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Série : Torchwood
Création : 04.07.2009 à 21h42
Auteur : evalyre
Statut : Terminée
« Un peu avant l'arrivée officielle de la tant attendue 3ème saison, je me permets de proposer une version de ce qui pourrait arriver quelques jours après la fin de la 2ème saison... » evalyre
Cette fanfic compte déjà 23 paragraphes
Quelques jours plus tard... Martha apporte un thé à Gwen qui, par-dessus son ordinateur à vue sur la salle d'autopsie où est allongé Ianto. Jack se tient près de lui, immobile.
– Oh! Merci! Dit-elle tandis que Martha s'installe à ses côtés.
– C'est la première fois que je le vois comme ça, chuchote Gwen.
Marha soupire.
– Si le capitaine Hart ne revient pas avec l'antidote, ici, nous avons épuisé toutes nos ressources au cours de cette dernière semaine.
– Heureusement, l'état de Ianto reste stable... Il faut continuer à y croire...
– Tu as raison, Gwen. Et je suis bien placée pour dire qu'il y a toujours de l'espoir. C'est le plus important...
– Jack m'inquiète, Martha. Jamais je n'aurais imaginé le voir ainsi à cause de quelqu'un d'autre... C'est extraordinaire.
Martha esquisse un petit sourire.
– Il faut dire que le Capitaine Jack Harkness n'est pas ordinaire, Gwen. Son affection ne pourrait pas l'être non plus...
– Mais, quand on a perdu Tosh et Owen, il a continué à conduire l'équipe comme si... comme si cela faisait partie de l'ordre des choses. Et maintenant... Il...
– Gwen, Jack souffre... Et tu le sais très bien. Il ne parle jamais de Tosh et d'Owen sans avoir les larmes aux yeux. Un jour, il a dit au Docteur que vous aviez besoin de lui... Mais au fond, je crois que c'est lui qui a besoin de vous... Vous êtes ce qui le rattache à une existence dont il peut être fier. En vous perdant, il perdrait une partie de son âme... S'il perd Ianto, il se retrouvera à nouveau seul...
– Et moi?
– Toi, tu as Rhys, Gwen, n'oublie pas...
Gwen pousse un soupir et boit un peu de thé. Dans le silence qui s'installe, elles restent à observer Jack.
Dans la chambre de Gwen. En pleine nuit. Le téléphone sonne. Gwen se réveille péniblement et décroche.
– Oui? … Quoi? C'est pas vrai! Oui! Oui... J'arrive immédiatement!
Gwen raccroche et saute à bas du lit pour s'habiller à la hâte. Rhys, réveillé, se retourne vers elle et marmonne:
– Hm... Mais qu'est-ce que tu fais?
– John a envoyé ses coordonnées à Jack... Jack est parti devant, mais Martha a besoin de moi pour préparer ce qu'il faut. Il semblerait que quelque chose cloche... En partant, Jack semblait inquiet.
Rhys soupire.
– Pffff.... Est-ce qu'une fois dans ta vie, tu vas arriver à faire une nuit normale, Gwen?
Elle se penche et l'embrasse.
– Je sais... Dors pour moi, mon amour. Je te donnerais des nouvelles dans la journée, d'accord?
– Hmm...
Gwen s'échappe aussitôt.
Quelques instants plus tard, Martha, soulagée, accueille Gwen qui demande:
– Alors?
– Pas d'autres nouvelles. Même pas pour me dire de préparer Ianto...
– Qu'est-ce qui a pu arriver d'après toi?
– Aucune idée. Espérons seulement que nous n'avons pas attendu en vain...
Gwen se dirige vers Ianto et lui carresse la joue.
– Ne t'inquiète pas... On trouvera une solution...
Elle regarde ensuite Martha qui pousse un soupir résigné.
Pendant ce temps, Jack file sur la route. Parfois, il vérifie les coordonnées sur un écran devant lui et réajuste certaines données. Arrivé aux limites d'un quartier de la ville presque désert, il arrête la voiture et descend rapidement en observant attentivement les alentours. Méfiant de ne trouver personne, il appelle John. Un bruit derrière lui le fait aussitôt sortir son arme.
– John? Tu es là?
Un gémissement faible s'échappe de derrière une poubelle. Jack s'avance prudemment, l'arme au poing. Il n'obtient aucune réponse. Il se rapproche prudemment. Puis il se retrouve devant John, appuyé contre un mur et qui semble avoir du mal à respirer. Jack vérifie les alentours avant de ranger son arme.
– John! Que se passe-t-il?
Il se rapproche pour l'aider. John déclare difficilement:
– Amène-moi à la base...
Sans faire de commentaires, Jack l'aide à rejoindre la voiture. Un peu plus tard, sur la route. Jack jette parfois un coup d'œil inquiet à son passager qui semble lutter en silence contre la douleur. Il finit par demander :
– Pourquoi n'as-tu pas réussi à atterrir à la base?
– Disons que mon départ était un peu précipité... J'ai dû me planter dans le codage des vecteurs temporels.
– Que s'est-il passé?
– Oh! Pas grand chose... Une sorte de chasse à l'homme généralisée... Mais s'il te plaît, arrête tes questions, tu veux... Ta jolie doctoresse va s'occuper de moi, et ensuite seulement tu auras le récit détaillé de mes aventures. Un silence. Jack hésite à poser LA question. Devant l'état préoccupant de John, il préfère se taire.
Ils arrivent au Hub. John parvient à s'extirper de l'habitacle. Jack vient lui prêter main forte. John refuse d'un geste.
– Épargne moi ta fierté mal placée, tu veux bien...
John ébauche un rictus cynique.
– C'est que tu t'inquièterais encore de moi... Etonnant...
Ils entrent dans la salle centrale. Gwen vient à leur rencontre, surprise de voir John en mauvais état.
– Que s'est-il passé?
– Plus tard, ma beauté, déclare John doucement, toujours aidé par Jack. D'abord, vous allez vous faire un plaisir de me saigner... Ensuite, on causera... Peut-être... Si je suis toujours vivant.
Aidé par Martha, Jack l'allonge sur un lit placé à la hâte par le lieutenant dans la salle d'autopsie.
Jack essaie de sourire:
– Franchement, tu ne sais plus ce que tu dis...
Très sérieux, John, pris par la fièvre, s'empare du poignet de Martha.
– Faites le prélèvement le plus important que vous le pourrez de mon sang. Vous y trouverez l'antidote...
– Mais qu'est-ce que tu racontes?
– Il fallait bien trouver un moyen de le transporter sans risquer de se le faire piquer.
– Et tu l'as absorbé?
Martha consulte les analyses rapides que vient d'effectuer le lieutenant.
– Oui... Et ce truc est en train de vous tuer! La dose de fer est beaucoup trop élevée!
– Enlevez-moi cette saleté de là-dedans, Docteur Jones...
– Mais... Nous n'avons pas assez de sang en reserve pour...
– Je vais à l'hôpital central pour en chercher! S'exclame Gwen aussitôt en quittant le hub au plus vite.
– Qu'est-ce que vous attendez! Bon sang! Que je me transforme? J'vous dis que je porte l'antidote pour votre copain. ça me tue moi, mais c'est parce que je n'ai pas le poison en moi...
Martha regarde Jack, interrogative. Jack hésite pour finalement acquiescer silencieusement. Elle soupire et va préparer les éléments pour la transfusion. Jack se penche sur John.
– John... Tu vas risquer ta vie...
– Ben, au moins tu auras l'occasion de penser à moi plus souvent...
Jack secoue la tête, attristé.
– T'inquiète pas, Jack... Je suis coriace.
– Pourquoi as-tu fais ça?
– Jack... Arrête... Tu veux sauver ton ange, non? C'était la seule solution.
– Mais pourquoi accepter ce sacrifice?
– Faut croire que nos années ensemble me manquaient...
Martha revient avec une petite console. Elle prépare le nécessaire pour effectuer la transfusion. De l'autre côté, le lieutenant prépare les première poches de sang.
– Le sang est traité... Il est compatible avec tous les groupes et tous les sangs répertoriés... mais nous devrions prendre seulement un échantillon de votre sang pour être certain de pouvoir le séparer de...
– On n'a pas le temps, chère Madame. Vous ferez les tests une fois que vous m'aurez extirpé cette chose de moi.
