. Je n’ai qu’à la regarder pour voir sa mère.

- J’en suis heureuse, croyez-moi.

Et elle est sincère.

- Et vous, Brooke ? Parlez-moi de votre famille.

- Oh, il n’y a pas grand-chose à en dire, vous savez.

- Votre tante est votre plus proche parente ?

- Ça dépend de ce qu’on entend par « proche », comme vous avez pu en juger par vous-même, l’autre jour au tribunal.

- Elle s’est tout de même comportée décemment envers vous, quand vous étiez petite ?

- Disons qu’elle m’a donné un toit. Il faut croire qu’elle s’est sentie obligée de s’occuper de moi, à la mort de mes parents et de ma sœur.

- De quoi sont-ils morts ?

- Ils sont morts dans un accident de voiture. Tous les trois. Je suis la seule à avoir réussi à m’en sortir vivante.

- Je suis sincèrement navré.

- Ma tante ne pouvait pas avoir d’enfant. Hélas, je ne correspondais pas au genre de fillette que Rachel aurait souhaité. Je n’ai été que le lot de consolation, en quelque sorte. Elle s’est occupée de moi, ce n’est déjà pas si mal. J’aurais pu me retrouvée dans un orphelinat !

Je me lève et m’approche doucement d’elle. Je lui pose la main sur l’épaule et la force à se lever à son tour, lui soulevant le menton pour que nos yeux soient à la même hauteur.

- Elle aurait pourtant dû se féliciter de vous avoir, Brooke. Vous considérer comme un don du ciel !

Nous restons un moment face à face, sans prononcer un mot et sans en éprouver le moindre besoin. Et soudain, l’attirance que j’avais éprouvée pour Brooke, lors de notre première rencontre me revient à l’esprit et j’ai envie d’aller vers elle… Envie aussi qu’elle s’avance vers moi et m’embrasse. Troublé de ressentir ce genre d’envie, je recule d’un pas.

- Lucas…

Mais je suis incapable de prononcer le moindre mot. Incapable de répondre à la question qu’elle avait posée, indirectement.

- Je crois qu’il est grand temps que je rentre.

- Oui, il commence à se faire tard.

Elle me guide vers la porte d’entrée et l’ouvre.

- Brooke ?

Elle pivote lentement sur elle-même, trop troublée pour répondre.

- Vous le regretteriez un jour ou l’autre.

- Moi… ou vous ?

- Tous les deux, je pense.

Je caresse lentement sa joue et passe le seuil.

- Merci encore pour le dîner. C’était très bon.

- Bonsoir.

Je l’entends refermer la porte d’entrée derrière moi. Alors, je prends la direction de ma voiture, et rentre chez moi. Ce soir-là dans mon lit, je reste longtemps éveillé. Je réfléchis à ce qui vient de se passer entre Brooke Davis et moi. Car, il s’est indéniablement passé quelque chose. De fort.

Le lendemain matin, j’appelle Haley, ça fait plus de deux mois que je ne lui ai parlé, et même si ma mère m’a raconté les derniers événements de Tree Hill, j’ai envie d’entendre sa voix et d’avoir des nouvelles de mon filleul.

- Hales ? C’est Lucas.

- Luke ! Je suis contente de t’entendre. Ça va, toi ? Karen m’a raconté ce qui s’est passé avec la petite, hier. Je suis désolée.

- Je ne sais pas ce que je m’imaginais, au juste. Qu’elle me saute au cou… Qu’elle m’aime et veuille vivre avec moi… Je me faisais assurément des idées. Elle n’a même pas accepté de me parler.

- Tu as vu Brooke ?

- Oui. On a dîné ensemble, hier soir.

- Tu plaisantes ?

- Je sais. Ça paraît incroyable, mais nous avons beaucoup discuté elle et moi. Et nous avons de nombreux points communs. On a surtout discuté de Peyton…

- Et ?

- Je pense qu’elle m’a soulagé. Grâce à elle, j’ai réussi à me pardonner ce qui est arrivé à Peyton. Brooke m’a convaincu que c’était le destin, et que ce n’était en aucun cas de ma faute si elle était morte. Brooke est une femme vraiment exceptionnelle…

- Tu ne serais pas en train de tomber amoureux de Brooke Davis ?

Sa question me fait profondément réfléchir. Suis-je amoureux de Brooke ? Alors que ma femme vient juste de mourir ? Ou est-ce juste une sorte de pitié, ou de solitude partagée ?

- Non, je trouve seulement qu’on souffre tous deux de solitude.

- Peyton est morte, il y a que deux mois, Luke. Je pense…

- Hales ! Je t’ai dit que je n’étais pas amoureux de cette femme. Et quand bien même, je l’étais, ton avis ne me ferait pas changer d’avis. Tu as lu toi-même la lettre que m’a écrite Peyton. Elle me disait qu’elle ne m’en voudrait pas de refaire ma vie.

- Tu n’y es pas du tout, Lucas ! J’allais te dire que je pensais que c’était une bonne idée de la voir, si tu l’apprécies. Si cette femme parvient à t’aider à passer cette épreuve, alors je serai heureuse pour toi. Si elle réussit là où j’ai échoué…

- Hales, tu n’as rien échoué, je t’assure.