John retient soudain un cri, le visage marqué par la douleur. Jack intervient:
– Martha dépêche-toi! Fais ce qu'il dit!
Avant que Martha ne rentre l'aiguille dans le bras de John, ce dernier saisit Jack par le revers de son manteau, et murmure:
– Si jamais je...
Jack lui entoure gentiment la main.
– Non... On va te sortir de là.
John révulse soudain les yeux et s'effondre, inerte.
Jack regarde Martha stupéfaite.
– Vite! Faites ce qu'il faut! Je vais au-devant de Gwen...
Une fois Jack sorti, Martha soupire et enfonce l'aiguille dans le bras de John.
– Lieutenant, vérifiez les données sanguines et préparez les centrifugeuses.
– Dites, Commandant, on pourrait, si l'on réussi à purifier le sang, le lui réinjecter... Cela éviterait les mélanges...
– Si nous trouvons le moyen de récupérer les molécules de l'antidote... Peut-être... Mais j'ai bien peur que ce ne soit une course contre la montre maintenant...
– Mais, nous n'avons aucune idée de comment procéder...
– Je sais Lieutenant! Je sais! Contentez-vous de faire ce que je vous dit pour l'instant, d'accord!
– Bien, commandant.
Note: Je tiens à m'excuser à l'avance pour les explications bidons sur le sérum... J'y connais rien en chimie. Il a juste fallu que je trouve une pirouette pour faire avancer la fiction. De plus, je tiens aussi a préciser que j'avais écrit tout ça AVANT les COE et les episodes radios. Toute ressemblance n'est donc que fortuite...
_____
Bien plus tard. Jack arpente nerveusement la salle principale du hub. Gwen somnole, recroquevillée dans le canapé. Martha fait son apparition. Gwen se lève aussitôt.
– Jack?
– Alors?
– Nous estimons avoir enlevé assez de sang au Capitaine Hart pour qu'il ne risque plus rien. Il va être faible un moment, mais ça va aller...
Jack soupire, soulagé.
– En revanche, l'antipoison est difficile à isoler... Les recherches risquent d'être longue.
– Fais ce qu'il faut, Martha.
Martha baisse la tête, embarrassée. Gwen se rapproche, inquiète.
– Il y a autre chose?
– Oui... L'état de Ianto s'est aggravé au cours des dernières heures. Nous en ignorons la raison.
– Et? Demande Gwen d'une voix blanche.
– Nous essayons de lui transfuser un peu de sang du Capitaine Hart pour voir comment il réagit.
– Alors?
– Nous aurons les premiers résultats dans deux heures, le temps que son propre organisme réagisse.
– John a-t-il repris connaissance?
– Non. Il semble dormir, lui aussi... Il va falloir se montrer patient maintenant...
– Tu devrais aller te reposer, Martha. Je peux prendre la suite...
– Merci, Gwen... Mais j'ai laissé le lieutenant Casdwell se reposer... Je ferais un break lorsque Ianto sera hors de danger...
Jack intervient.
– Martha, pense à te reposer tout de même... C'est moi qui vais prendre le relais...
Gwen proteste:
– Eh!
– Il faut que tu surveilles les moniteurs. Si John a pris tant de risques ce n'est pas pour que ses poursuivants le trouvent ici. J'ai placé des alarmes un peu partout sur la ville. Si la faille s'ouvre quelque part, nous serons prévenus. Ce disant, Jack se dirige vers la salle d'autopsie.
Martha jette un coup d'oeil à Gwen qui hausse les épaules.
– Ne cherche pas à comprendre...
Martha retient un rire et regarde autour d'elle.
– Je ne suis pas contre une petite pause, c'est vrai...
– Le canapé est plus confortable qu'il n'y paraît, déclare Gwen s'installant devant les moniteurs de contrôle.
– Tu as trouvé quelque chose?
– Non, pas encore... Le programme de Tosh est plus compliqué que je ne l'aurais cru... Mais dès que j'ai trouvé, je te le fais savoir.
– Ce serait le seul moyen de libérer l'antidote et le donner pur à Ianto.
– Je ne desespère pas... Va te reposer, assure Gwen l'air confiant.
Martha s'eclipse en souriant. Gwen pousse un soupir et tapote sur le clavier.
Plus de trois heures plus tard. Dans la salle d'autopsie.
– Commandant Jones, aucune erreur possible. L'organisme receveur ne réagit pas à la transfusion. Son état s'aggrave de nouveau. Le pouls et la pression artérielle ne cessent de diminuer.
Martha essaie de garder son calme avec difficulté devant le lieutenant.
– Si seulement nous parvenions à réveiller le Capitaine Hart...
Gwen déboule soudain dans la salle, toute heureuse. Une feuille à la main.
– Je crois que j'ai trouvé! Regarde!
Intriguée, Martha prend le papier que lui tend Gwen.
– D'où tu sors ça?
– C'est une vieille expérience de Owen que Tosh a soigneusement enregistrée dans les archives de la base.
Martha y jette un coup d'oeil.
– Mais... On y parle d'extraire des composantes minérales du corps humain sans alterer sa composition de base! C'est extraordinnaire!
Alors que Gwen va pour sortir, Martha la rappelle:
– Mais... Gwen...
– Quoi?
– L'expérience n'a pas totalement réussie.
Gwen lui fait un sourire encourageant:
– Je sais.
Et elle sort. Martha soupire et donne le document au Lieutenant.
– Bon, descendez la température du stock de sang à - 30 ° C. Je prépare les produits nécessaires à l'extraction. Nous effectuerons un premier test sur quelques milligrammes. Cette expérience se base sur les capacités moléculaires du sang humain. Si cela ne fonctionne pas, nous serons fixés.
– Bien Commandant.
Quelques heures encore plus tard. Jack entre dans la salle d'autopsie. Martha et le Lieutenant Casdwell sont concentrés sur des tubes à essai.
– Alors?
La voix, même douce de Jack fait sursauter Casdwell qui était en train de verser un liquide dans une éprouvette. Dans sa surprise, il en a trop versé.
– Oh! Non! S'exclame-t-il désolé.
Martha fronce les sourcils, faussement sévère.
– Ce n'est que la millième fois que l'on essaie... C'est tout...
Martha se retourne vers Jack qui s'excuse:
– Pardon.... Mais j'avais frappé...
Au même moment, dans le tube que Casdwell veut jeter, se produit une étrange réaction chimique.
– Commandant! Regardez!
La solution, jusque-là d'une couleur douteuse devient violacée. Légèrement phosphorescente.
– Mon dieu! Qu'est-ce que c'est que ça! S'exclame Martha.
Casdwell s'empresse d'analyser la substance au microscope.
– Incroyable! Commandant! Venez voir!
Martha jette un coup d'œil à Jack puis vient observer la solution à son tour. Elle manipule un moment les boutons avant de dire:
– Ah ça alors!
Elle se redresse et parle à Casdwell.
– Lieutenant, vérifiez combien de sérum il vous reste dans votre tube à essai. Et ré-essayez sur un nouvel échantillon!
Jack s'approche de Martha qui l'avait presque oublié. Elle sourit.
– Il semblerait que nous ayons trouvé, Jack!
Pendant ce temps, le lieutenant fait de savantes manipulations et obtient à nouveau le produit violacé qu'il donne aussitôt à analyser par Martha.
– Plus de traces de globules et de système sanguin. C'est fascinant!
Elle lève les yeux sur Jack et son sourire se fige soudain.
– Reste à savoir si Ianto supportera le traitement, ou si cette mixture est réellement efficace. Son état critique...
– Merci Martha, murmure Jack, secoué.
– Retourne auprès de Gwen, Jack. Je te promets que je viendrais vous donner des nouvelles.
Résigné, Jack soupire et ressort.
– Lieutenant, préparez des échantillons du sang receveur contaminé. Et continuez à produire votre mixture. Je vais tenter de rétablir l'état du patient afin que son organisme puisse réagir le plus efficacement possible...
Peu après, Matha remonte à la salle centrale où Jack fait de nouveau les 100 pas, inquiet. Derrière son ordinateur, Gwen l'aperçoit et demande aussitôt :
– Alors?
Sans répondre, Martha, grave, s'approche de Jack.
– Ne me dit pas que...
Elle l'interrompt.
– L'antidote semble réagir très lentement, mais son organisme ne l'accepte pas très bien. Il semblerait qu'il ait liquéfié le sang. Ses blessures saignent à nouveau. Nous avons stoppé l'hémorragie, et fait les compression nécessaires, mais il a perdu de nouveau beaucoup de sang. Jack baisse la tête un instant.
– Tout peut arriver, c'est ça?
Martha approuve de la tête, compatissante.
– Désormais, cela ne dépend plus vraiment de nous, Jack.
Jack lui prend gentiment la main.
– Rentre te reposer, Martha. Je vais veiller sur eux. Si quelque chose arrive, je te préviendrais.
Spontanément, Martha l'entoure de ses bras avec affection.
– Prends soin de toi, Capitaine, murmure-t-elle.
– Ça va aller, répond Jack en la serrant tendrement contre lui. Grâce à toi... Merci.
Un instant plus tard, Martha et le Lieutenant quittent le hub. Jack est descendu dans la salle d'autopsie. Il trouve Ianto, blanc comme un linge, entouré de perfusions et branché à un moniteur. Jack passe doucement la main sur son front en murmurant quelque chose d'inaudible. En haut, à la vitre donnant sur la salle, Gwen l'observe, inquiète.
Jack s'installe près de Ianto et lui prend la main. Il semble lui parler tout bas.
Les larmes aux yeux, Gwen se détourne et compose un numéro sur son portable et s'éloigne.
– Allô! Mon chéri? Non... Toujours pas de résultats... Je vais attendre. Jack est tout seul... Comment?... Mais oui!... Des pizzas... (elle sourit) Je sais... mais c'est plus pratique... Rhys? (un temps) Je t'aime très fort, tu sais...
Elle s'assoit dans le canapé et continue doucement à parler à son mari.
De longues heures plus tard, Gwen apporte un mug de thé chaud à Jack. Intimidée par son attitude lointaine, elle s'approche lentement. Lorsqu'elle se trouve près de lui en lui tendant le thé, il baisse la tête.
– Hm... J'ai commandé une pizza...
Jack pousse un soupir sans quitter Ianto des yeux.
– Je n'ai pas faim.
– Jack... je...
– Je sais, Gwen, l'interrompt doucement Jack. Merci...
Elle hésite, pose la tasse non loin de là et s'éloigne tristement. Au moment où elle parvient en haut, elle se retourne pour regarder Jack et affiche une profonde stupeur.
– Jack! Regarde!
– Quoi?
– John! Il a bougé!
Jak sort aussitôt de sa torpeur pour se retrouver au chevet de John dont le rythme cardiaque et qui papillonne des yeux.
– Doucement... Doucement... murmure Jack.
Gwen, redescendue, arrive auprès de John au moment où il ouvre les yeux et les porte aussitôt sur Jack. La voix est rauque, hésitante, à peine audible.
– As-tu sauvé ton ange?
Jack lui fait un sourire bravache.
– Hm... Avec ce que tu as fait pour lui, il aurait tord de ne pas se réveiller afin de te baiser les mains.
John esquisse un petit sourire narquois.
– Hm... S'il pouvait me baiser autre chose...
Gwen pousse un cri d'exaspération:
– Oh non! C'est pas vrai...
John la regarde en souriant avant de déclarer:
– C'était pour rassurer Jack sur mon état de santé...
A Jack, il déclare:
– Tu les prends toujours aussi prudes?
D'un geste, Jack devance les protestations de Gwen et l'empêche de répliquer.
– Ravi de te compter à nouveau parmi nous...
– Je savais que j'allais te manquer...
– Et tu vas rester encore un bon moment.
– Voilà des années que j'attends ces mots de ta part...
– Une armée d'aliens te recherche, sûrement.
Gwen intervient.
– Quoi?
– Oh! Je suis toujours très demandé... lui glisse John avant de s'adresser à Jack.
– Tu leurs a fait comprendre que je n'étais pas joignable, j'espère...
– Mieux que ça. Ils ont trouvé la Terre. Et peut-être la Grande-Bretagne... Mais j'ai eu le temps de brouiller ta fréquence avant qu'elle ne les guide jusqu'ici.
Inquiet, John porte la main à son bracelet.
– Oh! Et j'ai également pris la liberté de le désactiver... Tu es parfaitement à l'abri entre ces murs. Lorsque Ianto se remettra, j'irais leur faire comprendre qu'ils se sont trompé de chemin. D'accord?
John ferme les yeux d'assentiment.
– Comme au bon vieux temps, hein?
– John!
– Oh! Je sais, je sais... Ce n'est que le bon vieux temps, pour moi. Tu es devenu vertueux, responsable et, bon sang!... Amoureux... Pour de bon. Bref, pas de quoi se réjouir... Pour moi.
Jack se penche vers lui, affectueux et malicieux:
– Tu peux changer aussi, si tu le veux.
– Pour m'attacher? Comme toi? Je crois que la fidélité n'est pas mon truc.
Gwen intervient aussitôt:
– Et pourtant, c'est exactement ce que vous faites en vous accrochant à Jack.
Jack réprime un éclat de rire. Surpris, John le regarde.
– Prude, peut-être, mais elle a oublié d'être bête... Je commence à comprendre ce que tu apprécies chez elle...
Les yeux de Jack pétillent de malice. Il se rapproche de John.
– Attention... Tu parles d'une femme mariée.
– Ah oui? C'est vrai? Pardon... Madame... Mes plates excuses.
Malgré elle, Gwen ébauche un sourire. Avant de fusiller Jack du regard.
– Si tu as besoin de moi, je monte terminer les recherches.
Jack, amusé, l'approuve d'un signe de tête et elle s'empresse de sortir.
– Alors, John, comment te sens-tu?
– Comme quelqu'un qui vient de se faire littéralement vidé de son sang. Mais ça, je crois que c'est normal.
– Tu as besoin de quelque chose?
John garde le silence en l'observant intensément.
– Je doute que tu sois disposé à me donner ce dont j'aurais le plus grand besoin, Jack... Alors laisse tomber, tu veux... Mais, merci quand même.
John tente péniblement de se relever.
– Tu devrais rester allongé. Martha va venir faire des tests.
– Arrête de me couver, tu veux bien... Chuchote John en s'appuyant à l'épaule de Jack pour s'asseoir.
Son regard se porte sur Ianto.
– Sauve plutôt ton ange...
– Pourquoi l'appelle-tu ainsi? C'est d'un ringard.
– Parce que, grâce à lui, tu es devenu un modèle de vertu... et qu'à cause de ça, je suis retombé raide dingue de toi... Au point d'y risquer ma peau... Inconcevable il y a quelques mois, n'est-ce pas?
Jack sourit, attendri, vaguement géné.
– Je suis désolé, John, mais...
– Je sais parfaitement... Je ne me fais aucune illusion, rassure-toi. Mais je ne désespère pas. Peut-être découvriras-tu un jour à quel point je peux être parfait... Et je veux être là ce jour-là. Voilà tout.
Jack secoue la tête, moqueur.
– Si tu le dis...
Soudain très sérieux, John plante les yeux dans ceux de Jack.
– Tu sais quoi? T'as intérêt à être heureux avec ton bel angelot, Jack. Parce que je te jure que tu m'auras dans les pattes autant de fois que ton histoire boira la tasse. Compris? Et ne fais pas comme avec moi... Prouve-lui constamment tes sentiments et tâche de le rendre heureux. Comme ça, je n'aurais pas fait ça pour rien...
– Tu as ma parole, John.
– Cool!
Martha entre dans la salle.
– Capitaine Hart! Que faites-vous debout?
John va pour répliquer, mais elle continue:
– Veuillez vous recoucher immédiatement! Jack! Le transfert n'est pas encore terminé.
– Ne grondez pas Jack, Commandant Jones. C'est moi qui aie voulu prendre un peu d'avance. Je me recouche tout de suite... J'ai promis d'être sage.
Jack se penche à son oreille pour lui souffler, avant de quitter la salle:
– N'en fais pas trop, quand même. Reste crédible... OK?
John sourit, amusé, puis se soumet aux ordres de Martha sans rechigner.