- Si… Je suis ta meilleure amie, j’aurais dû t’aider à traverser cette épreuve, au lieu de quoi, je me concentrais sur mon nombril de maman.

- C’est normal que tu t’occupes de Jamie. Et de toi. Et, c’est grâce à toi que j’ai réussi à garder la tête hors de l’eau les premiers jours après sa mort. Si tu n’avais pas été là, Hales, je ne sais pas ce que j’aurais été capable de faire pour retrouver Peyton. Peut-être que…

- Ne dis pas ça ! Je suis sûre que tu n’aurais jamais pensé à te suicider !

- Je ne sais pas. C’est grâce à votre soutien à Nathan et toi que j’ai tenu le coup. Ne doute pas de toi, Hales, tu m’as beaucoup aidé. Toi, Nathan et Jamie. Vous avez été là pour moi, au moment où j’en avais le plus besoin.

- Merci, Luke.

- Je ne fais que te dire la vérité.

- Changeons de sujet, tu vas me faire pleurer. Et maintenant ? Qu’est-ce que tu vas faire ?

- Je ne sais pas… D’un point de vue tout à fait égoïste, j’aimerais réellement que Juliet vive avec moi, qu’elle grandisse à Tree Hill, avec moi à ses côtés. Juliet et moi, sans personne d’autre. D’un autre côté… Je me demande s’il n’y a pas un moyen de contenter tout le monde. Brooke, Juliet et moi.

- Tu veux dire que tu aimerais partager la garde de la petite avec elle ?

- Ça  serait le mieux pour Juliet, je crois.

- N’empêche, ça me paraît tordu comme solution. Juliet est ta fille, point final.

- Justement, j’ai compris cela hier, en parlant avec Brooke. Elle aime réellement sa fille. Ce qui fait que Juliet est ma fille, et la sienne. Elle est notre fille.

- C’est vrai. Fais ce que tu penses être le mieux pour la petite et pour toi, Luke. Je te fais confiance, si tu suis ton cœur, tu feras le bon choix.

L’après-midi, je m’installe confortablement sur le canapé, devant un match de basket, lorsque la sonnette retentit.

- Désolée… J’aurais dû vous appeler. Vous avez une minute à me consacrer ?

Pour toute réponse, je la laisse entrer et referme la porte derrière elle. Son parfum me saisit aux narines. Un mélange de vanille et de pêche. Hum…

- Je suis venue vous remercier de nouveau… Et m’excuser, par la même occasion.

- Je ne vois pas pourquoi.

- Oh si ! J’ai beaucoup pensé à toute cette affaire, depuis votre départ, hier soir. Ce qui est arrivé à votre femme est véritablement injuste, Lucas. en revanche, ce qu’elle a laissé derrière elle est un vrai présent que nous devons protéger et chérir. C’est moi qui ai eu ce privilège jusqu’à présent. Et j’en remercie le ciel, chaque jour.

Elle s’interrompt, me regarde dans le blanc des yeux.

- Je suis sûre d’une chose : je ne veux pas aggraver la situation. Si vous voulez entrer dans le monde de Juliet, je vous laisserai faire. Et je vous faciliterai même la tâche.

Je la dévisage en silence. Elle paraît vraiment sincère. Et c’est ce qui la rend si vulnérable et adorable.

- C’est très généreux de votre part, Brooke. Je dois vous avouer que j’y ai beaucoup réfléchi cette nuit et que j’en suis arrivé à la même conclusion que vous. J’ai pensé qu’il vaudrait mieux que vous l’accompagnez, dans les premiers temps. Ça rendra les choses plus supportables pour tout le monde.

- Vraiment ? Ce serait en effet, un bon début. Dans vos relations avec Juliet. Ça pourrait l’aider à s’habituer à vous, à votre maison.

- Oui, c’est comme ça que je l’ai vu, également.

- Parfait.

Son regard se perd dans le vide, puis ses joues rougissent.

- A propos d’hier, ce qui s’est passé juste avant votre départ…

- Il ne s’est rien passé, Brooke.

- Je sais. Cependant, je veux que vous sachiez…

- Pour la première fois, depuis la mort de Peyton, je me suis souvenu de ce que c’était que de désirer quelqu’un.

Je vois dans l’expression de Brooke que c’est la dernière remarque à laquelle elle s’attendait. Je devine son embarras qu’elle tente de cacher derrière un petit sourire.

- Nous savons tous les deux que ce ne serait pas judicieux.

- Oui.

Elle se tient debout devant moi, dans son parfum envoûtant. La lumière filtrant à travers les rideaux, dessine au-dessus de son visage, une aura brillante qui lui donne un air d’ange. Ses yeux me fixent, sa bouche m’attire. Elle a un mouvement de recul, mais finalement, c’est elle qui franchit les quelques centimètres qui séparent encore nos visages. Elle pose ses lèvres sur les miennes, dans un baiser doux et léger qui se transforme en passion langoureuse et dévorante. Je pose mes mains dans le bas de son dos, et approfondit le baiser. Ses lèvres s’entrouvrent dans une invitation à aller plus loin. Je repousse la voix dans ma tête qui m’incite à arrêter avant que cette passion nous dévore tout entier, et nos langues se mêlent et jouent ensemble, l’une sur l’autre. Je sens ses doigts s’enfoncer dans mes reins, et son souffle rauque sur ma bouche. Soudain, elle recule d’un mouvement vif et baisse les yeux.