Peu après, l'équipe fait le point en salle de réunion avec John qui a obtenu l'autorisation de se lever un moment. Ils décident de mettre en place un roulement pour veiller Ianto et surveiller la faille. John insiste pour avoir son droit de tour de garde.
– Nous ne sommes que 4, Jack. Si tu me dispenses de cette tâche, vous serez vite épuisé à trois. Et puis, j'y tiens... Me rendre utile... J'adore ça...
Jack finit par céder.
– Bien! Les roulements se feront donc par deux. Les deux autres ayant le droit de prendre du repos. On démarre tout de suite... On tire au sort?
Jack, nerveux, se retient d'aller rejoindre John, désigné par le hasard de veiller sur Ianto le premier. Martha se rapproche de lui et lui tend un café.
– Ne t'inquiète pas, Jack. Les nouvelles données sont plutôt optimistes. Il faut se montrer patient à présent.
Jack pousse un soupir et s'adosse à la vitre d'où il observait John. Il prend la tasse de Martha sans dire mot et reste perdu dans ses pensées.
– Il... Il avait tellement insisté pour continuer travailler à Torchwood.
Jack esquisse un petit sourire.
– Je ne le voulais pas... D'abord, parce qu'il venait de Torchwood Londres... Ensuite, parce que je le trouvait déjà canon et que je savais que je finirais forcément à mêler ma vie privée à Torchwood...
– Ensuite, j'ai tué Lisa... Le seul être au monde qu'il ait jamais aimé... Je pensais qu'il m'en voudrait... mais il... il n'est pas comme ça...
Martha lui touche gentiment le bras et le laisse se confier. Les larmes aux yeux, Jack continue.
– Jamais je n'ai connu quelqu'un d'aussi honnête, si loyal... Il a tellement souffert, Martha... Tellement... Pour un être qui le mérite si peu... Avec lui, je me sens rajeunir, revivre... Littéralement... Je me sens plus fort, prêt à tout... Cela faisait une éternité que je n'avais pas ressenti ça. Et pourtant, on s'est d'abord trouvé pour vaincre notre solitude... Et puis ensuite...
– Jack, arrête de te torturer l'esprit. Il ne le souhaiterais pas... Pense à tout ce que vous pourrez faire ensuite. Tous ces moments que vous allez partager plus intensément, de ces sentiments enfin révélés que vous éprouvez l'un pour l'autre...
Jack relève la tête pour regarder Martha.
– Je n'ai pas le droit de faire souffrir les êtres qui ont le malheur de s'attacher à moi, Martha.
Elle soupire et s'appuie contre la vitre à son tour.
– Mais tu as le droit d'être heureux, Jack... Crois-tu qu'« Il » n'a pas eu le droit d'aimer Rose?
Le regard de Jack se fait interrogatif. Elle lui sourit.
– Tu n'es qu'un être humain, après tout... Même du 51ème siècle...Si un Seigneur du Temps a le droit d'aimer et d'être aimé... Pourquoi pas toi?
Après un bref silence, elle continue très doucement:
– Ianto va avoir besoin de toi, Jack. Plus que jamais... Il va devoir se battre contre le découragement et l'injustice... Il sera faible. Alors tu devras lui prouver qu'il peut s'appuyer sur toi. Sur ton amour et ta foi en lui...
Jack ébauche un sourire attendri en observant la jeune femme.
– « Il » ne t'a pas choisie au hasard, Martha Jones.
Martha répond à son sourire et lui fait un clin d'œil entendu.
– Mais « il » vous a choisi aussi parmi ses amis, Capitaine Harkness. Ne l'oubliez jamais...
Jack prend l'air crâneur.
– Oh! Moi? C'est parce que je suis irrésistible.
Elle le gronde du regard.
– Tu as très bien compris ce que je voulais dire, Grand Bêta!
Il sourit, malicieux, puis capitule. Il lui prend la main gentiment et l'embrasse, respectueux.
– Vous êtes une bénédiction, Commandant Jones.
Elle sourit, amusée.
– Je sais, on ne cesse de me le répéter ces derniers temps. Je ne sais pas trop pourquoi...
Il sourit sans rien ajouter.
****
Gwen arrive chez elle. Rhys est en train de préparer le dîner. Elle vient l'embrasser.
– Oh! Tu as la tête des mauvais jours! Déclare-t-il
Elle s'assoit sans répondre. Il demande gentiment:
– Comment il va?
– Aucune amélioration. C'est effrayant.
– Gwen, il va s'en sortir, d'accord... Ne te mets pas dans des états pareils...
– Le pire, c'est l'attitude de Jack. Il ne cesse d'aller et venir lorsqu'il ne veille pas sur Ianto... Et il lui parle sans cesse lorsqu'il est près de lui. C'est pathétique, mais si touchant...
Rhys l'entoure de ses bras amoureusement.
– Dis-moi, tu réagirais comment si j'en étais au même stade que Ianto?
Comme elle ne réponds pas, il l'embrasse.
– Ah! Tu vois... Allez, viens manger. C'est prêt.
Elle le suit docilement.
– Rhys, ce n'est pas pareil... Toi, tu es mon mari et...
Rhys l'interrompt en riant.
– Quoi? Quoi!
– Oh! Gwen! Enfin! Toi qui as vu plus d'espèces que n'importe quel être humain lambda, tu oses faire ce genre de réflexion?
Elle hausse les épaules.
– Enfin, voyons, chérie, nous n'avions pas besoin d'être mariés pour nous aimer...
– Mais Jack n'a pas le droit de faire ça à Ianto... Ils sont collègues! Et Jack ne peut jamais mourir... Il le fera souffrir... Et puis, Jack peux repartir n'importe où, n'importe comment! D'ailleurs, il l'a déjà fait.
– Gwen, arrête! Je suppose que Ianto sait tout cela. Et peut-être bien plus encore. S'il s'est engagé dans cette relation, c'est qu'il y trouve son compte.
Rhys embrasse Gwen qui va pour protester.
– Enfin, quand même...
Rhys sourit.
– Si tu n'étais pas Mme Williams, je dirais que tu es jalouse, Gwen.
Elle semble déstabilisée.
– Jalouse? Moi? De qui donc? Tu racontes n'importe quoi! Vraiment!
– Oh! Ne me dis pas que Jack Harkness te laisse de marbre.
Elle va pour protester, mais il enchaîne:
– Je sais, je sais... mais tu vois, ça ne me pose plus problème... parce que, à priori, c'est presque anormal de ne pas craquer pour ce type... Seulement, ta réaction avec Ianto, me paraît un peu disproportionnée. Comme si tu lui enviais sa relation avec Jack.
– Rhys, arrête... Tu racontes vraiment n'importe quoi...
– J'aimerais bien...
– Bon! Tu nous sert la salade, s'il te plaît? Elle a l'air délicieuse...
Rhys soupire et, beau joueur, va chercher la salade.
A nouveau chargé de veiller sur Ianto, John s'est installé derrière le moniteur, les jambes allongées devant lui sur une chaise. Il pousse un long soupir de lassitude, se lève et va vers le jeune homme inconscient. Il l'observe, croise les bras et jette un coup d'oeil aux machines autour du blessé.
– Dis-moi, Ianto Jones, il serait peut-être temps de te réveiller, non? On t'a gavé de sang neuf et d'antipoison, on a soigné tes blessures et tous tes signes vitaux sont passés à la normale. Et moi, j'en ai assez de jouer à la garde malade... Et ne compte pas sur moi pour jouer au Prince Charmant qui réveille sa belle...
Il a sourire amusé.
– Quoique ce serait original, tiens!
Il secoue la tête.
– Et puis, non... Je ne suis pas ton style. Dommage...
Il se penche lentement vers l'oreille de Ianto.
– Ça fait des jours, maintenant... On t'a assez remarqué. Jack n'en peut plus... Alors, réveille-toi ou tu risques de le regretter le reste de ta jeune vie...
John se redresse, pose les mains sur les hanches et secoue la tête.
– Tu es désespérant, tu sais! Si tu aimes Jack autant qu'il t'aime, tu aurais bien tord de... Oh! Et puis zut!
John se mord la lèvre pour s'empêcher de rajouter encore quelque chose. C'est le moment que choisit Jack pour entrer et lui poser une main sur l'épaule, en regardant Ianto.
– Je prends la relève, John. Va te reposer.
– Ok. Pas de problème... J'ai toujours eu du mal à rester longtemps en place...
Jack sourit.
– Oui, je me souviens... Est-ce que cela expliquerait tes sautes d'humeur?
John esquisse un sourire ironique.
– Ne joue pas à ça avec moi, Jack... Tu pourrais le regretter.
Après un court silence, Jack demande:
– Bon, comment il va?
– Eh, ben, lui au moins aura fait sa cure de sommeil... Il va être plutôt en forme quand il se réveillera.
Jack secoue la tête, désolé. Il caresse le front de Ianto, l'air soudain fatigué.
– Sa température a encore augmentée...
– Jack, Martha dit que c'est une réaction logique de défense immunitaire. Ce n'est pas alarmant... Bon! Moi, je vais en profiter pour prendre l'air. Je commence à me sentir claustrophobe...
Jack relève la tête pour voir John filer vers les escaliers. Il se précipite pour l'empêcher de passer.
– Quoi? Tu es complètement malade!
– Hé! Mais qu'est-ce qui te prends?
– On te recherche, John! Tu te souviens des premiers signaux, envoyés il y a deux heures?
– Ils venaient de Londres, Jack... Je ne risque rien avec des aliens aussi peu précis.
– Mais si tu sors dans la rue, on te repèrera plus facilement et...
John l'interrompt, un doigt sur la poitrine de Jack.
– Ecoute-moi, bien, mon pote. Je suis ravi de savoir que tu te préoccupes de mon sort après m'avoir envoyé risquer ma peau dans les Centauries. Mais tu sais quoi? J'ai toujours réussi à me débrouiller seul, d'ac? Alors laisse-moi faire encore ce que je veux. Ok?
– Mais... commence Jack pour protester.
Un signal d'alarme venant des moniteurs de surveillance retentit soudain derrière eux. Les deux hommes se regardent avant de se précipiter vers Ianto qui semble manquer cruellement d'air.
– Ianto? Ianto! Tu m'entends?
Comme Ianto suffoque, Jack se tourne vers John.
– Appelle Martha! Vite!
John ne se le fait pas dire deux fois tandis que Jack tente d'apaiser un Ianto perdu qui vient tout juste de prendre une grande inspiration. Emu, Jack lui murmure des mots tendres et réconfortants.
– Ça va aller, ça va aller... respire encore... Voilà... Je t'en prie, ne parle pas...
****
Un moment plus tard, Martha demande à rester seule avec le patient, obligeant Jack, Gwen et John à patienter derrière la vitre du haut.
Puis elle les rejoint enfin. Elle semble un peu ennuyée. Jack s'avance vers elle, fébrile, bras croisés.
– Il est hors de danger...
Jack pousse un grand soupir de soulagement tandis que Gwen joint les mains avec un petit cri de victoire. Personne ne remarque que John s'appuie contre un mur, les mains dans les poches, la tête baissée, comme vaincu.
– Et? Demande Jack inquiet de l'attitude étrange de Martha.
– Et? Répète-t-il insistant.
Martha baisse les yeux, prudente.
– Il... Il semblerait que son cerveau ait été atteint...
– Quoi! S'exclame Gwen, horrifiée.
– Comment ça?
– Il a perdu la mémoire... Il ne se souvient plus de qui il est, ni ce qu'il est... J'ai bien peur qu'il vous ait oublié également... De plus... Ses jambes ont perdu leur motricité.
Jack passe les mains sur son visage pour reprendre contenance.
– Bon... Est-ce irréversible?
Martha relève les yeux, peinée.
– On ne sait pas, Jack. Aucune analyse n'a repéré de lésions, la moelle épinière a été epargné. Ses blessures ont cicatrisé normalement. Je mettrai ces nouveaux symptômes sur le compte du poison ou sur une réaction au remède...
– On peut le voir? Demande Gwen les larmes aux yeux.
Martha hausse tristement les épaules.
– Il faut espérer qu'un micro choc lui fera revenir sa mémoire. Ou attendre la dissipation complète des molécules alien dans son organisme.
Gwen esquisse un pas vers la salle avant de se tourner vers Jack qui ne la suit pas.
– Tu ne viens pas?
– Non... Va-z-y devant, Gwen...
– Mais... Tu...
– Je le verrais tout à l'heure, Gwen... Merci.
Martha comprend que Jack souhaite rester seul. Elle lui glisse doucement:
– Je suis désolée, Jack.
Puis elle suit Gwen.
Les filles parties, Jack se dirige vers un écran d'ordinateur comme pour faire des recherches puis s'immobilise soudain, les épaules voutées, la main passant sur le visage marqué par la peine.
John, main dans les poches, vient vers lui. Il observe un moment l'ordinateur avant de s'asseoir et de tapoter rapidement dessus. Une fenêtre s'ouvre soudain et il se tourne vers Jack.
– Les émetteurs se sont déclenchés. Quelque chose les attirent ici...
Il se lève.
– Et ils vont être servis, c'est moi qui te le dis!
Il récupère ses armes et enfile sa ceinture holster en se dirigeant vers la porte de sortie.
– Pas question!
Le ton de Jack est impérieux, sans appel. John s'arrête et se retourne, surpris. Jack lui fait face, les bras croisés. John fronce les sourcils.
– Quoi?
– J'ai dit: « pas question! ». Tu vas rester ici. S'ils ont réussi à t'implanter un système de télé-transmission micro-magnétique, non seulement tu peux réactiver ton bracelet, mais je ne donne pas cher de ta peau là-haut.
– Ah oui? Et comment vais-je occuper mon temps en attendant qu'ils viennent me déloger ici? Hein? Et puis si j'active mon bracelet, c'est la base que je mettrais en danger. Écoute, va plutôt voir ton ange. Il a plus besoin de toi que moi, je t'assure...
– Tu n'iras nulle part!
Cette fois, Jack récupère son manteau posé non loin et se précipite vers la porte qui s'apprête à s'ouvrir.
– Arrête de jouer les héros, Jack! Tu commences sérieusement à m'agacer! Tu étais plus drôle quand tu arnaquais tout le monde. Laisse-moi passer!
– Il n'est pas question que tu sortes d'ici! Tu m'entends! Les choses sont déjà assez compliquées comme ça! Et puis, d'après ce que j'ai compris, je ne peux pas faire grand chose pour aider Ianto. Mais je peux encore le faire pour toi... Alors tu remballes ta fierté mal placée, et tu restes là. Compris!
Gwen, qui était remontée pour parler à Jack, surprend les dernières paroles de Jack qui l'aperçoit. Avant qu'elle n'ouvre la bouche, il déclare:
– Gwen, tu le surveilles. Il ne doit pas quitter la base.
– Heu... Oui... Mais... Jack!
Mais Jack vient tout juste de quitter le hub.
John peste intérieurement. Il se retourne vers Gwen.
– Eh bien! Il semblerait que le destin s'acharne à nous lier ensemble.
– N'espérez rien, John... Je suis mariée.
John sourit, amusé. Un temps.
– Comment va votre petit coéquipier?
– Il ne m'a pas reconnue. D'après Martha, c'est parfaitement naturel. Je venais demander à Jack de venir le voir.
– Hm... Je me demande si ce n'est pas typiquement de notre époque de ne pas savoir exprimer nos sentiments... Faut dire que chez vous, c'est une réelle obsession...
– Je ne vois pas le rapport...
– Votre collègue se réveille d'une longue période de coma avec des séquelles graves et Jack trouve le moyen de fuir... Ça ne vous interpelle pas?
Gwen reste figée, interdite. John, les mains dans les poches, se dirige vers la salle d'autopsie.
– D'un autre côté, Jack a toujours été celui de nous tous qui parlait le plus... Toujours à raconter ce qu'il éprouvait... Il fatiguait tout le monde! Et il n'a pas beaucoup changé... Je crois que je comprends son goût pour une planète aussi insignifiante...
Il lance un clin d'œil à Gwen abasourdie avant de descendre vers Ianto. Elle le suit presque aussitôt.
****
Martha réajuste la poche amniotique du blessé qui a refermé les yeux. Elle voit redescendre Gwen juste derrière John.
– Alors?