- Je suis désolée…

Puis, elle ouvre la porte et sort sans un mot de l’appartement.

Oh mon Dieu… Que vient-il de se passer ? Ai-je réellement embrassé cette femme ? Cette femme qui vient de sortir de chez moi sans même m’adresser un regard, ou une parole ? Oui, apparemment, c’est vraiment ce que j’ai fait. Et je m’en mords déjà les doigts. Peyton est morte depuis deux mois, je l’aimais profondément, et je l’aime toujours, d’ailleurs. Alors pourquoi avoir eu envie d’embrasser Brooke ? Une autre femme, et qui plus est la mère adoptive de ma fille ? Je frappe la table de ma main, et me dirige vers l’étagère. Je saisis un petit carnet noir et m’assois sur le canapé. Je fais courir mon pouce sur le nom gravé en lettres d’or, sur le cuir noir de la reliure : « Peyton Sawyer ». Après notre mariage, elle avait rayé « Sawyer » pour inscrire « Scott » à la place. J’avais souvent envisagé d’en lire le contenu, tous les secrets de Peyton, ses pensées et ses désirs, sans jamais trouver le courage de l’ouvrir. Cette fois-ci, pourtant, je l’ouvre d’un geste lent et en lit une page au hasard.

Cher journal,
Aujourd’hui est le plus beau jour de ma vie. Je vais me marier ! Cela fait si longtemps que j’attends ce moment. Le moment fatidique où Lucas prononcera le oui qui nous unira pour la vie l’un à l’autre. Bien sûr, on ne se refait pas, et j’ai peur qu’à la dernière seconde, il ne change d’avis, qu’il ne décide que je ne suis pas assez bien pour lui, ou qu’il ne m’aime pas assez pour m’épouser. Tout ce que je souhaite c’est qu’il m’aime comme je l’aime. Si tu savais comme je l’aime… Depuis notre première rencontre, je suis folle amoureuse de lui. Il est si beau, si charmeur, si craquant, si romantique… Il me fait voir la vie en rose, un rose dont je n’aurais jamais envisagé l’existence. Ce rose que l’on aperçoit le matin, très tôt lorsque le soleil n’est pas encore levé, et que la lune nous offre ses derniers rayons. Ce rose si clair et pourtant si merveilleux que l’on en éprouve des chatouillis dans le ventre. Grâce à Lucas, je vis ma vie en rose. Et j’espère que ce rose durera toute ma vie, parce que rien n’est plus beau. Rien n’est plus beau que ce rose, rien n’est plus beau que notre amour, rien n’est plus beau que notre futur ensemble, à jamais… Je l’aime, je l’aimerais toute ma vie. C’est l’heure… Haley m’annonce que mon entrée est dans quelques minutes. J’ai peur, peur de me ridiculiser devant tous ces gens venus pour notre mariage, peur de les décevoir ou de décevoir Lucas…Je sais pourtant que lorsque je serai face à lui, devant le prêtre, nous serons comme seuls au monde. Ce sentiment est si fort que rien ne pourra gâcher notre bonheur d’être ensemble devant nos amis, notre famille, Dieu, pour célébrer notre amour. parce que c’est ce que je ressens quand je suis auprès de lui. Je peux être moi-même. Vraiment moi-même, et ça n’a pas l’air de le gêner. C’est peut-être pour cela que je suis certaine que notre amour sera éternel, que notre histoire est faite pour la vie, que notre relation durera toujours.
Je dois filer…
Bisous…
Peyton

Je me laisse imprégner de la présence de Peyton. Je la sens auprès de moi, derrière moi, devant moi, à mes côtés. Elle est là, de partout. Ivre de cette sensation, je continue ma lecture.

Cher journal,
C’est vraiment dur d’être encore au lycée. Je suis plus jeune que Lucas, il a un an de plus que moi, c’est peu mais ça suffit pour être à la traîne. La vie est tellement cruelle par moments… Aujourd’hui, c’était le grand jour pour Lucas. Celui de sa remise des diplômes, sa mère était là, au premier rang, assise à côté de moi, émue. Ça a été une journée mémorable pour moi. Il a fait un merveilleux discours, et m’a même mentionné comme étant la femme de sa vie. J’en avais les larmes aux yeux tellement c’était magnifique. Puis, est venu le bal de promo. Hélas, nous, les avant-dernières années, nous n’avions pas le droit d’y participer. Alors qu’il s’habillait pour aller à la soirée, avec sa cavalière, une charmante diplômée, brune aux cheveux longs et raides et aux yeux d’un bleu profond. Tout le contraire de moi. Lorsque je les ai vu, par la fenêtre, partir dans la voiture de Lucas, j’ai dû me mordre la langue pour ne pas fondre en larmes. J’avais l’impression que je n’existais plus et que je devais me contenter de regarder Lucas de loin. Lucas était hors de ma portée, prêt à vivre sa nouvelle vie d’adulte. Etrangement, cependant, j’ai trouvé un certain réconfort à observer cette scène tandis que la voiture s’éloignait de plus en plus dans la rue.
Et j’ai compris que je pouvais renoncer à lui.
Si j’y étais obligée. C’est triste, non ?
Bisous…
Peyton
Je referme le journal, le cœur battant à tout rompre. Comme souvent lorsque je m’interroge sur la mort de Peyton, je me demande si elle n’a pas guidé ma main vers ces pages-là en particulier. C’est peut-être sa manière de me dire qu’il est temps d’aller de l’avant. Je suis aussitôt sûr de ce sentiment et une sérénité s’installe en moi. Oui, il s’agit bien du message que Peyton lui a fait passer. Je repose le journal sur l’étagère et me détourne doucement. Je dois la laisser partir. Mieux, quelque chose me dit qu’elle est partie pour de bon, cette fois-ci. Et qu’elle repose désormais en paix. Cela me rassure de savoir que je n’ai pas commis de faute avec Brooke. Non. Peyton m’a donné sa bénédiction. Cela paraît stupide, idiot, voire invraisemblable, mais je suis sûr qu’elle m’a dit que Brooke est une femme bien et qu’elle ne m’en veut pas de vouloir être heureux. Non, je suis certain que tout ce que veut Peyton, c’est voir son mari heureux, qui ne se morfond pas sur son sort. Elle veut me voir heureux. Et ce qui me rend heureux, c’est Brooke. Dure constatation.