Gwen secoue la tête tristement. Ianto ouvre péniblement les yeux. Il aperçoit John qui s'approche de lui.
– Alors Geule d'ange? Comment ça va?
Ianto l'observe, intrigué.
– C'est... vous... Jack?
John lève les yeux aux ciel.
– Seigneur, non! Moi c'est John. John Hart... Capitaine John Hart. Alors comme ça tu ne te souviens de rien?
– Non... C'est comme si un brouillard avait envahi mon cerveau... Je ne me souviens même plus de mon nom.
– D'ailleurs, il faudrait que tu te reposes, Ianto... Surtout ne cherche pas à forcer tes souvenirs... Nous allons nous occuper de toi, d'accord?
– S'il y a une chose dont je dois sûr, c'est que je n'ai pas l'habitude que l'on s'occupe de moi... Ce serait peut-être même le contraire... Non?
Gwen esquisse un sourire et lui caresse la main, réconfortante.
– Non, tu as raison Ianto...
John renchérit:
– Eh ben c'est bon signe... Te souvenir que tu es le larbin de l'équipe, ça veut dire que ce n'est pas irrémédiable...
– John!
Ce dernier encaisse l'injonction furieuse de Gwen. Puis il se tourne tranquillement vers Martha pour la prendre à témoin.
– Pourquoi est-elle toujours aussi agressive avec moi? Miss Cooper, auriez-vous peur de moi? Ou de ce que je représente pour vous?
– N'y pensez même pas! Et je suis Mme Williams, mettez-vous ça dans le crâne!
Gwen quitte la pièce, furieuse. John apparemment très amusé lance un clin d'œil à Martha avant de remonter à son tour.
– Quelle énergie cette femme!
Martha secoue la tête agacée et s'occupe à nouveau de Ianto.
– Pourquoi le chef de cette équipe ne vient-il pas me voir?
– Cela n'a rien à voir, Ianto, je t'assure... Comme te l'a dit Gwen, Jack a veillé sur toi, comme nous tous. Il viendra te voir, ne t'inquiète pas...
– Si seulement je pouvais me rappeler...
Martha approuve en silence l'action du Lieutenant, près à mettre le contenu d'une seringue dans les tubes qui alimentent Ianto soudain pris par l'angoisse.
– Repose-toi, Ianto. Je t'en prie...
Sous l'effet du sédatif injecté, Ianto ferme les yeux et s'endort.
– Le taux de fer diminue encore, Capitaine. Les derniers résultats approchent du taux maximal autorisé. Et le sérum commence à être indétectable.
Martha fait signe qu'elle a entendu et caresse le front du blessé.
– Vous pouvez rentrer, lieutenant. Allez vous reposer. Je vous rappellerais lorsque j'aurais besoin de vous.
– Bien, Commandant. Merci.
Quelques instants plus tard, Martha, seule, parle doucement à Ianto endormi.
– Tu retrouveras la mémoire, Ianto. Jack ne supportera pas de te perdre toi aussi... Il t'aime. Vraiment. Reviens-nous. Pour nous... Pour lui...
Emue, tendre, attentive, elle reste longtemps à lui parler.
Dans la salle principale, John, nerveux, ne tient plus en place.
– Je ne peux pas rester ici! Je suis un homme d’action, moi! Quand je pense au danger que court Jack et qu’il m’oblige à rester ici! J’enrage!
Gwen ne peut retenir un sourire.
- Vous allez pourtant rester ici, John. Et puis, Jack ne risque rien. Rappelez-vous : il ne peut pas mourir.
– N’empêche que les aliens en ont après moi.
– Et puis d’abord, pourquoi cela? Fait Gwen, croisant les bras, l’air intrigué.
– Oh ! Ils n’ont pas trop apprécié la manière dont je leur ai "emprunté "le sérum.
– Et? Demande Gwen, suspicieuse.
– Et puis, deux ou trois avaient de vieux compte à régler... Ils sont plutôt rancuniers.
L’un des ordinateur de surveillance émet un signal.
– Qu’est-ce que c’est?
Gwen tapote sur le clavier avant de répondre:
– Une activité inhabituelle de la faille est détectée autour de *** Street.
Satisfait, John esquisse un sourire satisfait:
– Bien... Qu’est-ce qu’on attend?
– Jack a dit de...
– Jack n'est pas là. Et il est fort possible que cette activité inhabituelle de la faille le concerne.
Comme Gwen hésite, il hausse les épaules.
– Avec ou sans vous, Gwen Cooper, j'irais...
– Jack m'a demandé de ne pas vous laisser sortir d'ici...
– Je sais... Seulement, il n'a pas précisé ce que nous devrions faire si quelque chose de nouveau arrivait... Hors, c'est le cas. Je vous laisse le temps de prévenir votre infirmière et je m'en vais. OK?
– Vous êtes pire que Jack, vous savez, ça?
– Je prends ça pour un compliment, Mme Williams.
John s’éloigne, moqueur. Gwen hausse les épaules, agacée.
******
Peu après, Gwen et John sortent du Hub. Alors qu’ils s’engagent avec précaution dans une rue proche de leur lieu de destination, leur apparaît soudain dans la pénombre, un homme en train de courir dans leur direction. John murmure, avec un rictus de mépris:
– Ce n’est pas drôle... Ils sont déjà là. Préparez-vous!
Gwen plisse les yeux, prête à faire feu à tout moment. Soudain, elle baisse son arme, stupéfaite.
– Hé! Mais c’est Jack! Je ne vois pas de poursuivants...
– Ne baissez pas la garde! Les émissaires qui me recherchent ont la faculté de se rendre invisibles...
John manipule son bracelet.
– Mais qu’est-ce que vous faites! Lance Gwen paniquée de voir se rapprocher Jack sans rien pouvoir faire.
– Je ne peux les repérer qu’avec ce truc... Mais...
Quelque chose semble résister à John qui fait une grimace agacée.
– Pourquoi ça ne marche jamais quand on en a besoin ce machin!
Jack vient de les apercevoir et leur crie de s’éloigner.
A cet instant précis, John appuie avec plus de force sur l’un des boutons et apparaît soudain une grande lueur derrière Jack suivie d’une détonation et d’un souffle qui le projette au sol. Au même moment, des ombres étranges apparaissent autour de Jack et sont comme aspirées par un courant d’air puissant auquel elles tentent de résister.
Au milieu du bruit et du vent, John, qui maintient un bouton de son bracelet enfoncé déclare à Gwen toute étonnée:
– Dépêchez-vous! Allez chercher Jack! Éloignez-vous du cercle magnétique! Vous ne risquez rien tant que la brèche est ouverte! Vite!
Gwen hésite un quart de seconde puis se précipite vers Jack qu’elle aide à se relever. Mais Jack crie à John.
– Bon sang! Qu’est-ce que tu fais! Tu es malade!
– Je ne vois pas d’autre solution contre des Centauriens, Jack! Et tu le sais.
Le vent se fait plus violent, un bruit sifflant s'élève et les ombres sont soudain aspirées vers le gouffre lumineux.
– Écartez-vous! Crie John à Jack et Gwen parvenus à sa hauteur.
Il avance vers la lumière presque aveuglante puis se retourne vers eux, bien campé sur ses jambes.
– Ne fais pas ça! Lui crie Jack retenu par Gwen.
– Je trouverai une solution! On ne se débarrasse pas de moi comme ça!
Soudain, le sifflement se fait tellement insupportable que Gwen met les mains sur les oreilles. Jack hurle un « Non » tandis que John lâche le bouton sur son bracelet après s'être assuré que les ombres avaient disparues et se trouve aspiré à son tour.
En quelques secondes, le trou de lumière se referme et le silence qui suit en est presque assourdissant. Atterré, Jack semble attendre quelque chose, ou ne veut pas croire à ce qu'il vient de voir. Abasourdie, Gwen garde le silence quelques instants avant de demander:
– Que.. Que s'est-il passé? Où est John? Enfin... Jack?
Jack semble tout juste se ressaisir.
– Il a ouvert un système dans le vortex à partir de l'énergie de la faille.
– Et qu'est-ce que c'est?
– Une sorte de porte sur le néant... Ou un trou noir, si tu préfères. A travers le temps et la lumière. Il absorbe tout êtres vivants situés dans son champs d'action... John a disparu.