haley92  (27.01.2008 à 15:02)

La semaine suivante passe sans que Brooke ne me contacte, mais sans que je ne la contacte non plus. Je n’ose pas, j’ai peur, j’angoisse. Etait-elle sérieuse ? M’en veut-elle pour… pour ce qui s’est passé ? N’y tenant plus, je compose son numéro, une idée dans la tête.

- Bonjour, vous êtes bien sur le répondeur de Brooke Davis. Je ne suis pas là pour le moment, alors, vous savez ce que vous avez faire. Je vous rappellerai dès que possible, merci.

- Brooke ? Bonjour. C’est Lucas. J’ai vu qu’un nouveau dessin animé est sorti au cinéma, nous pourrions peut-être y aller ce soir, tous les trois…

Je repose mon portable, et reste pensif. Acceptera-t-elle, ou n’acceptera-t-elle pas ? Telle est la question qui me trotte dans la tête lorsque mon portable vibre. Un nouveau message sur mon répondeur. 

- Lucas ? C’est Brooke. Je viens de recevoir votre message. Parfait pour ce soir. On se rejoint devant le cinéma vers 17 heures, la séance est à 17h30. A ce soir.

Apparemment, elle a honte de ce qui s’est passé entre nous, et n’a pas le courage de me parler au téléphone, puisqu’elle a laissé un message vocal. Tant pis, je lui ferai comprendre, que rien n’est grave, et que nous devons continuer à agir naturellement.

Le soir-même, on se retrouve devant le cinéma, à l’heure prévue. Je les vois, Brooke et Juliet, alors que je suis encore loin de l’entrée. Elles m’attendent devant la billetterie, un sachet de pop-corn à la main. Brooke porte aujourd’hui, un jean délavé qui moule parfaitement ses jambes si bien galbées, et une chemisette sans manches pâle qui laissent entrevoir le haut de sa poitrine, si magnifique. Je la trouve… plus que désirable. Pourtant, je me contiens et m’avance rapidement pour les saluer. J’embrasse Juliet sur les deux joues, et elle se laisse faire comme si elle avait à présent l’habitude de me voir. En levant les yeux vers Brooke, je vois dans son regard qu’elle est on ne peut plus gênée, alors je lui adresse un sourire encourageant. On dirait que toute trace de simplicité dans notre relation a disparu depuis l’épisode du baiser. La petite voix fluette de Juliet me sort de mes pensées.

- Qu’est-ce qu’il y a dans le film ?

- C’est l’histoire d’un petit chien et d’un petit chat qui ont perdu leur maison. Ils vont partir à la recherche de leur maître et on va suivre leur voyage.

- D’accord ! Je veux bien y aller.

La salle n’est qu’à moitié pleine lorsque nous choisissons nos sièges, légèrement éloignés des autres. Nous partageons le carton de pop-corn à nos trois bouches gourmandes. Le film est émouvant par moment, et je vois Juliet s’essuyer les joues à plusieurs reprises. Fort heureusement, l’histoire se termine bien et, après de nombreuses aventures, Tito, le petit chien, et Lilou, le chaton finissent par retrouver leur maître et leur maison.

Lorsque nous ressortons de la salle, Juliet agrippe la main de sa mère, et contre toute attente, prend ma main dans la sienne. Mon cœur fait un bond dans ma poitrine, mais je me contiens et me contente de serrer la petite menotte toute chaude dans la mienne.

- Je suis drôlement contente que Tito et Lilou aient retrouvé leur maison.

- Moi aussi, ma chérie.

Ce surnom m’est sorti naturellement. Brooke m’adresse un regard étonné, mais ne dit pas un mot. Quant à Juliet, elle est bien trop concentrée dans son récit du film qu’elle n’a pas fait attention à ma phrase. Heureusement, d’ailleurs. Sinon, je ne sais pas ce que je lui aurais dit qui aurait pu justifier ce petit nom. La conversation se poursuit encore quelques minutes. Juliet me parle de plus en plus facilement, je vois qu’elle s’habitue à ma présence, et cela me rassure. Finalement, j’ai peut-être une chance de faire partie de la vie de ma fille… Elle finit par me gratifier de son plus beau sourire, ce qui me va droit au cœur. Je les reconduis à leur voiture, mais Brooke s’est garée loin, et Juliet commence à fatiguer. Alors, je lui propose de la porter. Son petit visage se fige dans une moue boudeuse. Mais, elle hoche la tête et me tend les bras. Je saisis son petit corps dans mes bras et lui cale la tête contre mon cou. Elle finit par s’endormir, car je sens son souffle régulier sur ma nuque.

- Je suis désolée, Lucas. Elle doit être lourde…

- Non, pas du tout. Elle est toute légère.

Le silence s’éternise, et je suis de plus en plus mal à l’aise. Brooke regrette-t-elle ce qui s’est passé entre nous, l’autre soir ? Ou est-elle simplement gênée ?

- Brooke…

- Lucas…

Nos regards se croisent, et nous éclatons de rire tous les deux. Cela détend immédiatement l’atmosphère. L’air entre nous se fait tout à coup moins électrique.

- Tu ne voudrais pas que l’on se tutoie, cela serait plus facile, non ?

- Oui.

Nous arrivons en vue de sa voiture. J’installe Juliet dans son siège auto à l’arrière et referme la portière.

- Alors, à bientôt, Brooke.

- A bientôt, Lucas.

Je tourne les talons, et quitte la rue sans me retourner. Je ne sais pas ce qui serait arrivé, si j’étais resté une minute de plus aux côtés d’une femme aussi désirable et envoûtante que Brooke. Je ne veux pas la brusquer, alors je décide de prendre mon temps. Avec cette femme, tout redevenait possible dans mon esprit. Je me sens enfin en paix avec moi-même et heureux.


Le lendemain matin, je suis réveillé aux aurores. Cette nuit, j’ai rêvé de Brooke. De Brooke et moi. Ai-je réellement le droit de penser à elle et moi en tant que couple ? Ne devrai-je pas chérir le souvenir de Peyton et enterrer mon bonheur avec elle ? Non, ce n’est pas ce qu’elle veut. Elle ne souhaite que mon bonheur, et elle est prête à accepter que je vois une autre femme. Elle ne veut pas me voir malheureux. Ce sentiment me rassure, je prends mon portable et compose le numéro que je connais à présent par cœur.

- Allô ?

- Bonjour, Brooke.

- Lucas ! Bonjour.

- Tu as quelque chose de prévu, ce matin ?

- Non… Rien de spécial. Je m’apprêtais à déposer Juliet au centre aéré. Elle a insisté pour y a aller.

- Parfait. Ça ne te dirait pas de faire un saut jusqu’ici ? Je connais un petit endroit particulièrement sympathique, au bord du ruisseau.

- C’est fort tentant ! J’accepte avec plaisir, Lucas.

Je souris et prépare mentalement le programme de cette matinée que nous allons passer ensemble. Brooke et moi. Moi et Brooke.

 

Je l’attends sur le seuil de mon immeuble. Je l’accueille avec un plaisir partagé et nous nous mettons en route. Nous longeons l’avenue, et bifurquons derrière un bosquet d’arbres. Après quelques minutes de marche dans la forêt, nous arrivons près du ruisseau.

- Voilà. Ça te convient ?

- A merveille. C’est vraiment magnifique !

Ses yeux reflètent l’émerveillement qu’elle ressent. Ils brillent de milliers d’étoiles qui me réchauffent le cœur. Elle est heureuse d’être ici, c’est le principal. Elle retire ses escarpins et se dirige vers le ruisseau pour tremper ses pieds.

- Ouah ! Elle est gelée.

Elle se baisse et ramasse de galets polis par le ruissellement de l’eau. Je m’approche d’elle et lui caresse l’épaule. Elle tressaillit et sourit.

- Brooke ?

Elle se fige, et me regarde.

Je tends les bras et l’attire vers moi. J’examine son visage, dans les moindres recoins pour y déceler un refus, un rejet, mais je ne vois rien que le reflet de mon propre désir. Alors, je l’embrasse profondément. Autour de nous, le ruisseau continue à bruisser, insensible à ce qui se passe au-dessus de lui. Nous restons ainsi enlacés, à s’embrasser avec une ardeur qui ne demande qu’à être assouvie. Je pose une main sur l’arrière des cuisses de Brooke, et la caresse doucement. Lentement, je la pousse jusqu’à la couverture que j’ai soigneusement installée sous un arbre, à l’abri des regards indiscrets. Nous tombons, en riant sur elle, et, hors d’haleine, nous nous observons un instant. Je me penche sur elle, pour l’embrasser encore, encore, et encore. J’aime le goût de sa bouche, sentir son souffle chaud me parcourir le corps, faisant naître en moi des frissons si longtemps perdus. Je me redresse et lui effleure les cheveux du bout des doigts.

- Brooke, ça va ?

- Oui… Mille fois oui.

Je passe mon index le long de son cou, et ma main se pose sur le col de son chemisier que je me mets à déboutonner avec une lenteur insoutenable. Je dépose un baiser langoureux sur le morceau de chair que je découvre à chaque bouton défait. Lorsque j’ai finit, je repousse le chemisier et admire mon œuvre.

- Tu es magnifique.