– Mais... Pourquoi partir avec?
– Les agents du temps n'ont pas le droit d'utiliser ce système qui efface les gens comme les données sur un ordinateur. Et pour que le système fonctionne, il faut que celui qui en est l'initiateur disparaisse lui aussi, refermant le vortex derrière lui.
– Tu veux dire qu'il... qu'il...
– Mes poursuivants ont disparu pour de bon, Gwen. Mais John aussi. Personne n'a jamais réussi à revenir d'une telle manipulation de vortex.
– Il avait pourtant l'air de savoir ce qu'il faisait. Peut-être connaissait-il le moyen de se sortir de là.
Jack secoue la tête, désolé.
– Je ne crois pas, Gwen.
Il passe la main sur son visage épuisé. Gwen passe le bras sous le sien, rassurante.
– S'il a fait ça... C'est que ce devait être la seule solution. Tu dois l'accepter... Grâce à lui, la base n'est plus menacée... Et Ianto a besoin de toi. Viens...
Avec un soupir, Jack fini par suivre Gwen.
*****
Lorsqu'ils arrivent au Hub, Martha se précipite vers eux, l'air ravie.
– Alors? Où est -il?
Gwen et jack se regardent, surpris.
– Qui?
– De qui tu parles? De John? Insiste Jack.
– Mais non! Du Docteur!
– Le Docteur?
– J'ai entendu le Tardis... Il va nous aider à soigner Ianto.
Devant une Martha persuadée, Jack soupire et prend gentiment Martha par les épaules.
– Ecoute-moi... Je doute que tu aies pu entendre le Tardis... Et si tu as entendu quelque chose, ce devait être plutôt l'ouverture du vortex temporel au dessus de la faille. Tu as dû entendre son echo à travers la faille qui passe ici. Dans ce trou ont disparu les émissaires de Centaurie... Et John.
– Quoi!?
****
Une fois que Jack et Gwen lui ont raconté les derniers évènements, Martha, désappointée, finit par faire la même réflexion que Gwen à propos de John.
– S'il a fait une chose pareille, c'est qu'il ne devait pas y avoir d'autres moyens de se débarraser de ses poursuivants.
Gwen l'approuve avec un petit sourire tandis que Jack garde le silence.
– Comment va Ianto? Demande soudain Gwen à Martha qui semble soudain tirée de ses pensées.
– Oh! Son état est stable. Mais il demande à te voir, Jack. Et cette fois, tu ne peux pas te défiler. Compris!
Jack pousse un profond soupir, puis, soudain faussement enjoué, fait le salut militaire à Martha.
– Oui, chef! Bien, chef!
Et il s'éclipse. Martha souriante, secoue la tête et échange un regard entendu avec Gwen.
*****
Les mains dans les poches, l'air parfaitement à l'aise, Jack entre dans la salle d'autopsie. Il fait une pause en voyant Ianto les yeux fermés. Il s'avance vers le lit. Ianto l'entend et ouvre les yeux. Jack garde son air enjoué, désinvolte.
– Alors, Ianto Jones! Comment ça va?
Ianto esquisse un petit sourire. Jack s'en étonne.
– J'ai quelque chose entre les dents?
– Non... pardon... Vous êtes le Capitaine Jack Harkness, n'est-ce pas?
Jack lève les yeux au ciel.
– Hélas! Depuis si longtemps! Et?
– Je ne vous aurais pas imaginé autrement.
– Hm.. Je suis inoubliable, approuve Jack, l'air crâneur.
Ianto sourit, amusé.
– Et pourtant, je vous ai oublié, Capitaine. Je suis désolé.
– Et moi donc! Murmure Jack pour lui même avant de dire tout haut:
– Ça te reviendra... Et ces jambes?
– Le Docteur Jones pense que ce n'est qu'une paralysie temporaire. Peut-être liée à mon amnésie... Mais actuellement, je ne ressens absolument rien.
Jack, soudain très sérieux se penche vers lui.
– On te remettra sur pied, Ianto. Je te le promets. On a besoin de toi... J'ai besoin de toi.
Sur ces derniers mots ambigus, Ianto baisse les yeux, intimidé. Puis il se reprend.
– Martha Jones m'a brièvement raconté en quoi consiste mon travail ici...
– Ah oui? Et?
– Je trouve ça plutôt...
– Quoi?
– Etrange.
Jack sourit, amusé.
– Eh bien, c'est toi qui a voulu absolument que je t'engage. Et tu travaillais déjà pour Torchwood Londres. Jusqu'à la Bataille...
Jack a baissé la voix sur ces derniers mots.
– La bataille?
Jack baisse les yeux.
– Tu t'en souviendras assez tôt, Ianto. Pour l'instant, il s'agit de te reposer, d'accord? Je vais te laisser dormir.
En parlant, Jack a tapoté machinalement la main de Ianto, troublé.
Au moment même où Jack va pour s'éloigner, Ianto s'empare de sa main dans un geste instinctif pour le retenir.
– Capitaine?
Jack regarde leurs mains enlacées puis croise le regard troublé de Ianto.
– Nous... Nous sommes... amis... n'est-ce pas? Chuchote le jeune homme, intimidé.
Jack hésite un instant, puis prend la main de Ianto dans les deux siennes avant de répondre:
– Oh oui, Ianto... Nous sommes amis. Et plus encore... Crois-moi.
Ianto prend un air embarrassé.
– Ah...
– Il n'y a pas si longtemps, tu ne t'en plaignais pas, déclare tranquillement Jack, passablement vexé.
– Heu... non... Je veux dire... Ce n'est pas ça... C'est que... Je comprends mieux certaines... Disons... pulsions étranges en moi... C'est plutôt troublant...
Sans mot dire, Jack se rappproche de lui et vient tendrement déposer un baiser brûlant sur le front de Ianto bouleversé. En s'écartant enfin, jack contemple Ianto, les yeux noyé de tendresse.
– Je regrette que tu aies oublié les sentiments que j'éprouve pour toi, Ianto.
Ianto ne le quitte pas des yeux. Il frissonne sous l'émotion puis ose enfin caresser la joue de Jack.
– Je.. Je crois que je regrette aussi...
Bouleversé, Jack n' hésite pas une seule seconde pour s'emparer des lèvres de Ianto à peine surpris. Lorsque Ianto passe une main caressante derrière la nuque de Jack, leur baiser se fait plus passionné. Et à ce moment précis, il n'est sûr que d'une chose: il est amoureux. Et les baisers de Jack deviennent la première base solide sur laquelle Ianto se sent prêt à construire une identité. Quelle qu'elle soit...
*******
Plusieurs jours plus tard... Gwen rentre chez elle, dépose ses clefs et enlève son blouson, l'air las. Il est tard. En entrant dans le salon, elle trouve Rhys endormi dans le canapé, un programme de nuit à la télévision restée allumée. Elle sourit en voyant le couvert mis pour elle. Encore un soir où son mari a attendu que Madame rentre pour dîner. Elle l'adore. Elle vient doucement se glisser à ses côtés pour se réfugier contre sa poitrine en essayant de ne pas le réveiller. Mais Rhys bouge dans son sommeil, grogne un peu et se réveille.
– Oh! Désolée, mon amour, murmure Gwen, contrite.
– Oh! Ça va... J'étais pas censé m'endormir...
Il passe son bras autour des épaules de Gwen qui se love contre lui.
– Oh! Toi, tu as une petite mine...
– Je suis exténuée...
– Tu continues la rééducation de Ianto?
– Oui! Et c'est épuisant! Il veut tellement remarcher. Martha est parfois obligée de le forcer à arrêter. Et je soupçonne Jack de lui faire faire des exercices quand nous ne sommes plus là.
Après un temps, Rhys ne peut se retenir de rire. Gwen se redresse pour le regarder, surprise.
– Quoi?
Le rire de Rhys augmente.
– Hé! Pourquoi ris-tu?
Au milieu de son rire, le regard malicieux, Rhys parvient à dire:
– J'imagine le genre d'exercices que Jack doit faire faire à Ianto...
Gwen met quelques secondes avant de comprendre, puis pousse un cri d'indignation, et ne peut retenir un sourire amusé. Elle lui tambourine la poitrine gentiment.
– Oh! Rhys William! Tu n'as pas honte?