Elle ferme ses paupières un instant, puis les rouvre, anxieuse.

- Lucas… Quand je suis avec toi, tout ce qui s’est passé entre nous, les circonstances malheureuses dans lesquelles on s’est rencontré, notre affrontement au tribunal… Tout me semble si dérisoire. Ça ne compte plus, maintenant.

- C’est mon plus cher désir, Brooke… Et oublier le reste du monde pour pouvoir te contempler…

Après ces aveux, nous cessons de parler. Les mots deviennent inutiles lorsque le désir de deux personnes est si fort et si pur. Le soleil est au plus haut du ciel, libérant ses longs rayons, parsemant nos deux corps enlacés, nous réchauffant. Le ruisseau coule, les oiseaux chantent, le soleil brille. Tout est parfait. Je suis heureux.

Je suis étendu sur le dos. Brooke a posé sa tête sur mon torse et j’entends battre nos cœurs à l’unisson. Je la serre contre moi avec une infinie tendresse.

- Lucas ?

- J’espère que tu ne vas pas m’annoncer que tu regrettes déjà ce qui vient de se passé entre nous.

- Bien sûr que non, et toi ?

- Absolument pas !

- A quoi tu penses, Lucas ?

- Je m’émerveille du bonheur total qui s’est emparé de moi. Ça ne m’était pas arrivé depuis très longtemps et c’est vraiment génial… Être heureux tout simplement.

Brooke relève légèrement sa tête pour me poser un baiser sur les lèvres, puis elle reprend sa place, au creux de mon bras.

Nous restons enlacés pendant plus de deux heures, heureux et repus. Puis, lorsqu’il est plus de quatre heures, on se relève à contrecœur et on se rhabille. Je lui prends la main et, sans dire un mot, on remonte le sentier jusqu’à la route. Alors qu’on arrive devant mon immeuble, mes yeux se fixent sur la silhouette que je distingue devant la porte. Elle aussi nous a repéré, si j’en crois le regard qu’elle nous lance. Un regard surpris et interrogateur. Je serre plus fort la main de Brooke, comme pour me donner du courage, et nous nous approchons de ma mère.

- Bonjour, maman.

- Lucas. Je suis désolée de passer à l’improviste, je voulais juste voir si ça allait, toi, mais je vois que je dérange…

- Pas du tout, maman. Je te présente Brooke. Brooke Davis, la mère adoptive de Juliet.

- Enchantée, Mme Scott.

- De même.

- Veux-tu monter pour prendre un café, maman ?

- Je ne sais pas si…

- Allez, viens.

Je tourne la clé dans la serrure et précède les deux femmes dans les escaliers. Derrière moi, je sens l’appréhension de Brooke me chatouiller le dos. Ses mains tremblent et son visage est moite. Elle ne s’attendait sûrement pas à rencontrer ma mère aussi tôt. Surtout après la merveilleuse journée que nous venions de passer. J’espère qu’elle ne m’en voudra pas. Je leur désigne les chaises de la cuisine. Ma mère prend la place du bout, quant à Brooke, elle s’asseoit en face d’elle. Je mets la cafetière en route, et me pose à mon tour, entre les deux femmes. Le silence se prolonge. Je vois ma mère espionner Brooke d’un air suspicieux. Quant à elle, elle a le regard baissé sur la table et dessine des formes imaginaires. Sans doute pour se détendre.

- Alors, maman, quoi de neuf à Tree Hill ?

- Rien de bien nouveau. Haley t’a annoncé la grande nouvelle ?

- Non, quelle grande nouvelle ?

- Jamie est entré à l’école maternelle.

- C’est vrai ? Elle ne me l’a pas dit.

- Elle a préféré ne pas te déranger, tu es si occupé, ici à Atlanta.

- Elle ne me dérange jamais. Et toi, non plus. Vous pouvez venir quand vous voulez, tu le sais bien.

- Non. Je ne veux pas t’embêter. Tu dois régler certaines affaires, seul. Notamment, celle-là.

Son regard se pose sur Brooke, et sa bouche se tord en une moue réprobatrice.

- Maman, s’il te plaît. Ne parle pas de Brooke comme si elle n’était pas là.

- Mme Scott, je suis désolée.

- Désolée de quoi, Brooke ? Tu n’as pas à t’excuser, je t’assure. C’est plutôt ma mère qui devrait te demander pardon pour son accueil peu chaleureux.

- C’est vrai, excusez-moi. Je ne suis pas habituée à voir mon fils en compagnie d’une autre femme que Peyton. Cela fait à peine deux mois, il ne devrait peut-être pas…

- Maman ! Je sais ce que j’ai à faire, merci.

- Luke…

- Non ! J’en ai assez entendu. Je fais ce que je veux de ma vie, et si je veux être avec Brooke, j’en ai le droit. Maintenant, pourrait-on parler d’autre chose ?

- Bien sûr. Alors, Brooke, que faites-vous dans la vie ?

- Je suis journaliste dans un magazine de mode. Ici, à Atlanta.

- Vous aimez écrire ?

- Oui. Mais je préfère, de loin, dessiner. Quand j’étais jeune, je voulais être styliste.

- Oh, alors vous aimez le dessin. Comme Peyton. Elle aussi adorait dessiner, c’était d’ailleurs son métier. Elle était dessinatrice pour des livres pour enfants. Elle dessinait vraiment bien, très bien. Toute la famille l’aimait…

- Ce qui est arrivé est horrible, Mme Scott. Pour Lucas, comme pour vous. Mais, ne pensez-vous pas que votre fils doit aller de l’avant ?

- Sincèrement, je crois qu’il est encore trop tôt. Peyton est à peine enterrée, qu’il pense déjà à une autre… J’aimais Peyton comme ma fille, je la chérissais comme si elle était mon propre enfant, alors la voir partir, c’était affreux…

- Je suis désolée… Mais, j’aime Lucas. Que vous le vouliez ou non, je l’aime.

Les yeux de ma mère s’emplirent de larmes, qui se mirent à dévaler ses joues. Elle se lève, m’embrasse et quitte l’appartement en claquant la porte derrière elle.

- Brooke…

- Je suis désolée, Lucas. Je n’aurais pas dû dire ça. Je regrette. Ta mère est si bouleversée par la mort de ta femme…

- Tu n’as pas à t’excuser, Brooke. Elle n’a pas encore accepté le décès de Peyton, mais ça viendra, j’en suis sûr. Un jour, elle oubliera sa mort et ne pensera plus qu’à ses souvenirs, et alors elle pourra enfin aller de l’avant, comme moi je l’ai fait. Ma mère finira par t’aimer, ne t’inquiète pas. Et puis, même si ce jour n’arrivait jamais, ce n’est pas grave, je serai tout de même heureux d’être avec toi.  

- Alors, tu ne vas pas me laisser tomber ?

- Bien sûr que non, tu en doutais ?

- J’avoue que quand j’ai vu ton regard se poser sur moi après le départ de ta mère, j’ai réellement cru que c’était la fin. La fin du début de notre histoire.

- Non, je t’assure que non. Je ne sais pas par où commencer. J’ai l’impression d’avoir vécu ces deux derniers mois dans un brouillard, empli de tristesse et de chagrin. Je ne voyais pas plus loin que le bout de mon nez, et cela m’était égal parce que je ne voulais pas voir ce qu’il y avait devant moi. Sauf toi. Lorsque je t’ai rencontré ce jour-là, au centre commercial, j’ai tout de suite compris que mon cœur cicatrisait, car j’arrivais enfin à voir devant moi, plus loin que mon nez. Le brouillard commençait à s’estomper, pour ne laisser que toi et Juliet. Je suis tombé amoureux de toi dès le premier regard, mais c’était encore trop tôt, alors mon cœur a refoulé ces sentiments. Maintenant que je sais que Peyton ne m’en veut pas de reconstruire ma vie, je peux aller de l’avant, je veux réapprendre à vivre et à aimer. Une autre femme qu’elle. Même si je la chérirai toute ma vie, tu fais aussi partie de mon cœur.

- Alors j’ai aussi une place dans ton cœur, moi ?

- Oui, juste ici.

Je prends sa main et la pose sur mon cœur. Son regard s’emplit de larmes, de larmes de joie. Elle me regarde dans les yeux et sourit. C’est un sourire heureux. Rempli du bonheur que notre vie va refléter à partir de maintenant. A partir de ce jour, tout sera parfait. Brooke et moi vivrons heureux, avec Juliet, jusqu’à la fin des temps. J’en suis certain. La vie vient de m’offrir un nouveau cadeau de l’existence. Non seulement, j’ai retrouvé ma fille, mais en la retrouvant, j’ai aussi retrouvé l’amour.


Epilogue

Seul, je m’avance dans le cimetière de Tree Hill. Je viens souvent voir Peyton, pour lui parler de notre fille, pour lui parler de ma vie, des derniers événements de la ville. Ou tout simplement pour réfléchir. Etre à ses côtés m’aide beaucoup à penser et à prendre les bonnes décisions. Je tends lentement la main pour caresser le marbre brillant de la tombe. Aujourd’hui, le soleil est haut dans le ciel, il déverse ses rayons et illumine les habitants de notre petite ville de Caroline du Nord. Mes doigts glissent sur la stèle, ils frottent la poussière accumulée sur l’inscription. « Peyton Elizabeth Sawyer Scott, à jamais dans nos cœurs ». Cinq ans ont passé depuis sa mort. Elle est toujours présente dans mon cœur, et dans celui de tous ses proches. Pourtant, la douleur s’estompe de plus en plus, ne laissant que des souvenirs et des bons moments passés, à raconter à Juliet. Brooke et moi, on lui a tout expliqué, le jour de son septième anniversaire. Le fait que Brooke n’est pas la femme qui l’avait mise au monde mais qu'elle l’avait élevée comme sa propre petite fille. Et qu’au ciel, elle avait une deuxième maman qui l’aimait très fort, elle aussi. Âgée maintenant de dix ans, Juliet apprécie qu’on lui parle de sa mère. Ainsi, elle passe des heures chez sa grand-mère Karen à écouter les souvenirs qu’elle peut lui raconter.
Ma mère a finalement accepté le décès de Peyton, comme je l’avais prédit, et elle a fini par aimer Brooke. Et surtout, elle adore Juliet. A mesure que celle-ci grandit, ses traits reflétent de plus en plus ceux de sa mère biologique, elle lui ressemble encore plus chaque jour. Les yeux, les gestes, les paroles, la gentillesse, la générosité, le cœur sur la main et les cheveux bouclés et blonds comme les blés me rappelent ma défunte épouse.
Pourtant, lorsque je regarde Juliet, je ne ressens pas l’envie de pleurer ou de regretter le passé, mais plutôt le désir de la protéger, de lui assurer une vie facile et remplie de joies. Cela fait quatre ans que Brooke et moi sommes mariés. Et nous sommes heureux depuis le premier jour. Je n’oublie pas Peyton, mon premier amour, mais j’aime Brooke, je l’aime profondément. Chaque jour, elle soulage mes plaies et elle m’aime. C’est ça le plus important.