Comme elle ne peut pas se retenir de rire plus longtemps, il la renverse dans le canapé et l'embrasse avec passion.
Au Hub, plongé dans le noir. Au même moment.
Jack enlève son t-shirt et s'apprête à se coucher. Alors qu'il va pour enlever son pantalon, il entend un bruit suspect. Il s'immobilise, attentif. Un nouveau bruit, étouffé. Il prend son arme déjà placée sur sa table de nuit et se dirige hors de sa chambre, au jugé. Il parvient dans l'une des salles proches de la salle de réunion, aménagée temporairement en centre provisoire de rééducation, comme toute la base, aménagée pour le fauteuil roulant de Ianto. Dans la pénombre, il aperçoit la silhouette de Ianto qui tente péniblement de se relever à l'aide des deux barres parallèles. Jack soupire, désolé, et range son pistolet. Il place les mains dans ses poches et avance vers Ianto.
– Tu devrais plutôt te reposer, Ianto, déclare-t-il doucement.
Ianto semble ne pas avoir entendu. Il parvient peu à peu à prendre appui sur les bras pour se relever enfin. Jack allume une des appliques de la salle et va à sa rencontre.
Une fois plus, ou moins en position debout, soutenu par les barres, Ianto relève la tête vers Jack.
– La mémoire m'est revenu partiellement, Jack... Je ne peux pas rester comme ça, coincé dans ce fauteuil, à dépendre de tout le monde. Je ne peux même pas rentrer chez moi...
Jack esquisse un sourire tendre.
– Cela ne me dérange pas de t'avoir près de moi la nuit, Ianto.
Alors qu'il tentait de mettre un pied devant l'autre, Ianto grimace sous la douleur puis lève les yeux au ciel comme si Jack vient de sortir une bêtise. Jack se rapproche des barres.
– Je comprends ce que tu ressens, Ianto...
– Ah oui? Toi qui ne peux ni être blessé, ni mourir, tu comprends à quel point je me sens...
– Frustré? En colère? Prêt à tout faire exploser? Au bord des larmes? Honteux? Fatigué?
Ianto en reste sans voix.
– Oui, Ianto. Oh oui! Je comprends... Et crois-moi, si je pouvais absorber ne serait-ce que la moitié de ta souffrance en ce moment, je le ferais... Mais tu dois te ménager. Tu as déjà fourni tant d'efforts au cours de la journée... Ils ont été convaincants. Martha est très fière des progrès que tu fais. Ne préjuge pas de tes forces, Ianto. Va dormir...
– Mais je ne peux pas dormir! Jack! Je vais devenir fou si je ne parviens pas à retrouver l'usage de mes jambes.
Jack se place sur le tapis de marche placé entre les deux barres et se rapproche de Ianto au bord des larmes. Il se met à une distance raisonnable du jeune homme, lui permettant de récupérer Ianto s'il tombe.
– On va faire un marché.
Ianto a un petit rire ironique mais Jack continue.
– Tu vas venir vers moi. A ta vitesse, sans te décourager. Et si tu arrives dans mes bras, je te garde pour te chanter des berceuses toute la nuit. Ça te va?
– Des berceuses?
Jack sourit, amusé.
– OK! Si tu arrives dans mes bras, je me mets à ta disposition pour la nuit. Je ferais tout ce que tu voudras. Je ne peux pas mieux dire... Qu'est-ce que tu en penses?
Ianto sourit timidement, vaguement flatté.
– Tout ce que je veux? Vraiment tout?
Jack lui tend les bras, malicieux.
– Tout. Tu viens?
Ianto a un petit rire nerveux. Il est au bord des larmes, partagé entre la souffrance et la joie. Il hésite.
Jack baisse la voix, encourageant, rassurant.
– Viens, Ianto. Je suis là... Tu vas y arriver...
Dans le silence qui s'installe, Ianto mobilise soudain toute son énergie pour mettre un pied devant l'autre. Mais il finit par pousser un gémissement d'impuissance, au bord de la crise de nerfs.
Jack se rapproche et lui relève la tête.
– Pas comme ça, Ianto... Voilà, regarde-moi. Pense juste à venir vers moi, d'accord? Après tout, il ne s'agit que de mettre un pied devant l'autre, non?
Ianto étouffe un rire nerveux. La patience de son capitaine le touche profondément. Jack ne le quitte pas du regard et s'éloigne sensiblement de lui, continuant à lui parler, mêlant encouragements et remarques humoristiques. Peu à peu, Ianto se détend. Il ne pense plus à marcher coûte que coûte. Il rit même aux blagues coquines de Jack et à ses anecdotes saugrenues.
– Ne me quitte pas des yeux, Ianto, chuchote parfois Jack.
– Voilà... c'est bien... Ne pense qu'à venir vers moi... Bien... Très bien... Tu sais que tu es plutôt mignon en t-shirt? Quoique je te préfère en costume... Je me demande ce que tu penses à faire de moi tout à l'heure... M'attacher aux montants du lit? Ou partager un pot de glace? Ou utiliser ton fameux chronomètre...
Ianto sourit mais n'a pas le temps de répondre, Jack enchaîne avec d'autres paroles murmurées tout bas. Au bout d'un certain temps, Jack baisse la voix et pose la main sur celle de Ianto crispée sur la barre.
– Ianto...
– Quoi?
– Regarde...
La voix de Jack est émue, il a les yeux baissés au sol. Le regard de Ianto suit celui de Jack et manque de perdre l'équilibre. Jack intervient aussitôt pour le soutenir. Il est tout heureux.
– Ça va aller... Ça va aller...
Insensiblement, Jack a mené Ianto jusqu'au bout de la piste de rééducation. Sans le savoir, Ianto a avancé. Dans les bras de Jack très ému, Ianto se laisse aller à des sanglots de soulagement. Jack lui carresse tendrement la nuque.
– Tu y es arrivé... Tu y es arrivé. Maintenant, je te tiens. Laisse-toi aller... Je suis fier de toi, Ianto. Vraiment. Vraiment fier...
Ce disant, Jack lui embrasse la tempe doucement. Ianto pleure encore contre lui. Jack resserre son étreinte autour de lui, le berçant doucement.
– Tu l'as fait... Tu as marché, Ianto... Maintenant, tout est possible, tu vois...
Jack raffermit ses bras autour de son ami qui se laisse complètement aller, blotti contre sa poitrine.
Au bout d'un moment, Jack le sent épuisé autant par ses efforts que par les larmes. Il chuchote doucement à son oreille:
– Je t'emmène au lit du vainqueur... tu y prendras ta récompense...
Ianto ne répond pas. Les yeux clos, il enlace Jack qui, d'un mouvement, le soulève pour le mener vers le fauteuil roulant.
Une fois dans la chambre, Jack dépose Ianto sur le lit, en disant, taquin:
– Alors? Que dois-je faire, Maître?
Ianto ouvre les yeux, visiblement épuisé.
– Je... Je voudrais juste...
– Oui?
– Dormir dans tes bras, Jack.
Jack esquisse un petit sourire.
– Hm... Là, on n'est pas loin de la berceuse, Ianto...
Mais il s'exécute. Il enlève son pantalon et se glisse dans les draps. Aussitôt, il attire Ianto contre lui avc tendresse. Apaisé, Ianto se réfugie contre Jack qui sourit en lui caressant doucement la joue.
– Ianto?
– Hm?
– Je peux quand même t'embrasser pour célébrer ta victoire ce soir?
Ianto relève la tête et plonge un regard confiant dans celui de Jack bouleversé.
– Je suis heureux de t'avoir avec moi, Ianto... Quand tu retrouveras toute ta mémoire, tu te souviendras de tout ce que l'on a déjà partagé...
– Embrasse-moi, Jack...
Jack ne se le fait pas dire deux fois et obéit aussitôt. Après un long baiser plein de tendresse, Ianto se réfugie contre Jack et murmure :
– Je t'aime.
Jack pousse un soupir, lui caresse longuement les cheveux avec tendresse puis éteint la lampe de chevet une fois certain que Ianto s'est endormi. Puis, dans le silence, il dit tout bas:
– Moi aussi, Ianto... Dors bien... Mon ange...
Avec un sourire plein de tendresse, il sert Ianto contre lui, ferme les yeux et s'endort.