- Bonjour, Peyton.

Je souris en contemplant les fleurs posées sur la tombe. Brooke est passée par-là. Un jour, je lui avais dit que les fleurs préférées de Peyton étaient les lys. Depuis, elle lui en amène chaque jour. Elle est si généreuse, si compréhensive. Je l’aime tellement…

- Tu es sans doute au courant : Haley a accouché, c’est une petite fille. Nathan et elle ont décidé de l’appeler Penelope. Si tu voyais Jamie avec sa petite sœur, il est trop mignon. Tu sais, Pey, je suis heureux. Brooke est une femme exemplaire. Je l’aime profondément, et nous sommes heureux. Encore plus heureux depuis qu’elle m’a annoncé cette grandiose nouvelle. Je voulais que tu sois la première à le savoir : Brooke est enceinte. Elle attend notre premier enfant. Tu te rends compte ? Je vais être papa pour la deuxième fois. Je suis aux anges, Brooke aussi. Juliet a hâte de tenir son petit frère ou sa petite sœur dans ses bras, elle veut s’en occuper et lui parler de toi. Elle nous a promis à Brooke et moi que chaque jour qui passerait, elle lui parlerait de toi. Je suis si fière d’elle. Elle est vraiment notre fille.

J’entends des pas derrière moi. Je me retourne et découvre Brooke, un sourire aux lèvres. Elle s’approche de moi et pose une photo sur la tombe. Une photo en noir et blanc.

- Bonjour, Peyton.

Ses yeux se posent sur mon visage, et elle me donne le double de la photo.

- J’ai été faire ma première échographie. Je voulais que Peyton voies notre enfant.

- Merci.

Mes yeux sont remplis de larmes de bonheur lorsque je pose mon regard sur notre enfant. Brooke me regarde en souriant, mais je vois bien que ses yeux aussi sont embués.

- C’est une petite fille, Luke.

Je prends ma femme dans mes bras et l’embrasse passionnément. Je suis si heureux… Main dans la main, nous retournons à la voiture. Je lève les yeux vers le ciel et je vois un nuage en forme de sourire. Oui, Peyton est contente pour nous, elle aussi. Je souris. »

Je tiens à remercier ma meilleure amie Haley James Scott, mon frère Nathan, ma mère Karen et tous mes amis pour leur soutien et sans qui ce livre n’aurait pas exister.

Je dédie ce livre à ma femme, Brooke, que j’aime profondément, à Juliet et Lizzie, mes deux amours de petites filles, et à Peyton, mon premier amour que je n’oublierai jamais. Lucas Scott.     




haley92  (27.01.2008 à 15:08)

THE END


haley92  (27.01.2008 à 15:21)
Voilà !
Déjà, bravo à ceux qui ont lu entièrement cette fic ! Car, je sais qu'elle était longue. J'espère qu'elle vous a plu, et que vous avez passé un bon moment en me lisant.
Moi, j'ai été heureuse de l'écrire, le sujet m'a tout de suite inspiré, et je l'ai écrite en l'espace d'une semaine seulement ! Je suis assez fière du résultat, alors j'espère que vous aussi...
Merci pour votre soutient, et encore merci à Nanouee pour m'avoir lue et donné son avis. Qui a d'ailleurs beaucoup compté pour moi...
Marie

haley92  (27.01.2008 à 15:22)
Hello!

Alors alors... Je l'ai déjà lu et oui en avant première et même si je t'ai déjà encensé par MP je me devais de le faire ici aussi!

Bravo, j'étais dedans dès la première ligne, peut être ma prédisposition à aimer le Je dans les fics, mais aussi surtout l'histoire et ta façon de nous la faire ressenir! Le perso de Peyton est très présent malgré sa mort ce que je trouve admirable, et surtout les sentiments des persos sont très bien détaillés!
La fin est parfaite ainsi, et j'avoue avoir pensé à un roman dès le départ, tu as brillament manié les personnages et un grand bravo s'impose!

PS: Ne me remercie pas, j'ai lu avec plaisir...:)

Bizz!
Et à bientôt pour la prochaine j'espère!
Sam

nanouee  (27.01.2008 à 15:39)
Cette fic est un vrai petit bijou, je l'ai lu d'une traite et je l'ai adoré. L'histoire est passionnante, les dialogues émouvants et sensés, un récit riche et fluide. Que dire de plus : c'est magnifique ! Bravo!

sorsha  (27.01.2008 à 16:37)
J'ai beaucoup aimé cette fic et j'espère que tu en écriras plein d'autres!!!

nana1180  (27.01.2008 à 17:43)

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